This is a reproduction of a library book that was digitized
by Google as part of an ongoing effort to preserve the
information in books and make it universally accessible.
Google books
https://books.google.com
Google
À propos de ce livre
Ceci est une copie numérique d’un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d’une bibliothèque avant d’être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d’un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l’ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, 1l n’est plus protégé par la loi sur les droits d’auteur et appartient à présent au domaine public. L’expression
“appartenir au domaine public” signifie que le livre en question n’a jamais été soumis aux droits d’auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu’un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d’un pays à l’autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l’ouvrage depuis la maison d’édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d’utilisation
Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine.
Il s’agit toutefois d’un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées.
Nous vous demandons également de:
+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l’usage des particuliers.
Nous vous demandons donc d’utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un
quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N’envoyez aucune requête automatisée quelle qu’elle soit au système Google. Si vous effectuez
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer
d’importantes quantités de texte, n’hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l’utilisation des
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet
et leur permettre d’accéder à davantage de documents par l’intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en
aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l’utilisation que vous comptez faire des fichiers, n’oubliez pas qu’il est de votre responsabilité de
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n’en déduisez pas pour autant qu’il en va de même dans
les autres pays. La durée légale des droits d’auteur d’un livre varie d’un pays à l’autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier
les ouvrages dont l’utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l’est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous
vous exposeriez en cas de violation des droits d’auteur peut être sévère.
À propos du service Google Recherche de Livres
En favorisant la recherche et l’accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le frangais, Google souhaite
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l’adresse[http://books.googqle.com
‘e Xe 2
ge NN
ll
te
| (l 7
CR LRU
.
D 7 À at
e)
Le”
>
=
2
>
Es
=
=
5
=
2
=
= À
= E
3
1
Rd
+1
ei +
Je bibliothèque de M: de à in
FORTIA D'URBAN, à
demeurant à Paris, rue de
la Rochefoucaud ; No. at,
division du Mont-Blanc.
Ce livre fait partie :
na restaurer
LU LL
ess...
some.
s—
t«
+
HISTOIRE
DES
HOMMES ILLUSTRES
DE L'ORDRE
SAINT DOMINIQUE:
DES PATES, DES CARDINAUX, DES PRÉLATS
éminens en Science & en Saïnteté ; des célébres Doeurs, & des
autres grands Perfonnages, qui ont le plusilluftré cet Ordre, de-
puis la mort du S. Fondateur, jufqu’au Pontificat de Benoît XIII.
OUVRAGE DÉDIÉ À SA SAINTETÉ,
Par le Réverend Pere À TOURON, Religieux du même Ordre.
TOME SIXIÉME.
Chezf BA BUTY , rue Saint Jâques , à Saint Chryfoftome.
\QUILLAU, Pere, rue Galande, à l’Annonciation.
D CEE EE ERP ET SCHSUSEELREERS
M DCC XLIX. _
AVEC APPROBATIONS ET PRIVILEGE DU ROT.
x PE ee bhbhbbidhd ad do
PCR ER CR ERCECREPEREREPECPEHP
BREF DE N.S. P. LE PAPE,
Du 16 Juillet 1749 , à l’Auteur de
l'Hifloire des Hommes. Illuffres de l'Ordre
de Saint Dominique.
-Diledto Filio A NTONIO
TouronN, Ordinis
Prædicatorum.
BeneDicrus PP. XIV.
Dileéte Fili, Salutem , & Apof-
tolicam Benedictionem.
_ AB Antonino Bremondio,
” fnpremo Ordinis vefiri
Magiftro redditum nobis fuit
Volumen quintum Hiflorie
clarorum Hominum Domini.
cane Gentis , quod , ficuti
priora , nobis pariter infcri-
bere voluiffi : qua de replures
de more tibi babemus grates,
coque lubentins id facimus ,
quia diffireri non pofflumus ,
gratu:n ac jucundum accidif
fe, in ejufdem nuncupatoria
Epiffola meminifle te quinque
illorumSinenfinm Martyrum,
quos primi nos in medium
protulimus , in ea quam ba-
buimus ad Fratres allocutio-
A Notre cher Fils Le Pere
ANTOINE TOURON, de
[Ordre des FF. Précheurs.
Le Pare BENOÎT XIV.
Notre cher Fils, Salut, ©r
Béneditfion Apoflolique.
E Pere Antonin Bremond,
Supérieur Général de vo-
tre Ordre , nous a remis le
cinquiéme Tome de l'Hiftoire
de vos Hommes Illuftres, que
vous Nous avez dédié , ainfi
que les Volumes précédens.
Nous vous renouvellons aufi
nos actions de graces ; & Nous
le faifons d’autant plus volon-
tiers , que Nous ne pouvons
diffimuler , avec quelle fatif-
faction Nous avons vû , que
dans votre Epître dédicatoire,
Vous n’aviez point oublié les
cinq Martyrs de la Chine,
dont Nous-mêmes avons fait
la premiére mention , dans
notre Difcours devant les Car-
dinaux , à l’occafion du Mar-
tyre, & de la Mort précieufe
de Pierre Martyr, Evèque de
4 i
iv | -
Mauricaftre : lequel fans au-
cune difficulté , devroit être
regardé comme le Premier
Martyÿr dans l’Empire de la
Chine, fi cette gloire ne lui
avoit été ravie par cinq de.fes
. Freres | Religieux du même
Ordre ; qui, ri aupa-
ravant, & dans la même Mi
fion , ont répandu leur Sang
pour le Nom de JEsus-
CHRIST. Au refte, ce cin-
quiéme Tome eft parfaite-
ment femblable à ceux qui
ont précédé : c'eft dire, qu'il
eft beau , & élégant. Il fe-
roit à fouhaiter que Melchior
CEano, ce célébre Ecrivain de
votre Ordre, vécût encore de
nos jours, & qu'il pût lire
vos Ouvrages : il ne diroit
plus que les Maîtres du Mon-
de , ces anciens Conquérans,
avoient eu de plus excellens
Panégyriftes, & de meilleurs
Hiftoriens , que nos invinci-
bles Martyrs ; comme fi les
hauts Faits des Céfars avoient
cté écrits avec plus de no-
blefle & de dignité, que les
belles Aions de nos Héros
Chrétiens. En vous aflurant
de’ nouveau de notre affec-
tion, & de notre bienveil-
Jance , Nous vous donnons
avec beaucoup de tendrefle,
Ja Bénédiction Apoftolique.
Ponné à Rome à Sainte MA-
rie Majeure le 17 des Calen-
des d’Août 1749, la neuvic-
me.année de notre Pontificar;
ne, #bi de Martyrio, acpre-
ttefa morte Petri Mauricafa
trenfis Epifcopi férmonem fe.
CIMUS , qui primas certe inter
Martyres Sinarum Imperit
tuliffet, nifi quinque eju/dem
Familie Fratres , dato pro
Chrifi Nomine fanguine ,
banc gloriam illi multd ante-
Preripuñlent. Ceterim Volu-
men boc récens aliis quamfi-
millimum eff, quod idem eft
ac dicere pulchrum @- ele.
gans. Utinam autem vefler
lle Melchior Canus noffroboc:
VIVeret evo , tuaque [Cripta:
perlegeret , utique. non afle-
ruiffet Domivatores Gentiwm
© Cafares tubas S criptoref=
que meliores fortitos fuiffe.
quam Heroas nofiros , atque
fortiffimos Muartyres , quaff
corumt gefla fæliciori calamor
Liteïts confignata fuiffent..
Du itaque gratum rurfus
atque beneuolum prefitemur
animum , Apoflolicam tibi:
Benedittionem amantiffime:
impertimur. Datum Rome ..
apud Sanrilam Mairiam Ma.
Jorem 17°. Calend, Sextiles:
1749 ,; Pontificatés noffri
ann0 17070..
Ows avons promis de donner l'Hiftoire
BE] de nos Hommes illuftres., jufqu'au Ponti-
El] ficat de Benoît XIII: & nous voici enfi
JÉCARRET arrivés au terme défiré de notre Travail :
| nous favons même pouflé un pew au-delà
de ce qui avoit été promis, par le feul défir de tranf
mettre à la poftérité là connoiffance des belles Ac-
tions de quelques grands Perfonnages ; dont l'Hif-
toire édifiante pouvo glorieufement couroner celle.
ci. On avoue néanmoins qu’il refteroit encore beau
coup à faire , fr nous avions entrepris de parler de
tous ceux, qui, dans la même Profeflon ; fe font dif.
tingués par de grands Talens ; & par wne Vertu.pew
commune. Il à bieri fallu fe prefcrire quelques bor--
nes: & dans le choix des Sujets, on n’a fouvent com .
fidéré que les Fairs, & les Mémoires qui kes rappor-
tent ; pour écrire la Vie de quelques-uns préférable
ment à plufieurs autres ; qui, fans être’ ni moins {ca
vans , IH MOINS vertueux, ont éx moins d'occalions
de faire éclater leur rare méfite ou: ant manqué diE-
crivain ;. qui fe {oit donné (A peme de recueillir toux
se qui pouvoit leur faire honneur. ee
.. Nous ne nierons pas, que nous n'en aÿoñs-egninu
plufieurs, qu'on nous’ reprochera peut-être d'avoir'om
| # iÿ
+
- . CE 4
v] PRE F A CE.
bliés. Les Ecrits eftimés de quelques autres, & la haute
réputation , dont ils ont conftanment joui pendant
- Jeur vie, fembloient devoir leur affurer un rang par-
&) Axronis mi nos Hommes illuftres {*): mais outre que les bons
. Auteurs vivent toujours dans leurs ee Ouvrages,
pe Gravina. & qu'il ne convenoit pas de trop multiplier les Vo-
Rene Jumes de celui-ci , nous pourrions nous plaindre à
. notre tour, du pen.de foin qu'on a eu.de nous four.
Cowse'ns, nir les Mémoires néceflaires. Au refle ce qu'on au-
J roit fouhaité de voir dans cette Hiftoire , on le trou-
François vera fans doute dans les grandes Annales de l'Ordre,
CHaucHeMER. Jont on.nous fait efpérer la prochaine publication.
JACQUES - |
QuéÉTIr, Dans l'un & dans l'autre Ouvrage , il fera aifé de
remarquer , que la fainteté des Mœurs , l'ufage utile
Micuez des Talens, & le vrai mérite, font de tous les Siécles,
amet Nous ne vivons plus, il eft vrai, dans ces beaux jours
Serrx, d'un Ordre naïflant ; où , felon l'expreflion d'un Au-
re DE teur, on comptoit le nombre de Saints par celui des.
R A VESON. |
Rene Religieux. a belles Eaux perdent toujours quel-
Drouis, &c, que chofe de leur pureté, à proportion qu'elles s’é-
loignent de leur fource: Îles Enfans ne reflemblent
pas tous à leurs Peres : telle eft la condition humaine,
Mais , rendons gloire à Dieu : la vérité de l'Hiftoire
n'en eft pas moins une preuve, que cet Efprit de pé-
nitence , de zéle , & de fainteté , qu’on ne voit point
aujourd'hui dans tous, on le retrouve toujours dans
un nombre de Sujers, que Dieu s'eft choifis ; quel-
quefois dans des Congrégations , & des Provinces
éritiéres ; où de faintes Réformes ont comme refluf-
cité l'ancienne ferveur, & l’Efprit primitif du Siécle
d'or de l'Ordre de Saint Dominique. |
. - Sans rapellér'ici ce qui a été dit dans les Volumes
-précédens ; on ‘pie feulement' le Lecteur ide faire at-
PRE FACE. Vij
_ tention 4 ce que nous ajoutons dans ce dernier, Dans
uel Siécle a-t-on vû un Pape plus faint qu'un Be-
noit XIII? Quels Princes de F Eglife plus éminens en
doctrine & en piété , que les Cardinaux Thomas-
Marie Ferrari, & Vincent-Louis Gotti ? Quel Général
de l'Ordre, depuis le faint Fondateur , a été plus il:
luftre , ou plus richement pourvû de dons de Sagefle
& de Conteil , que le célébre Pere Cloche ? Quels
Miniftres de l'Evangile plus remplis de l'Efprit Apof-
tolique , que les Saints Miflionnaires, dont l'Hiftoire
eft éxactement rapportée dans le feptiéme & huitiéme
Livre de ce fixiéme Tome ? Quel zéle du Salut des
Ames, quel amour du Travail , quel courage dans ce
Prédicateur François , qui a été de nos jours FApôtre
de nos Colonies dans la Martinique , & des Caraïbes
dans la Dominique? Quelle fermeté, quelle patience
parmi les plus rudes épreuves , & quel défir du Mar-
tyre dans ces illuftres Efpagnols , qui viennent de
faire triompher la Foi parmi les Gentils , & fcel-
ler enfin de leur fang, les Vérités qu'ils avoient long-
tems préchées , les uns dans le Fonquin, & {es au-
tres dans l'Empire de la Chine ? On pourroit parler
de plufieurs autres , qui ont partagé avec eux le mé-
me travail, ou qui le continuent encore avec le même
zéle au milieu des Nations Infidelles # Voici ce que
nous lifons dans les Actes de notre dernier Chapitre
Général, tenu à Bologne en Lombardie, au mois de
Juin 1748. | | |
« Nos Religieux de la Province du Saint Ro- Aa. C2 Bo.
faire des Philippines ; après avoir établi cinq Mif-« HA
lions dans la nouvelle Ségovie , & une fixiéme «
dans la Province de Pangafinan ; ont heureufemient «
pénétré dans les Ifles appellées de Batan, remplies «
vif PREFACE.
# d'un grand nombre de Colonies de Barbares. îls
» ont fixé leur demeure dans l'île de Cagayan ; où,
« avec le Secours du Ciel , ayant commencé de pré-
n cher les Vérités de la Foi, à des Peuples grofliers
s.& fuperftitieux , ils ont déja ramené dans le fein de
+ l'Eglife une multitude d'Apoftats , qui s'étoient ré-
» fugiés & confondus avec ces anciens Infidéles. La
» main du Seigneur étant avec les Miniftres de fon
» Evangile , & ne ceflant de répandre fes Bénédic-
*-tions fur leurs travaux, ils ont découvert l'an 1739;
» une nouvelle & très-riche Moiflon à recueillir dans
» le centre même de la vafte Province de Euflon,
» plus communément apellée Manille ; au milieu de
Kquelle {e trouvent diférens Peuples , tout envi-
» ronnés de plufieurs Montagnes , qu'on regardoit
+ comme inaccefibles. Cette porte, jufqu'à nos jours
» fermée aux Ouvriers Evangéliques, vient d'être en-
» fin ouverte à nos Prédicateurs. Il eft vrai qu'ils n’ont
» pu furmonter de très. grandes difficultés , que par des
» efforts incroyables , & par de très-longs détours,
»“ Ils ont eu le courage de fe roidir contre toutes les
» incommodités des froids , des glaces , de Îa faim,
# de la foif, de a lafitude ; & ont généreufement
» méprifé plufieurs autres dangers , parmi lefquels
n trois de ces fervens Miflionnaires ont fini leurs
n jours dans l'efpace d'une année. Le même zéle de
# la Foi, qui leur a fait donner leur vie pour fauver
» quelque Ame , foutenant les autres , & les faifant
» efpérer contre toute efpérance , ils ont déja cucilli
» les prémices d’une Moiflon fi abondante ; & afin
» que les fruits en foient toujours plus précieux , ils
» ont formé une Mifion , apellée de la Sainte-Croix,
» dans ce vafle champ qui a été jufqu'aujourd’hui fans
» aucune
82 !
PRE FACE xx
aucune culture. Ils ont en nême terns frayé un che. «
min, pour ceux qui voudront les fuivre | & entrer «
dans la Province de Pangafinan , par celle de Cagayan. «
Ce. chemin, déja utile au Public pour le Commer- «
ce , le fera encore plus pour la Propagation de l'E. «
vangile. Les mêmes Prédicateurs , qui font entrés «
les. premiers dans cette Vigne, y ont travaillé, & «
ÿ travaillent encore avec beaucoup de fruit. Ayant «
appris en très-peu de tems la Langue du Pays, ils «
ont compolé une Grammaire , un Dictionnaire , & «
un .Catéchifme à l'ufage de ces Miffions. Ils ont fait «
lus ; car par la patience & la douceur , ils fe font «
1 bien concilié les Efprits , que ces mêmes Barba- «
res’, qui fe couvroient auparavant de leurs hautes «
Montagnes, pour fermer toutes les Avenues aux «
Ouvriers Evangéliques , defcendent aujourd'hui en «
foule de ces Montagnes , pour venir recevoir leurs «
Inftructions. Ils vivoient autrefois, non-feulement «
fans aucune connoiffance du vrai Dieu, mais aufii «
fans Police , fans Loi , prefque fans aucune efpéce «
de Société. L'Evanpile à préfent, commence d'adou- «
cir leurs Mœurs : plufieurs fe font déja foumis avec «
joye au joug de Jesus-CHRIST: un plus grand «
nombre demande tous les jours le Baptême; & nous «
avons un jufte fujet d’efpérer que cette grande Na- «_
tion , qui comprend plus de quatre-vingt Peuples, «
fera bientot toute Chrétienne (*)».
: (*) Strenuè haëtenus & feliciter in] dicatoribusufque ad mortis minas ante
ea Vinea excolenda ab iifdem labora-| obfiftentem , fummä induftrià , leni-
tum eft : nam breviflimo temporis fpa-|tate, ac patientià ad rationalis pri-
tio Barbaræ Gentis idioma ita ab iis|mdm, politicæque vitæ rationem inf
perceptum eft , ut ejus Grammaticam, | titutam , mox fidei rudimentis imbu-
Vocabularium , & Catechifmum in|tam, ad eam amplettendam ita alles
Miflionum ufum ediderint,Ipfam verd | xerunt , ut defcendentibus quotidiè &
Gentemexlegem atque efferatam Præ-l vicinis montibus Gentilium catervis
Ed
(*) Les RR.
Peres Michel
de Pantipolo,
Nicolas Gon-
zalez , Jean
Davila, Am-
broile Gomez.
A&. Cap. Bon.
pag. 151.
x PRE FACE.
Je ne fais que traduire.fimplement quelques lignes
des Actes déja cités. On y trouve de plus, les Noms,
les qualités , & un petit Abrégé de la Vie de plu-
fieurs illuftres Perfonnages , décédés en opinion de
fainteté , pendant le Gouvernement du Pere Thomas
Ripoll ; ceft à-dire depuis l'an 1725 jufqu'en 1747.
On y voit un nombre confidérable d excellens Rel-
gieux de prefque tous les Royaumes, & de toutes les
Nations ; qui, toujours remplis de l'Efprit de leur Bien.
heureux Patrtarche , n'ont pas vécu autrement que nos
Peres , ni moins travaillé à la Vigne du Seigneur. En.
tre les faints Miniftres qui ont porté au loin la Lu.
miére de l’ivangile , plufieurs ont été Martyrs de la
Foi & de la Charité ; & en mourant par les mains
des Barbares , à qui ils youloient communiquer les
richefles du Salut, ils ont prié pour ceux qui les fai:
{oient mourir. C'eft un éxemple de l'Héroïfme Chré.
tien , que quatre de nos Religieux de la Province du
Pérou , donnérent l'an 1725 , dans les Mifhons de
Cochanibans | & de Darien (*). |
On y voit aufli de faints Evêques , dont les quali.
tés Paftorales , jointes à toutes les Vertus Chrétiennes
& Religieufes, ont été une odeur de vie dans leurs
Diocèfes, & pour leurs Peuples , à qui ils ont donné
les plus beaux Exemples, & laiflé de précieux Monumens
de leur tendre Charité. Tel a paru en Efpagne l'illuftre
François Lazzo de la Vega , de l'Ancienne Maïfon des
Comtes de Cordoue , Prédicateur du Roi Catholique
Philippe V , depuis Evêque de Ceuta dans l'Afrique ,
Evangelii prædicationem avidiffimè | & amplius populos diffufam , divinä
excepturis , jam plurimi eorum Reli- | Gratiâ cœptum opus perfciente , in
gionis Catholicæ jugo colla fubmife- | unum Chrifti gregem coalituram, 4ë?,
fint, fpem certiffimam facientes innu-| Cap. Beonon, page 114
merabilem Nationem per ottoginta |
PREFACE. x}
transféré par Benoît XIII au Siége de Plaifance , &
mort chargé de mérites l'an 1739. Tel eft encore le
Pere Pierre de Ayala , Confeiller du même Roi Ca-
tholique , fait Evêque d'Avila l'an 1728, & depuis
Nonce TE du Pape Clément XII, avec le
_ pouvoir de Légat à Larere dans le Royaume d'Efpa_ A&. Cap. _
gne. Lorfqu'après de longs travaux , ce Prélat plus REP
diftingué encore par une éminente Piété, que par fa
Naiflance , fes Talens, & fes Emplois ; voulut abdi.
quer fon Evêché , pour couler le refte de fes jours °
dans le filence & la priére ; tous les Ordres de fon
Diccèfe préfentérent une humble Requête au Roi d'Ef-
pagne , pour fupplier Sa Majefté de ne point confen.
tir à cette retraite, qui feroit perdre à tout le Peuple
d’Avila , fur-tout aux Veuves , aux Pupilles , aux Or-
phelins , & aux Pauvres, le meilleur : tous les Pal.
teurs, & le plus tendre de sous les Peres. Cependant
les Vœux de notre Evêque furent éxaucés ; & il ter-
mina dans le Cloître une Vie très-fainte par une Mort
précieule l'an 1743. |
- I ne faut point oublier le Pere Louis Maggi, de
la célébre Congrégation de Saint Marc, Homme qui
ne vivoit que de zéle pour la Converfion des Gen-
tils. La Sacrée Congrégation de la Propagande l'avoit
envoyé dans la Mifflion de la Chine l'an 1731, & ül
s'y fic eftimer par fes vertus , fa prudence , fon cou-
rage , fes glorieux travaux. En 1740 il fut facré Evé.
que , & défigné Succeffeur du Vicaire Apoftolique
dans la Province de Suchuen. On aflure mA pur dé.
ja attiré plufieurs milliers d'Infidéles à la Foi , lorf-
qu'il fut apellé au repos de l'Eternité dans fa quarante.
cinquiéme année , au mois d'Août 1744. Monfeigneur
Joachim de Martiliat, Evêque d'Ecrinée , lui admi-
b j
P.462,463.
xÿ P RE F A CE.
niftra les derniers Sacremens , reçut fes derniérs fou:
pirs > & lui fuccéda dans le Vicariat Apoftolique.
Le Pere Alfonfe Lofrios , Dominicain Efpagnol,
dont la mort ne paroïtra pas peut être moins précieufe
que celle d'un Martyr, pourroit étre auf placé parmi
nos Hommes Illuftres. Nous nous contenter. ns d'en
rapporcer ici ce qu'on en lit dans le vingt-feptiéme
Recueil des Lettres Edifiantes publié à Paris par les
RR. PP. Jéfuites cette année 1749. Le R. P. Pierre
Lozano , de la Compagnie de Jefus , de la Province
du Paraguay , après avoir décrit d’une maniére fort
pathétique la défolation de la Ville de Lima , renver.
fée par le Tremblement de terre du 28 Oétobre 1746,
nous apprend que la petite Ville de Callao, qui étoit
comme le Port de Lima, fut en méme-tems oi
u
abimée par les mêmes fecoufles de terre, & fubmer-
gée par les eaux de la Mer, qui s'éleva à une hauteur
prodigieufe. Le même Ecrivain ajoute ces paroles :
« Dans les intervalles , où les eaux baifloient , on
» entendoit des cris lamentables, & plufieurs voix d'Ec.
» cléfiafiques , & de Religieux’, qui exhortoient vive.
» ment leurs Freres à fe recommander à Dieu. On ne
» fçauroit, dit-il, donner trop d'éloges au zele héroï.
« que du P. Alfonfe de Lofrios , Exprovincial des Do-
» minicains , qui, au milieu de ce défordre effroya-
» ble , s'étant vâ en état de fe fauver , refufa de le
» faire en difant: Quelle occafion plus favorable puis-je
» srouver de gagner le Ciel, quen mourant pour aidcr ce
» pauvre Peuple, @ pour le falut de tant d Ames? Ta
» été enveloppé dans ce naufrage univerfel, eri rem-
» pliffant avec une Charité fi pure, & fi définrércflée,
» les Fonctions de fon Miniftére ».
-_ Nous pafferions les bornes , que nous nous fommes
A —
PRE FACE si
prefcrites dans cette Préface, fi nous-entreprenions
de donner ici une légére idée de chacun de ces Ser-
viteurs de Dieu, qui pouvoient tenir un rang düns ce
dernier Volume. Mais, dirä-t-on peut être , pourquoi
ne pas écrire leur Hiftoire , en abrégeant celle de
Benoir XIIL, qui remplit prefque les trois quarts de
ce Volume? La réponie elt courte : l'Ouvrage étoit
achevé ; & l'impreflion bien avancée, quand nous
avons réçu de Roïme les Aes du dernier Chapitre.
D'ailleurs quel moyen d'être court dans une auf ri-
che matiére? La piété, la juftice, & la recannoiifance
ne nous engageoient-élles pas également:à ne rien
omettre de tout ce qui fait honneur à la mémoire d’un
tres-faint Pape , qui {era à jamais la Gloire de la Re.
ligion , & le grand Ornement dé fon Ordre? .
Entre les Grands Hommes’, qui , par leurs émi.
nentés Qualités , ontle plus honoré leur Nation ,
leur Profeffion , & l'Eglife ; il en eft peu, dont la
réputation ait égalé celle de l'illuftre Vincent - Ma-
sie des Urfins. Sa haute Naiffance ; &:l'opulence de
fa Maïfon , dont il devoit être le foutien & l'appui,
le diftinguoient parmi les premiers Princes d'Italie. Le
généreux mépris qu'il fçut faire de tous ces avantages,
our fe rendre l'humble Difciple de Jesus:CHRisT;
À fit paroître encore plus grand, plus digne de l'ad-
miration de tous ceux , qui n'ignorent pas quel ufage
on doit faire des Richeffes , pour en être. moins l'Ef-
clave, que le Maître. Pauvre volontaire dans l'Ordre
de Saint Dominique, le. Prince des Urlins a fait: voir
par fon éxemple , que l'Homme fage ; apéllé à un
Etac de perfection , peut trouver dans’ l'innocence de
fa Vie, une félicité anticipée , qu'on chercheroit inu-
tilement dans la joulance des biens fragiles de la terre.
| b ii
iv PR EE F 4C E.
Ne pouvant éviter Jes Digniés, qu'il n’aimoit pas:
& qu'il s'efforçoit de fuir , 1l fçut les fanctifier, & en
faire une nouvelle matiére de mérite. ;
Iluftre Cardinal , & plus faint Archevêque, long-
tems avant que d’être élevé au Souverain Pontificat ,
quels éxemples d'humilité, & de modeftie n'a-t-il
oint donnés fous la Pourpre ? Quelle vigilance,
quelle follicitude, quel amour de Pere n'a-t-il pas fait
paroître dans la conduite de plufieurs Diocèfes ? Ce
que les Evêques des premiers Siécles , ce que les plus
refpeables Cardinaux avoient fait dans des tems dif-
férens , pour l'édification de l'Eglife, & le Salut ou la
confolation des Fidéles ; le Serviteur de Dieu l'a fait,
fans jamais fe démentir, pendant plus de cinquante
ans , qu'on l'a vû dans le Sacré Collége , comme le
Modéle de fes Freres , l'objet de leur amour , & ce-
lui de leur eftime. Les plus grandes diffcukés , les
plus hautes entreprifes, n'ont pas été au-dellus de fon
courage , quand il a fallu venir au fecours de tour un
Peuple affligé, confterné , ruiné par de fréquens Trem-
blemens de terre. MT |
| Lorfqu'il a plu à la Divine Providence de le placer
malgré lui, fur le premier Trône de fon Eglife ; quelle
douce joye n’a .point d'abord répandu dans tous les
cœurs, l'Exalcation d'un tel Pafteur , plus élevé par le
mérite de la Vertu , que par l'éclat même de la Thiare ?
Quel Peuple , quelle Nation / ne craignons pas de le
dire ) quelle Secte dans tout le Monde Chrétien , n'a
point applaudi à un choix, où le Doigt de Dieu pa
roifloit fi vifiblement:? Combien ls Nom de Benoit
XJII ne devint.il:pas refpectable dans toutes les par.
ties: de l'Ancien & du Nouveau Monde ? nn N
: Pour punir les péchés de nos Peres, Dieu avoit per<
PRE FACE x
tnis dans le quatorziéme Siécle , qu'un Homme le.
plus ambitieux ; comme Je plus opiniâtre de tous les
Schifmatiques , rendit ce nom odieux à toute la Ré.
blique Chrétienne, qu'il troubla pendant une longue
jite d'années. Lés véritables Succeffeurs de S. Pierre,
placés depuis fur le Siége Apottolique par une Elec-
tion Canonique , avoient évité l'efpace de plus de trois
Siécles , de prendre le même Nom : ils avoient voulu
témoigner par là, toute leur horreur pour la coupable
obftination d'un Antipape incorrigible. I} étoit donc
arrêté dans le Ciel , que le Cardinal des Urfns, auffi
folidement humbie , que Pierre de Lune ‘avoit tou-
jours paru fuperbe & entêté, changeroit dans l’efprit.
de tous les Chrétiens , l'idée peu avantageufe , que leur
préfentoit auparavant le Nom de Benoit XII, L'un
avoit fait voir jufqu'où pouvoit aller le çaprice or-
gueilleux d'un Vieillard, que l'ambition dévoroit ; &
qui, pour fe foutenir dans une Place d'honneur , en
dépit des Loix , & du.cri général de tous les Peuples
Fidéles , .comptoit pour rien les ‘horreurs d'un cruel
Schifme , les gémifflemens de toutes les Eglifes, l'avi.
liffement de la Religion , la perte des Ames, la con.
fufion de tous les Etats, & le fcandale du Monde en-
tier. L'autre , élü de Dieu pour être le Conducteur de
fon Peuple , mais long tems arrêté par les fentimens
intimes d’une profonde humilité , n'a pu confentir à
fon Elévation , que par la feule crainte de s’oppofer
à la Volonté du Tout-puiflant ; qui s'expliquoit par
les fuffiages unanimes de tous les Cardinaux. |
Toutes les Vertus montérent avec lui {ur le Trône:
l'Hifloire de fa Vie & de fon Pontificat, eft le plus
bel Eloge de la Vertu. Dans les plus grandes Occu-
pations, & l'embarras des Affaires, on le vit toujours
wi) PRE FACE.
uni à Dieu, & toujours attentif à la garde du Trou:
peau : à cela 1l rapporta tout le refte. Plein de ten.
dreffe pour le Prochain , & de zéle pour la Juflice ;
il ne refufa jamais lé travail , ae à il fut queftion
de foulager des Miférables , d'inftruire les Ignorans ,
de gagner des Ames à Jesus-CHRIST, de dé.
fendre les Droits des Eglifes., de procurer la paix ,
& la füreté des pe ee A limitation de Saint Paul,
& dans le même efprit d'humilité , il auroit pu dire
quil avoit plus travaillé que tous les autres. Ceux
qui furent les témoins de cette longue fuite de bon.
nes Œuvres , dont tous les momens du faint Pape
étoient remplis , fe lafférent plutôt de les écrire , que
lui-même de les continuer. |
Nous n'écrivons rien à préfent, qui ne foit fçu &
connu de tout le Monde , quoique tous n’en pui.
fent pas avoir la même connoiflance: mais c'eft pour
la poftérité qu'on écrit. Ce que nous avons vy, ou
ce que nous avons appris avec plaifir de la bouche
des Témoins oculaires ; ceux qui vierñdront après
nous, le liront avec édification. Négliger d'écrire des
Faits qui intérellent l'honneur de la Religion , fous
prétexte qu'étant publics & récens , ils ne peuvent
être ignorés de perfonne , ce feroit précifément tom-
ber dans le défaut, que nous reprochons tous les jours
à nos Anciens : 1 ce n'a pas été une petite faute en
eux , de s'être montrés d peu attentifs à nous inf-
truire de mille belles Actions , qui auroient bien en-
richi l'Hiftoire de nos Hommes Illuftres , nous ne de.
yons pas nous attirer le même reproche. Bien loin
de les imiter en cela , 1l nous convient d'éviter avec
foin, ce que nous blämons avec raifon. |
_ Je fens d'abord , il eft vrai , toute la difficulté,
êt
P R E F'A C Œ. ïävi
êe. s’il faut le dire , tous les défavantages , ou lesiin-
convéniens de l'entreprife : car , fans parler du. peu
de proportion , qui fe trouve entre la grandeur du fujet ;
& le peu de talens de l'Ecrivain , les cireénftances
d'ailleurs font-elles favorables ? Ne dèvons-nous pas
craindre qu'on ne nous accule , on d'‘imprudence, fÎ
nous ofons tout dire ;: ou d'une politique timidité’;
fi nous pañlons fous filence , ce qu'on publieroit fans
inconvénient dans dés. tems plus reculés2 + : " ‘. ;
Nous pouvons efpérer auffi, que les-plus fages , fe:
tont les moins portés à .blâmer le jufte milieu, que
hous croyons avoir gardé. Îls n'iront point :s'imagi
ner, par:éxemple , que certains Faits connus, 8e
déja confignés dans des Mémoires publics , puiflent
un jour être révoqués en doute , parce que nous n’en
aurons point De On fçait bien que dans:tous Îles
Siécles., dans les téms même les moins critiqués ; ce-
Jui qui écrit l'Hifloire d'un Homme célébre ; décédé
depuis peu d’années:, ne fçauroit avoir ‘une éntiére
liberté de tout dire. Souvent. il fe. trouve arrêté pat
les différentes. précautions , qu'il faut néeeflairement
prendre , on pour ménager les. autres, où pour fe
ménager foi-même ; & il ne. fçauroit trop peler tou-
tes. chofes, afin qu'en, louant fon. Héros:, l n'of-
fenfe pérfonne. Ce n'eft. point.timidité ; ç eft pru-
dénce : c'eft fagefle :& modération. , &:nqn, pas là.
cheté. Au refte,, fi nous ne difons pas tout, ce qui eft:
vrai, du moins ne dirons-nous rien de faux, |
Telle eft.la: maxime , que-hoûs nous fommes d'a:
bord.propafée.en prenant:la plume; & nous croyons
pouvoir nôùs rendre ce témbdignage ; que nous n'as
yons, jarhais. perdu dé vüe:cette Régle ; ‘dans tout le
C
+7
xvÿ P RE FACE
cours de cet Ouvrage. Si parmi les Grands Hommes ;
dont nous avons écrit la Vie , 1l en eit peu que nous
n'ayons loué 'par quelque endrou ; c'e que dans le
deffein de propofer des Modéles à imiter, nous n'a
vons communément choifs que des Sujets , en qui
les. grands Talens avoient été relevés par de plus gran.
des Vertus. On s'eft toujours rendu extrêmement at-
tentif à les repréfenter tels qu'ils ont été , ou tels
qu'on Î:s a connus , fans outrer les louanges, & fans
diflimuler leurs défauts , perfuadé qu'il ny a que les
Jouanges. méritées ; qui honorent celui qui les re-
çôit ,.. & célui qui les donne: Nous pouvons avoir
été trompés D, re , (perfonne n'eft à l'abri de
ka furprife ) mais nous n’avons pas eu l'intention de
tromper. Cependant c'eft de cœur & d'efprit, que
nous foumettons tout ce que nous avons écrit , &
tout ce que nous pourrons écrire à l'avenir , au juge-
ment , & à la correction de la Sainte Eglife notre Mere,
Fafle le Ciel, que le récit des Vertus, & des belles
Actions , par JefqueHes tant de dignes Enfans de S. Do-
minique ont édifié l’Eglife, & 1lluftré leur Ordre, pro.
duife quelques fentimens de piété dans l'ame de mes
Eecteurs ; qu’il ferve à exciter une louable émulation
Er i les:bons Religieux ; & à couvrir du moins d'une
Jutaire confufton, ‘ceux ,. qui , infidéles jufqu'ici à
tous leurs Engagemens , auroient oublié , que la
Saintete même de leur Etat les fera paroitre encore
plus coupables au Tribunal de Jesus-CHRIST ;
rendra Pirrépularité de leur vie p'us inexcufable, &
leur condamnatian plus terrible. La Gloire de nos
Peres:, eft la récompenfe de leur fidélité à la Grace
de leur Vocæion. La Priére , l'Humilité , la Pénie
d
tence , l'Etude , le Travail , le zéle.de:leur perfec.
tion, -& du Salut des Ames c'eft ce qui 4 afluré leur
félicité. Que ceux-là donc {e tromperoient,.qui:vou-
draieñc'arriver au même terme par une. Buts voie f
C'eft pour .eux , Seigner , & pour mdi-même,
ue j'ofe vous adreffer ici, avec une humble con-
Rance » la priére que vous faifoit autrefois un de vos
Serviteurs , lorfque: votre Graté toute puiflante , en
éclairant fon Efprit , toucha efficacement fon Cœur ;
afin que détaché de lui-même , & de l'amour impur
des Créatures , il apprit à ne vivre déformais que
pour vous , & pour votre Gloire :
« Faites , 6 mon Dieu , que nous nous tenions «
fous vos aïîles , & que nous ne mettions nos efpé- « Confeff. des.
rances qu'en vous. Protégez-nous , foutenez-nous, « ares eu
portez-nous ; puifqu’il faut que vous portiez, & ceux « ? "”
qui font encore Enfans dans la vie de la Grace, & «
ceux même qui y font avancés. Toute noire force «
n'eft que foiblefle | tant que nous ne. nous ap- «
puyons que fur nous-mêmes ; & mous ne fommes «
véritablement forts , que lorfqué nous ne nous ap- «
puyons que fur vous. Notre véritable Bien n'eft «
qu'en vous ; mais 1l y eft; & c'eft quelque chofe «
qui fubfifte toujours, & qui ne fçauroit périr. C'eft «
en «ous détournant de cet unique Bien , que nous «
fommes devenus mauvais : il faut donc que nous «
retournions à vous , Seigneur , fi nous voulons «
ne point à Nous fommes aflurés d'y trouver «
notre Tréfor , & notre Bien , qui fubfifte tou- «
jours en vous fans aucune diminution : & nous «
devons retourner avec d'autant plus de confiance #
vers la Maifon patesnelle , que nous ne fçaurions #
Cÿ.
xx PREFACE.
» craindre de ne la pas trouver ; car quoique nouÿ
#» » J'ayons malheureufement abandonnée , elle n'eft
» pas moins demeurée cé qu'elle étoit : elle n'eft
» point tombée en ruine pendant notre abfence :
# une telle Maifon ne dépérit point ».
; | _ … Fin de la Préface.
*
1}
5
vw
? }
4
CS e
re
fi:
… À
e:
… ,
. | n ; ,
PR Ye Nr a ù ° se nt d — 6 ve ‘ t 32
&° ERP ESS | : se. »= F ASE .… ds 4 . te + 4 4 .
F v e.
+ Che re +
She PET RS LA Cr
À
°4
ds En 11 CORRE OR Ÿ ?
9292 LaatJ it. L'Y CNET.
. _
CS eo ” + } * . ; : CN ?
» . # é Û re LU sd» ESS : : 2% & « , :
fr A “ |
_ FA É à d Ÿ 7 ose * : C1
HJ j + ‘À. pe 4 - } » ge SL SANS Deus 2 :
an É
«. Cry DAS 2 [I ES “ss "+ . Ft: PR
Fe F. DER" s— PRE NBES ST L “ i Le 4
Etre S:- PiT ce ” 5 cr. .
> 3 71.31 09 Hs! Carat «| 2
e. à J
#7 - “ & # , r «
4. Nr des , = So LL é SE ox DS e - -
€ n : 5 4
La \
Ne À
Des Noms des Saints, G illufires Perfonnages, dont l Hifoire
| cf contenue dans ce Sixième Volume.
LE PAPE BENOIT XIII
SOMMAIRE DU LiI1vrE XLI.
À NTIQUITE? G Nobleffe de la Maifon des Urfins. Naiflance de Benots
ÆT XIII. Ses Commencemens. Ses premiéres inclinations, Prédilion. Etudes :
‘Livre d'Epigrammes. En méprifant les Grandeurs mondaines , le jeune Orfini
*arompe les efpérances de fes Parens. Il fe rend à Venise. Demande P Habit de Sains
: Dominique : € le reçoit, avec le Nom de Vincent-Marie. Sa Vocation, traver-
fee par fes Parens, cf éxaminée , ©* approuvée par le Pape, qui abrége les épreu-
«ves du Noviciat, Ferveur du jenne Religieux : louée par un f[çavant Cardinal.
- Fidéliré 4 la Grace: Saintes Pratiques. Dans quel efprit Orfini fait [a Profeffion :
-° commence [es Etudes, Progrés Le les Sciences, Il eff Profeffeur 4 l'age de 21
- ans : Prédicateur ; G* Ecrivain. En finiflant [a vingt-deuxiéme année , il eff or-
-donné Prêtre, Accomplifement d'une Prédiition. Plan d’une Vice Apoflolique. Hum-
bles Sentimens. Bref de Clément X. Orfini refufe la ai ; Gil eff forcé de plier.
: Quelles Vertus il fait paroître dans cette élévation: É dans prefque toutes les Con-
égations des Cardinaux, Emploi du tems : Charité envers les Pauvres. Zéle à
- étendre le Culte des Saints LeCardinal refufe un riche Archevèche ; É* en accepte
#n fort pauvre : qu'il [e hate de vifiter , d'infiruire, de foulazer, Ce qu'il fair à Gra-
-vina, an Mont-Gargan. Il fe rend à Rome see l'Elethon d’un Pape. Ses Ma-
-ximes , fa Conduite dans les Conclaves ;il contribue à P Eletlion d'Innocent XI. Par
fes Vifites Epifcopales, il renouvelle le Diocefe de Siponte. Ses Libéralités pour le
Retabliffement de la Métropole, du Séminaire, © de l'Hopital, Autres Monumens
-le Piéré , G de Charité. Synode Diocé[ain. Transfere 4 l'Evéche de Céfêne , il
sonne à [es premiers Diocéfains de nouvelles preuves de [a tendre Charité, Réfor-
-me d'abord le Clergé de Céfène : € procure de grands avantages 4 tout [on Pen-
<ple. Pendant que les Turcs affiégent la Ville de Vienne, le zéle Cardinal redouble
fes Priéres, [es Pénitences., [es Exhortations. Ses Atlions de Grace après la défaite
des Infidéles, Ce gwil ecrit à un Doileur de Paris. Les Eaux de Céfene caufent de
“grandes maladies an’ ardinal : le Pape le transfére à l'Archevëché de Béneverit.
A1 écrit ne Lettre de confolation 4 ceux de Céféne. Reçoit le Pallium. Zdée géné-
vale de ce que le Saint Cardinal à fais dans l'Eglife de Bénévem. Son Eloge par
We Sçavans Cardinal Lambertini.
€ ii
xxÿ TABLE DES NOMS :.
SOMMAIRE DU Livre XLII.
P REROGATIVES de la Ville de Bénevent. Ses différentes Révolutionss
Grands Perfonnages dont elle a été la Patrie. Dignire de (on Siége. Réception
du Cardinal Orfini dans La Ville de Bénévenr. Ses premitres attentions. Tendre
Dévotion enyers la Sainte Vierge : Fruits de cette Dévotion, Sage Conduite envers
Les Miniftres de l'Autel : Suites de cette modération. Fréquens Synodes: Objer &
utilité de ces faintes Aflemblées. Abondantes Anmones. Magnificence dans La de
coration des Lieux Sasnts. Sollicitude du Cardinal, Pourquoi il réduit le nombre
des Paroiffes. Conférences Ecclefiafliques établies dans tout le Diocefe. Etat fiori[-
fant de cette Eglife. Tremblement de terre, © [es fuites. Afiracle de Protcitien.
Relation éxaile de ce grand Evénement. L'Archeveque devient le Confelateur de
fon Peuple affiigé, © le Reflaurateur de la Ville ruine, Artemions particuliéres
pour les Vierges confacrées 4 JESUS-CHRIST. Ce qu'il fait dans l'étendue
du Diocefe ; S particuliérement pour le Chapitre de la Métropole. Mort du Pape
Innocent XI. Eleülion, Caraîlére d'Alexandre VIII, fen Succefeur. Court Sé=
jour du Cardinal Orfini 4 Rome. Hifhoire abrégee de Marcel Cavalier. Lestre 456
Pere Aléxandre. Saintes Occupations de l'Archevèque. Cours de [es Vifites toujours
utiles. La mort du Pape le rapelle 4 Rome. Elctlion d'Innecent XII, Ses beaux
Commencemens. Répone du Cardinal Orfini an Pere Alexandre. Charité € ma-
grificence du Prélat , qu refufe l'Archevèché de Naples, Il prévient , ou termine
promptement bien des Procès. Dédicace de la grande Egif de Bénévent. Infiruc-
tions. Difcours patétique. Autre Lettre au Pere Aléxandre. Fruits du séle, € de
la Sollicitude du Cardinal. Convocation d'un Concile Provincial. Le Métropols.
tain en fait l'Ouverture ; le termine aprés trois Seffions. Analyfe des principasse
Réglemens, fais, on publiés dans ce Synode. Lettre du Cardinal Archevëque an
Pape. Bref d’Innocent XII au Cardinal Orfini. Approbation de fon Concile, Dé
pouilles des Evéques refervées à le Chambre Apoflolique par Clément VII, Ineom…
véniens qui nasffent de là. Le Cardinal Orfini en demande l'abolition : ©: l'ob.
tient, Bulle d'Innocent X11 À ce [ujet. Infcription en Aülion de Grace. Le Cards.
nal Orfini rétablit La paix dans plufieurs Diocefes. Donne du fecours 4 l'Evêque,
C° au Peuple d'Avelino. Fait plufieurs Fondations dans [en Chapitre, Rétablie pour
le fpéiritucl , © pour le temporel l'Abbaye de Sainte Sophie, Analyfe du Synodi-
‘con, compofe © publie par le Cardinal Orfini l'an 1695. Difértsion du mème
Cardinal , pour affurer 4 fon Eglife La poffeffien des-Réiiques ds l'Apôtre S. Ben
thelemy. Il vifite toutes les parties de fon Diocefe. Riple quelques affaires dans ve
Jui de Voliurara. Ses faintes Occupations à Bénevem. Charites, € Libéralirés.
SOMMAIRE PU Livre XLIII oo
S Econp» Concile de la Province de Bénévent, affemblé as le Cardindi Or:
fini. Reconnoif[ance , € Trenflation des Reliques deS Bart elemy. Innocent XI?
veut qu'on obferve le même ordre dans la Tranflation du Corps de S. Pie F. Fer=
vcur du picux Cardinal, Sans mulsiplier les Décrets, 5 travaille 4 faire obferuer
DES HOMMES ILLUSTRES, &c. xxii
frs enviens. Tous les Chapitres de La Province [e foumertent enfin à un Réglement
seceffaire. Or cherche à arrêter La brigue des Bénéfices. Ce qu'on prefcrit aux Her.
mites. Latre du koi Catholique Charles II au Cardinal Orfini. L'Archevêque éra-
bis dans fon Diccefe les Religicufes de S. Dominique. [1 ‘crit an Pere Alexandre.
4 affife la Ducheffe de Gravina, fa Mcre, à la mort. Eloge de cette Princeffe,
à [a piére , & de [a pénitence dans l'Etat de Religieufe. Mor: du Pape innocent
XII, & du Roi Casholique Charles F1. Eleilion de Clément XI. Orfini opte l'E-
véché de Frefcati, © en fait La vifite. Troubles dans le Royaume dé Naples. Re-
volte diffipée. Ce que l'Archevèque fait dans le Diocefe de Btnévent. Honneurs
qu'il precure 4 fon Chapitre. Heureux tiat où il voit fon Eglife, € [on Peuple,
Second Tremblement de terre, Le Cardinal eff encore confervé pour étre la ss
fowrce des malheureux. Courage, & fermeté de ce grand Homme, [upéricur à des
Evénemens qui pourroient abattre-les plus forts. Après un Difcours très-patéiique,
il préfente à Dieu les Vœux de [es Peuples ; @° prend de [ages mefures pour leur
foxtagement. Motifs d'un Voyage qw'il fait à Naples. Legtre idée de la profufion
de fes Aumones. Charité accompagnée d Humilité. Nouveaux Etabliffemens : Picum
fes É ntiies Fondations. L'Archeveque prépare le Cardinal Cantelmi à une Mort
Chrétienne. Confiance des Fideles en leur Pafieur. Autres Libéralités prefque in-
croyables, tant pour Le (pérituel que pour le remperel, dans le Diocèfe, dans la
Mile de Bénévent. La paix eff rétablie dans une célèbre Congrégation. Mort ds
Duc Dominique de Gravina, Frere du Cardinal. Deux de fes Niéces prennent
Le Voile dans l'Ordre de Saint Dominique. Derniere Lettre du Cardinal Orfini
as Pere Alexandre. Mort de Marcel Cavalieri, Evique de Gravina. Ses Ouvra-
ges. Hifloire abrégée du Cardinal Gregoire Barbarigo , uni d'amitié an Cardinal
Orfini. Bean trait de modeffic dans le Sains Evêque de Padoue. Sa mort précieufe.
Notre Cardinal rend témoignage 4 [a Sainveté. Il rétablit le bon ordre, ° la paix
dans plufieurs Provinces ; C fait refleurir le Regulariré dans divers Monafleres.
p Dublie quelques Ouvrages. Continue [es Vifites. Apellé 4 ome, € confulté par
de Pape, il eff fait Sous- Doyen du Sacré Collége. Il procure divers avantages an
Diocefe de Porto ; € revient 4 Bénevent. Bref, que lui écrit le Pape. Mouvemens
des Turcs. Sollicinde du Saint Archevêque. On veut le charger d'une Légation
auprès de l'Empereur. Autres Lettres qu'il reçoit de Clément XI. Réponfe du Car-
dinal. 11 fe rend à Rome. De retour 4 Bénevent , il met tout {or he enprieres ;
©" lui fait efpérer le Secours du Ciel, La Ville de Corfou cf délivrée ; & l Armés
des Turcs battue en Hongrie. Epoque du cinquieme Siécle de l'Ordre de S. Domi-
nique. Fête que l'Archeuêque de Bénévent fait célébrer à certe occafion. Sentimens
€ Pratiques du religieux Cardinal. Il publie de nouveaux Ouvrages : & fait con-
duire une fource d'Eau au milieu de Bentvent. Sageffe, modefiie , noble défintéref-
fêment qu'il fait paroitre pendant La maladie , É* après La mort du Doyen du Sacrb
Eoliége. 1 fais générenfement le facrifice du Décanat. Il demande cependant qu'on
Pc le fens de La Bulle Pauline. Letires, € Difcours de Sa Sainteté , qui applau-
dit à toute La conduite du Cardinal. Le retour de lArchevèque dans Âr Diocefe,
pramêne La tranquillité, €" La joye. Sainte union entre le Paffeur & le Tronpeas.
comparée à celle qu'on avoit adnnrée entre S. Afléce, & le Peuple d'Antioche. En
qui état fe trouvoit La Ville de Bénévent l'an 1719. Ce que le Cardinal Orfini
continue de faire pour la rétablir entiérement. Nouvelles Libéralités. Monts de
Piésé. M'ffion perpétuelle. Autres effers de le Sollicitude Paflorale. Zéle & fer-
meré à dé:endre les Droits de l'Eglie. De quelle maniére le Cardinal vivoit avec
ceux , qu'il bonorois de fon aitie, Son Palais comparé 4 l'Ecule de S. Hilaire, &
XxIv TABLE DES NOMS: ,
de $. Léandre. Combiens de [çavans Ecrivains, C d'excellens Paflewrs [ont jorrià
de fon Ecole. Hifloire abrégée du P. Céfar-François Lucini, Evèque de Gravine..
MNonvelle Fondation. Mort du P. Cloche: Piête du Cardinal. Mort du Doyen du
- Sacré Collège ; & du Pape Clément XI. Eleilion d'Innocent XIII. Son Difcours,
au Sacré Collège. Le Cardinal Orfini répand de nonveaux bienfaits dans le Dio-.
cefe de Porto ; © dans celui de Bénévent. Donne des Secours contre les Turcs. Prina
cipes de Religion qu'il infpire 4 [on Peuple. Ce qu'on à dit de [a Piéré , € de fa.
Doclrine. Ce qu'il continue de faire dans plufieurs Provinces du Royaume de Na-
ples. Fruits de [es travaux dans fon Diocefe : ou il a répandu plus de deux Mil-
lions en œuvres de Pieré. Réflexion de l'Archeveque de Ferme. Quelles furent les.
refources du charitable Pafteur , dans [es immenfes largelfes. 11 eff juflement apelle
le fécond Fondateur de la Ville de Bénevent. Sur quels Modeles il s'éroit forme,
Parallele du Cardinal Orfini avec le Cardinal S. Charles Borromée. .
SOMMAIRE Du Livre XLI V.
M OT du Pape Innocent XIII. Conduire du Cardinal Orfini dans le fixième.
Conclave, ou il s'eff trouvé. Il voit avec frayeur qu'on pene 4 l'élever 40
Souverain Pontificat, Îl tente tout pour éloigner ce fardeau. 11 “ à élk nranime-
ment ; C° ne peut fe réfoudre à accepter la Papauté. On obtient enfin [on confente-.
ment. Réflexion d'un illuffre Ecrivain. Joie dans le Conclave: dans la Ville de,
Rome; © dans tous les Royaumes Chrétiens. Avec quels fenrimens de Religion, €
d'Hurilité le nouveau Pape entre dans l'Eglife de S. Pierre. Ferveur perfevé-
rance dans la Priére. Retraïse de trois jours. Paroles remarquables du Nonce Do
minique Palfionei : G du Cardinal Profper Lambertini. Premiere Ordonnance de,
Benoit XIII contre le Luxe. Etendue des Devoirs d'un Succeleur de Saint Pierre.
Avis de Saint Bernard. Letire du Pape à la République de Venife. Réponfe du SE.
nat 4 Sa Suintete. Couronnement du Pape, qui difribre plufieurs Charges, € fais
de grandes largelfes. Son premier Difcours au Sacré Collège. Générofité de Benois,
XIII. Il met [on bonheur 4 faire du bien à tous. Ses Libêralies envers le Cheva-.
lier de Saint George, les Cardinaux, les Nonces, & les Minifires de la Cour. de.
Rome. Abolition y quelques Impots. Belle Réponfe de Sa Sainteré ; dont les atten-
tions s'étendent 4 tous les befoins des Pauvres, des Malades, des Prifonniers, &c..,
Beaux exemples de Charité © d'Hnmilié dans les F:opitaux. Pourquoi Ber'oîn
XIII fe met d'abord au-deffus de certains Ufages ? Sa préfence € [on exemple fon,
que Le Service Divin eff célebré avec plus de decence dans les Eglifes de Rome. Celles,
du Royaume de Naples fe reffentent de [es bienfaits. Sévére envers les perfonnes [can
daleufes, il eff toujours acceffible à ceux qui ont recours 4 [a Charité, & 4 [a Juf=
tice. Il promet du fecowrs 4 Venife, © 4 Malte, menacées par les Turcs. E<horte:
les Princes Chrétiens à La paix ; © [e mer en état de ne pas craindre les Infidèles,
Publie le Jubilé. Sa réputation atiire bicn des Evêques à Rome. Sa Saintcië les re.
çois tous avec bonté : décide promptement leurs Affaires ; @ les renvoye contens dans,
leurs Eglifes. Affaire de l'Evéèque de Policajtro. Le Saint Pere refpeule les Prétres..
Averiiffement qu'il donne aux Evèques Réguliers. Il arrête l'inquiétude des mau-
vais Clercs, affure le repos des Pafteurs. Décret en faveur des Cures © des Pass
vres. Le Pape explique une Buile de Paul IV"; © renonvelle l'ancien ufage ,tou—
chant la Cunfécrarion des Evèqus, Dédicace de l'Egkife des douxe Aporres. Pre.
miere
DES HOMMES ILLUSTRES, &c. xxv
*stiére Promorion. Benoît XIII fait réparer l'Eglife de S. Paul ; prend poffeffion de
celle de Latran. Compliment du Sénateur de Rome; Infcriptions. Joye publique.
Sollicirnde Paforale. Soin de l'infiruilion des Pauvres dans les Hôpitaux : © des
Anfidéles dans des Régions éloignées. Aülions populaires. Témoignages d'affetiion en-
vers l'Ordre de S. Dominique. Bref en faveur de La Doitrine, € de l'Ecole de S.
Thomas. Seconde Promotion. Difcours de Sa Saintere. Générofité du Duc de Gravina.
Lettre de Sa Saintete 4 la Communauté des SS. Jean € Paul. Impôts fapprimés.
Vigilance. Aülions de Charié. Ale de Juflice. Utilité des Conciles Provincianx.
Ouverture du Jubilé. Ferueur perfevérante dans l'éxercice des faintes Fon£lions.
Prifonniers délivrés. Pendant Année Sainte, Benoit XIII pourvoit aux befoins des
Etrangers par [es attentions; G° les édifie par [es éxemples. Témoignage de lAr-
chevéque de Ferme. Les Princes Catholiques € les Proteflans admirent [es Vertus.
Plafieurs Grands l'imitent dans [es Charités. Sa Sainteré vifite les Cardinaux ma-
dades; © honore leurs Obfèques de [a préfence. Comachio reflitué au Saint Siège,
Difcours du Pape 4 ce fujer : [a reconnoiflance envers l'Enpereur. Marques de
difiinilion, dont il honore le Grand- Maitre, © la Religion de Malte. Œuvres de
Mifericorde pratiquées , © recommandées par Sa Sainteré : qui paife quelques jours
en retraite 4 Monte-Mario. Vigilance fur tons le Troupeau : fur les Egli(es de la
Chine ; € de l'Arménie. Mort de Lucini, Evèque de Gravina. Suite des Atlions
du Pape pendant le Carëme : furtout dans a Semaine Sainte. Nouvelles Libéra-
dires, Reliques de S. Jean Orfini, ancien Evèque de Trau. Brefs du Pape 4 la Ré-
publique de Venife: 4 l'Ordre des FF. Précheurs : 4 l'Archevêque de Raguft.
Trois principales Qualités, qui gagnens à un Souverain l'afféélion des Peuples ,
réunies en Benoit X111.
SOMMAIRE DU Livre X L V.
UELLES avoient êté les vues de Benoit XIII en montant [ur le Caire de
Saint Pierre. Convocation d'un Concile Romain. Le Pape en fait les prépa-
tifs ; O l'Ouverture. Conclufion du même Concile. Pendant, S apres le Synode ,
le Pape publie quelques Confisturions Apofloliques , également utiles 4 plufieurs au-
tres Provinces. Travaux multipliés. Le grand Armement des Turcs donne de l'in-
quiétude aux Véniriens : le Saint Pere les raffure. Il appaife nne Sédition ; € ter-
mine quelques différends. 11 défend rigourenfèment quelques Jeux de hazard. Vai-
ne © criminelle curiofité , juflement condamnée. Benoit XIII favorife ceux qui
cnltivent les Arts, Cr les Sciences : particulierement l'Etude de la Théologie. Sous
fon Pontificas la Poëlie n'efi point [ans honneur. Bernardini Prefeti, Poëte Chre-
tien, eff couronne dans le Capitole, par ordre de Sa Saineré, Leitre x un Cardinal
Archevique, pour lexhorter & faire finir les difenfions. Etat de l'Eglife dans les
Pays-Pas. Conduite [chifmatique de “quelques Ecclefiafiiques , condamnée par le
Pape. Mandement dreffé par Sa Sainieré , © publit par le Cardinal Vicaire de
Rome. Sollicitude Paflorale. Priviléges accordés à différentes Eglifes. Bref de Sa
Sainteré au nonvean Général des FF, Prècheurs. Difcours du Pape aux Religieux
de fon Ordre, après le Chapitre Général de Bologne. Bref Apoflolique 4 l'Evèque
de Gravina. Le Pape travaille à procurer mne Paix générale entre les Princes
Chrétiens. Défend les Droits du Saim Siége. Lettres 4 fes Nonces, Réflexion pen
Senfte d'un Anonyme. Zéle de Benoît XII por l'Etude des Saintes si La
XV] TABLE DES NOMS
pour le Ainifiére de la Parole. Il veille à la fureté publique. À l'adminifiratios
de la Jufiice. An foulagement des Pauvres. Défenfes du Jeu de hazard réitérées,
Autres allions de zéle, € de piètre, Honneurs rendus à un Ambafladeur de Venife.
Sages Libéralités. Retraite a Monte Mario, Petit Voyage du Pape, Circonflances
de ce Voyage, Suite de finies Occnpations. Clorure du Jubilé, Le Saint Pere com
. smencc l'année 1726 par diverfes ailions de pieté. Fruits de fes Exbortations,
de fes éxemples. Ce qu'il écrit aux Evêques d'Efpagne. Ordonne l'éxécution d'un
Décret Apoftolique. Entreprife des Magifirats de Lucerne. Bref, que le Pape leur
adreffe, pour les rapcller au devoir. Critique maligne d'un Anonyme, qui montre
ar-tout autant de partialité, que peu de jugement. La fagcfe, C7 la modératiots
de Benoit XIII préparent les voyes à un accommodement. Nouvelles attentions pour
la fureté publique. Infulaires Aflaffins : arrètés, @ punis par ordre de Sa Sainterë,
Libéralites, © a£lions de Piére. Reclemens pour le bon ordre, & la Difcipline,
Ordres fignifiés à quelques Prelats, Le Pape édifie fes Freres dans le Couvent de
Monte-Mario. Saintes Aülions pendant le Carême. Pauvres foulagés, Baptème de
plufieurs Infidèles. Confccration de l’Eglife de Saint Jean de Latran. Miprife d'un
Ecrivain, Nouvelles faveurs accordees 4 l'Ordre de S. Dominique : dont le Pape
£ déclare le Protelleur. Il procure La réconciliation de quelques Princes Romains.
Mort du Cardinal Paulucci, Minifire de Sa Sainteté , © Doyen du Sacré Collège,
Charges données. Survivances, © Expellatives révoquées. Troubles prévenus , om
appaifés. Le Saint Pere fait apeller les Procwreurs de diffrens Ordres Religieux :
pourquoi. Morts tragiques. Allarmes dans le Royaume de Sicile. Benoît XIII re-
double fes Prières, G La rigueur de [es Pénitences. Fait éxaminer La jufiice d'une
Demande. Accorde des Graces à quelques Eglifes. Se prépare à mettre les Noms de
huit Bicnheureux dans le Catalogue des Saints. Supprime la petite Paroiffe de S.
Nicolas apellée des Prifons. Reforme quelques abus en faveur des Pauvres. Autres
attentions pour Le fonlagement des Peuples. Deux Difcours de Sa Saintete. Baptème
_ de quatre Juifs, & de fix Juives. Pourquoi ces Converfions étoient fréquentes [ous
le Pontificat de Benoit XIII? Sa Saintete propofe an Sacré Collége un accommode-
miens avec le Roi de Sardaigne ; & divers Sujets pour autant de Sicges. Création de
neuf Cardinaux. Son Difcours dans le Confifioire du 9 Décembre 1726. Cano-
nization de plufieurs Saints. Suffrages, © Difcours de M. Profper Lambertini,
lors Promoteur de la Foi. Le Pape fupprime nn Ufage introduir depuis La fin du
guatorziéme Siécle, Re is conforme 4 l'ancienne pratique dans la Canoniz.ation
des Saints. Nouvelles Liber alités. Par quels motifs, © fur quels éxemples Benoît
XIII avoit retenu l'Eglifé de Bénévent. Auentions particulicres pour ce Peuple.
Aile de Jufice. Le Cérémonial des Evêques ef} corrigé par Sa Saintere , G° publie
Rer fes ordres, Difpofitions pour un Voyage du Pape: [on départ pour Bénévent. De
quelle manière il fait ce Voyage. Arrivée de Sa Sainteié à Bénivent : [es premiéres
attentions. Sollicitude Paflorale, Vifises : Œuvres de Relision, de Chariré , 6 de
Pitié. Dédicace de l'Eglife de Saint Philippe de Néri. Audience donnée à plu-
feurs Princes, à quelques Prélats, © 4 tous les Curés du Diocéfe de Bénévent.
Ce qu'on fait cependant à Rome, € à Florence. Chrétiens enlevés [ur les Côtes apel-
es de Sainte Félicité. Ordres du Pape à ce fijer. Suite de [es Occupations, De-
Part, © Genérofité du Ponife. Paroles d'un Anonyme. Ce que Benoit X/11 fait 4
Capoue ; © an Mon-Caffin. Dédicace de certe Eglife. Difcours du Pape : qui
RaÏe par la Ville d'Aquin ; € [e rend 4 celle de Sexzxa ; on il figne la Bulle Pre
tiolus, Analyfe de ce Décret ; qui a été confirmé par Clément X11, en faveur de
le Doitrine d Saint. Thomas, Le Pane arrive & Rome. Ses premiers. fins, Précau-
DES HOMMES ILLUSTRES, &c. »xvi
Nons contre les Armatenrs de Tunis. Sollicitude peur les Peuples de Sicile. Sa Sains
teré effaye de terminer tous les Différends aves la Cour de Savoy. Lettre de
Roy de Sardaigne au Pape, qui, par fa fermeté, furmonte bien des difficulres;
© pourvoit aux prejfans befoins des Eglifes du Piémont. Invention des Reliques de
Saint Clément. Paix Générale. Liberalités du Saint Pere. Il recoit l'Hommage du
Duc de Parme, ° de Plaifance. Fait préparer une Famille Juive pour le Bapre-
me. Aile de [évérite, © de juflice, néceffaires. L'Archevèque Eleéleur de Cologrre
vient en Italie, pour y être facré par Sa Sainteté. Cure Confécration [e fait 4 Vr-
terbe dans l'Eglife des FF. Précheurs. Libéralités du nouvel Arehevèque. Pro ; o-
tion de quatre Cardinaux. Préfent , dont le Pape honore la Grande Duchee dè
Florence. Pardon accorde 4 nn Aroffat pénitent. Déméles des Lucernois avec le Non.
ce terminés. Saintes Occupations mulripliées. Récit de l'Archevêque de Ferme. Le
Pape ordonne l'éxécurion des Réglemens faits par le Cerdinal de Tournon. Reçois
des Lettres , © des Priféns de l'Empereur de La Chine.
SOMMAIRE DU LIVRE XELVI.
D Erotrns d'un Paflcur felon Saint Gregoire de N'aziarve, remplis Exaëles
mert par Benoit XILT. Il vent infbirer à tous les Fidéles un fouver ain refpett
pour le Saint Nom de Jr SU s. Confécration des Vierges. Bienfairs fpirituels €
femporels accordés aux Penrles. Quelques Converfions. Bref a P'Evêque de Pavie,
pour faire conffa:er les Reliques de Saint Augufln. Diverfes Tranflations de ces Re-
Bqnes. Elles [ont trouvées . une Eglife de Paie. Difputes à ce fuier. Sa Sain-
seré fair éclaircir le Fait, Jugement de l'Evêque de Pavie, loné , approuvé, © pu-
DIE par le Pape ; qui annonce cer événement 4 toute l Eglife. Zéle des Univerfités
de Plaifance, € de Modtre pour la Doëlrine de Saint Thomas. Le Saint Pere
répand de nouvelles Graces. Il déclare les cinq Cardinaux réfervés in petto ;
en crée deux autres. Bcarification de quelques Serviteurs de Den. Canonization de
Sainte Alargnerite de Cirrine. Privilèges accordés à quelques Villes. Générofic du
Pape envers le Chapitre de Sairt Pierre. Reconnoïiflance de ce Chapire. Aurres
œnvres de zéle, de Religion, € de Piété. Affaires de Sicile, € de Pologne , ter-
minées par la [içeffe de Sa Saimeré. Ce que Saint Gregoire de Nazianze 4 dit de
la follicisude de Ssirt Paul, peut ere applique a Benoit XIII. Etendue de [e Cha:
rite. Il prie, d fait prier pour la Sante du Roy Très Chrérien Entreprifes de quel-
ques Religieufes réprimées. Nouveaux ordres pour prévenir, ou arrèter les Fac-
fieux. Réflexions € gémiflemens du Saint Pere [ur les défordres pablics. Il excite
le vele des Pafteurs, par [es Lettres, [es exhortations , @ [es Exemples. Baptème
de plufieurs Juifs. Bref de Benoit XIII au Général des FF. Précheurs. Sa Sain-
tete n'approuve pas qu'on reçosve facilement les nouveaux Convertis, dans le Cler-
Le, on dans les 1. aifons Religienfes. Dans nn terms de calæmite , elle fournir des vi
œres aux Gèns de la Campagne. Exhorie les Peuples à la Pénitence, Adulriplie les
Anmônes, Traite favorablement um pauvre Gentilbomme. Chatie #n Aureur fatye
rique. ! rend des précautions contre les Fauffaires. Fait donner la chaffe à des Ps-
rates, Pendant que le Pewole [e livre à de profanes divertiffemens , le Saint Pere
redouble [ès priéres, @° [ès pénitences dans la retraite. Se prépare 4 la Canoniz4-
tion de Saint Jean Nésorwncéne Aer fon Nom avec folemniré dans le Caralogie
du Saints, Hiffire abrégée du Sains Marryr. Le Pape fixe le tems pour un fecvrd
d ij
2
wi TABLE DES NOMS
Voyage à Bénévent. Ce qu'il fait cependant à Rome. Création du Cardinal Cybo:
Départ de Sa Sainteré. Ses Aëlions dans [on Eglife de Bénévent. Sujets de confile-
tion pour le Peuple Romain. Celui de Bénevent cf} infiruit, édifié, [ecouru dans
fes befoins, par le Saint Pere, qui pourvoit aux beoins fpiriuels © temporels des
Malades. Affemble un Concile Provincial, Traite toujours avec honneur les Eve-
ques. Termine un grand nombre d'Affaires. Donne [a derniére Bénéditlion à un
Peuple chéri, É conflerne de [on départ. Les Peuples rempliffent tous les chemins,
on le Sains Pere doit palfer. Joye des Romains à [on arrivie. Il diffribue [es Dons,
G° fupprime des Impois. Continue les Fontlions Paftorales. Retour de quelques Chre-
tiens , enlevés depuis plus de deux ans par les Corfaires de Barbarie. Courage €
Jermere du Pape dans les plus vives douleurs. Il so difcontinuer , ni moderer
de travail. Il donne l Habit de Saint Dominique 4 deux jeunes Romains ; € reçoit
l'Abjuration d'un Gentilhomme Ecolfois Proteffant. Il fanitifie les foufrances, &
le travail , par une Priére continuelle. Difcours de Benoit XIII dans le Confifloire
fecret du 6 Juillet 1729.Créarion de deux Cardinanx. Mort précieufe de quelques
‘Chrétiens dans la Chine. Le Pape veille à la furetc des Cotes Maritimes. Fait punir
deux Affaffins. Autre aîle de juflice. Libéralités. Le Saint Pere n'ef} généreux qu'à
fes Ps Il n'accorde que difficilement des levées [ur le Clerge. Continue 4 don-
ner de beaux Exemples de défintéreflement, € de zéle. Application aux Affaires
du Gouvernement , 6 de l'Eglife. Beaïification de quelques Serviteurs de Dieu.
Retraite, & Occuparions. Emotion populaire dans quelques petirs Lieux, appaifee
par la fagefe, & la bonre du Pape. Il prévient par [e prudence une rupture entre
deux Cours. Des obffacles infurmontables s'oppofent quelquefois à [es bonnes inten-
fions. Il réuffit dans quelques autres occafions. L'indif ofition du Saint Pere aug-
mente 1oujowrs. Il ne laiffe pas de travailler avec La même application. Témoignage
de l'Archevèque de Ferme. Le Roi de Pruffe promet de favorifer les Catholiques
dans fes Etais. M. Salviaii vingt-nenviéme G dernier Cardinal de ia Création
de Benoit XIII. Maladies populaires à Rome. Dernitre maladie du Pape: faints
difirs de la Mort. Belles difpofitions pour mourir er Réflexions. Mort du
Saint Pape Benoit XIII. Ses Atlions font [on plus bel Eloge. Avantages accroif-
. femens de le eligion Chrétienne, fous le Pontificat de Benoit XIIL. felon la Re-
marque d'un illutre Hifiorien. Le Corps du Saint Pape cj} mis comme en d'pôt
dans l'Eglife de Saint t'icrre. On | depuis à le transférer dans celle de la Mi-
verve. En quel érat il eff trouvé le 21 Fevrier 1733. Relation fuccinte de cette
Tranflation. Portrais de Benoit XIII. Difiours de l'Abbé Affemani, prononcé
dans l'Eglife de Saint Pierre. Rélation d’un fait confidéré comme un Miracle,
Paroles du Cardinal Profper Lambertini , aujourd'hui NN. T. S. P. le Pape
BENO1ST XF.
LIVRE QUARANTE-SEPTIEME.
IL. THomas-MartE FERRARI, Maître du Sacré Palais, Cardinal Prêtre
du Titre de Saint Clément, | age 492
III. ANroniN CLocHe, foixantiéme Général de l'Ordre des FF, Pré
cheurs, | 508
IV. GREGOIRE SELLER: , Maitre du Sacré Palais, Cardinal Prêtre du Ti-
tre de Saint Auguftin , s81
V. Guisraums MarreL, Miflionnaire Apoftolique dans les Ifles de …
mérique, 397
DES HOMMES ILLUSTRES, &c. xxis
LIVRE QUARANTE-HUITIEME.
VI. VincenT-Louts Gorrt, Patriarche de Jérufalem, Cardinal Prêtre
du Titre de Saint Sixte, | 640
VII. François GiL DE FEDERIC, & | |
VIII. MATTHIEU - ALONZE LeziNtANA , Miffionnaires Apofto-S 68e
” liques, martyrifés dans le Tonquin, l'an 1745, |
JX. FRANÇoIs- FERNANDEZ DE CariLLAS, Miflionnaire Apoftolique ;
Martyr dans la Chine, : 732
X. Pierre-Martyr SAnz, Evêque de Mauricaftre, Vicaire Apoftolique.
_ dans la Province de Fo-Kien, martyrifé à la Chine l'an 1747, 736
_ XI. François SERRANO , Evêque de Tipafa , & Coadjuteur au Vicariat
Apoftolique, Martyr, 758
* XIS. Joacxim Roxo, Mifionnaire Apoftolique, Martyr, hd,
XIII. François Diaz, Miffionnaire Apoftolique, Martyr, 759
XIV. JEAN ALCOBER, Mifionnaire Apoñtolique, Martyr, lbid,
XV, LETTRE écrite du Tonquin, qui fait connoître l'état de la Religion
: Chrétienne dans ce Royaume, 72
XVI. Discours de N, S. P. le Pape Benoît XIV, touchant la Mort pré-
. cieufe & le Martyre de l'Evêque de Mauricaftre, |
Fin de la Table.
. | "À . dii
EE TU
APPROBATION de A1 SALMON, Dolfeur de La Maifon O7
Société de Sorbonne, & Cenfeur Royal des Livres, |
» Ar li par l'ordre de Monfeigneur le Chancelier , les Livres XLI, XLHT,XLIIT, XLIV,
XLV.XEVI, XLVIL, XLVIU , de l’Hiffoire des Howmes Ilufires de l'Ordre de [ains
Dominique. Ce tixieme & dernier Volume de cette Hiftoire, ne céde point à ceux que
nous avons du méme Auteur. Je ne doute pa; qu’il ne foit IG du Pubüc avec le même
plaifir, & la mème facistaétion, Je n’y ai rien trouvé qui puifle en empécher l’impietlion,’
. A Paris ce 18 Novembre 1749. |
: SALMON, Docteur de la Mailon
& Société de Sorbonne.
APPROBATION desT héologiens de l'Ordre.
L A lecture que nous avons faite de ce fixiéme & dernier Tome de
l'Hiftoire des Hommes Illuftres de notre Ordre, a mis le comble aux
fentimens d'approbation & d'admiration , dont les T'omes précédens nous
avoient déja remplis; puifque , avec la joie de voir cer excellent Ouvrage
heureufement conduit à fa perfection & à fa fin, nous avons trouvé dans
ce dernier Volume non-feulement toute la beauté, l'élégance, & le mé-
rite des précédens ; mais de plus un fond de Matiére, & un choix des Su-
jets les plus grands, les plus riches, & les plus intéreffans. L’Hiftoire du
_très-Saint Pape BENOîÎT XIIT, qui remplit la plus grande partie de ce
dernier Tome, en nous repréfentant un Souverain Pontife digne des pre-
miers Siécles de l'Eglife, &' qui de nos jours a remrli le Monde entier de
l'éclat de fa Sainteté, & de l'odeur de fes Vertu,, ....2roit feule a ce Vo-
lume un prix & un mérite le plus diftingué. Quel accroiffement de richeffe
& de prix ce même Volume ne reçoit-1l pas encore, par l'Hiftoire du Mar-
tyre di Saint Evèque de Mawricaftre , immédiatement précédé par la glo-
rieufe Mort de nos deux Martyrs du Fonquin, & auffi immédiatement
fuivi du Martyre dè fes quatre Compagnons, tous Miffionnaires de notre
Ordre dans la Chine, où ces généreux & intrépides Défenfeurs de la Foi
viennent tout récemment de répandre leur Sang pour JEsUus-CHRIsST,
Qu'il eît confolant pour nous d’avoir été chargés de nous expliquer fur un
Ouvrage rempli de tant de merveilles, & fi recommandable par la richeffe
des Sujets, & par le rare talent de l’Auteur à les traiter; mais qu'il eft en
même tems honorable pour nous, de voir l’approbation que nous avons
donnée , & que nous continuons de donner à cet Ouvrage, magnifiquement
& conftanment confirmée, & pour ainfi dire couronnée, par l’approba-
. tion & les Eloges multipliés du grand Pape qui remplit ÿ dignement la
Chaire de Saint Pierre, & qui.ne fe laffe pas de répandre fur l'Ouvrage
& fur fon Auteur , les témoignages d'approbation & d’eftime les plus écla-
tans & les plus diftingués, Nous fommes perfuadés que ce dernier Tome
ne plaira pas moins à Sa Sainteté , que les précédens. Dans l’éxamen que
ces
nous en avons fait, nous n'avons rien trouvé que de très-conforme aux
Régles de la Foi & des Mœurs. À Paris, ce 23 Août 1749. :
+. A. l'Ordre des FF. Précheurs.
. «3
n Re
…. de l'Ordre des FF, Précheurs,
| | | HISTOIRE
F. JeAN-ANDRÉ VassAL, Profeffeuren Théo: re, de .
- Ta ÆF. BERNARD MONTPELLIER, Profeffeur en Théologie,
Fe LS OR A:
+. B L E.
ÉRÉÉSREN ET ALPHABÉTIQUE
Des Noms de tous les Saints ; @* des Hommes Illufires, di
l'Hifloire. eff contenue, où dans les [fx T'omes dé cet Ouvrage,
où dans les deux derniers Livres de la Vie de S. Dominique.
Ceux-là PR cé par le To. & ceux-ci par le Liv,
A
ER : To. IL. p. io.
ACCIAJOLI ( Zénobe ) Préfet de la Bibliothèque <! Ve-
; tiCa,, _. = To: III, p. 708.
‘; ADVARTE ( Diégue) Evêque . …. _- - - To. V,p. 181.
Acnr( Thomas de Léontine ) Patriarche, - - Liv. LÉ p. 67.
ÂALBALATE ( André) Archevêque. : & e - To. Ï, p: 367.
B. ALBrRT LE GRAND, Evêque, Docteur > — - Liv. 1, pe 79.
. ALCOBER ( Jean.) Martyr RS - 5 = - To. VI1,p.7ç9.
— ALPORRANDIN : Evéque de Gubio , «: : - - . To. II, p. 486.
* ALDOBRANDIN ,; Evêque, Vicaire du Pape Gregoire x > To.l;,p. 380.
ÂLE’XANDRE LE Luco, Martyr, - - To. V, p.376.
ALEXANDRE { Nocl ) Doiteur de Paris, - = = To. V, p. 804.
ÂLPHONSE DE Burços , Evêque, -. - .... . - To. IL, p. é93-
B. ÂLVAREZ DE CORDOUE, - . s_S'i'er Ao-llls P. ‘08.
ALVAREZ DE TOLEDE, Cardinal, . … = .- ” « To.lV,p.168.
ALVAREZ (Diego) Archevêque de Tranÿ, - - - To: V,p.123.
S. AMBROISE DE SIENNE» - - ‘= To. I, p. 441.
AMISIS PE‘SOLAR ; Compagnon deS. Dominique, Ce Liv. V,p. 578.
B. ANDRE’ DE FrANcHIsS, Évèque, + = - 2: To.ll,p. 478,
ANDRE DE LA Tour, Archevêèque, - - "To. Il, p.495.
. ANDRE’ LE LONJUMEAU, Ambañfladeur , & Nonce , >. = To. 1, p.167.
ANDRE BF CONSTANTINOPLE ; Archevèque de Rhodes, To. Ill, p. 264.
- AÂNG£ DE PEROUSE, Evêque, - - - > To.ll, p. 130.
ANNIBAL ANNIBALI ,; Cardinal, - | _ To.Ï], p. 162.
Annius { Jean de Viterbe) Maître du Sacré Palais, > “+ To.lll,p.6fçs.
ANTOINE LE Qu » Fondateur, - - - + To. V, p.413.
$. ANTONIN , Archevêque, Ambaffadeur, - To.ll!, is 3 19.
rs T SEGARRA ; Confefleur du Roi d’Arragon To. 1, p. sos.
acques = L = |
AS€ELIN » OU ÂNSELME, None. _ - - - To. ], p. 145:
5. AUGUSTIN DE-GAZOTHES » Evêque, - - - . To.ll, pag. 1.
AviLA ( Jofeph-Marie) Evèque, - | - To. V,p. 387.
L EL ( Martial ) Général des FF, Précheurs , To. Ill, p.497.
; B. |
| E- AD1A {Thomas de ) Cardinal, - - To.IV, p, 116:
Bazarpis { Jacques de) Evèque, + To.Ill,p.17%
: BanDez Vincent / Général des FF. Prêcheurs -: = To. Ill, p.67$.
Tome VI, À
Vie de S. Thomas
Ibidem.
À] TABLE GENERALE ET ALPHABETIQUE
BANNEZ ( Dominique ) Docteur de Salamanque, - To. IV, p.750
BaroON ( Vincent ) Auteur François, = - -, - To. V, p: 489
BaRRIENTOS-{ Lopez de ) Evêque, + = To. III , p. 441
B. BARTHELEMY DE BOLOGNE ; Archevque » Apôtre d'Ar-
menie , =: = To. Il, p. 108
B. BARTHELEMY DE BRAGANCE , » Evôque ; ue, Nonce RE Liv. V ,p.5ç08
D.BARTHELEMY DES MARTYRS ;, evêques - - To. IV, p. $93
Breccaria ( Hipolyte-Marie ) Général: des FF. Prècheurs, To.IV ;, p. 727
BenaAvipes ( Michel ) Archevêque, - = Oo. IV ;p. 771
B. Benoiïr XI, Pape, - - - _ To. I, p. 6çf
Benoit XIIL, Pape, & à nu To. VI, p.1:
. BeNoîr D'ANSINAGO ; Evêque » Nonce, - - To. Il, p. 194
‘: : Benoîr ( Jean de) a _— To. Il, p. 653
BEQuIN (Raymond ) Parriarche , Ur. ° - To. II, P. SI
BERANGER DE | Légat , Archevèque ; = To. 11; p. 63
BERNARD D’ALBUQUERQUE ; Evêque ; - - = To.IV, p.45
BERNIER | Jérôme ) Cardinal, _ = Tom. V; p.x
BerrHA ( Thomas de ) Evêque,, - - = - To. 1, p. 28ç
BERTHANO ( Pierre) Cardinal, - - To. IV, p. 183
BERTRAND DE GUARRIGUES» Difciple de S. Dominique, Liv. VI, P. 6
BLancuis { François-Archange de) Cardinal, : - - To. IV, P. 46
BoNAVENTURE DE VERONE ; Compagnon de S. Dominiq. Liv. V, P. $80
BoncaAmaio ( Jacques ) Evêque Légat, - To. 1, p. 171
Bonezz1 ( Michel) Cardinal Légar, - « - To. IV, P- 699
BonN1IFACE DE.FIESQUI ; Archevèque Légat , =. - To. l,p. $67
BONvisE DE PLAISANCE, Compagnon de S. Dominique , Liv. V,p. $79
Bosquer ( Albert} Evêque,. - . - Livv, P. $4$
| Bzovius { Abraham } Annalifte, _ = = To. V, Pe 14
C:
| C ABRERA (Alphonfe de ) Prédicateur du Roi d’Ef-
pagne - - To.IV,p.73f
CAJÉTAN (Thomas de Vio) Cardinal Légat, To. IV, p.:
CazescaAs ( Emanuel ) Auteur Grec, - - - - To.1l, p. 654
Cazesrius ( Ange ) Evêque, - — To. IV, p. 636
CAMPANELLA ( Thomas) Philofophe ; - - - To. V, p. 225$
CanNDipE ( Vincent )/ Maître du Sacré Palais, + . To. V,p. 364
Cawo ( Melchior ) Evêque , Théologien ;, = : - To.IV ,p. 193
CAPELLO { Marius-Ambroife ] Evêque, EE To. V,p. $06
Cairirias ( François Fernandez de ) Martyr, - - To. VI, p. 732
Carisuccui { Raymond ) Cardinal, - - .- To. V, p. 649
CARBONEL { Thomas] Evêque, - - - To. V, p.613
CarraccioL1( Nicolas) Cardinal Légar, - = To.ll, p. 603
CARRANZA | Barthelemy de ) Archevëque Primat, - - To. IV, p.421
. CARRE’ ( Jean-Baptifte — - se To. V, p. 346
CasANovA [ Jean de } Cardinal Legat, - - . - To.lll, p. 196
CasaATE ( Thomas de } Cardinal, - - - To.ll, p. 622
CaAssETA ( Salvi) Général des FF. Prêcheurs ; = - To.lll,p.s16
_ CATHARIN ( Ambroife ) Archevêque, - To. IV ,p. 127
| Ste CATHERINE DE SIENNE » ; Vierge du Tiers Ordre de Saint
Dominique, = - - To. Il, p. 4938
CavaLtErI { Marcel | Evêque , - T. VI, 6$ »16$.
CeLLANI ( Pierre ) premier Difciple de S. Dominique > Liv. VI, p. 674
.. CENDRA ( François de) . - = _» To. L p. 483
. CENDRA | Pierre de ) To. I, p..481
$. CESLAS s Fun des premicrs ; Digiples de S. Dominique ; Liv. VI LP: 622
» 1% .
DES NOMS DE TOUS LES SAINTS, &e iÿ
CHARLES D'ALENÇON , Prince du Sos Frames Atche- -
vêque, - ; se, To. Il, p. 481
CHATAGNE” { Antoine ) zélé Miffionnaire, ji - To. V, p. 782
CHRISTIANI ( Paul } Catalan Sçavant dans les Langues > To. l;,p. 484
Craconius { Alphonfe) Ecrivain, : To. 1V ,p. 74$
CranTEe's ( Ignace ) Evêque, - _ - To. V, p. 475
. CrantTe's ( Jofeph-Marie) Evêèque, - To. V,p. 480
CLair DE Borocne , Difciple de S. Dominique, = Liv: V,p.x66
CLEMENT, Ecoflois, 5 cé. Éi: VI, p.736
CLERE'E ( Jean) Confeffeur dé Louis XII > » LP: +. To. Ill, p. 63ç
LOCHE ( Antonin) Général des FF. Prêcheurs , + . To, VI,p. 508
CoErFeTEAU ( Nicolas) Auteur, Evêque, . - - To. V , p.47
CorLonxe (Jean) Archevêque, ° > - . To. 1, p. f09
CONRAD D'ALLEMAGNE; - - + Liv. V, p. 581
ConraD D'AsTE , Général des FF. Précheurs +. To. Hi; p. ç03
CooLs ( Reginal) Evêque, … + To. V,p. 717
. CONRAPIN DE BRESSE, - = =, To.lli,p.1££
. CoNSTANTIN DE Mepicis, Evêque Ééget, = + To.l, p. 166
CoNTENSON ( Vincent } Théologien. François Si To. V, p..498
bai Jacques ) Difciple de S. Hyacinthe , = To. L pe as
D... MU
B. Dr Mower, = = »- To. I,p.z2rr
DANTE' naee ERÉAUE » _ = es. + To. LV, pe 639
DavrzA ( Augu NU EvSdtEs ee + - : —- + To.lV,p.764
Des ANDES ( Noël) Evêque, : = - = © - To. V, p. 268
DezzA ( Diégue ) Archev EME To. HI , p. 722
Diaz (François) Mactyr, - To. VI, p. 759
Disco ps CHAVES; Conféffeut de la Maifon Royale d'Ef-
pagne , 2 »« To. EV ,p. 741!
. DIETRER DE Nassau ; Archevêque 1e ; Eledeur de Trèves, To. I, p. 737
DOMINIQUE DE FLORENCE, ÂtC dé -e : =! To. Hl;p.irt
= Donar ( Fhomas) Parriacche , PE To: HI, p. 667
Doucin (Guillasne Evêque , Nonce Apoñolique » To. Il, p. 314
Duran DE SAINT PourÇa«IN ; Evêque, - . ».To, Il, p. 136
Es. RAYMenwp»; Général des FF, Précheurs -"- To. IT, p.6re
Eue-Rorsrr, Evêque, +. +7 "E Ets V,p. ‘44
ETtENNE , Archevêque ; Ce = e " Liv. V,p. 584
Enuric (Nicelas ) Auteur Catalan OO à. ‘3 To. Il, p. 632
F.
Fasss ( Jean ) Evéque , - . = To. IV, p. 66
Fasn:s ( Sixte) de Eucques, Général ‘des FF. Précheurs > To. lV, p.721
Fe’neric ( Gil de) Martyr, . - To. VI,p. 688
FERDINAND DU CHATEAU , Ambaffadeur 5. + To. IV, p.694
FERRARI bc Cardinal, - = - To. VI, p.492
Forsrio (Fr ançois ) Théologien Portugais , = - To. IV, p.472
FoscHArARI (Gilles ) Evêque, -: - - - - To.IV;p.239
Fourre’ ( Jacques) Evêque, . - . To. IV ,p. 161
FRANCO DE PEROUSE, Archevêque, & Apôtre dans la
Perfe , - To. I, p. 778
FRANÇOIS DE CAmER1No F Miffionnaire en Orient, 8 Ar |
chevèque ; Se : er To. Il » Pe 147
x i
iv TABLE GENERALE ET ALPHA BETIQUE
FRANÇOIS DE LA CROIX, Evêque, Sn
| FREAUVILLE Nicolas de Le ) Sie Légar, > -
G-
Gars Auguftin Cardinal ; L -
Garce's ( Julien)-Evèque, . -. |
‘GASPAR DE LA CROIX; Mitfionnaire , | premier Prédica.
teur de Ja Foi dans la Chine ’ - - =
GASPERT ( Hugues) Evêque, - - . - :
= GaATTi1 { Jean-André } Eveque, RE
GAUTIER DE VINTERBON,; Confeflcur du Roy d'Angle-
terre ; & Cardinal, -
GEOFROY DE Di eu. Confeffeur de Sainc Louis Roi
de France ,- - - =- . - O0. [ , p. 292
B. GILLES DE SAINTE- IRENE - - © - Tom. 1], p, 36
= GoaARt Jacques) Miilionnaire, & Écdivdin; = . V ,p. 357
GODEFROY DE BosDuc, Evèque , : = 0. IV ,p. f$E
Gopieu ( Guillaume de} Cardinal Légar Apoñtolique; - To. 11, p.174
B. GONÇALE’Ss D'AMARANTHE ; Tom. L P. 61
Gorri ( Vincent-Louis) Cardinal, - - - To. VI, p. 640 -
B- GUALA ; Evêque ; Nonce, - = - = … Liv. V ,p. 39
CIDONIS. { Bernard) Evêque , Nonce, . - To. I, p. 94
;: GuIENcOURT-{ Jean ) Conécifeur du - Roy 4 France .
Henry IL, , - - - To. IV ,p. 1$$
GUILLAUME DE CHartREs, Chapclain de S. Louis, - To.I, p. 3or
GuiLLAUME DE Horun , Ambañladeur, Archevêque, To. I, p. 603
GuILLAUME DE LAUDUN , Nonce, Archevéque , - - Toll, p. 318
GUILLAUME DE MeczesFtip ; Cardinal, - To. E, p. 727
GUILLAUME DE MONTFERRAT ; Difciple de Saint Do-
- minique, ,: + Liv. V,p. (53
; GUILLAUME DE MorsecA , Archevêque , = To. 1, P. 410
-GuiLLAUME DE Tripozi, Miffionnaire en Orient, - To. 1, p. 288
. Gui DE Suiziy, Archevèque, :- - 7. + To. I, p. 40$
. Gui pe LA Tour-pu Pin; Evèque,. + + + «To. > Pe 474
H.
Have (-Antoine ) Evêques = + +: 3: :To.IV;p. 238
B. HENRI AMAND DE SUSON ; - To. Il, p. 436
HENRI D'ALLEMAGNE ; Compagnon de S. Dominique s Liv. VI, p.72
HENRI D'Urrecur , -. Liv VI, p.71
Henri Poonotis, Evêque, Légat Apoñtolique - + To. I, p. 240
HErcuLANI: ( Vincent) Evêque, - = = To.IV,p. 543
Houvarp : Philippe-Thomas) Gardinal, “+ = To. V,p. 698
* Hucouin DE Rimini, Evêque, -. -,. - +. Tol, p. 64
. HyGoLiN DE SAINT Marc, Evêque, : Le _ - To. Il, p. 311
Huçurs Ayseuin , Cardinal , - 7 +: To.l, p. 573
. HyçuEs .DE SAINT CHER, Cardinal Légat, ; Ne - To. I, p. 200
Hum&err I. Dauphin de Viennois, 7 7 To. Il, p.36$
HUuMBERT DE Romans, Général des FF. Précheurs - To. I, p. 310
S HyYAciINTHE > l'Apôtre du Nord, - + Liv. VI, p.588
Hi DE MANTOUE; Evêque -.. + * To. Il, p. 134
.. JACQUES DÈ MEVANIA». + 0e =... — » To. 1, p. 619
To. V,
12f
To. II, 2
P- 3$
To. V , p. 198
To. IV, p. 107
To. VI, P. 729
To. Il, p. 48
- To. HT, FE. {3
- To. I, P- 719
. JACQUES DE PLaisANcE, Evêque, ; .
.B. JACQUES SALOMON ,
: DES NOMS DE TOUS LES SAINTS, &c. v
- Tom. L, p.133
a TT co 7 To t,p. 763
JACQUES DE puraGins , Archevêque, … - To. 1, p. 583
Jaxsensoy ! Melle illuftre Dctenfeur de la Foi, - To. V, p. 284
— ( Corneille - M 7 + + To. V,p. 289
———— ( Dominique ) - - - - To. V, p. 291
———— ( Léonard 2 =. _- To. V, p. 294
Jean 11, Archevèque d'Upfal, 7 - + To. l,p, ç22
B. JEAN-DominiQue ; Cardinal de Ragufe, Légat, - To. Il, p. 702
. JEAN DE DERLINGTON , Archevêque , Ambañfadeur ,. — To. I, P. 41$
la » Evêque en Géorgie, -. … To. II, p. 120
_ Jean DE Lau, "i a: s 7 - To. I, p. 733
B. JEAN Micon, faint & LES Prédicateut , . To. IV , p. 489
. JEAN DE Montnotr, Théologien au Concile de Flo-
rence ; . E - " - - To.lll, p.
JEAN DE Mouzins, Cardinal, - - - To. Il : à :
EAN DE NAVARRE ; Compagnon de S. Dominique, - Liy. VI, p. 656
*#JEAN DE NEuCHATEL , Cardinal, - - . . T6. 11, P. 623
EAN DE POLE, Archevëèque, + - - — -To.I, P. S16
EAN DE PORTUGAL ; Evêque, = - = To. V;, p.126
EAN DE Puinorx; Evêque, Viceroi, - =. - To-IIl, p
EAN DE RAGUSE , Nonce à Conftantinople, - + “TG.IIl, D. 246
EAN DE SAINT GILLES, -
3 RE NE TC UNE 1, p.
EAN DE $. THoMAs, Confefleur du Roi Philippe IV, . V,, U ns
EAN DE VERCEIL , Général des FF. Prêcheurs, Légat, To. 1, p. 418
. JEAN DE Vicence, Difciple de S. Dominique, - - Liv. V, p.18
EAN LE TEUTONIQUE; Evêque, _ = + Tom. 1, p. 9
LDEPHONSE HENRIQUEZ,; - = + - To. V, p. 588
INNOcENT V; Pape, . - s = . — To. 1, p. 344
OSEPH DE TEXARA, Prédicateur du Roi Hentill, To. V , p. 39
. JourDAIN DE SAxE, Général des FF. Prêcheurs, - Liy. VI, p. 69$
UCONDE ( Jean de Vérone) . É * To. III, p.70
USTINIANI ( André ) Evêque, . = . To V, p.11
= ÉAusate Evêque, - 7 T7 * To.IV,p. 302
———— ( Auguftin ) Evèque, ue 7 To. IV, p. 26
———— ( Déce) Evêque, - - - . * To. V. p. 241
——— ( Jérôme ) Evêque, . = 7 To. V, p.13
———— ( Paul ) Evêque, & Nonce, "+7 = To. Ill, p. 649
( Timothée ) Evèque, - 7 7 To.IV, p.195
{ Vincent ) Cardinal, - -
LA To. IV , p. $27
K -
K ILouaARst: ( Robert ) Primat d'Angleterre ;» Car- . +
LE ON À É 7 To. I, p. 397
L.
L: NUZA ( Jérôme-Baprifte de ) Evêque; . = To. V,p.s
Lapasse | Barthelemy de ) Evêque ;, Nonce Apoftolique ; To. III, p. 38
$
t
Las-Casas ( Barthelemy de) Evêque, Protecteur des In-
diens ; - = Ne _+ To. IV , p. 240
Laurent AnGzois , Difciple de S. Dominique, = Liv. VI, p.659
LE®ANDRE ALBERT, Auteur Italien, - . - To. IV, p. 1213
LepesMA ( Barthelemy de) Evëque, . - To, IV ,p. 767
Lemos ( Thomas de ) Auteur Efpagnol, - =, : To. V, p. 103
LeonarD DE Daris, Général des FF. Prècheurs , Légac |
Apoftolique ;, : = = L #. + :: To. li,p.i3o
| + 1}
V]
= - - To. IV ,p. 558
Louis 5 VALLADOLID, Ambañfadeur, - - To. II], p. 207
Luccini ra Evèque, - a 7 T.VL:191,280
Luccini ( Louis-Marie) Cardinal, - = To. VI, p. 192
M.
Mais ( Vincent) Cardinal, - - To. V,p. 449
Maxerzi( David) Archevêque, - se 1, p. 136
- MaLvenNDA ( Thomas ) Commentateur de l'Ecriture
Sainte , _ - - = - To. V , p. 78
B. Manez DE Gusman, Frere de Saint Dominique ; Liv. VI, p. 648
B. MarAMALDI( Gui) : - do. IT, p. 627
Mazza ( Thonras ) Commiffaire Général du Sainr Of
* Nicozas pe S. SAruRNIN » Cardinal , p To- JI, p. 577
. Louts BERTRAND : Apôtre des Indes Occidentales,
TABLE GENERALE ET ALPHABETIQUE
LEoNARD DE PERousE, Maître du Sacré Palais, - = To.Ill » P. sos
LeonarD DE Scio ; Archevêque ; Nonce à Conftanti-
nople , . . . - - - To.lIll, p.356
LeziN1ANA ( Matthieu-Alonfe) Martyr, - - To. VI, p. 309
Lisezii ( Hyacinthe) Archevêque, Vice-Légat, - * To. V, p. $79
LoayzA { Garcic de ) Cardinal, = L To. IV, p. 93
LoayzA (Jérôme) Archevêque, - - - To. IV , p.410
Lopez ( Gregoire » Chinois, Evêque, - - To. V ,p. f87
Loprez ( Jean) Evêque,
Louis DE GRENADE,
MariaLrs ( Xantes ) Confciller de l’Empereur Ferdi-
nand Ill, - RCE - To. V, p.430
Marinis ( Dominique de) Archevêque , Vice-Légat, - To. V; P. 4ç9
Maninis { Léonard de } Archevêque , Légat Apoltoli- |
que , - se . - To. IV ,p. 393
MarTEL ( Guillaume) Miffionnaire, - - To VI,p. 87
ARTIN PoLonois, Archevêque, Primat, - - To. I, p. 374
MassouLir ( Antonin) Théologien François, = To. V, p. 7ç1
Marrnteu , L Abbé ;Difciple de Saint Dominique , Liv. VI, p.61
B. MATTHIEU CARRIERT; _. - = o. Ll,p. 476
._ Mauczerck { Gautier) Evêque, . = - To. 1, p. 127
B. Maurice , Prince de Hongrie, + - = . To. 11, p. 159
Mazarin (Michel) Cardinal, - . To. V, p- 278
ce , - - = - 2, © 10-V p.614
MicnaELis ( Sébaftien ) Reftaurateur de la Vie Régu-
iére » - - e = - V ;, p.19
Mice pe FaABRA, Confeffeur du Roi d’Arragon Jac-
ques 1, - ne - Liv. VI, p.662
Micuet-FRANÇOIS DE Lire, Evêque, - - To. Ill, p. 663
Moxcape ( Guillaume de) Evêque, - "To. I, p. 741
MonrrA DE CREMONE, Docteur de Bologne, - Liv V, P. 74
Moxnroy ( Antoine de ) Archevêque, Primat de Galice, To. V > P. 791
MoRANDI DE SIGNIA , Evêque , - To. 1, p. 393
Muxio DE ZAMORA, Evêque, . e = To. 1, p. 609
N.
N AVARETTE ( Dominique) Archevêque, - - To. V,p.ç27
Nazamius ( Jean-Paul) Ambañfadeur, " : To. V, p. 258
. NicoLAS DE GIOVENASSE, - : ? æ Liv. V, p.567
NicoLAs DE Hanars, Patriarche, - : To. I, p. $29
Nicoras DE PRATO , Cardinal , - : - To. I, p. 70$
O. |
To. IV ,p.48ç
—
en RS, a np ee us
DES NOMS DE TOUS LES SAINTS ;&c. vij
Nicer (Pierre) Théologien Allemand , - To. lIIl,p. ç2
Niver (Jean) rhéologien , Nonce du Concile de Bâle, To. Il, p. 21
O.
O Do ON ; OU OTHON DE LA SALE, Archevêque » - + II, p. 44
OPHovius "(Michel | Evêque, To. V, x 170
OsmaAn OTToMAN, Fils de l'Empereur Ibrahim ; - To. V, p. 539
P.
De. { Santés ) Auteur leuens, = - To. IV, p. ss
PAPERONI , Evêque ;, - To. 1, p. s1
PARv1 { Guillaume ) Evêque, = = - To. IV, p. 38
._ PascaL DE FontTEcAsTo, Evêque ;, : . To. III , p. 697
B. PauLz DE HonGrte, Martyr; - - Liv. VI,p.638
Pau {Pierre / Miffionnaire Apoftolique » > — To. V, p. 840
PERAULT ( Guillaume ) Evêque, - - To. 1, p. 182
Puiripre , Supérieur des Miffions dans la TerreSaintes Liv. VI, p.739
. Puicippe DE PERA, Auteur Grec, = - - © - To.Il,p. 651
S. Pr V,Pape; - 0. [VP D. 306.
PIERRE D'ÂLCALA » Vicaire Apoftolique dans la Chine » , To. > P-. 739
Pierre DE BERGAME, Théologien, - o. III, p. $29
Prenre DE HERERA , Evêque, - = - = = To. V, P. 126
PIERRE DE LA PALLU , Patriarche, - - To.I1l,p. 223
S. PIERRE GONÇALE’S; ou S. ELME, - - To. 1, p. 49
B. Pierre DE PALERME, Vifiteur Apoftolique = To. III , p. 304
Prerre De Rerms, Evêque, - . - Liv. VI, P,732
PIERRE DE SAINT ÂSTIER ,; Evêque , = _ To. 1, p. 303
S. PIERRE DE VERONE ; Martyr, - Liv. V,p. 480
PimMenTeLz ( Dominique ) Archevêque Cardinal, - - To. V,p. 337
Piny ( Aléxandre ) Auteur François, - + ° To. V; p. 774
PIROMALLI ( PAUL) Archevèque , e - To. V,p. 435$
PORE’E ( MAR Evêque, Ambañfadeur ; = + = To. LI, p. 144
Q U1riINi( Jérôme) Patriarche, - - To. Ill, p. 673
R: ;
Rasa (Pierre) Evèque, - = To. UT, p. 336
Raouz DE FAENZA ; Compagnon de S. Dominique , - Liv. V, p.562
B. RaymonD DE CaAPOUE, Général des FF. Prêcheurs, To. II, p. 660
RAYMOND DE FELGAR ; Evêque, - Liv. VI, P. 679
S. RAYMOND DE PEGNAFORT ; Général des FF. Précheurs, 0 1, p.1
RAvMonp pu Ponr, Evêque, - - = - To. 1, P. 754
Ravmonn-MarTiN, Auteur Catalan, - - o. I, p. 749
RAyMonD DE MEVILLON; dd : — 7e 0. L; P. $60
ReINIER , Evêque de Maguelone , . - To. I,p. 310
REINTER DE PISE» - - - -- To.l, P. 319
REINIER DE PLAISANCE » L -. - To. 1, p. 313
-_ RenauD, Primat d'Irlande, - - - - - Liv. Ÿ. P. $ç2
B. RENAUD DE SAINT GILLES a - Liv. VI, p. 688
Riccarpt ( Nicolas) Maître du Sacré Palais ; - To, V. p. 218
Ricuanrp , Evêque de Cherfonne ; : = To. Il, P. 147
Ricozo: DE Mont-CRoïx ; Miionnaire dans l'Orient, To. 1, p. 759
vij TABLE GENERALE ET ALPHABETIQUE
ROCABERTI Ge de ) Archevêque, - - Tom. V, p. 7
Ropozpue ( Nicolas ) Général des FF. Prêcheurs, = To. V » P. 296
RocEr CALcAGNI, Évêque, : _ _ To. I, p. 413
RoGEr DE LEONTINE, Evêque, Légat, Oo. - To. I, p. 176
RocLAND DE CREMONE, Docteur de Bologne, = Liv. V, p.69
Rosezzt ( Nicolas) Cardinal, .. _ - To. II, p. 410
RossAT cu de) Evêque ,' = - se: To. I, p. 642
Royo ( Joachim) Martyr, - - - - To. VI, p.768
RurriN (Philippe de‘) Cardinal Légat, . - To. IL, p. 65
Rurro ( Thomas-Marie ) Archevêque, - - - To. V, p.618
, : ne " ; È $,
B. S ADpoc; Martyr,. - _ .
— = u Liv. VI , p. 646
ALTERELLI ( Simon) Archevêque, Primat, + - To. 11, p. 138
SALUCES ( Auguftin ) Prédicateur des Rois Philippe II, |
& Philippe III, -— - à - To. IV, p.7;8
SANZ (Pierre-Martyr) Evêque, - = = To. VI, p. 736
.. SARRIA ( Thomas de) Archevêque, . . - To. V,p. 570
SAVELLI ( Jean-Pourdain ) Archevêque, - - To.l, p. 646,
SAVONAROELE { Jérôme) - à - To. Ill, p. $6g:
SCALIA os Cardinal , : _ : To. V,p. 212
ScALIA ( Déodar) Evêque, - : = = To. V,p. 211$.
SCALIGER (Pierre) Evêque, . - à : - Liv. V, p.550
SCANDENLAND ( Jean) Évêque, - - = To. II, p. 466
SCHOMBERG { Nicolas) Cardinal, è . - To. IV , p. 48
SEELERI ( Gregoire } Cardinal, - = , To: VI, p.8#
SERRANO ( François } Martyr, . - .. - To. VI, p.78
SERRONI ( Hyacinthe ) Archevêque, - . To. V, p. 600
Siccus ( Séraphin) Général des FF. Prêcheurs, + : - To. V, p. 88
SILVESTRE MozOLiNI- Maître du Sacré Palais, = To. II], p. 716
SIMON DE CONSTANTINOPLE, Auteur Grec, = - To.ll, p. 649
SIMON DE LANGRES, Evêque , Légat Apoftolique, To. II, p. 690
SIMON DE LE'ONTINE , Evêque, - - - To. I, p. 527
SIXTE DE SIENNE»; - - - d To.IV,p. 2187
SorTo ( Dominique ) Confeffeur de Charles V, - - To. IV, p. 20$
Soro { Pierre de ) Theologien du Pape , au Concile de
Trente, : = - - + 7 To.IV,p.216
SouzA ( Louis de) Auteur Portugais, + + + To. V,p. 147
STRoOzz1 ( Alexandre) - - - - To. II, p. 433
STROZZI ( Picrre) 0: : * - To. Il, p. 4371
SuBIANI ( Hyacinthe) Archevêque, - - To. V, p. 373
Suore-({ Guillauine ) Cardinal, VU. . “lo. 1l; P. 469
SUERE GoMEz » Difciple de S. Dominique , . Liv. VI, p. 667
T
f à AmMsaAc( Jean ) premier Recteur de l’Univerfité de
‘Prague , = : - - _- To. Il, p. 460
TANCREDE DE SIENNE, . - - - Liv. V,p.66x
Tancrepr ; Officier de l'Empereur Frédéric I1, - Liv. V, p. ç62
TaprA ( Pierre de) Archevèque, - = - To. V, p. 393
TAULERE ( Jcan) _. : : . To. Il, p.334
TAvVoRA ( Ferdinand de ) Evêque, - r - To.IV,p 449
TavorA ( Henri de) Archevèque, - - To.IV,p.4çr
TEXIER ( Barthelemi } Général des FF. Précheurs, - + To. Ill, p.488
THpMas Anczois, Cardinal; r e To. Il, p. $76
THoMas .
DES NOMS DE TOUS LES SAINTS, &c. îx
TuHoMas DE CANTIMPRE = To. : P P. 255
.THOMAS DE FERME; Hart des FF. Précheurs , = To.l s P- 694
Tuomas DE Jos, Cardinal, - . = To. T » P. 74
ToromeEi ( Annibal) . ne. . - To. Il, p. 298
Toromet ( Enée) = To-Il,p.310
Torometr { Michel) = - = To.ll, p. 308
Torre’s ( Chriftophe de ) Atchevêque ; : - To. V, p. 318
Torres | Thomas de) Evéque ; - ue To. V, p. 131
Triver ( Nicolas ) Ecrivain Anglois, . - To. Il, p. $8
Turcus { Thomas ) Général des FF. Prêcheurs SO To. V, p. 314
TURRECREMATA ( Jean de) Cardinal Lépat, - - To. II], p. 396
TURRECREMATA ( ‘Thomas de) Grand Inquifiteur d’Ef- à
pagne , - ù * : : = To. IT, p. 543
V.
Vis ane tient: . _ - To. IV, p. r11
VARELLI { Barthelemy ) Evêque - + + To.I, p. s25
B. VENTURIN DE BERGAME, - + - = - - To.Il, p. 274
VERVINS ( Louis de) Archevêque , To. V ,; p. 69
VicroriA { Diègue de J célébre Prédicateur Efpagnol > To. 4 à P sf
VicroriaA (François de } Docteur de Salamanque , - To. Pe {2
VINCENT DE BEAUVAIS; - To. I, P I
VINCENT DE LiISBONNE Confeffeur de Jean 1, Roi de
Portugal, - - - —- - To. II, us
$. VINCENT FERRIER ; . - - Tom. Ill,
Ursins ( Gentili des ) Archevèque Légat, - - To. 1, p. A
Ursins ( Latin-Malabranche des ) Cardinal, - - To. l, p. 542
Ursins ( Matthieu des) Cardinal, - - - To. Il ,p. 101
Ursins ( Vincent-Marie des ) Voyez Benoïis XIII. a To. VI , p.s
X.
D { Jérôme ) Cardinal - - « To. IV, p. 77$
XuRON | Jacques ) Difciple de Saint Dominique > + Liv. V,p.5$56
Y.
BY vs Maveuc , Evêque, - - + + = - To. IV, p. 7;
Fin de la Table Générak,
Toge PI, CLR
ER RAT A,
P Ag. 182. lig. 3. porté le 221 d'Août, lif portée,
196. lig. 38, Vénérable Frere, lif. Vénérables Freress
323. big. 2. éxaminé de nouveau, Lif. éx1minée.
328. lig. 3Q. de Nobleffes, lif. de Nobleffe.
355. lig. 25. furent publiées ; lif: publiés.
366. lig. 7. quelque ee. d'Oraifons, if: d'Oraifon
417. lig. 14. réfolut de ne cefer, lif. refolu.
496. lig. 24. des Gens de biens, lif. de bien.
S04. lig. 41. eù des fuites, /5f. eûr,
f43. lig. 23. de mieux réglée, if. réglé,
696. lig. 17. n'eut ufé aucun reméde , lif. d'aucun reméde. |
759. dig. 17. né à Girone, lif: À Grenade. | :
778. lig. 19. aprés Confefleurs, mettez un point, :
. Les fautes d’imprefion, qui fe tronvens dans quelques Textes Latins, Jens faciles à res
u4#r quer. |
bb bb bb bb bb db best
V- “7
SD FD ED D ŒX
BREF DE N:.
A AS 207 VU 4: g: FT IS a IT STATS VAN Tan
TD D D D DB D ŒE Le 6e SE € LE TD ŒE te ee LD Œb HE
#
S P. LE PAPE;
du 20 Mars 1750, à l’Auteur de l'Æiffoire
des Hommes Illufires de l'Ordre de Saint
Dominique.
Dile&o Filio ANTONIO
Touron1o,Ordinis
= Prædicatorum.
BENEDICTUS PP. XI.
DileeFili, Salutem,& A pof-
tolicam Benedictionem,
pe DITUM modo Nobis
fuit ab Ordinis tui Supremo
Magiftro, Volumen [extum Hifto-
rie Virorum Illuffrium Dominicane
Gentis Nobis pariter infcriptun ;
qua de re , ficuti alias confuevi-
mus, îta nunc etiam debitas tibi
babemus grates ; neque enim conci-
pere animo poteris | quo perfunda-
mur gaudio, dum illud legentes,
oculis f[ubjettas noffris eleganti Pe-
nicillo tuo intuemur imagines co-
rum Hominum | quos novimus,
Jufbeximus | atque dileximus : at-
que in primis BENE DICTUM
XZITZ Pontificem Maximum , qui
optime de Nobis meritus fuit, tum
Cardinslem Thomam - Mariam
Ferrarium | qui quinquaginta GC
otlo abhinc annis , dum Sacri Pa-
latii dMagifirum agerct , in Roms-
A notre cher Fils le Pere
ANTOINE TOURON, de
L'Ordre des FF. Précheurs.
Le Pare BENOÎT XIV.
Notre cher Fils, Salut, @
Bénédiétion Apoftalique.
N, TOUS venons derecevoir des mains
1 N de votre Général le fixiéme Tome
de l’Hiftoire de vos Hommes Illuftres :
ce dernier Volume Nous étant dédié de
même que les précédens, Nous réitérons
le remerciment, que Nous vous avons
fait plus d’une fois : vous le méritez ;
& il ne vous feroit point aifé de com-
prendre avec quel plaifir Nous lifons
l’'Hiftoire de ces Grands Hommes, que
Nous avons connus , chéris , eftimés ;
& dont vous Nous tracez fi habilement
les portraits. Le premier qui fe préfen-
te, eft le Pape BENoîr XIIT, dont le
tendre amour pour Nous n’a ceflé de
Nous combler de bienfaits. Après lui
vient le Cardinal Thomas-Marie Fer-
rari; qui, en qualité de Maître du Sacré
Palais , Nous conféra , il y a déja cin-
uante-huit ans , le Dégré de Doëteur
ans le Collége de la Sapience Romai-
ne * ; & ce ne fut pas fans Nous faire
rougir, qu'il déclara publiquement en
notre prefence , que Nous étions le
premier qu'il eût jugé capable d'être
admis , dans l’'Examen qui précéde le
Doctorat. Vous décrivez enfuite les
belles A&tions du Pere Antonin Clo-
che, ce célébre Général de l'Ordre
de Saint Dominique, & celles de deux
Jiluftres Cardinaux , Louis Gotti, &
Gregoire Selleri: le premier , que Nous
avons pratiqué familiérement l'efpace
de trente années , eut toujours pour
Nous une affection finguliére : & les
deux derniers ont été honorés avec.
Nous de la Pourpre Romaine, par
Je même Pape BENOÏT XIII. Il Nous
a été encore fort agréable de trouver
dans ce fixiéme Tome, le Difcours
que Nous prononçames dans le Con-
toire du 14 des Calendes d'Oûo-
bre 1748 , à l’occafion de la Mort pré-
cieufe de Pierre Sanz, Evéque & Mar-
tyr de votre Ordre. C'eft pourquoi
dans l'intention où Nous fommes de
vous témoigner notre bienveillance ,
Nous vous donnons avec beaucoup
de tendreffe , la Bénédi&tion Apofto-
lique. Donné à Rome, à Sainte Marie
Majeure, le 13 des Calendes d’Avril,
l'année du Jubilé 1750 , la dixiéme
de notre Pontificat,
« M. Profper Lambettini, né le 31. Mars
il prit avec tant de diftinétion Je Dégré de
n4 Sapientie Aulz Dottorali Nos
Laureæ infignivit ; fimulque non
fine verecundia noffræ palam affe-
ruit, fe tum denique in previo ad
Doéloris infignia recipienda experi-
mento, privatoque judicio Nobis pri-
mo album fuum calculum adjeciffe,
Deinde reprefentas imaginem An-
tonini Clochii , infignis Prafetti
Dominicane Familie , quem diutur=
na triginta annorum neceffitudine
complexi famus ; ifque Nos femper
fingulari benevolentia eff profequu-
tus : tandem Vitas S, R, E. Cardi-
nalium Ludovici Gotit, © Grego-
rii Sellerii, quos ab codem Parente
BENEDICTO X1I1]'4«d
Purpuram Nobiftum procreatos af-
peximus, Gratum denique Nobis
fuit eodem in Volumine invenifle
Concionem illam, quam de pretio.
s4 Morte Petri Epifcopi, © Mar-
tyris Dominicani habnimus ad Fra-
tres , 44 Calend. Olobres anni
1748. Quam ob rem dum tibi be-
nevolentiam noffram offendere cupi-
mus , Apoflolicam Bencditlionem
peramanter impertimur, Datum Ro-
ma apud Sanilam Mariam Ma-
jorem , 13 Calend. Apriles anni
Jabil, 1950, Pontificatus noftri
anno decimo,
167$, n’avoit que dix - huit ans, quand
Docteur,
NOTRE TRÉS-SAINTPERE
LE PAPE
BENOÏÎT XIF.
LAEIRES-SAINT PERE,
CEST toujours avec un nouveau re[peét,
mêle de crainte € de confiance, que j'ofe met-
tre aux piés de VOTRE SAINTETE,
la continuation de mes Ouvrages.
Quel profond refpeit, TRE’S-S AI N'T
PERE ,"# 'infpire point naturellement la
Majefic du Trône? Eb de quelle crainte ne
E PITRE.
doivent pas remplir un Ecrivain les yeux eclas-
rés d’un augufte Mécenas, dont lélévation de
génie, le goût , l'érudition, 7° les Ecrits font
l'admiration , on le défefpoir des Scavans ?
Mais en même tems quelle confiance n'eff pas
capable de donner cet accès toujours gracieux
d'un Souverain Pontife , qui n’eft pas moins le
Proteéleur, € l'appur , que l'ornement de la
République des Lettres |
Depuis que, par un trait de bonté, dont le
flateur [ouvenir ne s’effacera jamais de mon
efprit, VOTRE SAINTET E" a bien
- voulu , non-[eulement agréer la premiére par-
tie de. cette Hiffoire , mais en faire auffi la
leéture:, CT m'exborter & la continuer avec une
nouvelle application ;. je [ens que ma crainte
céde à la confiance, [ans que la confiance mette
des bornes au refpeët. Vos exbortations, TRE'S-
SAINT-PERE, we font trop glorieufes ,
pour ne pas m'impoler la douce néceffité d'obéir
aux ordres dd VOTRE SAINTETE.
Le plus rude travail devient toujours facile
quand il eff ainfs récompenfe ; € les plus lon
gues vezlles ne fatiguent jamais, dès qu'il eff
permis d'en efpérer un fruit auffi capable d'ex-
citer l'émulation.
Les beaux efprits qui cultivent avec [uccès:
les Lettres 7 les Sciences, dans la premiere
E P IT RE.
l’ille du monde Chrétien, ont-1ls eux - mêmes
un autre motif : Et fçauroient-1ls en défirer un
lus puillant , ou plus propre à leur faire dé-
a les Éfodté Is sd nt tous
les jours ( ce que la polerité n'apprendra qu’a-
vec étonnement ) qu'un grand Pape, au milieu
des plus importantes affaires, €7 [ans en nc-
gliger æntune , [emble ne chercher fon repos , 7°
ne trouver quelque délafféement, que dans tout
_ ce quépeur perfectionner un Scavant dans tout
genre diérudition. | |
. Dans'ces:[favantes Afemblees , où, [ous les
yeux de VOTRE SAINTETE”, dbz-
Biles Académiciens réphndent tant de lumaéres,
fur tout ce qui peut appürtenir ,ou à l'Hifoire
de PEghfe 7 des-Conciles, ou à la parfaite
connoiffance de la ‘Liturgie [acree , 7° à celle
des Antiquités Romaines , ils reçoivent toujours
plus qu'ils ne peuvent donner.
_ Quel beau [peëtacle pour l'Eglife, © pour
.PUnivers entier, dé voir s'élever dans Rome,
fous:la direétion ,; © par l'ordre de VOTRE
SAINTETE, quatre célebres Académies;
qu, toutes eclairées de vos lumières , comme
de l’aftre bienfai[ant , qui les a fait naître , €
qui les fait briller , portent déja par-tour la
clarté; €? vont tran[mettre dans la fuite des
fieécles, de goût de l'étude, la [ageffe, lintells-.
x i
E PIT RE.
gence , la belle érudition ; en un mot, avec tous
les ornemens de lefprit., tous les trefors des
Sciences, €T votre amour pour elles!
C'eff par vos foins, TRE'S-SAINT
PERE ,que les montagnes de la Capitale du
monde, [ont aujourd'bus arrofées des eaux d'une
fetence [ublime : @° la terre, illuftrée par tant
de productions d’efprit, [era encore plus ral]a-
fiée du fruit de vos propres Ouvrages. Mais de
quels Ouvrages! La Sasntete 7 la Religion
en font l'objet ; la verite €7 la [olidite les plus
beaux ornemens. Quelle ontlion! quelle piété!
quelle: excellence enfin © dans le plan,
dans la correction! Les Grégoires y reconnot-
troient leur céleffe morale, @r les Leons leur.
éloquence mêle, noble, perfuafrve.
Qu'il me [oit permis de le dire, TRE’S-
SAINT PERE, on ne devoir pas en at-
tendre moins de votre plume , dans des Ouvra-
ges médités ; après qu'on avoit f; fouvent ad-
miré , ( comme on admire encore dans toutes les
accafions ) la fublimité, la jufteffe, 7 toutes
les richefés de votre efprit , dans ces difcours,
qui ne coutent jamais à VOTRE SAÏI N-
TETE’ plus de tems à les faire, qu'aux
facrées Congregations à les entendre : difcours .
où chaque parole efi une décifion , chaque déc.
fion un Oracle. os
E PITRE
Je ne parlerai point ici, TRE'S-SAINT
PERE, de cette magnanimité, de cette ten-
dre charité pour les Peuples , qu'on ne [çauroit
exprimer, que par les [entimens même , qu’elle
fait naître dans tous les cœurs. Les Grands Cr
les Petits, la Veuve, 7 FOrphelin approchent
avec confiance de votre Trône : 7 als ne[e re
tirent jamais [ans confolation. Que de graces,
que de largeffés, que d'abondantes aumôênes
dépofées dans le [ein du Pauvre! Et que voit-
on de toutes parts, fous le Régne du plus cha-
ritable , comme du plus religieux des Pontifes,
qu'Hôpitaux rétablis , qu'Eglifes réparées , que:
Peuples [oulagés ? | | :
Vos plus cheres CT plus belles Provinces,
dévorées comme l'héritage de Jacob; foulées par
des Etrangers, Cr long-temps opprimées par
une Guerre opiniâtre, qui, en défolant les V’illes,.
7 les Campagnes, fait gémer POrnt du Ses-
eur ; n’ont-clles point éprouvé , n'éprouvent-
elles pas fans relâche, que: fi on peut épui[er:
vos tréfors, on ne [fauroit épuifer les bontes:
de votre cœur Paternel ? Les bornes d’une Epi.-
tre en mettent 101 de bien étroites, au récit de
vos bienfaits. Qui pourroit méme dire , TRE’S-
SAINT PERE, ceux que votre main. droite
cache-en quelque maniére à votre main gauche ?
Qu: pourroit. dignement louer cette genérofité
EPITRE
chretienne ; qui, enrépandant des graces , vou-
droit en faire oublier le nombre &T le prix, €T
en défendre-( s’il étroit poffible ) le [entiment,
CT la penfée méme? Quelle grandeur d'une
ame bienfai[ante ! Quel noble défintére[fement 1
I] n'y a que la chair C7 le [ang qui n'ayent
point de part à vos faveurs.
Uniquement touche de ce qué mérite toutes
Les attentions d'un Succeffeur de [asnt Pierre,
quelles bornes, TRE’S-S AINT PERE,
une charité, qui croît toujours, donne-t-elle à
votre vigilance , €7° a votre [ollicitude? Le
Troupeau de JESUS-CHRIST, confié
à vos foins , C7’ répandu dans toutes les parties
du monde, vous appelle, €T vous trouve juf-
ques dans les extrémités de la terre. Un xéle
achif, auffi éclairé que perféverant, me vous
permet point d'oublier les befoins des Peuples
les plus éloignes, ni de méprifer des larmes des
perfonnes [elon le monde les plus abjeites. Auffr
le Ciel [e bäte-t-1l de bénir une charité, que
le Ciel infpire. Déja la fuperftition , l'infide-
te, le [chifme €7 l'héréfie [emblent vouloir
tomber à vos piés.
_ Les Grecs, autrefois vaincus à Lyon, €7 à
Florence, avotent trop t6r oublié les Viéioires
de Grégoire X, ©" d'Eugène IV, 7 par
conféquent ( oférai - je le dire, TRE’S-
E PITRE.
SAINT PERE?:) celles des [pavans Dif-
ciples de faint Thomas ,qui les avoient [ouvent
confondus dans divers Conciles. Mais ces Grecs,
éblouis aujourd'hui par leclat de vos lumiéres,
CT de vos vertus ,ou juftement jaloux du bon-
beur de l'Eglife, qui obéit à un Chef fi digne
d'Elle , viennent déja de toutes parts reconnof-
tre la Chaire de [aint Prerre , 7 [e foumettre
à un premier Paffeur, qui [ait faire aimer
toutes les vérités qu’ Elle enfeigne.
Par quelles [ages €7* admirables Loix ,
VOTRE SAINTET E’#u-t-Elle post
pourv4 à tous les Gefoins des: Eglifes? Avec
quelle attention digne d'un Souverain, 7 d'un
Souverain Pontife , ne vous effarcez- vous pas
d'en remplir les Sièges ; @7 de ne donner les
premiéres places qu’à des Hommes: éminens en
doctrine €7 en vertu: L'Ordre de S. Domin:-
que, TRE S-SAINT PERE, n’oubliera:
jamais l'honneur que VOTRE SAINTETE’
vient de faire à l'un de fes Enfans , en le pla-
çant parmz ces Prences de PEglfe, que TOUS.
avez vous-même choijis ; > à qui ce choix ef}
encore plus. glorieux. que l'éclat même de la:
Pourpre dont 1ls brillent.. Ceux qui viendront
| après nous s n'apprendront qu'avec. reconnoi[-
F-#é » Ce que NOUS. VOYONS. quec une 1016 fenfr-
ble. Mass ceux. qui nous.ont précédé , ces Hom-
E PITRE.
mes 1lluftres, dont je fuis charge d'écrire l'Hif
toire, €7° de faire connoître les belles aëtions,
s'ils étoient encore [enfibles à ce qui nous touche
ici bas, ne le [erosent-ils pas à la protection,
dot VOTRE SAINTET E? veut bien
bonorer le récit fidele de leurs vertus ?
Pour mt, TRE’S-SAINT PERE,
ue pouvant marquer tous les [ent:mens de ma
fulte reconnoif[ance , que par le filence, €
l'admiration, ou par les vœux finceres que je
ne cefférai de faire au Tout-Puif[ant, pour la
con{ervation de votre Perfonne [acrée , €7 dla
gloire de votre Pontificat ; je dois me renfermer
dans ces bornes, €9 me contenter de l'honneur
de pouvoir me dire avec le plus profond refpeit ,
TRÉS-SAINT PERE,
f
DE VOTRE SAINTETÉ,
Le très-humble, très-foumis , &
très - obéiflant Serviteur , &
. Fils, F. À TouroON, de .
l'Ordre des FF. Précheurs,
C
“HISTOIRE
. DES
HOMMES ILLUSTRES
DE L'ORDRE
D E
SAINT DOMINIQUE.
LIVRE QUARANTE-UNIÈME.
LE SAINT PAPE BENOIT XIIL
ses) ExoîT XIII, avant fon Exaltation aux premié- Livrs
4 KA Fil res Dignirés de l’Eglife, étoit connu fous lenom XLI.
| de Frere Vincent-Marie des Urfins. Ce feul Nom B;xoir XIE.
Ÿ EX nous fait d’abord connoître fa noble Origine ,& em
All Antiquité de fa Maïifon, fi diftinguée parmi les
* Familles Patriciennes de Rome, de Naples, &
de Venife , fi célébre par le mérite des Grands Hommes qu’elle
a produits ; & illuftrée depuis tant de Siécles , foi par fes Ti-
tres, foit Len fes Alliances avec prefque toutes les Maifons Sou-
veraines de l’Eurcpe, | | .
Tome VI, À
LIVRE
X LI.
Benoiïr XIII
nue mire mcme f
I.
Antiquité & No-
bleffe de 11 Mai-
fon des Urfins.
2 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Si le Saint Pontife, dont l’éminente Piété a long tems édifié
le Monde Chrétien, & dont nous entreprenons d'écrire l'Hif-
toire , devoit emprunter une partie de fa gloire, de celle de
fes auguftes Ancêtres ; nous pourrions, à l'imitation de quel-
ques Hiftoriens, parler ici de ces généreux Défenfeurs de la
Liberté publique, & du Saint Siége ; de ces Héros célébres ,
qui ont fouvent déconcerté tous les Projets des faétieux Gibe-
lins ; lorfqu’à la tête des Armées, ils n’ont pas donné de moin-
dres preuves de leur zéle pour la Religion , que de leur habi-
leté dans l'Art Militaire. En remontanc enfuite de Siécle en
._Siécle, jufqu’à Antiquité la pe reculée , nous trouverions
II.
Naiffince de
B:noïc XILL
III
Ses beaux com-
MCncemeNs.
que , par leurs Alliances avec les Aniciens, & les Frangipanis;
les Urfins ont eu des Confuls Romains, & des Préfets du Pré-
toire, avant la Naïflance du Chriftianifme, ou du moins avant
que les Empereurs euffent embraffe {a Foi de JEsus-CHRrsT.
Mais laïflons ce foin aux Généalogiftes : oublions encore ce
grand nombre d’illuftres Prélars , de Cardinaux , de Papes, de
Saints même canonifés , que l’Ancienne Maïfon des Urfins a
donnés à l’Eglife: &, en nous renfermant dans ua fujet, qui
cft aflez grand par lui-même, contentons-nous de dire , que
Benoît X1{[1, né à Gravina le deuxiéme de Février 1 649, eut
our Pere, Ferdinand Orfini, Duc de Gravina, Prince de So-
fafra , Comte de Muro; & pour Mere, Jeanne Frangipani de
la Tolpha , Dame non moins recommandable par la Piété, que
par la nobleffe du Sang (1). . |
uand le jeune Prince des Urfins n’auroit pas été l’Aîné de
fa Maïfon, & l’Héritier préfomptif de celle & Duc de Brac-
ciano , qui, fans avoir de poftérité, touchoit déjà à la fin de fa
carriére ; les excélen'es qualités, dont la Nature lPavoit enri-
chi, & ces femences de vertu, qui parurent en lui dès fa plus
tendre enfance ‘ne pouvoient que le rendre infiniment cher à
fes Parens ; & les engager à lui donner une éducation digne de
fa Nuïffance. Les incl na:ions de fon beau naturel ne fe por-
toient qu’à ce qu'il y a de bon & d’honnèête. A proportion que
fa raïfon fe développoit, fon Jeune cœur s’ouvroic aufli aux Le-
(1) Bene litus XIII antequam ad Roma | ‘que honorum gradus , ampl'ffimæque di-
ni Poniificatûs fafticium eveheretur , Frat:1 | :ones fluftrarunt , Ferdinando Gravinarum
Vincen‘ius Maria Urfinus appellabaur 1: | Duce, & Joanna Frangipane Tolphia, po=
Pacritius Neapolitanus ac Venetus , f:Age [itremo genere hujus p'æclariffimæ Stirpis
nere Romanus, ub1 Uriinam Gentem,fum |q'iæ eadem cum Anicia cenfetur , parenti-
mo quidem loco femper habitam , alii fan- ous natus eft Gravinæ 1v Nonas Febrnaæ
€titate præftantes Viri, & Romanæ Eccle |.1i anno 1649. Petri-Francifci nomeu for+
fiæ Cardinales, atque etiam Pontifices mi-|utus, &c. Archi. Firm. Bened. XIII. Vas
3imi, muliæque Regiæ cognationes, excel- pag. 1. :
+
" DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. .3
éons de fagefle , qu'on commençait à lui faire ; & il fembloit les
prévenir, La molefle, l'oifiveté, le vice , il les avoiten horreur.
Ceux qui étoient chargés de travailler fur un fi riche fond, ne
fe virent jamais dans Fobligarion de s’oppofer à fes penchans
naturels, ni de lui faire quelque violence, pour le rendre at-
téntif à ce qui étoit de fon devoir. Leur unique attention fut
toujours de perfectionner, ou de cultiver habilement, ces bel-
les difpofitions à la Piété, & aux Sciences. Jufques dans fes amu-
femens, on pouvoit déjà remarquer d'heureux préfages de ce
qu'on lui a vû faire dans la fuice. |
Le Sage l'a dit : On juge par les inclinations de PEnfant, fi un
jour fes œuvres feront pures & droites : Ex #udiis fuis inteligitur
puer. Lorfque S. Ambroife, dans fes jeunes années , préfentoit la
main à baïfer à fa Mere, & à fa Sœur Marcelline, difant qu'il
feroit Evêque ; le Saint-Efpric, fans doute, parloit par fa bouche,
& le formoit dès-lors pour l’Epifcopat. Lorfqu’on voyoit Saint
Charles Borromée , encore Enfant, ne s'occuper qu’à dreffer
des Autels, à orner des Chapelles, À chanter les Cantiques du
LIVRE
X LI.
Benoîr XUHI.
GERS NES EEE"
Pcovecb. XX, 154
Seigneur , & à imiter les Cérémonies facrées de l’Eglife ; il n’e-
toit pas difficile de prévoir dans ces Jeux innocens de fon en-
fance , les préludes du Divin Miniftére, dont il a depuis rempli
fi faintement les Fondions.
Nous difons la même chofe du jeune Orfini. Son âge ne lui
ge pas encore de comprendre la fainteté de notre Re-
igion ; & déjà il ne trouvoit de plaifir que dans fes Exercices,
ou dans l’imitation de ce qu’il voyoit faire aux Miniftres de l'E.
glife. Il n'étoit que dans fa quatriéme année, lorfque, pour. fa-
tisfaire à fes défirs, il fallut que fa pieufe Mere eût la complai-
fance de lui faire un petic Habit, fur le modéle de celui, que
portent les Religieux de Saint per Il aimoit à s’en
revêtir de cems en tems ; & alors raflemblant les Pages, & les
autres Domeftiques de la Maïfon, il déclamoit en leur préfen-
ce, & d’un lieu élevé, quelque morceau de Sermon, en imitant
le ron de voix, & les geftes des Prédicateurs ; & en congé-
diant ceux qui venoient d'entendre fa petite déclamation, il
. faifoit fur eux le Signe de la Croix, comme pour leur donner
la Bénédidion (1). |
(1) Inipfis puerilibus annis quis aliquando
futurus effet non obfcuraindiciapræmonftra.
runt. Vix quadrimatus erat, cm veftes Do.
minicanas fibi parari à matre obtiouit, qui-| mebat , & benè precabatur, &c, Echard.
bus identidem veftitus, Ephebos fimilibus; Tom, IT, pag. 814. Col. 2.
pro fuo defiderio veftitos congregans, iis ex
Ai
fuperiori loco conciuneulam habebat ; tüm
impohtä capiti fuo mitrà ceu Epifcopus af-
IV.
Ses premiéres
inclinations.
tantibus fublatâ manu figuram Crucis expri= *
Livre
X LI.
Benoit XIII.
V.
Prédiétion, de-
puis accomplie,
4 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
La Duchefle de Gravina voyoit tout cela avec plaïfir ;, parce
qu’elle ne le confidéroit alors que comme un jeu d’Enfant, qui
ne tiroit point à conféquence. Mais elle auroit pü fe so,
( comme elle Île fit dans la fuite) ce qui lui avoit été prédir,
avant la naïffance même de fon Fils. Ce n’eft que fur le témoi-
gnage de PArchevèque de Ferme, & du Continuateur de Ita.
lie Sacrée, que nous en parlons. Ces deux Auteurs Italiens rap-
portent, qu'un Religieux Dominicain , dont ils louent le me-
rite & la vertu, ayant rendu une Vifite de civilité à la Du-
cheffe, qu'il trouva avec plufieurs de fes Demoifelles, occupée
à un Ouvrage de Broderie, il lui dit que l'Enfant , donc elle
étoit alors enceinte, entreroit un jour dans l'Ordre de Saint Do-
_minique, dont il feroïit un des beaux Ornemens ; & que de l’Ou-
VI.
Etudes du jeune
Orlini
VII.
Vaincs cfpéran-
ces de fes Parens.
vrage même , qu'elle avoit actuellement entre les mains, elle
en feroit une Chafuble , dont fon Fils fe ferviroit , lorfqu'il
chanteroit fa premiére Mefe. La Piété connue de ce Religieux,
ne put concilier alors beaucoup d'attention à fes paroles. On
Jes entendir comme on a coutume d'entendre de fimples com-
ser , qui contiennent moins une véritable Prédiction, que
l’expreflion des défirs de celui qui parle. Tout ce Difcours ce-
pendant fe vérifia depuis ; & la Princefle en vit le premier ac-
compliffement (1). |
_ Croiflant en âge, Orfini, comme un autre Samuel , deftiné
à fervir dans la Maifon du Seigneur, croifloit en Sagefle & en
Piété : il continuoit à prendre avec dociliré les Leçons de fes
différens Maîtres : & à tous les autres Exercices convenables à
fon Rang, il voulut ajouter l'Etude des Belles-Lettres, de PHif.
toire , de la Philofophie, des Loix, & des Canons. Il aima auff
la Poëfie , il s’y éxerça quelque tems , & il y réufht. Dans fa
premiére jeunefle, il compofa fur différens Sujets de Piété, un
Livre En Mo , qui fut donné au Public (2).
Après la mort du Duc Ferdinand, pendant que la Ducheffe
fa Mere, & toute la Famille, ne fondoient leurs efbérances, que
fur le jeune Orfini, déja en état de fourenir avec gloire es 3
{r) Prægnanti matri vaticinantis in mo-
-dumBaccalaureus quidam Prædicacorum Or-
dinis , prokitate ac doétrinà fpeétatiffimus. .…
Cm quadaim die eandein invififfec, ac fuis
cum Ancillis in Gvnccæo Cafulam , Phiyg'o
opere pingentem deprehendiffet , primä vi-
\
‘ce eandem Cafulam à nafcituro filio a ‘hi-
beud im , ac Prædicatorum Ordini eundein
adfcribe: Jum edixit. Quæ verba, licét tunc
temporis audientibus haud vero proxima, &
ranquam infulfa cecidiffent ; cum primus na-
torum Dux, ac ampafhimæ dirionis Dynaf-
ta futurus ab omnibus crederetur : attamen
ita accidir. Îte. Sacr. Tom. VIII, Col,
175$: |
(2) Adeo verd in litteris profecit, ut Epi-
orammatum Jibellum renera adhuc ætate in
lucem ediderit : Epigrammatum autem om-
nia argumenta facta , nihil prophanum. 4r-
chi, Firm. pag. 2. |
: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. s$
clat de fon illuftre Maïfon ; il s’occupoit lui-même d’un tour
autre objet. Les Honneurs , les Dignités du Siécle, les Eee
Richefles , dont il devenoit le légitime poffeffeur, par la mort
de fon Pere ; & un fecond Héritage, non moins opulent, qu’il
croit à la veille de recueillir ; tout cela le faifoit eftimer heu.
reux, par les À ste , qui ne portoient pas leurs vües au-delà
des biens préfens. Mais le feul amour des Biens futurs, poflédoit
tout le cœur du fidele Difciple de ee us-CHRIST. Dans la
faifon des Plaifirs, & à la fleur de l’âge, environné de tout ce
que la chair & le fang ont de plus tendre ; de tour ce qu'un mé.
rite naiflant a de plus flareur ; & de ce que la figure de ce Mon-
de peut préfenter de plus impofant, le Duc de Gravina ne pen-
foit qu'aux joyes de l’Eternité. Prévenu par la Grace, & réfolu
de laifler à fon Cadet fes beaux Domaines, il prenoit déja fes
mefures, pour faire à Dieu le Sacrifice de lui-même dans une
fainte Retraice. Maître cependant de fon fecrer, il ne fe laifloit
point pénétrer ; maïs en eflayant fes propres forces, il jeunoit,
& il prioit, pour fe fortifier ainfi contre les affauts, qu'il pré-
voyoit bien qu'on ne manqueroit point de lui livrer.
Si l’on juge par-la de la Religion du jeune Prince des Urfins, &
de fes premiers progrès dans la Vertu , peut-on ne pas admirer fa
tendre piété ,& en même tems fa prudence , fa générofité, l'élé-
vation de fes fencimens; ou, fi on veut, la grandeur de fa Foi,
qui nous donne lieu de dire de lui , ce que l’Apôtre a dit de
Moyfe ? Cet Ami de Dieu, deftiné à être un jour le Chef & le
Conduéteur de fon Peuple , fe déroba à l’éclar, & aux délices
de la Cour ; & fçut méprifer tout ce que le Siécle eftime, pour
. aller d’abord fe cacher dans l’obfcurité du Défert. « [1 aima «
mieux être affligé avec le Peuple de Dieu, que de jouir du «
| fi court , qui fe trouve dans le péché ; jugeant que «
‘ignominie de JEsus-CHR1ST étoic un plus grand Trébor, ce
que toutes les richefles de l'Egypte, parce qu'il envifageoit «
Ja récompenfe ». Ce n’eft pas qu'on ne puifle être Riche & Saint
€n même tems: mais la Sainteté ne fe trouve pas avec l’atrache-
ment aux Richefles ; & il eft rare, il eft toujours difficile de les
pofléder, fans s’y attacher. D'ailleurs, quar:d il plaît au Souvé.
rain Maître de nos Deftinées., de nous faire connoître fa volon-
té, en nous montrant la route, qui nous doit conduire à lui;
c'eft à nous à obéir. Nous nous perdrions en préférant à fa
voix, celle de la Nature, ou des Paffions. Toute autre vuye,
que celle qu’il a daigné nous montrer, ne pourroit fervir qu’à
NOUS ÉBArEr, |
Livre
XLI.
BENOîÎT XIII
CRE
VIII
Mépris des Gran-
deurs mondaines.
Hebr. IT, 25.26
Livre
_XLL
Benoit XIIT,
IX.
Oùifini va à Ve-
nile : Pourquoi.
X.
11 demande l'Ha-
bic de Saint Domi-
pique.
_.Bullar. Ord. Tom.
VI, pag. 691,
6 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Bien inftruit de ces Maximes, Orfini avoit mérité autant par
l'innocence de fa Vie, que par la ferveur de fes Oraifons , dé
connoître les deffeins de Dieu fur lui: & tout fon empreflementc,
fut d'y répondre. Il n’ignoroit pas quels obftacles , il auroit à
vaincre dans l’éxécution: & il comprenoitaflez, que tandis que
toute fa Famille feroic les plus grands efforts, pour traverfer
fa Vocation, nos Religieux de Rome, ni ceux de Naples n’au-
roient garde de la favorifer ouvertement. Il continua donc à
metre fa force dans la Priére, & le filence. Son Confefleur fut
le feul Confident de fes deffeins : & pour faire dans un autre
Pays, ce qu’il ne lui auroït pas été poflible d’éxécuter dans fa
Patrie , il prit la réfolution de voyager. Agé de dix-huit ans, il
obrint fans peine de-la Duchefle de Gravina , fa Mere, la per-
miflion d'aller vifiter les principales Villes d’Iralie, & ne vou-
luc être fuivi que d’un petit nombre de Domeftiques. Arrivé à
Venife dans le mois d’Août 1667, il fe préfente d'abord au
Couvent de Saint Dominique, & demande avec autant d’humi:
lité que de ferveur, d'être reçu au nombre des Difciples du
Bienheureux Patriarche. ”
Le célébre Vincent-Marie Gentili, Provincial de la Provin-
ce de Lombardie, depuis Archevèque de Gênes, fe trouvoit
alors dans le Couvent de Saint Dominique, à Venife; & ce fue
à lui, que le Serviteur de Dieu expliqua fes fentimens , avec
cette candeur, & cette noble fimplicité , qui lui étoient natu-
relles. Le fage, & expérimenté Supérieur , auffi capable de ju-
ger fainement de la folidité de fa Vocation, qu’incapable de ces
timides confidérations, qu’une faufle Politique appelle pruden-
ce & fagefle , n'eut point de peine à reconnoître, quel Préfene
le Ciel faifoic à fon Ordre , en lui adreffant un Sujet d’une fi
haute efpérance. Il voulut avoir plufieurs Entretiens avec lui ;
& fonder, pour ainfidire, tous les replis de fon cœur. La fa-
gefle de fes réponfes, lui fit eftimer la maturité de fon juge-
ment, la vivacité, & la jufteffe de fon Efprit ; & il admira en-
core plus la puiffance de la Grace, qui agifloit vifiblement dans
ce jeune Seigneur, pour lui faire regarder le Fafte mondain,
comme une ombre & une pure vanité, les Délices de la vie,
comme de dangereufes tentations; les Richefles de la terre’,
comme une poffeffion fragile, incapable de contenter le cœur;
& l'honneur de commander à des Vaffaux, comme un embar-
ras fatiguant. Saint Gregoire de Nazianze avoit autrefois ad-
miré, dans fon Ami Saint Bafile ; ces mêmes fentimens , que
l'Efprit de Dieu n'a coûitume d'infpirer qu’à de grandes Ames;
: DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. ;
lus élevées fans doute par cet endroit, que partout ce que Lrvre
Fon appelle élévation, & grandeur, dans le Monde. X LI.
Mais fi le nouveau Difciple de JEzsus-CHri1sT jugeoit fi Box x117
fagement du jufte prix de ces biens périffables, qui n’avoient ==
pü captiver fon cœur; il ne parut ni moins inftruit des obliga=
tions de l’Etar qu'il vouloit embrafer ; ni moins ferme dans XL.
la réfolution de les rémplir dans toute leur étendue, On ne laif- ,,©s éxamine fa
fa pas de lui repréfenter, que le facrifice de fa Volonté, fous °°"
les Loix de l’Obéiffance, feroit aufli long que fa vie ; que les
auftérités de la Régle fe trouveroient peut-être, finon au-deflus
de'fa ferveur, du moins au-deflus de fes forces ; & que quelques
épreuves , qu’il en eût déja faires en fon particulier , il ne tar-
deroit pas à fentir, combien la Vie du Cloître étoit différente,
de celle qu’il pouvoit avoir menée dans le fein de fa Famille,
A tottes ces repréfentaciqns, & à plufieurs autres fembla- x1r.
bles, Orfini répondit en peu de mots, qu’il ne demandoit l’Ha- ee
bic de Religieux, que pour porter tous les jours de fa vie la fes.
Croix de JEsus-CHR1IST , & marcher à fa fuite ; que s’il
ne pouvoit rien par lui-même, il pouvoit tout avec le fecours
de la Grace ; que felon la Parole du Sauveur, fon joug eft doux,
& fa charge légére, & qu’il efpéroit que celui qui lapelloic à
fon Service, ne lui refuleroit point les forces néceffaires pour
le fervir, puifqu’il ne fçauroit fe contredire lui-même.
Une confiance fi Chrétienne, accompagnée d’une humilité |
non moins édifiante , abrègea les épreuves. Le jour de la récep. XIIL
tion fut marqué felon les pieux défirs du Poftulant. 11 renvoya ne dé er
audli-tôt fes Domeftiques, fans les inftruire de fon deflein: & |
tandis qu’à Rome le Duc de Bracciano, fon Oncle, ménageoit
pour lui, mais fans fa volonté , une grande Alliance avec une
jeune Princefle, digne d’avoir un tel Epoux; Orfini prit de plus
faints Engagemens avec le Seigneur, en recevant l’Habit de
Saint Dominique, avec le Nom de Vincent-Marie , au lieu de
celui de Pierre François, qu’on lui avoit donné au Baptême (1).
La Grace de la Vocation , & l'amour plein d'eftime & de refpe&,
qu'il avoit déjà conçu pour fon Ordre; & qui, loin de fe dé-
mentir dans la fuite des années, parut toujours plus vif, lui f-
rent compter le jour de fa Réception, parmi les plus heureux,
& les plus beaux de fa vie. Sa fermeté néanmoins devoit être
- {1) Petrus Francifcus pofthabiro Familiz [ lit ; ibique Prædicatorum Ordini, in San@i
Prncipatu, fibi uti primogenito debito, di- | Dominici Eænobio , nomen dedit , Vin-
vino affinte Spiritu, fpecie quadam ac ob- | cenrius-Maria appellatus, &c, Archi. Firm.
éeatu luftrandi Itakiam , Vencrias fe contu- | pag. 2. : ‘: . ne
8 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES |
Lrvnrz encore éprouvée: le Monde, qu'il avoit voulu fuir, le pourfui-
XLI vit dans fa fuite. | |
La démarche qu'il venoit de faire ,ne put être long-tems ca-
chée à fes illuftres Parens ; dont la douleur fut encore plus gran-
de que la furprife. Nous n’entreprenons pas d’exprimer tout ce
xiv. que l'amour & le: dépit d’une Mere afligée lui firent effayer ,
Ses Parens tra- pour ramener. Chez elle un Fils, qu’elle aimoit uniquement. Il |
BeNoîr XIIL
mr emmener gif
eau fuffit de dire, que, dans la pourfuite de cette affaire, la Du-
cheffe de Gravina ne parut pas moins ardente, que l’avoit été
autrefois la Comtefle d'Aquin, dans une occafion toute fem-
blable : fes raifons fembloient même rar fpécieufes. Celle. 1à
avoit voulu faire quitter l’Habit de Religieux au plus jeune de
fes Enfans, tandis qu’elle en avoit plufieurs autres , qui com.
mandoient les Armées de l'Empereur + & celle-ci redemandoit
fon Aîné, l’Héritier , l'appui, & l’efpérance de fa Famille. Mais
la Vocation de Thomas d'Aquin, & celle du Prince des Urfins
_ étoit la même: leur fidélité fut égale : on tenta inutilement de
l'ébranler. Les priéres, les larmes, les plus vives inftances ,les
plus fortes follicitations, les bons, & les mauvais traitemens,
furent toujours fans effet contre des cœurs, que l'Amour de
Dieu remplifloit, & qui avoient réfolu de ne jamais aimer le
Monde.
XV. L’Autorité du Vicaire de Jesus- CHRIST avoit été em
que Pape ve bloyée-dans le premier cas : on voulut l’employer aufli dans le
J'éxaminer.
fecond. Nous verrons que le fuccès ne fera point différent. Ce
que le Pape Innocent IV avoit bien voulu accorder aux impor-
tunités de la Maifon d’Aquin ; Clément IX, qui venoit de fuc-
céder à Aléxandre VII, ne le refufa point aux inftances de
celle de Gravina. Le Général des FF. Prêcheurs reçut ordre
de faire conduire de Venife à Rome le nouveau Religieux , afin
que le Saint Pere püt éxaminer lui-même fa Vocation, &: en
juger. Cet ordre fut promprement éxécuté. .
XVI Aux piés de Sa Sainteté, le généreux Novice n'eut befoin
Orfni aux piés ni d’un fecours étranger , ni d'un difcours long-tems médité ,
de ClémentIX Dour donner les preuves les moins équivoques que fa Vocation
venoit du Ciel ; & que l’'Efprit de Dieu, qui avoit conduit fes
as, parloit encore par fa bouche. Modefte fans être intimidé,
il parla avec tant de fagefle, fit paroître tant de prudence, tant
de mépris pour les Grandeurs mondaines, & un défir fi ardent
de porter le Joug aimable de. JEsus-CHRIST, par ka pro-
feflion & la pratique des Confeils Evangéliques ; que le Pape,
Jes Cardinaux, coute la Cour de Rome, ne purent ui
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE 9
.& admirer: c'eft-à-dire qu’on penfa à Rome, comme on avoit
fair à Venife, Les Parens, ou ceux qui devoient agir, & parler
pour eux , eurent une entiére liberté de propofer tout ce qu’ils
voulurent : & on peut bien croire qu’ils n’omirent rien, pour
perfuader au Novice, que la Nature & la Piéré le devoient ren-
dre fenfibleaux juftes.défirs d’une tendre Mere, qui ne foupiroit
€ pour lui; & aux vœux de toute une Famille, qui lui ten-
doit les bras.
Orfini avoit le cœur trop généreux, pour ne pas aimer beau-
coup.la meilleure des Meres : on n’ignoroit pas d'ailleurs qu’il
avoit toujours vêcu dans la plus étroite union avec fon Frere,
Dominique de Gravina, & avec fes Sœurs. Mais il fçavoit que
Jesus-CHrisrT, dont l'Evangile fut toujours fa Régle , a
promis le centuple, & la Vie éternelle, à celui qui abandon-
nera tout pour le fuivre : & il demmeura ferme dans cette Ma-
:xime : que lorfqu’il s’agit du Service de Dieu, la véritable Pié.
té nous doit faire oublier & nos Parens , & toutes les Créatu-
res. Mae Mere, @ mes Freres, difoit le Sauveur du Monde,
[ons ceux qui écoutent la Parole de Dies ; @ qui la pratiquent.
. Quand on fe défend avec de telles armes, on ne peut que
Âortir viétorieux du Combat. La Victoire du pieux Novice fut
entiére. Le Souverain Pontife , après l'avoir écouté. avec
une Bonté paternelle, ne pouvant fe refufer aux graces, que
VEfprit du Seigneur répandoic fur fes lévres, prononça en.fa
‘faveur, en FF st que fa Vocation à l'Ordre de Saint Domi-
nique étoit vifiblement furnaturelle ; & qu'on ne fçauroit dé-
formais la combattre , fans s’oppofer à la Volonté de Dieu,
Non feulement il approuva, dans les termes les plus exprès,
la conduite, & toutes les démarches du Difciple de JEzsus-
CHRIST; mais, pour le délivrer au plutôt des importunes fol-
licitations de fes Parens , Sa Sainteté jugea à propos. d'abréger
le tems ordinaire du Noviciat , en permettant qu'on reçut fes
Vœux folemnels, fix mois après fon entrée dans le Cloître (1).
Nous avons remarqué ailleurs que la même grace avoit été
‘accordée à Saint Thomas d'Aquin, par le Pape Innocent IV.
Le même Efpric avoit fans doute infpiré l’un & l’autre Pontife :
{1) Clemens adolefcentis animum explo-
raturus , juffit illi ue Romam veniret. Ubi
tis Jaudavit ; verüm ctigrn probationis an-
num , facris Legibus indi@tum iis, qui Reli-
Frater Vincentius- Maria coram Pontifice
fuir, ir yehementer caufam oravit vocatio-
.fis fuæ , ut Clemens non nifi divin volun-
tate id fa@um effe intellexerir. Non folûm
‘Maque querelas Matris, & Confanguineo-
-fum compreflit , Confiliymque Adolefçen-
Tome VI,
gionem profeffuri funt, ad fex menfes con-
traxit , ade pro certo habuït Fratrem Vin-
centium-Mariam divino Numine ad Eccle-
fiam tradu&tum præmaturä virtute excellere,
& majora quæque protendere, &c. Archi.
Firm, pag, 3.- -
B
LIVRE
X LI.
BenNoîT XIII:
XVIL.
Ses Sentimens.
Luc. VIIT, 2e |
XVIII.
Sa Sainteté ap-
prouve {a Voci-
tion , & abrége les
épreuves du No+
viciat.
Vie de S. Thoinas»
Liv.},pag-72.
LIvRE
X LI.
Benoit XIII.
D —————
XIX.
Ferveur du jeu
ne Religieux.
X X,
Loute par un
féavant Cardinal.
ro HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
& leurs faveurs tombérent fur des Sujets également difpofés à
les mettre à profit pour leur avancement fpirituel. Clément IX
ne fçavoit pas que le jeune Religieux, dont il afluroit la voca-
tion & le repos, feroit un jour compté parmi fes plus illuftres
Succeffeurs : mais la Providence , qui le préparoïit de longue
main à la fuprème Autorité , fembloit prendre plaifir à diftin.
guer ainfi toutes les époques de fa Vie.
La reconnoiflance du faint Novice égala fa joye ; & cetre
dés étoit d'autant plus pure, qu’il ofoit déja fe promettre que
a chair & le fang ne viendroient plus troubler les chaftes Dé-
lices de fa Retraite. En fe féparant du Siécle corrompu , il en
vouloit perdre jufqu’au fouvenir , pour ne plus s'occuper qu’à
méditer jour & nuit la Loi du Seigneur, & devenir un Homme
Nouveau en°JEsUus-CHRIST. Qu'on fafle ici quelque atten-
tion à fes premiéres démarches, elles relévent par bien des en-
droits, l’excélence, & le mérite de fon Sacrifice; foit qu’on
veuille réfléchir fur ce qu’il abandonne avec tant de réfolution ;
foit qu’on confidére, & l’état d'Humilité qu’il choifit pour fon
partage, & cette admirable ferveur d’Efprit, avec laquelle il
fe hâte de fe dévouer aux rigueurs de la Pénitence, dans un
tems où les noirceurs du péché n’avoient pas terni la pureté
de fa Confcience. Le Lecteur judicieux y remarquera fans dou-
te, je ne fçai quoi de beau, d’édifiant, d’héroïque ; dont la
Grace feule pouvoit être le principe , & qui n’avoit point
Sr aux vives lumiéres du plus fçavant Auteur de notre
iécle.
« Qui pourroit ( difoit le Cardinal Profper Lambertini , au-
» jourd’hui N. S. P. le Pape, BeEnoîT XI V ) qui pourroit
» ne point admirer la Conftance, la Religion, la Piété, & tou-
» tes les autres Vertus, dont Benoît XIII a donne de fi grands
» éxemples, dès le commencement de fa carrière > Parmi ceux
» qui or les douceurs de la Retraite aux follicitudes du
n Siécle , & à l'embarras des affaires, il en eft qui ne quittent
» rien, ou qui ne quittent que bien peu de chofe. On en voit
»aufh , qui, pour imiter la Pauvreté volontaire de JEsus-
» CHRIST, renoncent à un riche & opulent Patrimoine, aux
.» Honneurs, aux Plailirs, & à toutes les commodités , donc
» ils auroient pu jouir dans leyr premier Etat. Un Naturel do-
» cile , ami du filence & du repos, fembie conduire les uns dans
-» le Cloître ; tandis æ l’ardeur du zéle, ou la vivacité du Saine
» Athour, qui remplit, & embrafe les autres, les fait courir,
» ou voler, dans le même Afyle ; fans que rien foit capable
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. «11
d'arrêter leur courfe, ni dela retarder. Telona vu Benoît XIII, «
lorfqu’à la fleur de fon âge, & dans la vigueur de fes forces , «
Aîné d'une puiffante Maifon, diftingué par les graces de l’Ef- «
prit, & les avantages dû Corps, comblé de Biens & d'Hon- «
neurs , il a fçu méprifer la plus riante Fortune, À sel fe mettre «
à la fuite de Jesus-CHrrsT. Une Mere tendrement aimée «
s'oppofoir à fa Vocation ; parce qu’elle ne prévoyoit pas où «
cela devoit le conduire , pour fa propre gloire, & l'utilité de «
tout le Monde Chrétien, Mais ni les repréfentations, les fou- «
pirs, les larmes , & les careffes d’une telle Mere ; ni l'illuftre «
Alliance , dont on traitoit déjà , ni aucune autre confidéra- «
tion , ne purent l’empêcher d'entrer avec joye , & comme «
en triomphe, dans l'Ordre de Saint Dominique, où la Grace «
l'apelloit (1), &c. »
Les progrès du fervent Religieux répondirent à de fi beaux
cofnmencemens. Plus le tems qu’on lui avoit accordé, pour fe
préparer à confommer fon Sacrifice, étoit court, plus il fe ren-
dit actentif à profiter de tous fes momens, fans négliger aucun
des moyens qui pouvoient l’avancer vers la Perfection. Faifant
dès-lors fes délices de la Priére , du chant des Pfeaumes, &
des Saints Cantiques, il parut d'abord non-feulement accoutu-
mé, mais familiarifé avec les divers Exercices de Mortifica-
tion, de Charité, & d'Obéiffance, qui fe pratiquent dans les
Communautés les plus régulières. On ne le voyoit jamais oifif,
jamais lâche, ni diftrait fur fes Devoirs. Il À me peu; &ilne
parloit jamais de lui-même , ni de fa Naiflance, & de ce qui
uvoit lui faire honneur felon le Monde. La Bible, fa Régle,
Ja Vie des Saints, & en particulier l'Hiftoire des Grands Per-
fonnages de fon Ordre, furent les premiers Livres , qu’il vou-
LiIvRE
X LI.
Benoîr XIII,
XXI
Fidélitéili1Gra
ce : Saintes lrin-
ques.
luc lire : il les lut, non par un fimple motif de curiofité, mais.
par le feul défir de régler toute fa conduite fur les Maximes
de JEsus-CHR1ST; & de prendre rs {es Modéles, ceux
qui avoient plus heureufement travaillé à leur propre fanttif-
cation, & au Salut du Prochain : ainf appliqué à fe revêcir de
(1) Quofdam reperias, quos naturz boni-
tas, vel dociliras ad illud vitæ genus incli-
net; nonnullos contra, qnôs mira vis , ar-
dorque animi agat, incitet, urgeat. Quoram
_È numero quis ambiget BENSDICTUM fuif-
£ , quemt in tantà Familiæ nobilitate prio-
tem natu, præftantem ingenio , firmä uten-
tem valetudine , deliciis, & opibus omnis
eaeris affluenrem , neque Parentis carifli-
mz monits, fufpiria, lacrymæ., quibus illa
nefcia tum futuræ & Gnati, & univerf Chrif-
tiant Orbis utilitatis & gloriæ , currentem à
propofto fine detorquere , aut retardare Vi-
ribus omnibus contendebat , neque blandi-
tiæ & obleftamenta Nuptiarum , neque rei
Domefticæ adminiftrandæ ftudium tenue=
runt, quominus iter, quo properabat, con-
ficeret, & religiofo Divi Dominici cœmi {e
fe alacer, & Ovans adjungeret. De Servor.
Doi Beatif. Ce, tom, LIT, Fe Nancup.peg: 6.
| Bi
12 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvre l’'Homme-Dieu, & à ne vivre que de fon Efprit, Vincent-Ma-
XLI. rie faifoit rous les jours de nouveaux progrès, dans la pratique
Brnoîr XIII, dé toutes les Vertus. Il ne comptoit que peu de mois depuis
ENOÏIT XIII. Lu are A:
fon entrée en Religion; & déjà, diient les Hiftoriens, le Cou-
vent de Saint Dominique le confidéroit comme celui de fes fer-
vens Religieux , dont la Piété, & la folide Vertu, jetroient un
plus grand éclat.
Il ne paroifloit pas qu’on püt défirer autre chofe à ce fidéle
imicateur des Saints, que la Grace de la Perfévérance. Cependant
on à proportion que le moment approchoit , où il devoit prononcer
Sacrifice , par a 15 Vœux, on remarquoit en lui un accroiflément fenfible de
Profefion Rci- ferveur. Si l’'Obéiffance n’en avoit arrèté les pieux excès, il au-
Bises roit paflé ( ainfi qu'il fit dans la fuite) plufieurs jours & plufeurs
nuits, fans accorder à fon Corps aucun repos , ni aucune nour-
riture. Une Oraifon continuelle étoit celle de fon Ame; & le
plaifir qu'il goûtoit à méditer la Loi du Seigneur , lui faifoit
uelquefois oublier fes befoins corporels. C’étoit commencer
. bonne heure ce genre de vie, que nous lui verrons continuer
fans variation , & fourenir avec le mËme courage jufqu’à l’âge
décrépit, parmi les follicicudes du Saint Miniftére. Devenu,
felon lue de l’Apôtre, un Vafe d'honneur, fan@ifié &
ML au Service du Seigneur , préparé pour toutes fortes de
onnes œuvres, Vincent-Marie des Urfns acheva fes fix mois
de Probation, ordonnés par le Pape. Il avoit pris l’'Habit de
Saint Dominique le 12 d'Août 1667, & il fit fa Profeflion fo-
lennel le 13 de Février 1668 (1).
X XIII. On ne différa point de l’appliquer à l'étude des Sciences, fous
es pret Ja conduite de plufeurs habiles Profefleurs ; & le fuccès fut tel,
FAST qu'avoient fait efpérer les qualités de fon Efprit, non moins fo-
lide, be vif & pénétrant. Une occupation , qui eft fouvent
pour plufieurs autres un fujee de vanité , ou une occafion de
contenter la curiofité, & un prétexte pour négliger les éxer-
cices de Dévotion, ne fut pour le Serviteur de Dieu qu’un nou
veau motif de ménager fon tems, & de vaquer avec plus de fer-
veur à la Priére, afin d'attirer fur lui les lumiéres, dont il avoic
befoin. Plus il eftimoit fa Vocation, plus auf il défiroit fe met-
tre en état d'en remplir tous les Devoirs, pour lutilité de fes
Freres, & l'édification de PEpglife. Il n’ignoroit pas que fans la
Piété, la Science eft fouvent ftérile , quelquefois même dange-
(1) Ille Iætus & alacer, quai de fæculô} bi depofcere , nunquam de gencre & Partriâ
viétorià adeptä , regreflus ad fuos, virrutum | quidquam locutus, xrrr Februarii, anno
omniuin fplendore inter Tyrones eniterc ,| 1668. folemnibus Religionis Votis fe ob{-
iafimo loco efle, vilffima quæque officia fi-] trinxit, &c. Archi. Fir. pag. 3.4. :
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. :3
reufe : & il étoit encore plus perfuadé , que fans le Secours Di- Livre
vin, l’Efprit de l'Homme toujours borné , & toujours capable xXLI.
d'erreur, ne fait que de médiocres progrès dans la phetee E =
Le . D, : ENOIT XIIL
des Vérités furnaturelkes. Sur ce principe, & avec des inten- mm
tions toujours pures , Orfini prit d’abord pour Modéle de fes -
Etudes, Saint Thomas d'Aquin fon Maître, & Saint Vincent.
Ferrier fon Glorieux Patron. A leur éxemple , il ne négligea
jamais ni la leéture des bons Livres, ni les Exercices M PEN
res de l'Ecole ; mais le Crucifix étoit fon premier Livre : & s’il
écoutoit avec docilité les Leçons de fes Profefleurs , c’étoit
néanmoins dans l’Oraïfon , plutôt que dans une Etude opinii-
tre, qu'il cherchoit l'intelligence de ce qu'il venoit de lire, ou
d'écouter. |
Sa Confiance ne fut point vaine. Le Seigneur , quiaimeäfe xx1v.
communiquer aux Âmes ES & qui diftribue libéralement ire
{es Dons, à ceux qui fe difpofenc à les recevoir, le remplit du Éhnsi
double don de Sagefle, & de Science. Toutes les fois qu’on le
mit dans l’occafion, ou dans la néceflité , de faire paroître ce
Tréfor- de Lumiéres , qu’il avoit déja acquis, on eut le plaifir
d’éprouver , que dans. un âge peu avancé, Orfini n'étoit pas
moins habile Théologien, que fainc Religieux. C’eft ce que
Jon vit, non fans étonnement, dans les A@es es , qu'il
foutint dans plufieurs Villes d'Italie, à Naples, Bologne , &
à Venife ; tantôt en préfence des plus Sçavans Théologiens de
fon Ordre , afflemblés dans un Chapitre Provincial de Lombar-
_ die, & cantrôt dans un Cercle encore plus augufte, où , avec
les Ambafñfadeurs de plufieurs Princes, fe trouvoient le Nonce
du Pape, à la cête des Prélats, & le Doge de Venife, avec fes
Sénateurs, & rout ce qu'il y avoit de plus diftingué dans la No-
blefle. Le génie, la préfence d’efprit, l’érudicion , & la mo-
deftie du jeune Soutenant, lui firent dès-lors une réputation,
qui devint toujours plus brillante, & qu’il foutint autant par fa
Vertu, que par fes Talens. a
A peine avoit-il atteint fa ange année, que fon mé- xxv.
rite le fit placer parmi les Profeffeurs. Il enfeignoit la Philofo-. ee À
phie dans la Vilie de Bref, ss as y apprit la mort du Car. °°"
dinal Antoine Barberin, Neveu du Pape Urbain VIII, Camer-
lingue de la Sainte -Eglife, & Grand Aumonier de France. Les
éminentes qualités de ce Cardinal, qui, par fon habileté à ma-
nier les Efprits, avoit procuré la Païx à l’Iralie, le firent géné-
ralement regretter. Mais fa Mort, arrivée le 3 d’Août 1671,
fut particuliérement fenfible à tout l'Ordre de faint Domini-
| B ïïj |
LIvRE
XLL.
Benoît XIII
XX VI.
11 fair POraifon
funébre du Caid:-
nal Proteñteur,
XXVII.
Traité Apolo-
gétique.
XXVIII.
Touchant les
Evêques Répu-
hers.
14 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
que , qui perdoit en lui un puiflant Ami, & un zélé Protecteur.
Le Pere des Urfins, plein de ces fentimens de reconnoiffance,
dont les Ames vulgaires ne font pas ordinairement capables,
voulut payer an Tribut de louange à a mémoire de l'illuftre
Défunt. Il fe chargea de faire fon Eloge funébre;&ce Difcours,
prononcé dans notre Epglife de Brelle , répandu depuis dans
toute l’Iralie, fac là avec plaifir, & relù avec édification (r).
Par cette feule Piéce, on pouvoit connoître quels écoient les
talens de PAureur pour la Chaire. Mais les Habitans de Brefle
en avoient d'autres preuves, dans fes fréquentes Prédications :
car il n'avoir pas attendu l’âge de pouvoir être élevé à la Prè-
trife, pour remplir cette partie du Divin Miniftére.
On pourroit être furpris, qu'un jeune Religieux, qui don-
noit tous les jours plufieurs heures à l’éxercice de l’Oraifon, &
à la Méditation des Saintes Ecritures ; Sa à d'ailleurs de faire
fes Lecons de Philofophie, & de former des Difciples, trou-
vit encore du tems pour expliquer aux Fidéles les Devoirs de
Ja Religion , & pour combattre les Vices publics. Le Serviteur
de Dieu faifoit cout cela ; & à ces différentes occupations , il
ne craignit point d'en joindre encore une nouvelle : on le vit
en même tems Profefleur, Prédicateur, Ecrivain. Son Traité
Apologétique de l'Etat Religieux , fut un des premiers fruits de
fon ps 2 & de fon amour pour les Régles.
Entre les Eyèques tirés de différens Ordres Réouliers, pour
la conduite des Eglifes , on en voyoit plufieurs , qui conti.
nuoient toujours à porter l'Habit de leur premiére Profeflion ;
comme ils fe faifoient un devoir d’en obferver toutes les Pra-
tiques , qui n’étoient point incompatibles avec la follicirude
Paftorale. Il y en avoit auffi, qui, en devenant Evêques, cef-
foient de paroître Religieux ; ou qui ne regardoient pas du
moins comme une obligation, de porter cette marque exté-
rieure de leur ancien Engagement. Le Scavant Jofeph Ciantes,
Dominicain, Evêque de Marfico, dont nous avons fait con-
noître ailleurs les Talens, & les Vertus, avoit pris la peine d'é-
crire pour foutenir cette opinion, & cette Pratique. Orfini en-
treprit au contraire de combattre l’ane & l’autre, par l'autorité
des Canons, par les Textes des Saints Docteurs, par Péxemple
des plus Saints Evêques , enfin par l’ancienne & [a nouvelle
(1) Mox in Philofophiæ ac Theologiæ cur-ftiatus, Brifciæ Philofophiim docuit : ubi
riculo Thefes Neapoli, Bononiæ, ac Vene-| Antonium Cardinalem Barberinum , Ordi-
‘tiis propugnavit magnä cum laude ingenii | nis Prædicatorum Proteétorem defunêtum ,
fui, Cœperat enim virtus animum mentem. | funebri Orationi, qua Typis mandata fuit,
que illus infiere ante diem, Indè Sacris ini- | difertè Jaudavit, &c. Archi, Firm. pag. 4.
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 1:15
Difcipline de l’Eglife. Il publia pour cela un 2. Ouvrage ;
dans us outre plufieurs autres preuves de fon fenriment, il
fait voir que felon celui de Saint Thomas, fuivi par les plus
graves Théologiens, un Régulier élevé à la Dignité d'Evêque,
ou de Cardinal, doit toujours garder fes Obfervances régulié-
res, qui ne fe trouvent point oppofées à fa nouvelle Dignité (r).
Aurefte , ce que notre Auteur foutenoit alors avec tant de zé-
le, & par le feul amour de la Vérité , il l'a depuisautorifé par fon
propre éxemple , & par une Décifion folemnelle. C’eft ce que le
Cardinal Profper Larmbertini n’a point manqué de faire remar-
quer, dans fon excellent Ouvrage de la Béarification des Ser-
LIVRE
X LI.
po 1)
Benoir XII
D +" À
Saint Thom. 2. 2-
q. 88. a 13, &_q.
185$. 8 8
viteurs de Dieu, & de la Canonifation des Bienheureux. Car :
après nous avoir appris , que toute l’Eglife d'Orient, d'accord
avec celle d'Occident, a toujours fait une obligation aux Evé-
ques Réguliers, de porter l'Habitde leur Profellon Religieufe,
avec les marques de la pr , dont ils font honorés dans l’E-
glife , ce Sçavant Cardinal ajoute ces paroles.
« On ne fçauroit plus douter de la vérité de ce fentiment «
depuis la Bulle Czfodes , donnée à ce fujet l'an 172$, par le «
Pape Benoît XIII, de fainte Mémoire ; lequel ayant d'abord «
fait Profeflion de l'Ordre des FF. Prêcheurs, en a toujours «
depuis éxactement gardé la Régle, ir cinquante-trois «
ans qu'il a rempli les Fonétions Paltorales : ce qu'il a auffi «
continué tout le tems qu’il a été affis fur la Chaire de Saint «
Pierre (2);» & il a expreflément déclaré, que c’étoit une obli-
gation pour tous les Réguliers, foit Moines , ou Religieux Men.
dians, qui étoient, ou qui feroient dans la fuite, élevés à quel-
que Dignité Eccléfiaftique.
Il convenoit fans doute à celui, qui éroic le fidéle Difciple
de JEesus-CHRIST, avant que d’en être le Vicaire, de nous
fixer par l'autorité de fes Décrets, après nous avoir inftruits par
fes Leçons, & édifiés par fes Exemples. Dès fon entrée dans
l'Ordre de Saint Dominique, Orfini pæut porter l’efprit de
. Mortification bien au-delà'des auftérités prefcrites par la Ré-
gle. Il s’étoit fait d’abord une fainte habitude de prendre fur fes
(1) Apologeticam Epiftolam pro Regulari
Babitu à Regularibus Epifcopis deferendo ,
in Jofephum Ciantes ex Ordine Prædicato-
ram, Marforum Epifcopum , qui adverfam
fententiam tuebatur, edidit ; &c. Archre Fir.
172$ , Quæ incipit : Csffodes , poftquam ete-
nim ipfe Regulam Ordinis Fratrum Prædi-
catorum , quam fuerat profeflus, adamuf-
fim obfervaverat per totos Se mtatres
annos , quibus onus Epifcopale fuftinuit :
PAZ. 4.
. (2) De cujus Sententiæ veritate abfonum
eflet dubitare poft editam à fanétæ memo-
.tæ Bencdiéto XIII, Conftitutionem anno
quod ipfura præltitit toto tempore , quo in
Summo vixit Pontificatu, bæc fubdit in præ-
di&ä Confitutione : Sratuimus, stque fanci-
mas, Qc. De Serv. Dei Beat. T. 111 ,p. 513.
Voy. Je Carl, Prof
Lambert, de Servor.
Dei Bear. Liv, JIL,
Cl. XXXVY, P: $13e
XXIX.
Efprit de Péni-
tence,
Livre
X LI.
BEeNoïîir XIII
X XX.
Orlini eft ordon-
né Prêtre par Dif-
penfe.
16 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
repas, & fur fon repos, le tems qu’il vouloir employer plus uti-
lement à la Prire, ou à l'étude de la Religion. Peu content de
s'être retranché une partie de la nourriture , & de pouffer fes
méditations bien avant dans la nuit, il s’interdit encore l’ufage
du vin , afin d’ouvrir-plus facilement fon cœur à la Sasefe.
Cette Vie’, également pure & pénitente, & les nouvelles
preuves qu’on avoit de fa capacité, ne pouvoient qu’arrêter fur
Jui les yeux de tous fes Freres , & attirer les attentions particu-
liéres des Supérieurs. La régularité de fes Mœurs étoit une
Odeur de vie pour les uns ; il fe rendoic utile aux autres dans
l'Exercice du Miniftére : & dejà fa réputation étoit grande
à la Cour de Rome, où il auroit fouhaité être inconnu. Vin.
cept-Marie Orfini finifloit à peine fa vingt-deuxiéme année,
lorfque le Pape Clément X voulut qu’il fut ordonné Prêtre par
Difpenfe ; & le Cardinal Pauluzzi Alrieri lui impofa les mains.
Les difpofitions , que le fervent Religieux apportoit à la Grace
du Sacerdoce , ne permettent pas de douter qu'il n'ait reçu la
lénitude de cette Grace, & la fuite de fa Vie fut la preuve la
plus fenfible qu’il ne négligea jamais les Dons, dont il avoit plu
au Seigneur de le remplir.
X XXI.
Sa premiére
Meffe dans l'Egli-
{e de Gravina.
.y célébrer fa ee Mefle: & ce fut alors qu'on fit
XXXIL
Sujet de confo-
Jrion :
_ Après le Sacrifice que la Ducheffe de Gravina avoit été obli-
gée de faire ,en confentant à celui de fon Fils, il étoit jufte que
ce Fils reconnoiffant donnûit à fon tour quelque fujet de confo-
lation à fa Mere. Il le fit en choififfant l'Éplife de Gravina ae
ervir
pour la première fois cette Chafuble , dont nous avons parlé.
Si la Princefle avoit {çu garder jufqu’alors le fecret , fur une Pré.
diétion , qui ne lui faifoit point olaifr elle en fit un aveu pu-
blic, lorfqu'elle en vit enfin l’accompliflement (1).
Religieux ; à qui elle étoit une nouvelle preuve que fa Vocation
venoit de Dieu. Il confidéroit avec une joye fecrette, les Mifé-
ricordes du Seigneurefur lui, & fur fa Maiïfon. La Duchefñe fa
Mere, après lavoir long-tems pleuré & regretté, paroifloit en- .
fin foumife aux ordres de la Providence. Le jeune Duc de Gra-
vina , fon Cadet, à la veille d’époufer la petite Niéce du Pape
Cette déclaration ne pouvoit être que fort agréable au Saine
Î
(x) Ut Sacrarum Litterarum ftudiis proli-
xids vacaret , incœnatum dormire, & pofñt
noëturnam pfalmodiam fomnum non repe-
tere, mos illi fuir. Contraéto itaque cibo ac
fomno , à vino quoque abftianit , ut animam
fuam transferret ad Sapientian vigefimo fe-
cundo ætatis anno vix expleto , à Palutio
. Cardinal de Alceriis, ex Apoftolic difpen-
fatione Prefbiter ordinatus , amantiffimam
Parentem confolaturus, Gravinam acceflit ;
ibique cm ad Aram faceret, eÀ Cafulà ufus
eft, quam dum Mater prægnans .... pingee
bac , à Religiofo Viro Ordinis Prædicatorum
intellexie, à Puero quem geftabat in utero,
futuro D. Dominici Alumno , primè defe-
iendam fore. Archi. Firm, pag. 4.5.
Régüant R
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 17
Régnant , étoit deja en état de foutenir l'honneur de la Fa- Er y nr =»
mille : &, ce qui le touchoit de plus près, il fe voyoit lui-même XLI.
dans l’heureufe fituation, qui avoit fait le grand objet de fes dé.
firs. Eloigné du fafte , aufli-bien que des périls du Monde, &
confacré au Service des Autels, i ne vouloit plus être occupé
que de ce qui pouvoit le conduire à la perfeétion de fon Erar,
dans les Exercices d’une Vie Pénitente & Apoftolique. Le zéle
du Salut des Ames le dévoroit , & fa grande jeuneffe n’étoit
trs un obftacle au fuccès de fon Miniftére, parce que fa Vertu
oit connue ; & qu'on ne pouvoit ne pas fentir l’onétion, & la
force de fes Difcours.
Ces préludes de fon Apoñtolat promettoient de plus grands
Fruits pour l'avenir. Engagé à prêcher le Carême fuivanc dans
le Diocèfe de Bologne , notre Prédicareur s'étoit rendu fur les
Lieux vers la fin de Février 1672 ; lorfque le Pape Clément X,
"fe hâtant de mettre fur le Chandelier cette Lampe déja fi écla-
- tante, déclara la réfolution où il étoit, de le revêtir de la Pour. ù
pre Romaine (1). Orfini n’en apprit la premiére nouvelle, que xxxrrr.
comme un autre auroit pu apprendre celle de fa dégradation, Erde uiftee.
ou de fon fupplice. Il en conçut un extrême chagrin ; & il fe
ropofa d’abord de ne jamais confentir à fon Elévacion. Une
€minente Dignité, l’objet de l'ambition de tant d’autres, & de
leurs Vœux les plus ardens, lui parut un dangereux écueil , ou
du moins un embarras bien oppofé. à ce genre de vie, dont il
oùûtoit la douceur, loin de toute autre follicitude , que de celle
’aflurer fon Salut, en travaillant à celui du Prochain.
Nous avons dit qu’en embraffant l'Etat Religieux, Orfini xxxrv.
avoit pris Saint Vincent-Ferrier, non feulement pour fon Pa- Plan d'une Vie
tron , & fon Protecteur, mais aufli pour fon Modéle. Son plus AP°ñolique.
Er défir étoit de l’imiter en tout, de marcher conftanment
ur fes traces, de vivre & de prêcher, comme avoit fait cet Apô.
tre du quatorzième, & du quinzième Siécle. Le Ciel, qui lui inf
piroit ces grands Sencimens, l’avoit prévenu des mêmes Gra-
ces, & enrichi des mêmes Talens. On retrouvoit dans l’un tout
ce que l’on avoit admiré dans l'autre : les forces du Corps, les
richefles de l’Efprit, le Don de la Parole, la vivacité du zéle,
BENOiT XIIL -
-_ (1) Inde cm Bononiz meraretur, proxi-| jaceret, quafi prænofceret Fratrem Vincen-
mo tunc Sacratifimæ Quadragefimæ tem-| cium Mariam Urfinum, tunc vigefimum ter-
‘pore Conciones in eâ Diœceli habicurus ,| tium annum agentem, futurum aliquando
£Clemens X, xx11 Februarii anno 1672, ne| Apoftolicæ Sedis decus atque Præfdium ,
#anta virtus, cujus pleni ac uberes fuprà æta-| Prefbyterum Cardinalem renunciavit, &c,
tm fruétus undique apparebant , inornatal Archi, Fir, pag. $. C
A
Tome VI, À
Livre
XLE
Benoit XIII.
Éeencer scre P e]
XXXV
Orfini refufe Îa
Pourpre Romaine.
XXXVI.
Humoles Senti-
mens.
18 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
l'amour du Travail, & de la Pénitence ; une Vocation marquée
à l’Apoftolat ; un Tr enfin à l'épreuve des obftacles , in-
capable de céder à la farigue, & capable de vaincre les plus
grandes difficultés. Saint Vincent Ferrier étoit demeuré inflé-
xible dans le refus de toutes les Dignités , dont les Souverains
voulurent honorer fon mérite. Tout le monde fçait aufli avec
quelle fermeté le Pere des Urfins refufa , autant qu’il lui fut
pofible , les Honneurs qu’on lui déféroit. Rien de plus fincére
ue les larmes qu'il répandit. Rien en même tems de plus pref.
ant, ni de plus fort, que les repréfentations, les priéres, les
inftances , qu'il réitera fouvent, pour engager Sa Sainteté À fai.
re tomber us un autre fes graces & fes 2h |
Tandis que la Cour de Rome, & coute l'Italie applaudif-
foient au choix, qu’on avoit fait de lui, & défiroient de le voir
monter plus haut ; l’humble Difciple de Jesus-CHRIST,
toujours femblable à lui-même , s’abimoit dans fon néant.
Après avoir répandu fon Amé devant Dieu, il prit la Plume,
pour effayer de fléchir le Souverain Pontife , en lui repréfen-
tant de la maniére la plus touchante, les vifs fentimens de dou-
leur, dont il étoic pénétré, & la jufte crainte, où il étoit, de
trouver peut-être fa chüûte, & fa perte, dans fon Elévation. La
feule chofe qu’il demandoit , avec promefle de n’oubliér jamais
cette faveur, s’il pouvoit l'obtenir , étoic qu’il lui fût permis de
couler fes jours , & de termingr fa carrière, dans l’état de Pau-
vreté, où la main de Dieu l’avoit placé. Mais cette rare Mo-
deftie , qui édifia le Pape, ne put le Eire changer de réfolution.
11 crut au contraire que le Cardinal nommé eétoit d'autant
lus digne de la Pourpre, qu’il la refufoit avec plus d'Humi-
fé Sa Sainteté ordonna donc au Pere Thomas de Roccaber-
ty, Général des FF. Précheurs, d’aller inceflanment à Bolo-
gne ; & d'employer la perfuafon, ou l’autorité , les priéres,
& le commandement , pour obliger enfin fon Religieux de fe
foumettre , en acceptant le Rang, qui lui étoit marqué dans le
Sacré Collège. Voici le Bref Apoltolique , que le Pere Géné-
ral étoit chargé de lui remettre {1 ). ;
(1) At ille , qui delitefcere magis quâm ap- | nif Clemens, datis Kal. Martii Litteris Apof-
arere cupiebat, ubi Cardinalatüs ass tolicis in formâ Brevis , miflo etizm Gene-
bi delatum efle intellexit ; averfari, refu- | rali Ordinis Prædicatorum Magiftro de Roc-
gere, obfecrare , & deprecari à fe eminen- | cabertis, interpofito præcepto ex Relipione
tiflimam Dignitatem. Longa cum illius mo. | Sacramenti coegiffet, ne Promorioni fuæ diu-
deftia pugna fuit s nec fanè acquieviflet , | tids obfifteret, Archi. Férm. pag. 5.
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 19
Dileflo Filio noffre Vincentio- Marie À Notre cher Fils , Vincent-Marie
Urfino de Gravina , S. R. E. Orfini de Gravina, Cardinal de la
Cardinali. : Sainte Eglife Romaine.
CLEMENSs PP, X, LE Pare CLréuenr X
Dilelte Fili nofter, Salutem & Apof- Aorre cher Fils, Salut , © Bénédislion
‘ tolicam Benediétionem, Apoftolique. on
4, qua Par erat, animi admira- Ous avons admiré, comme il
Les tione [afpeximiss religiofam Hums- convenoit, l'excellence de votre
lisatis praflantiam , qua Cardinalitian Humilité religieufe : Humilité d'au
dignitatém ; noffre tantummodo in Ec- tant plus digne d'admiration , qu'elle
‘recufare cogi- vous porte à refufer la Dignité même
à
clefs Dei fecundam ,
JF ; cximiamque pictatem team proli- de Cardinal, la plus élevée qui foit
sis lesudlibus profecuii , accuratas Divi- dansl'Egli(e après la nôtre. Nous n'a-
pa Bonitats graias egimus , que tam vons pû auf refufer à votre haute Pié-
Praclaros , ms ex Litteris ad Nos datis té les juftes louanges qu'elle mérite;
pate, Cordi mo fenfus indulgere digns- & Nous avons rendu graces à la Di-
14 eff. Examinands tamen faste duxi- vine Bonté, de ce qu’elle a mis dans
mus bujufmodi confilis, seit votre cœur, ces grands Sentimens,
cnim [ub «mile lucis Princepstencbrarum qu’on reconnoît dans les Lettres, que
later ; mentisäque melioris bons fpecie, vous Nous avez écrites. Cependant
Divine glorie incremento refifiit. Sen- il Nous a paru néceffaire d'éxaminer
tenti4 quoque nobis fuerat oblatum infir- avec foin les motifs de votre refus: car
méat$ nofre Ponrificatés Maximi pon- Nous n'ignorons point que le Prince
dus omnino declinare, Presque in id desténébres fe cache quelquefois fous
Precibus ac lacrymis vehementer incubui. un déhors delumiére; & que fous l'a-
"us ; fubjecimss verd tandem Poci Dei parence trompeufe d’un plus grand
per Cardinales nos alloquenti, volunta- bien, s’opofe en effet à ce qui contri-
tem noffram ; onerifque, Angelicis etiam bueroitàla plusgrandeGloire deDieu,
bumeris formidandi, graviratem , im- Nous ne vous Éfmulerons pas, que
pares licèt, fabire paf féimus. Eadem lorfqu'on voulut Nous élever au Sou-
quocircà fequenda à te in prefenti vef. verain Pontificat , notre premier def-
_#Higia, pronafque loquenti in ANobis Spi- {ein fut de fuir une Charge , ‘qui eft
ritwi Sanilo prebendas [atius aures effe bien au-deffus de nos forces. Nous
confulium ducentes , auéloritate , quâ employâmes les priéres & les larmes,
Nos in terris Chrifius donavit ; pre- pour éloigner de nous ce terrible far.
cipimus hifce tibi, Dileëte Fili noffer | deau. Soumis néanmoins à la Volon-
#t dignitatem quatre, Urbe mniverfaplan- té de Dieu, qui s’'expliquoit par les
dente, nuper infignivimns , omnino ac- fuffrages des Cardinaux , Nous avons
ceptarevelis , jucundiss ita Pontifici Sem- fouffert qu'on mîtfur nos foibles épau-
Piterno [acrificinm , inclytam nempe ani- les, un poids, qui feroit formidable
ni tué repugnantiam ingenti cæm fwno- aux Anges même, Ainf devez-vous ea
re meriorum oblaturus. Nec sillus no- ufer dans cette occafion , en vous fou-
bis dubisandi locus effe poteft , retarda- mettant avec docilité au choix du
tum irite à preflanda mandaïis Nofiris, Saint-Efprit, qui vous appelle par no-
#1 perfetlum Religioff Infisinti Sellato- tre Miniftére, & vous parle par no-
rem decet, debits cbedientiä, à periculo, tre bouche. Ne foyez donc point fur-
Mi [cribis, smitienda aserne faluiis; in- pris, fi, en vertu de l'Autorité que
Ci;
LrIvRE
X LI.
Benoît XIII.
XXXVII.
Bref de Clé-
ment X.
Bullar. Ord. Tor,
V 1, pag: 304
LiVRE
XLE.
Benoîr XIII.
à
20 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Nous avons reçûe de JEsus-CHRIsT, decorsm nimirum fimmopere foret, aded
Nous vous exhortons , notre cher twrpem maculam inurere praclariffimo
Fils ; & fi, par ces Préfentes, Nous Ordini, & quo tot Chriflianarum viriu-
vous commandons d'accepter fans dé- r#m exemplaria prodiere. A pluribus ita-
lai, la Dignité, à laquelle Nous vous que abflinentes, 4 perfpeüla, probatsque
avons depuis peu élevé , avec l’applau- pierare tu4 hujufmods (olatism prorfis
diffement général de toute la Ville, expeélemus , tibi, Dileile Fili nofter,
: Ce Sacrifice que vous fèrez en triom- Æpoflolicam Bencditlionem paterne in-
XXXVIEHI.
Embarras du
Sains Cardinal
phant de toutes vos répugnances , fe- rerim smpertiemies. Datum Roma , apud
ra plus agréable au Pontife Eternel, Sanélam Mariam Majorem [ub Annu-
& vous procurera un plus grand ac- lo Pifcatoris, die primé Marti 1672;
croiffement de mérite , que celuique Pontificatns noffri anno fecundo.
vous prétendiez faire du Cardinalat, | |
Nous efpérons aufli que la crainte de vous perdre pour l’Eternité ; crainte
que vous alléguez pour motif de votre réliftance, ne fera plus un obftacle
à la prompte obéiflance que vous Nous devez ;.& qui fied fi bien à un par-
fait Relipieux, tel que vous êtes. Vous feriez certainement me de blâme,
fi, par un plus long refus, vous failiez injure à l'Ordre célébre de S. Domini-
que ; d'où font fortis tant de beaux Modeles de toutes les Vertus Chrétiennes.
Nous ne vous en difons pas davantage, pleins de confiance, que votre Piété
fi connue, & déja éprouvée, nous donnera inceffanment la confolation de
vous voir foumis. Recevez cependant, notre cher Fils, la Bénédi@tion Apof-
tolique , que Nous vous donnons avec une affe&ion de Pere, Fait à Rome;
dans le Palais de Sainte Marie Majeure ; fous l’Anneau du Pécheur , le pre-
mier jour de Mars 1672, la feconde Année de notre Pontificat,
Desexhortations fitendres , accompagnées d’un ordre fi précis,
n’augmentérent pas peu l'embarras du modefte Religieux : & ce
que À Général des Dominicains ajouta de vive voix , fit encore
impreflon fur fon Efprit. Mais rien de tout cela ne fut capable de
Je déterminer abfolument, moins encore de le raflurer. S'il crai-
gnoit d’offenfer Dieu par un refus opiniâtre, il ne craignoit pas
moins d’expofer fon Salut, & de manquer à fa Vocation, en
fortant d’un Etat, où la Grace lavoit game ; & qu'il regardoit
toujours comme fon Port, fon lieu de füreté, & fon -Afyle. I
auroit fouhairé que le Pere Général eût bien voulu, dans cette
XXXIX.
Ce qu'il éxige
du Général de fon
Ordre.
rencontre , être fon Avocat ; & que, touché de fes larmes, il
eût joint fes prieres aux fiennes , pour perfuader à Sa Sainteté
de faire un autre choix. L |
- &« Eh, quoi, mon Pere (lui difoit-il, avec cette confiance pleine
» de refpc& & d'amour , qu’il confèrva toute fa vie pour pe Su-
» périeurs de fon Ordre) n’aurois-je donc renoncé aux Gran-
» deurs du Siécle , que pour occuper les premiéres Places dans
» 'Eglife ? De part & d'autre, les périls ne font-ils pas les mê-
» mes? Si vous avez approuvé la démarche que j'ai faite en me
» jettant dans le fein de la Religion ; comment me çconfeillez-
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. z2t
vous, je le dis en verfant des larmes ; pourquoi m’ordonnez- «
vous de la démentir aujourd’hui, par une autre; qui m’en fe- «
roit perdre les fruits, & les avantages , en les de nou- «
veau à tous les dangers, que j'ai prétendu éviter »? L'Ordre de «
Saint Dominique , pour lequel le Seigneur. m’a donné tant de «
tendrefle, a bien voulu m’ouvrir fes portes : voudriez-vous «
me les fermer, en m’ôtant la liberté de me dire toujours votre «
Fils, & de vous obéir comme à mon Pere? Vous fçavez ce que «
notre Bienheureux Patriarche, & fes premiers Succefleurs ont «
penfé des Dignirés Eccléfiaftiques. Le Bienheureux Jourdain «
de Saxe, Saint Raymond de PE , l'illuftre Humbert de «
Livre
XL
BENOîT XIII,
RENE |
E.
Romans, avoient coutume de dire, qu’ils aimeroient mieux «
voir porter leurs Religieux au Tombeau, que fur un Siège «
Epifçopal. Vous tenez aujourd’hui la place de ces Grands «
Hommes: vous en avez le mérite & l'Efprit : confervez donc «
pour moi , je le demande au Nom de JEsus-CHRIST; &«
montrez-moi les mêmes fentimens, que vosilluftres Prédé- «
cefleurs ne pouvoient perdre , pour ceux : vivoient {ous «
leur conduite : & ne permettez point que je fois feul à me dé- «
fendre contre la perfécution qu’on me fait ».
Par une priére fi humble, & fi couchante, le Saint Religieux
pouvoit bien attendrir un Supérieur , qui le chérifloit beau-
coup ; & qui n’admiroit pas moins les qualités de fon Cœur, que
celles de fon. Efprit : mais il demandoit ce qu’il n’étoit point au
pouvoir du Pere Général de lui faire obtenir: il étoit autre-
ment ordonné dans le Ciel. Après avoir bien prié & gémi, le
Pere Orfini fuivit fon Général à Rome, réfolu de faire de nou-
veaux efforts, pour n’ètre point obligé de quitter la derniére
place, qu’il avoit choifie dans la Maïfon du Seigneur. II parut
devant Clément X , comme il avoit paru cinq ans auparavant
en préfence de Clément IX. Il ne plaida pas fa Gaufe avec moins
de grace, dans le fecond cas, que dans le premier. Le fuccès ce-
pendant ne fut pas le même. Egalement admiré, loué , applaudi,
il n’eut pas la même facilité à perfuader. Un Pape avoit pronon-
cé en fa faveur, contre fes Parens , arrêtés à vouloir lui faire
quitter l’Habit de Saint Dominique : un autre Pape, en lui per-
mettant de porter toujours cet Habit, qui lui étoit fi cher , ufa
en même cems de toute fon Autorité, pour lui faire accepter la
Pourpre Sacrée, & la qualité de Cardinal Prètre du Titre de
Saint Sixte. Le confentement d’Orfini, lorfqu'il ne lui fut plus
pofhible de le refufer, caufa une joye univerfelle dans la Maifon
du Pape ; & renouvella celle que le Sacré Collége avoit fair pa-
a oo de C iüij
XL,
I] le fuit à Rome.
XLT.
I1 fe fou
tremblanc
7
met cn
12 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livere roître le jour de fa Nomination. S'il avoit refufé cet Honneur
XLI. par modeftie, il accepta par obéiffance : & les louanges qu’og
Essoir xiir Avoit données à une humilité, qui a peu d'éxemples, on les don.
| * na depuis à fa docilité , & à fa Religion.
Notre Cardinal fe montra toujours digne de ces Eloges ; &
toute fa conduite fut une nouvelle preuve de la folidité de fa
Vertu. Ni l'éclat de L4 Pourpre, qu'il eut la complaifance de
—— porter | sq un jour , ni tous les refpe&s, qu’elle lui attiroit,
Modeitie dans D lui firent rien perdre des bas fentimens , qu’il avoic de lui-
l'élévation. même. Auffi recueilli à la Cour ; auf aflidu à la Priére , parmi
les embarras des Affaires, auf modefte, & aufli Pénitent dans
la plis grande élévation , qu’il l’avoic été daas l’obfcuriré du
Cloître ; s’il fentic que fes Devoirs s’écoient multipliés , il re-
doubla aufli fa vigilance , pour les remplir tous, fans en négli-
ger aucun. On le vit en même tems Religieux éxact, toujours
fidéle à tous les points de fa Régle ; & Prince de l’Eglife, tou-
jours prêt de foutenir avec zéle, les intérêcs de la Religion, &
de facrifier à ce devoir, non feulement {on repos , mais fa vie
même, s’il avoit été néceffaire. En prenant l'Habit de Saint Do.
minique, le Prince des Urfins avoit facrifié aux vûes d’une auf-
tére Piété, tout ce que le Siécle a de grand , & de pompeux : &
en fe laiffant revêtir de la Pourpre, il confacra par fa religieufe
Pièté, tout ce que l’Eglife a de plus grand, ou de plus élevé aux
yeux du Siécle. Ce n’eft que par fes modeftes Vertus, & parun
travail aflidu, qu’il crut pouvoir foutenir toute la fplendeur de
fa nouvelle Dignité : & voilà ce qui fit dire d’abord de lui, ce
qu’on avoit dE dit de Saint Charles Borromée , que fa Vie
étoit une leçon , & un éxemple, pour toute la Cour de Ro-
me (1). | À
Lorfque le Souverain Pontife donne le Chapeau à un Cardi-
nal, il lui adrefle ces paroles, que nous lifons dans le premier
Livre des Cérémonies Sacrées :
« Pour la plus grande Gloire de Dieu Tout-Puiffane, & l’hon-
» neur du Saint Siége Apoftolique. recévez ce Chapeau rouge,
» comme la marque glorieufe de l’éminente Dignité, à laquelle
» vous êtes élevé, & qui doit vous faire continuellenenc fou-
» venir de l'obligation, où vous ferez déformais , de combattre
_» avec intrépidité , & jufqu’à leffafon de votre fang, pour
(1) Itèque Romam profeëtus , Titulo | parfimoniä , eo Religionis ardore , eâ vigi-
Sani Sixti ornatus, hovum Romanæ Aulæ'|landi ac precandi afliduitate, & in Eccleñ8
vexit exemplum : priftinä enim vivendi | Dei ftrenué laborandi ftudio vitam inftituir ,
”_ confuetudine nihil admodum immutati, eä | ut Dignitatis fuæ fplendorem fide tant ,
auirgi moderatione, cuktüs modefià , viétés | ac operibus quæreret, &c. Archi. Fir. pag. 64
“=
LS
DE L'ORDRE DE S DOMINIQUE.
l'Exaltation de la Sainte Foi, pour la paix, & le repos du Peu-« Lrvre
23
ple Chrétien; enfin pour la défenfe, & l’accroiflement de la «
Sainte Eglife Romaine (1), &c. »
Le Cardinal des Urfins cape ie bien le fens de cet Avertif-
fement : auf ne parut-il occu
le refte de fa vie que des inté-
’Eglife ; fans
Benoir XII
rêts de JEsus-CHRrIST, de la 5 & de
refufer jamais le travail, fans craindre le péril, fans ménager ni
fes forces, ni {a fanté. On feroit fon portrait, & une partie de
fon Hiftoire, fi on lui appliquoit ce qu'a dit Saint Bernard, tou-
chant les qualités , qu’il vouloit trouver dans les premiers Prin-
ces de lEpglife. C’eft dans fon quatriéme Livre de la Confidé,
ration , que le Saint Abbé parloit ainfi au Pape Eugéne III :
« Vous ne devez élever à l'éminente Digniré de Cardinal , «
que des Sujets, dont les Mœurs foient pures, la Sainteté éprou- «
vée, PObéiflance connue, la Douceur & la Patience éxem- «
plaires : des Sujets amis de la Paix, de l'ordre, de la Difcipli- «
ne, & de l'Unité : rigides Cenfeurs du Vice , & de PErreur ÿ «
remplis de Foi; fidéles Difpenfateurs des chofes faintes ; Pru. «
dens, Sages, Difcrets, capables de donner de bons confeils, «
& de les fuivre ; Sobres, défintérellés ; qui ne défirent poinc «
le bien des autres, & qui ne prodiguent point le leur . .. des «
Hommes enfin qui ayent le goût, & l’ufage de l'Oraïfon, & «
qui faflent moins de fond fur leur propre travail, & fur leur «
‘induftrie , que fur le fecours de la Priére (2). » |
On ne peut s'empêcher de reconnoître que tous ces traits,
mais les derniers fur-tout , caraétériferit parfaitement notre
Cardinal de Saint Sixte. Tandis qu’il avoit vécu dans la compa.
gnie de fes Freres, l’éxercice de l'Oraifon avoit toujours fait {es
Chaftes Délices ; & fon occupation la plus douce, comme la plus
ordinaire. On en étoit édifié , & on n’en devoit point être furpris :
le filence du Cloître, la pratique, & l’éxemple de fesfemblables,
favorifoient cet attrait, qu'on avoit pu remarquer en lui prefque
dès fon enfance. On fut plus juftement frappé de voir un jeune
XLIII.
Qualités que
S. Bernard vouioit
trouver dans lies
Cardinaux.
XLIV.
On les voit dans
le Cardinat-de
Saint Sixte.
{1) Ad laudem Omnipotentis Dei, & Sanc-
tæ Sedis Apoftolicæ ornamentum , accipe Ga-
lerum rubrum , infigne fingulare Dignitatis
Cardinalatüs , per quod defignatur, audd uf-
que ad mortem, & fangainis effafionem in-
clufivè pro Exaltatione San@tæ Fidei, pace,
& quiete Populi Chriftiani , augmento , &
ftatu Sacro-Santæ Romanæ Ecciefæ , te in-
trepidum exhiberc debeas, &c. Fide Tom,
FAT , de ferv. Dei Beat. Ge. p. 459. Col. 1.
(2) Qui fint compofiti ad mores , probati
manfueti ad patientiam , fubjeëti ad difcipli.
nam , rigid ad cenfuram , Catholici ad Fi
dem , fideles a6 difpenfationem , concordes
ad pacem, conformes ad uniratem. Qui fiat
in judicio reéti, in conflio providi , in ju-
bendo difcreti..,. in convivio non effuf,
in cur reï familiaris non anxii , alienæ non
cupidi , fuæ non prodigi, .. qui orandi ftu-
diura gerant , & ufum habeant, ac de omni
re Orationi plus fidant , quam fuæ indultriæ,
vel labori , &c. Liv. IV de Confid. Cp. IV.
ftimoniam , parati ad obedientiam ,| Es Tor. III. de S'erv. Dei Bear, de. p. 457.
LIVRE
X LI.
| Benoîr XIII.
Pr ve Rom mr. À
XL V.
Ileftadmis dans
pluñeurs Congré-
gations,
XLVI.
Emploi du Terms.
\
XLVII.
Charité envers
” Jes Pauvres.
124 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Cardinal de vingt-trois ans, qui ne pouvoit être détourné d’uné
fi fainte pratique, ni par le rumulte de la Cour, ni par la fuite
des affaires, ni par le nombre, & l'importance de fes occupa-
tions : car il en eut plufieurs, puifque le Pape le fit d’abord en-
trer dans les différentes Congrégations de Cardinaux , appel-
lées , des Evêques, & des Répguliers ; des KRites ; des Immuni-
tés Eccléfiaftiques ; des Indulgences, & des Reliques : il avoit
été nommé Examinateur des Evêques, avant que d’être déclaré
Préfet de la Congrégation du Concile de Trente (1).
Les diverfes Matiéres, qu'il faut éclaircir, ou décider, dans
ces fçavantes Aflemblées, noce une connoiflance particu-
liére des Conciles , de la Difcipline de l’Eglife, de fa Liturgie
Sacrée, & de toutes les parties de la Théologie, Dogmatique,
Pofitive, & Morale : c’eft à quoi le Cardinal Orfini avoir em-
ployé fes jeunes années. Mais pour acquérir toujours de nou-
velles Jumiéres, il mettoit tout à profit; la Priére, la Lecture,
les Entretiens mêmes familiers. Il aimoit la converfation des
Sçavans, particuliérement des Théologiens de fon Ordre, qui
joignoient à une rare érudition une éminente Piété : il en avoit
toujours plufieurs auprès de lui; & il vivoit avec eux dans fon
Palais, comme il avoit fait dans le Monaftére. Si tout le régle-
ment de fa Perfonne, la modeftie de fon train, la frugalité de
fa table, & l'abondance de fes Aumônes, étoient pour le Peu-
ple Romain un grand fujet d'édification : ceux qui avoient l’hon
neur de l’approcher de plus près, trouvoient de nouveaux char-
mes dans la douceur de fes Mœurs, & de nouvelles Leçons de
Vertu, dans tout ce qu’ils lui voyoient pratiquer. Les premié-
res bénédiétions, que le Saint Cardinal voulut mériter, furene
celles des perfonnes , que le Monde méprife res Les
grofles penfons qu'il tiroit de fa Maïfon , & les bienfaits du
Pontife Régnant, duroient pu le faire paroître avec tout l'éclat
de fa Naifence, & de fa Dignité : mais il aimoit les Pauvres
& il n'oublioit pas qu’il avoit fait lui-même un Vœu de Pau-
vreté : pour pouvoir répandre plus abondanment fes libéralités
fur rous ceux qui étoignt dans l’indigence , il continua à rem-
plir les engagemens de fon Vœu, avec autant d’éxaditude, &
fans doute avec plus de mérite, que s’il n’eût été encore que
fimple Religieu |
(1) In Urbe moram ducens , ac Congre-]munitatis , Indugentiarum, & Reliquiarum,
gationis Concilii Præfeétum agens , & inter | Patres Cooptatus,ac etiam Epifcoporum Exa-
Congregationum Epifcoporum, ac Regula- | minator renunciatusab eodem Pontifice Cle.
rium, Sacrorum Rituum , Eccleñafticæ Im- | mentc X , &c, Le S'acr, Tom, VIII, Col. 176.
Sans
: :DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. :is
* Sans nous arrêtér ici aux autres éxemples de Vertu, que le
houveau Cardinal ne cefloit de donner , dans toutes les occa-
fions à la Ville de Rome; nous pouvons dire en deux mots,
que l’unique , ou le principal avantage, qu'il voulut tirer de la
prééminence de fon Rang , fut de pouvoir protéger l’Innocen-
ce , défendre ceux qui étoient fans fecours, faire du bien à un
plus grand nombre de perfonnes, & procurer en plufieurs ma-
nicres la gloire, & l'honneur de fon Ordre. | |
-" Le Pape Clément X avoit mis depuis peu dans le Catalogue
des Saints, le Bienheureux Louis Bertrand, lApôtre des Indes
Occidentales , & l’illuftre Vierge Rofe de Lima ; Orfini, pour
relever cette Solemnité, qui avoir été faite avec une magnifi-
cence extraordinaire, dans notre Eglife de Bologne, publia un
petit Ouvrage, qui fut imprimé à Venife l'an 1674, hu ce ti-
tre: Concentus Dominicano-Bononienfis Ecclefiæ in Album Sanc-
torsm Ludovici Bertrandi, @ Rofe de Sanifa Maria , Ordinis
Pradicatorum. |
-_ Il fignala depuis fon zéle, dans la Sacrée Congrégation des
Rites, où il fe trouvoic préfent , lorfqu’on y traitoit de la pro-
chaine Béatification du Eine Pape Pie V ; de la Canonifation:
de Saint Jacques de Mevania ; du Culte de dix-neuf Martyrs,
apellés communément Gorgomiens, du lieu de leur fupplice;, &
de ce qui devoit fervir à mettre au nombre des Martyrs de
JEsus-CHrisT, le Pere Alphonfe Navarette, de l'Or-
dre de Saint Dominique ; Ferdinand de Saint Jofeph, de
POrdre de Saint Auguftin , & leurs Compagnons, qui avoient
glorieufement combattu dans le Japon, & répandu leur Sang,
en préchant l'Evangile aux Infidéles. Nous avons trois Brefs de
Clément X , qui nous apprennent, qu’à la priére, & fur les inf-
tances de notre Cardinal, Sa Sainteté permettoit à l'Ordre des
FF. Prêcheurs , 1°, De faire une Fête Solemnelle de tous les
Saints, & Saintes du même Ordre, le neuviême de Novem-
bre : 2°, De récicer l'Office, & célébrer la Mefle, en l'honneur
Liv RE
X LI.
Benoît XIII
XLVIIL
Zéle pour éten-
dre le Culte des
Saints.
XLIX,
Et de plufieurs
Bienheureux.
Vide Bull, Ord.Tonm,
VI, pag. 306: 307»
B1Sr$16:317,348
19
7
de Saint Vincent Ferrier, tous les premiers Lundis, non em.
péchés, de chaque mois. C’eft ainfi que le pieux Cardinal tras
vailloit à écendre le Culte des Saints, dont il imitoit dès-lors
les Vertus, | 0 Eu
11 femble que la confiance , dont le Souverain Pontife con-
tiguoit à honorer le Cardinal de Saint Sixre ; l’eftime générale,
où il écoit dans le Sacré Collége; & le bien qu'il faifoit dejà ,
dans les différens Emplois, dont ilétoit chargé, devoient lui
rendre gracieux le féjour de Rome. Cependant il portoit ailleurs
Tome VI,
LIivReEz
X LL
Benoîr XIIL
RS mes Tnt
26 HISTOIRE DES HOMMÉS ILLUSTRES
fes défirs ; foi peut-être par l’averfion du Fifte, & la peine de
fe voir toujours dans le tumulre de la Cour , comme l’a cru un
Auteur : ssmaltusm Asle pertefus : foit, felon la penfée d’un
autre Ecrivain, parce qu’il fouhaitoit travailler plus immédia-
Echard, Tom, 11, temneut à l’inftruétion des Fidéles, & au Salut des Ames, par le
pag 815. Col :.
Le Cardinal re-
fufe un riche Ar-
chevéché.
| LI.
Et en accepteun
. qui cft pauvre.
Miniftére de la Prédication. Quoiqu'il en foit, il parut que le
Seigneur favorifoit des défirs, que lui-même avoit fait naître
dans lAme de fon Serviteur.
: Charles IE, Roy pars eu & des Deux Siciles, ft préfen-
ter à notre Cardinal le riche Archeyèché de Saierne, dans le
Royaume de Naples , Ville Capitale de la Principauté Cité-
rieure : & le Pape lui offrir en même teins celui de Siponte, fur
les Côtes de la Mer Adriatique. Il y avoit beaucoup plus de
Revenus, &. de Commodités dans le premier ; plus de peine, &
de travail dans le fecond. Outre que l'A rchevéché de Siponte {*)
n’a que de fort modiques Revenus, il fe trouvoit alors chargé
de plufieurs Penfions. D'ailleurs l'air du Pays eft mal fain >
Ville peu peuplée, & toujours expolée aux incurfions des Pira-
tes, qui l'ont fouvent pillée, ruinée, & prefque détruite. Le
choix entre deux Sièges, en tous fens fi différens, ne paroifloit
donc pas bien difficile. Le Saint Cardinal choifit, mais en Hom.
me, qui ne veut trouver dans À gr me que ce que Saint Paul
permet d’y chercher ; le travail, le fruit fpirituel , le Salut des
Ames, l'honneur de fervir Dieu, & fon Eglife : bonum opus. Le
Cardinal Orfini ne pouvoit fans doute fe propofer autfe chofe ;
lorfque , contre routes les régles de la fageffe mondaine, il pré.
féra le Siége de Siponte ( auquel Benoît Capello venoit de re-
noncer ) à l’Archevêché de Salerne , & à fa Charge de Préfet
de la Congrégation du Concile ; Charge qui n'eft ordinaire-
ment confêrce qu'aux plus diftingués entre les Cardinaux (1).
Dans un Siécle, où de Émblables éxemples de zéle, de modéra-
tion, & de défintéreflement étoient peu communs, on auroit plus
pro ids impendere vehementer cuperet . AM
plifimä Præfecturà, quam Romzæ præcipui
inter Cardinales optare folent , ultrà dimif
(x) S'iponte , Ville de la Pouille , au pié du
Mont Sant-Ange , eft aufli apellée Manfre-
denis, du nom de Mainfroy, Fils Naturel de
Frédéric II , qui la fic bâtir l’an 12$6, On la
nomme affez communément Siponte, parce
qu’elle s’eft accrue des ruines d’une ancienne
Ville de ce non, qu’on voyoit à un mille
de là.
(y) Sacræ Congregationi Cardinalium Con.
eilii Tridentini interpretum Præfeétus, alñf-
que Cardinalium Congregationibus annume-
ratus, quantüm dottrinä valeret luculenter
œftendit : fed cdm ille ahimarum faluci fele
A , Archiepifcopatum Sipontinum ad Oram
Adriaci Maris lonyé ab Urbe diffitum, à Bar-
taris direptum , Cœlo infalubrer, penfioni-
bus præpravatum , quem Bencdiétus Capel-
letus fponté cefferat , die 28 Januatii 1675.
à Clemente X accepit ; prætulitque Archie=
pifcopatui Salaritano , multisnominibus, ac
divite cenfu percelebri , qui eidem à Carol
II, Hifpaniarum & utriufque Siciliæ Rege
ofiercbatur, &c. Archi, Firm. pag. 6.
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 27
admiré celui-ci, fi la conduite toujours uniforme du Cardinalde Lives
S. Sixte n’avoit déja Re les gran à ae -anet e , _XLI.
ue ce qu’il y avoit de plus parfait, & de plus conforme 4 PEfprit =
À poftohique, Il sb 4 ns fa dans foie année , lorf Pl ALU
accepta l’Eglife de Siponte , le 18 de Janvier 167$. Pour tre
facré Archevêque 1 cet âge, il falloit une Difpenfe; & Sa Sairr.
teté l’accorda d'autant plus volontiers, qu’elle auroît voulu voir
toutes les Eglifes Chrériennes , confiées à des Pafteurs du ca- |
radére de ce nouveau Timorhée. Le Cardinal Pauluzzi Altieri, LIL
Camerlingue, & Premier Miniftre du Pape, le même qui avoit Reese A
ordonné Orfini Prêtre, ne céda point à an autre Phomneur de re
faire la Confécration. Il la fit le 3 de Février, dans notre Eglife
de Saint Sixte, en préfence de plufieurs Cardinaux, & de la
rincipale Nobleffe de Rome. Mais rien ne frappoït davantage
les A fiftans , dans ce fpedacle de Religion, que Îa soie
Angélique, la ferveur , & le recueillement du nouveau Prélar;
qui s'éroit préparé à fon Sacre par le Jeüûne, & la Priére ; & qui
‘n'éroit animé d’autre délfir , que de cefui de gagner des Ames
à Jesus-CHrisT,en remplifflant, comme un Succeffeur des
Apôtres, tous les Devoirs de la Sollicirude Paftorale.
Les Peuples de Siponte pouvoient juftement regreter leur
dernier Archevêque, qui les avoit goavernés l'efpace de feize
années , avec autant de vigilance, que de prudence & de cha-
rité: mais ils furent confolés lorfqu'ils apprirent que le Cardi-
nal des Urfins devoit le remplacer. Infiniment flatés de la pré.
férence , qu'il faifoit de leur Eglife ; & aflurés de retrouver en
lui toutes les bonnes qualités de fon Prédéceffeur , ils l’atren-
doient avec une fainre impatience ; & leur attente ne fut pas
longue : la rigueur de l'Hyver ne put l'empêcher de courir d'a.
bord au fecours de fon Troupeau; & il eut le plaifir de voir, que
fa préfence répandit d’abord la joye , fa confolation, & la paix,
dans toutes les parties de fon Diocèfe.
On fçaïit ce que peut fur Pefpric, & fur le cœur des Peuples,
la réputation d’un Pafteur Religieux , & Pacifique, rempli de
l'Efprit de JEesus-CHr1sT, & donné de Dieu pour fa're le
bonheur de {es Brebis. Les folides Vertus du Cardinal de Saint
Sixte lui avoient déja fait cette réputation ; & il la foutine par les
effets. Pour répondre aux pieux empreflemens de fes Diocé. Liv.
fains , il les affembloit fouvent, & leur expliquoit lui-même les | Vas : ÉRbIE
Devoirs d’un Chrétien, les Vérités, & les Myftéres de [a Re. de La Sollicitude
ligion. Comme fes Aumônes accompagnoient ordinairemenc Paftorale.
fs Exhorrations, il fe concilia ff bien sous les cœurs, qu'il pou-
Di)
LIlf,
Il fe hâte de vi
fiter fon Egjile.
LIVRE
X EI.
BENOïT XIIL
L V.
Il facre un Evé-
que dans lPEglife
de Gravina,
LVI.
Ce qu'il faiten
faveur de {a Fa-
mille :
LVIl
Etau Mont Gar-
g22.
28 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
voit s’aflurer d'être obéi, tant du Clergé, que des fimples Fi-
déles , dans tout ce | me jugeroit à propos de leur prefcrire, foit
pour perfectionner la Difcipline, foit pour régler les Mœurs,
ou corriger les abus. Ces premiers fruits des travaux du Car-
dinal Archevêque, ne fervirent pas peu à donner une nouvelle
activité à fon zéle. Déjà les Défercs , ou les Montagnes de la
Pouille, & les pauvres Mafures de fes Habitans, lui paroifloient
préférables à tous les Palais de Rome. Il aimoit le travail : &
cette docilité , avec laquelle on recevoit fes inftruétions, ou fes
corrections , ne lui permettoient point de fe repofer. -
Ce ne fut qu'après avoir pris une connoïiflance générale de
l'état de fon Églife; & avoir mis les premiéres difpofitions à
tout le bien qu'il fe propofoit d’y faire , qu'il fe rendit dans 14
Ville de Gravina. Le Pere Jacques-Marie Conilio, Dominicain,
venoit d’être nommé à l’Evêché de Cefalonie, uni à celui de
Zante, fous la domination des Vénitiens : notre Cardinal, qui
connoifloit depuis plufieurs années le mérite de cè Religieux
( puifqu’il l’avoit eu pour Prieur dans le Couvent de Saint Do-
minique à Venife ) voulut le facrer de fes mains : & le Pape, qui
Jui en avoit donné la Commiflion , avoit marqué aufl le lieu de
Ja Cérémonie (1). Nous ne pouvons douter que la Eu in-
tention de Sa Sainteté n’eût été de faire plaifir à la Duchefle
Douairière de Gravina, en lui procurant cette occafion,
la Vifite du pieux Cardinal. Mais la Providence avoit d’autres
deffeins : les beaux éxemples de Vertu, & les faints Entretiens
de notre Archevèque, commencérent dès-lors à produire de
bons effets dans le fein de fa Famille. On en reconnut depuis
les heureufes fuites, lorfqu’on vit fa propre Mere, fa Sœur, &
deux de fes Niéces, défabufées des vanires du Siécle, prendre le
parti du Cloître, dans l'Ordre de Saint Dominique.
Le Cardinal, ayant fatisfait au double devoir, d’obéiffance
envers le Pape, & de piété à l'égard de fes Parens ; ne tarda pas
de rentrer dans fon Diocèfe, & de donner toutes fes attentions
aux befoins fpirituels & temporels de ceux, qu’il avoit pris fous
fa conduite. Dans le cours de fes Vifites Epifcopales, il fe ren-
dit plus d’une fois au Mont-Gargan , apellé autrement le Mont
Saint-Ange, Lieu fort célébre depuis plufieurs Siécles, par l’Ap-
(1) Sipontum proficifcitur, indè Gravi-pCephaleniæ érdinavie | &c. #rchi. Fir.
nam, ubi Fratri Jacobo-Mariæ Conilio Ve- | pag. 7. | |
neto , Ordinis Prædicatorumn , à quo Priore| {*) Ce ne fur pas le Pere Conilio, maisle
Venctiis Religiofum Habitum acceperat (*) , | Pere Gentili, qui donna Habit de Religieux
vices magnificè reddidit;illamenim ex Apof- | au jeune Orfini. Wid, Bullar. Ord. Tom. VI
tolico mandato in Epifcopum Zacynthi, & pag. 691.
.
- DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 29
_parition de Saint Michel, & le Concours des Pélerins, qui y
fonc de fréquens Voyages de Dévotion ; aufli-bien que par le
foin particulier , qu'ont toujours pris de ce faint Lieu les Evè-
ques, & Archevêques de Siponte ; depuis Saint Laurent, qui
occupoit ce Siège fur la fin du cinquiéme Siècle, Le Cardinal
des Urfins aimoit à faire les faintes Fon&ions, & fes longues
Priéres dans cette Grotte, ou Eglife, confacréé en l’honneut
de Sainc Michel : Eglife, felon l’expreflion d’un ancien Auteur,
de peu d'apparence, & fans aucun ornement de l’Arte mais or2
née, & enrichie de la puiflance du Ciel , par le nombre des Mi-
racles, qui s’y font opérés (1). | …
Comme il étoit à craindre, que l'ignorance, la fuperftition ,
Ja curiofité, ou la légéreté dans les uns ; la fraude, & la cupidi-
té dans les autres, ne donnaffenc occafon à plufieurs abus, no-
tre Archevêque voulut fe rendre ne attentif fur
ce point. Il ne dédaignoit pas inftruire familiérement les Fi-
déles, que cette Dévotion attiroit de routes parts : & il éxami.
na de près la conduite , les Mœurs , & la Doctrine des Ecclé-
fiaftiques, prépofés pour adminiftrer les Sacremens au Peuple,
ou pour recevoir fes Dons. Il fit plufieurs fages Réglemens ; &
il renouvella une partie de ceux . fait fes Prédécefleurs,
pour maintenir.la pureté du Culte ; & éloigner tout ce qui au-
roit pu l’altérer, ou le corrompre. | .
Cependant le Pape Clément X , qui s'étoit diftingué par fa
Bonte , & fa Douceur ; mourut à Rome le 22 de Juillet 1676,
après avoir tenu le Saint Siége fix ans, deux mo, & vingt-qua-
tre jours. Les Graces, qu'il avoit accordées à l’Ordre de Saine
Dominique (*), & latendre amitié, dont il n’avoit céffé de don-
ner des preuves à notre Cardinal, méritoient bien le jufte re-
tour, qu'ils firent paroître l’un & l'autre dans cette occafion,
Lorfque l’Archevêque de Siponte eut fait, & ordonné dans
tout fon Diocèfe , des Prières pour le repos de l’Aie de fon
Bienfaiceur, il fe rendit en diligence à Rome, pour procéder à
l'Election d’un nouveau Pape.
La Régle fixe, qu'il fe fit dès-lors, & qu’il obferva depuis
réligieufemenc dans tous les Conclaves,. fut de n’avoir aucun
” (1) Memoriam Beati Michaëlis Archangeliy (*} Clément X nous avoit donné deux Car-
toto Orbe venerandam, ipfus & ope condi-| dinaux (Orfini ,& Howard) un nombre cor-
ta, & confecrata nomine demonftrat Eccle-| fidérable d’Evêques , & d’Archevêques : &
fa, quæ non Metallorum fulgore , fed privi | avoit décerné un Culte public à liens de
legio commendata fignorum, vili faéta Sche-Fnos Saints. Vide Bullar. Ord. om. VW},
mate, fed cœlefti præditä virtute , &c, Jia. | pag. 330, 331, Ce. :
Sec. Tom. VII, Col, 816. :
| Diÿ
Livre
XLI.
Benoîr XIIL :
LVIII
La Mortde Clé.
ment X rapelle le
Cardinal à Rome.
LIX.
Régle , qu'il fe
pre'crit, & qu'il
fuit dans tous les
Conclaves.
Livre
X LL.
Benoîr XIII.
L X.
Ele&tion d’Inno-
cent XI,
30 HISTOIRE DES HOMMES IELUSTRES
égard à fes intérêts sr . de confulter moins les Paffions
des Hommes, que la Volonté de Dieu ; de ne s'engager.avec
perfonne; de ne confidérer dans les Sujets, qui pourroiene être
propofés , _ la Vertu, la capacité, les talens ; & de préférer
toujours le bien de PEglife, à route autre confidération. Le fé:
jour qu’il avoit déjà fait à Rome; les Congrégations, où il s'é-.
toit trouvé ; & les Affaires, qui y avoient été traitées : toue
cela pouvoit lui avoir fait connoître le cara@ére, le mérire, &
l'expériefce des Cardinaux , qui paroîtraïent fur les Rangs.
Mais il ne aiffa pas de redoubler fes Priéres, avec la rigueur de
fes Jeûnes, afin d’obtenir pour lui-même, & pour les autres
Eleéteurs, les Lumiéres du Saïnt-Efprit ; toujours réfolu de s’en
tenir à ce qu’il plairoic à Dieu de lui faire connoître, pour ne
point fe cromper dans une Affaire d’une auffi grande conféquen..
ce pour la _— |
mt entré dans le Conclave, avec des intentions fi pures ;
le Cardinal Orfini tâcha dé les infpirer à tous ceux, qui de-
voient concourir avec lui, pour donner un premier Pafteur À
tout le Troupeau de JEsus-CHrisT,& un Chef vifible à
l'Eglife Catholique. Pendant près de deux mois que dura le
Conclave, on propofa bien des Sujets, qui n’étoient dl indi-
gnes du Souverain Pontificat. Mais notre Cardinal ne changeoït
pas facilement, & il ne perdoit jamais de vüe le deffein, d’abord
formé en faveur de Benoît Odefcalchi, qui fervoic utilement
l'Eglife , & faifoit honneur au Sacré Collège , depuis qu’il ÿ
avoit été aggrégé par le Pape Innocent X. C'éroic, difenc les
Hiftoriens, un grand Homme de bien, ferme, pieux, fçavane,
incorruptible, défintéreilé, dégagé du Monde, de Ia chair, &
du fang ; zélé avec modération, févére à lui feul, charitable
& libéral envers les Pauvres, plein de Religion. La vie modef-
te , retirée, & cependant laborieufe , qu’il avoir menée pendant
fon long Cardinalat, lui avoit juftement acquis la confiance de
uatre Papes, l’eftime des Romains , & celle des Etrangers. Tel
étoit le Sujet , que notre Cardinal croyoitélu de Dieu, pour con-
duire fon Epglife. Il eut le plaïfir de voir enfin tous les fuffrages
fe réunir, pour porter Odefcalchi fur la Chaire de Sainc Pierre,
où il monta, fous le Nom d’Innocent XI, le 2 1 de Septembre
1676 ('). | ;
(*) Bayle a parlé du Cardinal Odefcalchifeomme nous l’apprend le Sçavant Cardind
d'une maniére, qui ne feroit point honneur| Lambeïrtini: Dam agebssr de introducends
à fa modeftie ; & l’Auteur Anonyme de PHif- de Wenerabilis Dei S'erui Innocenti; Papa
ftoire des Papes n’a point manqué de copierk X 7, ipfe tunc fungens æunere Fidei promoto-
la calomnie ; qui a été fortement réfutée , | ris «8 oppofui qua leguntur in Diffionario Hrf-
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 317
‘Tandis que le nouveau Pontife, pour répondre aux grandes
efpérances, qu'on avoit fi juftement conçües de fa vertu , tra-
vailloïc à remplir tous les Devoirs du Miniftére Apoftolique ,
par un foin infatigable à corriger les abus ; à rétablir la Difci-
line, & les Affaires , à porter plus loin la décence & Ia ma-
jefté du Service Divin ; à faire refpecter les Loix , & revivre,
tant dans le Clergé, que parmi les fimples Fidéles, les Règles
de la Modeftie, le bon Exemple, & la Vertu ; le Cardinal Ar-
chevêque de Siponte fe häcoit de retourner dans fon Diocèfe,
our y achever, avec le Secours Divin, ce qu'il avoit heureu-
Pr commencé. Dans le réfolution de connoître tout par
lui-même, & de pourvoir à tout, felon les Décrets du Saint
Concile de Trente, il reprit fans délai le cours de fes Vifites ,
& il ne pafla aucune année fans les recommencer. Par tout il
prêchoit, il catéchifoit , il inftruifoit les Grands, & les Petits ;
ceux de la Ville, & ceux de la Campagne, Il éxaminoit foi-
neufement avec quelle attention les Curés, &c les autres Béné.
Éciers s’acquitroient des Devoirs de leur Charge: & il ne s’en
rapportoit qu'à cet éxamen, pour juger fi les Peuples étoienc
bien inftruits ; fi les Eglifes fe trouvoient fournies de Vafes Sa-
crés, d’'Ornemens, de Livres néceffaires ; fi les Offices fe fai-
foient réguliérement, & avec la décence convenable ; fion avoit
foin des Pauvres, des Malades, & de l'éducation de la Jeunelfe ;
enfin fi ceux qui fe préfentoient | sd recevoir le Sacrement de
Confirmation , ou les Saints Ordres , avoient été fuffifanment
inftruits, & préparés. |
C’eft à rout cela que le zêlé Archevêque étendoit fes foins :
& il n'étoit pas moins attentif à faire cefler les fcandales, les
divifions , les procès , & les inimitiés, en procurant l'union, &
la paix des Familles. Le Clergé de Siponte, fous la prote@ion,
& par la vigilance de notre Cardinal, parut fe renouveller. Les
Eccléfiaftiques , & les Religieux travailloient comme à l’envi
&c avec une louable émulation, à feconder les intentions de leur
Archevêque, & à fe montrer dignes de fa confiance. Comme il
donnoit à tous les Miniftres de l’Autel, les plus beaux éxem-
ples de la Piété Chrétienne, & du Zéle Ace, il aimoit
torico & Critico Petri Bayle ( Tom. IT, tertia| nonizationis ipfins numanam fanè introdu&s
Ediionis pag. 1546 jex quibus defumitureurs | fiffet , nifi providi pofiulntores conjräuris,
aulicis, mAlifque nriibus, oblatis videlicet ,| prefumptionibus , @ validiffimis »rgumentis,
pr A ons potenti rmunsribus , officium | oppoñtionis infhbfifentiam demwnfiraent, Ce;
am Freletitium , per quod sd Cardins-| De Servor. Dei Beat, &ç, Tom, 111. Cap.
stiam dignisstem facilà pervenirs peterat , ob-| XXXI , pag. 439 oo
tinnile. Caufs auters Bentificaïionis, & Ca-
LIVRE
X LI.
BENOÎT XIII.
SRE
LX1.
Vifites Epifco=
pales de PArche-
vêque de Siponte.
LXII
La Piété, & la
Ferveur fe renou=
vellent dans le
Diocèfe.
32 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lives auf les bons Prètres; il favorifoit, & préféroit toujours ceux
XLI. qu'il avoit reconnus éxaë&s, & appliqués à leur Miniftére, pour
ur le fer vice , & l'édification des Fidéles. |
Benoit XIII. Mur À desde
——— Outre les copieufes Aumônes, qu'il faifoit diftribuer tous les
jours, à un grand nombre de Pauvres; il tenoit un Catalogue
particulier À er er miss honnêtes Familles, dont les befoins lui
étoient connus , & qui ne recevoient leur fubfiftance que de fa
main. Cependant fans rien diminuer de ces libéralités ordinai-
LXIIL res,un illuftre Auteur aflure, qu’il employa les Revenus d’une
red année à la réparation de l'Eglife Métropolitaine. Le Séminaire,
Le. qui avoit été non feulement pillé, maïs détruit & renverfé dans
la derniére Invafon des Turcs, fut rétabli de fes deniers, & mis
en état de loger, & d’entretenir vingt-quatre jeunes Eccléfiafti-
ques. L'Hôpiral des Pélerins, & des Halades un Mont de Piéeté,
& un Grenier public, Monumens qui fubfftent encore dans la
Ville de Siponte , ne font pas les moindres preuves de la Charité:
de notre Prélats & de fes attentions pour le foulagement de tous
fes Divocéfains. Aufli a-t'on regardé ce qu’il fit d’abord dans ce
premier Diocèfe, comme les ps préludes de ce qu'il devoit
faire un jour dans quelques autres , & dans l'Eglife Univer-
{elle (x). | |
Ses Inftruétions Paftorales, fes fréquentes Exhortations, fes
Difcours, également touchans & patériques, faifoient d’autane
plus si rate & de fruit, qu’on étroit généralement perfua-
dé , que fa bouche ne parloit que de l’abondance du cœur ; &
que fes actions fe trouvoient parfaitement conformes à fes pa-
roles. La régularité de fa Vie ne permettoit point de penfer au-
LXIV. trement. Nous ne dirons rien ici de ce nombre confiderable de
. ri ponne Vierges Chrétiennes , que la Charité de ce Cardinal a mifes en:
état de fuivre leur Vocation, en leur ouvrant de faintes Retrai-
"tes; ou doncila prévenu & empêché la perte, en les érabliffanc,
ê& an au défaut des Parens, qui ne pouvoient les doter,
= pour leur procurer un honnête Mariage.
LXV. Nous ne parlerons pas non plus du Synode Diocéfain, qu'il
+ ins Diocé- Affembla dans fa Métropole l'an 1678 ; & dans lequel il fit re-
cevoir, fans aucune oppofition, plufeurs falutaires Réglemens 5
qui furent jugés néceflaires , foit pour maintenir , ou perfeion-
(1) Siponti primüdm fumma illa Paftoralis | fiune fublatum , reftituit ; in quo v'pinri qua-
vigilant:ailluxit, quä deinde Diæc:{es alias, | tuor Alumni numerati funt; Xenodochium
ac-Univerfam Ecclefiam Cardinalis Urfinus !etiam pro Infirmis , & Peregrinis, Mons Pies
erat 1Iluftraturus. Annuo cenfu reparationi tatis , & alius Frumentarius ad Cardinilem
Metropolitanæ Ecclefiæz Çonfuluit. Semina- Urfinum Archiepifcopum referunt imtium ,
rium Clericorum , poftremà Turçcarum inva-, &c. Archi. Firm. pas. 7.
ner,
_* DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 33
ñer, la Difcipline Eccléfiaftique, & Réguliére ; foit pourauto. LrvReE
rifer davantage, & aflurer la pratique de diverfes Ordonnances, XLI.
qu’il avoit données felon le befoin , dans le cours de fes Vifites EST x111.
Épifcopales. Ayant découvert , fous la poufliére de fes Archi-
ves , les Aëes d’un Concile Provincial , tenu depuis plus d’un
Siécle , par l’un de fes Prédécefleurs, nommé Ptolomée Gallio,
hotre Cardinal reconnut que ce Concile étoit entré dans un
grand détail de tous les Devoirs des Eccléfiaftiques, des Curés,
de leurs Vicaires, des Chanoïnes, des Prédicateurs, des Maï-
tres, & Maîtrefles d'Ecoles de ceux qui avoient l’adminiftra-
tion des Hôpitaux . & des autres Lieux de Piété. Cependant bien
loin que ces beaux Réglemens fuffent tous en ufage dans le Cler-
gé ; la plüpart n’y étoient pas mêmes connus ; parce qu’on les À
avoit d'abord trop négligés , ou pie trop tôt de vûe. Pour les
remettre en ss A Cardinal Orfini les joignit à fes propres
Statuts ; les fit imprimer, & diftribuer FRN, à Diocèfe : & il
donna depuis tous Ês foins, pour que chacun fut inftruit de tout
ce qui le concernoit ; & que rt ne fe difpenfât à l'avenir
de remplir fes Fonctions avec plus d’éxaétitude {1)
: Pendant que les Peuples proficoient, avec Action de Grace,
des Leçons, des 56 , & des libéralirés d’un Pafteur felon
le Cœur de Dieu, qui ne cefluit de les inftruire , de les nourrir,
& de les édifier ; le Pape Innocent XI jugea à propos de procu-
rer les mêmes avantages à une autre Eglife, qui en avoit fans
doute un plus grand befoin. Ce fur le r 2 a gr 1680,que LXVI.
le Cardinal des Urfins, transféré au Siége de Céféne, dans la ,,Trairé sun
Romagne , forcir du Diocèfe de Siponte; qu'il avoit conduit volonté du Pape,
endant cinq ans, avec cet Efprit de charité, & de paix, qui
t 1ong-tems regreter la douceur de fon Gouvernement. Com-
me il portoit toujours dans fon cœur, un Peuple qui s'étoit mon.
tré docile à fes Inftruétions , & qui en avoit profité ; il voulut
lui laïffer un gage de fon amour paternel , & en même tems un
précis des Régles, qu'il lui avoit déjà données. C'eft ce qu'il ft
dans une longue Lettre, qu’un Hiftorien apelle un Volume: if
l’écrivit en Langue vulgaire, parce qu'il l’adrefloit à cous les Fi-
déles de l’Eglife de Siponte (2). :
(1) Synodum Dicœcefanam anno 1678 obruta jacebant, Archi. Fr. pag. 7.
‘Goëgir, Cujus Decreta uno Volumine , alte-| Ce Prolomée Gallio, avoit gouverné PEH«
ro Appendicem complexes eft ; utrumque | glife de Siponte , depuis l'an 156$, jufqu'en
werù typis-edidit. Sed & novà Editione in] 15763 & il mourut Doyen du Sacré Coll
memoriam , ac ufum hominumrevocavit Sta-| le s Février 1607, ra. Sacr. Tom. VIE,
tuta Provincial's Concilii Sipontini, (ab Pro | Cel. 861,
emo Gallio Çardinali & Archiepifccpo ha | (2) Poftquam aurem prælaudatz Ecclefæ
bit anno 1567, quæ oblivionis caligine | aanos quinque maximi laude præfuiflet , ans
Tome VI,
LrvreEzE
X LI.
BEeNoïir XIII.
Orfini donne à
fon premier Trou-
peau, de grands
témoignages de
fon amour de
Pcre.
LXVIII.
Avec quelle joye
ileft reçu dans la
Ville de Céfene.
4
34 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
I fic plus : arrivé depuis peu dans fon nouveau Diocèfe, il
apprit que la cherté, & la diféte des Grains étoit extrême dans
celui qu'il venoit de quitter ; & que le Peuple commençoic à y
fouffrir beaucoup. Le charitable Cardinal éprouva alors toutes
les inquiétudes d’un Pere pour fes Enfans : & ne confultant que
fon bon cœur, il fit acheter, foir à Céfene, ou dans les autres
Villes de la Romagne, une grande quantité de Blé : & parce
qu'on avoit lieu de craindre , que fous différens prétextes, les
Gouverneugs des Places n’en empéchaffent le tranfport , il vou-
lut bien fe charger de faire conduire lui-même tout ce Grain,
& de le diftribuer gratuitement aux pauvres Familles de Sipon.
te, C’étoit une nouvelle preuve ( mais une preuve bien réelle,
& peu commune) que le % Pafteur ne pouvoic oublier fes an-
ciennes Brebis ; ni ceffer de les aimer , lors.même qu’on l'obli-
geoit de porter ailleurs fes attentions.
Au refte, le filence des Auteurs, touchant les motifs particu-
liers de cetre Tranflation, ne nous permet guéres de lattribuer
qu’au bon plaifir du Vicaire de JEsus-CHrrisT; ou au befoin
qu’avoit le Clergè de Céfene d’un Prélat, tel que le Cardinal des
Urfins. Son dernier Pafteur, Jacques Elephantucci, n'avoir tenu
ce E que peu d'années, & il venoit de finir fes jours, par une
maladie contractée dans les Marais de Ferrare; tandis que, fe-
Jon les ordres du Pape, il donnoic tous fes foins à prévenir une
Inondation, dont le Pays étoirt menacé (1). Son PS NM pouvoit
avoir donné lieu au relâchement de la Difcipline. Quoiqu'il en
{oit ; fi Sa Sainteté. en transférant le Cardinal de Saint Sixte au
Siége de Céféne, avoit prétendu montrer fon affection pour
cette Eglife ; notre Cardinal ne fit pas moins paroître fa promp-
te héline , & fon parfait éloignement de tout efprit d'ambi-
tion , en quittant un Siége Archieépifcopal , pour accepter un
fimple Evêche. |
Ce nouveau Diocèfe le reçut comme un préfent du Ciel : &
certes, quand la réputation du Serviteur de Dieu ne l’auroic pas
déjà rendu célébre dans routes les Eglifes d'Italie ; fa préfence
no 1680, die 12 Januariü , ab eodem Inno-
centio XI Cæfenatenfis Ecclefiæ Epifcopus
creatus fuit. Proinde Sipontinisvalete dixit,
luculentiffimä , ac amoris , zel'que plenä Epif-
tolà , feu potins parvæ molis Libro , Italico
Jdiomate confcripto, Præfatoque anno præ-
lo demandato , &c. ka. Sucr. Tom. VIII,
Col, 176.
(1) Jacobus Elephantuccius, Nobilis Ra-
-veonas J. V. D. & in Urraque Signatuca,
Referendarius. . . ., Epifcopus Cæfenatenñs
creatus eft die 30 Augufti, ann. 1677. At
cdm Padi aquas ruptis aggeribus Ferrariæ
minitantes coercere opus ellet , ab Innocen-
tio XI illuc rranfmiflus, operibufque gene-
ralis Præfeétus afipnatus , dum afhidui infi£
teret curà, limofñfque comearet in Paludi-
bus , infalubri aëre percuflus pauld poft obiit
die 29 Novemb. ann, 1679, &c. dre. Sasre
Tom, II. Col. 466:
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 35
me pouvoir manquer de lui concilier d'abord l’amour des Peu-
ples, leur confiance, & leurs refpects. Ce n’étoit point par le
déhors impofant d’une magnificence mondaine , qu'il frappoit
les Efprite: il gagnoit les Cœurs, par l'aflemblage de toutes les
Vertus Chrétiennes, & Epifcopales. On ne pouvoit ne point
admirer tant d’excelentes qualités dans un jeune Prélat , qui
fembioit faire revivre les Saints Evèques de la primitive Eglife.
Frugal , Modefte, Pénitent, Ami de la Prière, & du Traväil,
annonçant tous les jours la Parole de Dieu , toujours attentif
aux befoins des Pauvres, des Veuves, & des Orphelins, Orfini
ne trouvoit de plaifir que dans l'accompliffement de fes De-
voirs. |
Son éxemple, & fes aétions, encore plus que fes Loix, fer-
virent à renouveller l'amour de l’ordre, & l’Efprit de ferveur,
. dans le Clergé de Céféne (*). Il commença par là : & la Refor-
mation prefque générale de ce Diocèfe, fut le fruit, ou la fuite
_ de celle des Eccléfiaftiques. II voulut que tous les matins , au
lever du Soleil , tous les Chanoines fe trouvaflent afflemblés,
dans la Cathédrale, pour la Pfalmodie, & lui-même fe trou-
voit toujours à leur tête. On le voyoit de même à tous les au-
tres Offices Divins, avec cette modeftie, & cette afliduité, qui
ne manquent guéres d’infpirer aux inférieurs : les mêmes fen-
timens, dont le Chef eft animé. Il fit réparer à fes dépens, &
renouveller prefque en entier, la principale Eglife deCéféne;
& il n’en négligea aucune de la Campagne. Après avoir reconnu
dans fes fréquences Vifices, l’état des Paroifles, & leurs befoins,
il publia les Réglemens, qui lui parurent les plus propres à ré-
primer le Vice; bannir l’Ignorance ; extirperles Abus ; confer-
ver, ou rétablir les faintes Pratiques ; & écarter du Troupeau
tout ce qui pouvoit en troubler le repos , ou corrompre les
Moœurs (1). |
Mais la Charité de Jzsus-CHrisr, qui le prefloit, ne lui
(x) Ceféne, Ville d'Italie, entre Faénza
& Rimini, aujourd’hui du Domaine du Pa-
pe, eft fort ancienne ; & 2 éprouvé de gran-
des Révolutions , tant de la part des Etran-
pers, que qe Je malheur des Guerres Civi-
es. Elle eft cependant belle, riche , & bien
peuplée. Elle reconnoît Saint Philemon , Dif-
ciple de Saint Paul, pour fon premier Evé-
que : S'anctus Philemon Afiasicus,P auli Apo[-
toli Difcipulus , #4 quem idem Roma fcribit
Epifiolam , ordinatus primus C ee Epifco-
Pas anno [alutis 92 , poff San&i Timothei dif-
ceffnm , ut antique bujus Ecclefie monuments
tradunt , dc. Ita. Sacr. Tom. II. Col. 442.
(1) Vincentius-Maria Cardinalis Urfinus,
Ordinis Prædicatorum, ex Archiepifcopatu
Sipontino ad Infulam Cæflenatenfem tranfla-
tus. ... Clerum ex integro reformavit : ipfe«
met Choro interveniens Sacras introduxit
falmodias Oriente Sole recitandas , & fic
léne Canonicas , & Divina quæque Ofhcia
per integram diem perfolvenda. Cathedra=
Jem ferè cotam gnovavit, & ad herilem for-
mam redegit. Pro Ecclefiafticæ oblervantii
difciplinæ nonaulla promulgavit cdiéta , &ca
In. Sacr. Tom, II, Col, 466,
Eij
LIVRE
X LI.
BENOîÎT XIII:
RIRE
LXIX.
Il réforme
d’abord fon Cler-
gé.
36 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
. Lrv:rE Permettoit pas de fe borner aux intérêts d’un feul Peuple. Sen-
XLI. fible ayx biens & aux maux de l’Eglife Univerfelle, en quelque
= Endroit du Monde, que le Peuple fidéle fût affligé, ou mena.
BCREAUE cé, l'Homme de Dieu y prenoit part par la compaffon de fon
Lxx, Cœur. Dans le rems que les Turcs, après avoir ravagé le Royau-
_ Pendant que me de Hongrie , afliégeoient avec une Armée de deux cens
Vie ue te la mille hommes, la Ville de Vienne, Capitale de l'Autriche; &
notre Cardinal * POrtoient la terreur dans toutes les parties de Pltalie, notre
FE. out fon Dio- Cardinal pañloit les nuits br entiéres, ou profterné devant
Feenpriérs, Jes Autels, ou les mains levées vers le Ciel dans la ferveur de
la Prière : & il redoubloit pendant le jour fes vives & patéti-
ques Exhortations, pour porter les Peuples à la Pénitence. Il
affigeoit continuellement fa chair par le Jeûne, & le cilice ;
parce qu’il comptoit bien moins fur les forces humaines, qu’on
pe à La à celles des Infidéles, que fur le Secours d’en-
baur, qu'il s’efforçoit d'attirer fur les Armes des Chrétiens, Tout
le Peuple de Céféne, excité par l’éxemple du faint Pafteur , cou-
roit en foule aux Eglifes , s'empreffoit d'entendre fes Prédica-
tions , fe retiroit de l’occafion du péché, faifoit cefler les pro-
phanes divertiflemens , & s’éxerçoit dans toutes fortes de bon-
nés œuvres.
LXXIL . Tanc que le Siège dura, c’eft-à-dire depuis le 12 de Juillet
Se ls 1683, jufqu'au 10 de Septembre de la même année { jour mé.
_ morable par la Viétoire des Chrétiens, & la défaire honteufe
de leurs Ennemis) le Serviceur de Dieu ne permit prefque pas
à fes yeux de fe fermer ; & le peu de nourriture qu’il prenoit ,
ne paroifloit guéres capable de le foutenir. Mais l’ardeur de fa
Foi faifoit fa is & comme on ne fe lafloit point de l’enten-
dre, il ne pouvoit auffi fe laffer d’exhorter , & de prêcher. Tous
. des jours il affembloit fes Diocéfains dans les Eglifes, pour im-
plorer avec eux le fecours du Ciel. Tous les jours il leur faifoit
entendre fa voix, pour leur perfuader, : le Seigneur ne les.
abandonneroït pas au glaive des Infidéles , fi par l’amende-
ment de leur vie, ils revenoient à lui de la plénitude du cœur.
Lxx11r Lorfqu’on eut enfin reçu l’agréable nouvelle, que tant de
A&tions de Gr Vœux avoient été éxaucés; & que le Seigneur avoit regardé
bé dans fa Miféricorde tant mo , qui, dans toutes les parties
du Monde Chrétien, ne cefloient de prier, & de gémir ; notre
‘Cardinal fit fuccéder au chant des Pfeaumes de la Pénitence,
les doux Cantiques de Louange , & les folemnelles Aëtions
de Grace; dont toutes les Eglifes de fon Diocèfe retentirent
long.tems,
‘DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. : 37
.. Au milieu des travaux de la Sollicitude Paftorale, le Cardinal
des Urfins continuoit toujours à fe ménager de précieux momens,
pour méditer les Livres Saints, & lire les Ouvrages des Sçavans ;
ceux particuliérement qui traitoient de la Religion, ou de l'Hif-
toire de l’Eglife. C'eft ce que nous apprenons d’une de fes Let-
tres, écrite de Céféne le feprième Août 1683, & adreflée au
Pere Aléxandre, Doéteur de Paris. Notre Cardmal avoit déjà
reçu, & Iû avec une fatisfation incroyable, tous les Volumes,
qi renferment l'Hiftoire Etcléfiaftique des dix premiers Sié-
cles, & on venoit de lui annoncer trois nouveaux Volumes,
pour l’Hiftoire du onziéme, & du douziéme Siécle. En félici-
tant l’Auteur, de la continuation , & du fuccès de fon travail,
le Prélat l'affuroit qu’il attendoït fon préfent avec impatience ;
.… & qu'il lifoit toujours fes Ouvrages avec d'autant plus de plaifir,
qu’ils lui paroïifloient tout d’or (1). |
On ne voit pas que le Cardinal de Saint Sixte fit alors aucune
attention à diverfesinfirmités, dont il étoir déjà atteint; & qui,
dans la fuite, éprouvérent beaucoup fa patience. I] eft vrai que
Ja vie extrêmement frugale qu’il ménoit , bien loin d’affoiblir fa
fanté, naturellement forte, & robufte, auroit pu au contraire
contribuer à la maintenir long-tems dans le même état : mais
la continuité d’un Travail trop affidu , fes grandes fatigues, &
plus que tout, la qualité des Eaux de Céféne, fort contraires à
fon tempérament, commencérent à l’altérer. Outre deux grié-
ves maladies, qui fe fuivirent de près, & qui firent craindre pour
fa vie, il fut zflige d’une fiévre quarte, dont l’opiniâtreté l’obli-
gea d'aller faire quelque féjour à Naples, pour y refpirer un
meilleur air, & effayer de fe rétablir. |
11 fe trouvoit dans cette Capitale au mois de Novembre 1684;
& dans celui de Juin de l’année fuivante. Nous le voyons par
les deux Lettres, qu’il écrivit de là au même Pere PET sm
Par la premiére , le Cardinal des Urfins lui apprenoit, qu'il
avoit fait depuis peu un Voyage à Rome, & qu’il s’'étoit long-
tems entretenu de lui, & de fes Ouvrages, avec le Cardinal
(1) TantÀ cum animi voluptate , tum fruc-
tu ,; admodum Reverende Pater, tua volu-
mina, noéturnä diurnâque manu verfare fo-
leo , ut nihil mihi jucundius accidere poffit,
quim f novorum nova fiat acceflio. Quam-
obrem jucundiffimæ mihi fuerunt Litteræ
tuæ, datæ Parifiis die 23 Maii 1683, quæ
non nifi in pervigilio Sanéti Patris noftri Do-
minici mihi allatæ fuerunt ; quibus certior
Éactus fum tria noviflima fpeétare eruditio-
nis tuæ volumina Hiftoriarum Ecclefaftica-
rum XI & XII Sæculi, te per Reverendum
Patrem Magiftrum Cloche, ee quem ea-
dem efle nuper accepi , miki trahenda cu-
rafle. Fateor hujufmodi munus fuper aurum
& topazion mihi gmtiflimum : omnia enim
fæcula à te hucufque aureo calamo defcrip..
ta ,aurea evafiffe comperio.,. &c. Cæfenæ ,
die 7 Augufti 1633. Frater & Servus in Déæ
Vinc, Mar, Card. Urfious
E ii
Livre
X LI,
Benoît XIIL
LXXIIIT.
Ce qu’il écrit à
un Docteur de Pe-
ris,
LXXIV.
Sa Santé s’affoi.
blic, & l’oblige de
Changer d’air,
Ita. Sacr. Tom,
VIH, Coi, 1764
«'
LXXV.
Séjour à Naples.
Livre
X LI.
Benoîr XIIT.
LXXVI.
Retour, & Tra-
vail dans le Dio-
| céfe de Céfene.
LXXVIT
Le Pape ppurvoit
à fa ue. en le
transférant au Sié.
ge de Bénevent,
58 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
d'Eftrées (1). Il fe plaignoiït dans la feconde, de ce que fon ab-
fence de Céféne l’avoit prive du plaifir d'y recevoir le célébre
Pere Mabillon ; & de lui faire les politefles , que méritoir un
grand Homme , recommandé pas un Sçavant, & un Ami (2),
On fçait que notre Cardinal aimoit beaucoup les Gens de Let-
tres ; & qu’il eut toujours ( ainfi que les Princes de fa Maifon)
une inclinatian particulière pour les François.’ 11 ne faut donc
pas douter, qu'il n'eùt 8 13 pour beaucoup, de rrin con.
verfer avec un Keligieux du mérite du Pere Mabillon , qu'il
connoifloit déjà par fa réputation , & À ae fes Ouvrages.
- Mais certe privation n’éroit pas Ja feule qui l’affligeoit. Rien
ne lui faifoic plaifir tant qu'il fe voyoit éloigné de fon cher Trou-
peau : auff fe hâra.vil de retourner à Céfëne, fans atrendre l’ene
cier rétabliffement de fa fanté ; & on le vit reprendre aufli-côr
toutes les Fonctions du Saint Miniftére, vifiter, confoler, fervir
les Malades dans les Hôpitaux ; s'informer avec foin de ceux qui
étoient dans la néceflité ; prêcher fouvent fon Peuple ; & fe met-
tre quelquefois à la rête des Prédicateurs , qu’il procuroic aux
différentes Paroifles de fon Diocèfe, pour y faire des Miffions,
Son mal cependant fe renouvelloit , avec d'autant plus de dan-
er, ou d'incommodité pour lui, que le principe de fa maladie
toit toujours fubfiftant. Il ne faifoit point ufage du vin ; & l’ex-
périence journaliére ne prouvoit que trop, que les Eaux du Pays
étoient infiniment nuifibles à fa fanté (3).
La feule affection du pieux Prélat pour fes Diocéfains, com-
battoit dans fon cœur contre tous les motifs, qui devoient l’en-
gager à chercher ailleurs une demeure fixe, & un Ciel plus fa-
vorable. Mais ce qu’il négligeoit depuis fix ans, malgré tout ce
(1) Ego verdquibus Paternitatem veftram
landibus, quibus encomiis profequi valeam,
fi ua virtute & fapientiä , nobilium quorum-
cumque gloriam longé latèque fuperavit à
Tantæ exiftimationi compar eft meus in ean-
dem amor; cujus teftem produco Eminentif-
fimumDominum menm Cardinalem Eftreum
uîcum in hoc meo noviflimo Romà difcef-
u, dulciffima de Paternitate veftra colloquia
in horas protrazxi, &c. Neapoli, 4 Novem-
bris 1484.
(2) Utinam/eo morbo , quem fedis vitium
appellant , quo did crucior , & cujus causi
Neapolicommoror.. tandem aliquando {o-
lutus effem ; ut vel Cæfenæ, quem mihiR. P.
Mabilenium commendas , ut par erar, exce
Piflem ; vel Romæ complexus fuiffem eà cor
dis mei jucunditate , quà tantus Vir, tantis
LE
animi dotibus præditus { & quod fummum eft}
à laudato viro laudatus , promeretur. Sed me-
morata valetudo , quæ me vel in Infulas de
portat, præter proprias, hanc addit molef»
tiam, ut Paternitatis veftræ amico 1illa officia
de mei ergacandem amoris teftimonia fui.
ent, præftare non poffim, &c. Neapoli, 26
Juniire8s.
(3) Dum ibi Cleri mores emendare, mal-
ts propofitis ediétis Chriftianam difciplinam
| tueri , Sacris Miflionibus Pepulum excolerc,
Cathedralem Ecclefiam inftaurare , aliaque
pieratis officia exhibere fataneret ; cœpit ad=
verfà valerudine laborare ; quad ipfe abite-
mius Cæfenatenf{es aquas graves admodum &æ
infalubres ferre non poflet. Quare Neapolint
valetudinis causà fe contulit, &c. Arcs.
Fir. pag. 8, : :: | Ru
‘DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE 39
qu'il pouvoit fouffrir, le Souverain Pontife ne le négligeapasde Lrvr x
même, parce qu'il jugeoit la confervation de ce grand Homme, X L.
crop pr cieufe à toute l'Eglite, pour le laiffer plus long-tems ex- Er
ofé à ce qui ne pouvoit qu'abréger fes jours. ann
* Le Cardinal Jérôme Gaftaldi , à qui le Pape Innocent XI avoit
donné le Siège de Bénevent , au commencement de Pannée1680;
c'eft.à-dire, vers le même téms que notre Cardinal fur nommé
à celui de Céféne, étant mort le $ d'Avril 168$, Sa Sainteté
nomma bientôt après le Cardinal Orfini pour lui fuccéder dans
Ja conduite de cette grande Eglife, qui devint l’objet de fa ten.
‘ dreffe, & le plus beau Théâtre de fa gloire. IT accepta avec joye
ce nouveau Siége, par je ne fçai quel roms que la Pro.
vidence vouloit fe fervir de fon Miniftére, pour le falut de plu.
fieurs, & la confolation de tout un Peuple. Il traira néanmoins Lxxvrrr.
les Habitans de Céféne, comme il avoir fait autrefois ceux de Es
Siponte : on pe peut rien lire de plus édifiant , ni en même tems se de confolation
de plus tendre , que ce qu’il leur écrivit, pour les confoler, & fe à ceux de Céféne.
confoler lui-même avec eux, fur cette féparation. Un Illuftre
Ecrivain, pour conferver cette Piéce à la poftérité, a eu foin de
Ja faire imprimer , parmi les Mémoires des Archevêques de
Bénevent (1).
Dès le 30 Mars 1686, le pieux Archevêque étant encore à
Naples , & déjà en étar de reprendre fes Fonétions Paftorales,
adreffa une Lettre au Clergé de Bénevent, & à tous les Fidéles
du Diocèfe. Le 16 de May il recut le Pallium , des mains d'Ho- LXXIX.
race Fortunat, Archevèque de Sainte Maure , affifté de deux au- sie? mi
tres Evêques. Cette Cérémonie, à laquelle le Clergé, & prefque à répondre aux dé-
toute la Nobleffe de Naples, voulurent fe trouver , fe fit avec frs empreflés des
une Pompe religieufe, dans la grande Epglife de l'Oratoire, dé.
diée fous l’Invocarion de Saint Philippe de Néri : & peu de jours
après le Cardinal Orfini fe difpofa à répondre aux empreflemens
de fes Brebis, qui le défiroient, & l’attendoient avec d’autant
Le d’ardeur, que fon Prédéceffeur, toujours occupé dans dif
érentes Légations, n’avoit point paru dans fon Diocèfe , tout
le tems qu'il en avoit été Archevêque (2). La longue abfence
(1) Cæfnatenfibus valete%ixie, prêclarà | lucem edicus teftatur ) pietate major , ac pra-
Epiftolà, Italico itidemÿdiomate donatä, ac | pè omni laude fuperior fuit. Poft varïa mune-
die 31 Decembris anno 168$ datà. Quæ qui- | ra egregic obita, S.R. E. Prefbyter Cardina-
dem Epiftola adjeéta Chronolopicis Beneven- | lis. .,. Cimque-Bononiæ Legatum à Latere
tanorum Aatiftitum Memoriis , à Pompeio :fummo plaufu ageset, ab Innocentio XI Ar-
Sarnellio lucubratis, ac prælo editis habetur. |chiepifcopus creatus fuit die 19 Febr. 1680.
= Ita. S'acr. Tom. VIII, Col. 176. Legationi pese addiétus , præfentià fuâ
” (2) Hieronymus Gaftaldus. . . Jurifpruden- | Ecclefiam fibi concreditam minimé honeita-
tiæ doétrinä magnus { prout Liber de Peftein Îre valuie, &c. Jbid. Col, 175.
40 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrivere£ d'un Prélar, dont on loue d’ailleurs les rares qualités, avoit été
XLI. préjudiciable aux Bénéventins, & ne juftifioit que trop le dé-
Benoit XIII, ir» qu’ils avoient de recouvrer leur Pafteur. nu
———" Avant que d'entrer dans le détail de tout ce que l'Efprit de
Dieu, & le zéle de la Religion, ont fait entreprendre à notre
Cardinal, pendant les Jongues années , qu’il a gouverné l'Eglife
de Bénévent, nous en donnérions d’abord une idée bien magnia
fique , en traduifant ici les propres paroles du Cardinal Lame
bertini , fi une Traduction pouvoit conferver toute la beauté ,
l'énergie , & la délicateffe des expreflions de ce fublime Ecri-
vain. Le Leéteur Curieux, & verfé dans la Langue Latine , ne :
nous fçauroit-il pas mauvais gré, fi nous manquions de mettre
fous fes yeux, ce perit Eloge hiftorique, d'autant plus digne
d’être Iù, que la briéveté, & l'élégance s’y trouvent jointes avec
l'éxactitude, & la vérité. Voici donc ce qu'on lit dans l’Epitre
Dédicatoire du troifiéme Tome de l’Ouvrage intitulé : De lz
Béatification des Serviteurs de Dieu, & de la Canonixation des
Bienheureux , pag. 7 € 8 :
LXXX. B ENoOÏT ne s'étant arrêté quepeu, Y) EN rDICTUS paulifper Rome
Idée générale de de tems à Rome, a pallé le refte commoraius ; maximum vite [ba
Ori Ris de fa vie dans les Fonctions de l'Epif- tm egit Epifcopus éco ,sdque bre-
l'Eglie de Béne- COPats d'abord dans les Diocèfes de vi4fiwlum Siponii, € Cafena; reliquum,
LCR Siponte, & de Céféne , l'efpace de Jane disturnum, Bereventi. Cui in primis
peu d'années, & enfuite à Bénévent, Ecclefie quo fludio, Deus bone, qua vi-
dont il a long-tems rempli le Siége: gilantié, qua fol'icitudine prefuis ! Quam
mais avec quel zéle ! quelle vigilance! preclara gellit! Quam mulia! Quam no.
de follicitude ! Eh , qui pee va ! Quam difficilia ! Quam neceffaria
ignement raconter toutes {es belles 14» ad ipfins Ecclefie decus € ornamen-
actions , ou repréfenter au jufte , le #4», um vero, quod caput ef}, ad Ani-
nombre, la grandeur., la difficulté, #14rwm mrilitatem , atque [alutem ! Que
& l'importance de fes glorieufes en- ff perfequs fingula aggrediar, plane fu-
treprifes, lorfqu'il les a cru néceflai- swrwm fit, nt ea ipfa, in quam volumen
res pour la fplendeur , & l'ornement excrevit, moles , hujufce orationis copià
de, Li Eglife ; ou ( çe qui eft encore € longitudine fupererur. |
plus effentiel ) pour l'utilité, & le Sa- Jam, que poriffims Epifcopi cura de-
lue des Ames? Ce beau détail ( fi je bes effe , non tulit ille, nifi quantum nc-
l'entreprenois ) pourroit être la ma- ceffitate coatlus eff, divelli [e, € 4 grege
tiére d’un autre Volume, non moins fibi çariffimo dimius abefe. Iiaque €
varié , & peut-être plus étendu que perraro Benevento abfuit , G” breviffi-
celui-ci. me. Ad bac aliquam Diacefis [ue par:
LXX XI, Comme le premier devoir d’un 16 quotannis invifere, magnifica Tem-
Poor ‘Pafteur ,eft de veiller afidüment à la pla vel excitare ; vel reficere , d reno-
Lambertini. garde des Brebis, Benoit ne pouvoit vare , Aras ad Rem Divinam facien-
perdre de vûe fon cher Troupeau: il dem, Religlofos cœtus conflituere, Hof-e
ne s'en éloignoit que dans le cas d’une pétia , @ Nafocomia publica gxtrucre
Pauperum
DE L'ORDRE DE S$S. DOMINIQUE 4x
Pasperum œéflaiers non is modo, quas exprefle neceflité ; ce qui n'eft arrité
ab Eccidia reçimine prcipichat , verm que fort ratement, & toujours pour
G fwis phorumiqm facaiinibus fubleua- très-peu de tens, Religidu Obferva-
re , cfnrientes animas duiciffino Pawis tour des Saims Cenons, il s'étoit faie
Ævangéisi pabule expiere, Consilis nant wno Los dé viliser vous les ans une pas:
Proviatialin , nnxc Synodulis cogere , tie dé fon Diocèfe ; d'élever pat-topt:
Lacin mrifgue, qua formis can(e rs de magnifiques: Eglifés ; vu de répat-
onhiférunhn , inrégerrinias condere , Con ret ; & reneuvéller éciles qui toth-.
firmatloneme Sacrens cenferre | omnine boièmt èn suirie ; de confécrer des.
curélis amp hffints Sascrdotis Riibus, Ce- Autels ; pour à célébration des Di,
remonis ; Offeiis fédal, & conrinentet vins Myftéros ; d'établir de pioufes:
Auf: nimkum bac vie fui, bes toe- Confrérier; des Hôpitiux pablics, 8,
Pois infinie, que navum , dr indafs des Hofpices, porir rétevoir ; & loge
tri ; © iapigrom Épifcopum fic cxer- Les Enrangérs; de foulager la mifére
cui, O cormparais , ui foft horiiman des Pauvres, & defaire férvir à leur
Micmeriah parts pausifinios ; nemiremæ entretien ,noti-feulemens fes Revenus
fortaffè reperins Divisi Culiés, G ru. Ecckfialtiques, mais aufls cdtx de fa
meris piè , fénélque cbinndi Rudioiio- Maïfon, lorlque la néceflité le dénian-
rem. doit ; de rompre fouvént aux Fidéles
: Ceeram villu nfhs ff perquam te- le Pain dékicioux de la Parole Evari-
nui, É anflero, atque adeo‘carnis mo- gétiqué ; d'aflembiler de fréquens Sy-
leflias , que cum infirmitate, @ agritu- nodes, & quelquefois des Conciles
ine bumanæ nature ferè junguntur ; non Psôvinciaux ; de publier, & de faire
abffinentiä modo , © temperantis com- obferver les fages Réglemens , qui
preflit , [éd laboribns, fed vigiliis , fed avoient été faits dans les uñs, & dans
jejunio maceravit. Spirèn nobili, non les autres; d'adminiftrer lui-même le
ambitiofo ; conflanti , non elato ; blan- Sacrement de Confirmation; de pra=
, non imbecillo ; @ , quantum de tiquer les Cérémonies de l’Eglife; de
aliis liberaliter, & fplendide predican- fe trouver avec afliduité à tous les Of-
te, tantum modefic de [émet { que Chrif. fices Divins; & de remplir , fans ja-
ans humilitas eff mulro Deo , quam mais fe laffer , toutes les Fon&tions du
magnitudo anims , acceptior ) © emif- Divin Mimiftére. Tel étoit fon plan de
fe je Qso videlicer fatlum eff, 1 vies & relfez toujours été fa pratique :
in tanto vel Epifopatés , vel Cardi. ce ani sous ke repréfente comme un
nalatäs fhlendore , priflini vite farés , Prélas difigent, fi adroit, & fi ex-
ande ad cas dignitaies afcendit ( ces Re- périmenté. il efk vrai de dire qu'on
galarem decer, 6° à nobis [e in hace ope- en à comm pair, qui puiffent lui être
ris noffri parte propoftum eff ) nam- comparés ; & qu'il n’en eft peut-être
qua non meminerit, Dominican Ge: aüewñ, qi ait porté plus loin la pié-
ths infignia retinuerit ; Inffiuta , rm- té, & le zéle -dans tout ce qui regarde
res, confuctudines fervaverit , us accu- Ïe Culte ;& le Service Divin.
ratum Divi Thome Aquinatis Audno- . Sæ vie au refte étoit auftére , & fa
rem , © Socium facile pof]is aægnoftere, maürriture très-frugale. Sans faire at-
Sic enim Magifter ille, nefcio, an Doc- tention ni aux maladies, ni aux infir-
tring , an Sanilimonia preffantior, quof- mités prelque inféparables de la con-
Cumque ad eximios arts pr é dition humaine, il affligeoit encore
mediis Regularinm Cœtibus extrahi, G° fa chair, & par une févére abitinence,
slevari intelligeres ; iifdem plané quibus & par la fuite de fes travaux , de fes
anea tenchaniur ( fi mode cum officio veilles , de fes jeûnes. Efprit conftant,
Tome VI,
LivRreE
X LI.
Beroît XI, |
de" #${
41 HIST. DES HOMMES ILLUST. &c:
Lrvarz noble,doux,élevé;iln'étoitniabattu move digritatis confentiant ) teneri ad-
X LI par la crainte, ni touché d'aucun fen- bac precepiis, € Regulis, cum proba-
__— timent d'ambition,oud'orgueil.Tou- bæ maxime, tum vero ctiam palam edi-
Benoîr XII. jours prévenu en faveur des autres, & cere non dubitaba.
=== éloquent pour relever leurs bonnes qualités ; il ne penfoit, & ne parloit de
lui-même, qu'avec cette Modeftie, & cette Humilité Chrétienne, qui font
plus agréables à Dieu, que tout ce que les hommes apellent élévation de
Génie, & grandeur d’Ame, Orné de tant de folides Vertus ; l'éclat des Di-
nités , où fon mérite l'avoit élevé, ne lui fit jamais oublier le premier Etat
L Vie, q''il avoit embraflé dans le Cloïtre, Evêque, & Cardinal, il a tou-
jours été Religieux ; & il s’eft réglé fur le Modéle de ces parfaits Réguliers,
dont nos parlons dans cette partie de notre Ouvrage. Comme il n'a point
ceffé de porter l'Habit de Saint Dominique, il a aufli éxa@tement gardé les
Loix, les Statuts, & les Pratiques de cet Ordre; & il ne s’eft pas moins
montré le fidéle Imitateur, que le zélé Difciple de Saint Thomas d'Aquin.
Comme cet excélent Maître ( dont on ne fçauroit dire, fi la Doétrine a été
plus fublime que la Sainteté, ou la Sainteté plus éminente que la Doétrine }
Orfini a cru, & enfeigné, que tous ceux, qui d'un Ordre Religieux, paffent
aux Dignités de l'Eglife, demeurent toujours obligés de garder leur Ré-
gle, & les engagemens de leur premiére Profelfion, autant que cela peut
s’accorder avec leur nouvelle Dignité. | :
La fuite de cette Hiftoire fera l'explication, & la preuve de
tout ce qu'on vient de dire. |
Fin du Livre Quarante-unieme.
ÉTAT AY PNR SAN CUS SD
URSS SSSR DS
Fra e D SE US ni
HISTOIRE.
DES
HOMMES ILLUSTRES
DE L'ORDRE
DE HE
SAINT DOMINIQUE.
LIVRE QUARANTE-DE UXIÈME.
mal Our ce que le Cardinal des Urfins, pendant Livre
au met crenteuit ans de Réfidence, a fait degrand,& XLII.:
PA FRE de beau dans l'Eglife de Bénévent: les auguites Baxoir XI
nm BUT Monumens dont il l’a rem le, pour la Gloïre de
| la Religion, ou pour l'utilité publique : les fom-
mes imménfes ,qu'ila généreufement employées
pour rétablir deux fois une grande Ville, deux fois ruinée par
des tremblemens de cerre : les éxemples de Sainteté , & de
toutes les Vertus Chrétiennes , qu’il a conftanment ‘donnés
à un Peuple chéri : enfin les marques finguliéres d'un amour
plus que paternel, qu'il a bien voulu lui continuer, après
même avoir été apellé au Gouvernement de l'Eglife Uni
verfelle : ajoutons , la jufte reconnoiffance de ce même
Peuple ; fon retour plein de refpe& , & de vénération pour un
Pafteur fi digne de fa confiance : tout cela nous TT à dire
d'abord quel ue chofe de la Ville de Bénévent, & de fon Siége
F i]
44 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrveaz Métropolicain, l’un des plus anciens, & des plus confidérables
X LII. detoute l'talle. oo
nr. Le Ville de Bénévenr, dans la Province anciennement apel-
BEN mem lee le Samnium, ou le Pays des Samnites, eft fituée entre deux
I. Rivigres, dans pne Vallée agréable & fertile, à laquelle elle
| ne de la donne fon nem, On ne deute point de l'Antiquité de certe Vil-
PERRSIEVERR le; puifqu’on prétend qu'elle étoit connue plufieurs Siégles, non
feulement avant l’Ere Chrétienne , mais auffi avant la fonda-
tion de Rome. Si quelques Ecrivains, dont parle l'Abbé Ughel,
ont attrioué la Fondation de Bénévent à Dioméde, Roi d’Eto.
lie, l'an des Héros de Ja Gréœæ ,'qui ayoient renvgérfé la Ville
de Troye ; quelques autres fouriennent que ce Prince ne fie
qu’en relever les ruines, & qu’il lui donna le nom de Miléfie,
Elle à été auffi apellée Samnium ; & quelquefois Maleventum ,
| 11: “. foit du mauvais vent, qui fouffle avec ag d’incommodité
AngnoieleRt dans le Pays ; foit, comme an le croit avec plus de probabili-
voie, * té, d'un mauvais événement : car les anciens Samnites, après
| avoir long-tenss lutté centre la forgune de Rome naïifflante, dont
ils défirent {ouvent les Armées, furent à leur cour vaincus, &
défaits par les Romains ; qui en firent un horrible carnage.
Trente mille furent pañlés au fil de l’épée, fous les murs de leur
Capitale, qu'on po dés-lors Maleventum (1 x Mais les Vain-
queurs, ayant depuis envoyé une Colonie dans le Pays, qui leur
étoit demeuré foumis, ou allié, ils changérent ce nom de mau-
_ vais augure, en celui de Benevent.
11 Nous ne parlerons point {ci des différentes Réyolutions, que
roue cette Ville à anciennement éprouvées preique de Siécie en Sié-
| _ cle, & dont la plûüpart lui ont été funeftes. Fiddlement grrachée
aux Romains, depuis qu’elle écoit entrée dans jeur Alliance,
elle les fecourut d'hommes & d'argent, contre Annibal, & fur
pillée par ee Général des Carthaginois. Prife depuis , & facca-
gée par Totila, & enfuite par le Roy Auéthare ; elle reçut fuc-
ceflivement la Loi des Grecs, des Goths, des Lombards, des
_ Normands, & des Sarafins. Elle a été aufhi long-tems gouver-
née par fes propres Princes , qui portoient le nom de Duc. De-
41) Marius Vipera non fgnobitis Scriptor | horrihilem fæpe patitur, appellaram (*), &cç-
Beneveati Auétores antiqués facit Sapelles | Ze. Sacr. Tom. VIII. pag. 4.
tribus fæculis anse conditam Urbem ; quibus| (*) Seu popius à malo eventu , cdm circum
pulfis, foloque æquaté civitate, à Diomede|ipfam, Confulibus Sulpitio & Pexilio ; tri-
æodem in loco reædificatam tradit, ac Mi-|ginta millia Samaïum disifimè çefa fue-
defam primim , & S'emnium , deindé Maje-{ ant. Jéid. |
veptum à malo vento , quem ifjuriofum & ï
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE, 4;
puis Sothus, le premier de tous, qui régnoit l'an de Jesus- Livre.
CHrist.589,0nçn compte vingt-quatre juiqu'à LandulpheUL, XLII à
gn 9693. | 7 __ Beoir XIII
Parmi ces Princes, quelques-uns fe font diftingués, par plu-
fieurs belles actions, qui les ont rendu célébres, Grimoald ,cin= 1v.
quiéme Dne de Bénévent, chafla du Trône des Lombards le Les phsilluñres
Roi Aripers, s’y écablic à fa place, vers l'an 663 ; & foue s'y °° URSS
maintenir, auraag par le prudence ; que par {à valeur. Un de fes
Sucçefféars , que l'Archevèque de Ferme nomme Aobafs, &
l'Abbé Ughel Areçhis, quatorzième Duc, ou Prince de Béné.
vent, n’a pas moins immogalifé fon nom, pour avoir rendu le
Ville, & plus belle, & plus forte. .
Ce Duché, foumis depuis par les Empereurs, fut donné , en v.
1053, par Henri IT, dit Le Moir, au Pape Léon IX, & à fes , Le Duché
Succefleurs sen dédommagement, dit-on, d'une Redevance,que a San Sig.
l'Eglife de Bamberg devoir payer tons Les aps à celle de Rome,
Depuis que Bénévens ne reléve que du Saint Siége , etre Ville
a joui plus conftanment d'un fort heureux, & PEN PP fi nous
en excæprons les mauvais trairemens , que fa fidélité dui actira
avant le miliéu du treiziéme Siécle , de la part de l'Empereur
Frédéric IH. | |
Il ne fayt point oublier que parmi les grands Perfonnages, VI.
dont Bénévent a été la Patrie, on compte d’abord les deux Or- , Gran Peer
bilius ; excélens Grammairiens N du tems de Cicéron ; 20, lu- ns lbae,
fieurs célébres Jurifconfultes ; à la tête defquels on doit met- |
äre Papiniex, qu'un Auteur apelle ? Honneur de la Furifpradence,
© le Tréfor des Loix : 3°. Deux ou trois Souverains Pontifes,
Félix JV, Viétor IIT , & Gregoire VIII. Bénévent peut encore
{e glarifier d'avoir en fes généreux Martyrs, qui répandirent
Jeur fang pour la Confeflion de Jesus-CHRisr, furtout
durant la longue & cruelle perfécution des Empereurs Gallien,
& Dioclétien (1). L | |
Mais c'eft de la Dignité de fon Siége Archiépifcopal , & de la VIL
fucceffion non interrompue des Pafeurs ; qui l'ont rempli de- ra Si
puis Sainc Pherin, Difciple de Saïne Pierre, jufqu'au Cardinal de Fécévent. Ÿ°
Orfiai, que la Ville de Bénévent tire {on principal luftre. Les
anciens Papes, les Empereurs, les Rois, & les autres Princes,
{1} Nobilifimam konç Urbem @rtu fuol tus Evafus, primus Aftenfis Ecclefix Epifco-
riorem feserant Orbilius plagofgs Gramr | pus in Infubrio, & qui fub Ætubalo Piæfide
aniqus gite Ciseranis Magifipr : Papinia-| palmiam tulir martyr, in Gallieni, vel Dio-
Aus Galvaneus, Roffindus , & Offindus Ju-il cleriani fæviflimâ perfecutione | &ç. lue,
sifconfalri celeberrimi; Felix [V , Vaor IH, | Sécr. Tes WII Col, 5. |
& Gregorius VIEIL Pontifices Max. & Sanc- | oi
X ij
46 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre avoient comme à l’envi honoré cette Eglife, de plufeurs beaux
XLIE Priviléges , dont quelques-uns ont été depuis abrogés, & les
—— + autres fubfiftent encore. Avant le Pontificat de Paul II, lorf
.‘BENOIT XIII. ST ‘ A FL ’ 4 . . e 2
——— que les Archevêèques de Bénévent faifoient la Vifite de leur
©. Province Ecctéfiaftique, on porçoit devant eux, avec folemni.
_ té’, la Sainte Euchafiftie j'& leur Mitre étroit faite fur l“modéle
de l’ancienne Thiare Papale, avec cette différence, qu'il n’y
avoir qu'une Courofne. Le Pape Paul IT, en changeant cet
ï + Fr st 6 p 1 - , , | ° :
ufage, dans le quinziènre Siécle, a confirmé celui, dont les
mêmes Archevêques jouiffent encore, de fceller de plomb leurs
Lettres, bu leurs Ordonnances Pafterales (1). de
Von Ils ont aufi une partie de la Jurifdiétion dans la Ville ,étant les
Etendue de ce juges ordinaires des Affaires Civiles, qu’on peut porter par Ap-
Diocéle. pel à leur Tribunal. Enfin le Métropolitain de Bénévent avoit
autrefois trente-deux Evêques Suffragans ; & comptoit deux
cens dix fept Bourgs., ou Villages; dans l'étendue de fon vafte
Diocëfe.. Il n’y en refte plus que cent foixante-dix-huit: & le
nombre des Suffragans fe trouve aufli bien diminué; parce que
quelque petits Evêchés ont été fupprimés, ou réunis : quel-
ques autres font aufh érigés en Archevêché. C'eft ce que nous
lifons, & dans le huitième Tome de PItalie Sacrée ; & dans
une Lettre, écrite par notre Cardinal à un Sçavant de fes
ECTS .
I X. Un Auteur moderne prétend que le Chapitre de la Métro-
ne nee pole de Bénévent, aujourd’hui fort augufte , étoit autrefois fi
efoi s : ue. ;
plus nombreux nOmMmbreux , que dans l’Eleétion d’un Archidiacre, faite l'an
qu'aujourd'hui. 13 16, il y eut quatre.vingt-fix Chanoines, qui donnérent leur
voix. Mais il ajoute que ce nombre fut bien diminué avant la
fin du même Siécle ; puifque l'Archevêque Hugues en 1364,
Je réduifit à trente Chanoines (3). Nous aurons occafion dans
( 1) Fnumers fane propemodum privile- gravi potu deficiebar... benigniffimè indul -
gia, quæ Beneventanæ Ecclefæ, fuifque Ar-| gens, ad bang me tranftulit infignem Me-
chiepifcopis indulfere Romani Pontifices , | tropolim, quä aulla in Italia major :quippè
Imperatares, Reges , aliique Principes. Silquæ olim 32, nunc 24 Suffraganeis Cathe-
‘ quidem habueruat olim Archiepifcopi ufum | dralibus præeft Ecclefis; ae fexdec'm re-
Mitræ rotundæ ad modum Péntificiæ Thiaræ | gunt Comprovinciales Epifcopi.Diæcefis am-
antiquæ , Cum una tantüm Corona.,... & |plitlima 178 Oppida & Caftra nunc continets
fyam Provinciam luftrantes venerandum Eu-|olim 217 Axcchiepifcopalis dignitas multis
.Chariftiæ Sicramentum folemniter præferri | confpicua privilegiis : ufque ad Paulum IP,
confucverant. Quod utrumque hoc tempore |anno 1466, Camauro Archiepifcopus ufus
Romano Pontifici confervatum eft. Iilud ve- left , & Provinciam luftrans Chrifto prævio,
rà nüunc retinent , ut Litteras figillo plumbeo | hoc eft Venerabili ante fe folemniter delato’,
more Romano ôbfignent, &c lial. Sacr. |inçedebat. Nuncreliquus eft Diplomatum fub
Tom. VIII, Col. 6. .* : Fplambo fignanderum ufus, &c. In Epift. sl
(2) Sanétiflimus Pater Inhoceñtius X1, va- | Nar. Alex. Data Beneu. die 18. Sept. 1684.
Jetudinimseæ, Qux Cæfenatenfium aquarumd (3) Ingens olim erat in Bénèventana Ce
Lo
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 47
la fuite de parler des Conciles , qui ont été affemblés dans la
même Fglife Métropolitaine, foit par fes Archevêques , ou
quelquefois par les Papes. Reprenons l’Hiftoire du Cardinal
Orfini. | (
. Auf-rôt que fa fanté parut un peu rérablie, il partit de Na.
ples , pour aller prendre la conduite du nouveau Troupeau,
dont le défir de voir fon Pafteur , & de profiter de fes Inftruc-
tions, croifloit toujours. Nous avons dit qu’il avoit reçu le Pa/-
lium le 126 de May 1686 ; & le 30 du même mois il arriva à
Bénévent : où le concours extraordinaire des Etrangers , aug-
menta encore beaucoup la folemnité de la Réception, que lui
firent les Habitans. Les ot 7 publics de leur joye, leurs
acclamations, & leurs applaudiffemens , répondirent l
haute idée, qu’ils avoient du mérite, & de la Sainteré du Pré-
lac , que le Seigneur leur donnoit dans fa Miféricorde (1).
Mais ce qui relevoit infiniment tout ce qu’on avoit pu ima-
giner our rendre cette Fêre des À brillantes ; c’étoit la pré-
ence de cet Ami de Dieu ; qui, dans la gravité, & la modeftie
de fon vifage, laifloit entrevoir ce fonds de Religion, dont fon
cœur étoit rempli. À l’éxemple des plus faints Evêques, dont
il retraçoit l’image, parce qu’il en avoit l'Efprit , il avoit
comme confacré fes premiers a fur les Terres du Diocèfe, par
une humble , & fervente Pri
fiés à fes foins. | L
Accoutumé à ne chercher le repos que dans le travail, on le
vit d’abord dans l’éxercice des Fonctions Paftorales. Prêcher +
& inftruire fes Diocéfains ; tâcher de connoître, & de {oula-
er leurs befoins; écouter avec bonté les plaintes des uns , &
jen à la
re , pour attirer fur lui-même.
& fur le Peuple le Secours Divin, afin de marcher toujours dans.
les fentiers de la Juftice; & d'y faire entrer tous les Fidéles con-
Lrvre
XLII.
BENoïr XIII
D te D
X.
-Réception du
Cardinal Orfini
dans la Ville de
Bénéyent.
XE
Ce qu'il fait en
entrant dans fon
Docèfe,
X I I,
Ses premiéres
attentions,
es demandes des autres ; porter la ‘confolation dans le.cœur
des Affligés ; vifiter ceux qui fouffroient dans les Prifons:, ou
dans les Hôpitaux ; & donner à tous des marques réelles de
cette tendre Charité qu'il avoit pour tous: ce fut par là qu'il
commenca.fon Miniftére: Nous verrons qu'il le continua tou-
jours de même; fi nous n’aimons mieux dire, que fa. Verta fe
thedrali Canonicorum numerus , qui ejus di-] . (1). Archiepifcopali Pallio in Templo D.
ina petfolvebante anno fi quidem 1316 , | Philippi Nerii Congregationis Oratorii , 16
qui ad Archidiaconi eleétionem convene- | Maii recepto, ad novæ Sponfæ amplexus Be-
runt, o@oginta ex enumerabantur. Anno lneventum SR ne to ibi 30. ejuf-
dein 1364 Hugo Archiepifcopus 30.Cano-| dem menfis folemni ingreflu, mapno .cxte-
nicorum numerum, ftatüit,, &ce.{r4. Sacr.|rorum accurfu ,-plaufu, aç latitia. Archi,
nl
Tom.WIII, Ca. A Fire, pag, 9.
)
4
48 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSŸTRES
fi sas perfeétionnant tous les jours, il donnote auffi toujours plus d'é-
XLIIL téndue à l'activité du réle, qui le confumoit. |
—————— Voulanr'infpirer À rous kes Fidéles; ces fentirténs d’uné fo-
Benoît XHT. Jide Dévotion envers la Mere de Dieu, dont il étoit lui-mênie
xirr pértétré,& qu’il fembloit avair fucéé avec le Hair, il fe fie com-
Tendre Déve- mé utié Loi, ot tréobligation, de ne paller aucune fertaine
don ener + fans prêeker , au moins unie fois, fes Vertus , & fes Grandeurs ;
Pen expliquanr familiérement za Peuple. la vérieble maniére
d’honorer cetré Reïme des Vicrges, & de mériter fa puiffanre
protédion, par Pimitation de fa Purecé, dé f Charité. de fon:
Humilité , de fa fidélfeé à médirér H4 Loi du Seigneur, & à en:
obferver tous Fes-points. Le premier Samiedi de Juin (e'eft-à-
xiv. dire peu de jowrs après fon arrivée dans fon Fghife ) le 2éié Ar-:
Ce qu'il firpour chevêque commence: fes Difcours fur ce fujet ; & tout le eers
Res qu'il a été à Bénévene, il ne s’eft jamais difpenfé de payer ce cri-
fon Peuple. but de louange à fa gforieufce Parrone, & Prorcétrice. Ses fré-
uentes Vifites , tantôt dans fon Diocèfe , & quelquefois dans
à Province Eccléliaftique , l’obligeant dé s’abienrer de Ha Ville
Epifcopale , il voulue que dans ce cas un autre fuppléât à fon
défaut; & it en chargea la Communanté de fon Ordre, par une
Fondation, felon laquelle nos Religieux font tenus de fatre tous
” les Samedis , un Serinon en Phonneur de la Vierge, dans la Mé-
tropole de Bémévent. L'Archevèque de Ferme aflure, que le
pieux Cardinal en + prononcé près de deux mile pendane fa
vie ; & que les cent, qu'il en a fait imprimer, {ont tous remphs:
d’onétion, & d'une fainte érudition (1). | |
Qui pourroît dire quels furent les fruits de cerre religieufe
Pratique , f Fong-rems foutenne par le puiflant éxemple d’un
Prélat, qui préchoït encore plus par fes aétions, que per {es
paroles > La Grace répandue fur fes levres, fembloït faire pat<
fer de fon cœur dans celui de fes Auditeurs, là piété, li coral
XV. ponéion,lezéle, Pamour, & la confiance, qui lanimoient. LE.
Ds de SE olife n'étoit gréres moins eight les Samedis, que les jours
de Fête. On quittoit les frivoles amufemens, & les parties de
plaifir, ou on fufpendoïit volontiers Le travail , pour fe nourri?
de la Parole de Dieu. Les Peuples de la Ville, & ceux de là
(1] Calendis Junïü 1686 Sabbato , de Lau-[ pfenis, & facra eruditione refertis typis vu.
dibus Deiparæ Sermonem ad populum babe-| gavit. Perpetuum tamen*hoc obfequii genus
re cœpit; quem morem fervavit femper ,| in Deiparam effe voluic ftaturd dote, ut unus
uoties ipfe in Civitate præfens fuir ; ferèlex Ordine fuo Prædicarorum in Ntetropoli-
f hillies dxir de San@iffimzæ Virginis ldu-l'tana Baflica illud: per fingulka Sabbata præf
dibas”, & vitami per fingüla profecurus: fed'|'ter. Archi. Firm: pag: a. à
centum tantim éx his Sermonibus -pierate É |
Campagne
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. #49
Campagne ( lorfque les 2. le leur permettoient) s'em-
refloient de venir entendre leur bon Pañfteur. Les Meres fe fai-
bienc un Devoir de Religion d'y conduire leurs Filles, & leurs
tendres Enfans ; afin qu'accourumés de bonne heure à entendre
les Louanges de Dieu, de JEzsus-CHrisr, & de fa Sainte
Mere ; en apprenant à parler , ils apprifloat à leur rendre leurs
hommages , à vivre dans la Chafteté, & à conferver toujours
leur Innocence. Le Difcours étoic fuivi de la Priére; & le faine
Archevêque , au milieu de ce dévot Peuple, comme un Pere,
environné de fa nombreufc Famille, avoir le plaifir de confidé-
rer avec quelle modeftie , quel recucillement, & quelle fer-
veur, rous ces Fidéles aimoient à unir leurs voix PA fienne ,
pour louer d'un même cœur le Très-Haut, & implorer fes Mi-
féricordes. Qui n'aimeroit à voir ces faintes, & pieufes Affem-
blées; ces louables Pratiques du Chriftianifme renaiffant; tou-
jours préfidées par le Pafteur, dirigées par fon Efprit , & ani-
mces par fon éxemple ; fi propres à faire connoître, & refpec-
ter la fainteté de notre Religion ; & fi capables de procurer
Ja Converfon des Libertins, & des Impies ; ou au moins de
confondre l’Impiété , & de faire taire le Libertinage ? |
Pour rendre les inftruétions plus utiles, en les rendant plus
fréquentes, notre Archevèque ordonna que le Théologal, qu'il
établit dans le Chapitre, feroit tous les Dimanches, après Vé-
Livre
XLII.
Benoît XIIT.
CSS RER
XVI.
Explication des
Saintes Ecritures,
pres , une Explication publique des Saintes Ecritures, felon les :
Décrets, & conformément aux défirs des Peres du Concile de
Trente. Le Peuple, ainfi que tout le Clergé de la Ville, devoit
y affifter (1): & le Pafteur donnoit l'éxemple À tous : car on
peut dire en général , que fes grrr occupations ne furent
jamais pour lui une raifon de fe difpenfer d'aucun de fes De-
voirs ; & qu'on le voyoit toujours faire le premier ce qu'il pref-
crivoit, ou ce qu'il confeilloit aux autres. ——
Après avoir d’abord vifité les Paroïifles de la Ville ; & or-
: donné les Réparations , qui parurent néceffaires, l’Archevrèque
fe hâta de faire la même chofe dans toures les Eglifes de fon
grand Diocèfe. Il en commença la Vifite, dès le quinziéme de
Juin ; & avant la fin de l'Eté, il en avoit parcouru une bonee
partie. Il vifira l’autre partie l’année fuivante ; & felon ce Plan
(qu’il ne changea point ) tous les deux ans il paroifloit dans
tous les Bourgs, Villages , Hameaux, & autres Lieux de fa
Jarifdiétion. Toujours attentif à éxaminer de quelle maniére
XVII.
Plan de fes Vif.
tes Epilcopales.
{1} Pro Uibani Cleri, populique inftruétio. [po Vefperas , Scripturæ Sacræ Lectionem
a
ne flatuit , ut Theologus, fisgulis Dominicis,
Tome VI,
bprec, &c, sa. 7e om. VIII, Col. 177
LrvRrRE
XLII.
Benoîr XIIL
D — "5
XVIII
Sage Couduite
envers les Minif-
tres de lPAutel,
so HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
on faifoit le Service Divin, & les Inftru@ions ; comment on en-
tretenoit les Eglifes, les Chapelles, les Autels, les Sacrifties,
les Ornemens facrés, & les Vales deftinés aux Saints Myftéres;
il écoutoit les plaintes des Fidéles, ou les repréfentationts des
Pafteurs ; & prenoït connoiflance de tout, pour corriger, & ré-
former tout ce qui n’étoit point en régle. on
Plein de vénération pour le Sacerdoce , & de refpe& pour
ceux qui en étoient honorés, il donnoit toujours des marques
ubliques d’eftime aux Miniftres, qui remplifloient dignement
eurs Fonétions ; & il les encourageoit à continuer à bien fer-
vir PEglife, par Pinftruction des Peuples, & pour leur édifica-
XIX.
Suites de cette
fage Modération.
tion. S'il en trouvoit au contraire d’ignorans, ou de vicieux
(ce qui arrivoit quelquefois) il travailloit en Pere à leur aman-
dement. Il leur donnoit les moyens , & le rems ; aux uns, de
s’inftruire ; & aux autres, de prouver leur changement par les
œuvres. Lorfque le bien public, la tranquillité, & le bon ordre
d’une Paroifle le demandoit, il deftituoit ces Miniftres, peu
dignes de leur Emploi; pour en mettre d’autres, plus en état
de remplir les faintes Fonétions ; & de régler par leurs éxem-
ples, ou par leurs lumiëres, les Mœurs de ceux qui leur étoient
confiés. |
Maïs de quelque maniére qu’il füt obligé d’en ufer envers les
Oints du Seigneur , il ne féparoit jamais la Clémence de
la Juftice ; & il ménageoïit toujours en préfence du Peuple, les
perfonnes que le Peuple devoit refpecter. C’étoit ou feul à feul,
ou dans une Aflemblée des feuls Eccléfaftiques, qu’il leur fai-
foit fes vives, & patériques Exhortations, pour leur imprimer
fortement l'obligation , que la double qualité , de Prêtres, & de
Pafteurs, leur impofoit , d’être Pieux, & Sçavans ; de vivre fe-
lon les Canons, & de conduire les Fidéles dans la voye de l'E-
vangile, Par cette fage modération, le Prélat corrigeoit les cou.
pables, fans les aigrir. Il faifoit cefler les fcandales ; & procu-
roit aux Peuples l’'Exemple, & l’Inftrué&ion. Par là, ajoutent
les Auteurs que nous fuivons ,.tout le Diocèfe de Bénévenc
changea bientôt de face (1) : l’accroifflement du Service Divin,
læ décoration des Eglifes, la réforme du Clergé, & du Peuple,
furent la preuve de ce pré
A peine de retour à Bénévent , le zélé Cardinal y affembla
(x) Decimä-quintä ejufdem menfs Junii, | Divini cultôs incremente , æt brevi in eä Ar-
Dizcefis Vifitationem aggreflus fuit ; eiquechidiæcefi ( qe olim diu caruerat propri
&A methodo operam dedir, ut bienniis fingu- | Paftoris præfentià ) facies alia fuerit rerum
lis univerfam Diæccfim luftraverit | tanto [facrarum, &c. Archi. Firm, pag. ». |
. DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. st
{on premier Synode le 24 d'Août 1686. Ilentintun fecondile Livres
2 5 d'Oobre : & il ne manq#@ pas dans la fuite, de convoquer XLII.
chaque année ces faintes & mr 2 Aflemblées ; dont les avan- EEE XII.
cages, & les fruits étoient fenfibles (1). L'objet qu'il fe propo- ===
foic en cela , c'écoit d'abord de connoître perfonnellement tous - XX.
ceux , qui devoient coopérer avec lui, à former un Peuple faint , Di tm Ra
ê& parfait ; de s'aflurer en même tems des prôgrès que faifoienre lité de ces faintes
fes Eccléfaftiques, tant dans la Vertu, que dans la Science des Afemblécs.
Saintes Ecritures, des Canons, de la Liturgie Sacrée, & des
Répgles des Mœurs. Il-vouloïc aufli apprendre de la bouche de
fes Miniftres, quels étoient les befoins fpiricuels, ou tempo-
rels de leurs Peuples, & quel profit ils avoient fait les uns, &
Jes autres, de ce qu'il leur avoit recommandé , ou prefcrit dans
fes Vifices. Enfin par de nouveaux Réglemens, ou par le renou-
vellement des anciens, felon que la prudence, & les circonftan.
ces des rems le demandoient , notre Archevêque s’efforcoir de
mettre cette portion du Troupeau de JEsus-CHRI1ST, done
il étoit chargé, fur le même pié, fur lequel les Conciles Géné-
raux auroient fouhaité de voir l’Églife Univerfelle. De là la dé-
cence , & la modeftie dans la conduite extérieure des Eccléfiat-
tiques, & des Relisieux. De là l'affiduiré, & la ferveur dans
la célébration des Divins Myftéres. De là cette bonne odeur,
qui édifioit les perfonnes du Monde, & qui les engageoit à vivre
aufli dans leur Eat felon la Loi Evangélique , qui eft commune
à tous.
Sous un Pafteur auffi inftruit des Régles , fi éxa& à les fui-
vre , & fi vigilant à les faire obferver ; il étoit moralement im-
poffible que te Clergé de Bénévent ne devint en fort peu de xxr.
tems,.un Modéle à propofer, non-feulement à tous ceux de la _Le zélé Cardinal
me ‘ . \ forme fon Clergé,
même Province Eccléfiaftique , mais auf à tous les autres : & , binftruétion,
c'eft ce que les Souverains Pontifes firent plus d’une fois. On & par l’éxemple,
ne pouvoit trop admirer l’ordre, la régularité, la difcipline,
& les faintes Pratiques, que notre Archevèque faifoit garder
dans tout fon Diocèfe. Il ne faut me oublier , Qu'il ajoutoit
. toujours la vertu de la Priére à la fageffe de fes Loix, & la for-
ce de l’Exemple à celle des Inftruétions. C'eft ce qui attiroit
Jes Bénédiions du Ciel fur fes travaux. C’eft ce qui rendoit fes
Difcours fi puiffans, & qui donnoit le fuccès à fes pieufes En
(1) Die 24 Augufti ejufdem anni primaml finus 38 annis, antequam fupremam Beatf
Diacefanam à berge coegit ; & mox al | Petri Cathedram confcenderet , huic Eccles
teram 25 Oétobris , quam peculiari ritu Li-| fiæ-præfuerir , totidem etiam celebravit Sy=
taniarum vocant ; fervavitque hunc morem|nodos ; &c, Archi. Fir. pag. 10.
fuotennis : propteres çdm Cafdinaljs Ur- Gi
1]
LIVRE
X LIT.
Benoîr XIII.
D à
XXIL
Abondantes Au-
mônes, |
| Juftice de Dieu.
XXIIL
Magnificence
dans la décoration
des Lieux Saints,
s2 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES.
treprifes. On fe laifloit aifément perfuader , que l’Aumêône, là
Pénitence , le détachement , owsle mépris des Richefles, font
autant de Vertus commandées au Chrétien, & néceflaires pour
faire fon Salut; quand on voyoit un grand Cardinal, Aumô-
nier , Pénitent, Pauvre dans fes Richefles, & Ami de la Pau-
vreté. Il nourrifloit tous les jours un très-grand nombre d’In-
digens : & par la frugalité de fa vie, autant que par fes falutai-
res Inftructions, il leur apprenoit à fe contenter du néceffaire;
à fouffrir patienment toutes les fuites de la pauvreté ; & à be-
nir le Seigneur dans leur Etat. Il montroit en même tems aux
Riches quel ufage ils devoient faire de leurs Richefles ; afin
que ce qui pourroit: être un grand obftacle au Salut, devint
ur eux un moyen d’expier leurs péchés, & de facisfaire à la
Si nous entreprenions de parler en détail de toutes les lar-
gefles, que ce charitable Prélat faifoit continuellement aux
Pauvres, aux Malades , aux Prifonniers, à ceux de la Ville, &
aux Etrangers ; en un mot, à tous ceux qui avoient befoin de
fon fecours ; nous pourrions remplir de ce feul article toutes
les pages de cer Ouvrage. Les perfonnes, qui ont particuliére-
ment connu le Cardinal des Urfins, ne regarderont pas ceci
comme une éxaggération. Cependant ( ce qu'on auroit peine à
croire )-quoique la profufons de fes Aumônes, fecrétes , ou pu-
bliques , allât tous É, ans à de grandes Sommes, cela ne l’em-
péchoit pas de paroître encore plus magnifique dans la répara-
tion , & la décoration des Lieux Saints. Après avoir employé
trente mille Ecus d'or, à relever, orner , & embélir l’Epglife de
Notre-Dame ( Métropolitaine de Bénévent ) celle de Saint Bar-
thélemy , le Séminaire, le Palais Archiépifcopal, & quelques
autres Maifons de la Ville, ou de la Campagne (1); il fit renou-
veller, à fes dépens, tous les Vafes facrés de fa Métropole ; en
augmenta la beauté, & la quantité ; fit conftruire un magni-
fique Autel de marbre, & travailler plufieurs précieux Reli-
quaires ; où # enferma les Cendres de l'Apôtre Saint Barthé.
Jemy, de Saint Janvier Martyr, & de Saint Barbat, illuftre
Confefleur de JEsus-CHR1ST (21). L'un & l’autre avoient
: e
_ (1) Primasinter Curas Metropolitani Tem-]litanæ Ecclefx habità ,eam reficiendam pro.
pli, Ecclefiæ Sanéti Barcholomaæi, Sacri Se-Iprio Ære curavit. Vafa argentea omnia in
sainarii, Fatifcentis Archicpifcopii, Domo- | Gazophilacio fervata meliorem in modum
rumque Campeftrium inftauratio ; quibus | conflata voluir. Ex inutilibus Ecclefiæ D, Bar-
reparsndis triginta aureorum millia biennio | tholomæi argenteis Vafis nobiliflimam ejuf-
” ipendit, &c. Archi. Fir.pag.9. dem Apoftoli ftatuam , infigni adjeëtä Reli-
(2) Viftatione facræ fupelleétilis Metropo- | quià, confecit. Ex indg alias duss itidem ar-
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 5:
rempli le Siége de Bénévent : celui-là au commencement du
uatriéme Siécle, & celui-ci après le milieu du feptiéme.
Le zéle de notre Archevêque ne fe lafloit point : tous les
jours il donnoit à fon Peuple quelque Speétacle édifiant de Ke.
ligion : & en l’inftruifant avec foin fur vous les Devoirs de la
Picté Chrétienne, pour lui apprendre à fervir Dieu en Efprie,
& en Vérité, il travailloit à fE attirer de nouvelles faveurs du
Ciel , en le mettant fous la Proteétion fpéciale des Saints, dont
LrVRE
X LIT.
Benoîr XIII.
XXIV.
Autres attentions
de la Sollicitude
Paftorsle,
il avoit lui.même éprouvé le crédit auprès de Dieu. Dès le mois
d'O&obre 1686 , il obtint un Décrer de Rome, pour faire dé-
clarer Saint Philippe de Néri Protecteur du Clergé, & de la
Ville de Bénévent. A yant fait enfuite la vifite, & l’éxamen de
différentes Reliques, qui étoient en fort grand nombre dans
les Eglifes de cette Capitale de la Province, le Cardinal en mit
plufieurs dans dé magnifiques Chafles ; & ne permit point qu'4u-
cun de ces précieux Reftes des Serviteurs de Dieu fût défor-
mais dans l'état peu décent, où on les voyoit auparavant.
Pour confacrer , ou conferver à la poftérité, la mémoire de
{es illuftres Prédécefleurs , le Cardinal Orfini fit repréfenter
dans la grande Salle du Palais Archiépifcopal , cous les Prélats
connus, quiavoient gouverné cette Eglife depuis les tems A pof-
toliques, jufqu’au dix-fepriéme Siécle ; & fit graver autant d’[nf-
criptions, où on peut vôir, avec leurs Noms, le récit abrégé
de leurs principales aétions. Et portant toujours plus loin fes
attentions , il ordonna la conftruction de deux grands Tom-
beaux : l’un pour la Sépulture des Archevêques de Bénévent,
qui viendroient après lui ; & l’autre pour celle des Chanoi-
pes (1). , |
On comptoit alors quinze Paroifles dans la Ville : mais il y
en avoit plufieurs , qui n’étoient pas bien confidérables ; & dont
les Edifices , trop long-tems négligés, menaçoient ruine. Huit
de ces Eglifes , qui n’avoient que des Economes amowibles, fe
trouvoient dans un état , qui ne pouvoit faire honneur à la Re-
Bgion. Le Cardinal Archevêque éxamina tout avec beaucou
de foin ; & , de l'avis de fon Chapitre, il fupprima plufieurs de
ces Paroifles. En les réduifant à un moindre nombre, il pour-
genteas Sanétorum Epifcoporum , Civium , [Stemmatibus in maximA Archiepifcopii Au-
ac Tutelarium Januarii fes fé , aC Barbati |]a ; ubi itidem per compendium eorum no-
Confefloris ftatuas conficiendas curavie, eo- |mina , ac gefta exbibentur. Succefloribus au.
rumdem Reliquiis itidem appofitis, &c. J/4. tem decentem in Métropolitana ftatuie tu.
Sacr. Tor. VIII. Col. 177. mulum , ac alterum è regione , pro ejufdem
(1) His perattis Predeceflorum fuorum |Bafilicæ Canonicis, Jr. Sacr. Tom. VII.
memoriam perennem effecit, depi@is eorum |Coi. 177. Gi |
Gi :
CC
‘«
XXV.
L’Archevêque
honore la mémoi.
re de fes Prédé-
cefleurs.
XXVI.
Supprime quel.
ques Paroifles de
la Ville,
LIVRE
X LIT.
Benoir XIII.
. XXVILI.
Conférences Ec-
cléhaftiques éta-
blics dans tout le
Diocefe.
XXVIIT
Toute lEglife
de Bénévent eft
renouvcllée , &
changée en mieux.
s4 HISTOIRE DESHOMMES ILLUSTRES
vut en même cems à la commodité des Fidéles, & à la décence
du Service Divin. L'Ordonnance qu'il donna pour cela, & qui
fut généralement applaudie, eft du feptiéme Avril 1688. On
la trouve à la fuite des Aîtes de fon troifiéme Synode {1).
Peu de tems après”) notre Cardinal établit des Conférences
Eccléfiaftiques, qu'on devoit tenir réguliérement une fois la
femaine, tant dans la Ville , que dans le refte du Diocèfe (2).
Parmi les plus Scavans, & les plus Gens de bien du Clergé, on
choifit ceux qui feroient chargés de préfider à ces Affemblées :
& tous les jeunes Clercs furent particuliérement invités de s’y.
trouver réguliérement , pour s’y former de bonne heure à l'E-
prit de leur Etat, & s’inftruire de tout ce qui concerne la Mo-
rale, la Difcipline , les Rics, & les Cérémonies de l’Eglife. C'é.
toic donc pour les uns un moyen de rendre utiles à leurs Fre-
res, les fruits de leurs Etudes, & les lumiéres, qu'ils avoient ac.
quifes par leurs travaux précédens. C’étoit pour les autres, un
jufte & preflanc motif d'employer fagement leur tems, & un:
moyen de profiter des veilles des Anciens, pour devenir un
jour, felon leur Vocation, les Miniftres des Sacremens, & les.
Conduéeurs des Peuples. Les uns & les autres fe trouvoient
ainfi dans l’heureufe néceflité de mettre leurs momens à pro-
fit, pour combattre l’Ignorance , l'Oifiveté, & le Vice. Eh ;;
quels avantages, des Prêtres inftruits, & élevés de la forte, ne
pouvoient-ils point procurer aux Fidéles , que la Providence
confieroit à leur conduite : |
Le faint Archevêque voyoit, avec une joye pleine de recon-
noiflance envers la Divine Bonté, les Bénédiétions, que le Sei-
gneur répandoit fur fon Troupeau, & fur toutes fes Entreprifes..
1] voyoit que, par {es foins , routes chofes étoient amenées peu à
peu où il les fouhaïiroit. IÏ n’y avoit que deux ans qu’il étoir en-
tré dans fon nouveau Dioctfe ; & déja la Providence , par fon
Miniftére , y avoit mis cout en régle. La paix, & la concorde
régnoient dans les Familles : la Religion étoit par-tout refpec-
tée, les Loix obfervées, les Sacremens fréquentés, Le Clergé,.
fur le modéle du Prélat , zélé lui-même pour la Difcipline ,
(1) In Urbana Vifitatione { die & Deceme | ciam : urque ofto in pofterdm tantdm effenr,
bris ejufdem anni cœpta ) Parochiales Eccle. | ediéto die 7 Aprilis 1688 evulgato, ac in Ap-
fias aumero quivdecim, partim farifcentes | pendice IIT Diæcefanæ Synoëi exculo des
partim malè habitas, prælertim vero o€to à | mandavit, Jr. Sacr. Toss. VIII , Cal 177.
fex amovibilibus Œconomis roËtes deprehen-| (2) Caluum, Rituumque Congregationie
dit. Proindè fuppreflis præfais o@o Œcono-| bus, quaque bebdemadä babendis, Urba.
roatibut , eorumque Éarmiliis feprem Bullatis num, ac Diæcefaoum Clorum edoétum va-
Parxciis adjun@is , novam ia Eccleha Sanc-1 uit, &c. Jésd, Cal. 578.
tæ Mariæ Conftantinopalitanæ erexit Paræ- |
ve
4
L 3
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. ss;
conformoit fa conduite à l’Efprit des Canons. Les Laïques,fou- Livre
mis à leurs Pafteurs, fe portoient, comme par une louable ému- XLIL.
lion, à la pratique de toutes les œuvres de Piété. Les Monaf- Er
a | À
téres , les Hôpitaux, les Eglifes , tous les Lieux confacrés au
Culte Divin, & à la Priére, fe trouvoient dans un état de dé-
cence, & de propreté, qui les rendoit & plus fréquentés, &gn
Si maniére, plus vénérables. La Métropole fur-tout, di-
ne objet des premiéres attentions du pieux Archevêque, n'of+
Foie rien aux yeux des Fidéles, qui ne les avertit de {a préfen
ce, & de la Sainteté du Maître Souverain, qui vouloit y être
adoré, On peut le dire en deux mots, toute la Ville de Béné-
vent étoit renouvellée, & changée en mieux : & cependant
elle touchoit au moment de fa ruine. Mais en permettant fa
châte, le Ciel lui conferva celui qui devoir en être le Reftau-
rateur (1).
On fçair que les tremblemens de terre ne font point rares,
dans les différentes Provinces des Deux Siciles, non plus que
dans quelques autres Contrées de l'Italie :. ehaque Siècle mous
en fournit plus d’ün éxemple. Ces violentes fecoufles, ces agi.
tations fubites, qui allagment toujours les Peuples , & qui ren-
verfent ET PRADA leurs Maïfons, leurs Bourgs, & leurs Vil-
les; pour être des événemens naturels, caufés peut-être par une
inflammation foudaine des matiéres combuftibles , & renfer-
mées dans les cavités de la terre , ne laïffent pas de fervir à la
pag de Dieu, & à ff Sagefle, pour punir les Pécheurs, tenir
es Juftes même dans la crainte, & montrer à tous combien
Jeurs efpérances feroïent vaines, s’ils ne les portoient au-delà
de cette vie. Le tremblement de terre, dont nous allons par. Xxr1x.
ler, renferme plufieurs circonftances, qui doivent nous Ée Trenblement
admirer les attentions de la Providence, pour la confervation
de notre Cardinal ; & les fuites de ce grand événement ne re-
lévent pas moins la généreufe Piété du Serviteur de Dieu.
Le cinquiéme jour de Juin de l'an mil fix cens quatre-vingt
. huit, un Samedi veille de la Pentecôte, à la vingtiéme heure XXX.
du jour , { felon la maniére de compter en Iralie rte l'Ar- Ses faneltes fui.
chevêque penfoit à fe rendre dans he Eglife, pour les premié- “”
res Vêpres de la Solemnité:; un. tremblement de terre , auffi
violent que fubit, ébranla d’abord , &. dans peu de momens
de terre.
(1) Beneventana Civitas, ob Clerum re-] Vefüm Deo Optimo Maximo, fic annuen-
ormatum , ob Laicos Ecclefiis, obfequen-| te , & terræ motu, die $ Juaii anno 1688,
tes redditos , atque ob Ecclefias omnes, præ-[ Sabbato San@ifimæ Pentecoftes , hora vi-
fertim Principem, tanquam Sponfam Viro| gefima cum dimidio fæviente, ferè tota everfa
fuo ornatam , altera ab antiqua prodibat,l eft Civitas, &c. Ze. Sacr. T, VIII, Col. 178.
56 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre abattit, ou renverfa nue toute la Ville de Bénevent. Les
XLII.
Edifices publics , les Séminaires, les Hôpitaux , les Monafté+
Benoir XI, fes, & les Collèges furent abîmés ; ainfi que la À en ire des
XXXI.
Miracle de Pro- :
Mailons des Particuliers : & il ne reftoic pas une feule Eglite,
où on püt le lendemain faire en füreté le Service, & offrir les
Saints Myftéres (1). La Métropole, ébranlée jufques dans fes
fôhdemens, paroifloit près de fa chüte ; & en eff la grande
Croix, qui la traverloit , avec fon magnifique Jubé, & la nou-
velle Sacriftie , ne faifoit plus qu’un gränd'monceau de pierres,
Cependant les cinq Nefs de cette célébre Eglife, quoiqu’ex-
trémement endommagées, n’écroulérent point, parce que les
deux fortes murailles , que notre Cardinal y avoit fait élever
depuis peu , ayant réfifté à l'agitation des plus violentes fe-
coufles , foutinrent heureufement les Voûtes. On compta treize
cens foixante-fept Citoyens, qui ah dans la Ville de Bé-
névent. Deux cens Etrangers y furent aufli enfévelis fous les
ruines des Maïfons ; & fept cens quatre-vingt-treize eurent le
même fort, dans différentes parties du Diocefe. |
= Sans un Miracle de Prote&ion, le Cardinal Orfini n’auroit
rétion pour 1 PU lui-même fe garantir d’un péril, qui le menacoit de fi près ;
confervation du puifque tout le Palais Archiépifcopal ( la grande Salle feule
SaintArchevéque. exceptée ) fut en un moment détruit, & renverfé. La Cham-
bre haute, dans laquelle le Prélat donnoït aétuellement au-
dience à un Gentilhomme , ayant été abattue, avec une par-
tie du toit, & tout l'appartement de deffous , il fut précipité
fur les voûtes de la Cave, parmi les Mafures, les Marbres,
les Solives, & les gros morceaux de plâtre, qui tomboient con.
fufément aveç lui, ou fur lui. Le Gentilhomme , qui étoit à
fon Audience, fuivit fa chûte, & fe trouva écrafé à fon côté.
Mais il plut au Seigneur de multiplier les prodiges, pour con-
ferver à toute l'Eglife, celui qu'il avoit choifi, pour en être un
jour le Chef, & le Pafteur. La maniere, dont il le fauva, ne
permet point d'ignorer , combien la finguliére Dévotion du
Serviteur de Dieu envers Saint Philippe de Néri , avoit inté-
reffé le Ciel en fa faveur, Nous avons l’avantage de pouvoir
rapporter le fait par les propres paroles de deux grands Cardi-
naux , qui ont été depuis deux grands Papes. Voici les expref-
fions du Cardinal Lambertini ; É
(1) Catera quoque Civitatis Templa prof: l'effet ; in qua Miffz Sacrificium offerri Deo
trati fuerunt , ita ut nulla facra Ædes pes poflet, Arobi. Fir. pag. 11. …_
De
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 57
D E Pictate antem Bencdiili erga
; Deiparam Virginem , © Philip-
Pam Nerism , quid plura commemorem?
Hoc, miffis ceteris, non prateribo. Cum
ingens terre motus Bencventi obortus effet;
#leque , vebementer concuffo , disjeilo ,
ris folo, norejus duntaxat quo deam-
#labas cubiculi, [ed inferiorum quoque
Ædinm, praceps agerctur ; deorfumque
faxa inter, S trabes rueret, protinus de
sllius falute defperatum fl ; quippe quem
Don prins extin£ium , quam spfis interclu-
fer, obrutum, fepultum cementis omnes
jadicaverint, Mirandum ditiu, € quod
chsvis facile monffri fimile videatur !
Poff aliquot boras à tant, qua circum
per icbatur , lapidum , lignorumque me-
de, non modo vivus , [éd preter omnium
expeitationem, evafitincolumis. Quo [ane
ex persiculo non [ua illuni, [ed quemadmo-
dum ipfe Mer magnitudinem predi-
Care [olitus identidem profitchatur , Ne-
ri virtus eduxit. Praclarum enim vero,
Œ sndubium , quanti apud Nerinm Be-
modifié cultus , Ÿ pictas effet argumen-
Im. DRM
UE ne pourrois-je pas raconter,
( difoit ce fçavant Auteur } de la
tendre pigté de Benoît envers la Mere
de Dieu, & S. Philippe de Néri ? Si je
pale plufieurs autres faits fousfilence,
je ne tairai pas du moins celui-ci. Lorf-
qu'un ie Tremblement de terre
renverloit toute la Ville de Bénévent ;
& qu'au milieu des violentes fecouffes,
& de continuelles agitations, qui ou-
vroient des Abymes , l’Archévéqué
étoit précipité du haut de fon Palais,
emporté avec les ruines, non-feule-
ment de la Chambre, où il fe prome.
noit ; mais aufli des autres Apparte-
mens inférieurs, perfonne ne doutoit
de fa mort: on étoit perfuadé, que
fous un tas confus de pierres, & de
poutres, il ne pouvoit qu'avoir été
étoufé , ou accablé, aufli-tôt qu’en-
fermé fous ces démolitions: mais par
un éyénement , qui doit paroître un
prodige, après avoir été enféveli quel-
ques heures parmitant deDécombres,
on l'en vit fortir plein de vie, & ( ce
ui étonna dayantage ) plein de fanté.
Ce ne fut point à fa Vertu, mais aux mérites de Saint Philippe de Néri, que
le modefte, & reconnojffant Archevêque attribua depuis fa délivrance. Nou-
gel preuve non équivoque de fa Piété , & du Culte qu’il rendoit à cg
aint , &c. |
” Mais le premier qui aît publié cet événement extraordinaire,
dont il y avoit autant de Témoins, qu’il étoit refté de Citoyens
dans Bdnévent | c’eft le Cardinal Orfini lui-même. Il crut que,
Je Seigneur ayant fair éclater fes Miféricordes fur lui, d’une ma-
niére fi marquée, il étoic de fa Religion de les publier au loin,
& d’en faire pafler le fouvenir à la derniére Poftérité. C’eft ce
qu'il fit par une Rélation naïve, & fort éxacte, écrite de fa
main ,en Langue Italienne, & imprimée à Naples dix-fept jours
ulement après le Tremblement de terre. Nous en donnons ici
Ja Tradu@ion,
| Rélation du Cardinal des URsins, Archevèque de Bénévent,
u À l'Honneur de Dieu Tout-Puiffant, de la Bienheureufe «
Vierge Marie, & de mon
elorieux Patron Saint dr de
LIVRE
X LII.
Benoît XIII.
ne”
De Serv, Dei Beatif.
&c. Tom. III , Epilt.
Nunc, pag, 8. ÿ.
XXXIIT,
Rélation de cer
événement, écrite
par le Cardinal
des Urfins,
Livre
XLIL
BeNoiïir XIII.
CS RENNES
48 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» Néri, Moi Frere Vincent-Marie Orfini, de l'Ordre des FF.
» Prêcheurs, par la Providence Divine, Prêtre Cardinal de la
» Sainte Eglife Romaine, du Titre de Saint Sixte, & Arche-
» vêque de Bénévent; j'attefte avec ferment fur les Saints Evan.
» piles, que dans le Tremblement de terre , arrivé le Samedi
» cinquicme de Juin de cette année 1688 , à Fheure de Ve-
» pres, écant dans la Chambre de l’A ppartement haut de mon
» Evêché avec un Gentilhomme, cette Chambre fut abattue,
» avec l’Appartement de deffous, & une partie de fa couvertu-
» re ; je tombai avec ledit Gentilhomme jufques fur la voûte
» de la Cave, où nous fumes couverts d’une quantité de pier-
» res, & de folives de tous ces Appartemens. Notre fort fut ce-
» pendant fort inégal : ce pauvre Gentilhomme fat écrafé ; &
» je me trouvai garanti. Quelques bouts de cannes de rofeau
» me défendoient , & me faifoient comme un bouclier, ou un
» petit Toit, autant qu'il étoit. néceffaire poar me couvrir la
» tête, & me la'ffir reipirer. Dans l’ Appartement d’où je rom-
» bai, il y avoit une Armoire de Noyer, dans laquelle quel-
5) ques Images , qui repréfentoient les principales A&ions de
» mon glorieux Protecteur, fe trouvoient pliées, & bien rou-
» lées. Cecre Armoire tombant fur les petites cannes de Ra-
» feau , qui me fervoient d’un fi foible Toir, elle s’ouvrit, quoi-
» qu’elle fût fermée à clé ; les Images fortirént, & fe rangé-
# rent autour de moi: celle qui s’arrêca fur ma rête, repréfen-
» toit Saïnt Philippe de Néri en priére, & regardant la Sainte
» Vierge, qui foutenoir de fa main une poutre , qui, dans l’E-
» glife de Vallicella , étoit fortie de fa place. Sur cette Armoi-
» re étoit encore tombe un architrave de marbre très-péfanr.
» Neanmoins durant tout le tems que je fus enféveli fous ces
» ruines, je ne fentis ni incommodité , ni douleur, ni pefan-
» teur. J’eus même toujours l’ufage de la raïfon très-libre, &
» j'en ulois pour me recommander à Dieu, & à fes Saints par
» JESUS-CHRIST; avec une grande confiance, que je ferois
» garanti, & heureufement dégagé. Selon le rapport de mes
» Domeftiques. j'ai été fous les Decombres l’efpace d’une heure
» & demie; maïs par une nouvelle Grace, il ne m'a point paru
» y avoir été plus d’un quart d’heure. |
» Cependant le Révérend Pere Lecteur, Laurent Bonacorfi
» de mon Ordre, vint pour me chercher ; & m'’ayant crié, je lui
» répondis ; il entendit ma voix, fans entendre diftinétement
» mes paroles. Le Chanoïne Paul Torella, & deux autres s’é.
» tant Joints au Pere Lecteur, ils réuflirent enfin à me dégager.
" DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. s9
Ce qui eft remarquable, c’eft que leur diligence à retirer les «
pierres, en faifoit rouler plufieurs autres confufément, fans «
qu'aucun d’eux en ait reçu le moindre mal,
_ Retiré ainfi de deflous les ruines du Palais, je fus porté «
d'abord hors de la Ville, légérement bleflé à la tête, à la «
main , & au pie droit; mais ces bleflüres ne me caufoient «
aucune douleur. Ce même fofr je prêéchai au Peuple, le Saint «
Sacrement à la main ; & je donnai Ï
lade, II me reftoit feulement une fluxion fur les yeux, caufée «
par la grande poufliére, qui y étoit entrée ; & cesre incom- «
modité étoit fans douleur. |
Les faveurs, que j'ai recçdes du Ciel, par l’intercefion de «
Livre
X LII.
BENoîr XIIL
de _——_——
e Saint Viatique à un Ma.«
Saint Philippe de Néri , ne fe font point terminées à moi feul. «
Dans cette ruine prefque totale d’un grand Palais , il a pré- «
fervé toute ma Famille, qui eft très-nombreufe, tous les Ofi- «
ciers , & les Miniftres de mon Tribunal ; même les Etran- «
pers qui y avoient des affaires. Un feul Laquais, qui étoit «
ors de l’Archevêché, a péri; & quelques Etrangers én petit «e
nombre ont eu le même fort dans le Palais, où ils n’étoient «
point venus pour des affaires, qu'ils euffent à mon Tribunal : «s
en forte que je puis dire, à la Gloire de Dieu , que par les in- «
terceflions de mon Saint Proteéteur, il a voulu renouveller en «
ma faveur, tout indigne Evêque que je fuis, le Miracle, qui «
en l’année 587 arriva à Antioche, dans le terrible Tremble- «
ment de terre, qui fit périr foixante mille perfonnes ; & pen- «
dantilequel l’'Evêque Gregoire fut confervé avec tous les Gens «
de fa Famille ; quoique Es Palais Epifcopal fût entiérement «
renverfé , comme le mien l’a’ été,
Dans cette ruine prefque générale, la Providence a encore «
Confervé les Archives, la Chancélerie, l’Appartement de «
mon Grand Vicaire, où il y avoit quantité d’Ecritures, la Bi- «
bliotéque de mon Chapitre Métropolitain ; & avec cela tous «
les Papiers qui appartenoïent en quelque maniére aux Droits «
ou au Gouvernement de mon Epglife.
_ J'ajouterai à ma plus grande confufion, que mon glorieux «
Protecteur a continué enco fes bontés envers moï: Car Ven-«
dredi, dix-huitiéme du courans, étant allé vifiter la Chapelle «
où on conferve fon Cœur dans l’Eglife des Peres de POra- «
toire de Naples, À peine fus-je forti de cette Chapelle, que «
je me trouvai parfaitement guéri de toutes mes bleflures, «
même de celle que j'avois fur le fourcil , quoique le matin on «
y eût reconnu du pus , & de la pourriture. Le ur jour fur «s
1]
Livere
XLII.
Beoir XII
XX XIII,
Réfléxions fur ce
grandEvénement,
60 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» Je foir, je fentis que ma vûe fe fortifioit ; & j’avois cette con-
» fiance , que ma guérifon feroic bientôt parfaite. Trois habiles
» Médecins ayant éxaminé mes yeux avec beaucoup d’atten-
»tion , avoient jugé du'ils avoient été fi fort offenfés.par la
» grande poufliére des plâtras , que j'en ferois du moins très-
» incommodé le refte de mes jours : & il eft vrai qu’il s’y étoit
» déjà formé de grandes tayes. Nonobftanc cela, réfolu de re-
» fuier le fecours de la Médecine, je n’ai point voulu qu'on y
» appliquât aucun reméde ; & j’expérimentois tous les jours,
» que par la feule application des Reliques de Saint Philippe
» de Néri, mes yeux recevoient un grand foulagement. Etant
» retourné à la Chapelle fur le foir du vingtiéme de ce mois,
» j'en {ortis portant à la main un grand Flambeau allumé à qua-
» tre méches, fans fentir aucune peine dans les paupiéres, quoi-
» que je n’eufle pu jufqu’alors fouffrir fans incommodité Pappro-
» che d’une très.foible lumiére. . |
» Pour perpétuer la mémoire de cette fuite de merveilles,
» que le Seigneur, par linterceflion de Sainc Philippe de Néri,
» a daigné opérer en moi, miférable Pécheur, & pour augmen-
» ter la Dévotion des Fidéles envers-un fi infigne Bienfaireur,
» j'ai voulu faire écrire, & enregitrer cette Rélation, la con-
» firmer de ma propre foufcription , & la fceller de mon Sceau,
» afin qu’on ne puifle point douter de la vérité des faits qu'elle
» contient. Fait à Naples , dans mon Couvent de Sainte Ca-
» therine Formelle , ce Mardi vingt-deuxièéme Juin 1688.»
F. V'incent- Marie Cardinal Orfini, Archevèque de Bénevent.
Il y auroit certainement de l'injuftice, à vouloir révoquer en
dou:e la réalité des faits, qui font fi hautement atteftés par un
illuftre Cardinal, & publiés dans la Capitale d’un Royaume, &
dans la Ville même de Bénévent ,en préfence d’un grand Peuple,
fous les yeux duquel ils venoient de fe paffer, Mais en fuppo-
fant la vérité de tout ce récit, qui ne s’écriera d’abord avec le
Prophète : O que le Dieu d'Ifraël eff bon à ceux qui ont le cœur
droit ! Qui pourra ne pas admirer la douceur de la Providence ;
le crédit des Saints; la force, & la vertu de la Confiance Chré-
tienne ; la protection enfin quesles Amis de Dieu, déjà glori-
fiés dans le Ciel , accordent aux Juftes, qui combattent encore
ici bas parmi les miféres de cette vie» Dans la Rélation fidelle,
que nous venons de tranfcrire, il n’eft point de circonftance,
qui ne puifle fervir à confondre l’incrédulité des Libertins, ou
leur fotte vanité ; & qui ne fournifle de nouvelles preuves-aux
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 6:
Orthodoxes, contre la témérité des Seétaires, qui condannent
fi hardiment le Culte , & l’Invocation des Saints , la vénéra-
tion des fainces Images, & des Reliques. Quelle autre main que
celle de PEtre Tout-Puiflant, préfent à tout, & toujours atten-
tif aux beloins des Fideles , qui l'invoquent , auroit pu fauver
la vie à un Homme fous les ruines d’un Palais ; & tela par le
moyen de quelques frêles Rofeaux, ou de pes Images de
Eee ; qu'on voit réfifter au poids immenfe de plufieurs Co-
onnes de marbre, des planchers entiers, & des murailles, qui
croulent déflus ? Mais fi c'eft offenfer Dieu, & déroger à la qua-
lité de fon Fils, notre unique Médiateur de Rédemption, que
de lui adrefler nos vœux par l’incerceflion de fes Saints, .com-
ment multiplie-t’il les Miracles , en faveur de ceux qui em-
ployent la Médiation des Saints , pour implorer fon aflf-
tance ? | |
Nous laiffons au Lecteur Chrétien à porter plus loin fes ré-
fléxions: & nous nous contentons de dire , que lagonfervation
du Cardinal des Urfins, fut une confolation , & une reflource
be la Ville défolée de Bénévent. C’eft peut-être ici l'époque
a plus remarquable de fa Vie : on peut dire du moins, que fi le
Ciel ne parut jamais le regarder plus favorablement ; lui-mê-
me ne fe montra jamais plus Grand , ni plus digne des faveurs
de Dieu, & de l'admiration des hommes. Le Tremblement de
terre, qui venoit de renverfer tant de fuperbes Edifices, &
d’abattre une infinité de Maifons, ne put ébranler fon grand
courage. Il crut quele Seigneur ne l’avoit retiré du péril, qu’afin
qu’il rétablit les ruines du Sanätuaire ; qu’il efluyac les larmes
de fon Peuple : & il fe mit en devoir de pourvoir à tout. Mé-
prifant fes bleflures , & oubliant fes propres befoins, il ne s’oc-
cupe d’abord que de ceux de fon Troupeau. Dans la confter-
nation générale , où il voit tous les Fidéles, il fe hâte de les af
fembler autour de lui, pour les confoler , les inftruire , & les
raflurer. Il.leur montre entre fes mains le Pain de Vie, comme
un Gage de leur réconciliation. S'il pleure avec eux la perte
de tant de Citoyens, que la Mort vient d’enlever, il les excite
en même tems à de juftes fentimens de reconnoiffance envers
la Divine Bonté, qui les a traités moins rigoureufement : & il
ne lear laiffe point ignorer quels font les defleins de Dieu, quand
il frappe ces grands coups, qui fe font fentir à des Provinces en-
tiéres. Il leur apprend ainf à profiter du châtiment, & à s’hu-
milier fous fa main du Seigneur, qui,en éxerçant fa Juftice ;
fe fouvienc encore de fa Miféricorde, Le bon js: r ne congé-
| ii]
LIVRE
X LII.
BENOÎT XIIL
CREER Es
XXXIV.
”_ Le pieux Arches
vêque devient le
Confolateur de
fon Peuple afligé,
Livre
XLII.
BenoiT XIII
XXXV.
‘Attentions par-
ticuliéres pour les
Vierges confa-
crées à JE sUSs-
CHAIST.
XX XVI.
Et pour le Réta-
bliffement de la
Métropole.
62 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
die pas fes Brebis, fans leur faire efpérer tous les fecours, mé:
me temporels, qui peuvent dépendre de lui ; & les effets (ui-
vent de près la promellé, Parmi les Habitans de Bénévent , il
ne s'en trouvoit que trop, à qui il falloit procurer la fubfif-
tance , avant que de penfer à relever leurs Maifons : mais il
fuffifoit que leurs befoins fuffent connus au charirable Arche-
vêque, |
| pu ces momens critiques, il eût voulu pouvoir fe multi.
plier , pour rendre fes fervices à tous, comme il les portoit tous
dans fon cœur, Après avoir vificé quelques Malades , & donné
le Saint Viatique à un Moribond , fes premiéres attentions fe
portérent d la füreté des Vierges confacrées à JEesus-CHrisT.
Comme il n’y avoit point de Monaftére dans la Ville, qui n’eût
été détruit par le Tremblement de terre ,toures les Communau-
tés deReligieufes, fans Toïc, ni Clôture, fe trouvoient en mê-
me tems dans la plus trifte fituation. Notre Cardinal, qu’elles
regardoient #vec raifon comme leur Pafteur, & leur Pere, n’eut
garde de négliger cette Portion choifie de fon Troupeau : les
ayant rafflemblées routes, il fe chargea de les conduire lui.mè-
me dans un Bourg de fon Diocèfe, apellé le Mont Hercule, &
de pourvoir à tous leurs befoins, pendant qu'il faifoit difpofer
toutes chofes, pour les diftribuer dans différens Monaftéres de
Naples; où, avec l’agrément du Cardinal Pignatelli, alors Ar-
chevêque de certe Ville, elles furent depuis enfermées jufqu’à
ce qu'on eût relevé leurs Maifons dé Bénévent (1).
En donnant {es ordres pour, le prompt Rétabliflement de ces
Monaftéres, le prudent Archevêque prit aufli les arrangemens
néceflaires, pour remettre au plutôt fa Métropole dans fon pre-
mier état, & faire rétablir le Palais Archiépifcopal, avec tou-
tes les Maifons qui en dépendoient. Après les grandes deépenfes
qu’il faifoit depuis deux ans ; & que la nouvelle calamité l’obli-
geoit de continuer, pougfecourir une multitude de miférables,
fes Revenus pouvoient bien être épuifés ; mais fon courage ne
apr s’affoiblir: fa confiance, & lPa@ivité de fon zéle étoient
es mêmes (2). Ayant pourvû au plus preflé avec beaucoup de
préfence d'Efpric, ile hâra de fe ps 4 à Naples.
(1) Duo & amplius hominum millia , ingchi. Firm. pag. 11,
Civitate ac Diæcef, inter ruinas perierunt. ja) Pro Metropolitana Bafilics , Archies
Stetit ramon infraêtus Cardinalis Archiepif- | pifcopio, & Archiepifcopalis Menfz Ædibus
copi animus ; qui quamvis oculis læfus, ni-[reficiendis plura edidir mandata : frattæ
hil de Paftorali follicitudine remsitrens, pri-|enim opes , non fractum , fed infrattum
mè Virpinbys Sanétimonialibus confuluit ; lanimum repererant , ut Symmachi verba
eafque ad Montis HerculiOppidum fuæDiæ- |ufurpemus. te. Sacr, Tem. VIII, Coke
cels, ac inde Neapolim tranftulit, &c. Ar-[ 178.
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 6;
Un double motifengageoir le pieux Cardinal à faire ce Voya- L'r1v Re
ge, pendant que la fituation des chofes ne lui permettoit pas de XLII.
demeurer dins Bénévent. El vouloir rendre à Dieu {es publi- Bexoïr XIIT
ques Aétions de Grace, dans l’Eglife de Saint Philippe de Néri ; “mme
& procurer à fes Religieufes un Afyle afluré dans des Retraites xxxvii.
convenablies à leur Profeflion. Dès qu'il eut rempli cet objer, , & ane ss
dans le courant du moïs de Juin, il ne-différa pas de rentrer Nanles Acuiie
dans fon Diocèfe , pour recommencer {es Vifites. Les Paroiffes dans fon Diocète.
ui avoient le plus fouffert du dernier Tremblement de terre,
os les premiéres qu'il vifita; & il my parut point les mains
vuides. Peu content x faire réparer les Eglifes; & de donner,
autant par fes Difcours, que par l’adminiftration des Sacremens,
uu fujet de confolation fpiricuelle aux Peuples affligés ; il eut
un foin particulier de fournir aux réceflités des Pauvres ; & leur
fit diftribuer de l'argent. des vivres, des Habirs. Ce qu’il ve-
noit de faire dans un Village, il le continua dans plufeurs au-
tres jufqu'au commencement des pluyes, ou des froids de FH y-
ver. Pendant l'Avent de: 1688, 1 nourrit les Fidéles de Cer-
vinaria du Pain de la Parole Evangélique, &'il prêcha avéc le
même zêle au Peuple de Mont-Hercule, pendant le Carême
de 1689{1)
L'Hiftoire remarque que noëre Archevèque n'avoitencore, »xxvrr.
dans la Ville de Bénévent, aucune Maïfon où il pât loger avec Ildonneun nou
füreté : il ne laifla pas de prendre dans le même tems, de nou- ce ro 100
velles mefures avec fon Chapitre pour donner plus de Iuftre ‘‘?
à cet augufte Corps, & plus de majefté au Service Divin. Parmi
les Eccléfiaftiques , deftinés 4-chanter les Louanges da Sei-
gneur , & faire le Service dans l'Eglifè Métropolitaine , il
ÿ €n avoit plufieurs, qui vivoient enfemble, & qui fe trou-
voient plus Pécialement engagés à affifter tous les jours à rout
ce qui concernoit leur Miniftére. Mais ces Places, autrefois
forx recherchées, ne l’étoient plus, depuis qu’on pouvoir efpé-
rer de parvenir à un Canomicat, fans avoir paflé par certe forte
d'épreuve. I} fe trouvoit alors quatre Places vacantes; & il n’y
avoit point de bon Sujee, qui fe préfencät pour les remplir. Vou.
Yant donc remédier à cet inconvéniene, notre Cardinal, de con-
cert avec fon Chapitre, fit une Ordonnance, febon laquelle nul
Eccléfiaftique ne pourroit déformais être reçu parmi les Cha-
noines de la Métropole, s’il n'avoir été déjà du nombre de ceux
(x) Cünr in Civitate domus mulla, ubi de: [mess prout in præfaro Montis Merculis Op-
pe , habererur ; ad Cervinrriz Oppidum | pido toto Quadragefñimali tempore a
recepit fbiin Archiprefbyterali Eccfefiä|ris anni r689, obivit, &c. 1x4: S'acr, Tom,
Adventis tempore eprepias kabui Concio-|WTIF, Col, 174, |
#
Liv RE
X LIT.
Benoîr XIII.
XXXIX.
Mort du Pape
Innocent XI.
ne X L.
Elc@ion , & Ca-
rattére de fon
Succelleur,
64 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
qu'on appelloit Manfonaires : & dès-lors on ne manqua plus
de Sujets, pour occuper.ces Places (1).
Par les foins infatigables, & les grandes libéralités de l’Ar-
chevêque de Bénévent, cette Ville fe relevoir peu à peu, &
fembloit renaître de fes ruines. Il n’y avoit qu'un an qu’elle ne
préfentoit dans tous ns que de gros monceaux de
pierres : & déjà dans l'Eté de 1689, on commencoit de là voir
paroître dans fon premier état, du moins dans quelques rues;
& ce qu'on négligeoit le moins étoit le Rétabliflement des H6-
pur & des Eglifes; Cependant le Pape Innocent XI, dont
la tendrefle pour le Cardinal des Urfins étoit connue; & qui
n'avoit appris qu'avec une joye fenfible, ce que le Seigneur
avoit fait pour le'conféerver à fon Eglife, fe trouvoit lui-même
atteint d’une maladie, dont les funeftes progrès faifoient crain-
dre pour fes jours, Notre Archevêque, qu'on n’accufa jamais
d'un défaut de reconnoiflance , continuoïit à faire, & à ordon-
ner des Prières, pour la confervation de ce Pontife ; lorfqu'il
apprit, qu'après x Pontificat de près de treize années, il ve-
noit de términer fa carriére ; le douziéme d’Août 1689. Le
Cardinal prit auffi-tôt le chemin de Rome, pour rendre fes der-
niers Devoirs à la mémoire de fon Bienfaiceur ; & fe trouver à.
l’'Election de celui qui devoit lui fuccéder. .
Parmi les Sujers, fur lefquels on jetta d’abord les yeux, Pierre:
Ottoboni, apellé le Cardinal de Saint Marc, alors Sous- Doyen
du Sacré Collége, pärut le plus propre pour remplir dignemene
le Saint Siège. Il y avoit déjà trente-fept ans que, revêtu de la
Pourpre Romaine, par le Pape Innocent X , il rendoit de grands
fervices à la République Chrétienne. Aétif, vigilant, zelé, &
fage Politique, il avoit eu beaucoup de part aux Affaires, fous
les Souverains Pontifes, Aléxandre VII, Clément IX , Clé-
ment X,& Innocent XI. Par fa modération, ou fa prudence,
il s’étoit attiré l’eftime générale des Peuples, & l'approbation
des Princes ; dont il avoit fçu appaifer quelquefois les diffé-
rends. D'ailleurs, Vénitien de naïflance, il n’étoit fufpe& ni à
la Maïfon de France, ni à celle d'Autriche, entre lefquelles la.
Guerre étoit fort allumée, Auf fon Election faite le fixième
d'O&obre 1689, fut-elle très-agréable à toutes les Cours; & à
çelle de France en particulier, Tout le monde efpéra bien du
(1) Habito Metropolitani Capituli confen- | tum compleéterentur : quatuor enim ex ijs.
fy ftatuit non effe deinceps inter Canonicos | tunc temporis vacabant, & nemo unus Man:
cooptandos , nifi ejufdem Ecclefiz Manfio- | fionariatum prenfabat ; quare hoc habito,
narios, ad hoc ut ipfhus Ecclefiæ fervitium | qui Manfonariatum exoptent , non defuere,
F6uis baberetur, & Cleriçi Manfonaria- | neç defunt, &c. Ita. Sacr. T. VIII, Col. 178.
pouvcay
?
,
.
ù
ï
!
L
$
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 6;
nouveau Pape, qui prit le Nom d’Aléxandre VIII. Bien des Livre
Gens néanmoins prétendent qu’il ne répondit pas aflez à ces XLII.
belles efpérances. 11 eft vrai qu’il aima beaucoup fes Parens , EE Sir xnr.
ê& que fon Pontificat ne fut pas long. ——#{
Le peu de tems que les Affaires de l’Eglife arrétérent notre xLi,
Cardinal à Rome, auprès de Sa Sainteté , fut utilement em- Séjour du Car-
| s 2 dinal à Rome,
ployé pour le bien de fon Diocèfe, & de plufieurs autres. Il utile à plufeurs.
n'oublia pas fur-rout quelques Sujets, dont il avoit long-temps
éprouvé La Vertu, & dont les Talens pouvoient fervir à l’Inf-
truction, & à la conduite des Peuples. Tel étoit entr'autres le
Sçavant Marcel Cavalieri, de l'Ordre de Saint Dominique.
L'Hiftoire de cet Homme illuftre entre naturellement dans
celle du Cardinal Orfini, & dans le Plan général de notre Ou-
vrage. Nous pouvons la donner ici en abrège. .
Cavalieri , iffu de Parens Nobles, & diftinguës parmi les Sé- xzir.
nateurs de Bergame , avoit embraflé dès fa Jeuneffe l’Inftitue Hiftoire abrépée
des FF. Prêcheurs, où on le vit toujours avancer d'un pas égal SE
dans la Piété, & dans les Sciences. Après avoir prèché avec que de Gravina.
fruit, & enfeigné quelque tems avec honneur ; il mérita, en-
core plus par les qualités de fon Efprit ,. que par les liaifons du
Sang , la confiance du Cardinal Ricci, fon Coufin. Marcel Ca-
yalieri fembloit dès-lors apellé aux Charges de l’Eglife ; & on
lui en offrit plufieurs, qu’il eut toujours À modeftie de refufer.
Si, dans la fuite, il fe vit obligé de céder à l'Obeiffance, ce ne
fut qu'après avoir paflé plufieurs années dans une excellente
Ecole. Le Cardinal des Urfins , avec lequel il avoit fait une
artie de fes Etudes à Bologne, s’étoit lié d'amitié avec lui : &
Le union étoit d'autant plus étroite, qu’elle-écoit toute fainte,
fondée fur la conformité de mœurs, de vües, & d’inclinations.
Ils étoient à peu près de même âge, & du même caraére
d'Efprit. L'un & l’autre n’avoient pas moins d’eloignement de
tout ce qui peut flater la vanité, ou l'ambition, que d’ardeur à
travailler , dans l'Etat de fimple Religieux, à leur propre Sanc-
tification , & au Salut du Prochain. |
Avec ces mêmes difpofirions à la Vertu, & la même fidéliré
à la Grace de leur Vocation , ils marchoïent enfemble dans la
Voyÿe du Seigneur. Leurs progrès étoient fenfibles, leurs Exem-
ples toujours édifians, leurs Entretiens toujours faints ; & la
douceur de l'amitié les rendoit plus intéreffans. A l’éxemple
d'Auzuftin & d’Alipe après leur Converfon, les deux jeunes
Rel'« ux n’aimoient à fe communiquer leurs plus fecréres pen-
{Ce pour s’animer mutuellement à l'Etude de la véritable
Er | | I
C4
Livres
X LII.
Benoiïir XHHI.
ESS D
66 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Sagefle ; & à l'Amour de Dieu, feul principe de l’Amitié Chré-
tienne. Ainfi croifloie, ainfi fe foutenoit celle, qui unifloit ces
deux parfaits Amis, lorfque l’ordre de la Providence les fépara
pour un tems ; mais cette féparation ne fit que refferrer davan-
tage les nœuds d’une Amitié fi pure. . :
Obligé de partir de Bologne, pour aller recevoir Ia Pourpre
Romaine, Orfini avoir obtenu du Pere Général, que Cavalieri
viendroit avec lui à Rome. Mais pendant le féjour de trois ans,
que le nouveau Cardinal fit dans cette Capitale du Monde
Chrétien, fon Ami fut deftiné par Îles Supérieurs, à aller rem.
plir ailleurs les Fonétions de fon Ordre. L'an 167$, le Cardi.
pal, devenu Archevêque de Siponte, & pafñant par Naples,
Ar fe rendre dans fon Diocèfe, il y retrouva le Pere Cava-
ieri , occupé à faire des Leçons de Philofophie : il lai montra
le Bref Apoftolique , qu’il avoit obtenu de Sa Sainteté, pour
l’amener dans fon Diocèfe , & partager avec lui les foins de la
Sollicitude Paftorale. Cavalieri n'eut garde de fe refufer aux
défirs d’un tel Ami, trop content de ce que l'Obéiffance s’ac-
cordoit fi bien avec fa “e forte de fes inclinations. Ce n’étoit
au refte ni la Naïffance, ni la fortune, ni les Dignités du Car-
dinal des Urfins, maïs fa Vertu, le caratére de fon Cœur, &
Ja douceur de fa converfation, qui attachoient Marcel à fa Per.
fonne : & les mêmes raifons rendoient Marcel fi cher au Cardi.
pal, que, felon l’expreffion d’un Auteur, c’étoient deux Amis,
qui ne pouvoient vivre l’un fans l'autre (r)..
Hs travaillérenc donc long-tems enfemble, & avec le même
zéle, à l’Inftru@ion, & au Salut des Fidéles; cinq ans dans le
Diocèfe de Siponte ; près. de fix dans celui de Céféne ; & qua-
tre révolus dans celui de Bénévent. Dans les deux premiers,
Marcel avoit aidé l'Archevêque, en qualité de fon Vicaire Gé.
néral, pour le Spirituel, & le Temporel. Dans le dernier il fue
fon Théologien, & le Vifireur Général du Diocèfe, toujours
Je Compagnon de fes travaux, & le fidéle imitateur de fes Ver-
tus. Comme lui, il continua à vivre dans le Palais, avec la mê-
me modeftie, & la même régularité, qu’il avoit fait dans le
Cloître ; joignant l'Etude à la Priére ; l’Abftinence, & le Jeûne,
(:) Frater Marcefus Cavalieri Itaius, anno
2649 circiter Bergomi nobili loco natus,Car-
dinalis Ricc’ Confobrinus , adolefcens inge-
nuus, & acris ingenit , Ordinem amplexus eft
in Patrià. Exinde Bononiam miffus Vincen-
ti, poftea Cardinalis Urfimii, in ftudiis {o-
dalis fuit, eique Litterarum & morum eo-
zundem neceflitudine devioétiffimus, Hinc
Gim anno 1672 Roman Urnnius purpu-
ram , ad quam à Clemente X alleétus fue-
rat, detreétandi amimo fe. contulit, Mar-
cellum hujus itineris Socium à Superioribus
obtinuir. Hæc verd inter ambos neceflitudo
crevit deinceps mäigis ac rhagis , adeo ut Ut-
finius Marcello fuo carere non potuerit, &ce
Echard. Tow. II, pag. 768.
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 67
à toutes les fatigues du Saint Miniftére ; veillantavecfoindla Livre
garde de fes Sens ; confervant {es mains pures ; & fe faifancun XLII.
Devoir de rendre fervice à tout le Monde , fans vouloir rece- DE XIIr.
vofr, ni attendre de récompenfe de perfonne ; parce que ce n'é- mm
toit que pour la Gloire de Dieu, qu'il s’occupoit continuelle-
ment des befoins des Pauvres, & de ceux de l’Eglife.
Dans fes momens de loifir, Marcel Cavalieri compofoit quel-
ques Ouvrages de Piéré, & de Liturgie. Celui qu'il publia À
Naples l'an 1686 , lui fic honneur (*). Deux ans après il fe trou-
voit dans le Palais de l'Archevêque, lorfqu’il fut renverfé par
le Tremblement de terre ; & il n’échapa du danger, que par une
pee particuliére du Ciel. Son Mérite cependant, fes Ta-
ens, fes Vertus, l'expérience qu’il avoit acquife dans le Gou-
vernement des Diocèfes, fon défintéreflement fur-tout, & fa
grande Charité pour les Pauvres : cout cela le faifoit fouhaiter
pour Evêque dans plus d’une Eglife. Le Cardinal Ricci, alors
Evêque de Bifeglia dans la Pouille, le vouloit avoir pour Suc-
cefleur ; & Juftiniani , Evêque de Bergame, le demandoit pour :
fon Coadjuteur. Le modefte Religieux fe refufa conftanment
aux priéres, & aux follicitations de l’un , & de l’autre. Il ne
ouvoit fe déterminer à s’eloigner du faint Cardinal, dont tous
es éxemples écoient pour lui . Leçons de Sainteté: ou s’il de-
voit un jour être privé de fa Compagnie, il ne penfoit qu’à ren-
trer dans fa premiére Retraite, avec fes Freres.
Ses Vœux ne furent point éxaucés ; & ce fur fon Ami même,
qui en décida autrement. L’Eglife de Gravina étant fans Paf-
teur, vers la fin de l'an 1689, par la mort de Dominique Val.
va{ori, illuftre Milanois , qui l’avoit conduite avec fagefle l’ef-
ace de quatre ans; notre Cardinal préféra à fa propre confo-
Dés , celle d’un Diocèfe qui lui étoit cher. Ce fut lui qui pro-
ofa Marcel Cavalieri pour ce Siége : le Pape Aléxandre VIIT
leur ; & fit expédier les Bulles le onziëmé de Janvier 1690. :
Le nouvel Evèque fut apellé à Rome ; & malgré la plus forte
_réfiftance , obligé enfin de fe foumettre à un précepte réïtéré,
il reçut l’Onion Sainte des mains du Cardinal Orfini, dans
l’Eglife de Sainte Marie fur la Minerve. Le même Cardinal vou-
luc le conduire dans fon Eglife de Gravina ; & aflifter au pre-
mier Difcours , qu'il prononça devant fon Peuple. Ce Difcours
a été imprimé (1) |
(+) Sraters facra jufia, Ritum Ordinis Pra-| Opus ab eruditione non parum laudatum,
dicatorum in celebratione Mi[e pradicè, Hif-| Echard. nt Sp. Col. II. |
soriet, D Myficè expendens. Neapoli 3686,1 (1) Marçellus Cavalerius » Patritius Ber-
1
LrvVRE
XLITI.
BENoîT XIII.
68 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Il parut bien, dit le Continuateur de l'Abbé Ughel, que le
nouvel Evêque de Gravina avoit été formé par les foins, & fur
le modéle du grand Archevêque de Bénévent. Auf l’imita-t'il
en tout, pour l'édification des Peuples , & le bonheur de fes
Brebis. Son premier foin fut de faire bâtir un Séminaire, & il
le plaça près de fon Palais, pour avoir plus de commodité de
veiller fur la Conduite des jeunes Eccléfiaftiques ; à qui ilprocura
néanmoins d’excélens Maîtres, chargés de les former au Divin
Miniftére ; en leur apprenant les Saintes Lettres, les Régles des
Mœurs, les Cérémonies Sacrées, le Chant Grégorien, & tout
ce qui pouvoit appartenir à leur Etat. 11 n’eur pas une moindre
attention à faire donner une Education Chrétienne aux jeunes
Vierges. Tous les changemens, qui parurent néceflaires dans
la Maifon déjà deftinée pour cet effet, furent faits à fes dépens :
& pour favorifer la Vocation de celles, qui vouloient confacrer
leur Virginité à JEsus-CHR1IST- par la Profeflion de la Vie
Religieufe , il fonda un Monaftére de Carmélites Réformées ;
dont la bonne Odeur fe répandit d’abord, & fe répand encore
dans le Pays. L’Evêque porta auf fort loin fes foins, & les dé-
penfes, pour réparer orner, & enrichir fa Cathédrale ; & il
ne négligea rien pour que le Service Divin s’y fit avec toute la
piété, la décence, & la régularité poflible. Attentif à procurer
aux Fidéles , la facilité de s’acquiter des Devoirs de la Reli-
gion, il fit bâtir plufieurs Eglifes, tant dans la Ville que dans la
Campagne, furtour dans les Lieux, qui fe ROMANE trop Éloi-
nés des anciennes Paroifles (1)..
A l’éxemple du Cardinal Orfini , le pieux Evêque de Gravina
_ gomas » Cardinalis Ricci , Clar. Mem. Con-
fobrinus , in fuo Prædi:atorum Ordine Ma-
gifter, ex Indulto Apoftolico Vicarius per
Quinquennium in fpiritualibus & temporali-
bus Eminentiffimi Urfini, cüm in Cathedra
Sipontina federet ; & per fexennium cùm 1"
Cæ'enate , & etiam in Beneventana , nifi ab
onere vere maximo , omni nifu fe exemifler ;
ejufdem tamen Theologus, & illius vaftiffi
mæ Archidiæcefis Vifitator Generalis, ab
Alcxandro VIIS hanc Ecclefiim ( Gravinen-
fem ) die x1 Januarii 1690, & fuæ ætatis 41,
vitus, reluétans , non nili reiterato præcep-
to fui Rev. P. Masgiftri Gencralis Antonin:
Cloche , ‘ufcepit, & Eminentiflimi Urfni,
qui eum Romæ facravit in D Mariæ fupr:
Minervam, die 15 ejufdem menfis ,& anni:
& eum in primo ad fuam fponfam acceflu
comitari voluit , & primæ Concioni...præ-
_fens adeffe ; quæ poftea rypis data fuit, &c.
Ita. Sacr. Tom. VII , Col. 129.
(r}1n Clero fan@tiratem & doétrinam fume
moperè voluit , quare fuo Palatio contiguam
Ædem pro Seminario à fundamentis excita-
vit, cûm vetus effet nimis incommoda , &
incapax reftaurationis : Præceptores optimos
Scientiarum , bonorum Morum, Cantits Gre-
soriant , & facrarum Cæremoniarum afigna-
“ir, Confervatoriam Puellarum , titulo tenus,
Divæ Clarz , non reformavit ; fed in melius
»mnino mucavit.... Ut fpirituali exigentiæ
Civitatis confuleret, in loco , à quo mulrim
aberant facræ Ædes , proprio excitavit im-
pendio Parœcialem, cui B. Virgo & Martyr
Cæcilia Titulum fecit. In vaftiffimo Gravis
nenfi Territorio ..., Novas etiam Ecclefñas
opportunis locis extruxit , ut Coloni ac Vil-
ici Feftis d‘ebus incruento Altaris Sacrificio
nterefle , & ibidem Chriftianam doétrinam
eédoceri poilint , &c. Ibid, Col, 130.
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 69
: faifoit toujqurs le Caréchifme aux Pauvres, avant la diftribu- Livre
tion des Aumônes publiques, pour lefquelles il les afflembloit XLII.
lufieurs fois la Semaine, Les Revenus, autrefois deftinés à Er nr.
re d'un Théologal , ne fe trouvant plus ,oune fuffifant :
point, notre Evêque voulut remplir lui-même cet Emploi : ce
qu'il continua toujours, au grand avantage de fes Eccléfiafti-
ues , & des fimples Fidéles : car les uns & les autres fe ren--
die , avec un égal empreflement , à tous fes Difcours ; parce
qu'outre fa rare Erudition, il excéloit, dit un Auteur, dans
le Don de la Parole (1). On lifoit avec le même fruit fes Ou-
vrages, dont quelques-uns fouvent imprimés, ont été loués,
& recommandés dans des Conciles Provinciaux. |
Tel étoit le Pafteur , dont notre Archevèque fit préfent à fa
Patrie, & dont nous aurons encore occafion de parler. Ayant
vu les beaux commencemens de fon Adminiftration , le Cardi-
nal retourna à Rome ; & il obcint deux nouveaux Décrets de
Ja Congrégation des Rites ; l’un pour étendre de plus en plus
le Culte de Saint Philippe de Néri : l’autre en faveur d’un
pieux & fçavant Eccléfiaftique de fon Diocèfe, nommé Pom-
pée Sarnelli, Supérieur du Collége du Saint-Efprit ; dont il fit
depuis un Evêque. Avant fon départ de Rome, pour rentrer
dans fon Diocèfe, le Cardinal Orfini écrivit la Lettre fuivante
au Pere Alexandre. Nous la rapportons comme une preuve
de fon inclination à favorifer les Sçavans , & leurs Etudes.
_ Admodum Reverende Pater, Mon Révérend Pere, XLIII..
| | Lettre du Cardi-
U m is, qui Reipublice Offciis C OMME les Perfonnes chargées des nal Orfni au Pere
oCCHpANIHT , LANTHIN LEMPOrS H01 Affaires publiques ne peuvent avoir Aléxandre.
fuperfit, ut Studiorum [uorum pro- aflez de loifir, pour communiquer aux
ventus aliss communicent : Opere autres les fruits de leurs veilles , je loue
praism facere eos exiflimo , qui alio- fort le zéle de ceux qui veulent bien con-
zum fiudioforum labcres pro viribus tribuer, par leurs foins, à la publication
evchere fatagunt. Ut autem quas par- de ce que les Sçavans ont mis par écrit,
tes in aliis opto, in me non defide- Ne voulant donc pas négliger moi-même
rentur , Paternitati veflre , cujus ce que j'aime à trouver dans les autres, &
in me amorem perfpeilum babeo , Connoïflant votre affection pour moi , je
quod fxbdo negotium commendo , t vous prie, mon Révérend Pere, denepas
aliquem reperire non gravetur , qui refufer vos attentions à une affaire, que
Opus Juis fumpribus , sifque non pæ- je vous recommande ; c’eft d'engager
. (1) Pauperibus, Eminentiffimum Urfinum |exercuit , & maximo emolumento , quia
imitatus , numquam publicè eleemofynas | eum audituri omnes accurrebant , cüm effet
erogavit ,nifi poft Catech:fmi exp'icationem. | ipfe , non folüm omnibus imbutus Scientiis
Lettionem Theologalem , cdm pro ea conf. Éd etiam mirà in dicendo gratià à natura
iturus cenfus evanuflet, ferè ipfe femper Jornatus, &c, +4, Sacr, Tor. VII, Col. 130
J ïïj
Livsazx
XLIL.
BEeNoîT XIIL
70 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
uelqu’un de vos Libraires à entrepren- mesdis, imprimendum fufcivias. I
re N fes dépens l’impreflion d’un Ouvra- «rem bi odi hf. dat
ge ; qui, fans doute, ne lui fera pointà ANorifimam credo eruditioni ue
Charge : voici de quoi il s’agit, tre Jialiam Sacram Abbatis Ughel.
Vous connbiflez parfaitement l'Ædie I, novem voluminibns comprehen-
Sacrée de l'Abbé Ughel, renfermée en fam, cujus exemplaria non amplins
neuf Volumes ; & dont l'Edition eft déjà æpud Bibliopolas proflant. Ea rur-
épuifée. Il ne s’agit pas maintenant d'en fus excudere, ne extant , ad rem Lit.
pracurer uno feconde à çela feroit EUT- ferariam non facit, cuns in illis mul
être moins _ à la République 14 i# Appendicibus rejets , multa
des Lettres ; pui que dans l'état où fe corrigende remanférine.
trouve aujourd'hui cet Ouvrage, il y a ÆHodie P, Abbas Lacentius Cif-
beaucoup de chofes à corriger; & _. tercienfis, Rome degens, univer[uns
a rempli les Supplémens , de plufeurs Ugheili Opus in Cormpendium rede.
autres, qui avoicnt été omifes. . 8%, Cujet impreffio trecentis foliis Tÿ-
Un Abbé de l'Ordre de Citeaux, qui pographicis ad U ghelliani operis fors
demeure à préfent à Rome, vient de ré- mam abfolvitur ; in quo ( prot in
duire tout cet Ouvrage dans un excellent adjsr£to agé patet ) Ughellus
Abrégé, qui ne rempliroit point au-delà 5pfe ordine digeritur | locis fispra
de trois cens feuilles d’impreflion; & dans wslle Hlufratur , emendatur ,
lequel (comme vous le remarquerez par Hiforis ad noffra ufque tempora pro-
le Frontifpice que je vous envoye ) en nrahitur : novifima Ciaconis cum Ol-
fuivant la même méthode, que l'Abbé doise edirio plurimis locis norarur,
Ughel, ila cependant corrigé, ou éclair- corrigitur ; @ plurimorum à Cle-
ci par fes Notes, plus de mille endroits, mente X, Znnocentio XI, & Alexan-
qui avoient befoin d’être retouchés, Il dro FZZ1, ad Cardinalatum affemp-
conduit fon nouvel Ouvrage jufqu'à nos rorwms fit acceflio.
jours : il fait plufeurs Remarques cri- Omnes itaque, ctiam qui Ughel-
tiques fur la derniére Edition de Cia- liena volumnina babens, banc à pro-
conius, & les Notes d'Oldoïn ; & ajou- baro Auélore expetlant cdisionen ad
te à tout cela ce qui regarde un Le clariorem, & veriorem Ugbelliani
nombre de Cardinaux , de la Création Operis inrelligentiam : © ‘qui non
de Clément X, d'Innocent XI, & d’Alé- babes Fra , in boc uno om
xandre VII. nia poffidchunt , quod ex Litteris ex
Les Sçavans, ceux même qui ont l'Îta- Jfalie, © extra daris, ir des [olli.
lie Sacrée de l'Abbé Ughel, attendent car.
dans cet Abrégé , fait par un Auteur de Ubi vero Paternitas vefira Aer.
réputation , une connoiffance plus éxac- Céforem imvenmerit | qui Opus fuis
te, & plus diftinéte; & ceux qui n'ont pas Sumptibus, nt dixi, revers non pæ
le grand Ouvrage, trouveront tout dans #irendis, fufcipiær , is bac de re Lit.
le même Abrégé, dont l'Edition eft déja feris aget cum Illufiriffimo & Reve-
fort défirée, comme il paroît par les Let- rendifime Domino Joanne Ciampi.
tres, qu'on reçoit tous les jours, de di- #5, 5» Romana Curia Prelato, utrinfs
vers endroits de l'ftalie , & d'ailleurs. qwe Signature Referendario , -vire
Lorfque vous aurez trouvé un Librai- #wltis edinis Libris clariffino.
re, qui veuille faire les frais de cette im. Paternitarem vefiram admodum
preflion( & je ne crais pas qu’il fe répen- Revererdam rogo , ut banc fufcipiat
te de l'avoir faite } il faudra qu’il écrive Provinciam ; nam tÿ Litterato viro,
à Monfcigneur Jean Céempini , illuftre @° mhi cm primis fauchit , qui ad
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. »r
onsnia in eandem officia paratiffimus Prélat de la Cour Romaine , Référen-
omnium bonorum affinentiam depre- daire de l’une & l’autre Signature, Hom-
cor, Quia vero prop diem Beneven- me fort célébre par fes différens Ouvra-
um reverfarus [um , refponfionem ges. .
Reverendiffimo Patri nofire Generali Je vous prie donc, mon Révét. Pere,
mitrendam cures de vouloir vous charger de ce foin, pour
Ror Marti 1690 faire plaïfir à un Sçavant de mérite, & à
de ,, moi en particulier; qui, plein d'eflime
Ad Offsia paraïffimus , pour ee . puis rs Page fouhaiter
toutes lortes de profpérités, Comme ie
F. Mn tv Card. Unsnus, fuis à la veille de ee départ, pour É
Arc int rendre à Bénévenc, il faudra adreffér vo-
tre Réponfe à notre très-Rérérend Pere Général. À Rome, le 4 Mars
3690. |
Fr, Vincent. Marie des URS1NS , Cardinal
Archevèque de Béneven. |
Avant la fin du mois de Mars, le Cardinal fe trouvoit au
milieu de fon Peuple ; qu’il confola par fa préfence : & il fit
travailler avec une nouvelle diligence à la-réparation des Edi-
fices publics. Le onziéme de May il commienca À loger dans [e
Palais - , dont on avoit relevé les ruines. Le qua-
torziéme , jour de la Pentecôte, il bénit avec beaucoup de fo-
lennité , l'Abbé Sarnelli ; à qui il donna les Ornemens Pontifi:
eaux , felon ce qui avoit été accordé par la Sacrée Congréga-
tion. Enfin apres avoir fouvent prêché à fon Peuple, & diftri.
bué de nouvelles Libéralités à plufieurs pauvres Familles , pour
les aider à relever leurs Maifons ; avant qué de recommencer
fes Vifices Epifcopales dans le Diocèfe, notre Archevê ué ra-
mena à Bénévent , les Communautés de Religieufes qu'il avoit
conduites à Naples après le Tremblemenr de terre. I] ft loger
deux Communautés de Bénédi@ines danis le Monaftére apellé
de Saint Pierre , attendane que celui de Saine Viétorin fût
rétabli. È
Reprenant enfuite ke cours de fes Vifites iFfit rade de dili:
ence , qu'avant la fin de la même année, il avoit vificé en per.
onn8 , ou par des Prêtres de confiance, toutes les Eglifes de fon
vafte Diocéfe. En cette occafion, ilacheva le ne Inventaïre
de tout ce qui appartenoit à ces mêmes Evliles, & à côus les
Lieux de Piéré, qui étoient de fa Jurifdiétion, Il voulut qu'on
en fit deux Exemplaires, fignés par main de Notaire. Chaque
Epglife particuliére retint un Exemplaire du fien : & le Cardinat
fit mettre le grand Recueil dans les Archives de l’Archevè-
ché, pour y avoir recours dans le befoin. Il ordonna en même
LIVRE
XLII.
Benotr XIII,
—————
XLIV.
Saintes Occupa-
t'ons de l’Arche-
vêque.
XLY,
Dans le Cours de
fes Vifies, il faie
drefler des Inven-
taires de tous les
Biens de toutes les
Eglifes.
32 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre tems, que conformément à la Bulle de Sixre V, tous les dix
X LIL. ans, on renouvelleroit ces Inventaires, ou qu’on en feroit de
Srnoir XIII, MOUVEAUX qui feroient confervés avec le même foin dans les
Archives Communes. Cet arrangement ne pouvoit que contri-
buer à maintenir toujours les Lieux Saints, dans la poffeflion ‘
de tout ce qui y avoit été confacré par la Piété des Fidéles.
Par là on avoit la connoïflance éxacte, & la preuve de tour ce qui
apparteneit à chaque Eglife ; c'eft-à-dire, de fes Biens meubles
& immeubles, de fes Droits, de fes Revenus, de fes Rentes,
de fes Fonds, de ce » lui étoit dû , & de ce qu’elle devoir. Au
refte, notre Archevèque ne faifoit que renouveller én cela ce
qui avoit été pratiqué par deux de fes illuftres Prédéceffeurs.
_Éc ce qu'il venoit de faire dans l'étendue de fon Diocèfe, il fe
propofoit de le faire éxécuter de même par tous les Evêques
fes Suffragans. Nous verrons bientôt qu'il y réuflit ; mais il
falloit leur donner l'exemple, & leur fournir un Modéle, qu'il
. puflent imiter (1).
XLVI Cerre diligence du zélé Cardinal étoit fouvent un fujet d’ad-
Da e miration à tous ceux qui le voyoient agir. On s'étonnoit avec
qui en aurait oc- raifon de lui voir faire en aflez peu de rems, ce que bien d’au-
“ne plufieurs au- Les n’auroient pas même ofé entreprendre ; ou ce qu'il leur
L paroifloit au moins ne pouvoir être que le travail de pluficurs,
& l'ouvrage de plufieurs années. Une fi grande activité étoit en
effet d’autant plus remarquable, que le faint Archevêque don-
noit toujours beaucoup de tems à la Leëture, à la Priére, & à
fes Exercices de Piété. Il avoit, il eft vrai, fes Miniftres, & fes
Officiers, qu'il fçavoit choilir, & employer à propos : mais il
dirigeoic toujours fes Miniftres : il metroic le premier la main
à tout, & prenoit pour lui-même la plus grande partie du tra-
vail : ce qui eft le propre d'un Saint, & d’un grand Evêque. .
XLVIL. Cependant le Pape Aléxandre VIII n'ayant occupé le Saine
date VE * Siére qu'un an, trois mois, & vingt-fix jours, mourut le pre-
rapelle notre Car mier de Février 169 x : & cette mort obligea notre Cardinal
dinal à Rome. de revenir à Rome ; où fon féjour fut plus long qu'il n’eût fou.
haité, car le Conclave dura jufqu’au douzième de Juillet. Entre
plufieurs excellens Sujets, qu’on jugeoit dignes de fuccéder au
Pape défunt , on diftinguoit le Cardinal Antoine Pignarelli.,
Archevêque de Naples, qui ne pouvoit manquer d'expérience
1) Eodem anno (1696 ) Diæce[anam ha-| præd éta in Archiepifcopali Archivo (ervata
buit Vificationem : eodem autem obeunte | fuere ; prout fervantur alia poftmodum con
de te Inventariorum opus omnium Ec- fcta , nempe unoquoque decennto, fervatà
clefiarum , ac Locorum piorum Civiatis , | fixtinæ Conftitutionis formi. Irs Sacr
atque Dixcefços explecum fuit, Inventaria Tom, VIII, Col. 179 |
dans
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 73
dans les Affaires, puifqu'il avoit rempli avec honneur différens
Emplois, fous les cinq derniers Pontificats. Ses Vertus d'ail-
leurs éroient connues, fes Mœurs pures , fon zéle éclairé, &
fon défintérefflement parfait. Le Cardinal Orfini, qui avoit tou-
jours vécu dans une Pr union avec ce Prélat, agit vive-
ment pour le porter far la Chaire de Saint Pierre : où , après
un Conclave de cinq mois, on le vit enfin monter fous le Nom
d’Innocent XII. |
Dès le commencement de fon Pontificat, ce Pape fit voir
par fa conduire , qu’il n’éroit point indigne du choix, qu'on
avoit fait de fa Perfonne : il mic un bon ordre dans la Police;
corrigea plufeurs Abus ; procura la füreté publique, par le
châtiment de quelques Coupables ; travailla férieufement à
abolir le Népotifme ; prit un foin particulier des Pauvres; &
déclara qu’il ne donneroit les Charges , les Emplois, les Bé-
néfices , qu'à des perfonnes de vertu, & de mérite. En fuivant
toujours cette Régle , Innocent XIT eut moins d’égard aux con-
fidérations de Naïflance, de Parenté, d’ancienne amitié, ou de
Patrie, qu’à ce que demandoit de lui la qualité de Pere com-
mun , de Chef de l'Eglife Univerfelle, & de Protecteur de rous
les Gens de bien. |
- La Confiance particuliére, dont le nouveau Pape honoroit
l’Archevêque de Bénévent , engagea celui-ci à s'arrêter en-
core quelques Semaines à Rome, pour traiter enfemble des
Affaires de la Religion. Dans le même tems, ayant recu des
Lettres du Pere Aléxandre , le Cardinal lui fit la Réponfe fui-
vante.
AÂdmodum Revende Pater , Mon très-Revtrend Pere,
JF TER alia, que non fémel P AR M1 plufieurs autres marques d'af-
erga me prebuifii dileélionis ar- °° fetion, que j'ai reçües de votre part,
gumenta , pracipuum quidem repu- je Compte particuliérement celle, que
40 , guod in Epiftola ad me dus vous me donnez dans vos Lettres du 24
die 24 dapfi Aprilis , mibi e Con- d'Avril dernier : elles m'ont été rendues
clavi nuper egreffo, reddi:4, exhi- au fortir du Conclave; & j'y ai vu avec
bes : comperi enim te, graviffimis li- plaifir que vos Etudes , quoique non
cet de more fludiis dercntum , memo- moins importantes que continuelles, ne
rià tamen aliquando me , mesque vous empêchent pas de penfer quelque-
‘repesere non gravari. Gratffimum fois à moi, & à ce qui me regarde. Il a
#ihi fuit noffe P. Magiffrum Serry, été encore fort gracieux pour moi, de
cthberrims iflins Lycei non degene- connoître le Pere Serry ; ce digne Eléve
rem Alumnum , quem nifi mihi san- de la {cçavante Ecolequi l'a formé. Quand
ms Difcipulum commendaffes, «d- vous ne me l'auriez point annoncé PE
bus 1amen inter alloquendum , non. un de vos illuftres Difciples , fa {eule
Tome VI. K
LIvRE
XLII..
BEN oîr XHI.
XLVIII.
Ele&ion d’Inno-
cent XII
XLIX.
Ses beaux Com.
mencemens.
L:
Réponfe du Car
d'nal Orfini au
Pere Aléxandre.
LIvRE
XLIT.
pe ee ]
Benoir XII,
LI.
Charité, & Ma-
on ficence du
Pilat.
LII
Le Pape veut le
transiecier à l’E-
glife de Naples.
74 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
converf{ation me l’auroit fait connoître :
car dans quelle autre Source, que dans
les produétions même de votre Efprit,
auroit-il pu puifer ces connoiffances
Théologiques , & ce Tréfor d'Erudirion
en tout genre ? C'eft un nouveau titre
de gloire pour vous, dont la réputation
ef fi ed , & la Vertu fi connue dans
tout le Monde, Mais ce qui mériteroit
les plus longs difcours, ne doit point
être renfermé dans ce peu de lignes. Je
vous prie au refte d’être bien perfuadé,
ue vous me trouverez toujours fincére-
ment difpofé à faire, & entreprendre
tout ce qui fera de votre fervice, &c.
À Rome, le 24 Juillet 1691,
F. Pincent-Marie Cardinal des URSINS,
Archevique de Bénérent.
aliä quam tu cducatum difiplinà,
exiflimalem : ex quo enim fonte tans
lirapidos Theologie omnigeneque eru-
dinsonis laiices banfiffe poterat , nift
ex animo Paternitatis tue admodum
Reverende , cuius inclyte virtutis glo-
ria latè per orbem diffufa nberrimos
encomiorum , plasfuumaue fafces abs
que metit ? Scd bec que pleniorem
expctunt calamum , brevibus bifte
perfiringere verficulis incomptum fo-
ret. De catero perfuafum bi velim
me ad omnem lapidem tui gratiä mo-
ve:dum par ati" mum elfe, dum Pa-
ternitatis tx& admodum Revererde,
manus deofculor,
Roma, die 14 Julis 1691.
Ad Offcia paratus ,
Fr. Vinc. Mar. Card, UrsiNUs,
Archiepifc. Beneventanus.
Peu de tems après avoir écrit cette Lettre, notre Archevé-
que fe rendit à Bénévent; pour ne s’y occuper, à fon ordinaire,
. de ce qui pouvoit faire la félicité de fes Diocefains. On ne
çauroit dire les dépenfes, qu’il fañoit continuellement depuis
lus de trois années, qu’on travailloit fans relâche à réparer
es dommages, caulés par le Tremblement de terre. Tous ceux
qui étoient dans le befoin, trouvoient en ce Pere commun une
reflource aflurée ; & fa Charité paroifloit inépuifable. Peu con-
tent d’avoir fait rétablir les deux Hôpitaux, des Malades, &
des Etrangers, les duuze Couvens de Religieux, les deux Mo-
mal cres de Religieufes, dont on a parlé, le Collège, & les Eco-
les publiques ; il fit des largefles encore plus confidérables ,
pour que le nouveau Séminaire, qu’il faifoit bâtir , fut beau-
_ plus ample, & en même cems plus régulier , & plus com-
mode qu’il n’étoit auparavant. Il en augmenta auffi les Reve-
nus ; enforte , dit un Auteur Italien, que ce Séminaire peut
entretenir aujourd'hui jufqu’à cent Eccléfiaftiques (r).
Quand les autres Vertus d’un tel Pafteur ne l’auroient pas
rendu infiniment cher à fon Troupeau, les bienfaits dont il ne
ceffoit de le combler, ne pouvoient que lui gagner tous les
Cœurs. Aufñii les allarmes des Bénéventins furent-elles grandes,
(1) Sed & Seminarium , ampliffimo cum [ copo Cardinali Urfino, centenos completti-
Ædifcio, reltitutum à Moderno Archiepif- |tur Alumnos. Isa. S'acr, Tom. VII, Col. 9.
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. y7s
Jorfqu'ils fe crurent à la veille de le voir pañler dans une autre
Siége. Cependant leur triftefle ne fut point longue : & à leurs
premiéres craintes fuccédérent bientôt les Adions de Grace.
11 eft vrai que le Pape Innocent XII avoit fort fouhaité d’avoir
le Card'nal Orfini pour fon Succefeur dans l’Eglife de Naples :
le Peuple, & le Clergé de cette Ville Royale ne le défiroienc
pas avec moins d’ardeur ; & la Cour d’Efpagne auroit vu cette
Tranflation avec plaifir. Mais les liens, qui attachoïent notre
Prélat à fon Eglile de Bénévent, éroient trop forts, pour être
facilement rompus. Sur cet article, on ne le trouva jamais d’hu-
meur d'écouter aucune propofition. Il témoigna donc fa re-
connoiffance au Saint Pere , & le pria en même tems d’agréer,
qu’il continuât fon ouvrage dans le Pofte, où la Providence
J'avoit placé. |
En faifant ainfi ceffer les inquiétudes de fon Peuple, le pieux
Cardinal le rendit toujours plus docile à fa voix, & plus atten-
tif à profiter de fes Inftruétions. Après les grandes chofes, qu’il
avoit faites en fa faveur, il lui reftoit encore beaucoup à faire,
pour remplir tous fes projets : & ce qui augmentoit fon travail,
maïs qui ne contribuoit pas peu à faire obferver les Régles, &
à mettre par tout le bon ordre ; c'étoit qu'il vouloit tout voir,
& éxaminer tout par lui-même. Souvent, & lorfqu’on Patten-
doit le moins, on le trouvoic dans les Afflemblées de Piété, &
de Priére ; dans les Conférences Eccléfiaftiquess dans les Eco-
les, qu’il avoit établies pour l’Inftru&ion de la Jeunefle de Pun
&c de l’autre féxe ; dans les Prifons, & dans les Hôpitaux. Com-
me il avoit fait d’abord de fages Réglemens, pour toutes ces
différentes Maiïfons, il vouloit s’aflurer fi on étoit éxact à s’
conformer : & quelque confiance qu'il eût dans les Perfonnes,
choifies pour la ae des autres, il ne s’en rapportoit ordi-
_naïrement qu’à fes yeux. |
Il ne penfoit point à étendre la part, que les Archevêques
de Bénévent ont dans la Jurifdi&tion Civile, mais auffi il ne la
négligeoit pas ; & il avoit une attention de Pere, pour que tous
fes Diocéfains , qu'il apelloic fes chers Enfans, évitaffent avec
foin tout fujet de conteftarion , & de querelle; qu'ils terminaf-
fent au plutôt leurs Procès, par la Médiation des Arbitres ;
ou au moins qu’on rendit promptement à chacun la Juftice,
qu’il avoit droit de demander C’eft ce qu'il faifoit lui-même
dans toures les Affaires, qui étoient portées à fon Tribunal,
foit par appel , ou par le libre conféntement dès Parties inté-
reflées, Toute la différence qu'il mettait entre des Citoyens,
K 1]
LI/VRE
X LII.
Benoîr XHI.
LIITI
L’Amour pour
fon Peuple s’y
oppole.
LI V.
Nouveaux foins:
nouvelles atten-
tiONSe
LV.
Il prévient , ou
termine Plon rie
ment les Procès.
76 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre dontles intérêts lui étoient également chers, c’eft qu’il fe por:
XLII. toit toujours, & par charité, & par inclination, à donner plus
BEnoir XI Promptement Audience aux Pauvres; & il éroit moins le Juge,
———— que l’Avocat de leur Caufe, quand elle étoit bonne. Il arrivoic
aufli quelquefois, qu'ayant reconnu le peu de fondement des
plaintes , qu’on lui portoit, il obligeoït les Plaignans de fe dé-
fifter de leurs prétentions : & s’il les voyoit dans la néceffité , le
bon Prelat donnoit du fien ; fouvent même beaucoup plus que
ce qu'ils demandoient à leurs Parties. ET
Tandis qu’il ne refufoit pas une partie de fes foins ; à ce qui
ne reg:rdoit que les incérêcs de quelques Particuliers , il por-
toit toujours fes premiéres attentions, à ce qui touchoit le Bien
LVr ‘public, ou la Religion. La grande & magnifique Epglife Métro.
anne politaine ayant été enfin rétablie dans fon premier éclar, par les
de Bénévent, © {oins infatigables, & les continuelles Libéralicés du zélé Arche.
vêque , il en fit la Dédicace avec une Pompe religieufe, qui
fembloit retracer aux yeux des Fidéles, tout ce qu’on avoit va
autrefois de plus augufte , & de plus édifianc dans la célébre
Dédicace du Temple de Salomon. Le concours des Peuples,
& des Etrangers, qui fe rendirent de loin à Bénévent, pour
” voir cette Cérémonie ; l’ordre, la modeftie, la dévotion; tout
‘y parut extraordinaire : tout y fut digne & de la fainteté de lAc-
tion , & de la fagefle de celui, qui en avoit voulu régler juf-
qu'aux moindres circonftances. Cette Fête , à laquelle le Saint
Archevèêque fe préparoit depuis long-tems par le Jeûne , & la
Priére , commença le vingt-fix de May 1692, Jour de Saint
Philippe de Néri, feconde Fête de la Pentecôte, quatre ans
es révolus depuis que PEglife avoit été ruinée par le Trem.
-blement de terre. Pendant l'Oétave de la Solemnité, notre Car-
dinal confacra lui-même füucceflivement les dix-fept petits Au-
tels de cette Metropole (1) | Lo
LVII. Mais rien ne pouvoir être plus touchant, ou plus capable de
RS ea donner une haute idée de la fainteté de notre Religion , que les
Peuple. Difcours vifs & patétiques, qu’il prononcça dans cette occafion,
foit pour donner à tous les Fidéles l'intelligence des Cérémo-
nies Sacrées, dont ils éroient tous les jours Spectateurs ; ou pour
Jeur faire comprendre, avec quelle falutaire frayeur , & quel
religieux refpeët , il falloit entrer dans la Maifon du Seigneur 3
| (1) Anno vero 1652 die 26 Maïi Feria fe-| mé inftauratam , & Aram maximain folemni
- cunda Pe-recoftes, D. Philippi Nerii (in cu-| ritu dicavic. Aliis vero diebus feptemdecimn
jus m-moriam graü animi ergo propriam| minores Aras ejufdem Bafilicæ. Archi. Firm,
Miffam à Sede Apoltalica impetravit ) Fefto| pag. 12. Je. Sacr. Tom, VIII, Col. 179.
zecurrente, Metropolitanam Baflicam opti-I : |
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. #77
avec quelle pureté de cœur, ils devoient lui préfenter leurs
_Vœux, & leurs Priéres ; enfin avec quelle humble Confiance
ils devoient efpérer l'effet de leurs demandes , fi elles étoient
animées de cet Efprit de Foi , & de Charité, qui les rend tou-
jours agréables à Dieu. Les Prédications de l’Archevêque étoienc
accompagnées de toutes fortes de bonnes œuvres : comme il
avoit.été plus que magnifique dans la décoration des faints Au-
tels, il le fut auffi pour nourrir , & revêtir les Membres vivans
de JEesus-CHrisT. Au milieu de ce grand concours des Peu-
ples, qui fembloit fe renouveller tous les jours, il termina la
Solennité par l’A&tion de Grace, à limitation du Sage Salomon;
& dans cette nombreufe Affemblée de Fidéles , P repéta une
artie de la Priére, que le Seigneur avoit mife autrefois dans
D hoube d’un Prince, qui étoit encore felon fon cœur.
« Seigneur Dieu d'Ifraël , il n’y a point de Dieu qui vous «
foit femblable , ni au plus haut du Ciel, ni fur la Terre. C’eft «
vous qui confervez l'Alliance, & la Miféricorde, que vous «
avez Rires à vos Serviteurs, qui marchoient devant vous de «
tout leur cœur. Si les Cieux, & le Ciel des Cieux ne vous peu- «
vent comprendre , combien moins cette Maïfon , que je vous «
ai bâtie? Mais ayez égard, sh ani mon Dieu, à l’'Humilité «
de vorre Serviteur, & à fes Prières. Ecoutez l’'Hymne, & les «
Saints Cantiques, que nous vous offrons aujourd’hui : ren- «
dez-vous propice à votre Peuple, affémblé en ce Lieu, pour «
Livrr
XLII.
BEeNoir x,
RSR Res.
De en en + 7
A LP
——»
LVIiIf.
Et rermine Îa
Solennité par une
Priére fort tou-
Chante.
adorer votre Saint Nom. Pardonnez, oubliez fes péchez ; & «
faites-nous marcher tous dans la voye de vos Divins Com-«
mandemens , avec un cœur parfait. Ecartez de nous par vo- «
tre Miféricorde, ces fléaux Fs votre Juftice , que nous recon- «
noiflons avoir mérités ; & que vous ne nous avez fait fentir, «
ue pour nous rapeller de nos égaremens. Que la ftérilité, la «
pu 5 la pefte, les Guerres, & les Tremblemens de terre, «
ne défolent plus déformais nos Villes, & nos Campagnes : ou «
qu'en nous châtiant felon nos iniquités, ils fervent du moins «
à nous les faire expier ; qu’ils nous rendent plus humbles, «
plus pénitens, plus religieux, & plus docilès aux faintes im- «
preflions de votre Grace. Exaucez , Seigneur, éxaucez du «
-Trône de votre Gloire , les Vœux, & les Prières, que nous «
vous préfentons aujourd’hui, Que votre faint Temple foit «
hotre Afyle; votre Loi, notre Régle ; & notre plus grand «
défir de vous craindre, de vous fervir, de vous aimer, & de «
chanter vos Miféricordes dans l’Eternité ». |
'eft ainfi que ce bon Pafteur , toujoygs zélé We le Salut
ii]
Livre
X LILI.
Benoîr XIII,
LIX.
Autre Lettre au
Pere Aléxandre,
78 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
de fes Brebis, aimoit à les édifier, & à les retirer des vains amu-:
femens , ou des Spectacles profanes ; en les accoutumant à quel-
que chofe de plus a à les faire penfer, & agir en Chré-
tiens. Suivant toujours le plan, qu'il s’étoit fait dès le commen-
cement de fon Epifcopat, il ne difcontinuoit point d’annoncer
aux Fidéles la Parole de Dieu ; de leur faire connoître & ai-
mer leurs Devoirs, par fes fréquens Difcours, fes Homélies,
& fes autres Inftrucions familiéres. IL confidéroit ce travail
comme une partie de la Sollicirude Paftorale, qu’il ne fe croyoie
point permis de négliger. C’eft ce qu'il écrivoit lai-même au
Pere Aléxandre , en lui marquant l'emprefflement qu’il avoit
de recevoir les premiers Tomes de fa Théologie Dogmatique
& Morale. Certe Lettre mérite d’être rapportée ici. |
Reverende Pater, Mapifter
# ; \. À
éverend Per tres-cher Maitre.
Kevère | €, Ctrés-cher ; amantiflime.
Os Lettres, datées de Paris le 20 26 U D fatis [am exprimere, q14
Otobre de cette année, m'ont cau- cordis alacritate inas Litteras
fé une joye, que je puis d’autant moins exceperim, datas Parifis die 10 Oc
exprimer, qu’elles m'annonçent un nou- robris currentis anni: nam quod in iife
vel Ouvrage, qui fera très-utile au Pu- dem mibi fignificafli, promittit com-
blic, & que je confidére déjàcomme l’un ##%5 wrilitari unum ex infignioribus
des plus importans, qui foient fortis de operibus , quod ex noffrorum Doms-
la plume de nos Auteurs. Que votre mo- #icanorum [udoribus prodierit in Le-
deftie n’en foit pas offenfée, fi je vous cew. Permittat mihs 144 animi mo
apelle la Gloire, & l'Ornement de notre deratio, ut te atatis nofira, noftrique
Siécle ; puifque par les admirables pro- fzculi decus predicem. Tui (ES
duttions de votre Efprit, vous commu- sngenii partu mir abiliter fulget Orda
niquez un fi grand éclat à l'Ordre deS. rofler ; © in quingentorum ferme
Dominique; qu'après cinq cens ans, il ær»orwm fenio, ad tua Doûtrine &
femble en quelque maniére renaître. Il fapientie radios veluii renaftitur ;
eft du moins certain, que la réputation æw certé non exiguum recipit primes
de Doétrine, que nos Anciens lui avoient vi Litterarss [plendoris incrementum,
acquife, eft bien relevée aujourd’hui par Tua noviffima volumina , que ad-
les rayons de votre Sagefle, L'idée , que huc fxb Typographi torcularibus ge-
je conçois de votre Ouvrage, qui eft fous were afferis ( fic ex prefationis ungue
ke Prefle SL peut connoître le ZLeonem agrofcens ) me delettarunt,
Lion par fon Ongle ) me fait défirer ar- #1 gemam © ego [ab defiderio , ve-
denment de l'avoir entre les mains. J'at- bementer illa pre manibus habérs ex-
tendrai donc avec impatience cette nou- optans. Amoris igitur pignus , ©
velle preuve de votre amitié, & de vo- 144 in me benevolentie exhibituin #re
tre afeGion pour moi; & je fuis perfua- gumentum expctlabo : nam ex pre
dé que je ne retirerai pas un petit avan- faris tu's voluminibus commedum @°
tage de cette lecture : car le Devoir de mxltum reportaturum [pero : cum
ma Charge m’obligeant de faire fouvent erim in meïs Concionibus, & Home-
des Difcours, & des Hemélies à mon Hi 44 Populum , quas frequenier
à
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 79
babere me cogit Pafloralis cura, m4 Peuple, je les fais volontiers ma-
bumilitati ex alto commif[a, Infiruc- niére de Catéchifme, ou d’Inftru&ion
tionibus , ac Carechifmis precipué familiére : & vos Livres me feront pour
star ; erunt mibi maximo adjumen- cela d'autänt plus utiles , que vous les
Jo, eo quod dosmaticè ad Sacri Con- avez compofés felon PEfprit du S. Con-
cilii Tridenini ,Cathechifins Romani, cile de Trente, la Méthode du Caté-
CG Inffruëtionum Santli Caroli Bo- chifme Romain, & les: Inftruéions de
romai normam [int elucubrdta. Saint Charles Borromée,
Gratias interim tibi dico plurimas, Je vous remercie, & vous félicite en
quod tam falubriter Religion , ac même tems, de ce que toujours zélé pour
proximorum utilitati infudes, @in- la Relipion, vous ne ceffez de travailler
fadare non definas. Iffud igitur tencas :pour l'utilité publique, Continuez donc
quod cœpifii, st novis tuis fludiis G* ce que vous avez fibien commencé, afin
Laboribus Ordinem noffrum continuo que vos nouveaux travaux, en répandant
Slluftres, © hominum mentes [anc- par tout la faine Doû@rine , procurent
tis Doëtrinis imbuas. Valeas, din une nouvelle gloire à notre Ordre. Vi-
vivas felix, © Dominus in labiis vez, & vivez ét e heureux : que
tuis Gratiam [ue bencdichonis infun- le Seigneur répande fur vous fes Graces,
dat, & fes Bénédictions,
Beneventi die 30 Novemb.1693. A Bénévent le 30 Novembre 1692.
Confervus & Frater , ad officis Votre Frere, toujours prêt à vous
paratus , fervir ,
Fr. Vinc. Maria, Card. UrsiNus, Fr. Vincent- Marie Cardinal des URsINS,
Archi. Beneventanus, Archevèque de Bénévent.
Par cette attention continuelle de notre Archevéque à inf.
truire lui-même fes Peuples, & par le moyen de fes Synodes
annuels, le bon ordre fe confervoit dans la Ville Epifcopale ,
& dans toutes les parties du Diocèfe. I! avoit le plaifir de voir
que la piété, & la ferveur croifloient tous les jours ; que la
paix , & l’union fe confervoient parmi les Fidéles ; & il n’igno-
roit pas que la plüpart des Evêques fes Suffragans fe faifoient
un Devoir de marcher fur fes traces , & de fuivre les éxem-
ples qu’il leur donnoit. Mais il n’étoit point indifférent de les
affembler tous de tems en tems, afin d'établir avec plus d’una-
nimité, & d'autorité, tout ce qui pouvoit fervir au maintien
des Loix Eccléfiaftiques , au Le des Ames, & à FHonneur
de la Religion. Les Archevèques de Bénévent n’avoient pas
paru les moins zéles à éxécuter les Décrers du Concile de Tren-
te, couchant la fréquente Convocation des Conciles Provin-
ciaux. Maïs divers accidens avoient quelquefois interrompu
cette louable Pratique : & lorfque le Cardinal Orfini prit pof.
feflion de fon Eglife ,'il ÿ avoit déjà trénte ans, qu'on n’y
avoir point vû les Evêques de la Province aflemblés en Con-
Livre
XLIL
BEnoïr XIII.
EX:
Fruits du zéle du
pieux Cardinal ,&
de fa Soilicitude
Paftorale.
LIVRE
XLII.
BeNoîr XIII,
LXT
Lettres pour Îa.
Convocation d’un
Concile Provin-.
cial.
Synodie, SanAæ
Bencv. Eccl, p. $14
fo HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
cile (*). Lui-même trouva plus d’un obftacle au défir qu'il avoit
de remplir au plutôt cette obligation. 11 fe crut enfin en état
d'y fatisfaire au commencement de l'année 1693 : & fans au:
tre délai, il publia fes Lettres de Convocation’, en ces termes :
Frere Vincent- Marie des URSINS,
de l'Ordre des FF. Précheurs , par la
Bonte Divine Cardinal Préètre de la
Sainte Eglife Romaine , du Titre de Saint
| Sixte, Archevêque de Bénevent.
E Devoir de Métropolitain nous
engage à travailler filon nos for-
ces , à mettre en éxécution, pour la
Gloire de Dieu, ce qu’il a plu au Pon-
tife Eternel de faire ordonner par les
Saints Peres, que le Saint-Efprit a af-
femblés pour régler le Gouvernement de
fon Eglife. Or le Saint Concile de Tren-
te a expreflément ordonné aux Archevé-
ques, Se tenir au moins tous les troisans,
leursSynodesProvinciaux,pour réformer
les Mœurs, corriger les Abus, terminer
les Difputes, & faire obferver partout
les Saints Canons. Aufli avons-nous tou-
jours été occupés de cette penfée, & du
défir de remplir fans retardement cette
partie de nos obligations, afin de faire
jouir nos Eglifes , des avantages, que
Fr. Vincentius- Maria Ordinis Præ-
dicatorum, Miferatione Divin&
Tir. S.SixtiS. R.E. Præfb. Card.
UnsiNus , S. Beneventanæ Ec-
clefiz Archiepifc. Metropolita.
JY JUNCTUM AMctropoliica
fervitutis officinm 4 nobis poflulat,
nt, que Æternus Pontifex ad provi-
dum Ecclefie [ue Regimen [antliffimis
Patribus noffris in Spiritu Santlo le-
£gitimé congregatis infpirare dignatus
ft, ad cjus laudem; & gloriam pro
viribus exequi fludeamus. Cum 114-
que in Sacro Tridentino Concilio,
Provincialem Synodum pro moderan
dis moribus , corrigendis exceffibus ,
controverfiis compenendis , aliifque
ex facris Canonibus permif]is , quoli-
bet [altem triennio cogendam Decre-
tum fuerit : nos affidue in ca cogitatio-
ne verfati fumns, nt 1anto oncri ; bu-
mers noffris impofito , fais quoad fie-
ri poffet , ac quam primum licuiffet,
diverfes raifons ont empêché nos Prédé- faceremus ; nt tantum Provincie nof-
ceffeurs de leur procurer, depuis l'an
1656. Mais dès notre arrivée dans ce
Diocèfe , il a fallu d’abord mettre en
état & la Métropole, & le Palais Archié-
pifcopal ; l'un & l'autre avoient befoin
de plufeurs Réparations : & quand elles
ontété faites, 1] a plû au Seigneur ( dont
les Jugemens toujours fecrets, font tou-
jours juftes ) de renverfer dans un mo-
ment, & de réduire en poudre, ce qui
avoit été élevé par la main des Hom-
mes. Nous nous fommes donc vüûs dans
Ja nécefité de renyoyer à un autre tems
la tenue d’un Concile, & de travailler de
pouveauärelever les ruines du Sanéuaire
quiéme Archevêque de Bénévenc , fclon
| {*) Jean-Baptitte Foppa ( cinquante-cin-
Ughel ; ou cinquante-huiriéme felon notre |
tra bencficinm , ab anno 1656 4 Pre-
decefforibus noftris variis de caufis ins
termiffum , tandem aliquando exhibe-
retur. Quo circa Metropolitanam Ec=
clefiam inflaurare, © Archicpifco-
pium noffrum augere , in ipfis [ufcepri
Pafforalis muneris liminibus cure fuit.
Sed placuit infcrutabili Divine Ma-
jeflaiis confilio, inflaurata Cr creila,
in ruinam puluerem redigere : quod
a cogende Synodi ad eam convertit
follicitudinem , ut direfla, * dejeila,
ab ipfis fundamentis reflitueremns ;
prout, eo dante, qui mortificat, ©
vivificat ; pauperem facit, C* ditar,
Cardinal , avoir celébré le dernier Synods
de cette Provinçe l’an 16$6°
humiliat,
DE L’ORDRE DE S. DOMINIQUE.
bumiliat, © fublevat, reflinimus.
Hapropter, n° IAntHm, Ô° tam eni-
xe impofium Onus dintius protrahe-
fetur , Provincialem Synodum hoc
anno 1693 ineunte , in Epiphanie
Feflo , pro undecima Aprilis menfis
die cuulgandam juffimns, C evulga-
tam decrevimus, pro ut aniver(e Pro-
vincie noire innotuille agnovimus.
Dinde Reverendiffimos ac San£liffi-
mos Fratres noffros Comprovinciales
ÆEpijcopos , per Litieras ad wnum-
quemque corum datas, certiores fecs-
nus L ea ctlebranda ; cofque auilo-
ritate, qua fungimur, in Merropoli-
tanam Ecclefiam nofiram ad diem
xj Aprilis, feffum Santli Leonis Pa-
Pe, convocavimus. Ut autem © rels-
quis omnibus, qui, de jure, vel con-
fuctudine, bujufinodi Provinciali Sy-
nodo intere[e tenentur , ejus celebratio
plenius innotefcat , neve corum quis
sgnorantie excufationem pretendere,
vel [e neglellum dicere poffit , prafen-
#5 noffro Editlo, univers € fingulis
Abbatibus, Commendatariis, Capi-
tulis Cathcdralinm , € cujufcumque
Dignitatis, S gradis Clericis, quo-
rum quacumque de causa intererit ,
etsamn exemptis | nullinfque Diecefis,
snira tamen fines Provincie noftre po-
fiss , fignificamus, indicimus, ac de-
nunciamus Provincialis noffri Con-
cilis celebrationem , fab pœnis € Cen-
furis Ecclefiafficis, 4 Sacris Canoni-
bus advuerfus non accedentes latis, at-
que Decreris, Si qui vero ( prater eos
ad quos ex officio intereffe fpellaverit )
fiveex reliquis Clericis, five ex Laï-
81
en commençant par les fondemens de
plufieurs grands Édifices. Celui qui , e-
lon l'expreffion de l'Ecriture, ôte la vie,
Livre
XLII.
ou la donne comme il lui plaît; qui fait BeNoîT XIII.
le Pauvre, & le Riche; qui abaifle, &
éléve, a bien voulu nous aider par fa
Grace, pour remettre toutes choke
le premier pié. C’eft pourquoi ne vou:
lant plus différer l'accompliffement d’un
Devoir auffi effentiel, nous avons donné
( le jour des Rois de cette année 1693 )
nos Lettres de Convocation, pour un
Concile Provincial , dont l'Ouverture eft
fixée au onziéme du mois d'Avril pro-
chain : & nous fçavons que ces Lettres,
font venues à la connoiffance de toute
notre Province. Nous avons aufli écrit,
felon le Devoir de notre Charge, à tous
nos Vénérables Freres , les Evêques nos
Conprovinciaux, Mais afin que tous ceux
ui, par le Droit, ou par la Coutume,
one tenus de fe trouver à la même Af-
femblée, foient inftruits de nos inten-
tions, & qu'aucun ne puifle prétendre
caufe d'ignorance, ou fe de d’avoir
été oublié; nous faifons fçavoir par ces
Préfentes, à tous les Abbés Commenda-
taires, & autres, à tous les one des
Cathédrales, & à tous les Eccléfjaftiques,
de quelque Grade, ou Dre qu'ils
foient, qui doivent être préfens au Con-
cile; nous leur faifons fçavoir, que le
Synode Provincial commencera, dans
notre Eglife Métropolitaine, le jour de
S. Léon, onziéme d'Avril; & nous les
avertiflons de s’y rendre ( s'ils ne font lé-
gitimement empêchés ) fous peine d’en-
courirlesCenfures portées par lesCanons,
contre les défobéiflans. Les autres Clercs,
es fur
cis quibufeumque, pro ju fitia conf qui n'ont pas droit d'affifter au Synode 2
quenda , fi forte quacumque de caufa à les Laiques même , qui auroient des
Jef lefos exiflimaverint, accedere ad plaintes à faire ; ou qui voudroient de-
Concilium , vel Procuratores mittere mander juftice au Concile , pourront
Vvoluerint , id fibi licitum effe fciant... ÿ venir avec toute liberté , ou ÿ en-
Hortamur., ut donec inditlus Synodi voyer leurs Procureurs .... Attendant
dies aduenerit , affiduis interim pre- que nous en fafions l'Ouverture, nous
sibus » Alisfque Chriffiane pictatis of-
ciis 4 Patre Luminums, qss 555 , qui
Poflulant à [e [apientiam., dat omni.
Tome V/J,
vous exhortons de redoubler la ferveur
de vos Priéres , & de vous éxercer dans
la pratique de toutes fortes de bonnes
L
82 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvaez ss affluent, G mon improperat cis, œuvres; pour qu'il plaife au Pere des Lu
XLIL Ÿpctrent, ut cam mittas nobis de Se- miéres, de nous envoyer du Trône de fa
me Me MAG itu dis fe Affjtricem , qua Grandeur, cet Efprit de Confeil, & de
BeNoïir XIII. Corfültationes nefiras, piofque cons- Sagefle, qui doit guider nos pas, préfider
tus dirigente , optates tantorum Labo à nos Délibérations , & rendre heureux
rum fruilus d commune Provincie nos efforts, pour le plus grand bien, &
bonum percipere valeamus , rc. l'utilité commune de la Province, &c.
Datum Bencventi ,ex noffro Archie- Donné à Bénévent, dans notre Palais Ar-
Pifcopio, die x Jannaris 1693. chiépifcopal, le 10 Janvier 1693.
Lxix Le pieux & zêlé Archevêque n'eut garde de négliger lui.
De qu'il: m2 même, ce qu’il recommandoit aux autres, Quoique fa Vie
del. a ordinaire fût toujours pénitente , fort laborieufe , & vérita.
denue du Concile, blemenc digne d’un Succeffeur des Apôtres; il porta encore
plus loin, avec la ferveur de fes Oraïfons , la rigueur de
{es rs , fes veilles , fon Travail, fes Aumônes : il ne
voulut rien omettre de tout ce qui lui parut propre à aflu-
rer le fuccès du Concile. Il éxamina , rangea, & difpofa avec
un foin infini, toutes les Matiéres, qui en devuient faire l’ob+
jet. Ver{& depuis fa jeunefle dans la Science des Canons, & la
Leëture des Conciles, il en avoit pris l’Efprit; & pour le com-
muniquer aux autres, il choifit habilement tout ce qu'il étoie
à propos de renouveller, d’afférmir, ou de perfectionner dans
Lx à Province Eccléfiaftique. | | |
I s’y trouve 18 D'abord après Pâques, vers le commencement d'Avril, les
bb LR plie Évêques Suffragans,au nombre de quatorze (*), & les Procureurs
feurs Doëteurs, ES quatre autres, qui ne pouvoient fe trouver en perfonne au
Concile, s'étant rendus auprès de leur Métropolitain, le Car-
dinal leurmitentre les mains les Mariéres qu’il avoit déja prépa-
rées ,afin qu'ils fiffent eux-mêmes leurs refléxions ; & que les
Décrets pullent être enfuice formés par un confentement com-
mun. Trois Evêques, qui n’écoient pas de la Province de Bé-
névent, voulurent aufli honorer l’Affemblée de leur préfence:
Marcel Cavalieri, Evêque de Gravina, dont nous avons parlé,
écoit de ce nombre, Tibére Majorin, Abbé Général de la Con-
grégation apcllée du Mont de la Vierge, y aflifta de même,
avec pluficurs autres Abbés, & un grand nombre de Do&eurs
Lxrv, Choi k , tant Théologiens, que Canoniftes. h |
Le Métropoli- L’Ouverture du Concile fe fit le Samedi, onzieme d'Avril,
tain en fait 'Ou- (x) Les Suffragans de l’Eg'iz de Bénévent jde Telkfe, de Termine, de Trivento ms
PRIE font aujourd’hui , les Evêques d’Avelino , |Volturara , & de Monte Cervino. Ces deu
d’Alfa , d’Ariano, d’Afcoli , de Bojano , de {derniers Evêchés font réunis. L’Evêque de
Bovino , de Fringente , de Guardia Alfarez , | Troye dans le Royaume de Naples ( autre»
de Larina, de Nocer:, de Monte Marano , |fois Suffragant de Bénévent ) eft aujourd’hui
de Sainte Agathe des Gois , de Saint Sever , Jimumédias du Sainc Siége.
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. &#;
par une Proceflion Générale, & la Mefle du Saint - Efprit ,
chantée fort folennellement par le Métropolirain, qui ft en-
fuire un beau Difcours ; où il parla lonp-rems, & avec autant
de zéle que d'érudition, touchant l’atiliré , & la néceffité des
Conciles Provinctaut, dans lefquels on commence à mettre en
éxécution , ce que Îles Conciles Généraux ont fagement or-
donné. Après que tous les Evêques eurent fait publiquement
leur Profethon de Foi, & promis l'obfervation des Décrers du
Concile de Trente, on en publia pluñeurs , qui avoient paru
néceffaires, pour maintenir, ou rétablir la Difcipline£ccléfiaf-
tique dans la Province de Benévenr. La féconde Sefhon fe cine
le Lundi, treiziéme da mois. La Mefle fur chantée fotennelle-
ment par Céleftin de Laboni:, Evêque de Monte- Marano , &
Charles-Felix de Matra, Evêque de Saint Sever, prononca le
Difcours. Un Secrétaire du Concile fit enfuire la publication
de divers Statuts, qui avoient été dreffés par le Mécropolitain,
& confirmés par tous les Peres. La troifrème & derniére Sef-
fion fe tint le Jeudi, feiziéme d'Avril: Jean Bonilla de Soria,
Evêque d’Ariano, chanta la Mefle ; & Jofeph Catalan, Evêque
de Larina, porta la parole. Un Pronotaire A poftolique æche-
va, du haut de la Tribune , la publication des Réplemens,
faits ? ou approuvés dans le Synode , avec beaucoup d’una-
nimite. .
Nous les avons , ces Réplemens , fous cinquante.-cinq Ti-
tres : & chaque Titre contient plufieurs @hapitres. Comme
nous ne pouvons les raporter tous, nous ne devons pas aufl les
aflèr tous fous filence ; puifqu'ils font autant de Monumens
E, zéle éclairé , & de la fage prévoyance de l’Archevêque
de Bénéveat. Il faut donc fe contenter d'en donner une idée
générale, en remarquant néanmoins ce qui mérite le plus d’at.
tention.
Dans le premier Titre, on trouve d'abord une Profeffion de
la Foi Catholique : on y traite enfuite des moyens de la con-
ferver dans toute fa pureté ; & on exhorte les Evêques à inf
Lrversz
X LIT.
Benoit XIII.
L XV.
Tout eft rermi-
né dans trois Sef-
fions.
LXVIL.
Anayfe des
principaux Ré-
glemens, fairs,ou
truire eux-mêmes leurs Peuples, par le M de la Prédi- prolés dans ce
cation, fe fouvenant toujours de ce qu'a dit l’Apôtre: Mal.
heur à moi, ff je ne prèche point l'Evangile : Ve mihi. Ce mal-
beur, difent les Peres , regarde particuliéæment ceux, qui,
Célébres Prédicateurs avant que d’être Evêques , deviennent
comme muets dans la Chaire Epifcopale ; c’eft-à-dire , lorf-
que la Prédication de la fainte Parole eft devenue pour eux un
L ij
ynode.
Live E
X LIÉE
Benoîr XIIL
Conc. T:iden Sefl,
V » Cap, de Reforn.
84 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Devoir capital, & la Fonction de leur Miniftére la plus forte-
ment recommandée (1). | |
Le Concile avertit en même tems les Evêques de faire beau-
coup d'attention à la Doétrine, & aux Mœurs des Maîtres d’E-
cole ; & à la maniére , donc les Curés font le Catéchifme. IL
veut qu'on favorife l’Etabliflement des Congrégations de la
Doctrine Chrétienne , comme fort utiles pour l'Éducation de
la Jeunefle : que conformément aux Décrets du Concile de
Trente, on ait fo'n de faire expliquer les Saintes Ecritures aux
Fidéles, fur-rout dans les grandes Villes; & ceux qui ont droit
de pr: fenter les Prédicateurs pour le Carême., font avertis de
le Eire avant la Fêre de l'Fpiphanie ; afin que l’'Evêque puifle
les connoître, & juger's’ils font propres à inftruire folidement
les Peuples, & à les édifier. La négligence fur cet Article, eft.
punie par la privation du Dro:t de préfenter le Prédicateur
our cette fois ; fans que cette aie exempte les Coupa.
Les. de l'obligation de donner l’Honoraire ordinaire {2}.
On traire enfuire des Synodes Diocefains ; du tems, & dela
maniére de les tenir ; de ce quien doit faire l'objet; & de l’obli-
gation de ne point les négliger. Tous les Chapitres qui n’ont
pas encore de Statuts propres , fonc invirés, & requis d'en dref-
{er inceffanment, & de les préfenter, dans lefpace de fix mois;
à leurs Evêques ; à qui il appartient de les éxaminer , & de les
autorifer (3). Nous verrons que le Métropolitain eut depuis une
attention particuligre à faire éxécuter ce Décret, dans l’éten-
due de fa Province.
Dans le troifiéme Titre, on voit les précautions, que le Sy-
node fe crut obligé de prendre contre la rémérité de ceux, qui.
ofoient quelquefois abufer des Lettres Apoftoliques. On dé-
(1) Epifcopis, qui in Apoftolorum Iocum
fuccefferunt, hæc fan@a Synodus in mentem
revocat Apofto'icum illui efatum : Non eff
æquum , nos derelinquere verbum Dei, €
minifirare menfis : ex quo coiligant prinam
& maxiniam Paftorum curam effe verbi Dei
prædicationcm, Îevi de caufà, aut quodam
animi linguore non piæterragtendam. Hu
jus fi quidem præcipui Ofhcit prætermiffi ea
ratio téddenda eft , ut Apoftolus, tat, tan-
tifque pro Chrifto libor bus exantlatis , ex-
climaverit: We mibi, fi nomevancelizavere.
Crjifmodi reitu maxiimè adftringuntur , qui
ante Epifcopatum Concionatores , iique il-
luftres erant: Iluftriflimi in Epifcopatu ob
dignitatem fai, obmutuerunt, &c, Syno-
dic. pag. 516. Tir. F, Cap. III.
(2) Ut Quadrageñimales Concionatores
poflint ab Epifcopo ad optatum animarum
profeétum probari... Bpiféopus præfigatter-.
minum ad præfentandum per totum diem SS.
Epiphaniæ , quo elapfo, & præfcntatione
non fa@, jus nominandi pro illa vice ad ip-
fum Epifcopum devolvatur ; & Univerfitates,
cærerique prædiéti nihilominus teneænturex-.
penfas fubminiftrare , juxta folitum. Ibid.
Cap. VIII, pag 517.
(3) Capitula, quæ Statutis carent, ne ut
naves fluétuantes quovis vento circunferan-
tur , infra fex menfes ea condant, & fuis Epif-
copis examinanda deferant | &.probanda.
bd, Tit. IT, Cap. V, pag, 518,
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 8;
clara aufli abufives quelques Coutumes , peu féantes à la Di-
: gnité de l’Eglife, & : Eccléfiaftiques. On marqua le tems, &
A maniére de conférer les Ordres Sacrés, & on propofa divers
Réglemens, toychant les Interftices , les Difpenfes trop légé-
rement, ou trop communément accordées; l’âge, les Mœurs,
la capacité , la Vocation, & les autres qualités requifes dans
ceux , qui veulent être ordonnés. Les Prélats furent avertis &
priés de redoubler leur vigilance fur les Etudes , & la con-
duite des Clercs ; on les exhorta fur-tout de ne les pas tro
multiplier ; mais de faire choix de ceux en qui ils mont 1
troient les T'alens propres à fervir utilement l’Eglife; puifque,
felon la réfléxion de Saint Jérôme, c'éroi en partie le petit
nombre de Diacres, qui les faifoient eftimer ; & la multitude
des Prêtres, qui les faifoit paroître méprifables (1). : |
Le Concile de Bénévenc, dans le feptiéme Titre, condamne
févérement la négligence des Curés, qui laïflent mourir les Fi-
déles, fans le Secours de l’Extrême-Onéion ; & les exhorte à. -
adminiftrer ce Sacrement aux Malades en danger de mort,
pendant qu’ils jouiffent encore de dues des Sens, & de la Rai.
fon ; afin que le recevant avec connoiflance, & dans les Senti-
mens que la Foi doit infpirer, ils en reçoivent auf plus de
fruit. Dans les trois Titres fuivans, on trouve plufieurs fages
Réglemens, touchant les Prètres be pie les Sacriftains,
les Tréforiers des Eplifes, & le Devoir de ceux qui font prépo-
fés pour marquer les Abfens pendant les Offices Divins. Il
eft dit, que les Abbés, & les autres Supérieurs Réguliers, à
ui il eft permis de bénir les Ornemens Sacrés, ne peuvent fe
ms de cette permiflion , que dans leurs Eglifes, & pour leurs
Eglifes feulement (2). »
Le Titre onziéme, partagé en huit Chapitres, eft unique.
- ment deftiné à faire fouvenir les Evêques , & de ce qu'ils font
ar le caractére de leur augufte Dignité ; & de ce qu'ils doivent.
être par la fainteré de leur Vie. On leur recommande , dans
L 1 v RE
X LII.
Benoïr XIIL
(1) Quamvis Miniftrorum numerum au-
gere ad Divini Cultüs pertineat incremen-
tum ; funt tamen non pauci, qui Clericali
militiæ dant nomen, prætextu quidem Deo
inferviendi ; fed revera ut fæculare judicium
declineut ; unde & crebra inter utrumque
forum oriuntur diflidia , & Ecclefaftica li-
bertas in die magis violatur. Quocirca Sanc-
ta Synodus Epifcnpos omnes enixè hortatur,
pe numerofum Gregem , effrenatà Clerico-
rum multitudine fibi parent ; fed eos duruta-
zat promoveant, quos utiles & neceflarios
fuis Ecclefiis agnofcunt 3 & illud Hieronymi
effatum præ oculis habeant : Digcones , pau-
cites honorabiles : Presbyteres , turbs contemp-
tibsles facit. Ibid. Tir. VI , Cap. III , pag. $ 19.
@ Advertant Epifcopi fe de'egare non
poffe fimplici Sacerdoti, ut Veftes [icras , &e
alia, quamvis in eis unétio non adhibeatur,
benedicar. Ecclefiarum quoque Reétores,
fciane , qudd Abbates:, & alii Regulirram Su.
periores facultate beredicendi facra Omma-
menta, nifiin fuis, & pro fuis Eccleñis , uti
non” polfunt, Jéid. Ti. X, Cav. II pag. 5224
| L ii}
LIVRE.
XLIE
BEenoiïir XIII,
D ——— ru)
gite, XIIL
ie X1V,
86 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
les termes les ah , toutes les Vertus Epifcopales ,
le zéle, la Vigilance, la Charité, la Douceur, l'Humilité Chré-
tienne, l'amour, & le foin des Pauvres , des Veuves, des Or-
phélins ; dont ils doivent êvre les Protcéteurg, & les Peres,
Mais on ne les avertit pas moins férieufement d'éviter avec
foin, tour ce qui pourroir avilir le rang , qu’ils tiennent dans
PEglife ; ou faire perdre le refpeét, qui eft toujours dü à leur
Perfonne.
Dans les Tres fuivans, on ne remarque pas moins ke zéle
de notre Archevèque, fes attentions à rout, & fon amour de
l'ordre. Il fit ordonner par le Synode, que pendant la Vacance
du Siége, le Chapitre feroit oblizé de nommer fans délai un
Econome diligent & fidéle, pour veiller à l'entretien, & à la
confervation des Biens de l'Evêque ; afin qu’on ne vit plus, ce
qui n’étoit que crop fouvene arrivé par le paflé, que le Palais
Epifcopal , & les autres Maifons tomboient en ruine, fans que
perfonne penfâr feulement à y remédier.
S'il venoit à fe lever quelque fujet de difpure, foit entre d°ux
Evêques, ou entre un Evêque & fon Métropolitain, le Concile
défire qu’il foit d’abord nommé des Arbîtres, pour juger du
différend ; & qu'on s'en tienne à leur Détcifion ; afin qu’il n’y
ait ni fcandale , ni Procès entre des Perfonnes , que les Fidéles
doivent refpeë&ter comme des Anges de Paix.
Tous les Prélats font avertis de faire obferver plus réligieu-
fement les Jours de Fête, dans leurs Diotèfes ; de punir févé-
rement les Tranfgrefleurs ; de réprimer l’A varice ; & de la con-
damner fur-tout par leur éxemple. Chacun dans fon Eglife doit
folemnifer le Jour Anniverfaire de fa Confécration, felon Ja
Pratique des anciens Evêques , & ‘pour renouveller le premier
Efprit de ferveur (1). On prefcrit en même tems des Priéres
Liu pour la confervation , & la profpérité du Roy Ca-
tholique ; fous la protection duquel tous les Evêques de la Pro-
vince, & leurs Peuples, couloient des jours tranquilles.
Ce que notre Cardinal avoit déjà fait, pour Ha à toures
les Eglifes de fon Diocè‘e , leurs Biens, leurs Droits, & leurs
Titres ; il ft ordonner que tous les Evêques de la Province le
feroient incefflanment, chacun dans fon Diocèfe. On en noin-
. ma trois pour vifiter les Archives de PArchevêché, qui de-
(1) Quilibet Epifcoporum Naralirium [| fervor languelcat; arque, ut cum Aupuftine
faum , hoc cft Ordinationis diem fingulisan |loquamur: Quories Anniverfarins dies nofire
nis {olemaiter in fua celebrer Bccleta 3 tum | Ordinasionis cxoritwr , sure maximè boner bu-
quia perpetuo Ecclefiæ ritu id habetur, ram | jws Office sanquam primd impolitus astenda=
præteres , ne primigenius Epifcoparüs noftri bar. Et, XIV, Cap, IV , pag: fäfe
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 87
voient leur fervir de Modéle: & ces Prélats admirérent égale- L 1 y R %
ment le zéle, & la diligence incroyable de leur Métropolitain, XLII.
l'ordre, la régularité, & la difpofition de fes Archives; où on ES xrir
trouvoit recueilli, & rangé dans vingt-deux gros Volumes, une ,
infinité de Piéces, auparavant détachées , ou difperfées (1). Ils
firent leur raport au Synode ; & on prit de nouvelles mefures,
pour faire obferver une Bulle du Bienheureux Pape Pie V, con-
tre la témérité de ceux , qui, après la mort de l’Evêque, ne
craignoient point de porter leurs mains fur les Papiers, & d’en
faire difparoître une partie , lorfque leur intérêt le deman-
doit : -cêla étoit arrivé plus d’une fois dans quelques Diocèfes
des Deux Siciles (2).
. Parmi les Réglemens qui regardent la Conduite, les Mœurs,
&c les Habirs des Clercs, on doit remarquer ce qui eft porté
dans le dix-neuviéme Titre: « Il fe trouve encore’dans notre «
Province ( dit le Concile de Bénévent) une efpéce de Clercs, «
demi-Grecs , demi-Latins. Ils ne font pas Bigames , mais ils cc
font mariés. Plus Séculiers, qu’Eccléfiaftiques, s'ils femblent «
appartenir à ceux-ci, par la couleur de leur Habit ; tout le &
refte les doit faire ranger entre ceux-là. Ils ne portent point «
la Tonfure, ils ne fervent aucune Eglifg; & s'ils fe montrent «
quelquefois dans les Proceflions Générales, c’eft moins pour «
grofhr le Clergé, que pour le deshonorer. Le Synode veut, «
ue les Evêques les avertiflent de porter déformais la Ton- «
fire Cléricale, & un Habit décent, s'ils prétendent jouir des «
Privilèges des Clercs ; faute de quoi on ne les comptera plus «
ue parmi les purs Laïques. A l'égard de ceux qu'on apelle «
Es Diacres champêtres, parce qu’ils fervent dans quelques «
Eglifes de la Campagne, quoiqu’en effet ils n'ayent reçu au- «
cun Ordre ; on s’en tiendra, dit le Concile, à ce qui fut ré- «.
glé l'an 1623, dans un Décret émané de la Sacrée Congré-
gation , & autorilé par le Pape Gregoire XV (3) «.
(r) Qui, Vifitatione peraéta, San&ifimis
Patribus retulerunt, cfle illud propè admi-
pabile , cüm in co præter vaftæ Diæcefis, &
amplifimæ Provinciæ Scripturas, antea dif-
péde , & fermé diflipatas , non foldm col-
egerit, fed etiam miro ordine, digefferit; &
ioter cærera Inventarium emnium bonorunm
Ecclefiarum , Locorumque piorum , Civita-
is, & Diæcefis in 22 ingentia volumina,
fummo libore, & fuimpcu diféributum , Paf.
toralem ejus follicitudinem mirificè com
mender. Z#, XV, Cap. II, pag. 516.
(2) Ur autem Archivum perpeiuÿ inte-
gram cuftodiatur , Sanéta Synodus in memo«
riam revocat Conftiturionem B. Pii V, quæ
incipit, Munsris noffri : in qua nefarium fa
cinus in plerifque Epifcopalibus Regni Sici=
liæ Citra, & ultra Pharum deteftans, nempè
uôdd Cathedralibus Ecclefis Præfyle vidua-
ts, Vicärn à Capitulis Confituri, graûà, ri
more, odio, vel fordibus, quas volunt 1ne
quifitiones, & teftimonia rerum, & caufas
ram Crimimalium , violant ,fubripiunt & 12.
cerant , ne deliétorum copninio , vel vindiéta
ufpiam confequerur, &c. Jéhd. Cap. IF.
(3) Græcaaici rités refiduum in noftra Pro=
Livre
_XLII
Benoit XIII
men mg
83 HISTOIRE‘DES HOMMES ILLUSTRES
Le vingtiéme Titre rapelle les Décrets du Concile de Tren-
ce, fous Paul IIT , & Pie 1V , touchant la Réfidence des Béné-
ficiers dans leurs Eglifes , & la maniere de remplir cette obli-
gation. On y renouvelle toutes les peines portées contre ceux
qui négligent un Devoir aufli eflenciel ; & on condamne quel-
ques Coutumes abufives de certains Chapitres. Le vingt-unié-
me traite des Prébendes, des Dignités, des Canonicats. Le
vingt-deuxiéme regarde la Collation des Bénéfices Eccléfiafti-
ques. Dans le vingt-troifiéme, on défend étroitement l’aliéna-
tion des Biens des Églifes: & dans les quatre fuivans, il eft parlé
des Dépôts facrés, & des Déporfitaires ; du Pécule des Clercs ;
des Teftamens; des Sépultures , des Funérailles, des Cimetié-
res, &c. oo oo :
Le douziéme Chapitre du vinge huitième Titre renferme un
Réglement, bien digne de la Religion de notre Cardinal, & de
cette Charité fraternelle, qui régnoit entre tous les Evêques,
dont le Synode étoir compolé. | | È
« Comme il ne feroit pas jufte ( y eft:il dit) qu’un Evêque,
» dans les derniers momens de fa vie, füt privé des Secours
» fpirituels, que chaque Fidéle fouhaite recevoir dans la nécef-
» fité : le Saint Synode, conformément à la Pratique des Pe-
» res, ordonne que lorfqu’un Evêque approchera de la mort,
» les trois plus anciens Chanoïnes, parmi les préfens , feront
» avertir l'Évèque le plus voifin, afin qu’il fe rende en diligence
» auprès du Malade ; foit pour lui adminiftrer les derniers Sa-
» cremens ; foit pour le confolér, & l'aider à mourir fainte-
» ment, Le même Prélat, avec tout le Clergé, Séculier, & Re-
» gulier, fera les Obfèques de l'Evêque défunt. Les Chanoi.
» nes, qui négligeront ce Devoir de Charité, & de Reconnoif-
» fance, envers leur Pafteur, doivent étre interdits de leur Of:
» fice : & les Evêques du Synode fe condamnent eux-mêmes à
..» fubir la même peine, s’il leur arrivoit de ne point fe rendre
| qe mixtumque genus , proue biformis | complen
» d’abord chez le Malade, lorfqu’ils feront avertis du danger.
» Et parce que l’Evêque le plus voifin pourroit fe trouver lui-
» même malade, ou autrement empêché ; le Synode, dans la
» difpofition qu’il fait, en marque toujours trois, qui doivent
vincia Clerici funt conjugati, non Bigami ,| mandum potiüs, quam ad Clericalem cœtum
res Mandat itaque S. À uiue
ici poffunt : nam fi eorum veftes afpicias ,| ut Epifcopi eos moneant, ut in habitu, &
dempto colore, Laïcales farmä , ornatu, &| Tonfura decenter incedant, fi Canonis pri
incifuris invenies. Tonfuram non deferunt , | vilegio uti velint.... Aliès renuentes inter
Ecc.efix non deferviunt: fedin aliquibus in-| Laïcos computari , omnino declarent ...4
serdum fupplicationibus apparent ad defor-| Tir. XIX, Cap. I,1II,pag. 526. ,
| » 1Ç
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 8»
fé rendre mutuellement ce dernier Devoir; & il exhorte les «
Evêques qui viendront dans la fuite, de perpétuer dans la «
Province le même éxemple de la Charité Epifcopale (1).
Pour ne rien omettre de tout ce qui pouvoit contribuer à
la Gloire de Dieu, à l'honneur du Clergé, à l'édification des
Fidéles, & au Salut des Ames, le Concile de Bénévent vou-
lut remectre en vigueur plufieurs Statuts, ou Réglemens, por-
tés autrefois par les Conciles de Carthage , de Toléde, de
Brague, & de Milan; les uns touchant la Difcipline Eccléfiaf
tique .... l'adminiftration des Sacremens , les Ecoles, & les
Séminaires des Clercs; les Obligations des Curés ; la Vie des
Chanoïines ; les Monaftéres des Réguliers ; la Clôture des Re-
ligieufes ; les Devoirs des Confefleurs, des Prédicateurs, des
Adminiftrateurs des Hôpitaux, des Notaires, des Procureurs,
des Avocats Fifcaux : les autres, touchant la Simonie, l’Ufu-
re , le Commerce interdit aux Clercs, les Dîmes , les Obla-
tions, le foin des Pauvres, des Malades’ des Pélérins; le Culte
des Reliques, & des Images des Saints ; la Décence des Egli-
fes, & des Autels; les Libertés, & Immunités Eccléfiaftiques ;
là Pfalmodie, & la Célébration des Divins Offices.
Sur plufieurs de ces Articles, il eft exprefflément ordonné
que , dans toutes les Eglifes Cathédrales, ou Collégiales de la
Province, on fe conformera éxaétement à ce qui fe pratiquoit
dans la Métropole , afin que, feloh les fages Maximes des An- :
ciens ; chaque Epglife particuliére reçoive les Régles du Saint
Miniftére , d’où elle a reçu l'honneur de la Confécration ; &
que la même Eglife , qui eft la Mere des autres dans la Di-
gnité Sacerdotale, en (oit auffi refpectée comme la Maitrefle,
& le Modéle , dans la maniére de faire le Service Divin (2).
LIrvre
XLII.
Benoîr X{II
(1) Ne Pontifici viam univerfæ carnis in-
grefluro , ea defint pietatis officia, quæ fibi
quifque impensè defiderat , Sanéta Synodus
SS. Patrum revocans inftituta decernit, ut
Epifcopo morti proximo , tres primi de Ca-
alius fit, qui tantum pietatis opus exerceat..….
Quoad Succeflores verd , exhortantur eos,
ne in pofterum veftigia hujufmodi premere
dedignenrur. Ti, XXVIII, Cap. XII, page
itulo præfentes vicinum Epifcopum , pro ut
10 fequenti tabula, invitent ; qui ftatim ve-
niat; quique fi vivum Epifcopum deprehen-
derit , quâ par eft, Charitate confoletur ; &
pro opportunitate SS. Euchariftiæ, & extre-
mæ Unéionis conferat Sacramenta ; eaque
Omnia præftet, quæ ad animæ falutem eo
tempore requiruntur, Mortuum verd , unà
Cum Sæculari & Regulari Clero folemni ritu
ad fepulchrum is ... Hunc erdi-
.nem Patres fuâ fponte digeflerunt, ut ali-
guo, vel defan@o, vellegitimè impedito ,
Tome VI,
\
536:
(2) Quod Bracharenfi , Gerundenfi ,& To-
letano, Conciliis fanéte ftatutum eft, ut Me-
tropolitanæ Sedis auétoritate uniufcujufque
Provinciæ Cives , Reétorefque Bcclefiarum,
unum eumdemque in pfallendo teneant mo-
dum , quem à Metropolitana Sede cognove.
rint infticutum ; ut inde unufquifque fumae
Regulas Magifterii, unde honoris Confecra.
tionem accepit: ut , juxta Majorum Decreta,
Sedes quæ uniufcujufque Sacerdotalis digni-
tatis eft Mater , Ecclefafticæ dignitatis, vel
rationis fit Magifra : ee innovans Se
Livre
X LII.
Bewoir XIIT.
CREER EEE CREER
Tir. XLVII » de
Haæreticis,
ab omnibus Provinciæ noftræ Cathedralibus,
90 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Les nouveaux Quiéciftes |, & quelques autres Sectaires ;
avoient voulu répandre leurs Maximes, ou leurs Erreurs, dans
ho Lo endroits de la Province de Bénévent. C’eft pourquoi
ans le fecond Chapitre du quarante-feptiéme Titre, il y eft
dit : « La Sollicitude Paftorale eft furtout néceffaire dans ce
» tems ; où, par la malice de Satan, on voit des Hommes cor-
» rompus dans la Foi, qui veulent s’introduire parmi nous, &
» nous rendre complices de leur impiété. Michel de Molinos ,
» & fes femblables, ont tâché de femer la zizanie de leurs Dog-
» mes pervers dans le champ du Seigneur, pour étoufer, s’il
» étoit poflible , le bon Grain de la Foi, & des Mœurs. Mais
» le Pape Innocent XI, de fainte Mémoire, vient de foudroyer
» leur Héréfie, par fa Conftitution Apoftolique du 12 De-
» cembre 1687. On en voit d’autres, que nous pouvons apel
» ler avec Saint Paul, des Hommes charnels, parce qu'ils fe
» conduifent en tout felon la chair, & non felon l’Efprit ; qui
» fe féparent eux-mêmes du Troupeau de JEsUus-CHRIST;
», qui ignorent le Myftére de Dieu; & n’efpérent point la re-
» compenfe de la ar Le Saint Concile exhorte donc très-
» fortement tous les Evêques de la Province, de veiller avec
» foin, felon le Devoir de leur Charge, fur eux-mêmes, & fur
» leur Troupeau, afin d’en écarter ces Erreurs, & ceux qui s'ef-
» forcent de les faire recevoir. Armés du Glaive de la Pa-
» role, & ne mettant point notre confiance dans nos bonnes
» œuvres, mais dans le Secours Divin , nous devons confer-
» ver, pour nous, & pour nos Peuples, le Dépôt qui nous a
» été confié , fuyant les profanes Nouveautés de paroles, &
» toute Doctrine contraire , qui porte fauflement le nom de
» Science, dont quelques-uns Eine profeflion fe font égarés
» de la Foi(r) ». | |
Synodus , infra fcripta , quæ in San&a Me-
tropolitana Ecclefa religiofiffime fervantur,
Decembris 1687 reprobans , tanquam Hæ-
reticalia damnavit. Alii fegregant femetip{os
animales, fpiritum non Res unde &
nefciunt Sacramenta Dei , neque mercedem
fperant juftitiæ, nec judicant honorem Ani-
marum fanétarum. Ad quos errores ehmi-
nandos fan@ta Synodus Epifcopos, pro debi-
ta cura Ovium, à Chrifto Domino illis Com-
miffarum , etiam atque etiam hortatur , qua-
tenus depoftum ie dientes , devitent pro-
fanas vocum novitates , & appolitiones fall
nominis Scientiæ , quam quidam promitten-
tes, circà Fidem exciderunt ; omnemque di-
ligentiam adhibeant , ne fal{a hajufmodi dog-
mata alicubi radices figant, &c, Ts. XLWIE,
Cap. Il, pag. $ 53e | :
five Collegiatis Ecclefis circa pfalmodiam te.
nenda demandat.Tir. XXXV,C. VIII, p.543.
(1) Paftoralis Sollicitudo in primis requi-
situr hac noftra tempeftate, quà Diaboli in-
vidiâ fubintraverunt quidam homines, fecun-
dum defideria fua ambulantes in impietati-
bus; jee quidam Michaël de Molinos,
£um aliis perditæ falutis Rest , gregem
inter Dominicum zizania falforum Dogrma-
tum , Fidei puritati, & bonis moribus, ad-
verfantium , fuperfeminavit, Quæ intuitus
ex Apoñtolicæ Sedis fpecula, S. Mem, Inno-
centius Papa XI fui Ceuititutione fub die 1
‘DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. ot
Le mélange des Grecs avec les Latins attira encore l'atten-
tion du Concile de Bénévent. Il eft vrai que la plüpart des
Orientaux , depuis long-tems habitués dans cette Province,
faifoient ouvertement profeflion de la Foi Catholique , & de-
meuroient unis au Saint Siége. Il y en avoic même, à qui on
avoit confie le foin de quelques Paroifles, où les Grecs fe trou.
voient en plus grand nombre. Mais on avoit lieu de craindre
que quelques-uns ne fuffent peut-être infectés de l'Efprit du
Schifme, & des Erreurs de leurs Peres. D'ailleurs la différence
des Rits, & des Cérémonies Eccléfaftiques , pouvoit être un
fujet de fcandale aux foibles. Le Synode donna là-deflus diver.
fes Régles, contenues dans onze Chapitres, pour marquer aux
Miniftres Grecs, foumis aux Evêques Lacins, ce qu’il leur étoit
permis, & ce qu'on leur défendoit de pratiquer dans les Céré-
monies du Baprème, dans la Confécration de l'Euchariftie ,
dans la forme de l'Abfolution , & dans la Bénédi@ion qu'ils
donnoient à ceux de leur Nation, qui contractoient Mariage
en leur préfence. Le Synode les oblige à l'obfervation des Fè-
tes des Latins, avec lefquels ils fe trouvent mêlés, Mais quant
aux nie , & à l’Abftinence, on ufe envers eux de quelque
indulgence : car, felon l’ufage de leur Eglife , les Grecs jeû-
nent tous les Vendredis, & tous les Mercredis de l’année ; &
jamais le Samedi : aufi le Concile de Bénévent ne les oblige.
vil pas au Jeûne du Samedi, excepté Île Samedi Saint. Hors le
tems de Carème, il leur permet, ou tolére, l’ufage de la viande
les Samedis ; mais feulement dans leurs Maifons, & lorfqu’il n’y
a point de fcandale (1). |
Les fept derniers Titres renferment encore plufieurs falu-
taires di se , fur divers points de Difcipline. On peut les
voir dans le Synodicon, publié par notre Cardinal. Il fuffit d'ajou.
ter ici que tout fe pafla, dans fon ps Concile Provincial,
avec tant de paix, & de conformité de Sentimens, que cela mèê-
me fut la preuve la moins équivoque, que ce Synode affemblé
au Nom de JEsus-CHRIST , étoit aufli dirigé par d'Efprit
de Vérité. Cette fainte Union des Peres, qui fut pour tous les
(1) Græci inter Latinos degentes’, dies fef- | antiqua traditione non teneantur, fed dum-
tos de præcepto ejufdem Larinz Ecclefæ fer-| taxat ad abftinentiam. In jejuniis quoque bi-
varetenentur, Tolerandus verè ufus carnium | duanis, vel triduanis, vel aliès à Diæcefanis :
die Sabbati , ubi fine fcandalo fieri poteft , | vel in Jubilæis à Summo Pontifice indiétis,
in locis ramen ipforum , & inter eostantüm, | dies Sabbati in eis comprehenfus, vel præt-
cm ipf qualibet Hebdomada, Feria 1v, &. criptus, in alium diem pro Plebibus Græcis
Feria vr jejunent, Tolerandum quoque eft ,{ ab ipfis Diæcefanis , auétoritate Apoftolicà
ut ad jejasium eodem die Sabbati in Qua-| jam concefà , permittirur commutari. Tire
dragefima, excepto uno Sabbaro Sanéto, ex! XLVIIT, Cap. X, PE $ 54. |
: À ï
Livre
X LIL.
BrNnoîfr XHII.
RER RER, v
LIVRE
X LII.
Benoïr XIIL
92 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Fideles un grand fujet d'édification , étroit comme la fuité de la
fage modération, & de la Douceur Chrétienne de leur Métro-
politain ; qui ne cherchoit point à dominer fur fes Freres ; ou
qui ne dominoit que par l'éclat de fes Vertus, & la bonne
odeur de fa Vie. On voyoit tous les jours, & avec admiration,
Ja fainteté de fes actions. La pureté de fes intentions étoit con-
nue. On ne pouvoit ignorer avec quelle ardeur il cherchoit à
obliger tout le monde, & à faire du bien à tous, Il aimoit ten-
drement tous fes Diocéfains ; il honoroïit les Evêques fes Suf-
fragans, comme fes Freres : & il éroit plus qu'aimé des uns,
& desautres. On admiroit furtout la grandeur, & la majefté ,
avec laquelle il traitoit tout ce qui concernoit le Culte Divin;
la diligence , & l’éxactitude qu'il avoit apportées pour l’arran-
gement des Matiéres ; & la maniére également noble, & mo-
defte, avec laquelle il A EN ce qu’il croyoit devoir réta-
blir , ou réformer dans les Eglifes de fi Province. Tous les Evê-
ques promirent qu’ils tiendroient inceflanment leurs Synodes
Diocéfains, pour faire éxécuter ce qui venoit d’être réglé dans
Je Concile Provincial.
Les Statuts, ou Réglemens, ayant éré Iûs, & unanimement
approuvés, ils furent fignés à côté du Grand Autel de l’Epglife
Métropolitaine , par le Cardinal Archevêque, par les Evêques
préfens , & par les Procureurs de ceux qui étoient abfens *: le
tout en ‘9e ence de plufieurs Notaires Apoftoliques, du Cha-
pitre de la Métropole, & de prefque tout le Clergé de la Ville,
& de la Campagne. Un Evêque prononça enfuite le Difcours
de Félicitation, ou d’A&ion de Graces, & les Peres furent con-
gédiés. Le Métropolitain, au nom de tous, écrivit une Lettre
Synodale au Pape Innocent XII; pour foumettre au Jugement
de Sa Sainteté , les Actes du Synode , & en demander à con-
firmation. Voici cette Lettre, & fa Traduction.
(*) Ceux qui foufciivirent étoient au nom-{li, Evêque de Nocera ; 12°, Fr. Jean, de
bre de vingt & un: fçvoir 1°. Fr. Vincent-
Marie Oifini, Arch.vêque de Bénévent ; 2°.
Fr. Céleftin Labonia , Auguft n Réformé,
Evêque de Monte-Marano ; 3°. Antoine de
Sangro , Clerc Répulier, Evêque de Troyÿe
dans le Royaume de Naples; 4°. Jofcph de
Lezera , Clerc Régulier Mineur , Evêque
d’Alipha ; 5°. Charles-Félix de Matta, Evé-
que de Saint Sever ; 6°. Jean-Baprifte, Evi-
que de Telele; 7°. Ang Cerafo, Evêque de
Bovino ; $°. Frinçn's-Antoine Punzi , Evê
que d’Afcali ; 9°, François-Antoine Gianno-
ni, Evêque de Bojano; 10°, Jofeph Catalani,
Evêque de Larinaj 11°. Dominique Morel-
LS
Ordre des Carmes , Evêque d’Ariano i13°.
Michel , Evêque de Termine; 14°, Fabrici,
Evêque de Guardia- Alfarez ; 15°. Pompée,
Evêque de B:zegl:a; 16°. Tibére-Majorin,
Abbé Général de la Congrégation, apellée
de Monte-Virginis : 17°. Don Donat-An-
toine Clavelli, Vicaire Général ; 18°. Jac-
ques-Antoine de Antonellis, Procureur de
’Evêque de Ste. Agathe des Gots; 19°. Ho-
race Memoli, Procureur de l’Evêque de Tri.
vento ; 20°. Antoine Mariella, Archiprêtrede
l’Eol fe de S. Barthelemy, Procureur de l’Evê-
que de Volturara , & de Monte Cervino ; 21°.
Marc , Procureur de l'Bvêque d’Avellino.
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. »3
TRE S-SAINT Pere, Livres
XLIL
mumennenenmnen——.
BENoîr XIII.
© SANCTISSIME PATER,
REA GULARI Dei benignitate
fatlum exiffime , ut Prouincialss
Synodi convocationem, quam à pri- la
I L ne faut point douter, que ce ne foit
7 une faveur fpéciale du Ciel, que
élébration de ce Concile Provincial, XVIL.
Lettre du Car-
mis Minificrii mei in bac Metropo- dont j'avois été toujours occupé, depuis
L mon entrée dans le Diocèfe, n’a pu avoir dinal Archevèqre
fon effer,quefouslestrès heureuxAulpices de Bénévent , au
de Votre Sainteté. Ce n'eft donc niàdes P2Pe Innocent
événemens fortuits, ni à la ruine prefque : ” £
générale de cette Ville; mais aux Deffeins Vis %700dier. 577.
Litana Ecclefia liminibus in votis ba-
bebam , [ub fésciffimis Sanilitatis
ucfire Aufpiciis tandem aliquando
obtinerem, Dilatam fi quidem banc
fpem non rerum viciffundini, non
uic everfe Civitati, [ed infcrutabils
Divine Sapientie Confilio acceptam
refero. Si nansque in bac Synodo is
fuit divine Domus velus, ea Religio-
nis tnende, atque ornande confpira-
tio, © confenfus , ut multitudinis effet
cor #numn, © anima un4 , non Alinn-
de in noffrum omnium capita bic ef-
fufus Spiritus, nifi de fpiritn veftro.
Æcquis [ub tanto Pontifice, [xb quo
pictas incrementum , impietas detri-
mentum naîle [int , non fénfi. nove
Vérintis igniculos , qui, #t manu fer-
me tetigi, velut [anile charitatis in-
cendia , in Fratrum meorum Coepif-
cCoporum petloribus, excirantur ?
Exultavit [anè bec rediviva Ci-
vitas , in qua olim Summi Romani
Ponrifices Pradecefores vefiri [ex Con-
cilia , quorum tertium -Ecclefiaflice
Hifforie parens Generale appellat ,
babuerunt : bic Nicolas IT, ad Mo-
nachorum controverfiolas fedandas fe
fe paterno affeilu inclinavit : hic Vic-
-tor LIT, extento brachio in Guiher-
tum Antipapam , cjufdemque Schif-
impénétrables de la Sagefle Divine, que je
croisdevoirraporterce retardement.Car,
fiparmitouslesEvêques, &lesautresMem-
bres du Concile , on a vu tant d'union, de
concorde ,& de paix, qu'ils ont paru tous
n'avoir qu'un Cœur, & qu'une Ame: s'ils
ont été tous animés du même zéle de la
Maïfon du Seigneur , pour l'Honneur,
& la Défenfe de la Religion: n’eft-ce pas
du Chef de toute l'Eglife, que nous
avons appris à nous conduire avec cette
fage & fainte modération ? Sous un Pon-
tife fi digne du premier Trône de l'E-
glife, qu'il remplit avec tant de gloire ;
& dont la feule préfence fait triompher
la Piété, & pälir l'Impiété, quel eft le
Fidéle , qui ne conçoit pas de nouveaux
défirs de pratiquer la Vertu ? Il me fem-
le que j'en ai fait moi-même l’expérien-
ce; & j'aiété Témoin de la fainte ardeur,
dont tous les Evêques de ma Province
ont paru embrafés.
La joye n’a pas été petite dans cette
Ville, déjà renouvellée après fa ruine ; &
dans laquelle‘ les Souverains Pontifes,
vos Prédéceffeurs , ont autrefois affem-
maticos Epifcopos , excommunicatio- blé fix Conciles , dont le troifiéme eft
n3s fulmen contorfit : hic Urbanus II apellé Général, par Baronius, C’eft ici,
Ecclefiaflice nervwmn tendens difcipli- Très. Saint Pere, que le Pape Nicolas II,
ne , idem in cofdem jacwlatus eff ful- pour appaifer les petits Troubles de quel-
men : bic Pafchalis I], in [uo primo ques Monaftéres , voulut bien tenir une
Concilio, Laïcas manus ab Ecclefiaf- Affemblée d'Evêques. C'eft ici que Vic-
ticis rebus abflerruit ; in fecundo, Ec- tot II employa les Foudres de l'Eglife,
clefias fuis veris Relloribus reflituit ; pour abattre l’orgueil del’Antipape Gui.
sn tertio, Manricium Burdinum Bra- ee , & des Evêques Schifmatiques, qui
charenfem Archiepifcopum , Antipa- fuivoient fon Parti. C'eft iti que le Pape
pars pravidens fu:nrum , ab Ecclefia Urbain IT, pour rétablir l’ordre, & dé-
| on | Mi.
-
Livre
X LI I.
BeENoir XIIL
remnnemmepeqmemes 1$
94 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
fendre l'Unité de l'Eglife,renouvellales reddidis excommunemn. Letata ef bac
Cenfures contre les mêmes Rebelles. ÆAferropolitana, que, erff olim dno-
C'eft ici que Pafchal II a célébré trois rm © triginta Comprovincialinm
Conciles , dont nous confervons encore Epifcoporum conventums complecteba-
les A@es. Dans le premier il réprima l'a- r#r, deinde quatuor € vingenti Ve-
vidité des Laïques , & les empêcha de rer æilem cœtum afpexit; modo due-
porter leurs mains fur les Biens de l'E- deviginri dumraxat enumerat ; om-
life. 11 récablit dans le fecond plufieurs ses tamen Latinas Merropoles, qua
Éénéficiers, & les remit en place. Dans swwiraris vinculo, Sante veflre Sedi,
le troifiéme il prévint un Schifme, en Ecclefiarum omnium Matri, O Ma-
retranchant de la Communion des Fidé- giffre annefluntur , facile antecellit ;
les, Maurice, Archevèque de Brague, 94 Fratrum corona predeceffores
qui cabaloit déjà pour s'élever au Sou- ei circumdat , ante Tridenrinum
verain Pontificat. C'eft ainfi que les Suc- Concilinm fingulis annis Provincia-
ceffeurs" de Saint Pierre ont fouvent ho- les Synodos celebrabant : poff Conci-
noré de leur préfence, & de leurs plus liwm, Cardinalis Archiepifcopus S.s-
auguftes Affemblées, cette Eglife Mé- bellus bis , Archiepifcopus Foppa,
tropolitaine, fi diftinguée parmi celles, #on ita pridem enmdem Provincia-
qui demeurent toujours unies à Ja Sainte les conventum coegere ; sta certe nt
Églife Romaine, la Mere, & la Maïtrefle vererum © recentinm bujufmodi
de toutes : quoiqu'’elle n'ait aujourd’hui Confhiturionnm duodecim batlenns
que dix-huit Suffragans ; elle qui en Codices collegerim. Cum itaque bac
comptoit anciennement trente-deux, & AÆdetropolitana omnes imter Italicas,
dans la fuite vingt-quatre. Mes Prédé- in Provincialibus Synodis fucceffive
cefleurs dans ce Siége ont toujours eu un perfolvendis conflantior extiterit, tan-
foin particulier de tenir fréquenment ris Afajorwm nofirorum vefhigiis ego,
des donciles Provinciaux : il y en a eu © Comprovinciales mei religiose in-
avant le Concile de Trente, qui affem- berentes , Provincialem Synodum
bloient tous les ans leurs Synodes : & gwaruordecim Epifcoporum , alio-
depuis ce tems, le Cardinal Sabelli en r#mque Prelatorum ordinariorum
a convoqué deux, cr Foppa frequentis , fumma Cleri, Popsi-
en a tenu un, après le milieu de ce Sié- que leritia, die x1 Aprilis, Deo inf°
cle. J'ai recueilli en douze Cahiers, les pérante inchoatam , xv1 , eodem
anciens , & les nouveaux Statuts de ces adjuvante completam , nan: om
illuftres Prélats. Cette Métropole s'étant mu omnino affenf, confenfs,
donc toujours diftinguée entre toutesles rite celcbravimus. Que vero pro im-
Eglifes d'Italie, par le zéle perfévérant à becillirate noffra in ca conftituta funt
tenir réguliérement de faintes Affem- Decrera, ego, @ Fratres mei, qua
blées, c'eft à moi aujourd'hui, & à ceux major; es , reverentiaæ, bumi-
qui partagent avec moi le Gouvernement /irate , @° obedientia , mittimus ad
e cette Province, à marcher fur les tra- Sanélitatem vefiram , cjufque judi-
ces de nos Prédéceffeurs. Ce n'eft aufli cio, ac Cenfure emendanda fubjici-
que dans cet Efprit, que nous avons te-"ws. Deo interim vota perfoluimus,
nu ce dernier Concile Provincial; où j'ai we ad Ecclefie [ne tuelam, Sanili-
eu le plaifir de voir quatorze Evêques sa1em vefiram diutiffime ferves in=
Suffragans, plufieurs autres Prélats, un cofumem ; ad cujus Apoflolicum Thro-
grand nombre de Perfonnages de méri- zum provoluti, paternam Beneditlio-
te, & une joye parfaite, tant dans le nem , nobis, Gregibus noffris, 6° uni-
Ciergé, que parmi ke Peuple. Notre verfe offre Provincie precamur.
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE 95
Datura Beneventi die xv1 menfis Aflemblée heureufement commencéele Lrynrx
Aprilis 1693. x1 d'Avril, a été terminée par la Grace YLII
Hunillimi … ob fini, ac de Dieu, le xvr du même mois , avec "7"
r . pra figues Are fri un Concours édifiant ; & on n’a rien BENOÏT XIII.
pre "a : A é ji; °Mis de ce qui eft prefcrit pour un Con-
sr Hepsfcopus , RUE A Fes cile légitime. Tous les Décrets, que
ji . PUeAneS nous y avons formés , nous les préfen-
CH10 HORCUCRIANO CAROMICE CORTE LL ec une obéiffance filiale à Votre
2. | Sainteté, & les foumettons avec refpe&
_ Fr, Vincentius- Maria Cardinalis à fon Jugement, ou à fa corre&tion. Nous
Archiepifc. Præfes, &c. ne ceflerons cependant de demander au
Seigneur , qu'il lui plaife de conferver
long-tems Votre Sainteté à fon Eglife ; & nous vous fupplions de nous
accorder , ainfi qu’à tous les Fidéles de notre Province, votre Bénédiction
Apoftolique. |
Donné à Bénévent le 16 Avril 1693.
| De VOTRE SAINTETE",
Les très-humbles, très-dévoués, & très-obéiffans Fils, & Serviteurs,
l'Archevèque, les mers & les autres Prélats légitimement affemblés
dans le Concile de Bénévent.
Fr. Vincem-Marie Cardinal Archevêque, € Prefidens
du Concile. |
Cette Lettre, contre-fignée + deux Secrétaires du Con-
cile Provincial , fut très-agréable au Pape ; qui y répondit
ainfi : |
Dileëlo Filio noffro Vincentio- Marie À notre cher Fils, Vinc. Marie ORSINI, LXVIIL
Ti. 5. SixtrS. R.E. Prafb. Card. Cardinal Prêtre de la Sainte Eglife Bref du Pape
URSIN Oo. Romaine, du Titre de S. Sixte, Ionocent XIL
INNOCENTIUS PP. XIE InNocEenT XII Pape,
Diledte Fili nofter, Salutem, & Notre cher Fils, Salut , © Bénédiéiion
Apoñtolicam Beneditionem. Apofholique.
Æ Ts 1 de eximia pictate, deque Q UorqQuE nous euflions déjà bien
incenfo zelo , quo demandatam Lg des preuves de votre rare Piété, &
Pañorali cure ine Beneventanam de ce zéle plein d’ardeur, qui vous ap-
ÆEcclefiam gubernas, © regis, pre- plique continuellement à la conduite de
clara nobis non decrant argumenta ; V'Eglife de Bénévent, que vous gouver-
£gevif nibilominus admodum fimus nez avec tant de vigilance ; nous n'avons
comprobatum sdipfum agnofcere in vu qu'avec une finguliére fatisfa&ion,
Previnciali Synodo , quarm convocaf- les nouveaux fruits de votre Sollicitude
H; prater meritum cnim , quod ex Paftorale, dans le Concile Provincial,
inde in te abunde redundar , juffam que vous venez de célébrer : car outre
etiam in [bem adducimur , fore we que c'eft pour vous un grand accroiffe-
ali , confimili in gradn confliuti , ment de mérite , nous avons un juite
LIvRE
XLII.
BENoîT XIE.
CHERS RME SERIE
LXIX.
Le Cardinal fait
impiimer les Ac-
tes de fon Concile,
déjà approuvés
par la Sacrée Co:.-
grégation.
. LXX.
Dépouilles des
Evêques , reler-
vées par Clément
Nil, Antipape.
26 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
ad idem [olliciré preflandum vehe- fujet d’efpérer, que les autres Métropo”
menter excitentur. Uberes autem tibi, litains s’efforceront d’imiter l'éxemple
nec non Epifcopis, caterifque Prala- que vous leur avez donné. Nous ne pou-
tis , qui una tecum pradiila in Syno- vons vous refufer, non plus qu'à tous les
do convenerunt , landes tribuentes, Evèques, & aux autres Prélats de votre
non omittemns rogarc illam pro cu- Concile, les louanges que vous méritez ;
jus gloria amplificanda fednlam ope- Nous prierons A le Seigneur,
ram impenderunt , nt Apoflolicam pour la plus grande Gloire duquel vous
Bencditlionem , quam hac prefertim avez entrepris cet Ouvrage, de répandre
de caufs peramanter omnibus ac fin- fur vous l'abondance de fes Graces, & de
gulis impertimur , cffufa beneficentie confirmer par fes céleftes Bénédictions,
fe largitate cumuler, atque confir- celle que nous vous donnons, avec une
met, | | affection véritablement paternelle.
Datum Roma, apud Sanilam Aa- Fait à Rome, dans le Palais de Sainte
riam Majorem , fub Annulo Pifca- Marie-Majeure , fous l’Anneau du Pe-
toris, die 16 Januarii 1694, Pon- cheur, le 16 de Janvier 1694, la troi-
tificatus nofri anno tertio. fiéme année de notre Pontificat.
Lorfque le Pape écrivoit ce Bref, la Sacrée Congrégation
avoit déjà lù, & approuvé les A&es du Synode de Bénévent :
& notre Cardinal ne différa point de les faire imprimer. Les,
Pafteurs zéles pour l'honneur du Clergé, & le Salut des Ames,
y virent le Modéle, qu'ils pouvoient imiter : &, felon la Re-
marque d’un Auteur , Marc Battaglini, Evèque de Nocera
dans l’Ombrie, a inféré avec éloge les A&es & l’Hiftoire de
ce Concile, dans le quatriéme Tome de fes Annales du Sacer-
doce , & de l’Empire (1). | |
Indépendanment des fruits, qu’on fe promettoit de retirer
de ce Synode, pour le maintien, ou le rétabliffement de la Dif-
cipline Eccléfiaftique ; on en recueillir un autre avantage, d’au-
tant plus précieux , qu’il étoit moins efpéré ; d’autant ee con-
fidérable, qu’il ne fut pas pour les feules Eglifes de la Province
de Bénévent : toutes celles du Royaume de Naples en profitc-
rent avec Aion de Grace. Voici le fait. |
Il y avoit plus de trois Siécles, que dans la naïflance du grand
Schifme d'Occident, après la mort du Pape Gregoire XI, le
Cardinal Robert de Généve, elû, comme on ait. dans la
Ville de Fondi, prit le nom de Clément VIT, & pour avoir de
{1) Anno 1693 menfe Aprili Provinciale
Concilium celebravit , in quo quatuordecim
Suffraganoi Samnii Provinciæ Epifcopi , ac
infuper tres honoris caufà, cum Abbate Ge-
nerali Montis Virginis , alifque Abbatibus
interfuere ; in quo nihil plane ad Sacræ Rei
fplendorem , præclarumque totius aétionis
prdinem , nihil ad inftaurandam , retinen-
damque in univerfa Provincia Ecclefiafticam
difeiplinam , cui optimis fanétionibus non
En tiéretee , defideratum fuit, Marcus Bat-
taglinus, Epifcopus Nuceriæ in Umbria, to-
tius rei feriem in Annalibus fuis Sacerdotii &
Imperii Tomo IV , fummis Jaudibus çom=
mendavit, Archi. Firm. pag. 12.
quoi
- DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 97
quoi foutenir {es Prétentions contre Urbain VI , fon Compé-
titeur , il fit un trafic honteux des Bénéfices, & dépouilla en
lufieurs façons les Bénéficiers, & leurs Eglifes. Dans rout le
os de Naples, où il étoit reconnu, il fe réferva les De-
pouilles des Archevèqtes, des Evêques, & des autres Prélacs ;
c'eft à dire, tous les Biens, qu'ils laifloient en mourant, & qui
appartenoient de droit à leurs Eglifes ; Eglifes pour la plüpart
d'autant pe pauvres, qu'elles fe trouvent plus mulripliées.
Lorfque le Royaume de Naples bientôt après changea de Mai-
tre, il changea auffi d'Obédience. Clément VII fut rejeté com-
me Antipape; & Urbain VI reconnu pour le feul vérirable Pon-
tife. Mais ce que l'un avoit déjà établi, l’autre ne l’abolit pas.
On continua toujours de même fous fes Succefleurs : & lors
même que le Schifme finit, on n'eut pas le plaifir de voir fi-
nir ce qu'on apelloit le Droit de la Chambre Apoñtolique.
Cependant , comme nous l’apprenons de notre Cardinal , les
inconvéniens, les troubles , & les fcandales , qui naïfloient de
1 , n’étoient point petits : & on ne s’y accoutumoït pas, parce
que le mal croifloit toujours par la cupidité de on à Ofi-
ciers, commis pour recueillir ces Dépouilles. Les Evèques du
Synode de Bénévent, avant leur fépagation, avoient prié leur
Métropolitain , de vouloir bien employer fon crédir, & fes inf-
tances auprès de Sa Sainteté , afin d'obtenir l'abolition de cet
Ufage. Ils la demandoient, cette abolition, comme une faveur,
ë& une grace, qui n’intérefloit pas moins leur repos, que le bien,
& la tranquillité de leurs Eglifes. Le zélé Archevêque fe pré-
ta volontiers à leurs juftes défirs; & le fuccès répondit aux
fiens. On trouvera l'explication, & la preuve de ceci, dans les
LIrvRE
XLITI.
Benoît XIIL
LXXI.
Inconvéniens ,
qui naifloient de
[a
Piéces , que nous allons rapporter, & qu’on peut bien regar-.
der comme un précieux Morceau de l’Hiftoire Eccléfiaftique.
Lettre du Cardinal ORSIN1 48 Pape INNOCENT XIL.
BErATISSIME PATER, TRE’s - SAINT PERE,
C° NCILIUM Provinciale Be- L E s Evêques du Concile Provincial
neventanwm , pof} humillima pe- de Bénévent , humblement profter-
dum ofcula, aternam Sanélitai vef- nés aux piés de Votre Sainiteté, vous fou-
tre precatur Saluten. Pofiquam de haïtent le Salut éternel, & vous fupplient
bis que ad Ovium nobis commiffærum de vouloir écouter favorablement leur
regimen [pirituale pertinent, Paflo- demande, Après avoir réglé, autant qu'il
rali follicitudine aëlum pro viribus a été en nous, tout ce qui concerne la
fuit, Sanilitaii vefire humiliter ex- conduite fpirituelle des Brebis confites
ponere decrevimus, pro omnium nof- à nos foins, il a été réfolu dans leSynode,
Tome VI.
Synodic, pag. 578
LXXII.
Le Car“iaal Or-
fini en demande
Pabolition,
LIVRE
X LIT.
Benoît XIII
. avec la Liberté Chrétienne, ce qui {e- qui
98 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
d’expofer à Votre Sainteté , poar notre tram iv generali coxfolations , +4
commune confolation , un autre Arti- que s# ansmaerum noffrarum inevi-
cle, qui nous touche de fi LE , que tabile, © lacrymabile damuum ce-
nous pouvons dire (& nousledifonsdans dere nedum experimur , [ed cians
la plus grande amertume de notre cœur, m4gn4 ansmi nofiri egritudine dole-
fondés he une expérience journaliére ) mss. Ea eff Commifariorum R. Nur-
ue le Salut, ou la perte de nos Ames, cisture in morte Epifcopi petulamis,
Émblent dépendre de là. Telle eft l'avi- sw oix iufirmiras aggrauerur , cum
de cupidité de ceux qui font chargés de fpolinm taliter fe sndifcreré accin.
recueillir les Dépouilles des Evêques, gwws, quod nec remcdia corporali fa-
u'ils n'apprennent pas plutôt la mala- Juri neceffarie applicari decenter fi
die dangereufe d'un Prélat, qu'on les sant ; nec en, que ad anima procu-
voit courir indifcrétement à fes Dépouil- rarionem pro religiofa morte agere de-
les. Ils ne permettent pas qu’on employe bæ Prelatus , Cbriffiana liberrare
tranquillement les Remédes, qui pour- exerceri permittant ; in ranrums se
roient foulager le Malade; ni qu’on faffe A morients now Confeflariss,
juvet; fed Commiffarins, qui
roit néceffaire pour le difpofer à une fpolict, non fine populorum fc Fey
fainte Mort : mais il'arrive, au “der lo, affifiere videatur : G° hoc tam
fcandale des Fidéles, qu'un Moribond purvo Reverende Cameræ Apoffolica
voit plutôt autour de fon lit, un Com- provenis , ut vumnis pretiofa , f° que
miffaire pour le dépouiller, que le Con- fins, fibi refervari, € non is pro-
feffeur qui doit l’aider , & le confoler. fefum ejnfdem Camera cedere guoti-
Cepeñdant ce qui en revient à la Cham- duné experientis compertum fit. Que
bre Apoftolique eft fi peu de chofe , de caufs ipfi Oratores 4d hoc tam
qu’on ne craint pas d’aflurer (parce qu'on perniciofum animarnm fuarum dam-
en a plufieurs preuves ) que tout ce Qu'il rw» evitandum , ad Saniliratis ve[-
peut y avoir de précieux, tourne uni- tre paternam clementiam recurrere
uement au profit de ces Collecteurs. decreuerwnt, nt dignerur coflem bu-
Cell ce qui nous oblige de recourir miles Oratores, ad difii fpolii cors-
à la Clémence paternelle de Votre pofitionems admittere, co modo, €
Sainteté , pour la fupplier humble- fm, gwibus Capitula Cathedra-
ment de vouloir faire ceffer ce fcan- Jim" hujus Regni reperinntur ad-
dale , en faifant eftimer , & réduire mille, habitä raione reditunm uniuf
ce Droit à une certaine Somme , à cxjufque Ecclefie fupplicantiam: que
proportion des Biens , & des Reve- compofitio cam certa deinde exiite-
nus de chaque Prélat ; de la même ma- ris, omxi fraude, & dolo carebit ;
niére qu'il fe pratique dans les Cha- & is evidentem Reverendæ Came-
pitres des Cathédrales de ce Royaume. re Apoffolice urilsitatem redundabis ;
La Taxe une fois impofée, étant fixe ipfique Oratores , praclufo fcandalo
& certaine, il n'y aura ni trouble, ni prediélo fic perniciofo, chrifiiana,
fraude à craindre : il en reviendra da- religiof[a morte requiefcent ; © dun
vantage à la Chambre Apoftolique ; & vivwrt, pro gratiærnm aëlione incef-
les Supplians délormais en repos, à l'a- fanrer Deum O. M. pre Sanlitatis
bri de toute inquiétude, & de toute weffre incolwmitate depreçabuntur.
crainte de fcandale , attendant qu'il pla Darwrs Beneventi die 16 menfs
fe au Seigneur de les apeller à lui , ne Aprilis, anna 1693,
ecfferont d'offrir à Dieu , avec un cœur Fr. Vincentius-Maria Cardinalis
plein de reconnoiflance, leurs Vœux, Archiepifcopus, Præfes,
*
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 09
& leurs Priéres, pour ka confervation de Votre Sainteté, Donné à Béné- L ry rpg
vent, le 16 du mois d'Avril 1693. : X LII
Fr. Vincens-Marie Cardinal Archevique , Préfident du Concile. Benoît XIII
: Re
- Nous ne doutons pas que notre Cardinal n'eûe déjà traité Lxx111.
de cetre Affaire avec Sa Sainteté : la demande d’ailleurs éroit | Et l'obrient de
trop modefte, trop preflante , trop jufte ; & le Pape Innocent ans
XII, autrefois Archevêque de Naples , en connoifloit trop Îa
juftice, pour n’y avoir pas d’égard. Le Saint Pere accorda donc
tout ce qu'on lui demandoit ; & beaucoup plas qu'on n’avoit
ofé demander. La Bulle, qu’il publia à ce fujet, eft trop lon-
e, pour être rapportée ici en entier ; mais auf trop intéref-
ante, pour que nous ne la mettions point èn partie fous les
yeux du Lecteur. Elle commence ainh
1:
INNOCENTIUS EPISCOPUS INNOCENT EÉVESQUE, LXXIv.
Servus Servorum Dei. Serviteur des Serviteurs de Dieu. Bulle du Pape
Innocent XII.
Ad perpetuam rei memoriam, Pour féruir de mémoire à la Pofférité. Vis in syuodic.
pag. $79°
NSCRUTABILIE aterne Su- D Epurs que, par un fecret Ju-
pientie Arcano , nmiverf Orbis gement de la Sagefle Eternelle, &
Æcclefss , merinis licet imparibus , fans aucun mérite de notre part, nous
prafidemes, vigilis mvre Pafloris , im avons été chargés du foin de toutes les
omats agri Dominici partes mentis Eglifes Chrétiennes ; nous ne ceflons
nofire oculos circumferemns, ut quid- ( comme il convient à un Pafteur vigi-
quid earuwmdem Ecclefiarnm , illa- \ant ) de porter nos regards, & nos at-
rumque Anrifiitum , flatui, decori, tentions fur les diverfes parties du champ
commedis , tranquillitati, € neceffi- du Seigneur , afin de procurer, pour la
tas convenire cen[èmss, ad majorem plus grande Gloire de Dieu, & autant
Dei Gloriam, follicitis, @ beneficis qu'il eft en nous, tout ce qui peut con-
Pudiis promeveamus ; pro nt rerum, venir à l'Etat , à l’'Honneur, à la paix, à
locorum , C° temporum circonflantiis la commodité , & à la néceflité de ces
attensè penfaris is Domino confpici- mêmes Egliles, & de leurs Pafteurs; fe-
mus [alubriter expedire. lon que les circonftances des Affaires,
Hinc dum ad Regni Neapolis Me. des lieux , & des tems femblent le re-
tropolitanas, © alias Cathedrales Ec- quérir,
clefias , nt plurimum inopes, exi. Ce n'eft qu'avec une fenfible douteur,
guas , nt pote inter fe valide propin- que nous réfléchiffons fur l'Etat, où fe
qnas , © ad magnum numermm cen- trouvent aujourd'hui tes Métropoles , &
tum triginta quinque , comprehenfis les Cathédrales dans le Royaume de Na-
invicems mrftis , afcendentes, quot in ples. La plüpart de ces Eglifes, fort pau-
Pluribus , ac ctiam majoribus Regnis, vres, 8 très-petites, manquent ab{olu-
C' Dominiis non exiflunt, converti- ment des moyens néceflaires , pout fou-
mas offre confiderationis sntuitum ; tenir la fplendeur, & la Dignité de leur
non ire gravi animi mærore perpen- Siége : car on voit des Evêques , des Ar-
dei, pler {que carnm Arcbiepife- chevèques, & d’autres +. , ayant une
ij |
100 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre
XLIE
PENOîÎ
T XIII.
Jurifdi@ion comme Epifcopale , avec pales, @ Epifcopales, nec non ali
tous les Droits des Ordinaires, dontles gworum Prefulum inferiorum , [es
Revenus cependant ne vont qu'a deux Dignitatum quaf Epifcopalem Jurif-
cens Ecus, ou environ. Ce qW'il faut at- ditfionem , few Ordinariorum Jura
tribuer d’abord à la trop grande multi- babentinm , menus, ob Diecefum an.
lication des Cathédrales; dont le nom- gxflias, incolarum, © Agricolarum
Fe en y comprenant celles qui fontréu- deficientiam , terre motuum frequen-
nies,vaäcenttrente-cinq:cequ'ontrou- #fam , aliafque temporums injurias ;
veroit à peine dans les plus grands Royau- d gnitatis fplendori necefariis , feu
mes, & dans les Etats les plus étendus. consruis carere reditibus ; iffofque re[=
Par-là les Diocèles font trop bornés ; & pets sis po men[arnm bujsfmo-
les Eglifes trop près les unes des autres. di vix ad annuam fammam [cutoruns
Ajoutez à cela que le Pays eft peu peu- ducerrorum , vel aliam paxlo majo-
lé, & les Campagnes prefque défertes, rem afcendere ; © p opterca prafa-
à caufe des fréquens T'remblemens de 145 Metropolitanas , C alias Cathe-
terre, & des autres malheurs des tems, drales, ceterafque ditlorum Prelao-
Ainfi bien loin de pouvoir donner à ces rum inferiorum Ecclefias, illa, quam
Eglifes tous les Vabs facrés, avec cetair Dei Domus expofceret, majelate , er
de grandeur, & de majefté, qui devroit eleganti ffruilura , nec non decenri
fe trouver dans la Maifon du Seigneur; füppelkëlile facra,nece[[ariifque repa-
on ne peut pas même y faire toujoursles rarionibus indigere ; Miniftrorum
réparations les plus néceffaires, De cette quoque Ecclefiajticorum fuficientiam,
pauvreté vient encore la diféte de bons € idoncitatem, ob hujufmodi vel ine-
Miniftres, capables -de faire comme il piam , vel non opulentiam , defidera.
faut le Service Divin. Aufli les œuvres ri ; piaque opera inibi in dies decref
de Piété , & de Charité deviennent-elles cere, £ alicubi defeciffe. Unde criam
tous les jours plus rares ; & on peut dire aæures benignins C" arientius porrexs-
qu’en certains endroits on n’en voit pref- mus querimoniis nuper ad nos propar-
que plus. Toutes ces confidérations nous 1e Wen. Fratrum nofirorum , Archie.
ont porté à écouter favorablement les pifCoporum , © Epifcoporums eju[dem
plaintes, qui nous ont été faites depuis Kegwi delaris, de fpoliorum Subcollec-
peu, de la part de nos vénérables Fre- teribns ; quibus, tametff per opportu-
res , les Archevêques, & les Evéques du #45 Sedis Apofholice, cjufqne Officia-
même Royaume, contre les Colleéteurs lim provifiones fatis mandatum fus.
des Dépouilles des Prélats. On n'ignore fe nofcatur , w viventibus Prefulibus
pas les intentions du Saint Siége, niles hujxfmodi, à bonorum ex reditibus
Défenfes exprefles , faites par fes pre- fxarum Ecclefiarum , © multo magis
miers Officiers, pour empêcher que les alinnde per cos acquifitorum feque[-
Prélats ne foient troublés de leur vivant tratione, puffeffione, © occupations
par la privation deleursBiens.Onaméme prorfus abflinerent ; nihilominus ali-
févi quelquefois contre les Tranfgref- qui ex isfdem Subcolleiloribus , fuis
feurs de ces Défenfes. Mais tout cela n’a facultatibus abutentes, nec pœnas,
pu réprimer l’avidité defdits Colleëteurs, qwibus in tranffrefores, nt par ff,
ou Sous-Colleteurs. Sans être retenus juflisié mediante, animadverti non
par le Devoir, & fans craindre le châti- fwr pretermiffum , reformidantes;
ment, ils ont continué d'agir avec la mé- quinimo bi magis commiferands
me dureté, 11 femble même qu'ils ont fsiffet inopia, vel angnfiia, moleflias
ufé de plus de rigueur envers ceux dont € rigorem , lucri gratiä, multipli-
l'indigence devoit les toucher davantage, canres, f#b fequelirationis , affecure-
® DE L'ORDRE'DE S. DOMINIQUE. : ror
tionis, vel alio pretexts hujufmodi , Et fous prétexte de s'affurer de leurs y, VRE
Archiepifcopos ; Epifcopos , € Pre- Dépouilles', ils ont inquiété en mille XLII
Latos inferiores , egritudine preffes, @ maniéres, & les Prélats malades , & ceux :
én extremis ctiam laborantes, com qui. les fervaient dans l’extremité, où lê Bewoir XIII
modo, ufu , © poféfionc bonorum mal les avoit réduits. |
prefatorum , vel aliquorum ex illis; ; Voulant donc faire cefler. ces incon-
privare ; feu alirer spfos , ipfifque in- véniens , & pourvoir en même tems
fervientes perturbare prefimplérurt. aux befoins des Eplifes, & à la tran-
Cupientes propterea cjufmodi ma- quillité des Pafteurs ; afin qu'ils ne foient
dis opportusum adhibere, remedium , plus troublés , fur-tout dans ces der-
ac decori, commodis , © indigeutiis niers momens, où accablés par la ma-
refpetlive Ecclefiarum, © Amifii- ladie, & prêts de paroître au Jugement
sum hujufmodi, iffornmqne in extre- de Dieu, le repos d'Efprit leur eft fi né.
mis, © fic de fumma rerum agen- tellaire : apres une müre Délibération;
tium , tremendumque Dei judicium agiffant de notre: propre mouvement,
amox fubiturorum , quantum fieripo- avec connoïflance certaine, & de la plé-
teff, quicti, ° tranquillitati in bac nitude de l'Autorité Apoñtolique , nous
Parte confulere ; moiw proprio, ex aboliflons toutes ces Pratiques ;. & nous
certa [cientia , G matura délibera. renonçons pour toujours, à tout le Droit
tionc.nofiris, deque Apofholice: potef: ne Coutume très-ancienne ,. & les
sais plenitudine, ab omni , € que: Conftitutions de quelques Papes, don-
cumque jure, quod ad Cameram nof- noïent à la Chambre Apoftolique’ pour
tram Apofolicam , ex antiquiffima Éxiger, percevoir, acquérir, les Biens,
confuetudine |, @ Conflituionibus les Effets, l'argent, les Droits, &.les au.
Apofholicis hailenus fpetlafé dignof. tres choles, de quelque prix , valeur ,
citur , percipiendi, crigendi , haben. efpéce, sp , à quantité » apéllées
di, © affequendi omnes, fingulas, communément les Dépouillés des Pré;
C quafcumque pecurias , res, effec- lats. Nous déclarons., que tous les Ar-
us, jura, fe moventia, € hona', chevêques , Evéques , & Prélats. infé-
ctiam flabilia , cuiufcumque pretis , rieurs du Royaume de Naples, ceux
aloris , fpéciei, qualitatis, quan- même qui ont été pris des Ordres Ré-
tisatss exiflant , per memoratos Ar- guliers, font, &. demeureront défor-
chiepifcopos, Epifcopos, C' Prelaros mais éxempts, & délivrés ; nous les dé-
snferiores ditii Regni, etiam:ex Or- livrons, & éxerptons, pour tous les
dinibus Regulaxibus affumptos , ex vems à venir, de l'obligation de donner
réditibus , fruilibus, O prouentibus de leur vivant, ou de faire remettre aux
fwarum Ecclefiarum , quomodocum- Commiffaires de la Chambre Apoftoli-
que vere, € proprie acquifita, fpo- que; les Biens qu’ils ont acquis , foit des
dia nuniupata, nec non frutlui natu- Revenus de leurs Eglifes, ou autre-
noue aie MENT. ee 0 + + + + + +
pore mortis perceptos , [en exaëlos ex Mais en accordant cette grace, nous
rediibus prafatarum Ecclefiarum , voulons , & prétendons , que tous ces
aiam inconfumptos , © incommix- Biens, après la mort des Prélats, tour-
tos ; non 1amen pendentes , [en inex- nent au profit des Eglifes Métropoli-
aclos , fpecsalis dono £rätite perpe- taines, qu Cathédrales, dont lefdits Ar-
tuis futuris temporibus, diclos Ar- chevêques, Evêques, ou autres Prélats,
chiepifcopos , Epifcopos , G Prelatos avoient la conduite : & s’il fe trouve que
inferiores Regns prefatiomnino eximi. ces premiéres Eglifes n’ayent pas befoin
ts, liberamus ; ac exemptos, &* de ce fecours, on en fera un don aux
N ii
101 HISTOIRE DES HOMMES TLLUSTRES
L:vrx Eglifes Paroifliales, fituées dans les mê- liberaros ef, fore, cenferi volu
X LEI, mes Diocèfes, Nous laiffins une entière mws, € mrandemus : ad cficlum. 1e
——— liberté, & donnons plein pouvoir an ner, C7 rom alias, ut premifs om+
Benoit XIIT, Archevèques , esix Evêques, & à tousiles me, G' fingala, ad Prefatas Mer
autres Prélats, de difpofer eux mêmes srepolitèras , aliafque Cathedrales,
de: leurs_Biess , en faveur ides Eglifes, © relrquas , qwibus memerasi dra
dont nous-venons'de::parles, [ls feroht chqn/iss, d° Epsftopi, feu Prale
cette difpofition., qüand & del ma- # ; prehderint, 5llifque. non indigere
niére, qui kur paroîtra à plus éonvena- tibus, ad Parochiales Ecclefias, eo-
bie: & nous en chargeons kur Conf: run repimips commiffas , (peilare ;
cienœæ “5... 5e 2." Ou‘: . , cad sarumdem faveram, Gin Be
. Que s’il arrive que lefdits Prélatswien- réfioims , feu anilitasem cedere , ape
nent à mourir, fans avoir fait cetté dif phivari , converti ; fèu érogari de
potion, ou défignations foirqu'ilsayent been. Prafaris smmen Archicpifcopis,
négligé de la faire, ou qu'ils d'en ayent Epiféopis, Pralaris, ms rongruss
point eu le tems, &ckes moyens: leurs sÿ#s, applicationes , € eroçgariones
Dépouilles n'en appartiéndront pas pramifforæm ie bemeficinm , ©: urili.
moins aux Eglifes mentionnées: & dans rem hujufimodi Ecclèfierum , ix
ce das, ce fera aux Archevêques., aux ques, fén quas eadem premiffe appli.
AS es ou aux autres Prélats, qui leur cæmnde ,ereganda , feu expendenda eff
faccéderont , de faire cette difpolition; emfwerint , defipnare valeant , pere
{elon leur prudence, & leur fagefles mais mértimms , iodulgemus , & oppor-
toujours du {çu , & avec le confeil de rwrem facultæem defuger voncedi-
leur Chapitre : car c’eft ainfi que nous mws, @ impartimur; ac fuper pre.
J'ordonnons expreflément, millis .ommibus etiam confrientian
:_ Nous défendons enfin aux Chapitres rc gg nr ec off à
& à tous les Chahoines de ces mêmes capormws, © Prelatorum oncramun
Eglifes , ainfi qu'à toute forte de perfon- - Qwod ff Archrepifcopi , Epiftop;,
nes, d’inquiéter en aucune façon leurs © Prelaii prediits ad huju{modi de-
Archevêques, ou leutsautres Supérieurs, f£gnationem , (en difpofitionem deve
foit pendant teur vie, foit dans leur der: mire molmerint , vel nequiverinr, ad:
niére maladie, ni de troubler ceux qui bac premiffa omnia, C finçula, ad
font à leur fetvite , fous quelque pré- diéfes Ecclefias, at prefertur, fimi.
texte que ce puifle être. Mais dorfqu'il lier fpeltare, d° ad favorem, fes in
aura plû au Seipnéut, d’'apellér à lui ces bencficium , nfum , © mriliratem c4s
Prélats ; alors les Chapitres, avec les Vi- rwwdems Ecciefierum , prudent: Ar
caires Généraux par eux élûs, auront ehsepi/coporwm , Epifcoporum , ©
foin de faire un Inventaire éxact , & fi- Prelarorum hujnfmodi Succeforun
déle de tous les Biens, qui auront ap- #birio, cum fuorume Cpirulorum
partenu au Prélaë défunt :-& ils-pren- féienta, @° confilio convertenda, €
dront en même tems toutes les précau- æpplicanda, € eroganda effè, € fe-
tions néceffaires, pour conferver füre- re, omnino volsmus, C mandamus,
ment tous Ͼs Biens, jufquՈ cequ'ilen 44 bec, Capiulis @ Canonicis
foit difpofé , comme il a été dit, par diflerum Ecclefiarum , © aliis qni.
l'Archevêque , Evêque, ou autre Pré- bufoumaue inhibemus , ne viventes
lat, Succeffeur du Mort. Car c’eft à ce etfem agrotantes , d'in extremis conf
Succeffeur, conjointèment avec le Cha- #rwros Archiepifcopos, Epfeepes, œ
pitre, qu'appartiendra le Droit de faire Prelsos prefaies, commodo, »fx, F
l'applicatron des mêmes Biens; &c tou. pofefione emriars premsiforum, tu
pa
IDE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE: ros
aliquorum ex illis.,. fu féquefiraties tés :leé procédures néceffaires, pour re-
ns, affecurationss., vél. 0 Prius TRONVEF CE QUL en feroitégaré. .. &c,
privare, fes illos ,illsfque inferuiens :. né: Rome » à Sainte Marie Ma-
tes guoguo modo p der ss jure , l'an ‘de. Notte Seigneur 1693,
léfiare p refismant À Je Aumiax4f» Le 30..de Janvier, & la troifiéme année
pofquam idem Archicpifcop}, Epif° de notre Pontificat. -.
copi, © Prelati, fherimr viam nni- OÉ EEr dE :
verfe carnis ingreffi, memoratis.Capitulis, eerumque Vicariis Capitularibus ref
petlivé, premiforwm Iwuettarium rise fideliier cenfcribendi , illaque interins
affecurandi, aie vera » Epifopis, @ Pralatis prefatis Succefforibus ,
fsper premilfis, pro ut de jure #rgsirendi, procedendi , judicandi, € exequen-
i; ac cum [cientia, € con]ilso F6 ds DATES Capinlorum , ut prafertur ,
convertendi, applicandi, Ctrogandi | vmiièm © 'quamiümque facultatem , ju
rifditlionem , © aboriaten neceffariam , ° opportnnam ‘refpellsvé concedimus ,
© impartimur . . , O'c. Di à honte
. s
Damm Roma, apud Sanêlam Mariam Majorem , gnno Incarnationis Domi-
nice 1693 (*), tertio Kalendas Februariÿ, Pontificatés noftri anno tertio.
Tous les Evêques ou plutôt rous les Bénéficiers du Royau-
me de Naples, Énfbles À la fayeur, qu'on venoit de leur ac-
torder , s’emprefférent d'écrire à nôtre Cardinal’, dés Lettres,
pleines de policeffe , de félicitation ; & de rèmerciment ; pour
un fervice, qui leur écoit d'autant plus agréable, qu'ils l'avoient
plus long-rems, &.plus ardeñment défire, Pour lui, 4présavbir
rendu {es humbles Actions de Graces. à l'Autéut. de rous1és
Biens’, il voulut réndré publique fa Reconnoëlänte’ énvérs lé
Saint Pere, & la faire pañfer à la Poftérité, par l'feption fui:
vante, qu'il fit graver fur le Marbre:
4 0
esse te 4
UT Ut TL Neapolitant Régni à 2
2: Sübfimia Femploram teélé éterinm © 1:
e Fe TNALETEE Quatie Allelaia st 0 0 ee ne
| (Ne deinceps nuda fint » Pafforam Spoliis Gtavie ‘ >
1 __. Ixwocenrrvus XIY, Pontif, Opt, Max,
HE ins Provincial Benevebtano Concibo ; nu
. Ur LU UT 0 Étlebrmo- + 7 .
Dre r et Menfe April Anno 1693. © +. : tn
| [7 Divino cent Confifio-fi@amp
* 49) Dans- ka dare de eette Bulle on a fui jcile de Bénééent ; & cette Letére ayant été
vi Pancien ftyle , felon lequel l’année nel écrite le 16 d’Avril 1693, la Bulle ne peut
Commentoic que le 25 de Mars ; ainf dans | pas être du 30 Janvier de la même année :
LivrE
XLII.
Benoîr XIIL
SEE SP ERS
LXXV.
Aion de Grace
au Pape, pour
cette —aveur.
Synodic. pag. 582;
Ica. Sacr. T. VII,
Col. 179.
Archi, Firm. p. 14
1e cas prélént , 1e mois de Janvier eft le pre-| 1°, Le Pape Innocent XII ne fat élu que le
“fier de 1694 , felon: le fiyle nouveau. Lal 12 de Juillet «691 ; :tne pouvoit donc
Preuve de ceci, c’eft 1° Que k Bulle Zn- | compter Ja troïiéme année de fon Ponuf-
férmabili eft poftérieure à la Lettre du Côn- Î cat | dans le mois de Janvier 1693.
Benoît XII, Hs
CRRRESNTEES ESRI
LXXVT
104 HISTOIRE DES HOMMESILLUSTRE
-, + Pfeudo-Clemens VII his adioventis Spoliüs, 11 .:
.... , Urbanum- VE; -Néépolitarium: Pontif, Maximum
edit 2 Spolierg nifis et 0"
* INNOCENTIUS XI, Neapolitänus , |
| _ Spokierani abolitione à" 7
Concivis Memoriam , & Nationalium Ecclefiarum inopiam : :
MR .... Decore veftivit.
.e L è 7: Tanto ‘Hierarchæ beneficemtiffimo . # &
se Fe
ue DO ss - 13 ‘Hoc in Marmorë | :
le he agen Do gas,
RE Non ex ademptis » fed ex remiffis Spoliis,
PE Fr, Vincentius — Maria Ordinis Prædicatorum ,
Cardinalis Ussrnus Metropolita »
_.. Àc cæteri duodeviginti
Samnitium Provinciæ Pontifices
L | Érexerunt,
.,8 port... 4npo ab Orbe Redermpto 169%
à a
_Ce que l’on pourroit traduire ainfi ,.moins peut-être felon
Ja lettre ,.que felon le fens : « Que les Voûtes de nos Tem-
x ples ; ‘dans rout: le Royaume de Naples, retentiflent conti-
».nuelfement.du chant des Saints Cantiques : car pour ne pas
p les laiffer fans Ornemens , le Saint Pere Innocent XII les à
» enrichis des Dépouilles des Pañteurs , fur les humbles inf,
» tances du Concile Provincial ; célébré à Bénévent, dans le
» mois d'Avril 1693. Nous reconnoiffons ici le Doige de Dieu.
» Le faux Clément VII voulut autrefois fe férvir de'ces Dé-
» pouilles, pour opprimer fon Concurrent, le Pape Urbain VI,
» Napolitain , & Innocent XII, du même Pays, de l’aboli-
» tion des mêmes Dépouilles., vient d’immortalifer le Nom
» d’un bon Citoyen, & de couvrir la honte des Eglifes de fa
» Nation. C’eft donc pour perpétuer la mémoire d’un fi grand
» Bienfait, que le Gardinal Vincent-Marie des Urfins, de l’Or-
» dre des FF. Prêcheurs, & les dix-huit Evèques de la Province
» de Bénévent, ont élevé, ce nouveau genre de Trophée , à
» l'Honneur d’un Souverain Pontife, vériablement Glorieux 3
» non pour avoir remporté les Dépouilles des Ennemis, mais
» pour avoir donné aux Epglifes, celles de leurs Pafteurs, L'an
» de Grace 1694%, |
Quelques grandes que fuffent les occupations de notre Ar-
L’Archevêque chevêque , furtout depuis cinq ans, que les fuites du Trem-
de Becncvent €
blement de terre l’engageoient à des Dépenfes expraordinai-
: PT RS PR NE iii
:: DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. ro;
res , & à des foins plus continuels ; fon Travail fe trouvoit en-
core bien augmenté , par les fréquentes Commiflions , qu’il
_recevoit de la Cour de Rome. Les Souverains Pontifes, par la
confiance qu’ils avoigent en fes lumiéres, fon expérience, fa
capacité , lui renvoyoient la connoifflance , & la décifion, de
HE me routes les Affaires Eccléfiaftiques, qui naifloient dans
4e Royaume de Naples : & la nature de ces Affaires deman-
doit quelquefois qu’il fe a en perfonne fur les lieux.
._ L’Evêque de Nocera, dans la Pouille, Dominique Morelli,
autrefois l’un des Officiers de notre Cardinal, qui l’avoit fait
élever à l’'Epifcopat, étant en procès avec le Chapitre de fa
Cathédrale, fouhaita que cette Affaire fût terminée par la
Médiation du Métropolitain , ou par fon Jugement. Le Cha-
pitre parut être dans les mêmes Ééfirs 5 & la Congrégation,
apcllée des Evêques, & des Réguliers, l'ayant député, pour
. mettre la tranquillité dans cette Eglife, il en fit la Vifite en
qualité de Légat Apoftolique ; Éxamina tout avec l’éxactitude
d'un ‘Juge ; &prononça avec la bonté d'un Pere. Sa Sentence, en
faifant cefer fe fujet des Divifons , rapella la paix , concilia les
Efprits, & engageales Parties à vivre déformais dans cette bonne
intelligence , qui édifia le Troupeau. Ceci fe pafla peu de mois
après le Concile de Bénévent , dans le mois de Juin 1693 (1).
” a de Lezera , Evêque d’Alipha dans la Province de
Labour , au pié du Mont Apennin , avoit demande la même
chofe, pour un cas aflez femblable ; & le Synode de Bénévent
n'a voit pas refufé de joindre fes prières à celles du Prélat. Le
zélé Cardinal fe rendit donc dans ce petit Diocèfe, au mois de
Novembre de la même année, fit la Vifite de la Cathédrale;
prie connoiflance des différends, qui en troubloient la tran-
LivRre
XL:
BEenoîr XIII.
mms
charge par le S.
Siège, dedifféren-
tes Commiilions.
LXXVIL
Dans le Diocèfe
de Nocera.
LXVIIT.
Dans celui d’Ali-
pha.
quillité, corrigea divers Abus ; & peu content d’avoir fait finir
les difputes , il laiffa de fages Réglemens , pour en prévenir de
femblables (2). C'étoit moins par l'autorité, que lui donnoit
fon Caraétére ; que par fa réputation de Sagefle, & de Sainteté,
qu’il terminoir bien des Affaires, en moins de tems, qu’il n’en
auroit fallu à un autre, pour les inftruire : rien ne rébutoit le
_ {15} Hocitidem anno 1693, die 15 Funii,| Tom, VIII; Col. 179. :
ad Civitatem Luyceriæ, fuæ Provinciæ, ac-| * (1) Eodem anno menfe Novembri ad Ci-
ceflit; ac pluribus diebus, in vim delegatio-| vicatem Aliphit, fuæ Provinciæ , acceflit ; ibi.
pis S. Congresationis Epifcoporum, & Re-|que Cathedralis vifitatjonem, fibi à Provine
gularium , dirimendis controverfiis inter|cisli Concilio, inftante Jofepho de Lazars
Epifcopum , Dominicpym Morellum , ac Ca-| Epifcopo , demandatam , laudabilibus datig
thedralis Capitulum ,vacavit, &c. J5#. S#er.| Decretis, peregit, &c, Jbid. |
Tome V'I, °
106 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvnaz zéle, & rien n'échapoit aux lumiéres de ce Grand Cardinal ;
XLII. d'autant plus grand, qu'il étoit fincérement humble,
Brsoir x , Ce ne fut qu'au retour de ces deux Vifices, que l’Archevèque
“ de Bénévent reçut la favorable réponfe d’Innocent XII à fa
LXXIxX. Lettre, & qu'il en confacrale fouvenir, par l’infcription qu’on
Des Shi de vient de raporter, LeS. Siége ne tarda pas à le charger du foin
| de faire untroifiéme Accommodement, dans le Diocèfede Ve-
nofa, qui n’étoit point de fa Province : mais le mérite du pieux
Cardinal, indépendemment de fa qualité de Légac du Pape,
luiattiroit par tout le refpe des Peuples, & la confiance de leurs
Pafteurs. Les uns & les autres fe failoient un plaifir de remettre
Jeursintérêtsentre fes mains, & de s’en rapportér à fa Décifion.
On ne nous a point appris en quoi confiftoit l’Affaire qu'il falloit
terminer dans le Diocèfe de Venofa : on s’eft contente de dire
qu’elle étoit très-difficile ; & qu'il la craita dans Je mois de
May 1694(r). | |
Toutes les fois que notre Archevêque rentroit dans fa Ville
de Bénévent, après fes Vifites, on étoit accoutumé à vofr les
fidéles de tous les Etats, maïs particuliérement les pauvres ,aller
en foule à fa rencontre; & marquer autant de joye de le revoir,
ue fi chacun recevoit de nouveau fon Pere ,après une langue
nXX2X . abfence. Il eft vrai que ce bon Pafteur foutenoit parfaitement
cours à l'Evêque, € Caractére, la les foins infinis, qu’il prenoit de tous fes
& au Peuple d'A- Citoiens ; aux befoins fpirituels, & temporels defquels il ne
reine cefloit de veiller, & de pourvoir. La petite Ville d’Avellino, dans
la principauté ultérieure, ayant été prefqu’entiérement ruinée,
Es un Tremblement de terre, arrivé le huiriéme jour de Seprem-
re 1694 ; le Cardinal Orfini écrivit auflitôt des Lettres de.
confolation à l’Evêque, l’un de fes Suffragans; & il fit plufieurs
xxx Charités à ce pauvre Peuple. Portant toujours plus loin fes
Pr attentions , il voulut finir l’année par une aétion de charité
fon Chapire, envers les Morts, le trentiéme de Décembre 1 694. L’Archevé-
que de Bénévent fit, dans fa Métropole, une Fondation de vingt
Anniverfaires ; & donna pour cela un fonds, qui devoit rendre
au Chapitre 12 Rente Annuelle de deux . foixante-neuf Du-
cats. (2). |
Des que les Statuts du même Chapitre furent dreflés, confor-
(51) Anno 1694 menfe Maio, OppidumE (2) Die 30 Decembris ejufdem anni, vis -
Spinæ Aureæ Veaufinæ Dixcefeos af , ar- D ginti annua Anniverfaria, ad Metrbpolitani
dua pro caufa , ab fonocentio XII fibi dele- | Capituli beneficiam, fandavit, eonftitutà dos
gata. Die. Sas. T. VIII, Col. 130, Ete annuos Ducarës 269 complente. I,
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 107
-mément à ce - avoitété ordonné dans le dernier Synode Pro- Livre
vincial , l’Archevêque les lût, & les éxamina avec fa diligence
ordinaire, Il en étendit, ou expliqua davantage quelques-uns,
il en modifia quelques autres : les approuva; exhorta fortement
tous les Chanoïnes à les obferver fidélement, & voulut qu'ils
fuffent imprimés : ce qui fut éxécuté au commencement de
l'année 169$ (x). |
I avoit fair une partie de fes Vifites Annuelles dans fon Diocè.
{e ,lorfque des Affaires l'ayant apellé à Pre , dans le mois de
May, il ÿ donna de nouvelles preuves de fa finguliére dévotion
cavers Saint-Philippe de Neri. Le jour qu'on Célébroit fa Fête,
Ja centiéme année depuis fa Mort, Notre Cardinal chanta une
Mefle Solemnelle , & prononca à l'honneur du Saint, un beau
Panégyrique, dans l'Eglife de l'Oratoire en préfence d'unnom-
breux Clergé, & de trois Cardinaux (2)...
: Peu de jours après, il prit pofeffion de l’ancienne Abbaye de
Sainte Sophie, que le Cardinal Pamphile lui avoit cédée, fous
une forte Penfion, & que nôtre Archevêque n'accepra, que
pour avoir la liberté de la rétablir, autant pour le fpirituel, que
pour le temporel. Une partie des Bârimens de ce Monaftére
étoit déja par terre;les autres fort ébranlés ,ou extrêmement né.
A sg ii ruine. Lezélé Prélac fit d'abord mettre la main
l'œuvre, pour relever les uns, & remettre les autres fur un
pic, à ne pas craindre firôt les injures du tems. Voulant auffi
du la chûte du Clocher, qui auroit pû entrainer celle de
’Eglife , ille fitabâtre, le changea de place ; & en fit conftruire
un de marbre, Il prit le même foin de tous les précieux monu=
mens, qui fe trouvoient dans l'Eglife de Sainte Sophie ; vérifia
éxaement les fainres Reliques , que fes Prédécefleurs, ou les
Anciens Ducs de Bénévent , y avaient rafflemblées en grand
nombre ; & après la Tranflation, qu’il en fit avec beaucoup de
Solemnité ; il les renferma dans de beaux Reliquaires, Ses
attentions ne furent pas moindres, pour que les Dépolitaires
de ces précieux Trélors, les honoraflent par la régularité de
leur Vie ; & que le Service Divin fe fit déformais dans cette
Eglife, avec toute la décence poflible (3). C'étoit tout l’avan-
(x) Anno 169$ Capitularia ejufdera Me-]Philippi Nerü, Neapolis , Pontificalem Mif-
tropolitani Capituli partim aucta , & partim | famlitavit ; ac ante Vefperas,recurrente Fefta
moderata, juxta Provincialis Concilii Sanc- | centefimi anni ab obitu diéti Sani , ejufdem
tiones , probavit $ ac in lucem edita voluit , |laudes nobili Panegyrico profecutus fuit à
&c. La. Sacr. Tom. VIII , Col. 180, coram Eminentiffimis Garrafa de Apuirre ;
® {2) Die 16 Maïi, ejufdem anni, præviä|& Cantelmo. Ibid.
Ordinarii Fasulrate, in Ecclefia Oratorii 5,1 (3) Die a Junii præfati ‘0 poifefiongm
1
XLIL
Benoir XIII,
LXXXII.
Ilen éxamine les
Statuts, & les ap
prouve.
LXXXIII.
Prononce . Pa-
négyriqué: de S.
Philippe de Néri.
LXXXIV.
Accepte l’Ab-
baye, prefque rui-
née , de Sainte So-
phie, pour la ré-
tablir. ;
108 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvarx tage, qu'il vouloit tirer de ce nouveau Bénéfice, qui lui don-
XLII noitpeu de Revenu, & qui l’engageoit à de grandes Dépenies.
Brvoër Xi . Ceux qui éclairoicat de plus près la Vie du Cardinal des
— Urfins, étoient juftement furpris, qu’il eut affez de force d’Efprit,
Lxxxv. & de Corps, pour foutenir long-tems, tout le poids du travail,
ou & ce grand détail d’A faires,où la Sollicitude Paftorale le faifoit
n’empêche pas le Entrer. On ne comprenoit pas commenit cette faire d'actions :
Cardinal Orfini, de Voyages , de Vifites Epifcopales , & de Prédications, lui
Ouinpes laifloit encore la liberté de vaquer ( comme auroit pû faire un
". … Solitaire) à tous les éxercices dela piété Chrétienne, éxercices,
qui remplifloient les meilleures heures de la Nuit; & que rien
ne fut jamais capable de lui faire abandonner, ni diminuer,
Mais ce qui fournit un autre fujet d’étonnement; c'eft, qu'avec
la longueur de fes priéres , & la variété de fes importantes
occupations, pour le Service de l’'Eglife, & du prochain , il aic
pû fe ménager des momens, pour lire une infinité de Livres, &
en compofer plufieurs. On n’en eft convaincu que par les Ouvra-
| ges même, également pieux & fçavans, qui font fortis de fa
LxxXvI plume; & dont il enrichifloit tous les jours le Public. Nous ne
Son Symodicr. barlerons ici que de fon Synedicon, publié vers commencement
de l'année 1695, & réimprimé à Rome l’an 1724, par les foins
de François Giannini, qui a dédié cette feconde Edition au
Cardinal Belluga. ;
Lxxxvi]. C'eft un Recueil éxaét de tous les Conciles, que les Papes,
o Analyfe de cer ou les Archevêques de Bénévent, ont afflemblés dans la même
giés Ville , depuis le dixiéme, ou onzième Siécle. Notre infatigable
Prélat , ayant recherché avec un très-grand foin, & recueilli
avec beaucoupde travail, tous ces différens Aëtes, illes mit dans
un bel ordre; les enrichit de plufieurs Notes de fa façon; & les
donna au Public dans un infolio, qui parut fous les aufpices du
Roi Catholique Charles IT. On y voit d'abord le Catalogue
des Evêques, & des Archevêques de Bénévent , au nombre de
cent douze , depuis S. Photin, ordonné pe PApôtre S. Pierre,
& envoyé pour fonder cette Eglife, jufqu'au Cardinal Orfini.
Il nous avertit cependant, qu'entre le Difciple du Prince des
Apôtres, & l'iluftre Martir Saint Janvier, qui n’étoit que le
treizième Evêque, & qui mourut pour la Foi l'an trois cent cinq
de l’Ere Chrétienne, il y a eü fucceflivement onze Evêques,
infignis Abbatiæ S. Sophiæ..,. Naëtus fuir. | ex Marmore excitavit. Reliquias omnes Cedu-
Quare Ecclefiæ Sophianæ partim dirutæ , | 10 recognitas , & concinnatas voluit ; ac in.
pattim fatifcentis reftaurationem ftatim ag- | fignes in duabus argenteis Thecis..,, verè
greflus , eam nobiliorem in formam vertit, |nobilibus recondidit , &c. la. Sacr, Tom.
Dirutam Campanariam Tunim , abo in loco | WIII. Col. 180. .
NN
«
- DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 1:o9
qui ont occupé le même Siège; mais dont on ignore aujourd’hui
les Noms, &les Ations:ce qu’ilattribue, non fans fondement,
à un Edit rendu par l'Empereur Dioclétien l’an trois cens deux,
pour faire brûler , dans toute l’étendue de l'Empire Romain,
tous les Ecrits des Chrétiens, & de leurs Eglifes. Eufebe a parlé
de cet Edit, dontil avoit püû voir l’éxécution (1). |
Notre Archevèque n'eft pas le feul parmi les Modernes, qui
ait fait cette remarque; fon Eglife n’eft pas auffi la feule à re-
gretter de précieux Monumens, qui nous feroient aujourd’hui
d’un grand fecours, pour fixer dans différens Royaumes Chré-
tiens, l’époque des plus illuftres Sièges ; ainfi que la réalité de
Ja pofleffion de plufieurs Reliques. On auroit fans doute dans
ces Ecrits la preuve la plus complette, contre la Critique de
quelques Ecrivains des derniers Siécles, qui aiment à heurter les
plus Anciennes Traditions, fi on n’en peut garantir la vérité, par
des Monumens , qui remontent aufli haut que la Fondation
même des Eglifes , dont il leur plaît de difputer PAntiquité.
Le Synodicon contient, non-feulement les Actes, ou les Régle-
mens,mais auffi l'Hiftoire Abrégée de vingt-&-un Conciles Pro-
vinciaux,tenus dans l’Eglife Métropolitaine de Bénévent : fixen
rer de quatre Souverains Pontifes (*),NicolasIl, Viétor III,
rbaïn II, & Pafcal I1,& feize fous les Métropolitains. L'Auteur
ne s’eft point contenté de rapporter les Noms des Cardinaux,
des Evèques, & des Abbés, qui fe font trouvés dans ces Aflem-
blées, fur-tout dans les premieres, que la préfence du Pape <
rendoit plus Nombreufes , & plus Célébres ilnous a fait encore
connoître les Titres , les Qualités, & les principales A&ions de
ceux, qui s’étoient le plus diftingués dans ces Conciles, & il a
fait en peu de mots l’Élogé de quelques-uns, qui tenoient un
rang dans la République des Lettres (*). Prefque toujours il indi-
que les fources d’où il a pris les A&es, qu’il publie : & lorfqu'ils
Livre
XLIL.
BEnOîr XIII.
Re 2
(*) L'An toçss
1087, 1091,1:08,
1113, 1517.
(1) Undécim fubfequentium Epifcoporum
nomina ufque ad annum 300 defiderantur ;
quia anno 302 in decima perfecutione, 1%
Imperatoris Diocletiani litteras , ut refert
Eufebius, indiétum fuit , ut Scripturæ Chrif-
tianorum abfumerenturigni. Dipsicon S. Be-
mev. Eccl. Pontific pag. 1.
Parmi les Evêques, ou Archevêèques de
Bénévent , dont les Noms font connus, il y
en a feize, qui ont le Titre de Saint, ou de
Bienheureux ; feize , qui ont été honorés de
Ja Pourpre Remaine ; & quatre , que les Pa-
pes avoient tirés de Ordre de Saint Domi-
aique , pour les placer fur Je Siège de cette
Métropole. Ce fur l'an 958 , que le même
Siége , occupé alors par l’Evêque Landul.
phe 1, fut érigé en Archevêché par le Pape
“ Fe XII, Romain , apellé quelquefois Jean
(**) Dans le premier Concile de Bénévent,
tenu l’an vos , en préfence de Nicolas 11,
après Ja Soufcription du Pape, on trouve
celle de l’Evêque Hwmbers : & notre Cardi-
nal ajoute cette Note: Hwmbertus Cardina-
lis file candide , Vir infignis, & Hebraics ,
Gracs, Latinaque Lingue doñiffmas ; cujus
opers in arduis, difficillimifque megotiss Ro
mani Pontifices nf fucre , dre. Synodice
pag: 2, 6 |
O ii
Livre
XLII.
Bernoîr XIIL
CRE
LIXXXVIIL
Difcours du Pape
Viétor 11f dans un
Concile de Béné-
vent.
| » ONt ÉTÉ
de C
110 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
fonc différemment rapportés par les Auteurs , il ajoute des
remarques Critiques pour les concilier ; où il nous apprend les
Motifs, qui l'ont déterminé dans le choix. Plus ordinairement
notre Cardinal préfére à la Colletion de Labbe, les anciens
particuliérement dans celles du Vatican, & du Mont-Caffin.
Ces Manufcrirs en effet méritent d'autant plus de confidéra-
s'éroient trouvés dans les Conciles, dont ils rapportoient
Une Analyle éxaëte de ront ce qui mérite d’être Id avec
attention, dans le Synodicon, paroîtroit peut-êcre ici un écart;
inconvénient, fi nous entreprenions de faire remarquer tout ce
qu'on trouve de curieux & de recherché dans les Notes du
Manufcrits, qu'il avoit trouvés dans plufeurs Bibliothéques,
tion, qu'ils ont quelquefois pour Auteurs, des Prélars us
Sratuts, où donc ils écrivoient l’Hiftoire. ”
& nous meneroit trop loin. Nous n'éviterions pas encore cet
Sçavant Cardinal, puifqu’elles fonten grandnombre ; & qu'elles
ne donnent pas une petite idée de fa rare Erudition , de fa grande
leéture, & de la jufteffe de fon Efprit. Ne pouvant donc profiter
de tout; & ne devant pas tout omettre ; nous choifirons, foit
dans les Aëtes même des Conciles, foit dans quelques Difler-
tations de notre Auteur , une partie de ce qui peut piquer
davantage la Curiofité du Lecteur. |
Teleft d’abord le Difcours , & la Conduire du Pape Victor III.
Ce Pontife, autrefois Abbé du Mont-Caflin, ayant Affemblé
lan 1087 un Concile, dans la Ville de Bénévent fa Patrie, en
fit l'Ouverture par ces Paroles, qu'il adreffa à l’Afflemblée :
» Vous n’ignorez pas mes Très-chers Freres, & Coëvêques, ce
» qui eft connu de tout le monde Chrétien, à quelles cruelles
» agitations la Sainte Eglife Romaine, confiée aujourd’hui à
» mes Soins, s'eft trouvée expofée fous mon Prédécefleur; &
» quel a été le malheureux Complot de quelques Hommes
» Audacieux, & Simoniaques, dont la Malice, & les Violences
ortées à ce point, que la Colonne du Dieu Vivant
» en a paru ébranlée, les Filets de Pierre rompus , & fa Nacelle
» prefque Submergée. L'Héréfiarque Guibert (*), comme un
(*) Gnibers , natif de Parme , d’abord
Chanoclier de l'Empereur Henri 1V , dit le
Weil, depuis Archevèque de Ravenne, &
enfin Antipape, Dans le mois de Juin 1080,
daas un es à Brixea, le Pape
Grepoire VII fut ar ues Pré-
Lise Schümatiques d'la detre rape-
seur ; Guibert mis à fa place , fous le Nom
lément III, couronna Henri Je Jour de
Pâques 1084. Pendant vingt ans , il excita
de grands troubles dans l’Eglife, contre trois
Souverains Pontifes , Gregoire VII, Viétor
I, Urbain II. Il éprouva lui-même la ri=
eur de la Jaftice de Dieu: tantôt Maitre
Rome, tantôt chaflé de cette Ville, il
mourut miférablement l’an 1099 , excom-
munié dans différens Conciles : fes Os furene
déterrés , & jettés dans ia Riviére qui pale à
Raresue, Vide Baron. &d an, 1030 , Dre
.: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. :11rf
Précurfeur de l'Antechrift, a voulu ufurper le S, Siège, du «
Vivant même du Pape Gregoire de Saine Mémoire : & ils
continue encore de fouler aux toi , de tuer, & de déchirer «
le Troupeau du Souverain Pafteur. Qui pourroit raçonter «
tous les maux , que ce Miniftre d’iniquité a faits, & ceux qu’il s
s'eft efforcé de faire à l'Oint du Seigneur ? Les Canjurations ss
fecretes , & les Perfécutions ouvertes, qu'il lui a citées » &
Il l’a chaffé de la Ville; il a effayé de le dépouiller de l'hon- «
neur du Sacerdoce ; il a fait foulever contre fa Perfonne, «
l’Empire Romain, les Nations, les Royaumes. Et, ce qui eft«
peut-être fans éxemple, cet Homme parjure, excommunié, «
Livre
XLIL
Benoir XIII,
& fi juftement condamné, a eû la folle préfomption de frap- « .
er lui-même d’Anathême un très-Saint Pape. Rien n’a p «
l'empêcher de fouiller la Ville de Rome, de Sacriléges, d'Ho. «
micides, de Confpirations, de toutes fortes de Vices, & de «s
Crimes. En habile Difciple de Simon le Magicien , foutenu du «
crédit de fes Semblables, & difpofant à fon gré de routes les
forces de Céfar ; il a entrepris de fe placer lui-même fur la «
Chaire de Saine Pierre, contre les Préceptes de l'Evangile, au «.
mépris des SS. Canons , & des Décrets des Souverains Pon- «
tifes; fans attendre ni les Suffrages des Cardinaux, ni ceux «
des Evêques, niles Vœux du Clergé, ni le confençement du «
Peuple fdéle. ou … |
Le Seigneur ayant appellé au repos de l'Eternité, notre &
Saint Prédécefleur , pour recompenfer fes Travaux , & fes «
Combats : nous avons été portés, malgré notre sn ane & «4
nôtre réfiftance. furleS. Siége , par une Ele&ion libre, & «
Canonique. Mais le même Antipape, incapable de repentir,ne «
ceffe de perfécuter Jesus-CHrisT, & fes Brebis.C’eft pourquoi, «
de l'Autorité de Dieu Tout-Puiflant, & des Bienheureux «c
Apôtres Saint Pierre, & Saint Paul, nous le privons de tout «
Office Sacerdotal , & de tout Honneur; nous le a 1 sg «
d'Anathème, & le féparons de la Communion de l'Eglife ».
Le Pape Vi@or fe plaignans enfuite de quelques Fauteurs
de Guibert , nomme fpécialemient Hugues, Archevêque de
Lyon, & Richard Abbé de Marfeille : lefquels, après l'avoir
d’abard reconnu, s’éçoient enfuiré féparés de Jui:.ce qu'il attri-
bue à un efprit d’ambition. Le Pape veut que tous les Fidéles
s'abftiennent de communiquer 'avec eux; parce que, felon Ja
Parole de Saint Ambroife, celui. qui fe fépare lui-même de l’E-
glife Romaine, doit être regardé comme un Hérétique (1).
. {1) Nofis præterea, & benè aofis, quantes gojos... ghansafque parccutianes mibi
LXXXIX.
Ses Plaintes con-
tre quelques Pre
lats.
112 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Don Denis de Sainte Marthe, dans fon Gallia Chifliana, loue
beaucoup les Qualités, & les grands Talens de l’Archevêque
Hugues ; il remarque même que le Pape Grégoire VII l’avoit
défigné pour un des trois, qu’il dignes de lui fuccédér
dans le Pontificat : & néanmoins il avoue que la conduite de
cet Archevèque à l'égard du Pape Victor, obfcurcit bien la
réputation, qu'il s'écoit déja faire ; & que toutes fes Apologies
ne purent le blanchir (15).
Après ce Concile de Bénéevent, qui ne dura que trois jours,
le Pape, déjà malade, fe retira au Mont-Caflin : où fa maladie
augmentant toujours, il recommanda aux Cardinaux, & aux
Evêques, qui l’avoient fuivi, d’elire après fa Mort le Cardinal
Othon, qui étoit Evêque d'Oftie, & à qui le Pape Grégoire
avoit déjà prédit, ou fouhaité le Pontificar, Comme ce Cardinal
fe trouvoit auprès du Papemourant; Victor III le prenant par
la main, le préfenta aux autres Prélars , & leur dir : Recevez-
le; élifez-le pour Pape ; & jufqu'à ce que cela foit fait, ayez
foin des Affaires dé l'Eglife (2). .
: Ce Cardinal, François de Nation, fut élu en effet; il prit
le nom d’Urbain IT, & quatre ans après, il affembla le troifième
Concile de Bénévent : où toutes les Cenfures, portées par fon
Prédéceffeur contre l’Antipape Guibert, & les autres Schifma-
ques, furent confirmées. Le Cardinal des Urfins aflure, que
quelque diligence qu'il eut faite pour recouvrer les autres
Ades de ce Concile, il n’avoit pû les découvrir. Mais il croit
pouvoir rapporter à ce Synode le fait, dont parle Surius, à l’oc-
cafion d’un Saint Religieux de Cluni, nommé Pierre, Abbé de
Cava: lequel fe tenant debout, & tête nuë, en préfence des
LIVRE
7 XLIT.
Benoir XII
Re SL en NET UN
XC.
Avant fa mort,
il détigne celui
u'il {ouhaite
ee pour Suc-
ceffeur,
intulerise Hugo Lugdunenfis Archiepifco-
pus , & Ricardus Maffilienfis Abbas, qui pro
aftu , & ambitione Sedis Apoftolicz, quam
haëtenus latenter habuerance , poftquam fe
non puffe adipifci perviderunt, in fanéta Ec-
clefia Schifmatici Pa füunt. .….. Unde vobis
Apoñtolici auétoritate præcipimus , us ab eis
abftinere curetis ; nec illis omnino commu-
nicetis, quia à Romanæ Ecclefiæ Commu-
nione fua fponte fejunéti funt ; quoniam, ut
Beatus feribie Ambrofius , qui À à Romana
Ecclefia fegregat, verè eft Hæreticus æfti-
mandus, &c, Synodic. pag. 4e... . …
(x) Tanta tunc temporis erat ejus fama,
tantaque de eo concepta à Gregorio: exifti-
matio , ut inftante obitu rogatus Pontife ;
ut in tanta rerum perturbatione Succeflorem
defignaret , triun dederir opripnem ; quo
rum unus Hugo Lugdunenfs Archiepifcopuss
fed quæ poftea geflit de ejus fama plurimum
detraxere ; & electo Defiderio Abbate Caffi-
nenfi, aliquid humani paflus eft , &c, Gall,
Chrif. Tom, IV, Cal. XCIX.
(2) Poft hzç convacatis eifdem Epifcapis ;
atque Cardinalibus , monuit, atque præce-
pit, ut juxta quod Prædeceflor fuus Papa
Gregorius jamdudum decreverat, Othonem
Oftienfem Epifcopum in Papam eligere,
quantà poflene citits, perftuderent : eum=
que, quia præfens erat, manu apprehen-
dens, cæteris Epifcopis tradidit , dicens : Ac+
cipite eum, & in Romanam Ecclefiam ordi.
nate ; meamque vicem in omanibus , quouf=
que id facere pofliris , habete, S'usoic. pagd
$e Col. Il. \
,
/
Peres
Peres du Concile, le M pour honorer fa Vertu, lui mitde LrvwreE
fes mains, une Mîrre fur la cête. Le pieux Abbé la reçut avecun XLIL.
profond _— mais il refufa toujours depuis de s’en fervir. —
Ce qu'il ne fit, ajoute le même Surius, que pour condamner par
cet Ae d'Humilité , l'Orgueil de ceux , qui s'efforcent de s’ele-
ver eux-mêmes aux Honneurs , & aux premieres Dignités de
l'Eglife, qu'ils ne méritent point (1). °
Ces deux premiers Conciles de Bénévent ont condamné, &
févérement défendu, les Inveftitures, dont les Empereurs abu-
foient (*). Le Pape Pafchal II les condamna aufli dans le Synode xcr.
fuivant, qu'il aflembla à Bénévent, l'an 1 108. Mais notre Car- er _
dinal fait iciune Remarque, quenous ne devons point omettre. chant les Invefti-
C'eft dans fa troifième Note fur ce même Concile, qu’il nous tures.
apprend, que le Pape Pafchal avoit d’abord accordé à l'Empe=
reur Henri IV, le droit d'{nveftirure aux Bénéfices; & que s’il
revint depuis fur fes pas, pour profcrire de nouveau, ce qui
avoit été fi fouvent condamné par fes Prédéceffeurs, ce ne fut
qu’en conféquence des vives repréfentations, que lui firent
plufieurs graves Perfonnages : entre lefquels Saint Bruno Evè-
que de Segni, & Abbé du Mont-Caffin, lui parla ainfi :
« Mes Ennemis, Très-Saint Pere, vous difent que je ne vous& xcrt.
aime pas; & que je gr mal de vous. Mais la Vérité n’eft « Re En
point dans leur bouche. J'ofe dire au contraire, que la Cha- « Sinprmo. Evée
rité eft dans mon Cœur; & que je vous aime véritablement « que de Segni
comme mon Seigneur, & mon Pere ; étant toujours réfolu de «
ne sen reconnoître d'autre Pape, pendant que vous vivrez. «
Je l'ai promis ; & je ferai conftant dans mes promefles. Je ne «
puis cependant ne pas entendre ce que me dit le Sauveur: «
Si quelqu'un aime [on Pere, ou [a Mere, plus que moi, il n’eff « *
point digne de moi. Et l'Apôtre ajoute : Si quelgs'un n'aime pas «
le SETGNEU n] ESUS, qu'il foit Anathème. Je dois donc vous «
aimer ; mais je dois aimer beaucoup plus celui, qui nous a fait ç«
& vous, & moi. Rien ne doit être préféré à cet Amour. Ore
(1) Quod non ob aliud fecifle creditur , |tems,ditnotreCardinal,on l’étendit à plufieure
pifi ut quorundam arrogantiam , bumilitatis | autresBénéfices : Inveffitura igisur rat : chm
exemplo, condemnaret, qui dum fe inani- | quiliber ,Antifies viam nniver|s carnis ingref-
ter extellunt, indebiros fib: San@z Ecclefiæ | fiss fuiffer , mox Capiranei civitatis, illius An
honares non metuunt ufurpare. Synodic. |nulum, G Virgem Pafieralem nd Regem .
pag- 6. Col. I, 0 tranfmittebant ; ficque Regis autoritas, com ,
(*) Lorfqu’us Evêque écoit mort, on env |manicato cum Aulicis Concilio , oréate Plebi
voyoit fon Anneau ,:& je Bâton Paftoral |idoneum conftituebat Prafulem. Que inveSia
au Prince , qui rempliffoic Je Siége vacant , |ture temporis progref]u , in alis 8b £?ifopats
du Sujet, à qui il Jui plaifois de donner le |inferiers Bemeficis Je extendit, Lbid. pag.
Bâton , & l'Anneau, C'eft ce qu’on apelloit | 10, Not, 3,
le Doit d’inveftiture 4 & dans la fuite des ‘
Tome VI. P
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. rr3
Benoîr XIII
Dr crummemmmmnonemns sf
LIVRE
XLII.
BEenoîrT XIIL
ER
L'An 107f.
Synodic, pag. 19,
114 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» c’eft ce même Amour, qui.m'empèêche delouer , ou d'approu-
» ver, des Conventions honteufes, & forcées, qu'il faut apeller
» des trahifons contraires à la Religion, & à la Piété. Car qui
» pourroit jamais louer ce qui viole la Foi ? Qui fçauroit approu.
» ver ce qui anéantit la Liberté de l'Eglife, & le Sacerdoce ? Ce
» qui, en fermant l'unique porte du Bercail , en ouvre plufieurs,
» par lefquelles on ne fçauroit entrer, fans mériter d’être trairé
.» de Voleur, & de Ravifleur >? Nous avons les SS. Canons, qui
» doivent être des Loix Sacrées, & inviolables. Nous avons les
» Conftitutions des Peres, depuis le tems des Apôtres jufqu’à
» nous. Voilà la Voye Royale, par laquelle il faut marcher ,
» fans jamais nous en détourner. Les Apôtres condamnent, &
» chaflent de l’Eglife quiconque entreprend d'y entrer par la
» puiflance Séculiére : Car les Laïques, que L Religieux
» qu’ils puiflent être, n'ont aucun droit fur l’Eglife. Telle eft
» la Sainte Police établie par les Apôtres. Quiconque s’y oppofe,
» n’eft point Orthodoxe : & quiconque défend une Hérefie,
» doit être mis au rang des Hérétiques. Perfonne ne fçauroit
» excufer d'Héréfie, ce que la Sainte Eglife Catholique, dans
» fes Conciles, aapellé une Héréfie, en profcrivant certe Erreur,
» & anathématizant tous ceux quioferoient la foutenir , &c ».
_ C'eft à certe libre & généreufe repréfentation de l’Evèque
Bruno, que notre Cardinal attribue principalement la Rétrada-
tion, que fic le Pape Pafchal II de l'accord des Inveftitures (1).
Trente trois ans avant le Concile, dont on vient de parler,
Saint Mïilon Archevêque de Bénévent , en avoit aflemblé un
autre dans la même Ville, en faveur de l'Abbaye de Sainte
Sophie ; à laquelle on fit reftituer deux Eglifes, fur lefquelles
un Evêque du voifinage avoit étendu fa Jurifdittion. A l’occa-
fion de-ce Synode, où fe trouvérent plufieurs Seigneurs Sécu-
liers , le Cardinal Orfini a fait quelques Remarques; sant fur
Jordre des Soufcriptions, nent leladelles on lit les Noms d'un
Archiprêtre, & d’un Abbé, avant ceux de quelques Evêques,
que fur la manière de foufcrire de à more ou cinq Prélats, qui
n'avoient fait qu’une Croix, à la place de leur Nom. Ce que
Je Cardinal attribue ou à leur Vieillefle , ou à quelque autre
infirmité (2).
(1) Cùm iderh Pafchalis IT, Henrico IV ftifex conceffam inveftituram in hoc Concilio
Imperatori hujufmodi conceffiffet inveltitu. Pretra@tavir. Synodic. [< 10. Not. 3
ram ,S. Bruno Epifcopus Signienfis, ac Mon-f (2) Obfervatione dignæ cenfentur fupra-
tis Caffini Abtas , fic Pontificem reprehen Erelatæ fubfcriptiones ; nam Epifcoporum Or
| LL PRE Ex hujufmodi libera Brunonis cum lo inter illos minimè fervatus eft ; quoniam
Pontifice collocutione , idem Pafchalis Pon- Epoft Meinarduin , & Signum Crucis Petsi
. 7 DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 1:15
Il remarquenéanmoins, que dans différenistems,onavüdes Lrwn
Evêques, & des Abbés, quine fcavoient point écrire leurpropre XLII.
Nom : Comme il paroït, dit-il, tant par les Conférences de
Carthage entre les Evêques Catholiques & les Donaciftes ; que mms ;
par les A&es du fecond Concile d’'Ephéfe , & de celuide Calcé. xcrur.
doine. Vers la fin du fixiéme Siécle, le Pape Agathon fe plai- . Remarques du
gnoïit de cette profonde ignorance , dans fes Lertres aux Em- souchant l’incapa-
pereurs d'Orient ; & au commencement encore du treizième , cité de quelque
le Pape Honoré III fufpendit des fonctions Eccléfiaftiques , un F"#4%.
Evêque de Carinola , qui n'avoit jamais étudié la Gram-
maire (1). |
Après plufñeurs autres Remarques, notre Prélat fair une
Diflertation Théologique, & Hiflorique pour éxaminer fi les -
Empereurs, les Rois, & les autres Princes, ont droit de con-
voquer les Conciles, & 2 préfider, Si tous les Laïques, du
moins ceux qui font profeflion de Science , peuvent aflifter à ces s'étoient trouvées
Saintes Affemblées ; y tenir la place de Juges , porter leur dans quelques
Suffrage , & décider ; ainfi que le prétendent quelques Ecrivains Conciles de Béné
Proteltans ; c’eft, dir le Cardinal Orfini, ce que nous allons |
éclaircir, & par l’autorité des Livres Saints, & par le témoi:
gnage des Hiftoriens (2). |
P rouve d’abord , mais avec moins d'étendue, que de clarté,
que felon les Textes des Divines Ecritures, le Droit de convo-
quer les Conciles, d’y préfider , de juger, ou de décider fur les
Matiéres de la Foi, & de la Religion , eft expreflément refervé
à ceux, à qui il appartient par leur Caraétére, de gouverner le
E
XCIV.
Differtation
héologique, &
Hiftorique, à l’oc-
Cafion des Perfon-
nes Laïques , qui
Guardienfis Bpifcopi ; reperitar fub{criptus
Joannes Archiprefbyter, & Sabinus Abbas ;
& poft hos iterum fequuntur aliorum Epif-
coporum füubfcriptiones. ... Pariter notan-
dum , quèd quatuor figna Crucis funt pofita
loco fubfcriptionum. At is ego non fum , ut
hac de re Suffraganeis Provinciæ mez igno-
rantiæ notam velim inurere : infirmitatis po-
tius, & longævæ fene@utis vitio vertatur.
S'ynodic. pag. 21. Not. 2, ,
(1) Quèd autem eo tempore tanta graffa-
retur ignorantia, ut Epifcopi nonnulli, &
Abbates proprium nefcirent exarare nomen,
nemini pariat admirationem ; nam doë&tifli-
mus Præful Joannes Ciampinus, in fuo exa-
mine Libri Pontificalis , Set. IX demonf-
trat, quandoque in Ecclefia fuifle magnam
iofcitiam , Litterarumque imperitiam ; unde
refert Agithonem fummum Pontificem in
quadam {ua Epiftola, ad Conftantinur 1m-
péraiorem , ac Heraclium ,& Tyberium Au-
gaftos , {criptà, fuorum temporum deplo-
raffe infortunia. . . Hanc Epifcoporum igno
rantiant quandoque nonnullis in Regioni-
bus, five ob bellorum tumultus , five aliis ex
caufis irrepfile cenfemus, etiam in princis
pio decimi-tertii Sæculi ; nam Honorius III,
qui eodem Sæculi principio floruit , ab exe.
cutione Pontiñcalis Offcii, Ecclefiæque ad
miniftrattone fufpendit Callinenfem Epifcon
pire , € quôd ipfemet coram Pontifice con-
eflus fuerat , fe numquam de Grammatica
didicifle, &c. S'ynodic. pag. 11. Not. 2-3.
(2) Quæftionem hanc jam multi à Catho:
jica Fide alieni moverunt, aflerentes , omne
hominum genus conciliis interefle debere,
qui eruditi fint ; omnefque debere efle Judi,
ces, atque decifivum habere fuffragium ,
primo loco inquiremus quid à Jure Divino
colligimus ; quid à faéto hominum edoce
raur, Jbid. pas. 22,
Pi
LIVRE
XLII.
Benoîr XIIL
XCV.
D'ffertation du
même Cardinal,
pour aflurer à fon
Eglife de Béné-
vent, la poffeffion
des Reliques de
Saint Barthélemi-
116 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Troupeau de JEsus-CHR1ST; à ceux, à qui le Fils de Dieu
a dit: Recevex le Saint-Efprit ; à ceux, que le Saint-Efprit a éta-
blis dans l’Eglife, pour en être les Evèques, & les Pafteurs; À
ceux enfin , à qui il eft commandé de paître les Brebis, de prè-
cher la parole du Salut, & d’adminiftrer les Sacremens.
Le Synodicon nous préfente une feconde Diflertation , beau-
coup plus étenduë que la précédente. Notre Archevêque ne
la écrite, & inférée apres les Aëes du cinquiéme Concile de
Bénévent, que pour aflurer à certe Eglife, la poffeffion des Reli-
ques de l’Apôtre Saint Barthelemy. Il raconte d’abord de quellé
maniére, le Corps faint avoit été transféré de Lipari à Béné-
vent, après la Defcente que firent les Sarafins dans cette Ifle,
l'an 838. L'illuftre Auteur apporte un aflez bon nombre de
preuves, prifes du témoignage de plufieurs Ecrivains de répu-
tation, Il combat enfuite ceux qui foutiennent que l'Empereur
Ochon avoit depuis transféré les mêmes Reliques, de la Ville
de Bénévent dans celle de Rome, où on fe glorifie auf de les
E" Mais avant que de répondre à chacun de fes Adver-
aires , il fait remarquer combien ils s'accordent peu entr'eux,
dans le récit de cette feconde Tranflation ; que quelques-uns
attribuent à Ochon I, quelques autres à Ochon II, & plufieurs
. à OchonIIT; ce qui eft au moins une preuve, Le étoient peu
N
inftruits du fait, duquelils ont parlé fort confufément:
Le Cardinal Orfini convient que l'Empereur Othon III,
étant venu à Benévent la derniere année du dixième Siécle,
demanda le Corps du Saint Apôtre : mais il prétend que le
Clergé de Bénévent, trop foible pour réfifter aux volontés de
ce Prince, & en même tems trop intéreflé à conferver le pré-
cieux Tréfor, pour confentir à en être dépouillé, ufa d'une pieufe’
fraude ; & au lieu du Corps de Saint Barthel:my, il préfenta celui
de Saint Paulin, Evêque de Nole; que cet Empereur fit tranf-
porter à Rome. Auf lEglife de Bénevent a-t’elle toujours con-
tinue d’honorer, & d’expofer à la vénérarion des Fidéles, les:
Saintes Reliques de fon glorieux Patron, & Protecteur.
Notre Archevêque fonde la vérité de cette Tradition, fur
vingt-fix preuves; & il compte pour la premiére le cémoignage
très-exprès de Leon Cardinal d’Oftie ; qui vers l'an 1087 écri-
voit les Chroniques du Mont-Caffin, fur la Foi de plufieurs An-
ciens Mémoires (1). Il ne fait pas moins de poids Le paroles
(1) Probatur teftimonio Leonis Merfica- | ad veterum illius Abbatiz inftromentorum fi:
ni, Epifcopi, & Cardinalis Oftienfis , qui cir- | dem. Sic enim Lib. 11, Cap. XXIV babet :
ça annum 1087 fcripftChronica Çaflinenfa | hujus Abbatis (nempe Joannis ) anao tertio,
.»
Li
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 1:r7
du Pape Leon IX; qui, dans un Privilège accordé l'an 1053 à
l'Eglife de Bénévenc, afluroit que le Corps de Saint Barthelemy
repofoit encore de fon tems dans cette Métropole. L’Abbé
Ughel infifte auffi beaucoup fur les paroles, & le témoignage
de ce Pape, qu’il croit avoir été bien inftruit du fait (x).
= Nous ne rapporterons pas les autres preuves de notre Cardi-
hal , & ne le fuivrons pas dans toutes fes réponfes aux objections.
Nous nous contenterons de faire remarquer ce qu’il repond à un
Texte tiré d’un certain Robert de Monte; qui en continuant la
Chronique de Sigebert, s’expliquoit ainfi fur l’année 1157:
« Environ ce tems-là, pendant une grande inondation du Tybre,
dans une petite Eglife fort ancienne , fituée dans une Ifle de ce «
Fleuve, ontrouvaun Tombeau de pierre, où étoit le Corps du «
Bienheureux Apôtre Saint Barthelemy ; & ce Corps étoit en- «
tier, à l’exception de la peau, qu'on avoit retenue dans l'Egli- «
fe de Bénévent, lorfque l'Empereur Orhon, ayant pris cette «
Ville, transféra les Sainces Reliques à Rome; comme en font «
foi les Tables d'airain, écrites en Lertres Grecques, & Latines, «
qu’on trouva fur le Corps de l’Apôtre. On trouva encore dans «
Ja même Eglife, au milieu du Tybre, le Corps de Saint Paulin «
Evêque de Nole (21) ». | |
Dans ce peu de lignes, le Cardinal Orfini releve cinq. mé-
prifes ou faufletés : d’abord il remarque que cette préten-
due Inondation du Tybre placée en l'année 1157 , eft une
pure fiétion de Robert de Monte. En effet aucun autre Ecrivain
.
qui eft millefimus ab Incarnatione Domini , | Baïtholomzi Apoftoli , Fanuarii Martyris :
pra diêtus Imperator ( fcilicet Otho III )|& Barbati, ejufdem Sedis gloriofiffimorum.
Beneventum venit ; & . ... ab eis ( Civibus) | Præfulum, non video cur de contrario fitam..
petiit Corpus Sanéti Bartholomæi Apoñtoli. Ibigendum ; & eo magis, quia hoc eodem an...
Qui nihil tunc illi negare audentes, callidè
illi pro corpore Apoftoli, Corpus Beati Pau-
lini Nolani Epifcopi , quod fatis decenter
apud Epifcopium ipfus Civitatis erat recon-
ditum , oftenderunt ; & eo fublato receflit ,
tali fraude deceptus. Quod poftquam refci-
vit, nimium indignatus , Corpus quidem
Confefloris , quod detulerat , honorificé faris
apud Infulam Romæ recondidit, &c. $y-
nodic. pag. 50.
(1) Ex hoc privilegio, ut etiam notat Vi-
pera, deprehendi potéft , quænam fuerit ip-
fius Pontificis opinio de exiftennia Corporis
Beati Bartholomæi Apoftoli apud Beneven-
tanos, Sanè cdm Pontifex ifte fuerit viciniffi-
mus illis temponibus. . & aliundè idem Pon-
tifex quodammodo fe declaret relatum privi-
legium Benevencanz Ecclefiæ concedere ex
$0 , quia in ipfa recondiça fins Corpora SS.
no , qui fuit 1053 , ipfe Leo Beneventi mo
rabatur ; nec verifimile eft affertive pronun-
ciaffe illa verba de exiftentia Corporum præ-
diétorum , nifi probè certoque ei de veritate.
conftitifler | &c. Its. Sacr. Tom. VIII,
Col. 79.
(2) Circa hoc tempus {hoc eft anno 1057).
inundatione Tiberis faétà non modicà, Ro-
mæ in Lo Infula ejufdem fluminis , in
Ecclefola antiqua inventum eft in quodam.
Sarcophago Corpus B. Bartholomæi Apof-
toli totum integrum , excepto corio, quod
remanfit Beneventi, quando Otho Impera-
tor , capt eadem Civitate , Corpus prædiéti
Apoftoli tranftulitRomam, ficut tabulæ æreæ .
deinonftrant fcriptæ litteris Græcis, & Lati-.
nis,quæ repertz fuerunt in CorporeApoñoli,
Repertum eft etiam in eadem Ecclefa Corpus
Paulini Nolani Epifcopi, ë S'ynedic, p. 5%
11}
L rv RE
XLII.
BEnoîr XIII
—
LIVRE
X LILI.
Benoir XII
118 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
n’en a fait mention ; quoique plufieurs Autears éxads, entre
lefquels on compte Jacques Philippe, & Michel Zapulli, ayent
marqué avec foin routes les Inondations de ce Fleuve. Le pre.
mier dans fes Chroniques ; & le fecond dans fon Hiftoire Ro-
maine, |
Le Cardinal reprend encore le Continuateur, & l’accufe
d'ignorance, pour avoir dic:, que le Corps de l'Apôtre Saint
Barthélemy fur erouvé ensier, dans cette petite Eglife du T ybre.
Il auroit dû fçavoir que tous les Hifteriens, qui ont parlé dé la
Tranflation des Reliques, de Lipari à Bénévenc, aflurent que
les Sarafins avoient difperfc les Oflemens du Saint Apôtre dans
l'Ifle ; & qu'ils furent recueillis par le Moine Théodore : Ce
Saint Corps n’etoit donc pas entier, deux ou trois Siécles après,
Si on veut expliquer les paroles du Continuateur , en difant
que le Corps eft apellé entier , en ce fens qu’il n’y manquoit
aucun de fes Os; notre Auteur répond que c'eft encore contre
Ja vérité de l'Hiftoire; puifque plufieurs parties confidérables
de ces Réliques fe trouvoienct dès-lors dans différentes Eglifes.
Dès l'an 962 Landulphe, Archevêque de Bénévent avoit
donné un Bras de Saint Barthelemy, à un Comte, qui le fit
lacer avec Solemnité, en préfence de cinq Evêques, dans une
Eglife dédiée fous l’Invocation de ce Saint Apôtre. Quelques
autres Offemens ont été mis dans PEglife du Mont-Caffin, par
les Papes Aléxandre IT, & Victor III. On en voit aufli dans la
Métropole de Pife ; & à Naples dans l'Eglife de Sainte Reine,
Aufli, continué notre Auteur, quoique nous nous glorifions de
offéder à Bénévenc, la principale partie de ces précieufes Re-
Races. nous n’avons garde de dire, que nous ayons le Corps
entier. |
Ce que Robert ajoute de la Peau de cet Apôtre, confervée
dans l’Églife de Bénévent, eft de même rejetté par le Cardinal
Orfini, comme une nouvelle imagination , & une troifieme
erreur. C’en eft une quatriéme de dire que l'Empereur Othon
ait pris la Ville de Bénévent, puifqu'il y étoit venu fans Armée,
ne faifant qu'un Voyage de Dévotion, felon le confeil de Sainet
Romuald , qui lui avoit perfuade ce Pélerinage ; comme une
partie de fa Pénitence, pour expier le Parjure, dont il s’étoit
rendu coupable en faifant mourir le Sénateur Crefcens.
Quand à ces Tables d’Airain , fur lefquelles il } avoit, dit-
on, des Lettres Grecques, & Latines, le Cardinal répond que
fi ce n’eft pas encore une fiction de l’'Adverfaire , il ne faut
point douter , que les. Bénévencins. ne fe foient adroirement
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. rro
dervis de cette Infcription, pour faire recevoir par l'Empereur
le Corps de Saint Paulin , au-lieu de celui de Saint Barthelemy.
Il eft vrai que Robert de Monte veut faire trouver en même
rends l’un & l’autre, dans fa petite Eglife du Tybre : mais c’eft
la cinquiéme faufleté , qu’on remarque dans fes paroles. Per-
fonne avant lui n'avoit imaginé que l'Empereur Othon eûr
enlevé ces deux Corps Saïnts à l'Eglife de Bénévent. Perfonne
ne l’avoit dit. Les Romains, & les Bénéventins s'accordent en
cela ; quoique les uns & les autres prétendent également être
en poffeffion des Reliques de Saint Barthélemy : ceux-là, parce
qu'ils font perfuadés , qu’ils les ont reçuës de l’Em sl Ochon;
& ceux-ci, parce qu'ils ne font pas dans une moindre perfuafion ,
que le Prince fut trompé, en recevant le Corps de Saint Paulin,
qu’on lui donna, au-lieu de celui de Saint Barthelemy, qu'il
demandoit. La libéralité du Continuateur enrichit donc beau-
coup les premiers, maïs en augmentant d'autant la perte des
derniers ; & en nous fourniffant une nouvelle preuve de fon
infidélité , ou de fon peu d’éxacitude.
.… Cela n’a point échappé à la Critique de notre Cardinal ; qui
ajoute par occafion, que dans l’Eglife du T'ybre on éonférveune
artie des Reliques de Saint Adalbert , autrefois Evêque de
es , & Martyr, de la Maïfon des Urfins. Ces Reliques,
dit notre nr qu , après Baronius , avoient été données
Livre
X LIL,
Benoir XI
.
par Boleflas Duc de Pologne à l'Empereur Othon III, qui les
ayant portées à Rome, les fit mettre dans une Epglife du T ybre,
conftruite à l'honneur de ce Saint Martyr (1).
Les autres objections, que le Cardinal Orfini s’étoit propofé
de refuter, dans fa fçavante Diflertation , peuvent fe “he
à cinq chefs; qui font, 1°. un Texte dela Chronique d’Othon,
Moine de Citeaux , & Evêque de Frifingen, mort l'an 1158:
2°. une Infcriptiop, qu’on croitavoir été faire du tems du Pape
Pafchal IL ; & qu’on lifoit fur les Murs de l'Eglife fituée dans
l'ifle du Tybre : 3°. des Lettres attribuées, ou fuppofées, à
l'Empereur Frederic 1; 4°. quelques Aétes Synodaux, cités par
(1) Quinta falfi ratio eft , qudd Corpus B.
Paulini Epifcopi Nolani inibi reperrum fuifle
nuparis. Papæ Roberte! Nimium largus tan-
tarumReliquiarum es difpenfator. Alterucrum
Romanisfatis omnino erit ; utrumqueetenim
eù adduétum fuifle ,nemo inter antiquos opi-
natos cft. Nz tu nimium morofus es Scrip-
Sor , qui dum afcitâ, commenuitiâque glorià
Othonem , Romanofque cumulare affeétas,
vera defraudas ; tantdinque tua peccat oratio,
ut vel non consoles
cas, vel etiam con-"
ceffa,diéto minimé fuffragentur.Satius itaque
tibi erat fa@i veritatem-exponere; & pro Se
Bartholomæi Corpore,Reliquias S.Adalberti
Martyris, ex Urfinorum Familia Pragenfs,
Epifcopi inventas efle, fcripffle: has etenim
tefte Baronio ,in Annalibus ad annum 1000,
Num, $. Otho Imperator miraculorum famA
permotus Gnefnam ufque profe@tus, Ro-
mam eduxit ; & in Ecclefña Tiberina, Sante
Martyri confbruéta sepofuir. Syadés, p. cos
116 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre Baronius, fous le Nom du Pape Aléxandre III. so. Enfin, les
XLII. paroles du Breviaire, & du Martyrologe Romaïn. On pourroit
ajouter à tout cela le fenciment de bien d'autres Ecrivains, peu
favorables à la poffeflion de l’Eglife de Bénévent. |
Mais toutes ces Piéces , éxaminées avec des yeux attentifs,
& à l’aide de la Critique, n’embarraffenc guéres l’habile Car-
dinal.. Il n’en eft aucune, où il ne découvre plufieurs défauts
contre la Vérité de l'Hiftoire ; & à laquelle il n'oppofe d’autres
témoignages , qui ne doivent pas paroïtre d’un moindre poids.
Nous n'avons ra ob que de petits Extraits de cette Difler-
tation , qui mérite bien d’être lue en entier. Déjà avant la
Publication de fon Synodicon, l'Auteur l'avoir envoyée , avec
une fort belle Lettre, à tous fes Suffragans. Il y mit depuis la
derniére main; l’augmenta confidérablement ; & la fic impri-
mer pour la troifiéme fois. Le zéle fembloit conduire fa plu-
me : & fon cœur éroit encore enflamme par la vüe des précieufes .
Reliques, qu'il fe félicitoit d'avoir retrouvées en so état,
fous un tas immenfe de pierres , après le Tremblement de
terre. Nous verrons bientôt ce qu'il fit pour rétablir l'Eglife,
& étendre davantage le Culte du Glorieux Procecteur de la
Ville, & du Diocèle de Bénévent.
Après cette Diflertation nous trouvons, dans Île Synodicon,
les Actes d'un Concile Provincial, tenu à Bénévenc, dans le
mois d'Avril 1374, fous Hugues IT, furnommé Guidard; qui
de Pafteur de la Paroifle de Saint Pierre, dans le Diocèfe de
Rhodez, avoit été fait Archevêèque de Benévent par le Pape,
vi, ta Snodïc, à Urbain V , Pan 136$ (1 ). Ces Actes extrêmement diffus, ren-
pssadp.i4t ferment une infinité de Réglemens, & d’Inftrudions, touchant .
l'Expofition de la Foi, la Difcipline Eccléfiaftique , l'Admi-
niftration des Sacremens, les Devoirs des Pafteurs, la Con-
duite des Clercs, & des Fidéles, la Correétion des Mœurs, les
Cenfures, &c. On peur fe former une idée de ce qui y eft
contenu , & connoître d’abord le deffein de cer Archevëque ,
Préfident du Concile, par ce prélude, qu'il a mis à la tête des
Ades : | | | D À
. « À la plus grande Gloire de Dieu, fous la Protection de !2
» Sainte Vierge, & de notre Glorieux Patron Saint Barthelemi
» Apôtre. Comme les divers Statuts, portés jufqu’ici par nos
nn
Benoît XIIL
RL à
{1) Hugo hoc nomine IT Familià Guidar-] mini 1365, Ecclefiafticæ Difciplinæ tenax .
dius , ex Reétore Ecclefiz Parochialis Sanéti | hanc Provincialem Synodum coegit anna
Perti Rutpnenfis Dizcefis, ele@us Archiepif- | Domini 1374, fedit annos xv1 11, obiit an4
eopus xxx) , die 29 Novembris, anno Dp-1no Domini 1383. —. j
| | » Prédéceffeurs,
| DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. "rer
Prédécefleurs, dans leurs Conciles Provinciaux , ou dans les «
Synodes Diocéfains, n’ont point été recueillis, pourêtre confer- «
vés avec foin, & mis entre Les mains de ceux, qui ont un intérêt «
ris d'en être inftruits; il eft arrivé que, fur bien des «
oints, on n’a point de Réple fixe dans le Diocèfe; & qu'on «
ne trouve que doute, & incertitude dans les Ufages : & ( ce «
qui n’eft pas un moindre inconvénient } bien des Eccléfiafti- «
ques , foumis par ces Statuts à diverfes peines, quelquefois «
même à celle: de l’Excommunication, ou de la Privarion de «
LrvRrE
X LII.
Bewoïîr XIII.
leurs Bénéfices, ignorent également & la Loi, qui les con-«
damne ; & les peines, dont elle panit leurs Tranfgreflions ; «
parce qu'ils ne prennent pas le foin de lire , ce qu'on a négli-- «
gé de leur mettre fous les yeux. Faifant donc attention , que «
par la fimplicité de quelques Prélats, ou par l'ignorance des «
Clercs, fur-tout de ceux qui font chargés du Gouvernement «
des Eplifes, & de la Conduite des Ames , on eft fouvent expo «
fé à faire de grandes fautes, dans l’Adminiftration des Sacre- «
mens, & dans la mäniére de traiter les chofes faintes ; nous «
avons réfolu d'aller, autane qu’il fe peut, au-devant de tous «
ces inconvéniens. Ainfi, pour empêcher que loubli n'efface «
de la mémoire des Hommes, ce qu’il leur importe de bien «
retenir, de l'avis de norre Chapitre, & avec l'agrément de «
tous les Evêques nos fuffragans ; pour Putilité, la Paix, la «
Tranquillité de tout le Diocèfe, & de la Province, nous«
avons réuni dans un corps d'Ouvrage, que nous apellons , cc
. Le Livre de læ Province de Bénévent , toutes les anciennes «
Conftitutions, qui nous ont paru utiles ; & nous y avons ajouté æ
plufieurs des nôtres, avec quelques fages Réglemens tirés cs
du Corps du Droit».
Le Cardinal des Urfins ayant trouvé le Manufcrit de ce
Volume, dans la Bibliothèque de fa MÉtropole lan 1 69r ;
l’'éxamina d’abord avec beaucoup d'attention ; en fit tirer une
Copie exacte; & le publia quatre ans pr dans fon Syxodicon.
Mais ce ne fut qu'en 1703, qu'en faifant fa Vifite dans la
_ Paroiffe de Saint Etienne, il trouva les Aétes d’un fecond Con-
cile, aflémbléen 1378, parle même Archevêque Hugues IT.
Ce vieux Manufcrir déjà fort ufé, étoit d’ailleurs rempli de fautes
de Copifte : Mais cela n’empêcha pas notre Cardinal de le lire,
de le corriger ; & d'y ajouter fes Notes , avec de petits Som-
maires à tous les Chapitres. Ille communiqua depuis à tout
fon Diocèfe ; & le fit inférer dans la feconde Edition de fon
Tome VI,
LIVRE
BEenoïir XIII.
à ne
Pag. 262, Not, 1 & 2.
Pag. 333 & 397.
122 HISTOIRE DES HOMMES 'ILLUSTRES -
Synodicon (1). Dans une Note fur le huitiéme Concile de Bé:
névent, tenu le 24 d’Août r470, fous l’Archevêque Corrad
Capycius , le Cardinal Orfini nous apprend , que dans fa
Bibliothéque il trouvoit plufieurs Lettres de différens Evêques
Suffragans ; qui, à l’occafion des Guerres , dont le Royaume
de Naples étoit agité dans le quinziéme Siécle, s’excufoiene
de fe rendre tous les ans auprès de leur Métropolitain, felon
l'ancienne courume qui les obligeoit à ce Voyage, foit pour
les Affemblées Synodales ; {oit aufi pour vificer le Tombeau
de lApôtre Saint Barthélemi. Il rapporte enfuite un affez long
Difcours d’un Prêtre de l’Eglife de Cantorberi, Ami & Difci-
ple de Saint Anfelme, qui raconte comment un Archevêque
de Bénévent avoit donné en 1017, un Bras de Saint Barthéle-
mi, à la même Eglife de Cantorberi. Tout cela fert à conftater
Ja Tradition des Bénéventins, qui depuis le neuvième Siécle
fe trouve avoir toujours été la même, fans aucune variation.
… Les Actes du douziéme Concile, fous lArchevêque Maximi-
lien de Palumbaria, & du treiziéme, fous Jean-Baptifte Foppa,
méritent particuliérement d’être lüs. Dans les Ordonnances de
ces deux illuftres Prélats, on remarque le même Efprit, & le
même zéle, qui animoit notre Saint Cardinal : comme dans les
Statuts de celui-ci, on ne peut s’empècher de voir, & fon refpe&
pour fes Prédécefleurs, & fon attention à faire éxécuter ce qu’ils
avoient fagement ordonné; il en donnoit lui-même léxemple;
& en traduifant ici une partie du fecond Titre da treiziéme
Concile, nous ferons comme en abrégé l’Hiftoire du Cardinal
des Urfins. | |
« Il faut , difoit l’Archevêque Foppa, que le Jugement
» commence par ceux de la Maifon du Seigneur, afin qu’on
» ne puifle nous faire le reproche, que l'Évangile a fait aux
» Pharifiens : ils enfeignoienc ce qu'il falloit faire ; & ils ne le fai.
» foient pas ; ils lioient des fardeaux pefans & infuportables; ils
les mettoient fur les épaules desautres ; & eux-mêmes, ils ne
# vouloient point les toucher du bout du doigt. Ils ne prati.
» quoient le bien à l'extérieur, que pour être vüs des Hommes.
(x) Idem Archiepifcopus {Hugo 11} aliam | tamen Amanuenfis mendis A ge idem
Provincialem Synodum coegir anno Domini| Archiepifcopus in x 1x Diæcelana Synodo an-
1378 , cujus vetuftiffimum , ac ferè confump-| no 1704 promulgavit, atque in ejufdem Ap-
um apographum anno 1703 in fanéta Oppi-| pendice, cum præcipuis errorum correétio
di Limufani Vifñcatione per Cardinalem Ur-| nibus , ac Summariis ad fingulos numeros
fnum Archiepifcopum habit , apud Paro-| appoñtis, imprimi çuravit. Synodie, page
chialem Sanéti Stephani repertum , plurimis| 245. | .
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 723
Combien devons-nous penfer , & agir autrement : Puifqueles« Livre
Evêques font au-deflus des autres par leur Dignité ; ils doi-« XLII.
vent être auffi les premiers à reformer en eux, tout ce qui « BEnNoër XIII,
is y avoir 1 peu conforme à la Sainteté de leur « RE
rat, pour ne donner à leurs inférieurs, que des éxemples «
de Juftice, & de Religion. Que tous les Pafteurs de notre Pro- «
vince, connoiflant bien leur Rang, & leurs obligations, fe «
fouviennent que la Providence ne les a placés dans L Eglife, «
en leur confiant le Troupeau de JEsus-CHR1IST, qu'afin, «
que toujours attentifs au devoir de leur Miniftére , ils tra- cc
vaillent avec zéle au Salut des Ames; & que, fans fe lafler, «e
ils avancent tous les jours l'Œuvre du Seigneur. Ils rempli. «
ront cet Objet, s'ils s’étudient à former Le Vie, & leurs «
Moœurs , fur la Régle, que leur donne Saint Paul. Qu'ils fe «
rendent donc sPen p irrépréhenfbles ; mais tels, que «
les Peuples puiffent les refpecter, les admirer & fe propofer «
leur conduite pour modéle. Nous les éxhortons, & nous «
les conjurons en notre Seigneur, de faire enforte que, par «
la pureté de leur Doctrine, & de leurs Mœurs, par leur «
Gravité, leur Modeftie, leur Foi, & leur Charité, ils don- «
nent à tous les Fideles les éxemples de toutes fortes de Vertus, «
& de bonnes Œuvres. En remplifflant ainfi les deffeins de la «
Providence, ils feront aimer la Religion, pratiquer la Piété; ce
&t fe montreront dans leur converfation, tels qu'ils font par «
leur état, la lumiére du Monde, le fel de la Terre, les véri. «
tables Conducteurs des Peuples, les Vicaires de la Providen- «
ce, les Ambaffadeurs de JEsus-CHrisT, les Colonnes «
de lEglife, les pierres vivantes du Sanctuaire , les Miniftres «c
du Tout-Puiffanc, les Trompettes de l'Evangile, les Peres, «
les Pafteurs , les Médecins des Ames, & les Docteurs de «
l'Eglife Chrétienne, dont le Gouvernement leur a été donné «
par le Saint-Efprit. Comme c’eft Dieu-même, qui a daigné «
communiquer cet Honneur, à tous ceux qui ont été apellés «
comme Aaron, À la conduite des Ames, ils doivent être «
jaloux de cette Gloire ; & la foutenir par une pureté de Vie, «
qui les fafle confidérer comme les Amis de Dieu, & les «
Fidéles Dépofitaires de tout ce que Ja Religion a d'Augufte, «
& de Saint. Qu'ils veillent donc avec foin, fur eux mêmes, «
& fur.leur Troupeau. Qu'ils préférent la Vertu à tous les cs
avantages ia mg & qu’ils la rendent aimable en leur «
perfonne, pour la faire pratiquer par leurs Diocéfains. Qu'ils c
ne ceffenc de travailler à profcrire l’Erreur , à ee les c
124 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livez *» Abus, à déraciner les Vices; & cependant que la prudence;
XLII. >» & la modération accompagnent toujours leur zéle. Qu'ils fe
BENOÏEXIL ,, connoîtront remplis de l’'Efprit du Seigneur , zélés pour le
» Salut des Ames, & moins portés à vouloir commander, qu’à
» fe rendre utiles à leurs Freres {1} ». |
Tels font les avertiflemens, que l'Archevèque Jean-Baptifte
Foppa donnoir, en 1656 aux Evèques fes Suffragans. Le Car-
dinal des Urfins , un de fes Succefleurs., a eû foin de les publier,
de nouveau. Mais il avoit commencé par fe les appliquer à lui-
même, pour en faire la régle de fa conduite. Tout ce que nous
avons dit jufqu’ici en eft la preuve, & nous en trouverons de
nouveaux témoionages, dans toute la fuite de cetre Hiftoire :
tant & de fi belles a@tions, dont la Vie de notre Cardinal eft
remplie, nous obligent de reconnoître toujours en li, & le
grand Homme, & le Saint Evêque.
XCVL Les années 1696 & 1697 furent employées à viliter toutes
Le Cardinal vi- les parties du Diocèfe de Bénévent ; c'eft-à-dire, à inftruire
_ Metoeslespa- les Peuples, à leur adminiftrer les Sacremens , à les foulager
ies de fon Dio- . \ x : a Ce
cle. dans leurs befoins, à exciter la vigilance des Pafteurs ; & à faire
exécuter dans toutes Îes Parois les Réglemens portés de-
uis peu, dans Îe dernier Synode Provincial. Le Cardinal fut
XCVIT aufli obligé de fe rendre dans le Diocèfe de Volturara, gr
, &
°
R 1 « ? e e æ ®
A ca ui J régler quelques Affaires, qui demandoient fon autorit
a
de Volturara, préfence, Il y étoit dans le maïs de Septembre 1697 ; & il
fit imprimer les Ordonnances , qu’il y avoit faires comme Lé.
gat du Saint Siége { 2). _
De retour dans fa Ville Epifcopale, au-lieu de penfer à pren-
dre quelque repos, après une longue fuite de travaux, & de folli-
citudes, le Saint Archevêque ne s’occupa à fon ordinaire qu’à
donner de nouvelles preuves de fa tendre Charité envers tousles
XCVI11 Citoyens. Peu content de leur rompre le Pain de la parole, par
les fréquentes Prédications, qu’il continuoit de faire toutes les
vent, Semaines, dans fa Métropole; il vifitoit, confoloir, fervoit de
fes mains, les Pauvres & les Malades, dans les Hôpitaux ; dé-
() Gregi itaque invigilent BpHcopi : ftre- l'honorem ; animarumque lucrum zelare vi-
nue in vinea ffbi commiffa laborent ; virtmes | dermt ; quique magis prodefle , quâm præef.
emnes, tom ipf colant, um à fuis fubditis | fe Gudeant. Symodic. pag. 404. Col. ,
edi fedulù curent; vitia, quacumque tandem] (2) Anno 1697, menfe Septembri Apof-
ratione valent, eradicent, atque profligent ; tolicam Vifæarionem, in Oppido Sanéti Bar-
Îta tamen ; ut omma grudenter , ac maturà |tholomæi, in Galdo Vulrurarienfs Diæcokis
præviâ confultatione gerant. Eorum minifte- lexolvit ; ac Decreta prælo edidit. fre, Sscr.
fio , ac confilio wtançur Epifcopi , quos Dei]Tom. PTIT, Col. 180.
» fervent à propos du Confeil, & du Miniftére de ceux, qu'ils .
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 1:15
livroït de tems en tems quelques Prifonniers , tantôt en les L,ynp
accommodant avec leurs Parties ; & tantôt en les mettanten XLII.
état d’acquitter leurs dettes. Il s’informoit des befoins des Fa-
milles ; & foulageoit celles, qu’il avoit dans la néceflité. Il
faifoit rendre, ou rendoit lui-même , une prompte Juftice à
œux qui la demandoient ; & ne refufoic Audience à perfonne.
Nul Citoyen, quel qu'il fut, ne follicitoit en vain fon Secours,
fon Crédit, ou fa Médiation : & ce n’étoit point le fatipuer,
mais acquérir un nouveau Titre de lui plaire, que de lui four-
nir des occafons d’éxercer les œuvres de Charité, & de Mifé.
ricorde, Depuis neuf ans, que la Ville de Bénévent avoÿ été
renverice, le charicable Cardinal s’écoit fouvent trouvé dans
de femblables occafions : ou pour parler plus éxaéement il s’y
trouvoit tous les jours : &{ ce qui paroït à peine croyable, le
fait eft pourtant certain) la Providence le mit toujours en état,
de ne renvoyer jamais les mains vuides cette multitude de per.
fonnes, qui n’auroient pû fe relever de leurs pertes, {ans le fa-
vorable fecours de leur bon Pafteur.
Nous avons déjà remarqué, que dans le Tremblement de
Terre de 1688, l’ancienne Eglife de Saint Barchélemi , l’une
des plus grandes, & des plus magnifiques de la Ville , avoit
été entiérement abimée : & on avoit regardé comme une
faveur {péciale du Ciel, qu'on eût retrouvé le Sacré dépôt en
bon état, parmi tant de décombres, qui devoient maturelle-
ment rompre la Chañe, & confondre les Offlemens parmi la
poufliére. L’Archevèque ; le Clergé, & la Ville étant d’abord
convenus, de faire conftruire à frais communs une nouvelle
Eplife en l'honneur de leur Saint Patron, le zéle du Prélat le
follicitoit de mettre inceflamment la maïn à l’œuvre. Mais,
dans cette défolation genérale, il fe préfentoient bien d’autres xcrx.
objets , ‘qui ne fouffroient point de délai; & qui fembloient Charités,& Li.
épuifer toutes les reffources. Il falloit commencer par loger, Prilités
& nourrir les Pauvres ; relever la Métropole, remettre fur pié
les Eglifes des Paroifles’; & donner, tant aux Magiftrats, qu’au
Chapitre, le tems de fe reconnoître, & de chercher les fonds
néceflaires, pour contribuer à des dépenfes fi multipliées.
Celles que faifoit continuellement notre Cardinal paroïfloient
immenfes. Mais pendant que les autres admiroient l’a@ivité
de fon zéle ; & louoient cette effufion de Charité, qui fe faifoïc
fentir à tous; il étoit fort mécontent de lui-même ; & fe repro-
choit un retardement involontaire, Il avoue qu’il ne permettoit
point à fes yeux de fe fermer, ni à fes paupiéres de fommeiller,,
Qi
BEnoir XIII,
e—
Q
126 HISTOIRE DES HOMMES IELUSTRES
Lrvere réfolu de ne fe donner aucun repos, jufqu’à ce qu’il eût trouvé
:XLII. un lieu propre , pour élever une Maifon au Seigneur ; fous.
BexoirXiir, lInvocation du Saint Apôtre, le Protecteur de Fe Diocèfe.
ENOIT XIII. : ‘ à .
——— La premiére pierre de fon nouveau Temple, il la pofa avec.
C. une Sainte joye , & beaucoup de Solemnité, le 13 de Mars
CPR 1692 ; & juiqu’à la derniére perfedion de l'ouvrage, parmi
nouvelle Eglife de: une foule d’autres occupations, il donna à celle-ci la premiére
S. Barthelemy. partie de fes foins. Lorfque dans le mois d'Avril 1693, il
‘aflembla le premier Concile Provincial dans fa Métropole,
les Evêques Ée Suffragans virent, non fans étonnement, avec
uelle diligence on élevoit déjà les gros murs de la nouvelle
Églife /r). On y travailla encore avec la même application
l'efpace de cinq années ; & quand tour fut conduit au point de
| vd , qu’on s’étoit propofé; tant pour la régularité , & la
olidité de l’Edifice , que pour la beauté; la variété, & la richeffe
des Ornemens ; le Cardinal Archevêque crut que le tems étroit
venu d’en faire la Confécration, & de la rendre plus Solemnelle,
en afflemblant une feconde fois le Concile de fa Province. C’eft
‘par cette Epoque, que nous allons commencer le troifiéme
Livre de fon Hiftoire , le quarante-troifiéme de cet ouvrage.
. (r) Somnum tamen non dedimus oculis| Apoñtolo folatfum præbente, Bañlicam ip-
noftris, & palpebris noftris dormitationem , | fam , naîtris , Cleri, & Populi impenfis, non
& requiem temporibus noftris , donec inve-| foldm inchoatam, fed & in altirudinem in.
niremus noftro Patrono locum , Tabgrnacu-} crementum accipieñtem , in hanc Metropo.
lum Apoftolo Domini. Jaéto itaque per nos] litanam ad præfatum Provinciale Conciliurm
ftato ritu primario lapide, die x111 Martii| venientes vidütis, &c. Synodic. pag. 48.
3692 , Deo auxiliante, ejufque Beatiflimo ‘ | |
Fin du Livre Quarante-Deuxième.
TOR TRNDDRR E
AS CUS CU CUS CSSS
es
nn ms
EN Re L
HISTOIRE
DES
HOMMES ILLUSTRES
DE L'ORDRE
D E
SAINT DOMINIQUE ‘
L IVRE QUARANTE-TR OISIÈME.
ES AINT r Paul nous.avertit, que les Hommes per-
GSM I vers, & féducteurs fe fortifieront de plus en plus
EME 4] dans le mal, étant dans l'erreur, & y faifanttom..
CA À. ber les autres: proficient in pejus. Les Amisde Dieu
SP au contraire, toujours animés de l'Efprit de Jesus.
I Caisr , & zélés pour fa Gloire, font tous les
jours de nouveaux progrès dans la Vertu, &de nouveaux efforts
pour la perfuader à tous, & la faire aimer de tous. Auffi le Sage
a-t-il comparé le fentier des Juftes a une Lumiére brillante ,
qui s’avance, & qui croît jufqu’au jour parfait: 74/orum autem
femita, quaf lux fplendens procedit , € crefcit afque ad perfettum
diem. Les premiers rayons du Soleil annoncent d’avance les
feux, qu’il répandra dans fon midi: & les Vertus naïffantes des
Saints *.
C'eft ce qu'on ne peut s'empêcher de a dans lHif-
toire du Cardinal des Urfins , & dans toutes
ont les heureux préfages de ce qu'ils doivent faire, avec
—. plus de perfection, dans la fuite de leur carriére, .
es époques de
Lire.
X LIIL
tif
BrNoîr XIIL
IT, Tim. SI, 13.
Provy. IVe 18,
128 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvee fa Vie. Les commencemens, & les progrès en ont été beaux,
XLII. la fuite nous édifiera encore davantage. Attendons- nous à le
————— voir toujours plus zélé pour la beauté de la Maiïfon du Seï-
BENOÎT XII: oneur, pour l’Honneur de la Religion, & le Salut des Ames.
Toutes fes Adions feront des éxemples de Charité, de Modef-
tie, d'Humilité, de Pénirence; en un mot, de toutes les Ver-
tus Chrétiennes, & Paftorales.
Après les foins continuels, que l'Archevêque de Bénévent
L. s’étoit donnés, pendant plufeurs années, pour faire obferver
Qecond Concile cout ce qui avoit été réglé, dans fon premier Concile Provin-
e la Province de . 1: ; t
Bénévent. cial ; il jugea à propos d’en dsl vos on fecond , pour le mois
de May 1698 ; & tous ceux qui devoient s’y trouver ,répon-
dirent avec le même zéle, à Les ieufes intentions. Plufeurs
Evèques, qui n’étoient point de fa Province , furent aufli bien
aifes d'y alfifler , foit pour donner des preuves publiques de
leur Vénération, pour un Métropolitain , qui faifoit tant d’hon.
neur à l’Epifcopat ; foit pour prendre de lui la Règle, & la
maniére de tenir des Synodes. Il fe trouva au moins vingt-trois
Evêques dans celui ci; & le pieux Cardinal profita de Pocca-
fion , pour faire avec plus de Solemnité la reconnoiffance , &
la Tranflation des Reliques de Saint Barthélemi, qu’il enferma
IL. dans une Urne de Porphire. Après une Proceflion Générale ;
Reconnoiffance, où à la fuite de tant d’Évêques, & d’un nombreux Clergé, on
& Tranflation des ° : : |
Reliques de Sainr VOYOit une foule de Noblefle, plufieurs Seigneurs , & quel-
Barhelemy, ques Princes , le Sacré dépôt fut fcellé dé plufieurs Sceaux,
__& placé fur le grand Autel de la nouvelle Éplife (1).
L'Archevêque de Ferme nous apprend , que par les atten-
tions de notre Cardinaï, cette auguite Cérémonie, qui avoit
attiré à Bénévenc ane infinité d’Etrangers , fe fit avec tant
d'Odre, d'Eclar, de Majefté ; que rien ne pouvoit paroître ni
(IL plas magnifique, ni plas édifiant. Le Pere Dominique Viva,
Le Pape vent Jéfuire de Naples, qui s'étoit trouvé préfent à la Solemnité,
go ére e en écrivit la Relation, qu’il fit imprimer, On s’emprefla de la
la Tranflation du lire dans toutes les parties de l'Italie : Le Pape Innocent XII,
Coms de S. Pi en ayant fait lui méme la Ledure, Ordonna qu'on fe Régle-
| roit l-deffus à Rome, & qu’on obferveroit le même Ordre,
dans la prochaine Tranflation du Corps du Bienheureux
Pape Pie V. |
(1) Anno 1698 menfe Maio, fecundum |elevavie, concinnavit; porphyretica in Urns
Provinciale Concilium coegit ; in quo vigin- | recondidit ; & peft Glen fupplicatio-
ti tres Epifcepi, r1m Snffraganei qudm ho-|nem , in Ara maxima nov: à decentiffimi
nefantes incerfuere. Hac occañone facra D. | Templi recondidit , &c, lte, Sacr. Tom,
Bartholomæi Apoftoli liphana recognovit , [WII Col, 180. |
Mais
nd
! DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 19
- Mais fi la prudence, & la fagefle de notre Cardinal avoient
paru, dans l’ordre, & l’arrangement, qu'il avoit mis dans cette
Cérémonie, pour y faire régner le Silence , & la Modeftie,
& empêcher en même tems A confufion, que la multitude 1
auroit pà caufer, il ne donna pas de moindres preuves de fa
tendre piété , & de la vivacité de fon zéle : car, ajoute le même
Auteur, quoique les autres Evêques, qui portoient avec lui
l'Urne facrée pendant la Proceflion, fe relevaffent de tems en
tems, pour éviter une trop grande fatigue, le es Métro-
politain ne céda jamais fa place à un autre : la ferveur de fon
Efprit fembloit augmenter , ou foutenir les forces de fon
Corps , afin qu’il portât jufqu’à la fin le précieux fardeau (1).
Il foutint AA à même courage.les nouvelles fatigues, où
l’expofoit la tenue de fon Synode. 11 en avoit fait l'Ouverture
par un beau Difcours : & dans toutes les Seflions on l’entendit
parler avec le même zéle, & la même Dignité. Bien des Affai-
res, & des Difputes, furent heureufement terminées par fes
{oins. Cependant il ne crut pas devoir multiplier les Décrets :
mais il recommanda fortement l’Éxécution de ceux, qui avoient
été publiés dans le précédent Concile; & prit de nouveaux
moyens , ou pour exciter le zéle, & la M og des Pafteurs,
ou pour ne pas laifler la négligence , & les tranfgreflions im-
punies (2). | | | ù
Dans l'efpace de cinq années, l’Archevêque avoit vu mou-
rir cinq de fes Suffragans : & il fe plaignoit de ce qu'après la
mort de quelques-uns , il étoic encore arrivé dans la Province,
ce que le Pape Pie V avoit autrefois fi juftement condamné;
& ce que lui même avoft fi expreflément défendu dans fon pre-
hier Synode. Ceux contre lefquels les Evêques s’étoienr trou:
vés dans Îa nécefité de procéder, pour arrêter quelque fcan-
dale , avoient eu le fecret, ou le crédit, d’enlever de léurs Ar-
chives, & de brûler les procédures , où fe confervoient la mé;
(1) Aded Popalo sg a » AC £tiam 3pud tione facræ Urnæ cum Archiepifcopo , er
exteros celebris aûtio fuir, ut À Dominico {vices alternarent , ipfe tamen Archiepifco-
Livre
XLIII.
BENoîT XIII,
IV.
Courage , &
f:rveur du pieux
Cardinal,
V.
Sans multiplier
les Décrets,
+
VI...
Il travaille à frire
obferyer ceux qui
étoignr déjà faitg,
Viva, Societarj6 Jefu Prefbytero., & ejufdem | pus nunquain fuccedi: fibi voluerit. Archi,
Concilii Theologo accuratè defcripta , ry=| Fîr. pag. 15.
ie .Vülgatä, etiam ab Innocentio XI1, |: 12). Multiplici Deéretoram editioni.tém-
Rom. Pontif, legeretur; qui captus fplendo- |peratum et ; paucis duntaxat, pso novis
2% .ac ordine rerum , eundem ordisem in emergéntibus -emanatis ; omni Contentione
: Frapflatione, quæ tunc inftabat ; faeri Cor- |& ftudio in illud cumprimis incumbentes,
#oris Divi Pi V, ad tumulum in Sacello Six- | ut rum ad faciliorem Synodi Superioris ob+
3in0 in Exquilis magnificè paratum, ferwari |fervantiam, via planior ferneseturi tum . ,»
andavit, Hlud non prætereundum ,quôdin|ne mulræ ,.qué correétiong opus habent,
folemns. fupplicarione Beneventi data per |Ecclefiafticæ res negligerençur , &c. Synedir
Urbem, quamvis Concilii Patres , in geltar, pag. 804. Labs 39: 6 0. .. à
d'ome WI, | | R
130 HISTOIRE. DES HOMMES ILLUSTRES
Livres moire, & la preuve de leur crime. Le Métropolitain, & le Con-
XLIII. cile avec lui, ordonnent aux nouveaux Evêques, de faire in-
Hrvoir Xi, Cfanment les 3e rares néceflaires , & de faire fubir aux
— Coupables, toutes les peines portées par la Bulle de Pie V,
pour arrêter à l'avenir le fcandale , du moïns par la crainte du
châtiment (1). |
Nous avons vû que dans le Synode de 1693, il avoit été
ordonné , que tous les Chapitres, foit des Cathédrales, ou
des Collégiales, qui n’avoient > de Statuts propres, {e-
_ roient obligés d’en drefler inceflanment ; & de les préfenter
dans l’efpace de fix mois à leurs Evêques , pour avoir le Sceau
de leur approbation. L’Archevêque, Auteur de ce fage Régle-
ment, lavoit fair éxécuter dans tout fon Diocèfe ; & il avoit
commencé par le Chapitre de la Métropole. Mais foit que les
autres Evêques n’euflent pas eu les mêmes attentions fur ce
point; ou qu’ils n’euflent pas trouvé la même docilité, dans
ceux que le Décret regardoit fpécialement ; il y avoit dans la
Province de Bénévent plufieurs Chapitres , qui n’avoient en-
| core rien d’écrit touchant leurs Ufages, leurs Coutumes , &
vi. leur Police particuliére. Sommés d’obëir à l'ordre déjà donné,
Tousles Chap ÿ]s demandérent un Modéle, pour s’y conformer; & Île Métro-
tres de 11 Provin- RE x .
ce fe foumettenr POlitain ayant fait autorifer par le fecond Synode, les Aëtes de
enfin ä un Régle- fon Chapitre de Bénévent, qu'il avoit lui-même déjà dirigés,
menrnécelliite ge approuvés , il les communiqua à tous lès Chapitres de la
Province ; afin que chacun en prit ce qui devoit être commun
À tous, en. y changeant, ou ajoutant ce qui étoit propre à
chacon.
-. Les Peres du Concile prirent auffi des mefures , pour répri.
vin mer, s’il étoit pofñible, la trop grande ambition , ou la cupi-
On cherche à dité de ceux , qui ne craignent point de briguer les Bénéfices:
GS Le qui, par leur importunité , leurs follicitations , ou par le
crédit des perfonnes, qu’ils font agir en leur faveur , ôtent
quelquefois aux Collateurs la liberté de fuivre la Loi, & Îles
Jumiéres de leur Confcience. Nous difons qu'on effaya de cor-
riger cet abus : nous ne difons pas qu'on y ait réufli. |
- {1} Non fine acebiffimo dolaris fenfu{ confequatur , proceffus furripuifle , & oc:
fin@a Synodus accepit, nullim Conftitu-| cultafle., Proinde omnibus mandat Epifto-
tionis Beati Pii V , quæ incipit , Muneris| pis, ut contra hujufmodi Violatores ; eo=
noffri..., rationem habitam fuiffe ; fed in} rumque fautores, & Notarium inquirant ;
hoc Quinquennii interftitio non RE LA & pœnis in præfatä Conftiurione infliétis
Cahedrali fuo viduata Paftore , in Epifco- pie exemplo coerceant ; ut nefarium hoc
pa'e Archivum , conniventibus ,. qui cufto- | facinus à noftra Provincia omnimodis elimi
dire tenebantur , manus injecifle ; & ne de-| netur, Synod. p. 605, Tir. TI, Caps Il.
hétorum cognitio , vel vindiéta ufpiam RU LT
Ed
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 131
On trouva moins de difficulté à mettre en Régle, un nom-
bre confidérable de Solitaires; qui, dans différens Diocèfes du
Royaume de Naples, portoient l'Habit, & le Nom d’Her-
mite, & vivoient dans des Lieux ordinairement écartés du
commerce du Monde ; mais dont plufieurs ne connoïifloient ni
l'Efprit , ni les Obligations de leur Etat. Le Synode leur pro-
NA les Modéles, qu'ils devoient imiter ; les Répgles , qu'il
Elloit fuivre ; & leur prefcrivit en détail tous’ les Devoirs,
u’îls avoient à remplir, pour fe fan@tifier dans leur Profef-
ion. On leur défendit les courfes, le fréquent changement
de Demeure , & la fréquentation des Femmes, même de leurs
Parentes. On les obligea au Travail des mains, à la Priére, à
la dépendance des Supérieurs Eccléfiaftiques, devant lefquels
ils devoient fe préfenter tous les quatre mois. Ceux qui refufe-
roient de fe foumettre à ces es, ou qui les néglige-
roient dans la fuite, eurent ordre de quitter l'Habit de Solitai-
re, & de retourner dans leurs Familles (1). |
Au refte, le même Efprit de concorde, & de paix, qui
avoit régné dans le premier Concile de Bénévent , parut en-
core dans celui-ci. Le Cardinal Archevêque , après en avoir
rendu fes Aëtions de Graces à celui, qui tient les Cœurs de
tous les Hommes entre fes mains, s’en félicita lui-même ; &
en fit honneur à tous les Evêques de fa Province, dans la Let-
tre qu'il écrivit à Sa Saintèté, en lui envoyant les Aîes du Syÿ-
node (2). à
Comme prefque tous les Prélats de cette Afflemblée étoiene
dépendans de la Couronne d’Efpagne , notre Cardinal eut
l'honneur d'écrire au Roy Catholique , Chaîles IT, pour lin.
former de tout ce qui s’étoit pallé ; & il reçut de Sa Majefté
Ja Lettre fuivante, | NS
Muy Reverendo en XPro Padre Très-Révérend Pere en JESUS CHRIST,
. Cardenal Ursino, Arzobifpo Cardinal ORSINI, Archevèque
de Venabente, | . de Bénévent. |
£ AN Carta de 19 Malo de effs V Orr&s Lettre du 19 May de cette
anno , days quenis de Haver ce- année, m'apprend que vous avez
(1) Qui verd {ua fponte habitum fufcepe- |tuor excepris Canonico impedimento pee
re ; & ad fui libitum accedunt, & recedunt ; [dicis, unä cum inferioribus Prælatis, hilari,
ac ut Jocuftæ fine Rege vagantur, fi poft præ- |promptoque animo convenere , quorum cœ.
fentiom publcationem moniti , præmiflis |tu legitimè congregato , fecundam Provin-
fubjacere noluerint , ranquam meri Laici re- |cialem Synodum, diebus x, x1v, & x1x
jiciantur , &g. Synodic. pag. 607. Th. JT, | Maïi, unanimi omnium affenfu, & confenfy
Cap. XVI celebrarimus , &c, Jhid. pag. 604. Col, 1.
(5) Omnes ejufdem Provinciæ Patres, qua- R 1 .e
I]
LIrvRE
XLIIL
Benoïr XIII.
1X.
Ce qu’on pre
crit aux Hermites
X.
Lettre du Roy
d’Efpagne , Char-
les 11, au Cardinal
Orfini,
+
132 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LivRE ‘nu, avec d’autres Evêques, dans votre lebrado con Otros Obifpos uma [e-
X LIII Métropole, un fecond Concile Provin- gwrda Sinodo Provincial , en e[a M2
* _ cial, pour la Réformation des Mœurs., tropoli, para reformacion de Cofium-
Benoît XIII & la confirmation des Réglemens de la bres, y confirmacion forzoza de las
== Difcipline Eccléfiaftique; & coînme pen- Santas Difciplinas, y Reglas ; y que
dant la tenue de ce Concile, on a fait aélsandofe en el la folene clevacson
l'élévation, & la Tranflation folemnelle del Cuerpo de San Bartholome de la
du Corps de Saint Barthelemy , de l'E- Tglefia arruynada por el ierremoto,
glife qui a été détruite par le Tremble- 4 la Nucba Bajilica donde.fus Re-
ment de terre, dans la nouvelle Bafili- Ægwies, quedaron en depofito ; mien-
que, où fes Reliques demeureront én dé- #ra5 fe le fabricafe Capilla nucba :
pôt, dans une Chapelle nouvellement parecio al tiempo de colocar la Urna
bâtie. I1 paroifloit en effet convenable y porer la en otre mas Segura , ha
de placer l'Urne, dans une Eglife qui fût cer reconocimiento de ellas, y [e hal-
à l'abri de nouveaux -accidens , après laron los huefos del figrado Cuerpe
avoir fait.la reconnoiffance des faintes de effe Apoftol , con la candidez, y
Reliques, parmi les démonftrations pu- /4ffre, que ponderays, anadiendo el
bliques de joye , que cette Cérémonie con alborozo, que ay ha caufado
a in{pirée; comme vous le marquez. Je efe cafo, y enterado de lo que decis,
vous affure de la reconnoiffance, que j'ai os mamifeffo la gratitud ; que me ban
du foin que vous avez eu de me Dune devido eftas Noticia. |
ces Nouvelles, | ee
A Madrid le 26 d'Odobre 1698. Sp à 16 de Oülubre de
Moi re Rov.
| . Infription. F0 sé SL Re
‘Au très-Révérend Pere en JEsus- 4! muy Reverendo en XPTo Padre
CHRisT, notre cher, &bien-aimé, Cardenal Urfino, mi Muy caro,
le Cardinal Orfini. + ‘© j amado Amigo.
ns Notre Archevêque paffa le refte de cette année, & toute
L’Archevéque la fuivante, dans l’éxercice des faintes Fonétions, au milieu de
dep is Reli- fon Troupeau ; uniquement attentif à faire garder la Loi de
Fos >" Dieu, & celles de l’'Eglife ; à édifier roujours les Fidéles, par
Diocefe, fes éxemples ; à les inftruire par fes Prédications, ou par fes
| Lettres Paftorales ; & à corriger dans fes Vifites , tout ce qui
auroit pu ralentir la ferveur de la Piété Chrétienne. Au mois de
Juillec 1 698, il établit dans fon Diocèfe un Monaftére de Reli-
gieufes de fon Ordre ; donna des Revenus confidérables à cerre
_Maifon ; & eut encore plus de foin d’y faire d'abord obferver.une
.éxate Régularité. C’étoit dans ce deflein, qu'il avoit fait ve-
nir de la Ville de Gravina deux Religieufes, plus diftinguées
encore par leur Vertu, que par leur Naïllance , afin qu'elles
: puffent être comme la Régle vivante des autres; & que par
leur éxemple elles fient pratiquer dans ce nouveau Sanctuaire,
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 133
ce qu’elles avoient long-tems pratiqué dans celui de leur Pro.
feflion. . | A
Parmi les foins de la Sollicitude Paftorale , le Cardinal Or-
fini continuoit à cultiver l’amitié des Sçavans ; avec lefquels il
éroit en relation ; & à faire fon plus doux délaffement de la
le&ure de leurs Ouvrages. Il leur communiquoit aufi volon-
tiers les fiens. C’eft ce qu’on remarque dans deux de fes Let-
tres , que nous pouvons tranfcrire-ici fur les Originaux. Toutes
les deux font adreflées au Pere Aléxandre, le 20 Décembre
1698,8& le 18 Juillécr699
_ Reverende admodum : Pater |
Magifter,
S lam tuam , datam Parifiis die 1 2
decurfi Aprilis, nudins tertius è Nea-
poli recepi, quoniam optatam tandin
_dete, emeritiffime Pater , notitiam
babui. Miror tamen , © vehementer,
‘quod Epiflole mea refponfive, quibus
gratias retuleram, ad te non Perve-
.nerint, Recepi quidem digna perenni
.commendatsone Volumina tua ; ipfif-
.que utor meis in Dominicalibus Ho-
niliis ad populum , cum maximo Au-
ditorum fruilu; quia in ipfis veluti
ôn florentiffimo fapientia hortulo ex-
fpatians, habeo uberem rerum fegciem,
deltifimerumque Dotlrinarum textu-
ras ornnes 'é qguidquid ad illorum
snfiruclionem mihs opus eft, excerpo,
.ficut ditlis mois Epsflolis , nefcio quo
caf deperditis, te certiorem feceram.
mo, ni fallor, anno elapfo 1697,
mifi tibi Differtationem meam, Jicet
’indifertam latine confcriptam , qua
sndiffolnbilibus argumentis , validi[-
que rationibus cexiflentiam Corporis
Div? Bartholomei Apoftoli in hac
mea Civiaie Beneventana probare
contendo, At quod audivimus ( laus
“Deo femper ) C* vidimus ,C manus
. noffra contretlaverunt, dum current
U M M 0 cum animi fenfu Epiffo.
«
Mon trés-Révérend Pere, Œ très-cher
è Maire,
OTRE Lettre, écrite de Paris le
12 du mois d'Avril dernier, mais
se ne m'a été rendue que depuis peu
e jours, par la voye de Naples, m'a fait
d'autant plus de plaifir, qu’il y a long-
tems que je défirois avoir de vos nou-
velles, Je ne puis cependant vous mar-
Livre
XLIII.
BEnoir XIII,
XIT,
Lettre du Car.
dinal Orhni au
Pere Aléxandre.
quer aflez vivement, combien je fuis fur
pris, que vous n'ayez point reçu mes der-
niéres Lettres, qui étoient une Réponfe
aux vôtres, & un nouveau témoignage
de ma jufte reconnoiffance. Je vous ap
prenois que vos Ouvrages, qui me font
toujours infiniment précieux, m’avoient
été remis ; & que je m’en fervois utile-
ment dans les Homélies, que je fais tous
les Dimanches à mon Peuple. Comme
dans un Jardin bien cultivé,on peut cueil.
lir toutes fortes de fleurs; je trouve dans
vos Livres une telle abondance d’érudi-
tion & de Doûtrine , qu’il m’eft facile
d'en tirer, & ce qui fert à égayer mes
Difcours par des digreflions utiles, &
tout ce qui Fe être néceffaire pour
l'inftruétion des Fidéles ; ainfi que je
vous le marquois dans les Lettres , qui
fe font perdues, je ne fçai par quel acci-
dent. Il me femble aufli que je vous en-
voyai l’année derniere, 1697, ma Dif.
fertation touchant les Reliques de Saint
anno menfe Maïo praierito , in meo Barthelemy. Vous ne trouverez pas beau.
fecundo Concilio Provinciali, Senio-
coup d’érudition dans ce petit Ouvrage ;
rum 24, id eff Epifcoporum, soroné que j'ai écrit en Latin: mais je me flatte
R ü}
Liv RE
X LIIL
_Benoîr XIII
ro mer
-noître l'Anonyme, qui attaquoit vos ou-
134 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
que vous reconnoîtrez, que j'y établis la s{{affrato, eju[dem facri Corporis re-
pofeflfion de mon m de Bénévent, cognitionem , @ tranflationem feci.
par des raifons crès-fortes , & des ärgu: ÆAnxic igiur [cire cupio ; an ad te
mens fans réplique. Ajoutons ( en ren- pervenerit ditla Differtatio, ficur
dant Gloire à Dieu de tout ) que ce que mcum Synodicon , continens À Con-
noûs avions oui dire, nous l'avons vû, cilis Summorum Pontificum, C° tre-
& touché de nos mains, lorfque nous decim Archiepifcoporum ; in hac mea
avons fait la Tranflation du Saint Corps; Æferropolitana celebrata : quod pari.
pendant te fecond Concile Provincial , ter Bononia commiffione faila, grari-
qui s'eft renu ici, au mois de ve) de tudinis amoris ergo , tibi tranf-
cette année , & qui a été honoré de la if ; quoniam ff non recepifli, ite-
préfence de 24 RE La Calmez donc r#m tranfinittam una cum RKelatione
au plutôt mon inqui tude, en m'appre- @ Aülis prafate Tranflationis , habi-
nant fi vous avez enfin reçu cette Differ- re in Concilio Provincial: ruperrimè
tation ; & avec cela mon Symodicon, qui celebrato ; € precabor noflrum Re
contient fix Conciles ,tenus dans la Mé- verendiffimum Patrem Generalem ,
tropole de Bénévent ; par des Papes ; & guatenus dignetur curam habere , us
treize par les Métropolitains. C'eft de ad inas manus fecurins perveniant.
Bologne , qu’on a dû vous envoyer cet Epiffol4 tuà in me non cxigunm
Ouvrage, comme un Gage de ma recon- ‘excirafhs defiderium legendi Pañera-
noiflance, & de mon amitié, Si vous ne lem Epiftolam, Iniraélinen Do-
l'avez point reçu , j'ordonnerai un fe- mini Archiepifcops Rothomagenfis ,
cond Envoy ; & j'y joindrai la Relation, qwibys dercllus tuorum operum im-
avec les A@es de la Tranflation, que pxgnator Palinodiam canere coac-
nous avons faite, des Reliques du Saint us eff. Si poffibile eff, cafdem à
‘Apôtre. Je prierai notre Révérendiflime 144 humanitate expello , crunique
Pere Général , de vouloir bien donner #ibi anice chare. Vale, € perennem
fes foins , pour que le tout vous foit plus der sibi Deus incolumitatem , ad Re-
éxatement remis. ligionis noffre bonum , quam tot doc-
Votre Lettre m'a fait concevoir un trinis decorafli, @ decorare non de
grand défir de voir l'Inftruétion Palto- finis, dre.
rale de M. l’Archevêque de Rouen ; Darum Beneventi 1Q menfis De-
puifque cette Piéce a fervi à faire con- cembris 1698,
vrages ; & à l'obliger de fe retracter. Fr. Vinc. Mar. Card, Unsinus,
Envoyez-la moi, fi cela fe peut; je la conferverai précieufement : car tout
‘ce qui vous regarde m'eft uniquement cher. Je prie le Seigneur de vous
Ale long-tems, pour l'honneur de notre Ordre, que vous ne çeflez
d'illuftrer par tant de ei Ouvrages.
Fait à Bénévent, le 20 Décembre 1698.
Fr. Vincent-Maris Cardinal OnsiNt.
Le Docteur de Paris n'ayant point reçu ce qui lui avoit été
adreffé ; notre Cardinal lui envoya un autre Exemplaire, & lui
écrivit ainfi pour le prier d'en faire une févére critique,
*: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. :35
Admodum Reverende Pater,
© Mon très- Révérend Pere, © très-cher
Magifter. |
Mare.
P m'ont été remifes la femaine der+
niére, j'ai appris que vous aviez eu le
© gs X Lirteris Paternitatis vefire ad-
modum Reverende , pridie Kal.
Februarii datis, ac preterita hebdo-
Ar vos Lettres du 31 Janvier, qui :
mada à me acceptis, meas libenti ani-
. mo excepife Lireras audivi ; © plu-
rimum ci grata, ac fatis faperque jn-
cunda fore , tam Differtationem , ac
plaifir de recevoir les miennes ; & que
vous recevriez avec la même fatisfac-
tion , les Piéces que je vous ai annon-
cées ; fçavoir, ma Diflertation, avec le
Aa Tranflationis [acri Corporis S, Synodicon de mon Eglife, & les Aëtes de
Bartholomei Apofloli , bujus Civite- 1à Tranflation du Corps de Saint Bar-
tis prafemif[imi Patrons, quam mte rhelemy, Apôtre, & Patron de cette
ÆEcclefie Synodicon. .. Hac igitur ad Ville..., Je ne différerai donc pas de
Reverendi]imum Patrem noftrum Ge- faire remettre tout cela à notre Révé-
neralem ,ut,chm tuta erit occafio , ad rendiflime Pere Général, pour qu'il vous
te mittenda curet, magis libenter mit- l'envoye par une voye füre. Je vous prie
to, :Libeat quafo Pat, V. Differ-
tationem , © Ala prafata lynceis
oculis luflrare, G° aqua ingenu lance
librare, ac penfitare ; € Jadicinm
fuum proferre; © mibi refcribere non
pretermittat. Pafloralem Illuffrifimi
Rothomagenfis Archiepifcopi Epifto-
Lam, quam ad me mififfe [cripjifts ,
cum non adhuc acceperim , ad me
quamprimum perventuram - fpero.
ÆEam tamen ab aliis malto ab binc
tempore datam accepi ; € dotlam , G
folidam , C omni laude dignam cen-
fui, S inprefentiarum cenfeo. Ami-
cam Paternitatis vefre erga me vo-
luntatens | cum femper magni antchac
feci,tum hoc tempore, novo erga me,
ac mesm Ecclefiam, amoris 1effimo-
.nio donatus, jure merito optimi facio.
Ingentes etiam tibi eo nomine grates
“repehdo , indubitanter [perans, banc
animi tui liberalitatem ita gratam
fuift probaturum , ut omnes Paier-
nitatem tuam in hominem tui aman-
tiffimum , atque smprimis memorem
Cgraum , munus [hum centulife à,
sntcllisan., Carrum vcelim tibi [ia
deas , me datà occafionc nullum
Paternitaris vceftre tuende , or-
‘nande locum poff habiturum ; ©
cependant, mon Révérend Pere, de lire
avec des yeux attentifs, cette Diflerta-
tion, &.ces Actes ; de les bien éxami-
ner, d'en porter votre Jugement, & de
me le communiquer. Puifque vous m’ap-
prenez que vous m'avez déjà envoyé
l'Inftruction Paftorale de M. l’Archevé-
que de Rouen, je puis efpérer de la re-
cevoir bientôt. Ïl y a déjà quelque tems
de me l’a fait lire ; & je l’ai trouvée
ort fçavante , & fort folide, Je ne puis
trop la louer. Si j'ai toujours fait beau-
coup de cas de votre amitié ; je dois
LirveRrE
XLIII.
BENOîT XIII.
XIII.
Autre Lertre du
Cardinal au mé.
me.
l'eftimer encore davantage , à préflent
que vous me donnez une fiouvelle preu-
ve de votre affe&ion pour moi, & pour
mon Eglife. Je vous en rends de fincé-
res actions de graces, dans la ferme con-
fiance de trouver une occafion à vous
prouver, & à faire connoître à tout le
monde, que vous avez en moi un véri-
table Ami, un Ami zélé, & plein de re-
connoiflance, Je veux bien que vous
foyez perfuadé , que je ne négligerai
jamais l’occafon de vous étre utile, & de
vous marquer combien je vous chéris ,
À Bénévent , le dix-huitiéme jour de
Juillet 1699.
© Fr, Vincent-Marie Cardinal OnRsinr.
=
136 HISTOTRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre #74 precipue amore diligendam , G'c. Beneventi, xvir menfis Julii 1699:
X LIIL : Fr. Vinc. Mar. Card. URsrNus. |
BenoïT XII,
On voit par ces Lettres, dans lefquelles notre Cardinal 4e
dépeint fi naturellement lui-même, quel étoit le Cara@tére de
fon Cœur , tendre, reconnoiffant, généreux. Il diftinguoit le
mérite ; & il ne fçavoit oublier un bienfait. Il ne fut pas
fans doute dans l’occafion de faire tout le bien, qu'il fouhaitoir,
à fon fçavant Ami. Mais une belle Ame devoit être plus fenti-
ble à ces témoignages fincéres d’eftime , & d'amitié, qu’à tout
ce qu’on apelle biens de fortune.
XIV. Dès le commencement de l’année r700, le Seigneur mit la
2 nn Vo de l’'Archevêque de Bénévent, à une rude os , par
de fa derniére ma. Ja maladie mortelle, dont il apprit que fa pieufe Mere étoit at-
lagie, raquée. La rigueur de FHyver ne pût l’empècher de courir aufii-
tôt à fon fecours : & la préfence d’un Fils non moins chéri que
vertueux, ne fut pas une petite confolation pour la Malade,
Le Cardinal la confola chrétiennement ; & la difpofa à une
fainte Mort, autant par la ferveur, & le mérite de fes Priéres,
que par fes tendres exhortations, & la vigilance la plus atten-
tive à lui procurer tous les fecours, que l’Eglife peut donner à
fes Enfans. La piété, & la reconnoiflance éclatérent en cette
occafion dans tout le Diocèfe de Bénévent ; où les Fidéles
n'avoient point attendu un ordre pour demander à Dieu , par
des Priéres communes, la confervation d'une perfonne, qui
XV. devoit être fi chere à Jeur Pafteur; & dont ils avoient fouvent
Rond reflenti les Libéralités dans leurs calamités publiques. Mais
Dieu vouléit recompenfer les Vertus d’une Ame, qui luï-étoit
‘agréable : le vingt-huitiéme de Février la Duchefle de Gravina
mourut entre les bras du pieux Cardinal. L _
Nous avons vû les obftacles , que cette Princefle voulut
mettre autrefois à la vacation de fon Aîné : çe qui n’a eû que
trop d’éxemples dans tous les Siécles. Les fpéculatifs la foup-
çonnérent depuis d’avoir __—… contribué à la Promotion
d'Orfini au Cardinalat ; quoique le Pape Clément X, en lui
faifant un commandement exprès de recevoir la Pourpre Ro-
maine, eût fouvent déclaré, qu'il ne confideroit en cela que
fon Mérite, & fa Vertu (*). La Mere des Enfans de Zébédée
_n'eft pas la feule, qui aït fouhaité , ou demande les premieres
(*) Quoiqw’il fér l'Ainé de fa Famille,
-{ dit VAureur Anonyme de Ja Vie des Papes)
que, __ Les Parens : & [es Parens à lepr
sh prit de bonne heure l’'Habis de S, Domini-
tour, Le frrens Cardinal malgré lui, Tom. Y,
pag. 508. s En DE
Places,
“DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 1:37
Places, pour ceux que JEsus-CHR1ST apelloit à fa fuite.
C'eft un défaut Fat PU mais il à fa fource dans la nature
même, & dans le Cœur fur-tout d’une Mere, felon la réflexion
-de Saint Ambroile : Matrem confiderate, matrem cogitate.
Quoiqu'il en foir, la Ducheffe de Gravina ne fuivit pas toujours
Îles mêmes maximes : la Grace parla à fon Cœur, & purifia fes
fentimens. Touchée par les beaux éxemples de celui, à qui elle
n'avoit pù infpirer nt du monde, elle apprit enfin à le
méprifer, ce monde vain & féducteur : & par ce mépris, elle
fe rendit beaucoup plus illuftre, qu’elle ne l’étoit dé;à par fa
Naiflance, par tous fes Titres , & par fes richefles. A la Prière, &
à la Pénitence , elle joignit l'abondance de fes Aumônes,
comme un autre moyen, non moins efficace, pour racheter
{es péchés. Appliquée déformais à élever fa Famille dans la
crainte de Dieu, felon les Loix de l'Evangile; elle veilla avec
le même foin fur cout fon Domeftique ; n'eût que des maniéres
pleines de douceur, & de modération envers fes Vaffaux ; &
devint la Mere des Pauvres, le refuge & le modele des Veuves,
l'afyle de tous ceux qui étvient : ea le befoin. Poflédant
de grands biens de fon chef, dont il lui étoit permis de difpofer
à {a volonté, elle en fit un faint Ufage, pour la réparation des
Eglifes, l'entretien des Hôpiraux , & la fubfiftance de plufieurs
Familles. Cette charitable Princefle donnoït roujours beaucoup;
mais dans le rems de cherté & de difetre, fes Charités étoienc
| multipliées , & plus abondantes. Ce n'étoit pas feulement
ur fes terres, qu’on avoit la confolation d’eprouver les effets
de certe humeur bienfaifante ; elle faifoit auffi paffer de grofles
{ommes, par les mains de notre Archevêque, pour le foulage-
ment de 7. Peuple afflige. :
Pour ouvrir un nouveau Sänéuaire à plufieurs Vierges Chré-
tiennes, & avoir part au mérite de celles, qui chantoiïent le
jour & la nuit les Louanges de Dieu ; la Duchefle fonda un
Monaftére de Religieufes de Saint Dominique, dans fa Ville
de Gravina ; le dota, & voulut avoir le plaifir de voir fleurir
dans cette Communauté, l'efprit de Priére, de Retraire, & de
Recueillement. Mais comptant ençore pour peu, d’avoir ainfi
confacré une-.partie de fes Biens, & plufizurs chaftes Epoufes
àJEesus-CHrisT, fi la Religion ne la confacroit elle mêmeà
la Pénirence , dans le même genre de vie, elle reçut le Voile; &
fe confondit, dans les mêmes Pratiques, avec celles, qui la
confidéroient déjà comme leur Mere, & leur Fondatrice. En
cela , elle fuivit l'éxemple,& imita les Vertus de deux Dames
Tome VI, NON US
LIvRreE
XLIII.
BEeNoir XII,
XVI.
Eloge de çette
Princelle,
XVII.
Sa Piété, fa
Charité.
XVIIT.
Fondation d’un
Monaftére |, où
elle «’etoit conf:
cré: à Jesus-
CHRIST,
538 HISTOIRE DES HOMMESILLUSTRES
Lrvrzs Romaines, fes illuftres Parentes, Madeleine des Urfins, &
XLIII Françoife des Urfins, qui avoient aufll\ fondé à Rome, deux
———— Monaftéres de l'Ordre de Saint Dominique; & s’y étoient ren-
DENOILAUT. fermées , pour y travailler à leur perfection, dans les Saints
Builir. Ont. rom Exercices de l’'Humilité Chrétienne , & de la pauvreté volon-
FN taire : Celle là fous, le Pontificat de Gregoire XIII, & celle-ci
du tems de Paul V, lan 1607. |
Cependant l’Archevêque de Ferme nous apprend, que la
Duchefle de Gravina ne fit fes Vœux, que peu de rems avant
fa mort : & les motifs, qui l’engagerent à différer ainfi fa pro-
feffion Religieufe, furent encore des motifs de Charité. Elle
XIX. pratiquoit : Du plificurs années la pauvreté Evangélique ;
& ne s'y étoit pas encore engagée par Vœu, par le feul défir
fciion Religicufe d'être toujours en état de donner, & de fecourir les Pauvres:
jufqu'à la mort. ]e dernier ufage qu’elle voulut faire de fa liberté, fut de laiffer
a notre Cardinal un Legs de vingt-cinq mille Dueats (1).
Elle fçavoit bien , que fi c’eft faire fructifier fes Tréfors pour
le Ciel, que de les remettre entre les mains des Pauvres ;
ce n’étoic pas les diminuer , que de les confier à celles d’un
Prélac, qui fur toujours le Pere, & le Protecteur des Indigens,
Aprèsles Obfeques de la relisieufe Princefle ; PArchevèque,
ayant confolé l'illuftre Famille , fe hâta d’aller rejoindre fon
Troupeau , & reprendre avec fes Penitences ordinaires toutes
les Fon@ions du Fo Miniftére, On fçaîr quelle éroit la rigueur
de fes Jeunes, fur tout pendant le Carême, fes travaux, & fes
fatigues dans la Semaine Sainte. Cependant d'abord après les
Fères de Pâques, il recommenca fes Vifites annuelles dans
une partie du Diocéfe : & à peine les avoir il finies, qu’il fe vie
de nouveau arraché à fes Brebis par le décès du Pape Inno-
XX ne CNE XIT, arrivé le 28 Septembre 1700. Cette mort ne pou-
innocent 11, VOit qu'afflicer fenfiblement notre Cardinal, lié d'amitié avec
ce Pontife, dont il avoit éprouvé les bonnes intentions, & la
faveur, dans tout ce qu’il avoit voulu entreprendre pour le
bien de fon Epglife. |
Mais fa douleur fut bientôt après renouvellée, & beaucoup
XXL augmentée, lorfqu’il apprit par la voix publique, que le Roi
E d R Catho- e e » e > e
lique Charles u, Catholique Charles IT, à qui pour bien des raifons, il auroit
(r) Quæ Filiura imirata Monafterium Sanéti- | libus Ducatorum. Ethac quidem pecunià an-
montalibusOrdinis D.Douninic:Gravinæcon-| no 1701, ille potitus ftarim ad levandas æ=
diderat ,in quo Relig ofum Habitum induit ; | rumnas Écund Terræmotüs, cum quibus
Profcffionem ver emifie fub finém vitæ.an | tune luétabatur , ufus eft, &c. Archi. Fivrm,
#o 1700. Legatis Filio, qui Matri decedenti PAG, 13e | :
omnibus pictatis oficiüs præfto fuit, xxv mil. |
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 5:39
fouhaité une vie plus longue, venoit de terminer fa Carriére,
Je premier jour de Novembre de la même année. Comme ce
Monarque ne laifloit point de Poftérité, le fage Prélat comprit
tout d'un coup, à quelles facheufes Révolutions, fa Province,
avec toutes celles du Royaume de Naples, alloit être expo-
Livre
XLIII.
BEenoir XII,
A
fée. Ce Royaume, ainfi que le Duché de Milan, faifant par-
tie de la Monarchie Efpagnole, ne pouvoit manquer de dé-
venir le Théâtre d'une longue & fanglante Guerre. Le Duc
d'Anjou , qui prit le nom de Philippe V , était apellé à la
Courone par le Droit de fa Naiffance , par les Vœux de le
Narion , & par le Teftament de Charles II. La France écoir
réfolue de maïntenir cette difpoftion. La Maïfon d'Autriche
de fon côté ne négligeoit rien pour faire valoir fes préten-
tions ; & d'accord avec tous fes Alliés, elle fe préparoït de
longue main, à élever fur le Trône d’Efpagne, l’Archiduc,
qui fut nommé pendant quelque tems Charles IT. Les uns &
les autres faifvient déjà de grands préparatifs de Guerre, &
: ste Lu bien , que les premiers coups {e donneroient en
talie.
= Pendant que la Succeflion de Charles II occupoit toutes les
Cours de l'Europe ; celle de Rome travailloit à donner un
Succefleur à Innocent XII. Dans des circonftances aufli criti.
ques , cette Affaire devenoit particuliérement intéreflante.
Après que le Saint Siége eût été vacant près de deux mois,
tous les Suffrages fe réunirent en faveur du Cardinal Jean-
François Albano, âge de cinquante un ans. L’Eleétion du
nouveau Pape ; qui, par un rare éxemple de modeftie, re-
fufa pendant truis jours l'honneur de la Thiare, & qui prit
le Nom de Clémenc XI, fut faite, non pas le troifiéme de
Novembre, comme le dit l’Auteur Anonyme de l’Hiftoire des
Papes, mais le 23 du même mois.
La néceflité & l'importance des Affaires, qu’il ÿ avoit à
régler, & pour le bien général de la Religion, & pour la
tranquillité particuliere de l'Italie, ne permirent pas à notre
Cardinal de rentrer dans fon Diocèfe aufli promprement, qu'il
J'auroit fouhaité. Se trouvant encore à Rome le 2 de Janv'er
1701, il paffa au rang des Cardinaux Evèques, en quittant
fon Titre de Saint Sixte, pour celui de Frefcati, l'un des fix,
que les plus Anci:ns Cardinaux ont coutume d'opter Le Pré-
Jac fit aufitôt la Vifite de certe Eglife, y prêcha plufieurs fois;
adminiftra le Sacrement de Confirmarion ; fit tous les Régle-
mens qu'il jugea nécéflaires, enrichit Ja Sacriltie J Cathé-
1]
XXIL,
Ele&tion de Clé.
ment XI.
Tom. Y » pe 4t Le
XXIII.
Orfni opre l’E-
véché de Frefcati,
& en fait Ja Vifite,
C2
140. HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvnar drale, de plufieurs vafes précieux : & ayant pourvü aux be=
XLIII foins du Cicrgé, & du Peuple, il prit le chemin de Bénévent, :
_ ,.- — dans le mois de Février, pendant les plus grands froids de
Benoit XL j'Hyver (1). | "
xxiv, Sa préfence y étoit fur-tout alors néceffaire, pour contenir
Troubles dans les Peuples dans le devoir, & les garantir ainfi des malheurs,
ti de où quelques Efprits remuans alloient précipiter tout le Royau-
me de Naples. Philippe V , déjà reçu comme en Triomphe
dans la Ville de Madrid, Capitale de fes Erats, avoit été auff
reconnu dans celles de Naples, & de Milan, Il y avoit fes Offi-
ciers, fes Miniftres, & la Juftice s’y rendoit en fon Nom. Ce-
pendant il fe formoit en fecret une Conjuration, parmi les
mois Chrome Napolitains, en faveur de l'Archiduc. Deux Seigneurs, dont
Life Unie UDC Cour Etrangere nourrifloit les cipérances, par de belles
| promeffes , étoient à la tête des Conjurés. Le nombre en
groffifloit tous les jours, & on fe donnoït des mouvemens infi-
_nis, pour y faire entrer tous ceux, qui ondes rt en état
d'en aflurer le fuccès. Dès le mois d'Avril on vit dans la Ville
de Naples, un Placard qui avoit été affiché pendant la nuit; &
uvre tra dans lequel on lifoit ces paroles : Nous n'avons point d'autre
Roi que Cefar,
Le Vice-Roi pour Philippe V ne profita pas affez de cet:
Avis; & les Conjûürés continuerent leur entreprife, avec une
nouvelle ardeur, jufqu’au 2 2 de Septembre, que voulant fra
er le dernier coup, ils fortirent dans les Ruës, à l’entrée de
la nuit , publiant l'abolition des Taxes, & des Impôts, &
criant par tout : Vive l'Empereur , Vive P'Archiduc Roi. I]
parut alors, que les Auteurs de cette Scene n'avoient pas bien
ris leurs mefures ; ou qu'ils s’éroient trop flatrés de connoître
# incent‘ons du Peuple, & des Grands. Les uns fe renfer-
merent fagement dans leurs Maifons, pour ne prendre aucune
part à la Révolte; tandis que plus de cent Seigneurs Napoli-
trains, Princes, Ducs, Marquis, & un grand nombre d'autre
Nobleffe, fuivis de tout ce qu’il y avoit de plus diftingué parmi
la Bourgcoifie, fe rendirent auprès du Vice-Roï; à qui ils de-
manderent la permiflion de fondre fur cette Troupe de fa&ieux.
xxv.. La partie ne fut différée que jufqu’au lendemain matin. Les
Révolte diffipéce, Con,urés attaqués par ce grand nombre de Seigneurs, & par
(3) Cüm Romæ degeret fequenti annofdiligentiffimè peregit; Confirmationis minif
3701, die 2 Januarii, Tituluin S. Sixti defe-| travit Sacramentum ; ac Pontificalia munia
ruit ac Tufculanam optavit Ecclefiam ; cujus Lobivit. Demum menfe Februario Beneven-
poffeffioneim naëtus fuit die 19 cjufdem men-tum repetiit, Ir#. S'ecr. Tom. VIII, Col
Bs ; & Urbanam aç Digcelanaw Vifisationem } 180. Vide & Tom. I, Col. 246.
#
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 1a4r
les Soldats Efpagnols, ne firent prefque point de défenfe. Un
des Principaux {e tua lui-même de défefpoir. Ceux quis’éroient
retirés au Couvent de Saint Laurent, furent forcés en très-peu
de tems; & payerent de leur tête le Crime de leur attentar.
La plüpart À psp leur Salut dans la fuite, ils fortirent
précipicemment de la Ville de Naples ; mais quelques-uns
furent arrêtés ailleurs : on en prit deux qui s’étoient-refugiés
dans le territoire de Bénévent. ——
Ceux qui avoient fçu profiter des fages confeils de notre
Archevêque, pour s'éloigner de tout Efprit de parti, fe félici-
térent dans la fuite, d’avoir trouvé un Ami prudent & Fidéle
qui leur avoit épargné la honte d’un repentir, qui feroit venu
trop tard, & qui n’auroit pû empêcher leur ruine, & celle de
leurs Familles. Pendant cette fermentation, où étoient les
Efprits, dans prefque tout le Royaume de Naples; le Serviteur
de Dieu, dans des occupations plus tranquilles, continuoic à
remplir tous les devoirs d’un bon, & vigilant Pafteur.
Jong-tems on connoifloit le zéle, qui l’animoit pour Ja fplen-
Lrvr»?
XLIII.
Benoîr XIII.
scheme over eut
XXVI.
L’Archevique
Continue fes Fonce
tions dans le Dio-
cèfe.
deur de fon Eglife, & l'honneur de fon Chapitre : il donna
une nouvelle preuve de ce zéle, dans une occafion, que les
Auteurs [taliens n’ont point oubliée ; & qui excita depuis l'Emu.
lation de plufieurs grandes Eglifes. |
*_ En vertu d’un Bref Apoñtolique, qu’il avoit obtenu du nou-
veau Pape , le Cardinal Orfini fit prendre aux Dignités, & à
tous les Chanoines de fa Métropole , des marques plus diftin- -
guées , que celles dont ils étoient auparavant honorés. Le 14 de
Décembre 1701, ayant béni avec Solemnité plufieurs Mitres,
il les mit fur la tête de tous fes Chanoines ; & il les revêtit en
même tems, de tous les Ornemens propres aux Abbés Titrés.
XXVEI.
Ce qu’il fait en
faveur de fon Cha.
pitre de Bénévent.
L'Églife de Milan, plufieurs années après, follicita, & obrint
le même Privilége ; qui a été accordé-depuis à celle de Lifbon-
ne ; & le Saint Siège, en accordant cette grace à l’une & à l’au-
tre, ordonna que dans cette Cérémonie, on obferveroit tout
ce qui avoit été pratiqué dans celle de Bénévent (r),.
Le Peuple , comme le Clergé de cette Eglife fembloit fe
renouveler, & devenir tous les jours plus religieux, par les
(1) Obrento ampliflimo Apoitolico indul-
to ufüs Mitrarum, cum indumentis, ac para-
mentis inftar Abbaçum , pro Dignitatibus, &
Cananicis {uæ Metropolitanæ Bafilicæ, die
24 Decembris Mitras folemni ricu benedixit,
ac iifdem impofuit, A&tio prædiéla luculen-
ter in Éphemeridibus fequenti anno ad poîte-
Forum memoriam çditis narrara fuir, Conf-
mile indultum idem Pontifex anno 1715.
Mediolanenfis Ecclefiæ Canonicis concefit.
.... Quod exiude indulfit Neopatriarchalis
Ufiffiponenfis Ecclefiæ Canonicis. Utrobi-
que. fervatâ prorfus formä aétionis in Be.
neventana Ecclefià perfolutæ, &c. I:4. Sacr,
Tom. 4 IT] , Col, 180e
L S
X XVIII,
Heureux état, où
il voit fon Eglife,
& fon Peuple:
Lives
XLIIT.
Benoir XIE
DR Dr UE
XXIX.
7” Lorifqu’un {e-
cond Tremble-
ment de terre
viçnt l’éprouver,
XXX.
Le Cardinal eft
confervé.
142 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
fréquentes Exhortations, & les beaux éiemples d’un Pafteur,
fi attentif À les faire avancer dans Îa pratique de toutes les
Vertus. Continuellement occapés à quelque faint Exercice,
les Eccléfiaftiques vivoient d’une mamiére digne de la Sainteté
de leur Etat ; les Fidéles pour la plüpart perfévéroient dans
l'Action de Graces : ils benifloient la main du Seigneur, dont
a Miféricorde teur avoit déjà faitoublier leurs calamités pañlces,
lorfque Ja Sagefe , Ou la Juftice de Dieu, en mettant la conftan-
ce des uns à de nouvelles épreuves, punit la négligence des
autres ; qui ne profitoient pas de tant de moyens de Salut.
:: Quatotze aris depuis ce grand Tremblement de terre, dont
nous avons re toute la Ville de Bénévenc fut de nouvean
ébranléé & à moitié renverfée par un fecond , aufli peu prévû , &
non guéres moins terrible, que Île premier. Ce fut le quatorzié-
me jour de Mars 1702, à onze heures du matin, qu’une pre-
miere fecoufle, fuivie coup fur-coup de plufieurs autres, porta
la frayear dans tous les cœurs, fans laiffer le loïfir de fe pré-
cautionnher contre le peril. Le Saint Archevêque failoit actuelle-
ment fa Prière, avec un de fes Eccléfiaftiques, dans la Chapelle
du Palais, dédiée fous l’Invocation de Saint Philippe de Néri,
Cette rerreur naturelle, qui dans ces fortes d’occafons faific
tous les Efprics, & fair palir les plus intrépides , ne lui fit point
interrompre fes Priéres : il les continuoit au contraire avec
une nouvelle ferveur ; randis que les cris des Peuples allarmés,
& le bruit, ou le fracas, caufé par la chüte des Bâtimens, qui
crouloient dans tous les quartiers de la Ville, frappoient fans
ceffe fes Oreilles, & déchiroient fon Cœur. L’Hiftoire ne nous
a point appris, que, dans ce fecond Tremblement de terre, il
yaireüunnombreconfidérable de Morts. Mais tous les Citoyens
éroient également ménacés, d’être écrafés fous les ruines de
leurs Maifons , ou engloutis dans les entrailles de la terre :
car elle s'entrouvrit dans plus d’un endroit. La tendrefle du
Pafteur pour {es Brebis, le faifoit gémir, & rrembler pour el es;
pendant qu’il ne craïgnoit pas pour lui-même. Son Palais fut
ébranlé ; maïs non pas détruit (1). É
On fe repréfente ici la fituation Critique , où fe trouva
_ autrefois le Conducteur d'Ifraël, lorfque la Colere du Seigneur
irrité contre fon Peuple, immoloic des milliers de Viétimes
(r) Sed iterum 14 Martii 1702 terræmotu [riihonorem recitans , ejnfdem one et.am h10
Civiras concuffa fuit, Templa, Ædes ,ac Æ |vice fervacur incolumis Arch'eni c:.pium fie.
_ dificia omnia, vel everfa , vel Jabefaëtata. [tit, fatifcens ramen , &c .Srchi. Fir. pags 160
Cardinalis Archiepifcopus in Archiepifcopio | 114, Sacr, Tom. PTIT, Col, 183,
degens, piaique preces in Duvi Philippi Ne-]
DE L’ORDRE DES. DOMINIQUE 1:45
À fa Juftice. Moyfe , témoin dé l’embrafemernit, & profterné la
face contre terre, dit à fon Frere Aron: « Prenez. vite votre
_ Encenfoir ; mettez-y du feu de l'Autel, & l’Encens deflus ; «
&c allez en diligence vers le Peuple, afin de prier pour lui : «
car la colere eft déjà fortie du Trône de Dieu, & la playe a
commence à éclater. Aaron fit ce que Moyfe lui comman. «
doit : il courut au milieu des Tributs, que le feu embrafoit
déjà, offrit fon Encens ; & fe tenant debout entre les Morts «
& les Vivans, il pria pour le Peuple , &'la playe cefla ».
Notre pieux Archevèque, dans la ‘calamité publique dont
nous parlons, fit en quelque maniére Office des deux Freres.
11 fe trouvoit au milieu de fon Peuple frappé ; ou par tout expo-
fé aux mêmes dangers. Il n’étoit ni prudent , ni néceffaire de
courir d’un lieu à un autre :.le peril éroit le même dans tous
les lieux. Mais tantôt profterné devant le Saint Aurel , tantôt
debout les mains levées au Ciel, d’où il attendoit le fecours,
il ne cefloit de prier pour fon cher Troupeau. Plein de confiance
& de foi , il faifoit monter jufqu’au Trône de Dieu, l’encens
d’une Oraïfon humble, & fervente, & s’offroit lui-même à la
divine Juftice, comme une vitime volontaire. Cette difpofi-
tion de fon Cœur, fes vœux, fes foupirs, fes gemiflemens
frappérent à la porte de la Miféricorde : le Seigneur les éxau-
ça; & en le confervant lui-même, il conferva à tous les Fidéles,
un Pere com'nun, capable d’efluyer une feconde fois leurs lar-
mes ; & de les confoler de leurs pertes.
Elles ne pouvoient être que De grandes, ces pertes : toute
Ja Ville de Bénévent ne préfentoit déjà que des ruines. Les
Maïfons d’un grand A de particuliers, les Eglifes, les
Monaftéres, les plus grands & les plus beaux Edifices, étoient
ou entiérement détruits, ou entrouverts, à moitié démolis, &
rendus inhabitables. Les Communautés des Vierges cenfa-
crées à JEsus-CHR1ISTT, expofées de nouveau au milieu des
Mafures , & une infinité de Pauvres dans une femblable fitua-
tion, ne pouvoient trouver de reffource, ni de fûreté, que dans
la Charité inépuifable de leur Pafteur. Selon la fage réfléxion
de l’Archevêque de Ferme, il eft certain que ce fecond coup
étoit capable d’abatre toute la réfolution de l'Homme le plus
Livrz
XLIIL.
Benoîr XIIL
Num. XVI, 4fs
46 547: 48.
XXXI.
Il prie pour fon
euple.
XXXII.
Pertes caufées
par ce fecond
Tremblement.
conftant, & le plus ferme. Après les dépenfes immenfes, & les
travaux prefqu'infinis, où on s’éroit vû engagé l’efpace de qua-
torzè années, pour rendre à la Ville de Bénévent fa premiére
forme, & fon ancienne beauté : après les foins , & les fatigues
fi capables d’épuifer , ou de rebucer le zéle le plus ardent ; cour
Livre
X LIII.
BeEnoîr XIII.
XXXIII,
Le courage du
Ptelie n’en eft
point abattu, ni fa
crmeté ebranlée.
XXXIV.
Il veut infpirer
l:s mèmrs Senti-
FCNSe
In Paftoral, Part,
Cap. X.
144 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
autre que le Cardinal Orfini n’auroit pas cru indigne de lui, de
céder au tems, & à la nécefhte. . .
Mais la vertu de cet Homme véritablement magnanime fem-
bloit le mettre au-deflus des événemens. Sans préfumer de lui-
même. il fe prépara d’abord à devenir une feconde fois le
Reftaurateur d’une grande Ville ; & il ne parut jamais plus
clevé que dans ces occafions, où les Héros du Siécle, ceux
dont le monde eftime le plus la grandeur d’Ame, & le courage,
ne laiflent voir PEAU que leur découragement, ou leur
foiblefe. La force , dont la nature, & la grace avoient rempli
notre Prelat, ne l’abandonnoiït pas au beloin , & les plus gran-
des adverfités écoient toujours moindres , que fa confiance ;
parce que Dieu même en étoit le principe, & l’objet. Cette
réfléxion , comme on voit, eft fandée fur des faits , qui frap-
pent , qui étonnent, & qu'on ne fçauroit ne pas admirer. L’illuf-
tre Auteur, dont nous traduifons ici les paroles, a eu raifon
de dire , que le Cardinal des Urfins fe montra toujours tel, que
le Pape Saint Gregoire fouhairoit voir un Evêque , mort à
toutes les paflions de la chair, vivanc felon l'Efprit, plein de
mépris pour les faufles grandeurs de la terre, ne craignant
point les adverfités, & portant tous fes delirs vers les chofes
du Ciel. Un fi rare mérite auroit jetté moins d'éclat, fi des
fleaux redoublés n’avoient mis dans le grand jour, cette éléva-
tion d’Efprit, cette force, cette patience, & tous ces fentimens
énéreux , qui caractérifent le grand Homme ; & donc le
Cardinal des Urfins va continuer de nous donner les plus beaux
exemples (1).
Pour infpirer à tous les autres, les mêgnes fenrimens ; & pour
foutenir , ou relever le courage abâtu du Peuple, le Saint Ar-
chevêque aflembla d'abord tous les Ciroyens : & , par un
Difcours également tendre & parétique, il les engagea à s’aider
mutuellement dans cette commune calamité, en mettant toute
leur efpérance dans le fecours Divin , fans féparer de leurs
(1) Inde nova enituit Archiepifcopi folli-]-verat , arbitrare-ur. Tal:m fi quidem femper
eitudo pro Sanétimonialium tutela, ac Tem-| fe exhibuit Epifcopum , q'ialem magnus Gre-
plis , aliifque Ædificiis reparandis, Quicum-| gorius docet Epifcopum elfe oportere : Qui,
que {anè vir cæturoquin fapiens & foitis in eal fcilicet cuntis carnis pa(ffonibns moriens jam
tempora incidiffer , ad hanc fecundam Civi-| fhiritaliter vivit, qui prof[rers mundi poffpo-
tatis cladem defpondilfet animum; atque iif.| mit, qui nulle adver/a pertimefrit. qui fol
dem iterum fupervenientibus malis tandem] interna defiderat. Tantæ virtui defuiffet oc-
cedere , non indignum puraffet. Sed contra cafio , nih hæ publicæ calomitares , atque æ-
Cardinalis Urfinus audentior iy t. Ipf enim| rumnæ fumnamillam animi vim, foftitudi-
Deus excellam adeo , ereétamque mentem|nem, patientiain, rolerant'am acritis explo-
dedit , ut adverfa omnia infra fpei magaitu-| raffent , atque acuiffent , &c. Archi, Fire
dinem, quam in divina Providentia colloca-| pag. 16, 17.
demandes
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE 145
demandes les humbles A&tions de Grace :« Mes Freres, leur Lr;yrE
difoit-il , fi nous n’avons pas été entiérement abîmés , c’eft «
un effer des Miféricordes du Seigneur ; c’eft parce que nous «
avons trouvé en lui un fonds de Bonté inépuifable : Miferi- «
cordie Dei eff, quia non [umus confumpti. Les EL charnels «
murmuroient, lorfque la main du Seisneur les frappoït ; mais «
les Difciples de Jesus-C HRIST doivent le bénir au contraire ; « la
& le remercier, de ce qu'il ne les frappe, que pour les éprou- «
nous la colere de Dieu ; & nous avons mérité tous les châti- «
mens, qui nous affigent ; mais nous ne méritions pas la fa- «
vorable Proteétion , qui fe fait encore fentir au milieu des «
épreuves. Humilions-nous donc fous la main Puiflante de «
Dieu ; & ne murmurons pas. Adorons en tremblant les Juge- «
mens du Seigneur ; &, Es entreprendre de les aprofondir , «
contentons-nous de fçavoir qu’ils font juftes. Au refte, gar- «
dons-nous bien de rien 1 au caprice du hazard , & «
d’une aveugle fortune ; ou de nous croire meilleurs , que ceux «
qui ont trouvé leur Tombeau fous les ruines de leurs Maïfons. à
La Religion nous apprend que c’eft toujours la volonté du «
Seigneur , qui conduit , & qui régle ces grands événemens, 6
qui confondent toute la fagefle humaine. Sa Juftice alors «
punit une multitude de coupables ; & fa Miféricorde purifie «
ar le feu de la tribulation, un petit nombre de Juftes. Mais «
à Providence n’éclate pas moins dans ce défordre apparent ; «
où les gens de bien femblent confondus avec les impies, «
Dans les deux derniers Tremblemens de terre, qui ont ren- «
verfé notre Ville, nous avons pleuré, nous pleurons encore, «
& nous regreterons long-tems , la as e plufieurs bons cc
Citoyens, dont nous connoiflions la fincére Piété Par de tels
exemples le Seigneur a voulu nous avertir, que fes Serviteurs «
font quelquefois emportés avec les Efclaves du monde. «
Exempts de ces grands Crimes, qui attirent les vengeances «
du Ciel , ils ne PA pas toujours de ces châtimens ne ,
qui font communs aux bons, & aux méchans. Mais ce qui mer «
le comble au malheur des uns, eft le commencement de la «
délivrance des autres, & de leur folide feliçité. Ces mêmes «
coups, qui donnene des bornes aux déréglemens de: pécheurs, «
_& qui affurenc le Salut des Pénitens, nous avertiflent tous cs
de nos Devoirs ; ils nous apprennent à craindre le Srigneur ; à «
n'efpérer qu’en lui; & à ne nous jamais atracher à ce monde, «
dont la figure pale », | |
Tome VI, a T
X LIIT,
Benoîr XIIL :
Thicn, HIT pne
; p)
XXXVv.
Dfcours qu'il
it À tout le Pcu«
| Ple affemblé au-
ver, les corriger, & les fauver. Nos péchés ont attiré fur.« ‘our de
our de lui,
LIVRE
XLIIEI.
mens ee 0
Brnoîr XIII,
XXXVI.
Il préfente au Sei-
gneur les Vœux,
& les larmes de ce
Peuple affigé,
XXXVII
Sages mefures
quil prend,
XXXVIII.
11 va faluer le
Roi Philippe Va
Nap'es. ’
146 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Ayant pourfuivi ce Dicours avec beaucoup de force, & non
fans faire répandre des larmes , lArchevêque renouvella, aux
piés des Autels, & au nom de tout le Peuple, la proteftation
folemnelle de vouloir déformais conformer fa vie aux faintes
Maximes de l'Evangile ; & marcher avec une fidélité perfèvé.
rante, dans la Voye des Divins Commandemens. Il demanda
auffi pour tous les Fidéles, dont it préfentoit les Vœux au
Seigneur , la Grace qui fait PE ce qu'elle fait pro-
mettre. | . :
Après avoir béni, & congédié Paflemblée du Peuple, le Car-
dinal fit trois chofes : il prit d'abord, avec fes Officiers, les
arrangemens les plus convenables , pour fournir aux preffan-
tes néceflités d'une infinité de perfonnes ruinées. Il: choifie
enfuite des Hommes prudens, & d’une Vertu éprouvée, qui
devoient fe partager, & prendre dans tous les quartiers de la
Ville, la lifte des pauvres Familles, qui méritoient d'être pré-
férées dans les premiéres diftributions. Il en nomma en même
tems quelques autres, pour aller éxaminer, dans les Eglifes les
moins endommagées , ce qu'il y avoit à faire, pour les mettre
inceffanment dans un état, qu’on püt fans danger y continuer
le Service Divin , en attendant qu'on eùt relevé celles, qui
venoient d’être renverfées. .
Toutes ces mefures étant prifes, l'Archevêque ne différa point
de partir pour Naples. Deux ou trois principales raifons l'obli-
ee à faire ce Voyage. Il falloit d’abord trouver de grandes
ommes, pour de grands befoins. D'ailleurs le nouveau Roi
d’Efpagne, Philippe V, étoic attendu à Naples ; & le Cardinal des
Urfins vouloit préfenter fes refpeéts à Sa Majefté : c'eft ce qu’il
fit, avec le Cardinal Canteilmi, Archevêque de Naples, le 21
d'Avril 1702 ; & il fut reçu du jeune Monarque avec la diftinc-
tion, qui’étoit due à fa Naiïfflance, à fon Caraëére, & à fa
Répuration {1}, Notre Archevêque étoit d'ailleurs preffé de
conduire dans cette Ville Royale, & de placer dans différens
Monaftéres (ainfi qu’il avoit fait autrefois) routes fes Reli-
cr de Bénévent, dont les Maïifons avoient été une feconde
ois détruites, & prefqu’entiérement abimées. On remarque
ue quoique la Charité du pieux Prélat s’écendit généralement
ur tous ceux, qu’il fçavoit dans le befoin,; fes premiéres atten-
(1) Ob Philipri V Hifpanigrum Monar- tbenigne exceptus fuir. Bencventum rever=
chiæ Neapolim adventum , Cardinalis Ar- fus, iterum die 2 Junii Neapolim repetiti;
chicpifcopus Neapolim petiit ; dieque 21} Regem adiit; eumque proficifcentem ufque
Aprilis 1702, fimul cum Archiepifcopo Car- | ad mare comitatus fuit, &c, Ita, Sacr, Tom
dinali Cantelmo, Regem falusavit ; à quo | WIIZ, Col. 131.
‘DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 147
tions écoient toujours pour les perfonnes confacrées au Service
de Dieu. Il en donna mille preuves à ces Vierges, féparées du
Siècle, & d'autant plus dignes de cette prédileétion ; que fidelles
à leur état, & uniquement occupées du foin de leur perfe&tion,
elles avoient oublié le monde, & en étoient oubliées,
L'Archevêque pañla cout le mois de May, dans fon Eglife,
au milieu de fon Peuple, & de retour à Naples au commen-
cement de Juin, il eût l'honneur d'accompagner Île Roi Catho-
lique jufqu'au Port; où ce Prince s'embarqua, pour aller fe
mettre à la tête de fon Armée dans la Lombardie. Pendant
que Philippe V, & le Duc de Vendôme fous fes Ordres,
poufloient les Ennemis à Sas P’irroria, &c à ZLaxara, où les
Troupes commandées par le Prince Eugene furent fort mal
traitées , l’'Archevêque de Bénévent continuoit les fon&ions
Paftorales , occupé des befoins Temporels, & Spirituels du
cher Troupeau, qui fe trouvoit dans un état fachéux par fes
fréquentes pertes. Dans une Lettre écrite au Pere Aléxandre,
le 2$ d’Août 1701, le Cardinal Orfini remarque, que, felon
{es Annales du Pays, le dernier Tremblemenc de terre, qu’on
venoit d'efluyer, étoit le neuvième, qui avoit défolé la Ville,
& le Diocèfe de Bénevent. 11 ne fe plaint pas de cet ordre
rigoureux de la Providence ; maïs il l'adore, & il admire les
Miféricordes du Seigneur , de ce qu’il vouloit bien fe fervir de
fon Miniftére , pour réparer de nouveau les ruines du Sanc-
tuaire (1). |
11 faudroit entrer dans un détail prefqu'infini, pour parlz:r de
toutes les Aumônes, que le pieux Cardinal répandit fur ce
grand nombre de Familles, qui, fans fon fecours , auroient
manqué en même tems, de Logement, & de Pain. En nous
bornant même À ce qui ne régarde que les Eglifes, les Couvens,
les Colléges, & les autres Edifices publics, ileft néceffaire de
- bien abrèger, fi nous voulons éviter d'être longs. On peut voir
ce qui en a été écrit par le Continuateur de l’Abbé Ughel, dans
fon huitième Tome de l'Italie Sacrée ; & par l’Archevêque de
Ferme dans la Vie de Benoît XIII. Nous nous contentons de
. (1) Ultimem , quod hoe anno accidie, & | tata & fubverfa funr, Deitamen mifericordia
ex noftris Hiftoriis eft nonum , meæ Civita-! dorfum meum À ruentium lapidum oneribus
Mis , & quorumdam mezx Diæcefs Jocorum divertie, ut in cabernaculorum fuorum refec-
æxcidium , veftrz chariratis commiferatio-| tione manus noftrænovis impendi si1Coph:,
nem mergbatur, Quæ, poft oétavum de anno! no defervirent, &c, Epif, #4 Nat. Alex. die
2688 divina dedit Providentia, ut diruta à] 15 ,4wgmffi 3703.
paupertate meareficerentur , omnaia feré vaf- à.
Ti
Livre
XLIIL
BeNoîr XIII,
XXXIX.
Accomparne Sa -
Majcfé juiqu’au
Port.
Hift. de Louis XIV;
Ton. L11,p. 126.
XL.
Ce qu'il écrit à
uo de fes Amis,
XLI
_ Le détail des Au-
mô es du Prélac
n’eft pis poflible,
148 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livaz marquer ici fommairement une partie de ces pieufes Profu-
D Lei écifément à quelles f la 1
- On ne fçait pas précifément à quelles fommes alla le pre-
OR nier , & 16 Bed dalle de l'Hôpital des Malañles 5
XLI1, & de celui de Saint Barthelemi, deftiné à loger les pauvres
GrandesDépen- Etrangers , & à les nourrir pendant trois jours : mais il eft cer-
penies,faitespour _. , e x :
ces deux Hépi- tain que ces dépenfes ne pouvoient être que très-grandes ;
taux. puifqu’il ne s’agifloit pas feulement de bâtir deux vaftes Edifi-
ces ; mais aufh de les meubler de nouveau, & de les fournir de
tout : car les Lits, les Uftenciles , les Provifions, & les autres
chofes néceffaires, dans ces fortes de Maifons ; tout cela avoir
été rompu, déchiré, & mis hors d’ufage , fous les ruines des
deux Hôpitaux. L
X LIT. Le Cardinal Orfini, dit un Auteur, employa encore plus de
as dires dix-fept mille Ducats, pour relever le Couvent des Dominicains,
Eglifes & leur Eglife. Il n’en fallut guéres moins, pour achever celle
des Jéfuites : & outre cela, il leur fit bâtir un Collége , qu'on
appelle Grand & Magnifique (1). Il donna douze mille Ducats
au Carmes Réformés : dix mille aux Religieux Servites : huis
mille aux Clercs Réguliers, apellés deda Mere de Dieu : à
A mt à ceux qui s’'employoient par état au fervice des
Malades: & aux Religieux de Saint François, de l’étroire
Obfervance. Les de. x Monaftéres de Saint Pierre, & de Saine
Viétorin , qui appartiennent aux Religieufes Bénédiétines, fu-
rent remis de nouveau fur pié, non feulement par Îles foins,
mais en partie des deniers de notre Cardinal. Et avec la même
générofité, il contribua à tout ce qui fut néceflaire, pour les
réparations des Eglifes Paroifiales, & des Chapelles publi-
ues. |
SriY . Dans toutes fes œuvres de Religion, de Charité, & de Mie.
Charité, accom. ricorde, le Saint Archevèque ne regardait que la Gloire de
pente d'Hum- Dieu, & Îles sp À qu'il pouvoit procurer aux Fidéles ; ne
fe réfervanc que le plaifir innocent de voir multiplier parmi fes
Diocéfains, les fruits de Juftice, & d’une fainte Emulation, On
(u) Prefbyteris Societatis Jefu primè pro |datione Cœnobii Fratrum Carmelitarum
abfolvenda Templi ædificatione multum æ- | Difcalceatorum , decem Ducatorum mil-
sis tribuit ; deinde propriis fumptibus conf- |lia contulit. Hos enim & Fratres Mino-
truere cœpit Collepii Ædes , quæ amplitu- [res San@i Francifci, quos Reformatos vo
dine fuâ conditoris magnificentiam fatis {u-|cant , & Clericos Regulares miniftrantes'
perque demonftrant. Pro rellituendo verd |Infirmis , quos Cruciferos dicunt, multis
Templo, Cœnobioque Sanéti Dominici‘fui |fumptibus in Urbem iavezit, &c. Archi,
Prædicatorum Ordinis , feptemdecim & am- | Firm. pag: 18. ns
plius Ducatorum millia imperdit, Pro fap-
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 149
ne doit pas être furpris, que dans prefque toures les Eglifes,
qui furent rebâties, on eùt un foin particulier de graver fur
le marbre diverfes In{criptions, pour apprendre à la Poftérité,
dans quelles annces ces faints Edifices , deux fois abatus,
avoient été remis dans leur premier état. Il écoic auffi naturel
de ne point laifler ignorer , de quels re la Providence avoit
Livryr
XLHIL
BENoîT XIII,
voulu fe fervir pour cela. Mais le modelte Cardinal, de peur
de recevoir d’avance fur la terre, la récompenfe qu’il n’acten-
doit que dans le Ciel, ne voulut point fouffrir qu’on y fit
mention de lui, ni de fes Libéralités (1). On n’étoit pas moins
édifié de fa Charité , & de fon officieufe Humilité dans les
Hôpitaux ; où, malgré fes importantes occupations, il conti.
nuoït de fe rendre plufieurs fois de la Semaine, pour vifiter les
Malades , inftruire les Pelerins, leur laver les piés, les fervir à
table, & veiller à l’éxécution des Ordonnances , qu’il avoie
faices, afin que rien ne manquât à leur foulagement, & à leur
confolation (2). |
Portant toujours plus loin les effets de ce zéle , qui le dévo-
roit, & pour la beauté de la Maïfon du Seigneur , & pour le
Salut des Ames , l’Archevêque de Bénévent ne fe contenta
point de rétablir tout ce qui avoir été détruit, il fit encore
lufieurs nouveaux Etabliflemens, qui ne contribuerent pas peu
E l'édification, & à l'utilité publique. L'anhée même du Trem-
blement de terre, il fonda dans fa Ville Epifcopale , les Ecoles
pieufes, pour donner aux plus jeunes Enfans , des Maîtres pro-
XLV.
Nouveaux Eta-
blifflemens : pieue
{es ,.& utiles Fon-
dations,
pres à former leurs mœurs, & à les inftruire folidement de
a Religion (3). 11 ft multiplier les Conférences , & les Leçons,
qu'on Éifoir déja à ceux qui étoient dans la Cléricature, pour
Jes éléver dans la Science Eccléfiaftique. 11 ajouta une place
de Chanoiïine, pour un Doéteur, qui fut chargé a ar
ment d'expliquer les Divines Ecritures, mais aufli de défendre
les caufes des lieux de Piété. Enfin il introduifit dans fa Métro.
pole, la récitation journaliére de l'Office de la Sainte Vierge;
(1) Ecclefiam cum Cœnobio S. Mariæ An- [dirutum , femel atque iterum ædificavit, in
elorum, Fratrum Ordinis Servorum Beatæ | quo fngulos peregrinos diebus tribus alere,
Mariz, donatis decem millibus, perfici man- | 1ifdemque pedes abluere, menfæque humi-
davit ; abfoluto tamen opere , ac Fratribus |liter miniftrare confuevit. Ibid. pag. 19.
poftliminio reverfis, marmoreo in Monu- (3) 1plo fecundi terræmots anno , ut pau.
mento , proprio corumdem Servorum ære , | peres pueri in litteris , ac moribas diligentez
Ecclefiim cum Cœnobio à fandamentis erec- linftruerentur , Clericos Regulares Matris Dei
tam fuifle jaffic infcribi , ne tam pii operis[quos à piis Scholis appellant, Beneventum
pos fibi vindicaret in terris, qui merce- |evocavit ; juffitque ut nu erigerent,
2m unicé præftolabatur in Cœlis. Archi. | o6to Ducatorum mi!libus in fundationis fqb-
Firm. pag. 17,18. fidium erogatis. Ibid. pag. 17.
. (2) Divi Bartholomæi Xenodoxium , bis
Ti
sso HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Luves & fit pour cela un Donde vingt-cinq mille, fept cens cinquante
X LIII. Ducats, dont tous les Membres du Chapitre, préfens & à venir
RATE OT 0 devoient profiter (1).
BENOIT Tandis que le Serviteur de Dieu travailloit avec cette appli-
XLVIL Cation, à remplir tous les devoirs de la follicitude Pañftorale,
Mile du Car- ji] fe wit dans la occeflité de retourner en diligence à Naples,
qui veut mourir dans le mois de Décembre , pour la confolation du Cardinal
entre les bras de Cantelmi, atteint d'une maladie dangereufe. DÈs qu'on eût
Art nl de annoncé à œæ Prélat, que fa derniere heure approchoit, il
témoigna un grand défr d’être aidé dans ce terrible pañlage,
par un Homme auff Saint, & aufli Charicable, que le Cardinal
Orfini ; & celui-ci n'eût garde de fe refufer à ce devoir de Re-
ligion. Sa préfence parut d’abord relever les efpérances , &
donner des forces au Malade. Mais la maladie étoit mortelle;
& bientôt après on s’apperçut que lFArchevèque de Naples
touchoîit à fon dernier moment. Notre Cardinal profira de
ces précieux inftans, pour difpofer fon Ami à une fainte Mort.
Il lui adminiftra lui-même les derniers Sacremens ; ne le
quitta plus ni le Jour, ni la Nuit; fit pour lui les Priéres de
la Recommandation de l’Ame : & ce ne fut qu’après Jui avoir
fermé les yeux, qu'il fe hâra de revenir joindre fon. Trou.
eau (2). |
XLVII . On peut aflurer qu’en quelque Lieu, que fe trouvat l’Archeve.
Admirable Cen- que de Bénévent , les befoins de fes cheres Brebis occupoienc
ay or Lu ceffe fon Efprit : & il faut ajouter ,que, par un jufte retour;
; ce Peuple, non moins reconnoiflant que chéri , ne préféroit
rien en ce monde au bonheur de pouvoir voir fon Pafteur, &
entendre fa Voix. Cette confiance faifoit fa félicité, & afuroie
fon repos. Cela éloignoit des Citoyens les Diflentions, & les
Procès, ou donnoit lieu au Saint Archevêque de les terminer
bientôt, Ce qui prouvoit d’une maniére fenfible, que la main
du Seigneur étoir avec lui ; c’eft que les deux parties fe retiroient
toujours également farisfaites, & que les réconciliations étoient
durables & fincéres. Si la droiture, la prudence , les lumiéres
qu'on Jui çonnoiffoir, & cette odeur de Sainteté , où il éroit
. (1) Pre quotidians Offcil B. Marie Virgi- [tus ; quem tamen melids babentem reperit
ais recitatione, À Metropoliranæ Baflicæ C:- | Verüm ingravefcente moiba die re Sanétfs
sonicis, ac Manfonari:s, peragendä, viginti |Gmum Viarieum, ac deindè Extremam-Unce
quinque Ducatorum milli: cum feptingentis [tianem idem mirifiravir,,,, Animæ come
: Quinquaginta erogavit. Archi, Fivm. p. 18. |mendationem laudAbili charitate, ac elo pere
(1) Die 3 Deceinb. ejufdein anni 1702, Nea fegit. Ei tandein religiofiffimé vitä funéto, in
polim petiit enixis precibus ab Archiep Car-| antiqui amoris, ac necefrudinis pignus ocHe
dinali Cantelmo lechaliser ægrotanse agcerfi. | losclaufr, &c, Jr. Sesr, T, W'ILT, Col, 181,
ee ———
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. xrsr
dans tout le Païs, prévenoient tous les Efprits en fa faveur ,
& faifoient recevoir avec refpe&t tout ce qu’il jugeoit à pro-
pos de décider; on doit reconnoître auffi que rien ne lui atta-
choit plus fortement les Peuples , que les bienfaits dont il
aimoit à les combler.
On étoit édifié de voir la modelftie de fon train, la frugalité
de fa Table, la rigueur de fes Jeûnes; & de fçavoir que dans
tout ce qui regardoit fa Perfonne, il ne pratiquoit pas moins
févéremene la pauvreté évangélique, dans fon Palais; qu’il au.
roit pà le faire dans le Cloître. Tout cela fans doute ne pouvoit
que le faire eftimer , & admirer. Mais ces fentimens, dans les
Cœurs des Peuples , étoient rout autrement vifs, tendres, ar.
dens, lorfqu'ils faifoient attention, que tout ce que leur bon
Pafteur fe retranchoit à lui-même, tournoit au profit de fon
Troupeau; que fa Frugalité, & fes Jeünes fournifloient le Pain,
à un nombre de pauvres Familles ; & que ce qui auroit pû fer
vir à de magnifiques Equipages, étoit plus fagement employé,
ou à doter … élablir aps ns Filles ; faire FFE
jeunes Gens apellés au Service des Autels, & à les mettre en
état de pouvoir répondre à leur Vocation. Pendant que PEglife
de Bénevent fut gouvernée par notre Archevêque, nul Ecclé.
fiaftique, en qui on remarquoit des Talens & des Mœurs, ne
fut jamais négligé, à raifon de fa pauvreté. Ce qu’il ne trou.
voit point dans fa Famille , pour pourfuivre fes Erudes, &
s’entrerenir dans un Séminaire , il le trouvoit toujours dans
la Charité de fon Evêque. On comprend aifément par com-
bien de Titres, ces perfonnes fe voyoient dans l’heureufe né-
ceflité de faire tous leurs efforts, pour fe conformer dans
leur conduite aux intentions d’un tel Pafteer;, imiter en quel.
Liverz
XEIIE.
BEenNoïr XIII
mm
XLVIII.
Juftes ra:lons de
cette Conf. nce.
que chofe la fainteté de fes Exemples, & obferwer fes Loix.
Celles que fes Prédécefleurs avoient faites, pour la Police,
& l’économie du Séminaire, il prit la peine de les revoir, de
les expliquer, d’y ajouter quelques articles; & il en procura
une Edition, qui fut faite dans l’Imprimerie de fon Palais, au
commencement de l’année 1703 (1). | |
Comme la Ville Epifcopale n'étoit point la feule, qui eût
éprouvé les funeftes ekets du dernier Tremblement de terre, ce
ne fut pas aufli à fes feuls Habitans, que le Cardinal Orfini
borna fes Libéralités. Il les étendit fans diftin@ion fur tous les
Lieux, où l’on avoit fouffert dans l’érendue de fon Diocèfe,
1 , iCOTU inari Re-lè Typo hia Archiepifc tedit F
pi nos te cali eméane Le Pass Fan, PUIS CASE ue
XLIX.
Libéralités ex-
traordinaires , fai-
tes aux Pauvres,
dans kVille,&le
Diocèfe de Béné-
veas
LIVRE
_XLIII.
Benoiïir XIII,
rm een
L,
Dépenfes, pour
relever, orner, &
entretenir lesEgli-
fes de la Campa-
ge.
L 1.
Nouvelles Com
murau.és éta-
blies, & dotées.
152 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
L’Hiftoire nous apprend, qu'après avoir fait bâtir un Grenier
public, & l'avoir fait remplir de toutes fortes de Provifions,
ee la nourrituredes Pauvres, qui n’étoient point en petit nom-
re dans la Ville de Bénévent, le généreux Archevêque, dont
les grands deffeins fembloient toujours favorifés par la Pro-
vidence , en fit élever , ou agrandir cent foixante fix autres,
pour différens Bourgs, ou Villages du Diocèfe. Avec la même
générofité , il fit toutes les dépenfes néceffaires , pour les pour-
voir de ce qui devoit faire fubfifter une mulrirude de perfonnes,
réduites à une grande mifere. Qu'on ne nous accufe point ici
de quelque éxaggération : nous parlons d’après un illuftre
Auteur le inftruit, & qui pouvoit avoir été témoin oculaire
de ce qu’il avance : c’eft M. Aléxandre Borgia , Archevèque,
& Prince de Ferme (1).
On peut connoître par là quel devoit être l’empreflemenc
des Peuples, à venir au-devant de leur Pafteur, lorfqu'il faifoit
{es Vifices Epifcopales ; & avec quelle docilite pleine d'affection,
on fe rangeoïit à tout ce qu’il trouvoit convenable de prefcrire,
pour corriger les Abus, & régler les Mœurs. C’étoit auf le
principal Objet qu'il fe propofoit , dans les grandes & conti-
puelles Dépenfes, qu'il Été pour procurer à fes Diocéfains,
toutes fortes de Secours fpirituels, & temporels. Toutesles Egli-
fes de la Campagne, qui avoient été détruites, ou endomma-
gées, furent r cablies & celles qui manquoient d'Ornemens,
ou de Vafes Sacrés, pour la Célébration des Saints Myftéres,
il les pourvüt de tout. Dans une de fes Vifites, faifant arten-
tion à l'état de quelques pauvres Eglifes, le Saint Cardinal ne
fe contenta pas de les fournir de ce qui étoit aétuellement né.
ceflaire ; il donna encore un Fonds de fix mille Ducats, pour
{ervir à leur entretien (2).
uand l’Archevêque fe feroit borné à réparer les pertes
pañlées , il auroit beaucoup fait, & plus fans doute que plufeurs
autres ne fe feroient crus obligés de faire ; mais il ne s’en tint pas
encore là. Dans la Campagne, ainfi que dans la Ville de Béné.
vent, il établir, & dora de nouvelles Communautés Religieu-
fes, & quelques Chapitres de Chanoines; afin que le Service
Divin s’y fit avec plus de décence ; & que les Fidéles, mieux
inftruits , & excités à la Piété par l'éxemple, travaillaffenc à
(1) Pro Pauperum ver annonä Framenta., (2) Montem unum fex millium Ducato-
rium unum in Civitate ; in Diæcef verd cen- | rum dote conftituit , ad reparandas pauperioe
tum ferag:nta fex , ære fuo crexit, aut auxit. | res Archidiæcefis Ecclelas, Ibid,
Archi, Firm. pag. 10.
Jeur
_{ DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE: r5}
: Teur Salut avec plus de facilité, & d’ardeur. Le Synode Diocé- Livas
fain , la fuite de fes Vifites, & la néceflité de pourvoir aux XLIIL
befoins de tant de différentes perfonnes, qui s’adrefloient à leut Bexor UT
: re u n | ENOÏT XIII.
Archevêque , comme à leur unique reflource après Dieu, mme
l'occuperent le refte de l’année 1703 & toure la fuivante.
On rempliroit un Volume, du récit circonftancié des Aumô:
nes, qu'il avoit coutume de répandre, avec la même facilité,
qu'on avoit d l’approcher. Il pouvoit bien dire, avec un Ancien
… Patriarche, qu’il n’avoit point contrifté le Cœur de la Veuve,
*_ ni méprifé la priére du Pauvre ; & qu'une Ame-affligée ne s'étoit
jamais retirée de fa préfence , fans confolation. I] porta cette LIL
Confolation avec la paix, dans toute la Congrégation apellée Pier
du Mont de la Vierge. Après la Mort du à) ass Général , & rérablitla paix.
il s'étoit élevé dans ce Corps un Efprit de Divifion ,& de Difcor- dans une célebre
de ; & ces Troubles avoient rerenti jufqu'à la Cour de Rome. De She
Le Pape, ayant donné fon autorité Apoftoliqué à notre Car.
dinal, pour régler toutes chafes , il fit. fa Vifite dans ces Mo.
naftérés; écouta les: plaintes ;. & eût égard à celles qui pou-
voient être fondées : il en fit cefler le Sujet; &-affembla en-
fuite le Chapitre Général de la Congrégation; & fit élire en
fa préfence un Abbé, qu'il bénit avec les Solemnités requifes,
II lui donna les Inftruétions néceffaires ; & lui prefcrivic la
maniére, dont il devoic fe conduire lui-même, & gouverner
fes Inférieurs, pour réunir:tous les Efprits, & faire fuccéder
| 7 t à des Diflenfons , qui n'ayoient pas édifié les Fi-
cles. | | on.
. Dans les. premiérs mois de l'année 170$ notre Cardinal Lirti
fut affigé par la Mort de fon unique Fsere, Dominique des |, Mon du Duc
Urfins, Duc de Gravinà ; qui avoit épaufé en 167r. Louife. ete di
Paluzzi Althieri, morte le 22 de Juiller 1678, âgée de 23: Cardinal,
âns. En r683 ce Prince époufa en fecobhdes Nôces Hippolite
_ del Tocco, Fille de Charles, Prince d'Achaye, & de Monte-
mileto. 11 reftoit une Fille du premier Lit, & trois du fecond,
avec un Prince nommé Ferdinand-Bernard, Duc de Gravina.
La jeune Princefle, Fille du premier Lit, & une du fecond Lrv.
prirent le Voile de Religieufe , dans un Monaftére de l'Ordre Deuxde és
de Saint Dominique, à Naples : & le Duc Ferdinand, l'uni- Yo dans l'Or-
que efpérance de la Maïfon des Urfins, +. depuis la Prin- dre de Saint Do-
cefle Hyacinthe Rufpoli, Fille du Prince de ce Nom, & perite "#44
Niéce du Cardinal Marefcoti. De ce Mariage eft forti le Duc
de Gravina, aujourd’hui Cardinal après la Mort de fa Femme,
qui lui a voir donné deux Prinçes, , : 47-41
Tome VI, V
ç
LrvRrE
X LIII,
Benoïir XIIL à
- LV.
Lettre du Cardi-
nal Orfini au Pere
Aléxandre,
à
154 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRKES
Quelque parfaire que fut la foumiffion de notre Archevê-
que aux Ordres de la Providenc:, il ne parut point infenfible
la perte d'un Frere, qu'il aimoit tendrement. Mais il ne cher.
cha {a confolation que daas le Seigneur. 11 fit, & ordonna,
beaucoup de Priéres, pour le r:pos de l’Ame du cher Défunt;
&. certe mort fur poyr lui, un nouveau motif de travailler avec
une nouvelle application , à s’aflurer le bonheur de lEternirés
Ce fonr les fentimens, qu’il a exprimés dans une de fes Lettres,
en réponfe à celle que le Pere. Aléxandre lui avait écrire fur
Je même Sujet. Nous devons la donner ici avec fà Fraduétion.
Lettre du Cardinal Qns1in1, Archevtque de Bénévent, an Pere
* ALEXANDRE Dorinicain, Docteur de Paris. :
T7 Os Lettres, mon très-.Révé-
VW rend Pere, & fçavant Maître,
me font toujours agréables, & toujours
fort utiles : car quel fonds de Doûtrine,
& d'inftruétion pour moi, ne contien-
pent-elles pas ? Mais je dois reconnoi-
tre, que dans la vive douleur, que m'a
éaufé da mort avancée de mon trés-cher,
& unique Frere, le Duc Dominique de
Gravina , j'ai trouvé un fujet particulier
de confolation dans la Lettre , que vous
m'avez écrite le quinze de Juin dernier.
Votre bonté , ou votre tendrefle pour
moi, vous a fait compätir à mon affic-
tion , que l'infirmité de la chair rend
grande ; &. vous avez cherché charitable-
ment à a foulager, foit en me rapellant
l'agréable fouvenir des Vertus Chrétien-
nes du cher Défunt; foif en m’appre-
nant, que déns tous les Couvens de vo-
tre Jurifdifion, on a offert le Sacrifice
non-fanglant , & fait des Priéres, pour
Je repos de fon Ame. Par cet FA er
vous diminuez bien ma peine: & par
l'autre, vous m'avertiffez qu’étant Mor-
tel, je ddis imiter ce qu'il y a eu de bon
dans celui, que la Mort nous a déjà. en-
levé. Je vous rends donc de fincéres Ac-
tions de graces, pour toutes ces mar-
ques d’afc@ion, auxquelles je ne {çaurois
ne pas être fenfible. Plaife au Seigneur
de nous faire toujours marcher , vous &
moi dans la bonne voye, afin que ngus-
£ ÆULTARE foleo, eraditifime,
ac Reverende admodum Pater
Magifter , quoties Epiflelas accipio
tas: quid enim eruditiones illeruns
multiplices , pre majori moi, in di
VinATHmM precipue rer HNIVOr IAE.
infitutione non affrunt? Hac autem
vice, dolentem me nimis in prema-
tura unir, amantiffinique Germani
mes Dominici morte , confolariones
ma veré latificaverunt ,. delilave-
runique. Tna namaquehumensas au”
NUS MU , Carnis adhuc infini
tate mœrentem , datis Litieris XV Ju
nit proxime elapfi, mibi condolens,
4 defunili Fratris Chrifianarum
© Pirtwtum commendatione, ® à Sa
crificiis , C" precatianihus , pro’ illius
anima ; in [acra disonss fye:Conven-
tions, snditlis, (olars diguata eff; us.
ex 555 [cilicet haberem dolens , que do.
lorem linirem ; © ab illis, moritu-
rus , quod imitarer in co qui jam 6ff
mortwus. Pro hifce, tueque bonitatis
officiss , queis ego pravatum me fa-
teor , grates tibs. debisas rependo ; no".
bifque det Deus, vita Auëlor , optima,
uefhgia premere, ut Juflorum usta vi-,
vamts,© Juflorum morte moriamur.
Urrumaque tibi cupio ; ntrumque mibs ;
nec rantwm cxpio, [ed etism precor.'
Tandem Piaternitati, tue \admweduns
Reverende ;. fecratiffinreque : Ordini:
CE‘
"DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE: : 15
nofiro , ‘qui te in Provincis iff: Pa- vivions dans la Juftice, & que nous qou-
rafenf privrem gavifus eff habere Pro: rions de la mort des Jultes, J sac ve
m
gincialem , ex corde pe Ali haie l'un & l’autre ; je’ fais les, memes
LAVRE
À DH
4e s | | ; . co | D
que sfque modo prudentia tua cam- VŒuX pour moi-même; & je juifs k Renoir. XII
pan babnit, in que fe cum laude priére au défir. Je vous félitite en m
sercuiffec ; anné lursorems pofcebat, me vems, & je félicite notre. fainv Ofl
arpliffimsn confecutura ; at inno- dre, de ce que vous avez été imis à la têt
tfcerg melins poffit. AAfit ergo tibi te de votre Province de Paris. Votre
Divini Auxjlis aura ; ut © perfe- Prudence avoit eu jufqu'ici moias d'ocs
nam , quam geris , apte. fuffincas ,.cafion de s'éxercér : éflé à äujourd'hüi
Cr omnibus profis, quibas digne pre- un plus valte champi"& je ons ‘en fou
es; Dum interim, fi quid in me eff, haite un, dù elle-puiffé pareltre tout cè
doi nfibns tnis fervire valeat, fo- qu'etie eft. Que la lumiète divine de 1à
Üta edbibee promptindine, G ala- Grace éclaire vos pas ; afin que vous rem}
trstate, Koals, plifiez toujours ee votre Em
D 7 _* : - ploi; & que votre Gouvernement loit {a-
, Beneventi, die 1 menfis Augujfi Mutaire à tous ceux qui vous obéifferic. Si
370$. " :+ ‘eftquelquechofeen mti; qui puiffe vous
de mt 2 5 f ! ‘étreutile, fçachez que vous pouvez da
2 Fr. Viné, Mar, Card. Unsinus*, difpofer comme moi-même , &c.. : ":)
SR | | : Fait à Bénévent le 1 Août 190$, :;
e RS Fr. Vinc, Marie Card. des URSINS,
.… Peu de femaines après la date de cette Lettre, notre.A rche-
vêque eut un nouveau Sacrifice à faire, de ce. qui.hii étroit ÎE
plus cher; par la Mort de Filluftre Marcel Cadalieri, Erëéquè
de Gravina. Noas avons parlé -ailleurs de la-fainre & rendre
arnitié , que ces deux Serviteurs de Dieu avoient -contrace
äès leur Entrée dans l'Ordre de Saint Dominique, Ils l'avoient
Jong-rems cultivée dans les mêmes 'éxercices, pendant.qu'ils
habivoïent fous le même toir; foit dans le Cloïître , foit dans
k conduite des Eglifes de Siponte ; de Cefene,:& dé Bénéventt
depuis même que A foin de leurs differens Troupeaux les tenoit
. éloïgnés l’an de l'autre , ils n'avoient été ni moins étroite-
ment unis en JESUs-CHRIST, ni moins ardens à travailler,
comme par une fainte Emulation. à acquérir le tréfor des Ver-
fus. Le Cardinal voyoit, avec une joÿe fecrere, fa Patrie ; & fa
Famille . fous la fage conduite d’un Pafteur felon le Cœur de
Dièu : & celui-ci profitoir des occafions , qui fe prefentoient
quelquefois, de rejoindre fon illuftre Ami, pour continuer à
s’ediffer par fes éxemples, & à ranimer fa ferveur , en voyant
celle d'un grand Archevêque, qui fembloit ne trouver du repos,
que dans le cravail. 0 A
L (*) C’eit la derniére Lettre du Cardinal! pal foit tombé entre nos mains:
Orfin au Pere Aléxandre , dont l'Onige| Ho y vi
1
nue
” ns «pp
Ds
Ly
a
4
LVh:
Queïques Ac-
tons de lilluftre
Marcul Cavalieri,
Evêque de Gravi-
na,
Livres
_XLHF
Benoît XIII.
LVIL
Ses Ouvrages,
, LVIIS
Sa Mort
SV
Ca
* 4
AN
156 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Depuis que l’Evêque de Gravina avoit été placé fur ceSiépe;
par les foins, & felon les défirs du Cardinal Orfini, il avoit fait
plus d’une fois le Voyage de Bénévent. Il s’étoit trouvé aux
deux. Conciles Provinciaux , quoiqu'il ne fut pas de la même
Proviñce,.& dans le fecond , il fut. choifi pour prononcer le
Pancgyrique de Saint Barthelemi : ce Difcours a été imprimé.
L’Auteur avoit déjà été témoin des applaudiffemens , avec
lefquels fes Evêques du Synode avoient reçu, & recommandé
un autre des.fes Ouvrages, touchant la Liturgie Sactée’ (1).
Maisle plus beau de tous les Ecrits de l'Evêque de Gravina, eft
fans contredit celui, qu'il a intitulé : Z’Eccléfiafique au Chœur.
Le Continuateur de l’Abbé Ughel en parle, comme d'un Livre
tout d’or, également propre à plaire, à inftruire, à toucher. Il
plaît par la pureté, l’élégance, & la délicateffe. du ftyle, 11
inftruit par l'abondance de la Dodrine, & le choix de tour ce
que les Saints Docteurs, ou les Maîtres de la Vie fpirituelle
ont écrit de plus folide , fur FOraifon Mentale , & la Priére
Vocale. If touche enfin par les éxemples de Vertus, & les fen-
timens de Piété, dont il eft rempli ; ainfi que par l’On@ion,
qui s’y fait fentir par cout. Notre pieux & fçavant Ecrivain avoit
ubliéla premiére Partie de cer excellent Ouvrage, l’aû 1703.
11 profitoit de tous les momens ; que la Sollicitude paftarale lui
daifloit , pour donner fa derniére perfection à la feconde Partie:
& ce fut dans ce glorieux travail qu’il finit fes jouts, lé 22
d’Août r705. Pendant les feize années, qu’il avoit gouverné
fon Epglife, il s’étoit toujours montré affable, & rendu utile À
tousfes Diocéfains : aufh fuc.il extrèmement regretté de tous,
| Re mit ai des Pauvrès; pour l'amour defquels il vivoit
ui-même dans une ee” pauvreté. Le peu qu'il lui reftoit à
diftribuer , il le laifla aux-Paroifles ;, & voulut que fon Corps
fut enterré dans la Cathédrale, proche l’Autel de Saint Mi-
chel (2). |
- (1) K Rester Ecclefsaflico infiruite nelle re-
gole éd aires e della fupelleëile fecrs….
Qui quidem Liber in Concilio Provinciali
Beneventano, anno 1693 ( cui etiam & ipfe
joterfuit , laudatus fammopere fuit, & de-
auo imprefus Maceratæ anno 169$ , &c.
Ita. Sacr. Tom. VII, Col. 130.
(2) Primam partem ediderat anno 1703,
alterius Operis én-4°. cui titulus : l’Eccle-
Paftico in Coro : opus quidem qua deletta-
tione ob Italicæ in eo peculiarem finguæ
eandorem; qua utilitate refercum ob facram
Doëtrinam, dogmata Patrum , & illuftrium
Magiftrorum Spiritus circa vocalem oratio-
nem , ab interna animæ unione in Odæo non
disjunétam , & circa conjunétionem, quæ
bi fundatiffimè oftenditur, honoris ac Dig-
nitatis Odzæi Triumphantis Ecclefiæ cum ille
Militantis. Hujus præclari Operis fecunda
pars continens quinquaginta Pfalmorum lu-
cubrationem , ob ejus obitum, lucem non
vidit, quæ Manufcripta reperitur apud Bmi-
nentifimum Benevent. Archiep. Urfinurn.…..
die tandem 212 Aug. 170$, pofiquam 16
annorum fpatio hanc rexiflet Ecclefiam ,
mortalitatem laudatiflimè conclufit, fui apud
omnes defiderio relié@to , &c, Ita. Sacr. F,
WII, Col, 13r.
DE DORDRE DES. DOMINIQUÉ. 157
Le Pere Echard, en faifant le Catalogue des Ouvrages de Lryru
Marcel Cavalieri, en a oublié le dernier, & le plus important; XLIIL
ou il ne l’a point connu. On nous apprend que la feconde Partie, BanoîT XIIT
qui contient l'explication, ou une paraphrafe fur les cinquante
E” Pfeaumes, fut remife en Manufcrit au Cardinal des rom 11,p. 768.
rfins ; qui fe propoloit fans doute de la revoir, & de la faire
imprimer. Mais de plus grandes occupations ne lui ont point
permis de vaquer à celle-ci. |
L'Evêque ia Gravina avoit un Frere, nommé Jean-Michel LIX.
Cavalieri ; qui, ayant reçu comme lui l'Habit deS. Dominique, Son Hs
& pris tous fes Grades dans l’Univerfité de Bologne, eût auffi feat
beaucoup de part à l’amitié de notre Cardinal ; auquelils'attacha me Ordre, & par-
Derbi jufqu'à la mort. C’eft l’Auteur d’un Livre, fou ls vas
vent cité par nos Annaliftes modernes, fous le Titre de Galerie min,
des Souverains Pontifes, des Cardinaux , des Patriarches, des
ÆArchevèques , € des Evèques de l'Ordre des Freres Précheurs. Selon
le Pere Echard ce fut par le confeil, & fous la dire&tion de
l'Archevêque de Bénévent , que Michel Cavalieri compofa
cet Ouvrage, que nous avons en deux Volumes, écrit en Ita-
lien : Scripfit in Palatio Urfinii Archiepi[copi Beneventani, ipfo
Urfinie Cooperante. 11 y parle modeftement des Vertus de fon
Frere, & fait mention de plufeurs de fes Ouvrages ; mais il n’a
pà nous les faire connoître tous, puifqu’il mourut l'an 1701
quatre ans avant le décès de dater re de Gravina. L'un & l’'au-
tre méritent de tenir un rang diftingué parmi les Enfans de
Saint Dominique, qui fe font rendus véritablement recom-
mandables par leur Piété, leur Erudition, & le zéle du Salur
des Ames. C’eft aufli par ces endroits qu’ils avoient gagné la
confiance du Cardinal Orfini, & fon amitié. |
Un même Efprit de zéle, & de Religion avoit étroitemerit LX.
uni notre Archevêque, avec un autre grand Serviteur de Dieu, , Urion de l'A
Gregoire Barbarigo, Noble Vénitien, Cardinal, l’un des plus Nr g le S.
Saints Prélats de fon Siécle. Pendant près de quarante ans, on CardinsiGrégoire
Jui avoit v faire dans les Diocèfes de Bergame, & de Padoue, ?*°#"8
ce qu'Orfini contfnuoit encore dans celui de Bénévent. Cette
conformité de Mœurs , de Pratiques, de Sentimens ; & ce que
“notre Archevêque a fait depuis la mort de fon illuftre Ami,
pour faire honorer fa Mémoire dans l’Eglife : tout cela nous
engage à dire ici quelque chofe de fes éminentes Vertus.
_ Gregoire, Fils du Sénateur Jean-François Barbarigo, étoit ,, EX Fr.
né à Venife l’an 162$, dans le mois de Septembre. Ses pre- & ce Cardin:l :
miéres années fe paflerent dans les éxercices d’une Piété éxeme &réque dePadoue
V ü
LIiveRre
.__XLIII.
Benoïr XII.
+, :- ss -- ._.
158 HISTOIRE DES HOMMÉS ILLUSTRES
plaire, loin de tout ce qui auroit pü ternir fon innocence : &c
fes qualités naturelles, perfe&ionnées par l'Etude des Belles:
Lettres, l’ayant rendu recommandable, même dès fa jeunefle:
Louis Contarini, Ambafladeur de a République au Congrés
d'Ofhabrug , & de Munfter, l’amena avec lui en Allemagnë
L'intention de fes Parens étroit de le faire entrer de bonne
heure, dans la connoiffance, & le maniment des Affaires pu:
bliques : il pouvoit efpérer d’y réuflir. Mais le Seigneur lapelloit
au Service de fes Autels. Fabio Chigi, Nonce du Pape, qu'il
eût occafion de connottre dans la Veftphalie, le confirma dans
ce fentiment, & le jeune sa qui ne demandoit que de
connoître la Volonté de Dieu, fuivit auflitôt fa Vocation (r).
Ayant vû le Païs.Bas, & la France l'an 1648 , dans fa vingt:
troifiéme année, il retourna en fralie, embraffa l’érar Eccléi
fiaftique ; & croiflant roujours en Vertu , il donna dans le Cha:
pitre de Padoue , dont il fut fait Chanoine , les plus beaux
éxemples de Modeftie, de Sagefle, de Pénirence, & de Ré:
pularicé. Le Cardinal Chigi, devenu Pape fous le Nom d’A.
léxandre VIL, le fit venir à Rome; lui donna d’abord une
Een parmi les Prélats Domeftiques : & en 16 57. fa Sainreté
€ nomma Evêque de Bergame, pour fuccéder à Louis Grimani,
qui avoit gouverné fort fagement certe Eglife, l'efpace de vingr.
trois ans. |
Le nouvel Evêque fe livra dès-lors tout entier aux befoins
de fon Peuple : uniquement occupe de fon miniftére, il perfua:
doit la fuite du Vice, & l'Amour de la Vertu, encore lus par
la Sainteté de l’éxemple, que par la force de fes Prédications,
quoiqu'il prËchât fouvent , & avec autant de fruit, que de
Ame Il abolit plufieurs Abus; mit en honneur les pratiques
e Piété, & de Pénitence: & fic plufieurs Erabliffemens utiles.
Le cinquiéme d'Avril 1660 , Aléxandre VII l'honora de I4
Pourpre Romaine ; & quatre ans après, fa Sainteté le transféra
au Siège de Padoue, vacant par la Mort de Gregoire Cornelio.
Les fepc années, que Barbarigo avoit paflées dans fon premier
{1) Gregorius Barbadicus, Patritius Ve- | retæ Reip. Oratore ad Monalterienfe:in Come
netus , Joannis-Francifci Senatoris amplifli-
mi Filius , adhuc infantulus , quale fubinde
Ecctefiz Dei lumen futurus effet , præfgni-
ficavie, cdm vel in Crucifixi Imagines of-
cula figere , vel domi afliduè parva Alcaria
inftruere , vel oculos ac manus frequenter in
Eœlum levarc, à familiaribus vifus eft. Ado
lefcens kbenrilas difc'plinas excoluir ; & an-
n05 natus xix çun Aloyho Contarino Vc-
ventum fe contulie ÿ imibique inter pi'tais,
ac Religionis opera quotidie fe exercens, Fa
b:o Chigio Internuncinn Apoflol curn acere
te (quipoñtea Alexander VIT fuit) ado piæ-
lit; quôd vir lie ampliflinius juveneim mox
in Pacrtam rever faim, ur akioribus frudus..,
nperam daret, condlto cxcitavit, Je3, San
Tom. V, Col 4cz —
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 159
Diocèle , avoient été faincement, & utilement employées : Lrvnra
auff le Peuple de Bergame ne le viril partir, ph un ex- XLIIL.
trême regret. Mais c'eft principalement dans la conduite de DE
J'Eglile de Padoue, que le Sainc Prelat a fait admirer en fa =".
perlonne, toutes les Vertus, qu’on peut défirer dans un Succef.
feur des Apôrres i les mêmes que nous avons déjà remarquées
dans notre Archevêque de Benévent : je veux dire, le zele le
plus vif pour la gloire de Dieu, & le Salut des Ames; une
vigilance continuelle fur lui-même, & fur tout le Troupeau
confié à fes foins ; une fermeté à route épreuve , pour arrêter
le déréglement des Mœurs, le Libertinage, & les Vices fcan-
daleux ; une application infatigable à inftruire ,exhorter, me-
nacer ; afin d'engager , d’une maniére ou d’une autre, & les:
San ue à conformer leur Vie à l’'Efprit des Canons;
& les fimples Fidéles, à obferver les Loix de l'Evañgile (r}.
:. .Outreles Affemblées Synodales, les Conférences Eccléfiafti-.
| ques» les fréquentes Vifices du Diocèfe, le foin de l'Education
e la Jeunefle de lPun & de l’autre Sexe, la diftribution des
Aymônes pour le foulagement des Pauvres, & les fages Ré--
re faits pour l’obfervation de la EE Po tant dans
es Séminaires, que dans les Monaftéres de Religieufes ; le Saint
Evêque de Padoue donna fes attentions particuliéres à faire.
fleurir les Etudes dans l'Univerfité de fa Ville Epifcopale. De-:.
puis -long-tems ces Ecoles étoient fameufes ; on y enfeignoir
fur-tout avec beaucoup de réputation la Philofophie, & la
_ Théologie ; mais le zélé Prélat eft loué, d’y avoir établi de
plus de fçavans Maitres dans routes les Langues, Grecque,
Hébraïque, Syriaque , Caldaïque, & Arabe. Pour exciter da-
vantage l'émularion des Etudians, il fe trouvoit fouvent lui-
même à leurs éxercices d’Ecole : afliftoit à leurs Difpures ; les
interrogeoit ; il louoit les Réponfés de ceux, qui faifoient
quelque progrès ; & ne manquoit pas de recompenfer les jeunes .
Eccléfiaftiques, qui joignoient la pureté des Mœurs à leur ap-:
plication aux Sciences (2). CS. EF
(1} Anno 1664 ad Patavinam banc Sedem, riginea tribus » uibus huie Ecclefiæ Dre: r
licèt invitus, promovetur ; in qua incredi- |tiflmè præfuit, dre. Sacr. Tom. VF, Col. :
bile eft, quargum bono torius Ecclefiafticx | 463. — .. : nu
Reïipublicæ ,- ac fuimet fanctificationi infu-| (1j Aktiorum $cientiarum Præcepioribus
P |
. daveric, Vix enim ad hunc Epifcopatum tra- | addidit Linguarum Græcæ , Hebraicæ , Sy-
duétus pravis moribus evellendis, & fanio-|riaçæ, Chaldaïcæ:, & Arabicæ Magiftros. A
ribus inftituendis , tum in Clero , tum in Po | ‘ortafle potior- præceptor ‘ipfe , qui fæpius* “
pulo, tum in Urbe, tumrin Dizceñ , fe-to-| Alumnos inmifere , ad ftudia excitare ; cugs
tum contulit; &-idipfum præftare nufquem Lipfy.convivere, ipfos interrogare ;-quando- : :
defticic toto temporis curfu , nempe annis | que. esiam & Cathedra: ergiire, in Éisires.
LrIVvVRE
XLIII.
Bryoîr XIIL
160 HISTOIRE DES HOMMES ILLUÜUSTRES
Pour bien expliquer tout ce que la Sollicitude Paftorale fit
entreprendre au Cardinal Barbarigo ; tous les avantages qu'il
procura à fon Peuple; l’ordre, & l'Économie qu'il avoit mis
dans fa Maifon , fa Charité envers le prochain , & la fainte Sé-
vérité, qu'il éxerçoir fur lui-même ; il faudroit repeter une
grande partie de ce que nous avons dit du Cardinal Orfini,
Lorfque la Providence menageoïit à ces deux Saints Cardinaux,
les occafions de fe voir, & de pouvoir conférer enfemble, c'éroit
pour eux des momens d'autant plus précieux ; qu’ils fembloient
être l’un à l’autre un nouveau modéle à imiter. Chacun s’effor.
çoit d'exprimer en lui-même ce qu'il admiroit dans l’autre.
Ées Affaires de la Religion les réunirent plus d'une fois à
Rome, & ils fe trouverenc enfemble dans les trois Conclaves,
d’'Innocent XI, d'Aléxandre VIII, d’Innocent XII.
On fçait que ce dernier fut long, puifqu'il dura cinq mois ; &
pendant tout ce tems.là l’'Evêque de Padoue, appellé le Cardi-
nal de Saint Marc , fut fortement porté, par une trentaine de
Cardinaux , qui ne vouloient point d'autre Pape ; tandjs que plu-
fieurs autres continuoient à s’oppofer à fon Election.On nelaïfloit
as de la: regarder déjà comme faite. On en parloit ainfi dans
a Ville de Rome : on la publioit dans toute l'Italie, & dans les
Cours Eträngeres : & jamais, dit un Auteur, il n’échappa au
pieux Cardinal, une feule parole, : püc avancer fa fortune;
ou qui marquîit en lui le moindre défir de la fuprême Autorité,
11 faut ajouter, que les raifons, qu’alléguoient ceux, qui s'op-
ofoient à fon Exaltation, ne faifbien guéres moins d'honneur
à fon rare mérite , que l’empreflement des autres, qui la défi-
roient avec tant d’ardeur. On connoît, difoient-ils, cette au-
ftérité antique du Cardinal de Saint Marc. On fçait quelle eft
fa Sévérité, & pour lui même, & pour les autres, quand il s'agit
de faire obferver les Canons. Les Mœurs de notre Siécle ne
comportent pas tant de rigidité : cela pourroit porter le trouble
dans le Clergé; & caufer de nouvelles brouilleries avec quelques
Cours, qu’il ne convient poing d'iriter (1).
libus exercitationibus , & præcipuè cœlef-[ fe, & cuftodiam Canonum feveram in alüs,
tium meditationibus inftruere ; ac demum
per publica examina fingulôrum mores , ac
udia , quotannis artiflimè probare , loco
fummæ , ac penè dixerim unius follicicudi-
ais femper habuit. Ibid, Col. 465.
(1) Vacante Apofñtolicâ Sede per obitum
Alexandri VIII, Cardinales 30 conftantiffi-
mè per quinque menfes eum in Cathedram
Petri exsltandum fenfere | reclamantibus
skis , ob egregiam Barbadici aufteritatem ini
quam dicetant corrupti fæculi moribus adeo
repugnantem, ut turbas exciraturam crede-
rent in Clero , & Aulis Principalla...,..,
Mirandum tunc fuit in diuturno Conclavi
Barbadici exaltationem in omnium ore ver,
fantem nunquam vel unum verbulum ab ejus
humilitate expreflifle , que fibi faveret, &
ad fupremam Thiaram viam pararet , &c
Ie. Sacr. Tom. IV, Col. 5113.
Si
- DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. . 16r
.… Si le Saint Cardinal avoit voulu dire feulement un mot, LIrvre
pour faire connoître fes véritables fencimens, les principales X LIII.
: difficultés difparoifloient d’abord ; & ilétoit Pape: mais il fe cüt Benoir XIII,
jufqu’d ce qu'il ne craignit plus de l'être. C'eft ce que le Cardinal mme
* Lambertini (aujourd’hui N,S. P. le Pape Benoît XIV )a excel.
Jemment expliqué, dans fon troifiéme Tome de la Béarification
des Servireurs de Dieu , & de la Canonization des Bienheureux. uib. n1,p 475:
” & Lorfqu'il s'agifloit, dit-il, de figner la Commiffion , pour °**
informer des Vertus & des Miracles du Vénérable Serviteur «
de Dieu , Grescoire Barbarigo , autrefois Cardinal, Evêque «
de Padoue; afin de procéder à fa Béarification , & à fa Cano- «
nization , je faifois É< fon@ions de Promoteur de la Foi; &. «
Jentendis ce que l’Eminentiflime Cardinal de Polignacraconta «
dans la Congrégation ordinaire des Rits. 11 étoit bien inftruit «e
de tout ce qui s’etoit paflé dans le Conclave, où Innocent XII «
fut éld, puifqu’il s’y étoit trouvé en qualité de Conclavifte. «
Le récit qu’ fit, avec cette éloquence pleine de grace, & «
de douceur, qui lui eft naturelle, tira les larmes des yeux de «
tous ceux qui étoient préfens, I] nous apprit donc que le «
Cardinal Barbarigo avoit aflez de Suffrages, pour ètre élevé.«
fur la Chaire de Saint Pierre : la feule chofe qui fufpendoit «
- fon Eleétion , étoit. que quelques uns entre les Cardinaux &
fouhaitoient fçavoir , fi étant Pape il voudroit traiter felon,«
les Loix d’une rigoureufe Juftice, ou plutôt felon les Régles «
de la modération, & de l'équité, une Affaire qui avoit déjà «
caufé bien des Difputes entre la Cour de Rome, & celle d’un «
uiflant Monarque. On le pria de s'expliquer ; & il refufa de «
le faire. Interrogé ve confeil il donneroit à un nouveau «
Pape, qui voudroit fçavoir fon Avis fur ce point important : «
je lui confeillerois, répondit-il , de s’adrefler à Dieu par de «
fervences Priéres, afin de connoître ce qui feroit plus Cxpé- «6
dient pour {a gloire, & l’honneur du Siéce Apoftolique. Les ce
_Suffrages s’erant depuis réunis en faveur du Cardinal Pigna- «
. telli, qui prit le Nom d’Innocent XII, le pieux & vénéra- «
ble Cardinal Barbarigo, la premiere fois qu’il falua le nou- «
veau Pontife, l’avertit férieufement de ne rien précipiter ; 66
dans la grande Affaire dont il s’agifloit ; de ne point procé- «
der à Îa rigueur, maïs de chercher un fage tempérament; «
. cœite Voye. Enr plus füre pour termirer heureufe- «
ment les Difputes à Ja Gloire de Dieu, & à l'avantage du «
Saint. Siége (1) »,
7 {5) Tentatus, ve loqueretur, nihil roluit refpondere, Interrogatus, quodnam confilinns
® Tome VI. X
Lives
XLIIL
Benoir XIE
LXII
Heureux décès
d: ce Cardinal.
L'Archevêque de
Bénévent reni té-
moignage à {à
Sainteré.
LXIII
En qualité de Lé.
ga du Pape , le
Cardinal Orfini
rétablit l’ordie, &
Ja pax dans plu-
fieurs Provinces
du Royaume de
Naples.
16: HISTOIRE DES HOMMES ILLÜUSTRES
La prudence Chrétienne Jui fit faire certe Déclaration : &
une profonde humilité Favoit empêché de la faire plutôt. On
Joue donc avec raifon le Cardinal de Saint Marc d’avoir refufé
conftamment de faire ane légere démarche, pour être Pape:
& nous verrons que le Cardinal Orfini en a fait plufieurs pour
ne l'être pas. Maïs ne prévenons point les Faits : & fans nous
ctendre davantage fur les éloges du Saint Evèque de Padoue,
conrentons-nous de dire, qu’il termina une Vic véritablement
Epifcopale , par une Mort précieufe, le dix-huîtième de Juin
169%. Sa Mémoire fut dès-lors en Vénération parmi tons les
Peuples d'Italie, particuliérement dans les Diocèfes de Ber-
ame , & de Padoue. Depuis fon heureux décès, on ne ceffoie
de folliciter fa Canonization : la République de Venife Ia de-
mandoit par fes inftances réïtérées : & notre Cardinal , pour
y contribuer de fon côté, rendit un illuftre témoignage à fa
Sainteté , par une Dépofition juridique en préfence du Légat
À poftolique, & de plufieurs Témoins. Ces Dépofitions faires
à Bénévenrt le 2 & le 4 de Juin 1706, furent portées à Rome,
& joinres à celles, qu'on avoit déja faites, ou qu’on fit depuis,
À Venife, à Bergame, à Padoue, à Milan, à Modene, à Flo-
rence, & aïlleurs {1}.
Tandis que PArchevêque de Bénévent ,-toujours attentif
À marcher fur les traces d’un ancien Ami, dont il voyoit Ia
Sainteté dejà honorée par des Miracles, continuoît à fe fanéti.
fier lui-même, en travaillant à la fandtification de fon Trou-
peau , fes occupations fe mutipliérent prefqu’à l'infini. Les be-
foins des Diocefes Voifins, ceux quelquefois des autres Pro-
vinces; & les Ordres du Vicaire de Jesus-CHrIST, Far-
rachérent plus d’une fois du milieu de fon Peuple, poar le faire
effet novo Pontifici daturus , fi ab ipfo de eo
quæreretur 3 inquit, fe ei diéturam, utpre-
ces toto corde ad Deum funderet, qui eum
SH d'gnaretur in eam viim, quæ glo-
siæ fuæ, & Sedis Apoftolicæ incolumitari ef-
fer profuturs. Converffque Suffragantium
dninis in Cardinalem Pignateflum, qui &
Saramam Pontificarem evcttus Innocenri
XII nomen afflumpft, pius & verè Venera-
Bilis Gregorius Cardinalis Barbadicus , fta-
tm ac ad primum éjus aimplerum acceMkt,
ferid monwit, w in eo negotio lento gradu
procederet, non ftr'@i Juris, fed epicheiæ
Leges fervaret, quas apriores ipfe autuma-
bat, & magis accommodatas felici ejus ex-
editioni , Gloriæ Dei , & Sedis Apoftolicæ
Brofperirati, De Sere. Dei Benrif. &rè. Tom,
INT, Cap. XXXIII. pag. 493:
(1) Die à & 4 menfs Funii præfati ati
(1706 } coram Domino Morello Lucerina
Epifcopo , ac Apoftolice delegato , aliifque
neceffariis Miniftris, ac teftibus, poitukatore
Donafellio, fuper vita, ac virtutibus Vere-
rabilis Servi Dei Gregorii Cardiualis Barba-
dici Epifcopi Patavini depofuit. Depoñio-
nes in Seccetario habitæ fuere, ac Romam
earumdem autopgraphum tranfmillum fui.
ba. Soc. Tom. VIII, Col. 13».
Jam enim Sacræ Rituum Conpregation
exhibiti fuere proceffus fupet ejufdem fanc-
titate vitæ, Virtutibus, ac mIracuiis , auétos
ritate ordinarià confeéti Venetiis, Beigeni ,
Patavi, Mediolani, Mutinæ, Florentiæ, Be-
netenci, ac Romæ. Zéié, Tom. W, Col. 167.
7° DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. rés
oonrir où les néceflicés des Eplifes, &c des Fidéles lapelloienr:
car, dir un Auteur, fi dans les différentes Provinces rs Royau-
me de Naples, il {e crouvoit quelque affaire importante, &
dificile à terminer ; c'étoit ordinairement à la prudence, & à
la fagefñle du Cardinal Orfni, que le Saiat Siège confioit cette
LLvVRE
X LIIL
Benoîr XII,
Commiflion. 11 y avoit long-tems qu'il agifloit, dans de fem.
blables rencontres, comme Légar du Pape : & le fuccès,
7” le Ciel avoit prefque toujours donné ä fes {oins , en jufti-
flant le choix qu’on avoit fair de fa perfonne, lui attiroit cous
es jours de nouvelles occupations. Sans entrer dans un trop
long détail, nous dirons, avec le même Ecrivain, que dans le
cours des années 1707, & 1708, l'infarigable Cardinal ter-
ina bien des Procès , régla bien des Affaires; fir ceffer quel-
ques Scandales ; rétablit le bon ordre avec la Paix dans plufieurs
Diockfes ; & fit refleurir la Régularité dans divers Monafté-
res (4).
Dominique Surrenti, Evêque de Volturara, dans la Pouille,
l'un des Suffragans, & des Imirateurs de notre Archevêque,
fut attaqué d’une griéve maladie, qui ne lui permit plus de
veiller fur fon Troupeau , avec l’application néceflaire. Avant
{a Mort on commenca à attaquer les Droits de fon Eglife; &
à la piller, quoiqu’elle fut déjà fort pauvre : & malgré le zéle,
que te bon Prélat avoit fair paroître pendant trente trois ans
d'Epifcopat, fon Clergé ne tarda pas à fe relâcher beaucoup,
dès-qu'il ne fac plus fous les yeux du Pafteur. Pour arrêter
d'abord le mal, & en prévenir les fuites, le Pape nomma notre
Archevêque, Adminiftrareur, & Vifireur Apoltolique de ce
Diocèfe. Il s’y rendit dans le mois de Juin 1709 , prit d’abord
ane connoïflance éxaite de tout ; & rérablit toutes chofes,
tant pour ke temporel, que pour le fpirituel. Dans la Vifite
qu'il fit de tout le Diocèfe, il prêcha, catéchifa, adminiftra
le Sacrement de Confirmation, procura la réconciliation de
quelques Familles, & la réparation de pluñeurs tglifes » ‘&
pour maintenir le Clergé fur Fe pié, où il venoît de le remettre,
il donna une nouvelle vigueur aur fages Réglemens ; que les
deux derniers Evèques de Volturara , Thomas Carafa, & Do-
(x) Et bæt quidem omnia Beneventi, cu-]duum negotium in Regionibus illis ererfit,
Jus tainen Civiatis, & Archidæcelis fines| Fidei ac fapientiæ Cardinalis Urfui Sedes
Cardinalis Urfini relns , vigilantia , pietas| Apoftolica commirtere conluevir, Vifitavie
praccrprefla , anirerfam iHam , & quidem| propterea Apoitolicus Delegatus Dixcefos
smplifimas Samnii Provinciam implevit ;| plures, ubi oprimis Decreti: Ecclefaltiçam
#& ad die quoque Dizceles -Neapolirani] difciplinam ,p.cem ,tranquillitatem,autre£
-Regai fe cstomdit, Si quodenie grovs % s-]) cu, qu Grinavit, ee Archi. Fjrm, p.-53.
| 1]
L XIV,
Ce qu’ ! fair dans
le Diocéfe de Vol.
turara,
»
164 HISTOIRE. DES HOMMES ILLUSTRES
Lrivaz minique Surrenti,avoient fait recevoir dans leurs Synodes. Ces
XLIIE Decrets furent imprimés l’année fuivante à Bénévent, par les :
ns de notre Archevêque, & dans fon Imprimerie (1). |
{oi
Benoît XIIL . :
== Le Cardinal fit paroïtre en. même tems trente de fes Le
LXV. çons , ou Difcours fur l’'Exode , qu’il avoit prononcés devane
Stages qu'il fon Peuple, C'étoit une efpéce de Commentaire, rempli de
uble, e : ’ , e o ® » ! e
d Pieté, & d’Erudition : les Sçavans, & ceux qui ne l’étoient
as, le lifoient avec la même fatisfaction. On ne tarda pas de
fe faire réimprimer à Venife. Et l’Auteur publia bientôt après
un Tome de Sermons, qu’ilavoit prèchés pendant les Diman-
ches de l’année, le Carême , & les Fêtes de Pâques (2). |
LXVI. Ces fçavantes occupations du Cardinal ne prenoient rien fur
Vilte divers Ja vigilance, qu'il devoit à fon Lo em ou aux autres Egli-
Diocèles, & coim- à } : | À ) e ;
mence par le fien. fes , qui avoient befoin de fon Miniftére. Ce qu'il venoie de
fut obligé de vifiter , les années 1712, 171 3,17i4:maisil
faire dans le Diocèfe de Volturara , il le fit depuis dans ceux :
de Monte Marano, de Gravina, & dans quelques autres, qu'il
commençoit toujours par le fien : quelque importantes que :
puflent être les Affaires, pour lefquelles il étoit rs ailleurs.
il ne négliyea jamais cette premiére partie de fon Miniftére.
Aufli compte-t'on le nombre de fes Synodes Diocéfains , par
ke nombre des années, qu'il gouverna l’Eglife de Bénévent.
EXVII. Dans le mois de Janvier 171$ il termina, ou arrêta par fa
fpeléiRome, préfence, quelques brouilleries dans la Povince Saint Ange,
ileft confu té ‘ “ 1: 1 È
“7 Ordre de Saint François. Er le dix-huit de Mars de la même :
Sa Sairteé , &
fait Sous-Doyen année Île Pape le fit venir à Rome + pour fçavoir fon Avis . fur
du Sacré Collége. Jes Affaires fecretes , qu’on difoit être de la derniére cônfé-
quence. Ce fut dans ce même tems, que notre Archevêque
opta le Fitre de Cardinal Evêque de Porto, Sous- Doyen du :
Sacré Collése. Nous lifons dans l'Italie Sacrée, qu’il ne quitta
e l’'Eglife de Frefcati, fans y laïfler plufieurs Monumens de
a Piété, de fa Charité, & du zéle qu’il avoit pour la difcipline :
Eccléfiaftique (3).
| ; 1) Epifcopali Vultararienfi Sede vacante,
Adminiftrator , & Vifitaror Apoftolicus in
dia C'vitate , ac Diæcef à Clemente XI de-
Jeûus , Vifitationem die 29 Junii incæpit,
Confirmationis Sacramentum miniftravit, ac
Ecclefias decenter reftauratas , cum fuis Aris
dicavit. Synodales Conftitutiones . .... Ar-|
chiepifcop Hi in Typographia cudendas cu-
ravit. Îre. Sacr. Tom. VIII , Col. 182.
(2} Hoc itidem anno { 1710) triginta fu-
per Exodi Eibro Le@tiones à Cardinali Ar-
chi-pifcopo in Metropolitana recitatæ , ex-
tiis editæ. Itidem Beneventanis typis anno-
3711 prodiit Liber nuncupatus, I/-tempo del-
le quarefims, e dells re fhsegato, ab-
eodem Cardinali Archiepifcopo lucubratus.
Ja. Sacr. Tom. VIII, Col. 182 ”
næ , facrà fupellettili ,. quâ ad Pontificalia
exercenda carebat , abundè exornavit : &
poft plura ali cum pietatis, tum Ecclefiafti-
in eodem Bpifcopatu ‘Tufculano ‘relita ,
cufæ fuere + ac anno fequenti iteram Vene-
(3) Sacrarium ejufdem Ecclefæ Fufcula-
cæ Difcipliuæ , & Charitatis monumenta
=
_— = = nn = ete me un =
pm
DE L'ORDRE DE S DOMINIQUE. 185$
Son nouveau Diocèfe de Porto éprouva également, & fagé- Livnrazx'
nérofité, & fes attentions à tout ce qui pouvoit contribuer à XLIII.
la Confolation, ou au Salut des Fideles. Mais la premiére Vifite re
: °. A les Fêt ENOIT XII.
qu'il fit dans ce Diocèfe fut fort courte , parce que les Fêtes pme
de Pâques approchoient, & qu’il vouloit les Célebrer avec fon Lxvr11.
Peuple de Bénévent : ce qu’il fit. Peu de tems après il reçut le Il procure divers
avantages au D'o-
Bref fuivant de fa Saïinteté ; nous le rapportons, comme une
nouvelle preuve de l’attention que faifoient les Papes,
cèfe de Porio ; & :
au bel revient à Béné-
Ordre , que le Cardinal mettoit dans fon Diocèfe; pour le faire "ent.
obferver de même dans les autres Diocèfes , ou Provinces
d'talie.
Bref du Pape CLEMENT XI 4s Cardinal ORSINI, Lx1x.
Archevèque de Bénévent.
CLEMENSs Para XI :
Venerabilis Frater nofter, Salutem ‘
& Apoftolicam Benediétionem.
7 ANTER Caters, que in priors 144
Provincie Beneventane Synodo ,
anno millefimo fexcente[imo nonagel-
md tertio, celebrata, pic non minus
qnam falubriter confleuta fuerunt,
Tir. II de Conf. Cap. V, fancium
faille animaduertimus, us Capitula,
qua Statutis carerent, ne veluti Na-
yes fiutluantes quouis vento circum-
ferrentur , infra [ex menfes ea con-
derent, © fuis Epifcopis examinan-
da, atqne probanda deférrent ; idem-
gxe Decrctum in altera Provinciali
Synodo, quam [ubinde, anno [cils-
cer 1698 cocgifli, Tit. I de Confii-
sutionsbus, Cap. 1, inffauratum fuiffe
perfpeximus. Eif; antem minime ve-
reamur , guin pro eximio, ac abundi
nobis explorato zelo ruo , providï cjuf-
modi, ac plane neceffarii Decreti exe-
curionem ffrenuc pofimodum , ac [e-
dulo promoveris ; quia tamen ca de
re certiores fieri maxime cupimus , né
sxemplum. ad Alias ctiam Provin-
tranfiie ad Ecclefiam Portuenfem , &|S#er, Tom. I, Col. 246,
Sai@z Rufinæ, die'18 Marti 1715. die, | |
vent. Nous voyons aufl
renouvellé le même Décret , dans votre
fecond Synode de 1698. La parfaite
connoiffance que nous avons de votre
zéle, ne nous permet pas de douter, “sé |
LE Pare CLÉMEnxr XI.
Notre Vénérable Frere, Salut, C
Béneditlion Apoftolique.
P ArRmMt les autres fages & falutaires
Décrets, que vous avez faits dans le
premier Concile de votre Province, te-
nu à Bénévent l’an 1693 , nous avons
remarqué celui qui fe trouve dans le cin-
PE Chapitre du fecond Titre des
onftitutions ; où vous avez ordonné,
1e tous les Chapitres, qui n’ont point
e Statuts propres , euflent à en drefler
dans fix mois, & à les faire éxaminer,
& approuver par leurs Evêques , afin
À ee ne fuffent plus comme des Vaif-
eaux fans ancre, qui tournent à tout
que vous avez
vous n'ayez veillé avec beaucoup de foin
à l'éxécution d’un Réglement fi fage, &
fi néceflaire. Nous’ fouhaitons cepen-
dant d’être bien aflurés, que ce Décres
a été éxécuté dans toute votre Provin-
ce, parce que nous voulons nous fervis
X
Ce que le Pape
lui demande,
Bullar. Ord. Tom,
VI, peg. So,
XLITE
166 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lavem de cet éxemple, pour le faire recevoir,
| & Exécuter de même, dans les autres gen preuéous, manare poffit, prope
Provinces, & Diocèles, où cela elt né-
Ca ee |
Benoîr XIII ceffaire. Nous vous écrivons donc ceu,
pour vous prier de vous informer foi-
pneufement , & de nous faire enfuite
çavoir, fi vos ordres en cela ont été
efettivement fuivis par-tout , avec la
gas obéiflance, qui vous eft dûe,
i cependant il fe trouvoit quelque
Chapitre, qui ne fe füt pas encore ac-
. de ce Devoir, ne manquez pas
e le fommer, & de l'obliger de vous
donner inceffanment cette marque de
fourmiflion , orme il convient. Nous
prions le Souverain Pafteur, de vous
donner, notre Vénérable Frere, un ac-
croiffement de Grace , & une longue
vie; afin que les Peuples conhés à votre
vigilance , puiflent long-tems continuer
à profiter, & de vos falutaires Inftruc-
tions, & des faints éxemples, que vous
leur donnez, Recevez cependant le Bé-
nédi&ion Apoltolique, comme un gage
de la tendre afle@ion, que nous vous
portons,
Fait à Rome, dans le Palais de Sainte
Marie Majeure, fous l'Anneau du Pè-
cheur, le cinquiéme d'Avril 170%, la
quinziéme année de notre Pontificar
Nons avons remarque ailleurs
6545, m5 Dinceles ; que exder hdi.
teres hifce noftris Listeris re petimus,
ut, an idem Decretum ab omnibus
predifla Provincie Capiulis debit
executions demandanm revers fnee
rit, diligerter énquiras, ac nobis fig-
nifices : nec snterim pretermitas , fi
qua Capituls illud exequi negiexilfe
Compereris ; itA wrgere, AC inflare,
nt ab omnibus , quemadmodum par
eff, ad cffetlum primo quoque tem-
pore perducatur. Affidusm drvins
Gratis incrementum , ac longam an-
sorwm [ériem 4b Æterno Paltorum
Principe tibs, Venerabilis Frater nof-
rer, enixé precamur , ut vigilantié
tue commiffos Populos, quod hallenss
gr praflitiffi, non tam doitrine
verbo infiruere , quam bonorum opt-
ru exemplo edificare din polis, ti-
bique intime noire benevolentie pig-
nus Apofiolicans Benedillioner per-
AIBANET SRPCTIHIHT «
Darmm Rem apnd Sanilam Ms-
riam Majoren , jub Mnnalo Pifca-
toris, Aprilis 1715, Pontificars
roffri auno decime-quinse, Su
que PArchevèque de Béné.
vent , après avoir fair recevoir , dans fon premier Concile
Provincial, un Décret, dont le Pape loue ici avec raifon la
fagelle ,& la nécellité; il avoit eû la même attention à le faire
éxécurer, dans l'étendue de fon Diocèle, en commencant,
comme il convenoit, ee le Chapitre de fa Métropole. Nous
avons vd auffi que, les Evêques fes Suffragans n'ayant pas tous
également réuffi à faire pratiquer cette Loi, le Métropolitain
ne manñqua point, dans Eu Synode , de prendre de nouvelles
mefures, pour vaincre les difficultés , & les réfiflances. 11
réveilla d’abord le zéle des autres Evèques; &, pour 6ter tour
rérexte À la négligence, ou au peu ; > bonne volonté de cer-
tains Chapitres, il leur fit propofer les Statuts de celui de l'E-
glife Métropolitaine, afin que tous les autres euffent un mo.
dele, pour drefler les leurs ; ou qu'ils adopraffenc les. mêmes, ca
{
à e: tn
!'DELORDRÉ DE S DOMINIQUE. : sés
| $ faïfäne les changemens néceflaires, Enfin nous ne doutons
point, que cet article n'ait toujours été un de ceux, que le
Cardinal Orfini ne perdoir pas de vée, dansles différens Diocè.
fs, foit au-dedans , ou au-dehors de f2 Province, qu'il a été
chargé de Vifiter, avec la Qualité , & les Pouvoirs de Lépar
‘Apoñtolique. Il lui eft cependant glorieux, que le Souverain
Pontife , dont la Sollicirade Paftorale doit s'étendre auffñi loin
Livre
XLIII.
ms |
BEenoiïr XIII
EE
que la République Chrétienne, ait voulu fe fervir de fon.
Exemple, pour mettre en vigueur dans les autres Eglifes d’Ita-
lie, ce que cet Archevêque avoit fair dans k fienne,
Dans le même tems les Armes des Turcs menaçoient les Peu-
ples Chrétiens. Leurs grands:préparatifs de Guerre, & leurs
_ deffeins de conquête ne pouvoïient être ignorés. Leurs premiers
oups portérent contre les Vénitiens. L’Îfle de Corfou d’abord
inondée par une multitude d'Infidéles , & la Ville Capitale
déjà affiésée par une puiffante Armée, n’annonçoient que trop
aux Provinces Voifines, le danger commun, où elles alloïent
fe trouver. Déjà tous les peuples d'Italie, dans la frayeur , fé
croyoient à la veille d’avoir fur les bras ces fiers, & redoutables
Ennemis. On n’ignoroit pas quelle étoit la haine des Mahomé-
tans contre les Chrétiens ; & les traces de leur fureur n’étoient
se encore effacées dans la Pouille. Dans ces circonftances
ritiques , & cette confternation générale; [a confiance du
Saint Archevêque de Bénévent ne l’abandonna point , & la
vivacité de fon zéle fervit à ranimer celui des Fidéles, & À exci.
ter leur Foi, leur Piété, leur Efpérance en Dieu. Pat fes fer-
ventes exhortations , il leur apprit à folliciter le Secours du
Ciel, & à le mériter, par l’humilité de leurs Priéres, par Paman-
dement de leur Vie, & par la pratique des bonnes Œuvres.
Mais tandis que tout occupé des fonétions de fon Miniftére ,
il ne penfoit qu'à fléchir la colere du Seigneur, en hamiliant
fon Ame en fa Préfence, & afHigeant fa chair par les Saintes
figueurs de la Pénitence ; on crut que fes tatens pouvoient Etré
employés à quelque autre chofe. Le Leéteur peut juger du
mérite de notre Cardinal, par l'idée que les plus grands Politi-
ques avoient eux-mêmes En fa capacité. ‘
” La Cour de Rome fe perfuada, que dans Îa néceflité des
Affaires, & pour arrêter es progrès des Turcs, il falloit enga-
LXX.
Motivemens des
Turcs.
LXXI.
Soll'citude deu
faint Arçhevêque.
La Cour de Ro.
- me veut le char.
ger l'Empereur Charles VI à toarner contr'euxles Armes Impé Le dune Lip
riales, Le Cardinal Orfini, connu dans routes les Cours , & tion auprès de
dans toutes les Cours eftimé , fut jugé le plus capable de por- l'Empereur,
ter ce Prince à rendre un fi grand Service à toute Chrétienté.
LiIvRE
XLIII.
BEenoîr XIII
CE cor
LXXIII.
Autres Lettres
du Pape Clément
XI au Cardinal
Oi fini.
Bullar, Ord. Tom,
VI: pag: 504.
168 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Le Pape chargea d'abord le Pere Cloche, Général des Freres
Prêcheurs , de difpofer notre Cardinal à entreprendre cette
Légarion : & fa Sainteté lui écrivit enfuite de fa propre main
une longue Lettre; qu'on nous a confervée. Elle eft écrite en
Italien : en voici la Traduéion. |
A notre Vénérable Frere Vincent-Marie ORSINT, Evèque de
Porto , Cardinal de la Sainte Eglife Romaine.
Le PAPE CLEMENT XIL.
Notre V'énérable Frere, Salut, 6 Bénédiflion Apofoliqse,
« Dans l’abatrement, où nous ont jetté les facheufes nou-
» velles, que nous avons apprifes, d'un Armement fort confidé-
» rable, & peut être le plus grand que les Turcs ayent encore
» fait, par Mer, & par Terre, dans l'intention d'attaquer les
» Provinces Chrétiennes ; après avoir humblement implore le
» Secours du Ciel, par nos Priéres particulières, & par les
» fupplications Publiques , que nous avons d’abord ordonnées
» dans toute l’Eglife, nous avons férieufement penfé à prendre
» tous les moyens humains, les plus propres à nous oppofer avec
» fuccès, à la prochaine invafon , dont nous fommes menacés
» de la part des Infidéles, Nous n'avons pas manqué d'écrire
» auflitôt aux Rois, & aux Princes Catholiques, pour les folli-
» citer à nous donner de puiffans Secours dans un fi preflant
» befoin. Maïs nos plus vives inftances ont été auprès de
» l'Empereur ; parce que dans les Circonftances prefentes,
» après Dieu, il eft le feul, de qui on puifle attendre avec
» confiance l’abaiflement de cette orgueilleufe , & féroce
» Nation, qui prend les Armes pour nous attaquer. Dans cette
»vüë nous avons adreflé plufieurs Brefs Apoftoliques à Sa
» Majefté Impériale ; nous lui avons fucceflivement envoyé plu-
» fieurs Couriers extraordinaires ; & notre Nonce a eù ordre
» de lui expofer plus en détail, les Lettres que nous lui écri-
» vions de notre propre main, pour le prier, l'exhorter, & le
‘# conjurer de ne point fe refufer à une entreprife, qui fera glo-
» rieufe pour lui, & qui eft devenue neceffaire au Salut de Ia
» Chrérienté. Par routes les Réponfes, que Sa Majefté Impe-
» riale nous a faites, il nous à paru qu'elle étoit dans les plus
» fivorables Difpofitions à cer égard. Maïs divers accidens
» peu attendus, & nos péchés fur-rout, comme nous en fom-
» MES
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 169
mes perfuadés , ayant mis des obftacles à un deffein aufli jufte& L'r vReE
ue néceffaire , le fuccès de la derniére Campagne n'a pas
été heureux ; & nos craintes ont redoublé. Dans une fituation «
auf critique ; & pour prévenir des malheurs encore plus «
grands , qu’on n'a que trop de fujet d'appréhender, & qui«
pourroient être fuivis de linvafon de l’italie, & de Rome«
même, nous n'avons point ceflé, nous ne ceflons pas encore,“
de porter les allarmes des Peuples, & leurs clameurs au pié «
du Trône de Sa Majefté Impériale : & afin d’ôter enticre- «
ment les nouveaux obftacles, qui feroient infiniment préju «
diciables à la caufe commune, nous venons de communiquer «
à l'Empereur , les affurances polrives , que les Cours de«.
France, & d’Efpagne nous ont données, de ne faire aucun Aëte «
. d’hoftilité contre fes Erats , pendant tout le rems que dure. «
roit la Guerre, qu’il auroït entreprife contre les Turcs. Ainfi «c
n'ayant rien à craindre de ce côté là, Sa Majefté pourroit «
faire agir librement fes Armées contre les Ennemis du Nom w
Chrétien. Les réponfes faites en conféquence par la Cour de «
Vienne, continuent d’être favorables. On nous aflure tou- «
jours que Sa Majefté Impériale fait de grands Préparatifs ; «
& qu'elle eft fur le point de prendre fa derniére Réfolution , «s
pour déclarer ouvertement la Guerre aux Infidéles ; ainfi«s
bag y eft obligée en vertu de la fameufe Ligue, qui fut a
aite fous le Pontificat, & l’autorite du Pape Innocent XI , 6
de fainte Mémoire. Mais cette déclaration de Guerre n'eft «
pas encore faite : & jufqu’à préfent nous n'avons point reçu «s
de la part de l'Empereur, une Réponfe catégorique & pré- «
cife. Cependant le tems de la nouvelle Campagne approche ; «
nous voyons approcher aufli Jes périls, qui nous annoncent cs
une extrême d (sr
Les chofes étant dans cer Etat, toutes les perfonnes Sages «ç
nous confeillent, & nous preffent même, de faire un dernier «
effort, pour engager l'Empereur à prendre enfin fa derniere «
Réfolution. A cer effet, on juge néceflaire d'envoyer in- «
ceflamment à la Cour de Vienne , un Cardinal fçavant , «
pieux , ferme, & zéle ; un perfonnage de grande réputation , «
& qui foutienne fa réputation par fes Vertus ; un Homme &
enfin, lequel, en fe conformant à ce qui fe pratiquoit dans les «
premiers Siécles, & fuivant l’éxemple de ce grand Cardinal , «
da , felon l’éxpreflion de Saint Bernard, retourna fans apporter «
Por, de La terre qui le produit, @° ne connut point l'argent 6
Tome VI, | . | |
XLIIT
BENOÎT XIIL,
170 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lives dans le lieu mème, où il nait (*) , paroïfle à la Cour Impériale >
XLIII v»nonavecun grand nombre de Chars, & de Chevaux, mais au
——————— 1 Nom du Seigneur, fans autre équipage , que celui de fes
ÉRRUS » Vertus; & qui donne par là un fi grand poids à la Négo-
» ciation , dont il fera chargé ; qu’en préfentant à l'Empereur
» nos Priéres, avec les Vœux, & les Soupirs de tous les peu-
» ples Chrétiens, il le détefmine à remplir fans délay les obli-
» gations , que lui impofe dans cette urgeante néceflité , la
» qualité d’Avocat de l’Eglife, & de Défenfeur de la Religion.
» Vous comprenez bien que ceux , qui, en nous follicirant de
» ne plus différer cette Ambafñlade , aujourd’hui fi néceffaire
» pour mettre notre confcience , & notre honneur , hors de
» reproche aux yeux du public, dépeisnent ainfi le Légat,
» qu'il nous importe = , n'ont pù fans doute en défigner
» aucun autre que le Cardinal des Urfins. Ne vous plaignez
» donc de perfonne ; maïs foyez perfuadé qu'il n’y a que vos
n éminentes qualités, & vos rares vertus, qui ayent déterminé
» Je choix, dans la néceffité où nous fommes, d'envoyer pour
» une Affaire de cette importance, un Eégat RE PE que
» les incommodités d’un long voyage, dans une faifon auffi
» rude que celle ci, ne foient point capables d’arrèter ; &, qui
» accoutumé à ne s'appuyer que fur le Secours de la Miféricorde
» Divine, mérite d'en éprouver lafliftance dans cette entre-
» prife. Nous vous prions de vous rendre inceffamment à Rome,
» de la même maniére , que vous y parutes , lorfqu’en dernier
» lieu vous y arrivates, pour opter l’Eglife de Porto, afin que
» vous pafliez de Rome à Vienne dans le même équipage,
» après que nous vous aurons donné les Pouvoirs, les Inftruc-
» x ARE Brefs , & les Mémoires, qui pourront vous être
» néceflaires, pour exécuter fans obftacle ,une auffi importante
»# Commiffion (1). Nous attendons de vous une prompte Ré.
» ponfe par le retour du Courier , que nous vousenvoyons ; nous
» vous attendons vous-même au premier jour ; pour que nous
(>) Rediuit de terra auri fine auro : tranfi-
VE per terram argenti, @ argentum nefti-
vit. Liv. IV, Cap. V de Confderat. ad Eu.
gen. ILE.
(1) V.S. ben vede , che quelli , i quali ci
configliano, à como abbiamo detto , ci fti-
molano à tale fpedizione onninamente ne-
céflaria ne termini, ne quali ci troviamo,
anco per metrere al coperto appreflo il mon-
do {a noftra confcienza , e il noftro honore,
attefe le qualità, che ef defiderano nel Car-
dinale da fpedirfi all” Imperatore , non altri
defcrivono , che il Cardinale Orfini. Non f
dolga dunque ella di aktri, che delle fue in-
figni qualità , à della fua gran virtd, fe noi
co!fa {traordinaria fpedizione d'un efpreflo
fenza punto rifiettere 28!” incommodi , che
potrebbero derivale da un Jongo viasgio
nelle corrente riggidiffima ftaggione , e uni-
camente afhdati nella Divina Mifericordia.,;
che fia per affifterle in tuto, &c.
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. #r7r
“ayons le plailir de vous embrafler, vous remercier, & vous Lrvre
<hgrger de l’Affaire la plus importante, que le Saint Siége« X LIII.
ait eüe depuis plufeurs Siécles. En atrendant nous vous dap- « Érnoir XIIL
ons la Bénédi@ion Apoftolique, avec les plus vifs, & les « :
plus tendres fentimens desnotre affé@ion paternelle. Donné «
a Rome à Sainæ Marie Majeure, fous l’Anneau du Pëcheur , «
de 19 Janvier 1716 ».
La rare modeftie de notre Archevèque, & les fentimens de . _——.
cette profonde humilité , dont il faifoit profeflion , ne parurent Rare Modeftie
-Jamais d’une maniere plus fenfible, que dans cette occafion, du Cardinal
Plus on honoroïit fa Vertu, fa Capacité , {on Mérite; plus il
4#embloit creufer dans l’abîme de fon néant. On ne fifoit point
difficulté de le préférer à tant d’autres habiles, & illuftres
Perfonnages, qui n’étoient point en petit nombre dans la Cour
de Rome ; parce qu'on ne doutoit point, que la haute répu-
tation de Saïnteté , où il étoit, foutenue par {a naiflance, fon
expérience, & fa fagelle , ne fervit beaucoup à applanir les
plus grandes difficultés ; & à faire heureufement reuflir une
Négociation , qui pouvoit procurer la fûreté des Peuples, &
Le repos de l'Italie. Tant de belles A&tions, qu’on étoit accou-
tume de voir faire au Serviteur de Dieu, autorifoit cette per-
fuafon. Mais bien éloigné de penfer aufli avantageufement
de lui-même, le pieux Cardinal croyoit fe rendre juftice, en
fe confidérant comme le dernier de fes Freres dans le Sacré *
Collége. Il étoit intimement perfuadé , & il vouloit férieufe-
ament le perfuader aux autres, qu'il n'avoit aucun des talens
néceflaires, Fe trairer les grandes Affaires ; & que c’étoit
trop expoler le fuccès de celle-ci, que de la remettre entre fes
mains, Il rapelloit à ce propos cette belle parole de Saint Gre-
goire le Grand: pendant que la Mer eft tranquille , un Pilote
: Lg expérimenté peut conduire heureufement le Vaiffleau : mais
de plus habile Pilote fe confond , lorfque dans une wiolente
tempête, ce Vaifleau eft bâtu de toures parts, par les Vents
contraires, & les flots mutinése Quieto Mare retlè navem €? im: 1m Bular. ord.Tom3
peritus dirigits turbato autem tempeflatis fluftibus etiam peritus [e “PE 105+ 506
nauta confundit. | | |
Les deux Réponfes'du Cardinal Orfini, l’une du 20 de Jan- Lxxv.
vier au Général de fon Ordre, & l’autre du 2 : du même mois, ee ee er
adreffée à fa Sainteté, font routes remplies des fentimens , & de fon Ordre,
des expreffions , que l'humilité la plus profonde peut diéter. Il Lxxvr.
ne lai pas néanmoins de montrer fa prompte obéiflance, en ,* à Be
fe rendanr à Rome dès le commencement de dé: nie i'Hyver, >
LIVRE
XLIII.
Benoïr XIIL
D
172 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
de foumettre fon Jugement à l’autorité, & de faire tout ce que
le Pape voudroit éxiger de lui. Cependant la Légation n'eut
point lieu ; parce qu’on reçut en même tems la Réponfe défi-
rce de l'Empereur ; & on fçut avec certitude que ce Prince
faifoit en diligence un grand Armement, pour oppofer toutes
LXXVIL
De retour à Béné-
vent ,il mec cout
fon l'euple en
priére , & Jui fait
cfpéicr le Secours
du Ciel
LXXVIII.
La Ville de Cor.
fou eft délivrée.
LXXIX.
Progrès des Aïæ
mes des Chrétier.s
en Hongrie.
fes forces à celles des Turcs (1). .
Le Souverain Pontife, un peu rafluré de ce côté , n’eût plus
qu’à rendre fes aétions de graces à Dieu ; &« donner à notre
Cardinal les guftes louanges, qu’il méritoit, pour avoir facrifié
au Zéle du bien public , fes répugnances particuliéres, fans con-
fulter fa foible fanté , & fans craindre ni la rigueur de la faifon,
ni la longueur, & les autres incommodités du Voyage. L’Ar-
chevêque aufli ne penfa qu’à redoubler Fardeur de fes Priéres,
pour la profpérité des Armes des Chrétiens. Toutes les Eglifes
de Bénevent, comme celles de Rome, éroient continuellement
remplies de Fidéles, qui implorotïent le Secours du Ciel. On
fçait quel fut le fruit de tant de Vœux : car c’eft toujours au
Dieu des Armées qu’il faut rapporter le fuccès. La Ville de
Corfou, qu'on a Mie d’apeller : Porte du Golfe , & le Boule-
vart de l'Italie, fit échouer une feconde fois rous les efforts
des Turcs. En 1 $37 elle avoit foutenu un long Siège contre
une grande Armée : & dans cette derniére occafion, elle fit
une fi belle défenfe , que les Ennemis, après avoir perdu beau.
coup de monde, furent forcés de lever encore le Siége, le 22
d'Aoùt 1716, abandonnantaux Chrétiens, leurs Canans, leurs
Vivres, & toutes les Munitions , qu’ils avoient jettées dans
PIfle. + |
Si les Infideles continuerent encore quelque tems la Guerre,
la continuation des Vœux, & des Priéres des Ames juftes attira
de nouvelles Bénédi@tions du Ciel fur l’'Eglife. Ses Ennemis
perdirent deés-lors l’efpérance de faire des Conquêtes en Ita-
lie, & fe défendirent mal dans la Haute Hongrie. Ee Prince
Eugene de Savoye ( plus heureux contre les Turcs, qu’il ne
(1) Elemens XI Legationem Apoftolicam | dinalis ; net ulla valetudinis fuæ ratione ; nec
illi decreverat anno 1216 menfe Februario :
cdim enim Chriftiana Refpublica Turcarum
armis , Corcyræ, & Italiæ imminentibus, in
fammum difcrimen effet adduéta ; & fpes
propuhandi periculum in Cæfare tantüm fo-
ret, Clemews XI Cardinalem Urfinum Ro-
mam evocavit, ut Legatus à latere ad Cæfa.
em proficifceretur , quem ad fufcipiendam
communis falutis caufam & inferenda con-
tra Turcas viétricia Germanorum figna ve-
hewenter hortaretur. Confeftim paruit Car-
Hyemis magnitudine , nec viarum afperitat
commotus Romam venit pleniflimam labo-
sum Legationem fufcepturus. Sed cüm inter
hæc Cæfar jam arma pararet; nec amplius
mittendi Legatum urgeret neceflitas, ab hu-
jafmodi Legationis onere Cardinalem Urf.
num Clemens abfolvit, fummis faudibus ejus
fidem, & ardens pro Chriftiana Refpublica
ftudium , & alacrem , paratamque adeundi
voluntatem profecutus. Archi, Firm, page
24 3 fe | | FH
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. :73
l’avoit été dans fes derniéres Expéditions contre la France, leur Livre zx
enleva Temefwar dans une premiére Campagne; défit leur XLIHI.
nombreufe Armée dans une feconde ; & obligea la Ville de =, =
: : iT XHIT,
Belgrade d'ouvrir fes Portes au Vainqueur. Les Mahométans comm
avoient commencé cette Guerre; mais prefque toujours bäâtus,
ils ne la finirent qu’à des conditions peu honorables. Le pieux
Cardinal en fit rendre à Dieu de folemnelles Aétions de Grace,
dans plus d’une Affemblée de tout fon Clergé , & du Peuple. |
A certe Solemnité, il en fit fuccéder une autre, quin'étoit pas Lxx x.
de même efpéce. Le cinquiéme Siécle étant révolu depuis la E PRE
Fondation de l'Ordre de Saint Dominique ; notre Archevêque, fou Se ee
toujours zélé pour l’honneur d’un Inftitut, dont il continuoit Dominique.
de faire publiquement Profeflion , & qu’il ne ceffa jamais d’ai-
mer, voulut confacrer cette Epoque, par une Fête particuliére,
Les Fêtes de Noël, ou le tems de l'Avent, lui en avoient fait
différer la Cérémonie, du 2 2 de Décembre 1 71 6(*), au mois de
Juin de l’année fuivante.Le concours des Evêques fes Suffragans,
celui de plufieurs Grands Seigneurs du Royaume de Naples, la
reconnoiflance du Sénat de Bénévent, & la piété des Peuples, ré-
pondirent bien en cette occafion , aux défirs du Prélat, dont la
ferveur, & la magnificence fe firent également admirer. Nous
n’aurons qu’à traduire ici, ce qu'on lit dans le huitième Fome
de l’Italie Sacrée, pour donner une idée de cette Solemnité ; qui
avoit eû fans doute peu d’éxemple; & qui n’en aura peut être
plus ; parce qu’on ne voit pas dans tous les Siécles de Prélats
du Caraétére du Cardinal Orfini. |
Quoique par fes foins , & par fes grandes Libéralités, l’Eglife 1xxxr.
Métropolitaine de Bénévent eût été mife une troifiéme fois, Fête que l'Arche.
dans un état fort brillant , l’Archevêque en augmenta encore er.
beaucoup la Décoration ; & il deftina d'abord quatre mille Du- à ceue occañon.
cats pour les frais de la Solemnité, _ continua pendant huis
Jours, depuis le douziéme de Juin jufqu'au vingtiéme du même
mois. Le Cardinal fit Office aux premiéres, & aux fecondes
Vèpres; & chanta la Meffe le treizième , qui étoit un Diman-
che. Cinq Evêques de fa Province firent fucceflivement l'Office
les jours fuivans. Il ÿ eut huit Sermons en l'honneur de Saint
Dominique. Le premier Panégyrique, prononcé par l’'Evêque
de Monte Marano , fut extrêmement applaudi de fon noms
breux Auditoire. Les feptautres Prédicateurs, les plus célébres
._ (*) Ce fut le 22 Décembre 1216, que le [ gnée par dix-neuf Cardinaux, confirma POr<
Pape Honoré III, par fa Bulle : Religiof[am| dre naiflant des FF. Prêcheurs. Vide Buller:
vin , adrclléce à Saint Dominique, & fi-[Ora. Tom. I > PAZ 2e | |
ove
‘194 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
‘Livre de Naples, remplirentaulliavec faccèsleur Miniftére: & les Mu:
XLIIL ficiens éxécutérent digñèment toutes les Piéces, qu'’its avoient
—————— préparées pour cette Cérémonie. La foule de Fidêles fut tou-
BENOÏT XL jours fort grande : on y venoit non-feulemént de toutes les par-
Ia, Sac. Tom ties du Diocèfe, mais aufli de différentes Provinces. les uns
vie Got peut-être par un fimplè motif de curiofité ; & les autres pour
fatisfaire à leut dévotion, & gagner l'Indulgence Pléniére,
_accordée par fa Sainteté. Tout cependant s’y Eau avec beau-
coup d'ordre, d'édification, & de piété, par Îles attentions de
TArchevêque, qui fe trouvoit par tout , & qui fit diftribuer des
Aumônes extraordinaires.
Le dernier jour de l'O&tave on compta plus de trois mille
perfonnes, qui approchérent de la Sainte Table, On finit par
un Difcours d’a@ion de grace , qui fut prononcé en Latin, par
_ un Religieux de Fa Compagnit de Jesus, Profefleur de Rhé-
torique , dans le Grand Collége de Naples. Après le Sermon
on fit une Proceflion Générale, depuis la Métropole jufqu’à
lEglife-des Freres Prêcheurs. On y portoit uhe grande Statue
bi d'argent , repréfentant Saint EE 17 Le Cardinal, qui,
après l'avoir fait travailler par les plus habiles Maîtres, l’avoic
bénite felon les Cérémonies de l’Eglife, la laiffa dans celle de
fon Ordre, comme un nouveau gage de fa reconnoïflance , &
de fa dévotion envers le Saint Fondateur.
__ Le Sénat de Bénévent, pour conferver la mémoire de cette
Solemnité , & recomnoître en quelque maniére, les bienfaits,
dont le charitable Archevêque ne cefloit de combler tous fes
Diocèfains, avoit fait frapper plufieurs Médailles, les unes d’ar-
gent, & les autres decuivre de Corinthe.On y voyoir d’un côté le
ortrait du Cardinal, avec cette Infcription : Fratri Vincentio.
Marie Ord, Predic. Cardinali Urfno, Epiftopo Portuenfi, Ar-
chiepif[copo Beneventano, Senatus populufque Beneventanus. L'au.
tre côte repréfentoit Saint Dominique, priant le Pere Eternel
pour fon Eglife, & ayant devant lui un Ange, un tenoit une
Thyare dans fes mains. La Légende étoit : Seculi quinti felici.
+a5, Toutes ces Médailles furent diftribuées aux Evêques, aux
md, Prédicateurs , aux Chanoïnes de la Métropole , à quelques
Religieux, aux Magiftrats, & aux autres Perfonnes les plus
“diftinguces, qui avaient honoré la Fête de leur préfence , ou
“dans quelque Miniftére |
LXXXITL Ces marques extérieures d'amour pour fon Ordre, procé-
prauquee « Veli--doient dans le pieux Cardinal, des fentimens de fon Cœur, &
gicux Cardinal de l'eftime fincére qu'il faifoit toujours de fa premiére Voca-
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 1:75
tion. Tour le monde-fçait, que ni fon éminente Dignité,niL r1vRE£Æ
tous les embarras de la follititude se Mer ni pe ag XLIII.
de l’âge, ne l’empêchérent jamais de vivre en Religieux, & =
en Pébitent. Les toines , les Abftinences , les Veilles , les CHERE
autres Auftérités , & tous les points de la Régle, compatibles
avec les facrées fonctions de l’Epifcopat, il les obfervoir avec
autant d'éxactitude , & avec plus de mérite, que les plus fer.
vens Solitaires. Il aimoit tous les Religieux comme fes Freres.
Il honoroit les Supérieurs, & fe faifoit un Devoir de leur
obéir, comme s’il eût toujours été fous leur conduite : & lorf-
que, fans négliger le foin de fon Troupeau , il lui étoit donné
de pouvoir pafler quelques jours dans le filence du Cloître, en
la compagnie de fes Freres, il ne fe diftinguoit d’eux que par
un plus grand recueillement, par fa modelftie, fon affiduité à la
Prière, & fa ferveur à chanter les Louanges de Dieu, Nous
verrons que fous la Thiare, & jufques dans fes derniers jours,
il a conftanment fuivi les mêmes pratiques. Que n'’eft:il per- ,
mis de les rapporter :ici dans quelque ddrail ! Mais le Monde,
toujours oppofé À . de LEP RIST , & aux Ma-
ximes Evangéliques, feroit peu capable*de profiter des beaux
exemples d'Humilité, que ce grand Cardinal, & ce faint Pape
a fouvent donnés à fes Freres, dans l’éxercice des Obfervan-
ces réguliéres. Qu'il étoit grand aux yeux de la Foi, lorfqu’il
fe rendoit lui-même fi petit , pour mériter les regards d’un
Dieu, qui, infiniment élevé, regarde les humbles avec com-
plaifance, & les fuperbes avec mépris !
Comme l'éclat d’une Vertu fi pure donnoît de la dignité À Lxxxrrt.
toutes les actions du Saint Cardinal, & du poids à fes paroles : .Déonaede Le
fa réputation en acquerroit aufli à fes Ouvrages. Il eft certain à Pubkc.
que tous ceux qu’il publioit , étoient toujours extrêmement re.
cherchés, & lüs de tout le monde avec fatisfaétion. Depuis
u’il avoit fait paroître la premiére partie de fes Explications
fur l'Exode , on attendoit avec impatience la feconde; & pour
répondre aux défirs des Fidéles, il fit mettre fous prefle cet
Ouvrage , avec quelques autres de fes Ecris , vers le commen-
cement de l’année 1718 (r).
. Prefque dans le même rems, norre Archevêque donna de
nouvelles preuves , qu’il n’étoit jamais diftralc fur rout ce qui
(1) Anno 1718 publica luce prima fermo-] pars edetur. Præterea fub Præle adhuc fabos
num pars, fuper fummæ Deiparentis vita, à] rat fecunda Scripturaliurs Lectionum pars :
Cardinali Archiepifcopo in Sabbatis habito-| fuper Exodi Libro, ab eruditis enixe expe=
rum donas fuit : & qum primdm fecunda] dira, 114. Sasr, Tom, PH Col, 383:
196 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvere pouvoit confoler, & foulager un Peuple, qui lui étoit cher.
XLIII Quoique la Ville de Bénévent, ainfi que nous l’avons déjà re-
———— marqué, foic placée entre deux Rivières, partie dans une plai-
Benoir XIII À | | Le
mm NC, & partie fur une Colline, qui fe léve infenfiblement ; faute
Lxxxiv. de Puits, & de Fontaines, Peau manquoit dans plufieurs Quar-
na ciers; & on ne pouvoit s'en procurer À rép bien de la peine.
qui en manquoit. LE Cardinal Orfini ne plaignit point la dépenfe de dix mille
Ecus d’or , pour faire conduire, par un long Aqueduc, labon-
dance des Eaux dans un Lieu leve , au milieu de la Ville,
d'où elles fe répandoïient enfuite dans tous les Quartiers. Les
Citoyens parurent fi fenfibles à ces attentions de teur Pafteur,
w'ils et A en témoigner publiquement leur jufte recon-
noiflance. Le Sénat fit donc élever, dans la Place de Saint Bar-
thelemy , une haute Colonne de marbre, fur laquelle on grava
certe, Infcription.
ii Ci Œon. Fratri Vincentio-Mariæ Ordinis Prædicatorum ;»
vu ne Epifcopo Portuenf S, K. E,
dd Cardinali Ur s1No Archiepifcopo ;,
’ Quèd poft czxv1r Frumentarios montes
Efurientibus ereétos,
Salubres fitientibus fuffecerit aquas :
Tanti beuefñcii memores S, P. Q. B,
Benefaétori infigni
..Perenne Monumentum pofuit »
Anno M DCC XVIII.
CLiranusnre XI Pontifice Maximo,
Jofepho Erculano Gubernatore,
Joanne-Hieronymo de Albino, &.
Bartholomæo de Leone , :
Hujufce Fontis ftruéturæ deputatis. .
Gaudete Cives , ac Paftori optimo ,
Qui veftram femper falutem fitiens ,
Ne vos fitientes afpiceret ,
__ Largas intulit aquas,
Uberes grates perfolvite (*).
En continuant cette Hiftoire , nous trouverons toujours de
nouveaux fujets, propres à nous édifier : après nous avoir donné
(x) Cela veut dire en deux mots, que le res, pour foulager la foif des Citoyens , dont
charitable Pafteur, après avoir fait remplir [les interêts fpirituels , & temporels le tou
167 Greniers, pour donner du pain aux Pau |choient uniquement,
yres, avoit encore donné des eaux falutai- de
t”" DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE... 177
de fi beaux éxemples de toutes les Vertus Paftorales, le Car: E ivre
dinal Orfini va nous faire admirer en particulier fa rare pru- XLIII.
dence, & une Humilité vraiment héroïque. La maladie, & —
la mort du Cardinal Nicolas Acciajoli en fourniront la pre-
miére occafion. |
Cet illuftre Florentin, né le ro de Juillet 1630,& honoré Lxxxv. :
de la Pourpre Romaine depuis l'an 1 669 , étoit le plus ancien : Pendant la ma
des Cardinaux , & leur Doyen , lorfqu’au moïs de Février ce
1719, il fut attaqué de fa derniére maladie , à l’âge de qua- Cardinal Orfini
tre-vingt-neuf ans. Notre Archevêque venoit après lui; & par de ee ea Le
fon Rang d’Antiquité, il précédoit tous les autres Membres du .
Sacrée Collége : À en étoit le Sous Doyen en Titre depuis qua-
tre ans, que le Pape lui avoit fait opter l'Eglife de Porto. On
ne pouvoit donc lui difputer la Dignité de Doyen des Cardi.
naux, fur-tout s’il fe trouvoit préfent à Rome, lors de la mort
du Cardinal Acciajoli. Ses Amis le prioient , & le prefloient vi-
vement de fe rendre fans délai auprès du Saint Siége. Le Gé-
néral des FF: Prêcheurs fut un de ceux, qui lui écrivirent
pour cela: il l’affuroit que le Souverain Pontife le défiroit beau-.
coup ; & que c'étoit par un ordre de Sa Sainteté, qu'il lui fai.
{oit cette priére. | L | |
-. Le Cardinal Orfini , toujours conftant dans fa Vocation,
avoit coutume de regarder comme des commandemens , les
priéres d'un Général, dont il eftimoit la Vertu , & qu’il ho-
noroiït toujours comme fon Supérieur. Mais dans cette occa-
fion , la prudence Chrétienne , ou la délicateffe de fa Conf-
cience ;, lui infpira un autre parti , plus conforme d’ailleurs à fa
modeftie ordinaire. Il crut que, dans les circonftances préfen-. | Lex
tes, fon Voyage de Rome pourroir donner lieu de penfer, qu’il 11 sefufe conf
foubaïtoit la mort du Doyen, par le défir de prendre fa place ; tanment de faire
tandis que, toujours femblable à lui-même, & incapable d'am- Na dis
bicion , il auroit voulu pouvoir prolonger les jours de fon Con.
frére , aux dépens même des fiens. Il fe rapelloit ce qu’avoit dit
un Concile Général de Latran, que ce Le une chofe hon-
teufe, & digne de la colére de Dieu, fi dans la fainte Eglife on.
vayoit cette avide attente d’une future Sueceffion, que les Gen-
tils même ont condamnée. Il confidéroit d’ailleurs, qu’il pour-
roit {e trouver dans d'obligation ; ou de faire un long féjour à
Rome, fi la maladie du Cardinal Acciajolf traînoit en lon-
gueur ; ou de revenir avec une efpéce de confufion à Bénévent,
fi 1a fanté du Malade fe rétabliffoir, Il lui fmportoit d'éviter
J'uñ & l'autre. Sur çes fages réfléxiobs, i] répondit par un mo.
T'oms VJZ, Z
Benoir XII.
198 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrversus defte refus, & aux invications du Pere Général, & à tous les
XLTIIE empreffemens de fes Amis. Ferme dans fa réfolution, il conti-
Brnoi XI PUi tranquillement à faire fa Réfidence, au milieu du Trou-
—— peau, dont il étoit chargé (1). | |
LXXXVIL Lorfqu’il avoit été queftion de donner des preuves d’une
Pit promte obétffance au Vicaire de Jzsus-CHrisr,& de
quand il y va des rendre un fervice important à route l’Eglife, dans une Affaire,
intérèts de Ezli- qui intérefloit la Religion, & PEtat; le Cardinal des Urfins
fe, & ua 1d 1| 9 ? e . ,
dun. s'étoit mis au-deflus de fes SL A, & des plus grandes
s’agit que de fes
inciêcs panicu. difficultcs. La plus rude Saïfon de l’année n'avoir pu l’empê-
liers, cher de fe rendre aufli-tôt à Rome, difpofé à entreprendre le
Voyage d'Allemagne, & à entrer en Négociation avec un Em-
pereur , fi la Caufe commune de la Chrétienté le demandoit.
Maïs dès qu’il ne s’agit que de fes intérêts particuliers , bien
loin de faire paroître la même diligence , il fe roidit contre
les importunités, il n’écoure point les priéres ; & les plus for-
tes follicitations ne peuvent l’arracher à fon Eglife. Les avan-
tages les plus capables de flater doucement l’ambition d’un
homme, il les facrifie fans peine à la bienféance, à la Charité,
à l’'Hurnilité. C'eft par des faits de certe efpéce, qu’on peut ju-
ger fürement de la folidité de la Vertu.
Tañt que le Doyen du Sacré Collège fut malade, le Cardi-
pal Orfini fit des Priéres pour fon rétabliflement. Lorfqu’on
LxxxvIIrL lui eut annoncé fa mort, il fit pour lui de magnifiques Obfé-
Re I mort ques, dans fon Eplife de Bénévent : & ayant reçu des Lettres
FF rt encore plus preflantes que les premiéres , il confentit enfin de
s'approcher de Rome ; parce qu’il n’y avoit plus d'inconvé-
nient à faire ce Voyage. Notre Archevèque s'arrêta d'abord à
Frefcari ; & fe rendit enfuite à Saint Pafteur ; d'où il écrivit à
Sa Sainteté, pour lui notifier fon arrivée , & l’aflurer én même
tems , que le Cardinal Fulvio Aftalli étant le plus ancien des
Cardinaux , qui s’étoient trouvés préfens à Rome, à [a mort
_ du Cardinal Acciajoli, fon intention n’étoir point de lui difputer
l'honneur de fuccéder au Doyen défunt : que, felon l’avertif-
fement de Saint Paul, i/ me faut pas que le Serviteur de Dies
s'amufs à contefier, © que ff qaelqu'un aime les querelles, @ les
(x) Écthaliter amo r719 pleuritico mor- }fens, fervatà formä quintæ Contiturionis
Po ægroranre Nicole CardinaX Acciajolo , FPauli IV anno 155$ die 22 Aupaufti editæ ;
Epifcopo Oftienfe ac Velisernenfe , facrique | præfatas Oftien{em , & Velirernenfem Eccle
Collegii Decano , à P, Antonino Clache , |fias optare poflet , facrique Colleyii Deca-
Prædieatorum Otdinis Generali Magiftro , nus evadere. Venim'tunc temporisaccedere
etiam Sumimi Peatificis. hortatu , Litreris [renuit, nà amantiflimi Fratris , ac Collegæ
datis die 18 Febzuarii Cardinalis Archie- fui mortem optare videretur, &c, L4. S 167
pifcopus Romum accerfüus fut; us ibi præ 170. WUT, Co. 183.
æm——
. : DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. :79
difputes, il fufit de répondre, que ce nef} point là notre coutume,
ni celle de l'Eglife. | = |
Il ajoutoit que les liens, qui l’attachoïent à fon Troupeau,
étoient trop forts, pour se entreprit de les rompre ; & les
Occupations d’un Doyen du Sacré Collège, trop multipliées,
pour qu'il ne fût pas plus porté à les craindre, qu’à les défirer.
C'étoit donc avec le plus parfait dégagement, & de la maniére
la plus précife, que le défintéreflé Archevêque remettoit tout
au Jugement de Sa Sainteté, la priant même d'’agréer que le
LIVRE
XLIIT.
Benoîr XIIE,
LXXXIX,
Non pour difpu-
ter le Décanat ;
mais POUr ÿ 1€
noncet -
Cardinal Aftalli pûât incefflanment opter les Eglifes d'Oftie, &°
de Velletri, & prendre pofleflion de la Digniré de Doyen,
la plus élevée dans l'Eglife, après celle du Souverain Pon-
tife (1). | | |
Notre Cardinal n'ignoroit pas cependant les juftes raifons,
qui appuyoient fon droit. Il y avoit quatorze, ou quinze ans,
2 honoroït la Pourpre Romaïne, lorfque Fulvio Aftalli en
ut revêtu l’an 1686, Et quoique, felon la Bulle de Paul IV,
la dignité de = Hi du Sacré Coilége doive être déférée au plus
ancien des Cardinaux , préfens à Rome ; cette Bulle même
XC.
I n'igaore 2s
{on Droit. d
mettoit quelques exceptions; & pouvoit en fouffrir plufieurs
autres , qui favorifoient le Cardinal Orfini : car aux termes de
k Bulle, le plus ancien Cardinal ne perdoït pas fes Droits, fi à
Ja mort du Doyen, il fe trouvoit abfent pour une Caufe publi.
que, ou pour éxécuter quelque Commiflion du Saint Siege (2),
Notre Cardinal fe trouvoit dans l'un & l’autre cas : il n'étoic
hors de Rome, que pour remplir l'obligation de la Réfidence
dans fon Epglife : ce qu'on doit apeller fans doute une Caufe
publique, & Canonique. Il étoit d’ailleurs chargé de différentes
Commiflions du Saint Siége , pour vifiter plufieurs Diocèfes
dans le Royaume de Naples ; afin d'y terminer bien des Affaires,
(r) Ac qui præfto fuit, cdm de fufcipien-
da ad Cæfarem Legatione laboris plenä prop-
ter communem Chriftianæ Reipublicæ cau-
{am agebatur ; renuir'ire, cdm de pinguiori
Epifcopatu , ac de honoris incremento res
erat; ne fcilicer.,.,. Cardinalis Acciajoli
mortem præftolari videretur ; nec ei fyaderi
potuit, ut viæ fe committeret , nifi certo
Nuncio præzhabito de illius obitu , ac Bene-
venti principe in Templo defunéti Decani
excequiis religiohffimè celebratis, Tufculum
tunc accefhit, inde in Suburbanum San@i
Pañtoris ; ubi ad Clementem XI, Suminum
Pontificem Litteras dedir, quibus adventum
faum fipuificarit , non samen anigo con-
tendendi.... Memor Apoñtolicæ vocis, S'er-
vum Dei non opertere litigure .., Sed juri fuo
fe libentiffimè cedere , & enixè rogare , ut
optio Ecclefiarum Oftienfis & Verre :
cum Decanatüs honore, Cardinali Aftallio
permitteretur , &c. Archi. Fir. pag. 16,
(2) Sancitur , Decanatum Collegii præ-
diéti , perpetuis futuris temporibus , non nifi
ad Epifcopum Carlinalem antiquiorem , in
Romana Caria præfentem, aut ex caufa pu-
blica abfentem, atque extra eindem Curiam
per Romanum lontificem deftina:um, deve.
nire pofle , &c, Vide in Bullar. Ord. Tom,
PT, pag. 514
Z ij
180 HISTOIRE DES HOMMES ILLEUSTRES
Livaeé$ &y rétablir la Tranquillité, avec le bon ordre. Outre cela où
XLIIL pouvoit juftement douter, fi en fuivant le fens de la Bulle Pau-
D line, il étoit abfolument néceffäire que le Cardinal, qui devoit
—. fuccéder, fe trouvât à Rome le jour même de la mort du Doyen;
ou s’il ne fuffifoit pas qu’il y füt dans le prochain Confiftoiré,
dans lequel on devoir opter l’Eglife d'Oftie, & déclarer le Suc-
cie de Doyen défune. | |
XCI. Mais l’Archevêque de Bénévent écoit bien éloigné de vou-
Il en fair géné. loir fe prévaloir de toutes ces raifons , pour obtenirune Dignite;
a I f- qu’il n’auroic pas manqué de refufer, & de craindre, quand
elle lui auroit eté offerte fans difpute, ni contradi@ion. Toute
fa conduite paflée, & les oppofitions qu'il fit depuis à fon Exal-
tation au Souverain Pontcificat, font la preuve de cette réflexion.
Cependant il eft de l'Homme fage d’allier tous les devoirs ; &
de prévoir les inconvéniens. Auth après avoir donhé ces mar-
ques publiques d’une modéramion, & d’un defintéreflement, que
Rome, & tout le monde Chrétien admirerent, le Cardinal des
Urfins n’oublia point ce qu'éxigeoient de lui la charité, & la
prudence , pour faire éviter ce qui auroït pü caufer à l'avenir
XCI1. de fâcheufes Difputes. Il confidéra qu’il fe trouvoit alors dix-
a. Re {pt Cardinaux, qui remplifloient autant de Siéges dans lIca-
ter préjudice aux lie ; & qui, par un louable zéle de la Difcipline , réfidoient con-
Cardinaux, qui fe tinuellement au milieu de leurs peuples. Or il étroit très-poffi-
croient un Q A e
jour dansle même PIE, que quélqu’un de ces Prélats, fe trouvat dans la fuite dans
cas, Je même cas, où lui même fe voyoit aétuellement; e’eft-à-dire,
obligé ou de perdre un droit attaché à fon Rang d’antiquité,
ou de manquer au devoir fi effentiel de la Réfidence ; ou enfin
de courir précipitemment à Rome, fur la premiere nouvelle de
Ja maladie dangereufe du Doyen : ce qui renfermeroit toujours
bien des inconvéniens ; & ne pourroit qu’expofer les sisi
XCIIL Princes de l’Eglife à la Cenfure des Hétérodoxes, Après toutes
ne De ces réflexions, & plufieurs autres femblables , notre Cardinal
de la Bulle Pau- fupplioit humblement le Saint Pere, de vouloir enfin fixer le
inc. fens de la Bulle de Paul IV, & déclarer nettement dans Île pro-
chain Confiftoire, à quoi il falloit déformais s’en tenir. Cette
demande, faite d’abord par écrit, & réitérée depuis de vive
Voix , fut reçue avec toute l'attention , qu’elle méritoit. Sa
Sainteté promit de s’y conformer ; & donna cependant äk fage
conduite du Cardinal Archevêque , une partie des louanges,
qui lui étoient duës. (r). Tout cela paroït & par le Bref Apoñto-
(1) Clemens animi moderationem, ac fa-[ bementer probavit ; quôd & cæteri furemis
pientifumi Cardinalis prudens confilium ve-| jaudibus extulesunt, &c. Archi, Fir,: p, 270
-4
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 18r
lique du huitiéme Avril 1719, & par le Difcours, quefitle Livre
Pape dans le Confiftoire fuivant. Nous donnons ici l’un &l’au- XLIII.
tre en François. Bewoîr XIIL
CÉNORSRRER RE SEREREESp
Lettré du Pape CLEMENT XI an Cardinal des URsINS.
Notre Vénérable Frere, Salut, @ Benédiftion ÆApoftolique.
« Nous avons và avec plailir une nouvelle, mais illuftre « very.
preuve de votre rare Vertu, dans les Lettres, que vous nous & Sa Sainteré lone
avez écrites le 27 du mois de Mars dernier , pour nous repré- « Ah .
{enter , d’une part toutes les raifons, que vous avez de vouloir « &e qu'il Efre
continuer votre Réfidence dans l'Eglife de Bénévent, dont la ce Bullar. ord. rom.
fage adminiftration ne vous eft pas moins glorieufe, qu’elle « *°?1*5: "4:
eft urile à cout votre Troupeau : & de lautre, cette multipli- «
cité de nouveaux foins, où vous engageroïit la Dionité de «
Doyen du Sacré Collége, jointe au Gouvernement des Egli c
fes d'Oftie & de Velletri. Ces confidérations vous ont porté «
à nous prier en même tems de ne point différer de permettre, «
que le Cardinal Fulvio Aftalli, Evêque de Sabine, puifle in-«
ceffamment opter ces deux Eglifes, & prendre pofleflion de «
la charge de Doyen du Sacré Collège, à la place de feu le «
Cardinal Nicolas Acciajoli, fans éxaminer vos Droits à Pune «
& à l’autre Dignite. Nous ne pouvons trop admirer cette ce
modération de votre Efprit, a ue vraiment facerdota- ce
Je, & digne des plus hautes louanges. Aufli ne négligerons «
nous pas la pricre que vous nous faites; &, felon vos défirs, «
nous déclarons, par ces Préfentes, émanées de l'autorité «
Apoftolique , que ni votre demande, ni votre renoncement «
volontaire à tous vos Droits, ni tout ce qui pourra s’en fuivre , «.
ne devra jamais préjudicier en quelque façon, aux Droits , «
& juftes prétentions des autres Cardinaux, qui pourroient fe «
trouver un jour dans le même cas. Ceux donc qui, à la mort «
du Cardinal Doyen, fe trouveront actuellement réfidens dans «
leurs Eglifes, foit Métropolitaines, foit Cathédrales, ayant, «
enfemble une des fix, qui fervent de Titre aux plus anciens «
Cardinaux , jouiront paifiblement du même Drot, qu’ils «
avoient auparavant. Pour la même raifon, les plus anciens «
Cardinaux , qui fe trouveront préfens à Rome, auprès du «
Saint Siège, lorfque la charge de Doyen du Sacré Collége «
viendra à vaquer, par la mort de celui, qui la remplifloie, «
demeureront comme ci-devant dans tous leurs Droits. Les uns «
Z ii
182 HISTOIRE DES HOMMESILLUSTRES
Lrynans *&lesautres auront toujours la même liberté de faire valoir
YLIII » leurs prétentions, felon l'efpric de la Bulle du Pape Paul IV,
————— » notre Prédéceffeur d'Heureufe Mémoire, porté le 22 d’Août
BENOÎT XIIL, ,, r $ $ 5 la premiére année de fon Pontificat ; & felonles autres
7 » Décrets Apoftoliques, qui peuvent avoir le même objet : en-
» forte que tout ce qui fe fait aujourd’hui, ne pourra rien ôter aux
» uns, ni attribuer aucun nouveau Droit aux autres : toutes
» chofes demeurant de part & d'autre, dans le même état,
» qu'elles étoient avant la derniére Vacance des Epglifes d’Oftie
» & de Velletri, & la mort de leur dernier Evêque. Nous vous
» donnons cependant , notre Vénérable Frere, la Bénédi&ion
» Apoftolique , comme le gage de notre tendre & particuliere
» affection. Fait à Rome... le 8 Avril 1719 la dix-neuviéme
» année de notre Pontificat ».
Jean-Chriftophe , Archevèque d'Amafie, Secretaire.
Le Mercredi, vingt-fixiéme d'Avril de la même année;
tous les Cardinaux, qui fe trouvoient à Rome, s'étant aflem-
blés en préfence de Sa Sainteté, le Pape leur parla ainfi :
Difcours de Cire MENT XI, dans le Confiffoire Secret
du 16 d'Avril.
XCV. » Vous n'ignorez point, Vénérables Freres , toutes les difñ-
; Difcours de $a 4 cultés, qui fe font préfentées depuis peu, à l’occafion de la
JINTETCe . 0 e e " e
Bullar, Ord. Tom, ? Mort du Cardinal Nicolas Acciajoli, Evèque d’Oftie & de
Vh pag 514 » Velletri, votre Doyen d'Heureufe Mémoire. Vous fçavez
» combien on a formé des doutes fur le fens de la Bulle de
» Paul IV notre Prédécefleur. Il eft expreflément porté par
» cette Conftitution , que la qualité de ee du Sacré Collé-
» ge venant à vaquer , elle ne pourra déformais être déférée
» qu’au plus ancien des Cardinaux, qui fe trouvera préfent en
» Cour de Rome; ou qui n'en fera abfent que pour des raifons,
» qui regardent le bien Public, & pour éxécuter les Ordres du
» Souverain Pontife. Bien des Gerrs ont douté, fi certe Bulle,
» donnée contre les Cardinaux abfens, exclut en effet du Dé-
» canat, ceux qui y ont droit d’ailleurs, & qu'on fçait ne s’ab-
» fenter de notre Cour, que pour réfider dans leurs Eglifes,
» Métropolitaines, ou Cathédrales, ou dans quelqu'une de
» celles , que les plus anciens des Cardinaux ont coutume d'op-
» ter pour leurs Titres. Comme on n'a pas encore difcure cette
» dificulté , & qu'elle n'a point été levée par aucune Détcition
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 1:83
du Saint Siège , nous avions d’abord réfolu de la faire éxa- «
miner, tant par nos Auditeurs de Rote, que par quelques «
autres Prélars de notre Cour, d’une essr so , & d’ane €a. »:
pacité connue ; afin que, felon leurs lumiéres, après un mûr «
examen, nous puflions enfin déterminer , ce qui nous paroî- «
troit plus so au fens de la Bulle , à la raifon, & à «
l'équité 2.
Mais pendant que nous nous occupions de cetre penfée ;
notre vénérable Frere , le Cardinal Vincent-Marie Orfini , «
Evêque de Porto, le plus ancien des Cardinaux, & celui qui, «
préférablement à tout autre , devroit naturellement fuccé- «
der au dernier Doyen, fi la Bulle de Paul IV n'y mettoit «
oint d’obftacle, a fagement prévenu nos défirs mêmes, & a «
ien diminué notre embarras : car faifant attention que cette cs
affaire ne pourroit être terminée fans quelque Difpute, ila «
d’abord écrit à fon Agent dans notre Cour, & il 4 exprefé. «
ment déclaré à d’autres perfonnes ; que» felon l’avertiffe- ce
ment que Saint Paul à donné à Timothée, il ne vouloit ni «
faire de procès , ni entrer dans aucune difcufion , qui eût ce
feulement une apparence de procès. Il nous a fait auffi la ce
même déclaration par fes Lettres, écrites du Fauxbourg S. «
Pafteur ; & deux jours après il nous l’a confirnée de vive
voix. Il nous a témoigné en peu de mots, que fon ancienne ce
affection pour l’Eglife de Bénévenc, & le furcroit dé Sollici. «
tude, que demanderoïit la conduite de celles d'Oftie, & dec
Vellecri , ainfi que la Charge de Doyen du Sacré Collége , «
l'engageoient à nous prier inftanment d’agréer ; qu’il renon-
çâc à tout le Droit qu'il pourroit avoir À ces Dignités ;, & ce
qu’il fouhaitoit que nous voulufons bien conférer le Déca- «
nat, & permettre loprion des Eglifes d'Oftie & de Veélletri, «
au plus ancien des Cardinaux Evêques., qui séfident dans «
notre Cour: I à feulement demandé, que dans un fembläble «
cas, qui pourroit arriver, les Droits des autres: Cardinaux. «
retenus dans leurs premiers Diocèfes ; pour y remplir les «
Fonéions du Saint. Miniftére, fuflent-confervés: ei leur en: «
tier. C’eft ce que vous verrez plus clairement dans:les Let: ce
trés même du Cardinal, Orfné,, dont: on wa faive la leéture: »
. L'Archevêque d'Amafie , Secretaire dés Brefs aux Princes ;
ayant.été apellé, il lue dans le Confiftoire la Letcré de notre
Cardinal, du 27 Mars 1719 : après quoi Sa Sainteté continua
ainf fon Difcours: "4 "...
_
Lrvre
X LIII.
à
BENOùir XIIL
D
LIVRE
XLIIL.
Benoir XIIL
184 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
« I] nous à paru jufte & raifonnable d'accorder la pieufe
» demande de ce grand Cardinal ; & il ne nous convient pas
» moins d’avoir égard à fes vives inftances, en mectanc hors
» d’atreinte , & confervant inviolablement les Droits, que les
» Cardinaux peuventavoir réciproquement, tant ceux qui font
» leur Réfidence dans leurs Eglifes , que ceux qui fe trouvent ici
» dans notre Cour. C'eft ce que nous avons réfolu , & ce que
» nous avons expreflément promis au même Cardinal des Ur-
» fins, comme vous le verrez par la Réponfe que nous avons
» faire à fes Lettres ». | |
_ Après que l’Archevêque Secretaire des Brefs, eut fait la
Jeéture de celui du huitième Avril, que nous avons rapporté,
le Pape ajouta çes paroles :
« Voilà, Vénérables Freres, puifqu'il s’agit ici de vos inte:
» rêts, & de vos droits, ce qu’il nous a paru jufte, & nécef-
» faire de vous communiquer aujourd’hui ; afin que vous con-
» noifliez pleinement, pour quels motifs, & avec quelles ex-
» plications, & conditions, nous permettons à préfent l'option
» des Eglifes d’Oftie, & de Velletri. Et parce que tout cela fe
» trouve clairement expliqué dans les Lettres, que nous avons
» écrites au Cardinal 'Orfini, dont on vient de vous faire la
» leure, nous voulons que notre cher Fils, Pierre Ottoboni,
» Cardinal Diacre, du Titre de Saint Laurent in Damafo, &
» Vice-Chancelier de Ja Sainte Eglife Romaine, les fafle infe-
» rer dans les Actes dé ce Confiftoire, avec la Lettre, que le
» même Cardinal Orfini nous a adreflée , & que vous avez
» auffi entendu lire, afin de les conferver à la poñtérité.
__» Aurrefte, pour que la Bulle de Paul IV ne puifle être dé-
» formais un jet de difpure, ou-de conteftation parmi les
» Cardinaux.; nous. fornmes réfoluüs de'choifir des Hommes
» diftingüés' par leur Doétrine, leur prudence, & leur piété;
» & de leur commettre le foin d’éxaminer foigneufement, non
# feulement certe Conftitution , maïs aufli cout ce qui peut
* avoir:quelque rappoit ; afin qu'après une férieufe délibéra-
» tion :, toutes chofes étant fuffifanment éclaircies &mifes
» dans leur jour, nous puillions marquer d'une maniére précife:;;
» ce que nous jugeons être le plus convenable , pour la plus
» grande Gloire, & le Service de Dieu, pour l'utilité du Saint
» Siége ; l'honneur de votre Ordre, & le Salut des Ames», :
A RS
Les occupations fans doute du Pape Clément XI ne. ! pers
mirent
ae
" DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 1:85
mirent pas d’éxécuter ce qu’il avoit réfolu: &ñous verrons que Livres
Benoît X1II le fit dans la fuite. YLIIL
Tandis qu’on tenoit à Rome le Confiftoire , dont on vient IT
de parler, notre Archerêque s'’étoit déjà rendu dans fon Egli- PIRE RARE
fe : & par fon arrivée , il avoit fait renaître la joye & la paix
dans le cœur de tous fes Diocéfains. Tant qu'on avoit regardé
comme douteux, s’il feroit pourvu de la Charge de Doyen du
sacré Collége, la crainte, Finquicrude , & la triftefle avoient
été grandes parmi les Bénéventins. Le Clergé , & le Peuple,
les Pauvres, & les Rîches, tous généralement paroïfloient dans XCVI-
la même fituation, où fe trouve un homme, qui fe croic à la ri
veille de perdre le plus fidéle de fes Amis, fon Bienfaiteur, ou dans fon Diocèfe,
fon Pere. Les plus douces efpérances au contraire flattoient y #* a
les Habitans d’'Oftie. Ceux-là redoutoient un changement, bre |
que ceux-ci défiroient. La conclufion de l'affaire ( & nous ve-
nons de voir qu’elle fut conclue aufli-tôt que le Cardinal fe füe
£xpliqué ) changea la fituation des Efprits. Les premiers , heu-
reufement raflurés , reprirent leur premiére tranquillité ; ils
bénirent tous enfemble le Seigneur ; & s’abandonnérent aux
jeux excès d'une joye innocente (r). Les derniers ne fe con.
‘lérent que dans l’efpérance d’avoir un jour pour Pafteur,
cet Homme charitable, accoutumé à faire la félicité de fes
Peuples ; mais dont la modeltie les privoit alors d’un avantage
dont ils avoient cru déjà joufr. | S
Cet amour mutuel entre le Pafteur & le Troupeau , n’étoit xcvir.
pas fans doute moins glorieux à l’un, que falucaire à l’autre. D
Eft-il de joye plus pure , ou une gloire plus folide , que celle & 5 Troupeau,
de faire du bien à des Peuples entiers ; & de fçavoir qu’on en
eft fincérement aimé 2 Que ne peut point entreprendre pour la
Gloire de Dieu, pour le bon ordre d'un Diocèfe, & le Salut
des Ames, un Saint Evêque, ainfi affuré de l'affection des Fi-
déles , dont il a les Cœurs comme entre fes maïns » Et en mè-
me tems que n'ont pas lieu de fe grade , d'un Pere égale-
ment rendre & généreux, des Enfans dociles, & toujours re-
connoiffans ? Tandis que ceux-ci font confifter toute leur gloire
à fçavoir obéir, & à fe laifler conduire : celui 1à, uniquement
occupé du défir de les rendre vérirablement heureux, ne trou-
ve fon propre repos, & fa félicité, que dans ce qui peut leur
(3) Quantä mœftitiæ nebulà Beneventa-| copatüs optionem feciffec ; tant eos lætie
morum animos £efperferat timor aliquot per|tix luce fiuftiffimus ejufdem regreflus {u-
menfes ; Aatiitem fuum amittendi , ut|pervafit ; mœroremque demulfit, It. Sasr,
Oftienfis Eccleliæ , ejufque Diæcefeos Vifi-| Tom. VIII, Col, 185,
gationi operam dare poñlet, f præfaci Epif-
Tru V1, A à
Lt
La
Livre
XLIII.
Brnwoîr XIII
D +
XCVIII.
Renouvelle dans
le dix-huitiéme
Sécle, ce qu’on
avoit vd dans le
quatrième , entre
Saint Mélece, &
lPEglife d’Antio-
che.
XCIX.
Paroles de Saine
Gregoire deNifle,
186 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
affurer une vie douce, tranquille, remplie de bonnes œuvres:
L'Hiftoire de l’Fglife nous fournit plus d’un éxemple de
cette fainte, & précieufe union ; aufli bien que de tous les avan.
rages, dont elle a coutume d'être la fource. C’eft particuliére-
ment par cet endroit, qu’un Pere de l’Eglife Grèque relevoit
autrefois la piété des Citoyens d’Antioche, & le mérite de
leur faint Evèque, le grand Mélece, Homme véritablement
irrépréhenfible, jufte, fincére, craignant Dieu, plein de zéle,
& d’amour pour {es Brebis ; & par tous ces endroits, digne de
s'attacher, comme il avoir fair, les Cœüârs de tous les Fidé-
les , qui aimoient à l’avoir pour Pafteur. LT À
« Dès l’entrée de Mél:ce dans la Ville d’Antioche ( die
» Saint Gregoire de Nifle ) le Peuplè heureufement pré-
» venu pour fa Vertu, & attiré comme par l'odeur de fa Sain-
nteté, crut voir fur fon vifage l’Image même de Dieu, dont
» il tenoit la place. Bientôt certe grande Eglife éprouva dans
» fon Pafteur une inclination bien faifanre , & une in€puifable
» charité : elle admira la Grace qui étoit répandue fur fes lé-
» vres. Sa rare modeftie, & fa profonde humilité lui parurent
» fans éxemple. Elle reconnurt en lui la douceur & la clémence
» de David : les laumiéres, & la fageffe de Salomon; la bonté
» d’un Moyfe; la perfe&tion de Samuel ; la chafteté de Jofeph ;
» la prudence de Daniel ; le zéle du grand Elie ; ta pénirence
» de Jean Baptifte, & la charité étendue d’un Saint Paul. Cet
» aflemblage de toutes les Vertus , fit que l’Eglife d’Antioche
» aima finguliérement fon Evêque, & qu’elle s’attacha à lui,
» comme une chafte Epoufe à un faint Epoux (1) ». |
En rapportant, d’après un Sçavant Cardinal, l'éloge queSaint
Gregoire a fait, d'un des plus Saints Evêques, qui ayent fait
honneur à lEglife d'Orient dans le quatriéme Siécle, nous
avons en quelque maniére peint , par fes traits naturels, le
pieux Archevêque de Bénévent : & nous ne pouvions plus
heureufement repréfenter les tendres , maïs juftes fentimens
. N ; . . Jef
(1) Cüm priimdm benè morata, ac modef.
ta illa Ecclefa { fcilicer Antiochena } virum
vidit; faciem vidir ad imraginem Dei forma.
tam; vidic dileétionem fontis modo fcatu-
rienteum ; vidir graciam labits circumfufam ,
mimi demiffiosis fummum gradum , poft
quem ampuis quicquim cogitaii non po-
teit ; vidit manfuerrdinem atque clemen-
tiam, qua'is in Davide fuit, qualis in Salo-
mone , intellizentiam, atque prudentiam ;
qualis in Movie, bonitatem ; qualis in Sa-
mucle, perfeétioncm ; qualis in Jofepho ,
continentiam , pudicitiamque ; qualis in Da=
niele , fapientiam ; quemadmodum mapnus
Elias , zelo fidei præditum; ficut fublimis
Joannes, intesritate corporis , ornatuim ; fi-
cut Paulus, inexfuperabili præditum dilec-
tione. Vidit rot bonorum circa unam ani-
miam concurfum. Aimore beato vulnerata
et, cafto, bonoque fponfum fuum amore,
rique benevolentià prolecuta dilexir, &cs
De Serv. Dei Beatif. @c. Tom. LIT, Cap
XXXIV , pag. 475. |
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 187
de fes Diocéfains à fon égard, que par la naïve defcription de
ceux, que les Fideles d’Antioche, fe firent toujours un devoir
de conferver pour leur Mélece. On ne nous demandera pas de
nouvelles preuves de cette conformité de Vertus, & de bonnes
LL. entre les deux Pafteurs, ou de la reconnoiflance des
eux Peuplés. L'une & l'autre font également connuës. S'il y
avoit quelque différence à remarquer (qu’il foit permis de lé
dire) elle feroit en faveur des derniers. L’Eglife de Bénévent,
gouvernée pendant près de quarante années par le Cardinal
Orfini , ne compofoit qu’un feul & même Troupeau, toujours
réuni fous la Houlere d’un feul Pafteur ;‘au-lieu que le Grnd
Mélece, fi juftement refpe@é d'une partie des Fidéles d’An:
tioche, avoit vû l’autre moitié toujours attachée à Paulin ; qui,
Livre
X LIII:
BEnoir XIII
=.
comme lui, avoit le Titre d'Evêque d’Antioche, & partageoïit .
_ la Jurifdiction dans la même Eglile. |
. Au refte, quand notre Archevêque n’auroit pas donné, dans
tant d’occafions, de preuves réelles de fa rendrefle paternelle
pour fes Brebis:; ce qu’il venoit de facrifier au défir de leur
continuer fes Services, montroit aflez les difpofitions de fon
Cœur; & la fuite de cette Hiftoire les fera toujours mieux
connoïtre, ces louables difpofitions.
Quoique depuis le Tremblement de terre de 1702 ,on n'eut
point dikontinué de travailler à relever les ruines de la Ville
de Bénévent ; quoique le généreux Cardinal n'eut ceflé de
répandre fes Liberalités, pour le Rétabliffement furtout des Edi.
fices Publics; quoiqu’un grand nombre de Particuliers, & de
Familles obérées euflent trouvé dans fa Charité , une reffource
À leur difgrace; les uns , pour fatisfaire leurs Créanciers, ou
pour les appaifer ; & les autres pour fe loger, comme ils l'écoient
avant le Tremblement de terre ; enfin quoiqu’une grande par-
tie de la Ville eût commencé de reparoître avec fa premiere
beauté ; tout n’éroit pas encore achevé en 1759; & on n’au-
roit pas ofé fe flater ,qu'un demi Siécle eut fuffñi, pour conduire
toutes chofes à leur perfection, fi le zéle de l’Archevèque
avoit continuellement excité, & foutenu celui des Habitans ;
où fi en relevant leur courage, il ne les eût en même tems aïdés
de fes Revenus. Il avoit déjà fait beaucoup 5 mais il lui reftoit
encore beaucoup à faire.
La joye publique, qu’avoit caufé fon retour, fut bien aug-
mentée , dit un Auteur, par les ordres qu’il donna d'abord, &.
par Îes nouveaux arrangemens qu'il prier, pour effacer jufqu’aux.
dernieres traces des calamirés paflées, Hors des Murs de Béné-,
Aa i
€.
En quel état fe
trouvoit la Ville
de Bénéveat l’an
1719
CI.
Ce que le Cardi-
nal continue de
fire, pour la réta-
br ensiérement,
188 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrivrg vent,on voyoit autrefois une célebre Eglife, dédiée fous l'In-
XLIIE vocation de Sainte Marie des Anges, avecun Monaftére de Re:
Brvoi xx ligieux, qui y faifoïent le Service Divin. Après le renverfement
…— de l’un & de l’autre, cette Communauté s’éroit trouvée dans la
néceflité de fe retirer ailleurs ; & les Fidéleésne voyoient qu'avec
peine les triftes reftes d’un Sanctuaire auparavant fi fréquenté.
Les Religieux, rapellés depuis par notre Archevêque, qui leur
fit d’abord quelque libéralité , avoient mis la main à l’œuvre,
& fufpendu enfuite un ouvrage, qu’ils ne fe croyoient pas en
état d'achever. Mais le zélé Prélar n’abandonna pas de même
ceire pieufe encreprife : il donna une fomme plus confidérable ;
& avec cela on perte&ionna l’Eglife & le Monaftére (1).
CII. I! fit récablir de même à fes dépens deux Maïfons de Novi-
Nouvelles Libé. ciat , l’une en faveur des Religieux de Saint François ; & l’autre
bi … pour les Hermites de Saint Augultin. Mais peu content d'avoir
réparé dans celle.ci tous les dommages, caufes par le dernier
Tremblement de terre, le Cardinal fe propofa encore d’en:
augmenter les Revenus, & de la remettre fur le même pié, où
on l’avoit vûe avant la pefte de 1656 (1). La Congrégation
des Céleftins, & plufeurs autres Maïfons de différens Ordres,
reçurent à proportion, dans leurs befoins , des marques de la
Charité de ce Pere commun. |
Sirt Nous ne parlerons pas de l'augmentation, qu'il fit dans les
Monrs de Piéré, deux Hôpitaux , foi pour les Bâtimens, foit pour les Meubles,
Mifiion perpé- Je nombre de Lits, & généralement dans tout ce qui parut
tuelle. Tr ° - *
Adi mp, NéCeflaire pour ka propreté, le fervice, & la commodité des
Malades ,'ou des Pauvres. Pour ôter aux Riches une occafion
d'exercer l’afure, & fournir en même rems, à tous ceux, qui
étoient dans l'indigence, des reflources toujours préfentes, il
procura l’établiffement de plufieurs Monts de piété ; & il fonda
en même tems une Mifion perpétuelle , afin que dans tous les
Eieux, & dans toures les Paroifles du Diocèfe, les Peuples:
reçuflent facceflivement de nouveaux fecours fpirituels, & au-
tant de moyens de Salut.
Le zéle adif & éclairé du Serviteur de Dieu ne fe repofoit
cuit Cubicula; ac in præfens féruéturam pro
fequitur. Quia etiam hic tyrocinium- efflo—
bob ac dirâ aoni r6$6 lue aruit, ideo
in votis haber ryrocinii quoque locum fan-
ditus ekcitare ; ac Tyrones, quiin przens
in Solofræ Oppido aluntur, seftituendes cu-
rare, &c. Jbid. Co... 186:
(1) Lætitia maximopere auéla fait , cdm
idem Cardinalis , vix reverfus ,incæptam ex-
tra mœnia Ecclefiam, cum Cæœnobio San@z
Mariæ Angelorum,. ... perfici mandavit de-
cem Duc:torum millibus larpiter erogaiis,
&c. ka. S'acr. F. VIII, Col. 185.
(2) In Divi Auguftini Cœnobio Ordinis
Kremitarum plura terræ motu diruss sefti-
— ed de
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 189
point : il oublioit aifément ce qu'il avoit fait, uniquement L;yn8
occupé de ce qu’il avoit à faire. Après avoir procuré, non %XLIII
fans de très grandes dépenfes, le rétabliffement de toutes les —
Eglifes de la Campagne, qui avoient été ébranlées, ou détrui- ROME
tes : après les avoir fuffifamment pourvues de Vafes, d'Orne- c1v.
mens, de Livres, & de tout ce qui appartient au Service Divin, . L'Archevêque
après avoir excité en mille maniéres la vigilance des Pafteurs , #it omfruire des
& des autres Miniftres de l'Autel , ou avoir changé ceux , qui toures les Eglifes
ne s’acquicroient pas dignement de leurs devoirs, pour l'inftruc. << le Y'ille à du
tion, & l'édification des Fidéles, le Cardinal voulut encore fe
Charger du foin de faire bâtir des Archives pour toutes les ue faie
Eglifes ; & prendre la peine de revoir, corriger, expliquer les imprimer des Sra-
Statuts des deux Colléges de la Ville, & des fix qui fonc dans ji Porhuir Col-
le Diocèfe. Il procura enfuite l'Edition de ces mêmes Statuts; Eglifes one
& fit la même chofe pour une vingtaine d’Eglifes Conven- tuelles. |
tuelles (1). | | |
Si dans les différentes occafions , dont on vient de parler , le
Cardinal Orfini parut toujours zélé, charitable, libéral ; il ne
donna pas de moindres preuves d'une fermeté Epifcopale ,
quand cela fur néceflaire. Dans la connoiffance, qu'il fut obli-
ge de prendre, de l'état de ce grand nombre d'Eglifes, au-de-
ans, & au-dehors-de fa Province, il trouva bien des Abus à
réformer ; & bien des Obftacles à vaincre. Lorfqu’il fallut
s’oppofer à la Cupidité des grands du monde, & faire ceffer les
entreprifes irréguliéres des uns, ou arrêter les Injuftices des
autres, qui tantôt ufurpoient les Biens des Eglifes; & tantôt
s’attribuoient des Droits, qui n’appartenoient qu'aux Miniftres
du Seigneur, le fage Cardinal agit, & parla avec toute l’Auto-
rité , dont il étoit revêtu : il montra alors autant de réfolu-
tion ; qu'il avoit coutume de faire paroître dans tout le refte,
de condefcendanfe, & de douceur. Quelque éloigné qu’il fur cvr
de prodiguer les Cenfures Eccléfiaftiques, il les employa quel- 2éle,& frmeré
. ; . ; | Ce eo °1 pour la défenée des
quefois; mais toujours felon PEfprit de l'Eglife; qui cherche Li à rie,
à corriger fes Enfans, & non à les perdre, ni 4 donner occa-
on aux coupables de s’endurcir dans le mal. Ce ne fut qu'après
avoir inutilement épuifé tous les autrés moyens de défendre
la liberté, ou limmunité de l'Eglife, qu'il fe refolur quelque-
fois à féparer de fa Communion , des perfonnes d'ailleurs
() Omnia Ecclelaftica Civitaris, & Diæ- pro unx & viginti Conventualibus y feu ur
celeos Archiva ,etiam Beneventanæ commu. [vulgo aiunt , recepritiis Ecckfiis , itidemx
nitatis, proprio æie concinnavit .. .. Confti- | Diæcefis , récognovit, auxit, probavitque:,
tuciones feu Staruta pro duobus Urbanis ,| &c. 114, Sacr, Tom. VHE, Col. 186.
ahifque fex Diættianis Collepiis; ac etiam ee
À a i3
190 HISTOIRE DES HOMMES ILLÜSFRES
Livre diftinguées dans le Siécle : & il ne les rétablit, que lorfque
XLIILI. same enfin leur faute, elles offrirent dvec humilité de
————— [A M'épar er (1). - Ce
ERREUR E se Fi PE fans peine, que le Cardinal Orfini, de qui
_ cvir ileft permis de dire, ce quia éte dit du Conducteur du Peuple
Poe de Dieu , que l'Ecriture appelle le plus doux des Hommes,
caradtére de dou- Ctoit comme forcé de fortir de fon Caractère, pour agir avec
ceur , lors même quelque févérité. Il ne févifloic jamais qu’à regret ; & cela arri-
En ee. de voirrarement. Le Carattére naturel de fon Efprit , & la Sainte
habitude, qu'il s’écoit faite , de fentir les miféres du prochain,
de lui compatir , & de le foulager, le portoit toujours à préfé-
rer les Voyes de la douceur , & à faire aimer le devoir , pour le
faire remplir avec mérite. Ces Maximes étoient profondément
gravées dans fon Cœur : il en faifoit la régle de fa conduite;
& il les infpira à tous ceux, qu’il formoic pour le gouverne-
ment des Eglifes.
cv . On rapporte que plufieurs Sçavans & Vertueux perfonna-
De quelle m- ges, qui s’étoient attachés par eftime à la perfonne de notre
he Cardinal, vivoient dans fon Palais, moins comme fes Officiers,
soit de fon amitié, Ou fes Domeftiques , que comme fes amis, & fes Difciples, donc
les inrérêts lui étoient aufli chers, & plus préfens que les fiens
propres. Témoins de fes A&ions, & Compagnons de fes tra-
vaux, ils apprenoient par fes éxemples, ce qu'ils devoient éux.
mêmes pratiquer dans la conduite des Peuples. Le Saïnt Ar-
chevêque aimoit à les employer felon leurs talens, dans les
fonctions du Divin Miniftére : & après le travail, il ne fe dé-
laffoit avec eux, qu’en traitant quelque point de Morale, ou de
Difcipline. L'objet le plus ordinaire de leurs occupations, ou
de leurs honnêtes récréations, éroit l'Etude des Divines Ecri-
tures, ou la Lecture des Conciles, & de tout ce qui appartient
_ à la Science Eccléfiaftique.
: Un illuftre Hiftorien a cru pouvoir appliquer à l’'Archevêque
de Bénévent, ce que Saint Jérôme avoit dit de Népotien,
CIX. que par fon afliduité à la Méditation, & à de faintes Lectures
Son Palais com- 1] avoit fait de fon Cœur, comme une Bibliorchéque facrée :
ee - Zelione affiduë , ac Meditatione diuturnä peflus fuum Bibliothee
de Saint Léandre, Cam fecerat Chrifli. Et il ajoute, que le Palais de ce Saint , &
| {çavant Cardinal repréfentoit , non pas la Cour d’un Prince,
(1) Ecclefiæ immunitatis, ac libertatis acer- | fatisfa@à prids Ecclefia, ac fifco , in forma
rimus femper aflertor , ac vindex , pluresreg-| confueta abiolutionrm impendit, Kg, Time
ni proceres anathemate perculfic ; attritifque | Scy. Tom. VIII, Col. 186, |
demiflo anigro ablojurionsm pofcentibus , | | |
e
2 0 om
":DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE, 1er
Mais l’ancienne Ecole d'Athenes; ou plutôt celle qu’on avoit Lrvae
vû à Poirciers fous Saint Hilaire, & à Seville fous le Saint Evê- XLIII
ue Léandre, l’un des plus illuftres Prélats d’Efpagne dans le 7 ".
Axieme Siécle. Auf connoît-on plufieurs habiles Ecrivains, & BENoîr XIH.
un nombre confidérable d’excellens Pafteurs, qui ont été for- cx
més fous les yeux de notre Archevêque, & par {es foins. Quel- D'où font foutis
à uns ont donné des Commentaires fur l'Ecriture Sainte , ou Plufienrs fçarans
: | Re ; Ecrivains, & pl!
autres Ouvrages, qui leur ont mérité un rang dans la Repu- fieurs exceliens |
blique des Lettres, quelques autres fe font fait honneur dans Pafteurs.
l'Epifcopat. On en compte quinze, à qui le Cardinal Orfini
avoit procuré cette Dignité, avant qu'il fut élevé lui-même fur
la Chaire de Saint Pierre (1), & il n’a pas depuis oublié ceux,
ui par leurs Talens, ou par des Vertus, dont il croyoit avoir
ait nus. paroifloient pouvoir fervir utilement l'Eglife.
Si on ne je point aflurer de tous , qu'ils ont imité les beaux
éxemples de modeftie, d’humilité, & de défintérefflemenc,
qu'ils avoient fouvenc admirés dans le Saint Archevêque de
Bénévent ,il y en a au moins plufieurs, qui fe fonc toujours fait
un devoir , de marcher fur {es traces, {ans perdre jamais de
vue leur Modéle, Les deux Freres, Marcel, & Michel Cava-
lieri fonc de ce nombre ; nous en avons dejà parlé : & il eft CXL.
quite de dire ici quelque chote d’un autre Sçavant Dominicain; De ce nombre
qui, élevé dans la même Ecole, mérite aufli d'être placé parmi 2 Ki Pere Fra
nos Hommes illuftres ; je parle de Céfar-Francçois Lucini, mort " |
Evêque de Gravina. |
La noble Famille de Lucini, Originaire de Côme , mais +,
établie depuis plufieurs années à Milan , tienc un Rang diftingué 1ffu d'une ilfuftre
parmi les premieres Maïfons de ces deux Villes. Jules-Céfar Famille.
Lucini ayant époulé Dona je vo Turcona , leur Mariage
fut béni par la naiffance de plufieurs Enfans, qui fe font ren-
dus tous Recommandables par la diverfité de leurs Talens, les
uns dans les Charges de la République , les autres dans les
dignirés de l'Eglife, ou dans les éxercices du Cloître. Un Au-
teur Italien nous en a fait connoïtre cinq, nommés Antoine,
-. (1) Præftantes etiam facris Litteris virosjhar, fed vetus Athenæum, five , ue aptids
femper inter familiire: hibuit , quos benig- [loquamur , P:étavienfe Epifcopiym fub Hi-
né refpicere, & pro meritorum ratione Be- |lario, aut Hifpa'enfe fub Leandro reprefen.
neficiis augere confuevit. Quindecim ex his [tabac : ibi enim [ub tali ac ranro Magiftro
Epifcopatäs honore dignati fuerunr, ante-|Ecclefaftici Ordinis Viri erudiebantur im
quam Cardinalis Urfinus Romanus Pontifex fpem ant reétè Ecclefias adminiférandi , auc
cligeretur; plures deindè, quorum aliqui doétis elucubrationibus , quarum plures ie
etiim Romanæ Ecclefiæ: purpurà. fulgent. lucem proietunt , facras L'tteras illuftran-
Porro Beneventanum Archiepifcopium fub|di, &c. Archi. Fir, pag, 29, 30,
Cardinali Urfino non Aulæ fpeciem refere |
Livre
X LIIL
Benoir XIII.
Da = sé
3
CXIIT
Déjà célébre
dans l'Ordre des.
Dominique.
CXIV.
Et dans les Eco.
les,
192 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Mathieu, Jérôme, Céfar- François, & Louis- Marie Lucini.
Les deux premiers héritérent des Biens, & des Titres de leurs
Ancêtres : celui-là remplit avec honneur les premieres Char-
es dans la Ville de Milan, & celui-ci dans les Armées de
Empereur , qui récompenfa fes Services militaires, par le
gouvernement de la Ville de Mefline, dans la Sicile. Le troifié-
meembrafa l'état Eccléfiaftique, & les deux derniers ont long-
tems honoré l’Habit de Saint Dominique. Louis-Marie Lucini
a donné de grandes Preuves de fa capacité, & de fa Religion,
dans la Charge de Commiffaire Général du faint Office, & il a
été revêtu de la Pourpre Romaîne, par N. S. P. le Pape Be.
noît XIV , dans la Promotion de 1743. Ileft Mort le 17 de Jan-
vier 1745. Nous pourrons écrire fon Hiftoire fur la fin de ce
Volume, fi on nous fournit les Mémoires, que nous attendons,
11 s'agit maintenant de Céfar- François Lucini ; lequel, pour
avoir été, l’efpace de plufeurs années, le Compagnon des tra-
vaux du Cardinal Orfini, & placé de fa main fur le Siége de
Gravina, entre ici dans la fuite de fon Hiftoire. .
Si les qualités d'Efprit , & de Cœur du jeune Lucini, la can-
deur , l'innocence , & la pureté de fes Mœurs, l’avoient rendu
cher à fes Parens; fes Maîtres n’admirérent pas moins la juftefle,
& la facilité de fon génie, la beauté de fon imagination , fon
application À l'étude, & fes progrès dans les Lettres divines &c
humaines. Parmi les jeunes Seigneurs de fon âge il étoit confi-
déré, comme le plus modefte, & un des plus accomplis, lorfque
portant fes vües plus loin que tout ce qui flatte les pafhons des
Hommes, & ce qu’on apelle fortune, grandeur, félicité de la
Vie, il voulut s’aflurer un bonheur plus réel , en fe mettant ia
fuite gts s-CHR1ST, par la profeflion de la Vie Reli-
gieufe, IT étoit né à Milan; & ce fuc dans la même Ville, qu'il
reçut l’'Habit de FF. Prêcheurs, réfolu de remplir, avec le
fecours de la Grace , toute l’érendue de fa Vocation : en effet,
l'alliance qu’il fit d’abord de la Piété, avec l'étude des Sciences,
fervit à fa pi perfection, & à l'utilité du prochain. Sans
négliger fes ralens pour le miniftére de la parole, il fuivit la
volonté des Supérieurs , pour répandre fes lumiéres dans les
Ecoles (r). Après avoir fait des Leçons publiques de Philofo.
phie , dans le Collège de Saint Thomas à Naples, il parut avec
(1) Adol:fcens Mediolani , ubi ipfe natus ,| Univerfitatis Cathedras, matutinas , ac yefe
fuerat, Prædicatorum Ordini adfcriptus , in] pertinas , {patio non minus fexdecim anno=
io pietate uni cum omnibus fcientiis im-|rum , fumma fenper cum laude occupayit,
butus fuit. Philofophiam Neapoli, in Colle.| &c, 1:48. Sacr. Tom. VII, Col. 131.
gio D. Thomæ perdocuit ; & omnes illjus
un
::DÉ LIORDRE DES. DOMINIQUE: 194
am nouvel éclat dans les Chaïres de Théologie, & l’'Univer-
fité de la même. Ville l’entendit avec fruit. et de fize
années. ue ES | | Te ee Ê
.… Le Général de l'Ordre l'ayant depuis nommé Vifiteur de la
‘Congrégation de Saint Marc, le Pere Lucini:fé conduifit dans
get Emploi, avec tant de prudence , & de zéle ; qu’en rempliffant
es intentions de fon Spice: il fe concilia l’affedtion , & l’efti-
me de cous les Religieux, Un Auteur aflure, que par {a vigilan-
ce, & la force de fes éxemples , il excita parmi eux une fi gran-
de, & fi fainte émulation, que dans routes les Maifons de la
Congrégation-de Saint Marc, l'amour des obfervances régu-
Hiéres, &. l'application à l'étude, furent portées au plus haut
point (1). | ._.…
+, C'étoit avec des HommesdeceCaraëére, puiffans en Œuvres
& en: Paroles, .que notre Archevêque aÿnoit à partager la folli-
citude des fonétions Paftorales. . Dès que Lucini eût pris le
dégré de Docteur, l'an 1705 ,le Cardinal Orfini L'attira au-
près de lui ä Bénévenr;& le mit au nombre de fes Théologiens,
avec le Titre d'Examinateur Synodal, & de Vifireur Général
du Diocèfe. La confiance du Prélat étoit bien placée, auf fut-
elle conftante. Tour ce que l’un fe propofoit de faire, pour la
Gloire de Dieu, & de la Religion, pour l'utilité, & le foula-
ement de fes Peuples, il le communiquoit à l'autre , vouloit
Savoir fon entiment, & concertoit. avec lui les moyens de
faire réuflir l’entreprife, Lucini cependant fur élu ‘plus d’une
fois Supérieur ; rantôc dans fon Couvent de Milan, tantôt dans
SE lens autres Maifons de la Province de Lombardie : mais
l'Archevêque ne pût jamais confentir à l'éloignement d'un
Religieux, dont la Piété éclairée ne lui étoit pas moins utile,
que a converfation agréable. Pendant treize années, il en fit
Liv
XLIIE
«
La
me |
Benoît XIE
mm
CXV. .
. Quanr il s’atta-
cha à la perfonne
du Cardinal Or
foi, e
. +
CXVI.
Avec lequel il tra.
vailla long-tems
à la Vigne du Sei-
on Homme de confiance, foi Confeiller , & lé Compagnon grew.
ordinaire de fes Veilles , de. fes Travaux , & de fes Vifites
Epifcopales; foit de celles, qu’il faifoit tous les-ans dans fon
Pope Diocèfe ; ‘ou de celles, que le Saint Siége l'obligea de
faire quelquefois dans plufeurs autres Provinces ; particuliére-
.ment dans-les Diocèfes de Frefçari, de Bovino , de Volturara;,
& de Graviñiä (r), su ES RS
€ 0 J
CE = : .
to im” 3 À ;
| , He sas Fe Au | V ” DE RÉ OMS
(1) Suæ Religioficatis ergo., à fuo Rever.{rum ad miracylum in ea promoverit, ke,
Pate Mapifiro Generali, ut Congregatio-| J:4. Sacr. Tom. VIT, Col, 132. ne
.nem fui Œdinis Sanéti Marci ileree , ha-| (2) Pro fua {nfubtiça Provincia Läureatys
buy in Maodatis , quan fibi ulrrd demanda-| Magifter, accerfitus illico fuit Beneventum
Fam ProVindiam adeo Navys procyravit, ut [ab illins Archiepifcopo Urfino , à quo fui
pegularem obfervantiam", aç ftudia Sciencia- | Theologi, Examinatoris. Synodalis, Conj=
Tome VI, Bb
xd4 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvyeaz Notre Cardital ne poivoit que s'intéreffer à {a ploire, & 4 I#
XLIIL tranquillité de cetre derniere Eglifes nraïs nous ignorons les
BENoîr XIII raifons, qu’on avoit euës, pour la laiffer fans Pafteur Pefpace
” de dix années. Louis Capuañti illuftre Patricien de Naples,
dont le Continuareur de l'Abbé Ughel loue beaucoup le Génie,
la Doctrine, & tes Vertus Paftorales, ayanr faccèdé à Marcel
Cavalieri l'an 1705 ,n’occupa te Siéve quetroisans. La Mortie
CXVIL ravir à fon Peuple le 15 Seprembre 1708 : K'ce ne fur qu'au
nn mois de May 1718, que notre Lucini fie nommé pour lui
” _ fucceéder, par la volonté du Pape, felon les défirs de PArche-
vêque de Bénevénr, & an grand conréntement du Penpile dé
Gravina, à qui Le mérite de-cet excellent Religieux ne pouvoir
êtreinconnu. Lo, oo. ie.
| CXVIT L L'opinion avatitageule, qu’on ævoit CONICUÉ de ut : ré fetvit
1 fc dans ce pas peu à le mettreenétat de réparer les pertes. quecette Eglife
Doctle. Se que avoir fouffertes, & à corriger vous les Abus, qui avoient pü "T
nuoit dans celui glifler, ou s'autotifer, pendant une f longue Vacance. C’eft à
de Bénévens. quoi il s'applique d’abord, avec autant de fuccts que de zéle,
L’Aureur Italien ;qui nous à procuré la derniére Edition de
T'Itahe Sacrée, nous repréfente ce Prélar, commetm Homme
telébre par fes Takens, & fes Vertas; ifrépréhenfible dans fes
Mœurs, & dans fa Doctrine ; très habile dans le mantment des
A ffairéss &'non moins expérimenté dans la condaitedes Ames,
que dahs la commoiflance de tout ce qui regarde lé gouverne
ment des EFglffes. Pour achever fon éloge , 1} affuré que Lucini
fe montroiït'en toures chofes 1e parfair Imirareur dir Cardinal
Orfini, & que l'eclat de fes Vertus relevoit celui de fa Famille,
de fa Patrie de fon Ordre, & de F'Epifcopat même {1}, Nous
m'ajouterons r'En à ces paroles. DORÉ TR DT
H'ne fauc pas dourer que la grande réputation de ‘cet Eve
m'Âairii Caufarum Sanéti Officii, & Vifitator
his Generalis {uæ D:æcelts munere cohoncef-
œatus , rron aminus 1bi annortim tredecim fjra-
tio moratus fuic : quo tempore etiam Tufcu-
oz V fttor, & cum eodem Eminentifh-
so Ré ai, Vulurarié,. &'Grivint Direce.
fum Convilitator fuir, &c. Ha. Sacr. Tom
VII, Cof. 11x-
. fr} Ad fuæ ponte alim die Junii
tjufdein anni, Publién excéptus plaufu per-
venit. Pécft! viræ'integrivate, finpulari de
“ténâ, mtra :n rebus gerendis prudentià per-
See er, quotidiano periculo fe probat opri
-mum Émitentiffimi Urfini, in hac bene pto-
#uranda Diæcehs /iinitavorem. Sofpitec diut
ee:
ilum D, O. M, ut ficuti germani Fratres
Marchiones Antonius Mediclani Quæftor ,
Mathæus unus à ftreaais , & Supremis Du-
cibus Cæfarei Erercitüs , & impræfentiaruns
Meflanenfi Urbi in SiciKa PrrfcŒus, Abbis
Hierotymus proprit virture fpeftatiffimus ,
Aloyfius Miria em Dommicants in: alma
Urbe Sanéti Oficü Commiflirius, antiquum
Lucinæ gentis decus novo indies femper cu
mutants ic @& Rs omnibus ünus præftantior
ipfe Cafar-Francdcus, non modo fais & P+
triæ, led &. Prædicarorum Ordini , imo à
Ecclefaftitæ Hierarchiz 4ddere æterpuun vèr
lear ornaméncon. Ii. , 1,
« are
e à. dc SR
L:'DE L'ORDRE: DE $ DOMINIQUE :1 so |
due ; & tour le bien qu'ilfaifoit:dans’ fon Diocèie, n6 fufleng Lsvwa |
pour le pieux Cardinal autant de motifs de continuer toujourg X LIIE
à former de femblables Miniftres dans fon Ecole, & à favorifer Bewoit XIIÉ
ecux qui, dans des Miniftéres inférieurs, fe-dévouoienr'aa fer- ‘emmener -
vice des peuples : Dans le Bourg apellé de Saim George de cx1x.
Molaria on voyoir un ancien Monaftére , ruiné, & depuis long -. Nouvelle Fon- |
tems abandonné : Notre Archevêque entreprit dé le relever 1°". es |
il y affigna des Revenus; & donna cette Maifonà des Religieux vur, col 187
réformés de fon Ordre; qui, par leurs Prédications, & leurs
. Exemples, procurérent denouveauxSecours fpirituels aux
Fidéles. | SN
_ Le Pere Antonin Cloche, Général del’Ordre des FF, Prè:
cheurs, favorifoit toujours ces Erabliflemens, fuivant les faintes
intentions de l’Aréhevêque. Mais ce digne Supérieur, qui, de. cxx.
puis plus de trente trois ans, gouvernoiït avec beaucoup de Mort du Pere |
e , ° + e. e ; . Clo h « Pi !
gloire tout l'Ordre de Saint Dominique, termina enfin fa Car: Cardiodl, jee: |
riére, le vingt-cinquiéme de Février 1720. Le Cardinal Orfi:
ni, accoutumé à le confulrer dans toutes fes entreprifes un peu
importantes , & à l’honorer comme le Succefleur de Saint
Dominique, donna plufieurs marques publiques de fon tendre h
attachement , fit un Service EDR Le rm fa Métropole, & El
y. fonda à perpétuité quelques Anniverfaires, pour le repos de | |
fon Ame. Nous rapporterons ailleurs la Lettre, qu'il adreff4 .
au Clerpé, & à rous fes Peuples de fon Diocèfe ; pour ordonner “
des Priéres. Il fe chargea encore de faire imprimer l’Hiftoire |
de la Vie de fon illuftre Ami; & il la publia l’année fuivante à
Bénévent. nn. CT |
Dans le même tems mourut à Rome le Cardinal Fulvio Cxxt.
Aftalli, Doyen du Sacré Cotlége : & cette Mort, qui donnoit | 5° sir
occañon À notre Cardinal, de renouveller fes juftes prérenfions ; Sacré Collège.
ne fervit qu’à faire voir une feconde fois, combien il'étoit éloi-
de réchercher les honneurs, ou de les défirer. E vit, non-
eulement fans oppoftion ; mais ericore avec plaifir , que la
dignité de Doyen fut déférée au Cardinal Sébaftien- Antoine
Tanara, revêtu de la Pourpre par le Pape Innocent XI, dans
le mois de Décembre 169 $ , près de vingt-quatre ans après que
lui-même l’avoit reçu des mains de Clément X. Maÿs on éroit
accourumé à admirer, dans le Saint Archevêque de Bénévent,
ces prands éxemples de défintéreffement , & de modeftie ;ou
plutôt on avoit ceflé d'admirer, ce qu'on lui voyoit pratiquer .
tous les jours , & avec une égalité, qui ne pouvoit avoir pour
principe, que l'humilité Chrétienne, |a plus gr “& la-plue
1]
+96 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvrx profonde. Jamais Prélar, dit un de fes Hiftoriens, ne penfa
X LILL. EP ayantageufement des autres, ni moins avantageufement de
—— [uimême. | | ._ | ONE
Benoîr XII. Cependanc les fréquentes infirmités du Pape régnant ,annon-
cxxrr, Soient la fin de fon long & difficile Pontificat;: qu’il cermiina le
+ Er du Pape Clé. 1 9 de Mars 172+ après avoir rempli le Saint Siège vingt ans,
men ÀL : trois mois, & vingt.cinq jours. Outre l'embarras des. Affaires
| de l’Eglife, les Divifions des Prinices Chrétiens avoient long-
tems troublé le repos de l'Italie ; & les encreprifes des Turcs ne
pouvoienc que renouveller les inquiétudes du Pontife. Mais par.
mi toutes ces agitations, la conftance de Clement XI ne fe dé-
mentie pas : & {à Charité envers les Pauvres mérite-de grands.
éloges ; puifqu’en allure, qu’il avoir, fait diftribuer en :Aumônes
| un Million treize mille Ecus. Auf ne trouva-t’on que peu de
Hi@. des Pæpes, chofe dans {a Caflette, après fa Mort. Nous remarquons avec
ie, plaifir ce trait de reflemblance avec notre Cardinal ; pour lequel
ce Pape n'avoir päs montré mains d’eftime, & de eonfidération,
que {es quatre Prédécefleurs. | he
cxxrr : Après s'être acquitté, avec fon zéle ordinaire, de toutes les
Le Cardiral Ar- fonétions du Saint Miniftére , pendant la Semaine Sainte, & les
ns ie Fêtes de Pâques.le Cardinal Offini fe rendiren diligenceàRome;
eft clu le Pape &.entra dansle Gonclave,avec cet Efprit dePaix,qu'il Epson
Innocent XL pour. Chacun ayamt pris Séance felon fon rang, dans fa Chapelle
de Sixte, on lüt à Haute Voix les Bulles concernant la Créarion
d'un nouveau Pape; -& tous les Cardinaux préfens , au nombre
de cinquante cinq , én-jurerent l’Obfervation ;.aihf ique'des
autres Conftitutions Apoftoliques , faites ou pour-ke même
._.: Sujer, ou pour empêcher l’dliénarion des Biens de l’Eglife. Il
d | n'y avoir qu'unmois & dix-neuf jours, que le Saint Sifcé étoit
| . vacant, lorfque le Cardinal Michel-Ange Conti, Romain,
Evêque de Viterbe, âgé de foïxante fix ans, fut élà-par l’üna-
nimité des Suffrages, le huitième May : ik prit le Nom d’Inno:
cent XIII. Son Eleétion fut généralement applaudie, & avec
raifon, puifque c’étoit un Pontife prudent, fage, pacifique, affa-
ble, éclairé Il avoit FAme noble; eftimoit le mérite, aimoit
Jes Sciences, & les Savans. Dans le premier Confiftoire Secret,
fa Sainteré remercia le Sacré Collège, de fan Election, par le
Difcours fuivanc: : | D EN
CXXIV. « Vénérable Frere, le choix que vous avez fait de notre
Diuséroi » Perfonne, pour remplir la Chaire de Saint Pierre, nous feroic
Sacré Collége, » Crainidre de ne pas bien nous acquitter de ce Devoir, dans des
» tems furtout fi difficiles, & fi épineux pour le gouvernements
Fr DE L'ORDRE DE S.: BOMINIQUE. : 19
fi nous n'étions perfuadés, que là’ Divine Providence, dont« L 1 r %
les Secrets font d'autant plus-4-redouter, qu'ils font impé-« XLIII.
nétrables, y a eû plus de part; quelles reflorts humains. Auffi, «
comme nous n’avons accepté le fardeau Apoñftolique, que par «
l'Ordre du Tout-Puiffant, dont vous êtes les Interprères. nous «
ne fommies pas fans quelque confolation, parmi les Sollicitu- «
des, & les pénibles Fonétions, que le Souverain Pontificat «
nous préfente. Je crois ne pouvoir mieux commencer ma «
Carriére, qu’en faifant publier un Jubilé Univerfel, & qu’en «
implorant avec toute l'Églife, les Secours Céleftes, dont j'au- «
” xai béfoin daus mon Gouvernement. Elevons donc nos Efprits «
à Dieu ; & demandons lui dans les fentimens d’une vérirable ci
humiliarion ,' qu'il daïgne nous:communiquér cétte Sagefle,, «
qui affifte autour de fon Trôné afin de rendre mon Cœur «
difpoté, & prompt à éxécuter en tout fes Volontés. Etcomme «à
vous avez tous concouru à cette Eleétion par vos Suffrages ; «
j'efpére aufli que vous en. partagerez le Poids avèc moi, foit «
par vosconfeils, ou par vos a eg me flautc, que vous n’au- et
rez pas lieu de vous. repentir du choix , que vous avez fair; «
parce que toutes les fois que nous ferons quelque chofeà l’avan. «
tage du Saint Siége, nous aurons foin de reconnoître en cela «
votre Ouvrage, & de vous en rendre de fincéres Actions de cr.
Graces ss. , : SR D —
Le Nouveau Pape fur Couronné le r8'de May, &aprèscette e YXY:
Cérémonie, le Cardinal Orfini alla Vifiter le Diocèfe de Porto 5 _ Le Cardinal Or:
comme il avoit accoutumé de faire, toutes les fois que les inté- qe le Dio-
rêts de la Religion l’appelloient à Rome. Ces Vifites n’étoient Se Rhin
jamais fans fruit, ni fans quelque confolation particuliére pour fais.
Jes Fidéles ; puifque trous les Revenus A qu’it
auroit.pà retirer de ce Titre, il les faifoit fervir dans les mêmes
Lieux, en bonnes œuvres; c’eft à-dire, ou au foulagement des
Pauvres, ou à la Réparation ,.& à ka Décoration des Epli-
fes (1). | Le T
Mais quelques Libéralités, qu’il fit dans le petit Diocèéfe de cxxvc
Porto, comme il avoit fait autrefois dans celui.de Tufculum, | Nouvesux Pré.
ou de Frefcati,, tour cela étoit bien au-deflous de fes profafions ne FA a
en faveur de fa Métropole de Bénévent. Sans parler des préi: vent, :
cieux Ornemens, qu’il avoit déjà donné à cette Sacriftie, pour
BENOIT XIIL
LE ST CEE ne mn er. à
! Quam Ecclefiam nôn minus integerti- [in pauperes egeffate Jevandos,, diftribuens,
morum innocentià; fluitribufque virtu |vel in Ecclefias ornandas , inftaurandafqhe
tum exemplis, quam.zelo, arencâque vigi-|unpendens, 14. Sacr. Tom. À, Col. 154.
lai gubernat, Ecclefiafticos reddius vel ne - TRS,
Bbiij
138 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRÉES |
Lave w toutes les. Solemnirés.dé l'année ; il l'eurichir encore d'une
XLIII, grande quantité de.Vafes Sacrés, en Or, en Argent, en Ver.
—————— meil, & en Cuivre d'art (2). Ces convinuelles Dépenfes, qui
PENSE RUE regardoient uniqueraent la Décence, ou. la Majefté du Service
_ Divin, ne l'empèchoienr poinr d'en faire dé nouvelles, lorfque
les intérêrs communs de la Religion le demandoient. Dès la
feconde antée du Pontificar d’Innocent XIII, les Turcs mena-
cérent l’Ifle de Malte ; & le grand Maître avoit befoin de
uiflans fecaurs, pour fe fautenir. L’Affaire fur mife en déli.
dan dans un Confiftoire fecret ; fa Sainteré eo fit elle même
le Propofrion:, par ce Difcours , qu’elle adrefla aux Cardi-
» Vénérables .Freres; découvrant du haut de notre Siége
uit. des Papes ; » Apoftolique , les. néceflités de la République Chrétienne,
Tone V, 884%» nous croyons qu’il eft de notre Devoir de vous en informer ;
» afin qu'aidés de vos Avis frarernels, nous puiflions donner aux
» Fidéles le Secours qu’ils attendent de nous pour détourner
» l’Orage, dont ils font menacés, Il n’y a perfonne parmi vous,
» qui ignore quelle terreur les courfes des’ Turcs ont répandue,
» parmi les Peuples Chrétiens, foit dans nos Ifles, foit fur les
w Côtes de la Méditerranée, lorfqu'ils font venus, avec une
& Efcadre , troubler la tranquillité des Fidéles, & infulter la
» la Religion de Malte, dont la Valeur toujours fatale à ces
n Hommes féroces’, s'occupe utilement à prévenir leurs en-
” » treprifes, ou à les rendre inutiles. Quoique les menaces des
» Turcs n’a yent eù jufqu’à préfenc aucune fuite facheufe, on ne
» péut raifonnablement douter, qu'ils ne foieñt réfolus de re-
» venir l’année prochaine, avec de plus grandes forces, & un
» plus rerribleappareil de Guerre. Le devoir de notre Miniftére,
» # la Parale même de Dieu nous avertiflent, qu’à la vüe de
» l'Epée, nous fonnions de la Trompette, que nous montions
» contre l’Ennemi ; & que nous oppofons un rampart devant la
v Maïfon d'Ifraël. Nous avons donc réfolu d’écrire à tous les
» Princes Chrétiens; pour leur en donner Avis, & les prier de
» venir au fecours du Peuple de Dieu, où d'envoyer avec joye
» leurs Vaiféauxs & leurs Troupes, pour combattre les Combars
-s du Seigneur. Naus avans déjà des Preuves de leur zéle, &
» des Préuves qui lévenr nos doutes à cet égard. D'un autre
» côté, malgré l'épuifement de nos Finances, nous ferons tous
_(:) Metropoliqanæ Ecckefiæ Gazpphila-|fupelle@ile , auro texth, vel ornatà ditsæ
cium ayreis, desaxatis, a@ argentets. valis | vit, ke. Sacr. Fou. KUIE, Coh 187,
sique ex auricalca, atque etiam preciofà| .
l
, — ps
Li
bp
I DÉ L'ORDRE DE S DOMINIQUE. 199
- Mos éffores, pour {courir la Saint Réligion , & IE Froupeau « L 1 y x &
fidéle , à la confervarion duquel nous foMmés'prêts de facri-w X LIII.
fiér notre Vie. Mais notre principale confiance , après Dieu, PRET
eft dans votre Piéré ; & vorre zéle. C’eft pourquoi nous vous « BsNOîT XIHE.
‘xhortons de‘contribuer, chatun de vous en particulier, pour à
Le fecours dé la République Chrérienne ‘expoiée à un ae ü
éminent. Nous fémmes bien perfuadés que vous le ferez fans t
‘peine, & de touût'votre Pouvoir. Les autres Prélats, excités «
par vos Exemples, féront auf leurs efforts, pour une caufe «
commune : car y à t'il: Sa fs , qui voulut épargner des « . .
richeffes'péridables, lorfque-la Caufe de Dieu, & fon propre «
Peuple font en perit > Ou’plurôt eft.il. de véritable Fidéle, «
qui ne fe fit gloire de fatrifér jufqu’à Ja dérmiére goute dé fon 4
Sang, pour fa defenfe du nom Chrétien? Mais fur-rouc, Ve. &
nérables Freres, faifons de bonnes Œuvres, & prions avec &
ardeur, allant avec confiance au Trône de la Grace, où nous «
trouverons la Confolation que nous cherchorisi parce que 18 &
Seigneur , qui térraffe la Guerre même, fortita-au Secours de & "1: ° .
L’Archevèque de Bénévent , afors occupé à préparer fo cxxvre
Peuple à la Grace du Jubilé, par de dignes fruits de Péniten- 11 contribue en
te, né fe trouva point dans ce Confiftoire ; mais Îles Lettres, pue pets
que le Saint Pere lui écrivit, coniténoientä-| eu-près le Difcours follicité ie
parétique, qu’il avoit fait devantles autrés Cardinaux : & il n’en Turcs.
falloïit pas rant, pour animer le zéle, donr1é pieux Prélat éroft
rempli. Il ne fut pas des derniers, entre céux qui envoye-
rent des fommes confidérables , tant pour réparer les Fortifica.
tions de Corfou, prefque ruines par &s Armes des Turcs, que
pour mettre la Religion dé Malte , en état de repouffer les
nouveaux ‘efforts de ces Infidéles. Maïs toujours perfaadté
*” _
que tout puillant Sécours doit vénir d'en haut ; & que felon =
avértiflement du Prophêce, S3 le Seigneur ne garde la Ville,
C’eff en vain que les Hommes veillent à [a confervation, le Saint
Cardinal follicira avec une nouvelle ferveur, les Miféricordes
du Seigneur , en faveur de fon Peuple. H donna à tous fes. Diocë.
fains l’éxemple de la Pénitence, qu’il falloit pratiquer ; des
Priéres & des Supplitations qu'it fafloit faire ; & des 4ucres
bonnes œuvres, dans lefquelles chacun devoir s’éxéréer, dans
ces circonftances Critiques. On fe rendit plus affidu qu'’aupara-
vant À fes couchantes Prédications ; & tous fe firent un devoir
d’écourer La Voix du Pafteur,:& de lui obéir, Le Clergé & le
200 HISTOIRE DES HOMMES FLLUSTRES
Laivrz Peuple, Hommes, Femmes, Enfahs, tous fe, rouvoienc.aveg
“XLIII, une édifiançe Piété aux éxercices de Religion, qu'il avoit jue
Benos XII. 8° à propos de prefcrire : & le:Ciel ne méprifa point les Vœux
——— de tant de Fidéles, affemblés au Nom de JEsus-CHRIST,
our la Caufe de l’Eglife, Les. Turcs ne leur firent point le
mal, dont ils les avoient ménacés; parce que le Seigneur leur
Ota la Volonté, ou le Pouvoir, de leur en faire. sn
exxvirr . . Cenefut aufi-qu'au pié des Saints Autels , que le Serviteur de
Principes de Re- Dieu porta les marques de fa jufte reconnoiffance. T out excitoit
ue D fa Pièté &.fa Religion ;.les-bons, & les mauvais fuccès ; la
proper, & l’adverfité ; la Paix, & la Guerre ; les calamités
publiques. la ftérilité la difette , comme les riches & abon-
dantes Moiflons. 11 regardoit tout cela dans l'Ordre de la Pro-
vidence; & il accoutumoit fes Peuples à profiter de tout, pour
devenir tous les jours plus Religieux, plus Fidéles, plus recon-
noiïffans. Sa ferveur d’'Efprit dans le Service de Dieu, & fon
application à un. travail continuel, dans toutes les Fonctions
cxx1x. du Divin Miniftére, paroiflent prefqu’incroyables. On eut dit,
Sollicitude Paf- que fa nourriture, comme fes délices étoient uniquement , ou
AE el : chanter les Louanges, du Seigneur; ou de lui confacrer des
= Miniftres, des Temples, & des Aurels ; ou d’annoncer fa parole
! voy. ltalie Sacrée, aux Fidéles, Outre tous les Samedis de l’année , tous les jours
Ton. VII, p. 187. à : | . NE
" de Fête, & tous [es Dimanches de l’Avear, il a préché plu;
. - fieurs Carêmes' entiers, avec'autant de lumiére, & d'ondtion,
que de fatisfaction & de fruit pour les Auditeurs. ,. .
. Ce pieux Cardinal, déjà fi recommandable par toutes les
_CXX%. Vertus Paftorales, étoir auff fort eftimé pour fes lumiéres. Un
| de fa Diéé , & de Auteur Italien n’a point craint de dire, “ri fi dans route l’'Eu.
fa Doûtrine, repe Chrétienne on connoifloirpeu de Prélats, qu'on pûr mettre
en parallele avec l’Archevêque de Bénévent, pour.la Piété ; il
n’y en avoit pas r lui fut préférable pour la Doërive. Il eff
vrai que depuis fa jeunefle il avoit fair de la: Méditation des
Livres Saints, & {a plus douce confolation,, & fon occupation
ordinaire, foîit dans fes momens de repos, fuit parmi fes tra-
vaux, & fes Voyages. Il excelloit furroue dans la Science
Eccléfaftique , dont il avoit toujours fair yne Etude particu-
liére ; & fur ces fortes de Matiéres, il pouvait faire des Leçons
aux Maîtres ; cela avoit paru dans fes Conciles Provinciaux,
dont il n’étoit pas moins l’Oracle, que le Préfident. On en
avoit encore des preuves journaliéres, dans les fréquens Exa»
mens qu'il faifoit dé {es Clercs ; de même que dans les Confé-
Jences
&
ma
4
“
_ 2:DE L'ORDREDES DOMINIQUE; 208
pouces Eccléfafiques, quil avoir cables of jpprois Lr y RE
louvent, pour exciter l'Émulation ; & juger des progrès de ceux, XLIII.
qui inftruifoient déjà les Peuples ; ou qu'il deftinoit à leur inf- Bevoir XII.
trudion. Le Cardinal Orfini étoit en mème tems le Mécenas sm.
de eous les Gens de Lettres, leur Ami, leur Protedeur , leur ‘-—-
Bienfaiteur. 11 ne recevoit au nombre de fes Amis familiers’,
dont il aimoit la converfation , que des perfoñnés égilemen:
diftinguées par leur Vertu, & parleur fçavoir. Bien des Sçca-
vans fe faïfoient un mérire de lui confacrer les fruits de leur
veilles, dans des Ouvrages, qui-pouvoient. toujours enrichir
PEglile , & ajder.les Etudes des autres. IL publioit aulf lui-mê:
mé de tems en tems de nouveaux Ecrits 6 ôn 4Müre que {es
{eules Ordonnances. ; ou Lertres Paftoralés,, poufroïent rém-
ee deux gros Volumés. Cependant il ne prenoit la plume, que
orfque les Devoirs de la Charité, & du Saint Miniftére lui
Permettoient de fe livrer à ces doctes occupagions {x), ".. -
à I] ferait trop long, & prop difficile (il jious paroït même CXXXI.
impoffible ), de rapporter , avec. eurs circppftancés , rous les Cequ'ilafair dans
Biens ; & [es avantages lans nombre ; que lé clé Archevèque érééraniues
à procurés à une infnité d'Eglifes, dans une gréndé partie du du Royaume de
Royaume dé Naples, & dans fà vaite Province en particu- Naples.
lièr. H-faffir de dire, que par-tour.où, il porta {es atrentions ,
Den Métropolitain, .ou-en qualité dé Légat. du Saint
iége, il y fit régnes l'ordre ,-la Difcipline , La Juftice ;,& la
| is Il en bannjt. le’ Libertinage ; la Difcordé , la Simünie ;
P'Ufüre, & la diffipation des Biens de l'Eglife. Il appric à plu-
fieurs Prélats ä.tenir le Rang’, qui leur étoit dû, APTE
à. garder les bienféances, dont n'aufoient jamais dû s’éloi-
gner ; & obligea les Seigneurs temporels à réndré à teurs Paf
teurs, lobéillance, & Lhonneur"qu'éxige leur Caraére..Ce . —
poinc'dé Réforme lui aÿoit été particuliéremené recommandé : + ©
Sar Ja Sacrée Congrécation ; & nous ävoas vâ qu'il en avoit
Be an Décret exprès, dans fon premier Concile Provincial,
Mais les früies de ranç de sravaux du, Cardinal Orfini,.& de QXXXD
fa Sollicitude Paftorale : paroifloient {ur-tout.dâns l’état Aorif- Diockfe de Béné-
de une {à Pi Ron feel Sn ie An OA 0e vent,
, Lé
(2) Innumera edifta przlo edidit, quæl Nec in familiaribus fuis So À fed &in
duo ingentia conflare poflent volumina . .. | aliis bonarum Artium ftudia Cardinalis Ur-
Præful hic, magnum Litterarum decus , ac |finus amavit, ac fovit. lis fe Mæcenatem aq
Litteratorum Mæcenas, cui in præfensChrif- | Patronam præbniit : muiti pro terea’ Scrip -
fiana Europa paucos pietate pares, doétrinà | tores infipnia .volumina Cardimali Urfine
herninem majorem in/picit, fuos intèr nobi- [ñuncaparunt; cojus pattocinium , ac bene-
Jes ‘Aulicos no nif do@rini fpeétatifimos | ficentiam etperri fuétunt, &e. Archi: Firm,
copratés: fémper'/vofair ;:&ç! Ja Sscr, pags os 1 © rt Rs
| Fom: Will; Col 482,
2: T'ôme PT: A € ge ie. c'
Live £
X LIII.
Benoiïr XIII.
26: HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTÉES
fant où où voyoir'alors tout fon Diocèfé ; état bient différens
de celui, où il l'avoir trouvé, quand il en pric poñlefion l'an
1686. On n’a point oublié lés différens fléaux, dont ce Pays
voit éré plus d'une'fois affigé ; & on fe perfuadera fans peine
d'un Paftéur féréir digne de louange , quand par fes. foins,
) vigilance ,'& fes Libéralités, Îl n’auroit fair que rernéttre
toutes chofés fur l’ancidh :pié ; En réparant'lés pertes pafléës,
J'avoue que cela feroic beaucoup pour plufieurs autres: rnais cela
étoit trop peu pour le Cardinal Orfini. Voici c&-que rapporté
un Auteur éxactement inftruic, & qui n’écrivoit que fur de bons
Mémoires :.« Lorfque le Cardinäi Orfini arriva à Bénévent
» lan 1 686, tous tes Revenus des Eplites de fon Diocè{e n'al-
» loïerit pas du-délà de foixante fept mille cinquante -unt Du-
» cats. La plüpart de ces Eglifes furent si détruites par
» un double Tremblement de terre ; & cependant par le compte
» fidéle, qui en fut fait l'an 1715, il'a été vérifié, que ces.Re-
…. : . : Ie ; ! LS CT e ° : .e :
» venus excédoiernit la fomme de cent trente-cinq mille neuf
D cens, trenté fix Ducats. Enforte que cer Archevèque pou-
CXXXIII.
Pendant fon Ep:f-
copat , il a donné
prés de fept cens
mille Ducas,eu-
viron deux m.l-
hons,
» voit dire, comme le faine Honime ‘Job, que le Seigneur
» lui avoit rendu au double tout te ‘qu'il poflédoit aupara-
w ane (1) 5.
: On voit doïç ici unë partie du fruft de'fes V iftes Epifcopa-
les ; c'eft à-dire, de cètre connoiflancé éxade, qu'il avait voulu
preñdfe.de tour ce"qui apparrenoit aux Fglifes ;'& des füins qu’il
fe donnoit, pour conférver à chacune fes Biens ,& fe$ Revenus,
où pour lui taire reftiruér , ce que des mains facriléges ‘avoienc
ufurpé. Il eft vrai qu'il avoit beaucoup donné du fien, pour
augmenter les Revenus de celles, qui. étoient pauvres. ‘Si où
confidére en mêmèé reéms.les grandes Dépentes, u’il.s’étoit vd
obligé dé faire, où pour nourrir, & ‘faire; fubfi er uri, grand
Peuplè, où pour 'relevèr, & ornérrant dé faïnts Edifices deux
fois abâtus, on ne fera point tentc de douter de ce qu’on lit dans
Pltalie Sacrée ; fçavoir que pehdant fon Epifcopat le Cardinal
Orfini' avoit répandu en bonnes œuvrés , la fomme de fix cens
quatre vingt dix huit mille, cinq cené quatré vingt treize Du-
Cats Le 0 D UN dau ee à à
ce RE |
: (1) Ipfe hortanæ ac urgente, Ecclefia- mu redditus deprehenf Fiere. Proindè S. Jeb
um bona alcd auéta füiere , ut errumdem |efatom .ovans occinere valuit :.addidit Do-
redditus, duplici quamvis terræ mots cle |minus.omnis quæcnmque fuerant , dupli-
de artriri , in dap'en axcreverint, Cumque [cia ,:@c, Lee. S'en. Tom, VIII, Cal. 183,
ann0 1686 annua Ducatorum millia 670$a.| {29 Spatio annospm quinque ac Higinta,, :
€xplerent ; in calci:lum fe‘ ulè revocata an-'}quo Cardinalis Ne Au hanc budas
n
no 171$ ad 134936 excrevifle præfati an- [biliter rexit , pront fie bhae anno
Lt: DE VORDRE:DE 5. DOMINIQUE: 105
Quand plufeurs autres Ecrivains de répuyration n'afluseroient -Le y m Ë
pas le même.faic, les Monumeus qui (ub iltent ençore dans bd XL III.
Ville de Bénévent, & dans routes les parties de ce grand Diocè. Tr
fe , ea rendroient ua témoignage Public, La modeftie de notre LISA
ArchevxËque s'eppofa plus d'une fois, à ces Infçriptions, qui cxxxrv.
devoient. tranfmettre d la poftérité, le fouvenir de fes Libéral Monumens, qui
tés. Mais les Peuples n'en furent que plus-zélésà rendre leur A
reconmnoïflance publiques & à insérefler celle, de leyrs dernigté fais, & la recone
defcendans, Les uns dreflérent ces Monumens à l'infçû de leur noifasoues Beu-
Pafteur ; les autres le firent plus libremenc, lerfqu'is Le virene
élevé fur Ja Chaire de Saint Pierre s-plañeurs fe ons acquités.
de.ce devoir après fa Mors. Déjà dès l'an. 173 1 16 nombre de- : -
+
ges Colonnes de Marbre étoir f grand, qu'il rurgit été difficile”. ".:..
de les compter: & les-bienfairs, qui: dénnoienr pccafion À çes : :: >!"
témoignages Publics, étoient encore plus amulriphiés (rl . + dé
. Non; dit l’iluftre Archevêque de Fernte; Îl n'eft pas pof. cxxxrv.
ble de rapporter en détail, certe (uit. de faintes étions, dont ,, Référion de
Je pieux, & magnifique Cardinal des Trfins a renducélébres terme +
fon long Epifcapat : ce recit-groffireit trap notre Volume, «
Conrentons-nous'de dire,en pea de mors, qu'il nç s'eft poiar «
paflé d'année, nide mois , ni de jour, qai n’aitéré.marqué par «
quelque grand éxemple de piété, & de générofité ; par quel- «
que trait fingülier:, toujours digne d'être prepoféà limitation.
des grands Evèques,.& tranfniis 4 la mémoire de le pofté- «
ricé. Nul devoir de FEpifcopat,:nulle partie de la follitirude.«
Pañorale, aullé: pratique de:Charité, où cet. Homme de Diega
ne fe foit éxercé avec gloire. Tout ce qui peut appartenir aux
Culte Divin, à la décence, & à la beauté de la Maifon du «
Seignaur, à la propreté & à la magaificence des Vales Sacrés, «
à l'honneur des Saintes Reliques, à là-défenfe des anciens «
Rits, & de la Difciple Eccléfiaftique, à la-cenfervation. des
Droits’, &'des Immunités de d'Eglife, au-Salur des Ames: à «
la prédication de la parole de Dieu, à Finftrü&ion du Peuple, «
à l'édification du Clergé, à l'éducarion de la Jeunefe, au Ré «
Fe regie _Ecdefas à fexcenta & nona-| inclyto Præfuli ‘ in Civisate, x Dircef Be
ginta ea millia enm quingentis , ac nona-| neyentene ,ereÜæ fuere, itiderm jnnumerg
inta tribus Ducatis impendir (+). J4. $acr. |habeneur ; adcoque numeorari qminimé vze
Po. VIII , Cd. 187. ne ee pes AS ja
. {*) Le Ducag d'argent vaut environs un |bencfciis conferendis , gratumque aliorura
Ç | pe | lanimum jin excicandis infgni Beacfaétori
+ {1).Anfcriptionrs Marmoreæ , quæ ie pe-Ï monumentis femper decertalle, &c. Zbid,,
zsanc graü, obfequentifque anjmi pigaus,} " : .., .: :
Cci
to HISTOIRE DÉS HOMMES ILLUSŸTRES
Livaz #glemeñrdés Mœurs, à Pextirpation dés Abus, & dès Erteurs ;
XEIHIL enfin au folapgement des Pauvres, des Etrangers, des Mala-
Éenoir XII ” des ; dés Orp elins R des Veuves, & des Morts : tous ces diffé.
sxrens Devoirs, le Saint Archevëque de Bénévent les a connus,
., wi] les a tous remplis. Confervé par miratle parmi .les débris
1, va 11" 5 défon Palais difmilieud’uhé Ville 4fflisée, défolée; rénvérfée;
Lu, … w'luifeul 4 réparé vant de peïtes : feu. il a été la confolation,
msi ci w & le reffource de-ceux qui avoient tout: perdu. ‘Dans la Ville,
ÉXXAVI :;, dañs tout le Diocèfe de Bénévent , il n’y à eù ni Commu-
Rapprochez ce A LL 9 ue onda. RE he
témoirmge de ce. ” nauté , ni Famille, ni particulier” dans le‘befoin , qui n'ait
Jui du ScavantCa- .» éprouvé plus d’üne fois fa Charité bienfaifante ,: & 'prefque
su nes Pet35 inépuifäble. IFüe'Sseft pas borné aux Befoins préféens’, foit
sées à la findu pre ‘+ Spirituels ; ou Temporels; il 4 prévû ceux qui n’étoient pas
— de ce: encôre:; & y à pourvû. Il à chargé une Communäuté R'eli-
| » gieufe du foin de faire à perpétuité dés Miffions dans fon
+. >» Diocèfe ; & il a déftiné une fomme à cer ufage. Il a établi un
. # Montde fix ‘mille Dueats, pour l'entretien’, &-les Répara-
» tions des pauvres Egliles. Incæpable de jamaïs oublier les'né-
5 céflités des ihdigéns; il a: pourvä d leur fubfftance , ‘par uné
»'quatité dé Graîtis, dont la diftribution doit fe faire ; & dans
#» un Vafte Greniét:, qu’il a fair bâtir dans la Ville Epifcopale ;
# & dans cent foïxante fix ‘autres, qui ont été conftruits, ou
#agrandis à fes Dépens, dansdifféréns quattiers du Diocèfe {1}.
: -5 C’éft à cela’) céñitinue toujours Auteur, dont noûs tradui.
# fons les paroles) que cé gränd Cardinal faifoit fervir ; & les
> Biens qu'il'rériroit dé l'Éplife, &ceux de fon Patrimoine,
5 Son illuftre Famille luï payoit de groffes Penfions ; & nous
» avons vû que fa pieu fe Mere, en mourant lui avoit hiflé vingt
» cinq mile Ducats: À peine eüt-il rouché cer argent l’an 1702
» pendäñr üne éalamité publique, qu'il diftribua tout en œuvres
n'de mmitéricorée Pa)». : Maur |
»
: On convient cepéndant que, ni tous fes Revenus Eccléfiafti-
22
Urfini inierunt , ferè fexies centena Ducz=
“. (1} ‘Aë ñon ‘icer ‘if per Eu 2e , quæ
torum mili1a in Archiepifcopatu Beneven-
pius ac munificent fimus Archiepifcopus
Cardinalis in diuturno fui Archiepifcopatüs | tano illum erogafle in pias caufas teftaotur,
‘reg mine m Mr. ; ie: fériptio noftra. môduin | inrequam-Romanus Pontifer eliperetur.:mi
&xcedàa:! Ut'tadue pautis mülta cornpleéta gens profecto pecuniæ vis, &.iquafñ fupra
hür } hullüs ptétetiit angds, non thenfis , | fideñ liberalitas ; præfertimi fi Archiepifco-
kon dies ; qui précharé 1iquo'aut”pretaris | patâs redditus compatentur Sed'his acce=
aut libéralitatis opere notari , ac fignari non | dane alii Ecclefiaftici proventas , &: annuæ
poffit Præulibus'ad exemphim , pofteris ad | præftationes à re familiari, præfertim à pia
memoriam , &c: Archi Firm pag. 19. : ‘genitrice Joanna, &c. Archi. Firm. pag.
(2) Qui rationes impenfarum CardinalisË 24, . 2. + "à
Le | -
7" :DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. :os
gues , ni lesrichefles de fa Maifon, quoiqu'opulenté; n'auroient Er y na à
pô fuffire aux dépenfes immenfes, aufquelles la feule Charité, XLIHII.
ou le zéle du bien public l’engageoïent tous les jours , fi une Benois x
fage économie, & une extrême frugalité n’avoient été pour lui “pres
de nouvelles réflources. Id pouvoit donner beaucoup; parce cxxxvit
qu'il avoit beaucoup, & qu'il dépenfoit peu. Il vécut toujours, De
en Pénirent : & fes Officiers, fes Domeftiques même. à l’éxeme hiruble Bat
ple de leur Maître, fçavoient fe contenter du néceflaire, Les eur.
plus riches Mondains font toujours pauvres dans leur opulence :
accoutumés:aux folles dépenfes dé la Table, au Luxe, au Fafte,
à la Prodigalité; ils ne peuvent ni faire des Charités, ni acquiter
leurs dettes; parce qu'ils ne veulent point donner de bornes .,
leurs injuftes paflions. Ne difons rien de ces Ames balles, très- oo te
petites malgré leurs grands Noms ; qui, par un autre excès
a à plus blamable, entaflent, & enferinent foigneufement
eurs tréfors, fans ofer y toucher ; fans jamais s'attendrir fur les
miféres Publiques ; fans vouloir écouter ni les cris.des Pauvres,
ni les juftes plaintes des Créanciers, ni la pärole.de l'Evangile,
ni la voix de la Confcience. Combien l’éxémple de notre Ar-
<hevêque condamnera t'il la conduite des uns, & des autrest
Egalement éloigné de l’avarice, & du fafte, il fçavoit fe faire .
honneur, des richefles, que le Seigneur lui donnoit..Elles paf
{6tent-par fes mains; élles. Pt rai s’y multiplier pour ho-
dors foi, & il en faifoit la diftribution,, moins:en maître,
qu’en prudent économe, & en difpenfateur Fidéle._ . :::
:" Un Pafteur, à qui la nature, & la Grace n’avoient donné que
des entrailles de miféricorde: un Evêque, que le zéle dévoroit
pour le Salut de fon Peuple ; & qui fçavoic Jeüner, pour avoir
de quoi raffafier la faim de l'indigent , ne devoit point crain-
dre qué le Ciel ne fit tomber fur lui, les malédictions, dont
font ménacés ceux qui marchent par des voyes bien differentes
de celles, que nous lui avons vû fuivre avec tant de conftance,
.& de fidélité. Malheur, difoit le Seigneur, par un de fes Pro.
phèêtes ; malheur aux Pafteurs d’Ifraël , qui fe païflenc eux-
mêmes, en abandonnant leurs Brebis; qui fe noutriflent de
Jeur lait : qui fe couvrent de leur Toifon; & qui choififfent pour
eux ce qu’il y a de gras dans le Troupeau. Mälbeur à ‘ceux ;
qui ne raffermiflent point ce qui eft foible , qui ne lient point
ce qui eft rompu; qui ne travaillent point à panfer, & à guérir
les Brebis qui font malades, ni à bander les playes de celles.
‘qui font bleflées, ni à relever celles qui font a , &. À
c iij
206 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvax chercher celles. qui s’égarent ; maïs qui fe conténteht de Îles
XLIIL dorninér avec une rigueur pleine de févérité, & d'empire t
Brvoir xt, 0 Paforibus Ifraët, &cc. Le zEé & charitable Archevêque
_— (le Bénéventne reffémbla jamais à de tels Pafbeurs; parce que;
Bb, mouv,à. aus la, pratique des vertus Ghretædnes, & religieufes; il avoir
. , éppris d devenir l’Imicatéur & lé Difciplé de celui qui eft apellé
7, 7,7 , par exééllencé de bon Pafteur ,:le Pafteur unique , toujours
ve D cendrofle pour &s Brebis, & prêt à donnct fa Vie pour
cles ve Rue ne DU
CcxxxVIIT. . En fuivanc lés mêmes maxkimes, &c ne confultant que fa Re.
Métiutemett ligion , quels mérites notre Prélat n’a-v'il pas acquis devant
apcue € iccon À . re : e ’
Fondateur de A Dieu: Et{ ce qu'il ne fe propofoit pas ) quel nom ne s’eft-il pas
Ville de Bénévent. fair devanc les Hommes : Sa Ville Archiépifcopale, qu'il avoit
trouvée fans ornesnens, fans beauté , manquant de plufieurs
commodités ; Ville infortunée, qu'on vitdeux fois réduite en un
Monceau de pierres ; mais qui relevée par fes foins, & portée
à un dégré de fplendeur , qu’elle avoit perdu depuis long-cems;
fe glorifie de l'avoir aujourd’hui pour fon {econd Fondateur,
apres Dioméde Roi d’Etolie ; ‘ou poar le troifiéme , fi on veut
attribuer la même gloire à un ancien Duc de Bénévenc. C'eft
la réflexion del'Archevèque de Ferme (1). |
Selon l'expreffion d'un autre Hiftorien , nous pourrions dire
du Cardinal Orfini,‘cæ qu'un Ancien Auteur a dit de l'Empe-
reur Augufte, qu'il a iaiffé vouc brillant de Marbre ce qu'il
n'avoic trouvé bâti que de Brique {2}. . |
On diroit que, toûjours atrentif à ne copier que de grands
CXXXIX. modeles, notré Cardinal s'étoic propoié de retracer, dans fon,
Sur quels Modé- . | | F )
less'étoit formé le Epifcopat , en faveur de fan Peuple , rouc ce qu'on lit de beau,
Saint Prélat, &c d'édifianc, dans l’Hiftoire des plus Saints Evêques de différens
Siécles, Comme le iébre Théodore de Cyr ,il:a fait condui-
re à grands frais une fource d’eau, dans fa Ville Epifcopale,
pour de foulapement des Citoyens. Comme Saint Hilaire, il a
écrit un Traité des Synodes; & il a montré le même zéle pour
(1) Magnas præscreà vires habuit fruga-[. (1) Demum tantus putpuratus Antiftes tot
Jitas Archiepifcopi, que multis impendüs ,|tantaque geflit, ut vix explicari valeant,
mulris erogatiombus fota fuMicere videba-| Dicere fuffcier hanc civiratem , ac Diæce-
tur : ac propteres mirandum non ef, fi Be- | lim , facrie, profanifque Ædibas adeo ha-
neventum , quod unà cum Diæcefr informe | neftaffe, ur alteram prorfus induiffe formam
acceperat , ac duplici tœrræ motu bis quaffa- | videantur. Quod autem de Augufto Hifto-
tum , fplendidum , omatumque reliquerit ,| ricus ille jaétiravit , de eo Jure dici poreit,
merkô habuus Diomedem Ætoliæ Re-| Marmareum fe relinquere Beneventum cum
cs & Achañim Ducem tertius Conditor | fua Diæcefñ , quod lateritium acceperar, &ce
bis. Archi, Fir. qe a à Tea. Sncr, Tom, VIII , Co. 138 :
L ER
An à RS A
® DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 207
a purèté de la Fdi, & le maïntien de la Difcipline Ecclé- ‘L 1°v'R =
fia, ique. À l’imiration de Saint Martin, il a été le Pere, & -XLIII.
le Fondateur de plufieurs Communayrés Religieufes ; qu'il a Renoir XII.
fait marcher dans la Sainteté, & la Juftice. Il n’a été ni moins mem
vigilant à fa garde des Vierges Chrétiennes, qu’il avoit confae
crées à JESUs:CHR1IST, hi moins appliqué à perfectionner
toujours ces Ecoles de Piété, & de Doërine, qu’il deftinoit À
former de faints Miniîtres de l’Autel , & d’habilés Conduéteurs
des Peuples. 11 eft permis de dire de lui , ainfi que de Saint
Ambroile , que fon Caractére a été la douceur, la compaflion,
la charité :, fon occupation ordinaire, la priére, le travail,
l'étude des Saintes Ecritures : & il faut ajouter la louange de
Pun, ce qui a été écrit de l’autre ; que la grandeur , ou la viva-
cité du zéle l’avoit rendu fi a@if, & fi infatigable dans l’éxer
cice des faintes Fon@ions, que feul il faifoit ordinairement,
ce que cinq autres auroient euù de la peine à éxécuter.
Saint Charles Borromée, le plus illuftre entre les Succefleurs CXL.
de Saint Ambroife, dans le Siége de Milan, a été encore l’un ,Pa#léle du Car
des modéles de lArchevèque de Bénévent, Les trairs de reffem- j: Cardinal Saiue
blance entre ces deux célébres Cardinaux font fi naturels, fi D Borro-
mulripliés, & fi frappans, qu'on ne fçauroit parler du dernier,
fans fe rapeller en même cems le fouvenir du premier, & de fe
plus belles Aions. a RS
.… Elevés avec les mêmes foins , par des Parens qui faifoient
profellion de Piété, ils avoient donné, dès leur tendre enfan-
ce, les mêmes marques de ce qu'ils feroient un jour ; & les
_ fuires ont également répondu à leurs beaux commencemens,
L'un a fçu fe mettre au-deflus d’une perfécution domeftique;,
en méprifant la voix de la chair, & du fang, pour fe confacrer
d Jezsus-CürisT, dans le Gloître. L'autre déjd'dans l'éclac
des honneurs, dans un âge peu avancé. auroit rompu'fans peine
tous fes liens , pour embrafler le même état, fi un Homme de
Dieu (Barthelemi des Martyrs)ne l’avoit affuré, que le Seigneur
avoit fur lui d’autres penfées. Barromée dans {a vingt-deuxiéme
année fe trouva chargé de l’Archevêché de Milan, qu'il n’avoit
point défiré : & Orfini ne couloir que fa vingt troifiéme année,
quand il fur revêtu malgré lui de la Pourpre Romaïne. Tous
Je: deux , l'ont long-tems honorée par teurs Vertus. Tous deux,
dans les derniers Siécles , ont fait voir en leurs perfonnes, route
Ja fainreté, & les Mœurs auftéres des anciens Evêques. Celui-.
là favorifa de tout fon Pouvoir la conclufion du Saint Concile
r
4
208$ HISTOIRE DES HOMMÉS ILLUSTRES :
-Lirwmzæ de Trente; & celuici a toujours fair fon capitak, de fe. confor
XLIHT. mer à fes. Déçrers,& de les faire obferver:.. :,.:, :
Denoir x Dans le Réglement de leur propre conduite, & de leur
— Maifon, ils ont donné À tout leur Clergé, un parfait modéle
de modeftie, de frugalité, & d’une vie éxaétement formée fus
Pefprit des Canons. Leur zéle futle même, à affembler fouvenc
des Synodes Diocéfains , & des Conciles Provinciaux, à vificec
réguliérement:tous les ans une partie de leurs Diocefes, &
-quelquefois-Jeurs Provinces ; à mettre par rout des Miniftres
prudens, fages, éclairés; à annoncer eux-mêmes à leurs peu-
ples la;parole du Salue , & à leur adminiftrer les Sacremens ;
à s'oppofer aux. fcandales ; à extirper les. Abus; À rérablir la
Difci fine , à foutenir avec fermeté les intérêts de la Religion ;
& à faire fleurir la Piété , autant par la vertu des éxemples,
que par la fainteté des Loix. Animés d’un même Amour pour
l'Eglife , d'un même zéle pour le Salut des Ames, ils donnerenc
se plus d'éclat, & plus de Majefté au Culre Divin, & augmenté.
4 : © rent le Service ordinaire, par les Prédications, les Proceflions,
oi les Salurs, & les autres pieufes Pratiques, prêpres à occuper
faintement les Fidéles, les jours de Fête, en les retirant des
jeux, & des profanes divertiflemens. Ils ornerent avec beau-
coup de magnificence les Temples du Seigneur, afin d'y.attirer
es peuples par ces dehors frappans; & multiplierent en même
tems les Inftruétions , pour apprendre aux Fidéles, que ces
chofes fenfibles .devoient élever leur Piété à des objets plus
fpirituels. Par leurs: foins attentifs, on vit naître de nouvelles
Sociétés de Chrétiens , qui répandoiïent la bonne Odeurde
ESUS-CHRIST, pendant que les anciennes Confrairies,
déchüës du premier efprir de leur Inftiturion ; reprenoiçent
avec leur primitive ferveur, lesmêmes ratiques de Pieté, qui
les avoient rendues a belee ne,
. Le Tribunal Eccléfiaftique des. deux Cardinaux Archevê-
ques, fut toujours rempli par d'Officiers inftruits, zélés cou-
rageux, incorruptibles. Ils créérent dans leurs Métropoles,
de nouvelles Prébandes; une Théologale, pour faire prêcher.
régulierement tous. les Dimanches, & faire deux fois de la.
femaine des Leçons de Théolegie aux Clercs; une pénirencè-
rie, pour connoître des cas réfervés ; & tenir des Conférences .
fur la Morale; une Doctorale, pour expliquer aux jeunes Ecclé.
fiaftiques , outre les Saintes Ecritures, Le Cérémonies.Sacrées,.
les Çoutumes:, & les Ufages de l'Eglife. Hs firent ouvrir par:
.. osit. soi ve 5 ‘tout
.''DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. :o9
tout des Colléges, & des Ecoles Chrétientes, pour y enfeigrièr
gratuirement les principes de la Religion, & y former les mœuis
de la Jeuneffe. Bevotît XII.
Re
La profufion de leurs Aumônes fut affez femblable : on rap
porte de Saint Charles Borromée, que dans peu de joars il diftéi-
Le foixante mille Ecus d’or. Et-nous avons vé que, félun:le
Continuateur de l'Abbé Ughel , Orfini avoir donné au-def4 ‘de
fix cens quatre vingc dix-huit mille Dudats. Cés$aines Cardt-
naux fçavoient bien, que rien ne fied mieux à des Miniftres de
la Charité de JEzsus-CHRIST,, que la Miféricorde, & la
Libéraliré envers les Pauvres, Ils feavolent, qua fi les vérita-
bles richefles de l'Eglife , font fa Foi, fa Patience, fes Sacre-
mens, fes Vertus, & fes Efpérances éternelles, comme parle
LUNIRE
HNLIII.
M Fléchier, Pané-
gyc. de S, Char. Barr,
un grand Maître de l’Eloquence Chrétienne ; il eft du devoir
des Evêques, d’amafñler les biens Spiriruels, comme le fonds
naturel de leur Miniftére; & de regarder les biens Temporels,
comme un fonds étranger, qui n’eft dans leurs mains, que pour
paflèr dans celles des Pauvres. Les occafions de pratiquer la
Charité , en répandant leurs bienfaits ,.ne pouvoient manquer
ni à l’un, ni à l’autre ; puifque nous aurons toujours des Pauvres
parmi nous: JEsus-CHRIST l’a dit. Mais une double calamité
Publique les mit dans une nouvelle nécefité ,'de diftribuer,
avec une efpéce de profufion, les Tréfors de l'Eglife. Le fléau
de la Pefte fe renouvélla deux fois à Milan, fous l’Epifcopat de
Saint Chañles Borromée:: & deux Tremblemens de rerre ab
merent la Ville de Bénévent, pendant qu'Orfini en étoit Ar-
chevêque. La conftance du premier fut mife à de plus rudes
épreuves, mi la malice des Hommes corrompus, & le fecond,
dans une plus longue fuire d'années, a travaillé, dans un mi-
niftére de charité, à la fanéification d’un Peuple toujours fou-
mis , & docile, _—_.
Pour finir ce parallele , qu'il nous feroit aifé d’enrichir de
plufieurs autres traits, il fuffit de remarquer , que Dieu avoit
donné dans fa Miféricorde ces deux grands Perfonnages à l’Egli-
fe ; afin qu'ils fuflent, chacun dans fon Siécle, la confolation
des Fidéles, & le modéle des autres Prélars. Il les avoit expo-
fës, comme des Lampes brillantes, fur des Chandeliers élevés,
afin qu'ils répandiffent au loin la lumiére , & la bonne Odeur
de JEsus-CHRIST, par une Vie pure, une Doétrine faine,
& une Charité qui fut toujours ardente ; comme leur com.
paflion pour les affligés, ne fut jamais ftérile. On {çait que
Saint Charles Borromée, après avoir ed une grande part au
Tome VI. D d
110 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrivry% Gouvernement de PEpglife Univerfelle, fous le Pape Pie IV fon
XLIII Oncle, & avoir contribué à l'Exaltation de deux Souverains
Benoëir x lontifes; termina fa glorieufe Carriére, dans fa Dignité de Car-
dinal , âgé feulement de quarante-fept ans : & le Cardinal des
“Urfins, ayant honoré la Pourpre Romaine, l’efpace de cin-
uantè deux ans revolus, pendant lefquels il avoit donné fon
| fa ffrage, dans l’Eleétion de cinq Papes, il devint lui-même, par
la volonté de Dieu, le Chef, & le premier Pafteur du monde
Chrétien, | | L
." Fin dui Livre Quarante-troificme: .
Le
RE
ÉTRS CAN PAN AN A NS PS
RE OR A EL Re es LE LR CT Pre
Re SU RON Te Ne ET END Ne DE Su
L 1 DES nu | | he
HOMMES ILLUSTRES
LL DE. 0
SAINT DOMINIQUE.
LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME.
pm) E Pape Innocent XIII, dont la prudence, là L 4,8 €
SA] picté , l'amour de la Paix, & la charité envers ZI
(ERA 7) Ph Pauvres, font connues, étant mort le feptié- ee _—
| EME/4] me de Mars 1724 ; après deux ans, & dix mois BENOîT XII.
mme de Pontificat : les Cardinaux, qui ne fe trou- 1,
—— voient pas alors à Rome, s’y rendirent en dili- Mort du Pape
gence ; pendant que ceux qui étoient préfens, honoroient les Innocent Xl
Obféques du Pontife défunt, & difpofoient toutes chofes,
pour le prochain Cohclave. Bientôt on y vit cinquante quatre
Cardinaux aflemblés, ayant à leur rête Antoine Tanara, leur
Doyen ; qui, avant l’Eleétion d’un nouveau Pape, finit fes
jours le deuxiéme de May; &,.par fa mort laiffa à l’Archevé-
que de Bénéventc , une place, qu’il auroit dû depuis long-tems
occuper, felon fon Rang d’antiquité.
. C'étoit le fixiéme Conclave, où notre Cardinal paroïfloit ;
& dans lequel il. continuoit de donner à fon ordinaire les plus
beaux éxemples à imiter. I] femble, que le Pape Clément XII,
: an den du ae 7 nie Ddi -* ]
212 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre dans fa Conftiturion de 1732 donnée pour le bon Réglement
XLIV. du Conclave, n’air fair qu'exprimer les Sentimens, & la Pra.
tique de ce pieux Cardinal, lorfqu'il a dit :
« La follicicude du devoir Paftoral , & l’amour du bien public
» noys.engagent à prier , exhorter. avertir tous les Cardinaux,
» & à les conjurer fortement, par les entrailles de la miféricorde
» de notre Seigneur JEsus-CHRr1sT, & par l’effufion de fon
» précieux fang, de penfer férieufement , quand il s’agit d’élire
» un Souverain Pontife, à la grandeur de leur Miniftére, à
» l'importance de l’Affaire, & à la Dignité du perfonnage, qu’ils
» fone dans l'Eglife: Qu'ils n’oubliene pas qu’en donnant un
» premier Pafteur à toat le Troupeau de JEsus-CHRIS'T, ils
» font les Interprètes des Volontes Divines ; & que rien ne
» fçauroit être caché aux yeux de Dieu, à qui ls engagent
» leur Foi, par un Serment folemnel (*). Qu'ils fe fouviennent
» encore, que c’eft peut-être celle de toutes leurs actions, pour
» laquelle il leur faudra rendre le compte le plus rigoureux au
» Souverain Juge; de: la Jufktice , ou de la Miféricorde duquel,
» ils doivent cräindré les plus févéres châtimens, ou efpérer
» les plus grandes récompenfes, pendant l’Eternité. C’eft pour-
» quoi, remplis nous mêmes d’une religieufe frayeur, par la
» confidération de ce HAE 1 ges nous ordonnons très-
» expreflément à tous les Cardinaux , & leur commandons de
»5 s'en tenir éxaétement à ce que la Confcience , & les Loix
» prefcrivent dans cette ocçafon : afin qu’en portant leur fuf-
£ 21 3 » frage, & dans toutes les chofes, qui ont trait à l’Ele&ion,
| 7” »ils n’ayent que Dieu en vûe; qu'ils ne-fe propofenc que fa
| » plus grande Gloire, & les intérêts de JEesus-CHRIST;&
: | » qu'élevés par la Religion , au-deflus des artifices de la Poli-
» tique humaine; des Fa&ions, & de tour Efprit de parti ils
5 agiflent toujours féligieufement, librement , fincérement ;
» fans avoir égard ni à leurs intérêts propres , ni à ceux de
» leurs Amis, ou des Princes ; ni à aucune autre affeétion par-
» ticuliére ; & qu'ils élifenc pour Vicaire de JEsus-CHRIST,
» celui que le Seignèur:a élu ; c’eft-à-dire, celui qu’ils croiront
» felon Diçü, le plus capable de gouverner faincement l’Eglife
» Univérfelle, & de rendre fon Miniftére plus utile à tour le
» Monde Chrétien fr) ». D De |
(x) Lorfqu’nn Cardinal dans le Conclave , | gere , quem ferundim Deum fudico eligi des
Sapprochce de FAutel, pour mettre fon Bil-|£ere, cr qudd idem in acce]ln preffabo. De
ler dans Le grand Calice, préparé pour cela, }Servor. Dei Beatif..&c. Tom. III , Cape
il faic cetre proteftation : Teflor Chriflum|XX; I , pag. 471: on
Dominum , qui me judicatiras eff, me «li-| (1) Caterum, taraetfi opus nôn eflein Do:
Benoîr XIIL
CRE RER
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 213
Le Cardinal des Urfins n’avoit pas fuivi d’autres Maximes, Lry r ÿ
bien perfuadé que, dans'une affaire la plus férieufe ,commela XLIv.
plus intéreflante qui fût jamais, il ne falloit avoir d’autre vüe, a
que de remplir les Deffeins de Dieu ; & que pour attirer les 2EN01T XIT,
Lumiéres du Saint Efprit , il étoit néceflaire d'ajouter le Jeüne LL.
à la Priére, comme avoient fait les Apôtres. Toujours uni à Conduite ordi-
Dieu par la ferveur de fes Oraifons, le Saint Cardinal ne trai. D
toit jamais plus févérement fon corps, & n’interrompoit ja- Conclare.
mais moins fa prière , que dans le tems qu’il devoit concourir
à l’'Ele&ion d’un Chef vifible de l’Eglife. Ses Jeûnes ordinai-
res étoienc alors au pain & à l’eau : encore fe refufoit-il quel-
quefois ce foulagement : & s’il mangeoït peu , il dormoit en-
core moins. Humilié, profondément anéanti le jour & la nuit
fous les yeux de Dieu, il pouvoit dire avec le Prophète, que
fon ame étoit colée à la terre; & que fes yeux ne fe fermoient
pas. La divifion des Efprits, les intrigues de quelques Minif-
tres, les Cabales, & les Faétions , que l’Ennemi de a paix
trouvoit quelquefois le fecret de former dahs ces faintes Af
femblées , dont rien de femblable ne devroit jamais approcher :
tout cela en affliceant le Serviteur de Dieu, lui faifoke répan-
dre bien des larmes : fes gémiflemens étoient continuels, juf-
qu’à ce qu'il plût au Pere des Lumiéres, & au Dieu de toute
confolation , de faire entendre fa Voix, & de réunir les fen-
timens,. …
Ce n’étoit que Ée obtenir cette Grace, que le pieux Car-
dinal offroit tous les jours les Saints Myftéres : & 1l le faifoic
avec de fi grands fentimens de Foi, avec tant de ferveur, &
de dévotion, qu'il en infpiroït à tous ceux , qui le voyoient
à l’Autel. Ferme fans encètement ; lorfqu’il n'efpéroit pas de
pouvoir faire élire celui qu’il jugeoit le plus digne, on le trou-
voit toujours difpofé à favorifer les démarches de ceux, qu'il
connoifloit zêlés pour l'honneur de lEglife, & qui n’avoient
cogitent , fe in renunciando fupremo ipfus
EcclefiæReétore , divinæ mentis Interpretes
conftitutes ; nudaque omnia , & aperta cfle
in aculis ejus, cui folemnis & aréliilimi ju-
rifjurandi religione fidem fuam promifluri,
&-obligaturi funt ;: neque aliud efle forfan
pofle in omni eorum vita faétum , de que
tam arduum , acque difficile eis futurum fie
râtionem reddere æterno , juftoque Judici
fernpiterna vel præmia , vel fupplicia decre-
uro.. ; &c. De Serv. Dei Beatif. Crc. Tom
III ,pag. 473. Col, 2. |
Ddiïj
mine confidimus, urgente nos tamen. Pafto-
ralis Officii dekito , ac præcipuo , quo tene-
- mur, boni publici defiderio , -Cardinales
nunc , & pro tempore exiftentes, per vifce-
ra mifericordiæ ejufdem Domini noftri Jesu
ChrisTr, & per effufionem fui pretiofr San
guinis, enixé rogamus , hortamur, obfecra-
mus, & monemus , ut tunc potiflime , dum
fcihcet de. creando Romano Pontifice api-
tur , ferio perpendant rei, quam gerunt,
gravitatem ; minifteri, quod per eos traéta-
ter, magnitudinem ; ac perfonx , quam in
Eccleia Dei fuftinenr dignitatem ; feduloque
214 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lives eux-mêmes d'autre intention , que de remplir dignement la
XLIV. Chaire de Saint Pierre, en élifant un Sujec capable de porter
Bexnoîïîr XIII .
TITI.
On penfe il'é- fance en la protection de Saint Philippe de Néri,
rain Pontifcat.
un fi grand fardeau. Il fe regardoit lui-même comme le der-
‘nier de tous, & le feul, à qui on ne devoit jamais penfer, pour
une aufli haute Dignité. UMTS |
Telle avoit toujours été la conduite du Cardinal Orfini, dans
tous les Conclaves, où il s’étoit trouvée avant l’an 1724. Sa
Piété ne fe dêmentit point dans celui-ci ; mais elle y fut mife à
une plus rude épreuve. On fçait que le Conclave fut long, ts
qu'ayant commencé le vingtiéme de Mars , après un beau
Difcours prononcé par François Blanchini de Verone, Chanoïne
de Sainte Maïie Majeure ,on n’er étoit pas plusavancé le vingtié-
me de May : ce qu’un Hiftorien attribue en particulier à plu-
fieurs difficultés, occafionnées par la mort imprévue du der.
nier Pape (1). Les longues Vacances du Saint Siège font ordi-
nairement préjudiciables au bien de l’Epglife, & à la tranquillité
de la Ville de Rome. Maïs outre ces confidérations, qui de.
voient intérefler toutes les perfonnes fenfibles à l'honneur de
Ja Religion, le Cardinal Orfini avoit d’autres raïfons, de fou-
haiter di prompt retour à Bénévent:aufli redoubloit-il l'ardeur
de fes Prières, avec la rigueur de fes Jeûnes. Sa Éne con-
ont il avoit
lever au Souve- |
peur. fouvent éprouvé le crédit auprès de Dieu, l’avoit porté à pré-
Ilen eft effrayé.
venir fa Fète, en commencant une neuvaine en fon Honneur. I]
ne lavoit point achevée, quand il s’apperçut avec encore plus
de douleur que d’étonnement , qu’on penfoit férieufement à le
charger lui-même du redoutable fardeau. 1] en fut effrayé, con-
fterné, atterré. Si quelque chofe put le rafurer un peu dans fes
premiéres allarmes , ce fut l’efpérance de trouver peut-être
quelque moyen de faire changer ces difpofitions. Eh, que ne
fic-il pas pour y réuflir ? Que ne lui infpira point fon ingénieufe
Humiliré ? On aflure que depuis la mort du Doyen du Sacré
Collége, le Cardinal Orfini, pour aliéner de foi les Efpritss
affectoit de faire paroître un le outré ; & de gronder pour les
lus petires fautes. Vous fçavez, difoit-il un jour à quelques
Jeunes Cardinaux, que je fuis zélé , que je paffe pour un Réfor-
mateyr,& un Homme difficile : & vous penfez encore à me
faire Pape ? — |
(1) Romæ itaque juftis perfolutis Innocen- | de eligendo Summo Pontifice Oratione , 1e
tio XIII, & invocatà Divini Spiritüs ope ,| Martii 1724 Cardinales Vaticana Comitis
habirâque à Francifco Blanchino Veronenf , | inchoaruot , quæ celer & inopinatus Ponti-
Utriufque Signaturæ Referendario , & Libe-| ficis obitus mulus difhcultatibus implicayer
gianx Bañlicæ Canonico, gravi, clegantiquel rat. Archi. Firm, pag. 30 , 31»
‘DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 275
On y penfoit fans doure : & c'étoit précifément, parce qu’on
_ le connoifloit bien , qu'on faifoit mains d’attention À fes mena-
ces , qu'à fes vertus. On n’ignoroit point de quel efprit il étoit
animé. S’il aimoit la Réforme, il la prêchoit d’éxemple; & fe
réformoit le premier. La prudence d'ailleurs, & cette douceur
ui faifoit fon Caractére, tempéroïent bien la vivacité du zéle,
ue il étoit confumé. La Charité avoit toujours réglé. fes dé-
marches ; & dans le fonds, il ne fçavoit être févére qu'envers
lui-même. Lorfqu'il vit que fes premiers efforts étoient vains,
& que fon Election, déjà conclue , alloit être confirmée par le
Scrutin, il s'avifa de prier unilluftre Cardinal de fes Amis, Pro-
teteur des Affaires sn Couronne, de lui donner l’Exclufion
au nom du Roi : & il.demanda cette grace, avec tant de for-
ce, ou d’importunité, qu’il fallut enfin faire femblant de lui
promettre, ce qu’il défiroit avec tant d'ardeur. Mais le fage Car-
dinal , qui n’avoit ufé avec lui d’une efpéce de diflimulation,
es pour le calmer, & fe procurer à lui-même quelque heure
e repos durant la nuit, ne fut pas des moins ardens à confom-
mer le lendemain , une Affaire , qui étoit arrêtée dans le Ciel.
Orfini lui en fit des reproches ; & chercha de nouveaux expé-
diens. | | |
Il propofa, dit-on ,un compromis, aflurant que fi on lui fai-
{oit l'honneur de lui laifler le choix , il nommeroit un digne
Pape , dont tout le monde auroit lieu d’être content. Un an-
cien Cardinal lui répondit au nom de tous, qu’on n’en venoit
à cet expédient , que lorfqu’on ne pouvoit point s’accorder :
mais que dans le cas préfent ils écoient tous d'accord de le faire
Pape ; & que leur Election devoit être regardée comme dé'à
faite. Orfini demanda qu’au moins on la différat jufqu’au len-
demain ; & il ne püct obtenir ce court Délay. Ce dernier re-
fus acheva de déconcerter le Saint Cardinal ; à qui la Digniré
de Souverain Pontife paroifloit infiniment plus redoutable ,
que l’humiliation & J'abaiflement ne le font aux Hommes
ambitieux, & fuperbes. Il alla donc fe renfermer dans fa Cellu.
le; où profterné devant l’Image du Crucifix, il répetoit dans
amertume de fon Cœur, ces paroles du Roi Ezéchias : Mes
yeux [e font laffes, à force de regarder en haut : Seigneur, je fouffre
violence | répondex pour moi. AE
_ Tandis qu’il prioit, & qu’il répandoit fon Ame devant le
Seigneur, l'Affaire ayant été terminée par le Scrutin, & luna.
nimité des Suffrages , les Cardinaux Chefs d’Ordre, & le Car.
Lirverr
XLIV.,
Benoit XIII,
D né nn 7]
IV.
Iltente tout pour
éloigner de lui 14
fuprême Dignué,
I XXXVINT, #4
Lryrx
X LIV.
Benoîïr XIII,
V.
Il eft élu unani-
mement , & ne
peut fe refoudre à
accepter la Papau-
1216 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
dinal Camerlingue , précédés par les Maîtres des Cérémonies
allérent le trouver, pour lui annoncer l’Ele@ion qui avoit été
faite Canoniquement de fa Perfonne, & l’engager à aëcepter,
en donnant fon confentement à ce que le Saint-Efpric vénoit
de faire, par leur Miniftére. Le Pontife élu continuoit à re-
fafer ; & on peut bien aflurér | que jamais refus ne fut plus
modefte, ni plus fincéré, Son grand âge , fes infirmités, fa pré
rendue incapacité , &: la réfolution fixé , qu'il avoit formée
de ne jamais confentir à fon Elévation fur lé Saint Siége .
dtoient lesraiforis * oppoloit. Oh cétitinuoit auffi à le preffer.
Vous devez vous fouvenir , lui difoit-on , de tout ce qui s’eft
_ paffé dans le Coniclave, avant la réunion dés Efprits. Vous êtés
VI.
La crainte de ré.
fifter au S. Efprir,
& de troubler l’E-
ghile , le fait con-
fentir à {ou Elec-
tion,
VIT
Réfléxions d’un
illuftre Ecrivain.
celui, qui en avez paru le lus touéhé : nous avons tous été
témoins de vos gémiflernens, & de vos larmes. Si, cé qu’à Diéu
ne plaifé, vous refufiez toujours le Pontificat, où Dieu même
vous apelle par les Suffrages unanimes de tous les Cardinaux ;
Ja divibon ,& pat conféquent le fcandale, recommenceroit avec
plus d'éclat ; & vous er rendriez compte à la divine Majefté,
L'humilité a fes bornes : ou plutôt cette sr humilité,
qui avoit rendu le Serviteur de Dieu fi conftant à fuir les hon-
neurs, l’engagea enfin à plier fous le poids de l'Autorité. Il refta
quelque tems fans parler, ayant toujours les yeux fixés fur le
Crucifix ; & fe levant enfuite: 4/ons, dit-il, achever leSacrifice.
Conduit par les Cärdinaux devant l’Autel de 14 Chapelle de
Sixte , il y fit une longue Priére : après laquelle le Maître des
Cérémonies le revêtit, félon l’ufage, de la Soutane blanche,
du Rocher, du Camail, du Bonnet rouge, & lui mit les Souliers
brodés d'or, avec une Croix. On chanta le Te Deum : & le
nouveau Pape, qui prit le Nom de Benoît XIII pour honorer
Ja mémoire du Bienheureux Pape Benoît XI, autrefois Reli-
éfeux de fon Ordre, s'étant placé fur la Chaire Pontificale, les
Cardinaux lui rendirent leurs premiers refpeés, en baïfant la
main de fa Sainteté, qui les embraffa tous. Si la joye dès-lors
fut grande dans le Conclave ; elle éclata encore davantage
dans la Ville de Rome; & bientôt après dans toutes les par-
ties du monde Chrétien, où la nouvelle de cette Election fut
ortée. | |
; En effet, dit unilluftre Archevèque , dans la fituation pré-
fente des Affaires, on ne pouvoit rien faire de plus à propos,
ue de placer fur le Siège Apoftolique , un Homme, tel que le
Cardinal Orfini ; qui, par fa Sainteté connuë, fa fageile, :
ZCIE
t :DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. :2r7
zéle pour la Maïfon du Seigneur, s’étoit déjà acquisunefigrande Liyn£
Autorité fur les Efprits ; qu’on ne devoit point douter, que tous YXLIv.
ne fe fiflenc un plaifir, & comme un devoir , de fe RAS À (ES —
juftes volontés, pour la tranquillité, & la paix de la République no nr
Chrétienne. On pouvoit regarder d’ailleurs , ainf qu’on le re-
garda par tout, comme une efpéce de Miracle, & un effet fen-
fible de la Divine Infpiration , cet accord fubit de tous les Car-
dinaux , pour l’Exaltation de celui, qui vouloit être confidéré.
- comme le dernier de tous, quoiqu'il ne fut pas moins par {>
Vertu , que par fon âge, & fa Dignice le Prince du Sacré
Collège (1). | |
"Ce fut le vingt neuviéme de May 1724 que le Cardinal Be:
noît Pamphile, Chef des Cardinaux Diacres , précédé d’un
Maître des Cérémonies, s’étant rendus vers les fept heures du
{oir, à la Loge, qui a vûë fur la grande Place de Saint Pierre,
après avoir préfenté la Croix à cour le Peuple aflemblé, publia L
l'Ele&ion du nouveau Pape, en ces termes : Je vous annonce une . y11r
grande joye : nous avons un Pape, qui ef? l'Eminentifime , Gr Révé-. Joye dans le
rendiffime Seigneur, Frere Vincent Marie, Cardinal Orfini, Evèque Conclavs.
de Porto, qui a pris le Nom de Benoit X II 1.Cette agréable nou-
velle , qui s’étoit déjà répandue dans la Ville , fut reçue de tout
le peuple Romain, avec de nouveaux applaudiffemens , & des
acclamations réïtérées. Dans l’efpérance bien fondée d’un Gous
vernement doux, jufte, & pacifique , chacun fe félicicoit ; cha-
cün croyoit devoir prendre un intérêt particulier à la joye pu-
blique. Que n'avoit-on pas droit de fe promertre d’un Saine
Pape, qui n'étant encore que Cardinal, & Archevêque, avoir
fait tant, & de fi grandes chofes, pour la Religion, & pour le
bien Public ? On fe fouvenoit avec plaifir de beaux éxemples de
Vertu, qu'il avait donnés à la Cour de Rome, toutes les fois
IX.
Dans la Ville de
Rome ; & dans :
tous les Royau-
mes Chrétiens,
(1) Longa fuit animorum fufpenfio, cùm
modà de uno, modo de alia eligendo agere-
tur ; donec Patres omnes, quafi Divino Spi
situ duéti , in Fratrem Vincentium-Mariam
Urfinum Ordinis Prædicatorum , Epifcopum
Itaque 29 Maïi anno 17214, Suffragantibus
omnibus Pontifex Maximus renuntiatus eft.
Plura ille eleétioni fuæ objecit, ætater gra-
vem, fixumque propofitum , propter fuæ in
Portuenfem , & Archiepifcopum Beneventa-
aum , ætate tunC, & dignitate, Sacri Colle-
gi Principem , vota fua mirabili confenfione
mtenderunt. Et fanè... nil magis opportu-
aum , ac publico bono profuturuin videba-
eur, quâm in Apoftolica Sede conftituere
Cardinalem Urfinum , cujus viri fanétimo-
ia , fapientia , & pre Domo Dei zelus tan-
tam apud omnes vim, autoritatemque ha-
beret, ut libenter ei omnes obfequerençur,|31, 32.
Tome TJ,
firmitatis confcientiam, Romanum Pontifi-
catum non capeflendi ; & hæc quidem non
fpecie quadam , ac fimulatione virtutis , {ed
ex animo. Verumtamen Cardinalibus urgen<
tibus , ut Chriftianæ Reipublicæ opem fers
ret, tandem acquievit , ac Benediéti XIIE
nomen affumpfit, ut B. Benediétum XI, ex
Ordine Prædicatorum , viruin fapientia, 40
vitæ fanétimoniä celebrem,...in memoriam
bominum revocaret, &c, Awchi. Fir, pag,
Fc
318 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvan qu'il y avoit paru, & de tous les bienfaits, qu’il n'avoit ceffé
XLIV. de répandre fur les Peuples, qu’il avoit gouvernés dans différens
Bivoi Diocèles. On connoiflait fa grandeur d’Ame, fa Charité, fa
ir XIIL . ;
générofité. On en parloit par tout avec complaifance; & on ne
doutoit pas, que dans un pofte plus élevé, il ne donnût aufli de
an grandes marques de cette générofité , qui lui étoit natu-
relle (r). |
Pendant que les Romains fe livroient ainf à une joye inno-
çcente, & que chacun faïfoit des Vœux pour ka confervation du
pouveau Pontife ; les Cardinaux , encore enfermés dans le
Conclave, firent la feconde Cérémonie, apellée l'Adoration,
c’eft-à-dire, qu’ils rendirent une feconde fois leurs refpects à fa .
Sainteté, par le baifer des piés, & de la main. Le Pape, parla
à tous avec beaucoup de fagefle, & de Majefté : on remarque
qu'il dit à chacun quelque nr de particulier , & de gracieux.
ZX Cette Cérémonie finie, le Pontife fut porté parmi les accla-
; A ee mations d’un Peuple infini, à l'Eglife de Saint Pierre, où il ne
gion, & d’Humi. VOulut entrer qu’à pié. Etant donc forti de fa Chaife , il fe
ou souveau profterna humblement contre terre, & baifa le feuil de la Por-
Pevlife de San: te, qu'il arrofa de fes larmes. Il alla enfuite à l’Autel, où il ne
Pierre, püt arriver qu'avec beaucoup de peine, tant à caufe de la péfen-
teur de fes Ornemens, que parce que fes Jeünes rigoureux, &
{es grandes Auftérités l’avoient entiérement épuifé. Après
avoir fait fa Priére devant l’Autel de la Confefion des Apô-
tres , dont on Ôte ordinairement la Pierre bénite, pour y faire
afleoir le nouveau Pontife, Benoît XIII refufa de fe placer dans
un lieu fi Saint : & pour fatisfaire feulement à la néceflité de la
Cérémonie, il fit mettre fa Chaïfe du côté de l'Epitre ; où il
reçut pour la troifiéme fois les refpeéts de tous les. Cardinaux,
en préfence d’un grand nombre de Princes, & de Seigneurs,
Romains ou Etrangers, qu'il attendrit par fes larmes, & qu'il
toucha encore plus par fa rare humilité.
!
Après que le T'e Deum. eût été chanté par les Mufciens de
(1): Cdm enim in ore omnium ver{a- [| tum.bis reftituerat, fi Clerum ac Populum
sntur , quæ & quanta in Archiepifco- |ad Religionis cultum , & meliorem vitæ ra-
patu Beneventano , & in toto Jongævæ]|tionem traduxerat ; eadem meritd quifque
wtæ decurfu , benè 4€ fapienter. Cardina- | fibi.ab illo pollicebatur in Ecclefiæ univerfæ
is Urfinus fhcillet; atque- ejus animi- Reli-| adminiftratione. Inter. plaudentis igitur
go, fortitudo., liberalitas:ubique. prædica- | puli acclamationes , cm jam adv te
tpntur , quid non fperandum ab illo Poati- |ret , ad Varicanum Templum deduétus, ubi
fice Ramina, qui tot ac tanta Cardinalis | primdm ad facræ Bafilicælimina venit , à gefs
preftitiff:r > Quôd fi exempla rectè vivendi , | tatoria fella defcendic,, pronus oravit, & fa=
2 fingulis benefaciendi, in minori fortuna |cra limina non fine lacrymis ofculatus eft,
ab eo petebantur, quantà magisin maxi-|&c. Archi, Fir. 32, 33°
ma? Si Bencventum terrz motibus quafls- ;
F = sc ER 52
Es
=
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. . 219
Ja Chapelle Pontificale, le Pape donna la Bénédiétion au Peu.
reçut, mais en paflant, les faluts des Aimbafladeurs, & des. NET
autres Miniftres des Princes, & des Républiques, Il remercia cit XI,
enfuite les Cardinaux, & les pria de le laiffer feal. Ce n’étoit
point pour {€ donner quelque repos , quoiqu'il en eût un extrê.
me beloin ; mais accoutumé à n’en chercher que daus la Priére,
c'étoit dans le même éxercice, qu’il vouloit fe confoler, & fe ;
délafler. Il étoit déja trois heures de nuit, lorfque la Cérémonie.
fut finie dans l’Eglife de Saint Pierre; mais cela n’empêcha pas.
le Saint Pere d’y retourner peu accompagné , & d’y pafler
encore près de deux heures en Oraïifon. |
Il fe renferma enfuite pendant trois jours, afin de fe mieux
Liv.
ple; & fut conduit dans fes Appartemens du Vatican; oùil %X ÉEV"
XI.
‘Perlévérance
XII,
ans la Priére.
difpofer , dans un plus profond recueillement , à recevoir les Retraite de crois
Lumiéres du Saint-Efprit, & toutes les Graces, dont il avoir 1°"
beloin, pour gouverner l’Eglife Univerfelle d'ane maniére pro-
pre à édifier les Fidéles , & à attirer les Infidéles à la Foi,
L'éclar de fes Vertus, & fa perféverance dans la pratique de
toutes fortes de bonnes œuvres, devoienc beaucoup fervir à
l’un & à l’autre. Son Lit, fa Table, fes éxercices de Piéré, &
de Pénirence furent les mêmes, qu'ils avoient été pendant près
_ de foixarite ans : & on vit dès-lors, ce qu’on continua toujours
de voir durant tout fon Ponitificat, que le Serviteur de Dieu,
toit d'autant plus humblé, qu’il étoit plus élevé ; d'autant
plus a@if, plus Vigilant, plus Charitable, qu’il avoit plus de
facilité de faire dub
L'illuftre Dominique Paflionei, alors Nonce Apoftolique en
ien, à un plus grand nombre de perfonnes.
Suifle, & “a par Cardinal, connoifloit bien le Pontife elû , & :
il fe hâta de le faire connoître aux Evêques de Conftance, de
Bâle, de Lauzane, de Coire, & de Sion, par la Lettre qu’il
écrivit dès le 19 Juin 1724, pour leur apprendre cette Exalta-
tion.
ceffer l’afiétion de fon .Epoufe, en lui donnant un Pafteur «
fidéle, dans la perfonne de l’Eminentiflime Cardinal Vincent: «
Marie Orfini de l'Ordre des FF. Prêcheurs. Le nouveau «
Pape, qui a pris le Nom de Benoît XIII, a été porté fur la &
« Le Seigneur, difoit il, a enfin, confolé PEglife ; il a fait.
A@a Legac. H
Pe 108, Edic ze
Chaire de Saint Pierre le cinquiéme des Calendes de Juin, «-
ar l’Infpiration Célefte, & le concours unanime de tous les «.
leteurs. L'’intégrité de fa Vie, fa Doétrine, fa Piété, lee
zéle de la Difcipline, & toutes les Vertus, qui nous per- «
mettent de le comparer avec les Evêques de la Primitive (CE
Eeÿ
elver;
Rom.
20 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lriverzs » Eglife.avoient déjà rendu fon Epifcopat fort celébre. Dès fa
XLIV. » ER” jeunéfle il fallut faire violence à fa Modeftie, pour
» [ui faire accepter la Pourpre Romaine : & dans une honora.
» ble Vieilleffe , il a été obligé malgré lui de renouveller Îe
» même Sacrifice, pour confentir enfin à fon Exaltation. Nous
» ne doutons point que cet événement, déjà fi heureux pour
» tout le po Chrétien, ne vous foit particuliérement agréa-
» ble; & que vous ne fafliez tous vos efforts, pour conduire
» vos Peuples { le Clergé fur-tout confié à vos Soins) felon les
» vûës du très.fage Pontife, qui n'agira lui-même que felon le
bexnoir XIII.
» Cœur de Dieu, & fa Divine Volonté. Il femble que le.
» Seigneur veuille renouveller de nos jours ces tems heureux
» de l’Eglife ; où les Fidéles , toujours en garde contre la riédeur,
_.» & l’inutilité, ne refpiroient tous que la Charité, la Ferveur,
» la Sainteté », Videtur: Sane Dominus optatifima ils temporæ
reduxiffe , in quibus nihil tepidum , nihil inane ; [ed Charitate,
Spiritu: Dei, @ Sanftimohià fervere omnia deprehendebantur, &c.
+ Ces fentimens ‘étoient pat tout les mêmes. Auf toutes les
Lettres, qui venoient de Rome , après l’Exalration de Be-
_noît XIIT , ne célébroiïenc que les Louanges du Saint Pontife.
Parmi un grand nombre de ces Lettres, qui font tombées entre
hos mains, ou qui ont éte inférées dans les nouvelles Publiques,
_Rous nous contentons de raporter ici un petit Extrait de celle,
qu’un Sçavant Etcléfiaftique, qui s’étoit trouvé dans le dernier
. Conclave, à la fuite d’un Cardinal François, écrivoit en ces
termes, à fon Frere alors Chancelier de l'Univerfité de Paris:
XIII. ‘ » Vous voilà content : Dieu.feul nous a donné un Pape. Ni
Ce qu'on écri- » l'union des Couronnes, ni les intrigues des particuliers n'y
voit de Rome. A . ; ;
ont eû aucune part. Perfonne ne penfoit au Doyen ; & tous
» les Cardinaux, comme infpirés, ont concouru à le porter fur
»5 la Chaire de Saint Pierre. Pour moi, j'en ai une véritable
» joye. C'eft un Saint, & un grand Saint, Religieux, Pénitent,
‘ » grand Jeüneur, priant fans cefle, Humble, Populaire, prè-
_‘schant par fes Exemples, & par fes Difcours, Généreux ,la Cha-
write même. Voilà, Monfieur, une partie des Vertus du nou-
» veau Pape. Sa réfiftance pour ne point accepter le Souverain
»# Pontificat, fes larmes , fa Piété , fon affabilité dans cette pre-
» miére Cérémonie, nous ont donné un fpeétacle très-rouchant
» de Religion (*). » &c. e |
: On ne parloic, & on n’écrivoit pas'autrement, même parmi
[o C’eft M. Vivans, Doyen de S, Ger-[ Lettre , le jour même de l’Elettion, où il
main l’Auxerrois à Paris, qui écrivois cette} s’étoit trouvé préfenr. 5
. DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 22r
les Communions féparées de l’Eglife Romaine: dans undeces Lrynp
Journaux, qui s’impriment en Hollande, on lifoit ces fragmens YLIv.
de Lettres: « Que vous dirai-je de fa Sainteté, qui ne confirme « ———
J'eftime , & même la vénération, que vous avez conçuë pour « BENOÏT XII,
elle > Il faudroit remplir un Journal, fi je voulois vous rapor- « X LV.
ter tous fes Actes de Piéré. Elle n’imite pas ceux, qui renfer- « _ Les Prétendus
_ més dans leur Palais, n’en fortoient que'rarement, & avec « Adprmés d'a
cer éclatant Cortége, que le Saint Pere a fagement retranché. « tholiques , pour
11 n’y à guéres de joùr , qu'il ne vifice quelque Hôpital, ou « louer BeuoiXL,
uelque Eglife. Il n’y a aucune apparence, que le Népotifme «
Die mue fous Bénoïît XIII : il n’a aucun égard aux liaifons «
du Sang; & c’eft fur Ia Vertu, qu'il répand fes bienfaits , par «
tout où il la découvre, &c ».
Mais nous avons un témoignage d’un plus grand poids, dans
les propres paroles d’un Succefleur de Benoît XIII. Ce morceau
d’Hiftoire eft trop précieux ‘pour n’êtré point inféré en ce lieu.
Le Sçavant Cardinal. Profper Lambértini , après noùs avoir
* donné une haute idée des Vertus, & des belles Actions de
l'Archevêque de Bénevent, parle ainfi de fon Exaltarion, & de
fa Conduite dans le Souverain Pontificat. je prie le Lecteur de
faire une attention particuliere à ces parales, qui font comme
le Sommaire de tout cè que nous dirons dans la fuice. :
UN IE TR RU RS Sr ne de S
B ONO igitur Numine contigit, Y. À Providence Divine; pour de très; De Serv, Dei Beat.
€ optimo jure dignus eff habitus , juftes raifons , a voulu que celui, Nos ee
nt, qui cunilis admirabilium virtu-: qui dévançoit déjà tous les autres, par. 11 & 12.
tm facilé praibat exemplo, imperio V'éxemple de fes rares Vertus, fût auf
quoque Chrifliane Reipublicæaliquan- le premier dans la République Chré-
do preficereiur , ardemifque inffar tienne, par le Rang, & la Dipnité: afin.
lampadis , non bumili, angufloque de- que femblable à une Lampe brillante ;
litefceret loco , (ed in aprico , G‘ ex- pofée fur un lieu éminent , il répandie,
celfo poncretur ; nde nitidiffimum ln. au loin, & felon les befoins de chacun, les
men provide , latèque diffunderet. 1:a- rayons d’une lumiére très-pure, De là ce
que fammi Cardinalium confenfiane parfait acçord de tous les Cardinaux ; à
Pontifex Maximus ditlus eff. Nunc l'élever au Souverain Pontifiçat. Puifque
vero tempns effet, ut, quoniam mul- nous continuons à Éxaminer dans cet
tiplices virtutum , que Romano Pon- Ouvrage, les différens ee de vertus ,.
tifice digne funt , gradus hac quoque ‘que doit. avoir un Pontife Romain, &
Ligre profequimur , G vulgares inter que nous remarquons la différence qu’il
GC heroïcas quid interfit, exponimus , faut mettre entre les Vertus vulgaires,
de illis, que in Bencditlo XIII pof- où communes, & les Vertus héroiques ;
seaquam is ad Summum Pontifica-.il femble , que ce feroit le lieu de par-
sum deleëlus eff, refulferunt, G° quo ler. de celles, qui ont honoré le Ponti-
. + . n - \ .
_quaque loco conffitui debeant, videre- ficat de Benoît XIII, & de donner à
7045, Quamquam id quidem corum , chacune le rang, qu’elle doit tenir, Mais
E e üj
LIVRE
X LIV.
Benoîr XIIL
Dr mm anus ces
212 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
laiffons cela au jugement de ceux , qui qu me degerint , G bujus Pomifieis
ayant lu nos Régles, poarront les com- faéla wel fpetlarint ipfi, vel ex aliss
parer avec ce qu'ils ont vu dans ce Sou- perceperimt, fit judicium, Mibi vero
verain Pontife, ou avec ce qu'ils en au- fais eff pracipua quedam veluti ca-
ront. appris. Nous ne nous -propofons pita collègents non apriffiman illaw
que de toucher légérement les princi- qwidem , féd neque ob[curam , neque
: paux faits de fa Vie; & fi cela ne fuffit prorfis alienam snfigniorun illins vire
point pour'en fame un Porttaitparfaite- rwswms srsaginem , ©''quaff [pecim
ment Pemblent, le fujet eft aflez pro- cfugrre. # | 1 | IP |
pre, & toujours afler riche, pour don- Jam neminem nnum , nt ego ar—
ner une idée de Les plus excellentes Ver- bétror, Latet, non nown profetlo , nen
tus. snaudita , [ed eximis tamen , bocque
Et d’abord, il n'eftperfonne (comme rarior, quo plerumque minus fincers
je penfe ) qui n’ait entendu parler, jene fimplex, € candida ; © quam [tra
fçai s’il faut dire de cette modeftie, ou pofieritas numquam [atis vel admi-
plutôt de cette force d’efprit, & de cette ratione , vel laud:ous profequatur,
conftance, qui l'ont porté à refufer, au- moderationem ne dicam , an veram
tant qu'il a êté en lui, le Souverain Pon- amimi fortitudinem , atque conflan-
tificat. Ce refus fans doute n'eft point riem , qua Pontificium bonorem ,
fans éxemple. Mais il eft rare de le trou- gwoad potuit , recufavit. Quippe res
ver joint, commeil l’a été en Benoît XIII, e@ cém 4b ipfins ingenio, € confue-
avec cettë droiture, & cette candeur , r#dine non abhorrens, tum vero ma-
qui en garantiflent la fincérité, & qui le ximé nota, C° crebris corum ufurpa-
rendent véritablement digne & de l'ad- +4 férmonibus , qui um magna ope-
miration dela poftérité, &. de fes plus r#, coflatifque fludiis cjus dignitatis
gs éloges, dla au refte, n’a rien que accipiende, ad’ quam non tam [uf-
e conforme au génie du Serviteur de fragis hominum , quam Duce,
Dieu, & aux Maximes, qu’il a toujours wolemre Deo vocaretur, vehementer
fuivies. Le fait elt d’ailleurs très-connu; 54/5 di , multnmaqnue herenti, re-
& a été fouvent publié par les difcours Juflanti, Auélores fuerunt.
de ceux, qui s'étoient le plus vivement Quid gmod clariffimis Alexandri
employés, pour vaincre fes réfiftances, 77 vefligiis inharens , qui Pontifex
& lui perfuader de fe foumettre aux or- Afaximus failus, Luce Epifcopatur :
dres du Ciel, en acceptant enfin une Di- semquem dimifit , band fecus ille
gnité, à laquelle il Étoit apellé, moins Archiepifcopatum Bencventi retinnit,
par les fuffrages des hommes, que par manens now in dignitate [olum , [ed
la Volonté connu£ de Dieu. ( quod multo pre abilins ef ) 271 off-
L'affection Paftorale, que le Souve- cio ; nam quo illo fengeretur, ni.
rain Pontife Aléxandre IT avoit témoi- hi! 4 fenils atate, nihil ab infirma
gnée à fon Eglile de Lucques, qu'il ne walerudine , nibil à viarnm , Cr rem
voulut point abandonner, en montant pefharum incommodis metnens , [emel
fur la Chaire de Saint Pierre: Benoît asque irerums ad Beneventi Ecclcfiam
XIII l’a encore montrée envers fon Dio- profetlus eff; © cam imprimis mag-
cèle de Bénévent ; qu’il a aufli retenu, mis locupletævit muneribas ; € cate
moins pour le Titre, ou la Dignité , re Civsratis ejufdem pia © religiofe :
que pour le travail , & fa Sollicitude Joca facultatibus auxit , bonifque cu-
( ce qui eft digne de nr! car Ni rmalauvit.
—
fon âge avancé, ni fa mauvaife fanté, ni Paucis laudationem concludo ma
les inçommodités des Voyages, & des: ximam. Quod familiari tritum eft,
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE.
vulgatumaque fermonc , bonoribus rmu-
sari mores confueviffe, #b hoc vide-
dicet fœdifimo vitio tam longé Bene-
ditlus abfuit, nt vite ratio , quam
Ponrifex Maximus [ecutns ef}, vix
quidquam diferre ab ca vifa fit,
quam vel Epifcopus , vel Cardinalis
jempridem inicrat. Tanta fuit omni
sempore ingenis, moruns, vins, ba-
bitus fimilitudo! Quod [5 cuipsan for-
se videbitur rei ueriaiem pale ac-
curatins invefligants, sn
bis fubeffe diffinsilitudinens, idem fe-
teatur , densque necefems cris , non
modo nibil à prifiino vite genere, pra
diverfis honerum gradibus detratium
fe, fèéd magnam potins laborum ,
molefiiarun, (ollicitudinum acceffre-
mem failam. Quin G induffrie, G
diligentie non parvam , quas ad po-
pslorum inflitutionem, Deique cul-
sum , in confuetis Sacerdotis, € Re-
ligionis Officiss, femper adhibust ; us
mirarentur Omncs, quemadmodum
wir jam prope fenio confetlus, €
( quod pluris affimo ) vigiliss, curif*
que graviffimis debiliratus , utram-
que vitam alacrs, promproque animo
coleret, © cam, que in Dei, cœlef-
#iumque rerum contemplatione ver(a-
sur; CO cam , que rebus agendis, mo.
ribu[que bominum ab omni labe pur-
ndis., C ad vite integritatem, pro-
itatemque informandis incumbit.
Ut nibil dicam de Romano Con-
clio, fantliffimifque, que, ille pra-
fertim Auilore , inibi fancite rw ;
legibus : nshil de vehementi animi con.
tentione, © ardore, quo Beatorum ,
Santlorumque numerum amplificavis:
nibil de Nofocomio ad agrorantium
curationem ant [Cabie, aut impetigine
affélorum edificato : nibil de [excen-
tis aliis Lergitatis ejus erga mendicos,,
Œ pauperes, O miferationis prope
inandite notis, C arguments. Quibus
lle non admirationers , C* obfequinm
duntaxat, [ed omnium voluniaiesC fu-
dis fingularem in modum devinxer at,
toujours
_s22ÿ
Saifons, ne l'ont point empêché d'aller
vifiter deux fois l’Eglife de Bénévent. 11
a continué à la combler de fes bienfaits :
il en a accordé de même plufieurs à tous
les Lieux de Piété, & à toutes les Mai-
{ons Religieufes de cette Ville,
On peut faire en peu de mots, un très-
grand Eloge de Benoît XIHF, en affu-
rant qu’on n'a jamais vérifié en lui, ce
qu'on dit ordinairement, que les Hon-
neurs changent les. Murs, Auf éloi-
gné de ce défaut , que la Vertu l'eft du
vice; tl qu'on l'avoit vâ Evêque, & Car-
dinal, tel on le vit quand il fut Pape,
Toujours lui-mênre ; dans des tems dif.
férens, il n’a point eu une conduite dif.
férente. Sa maniére de vivre, de conver-
{er , de fetraiter lui-même, & d' agir avec
les autres, a toujours été la même fans au
cun changement. Ou, fier éxaminant les
chofes de plus près, on croit en remar-
quer quelqu'un : tout ce changement
confifte, en ce que, felon: les différens
dégrés d'honneur, par où il a pañlé, il &
vû multiplier fes occupations , fes tras
vaux, & {es follicitudes. Ce nouveau trac
vail ne lui a point fait diminuer fes auf
térités ordinaires; il a porté au contraire
as loin fa vigilance , & fes at-
tentions à former les Mœurs des Peu-
ples, & à remplir toutes les Fonétions
de fon Miniftére, On a toujours admiré
qu'un Prélat chargé d'années, & d'infir-
mités , épuifé par le travail, & les veilles,
ait néanmoins paru plein de vigueur,
dans l’accompliffement de tous les De-
voirs de la vie a@ive, & de la contem-
plative ; également-appliqué-au prochain
par le travail, & à Dieu par la Priére :
tantôt dans la méditation des chofes cé-
Jefles ; tantôt dans l’éxercice de là Cha-
rité, pour l'inftru&ion'; & la fan@ifica-
tion du Prochain: |
Nous ne dirons riemici, nidu Concile
Romain, & des Loix.très-fages, qu'il'#
publia ; ni du zéle très-ardent , avec le-
quel il ne ceffa de travailler à la Béarifi.
cation , & à la Canonifation de plufieurs
Saints ; ni de ce grand Hôpital, qu'il fie
LIVRE
XLI V.
Benoir XIIL,
ROSE ENSE PER
LIVRE
X LI V.
Benoîr XIII
*« Dans le mois de
Kcvrieg 1733e
X V.
Premiére Or-
124 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
bâtir, pour la guérifon des perfonnes, Cwjus rei teflimonium effo amplif-
atceintes de quelque mal contagieux ; ni /imums, idemque jucundiffimum , quod
enfin d’une infinité d'autres a@ions, qui c#m ejus corpus & Divi Petri Bafili-
font autant de preuves de fa tendre Cha- ca , sbi depofitum fuerat, hoc ipfe
rité pour les Pauvres, & les Indigens. Ponrifice Optimo Clemente XII com-
Par tous ces endroits, Benoît XIII n’a- probante, ad Templum Dominicant
voit pas feulement excité dans tous les Ordinis, pe fepuichra Collegarum
Efprits, de juites fentimens d’admiration fworums bumandum , comportare-
& de refpe@ : mais il s'étoit particulié- sur (*), tantus fuit feré univerfe Ci-
rement çoncilié l'amour , & l'affle@ion viratis confluxus, tanta omnium ex-
de tous les Peuples. ! : " . _ petlatio, tanta latitie, © benevolen-
Nous avons eu un illuftre & agréable tie fignificatio, ut fi vel nuperrime il-
témoignage de ceci, plufieurs années /e; non ab aliquot annis , occubui[-
même après fa mort; lorfqu'avec le con- fét, vel oo e adhuc , aut redi-
fentement de N. S. P. le Pape Clément wivwm sntueri fibi quodammodo po-
XII ) le Corps de Benoît XIII fut porté pxlus perfuaderer ; vel bac forté apud
de l’Eglife de Saint Pierre, où il avoit picrofque opinio invalefceret, pom-
été mis en dépôt, dans celle des Domi- pam sllam baud multo [écus colen-
nicains ; où il devoit être inhumé avec dem, atque alie fufpici folent, in qui-
fes Freres(*)},Onavudanscetteoccafion bws civeres , & offa cœlitum beate
un fi grand concours de prefque toute la jam, eterneque vite confortium eff
Ville, tant d'empreffement parmi les Ro- ranwr. Profetlo, quicumque ailam
mains, tant & de fi grandes marques d'ef- cunélam illius vitam refpiciat , qui
time, de bienveillance , & de vénéra- poffit non magnum capere ad bene de.
tion; qu'on eutdit,ouquece Pape n’étoit cæleffi, perperuaque cjufdem felicita-
mort que depuis peu à jours ; ou que le 1e fperandum argumentum ?
Peuple fe le repréfentoit comme refluf- - . .: :
cité; ou qu'on fe perfuadoit enfin, que cette Pompe funébre différoit peu
de ces Solemnités, qu’on a coutume defaire, pour honorer la Béatifica-
tion, ou Canonifation des Amis de Dieu, qui jouiffent déjà de la Gloire
dans le féjour das Bienheureux. Qui pourroit en effet confidérer avec quel-
age 2 , toute la fuite de fa vie, fans concevoir en même tems une
erme efpérance, que le Seigneur l’a rendu participant de la célefle, &.
éternelle félicité ? | |
Ce que ce grand Cardinal difoit de Benoît XIII, fous le Régne
de fon Succefleur , la voix publique Favoit dit dès fon vivant: &.
il faut avouer , que toutes les Aétions de ce Saint Pape foute-
noient bien l’idée générale, qu'on s’étoit formée de fa haute
Piété. Tous les jours il donnoit de nouvelles preuves de fa Vi-
gilance attentive à tout ; & de fon application infatigable à pro-
curer le foulagement des Peuples, la fubfiftance des Pauvres,
les réglemens des Mœurs des Fidéles , le maintien, ou le réta-
bliffement de la Difcipline. Bientôt après fon Exaltation, il fit
donnance de Be- publier une Ordonnance, pour réprimer le Luxe exceflif des
noit XIII, contre
le Luxe.
Riches ; & réformer dans le Clergé, Séculier & Régulier,.
tout ce qu'il y avoit de trop Mondain, ou de peu conforme à la,
| fainteté
. : DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 225
Saïnteté des Canons. Mais dans tout ce qu'il pouvoit régler,
défendre , .ou prefcrire , aux Miniftres de lAutel, fa propre
conduite fervoir toujours d'Exemple; fes Loix, quoique féveres
quelquefois , devoient toujours paroître d'autant plus juftes,
qu'on fçavoîr qu'il'éxigeoic bien moins des autres, qu’il ne pra.
tiquoit lui-même.
Pendant les trois jours, qu'il confacra d’abord à la retraite,
pour fe recueillir, & traiter, pour ainfi dire, feul à feul avec
Dieu, fur tout ce qu'il avoit à faire dans le pofte important,
où il venoit d’être élevé, il confidéra avec üunenouvelle frayeur,
la multitude, & l'étendue des Devoirs qu’il devoit remplir. Il
ne fe diffimula point les dangers, dont il étoit-environné : mais
cela ne pût affoiblir fa confiance en la Divine Bonté : il comprit ,
au contraire , qu'il devoit d'autant À qu efpérer le Secours de
Dieu , qu'il fe fentoit plus éloigné
forces. Dans l'embarras des plus grandes Affaires, la Prière fut
{a reflource ordinaire. | |
Un Vicaire de JEzsus-CHri1sT, dit un Auteur, eft tout
à la fois l’'Evêque de Rome, le Métropolitain de la Province Ro-
maine, le Primat de l'Italie, le Patriarche de tout l'Occident,
le Chef Vifible de l'Eglife Univerfelle : & avec cela, un Prince
e préfumer de fes propres.
,
e
Livre
XLIV.
BENOIT XIII,
CPR RSR |
EE
De Serv. Dei Beatif,
&e, Tom. IJI, Cape
XXXII, p. 440.
Souverain, qui dans fes Etats éxerce fur fes Peuples, toute l’Au-
torité , que les Rois, & les autres Princes ont fur leurs Sujets.
Tout cela préfente bien des Devoirs : mais, felon l’Avertifle-
ment , que donnoit Saint Bernard au Pape Eugene III, & que
Benoît XIII prit pour lui même, un Succefleur de Saint Pierre
ne doit jamais ei que fon premier Devoir, & le plus effen-
tiel, c’eft d’édifier l’Eglife, d’inftruire les Peuples, de travailler
à leur Salut, de protéger la Vertu, la juftice, l'innocence, &
de méditer aflidument la Loi du Seigneur, dont il eft le premier
Interpréte, Lo |
« Vous ferez bien plus prudemment, difoit le Saint Abbé de
Clairveaux, de vous retirer, du moins pour un tems, de l’'em- «
barras des occupations extérieures, que de vous y livrer tout «
entier , au rifque d'en devenir comme l’Efclave, & de tomber «
eut: être dans l’endurciffement du cœur. Non, ce n’eft point «
à vuider des Procès. à démèêler des Chicanes,àentendre les Loix «&
de Juftinien , qu’il vous convient de vaquer ; mais à réfléchir «
fouvent fur la Loi de Dieu, qui feule eft fans tache , feule ca- «
pable de purifier les Cœurs. Je ne dis pas, que vous. ne deviez «
prendre aucune connoiffance des Affaires cemporelles : mais «
je fouhaïce que vous n'en foyez pas uniquement OCCUPÉ ..,. 6ç
Tome FL : | : f
X V L
Etendue des De-
voirs d’un Succefe
eur de S, Pierce,
XVII.
Benoît XII£
prend pour lui-
même , ce que 5.
Bernard avoit
écrit au Pape Em
géne III.
Livre
XLIV.
BEnoiïr XIII.
h Cor. XH, 1 fe
#26 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» Vous êtes le Succefleur des Apôtres ; foyez auffi l'Imitateur
» de leurs Vertus ; & leur Fils par cette Foï, qui leur a fait vain-
» cre le monde, & pratiquer la Juftice. Que vos Mœurs retra-
» cent celles des Prophètes, & des premiers Difciples de JEesus-
5 CHRIST. Je vous recommande oiae l'Humilité : c’eft la
» Pierre précieufe, qui releve davantage l'éclat de la Couronne
» du Grand Prêtre. Plus il eft élevé par fa Dignité, plus il doit
» fe rendre eftimable par fa Modeftie. On voit bien des perfon-
» nes dans l’Eglife, qui ne montrent du zéle, que pour os
» leur prééminence : ils donnent tout à ce qu'ils apellent l’hon-
» neur de leur rang ;, &wrien, ou prefque rien à ce qui pourroit
» les fan@ifier. Si dans l’occafion vous agifièz avec moins d’auto-
“rité , que de modeftie ; avec moins d'empire , que d’affabilité :
» cela, vous diront-ils, ne convient ni au tems, ni à la Majefté
-# d’un Souverain Pontife : n'oubliez pas ce que vous êtes (1).
» Cependant, continue toujours Saint Bernard, les anciens
» Evêques, ces véritables Pafteurs des Ames, ne regardoient
» comme indigne d’eux, que ce qui ne pouvoit contribuer au
5 bien de leur Troupeau. Tout occupés du foin de paître leurs
» Brebis , ils négligeoient leurs propres intérêts ; & n’avoient
» de zéle, que pour la fanctification des Fidéles, fuivant cette
55 Maxime de Saint Paul : Pour ce qui eff de moi, je donnerai très-
# volontiers tont ce que je puis avoir, Gr je me donnerai moi-même,
5 pour le falat des Ames ». .
_ Voilà les fages Réflexions, & les Maximes très-pures, fur
lefquelles Benoît XIII régla d’abord tout le plan de fa conduite
dans le Pontificat. On fent bien qu’il eût peu de chofe à chan-
ger, dans celle qu'il avoit tenue jufqu’alors. Ses foins, à la vérité,
s’étoient bien multipliés : fes occupations étoient beaucoup plus
L]
one : mais fans en négliger aucune, ik donna toujours la pré-
érence à ce qui touchoit de plus près la Religion. |
A l’éx:m;le de fes Prédecefleurs , il fe propofa de publier un
Jubilé, pour intéreffer toute l'Eglife, dans toutes les parties
du monde Chrétien, à faire des Priéres publiques, & parti-
(1) Mubè prudentius erir,quèd te fubtraha: Jcis: qu enim cæreris excelfor, eè humili-
Occupation:bus , faltem ad rempus , quim
de patiaris trahi ab ipfis, & duci ad cor
rum,... Tuum principale munus eft ædi-
ficare Ecclefiam , docere populos, meditari
in Lesce Domini.... Filius es Apoftotorum
& Prophetarum,, efto fide , & moribus, per
quæ vicerunt regna, & operati funt jufti-
tam, Valdè tibi commendo humilitatem.
Nulla fplendidior germa in ornatu Pontiti-
tate apparet illuftrior.... Vides,omnem Ec-
clefiafticum zelum fervere pro fola dignitate
‘uenda : honori totum datur, fanétitati ni-
hil , aut paräm. Si, caufà interveniente, fub-
miffids agere , ac focialiüs te babere tenta-
veris ; abfit , inquiunt , non decet , tempori
non congruit, Majeftati non comwenit ; quam
geras perfonam attendito, &c, Le Libris da
Confid. #4 Eugen. Papam III,
("DE L'ORDRE DE S$ DOMINIQUE. 2197
culiéres, afin qu’il plürau Seigneur de bénir fon Gouvernemiènt: ;L:r42r à
& il fe conforma à l’ufage fagemenc établi, de notifier premiére YLIV. .
ment fon Exaltation à tous les Souverains Catholiques, & aux cé- POP RETITT à
lébres Republiques, qui fonc dans la Communion du Saint Siége. SRRR AU
Voici kæ Lettre, qu'il écrivit de fa main à la République de
Venife, & la réponfe du Sénar. |
« Letrès. Haut ayant voulu, nonobftantnotreindignité, nous xvgxr. :
deftiner au Gouvernement Univerfel de fon Eglife, nous neæ Letrre du re
pouvons affez en exprimer notre étonnement : il a été, & il « ot ft ni '
eft encore , d'autant plus grand , que nous avons fur-tout a
réfléchi , que nous étions entiérement dépourvûs des Falens ,«
& des Qualités, que réquiert ce fublime Miniftére. C’eft pour-«
quoi nous avons mis tout en ufage, & employé tous les effortse
de priéres, & de larmes, pour Éloigner e nous un fardeau fis
redoutable ; mais il a fallu à la fin s'en charger, en cédant à law
volonté conftante , & unanime de ns à Sacré Collège. «
Ayanc.enfaite recours À la Majcfté Divine, nous ndus fommes «
profternés, & humiliés en fa Préfence; afin qu'elle nous don-«
nat les forces, les lumiéres, & tous les fecours néceflaires, es
pour avancer fa Gloire, & l'utilité de fon Eglife. En vous noti-«
fiant aujourd'hui notre Eleétion, par cette Lettre, écrire de«
fotre propre main, nous vous donnons une vive marque de«
notre amour paternel, & de la haute eftime, que nbus faifonseæ
dela Sérénifime République, nous reflouvenant bien, ques
nous fommes fortis d'une Famille, qu’elle à gratifiée de plu-«
fieurs Charges honorables ; & qu'elle fait encore jouir de «
l'honneur, & de la qualité de patricienne: & (ce qui nous tou-
che le plus, nous nous fouvenons , que le Couventde Caftello , «
fitue dans votre illuftre Patrie, eft le lieu , où nous fommes «
entrés dans la Sacrée Famille du grand Patriarche Saint Domi-«
nique. A ce Titre, & plus encore par le motif de votre affec-«
tion, & de la piété de la Séréniflime République, nous nous #
promettons avec juftice , dans ce qui concerne Îles avantages «
de la Foï Catholique, & les intérècs du Sainte Siège, route
forte d'aide, & d’affiftance de la part d’une République , qai «
en a toujours été comme le boaclier, & le plus folide avant. «
mur. En vous a{furant auff du plein concours de notre volon-«
té, à chercher toujours votre fatisfaction , nous vous donnons«
avec une rendreffe affe@ueufe notre Bénédiction A poftolique. «
Fair à Rome à Saint Pierre, le 31 de May 1724 la premiere «
année de notre Pontificat», |
F fi}
l
Livrez
X LIV.
Benoîr XIII,
SRE CE SRE
XI X.
Réponfe du Sé-
nat de Venife à Sa
Sainteté, |
L 2
‘13 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
. Ces Lettres ayant été portées, & Iüës, en plein Sénat, on
répondit auffirôt à fa Sainteré, en ces termes :
LS e
« Très-Saint Pere: les tres-gracieufes expreflions, dont votre
» Sainteté a bien voulu fe fervir, pour nous notifier de fa propre
» main , fon Exaltation au Pontificat | augmentent les motifs
»de cette joye, dont tous les Cœurs ont été, pour ainfi dire,
» inondés , aux premiéres nouvelles, que nous avons reçuës d’un
» évenement fi heureux pour nous, & pour le monde Chrétien,
» Le Sénat donne de nouvelles louanges à Dieu, pour la Viétoire,
» qu’il a daigné accorder fur les dE de a de votre Sainteté;
»“répugnances d'autant plus difficiles à furmonter , qu’elles
sétoient l'effet de cette fincére, & profonde humilité, qui
» couronne toutes vos héroïques Vertus. Mais , cette humili.
“té, ne feroit point arrivée à fon comble, fi elle n’cut pas cédé
»aux Vœux uniformes du Sacré Collége. Votre confentement,
strès-Saint Pere ,éroit d’une telle importance, pour le Service
.» de Dieu, & pour le bien de la Chrétienté, que votre Sainreté
“ne pouvoit.agir avec plus d’humilité, & de réfignation, qu’en
» s'élevant par la Vocation Divine, à la fublimite du Souverain
m» Sacerdoce. Soit que la tendre affe&ion, avec laquelle il lui
# plait de nous regarder, naïfle du fouvenir d’avoir fait ici les
s premiers pas dans la Carriére religieufe ; foit qu’elle foit pro-
s duite par le Caractére héréditaire de Fils, de celle qui fe faie
# honneur d’être fa Patrie; ou par celui de Pere, qui eft ihfc-
» parable du Devoir du Souverain Pafteur ; il eft toujours cer.
>» tain que ce font autant de gages aflurés des Bénédiétions, &
» des finguliéres, & généreufes Déclarations, que votre Sainteré
»a faites à la République ; & par lefquelles elle lui a rendu fi
» precieux les premiers jours de fon Pontificat : nous les confidé-
#“rons auf comme un préfage heureux, que tous les autres
sw feront marqués par une égale bonté. Nous ne manquerons
»iamais de zéle, ni d'attention, non-feulement pour conferver
»les bonnes graces de votre Sainteté , comme Pere commun ;
» mais encore pour cultiver avec elle, comme Prince temporel,
» la plus parfaite bonne intelligence. Ainfi, nous pass ot
»en même tems une fidelité fignalée pendant tant de Siécles
“envers la vraye Eglife de Dieu, avec l’atrention, que l'Ancien
»infticut exige pour le véritable intérêt de ce Païs. Humble-
s ment profternés aux piés de votre Saïinteté , nous la fupplions
» de continuer fa Bénédiétion Apoftolique à notre Républi-
»” que, &C. 13, | ”
‘: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 229
- Les Vénitiens n'avoient point attendu les Lertrés du Saint y ,, 8 à
Pere, pour marquer leurs véritables fentimens , touchant fon pr
Exalrarion: ils les avoient fait paroître par toutes les démonftra- __"__ 7",
tion d'une joye publique. Ces Démonftrations furent fouvent Benoïr XMIE,
renouvellées, & avec d'autant plus d'éclat, que cout les y en-
gageoit; & que tous s’y portoient. avec la même ardeur , lé Pa- -
triarche, tout le Clérgé , le Sénat, la:Nableffe , & le Peuple, :
Dès le premier jour de :juin, la République avoit nommé qua-
tre Sénateurs; pour aller à Rome. avec la qualité d'Ambafa-
deurs Extraordinaires , complimenter le nouveau Pape fur fon
Exalration.. | "5.1" | Re el
. Ces, Ambafladeuré n'étoient floinc arrivés, &:Rame, le qua,
triéme du même mois, Fêre.de la; Pentécôte, jour 6hoifi par
“le Pape, pour fon:Couronnement: Cette angufte Cérémonie
{e fitavec toute la pompe, & la Solemnité ufirée dans ces occa- Te
fions. Les Ecuyers de fa Sainteté, les Avocats Confiftoriaux, du Pape.
des Chapelains Secrets , les Cimetiers-d'Hopneurs les Auditeurs
de Rote, le Gouverneur de'la: Ville, les Priheësodu Sagéios tous 7" ”,
es Officiers du Pape, les Prélats, kes Eyèquesaffiftans du Frôe 4. 1 : «
ne ; enfin les Cardinaux acéompagnés dé leurs Gentilshômmes, Cu
& fuivis des Confervateurs du Peuple Romaïn , précédoient le" : ":
Pape, qui étoit porté dans fa Chaïfe Ponrificale , entre deux
ÆCardinaux Diacres , qui. cenéient les bords. de, {a Chape , -&
‘ayant à fes côtés;'les Maffers, fuivis:de la Garde-Suille Jes
OMCIErs Aldtère "7 sn + ART ee
©, Lorfqu'on fut arrivé au Portique’ de Saint Pierre , le Pape
.s’affit fur je Trône, qui lui avoit été préparé. Alors le Cardinal
.Albani , Camerlingue de la Sainte Eglife,.& .Archiprêtre de
celle de Saint Pierre, avant que de préfentér À fa Sainrecé. le
-Chapitre, & le Clergé de la même Eslife; Complimenta le
“Pape; & en relevant en peu de mots, les rares vertus d'ünPon-
‘tife digne des plus beaux jours de l'Eglife, il fit une applicatioh
Le nr de ce qui s’étoit paifé autrefois, dans la Ville de Jé-
zufalem , lorfque le Saint-Efprit defcendit fur les Apôtres , à œ
“qu'on venoit de voir dans le derniér Conclave::aù la même
-:Vertu de l’Efprit Saint avoit réuni tous les Cœurs, & toutes les
re , pour élever Benoît XIII fur lé premier Trône de l’B-
‘glife (1) sc Se Para Ne ne RS Vu. À
f , L 1 ,
A A D res
(1) 1v Junii Dominica Sacratiffimæ Pen- | prefbyrero-hac falutatione exceptus : Fegws
tecoftes, ad eamdem Bafñ'icam ( Div Pecr:) Leff erism nuper ut clim in Apoftolos Lac ipfs
folemni apparatu d'efcendit : ibi ab Annibal: | die de cœlo fonus , 1#nquam advenientis Spi-
-Cardinali Albano , ejufdem Baflicæ Archi-krités vshemsntis.» çüm vrS sligentiss
F eue”
Jij
LIVRE
X LIV.
Bewoir XII.
XXI,
Qui diftribue
plulieur:Charges,
& fait de grandes
largefles.
XXIL
Difcours de
Benoiîc XIII au
Sacré Collége.
Archi, Firm, p. 33;
34
230 HISTOIRE DES HOMMESILLUSTRES
… Après la Malle Solemnelle ; & ta: Cérémonie du Courorne-
mént; Je Saint Pere’, ayant donné là Bénédiétion au Peuple,
qui y répondit par de grandes Acclamations , fut En Ati
{es Aparrtemens. du Vavican : 8 le même jour fl conféra plu-
fieurs Charges, donna divers Emptois., & fit beaucoup de lan-
pois. H'avoirdéjà fait ôter les magaifiques Tapifleries, & les
autres méubles-prédieax du. Palais du Vacican, pour en-mettre
des plus modéftes,:8c des plus fimples.: en cela il: ratiquoit en
même. éesl'huœmillté, &c-fuivoit fon penchant à faire des gra
ces ; car lés:richies.Meubles, & routes les. autres. Commodités,
donc il fe privoit lui-même, tournoient toujours au prof®:, noh
de fes Parens.iné de fes: Domoftiques, mais: des pautres, .& des
Hôpitaux.” Le douziéme jour de ju : fa. Saintere tint. un
Confiftoire Secret”, dans lequel elle fic au Sacré Collège le
Difcours fuivants |
CT ENSRABLES FRERES) Left JENEnAast LES FRATRES:
: M yrai qu'entreztes Enféignemens Die” . Æff À some infistwtions.-
yins, il!eft dit, que celui des Erares qui bes tradium , ut gloriiur Fra
eft pauvre; fe doit séjouir de fon Eléva- humilis in Exaltatione fua. Quo dex-
‘tion, afia que la main dé Dieu en reçoi- tera Domini magnificerur in lande ;
ve de plus grandes louanges ; & que ce- C ‘qui difcit de tenebris-lucem fplen-
Jai qura commandé-que alumiére {or- defccre, mirabilism fiorum.gleriam
ti dés .ténébres ,- paroïfle dvoir rehauflé: is fipment infirmæate lucalasins of.
Ja gloire de fes merveilles par la foibleffe tendife.uideatur. Nos.taien digne
du Sujet, Pour nous, qui nous fentons ÆApoftolico Miniflerig virtwtibss def.
dépourvüûs des .Vertus requiles, poux, Je,situtos , -noftrique reatus confcienti4
Miniftére Apoftolique , effrayés par. le pavidos, vicem PRAQSS noffr am dole-
féntiment que nous avons de nos péthés, re decet , atqhe à Judiciis ejns potins
4l nous fiéd mieix -de «nous attrifter für- bmere, quam de Exaltatione plorians.
notre Etat, & do craindre les Jagemens ‘Promerçc.cum prèmam de follicire-
du Seigneur , que de: nous glorifer de dine onxaiam Ecclefiarums ñobis in-
notre Élération. G'elt, pourquoi ,. dès ponenda agere.cæpiflis, merito vers
‘qu'il nous.a parii que vous penfiez à bar, ne. Deus terribilis in confiliis
nous.charger du foin de toutes les Egli- füper filios homimum eleuans x /lide-
fes, nous avogs craint avec raifon, E res nos; ac ne fortiora fafcipiemtes in-
Dieu, terriblè-enfes confeils fur les En- exfè pondere contereremur ; ant in
fans des Hommes, en 'noud élevant'au-: rsompertes is Sxnile , opprimmerenur
déffasides autres, ne nous brisât; & #4 goris. Ar véra dum sngenti nsefu
u’entreprénant 6e qui eftau-delà de nos perculf; minifierium noffre imbecills-
Lrces _ nous ne fuflions écrafés par le tai jure formidandum dereilaremus,
mentes, d votate, Bouiiffime Pater , invi- |ingredere, cui in te 5pfo dignifimum fuccefo-
su licit ad relu&antem , adegernut &à Jup'|rem exbibes : Ecclefia mutem tot ‘Pafiorem
\ponendes Apoñolice farcina bumoeres pares: | Opiimuns., nec facra doltrine copis., > «bf+-
- Jnperi ivitur tui ANfpicains initis , Bafli: |luté vis fandimenis és cjufdem faoubis
vonns bye focrés Petr cimeree -vensTamtns invidendam, Ge: Archi, Fit, pag. 33,3
id —
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 23r
ra illa, © officis plens fraerni- fardeau ; & qu'enfin. nous »’entraflions
cou ueflrarurs confenfio certiffimo dans le Saint des Saints, que pour y
nobis argumento fuit cœlefiinm man- être opprimés par la Gloire, Mais, tan-
daroruns, quibus nefas efe duximus dis que tremblans, & faifis de frayeur ,
dintins obluitari. nous craignions uh fardeau fi redouta-
© Primim igitur Omnipotsnti Deo, ble à notre foiblefle, & que nous fai.
qui per veftra faffragis humilisatem fions nos efforts pour l'écarter de nous,
noftrans in bac fublimi Apoftolatss votre admirable & offcieufe unanimité
Cabedra collecauit, immoriales [b-
miflo corde gratias agentes , fore
confidimes , nt qui vocatione [anila
fus compulit # inchoandum , vires
quoque fufficiat ad perficiendum , Cr
Viriutem conferat , qui contnlit dig-
PHAICM.
Praclara deinde fraternitatum vef-
trarum de noffra ienuitate judicia ,
fraicrneque benevolentie officiofiffi-
4m contentionem , etff nulle verbo-
rum vi [atis ornare polfumus , grato
certe femper animo recolems , neque
nll am referende gratie , officitqne re-
ponendi opportunitatem elabi, aut ex-
cidere patiemur, Supereff, Venerabi-
les Fratres, ut qui pro fludiis, juds-
cifque veffris , ar À quoque admi-
hiflrationis rationem Paflerum Prin-
cipi reddituri effss , ordinis , ac mu-
nerss veflri.memores , infirmitati n0[-
tra fubfidium [edula opera, É [a-
Péentibus confiliis conferatis ; ©" qui
Pontifici eligendo tant4 animorum
alacritate Hpragat effis, trepidantem
verd, «c cfugieritem tam “fludsose
erexiflis, © confwmaflis ; ‘eleilum
jam demum , impofté farcinà labo.
raniem , Ac fatifcentem , pari picta-
tis , findiique contentionc adjuveris.
Ur autem inde ducamus Apofholi-
ca férvitutss initium , unde habent bo-'
na cunila, velnt 4 perenni fonte cla-
xHAtis ©" falutis vriginem , viflra-
rum ir prinais obfecrationsh apud
Patrem mifericordiarmm [ufr dgia.re:
rs ; C&tCTOS AKCN Chr fide-
_ des Jubileo-proxime indicendo , ad di-
visam Clemeniiam , pro falubri Do-
minice plebis regimine ; per Jupplicæ
a été pour nous, une preuve très-cer-
taine des Volontés céleftes ; auxquelles
nous avons jugé qu'il n’étoit point pere
mis de réfifter plus long-tems.
En commençant donc, par rendre
avec humilité, d'immortelles A&ions de
Graces au Tout-Püiffant; qui, par vos
fuffrages , a élevé notre baflefle fur ce
Siége fublime de l’Apoftolat, nous ef-
érons que celui, qui, par fa Vocation
ainte , nous a engagés à commencer , .
ne refufera pas les forces néceffaires pour
achever ; & qu'après avoir conféré la Di-
gaité , il donnera aufli les Vertus qu’elle
demande. M
En fecond lieu , nous conferverons
toujours un fouvénir reconnoiffant du
jugement favorable, que vous avez fait
de nous ; & n'oubfierons jamais les ém-
preffemens de votre bienveillance: Nous
Lives
XLIV.
mu
BENoiïir XIIL
— |
ne pouvans la louer dignement ;: mais
nous ne laiflerons-échaper aucune occa-
fion de vous en marquer notre gratitude,
11 refte encore, Vénérables Freres, que
vous , qui devez rendre un jour au Prin-
ce des Pafteurs, un compte €xa@ de vo:
tre choix, & mème denorre Adminiftra:
tion, vous fouvenarit de ce-qu'éxige de
yous votre Rang , &'vatre Emploi, vous
foulagiez notre foibleffe , par l'afliduité
de vos foins, & lé fageflé de vos con-
feils. Après avoir donné vos fuffrages avec
tant d'empreffement pour ékre un Pont
thfe; après l'avoir fiséféQuaufement ant.
mé 9 & encore
vos vœux; à préfent qu'il eftélu., & pref-
que accablé de fardeau ; dont vous l'avez
chargé, continuez de l'aider avec les mé-
mes efforts de piété ; & de zéle.
Afin donc de: commencer lès Fonc-+
âne flas fe refufer; à .
L'iVRE
X LIV.
Bexoîr XIIL
XXIII.
Générolité de
Benoït XIII.
X XIV.
Il ‘emble mettre
fon bonheur à fai.
re du bien à tous,
331 HISTOIRE. DES HOMMES ILLUSTRES
tions du Miniltére Apoltolique, par le
Secours de celui, de qui viennent tous
les Biens, comme d’une fource intariffa-
ble de Lumiére, & de Salut, nous vous
demandons furtout les fuffrages de vos
priéres ,! auprès du Pere des Miféricor-
des : & par le Jubilé:, qui fera:inceffan-
ment publié, nous inciterons les autres
Fidéles de Jesus: CHRisr ;: à employer
tiones, cleemofjnas, jejunia, aliaque
Chrifiiane Pœnitentie, G° Relipionis
opera ; nobis conciliandam excitabi-
mus, Exhibeamus igitur , Vencrabs-
les Fratres , nof[metipfos ficut Dei A15-
nifiros , @ Sacrofanile Ecclefie ne-
ceiliraies, quas fine lacrymis intuers
non poffimus., fedulo repætantes , in
omnibus prabeamus nes ipfos exem-
avec ferveur. les fupplications, les Prié- plum bonorum operum , ut Chrifiia-
res, les Jeünes., les Aumônes, & les au-
tres œuvres de piété, & de pénitence,
pour nous rendre'favorable la Clémence
Divine ; afin que nous pouvernions d'une
rorum moribus , C Clericali prafer-
sim difciplinà ad priflinam [anili.
moniam reformatis, certins nobis 4
xilium de Sanilo polliceri valeamns.
maniére. falutaire , le Peuple de Dieu.
Comportons-nous, Vénérables Freres, en Miniftres du Seigneur ; & con-
fidérant férieufement les befoins , & les néceflités de la Sainte Eglife ; fur
l'état de laquelle nous ne pouvons réfléchir fans verfer des larmes , foyons
tels en toutes chofes , que nous devenions des Modéles de bonnes œuvres;
afin qu'après avoir ramené les Mœurs des Chrétiens, & furtout la Difcipline
Eccléfiaftique , à leur ancienne pureté, nous puiflions nous promettre avec
plus de certitude, la continuation du Secours Divin, & la Miféricorde de
celui qui ef la Sainteté même. |
Que de grace, que de piété, que d'énergie dans ce petit
Difcours : On diroit que la Religion, l'Humilité, & la recon-
noiffance , en ont di&té les fentimens , & les expreflions.-Rien
n'y paroït. recherché ; & rout y parle le langage du cœur ;mais
“hp, que la Charité remplit, & qui ne refpire que Cha-
rité, | |
Si après s'être long-tems oppofé à fon Elévation, le faint
Pape témoigne aujourd'hui de la reconnoïiflance, à ceux qui
l'ont élevé; ce n'eft pas précifément pour s'accommader à
une Cérémonie de coutume : la Religion le conduit en tour;
& lui fait remplir tous les devoirs. Ses remerciemens ne font
point ftériles : Il comménce l’Exercice de fon Pontificat par
répandre .des bienfaits ; & il veut que tout le monde y ait
quelque part, La Maïifon de Stuart, les Cardinaux, les Non-
Pere ei Plan de Paliie, fes autres Miniftres, le Peuple
Romain | les Pauvres fur-tout, les Malades, les: Prifonniers ,
fa chere Eplife de Bénévent , & fo Ordre en particulier , ref_
fentirent les prerniers fes faveurs. Un'illuftre Archevêque ( qui
connoifloit bien ce Grand Pape) a eû raïfon de dire, qu'en
diftribuant des Graces, il ne faifoit que fuivre la plus forte
inclination de fon cœur, naturellement généreux, noble x vd
h | dre,
: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 233
dre, & reconnoiffant (r ). En parlant ainfi nous ne devons pas Lr'y & E
craindre, que les perfonnes un peu inftruites nous foupçcn- XLIV.:
pent de flaterie. Ce que nous devons uniquement appréhen- ERRTENTTÉ
der, c’eft de ne pouvoir raporter que la moindre partie, de —
ce qui mériteroit d'entrer dans l’Hiftoire de Benoît XIII. On
ne {çauroit tout dire , fans revenir fouvent à des faits, qui pour
être tout femblables, pourroient pafler pour des redites. Nous
tâcherons feulement de n’en omettre aucun des principaux.
Le Pape Clément XI ( dans les derniers momens de fa vie}
prenant en confidération l’état, où fe trouvoit le Prince pré- ,. Hit. des Papes ;
tendant à la Couronne d'Angleterre , avoit expreflément re: + ‘"* dus
commandé trois chofes au Sacré Collége : la premiére , qu’on
lui laiffât toujours la pleine liberté de réfider dans le Palais,
qui lui avoit été afligné à Rome. La feconde , qu’on lui con-
tinudt fans diminution les Revenus, jufqu’alors accordés ; afin
qu’il pût foutenir fa Digniré, & celle de fa Maifon , jufqu'à
ce qu'il plût à la Divine Providence, de le rétablir fur le
Trône de fes Ancètres, pour le bonheur de l’Eglife, & de fes
Peuples. La troifiéme enfin, qu’on engageît le Pape, qui fe-
roit él, à l’affifter en tout, contre les entreprifes de fes Enne-
mis. Innocent XIII répondit éxaétement aux pieufes inten-
tions de fon Prédécefleur; & fuivir fon éxemple. Mais Benoît xxv.
XIII ne confultant que fa piété, & les fentimens de fon cœur, Ses Libéralirés
alla encore au-delà, & il eut toujours pour ce Prince éxilé , de Se George,
ainfi : a fon augufteFamille,tous les égards,qui étoient dûs
à fa Naïflance, à {a Religion, & à fa Fortune préfente. Les plus
richesTapifiéries, & les Meubles les plus précieux,que Sa Sainte-
ré trouva d’aborddans les Apparremens du Vaticag, Elle les fie
porter de fuite au Palais du même Prince: & lui fit délivrer
de tems en tems des fommes confidérables, outre les Revenus,
ou les Penfons ordinaires, | |
Il ”: eut point de Cardinal, qui ne reçûr quelque marque XXVI
particuliére de la bienveillance de notre Pontife.Il fit particulié. ;, nr" rs Care
rement du bien ceux qu’on apelle lesCardinaux Pauvres; leS. ces, &'les Minif-
Pere augmentaleurs Penfions, pour les mettre en état de fou. 1e : la Cour
tenir l’éclat de leur Dignité. Il en ufa de même à l'égard des Si
‘Nonces. Apoftoliques, qui réfidoient dans quelques Cours
Etrangéres, pour les intérêts de l'Eglife, & pourvut avec la
(1) Nee fterilis , nec ad fpeciem tantdmf hibuiffet femper, jam ad fummum rerum
gratiarum aétio fuit; cdm enim ipfe , cæte-| arbitrium eveétus cœpit cuin omaibys libae
sas inter virtutes ,.gratum animum, benef-| ralifimé agere , &c, Archi, Fir. page 36, :
cum, ac maximè liberalem, pro viribus.cæ] -”". Le è r
Tome V'J, Gg
À
234 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvnrzr mêmegénérofité aux befoins de pluficurs Officiers de la Cour
XLIV. de Rome. Benoît XIII ne crut pas que des perfonnes, qui,
Benoîr XIIL
mm
par leurs talens, & un travail aflidu, rendoïent tous les jours
des fervices néceflaires au Saint Siége, ou qui fe trouvoient
chargés de diverfes Procurations, dans les Congrégations des
Cardinaux , déffenc être fans quelque récompenfe. 11 afligna
donc des Penfions à ceux qui n’en avoient point ; il les aug:
menta aux autres; & fit enforte qu'ils jouirent tous de Re-
venus fixes, proportionnés à leurs fervices ( 1 ).
XXVIL. La fage prévoyance du Vicaire de JEsus-CHRIST , &
ples.
” Envers fes Peu- fon amour de AT vous fes Sujets, de quelque Etat, ou
Condition qu’ils fuflent , ne parurent pas moins dans les arran-
gemens, qu'il prit d’abord pour procurer quelque foulagement
tous ceux, qui etoient dans le befoin. Les malheurs des rems,
& la néceflité des affaires avoient obligé le Gouvernement,
fous fes Prédécefleurs , d'établir divers Impots, dont les uns
étoient d’autant plus onéreux au Peuple Romain , que per:
fonne n’en étoit éxempt : & il y en avoit, felon l’expreffion
d’un Auteur Italien, qui paroifloient injurieux aux Citoyens
Si Benoît XIII ne put prévenir leurs défirs , il 2. du
YXVIIL Moins leurs clameurs. & leurs plaintes :1l fe hâta
abolir une
Abolition de partie de ces Impots ; & il en diminua plufieurs autres ; ce qu’il
queiques Impôts.
continua toujours depuis. Lorfque les Tréforiers de l'Epargne
voulurent repréfenter quelquefois à Sa Sainteté , les charges
xxx. & les befoins de la Chambre Apoftolique, le Pape leur répon-
Belle Réponfe dir avec fa bonté ordinaire, que pour foulager le pauvre Peuple,
du charitable
Ponufe, fans toucher à l’Epargne, fon intention étoit de fe retrancher
| à lui-même, tour ce qui pouvoit être fuperflu , parce qu'il ai-
moit mieux que fa Table, & celle de fes Officiers füt roujours
frugale, ou mal fervie , que de fcavoir qu'un Citoyen manquât
de pain. Suivant toujours cette Maxime { feulé capable d’ims
mortalifer un bon Prince) Benoît XIII ne laïfloit point pafñler
. d'année, fans ôter, ou diminuer quelque Impôt. Sa dépenfe
’
- (1) Poft auétas fortunas Cardinalibus il-
fis , qui tenuioribas proventibus dignitatem
füam ægre tuebantur ; Præfulibus dia ;
. Qui in Minifterio Sedis Apoftolicæ funt , ho-
nefta pro modo laboris, atque induftriæ,
fipendia aut dedit , aut auxit, Si quidem Ro-
mz multis, & gravibus muneribus, ac pu-
blicis proçurationibus , nulla erant conftitu.
ta ftipendia ; carebant enim his omues fer-
be étoit d’ailleurs fi modique, & par la réforme qu'il
çut faire , dans fa Maïfon, ou dans fa Cour; il fit des -épar-
mé Præfules, qui facris Cardinalium Con-
gregationibus à Secretis erant ; quique in
iifdem Congregationibus caufas aut propo-
nebant , aut dirimebant , viri fanè de Repu-
blica optimè meriti, & multis nominibus il
luftres. His profe&à omnibus , aliifque Ma-
giftratibus Benedi@us XII certos’ac libera-
les proventus attribuit. Archi, Firm. pag.
37e |
7 &i-DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 235$
gnes fi confidérables, que’par ce feul endroit il fe mit en état tiçne
de foulager beaucoup les Peuples (1 ). |
… Et méricoit fans doute leurs bénédi&ions , par cette charité
bienfaifante , dont il leur donnoït tant de preuves fenfbles :
comme ïH'ne cefloir de és édifier par les plus beaux Exem-
ples de toutes les Vertus. Peu content de fe faire rendre un
comptreéxa@ de la maniére, dont les Pauvres, & les Mafades
écoient traités dans les Hôpitaux, il s’y rendoït fouvent en
erfonne, & quelquefois dans le moment, qu’on l'y attendoie
XLIV..
BENoOîT XIII
mr
XXX.
Ses attentions à
tous les beloins
des Malades , des
e moins. Plus d’une fois on le vit porter fes attentions, jufqu’À Pauvres,
goûter bouillon, la viande, le pain, & le vin, qu’on fervoit
aux Malades ; & à éxaminer foigneufement leurs lits. Ayané
trouvé qu'ils n’étoient ni propres, ni affez commodés, le Sainé
Pere fit faire exprès toute la Garniture d'un lir; le donna aux
Direûeurs de l'Hôpital du Saint-Efprit, pour fervir de modéle;
& voulut qu’on en fit faire inceffamment de femblables , pour
toutes les Sales : après quoi il ordonna qu’on brülâr les vieux
Mactelacs ; il fixa auffi la quantité, & la qualité du vin, auffi-bienr
que de la viande, qu’on devoit fervir aux Pauvres. |
Bien-loin de regarder ce détail, comme indigne de la Ma:
jefté d’un Souverain, Benoît XIII fe feroit cru indigne de ce
titre, s’il avoit pù oublier, qu’il étoit Pere; que tous les Fidé.
kes étoient fes Enfans; & que les Pauvres, ne les Mala-
des, devoient attirer fes premiéres attentions. Il les érendie,
ces attentions, à tous les Hôpitaux de la Ville; & par là il les
remit tous dans l’état, où ils devoient être felon les intentions
des Fondateurs. Sa Sainteté corrigea ainfi en peu de tems, &
fans bruit , tous les abus que la cupidité, ou la négligence,
avoient fait naître. Les Adminiftrateurs & leurs Miniltres , ne
pouvant rien dérober à la M raie attentive du Pontife, &
âtoient de prévenir fes Ordres,
oh rap fa jufte févérité ; fe
en devenant plus éxa@s à remplir leurs Obligations. Le Saint
Pape ne jugea pas les Prifonniers indignes de fes foins, & de i
{1} Animam tune adjecit ad imminuenda
fuiffet repræfentatus, Hujufmodi itaque vec.
fubditis'veétigalia , quz fuperiorum tempo-
tigal planè fuftulit ; & cum nonnulli publici
rum calamiras invexerat. Inter hæc populo
maximè grave, ac plebi acerbum veéigal
erat, quod ex unaquaque libra carnis , quà
quis uteretur ad vefcendum, pendebatur ;
non {old quia nec mifer ullus , aut infimz
plebis homo immunis ab co habebatur ; ve-
Fam etiam quia pauperibus rufticis injuriæ
©pportunis durus inftabat Exaétor , fi fortè
ex Ovis, aut Vitulus extinétus ftatim non
ærarii anguftias objicerent. . . Pontifex {2e
pienter refpondit , malle fe à fuperfuis fump-
tibus temperare , & exhaufto ærario parce=
re, quim tanto fubditorum incommodo pa
rari fibi undè fumptus faceret , & pecunia
in ærarium inferretur. Alia etiam veétigalia
Romæ abolevit, quæ plebi injuriofa videe
bancur , &c. Archi, Firm. pag. 40, 41:
Ggi
XX XI.
Et des Prifons
236 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livaz fes viftes. Il ordonna d'abord qu'on nétoyit les Prifons | & que
XLIV. ceux qui y éroient enfermés , pour quelque caufe que ce pût
Benoîs Xi, étre, fuflent toujours traités avec humanité, depuis le Péri qu'ils
= y entroient, jufqu’à celui qu'on leur permettoit d'en fortir.
xxxrr - Mais qui pourroit dignement repréfenter les grands €xem-
Grands éremples ples de Charité, & d'Humilité, qu’il donnoit lui-même dans
3% ces lieux obfcura, qui n’offrent aux yetix des Hommes , que
les Hôpitaux, des objets propres à humilier leur orgueil, ou à révolter leur
les Pauvres, & les Malades ? Avec quel zèle, & quelle effufon
de Charité ne s'emprefloit-il pas d'adminiftrer les Sacremens
aux uns : de faire entrer les autres dans des fentimens de con-
trition, de confiance, & de foumiflion aux ordres du Ciel, &
de les confoler tous, lorfqu'il ne pouvoit faire ceffer leurs
maux, comme il le fit plus dune fois à l'égard de plufieurs? Les
Lieux Saints, confacrés à la Prière , & aux Exercices de la
Religion , furent les moins oubliés par ce vigilant & infatiga.
ble Pontife. Mais pour continuer avec plus de facilité des Pra-
tiques , auffi utiles que faintes s il jugea à propos de fe mettre
au-deflus de ce qu'on apelle le Cérémonial. |
__« Son deffein, dit l’Archevêque de Ferme, étroit de vifiter
XXXIIL » en perfonne toutes les Eglifes de Rome; de fe trouver aux
FR » Offices Divins, aux Fêtes des Martyrs .& des autres Saints ;
noître tout par *” de ne s’en raporter qu’à lui-même touchant la maniére, dont
lui-même ,&ren- » fe faifoit le Service Divin; de remplir ainfi, tous les jours,
ET » & à l'égard de tous, les devoirs de la Sollicitude Paftorale,
Benoit XIII fe» & de la Charité Apoñtolique. Mais tout cela s’accordoit peu
met au defus de ;, Avec les Ufages de la Cour ; felon lefquels le Souverain Pon-
certains Uliges, : . he nr
» tife ne paroifloit en public, qu'avec un grand Cortége ; pré-
» cédé de la Croix ; accompagné d’un grand nombre de Pré-
» lacs, de Seigneurs, de G:ntilshommes, fuivi, ou environné
» de quelques Compagnies de Suifles, & de Chevaux-Legers.
» Comme cela ne pouvoit que mettre toute la Cour en mou-
» vement, les Prédécefleurs de Benoît XIII fortoient fort rare-
» ment du Palais, foit que cet Ufage eûc été introduit , pour
5 infpirer plus de refpeét pour la Sacrée Majefté du Vicaire
» de JEs us-CHR1ST; ou pour ne point trop fatiguer les Sei-
» gneurs de fa Cour ; ou plutôt ( continue le même Hiftorien)
» afin que le Souverain Pontife, moins à portée de voir, de
‘» connoître, & d'examiner tout par lui-même, füt dans une
» efpéce de néceflité de s'en raporter à la bonne-foi de fes
» Miniftres, de juger, & d'agir ‘a lcur raport, & felon leurs
délicatefle >? Avec quelle bonté ne fervoit-il pas. de fes mains,
“BE L'ORDRE DE S! DOMINIQUE. : 1:37
vâes «Benoît. XIII. trouva bon de ne’pas fuivre tet:-Ufage, «
tout-àncien, tout autorifé. qu'il étoit. Il fçavbit bien.que les «
taports ne font pas roujours fidéles; & qu'omeft moins frap- «
pe de ce que l’on apprend par des relations, que de ce qu'on «
a fous les yeux {rh à: 25 5 5 9. 5; et LS
- Sa Sainceté-voulut done avoir la liberté d'aller. par tout, où «
: ON eo] D
Livre
XLIV.
Benoîr XIIL
GRR EN SR ER
elle croiroit fa préfence néçeflaire, non- feuleniene fans çe « |
grand appareil , qui met tant de mondé ed mouvement; mais 6
auffi avec la modeftie d’un fimple Evêque. Cela: lui factlita «
les moyens de fuivre les pieux mouvemens de fa Ferveut ; «
& la vivacité de fon zèle ; foit pour. veiller avec plus de foin «
à fout ce qui pouvoir intérefler. la Religion; foi pour s'éxer- «
cer Ele-mêrne dans les faintes Pratiques de la Charité Chrë- «
tienne, Lorfque les. Affaires importantes de J'Eglife le lui «
permettoient , le Saint Pere fe rendoït prefque tous les jours, «
tantôt dans quelques Hopitaux, & tantôt dans différentes «
Eglifes. Sa préfence ,& fon exemple, toujours plus efficaces , «
que'routes les Loix ; contenoient tout le monde dans: le de- «
voir; &.failoient régner pan-tout le bon-ordrg.. Lä.-on le «:
voyoit quelquefois fervir lui-même les Pauvres, &-les Ma. «
lades, aider ,& confoler chrétiennement -ceux qui-appre- «
chofent de leur fin; & les difpofer à, une fainte mort. Ici, «.
en mêlant fa.voix avec celle des Chanoïnes ,,& des autres «:
XXXIV.
Sa préfence , &
fon éxemple font
que le Service Di.
vin , et célcbré
avec plus de de-
cencce.
Minifkfes, qui: chancoient les Louanges du Seignëur:, il leurre,
préfentoit un modéle, qu'ils pouvoiens imiter ; pour s’acquit-.cc
cer de ce devoir de‘Religion , auec toute la gravité, & cette «°°
modeftie extérieure, qui marque les fenrimens d'un cœur.«
xempli de Piéte, & les difpofñtions fecretes -d'une Ame, «
anéantie devant la Majefté de Dieu {:2 )»...1, 7, … ,
Û
| (2 Mens illi erat fingulas in Urbe facras
Ædes invifere , memoriis Martyrum , aliv-
rumque Sanétorum frequenter adefle, Xe-
nodochia viltare , & Paftoralis vigilantiæ ,
atque Apoftolicæ charitatis officia palam om-
mbas., & ferè quotidie exhibere: fed his con.
ceptis voris mos Aulæ obftabat , quôd [un-
mus Pontifex non nifi folemni apparatu , &
eetta Ctuce , & magno Præfulum, Aulico-
ram , alhiorurmque nobilium comitatu , mul.
tis Prætorianis Milicibus circumfeptus , ac
levis armaturæ equitibus , partim præeunti-
bus,partim fublequentibus , à Palatio pedem
efferre , & in publicum prodire foleret : quæ
cm non fine totius Aulæ commotione fieri
poffence, idcirco fuperiores Pontifices rar in
publicum produccbant Majeñtafem fuam,
‘ RS ne .
Hunc morem feu ad tueadam fummam Don:
tificis dignitatem, feu ad parcendum Auli-
corum iucommodis , feu potius're fupremus-
Princeps cunéta in{picere , fcrutari , ac fui
copiam omnibus facere poflet ; féd Adminif="
-tratorum fidei comtnittete, & ex aliorum res
Jationibus ageré cogeretür ,.jaa diu recep+
tuni , probändum non putavit Benediétus,
&c. Archi. Firm. pag. 44,
(2) Propterea voluit fibi licere . .. Omni:
apparatu poftabico, quil privato in Urbe,,
exteroque Epifcapo palam prodire, Quo pac-,
ro cœpit Rehgioni largis indulgere , [uftra.
re fingula, &. ad omnia charitatis officia {e.
ultro dermirtere ; ferf quotidiè , cm per gra-,
viflimas Pontificatäs curas liceret, facras Æa
des adise, Maryrume, Co Santo
B 1}
LiIvsrk.
XLIV.
Benoît XIIL
XXX V.
I! pourvoit aux
befoins de quel-
ques Eplifes de
Roine.
XX XVI.
Et étend faCha-
rité fur celles dt
Royaume de Na-
piles, ,
XXXVII
Autant qu’il eft
fevére envers les
Perfonnes fcanda-
Jeules,
138 HISTOTRE DES HOMMES JLLUSTRES
+ Dans la Vifcej:que Benoît-XIHI fr, des Eglifes de Rome,
H en trouva quelqueslines dans un étar, qui ne pouvoit pas
hui faire plaifir&'il y pourvur, Après avoir, fair à ceux qui
en évoipntcharpés, ka évrreŒion que mérirpicleur négligence,
il ordonna lui-même toutes les réparations: &:les ornemens
convehables , & Îl:fournitlibéralemrent'les deniers néceffaires,
ur le rétabliffement de celles. dont la Fabrique ne pouvoie
his la :dépenfe. 'Mals- le zélé Poatife. ne barnz point fes at-
tentions aux Eghifes de Rome : nous'avons dit ailleurs ce qu’il
avoit obtenu poer toutes celles du Royaume de Naples, lorf-
qu'il n'étoit 'rncofe: qu'Archeyèque -de Bénévent. Devenu
Pape, H confirrh2, & étetdic-Fe bienfait d’Innocent X II eu
déclarant queices Eglifes proficercient des dépouilles de: leurs
Pafteurs, même dans le cas, où il drriveroit, que l'Evêque,
ou l’Archevêque vint d finir fes jours hors de fon Diocèfe (1),
Comme le Saint Pere , dans fes defleins, & dans fes a&tions,
ne fe propoloit point d'autre objer , que la Gloire de Dieu ,&
le Salut des Ames, il Àe mettoie aufhi fa confiance, que dans
le Secours. Divin , qu’il s’efforçoit d'attirer par la Pénitence,
& la Priére, Cependant il ne négligea jamais les moyens, que
ka Prudence veut qu’on employe, pour procurer le bien, ou
arrêter le mal. En même tems, qu’il faifoit travailler, dans
une Coûgtépation de Cardinaux, & de Prélats, à la- Réforme
du’ Clergé: il donnoît fes Ordres au Gouverneur de Rome,
pour intérdire févérement, & généralement tous les lieux de
débauche, &:févir felon la rigueur des Loix, contre les per-
fonnes feandaleufes , accoutumées à rendre des piépes à la
jeuneffe. Bientôt après Sa Sainteté réiréra les mêmes Ordres,
& en porta de plus précis, ou de plus rigoureux. pour faire
chaffer de la. Ville routes les femmes de mauvaife vie , dont
linfamie étroit publique. On. fçaic que les Souverains Pontifes
ne manquent gaéres de donner, de tems en tems de fembla-
bles Ordres-, qui n'ont peut-être jamais été éxécutés dans
toute leur étendue : fans. doute par la crainte trop fondée de,
donner éccafion à de plus grands'inconvéniéns, {elon la re-
rum memorias venerari + Vàlerudimaria invi-[ cæteros docere ; divinum opus pro dignitaté
fère , infirmis hüumiliter'miniftrare ; paupe-| diligenter agere , &c. Archi. Fir, pag. 45.
ribus , ægrotis, & În agone cum morte luc-| (1) Regni Neapolitani Ecclefiis confuluie
tantibus opem ferre: & ,quod ad fervandam|,.,. cavitque ne Metropolitanæ aut Cathe-
ritè pfallendi difciplinam plurimdm contuhi, | drales in eo Regno Ecciefiæ hujufmodi fpoe
in fingulis Bafilicis, atqne etiam in alis Ec ro etiamfi Archiepifcopus , aug
Chefiis, ubi à Canonicorum, ant ab aliorum | Epifcopus , extra Diæcefim fuam diem abi=
Clericorunr Collegris divinæ-laudes perfol- | rer, Jdenr. p. 38, |
vécus Cure Intérefle; exemploque fuo ll
à a LA
"DE L'ORDRE'DE S. DOMINIQUE. : r39
marque même de Saint Auguftins Cépendanc Benoît XIII
vouloit être .obéi :.& l’expédient qu’on :‘crut pouvoir: mettre
en ufage, pour fatisfaire au zéle de,Sa Sainteté, & obvier en
même cems à un plus grand mal , fut de chañler de Rome, les
lus décriées, & les plus infames de ces.Créarares ;.en faïfant
rh avertir toutes les autres: qu’elles :-devoient s'ac.
tendre.au même traitement, fi la modeftie: &:1a retenue np
déroboient deformais le feandale de leur wie libertine, aux yeux
pénétrans du chafte Pontife. A
Ce n’écoit qu’à l'égard de ces fortes de perfonnes; fur lefquel-
lkesnï les exhortations les plus fortes, nilës prières, ‘ni. les me-
naces.ne faitoient aucune imprefhon:, que k:$. Pere ufpit de fé:
vérité. La plus légereefpérance de retour, & de repentir leur'au:
roit fait trouver grace dévantun Pape , dont la Charité faifoir
le cara@ére ; &qui fembloit né | felon lexprefion d'un Hifto.
rien) pour le foulagement , ou la confolacion du ‘genre hu-
main , tant, dans les miféres particulières ;.que dans les Cala-
micés publiques. Auffi rendoit-il fon:abord f aifé à vous, qu'it
ne fe refafoit'aux beloins de perfonne; Il oublioit’les:fiens
propres , pour ne point perdre une occafon d'écouter les
plaintes, & de fatisfaire aax juftes demandes de ceux qui étofent
dans l'opprefion. Il lui eft arrivé plus d’une fois de: pañler le
jour entier fans prendre ni-nourriture, ni aucun momént de
repos ; que celui de la Prière ; toujours occupé aux Fonétions
eu de Juge, ou de: Médiateur, ou de Perë ; fans fe laffer de faire
du bien à tous; fans permettre Len EE fe retirât crifte,
& fans avoir obtenu ce qu’il demandoit ; fi fa- demande étoit
taifénnable (+)... 2. 7 22"
il. Pour éviter.la confufon, & faire moins attendre éeux qui
avoiedr à parler au Pape, il fit afficher, dans la:‘8ale du Palais
du Quirinal, ün nouveau Réglement Hour ‘avértir, que Sa
Sainteté donneroit roujours Audience ; & Lundi 41a Prélature;
#
le Mardi aux'autres Eccléfiaftiques; Îe-Mercrédi aux Régu-
liers des différens Ordres; le’ Jeudi iaux Cardinayx'; le Ven-
drédi‘äux perfonnes du Siécles.le Samedi aux Miniftres Etran-
PNB RE a : l
gers; &
Re Ha es he
- (1) Cdm aaten ipfe rates amnino.ellet ad | ranv noïle Gmnptb:cibn. null aidultà con:
fublevandas generis humani calamitates ,| pori quiete ; ômnibus ad fe accurrentibus ,
âdece facilem:audiendis cuniétis, adee beñig-" nultà Majeftauis fuæ”obf a fpecie , volens
num excipiendis fingulorum votis fe:exbi1{libesfque € itapéndit ;at fuperimpeñdio;
“bait | ut taturæ neceflitaribus rempus féblu-l née tôrud fs -confibentiu;:f'Abnighad if.
‘teret, quod'ahis benefaciendo impertitetut.| poftutéffent vacenautliah, trifeñique
Maultis diebus à prima lace ufque ad:féipe- dvi RG ivér0bi Fier: Jef. 34,48: b
CEE
e Dimanble à ceux ; quel Papa juger iv à prépos
Be fe 1 sus + VW; Sa s |
j. PR ET |
AE. d'os à {
LIvRE
X LIV.
BrNoir X!IL
be rermorenmrenre0$
XXXVIII
Autant fe mon-
tre-t-il doux, &
acceflible à tous
ceux ,quiont re-
cours à fa charité,
ou à fa juftice.
XXXIX.
Audiences aC=
cordées à toutes
fortes de perfon-
nes.
240 HISTOIRE : DES HOMMES'TILUSTRKES
Livax de fäire apellen Les: plus grandes éhaleurs de PEté ne-purent
XLIV. l'empêchér de continuer, plafieurs mois de: fuite, :un travail
ER ETSETTIS fi pénible, & fi laffant; mais auquel il fe croyoir obligé, par
FNOÎT XJIL $ lité d Paft _&. de P |
_" 14 qualité de Palteur, &. de Pere commun (r). ;
XL. On comprend bien , que les plus pauvres n’étoient poine
Fe Les ee exclus de certe faveur ; puifque c’étoit ordinairement fur eux,
pare que Benoït XIII À ru fes premiers regards. Il en faifoit fou-
vent manger quelques-uns dans fon Palais, & il aimoit à les
fervir lui-même à Table. Souvent après les occupations les plus
férieufes , :&: les plus importantes ;. après avoir traité avec
{es -Miüiftres. des Affaires de lEglife, ou de l'Etat, & avoir
donné Audiance aux Ambafladeurs; quelquefois au fortir d’un
Confiftoire ;.où. aprës de longues Cérémonies, & de plus lon-
gues Priéres, qui avoient retenu le Saint Pere , une grande
partie du jour dans les Eglifes, il alloit Vifiter les Malades dans
Hôpital ; comme fi fon unique délaflement.étoit de
onner aux Membres affligés de Jezsus-CHRIST, toutes for-
tes de Confolarions fpirituelles, & temporelles. C’eft encore ici
_ un. de ces Articles, qu’il faudroit. be. 9 prefqu’à toutes les
” pages ; fi, au-lieu d'une Hiftoire , nous faifions le Journal du
Pontäicat de notre Pape. Nous tacherons d'éviter les Redites:
& le Lecteur nous en pardonnera quelques-unes, que le Sujet
rend en quelque fagan néceflaires.. 7... +
_ Qn doit d’ailleurs être d'autant plus édifié, ide cette tendre
Charité du Souverain Pontife, envers des perfonnes ordinaire-
ment méprifées, ou trop négligées ; que fes foins multipliés
pour les Pauvres, ne ke rendoient pas moins attentif à fes au-
tres Devoirs. Dès les premiers jours de fon Gouvernement, le
bryits’étoit répandu dans toute l’Italié , qu'on faifoit un grand
__ Armément à Conftantinople : & tous cés préparatifs des Turcs,
.. " …, fuidjnquietoient les Puiflances Chrétiennes, fembloient ména-
xLr - Cer de plüs près, les Véniriens, & les: Chevaliers de Malte. Les
Sa Saintetépro- yns & les autres s'adreflerent d'abord à fa Sainteté, qui leur fit
pros efpérer un prompt & puiffant Secours dans le befoin. On ne
Chevaliers de doit pas dputer; que, fi les Infidéles ‘avaient tourné alors leurs
Male, menaces Armes conçre les Chrériéns, Benoîr XILEn’eut fuivi l'éxemple
par les Turcs, 4 | mes 1! » je \
u Saint Pape Pie V, dont le zéle, l’activité, & le crédit auprès
-des Princes Catholiques fervirenc à faire repentir les Mahomé.
, ( 1) Ur fagiliüs &'ex opdine_foffer facere licerer ad ipfum accedgre. His fané laboiibus
emnibus fatis hebdomadg dies pre unoquo- | in pluses menfes , atque inter Æftivos calo=
que bominum genpre diftribuit: pro Præfu- | res exanclatis ; pub:icam addidjt papuli at-
: Jus, pro Clero Sæculari, pco Reghlasi, ac | dientiam (ut nullus planè efler; cuë copiam
dénique pro Lacie, ; at gniquique fiarA. dic fai mon faceres, vfrbis Fram. salut
7 DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 241
tatis d’avoir entrepris une Guetre, qui leur coûta cher; &qu'ils Lrvwna E
: __ : XLIV.
ne terminerent pas à leur honneur.
= Ce ne fut peut-être qu'aux ardentes Priérés, & aux humbles
y ” x ENOIÎT XIIL
gémifflemens de Benoît XIII , que le Ciel nous accorda des tems “mm
plus tranquilles. Pendant tout fon Pontificat, l'Italie n’éprouva xLu.
point les fléaux de le Guerre. Auf le fage Pontife prenoit-il … Attntions du
toutes les mefures néceffaires , ou pour écarter ces calamités; salt Fe ueutre
ou pour être en état de fe foutenir , à cout événement. Tandis l:s Princes Chré-
que, par fes Lettres, & par fes Miniftres, il exhortoit forte- nets Écon
ment les Princes Chrétiens, d'éviter avec foin, tout ce qui craindre les Infi-
pourroit troubler la Paix, il ôroit aux. Infidéles l’efpérance de ‘éles.
Jurprendre les Sujets de l’Eglife, ou de les attaquer impuné-
ment. Dans une Congrégation particulière de Cardinaux, fa . :
Sainteté propofa d'augmenter les Tfoupes de l'Etat Ecclefiafti- à
que, de mettre lés places Frontiéres hors d’infulte, de conftruire
quelques nouvelles Galeres ; & d'envoyer des Brefs à tous les if. des rapes,
Princes d’Italie, pour les-exhorter à’ fe tenir prêts, & à prens "°*° + 857
dre fes méfures , qu’il convenoit , pour repouflèr l’Ennemi
- commun, s’il entreprenoit quelque chofe fur les Côtes d'Italie;
Toutes ces Propofitions furent approuvées. US
.… Mais pour attirer de nouvelles faveurs du Ciel, en excitanr °°. |
de plus en plus la piété des Fidéles, fa Sainteté fit publier le ” .
À Lg Univerfel pour l’année fuivante. Cette Publication fe fie »z£rrr.
Rome avec les Solemnités ordinaires, le 25 de Juin 1724, Publication du
après une Proceflion Générale, qui alla de l'Eglife de Sainte Jubilé.
Marie fur la Minerve, à celle de Sainte Marie in 7adicella (1),
Dans le Confiftoire -du 16 , où fe trouverent trente cinq Car:
dinaux, le Pâpe donna le Chapeau au Cardinal dé Polignac;
& le Palium au Cardinal Del Giudicé; qui,par la mort du Car-
dinal Antoine Tanara, & l’Eleétion dé notre Cardinal, étoit
devenu par fon Rang”, Evèque d’'Oflie, & Doyen du Sacré oo
Collège. "25
-- Quelque zelé quefut. Benoît XIII pouf recommañder la y.
Réfidence à tons ceux qui.étoiént: chargés de: la conduite des La répuration du
Ames, on.voyoit arriver journellement à Rome, un grand Pare attire ‘Ro:
nombre d'Evêques, & d'autres Prélars. I] eft vrai que la plû- De due -
part ne s’y arrétoient pas long tems : & c’étoit peut-être moins
| (1)Sieut flatim poft Ele&tionem fuam, per reces , & bonorum operum fuffragia potu-
-aliquot dies, cæteris fepoftis curis , fegrega- vie , indiéfà in Urbe ad xxv Junii fupplidi
.tus abhominibus, conéliumm , & opem à Deo| proceflione , ab Ecclefia Santæ Mariz fupex
-rogaverat ut Univerfæ Ecclefiæ regimen fe. | Minervam , -ad Ecclefiam Sanûtæ Mariæ in
Jiciter aufpicaretur ; ita etiam in eamdem| ValliceHla, &c, Archi, Firm, pag. 37,
.Saufam. 4b oponibus Chriti. Fidelibus piash . -. : . ... + .. ... ..,,. 3.4
Tome VI, ‘ Lu : Hh
Lrvers
XLIV.
Benoir XIII.
XL V.
Illes reçoittous
avec bonté. .
XLVI.
Dccide promp-
tement leurs Af
fares,
242 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
l'occafion du Jubilé , qui les y attiroir, que la réputation d’un
Saint Pape ; de la Juftice, ou de la Libéralice duquel, ils pou-
voient tout fe promettre , & pour le fuccès de leurs Affaires, &
pour le repos, ou l'honneur de leurs Eglifes. La haute idée,
que ce Pape avoit toujours eû de l’Epifcopat, le portoit à re-
cevoir avec diftin&ion, tous cgux qui étoient honorés de cet
augufte Caraétére ; & à les traiter véritablement comme fes
Freres. Zélé pour leurs intérêts, lorfqu’eux-mêmes ne-défen-
doient que ceux de la Religion, de la Vériré, & de la Juftice,
il fe faifhie un Devoir effentiel de venir à leur Secours; de pren-
dre en main leur propre Caufe, de l'éxaminer, & de la finir.
Mais, qui pourroit dire, avec quelle éxa&irude il péfoit tout;
avec quelle équité, & quelle fagefle il décidoit; & cependant
avec quelle diligence il termina en peude mois, une multitude
d'Affaires qui depuis plufieurs annéesinquiétoient, ou épuifoiene
les Pafteurs, & troubloient quelquefois le repos de leurs Trou-
| res Un illuftre Hiftorien de Benoît XIII affüre, que depuis
XLVII.
Ec les renvoye
contens dans leurs
Eglifes.
XLVIII.
Affaire de l’Evé-
que de Policaftro.
> Fi, des Papes,
ous V, p.116.
€ dernier Concile Général de Latran, Rome n’avoit pas yù en
même tems un fi grand nombre d’Evêques, qu'on en vit fous ce
Pontificat : & il ajoute que leurs longues, & épineufes Affaires,
étant heureufement terminées par lu Sainteté, avec autant de
juftice, que de promptitude, tous ces Prélats s'en rerournerent
auflirôt dans leurs Eglifes, pleins de Joye, de.Confolation, &
d’Admirarion (1). Qu'on juge par cet endroit de l'étendue de
la Charité, & des lumiéres de ce grand Pape.
Parmi ce grand nombre de procédures , aufquelles Be-
noît XIII mic fin, à l'avantage de ceux qui fouffroient pour
Ja défenfe des Droits de leurs Eglifes, on parlé particaliére-
ment d’un Procès, que l'Evêque dé Policaftro étroit obligé de
foutenir, contre le Seigneur temporel de certe Ville, fituée
dans la Principauté Citérieure, au Rôyaume de Naples. Le
crédit de ce Seigneur avoit fufcité bien des Ennemis, & bien
de facheufes Affaires au Prélat. Pour l’intimider, & lPengager
à abandonner une bonne Caufe , on attaquoit fes Mœurs; on
Paccufoit de Simonié, & on avoit trouvé le fecret d’embar-
rafler extrêmement cette Affaire, C’étoit le moyen de le faire
{1) Tot fub initium ejus Pontificatäs ex-] mirâ fapientià brevi explicavit, atque dire
teros Epifcopos, famâ ejus benignicatis if- | mic; ut qui plures in annos inter multarum
R£tos Roma: vidir, quot fortaffe poft ulti-| litinm anfraétus Romæ detinebantur, com-
mum generale Concilium Lateranenfe vix| pofñris rebus, ad commifi fibi gregis curam,
paquam vilerat. Mulras eorum caufas, quæ| arque cuftodiam alacres , atque omnibus dif-
Jamdiu in Romana Curia magnis fumpribus , | ficulcatibus unâ Summi Pontificis voce, ex-
nec kevi Ecclefiarum incommodo agebantur , | pediti regrederentur, &c. Ærchi, Firm, p. 40.
Ft: ne |
« DE. L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 243
confumer en frais, & de ke tenir long-rems éloigné de fon Trou.
pu à qui fon abfence ne pouvoir être que préjudiciable. Mais
a pénétration du Vicaire de JEzsus-CHr1ST déméla fans
peine ce Myftére d’iniquité : & par une Sentence définitive,
Quai annulloir toutes les Procédures faires contre l’Evèque de
Policaftro, il le rétablit dans tous fes Droits , dans toutes fes
Fon@ions , & fes Prérogatives : & af que le Jugement rendu
dans cette Affaire, ne püt jamais être interprèté d’une maniére
oppofée aux intentions de fa Sainceté ; elle déclara par un
Certificat , figné de fa main, que le rerme de Grace, employé
dans la Sentence , ne devoit point s'entendre de lPabolition d'au-
cun Crime ,.fpécialement de celui de Simonte, comme fi le
Prélat en eût été atteint, & convaincu; mais d’une entiére
décharge de tout préjugé Criminel; fa Sainceté le rétabliffanc
au refte, en la meilleure forme, dans:le premier étar, où il fe
trouvoir avant la Procedure faite contre Jui.° | |
Comment Benoît XII n'auroit-il pas refpe&té la Dignité
d'Evêque ; lui, qui honoroit fi particuliérement celle de Prêtre à
On rapporte qu’en ayant reconnu quelqu'un parmi les Pauvres,
_ qu'il fervoit à Table dans fon Palais du Vatican, il lui baïfa avec
humilité le bout de la Robe. On fçait que ces témoignages
n'étoient ni purement extérieurs, ni jamais ftériles; furtouc
lorfque les Sujets avoient des talens, ou aflez de mérite, pour
pouvoir être utilement employés. |
Qu'on ne s'imagine pas cependant , que cette bonté naturelle
du Saine Pape, l'empêchit de remarquer, & de corriger à pro.
pos, dans chaque Etat, les Abus qui méritoient d’être réfor-
més. Plus la Dignité des Oints du Seigneur eft Sacrée, plus il
éxigeoit d'eux, qu’ils fe rendiflent véritablement recomman-
dables par la régularité de leur Vie , l'innocence de leurs
LIVRE.
XLIV.
Brvoîr XIIL
CREER
XLIX.
Refpe& pour les
Prètres.
Moœurs, & la modeftie de leurs Habits. Il leur interdifoir fé-.
vérement le Luxe, la Molleffe, le éafte Mondain, & rout ce
qui auroïit pü les faire confondre avec les perfonnes du Siécle,
Toujours ferme dans fes Principes , Benoît XIII fit avertir tous
les Evêques, qui avoient fait autrefois Profeffion dans quelque
Ordre Régulier, qu'ils euflent à en porter toujours l'Habit, &
à en remplir toutes les Obligations, qui n'étoient point incom..
patibles avec la follicirude Paftorale ; puifque l’augufte Dignité,
dont ils avoient été depuis honorés, ne les difpenfoit point de
Jeurs Vœux ; mais les engageoit au contraire, à les obferver
avec une plus grande perfection (1). Nous avons remarqué, dès
(x) Esdem facilisate & alios fuftulit abafus , qui exteriérem Clericorum habitum , &:
hij
Avertiflement
donné aux Evé
ques Réguliers,
Livar
_XLIV.
BEN! T XIIL
L I.
Sages précau-
tions pour arrêter
l'inquiétude des
mauvais Clercs, &
aflurer le repos
des Pañfteurs.
LII.
Décret de Sa
Sainteté en faveur
des Curés, & des
Pauvres,
244 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
le commencement de cette Hiftoire, que le premier Ouvrage;
qu'Orfiniavoit publié dans fes jeunes années, tendoit à établir,
ou foutenir cette Maxime, dont il ne s’écarta jamais. ,
… Pour ne point laifler impuni le double Crime de ces Clercs
inquiets, & turbulens; qui, après avoir fcandalifé l'Eglife, &
les Fidéles, par le déré | ma de leur vie ; s’efforçoient encore
d’eluder le Jugement É kur propre Evêque , où de le rendre
inutile ,en apellant fans raifon de fa Sentence, au Siége Apofto-
lique : Benoît XIIE établit dans tous les Tribunaux Eccléfafti-
ques de Rome , un Promoteur Fifcal ; auquel il affigna des
Revenus confidérables : & qu'il chargea du foin de défendre,
contre les Coupables, les Jugemens de leurs Evèques : afin que
ceux-ci ne fuffent point obligés de faire eux-mêmes des Dépen-
{es, ni d'abandonner leurs Églifes, pour aller à Rome foutenir
ce qu'ils n’avoient fait que par un bon zéle, & conformément
aux Loix. Par ce fage arrangement, le Saint Pere procura le
Repos, & la Tranquillité des Evêques, leur épargna bien des
Frais, rendit leurs Jugemens plus refpe“tables, & conferva la
Vigueur de la Difcipline. Par hi , dit encore un Hiftorien, fans
2 au Droit du premier Siége, à l’autoricé duquel ceux
qui font injuftement véxés, peuvent toujours recourir , fa
Sainteté Ôta ce que les apellations téméraires , & frauduleufes
ont d’odieux ; & fit cefler les plaintes , que Saint Bernard faifoit
déja de fon tems, au Pape Eugene III (r). LE |
. Le même zéle de la Difcipline. & l'amour du bon Ordre,
infpirerent encore à fa Sainteté, deux Décrets, qui furent pu-
bités peu de mois après fon Couronnément; l'un en faveur des
Paroifles ; & l’autre, pour établir, ou expliquer une bontie fois .
les Droits des plasanciens Cardinaux. Pendant fon long Epifco-
pat le Cardinal des Urfins avoit eû plus d’une océafion de re-
marquer, & en même tems de déplorer le crifte fort des Pafteurs;
qui, n'ayant que de petits Bénéfices, fur-chargés de Penfions,
ne pouvoient ni entretenir avec décence leurs Eglifes, ni mon-
cultum, quem À Laïcis difcretum effe voluir, | Apellationis ad RomanamCuriam illudebant:
dcformabant. Sapienter etiam monuit illos,
qui à Regularibus Ordinibus ad Epifcopatum
affumuntur, ut memores Profeflipnis fuæ ,
quantdm cum Epifcopali dignitate liceret ,
proprii Ordinis inftituta fervasent ; cüm Epif-
Copatus femel emiffa vota non folvat , fed
potius adimpleat , atque perficiat. Archi.
Firm. p. 42.
{1) Inde ne Clericorum deli@a impunita
manerent ,°qui proprii Epifcopi difciplinam
refugere tentantes ,.ejus Sententiis Benefcio
in qua cùm Epifcopi proprias fententias maga
nis impendiis tueri aut nollent , aut interdum
nec poflent, Promororem Fifcalem pro om-
nibus Curiis Ecclefafticis in Urbe delegit ;
eique ex Apoftolico Ærario ftipendium conf
ituit , ut caufas fufciperet , & Epifcoporum
judicia, adverfus criminum reos tuererur.
Suftulit hoc paéto Pontifex appellationum
invidiam , ac veteres comprefht querelas ,.
olim à Divo Bernardo Clarævallis Abbate,,
ad Eugenium III delaras, &c, Idem ibid.
%
t DE L'ORDRE.DE S. DOMINIQUE. : 24ÿ
trer À leurs Peuples une affection de Pere, en leur pa les.
Secours convenables, dans leurs befoins temporels. Pour faire
cefler cer inconvénient, qui lui parojfloit un double fcandale,
Benoît XIII déclara, par une Conftitution Apoftolique , que
déformais on ne pourroit mettre aucune Penfon fur les Eglifes.
Paroifliales (1} :. . ue DU |
. Par une autre Bulle du 7 Septembre 1724, fa Sainteté expli-
qua celle de Paul IV , touchant le Décanat, & décida claires
ment que celui des Cardinaux, qui, par fon Titre & fon Rang
d’Antiquité , devoit opter l’'Evêché d'Oftie, & être revêtu de
la Dignité de. Doyen du Sacré Collége, jouiroit fans aucune
difpute, de ce Droir; foit qu’il fe trouvat en Cour de Rome,
lors de la mort du Doyen; foit qu'il fut auellement réfidenc.
dans le Diocèfe, qu'il étoit chargé d’adminiftrer , & de condui
re, Cette Décifion depuis long-tems défirée , & demandée,
paroiflait abfolument néceflaire, pour prévenir les Contefta-
tions, & faire évirer le fcandale : ainfi que notre Archevèque
de Bénévent l'avoit autrefois repréfenté, avec autant de for-
ce, que de modeftie (2). Pie | | |
Ces attentions continuelles d'un Pontife, qu’on voyoit tou.
Jours occupé de quelque œuvre de Religion, de Charité, ou
de Juftice ; & fes maniëres, douces & engageantes envers tous...
le rendoient l’objet de l'admiration publique, & de l'eftime de
tous les Gens de bien, Plein de zéle, & Ami du travail ,il ne
demeuroit pas um moment dans l’inaétion ; il ne laifloit pas ün
jour vuide : & s’il s’efforçoit de rapellér les Princes de l'Eglife,
auffi bien que les Miniftres inférieurs, à l’Efprit des Canons
il les y engageoit encore plus par fes Exemplés , que par fes
Loïix. | : | |
: Selon l’ancien ufage, les Souverains Pontifes faifoient eux-
mêmes Ja Confécrarion de tous les Evèques, qui étoient Sacrés.
dans la Ville de Rome : & lorfqu’ils ne pouvoient-s’acquitter
de cette partie de leur miniftére, ils la faifoient remplir par
Fo | Re Go
»
. (1) Infelicent deinde Paftorum animarum
conditionem miferatus , qui gravibus penfio-
âibus obnoxii, proprias Ecdeftas à remporis
injuriis vindicare , & patepnam pauperum cu:
ram gerere non poterant, proût quinqua-
ginta anoprum , quos fandiffime in Epiico-
pai Oficio tranfegerat, experimento didi-
cerat, Apoñtolicà Conftiturioné cavit, ne
deinceps Parochiales Ecclefæ ullo penfo-
aum onere gravarentur. Archi Firm. p. 43.
. {2) Decrevitetiam ut Cardinalibus Bpifco-
Pis, quamvis Rom abfentibus, apud pro
prias tamen Ecclefias commorantibas , nihil
juris deperiret, quominus Decanatus Sacri
Lrv x à
XLIV.
Pnau,
BENoîT XIII,
D
LIII,
Autre Déciee,
pour expliquer la
Bulle de Paul LV.
L I Y.
Ufage des ar-
ciens Papes , tou
chant la Confécr:-
tion des Evêques,
renouvcilé par Bce
noit XII,
Collegii , & optio Bpifcopatäs Ofieafis, ac
Veliterni eis deferretur ;.ne alienæ mortis des
teflabile votum :in Ecclefia Dei appareret.
Vix: enim hujus mali fpecies poterat arce-
ri, fi graviter ægrotante Sacri Collegii De
cano, Cardinales Epifcopi ( quod tamen in=
terdum accidebat ) amicorum litterig incita.
ti, confeftim Urbem, aut Suburbia
cent, &c. Idem ibid,
pete-,
#
Livre
XLIV.
Benoit XIII.
Le
+46 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
PEvèque d'Oftie, à qui il appartient de Sacrer le Pape même,
Fa fuite, les grandes Occupations des Pontifes Romains,
& quelquefois l’âge fort avancé , ou les infirmirés du Doyen du
Sacré Collége , ne leur permetrant pas de vaquer à ces fréquen-
es Cérémonies, il arrivoir quelquefais que kes Evêques élus
étoient obligés de faire un long fejour à Rome, toujours incer-
tains quand, & par qui, ils recevroient l’impofition des mains.
Benoît XIIE ft cefler encore cetre difcuiré : car depuis long-
| tems accoutume à faire fes délices de Féxercice du Sainte Minif-
7" LV.
Il donne de fes
mains le Pallinm
aux Archevêques,
tére, il fe propafña d’abord de rétablir Fancienne Pratique : &c
comme ik avoit roujours te le plus aflidu des Prélats , dans
toutes les aurres fonétions facrées, il ne le fut pas moins dans
celle-ci. C’eftun fait prouvé, que durant fon Pontificat, il con-
facra un plus grand nombre d’Evèques, que n’avoient fait dans
les Siécles précédens, plufieurs Souverains Pontifes. Nous ne
faifons que copier, ou traduire les paroles de l’Archevëque de
Ferme (x). | | j
« Les Papes, continue ce Prélat, avoient coutume de ne
» donnerle ?alium ,aux Archevèques, qui venoient le recevoir
à Rome; que par le miniftére du plus ancien des Cardinaux
»5 Diacres :mais Benoît XIII {e réferva cette fonétion, & quoi-
»que je ne fois que le dernier des Archevêques (continue ce
» Prélat) j'ai pourtant été le premier honoré de cette faveur :
» car fa Sainteté ayant jugé à propos de me transférer du Siége
» de Nocéra à celui de Ferme; après avoir Sacré Antoine Fon.
» feca, Evêque de Jéfi, le Saint Pere voulut bien me conférer
» le premier Paliaæ, qu'il ai donné à un Archevêque. Cette
» Cérémonie, dont le précieux fouvenir ne s’effacera jamais
» de mon Efprit, ni de mon Cœur, fe fit le 7 de Juin 1725,
» dans PEglife des Saints Dominique, & Sixte; dans laquelle
le Cardinal Orfini avoit été autrefois Sacré Archevèque de
5 Siponte (2) 0. on UD Un
(x) At cm & Summi Pontifices, magnis
diftenti Curis, & Epifcopi Oftienfes plerim-
que annis prægravati, non levem hujus ac-
sionis laberem refugerent, fzpè did eleéti
Epifcopi detinebamtur in Urbe, incerti à quo-
nam ordinarentur, Verdm Bencdiétus deli-
cias fuas in facris aétionibus ponerealluetus,
omnem fuftulit difficulratem ‘ac prifinum
morem reftituit ; ipfe enim quotquet pete-
rent, & quandoque etiam non peténtibus
Confecrationis munus impertiri decrevie ; ac
propterea faétum eft, ut ficarin cœteris. Pon-
tifcalibus attionibus omnium frequeouifli-
pi. 4 à
mus fuit, ita & plures Epifcopos ipfe unus
confecraverie , quäm multi Superiores Ro-
mani Pontifices. Archi. Firm, pag. 46.
(2) Deinde etiam Palka, quæ de B. Petri
Corpore fumpta , elcétis Archiepifcopis
Apoftolica Sedes largiri confuevit ( in ipfs
enim eft plenitudo Pontificalis Officii ) tas
tis ritibus Archbiepifcopis in Urbe præfenti.
bus , facratiffimis fuis manibus tradenda fore
exiftimavit, cm antea à Cardinali Diaconos
rum primo tradi confueviflent : & mihi qui-
dem Archiepifcoporum. minimo humillimè
petenti, em me à Nucerina ad Firrmanaré
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. #9
: ‘On eût dit que rien n’étoit capable de fatisfaire le‘zele tou: EL , + R É
jours actif de notre Pontife. Sans craindre le travail , nila fati- %XLI V
gue, inféparable de la Dédicace Solemnelle des Temples , il a _
entreprit de confacrer lui-même toutes les Eglifes, & tous les EROIT XIIT,
Autels de Rome, dont on n’avoit pas fait encore la Confécra- LVL.
tion ; ou qu’on avoit été obligé de renouveller ; pour en réparer ee
les ruines. Le nombre n’en étoit pas petit : & fa Säinteré com_ gues» 1
5 mença par la célébre Eglife des douze Apôtres, bâtie dès le
quatriéme Siécke, par le Grand Conftantin , premier Empé& paie ps.
reur Chrétien, & fouvent renouvellée par les foins des fuccef- lemnelle de l’E-
feurs de Saint. Pierre. Les Freres Mineurs Conventuels , qui . LÉ E
fonc en pofleffion de-cette Eglife, voyant qu'elle ménaçoic ruis
ne, entreprirent , vers le commencement de ce Siécle, de la
faire bâtir de nouveau , en commençant par les fondemens. Le
Pape Clément XI y mit la premiére Pierre : & ce grand-Fdificé
ayant été conduit à fa perfection , dans l'Eté de 1724 Be-
noît XIII enfit la Dédicace avec beaucoup de Soleminité, Touré
la Ville de Rome admira le zéle, & la ferveur d’un Pape, qui,
malgré le poids des années, & lépuifement caufé par M aufté.
rités, fourenoit cette longue fuite de pénibles cérémonies, non-
feulement avec un courage invincible ; mais aufli avec cetre
fainte Joye, qui eft l'effet, & la marque fenfible.de la Préfence
du Saint-Efprit dans un Ame, Cependant ce n’étoïent là que les
premiers travaux du nouveau Pontife, & comme lé prélude de
ce qu’où lui vit faire dans la fuite (1). - |
:_ Il'conféroir. fouvent avec fes Miniftres, fur. les AMaires de zvrrt.
PEctac, & de l’Eglife. Il n’y avok point de Semaine, où il neprit Autres Occupa.
connoiflance de celles , qui fe traitoient dans les différentes “995 du Pape.
Congrégations du Saint Office, de la Propagande , & des
Rites. 1] fe trouvoit toujours préfent à l’Examen des Evêques ;
&c il fit lhonneur à plufeurs, de les nommer Evèques afliftans
du Trône. Dans un Confiftoire fecret du onziéme Septembre L1x,
1724,/{aSaincetéfit{es deux premiers Cardinaux, Jean-Baptifte | Premiére Créx.
Altieri, & Aléxandre Falconieri, tous'deux Romains, de naïf. ‘97 Cardinaux.
fance. Celui-là , petit Neveu de Clément X , éroit Doyen de fa
Chambre Apoftolique , & Archevèque Titulaire de Tyr. Celui.
ci étroit Auditeur de Rote, & Gouverneur de la Ville de Rome.
Ecclefiara tranftulifler , via Idüs Junii 172 $ | chi, Firns. pag: 46, 49.
in Templo S$.-Dominici & Sixt, primum| {1} Ceffit camen quzcuque ädrirationis
Archiepifcopale Palkum impofuit. . . . cujus | occafo iis, quæ fublecuta fünt , mäpis idhuc
acecpti à fan@iffimo Pontifice , ac benignif. | ingravefcentibas annis; quértim hæc prélu-
Gmo Principe , infigmis beneficii memoriam |‘dia tantüm , & initia fuerunt, &c, Ibid, pag.
numquam animo meo excefluram puto; Ar-| 48, | |
248 HISTOIRE.DES HOMMES ILLUSTRES
Live Ilsreçurentle Chapeaule 16 dumêmemois, dans un Confiftoire
XLIV. public ou fe trouvérent 29 Cardinaux. Le Saint Pere venoit
Benoir Xi, de donner fes Ordres, pour faire réparer incefflanment la Bafili-
es de Saint Paul, fur le chemin d’Oftie; & pour en prefler
L'X. avantage l’Exécution, il fit un préfent de dix mille Ecus
Don pourlesRé- y …
parations de l’E- d'or (x). |
glife de S. Paul. . Mais tandis que le Pape fembloit prodiguer tous les jours fa
| _ fanté, dans l’éxercice continuel des fonctions à mens 1e EE
LXI, . ménageoitavec foin la fanté des autres. Selon l’ufage ordinaire,
Benoît XII va près que les Souverains Pontifes ont été Couronnés dans l'Egli-
prendre poffeffion . . . Dr ;
de V'Evlife Parria {€ de Saint Pierre, ilsne tardent guéres d’alles prendre Poffeffion
caïe de Latran. ‘ de celle de Saint Jéan de Latran. On en a vù, qui n'ont différé
pour quelque tems cette augufte Cérémonie , qu’afin que les
Préparatifs puflent répondre à l'éclat de la Solemnité. Si Be-
noît XIII jugea à propos de la renvoyer après les chaleurs de
PEté, il ne confidéra en cela, felon la Réflexion d’un Auteur:
que la commodité des Cardinaux, des Prélats, des Princes, &
des Seigneurs Romains ; qui fe trouvént toujours en grand nom-
bre, à cette Marche, la plus pompeufe, & la plus magnifique
qu'on puifle voir dans tout le monde Chrétien. Sa Sainteté choifie
pour cela le 14 jour de Septembre, feiziéme Dimanche après la
Pentecôte (1). . nn | CE
Lxtr .. Lorfque le Saint Pere, monté , felon la coutume, fur un
Complimentque Cheval blanc, & précédé , ou fuivi, de ce fuperbe Cortége,
| ne | é À ; : . e.: e
RS Sr pafla devant le Capitole, le Marquis Marius F rangipani, Séna+
Romajn. teur de Rome, lg Complimenta ainfi, au Nam du Sénat, &
| du Peuple, ——
« VOvus repréfenter, & vous res 7 E TUST @s Capitelis triursphos
» nouvellez, Très-Saint Pere, les an- inffanras © refers, Bcatiffime
» ciens Triomphes du Capitole: Iciau- Parer : hic olim Senatus, Populuf:
» trefois le Sénat , & le Peuple Romain, que Romans leti excipichant Cives
» dans des jours d’allegrefle, recevoient /xos in Patriam reduces, bellicæ vire
» avec pompe leurs 1lluftres Citoyens , rwte confpicuos ; bic modo Senatus,
» après la défaite des Knnemis. Aujour- Populufque Romanus Te, preclarif-
» d’hui le même Sénat, & le même Peu- fmo Civium [uorum fanguine geni-
» ple fe réjouiffent .de pouvoir donner ##”, venerabundi excipiunt , ad Pa.
w des marques, non moins fincéres de friam veluti reducem , eximiis vir-
(x) Inftaurationi Rafilicæ Divi Pauli , viä | fis Ecclefiæ folemnem imierat pofleffionem,
Oftienf , deçem aureorum millibus attribu- | Menfe verd Septembri, die 24, in quars ing
vis, confuluie, &c. Archi. Firm. p. 48. | cidit Dominica XVI poft Pentecoften, inftis
fa) Hæc oimnia præftabat Pontifer, & ad- | ruto omnium Romanz Curiæ Ordinum {0-
huc propter Æftivos calores, non tam fibi , | lemni equitatu , ipfe albo equo vedus,,,,
quän alfis ut parçerer, nondum Laterançn- | proceffic, &c. Ibid. F À 5
| tutibus ,
LL. 22 Lun.‘ FT = ee»
® DE L'ORDRE DE S DOMINIQUE : 249
tutibus, G dignitate emnium maxi- leur profonde vénération , au plus il po; vrR E
MA ornatum. Tibi faque, Sanéliffi- luftre de leurs Citoyens, plus élevé ‘: X LIV
me Pater, Civs, Principi, Paflori- encore par fes héroïques Vertus, que «e one
que fuo, omnis veneraionis , obfe- par la fuprême Autorité , .où la Vertu « BEenoîr XIII.
quis , fidelitatis arguments pollicen- même J'a fait monter. Recevez donc , «
nr ; Cofférunt. © Très-Saint Pere, lès hommages de ref- «
| pe, d'obéiffance, & de fidélité, que «
nous vous promettons, & que nous vous préfentons, comme à notre ««
Concitoyen , à notré Prince, & à notre Pafteur ». |
: La Modeftie de Benoît XIII lui fit refufer l'Arc de Triomphe, LXNL
à le Sénat, & le Peuple ont accoutumé de faire drefler aux dd den
apes, qui font du fang Romain. Cependant le Prince François Duc de Parme ,&
Farnefe, Duc de Parme, & de Plaifance, Feudataire de la Sainte de Plaifance,
Eglife Romaine , s'acquitta lui-même de ce Devoir ; & à ce
glorieux Monument, il ajouta cette magnifique Infcription:
Bswspicro XIII, Pont. Max, | 0
Heroüm , Pontificum , Divorum , |
Virtute » Sacerdotio , Pietate, |
Nepoti, Succeflori, Hæredi,
Chriftiani Orbis Principi
Parentique Optimo | ee.
Francifcus Farn, Parmæ ,; & Plac, Dux, &ec.
« Au Souverain Pontife Benoît XIII, digne Neveu des «
_ Héros, par fa Vertu ; Succeflfeur des Grands-Prêtres, par &
le Sacerdoce ; & Héritier des Saints, par la Piété ; Prince «
du Monde Chrétien , & très-bon Pere. François Farnefe , «
Duc de Parme, & de Plaifance ».
Cette Infcription étoit fuivie d'une autre , conçue en ces
termes : |
| Ad Supremam Petri Cathedram
-Triumphantis , Militantifque Ecclefix Vois
'Jamdiu evocatum , : |
Sacras eum Ecclefiarum omnium Matte,
Coœlo , Terräque plaudentibus,
Fcliciter Nuptias adeunçem
Bsnanicrum XIIL
© Lætitid ac veneratione profequitur
Francifcus Farnefjus Dux, :
« Pendant que Benoît XIII , déja élevé für la Chaire de
Tome VI, T'i
250 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrveræ Saint Pierre, où les Vœux de l’Eglife Triomphante, & Mi-
XLIV, *litante, lapelloient depuis long-tems, prend heureufemenc
=... » polleflion de l’Eglife de Latran, la Mere de toutes les Egli.
BENOÏT XIE ;, fes ; le Duc François Farnefe mêle ces marques particulic-
_ »res de fa joye, & de fa vénération, avec les applaudiffemens
_» publics du Ciel, & de la Terre », |
Le Saint Pere étant enfin arrivé à l'Eglife Patriarchale de S,
Jean de Latran, parmi les Acclamations du Peuple, il fe mit à
nes fur un carreau de Velours rouge, qui avoit été préparé
evant le Grand Aurel. Le Cardinal Pampbhile, Archiprêtre de
cette Eglife, lui donna la Croix À baifer : après quoi fa Sainteté
s'étant placée dans fon Trône, fut complimentée par le même
Cardinal, qui lui préfenta les deux Clefs de PEglife, pofées en
Sautoir dans un Baflin d’or. Le Pape alla enfuite à la principale
: Porte de cette Bafilique, & fut porté dans fa Chaife à la Loge
du Portail ; d’où il donna la Bénédi&ion au Peuple, au bruit
d’une Salve générale de l’Artillerie du Château Saint-Ange, &
LXxIv. - Au fon de toutes les Cloches de la Ville. Voici les trois principa-
. Aures Infrip- les Infcriptions , qu’on avoit gravées au dehors, & au-dedans
dis de l'Eglifé Patriarchale, Elles ne font pas moins d'honneur au
bon goût des Romains, qu’à la mémoire de Benoît XIII.
y | Occurre Sponfo , gratulare Principi »
L'XV. __ Excipe Patrem , venerare Pontificem
Sur les Portes
de l'Eglife. BEsnsoictrun XIIL
Primogenita Chrifti, Domina Gentium ,
Omnium, Mater , & Caput Ecclefiarum
| Lateranenfis Ecclefia,
Reclude hos poftes %neos , illofque refera,
Qui plaufbus exultantium refpirantibus .
Anclytum reboent , quo decorantur ,
Nomen CeissTini IIL
Ut facros Atavi hic quiefcentes Cineres ,
Virtutum omnium triumphans Comitatu ,
Et fauftè nunc, feliciterque ingrediens
© Exhilaret Pronepos,
« Eplife de Latran ; la premiére ‘des Eglifes Chrériennes,
» parmi les Nations; vous qui êtes la Mere, & le Chef de
» toutes les Eglifes, allez au-devant de votre Epoux; félicirez
» votre Prince, recevez votre Pere, refpectez votre Pontife
x Benoït XIIL | |
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 255
Ouvrez, ouvrez-lui vos Portes d’Airaïn : & que, dans ces »
jours de joye, les applaudiffemens réitérés des Fideles faflent «
LIvRAar
entendre partout le nom de Céleftin III, ndant que fon « Bsnoër XII.
=
etit-neveu ( glorieux lui-même par lafflemblage de toutes «
es Vertus ) encre aujourd’hui comme en triomphe dans cet « .
Augufte Temple, & femble communiquer un efprit de vie, «
aux Cendres de cet ancien Pontife, fon Parent, & votre «
Bienfaiteur ». | | .
Ingredere Sanétam Jerufilem novam , *
© Doûor optime, Maxime Principumi ,
_ Tot , tantifque meritis ipfis à cunis
Santtiffime Pontifex
BENSDICYE |
14 omnium una vox, & fingalorum omnis
Plurimis, & ex innumeris firmat argumentis.
Sed Popul fileant, mirentur Principes» . .
Et Sacri tantÜm refonent concentus » |
Ne füblimis ; & conftans tua
Humanis , quas femper refpuit , ludibus
Triftetur humilitas,
Hzæc té ñam docuit Avitos fugere ;
Sed ut celfifimo, licèt invirum,. + : °° -
"à
_« Entrez dans la nouvelle, & Sainte Jérufatem, Illuftre Doc-«
teur, le plus Grand des Princes, Benoîr ; qui, prefque dès «
le Berceau, avez paru très-faintn. |
C’eft la voix commune, c’eft ie langage de trous les Hom-»
mes , qui le publie : & les Preuves n'en fonc ni rares, niéqui- «
voques, Mais que les Peuples demeurent dans le filence, &c «
les Princes dans l'admiration : qu’on ne chante plus que les «
LXVI _:
Au dedans de
l'Eglife.
Louanges du Très-Haut : car celles des Hommes offenfent «
votre Modeftie. L'Humilité Chrétienne vous 2 appris de «
bonne heure à fuir les Honneurs : maïs en vous faifane mé- «
brifer ceux, qui éroient dûs à votre Naïflance, elle vous a «
forcé d'accepter celui, qui eft le premier & le plus grand de «s
tous », T ) |
= Afcende primum Majeftatis Sblium »
Summos , & plures quod adhuc Pontifices
Gemino tibi fanguine cognatos redolet Parentum
Utrifque dignus ; ac non impar Avis
| lii
LXVIT,
Au Grand Autel
LIVRE
X LIV.
Benoîr XIIL
De
LXVIIIT.
. Joye, & applau-
dilevene des
Peuples,
252 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTKES
Quos inter fatis Felix, & Gregorius.
Sanétorum , & Magni celebres infignibus ,
Apoñtolorun Petri, ac Pauli Capita,
Et Canisrum Pacis hic largitorem
Pari quo Proavus tuus
Nicolaus III.
| Cultu fupplex adora ,
Ut Pacem tibi , Sponfæque fervet tuæ ,
Quam in te uno, plurimofque in annos
Mirè dum datus proximiori
, Et .experimur , & deprecamur omnes. :
!
» Montez fur ce premier Trône, où ont éte aflis Îles
» Félix, les Grégoire, & plufieurs autres Souverains Pontifes
» de votre Sang. Quoiqu’honorés du Titre de Grand, & de
» Saint, ils n’avoient rien qu'on ne retrouve en vous : vous
» êtes digne d'eux. Ainfi que Nicolas III (de votre Maïfon)
» préfentez ici vos Hommages aux Chefs des Princes des Apô.
wtres; & adorez le feul Auteur de la Paix, Jrsus-CHrisT;
» afin qu'il vous fafle long-tems jouir, Vous, & l’Eglife votre
» Epoufe , de cette précieufe Paix, que nous demandons tous,
n & que nous goûtons déja fous votre Pontificat ».
La Ville de Rome eft accoutumée à voir cés fortes de Solemni-
tés : mais quelque frappant qu'en foit coujours l'éclat , & par le
bel ordre qu’on y obferve ; & par le concours “ae id fur.
tout par la quantité, & la qualité des grands Perfonnages, qui
en font le principal ornement : on peut dire, que dans. cette
occafion, rien ne releva plus la majefté de la Fète, que le Pon-
tife même, qui.attiroit également fur fa Perfonne. & les yeux
de tous les Romains, & l’admiration de tous les Etrangers.
Chacun fe rapelloit avec plaïfir, chacun racontoit avec com-
plaifance , quelque trait particulier de fa Vie, de fa Charité,
de fa Pénirence, de fa haute Piété. On n’avoit plus befoin du
témoignage des Bénéventios , pour fçavoir quelle étoit fon
incroyable ferveur, fa modeftie Angélique, fon zéle infatiga-
ble dans toutes les fonétions du divin Miniftére, fa Tendreñle,
& fes Libéralités pour les Pauvres, fa Vigilance, & fon applica-
tion à procurer l’Inftrution des Fidéles, & le Salut des Ames.
Déja depuis quatre mois la Capitale du monde Chrétien voyoit,
avec une fenfible Confolation, dans un Souverain Pontife, tout
ce que le Peuplé de Bénéventavoicadmiré, pendant trente-huic
ans, dans fon Archevèque.
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 253
L’embarras des Affaires, dont un Pape eft obligé de prendre 7 ;ynrp
connoiflance, ne pouvoitempècher Benoît XIII d’avoirtoujours Ypry.
une attention particulière, poyr la décence du Service Divin,pour
l'entretien , & la réparation des Lieux Saints.Depuis le 6 du mois Benoîr XIIL
d’Otobre, jufqu’au 13 du même mois, fa Sainteté fit la Vifite ,,,%
de plufieurs Eglifes de différens Ordres Réguliers; des Béné- solicitude Paf.
didins apellés du Mont-Caflin, des Bernardins Réformes; des t°rale.
Dominicains ;, des Francifcains ; des Carmes Déchaaflés ; des
Chanoïnes Réguliers du Sauveur; de quelques autres : & par
tout elle donna des nouvelles preuves de cette Vigilance aten-
tive, à laquelle rien n’échappoit. Le Pape fit renouveler à fes
dépens l'Eglife , nommée de Sainre Marie in Dominica : & afi-
gna les Fonds néceffaires, pour celle d’Aquila dans l’Abruzze,
qu'on n’avoit point penfé de relever , depuis qu’elle avoit été
renverfée , avec prefque toute la Ville, par le Tremblement de
terre de 1703 (1), pendant lequel on aflure, que fept mille
perfonnes furent enfevelies fous les ruines.
Mais n’ignorant point que le Temple eft fait pour l'Homme;
& que l’Homme r’eft point pour le Temple ; le Saint Pere
_ s'occupoit encore moins à faire bâtir, & orner des Eglifes,
qu’à conduire les Fidéles dans les fentiers de la Juftice. C'eft QEXX
à cela a qu'il prétendoit faire fervir fes exhorta. sruêtion, & du 52:
tions, fes Loix, fes Exemples, l’autorité de fon Miniftére, & lut des Pauvres,
les foins de ceux, qui pouvoient feconder fes pieufes intentions, %%515* Hépiaux:
pour cette œuvre de Religion, & de Charité. Dans cette vüë,
ayant fait apeller tous les Supérieurs des Maifons Réguliéres,
fa Sainteré les exhorta à choïhr , Chacun dans fa Communauté,
quelques Religieux pleins de zéle, & de piété; qui vouluffent
bien fe charger de Vifiter fouvent les Hôpitaux; & prendre
un foin particulier du Salut des pauvres Malades. Cette recom.-
mandation du Pape fit d'autant plus d’effec, qu’il ne vouloit
perfuader aux autres, quece qu’on lui voyoit faire tous les jours,
dans un âge, & parmi des occupations, qui fembloient ne pas
lui permettre ce détail (2). . *.
(1) Templum Sanétæ Mariz in Dominica | initatus, fingulos Præfc&os Regularium Or:
propriis fumpribus iaftaurandum curavit. Ca- | dinum ad fe accerfitos paternè monuit , ut
thedrali vero Ecclefñæ Civitatis Aquilæ in [per vices aliquos Religiofos Viros ad Xeno-
Aprutis jampridem , anno fcilicet 1703 , [dochia fubmitterent , qui fpiritualem opem
terræ motu deietz , fpolia Clericorum il- [Infirmis ferrent. În erat diétis non folüm im-
Jius Diæcefis ad decennium attribuit , ut tan- perantis auétoritas, fed & illa, quæ efhca.
dem inftauraretur. Archi. Firm. pag. 53. [cior eft , vis exempli; cm ea Pontifex akis
(2) At Benediêtus de fpirituali falute illo- |mandaret , quæ frequenter ille exequere-
fan, qui ægritudinis causà in valetudinaris |tur. Archi, Firm. pag. 53
Urbis commorantur,{ollicicus, Clerentem X
Fa li ii]
:54 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livernx Le même zéle du Salut des Ames engagea le nouveau Pape,
XLIV. envoyer des Miflionaires dans le Païs des Infidéles, avec des
préfens pour l'Empereur de la Chine ; & il voulut que ces préfens
fuffent plus magnifiques, que ceux qu’on avoit courume de faire
LXxI. àcePrince; afin dele rendre favorable aux Miniftres de JE su s-
ÆEtdes Infidéles Car 15T; qui annoncent les Vérités de la Foi dans ce vafte
ones, à Empire; où malgré les perfécutions, qui éprouvent fouvent |
éoipnées pire ; où malgré les perfécutions, qui éprouvent fouvent la
conftance des Prédicateurs, & celle de leurs Néophites, les
* converfions ne font point rares. On ne dira rien ici de ce que
le Saint Pere faifoiten même tems, pour que tous les Miflionaires,
fuivant les mêmes Pratiques, n’euflent déformais qu'un même
langage ; comme ils ne prêchoient que la même Foi; afin que
dans toutes ces nouvelles Eolifes, le Culte Divin fe confervat,
Lxxir Où qu'il s'établit, dans toute fa pureté.
A@tions popu= Nous ne parlerons pas non plus de plufieurs aétions popu-
Jires, laïres ; qui, fans faire rien perdre à la Majefté, & fans diminuer
la profonde Vénération, qui lui eft dûë, gagnoient tous les
Cœurs au charitable Pontife. On peut juger des autres, par ces
deux Traïts, qui parurent dignes d’être annoncés dans tous les
Royaumes, Vers L fin du mois d'O&obre, Benoît XIII fortane
eu accompa né , par une des portes de Rome, s’apperçut que
es Commis de la Douanne faifoient de la peine à un Pauvre
Païfan, pour lui faire payer l'Entrée de quelques Fruits ; le Saint
Pere fit une févère Correction aux Commis ; & fupprima ce
Droit, ainfi que quelques autres, VE jugea trop onéreux aux
gens de la Campagne, & à ceux de la Ville.
Peu de jours après ayant été prié de donner fa Bénédi&ion
ÿn articulo mortis, à une pauvre Femme de la Paroifle de Sainte
Chrifologue, qui défiroit recevoir cette confolation avant de
mourir; Fe Vicaire de JEzEsus-CHR1IST fit plus qu'on n’avoit
ofé demander : il entra lui même dans cette pauvre maïfon; fic
une exhortation fort Patérique à la Malade ; & après lui avoir
fait produire quelques Actes de Foi, d'Amour, & de Confiance
en la Miféricorde de Dieu, il lui donna la Bénédiéion ; qu'il
accompagna de quelques Aumônes.
Mais il eft tems que nous difions quelque chofe des bontés
finguliéres de Benoït XII, pour l'Ordre de Saint Dominique.
Ces Sentimens d’eftime, & de Prédilection avoient parû ne 2e |
dans fa premiére enfance : ils fe fortifiérent depuis avec l’âge;
& on les vit croître fans variation, jufqu’au dernier période de
fa Vie. Quoique ce fait ne puifle être ignoré de perfonne : la
fuice de l'Hiftoire, & un Devoir de reconnoiffance nous oblis
gent d'en rapporter du moins quelques preuves,
Benoir XII
mme
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 255
Dès les premiers jours de fon Elévation fur la Chairede Saint Lrverg
Pierre, le pieux Pontife, pour donner des marques publiques XLI v.
de cet ancien attachement, dont il fe faifoit honneur, voulut
que les Armes de l'Ordre de Saint Dominique fuflent mifes RAS
ous la Thyare , à côté de celles de la Maifon des Urfins, dans _LXXIIL
tous les endroits, où l’on a accoutumé d’arborer l’Ecuflon des ,Fé7°Ena8es de
Armes du Pape. | envers l'Ordre dos
Bientôt après fa Sainteté éleva à l’Epifcopat, & facra de fes FF: Précheurs,
mains deux Théologiens Religieux du même Ordre; fçavoir le
Pere Antoine-Seraphin Camarda , Sicilien , fon Confefleur
pendane le Conclave; & le Pere Jacques-Marie Erizzo Véni- Bullar. Ord, Tom.
tien, Le Saint Pere donna au premier l'Evêché de Rieti, immé- "#77
diat du Saint Siége ; & celui de Concordia au fecond, qui, fut
fait prefqu’en même rems Evêque Affiftant du Trône.
Pendant que le Pape faifoit faire de grandes Réparations,
&. plufeurs Décorations, dans nos Eglifes de Saint Sixte, &
de la Minerve, il ne dédaignoïit pas répondre avec une bonté
de Pere, à quelques Communautés de fon Ordre, & à leurs
Supérieurs. Voici fa Lettre aux Religieux du Couvent de Saint
Dominique de Caftello, où il avoit pris autrefois l’'Habit de
Religion : °
#:
Dileëlis Filiis Priors , © Fratribus À Nos chers Fils, le Prieur, & les
Ord. FF. Pradicatorum Conven- Religieux du Couvent de Saint . - ne
hs Sant Dominici Caflelli. Dominique , de Caftello. He
. | de S. Dominique,
RS XI Le Pars Benoît XIIL deCafello.
utem, & Apoitolicam Bene- Bullar, Ord. T
di&tionem. Salut, Beneditlion Apoflolique. Vk pag 6e
U op inter primes adolefcentis N Ous ne penfons jamais qu'avec un
À suis annos ad facrum Pradi- faint plaifir, à la Grace que le Sei-
catorum Ordinem , veluti ad tutam gneur nous a faite, en nous apellant dès
religio[e tranquillitaiis flationem nos nos jeunes années à l'Ordre des FF, Pré-
evocaverit divins benignitas, nuz- cheurs, comme à un Afyle, qui nous of.
quam anirso nofire fine peculiari [en- froit la füreté, avec la tranquillité reli-
fe fpiritualis voluptatis obuerfatur : gieufe. Le fouvenir de cette célefte fa-
coque jucundior fefe nobis ingerit ce. veur, nous eft d'autant plus + ges ;
lis beneficis recordatio , quod in que c’eft dans votre fainte Maifon , que
Cœnobio iffo fecularibus curis nun- débarraffés de toutes les follicirudes du
cinm remitiere , G° exempla infignis Siécle, & foutenus par vos éxemples ,
difciplim® in ipfo facre iflius militia nous avons fait le premier effai de la Vie
ecinio haurire , @ addifcere con- Réguliére. Vos Lettres, en nous renou-
tigerit. Hanc igitur fuaviffimam me- vellant un fouvenir fi doux , ne pou-
aorians cum luculentis nobis repre- voient être pour nous qu'un grand fujet
256 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre de confolation , au milieu de cette Mer fentaverint Littere veftre , exintse
X LIV. orageufe, où les ordres de la Providence mobis folatio fucrunt in bac Maris
7" nous ont engagés, parmi les périls, & alritmdine , in quam divino Judicie
Benoïr XIII. les craintes, qui nous obligent de crier venimus, € in qua periculis curi[-
= vers le Seigneur, pour qu’il ne permette que jailati identidem clamamns ad
pas que nous périflions. Par la même rai- Dominwm, ne pereamus. Veffras prop-
fon , nous demandons le fecours de vos 1erea ferventes preces requirimus , ut
plus ferventes priéres, & la protection apud quos patuit nobis à feculi fluc-
de notre Pere Saint Dominique, afin wbus portus [ecuriatis, apud cofdem
que ce qui nous ouvrit autrefois un Port per pias obfecrationes , imploraii
contre les écueils du Siécle, nous fafle Sanëls Paris Dominici Patrocinio,
encore trouvef une reflource contre, de #e tempeflas demergat nos, oppo.tu-
nouveaux dangers. Senfibles aurefte, & 4m fubfidium inveniamus. Memo-
toujours reconnoiflans, pour les fenti- rem sgitur, C* pro vefiris erga nos
mens de piété , & de ndércion que pietatis, Cobfervantie [enfibus gra-
vous confervez pour nous , nous vous #4 anim profitentes , Parerne
donnons , nos très chers Fils, la Béné- woffre berevolenie teflem, € fingr:-
di&ion Apoñtolique, comme un témoi- laris dileélionis pignus vobis, Dilctli
gnage de notrebienveillance, & un gage Filii | Apoflolicam Bencdillionem
de notre finguliére affe&ion, amanter impertimur.
À Rome, à Sainte Marie Majeure, Datum Roma apud Sanilam Ma-
fous l’Anneau du Pêcheur, le 7 d'Août rem Majorem fe Annulo Pifcatoe
1724, la premiére année de notre Pon- ris die v11 Augufii 179:4, Pontifi-
tificat, | catés noffri anno prime.
Le même jour fa Sainteté fic la Réponfe fuivante au Provin-
cial de Lombardie.
LXXv. À notre cher Fils, Paul-Jérôme Gale- Dilello Filio Paulo-Hyeronime Ga-
Autre Bref de ratte, de l'Ordre des FF. Prêcheurs, Lerawe, Ordinis Fratrum Pradi-
Sa Saire té. Provincial de la Province de Lom- carorum Profeffori, Provinciali
_Fuilar, Ord, Tom. bardie. Lombardie.
VI, page 536
Le Pape BEenoîr XIIL Benepicrus PP. XIII.
Notre cher Fils, Salut, @ Benedillion Dileéte Fili, Salutem, & Apoîñto-
Apofholique. ___ licam Benedictionem.
TL feroit difficile d'exprimer par les U 4m libenter jucundeque off:
A paroles, avec quelle fatisfaction nous … tua gratulationis exceperi-
avons reçu vos Complimens de félicita- wus, verbis explicare vix peffumus ;
tion : car nous avons eù le plaifir dere- s/fins enim Provincie , que nobis fin-
trouver dans vos Lettres, lestendres fen- gwlari divine Clementie beneficio Ma
timens d’une Province, que le Ciel, par ter data eff, cum facro Pradicato-
une faveur particuliére , nous a donnée rum Ordini nomen dedimus ; ©
pour Mere; & que nous n'avons ceflé quem peculiari pictatis afin fem-
d'aimer, & de refpeter comme telle, per haëlenus obferuavimus , aman-
depuis notre heureufe entrée dans l'Or- riffimos jenfus in tuis Literis comples
dre des FF. Précheurs, Et quoique, par xi (anus, Quamquam enim inferuta-
Û biii
À
a met et enr =
= "mr
+ DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 257
bili Divine Sapientie Confilio fatlum un deffein fecret de laDivine Providence, L1v RE
ff , ut ex jucundiffimo dileitifime nous ayons été comme arrachés de l'ai- YK LIL V.
, Maïris fins, primum per Cardina- mable {ein de cette bonne Mere, d'abord
latus Dignitatem, ad hujus Santle par la Dignité de Cardinal, qui nousa BENOir XIIL
Sedis miniflerium evocaremur ; ad
-demum totius Chrifliane Reipublica
-règimen , inviti licét trepidique [ufci-
peremus, prifiisnm tamen filsalis ans-
mi amorem [emper coluimus , 44
‘quem ex Paicrns nominis accefions
‘ampliffima adjella funt dileilionss ,
© benipnitatis incremente, Cetcrim
-qua de infirmitaie noftra , tam Or-
.dini, quam Chriffiane Reipublice Le-
14 C faufla ominaris, ac polliceris,
.non nifi precibus tuis, tetinfque Pro-
.vinciæ obfecrationibus [ubnixi , 4«b
_ Ornnipotenti Deo fherare audemuns.
“Ab codem ipirur pictatis vicem nni-
verfe Provincie adprecantes , tibi,
_dileile Fili, Apoftolicam Bencdiilio-
nn ATSANICT SMDCTIIMNT.
Datum Rome apud Sanilam Ma-
riam Majorem , füb Annulo Pifca-
“‘toris, die VII Augufli 1724, Pon-
tificatus nofiri anno primo.
_particuliérement attaché au Service duS.
Siége ; & enfuite par le redoutable far-
deau du Souverain Pontificat, que nous
n'avons accepté que malgré nous , & en
tremblant ; néanmoins notre amour f-
lial pour cette Province, ne s'eft jamais
affoibli dans notre cœur ; il y a pris au
contraire de grands accroiflemens, par
le citre de Pere, que nous avons acquis
à fon égard. Ce n'eft cependant que par
le mérite de vas Priéres, & de celles de
tous vos Religieux, que nous ofons ef-
pérer d'enhaut le Secours , dont nous
avons befoin, pour procurer à l'Ordre,
& à l'Eglife Univerlelle , tous les avan-
tages, & les confolations, que vous vous
promettez . Nous prions le Seigneur
de répandre fur toute votre Province les
mêmes faveurs, que vous nous defirez :
& c'eft avec la plus tendre affe@ion, que
nous vous donnons, notre cher Fils, la
Bénédi&tion Apoftolique, |
A Rome, à Sainte Marie Majeure, fo
l'Anneau du Pécheur, le 7 d'Août 1924,
la premiére année de notre Pontificat.
Benoît XIII ne bornoit point fes témoignages d'affe&ion
aux Communautés d’Italie ; celle des’ Dominicains de Lyon
ayant eû l’honneur d'écrire une Lettre de Congratulation à fa :
Sainteté, en reçut une Réponfe fort gracieufe, & un petit Se
cours, pour achever de bâtir le nouveau Couvent. Les rares
fentimens d’humilité, dont la Lettre du Pape eft remplie, nous
engagent à en donner ici la Tradu@ion. Ces Monumens
doivent nous être d'autant plus | Me . qu'ils ne contien-
ment que le langage d'un Cœur, dont la folide Piété ne s'eft ja.
mais démentie. | | no
LXXVI.
Lettre de Sa
Sainteté aux Do
Religieux de l'Ordre des FF. Précheurs |
A nos chers Fils, les
| | de la V'ille de Lyon.
Le Pare BEenoîr XIII. a
Nos chers Fils, Salut, & Bénéditlion Apoftoligse, Dore
s« Les illuftres témoignages de votre refpect pour Ig Saint
Tome V1. | | Kk |
LIVRE
XLIV.
Benoiîir XIIL
mm ef
°»
258 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» Siége , & vos Félicitations au 7 de notre Exaltation, bien-
» Join d'apporter quelque adouciflement à nos peines, les ont au
» contraire augmentées , par le fentiment que nous avons de
» notre propre foibleffe : votre bonté vous a trop prévenus ,en
» notre faveur ; puifque vous avez cru voir dans notre perfon-
»ne, un Souverain Pontife, tel que le demanderoient les cir-
» conftances préfentes du tems, les néceflités de l’Eglife, la
» fainceté du Miniftére, & le Salut des Ames : Un Pontife véri.
» tablement digne de pañler de l'Ecole des FF. Précheurs fur
» la Chaïre de Saint Pierre : en un mot, un Pontife aufli par.
» fait, que vous le repréfentez , dans vos gracieufes Lettres.
» Mais 1 portrait que vous faites d’un tel Pape, ne fert qu'à
» nous montrer plus clairement tous nos défauts ; nous les fen-
» tons ces défauts, & nous en fommes affligés. Ileft donc de
» votre Pieté de fuppléer en quelque maniére, par la ferveur
» de vos Pricres, & de vos Oraifons, à ce qui nous manque :
» C’eft une Confolation que vous nous devez : vous devez aufli
» le faire par un efprit de zéle, & pour le bien général de l'E-
» glife, & pour celui de l’Ordré des FF. Prêcheurs en parti-
» culier : car Nous n’ignorons point queleft votre zéle pour la.
» gs de votre Inftituc , & pour la réputation de votre célé-:
re Communauté. Votre confiance en notre amour Pater-
» nel, nous a été auf très-agréable, & nous efpérons que les
» Secours, ni les Faveurs du Saint Siége ne vous manqueront
» pas au befoin. Pour vous donner une premiére Preuve de
» cette bonne volonté, Nous avons fait compter quelque Ar-
» gent au Pere Bernard d’Arcet, Religieux du même Ordre,
».qui doit vous le faire tenir; & vous vous en fervirez, pour
“achever de mettre votre Couvent en état. Redoublez ce-
» pendant vos Priéres ; afin que, felon vos défirs, notre Pon.
» tificat foit pour tout le Peuple Chrétien, & pour vous en
» particulier, un fujet de confolation, & de joye. Nous vous
» donnons, nos Chers Fils, avec beaucoup d’affeion, notre
» Bénédiétion Apoftolique. Fait à Rome, à Sainte Marie Ma-
» jeure, fous l’Anneau du Pêcheur, le dixiéme O&obre 1714,
» la premiére année de notre Pontificat », |
On étroit toujours afluré de plaire au Saint Pere, en mar-
quant de l’affe&ion pour fon Ordre, & pour ceux qui en fai-
foient profeflion. Cela a paru en bien des occafions; & nous en
trouvons un nouveau témoignage dans unBref, que Sa Sainteté
écrivoit à l'illuftre Archevèque de Lyon , François - Paul de
ES
En. =
.: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 252
Villeroy de Neufville , en réponfe à une Lettre de ce Pri- Liv rs
mat(1). XLIV.
Ajoutons que le zéle de Benoît XIIT pour la Doûtrine de Ka rr.
Saint Thomas, & de fon Ecole, n’étoit pas moins connu, ==
que fon attachement à l'Ordre de faint Dominique. L'un & LXxXVIL.
J'autre couloit de la même fource. Nourri dès fes tendres an- ,, Le Général des-
pes. du lait de la Doctrine Angélique (c'eft ainfi qu'il s'ex- sient de Sa Sainte.
primoit) il voulut annoncer de la fublimité de la Chaire té un Bref, en f-
Apoftolique, ces mêmes Vérités, dont il s'étoit rempli par Sn epneole d
une longue Etude. Il le fit par fes Lettres Apoftoliques, qu'il
adreffa à tout l’Ordre des FF. Prêcheurs, & qui commencent par
ces paroles : Demiflas preces. Comme ce Bref a été fort répandu
dans le Public, & que nous en avons parlé dans un autre de
nos Ouvrages (*) , nous ne le raporterons point ici. Il fuffit de ., vie de sThomme,
dire, que le Pere Auguftin Pipia, alors Général de l'Ordre ” ‘17
de Saint Dominique, qui avoit obrenu ces Lettres dans le mois
de Novembre, fut honoré de la Pourpre Romaïne, dans celui LXXVWItr.
de Décembre. C'eft le premier des quatre Cardinaux , que Qi Bit Car
Sa Sainteté a donnés à fon Ordre.
La générofité & la reconnoiffance furent toujours les Ver-
tus des grandes Ames. Il leur eft comme naturel de répandre
des bienfaits , & de ne jamais oublier ceux, qu’ils ont reçus.
Tel étoit le caractére du faint Pontife dont nous écrivons
l'Hiftoire. Depuis plus d’un demi Siécle, il ne cefloit de prodi- LXXIX.
guer en quelque maniére fes faveurs à l'Ordre de faint Do- RC
minique: & tout ce qu'il pouvoit donner , il le cenfidéroir du Saint Pere.
moins comme une Grace, qu'il accordoit, que comme un
devoir de juftice , dont il s’acquittoit. On n’en jugera pas au-
trement, par toute la fuire de fes actions ; & en particulier,
par le Difours, qu’il fit dans le Confiftoire fecret du vingtié-
me Décembre 1724. dans lequel il propofa aux Cardinaux,
les deux nouveaux Sujets, qu’il vouloit aggréger au Sacré
Collége, Profper Marefofqui, Archevèque Titulaire de Ce.
sas & Auguftin Pipia, Général de l'Ordre des FF. Prè.
cheurs, Le | |
Après avoir avoir fait l'Eloge du premier, qui avoit été
Auditeur de trois Papes, le Saint Pere ajouta : |
- (1) Ac bæc autem cm accefferit Fra-[tum animum geramus, &c. Woyez ce Bref,
térnitatis tuæ erga Prædicatorum Ordi-| qui ef du 13 O&obre 1724. 1n Bullar. Ord,
nera ftudiofa voluntas , vertis explicare vix| Tom. VI, pag. $4fe
pofumus, quim gratum , tibique obftric-| :
K k ij
LIVRE
XLIV.
BrNoîrt XIII.
_LXXX.
Difcours du P2-
pe dans le Confif-
toire du 20 Dé-
cembie 1714.
séo HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Ous penfons aufi, Venérables
Freres, qu'il eft de l'équité, & de
la reconnoiflance, de donner quelques
marques de Ja libéralité Apoñtolique, à
l'Ordre des FF, Précheurs, qui a fi bien
mérité du Saint Siége, & de la Foi Or-
thodoxe ; & dans lequel, par la Miféri-
corde du Seigneur , nous avons fait au-
trefois nos Vœux. Nous vous déclarons
ingénument ( & ce n'eft pas la premiére
fois que nous faifons cet aveu en votre
préfence ) nous vous déclarons , que fi
nous avons été revêtus de la Dignité de
Cardinal, ce n’eft point à nos propres
mérites, que nous croyons devoir cet
Honneur, mais aux feuls mérites de la
Sainte Religion, & à l'Habit, que nous
portons. En conférant donc cette émi-
pente Dignité, au Supérieur Général du
même Ordre, nous ne faifons qu'une ef-
péce de reftitution : nous avons encore
égard en cela à l'honneur de votre Sacré
Collége ; puifque fi l'éclat de la Pourpre
peut relever celui de la Science, & de
toutes les Vertus Religieufes ; ilen re-
çoit à fon tour un plus grand luftre. Par
l'union de tous ces avantages, le nou-
veau Catdinal fera honneur à fa Digni-
té ; ce que Ja multitude de nos défauts
ne nous a point permis de faire : eh plüt
à Dieu que nous n’euflions pas beaucoup
obfcurci l'éclat d’une Dignité, que nous
aurions dû honorer (*). ©
Æ QU U m infnper cenfemus, Pes
nerabiles Fratres ,. nt Ordins
FF. Predicatorum de Apoftolica Se-
de, © Catholica Fide luculentiffimè
merito, quem nos expreffe, Domino
miferante , profeffi [amis , gratum
etiam animum congrno aliguo Pon:
tificie largitatis argnmento exbibes-
mus. Cum cnim ipfi tantum Sacre
Religioni ( ut alias ingenue vobis te[-
tati fumus ) acceptam referamus Car-
dinalatus Dignitaiem, qua nullis -
noffris , fed preclare Matris ornaii
meritis, © vefiibus decorati fiimus ;
refisturtioni quodam modo jure obftric-
ti prediile Religionis Magifirum Ge
neralem eadem Dignitate donare co-
uamns ; veffro quoque decori prof-
picere hoc pailo exiflimantes ; ne
fcilicet , qui preclarum hunc , «c
fublimem obrinebis locnm , eum vef-
tro gradui meritorum pete ;
Scientiarum prefertim Theologica-
rum condimento , ac Religiofarum
Virtutum odore conciliet honorem ,
quem defetluum neffrorum multiru-
dine , 4 plante pedis ufque ad ver:
ticem capitis operti, tribuere nen pe-
tuimus. Îmo ( utinæn verum non
loqueremur ) nimium obféuravimss,
CC.
On voit ici que l'Humilité de ce Saint Pape n'étoic pas
moins grande , que-fa reconnoiflance : & on ne peut douter
que fes paroles ne fuflént les interprètes fidéles de fes fenti-
mens ; puifque ce langage de l’'Humilité Chrétienne fut rou-
jours le même, dans fa bouche,
dans toutes les occafons,
. (*) Un Hüiftorien remarque, que le Prin- à l’avenir une femblable Penfon à un Car=
ce Philippe des Urfins, Duc de Gravina, à
Pimitation de fon faint Oncle , fignala en
cette occafion fa générofité, & fon affec-
tion pour l'Ordre de Saint Dominique : car
outre les magnifiques préfens, qu’il fit au
Cardinal Pipia , il lui afligna une Penfion
annuelle de fix cens Ducats; & voulut que
fes Defcendans, ou fes Héritiers payaflent
dinal du même Ordre: Quem enim parraus
inter Cardinales promouit , Nepos ejus mulris
largitionibus efi profecutus , #nnua etiam obla.
ta penfions oo Ducatorum , primè ipli, deis-
de uni ex Cardinalibus Ord. Pradic. ab Ur-
fins Familis Principibus foluends. Aichi
Firm, p. $$. | +
IDE L'ORDRE DE S DOMINIQUE. 26r
& dans toutes fés actions. H n’affectoit pas de repas hum- Lrvre:
ble; mais il l'étoit. Rien ne l’affligeoit plus fenfiblement que XLIV.
ces témoignages d'eftime & de refpeët, qui ont coutume de RE IIr
flater fi doucement la vanité des Grands. Les Religieux de notre =.
Communauté des Saints Jean & Paul à Vénife, en firenc l'é-
preuve : car, pour s'être empreflés de donner au nouveau Pape.
une: marque finguliére de vénération peu conforme à fa mo-
deftie; ils en reçurent une correction, plutôt der remerci-
ment: Benoît XIII fçut bien diftinguer le motif, qui les avoit
fait agir, & qui étoit louable. d'avec lation même , qui lui
déplut beaucoup, & qu'il ne put s'empêcher de blâmer, dans
une Lectre qu’il leur écrivit en ces termes: -
Dileëi Filii, Salutem, & Apofto- ZVes chers Fils, Salur, © Benédiilion
licam Benediionem. | Apofholique. | | LXX XL
> VA M nobis olim in celebri iflo, N Ous n'avons jamais perdu le fou.
Q infignique Cœnobio diverfanii- "venir de là charité fraternelle, que
bus , fraternam' charitatem exbibuif- vous nous avez témoignée, tout le rems
tis, Paterne benevolentie officiis re- que nous avons été dans votre célébre: pullar. ord. Tom.
pendere cupicbamns , pofiguam bu. Monaftére : & depuis que le Seigneur , V1» Pa8: 546:
militaien noftram, tanta licet infir- par un jugement incompréhenfible de
mitate circumdaian, ad bujus Apaf fa Providence, a élevé notre baffeffe fur
tolice Sedis formidandam altitudi: Ta Chaire Apoftolique , nous nous pro-
nem, infcratabile jydicium Dei Om- polions de reconnoître cette ancienne
mspotentis evexit. Sed pro veteri gra- affection, par quelques témoignages de
ta vicem rédderé cogitantes , nova notre bienveillance Paternelle, Vous ve-
obférvañtie vefire, ac pietatis argu- nez de prévenir l’éxécution de nos def.
ment n05 OCCHparunt : que tamen feins, par de nouvelles Le de vo-
meœrorem nobis potins , quam leti- tre attachement à notre Perfonne, Mais
tam atulersuns. Jamdudum enim ex- (il ne faut pas vous le diflimuler ) vos
poflulavimus apud vos , graviterque hommages nous caufent bien moins de
fndoluimus, cuir ci créas Cardi- es , que de triftefle, & de douleur.
nalium Ordinem adfciri , pariers Îl.y a déja long-tems que nous vous
véfiros nofiro nomisne illitos effe, G avons fait nos juftes plaintes, de ce qu'a-
smmaeritos laudis titulos referre refci- près notre Promotion au Cardinalat,
vimus. Ex quo fatis intelligitis ,quam vpus fites paroître fur vos murailles no-
agrins nobis fucrit , cum ex Litteris tre nom , ave plufieurs titres de louan-
Leffris accepimus, eo vos demum pro- ges; qui noûs ont véritablement affigés,
cefAfé, ut Siinulachrum ctiam é mar. d'autant plus que nous ne méritons point
more: nobis: collocandum.decerperetis: de tels'éloges. Comprenez donc com
Alia prorfus, Dileili Fili,'@ nos bien plus vous nous avez conftriftés, en
juuant , C° vos decent officia : extat nous apprenant par vos propres Lettres,
enim nofire , quim utinam oblitera- que vous en étiez enfin venus à cetex-
re liceret ,remiffe ac fegniter alle vi- cès, que de nous faire dreffer une Sta=
fe apud vos memoria. Ea vobis fit, tue de marbre. Non, il ne convient ni
son ementisa landis teflimoninm , [ed à vous, nos chers Fils, de faire dé telles
6x HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
L r war à chofes, nià nous de les approuver. Nous pieræn pra nobis obfevrarionums inci-
XLIV. nous fouvenons avec regret, de cette vie rementwm. Gratum ramen pre [eufi-
———…. tiéde, & très-imparfaite, que nous avons hs preclare in nos voluntatis ani-
Bexoïr XIII. menée dans le Cloître: & fi vous en con- mwm reflatum vobis effe vehementer
=" fervezauffi le fouvenir , que cela vous en- opramus, cjnfque luculentius decla-
gage, non à nous flater par de faufles ruxdi, dum opportuniratem preflo-
louanges,maisà compatir avoc charité; &2à lemur , vobis, Dilelli Fili, Apoffo:
nous aider par la ferveur de vos Oraïfons. licam Rencdi£iionm peramener im-
Nous ne laiffons pas cependant d’être fort perrimur. |
fenfibles aux témoignages de votre bonne - Darwm Rome apud S. Petrum,
volonté ; & attendant l'occafion de vous f#b Anmulo Pifcatoris, die xir De-
en marquer notre reconnoiflance : nous cembris 1724, Pontiftans nofiri
vous denmons,, nos chers Fils, notre Bé- ærro prime. |
nédiétion ApoftoHque: .-" -.- .. D ee MR
Fait à Rome, à Saint Pierre, fous l'Anneau du Pêcheur , le quator-
® ziéme jour de Décembre 1724, la premiére année de notre Pontificat,
On 2 raifon de dire que les Honneurs ont coutume de fuir
_ ceux, qui les recherchent avec trop d’empreffement, & qu'ils
vont au-devant de ceux, qui fçavent les méprifer , ou les crain-
ns dre; l'Hiftoire de Benoît XIII eft la preuve de cette vérité.
Difciple de JEsus-CHRIST , avant que d’être fon Vicai-
“re, lès premieres attentions furent de fe cacher dans lobfcu-
rité du Cloître ; & la Providence parut fe hâter de le retirer
de là, pour le placer fur le Chandelier de l’Eglife. Toujours
foutenu par la ue & par les fentimens de la plus profon-
de Humilité , il continua a vivre, & à penfer , dans l'éclae
des Honneurs, comme il avoit fait dans fa Retraite. Il n’euc
jamais que de l’horreur pour les louanges ; maïs fes louanges,
dans la bouche des Peuples, fe multiplioient tous les jours,
ri que tous les jours on lui voyoit faire quelque chofe de
aint, & de louable. Comme un Bon Pafteur, il n’étoit conti-
nuellement occupé que des befoins de fes. Brebis : &:la Chari-
té le faifoit fouvent entrer dans un détail , qui ne paroifloie
guéres compatible avec les grandesA ffaires, dont il étoit chargé.
” Aprësavoir donné Audience aux A mbaffadeurs des Princes,
ou des Républiques; & pendant qu'il traitoit avec l’Empe.
reur Charles VI, pour faire refticuer au Saint Siège la Ville
de Comachio; il ménageoit fes momens, & en.trouvoit tou-
jours, pour s’éxercer dans les Œuvres de Miféricorde, envers les
Malades,lesPauvres, les Familles affligées, & les Peuples entiers.
LXXXIL Nous avons dit que dès le commencement de fon Pontificar, il
Impôss fuprimés. : . D Er :
‘avait pourvu au foulagement du Peuple Romain, par l'aboli-
tion de plufieurs Impots., & la diminurion de quelquesautres.
Dans le maisde Novembre il fit fupprimer le Droit d’Entrée,
"DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE: 263
qu'on levoit fui les Agneaux, comme il avoir déja Ôté celui -L:rvm'E
qui étoit fur les Fruits. S'étant enfuire rendu dans l'Hôpital XLIV.
rès de Saïinc Jean de Latran, où. on inftruit de jeunes filles, Benoër XIIL,
€ Pape voulut connoître par lui-même, quel fruit elles re- mg"
tiroient de ces Inftru&ions. Il les fit aufli interroger en fa Lxxxrr.
épis par l’Archevêque de Nazianze fon Maître de Chain Vigilance. Ac-
bre , & par l'Evêque de Gravina , touchant la maniére, donc ‘ions de Charité
elles étoient nourries, & entrerenues. Après quoi Sa Sainteté
prit la peine de vifiter les Dortoirs, & le Refe&toir: & donna
des Ordres précis , pour une meilleure Adminiftration de cet
Hôpital. Le Saint Pere fit venir le lendemain à fon Audience,
toutes les perfonnes chargées du foin des différentes Maifons
Publiqués de Rome; & les exhorta à fe rendre toujours plus
€xaëes, dans les Fonéions de leurs Emplois. On conçoit aifé-
ment quels biens cette charitable attention d’un Pape procu-
roit, pour le bon ordre, la propreté , & la décence de toures
ces Maïfons, & pour la confolation d’une infinité de perfon-
nes, qui s’y trouvoient renfermées. |
Parmi tant de differentes a&ions de €harité, & de Mifé- Lxxxiv.
ricorde , Benoît XIII faifoit auffi de tems en tems quelques Aûes de Juftice,
Actes de Juftice, pour punir, ou arrêter le Crime. Il fit conduire
€a prifon yn Poëte licentieux, & fatyrique , convaincu d’avoir
fouvent affiché dans des Lieux Publics, quelques méchans °
Vers, pleins de calomnie, & d'impiéré. Sa Sainteté obligea
cncore quelques Gouverneurs de rendre compte de leur con.
duite, contre laquelle il y avoit des plaintes. Par le même
Amour du Bien Public, Le Saint Pere fit défendre, fous de ri-
goureufes _—. , à tous fes Sujets de prendre déformajis au-
cune part d la Loterie, apellée les Jeux de Génes ; parce qu’on
avoit reconnu par une fréquente expérience , que cela deve-
goit fort préjudiciable aux Particuliers, & aux Familles, &
ar conféquent à l'Etat. Plufeurs autres Princes d’Halie,
es mêmes confidérations , & à l'éxemple de Sa Sainteté , firent
de femblables défenfes. Quelques-uns même les avoient pré-
venues ; & le Gouvernement de Rome fut depuis obligé de
les renouveller fouvent , & de faire de tems en tems quelque
Ae de févérité contre les tranfgreffeurs de l’'Ordonnance.
Entre les moyens , que Benoît XIII croyoit devoir em- LXxxV.
ployer, pour corriger bien des abus, & rétablir la Difcipline rares
Ecciéfiaitique, dont l'affoibliffement le faifoit gémir; la tenue Boot x111 pente
dés Conciles Provinciaux lui paroifloit l’un des plus propres , à en récablis l’ufa
comme il eft un des plusrecommandés dans les Saints Canons, E*
264 HISTOIRE DES HOMMES:ILLUSTRES
L'ivra'e & particuliérement dans les Décrets du'Conicile de Trente. Sa
XLIV, Saintété n'ignoroit pas que les anciens Papes avolenit eû fou-
cn temntatese
BExoîr XIIL
de = 1
vent recours au même reméde , pour régler les Mœurs des
Eccléfaftiques , & des Fidéles. Mais depuis le Pontificat d’In-
nocent III, on n’avoit point vû à Rome, ces fortes d’Aflem-
blées; & les autres Métropolirains fe difpenfoient de même
de fuivre une Pratique aufli falutaire, que Canonique. Pour
LXXXVI.
H fuc cependant
l'o‘iverture du f:-
fair pu
\
u’il avo:t
Ier.
la rétablir, & exciter par fon éxemple , tous les Archevêques,
en particulier ceux de l'Italie, à he plus négliger cette partie
de leur Miniftére, le Saint Pere réfolut d’aflembler tous les
Evèêques de la Province Romaine, entre celles de Capoue, de
Sienne, de Pife d’un côté, & celles de Ferme, & d'Ürbin de
l'autre, ainfi que les autres Evêques, qui ne reconnofiffant au-
cun Métropolitain, font immédiats du Saint Siége. Ayant donc
communiqué fon deflein aux Cardinaux, dansun Confiftoire
fecret, Sa Sainteté fit publier , le 24 Décembre, une Ordon-
nance, par laquelle tous ces Prélats, & les Députés de leur
Clergé, éroient avertis de fe rendre à Rome le huitiéme du
mois d'Avril prochaïn, pour fe trouver au Concile , que le
Pape avoit jugé à propos de convoquer pour ce rems-là (1). ”
L'ouverture du Jubilé Univerfel , déja annonce depuis ply-
fieurs mois, fe fit aufli, avec les folemnités ordinaires, le même
jour, Veille de la Fêre de Noël. Tout le Clergé Séculier, &
Régulier de Rome, s'étant rendu au. Palais du Vatican , le
Pape accompagné des Cardinaux ,& des Evêques, tous revêtus
de leurs Ornemens Pontificaux , entonna Hymne Feni Crea-
tor Spiritus. Le Sacré Collége marcha enfuite proceflionelle-
menc.vers le Grand-Portail de l’Eglife de Saine Pierre, où le
Pape récita plufieurs Oraifons ; & ayant pris un Marteau d'or,
il frappa trois fois la Porte Sainte, qui étoit murée, il com-
menca enfuite l’Antienne : 4perite mihi portas juffitie, & fe
remit fur fon Trône; pendant que les Maçons ouvroienc la
Porte Sainte; & que les Pénitenciers la lavoient avec de l'Eau
Bénice, Les Muficiens de la Chapelle Pontificale ayant chanté
_ (5) Anno 1724, jam ad finem vergente,
confilium init Synodum cçelebrandi cum
Epifcopis peculiaris Provinciæ Roman,
quz inter Capuanam , Senenfem , ad Pifa-
nam ad inferum, inter vero Firmanam , &
Urbinatem ad fuperum Mare fita eft, &
cum aliis, qui nulli Metropolitæ fubfunt ,
ut rogatis Epifcoporum Sententiis , certids
de communi Ecclefiæ bano flatueret, at-
|! que primæ Sedis exemplo cæteros Merro-
politas ad cogendas Provinciales Synodos
vehementiüs excitaret: cüm enim Romæ,
ubi primis Ecclefñæ temporibus frequenter
hujufinodi Epifcoporuim Conventus ageban-
tur , jam à pluribus fæculis ceffarent , &
poft Innocentii II Pontificatum nulla Pro-
vincialis Synodus habita fuiflet, alij etiant
Metropolitæ ab hujufmodi Conventibus abfe
finebance, &c. Archi, Firm. paz. 53, 54
le
Æ ee, eus
. TDE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 2:65
ke Pfeaume : Fabilate: Deo omnis terra , le Pape defcendit de
fon Trône ; fe mit à genoux , & entonna le Te Deum. On
.chanta enfuite Complies : après quoi les Cardinaux ayant quit-
té leurs Ornemens, reconduifirent le Pape dans ‘es Apparte-
mens (*). | | |
. Ces longues Cérémonies, & une nombreufe Ordination , que
Sa Saintete avoit faire le matin , avoient bien pû éxercer fa
Ferveur, mais non pas l’épuifer. Le Pape aflifta encore à POf-
fice de Matines, chanta la neuviéme Leçon , & la Mefle
de Minuit. Il en dic une bafle à fepr heures du matin ;
& célébra Pontcificalement celle de midi à l'Autel, dit la
Confeflion des Apôtres. Ses Afliftans furent les Cardinaux
Paulucci, Impériali, Altiéri, & Albéroni. Les Ambafladeurs,
& les autres Miniftres Etrangers occupérent leurs places or-
dinaires ; & le Connétable Colonne y aflifta æ qualiré de
Prince du Sozlio. Après la Melle, le Pape fut porté à la grande
Loge du Portail de l’Eglife, où il donna au Peuple affemblé,
fa Bénediction, qui fut fuivie d’une Salve générale de l’Artil.
{erie du Château Saint-Ange. | L
Comme le grand âge du Pape, & la rigueur de fes api
ne l’empêchoient point de remplir toutes les Fonétions du Mi-
niftére Apoftolique ; la fuite des Cérémonies extérieures ne
lJ’'empêcha pas auffi de pafler les Fêtes dans ce recueillement
intérieur, & cette tendre Dévotion, qui lui étoient ordinai.
re, fur-tout dans les jours, où l'Eglife nous rapelle le fouve.
nir des Myftéres de notre Rédemption. 11 conferva encore ce
recucillement dans l’Exercice de plufieurs Oeuvres de Cha-
rité, & de la Sollicitude Paftorale Après avoir vifité les Pri-
fons , & fait fortir quelques-uns des Prifonniers, pour honorer
un Myftére qui nous à tous délivrés de la Captivité du Dé-
mon ; Sa Sainteré donna Audience au Prince Héréditaire de
Baviére, & au Prinee Ferdinand fon Frere. L'un & l’autre
s’étoient trouvés incognito, aux Cérémonies de l'Ouverture de
la Porte Sainte. | .
, Ea foule, ou le grand concours d’Etrangers, qui abordé-
rent à Rome, de tous les endroits de l'Europe, durant toute
{*) Ce que le Saint Pere venoit de faire, to, fit la Cérémonie d’ouvrir la Porte Sainte
dans J’Eglife de Saint Pierre ; trois Cardi-| dans la Bafilique de Saint Paul fur le chemin
naux, comme fes Légats 4 Larsre , le fai-| d’Oftie : le Cardinal Benoît Pamphile, dans
foient en même tems dans les autres Eglifes| celle de Latran ; & le Cardinal Othoboni ,
Patriarchales de Rome. Le Cardinal del Giu-| dans celle de Sainte Marie Majeure. 4rchi,
-dicé , Doyen du Sacré Collége , étant ma-| Firm. pag. 56.
lade , le Cardinal Paulucçi, Evêque de Por- UE, .
Tome VI, L 1
Lfvre
XLIV.
BenNoïîir XIIL
mr oc
LXXXVII.
Ferveur perft.
vérante dans PE.
xercice des faintes.
Fonctions. «
LXXXVIIF
Recçueillement:
intérieur, |
LXXXIX,
Prifonniers de-
livrés,
XC.
Pendant l’Année
Sainte Benoît XIII
266 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livaz l'Année Sainte, n’y caufa ni défordre , ni confufion : ce qu'on
XLIV, attribua principa'ement à la fage Vigilance du Pape, qui avoit
————""" donné les ordres les plus juftes, pour que les chemins fuffent
BenoirT XIII. }. À x L. vu
mes libres, & la Ville pourvüe de tout, afin que les Pélerins ne
pores ms be. fuflent point expolés aux Voleurs, & que les Vivres ne fe
. ps gs. vendiffene poinc à un trop haut prix. Le fimple récit des bonnes
tentions; & les Oeuvres, que le Vicaire de Jzsus-CHRIST pratiqua pen-
édife par fes dant l'Année du Jubilé , & les beaux Exemples de Piété qu'il
ns donna à cette mulritude de Fidéles, rempliroit un jufte Volu-
me. Par {es Lettres Apoftoliques il avoit inftruic les Pafteurs,
des difpofitions, avec lefquelles ils devoient entreprendre le
nt de Rome, dans l’Année Sainte : mais ce ne fut pas,
pour les Peuples un moindre fujet d’édification, & de confola-
tion en même tems, de fçavoir , que par les attentions de Sa
Sainteté, on @voit fagement pourvü à leur fureté, à leur com.
modite, & aux beloins des pauvres Pélerins : en faveur def-
uels on avoit fait diftribuer deux mille Lits d'augmentation
ds différens Hofpices. Contenrons-nous de traduire ici les
paroles de l’Archevêque de Ferme , témoin oculaire de ce
qu'il a écrit. | |
XCI. « L'Année du Jubilé, dit-il, fut pour un nombre infini d’E-
_ Témoignage de ;, trangers, qui vinrent à Rome, une année de Grace, de Re-
’Archevique de ; x - , ne
Fer. » miflon, & d’une confolation véritablement Chrétienne. En-
» tre les Perfannes de la plus haute Qualité, qui firent ce Pé-
» lerinage, par un motif de : il eft certain que plufieurs
» l'entreprirent , invités par la réputation de fainteré de Benoît
» XIII. Sa magnificence, & fa Charité répondirent bien à li-
» dée, qu’on en avoit conçue. Le feul Hofpice de la Très-
» Sainte Trinité reçut tous les mois une fi grande mulcitude
» d'Etrangers, qui avoient befoin de ce fecours; qu'à la fin de
» l’année il fut vérifié que cette feule Maifon avoit logé, &
v entretenu plufeurs jours, au-delà de trois cens mille perfon-
vnes. Parmi plufieurs pieufes Confreries, il y eut auffi une fi
» louable émulation de charité, qu’elles fembloient fe difpu-
» ter l'honneur de recevoir un plus grand nombre de Pélerins,
v & de les bien traiter. Mais le Souverain Pontife , qui étoit
» Île premier mobile de tout, & fur lequel tout le monde avoit
» les yeux, après avoir fait admirer fa Vigilance attentive,
» & fa Prudence, dans les arrangemens, qu'il avoit pris, pour
» que les fecours temporels ne manqualfent à perfonne, édifia
» encore par l'éclat de fes Vertus : On le voyoit dans lExer-
» cice continuel de toutes les bonnes Œuvres,que lui-même avoit
DE L'ORDRÉ DES. DOMINIQUE. 267
-prefcrites, pour mériter la Grace du Jubilé {r}».
« Plufieurs fois de la Semaine, Sa Sainteté vificoic toutes les «
Bafliques marquées pour les Stations, y prioit long-réms, «
& avec uné ferveur capable d'en infbirèr aux moins téli- «
gieux ; il vifitoit fouvent les Malades dans les Hôpitaux, les «
confoloit & les aidoit , fervoit les Pélerins 4 Fable, après leur «
avoir lavé les piés. C’étoit là une partie de fes Prariqués or- «
dinaires de Relioion , & dé Pénitence ; tandis que ces Etran- «
rs ne pouvoient fe laffèr d'admirer k comble de PHumi- «
ité Chrécienne dans la perfonne de €e Souverain Pontife. «
Aufli, après avoir rernarqué , non fatts érontiertiént, cont ce «
que Sa Sainteré avoit déjà fair, à Rorne, & ce qu'Elle y fai: «
foi tous les jours ; déjà inftruits, & aflurés de toutes chofes, &
par le raport des yeux, & non par a féulé Renommée, qui «
a courume de diminuer par envié, où d’éxagérér par flaterie «
les Aétions des Grands Princes, ils ne craïgnoïiént point de 4
dire de Benoît XIII, ce que la Reine dé Saba avoit dit art+ &
trefois à la louange de Salomon : Vrerss ef [erimo, quem añdi- «
VIMsSs in Ferr4 nofra.
Ce qu'on nous avoit raporté dans nos Contrées , de vos «
Actions, & de votre Sageflé, eft très- véritable. Nous ne «
éroyions päs néanmoins tout ce qeon en difoit, jufqu'à «
ce qué nous foyons vénas, & que nous l’ayoris vâ de nos &
propres yeux. Nous reconfotffons aujourd'hui qu’on né nous «&
avoit poine dit la moitié de ce qui ên eft. La régularité de «
votre conduire pallé tout ce que [a renommée ent avoit pu- «
blié. Heureux donc ceux qui Pont à vous, à qui il eft donné «
de jouir de votre préfence, & de s’édifier de la fainteré de «
vos Exémples : Béni foit le Séignéur votre Dieu, à qui vous «
êtes agréable, & qui vous a érabli fur le Frône d'Ifraël, «
pour conduire foi Peuple, & fairé aïmier [a Juftice»s.
Les déux Princes de Baviére, & leur Tanre F4 Grande Du
cheflé Douairiére de Tofcane, ne furent pas les feuls qui par- à
(r) Optatiflimus & frequens advenis ac
Peregrinis fait annus Jubifæi & remifliontis.
Horum enim plurintietia ex magnis Rriu-
cipibus. . . Romam venerunt ste cau-
D, famä fanétitaris fummi Pontificis ille@i.
Uaura Hofpitigm Sao&iffimæ Trinitatis tot
Peregrinorum millia in fingulos menfes ex-
cepit, quot duétà totius anni ratione ter-
centum
derent. Pia eñam fodalicia charitatis officiis
“decertarunt , quibus unumquodque poffet
Confraires de fonginquo Romam venrentes
ampHas milliëm numerum exce-
liberalids ac fplendidids excipere, Summus
verd Pontiféx poft adbibitam rebus omni-
bus , & Advenarum , Peregrinorum , ac Pau
perum commodo fingularem providentiam,
cæteris eXémiplo præire , facras Bafilicas re-
ligiosè ac frequenter invifere , Peregrinorurà
hofpitia adire , pedes Peregrinis lavare, ats
que corum menfæ miniftrare in deliciis ha+
ouit, mirantibas exteris in Pontificia majel-
rate culmen vétæ bumilitais, &cc, Archi,
Fit. Pr 6e
Lii
Ltvre
XLIV.
BE
HI Reg. Xr6 7,38
de
voir XIII.
o
\
_—_
x CI I. .
Les Princes Ca.
oliques, & les
268 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvepx lérent de la forte, à leur retour de Rome. On fçait que plu-
XLIV. fieurs Seigneurs des Pays-Bas , d'Angleterre, & d'Allemagne,
Benoir XIIT, Auvique féparés de la Communion de lEglife Romaine , par
—— Îles malheureux préjugés de leur naiflance, publiérent fouvent
Proreitans admi- Îes louanges d’un Pape, qui a été regardé ni route la Chré.
rent les rares Ver. tienté comme un Pontife véritablement Saint, digne du Siécle
tus du Ponrife, e /
d'or de l'Eglife.
1] étoit dans l’ordre, que les éminences Vertus de Benoît
XIII fiflent encore plus d'impreflion , fur les cœurs des Do-
meftiques de la Foi. Si la Congrégation déjà établie par Sa
Sainteté, pour travailler au Projet de la Réformation du
Clergé, rencontroit tous les jours de nouvelles difficultés , il
et certain que les grands Exemples du Pape, & fes fages A ver-
tiflemens avançoient plus l’ouvrage de la Réforme , que ne
pouvoient faire tous les Réglemens médités, & propofés. Plu-
putes Cardi. dieurs entre les Princes de l’Eglife, Evêques, & Cardinaux,
naux , & autres POUT imiter en quelque chofe le Saint Pere, & fe conformer
Let limitent à fes défirs, employérent en Ocuvres de Charité, & de Re-
RS 9 Jigion, ce qu'ils retranchérent à la magnificence de leur
train (1). Les uns partageoient avec les Pauvres les Revenus
de leurs Bénéfices ; & les autres ne refufoient pas d'employer
une portion de leur Patrimoine à éxercer l'Holpiralité. Celui-
ci, en fe démettant du Titre de Protecteur de l’Archicon-
frerie du Crucifix, fit un Don de deux mille Ecus Romains,
pour l'entretien des Pélerins : & celui-là établit un Hofpice:
dans fon Palais, pour y recévoir, & nourrir douze Prêtres,-
pendant toute l’Année Sainte. Le Duc de Gravina , Prince du
Soglio, & Neveu de Sa Sainteté, fe diftingua encore, par les
Dons confidérables, qu’il fit aux Epglifes, & aux Pauvres.
XCIV. - La mort du Cardinal François Aquaviva, Evêque de Sabine,
Le Pape vifite donna une nouvelle occafon à notre Pape , de môntrer fa
ere hunurc Piété , en pratiquant la Charité, Ce Prélar étant tombé dangé-
de fa préfence reufement malade au commencement de l’année 1725. Sc
kurs Obléques. noît XIII l'honora d’abord de fa Vifite ; & le confola dans
fon mal par de faints Entretiens. Lorfque le Seigneur l’eut
apellé à lui, le Saint Pere jugea à propos de renouveller une
ancienne Pratique, & un Décret du Pape Benoît III, en ho-
norant de fa préfence, de fa Bénédiction , & de fes Priéres,
la Cérémonie des Funérailles. Il en ufa de même à l'égard
de tous les Cardinaux, qui furent malades à Rome, ou qui y
É (1) Ponitificis” exemplum Cardinales, & plendisReligionis & Charicatis operibus com
Prælules ftatim fecuti. Unum illis fuir in ex-] mune certamen, Archi. Firm. pag. 58...
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 265
moururent pendant fon Pontificat ( 1 ). Eh, comment auroit-il
négligé ce Devoir de Religion à l'égard de ceux, qu’il regar-
doit comme fes Freres, & fes premiers Confeillers ; lui, qui
vifitoit avec bonté fes Domeftiques dans leurs maladies , &
ui adminiftroit fouvent les derniers Sacremens aux Pauvres
dns les Hôpitaux?
” Cependant les inftances réitérées
l'Empereur Charles VI, pour la re
eurent leur effet : la Cour de Vienne confentitenfin de rendre la
Place , qui appartenoit inconteftablement au Saint Siége. Cette
Ville, fituée dans le Duché de Ferrare, fur les Côtes de la
Mer Adriatique, étoit du Domaine des Souverains Pontifes,
depuis plus de neuf cens ans. Les Princes Lombards dans le
Sa Sainteté auprès de
itution de Comachio.
huitiéme Siécle, s'en étant rendu maîtres par la force des
Armes, les Rois de France la leur enlevérenc bientôt après ;
non pour enjouir eux-mêmes; mais pour la remettre fous
l'obéiffance des Papes, & en leur pouvoir. Le Roi ie lan
756 en ayant cha les Troupes d’Ariftulphe, reftitua la Place
au Pape Etienne II, apellé quelquefois Etienne III ; & Char-
Jemagne ne la reprit fur le Roi Didier en 774, que pour en
mettre le Pape Adrien I en pofleffion. Si vers le commence-
ment du quatorziéme Siécle les Princes de la Maïifon d’Efte
furent reconnus Ducs de Ferrare, & en certe Qualité Sei-
gneurs de Comachio, ils ne poflédoient l’un & Pautre , que
comme Feudataires du Saint Siège, à qui ils faifoient Hom-
mage, & payoient un Tribut Annuel. Après la mort d’Alphon-
fe Ii dernier Duc de Ferrare, le Pape Clément VIII, l'an
1597, rentra en pleine pofleflion de ce Duché, & dela Ville
de Comachio, comme d’un Domaine, dont la
| propriété de-
voit retourner de droit au Siége Apoftolique (2). | |
{ 1) Cdm autem hujus anni initio Francif.
us 4b Aquaviva Cardinalis , Epifcopus Sabi-
nenfs Romæ diem obiflet, pius Pontifex ,
Hane Pipinus Francorum Rex , à poteftate
Atiftulphi Longobardorum Regis vindica=
tam , Stephano II Roman. PontiÉci reftitue-
vetus quoddam Benediéti III Decrerum in
mores revocare cupiens , funebribus exequiis
voluit interefle, & folemni fupra-Cadaver
abfolutionis offcio fungi , quod dejndè aliis
@mnibus S.R. E. Cardnal us in Urbe de-
cedentibus præftitit, quos etiam ægrotantes
invifere confuevit. Archi. Fir, pag. 58.
(2) Interim ceicbris ætate noftra Sedis
Apoñtolicz caufa, ex juftitia & æquitate Cz-
faris, Benediéto fummopere urgente, finem
accepir. Res erat de Comaclo in Ferrarienfis
Legationis Provincia non obfcura Civirare..…
rat. Carolus deinde Imperator, ex rerum
geftarum amplitudine cognomine Magnus , :
interceptom à Defderio Longobardorum
Rege , Comaclum Adriano 1 ,anno 774, red.
diderat, Inde plurium fæculorum decurfu Se. .
des Apoftolica Comaclum tenuit, donec fub
{iaitium Sæculi x1v, Fee Ateftini , re-
us Vicario jure :
cepta à Romanis Pontifici
Ferrari, Comaclum quoque ,tamquam Fer.
rarienfis Ditianis Oppidum. .. obtinuerunt ;
&ece Thid. pag. 59, 60. |
LI
Liverz
XLIV.
Benoîr XIIL. .
D —— 0-36
XCV.
Il fait enfin con-
% fentir PEmpeteur
à remettre la Ville
de Comachio, au
Saint Siége.
XCVIL.
Cette Place, qui
depuis plus de 9
Siècles étoit du
Domaine de l'E-
glile,
1790 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livrnm Cette Poffefon n'avoit point été depuis interrompue, lorf
XELIV. qua l'occañon de la Guerre allumée en Italie (au commence.
—. ment de ce Siécle) entre la Maïfon de France, & celle d’Au-
BENOÎT XIII. riche, pour la Succellion du Roi d'Efpagne Charles IE, les
xcvir Officiers de l'Empereur Jofeph atraquerent le Ferrarois, &
Fut occupé par mirent une Garnifon à Comachio l’an 1308, fous le Ponti-
nn ficar de Clément XL. Un Hiftorien Moderne attribue La con-
duire de ce Prince, non à aucun droic qu’il eùt, on qu'ilcrüc
avoir {ur ke Pays, donc il fe rendoit ainft Maître par la
furprife , ou par la force; mais au feul deffein d’inquiérer le
Pape, & de l'obliger de reconnoître l’Archiduc, fon Frere,
ut derousxiv, ©B qualité. de Rot d’Efpagne. « Il n'avoit, dit-il, diffimulé
Tom. 11,p.357. » jufqu’alors fes mécontentemens ,& fes derniéres prétentions,
» que parce qu’il navoic pas ofé les faire éclater ; mais depuis
» le départ des François, & la révolutian de Naples, fa puif.
» fance ne trouvant plus aucun’ obftacle en Italie, il ne fe mit
» aufli plus en peine d’ufer de ménagement : il bloqua Ferrare,
» & le Fort d'Urbin ; & il n’eft forte d’excès, que les Troupes
» ne commiflent dans le Ferrarois ».
Hit, des fapes, Un autre Auteur remarque, que les Impériaux mirent cette
FR # jafcription fur les portes de Comachio, dont le Gouvernement
venoit d’être donné au Comte de Bonneval:L’Ewmpereur Jofephe,
Roi des Romains renouvelle [es anciens Dreiis fur l'Italie, On
_— ne fentit que trop tôt ce que cela fignifioit. « Fous les Etats
Ibid p.41 d'Italie, qui jowifloienc depuis fi long-tems de leur Liberté,
» & d’une tranquillité parfaite, fe virent vout à coup en proye
»æux Troupes Allemandes , qui en éexigeoient de grofes
» Contributions. Le Grand Duc de Tofcane , les Ducs de
» Parme, & de Phifance, la République de Gênes, furent af.
» fujettis aux mêmes Loix , & contraints de fournir à l’'Empe-
» reur tout l'argent, qu'il en voulut éxiger , pour éviter les
» Exécutions Militaires, quoiqu'ils fufflent Souverains, & in-
‘ » dépendans ». |
Le même A , après avoir dit, qu’on ordonna d’abord
à tous les Sujets de f1 Sainreté de mettre bas les Armes, fous
peine d’être punis par le fer,.& par le feu, s’ils refufoient
d’obéir, ajoure ces paroles: « Les Troupes employées contre
1bid. p. 413. wles Sujets du Pape, étoient pour la tro Proteftantes, row.
» jours difpofées à inquiéter, & à chagriner les Catholiques.
» On craignoit même qu'onne fit des Temples en Iralie.comme
vo avoit fait. Barcelone ; ce que les Italiens anroiest re.
» gardé comme labomination de la délolation, placée dans Ie
» Lieu Saint ».
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 2971
On ne fçait ce que cer Auteur entend par ces Temples des
Proteftans, qu'il fuppofe avoir été faits à Barcelone. Le zéle
des Catalans pour la Foi Orthodoxe n'étoit pas moins connu,
que leur attachement au Parti de l'Archiduc. Ce qu’il y a de
certain, c’eft que les Etats de fa Sainreté furent extrêmement
foulés par les Impériaux , & qu’on les menaçoit toujours de
nouvelles calamités , fi dans le 15 de Janvier 1709 , le Pape
ne foufcrivoit à toutes les Propofitions, qui lui avoient été
faites de la part de l'Empereur. La Flotte Angloife & Hol-
lindoife , arrivée en même rems à Livourne, avoit ordre d’éxé-
cuter tout ce que les Miniftres Impériaux commanderoient.
Lorfque les Hoftilités ceflérent depuis dans le Pays, le Blo-
cus de Ferrare fut levé; mais la Ville de Comachio, dont les
Salines font d'un grand Revenu, ne fut point reftituée au Saint
Siége.
Toutes les Repréfentations, & les plus juftes plaintes da Pape
furent alors fans effet : l'Empereur Jofephe étoit un Prince fort
vif, & abfolu dans fes volontes. Son Succeffeur ne parut pas d’a-
bord plus favorablement difpofé. Cependant avant la fin du
Pontificat de Clément XI , on avoit commencé d’efpérer la
reftitution de Comachio,que le Cardinal Camerlingue , Neveu
de fa Sainteté, follicitoit fortement à la Cour de Vienne. Le
Pape Innocent XII reprit encore la même Affaire , avec de
nouvelles efpérances de fuccès, & il mourut fans avoir eû la
confolation de la finir. La Providence réfervoit à Benoît XIII
le foin d'y mettre la derniére main , & la Gloire de la termi.
ner pendant l’Année du Jubilé ; tems auquel parmi le Peuple
de Dieu, chacun renrroit en pofleffion de fes Terres. C’eft la
Réflexion d'un Illuftre Archevêque (1). |
. Dès le mois de Janvier 1725 tous les différends étant heu.
reufement terminés entre les deux Cours de Rome, & de
Vienne, par le zéle a@if de Benoït XIII, l'Empereur ne différa
lus de faire remettre en fon pouvoir , la Ville de Comachio;
en l'état, où elle fe trouvoit , purement & fimplement,
comme une partie du Patrimoine de Saïnt Pierre, & fans
aucune réferve. Les Troupes Impériales évacuérent la Place
dans le mois de Février ; & fa
{) Porro fab finem Pontificatäs , Alexan.
dro Albanot@ ex Fratre Ncepote caufam
banc apud Gärem folerter agente, fpes
erat reCipiendi Comaclum,quæ ny de etiim
fub Innocentio XIII confirmata fic fapien-
tiimi Pontificis curâ. Res tamen adhuc in-
Sainteré y envoya les fiennes,
fe@&a erat, Divino Numine poftremam fed
riaximam fervante confeltz rei gloriam ,
Benediéto XIII, & Sacri Jubilæi anno, qua.
apud Hebræos unicuique licebat ad agro.
rum fuorum poflefionem redire. Archi,
Firm pag. 61,
LtvVRrE
XLIV.
EE
BEenoîrT XIII.
ES
bide Po 410
XCVIIL
Les Papes Clé-
ment XI ,& Inno-
cenr XIII avoient
agi avec zêle :
XCIX.
Benoît XIII
marcha fur leurs
traces, & termina
heureufement
l'Affaire.
Liv RE
X LIV,
Benoîr XIII
C.
.… Difcours de Be=
noît XIII dans le
Confiftoire du 29
Janvier 172$.
271 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
en y établifflant un Gouverneur , dix-fept ans révolus-depuis
que la Ville avoit été pa par les Allemans. Tel eft le refi
pet, que la Religion infpire aux Souverains Catholiques en;
vers le Saint Siége, que s’il arrive quelquefois (comme on ng
peut nier qu’il ne foit arrivé) qu’on touche à fes Pofléffions,
ou à fes Droits, tôt ou tard on les rétablit, & ordinairement
avec avantage.
. Lorfque Benoît XIII, dans un Confiftoire du 29 Janvier,
notifia au Sacré Collège la confommation de cette Affaire; quoi-
qu'on dût la regarder comme fon Ouvrage, il ne s’en attribua
rien. Sa modeftie ordinaire lui fit tout attribuer au zéle éclairé
de fes deux Prédécefleurs , à la fagefle de leurs démarches, à
la juftice, & à l'équité de l'Empereur (1). C’eft ce qu'on verra
dans fon Difcours, que nous nous faïfons un plaifir de rapor-
ter, & de traduire. ur
so
ENERABLES Freres, le Seigneur ENERABILES Fratres, ref-
a jeté un favorable regard fur fon pexit Dominus in Hareditatem
Héritage ; & en conciliant les intérêts fmem, © Saniluaris jura, collatis
du Sacerdoce & de l'Empire, il a fait concordi fœdere Sacerdotii, © 1m-
fervir la piété, & la juftice de l’'Empe- peris Officiis, per Cefaream pieratem,
reur, au Rétablifiement des Droits du j#/fiiamque reparavit. Dintarnis qui-
Sanétuaire. Vous n’ignorez point ce que dem dis , Curifque ( ut Fraterni-
votre Prédéceffeur, Clement XI, d’heu-
reufe mémoire , avoit fait pour que le S.
Siége rentrât dans fon ancienne poffef-
_fion de la Ville de Comachio: il n’avoit
certainement rien négligé, ni rien épar-
gné, pour cela : & quoique les circonf-
tances des tems, peu favorables à fes juf-
tes défirs, ayent été un obftacle invin-
cible au fuccès de la Sollicitude du Pon-
tife, néanmoins il n’a pas ceffé de foute-
nir toujours avec honneur, & jufqu’au
dernier foupir de fa vie, les Droits de
fon Siége, & de la Sainte Eglife. Vous
fcavez encore que le Pape Innocent XIII,
fon Succefleur , a conftanment fuivi les
tatibus vefiris exploraiiffimum ef )
nibil intentatum reliquerat felicis re-
cordaiionis Clemens XI, Predeceffor
noffer , nt in priflinam poffeffionem
Civitatis Comaclenfis bac Santa Se-
des reflitusreiur. Ac licèt aduerfa
temporum conditio frutlum Pontificie
follicitudinis rerardaverit , rationes
tamen bujus Sanile Ecclefie afferere
eximis Cum [hi nominis sloria , ad
extremun sfque vite fpiritum slle non
deflitit. Pari quoque follicitudine ,
prudentiaque , quod vos refcire non
dubisamus , rem ad optatuns propé
exitnm perduxerat felicis recordationis
* (1) Hocenim anno , compoñhtis inter Pon-
tificem & Cæfarem rebus , menfe Februario
Czlariäni Milites ultro Comaclo excefle-
runt, & Apoftolica Sedes primæva poflef-
fionis fuæ feptemdecim integris annis inter-
ceptæ jura reccpit : atque hinc facilè patet
quim alrè Summis Principibus infita fit erga
Apoftolicam Sedem reverentia, ut fi quid
nquans » quod & aliès retroactis temmpori-
bus acciiit , ex ejus Patrimonio attigerinc,
ocyüs feriüs Religiore duéti ex integro , &
quandoque etiam cumulatids reftituerint.
Benedi@us rein in confueto Senatu hab:to
29 Januarii Cardinalibus fisifgavit, nil fi-
bi, {ed Deo Optimo in pris#; deinde Cle,
menti, & Innocentio, ac denique Cæfari,
felicem rei ex'tum gloriæ ac laudi vertens ,
&c. Xérchi. Firm. pag. 61e nc
Znnocentias
‘: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 27,
‘Ennocentius XIII, Predeceffor tidém mêmes traces, & n’a pas agi avec moins
mofier : fed mors interveniens aff illi de prudence. L'Affaire, par fes foins,
de folertie lande nihil decerpfit, con- étoit déja heureufement avancée ; mais
fetli camen operis letitiam intercepit. queue la mort ne lui ait point fait per-
JNobis vero, qui noflram apnofcen-
tes, Ac tefiantes infirmitaiem , in la-
bores corum-introivimus , gaudium
bujus profheri fucceffus confolator bu-
milium Deus reférvavit, in hoc ope-
ram © labores adhibendo dileëli Fi-
liï noftri Cardinalis Cienfuegos ; quod
vobifcum hodiePna die ex hoc loco,
st 'moris eff, communicandum duxi-
mus, Fraternitatibus vefhris fignif-
cantes, charilfimum in Chrifio Fi-
lium noffrum Carolum Romanorum
Regem'in Imperatorem cleilum , psa
Œ illnfiria Majorum [uorum exem-
pla profêquentem , [ueque Religioni,
C aquitatÿ , ac nofirorum fimul ,
quos landauimus , Antecelorum , pa-
ternifque nofiri Apoflolatés Officiss
obfecutums , pofeffionem Comacli di-
mjfiffe.,:ut.in cam hec Sanila Sedes
rffineretur ut prius. Quo autem pac-
to res ipfa peraëla fit, preflar ex trac-
tatñs conventionibus , quas vobis rect-
sari volumus, Fraternitates veflras
AcCipere.
. «Magnificemns igitur , Venerabiles
Fratres, Deum prorcilorem, € de-
mus gloriam laudi ejus, qui ad nof-
tre imbecillitatis Minifferium propte-
rea Opus mifericordie [ue diffuliffe
œidctur , ut Nomini [no , quidquid
eff profperé geflum , unicè affignare-
tur. Ejufdem preterea chariffimi in
Chriflo Filis noffri landes digno pre-
conio celebremus, qui in colenda juf°
tva , Sanileque. Ecclefie rationibus
isendis precipuam Aulfriaci fangui-
ris © Cufarei nominis gloriare col-
locare gejtit.
mérite , en c
A
de fa Dignité . à refpecter la Juftice, & à défendre les intérêts de la Sainte
Este.
Tel fut le Difcours de ce pieux , & reconnoiffant Pontife ;.
Tome VI,
re la gloire d'y ayoir travaillé avec zé-
le , elle lui a ravi la joye de la voir en-
tiérement finie. Notre foibleffe , que
nous ne pouvons ni ignorer, ni diffimu-
ler, ne nous ayant point empêché d'en-
trer dans les travaux de nos Prédécef-
LIvRÉ
XLIV.
BEN oit XIII
feurs ; Dieu, toujours propice aux pe- ‘
tits, a bien voulu nous confoler , par le
fuccès tant défiré; & auquel notre cher
Fils, le Cardinal Cienfuegos, a beau-
coup contribué par fes fervices. Nous
croydfis devoir vous annoncer aujour-
d'hui, & dans ce lieu , fuivant la coûtu-
me, que notre très-cher Fils en JEsus-
CHRIST , Charles, Roi des Romains,
Empereur Elû ; pour fe conformer tant
aux illuftres éxemples de fes Ancêtres,
qu'aux fentimens de fa Religion, & de
l'équité , faifant aufñli attention aux juf-
tes raifons de nos Prédécefleurs, & aux
nôtres, s’eft enfin défifté de toutes fes
prétentions fur la Ville de Comachio,
afin que la pofleflion en revienne au S,
Siége , comme auparavant. Il eft encore
à propos que vous foyez inftruits de
quelle maniére , cette affaire a été con-
clue ; & c'eft ce que vous apprendrez par
les Conditions du Traité, dont nous vous
lons qu'on vous faffe la lecture,
_ Cependant, Vénérables Freres, pu-
blions les merveilles de Dieu notre Pro-
tecteur ; & rendons lui la gloire qui lui
eft dûe. Il femble qu'il n'ait différé d’ace
complir cette Ouvrage de fa.pure Mifé-
ricorde, jufqu’à notre Pontificat, qu’afin
que notre foible Miniftére ne pût em-
pêcher qu'on n’attribuât à fon feul Nom,
toute la gloire de, cet heureux événe-
ment. N'oublions pas en même tems de
rendre à Céfar le tribut de louange qu’il
qu’il fait confifter la principale gloire de fon extraëtion, &
Mm
LirvRreEe
XLIV.
Brnoîr XIII
COR SRE ERP
CI.
Reconnoiffance
. de Sa Sainteté en-
vers l'Empereur.
_ CII.
__ Marques de dif-
tinétion , dont le
Pape honore le
Grand-Muaiître de
Malte, & tout fon
Ordre,
Hift, des Papes,
Tome V, p.37.
274 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
dont la vigueur paroifloic dans les Aétions , & la modeftie dans
les Sentimens, autant que dans les paroles : Pontife d'autant
plus louable, qu’il fcavoit s’oublier luimême, & célébrer avec
dignité les louanges des autres ; incapable de jaloufie , parce
qu’il étoit folidement humble (1).
Pour donner quelque marque de fa reconnoiffance À l’'Empe-
reur, le Saint Pere remic à Sa Majefté Impériale, certaines
dettes; & confehtit à la levée de quelques Décimes fur le Cler-
. gé des Etats Hérédiraires, maïs à condition, que le provenu fe-
roit tout employé à la Réparation, & à la Fortificatipn des Places
de Hongrie , les plus expofées aux infultes des Turcs; étant
jufte que les deniers de PEglife ferviflent À couvrir les peuples
Fidéles, contre les entreprifes des Ennemis du Nom Chré-
tien. |
Ces Infidéles faifoient à Conftantinople de nouveaux Arme-
mens ; & l’Ambaffadeur de la Religion de Malte en ayant
averti le Saint Pere, dans une Audience publique, en reçut de
nouvelles aflurances de Secours en cas de Guerre. Pour confir-
mer fes promefles, & animer de plus en plus le courage des
Chevaliers , le Pape envoya à Malte Jean-François Oliviéri,
un de fes Officiers d'Honneur , qui devoit déclarer au Grand
Maître , Emanuel de Vilhéna, les bonnes intentions de fa
Sainteté ; & lui remettre en même tems l’Epée, avec le Cha-
peau, qu’elle avoit béni avec Solemnité, aux Fêtes de Noël ;
diftinction , dont le Souverain Pontife n’a coutume d’honorer,
que les grands Princes, ou les grands Capitaines, qui ont com.
battu avec gloire pour la défenfe de la D Chrétienne,
C’étoit donc avec juftice, que Benoît XIII deferoit cet Hon-
neur à un Ordre Militaire, qui a rendu, & qui rend tous les
jours, des fervices importans à la Religion , avec un zéle qui
lui fait prodiguer le Sang de fes Héros, & qui doit lé rendre
toujours précieux à l’Eglife. Aufli remarque-t'on que la faveur
du Pape ne regardoit point le feul Grand Maître, mais fon
Ordre entier (2). L
… Cependant Île Prince Eleétoral de Baviere, & le Duc Ferdi-
nand fon Frere, que la réputation du Pape avoit attirés à Rome,
61) Ita Benediétus, virtute in perficiendo, ] jus Milites nobilitate generis , ac fortirudine
verecundiä in prædicando , adeptus laudem | animi præftantes, ex ea Infula, veluti prz-
& gloriam apud omnes, invidiam apud ne-]cipuo Chriftianæ Reipublièæ propugnaculo
minem. Archi. Firm. pag. 63. Ahicæ objeéto, adverfus Turcas, aliofque
x) Dedit id Benediétus, non meritis tan- | Barbaros Piratas jugiter dimicant. Arcbèe
tm magni Magiftri, quæ cæteroquin multa| Firm. pag 65.
" ac præclara erant, fed & Ordinis totius, çu-
: "DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 275
prirent congé de fa Sainteté, qui leur fit plufieurs préfens, avec
fa générofité ordinaire. Bien d'autres Princes, ou grands
Seigneurs partirent aufhi de Rome, les uns pour Florence, ou
pour Naples, les autres pour Allemagne ; tous également fatif-
faits de l'accueil gracieux que leur avoit fait fa Sainteté, & édifiés
de fes grandes Vertus. |
Dans le couramt du mois de Janvier , Benoît XITI difpofa de
Sn ns pin vacans ; donna diverfes Charges, ou Bénc-
ces, & confacra plufieurs Evêques. Accoutume à faire fuccé-
der à ces Cérémonies de Religion , les œuvres de Charité &
de. miféricorde, le Saint Pere vifita les Prifons du Capitole ;
où ayant été reçu par le Marquis Frangipani, Sénateur, & par
le Gouverneur de Rome, il donna fes Ordres pour le foula-
_gement des Prifonniers ; & entra enfuite dans une Maiïfon des
environs, chez un de fes Domeftiques dangereufement mala-
de ; il le confola avec bonté, & lui donna fa Bénédition. Peu
de jours après fa Sainteré alla vificer l'Hôpital du Saint-Efprit ;
& y adminiftra le dernier Sacrement À trois pauvres Agonifans.
Dans l'Eglife des Religieufes ditésles Barberines , le Pape donna
PHabit É Carmelire , à deux jeunes Princefles, Filles f Prince
de Saint Martin Pamphile : & dans celle de la Minerve, il
baptiza un Juif, qu’il avoit fait inftruire avec foin, de toutes
les Vérités de notre Religion. Après que le Pape eut dit la
Melle , il fit participer ce nouveau Chrétien aux Saints Myftéres,
en lui donnant la Communion.
Par une Ordonnance, qui fut publiée à Rome dans les der-
niers jours de Janvier ,'fa Sainteté exhorta les Fidéles, à rache-
cer leurs péchés, pardes œuvres de Charité envers les Pauvres ;
& leur défendit néanmoins de donner l’Aumône à ceux qui
_ mandioiïent dans les Eglifes, pendant le Service Divin. On a
fouvent renouvellé dans le même Païs, & imité ailleurs ce fage
Réglement; dont l’inobfervation eft un fréquent fujet de trou-
ble, ou au moins de diftra@ion , à tous les Fidéles, & aux
Miniftres même de l’Autel.
La Charité, dont le cœur du Vicaire de JEsus-CHRr1sT
étroit rempli, le rendoit attentif à tout; mais plus particuliére-
ment à ce qui intérefloit le Salut des Ames. 1l ne pouvoit pen-
fer fans gémir, que fes Galeres éroient continuellement char.
gées d’un nombre de mauvais Eccléfiaftiques, & de plus mau-
vais Religieux. Il cherchoit un autre moyen d'arrêter les dé-
fordres, & de châtier ceux, que la crainte du Seigneur ne
pouvoir retenir dans le Devoir. Sa Sainteté envoya donc une.
M m ij
LIVRE
XLIV.
Benoît XIIX
do ns «2
172$;
CIII,
Œuvres de Cha.
rité, & de Miféri.
corde pratiquées,
CIV.
Et recommane
dées par Sa Sain
teté. . |
LIrvRE
X LIV.
Benoîr XIII
C V.
Le Pape va paf
fer quelques jours
en Rerate , &en
Pricre, dans le
Couvent de Mon-
te Mario.
Job ], ds Ÿo
196 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
perfonne de confiance à Civita Vecchia, avec ordre de faire
tous les préparatifs néceflaires, pour enfermer ces Coupables,
& les occuper dans une efpéce de Prifon. Le Pape vouloit que le
travail fut une partie de leur Pénitence , & une occupation
néceflaire à l'Etat, où leurs Crimes les avoient réduits. Mais
il lui paroifloic qu'il étoit injurieux au Caractére, qu’on les vit
confondus avec ce grand nombre de Forçats, & de Malfaiteurs,
ue le châtiment ne rendoit pas plus fages ; & dont l’humiliation
embloit CR AC RE l’endurciflement. Le Saint Pontife n’euc
pas la confolation de voir le fuccès de ce Projet: & il ne lui refta
d’efpérance que dans les Miféricordes du Seisnéur , qu’il ne
cefloit de folliciter par l’ardeut de fes Priéres.
. Après avoir facré le Cardinal Orhoboni Evêque de Sabine;
& donne à un pieux Eccléfiaftique, l'Ordre de la Prétrife, avec
le Gouvernement de la Ville de Bénévent, Benoît XIII fortic
de Rome vers le commencement de Février, pour aller au
Couvent des Dominicains à Monte Mario; où il vouloit pañler
en Retraite ces jours qui Phi la Sainte Quarantaine.
Pendant que le Peuple fe livroit avec plus de licence, à fes
plaifirs fenfuels ; le bon Pafteur, à l’éxemple d’un ancien Pa-
triarche, offroit des Sacrifices, & redoubloit la ferveur de fes
Oraifons. Il jeñnoicavec plus de rigueur, pour obtenir dela Divi-
ne Bonté, le pardon de ceux qui fembloient méconnoître toutes:
les Loix de la tempérence : & fe chargeoït en quelque maniére
de faire lui-même la Pénitence , dont ils avoient befoïin ; mais
qu’ils remettoient À un autre tems.
On fe rapelle ici la louable Pratique de Job. « Ses Enfans, dit
» l’Auteur Sacré, alloient les uns chez des autres, & ils fe
» traitoient chacun à leur jour. Ils envoyoient prier leurs trois
» Sœurs de venir manger , & boire avec gux. Et lorfque ce
» Cercle de jours de Feftin étoit achevé, Job envoyoit chez
» fes Enfans, & il les purifioit, & fe levant de grand matin, il
» offroit des Holocauftes pour chacun d’eux : car il difoit en
» lui-même : peut-être que mes Enfans auront commis quelque
» péché, & offenfé Dieu dans leur cœur. C’eft ainfi que Job fe
» conduifoit tous les jours de fa Vie ».
Le même Efprit de Charité infpiroit les mêmes Sentimens :
au Pere commun de tous les Fideles. Il n’ignorôit pas que
tout Pontife, felon la Doétrine de Saint Paul, eft établi pour
les Hommes, en ce qui regarde le Culte de Dieu, afin qu’il
offre des Dons, & des Sacrifices pour les Pécheurs. Auffi ne fe
croyoit-il pas honoré du Divin Miniftére pour vivre dans l’oifi-
À
« DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 2177
veté, mais pour en faire les Fonctions, c’eft-d-dire, pour tra Livre
vailler à appaifer la Juftice de Dieu, & reconcilier lé Enfans %HLE IV.
avec leur Pere, par tous les moyens que fournit 14 Religion ;
particuliérement par le Sacrifice, la Prière, la Pénitence, & LL
e travail. C'eft à cela que l’engageoit fa qualité de premier
Pafteur , & de Vicaire de la Charité de JEsus-CHarsT. Ces
grandes Vérités profondément gravées dans. le cœur de Be-
noît XIIL,avoient coujours été la régle invariable de fa conduite:
toutes fes actions en font la preuve. De là ce zéle fans bornes
pour la converfion des pécheurs. De là cette tendre Charité,
qui le réndoit toujours compatiflant auk miféres des autres, &
à leurs fouffrances. De là cette piéufe Sollicitude., qui: ne lui:
permettoit jamais d’être diftrait fur lès befoins du prochain.
De là enfin cêtte application continuelle à remplir tous les
Devoirs de fon miniftére ; fans aucun égard ni à fon âge, ni à
{es infirmités. On ne connoifloit pas un. Homme plus laborieux
ni un Pere plus tendre , ni un Prélat plus infatigable, ou plus
pénitent. NT NS ce
Mais c’étoit So sr dans ces joursde licence, & de. cvyz
corruption , lorfque les péchés fe multiptioient prefque danstous Il augmente la
les Etats, que le pieux Pontifé, pour faire une fainteviolence au Ben de fesPé-
Ciel, .fe condamnoit lui-même à une plus févére mortification. les péchés a
Loin ‘du bruit, & des fcandales du Siécle, dans une paifible Chrétiens fe mul.
Reträire , il levoit les yeux, & les mains, vers le Trône de la “?°""
Miféricorde ; & ne cefloit le jour, ni la nuit, de répandre fon
cœur ‘devant le Seigneur. Ses larmes ; fes fupplications, fes
riéres infpirées par la charité, & coujours accompagnées de
be plus profonde humilité, méritoient d'autant plus d’être
éxaucées, qu'il attendoit tout de la gratuite Miféricorde de
Dieu, par les mérites de JEsus-CHRIST. .. ,. À
‘Telles furent les Pratiques du Saint Pere, dans le Couvent:
de Monte Mario, en la Compagnie de fes Freres ; dont la régu--
larité l’édifioit , mais qui étoient encore plus édifiés par fes
éxemples ; parce qu'il ES parmi eux, ce qu'il étoit en
effec, le plus recueilli, le plus fervent, le plus affidu à la priére,
encore plus Sn M par. {on humilité, que par fa Dignité. Et ce:
que-Benoît XIII fit dans les deux ôu trois femaines, qui précé-
dérent. le Carème de 1725 ; il le fit depuis réguliérement toutes:
les années, & plufieurs fois de l’année. Ces jours de filence, &
de retraite, il les regardoit comme des momens précieux, qu’il
mettoit à profit, felon l’avertiflement de Saint Bernard, pour ne-
vivre qu’à Dieu, & pour lui-même, dans l'oubli _ Creatures; &
m ii}
LIVRE
X LIV.
Benoîr XIII.
D = m1
CVII.
Vigilance fur
tout le Troupeau.
11, Cor. XI, 29.
278 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
de toutes les Affaires. Il lui arriva plus d’uné fois, d'ajouter aux
Pratiques de la Pénitence,, les travaux de l’Apoftolat, pour
l'inftruction , & l'édification das Peuples. Dans plus d’une
occafion il donna le Sicrement de Cine & conféra les
les Ordres Sacrés, dans la même Eglife de Monte Mario; il en
fit renouveller les Autels, & les confacra. Le onziéme de Fé.
vrier, l'Abbé de Sommiers , envoyé du Duc de Lorraine en
Cour de Rome , fut facré Archevêque Titulaire de Céfarée,
par le Pape afifté des Archevêques de Nazianze, & de Tra-
janopolis. not
Peu de jours après, de retour à Rome, le Souverain Pon-
tife fe rendic à notre Eglife de Sainte Sabine , pour y faire, felon
la coutume , la Bénédiétion , & la diftribution des Cendres, en
Eee de vingt-trois Cardinaux, d’un grand nômbre de Pré.
ats , du Connêtable Colonne, Prince du Soglio, & de plufieurs
Seigneurs Romains, qui avoient eû l'honneur d'accompagner fa
Sainteté. Après la Meffe le Pape fit publier, avec les formalités
ordinaires, un Décret pour la future Canonization du Bienheu.
reux Jean de la Croix, autrefois aflocié aux travaux de Sainte
Thérefe , dans l’Ouvrage de fa Réforme. Le même jour le
Saint Pere ayant apellé tous les Curés de la Ville, & tous les
Prédicateurs deftinés à prêcher pendant le Carèême : il leur fit
un Difcours fort touchant, & fert Patétique, re les exhorter
à remplir faintement leur Miniftére, pour l'utilité, & l’édifica-
tion des Fidéles. On Te
Mais le Vicaire de JEsus-CHr1ST ne bornoït pas fes
attentions , à ce qui regardoit les feuls Romains, ou à cette
portion du Troupeau, _ avoit continuellement fous les yeux.
Ïl portoit fes regards fur toutes les parties de la République
Chrétienne; & comme il n’ignoroit ni ce qui en déshonoroit la
Sainteté, ni ce qui en troubloit la ( & le repos; il fentoit
véritablement ce que la Charité feule peut faire fentir à un
cœur, qui aime JESUsS-CHRIST, & fon Eglife. Les Mœurs
corrompues’ de tant de mauvais Chrétiens; le libertinage, ou
l'irréligion des uns; l'ignorance, & l’indocilité,peut être l’orgueil,
ou la préfomption des autres; l'oubli, ou le mépris des Loix .
dans un très-grand nombre : tout cela fe préfentoit à fon Efprit,
& remplifloit fon Ame d’amertume. Tout cela lui faifoit dire,
comme à Saint Paul : Qui eff foible , fans que je m'affoibliffe avec lui?
Qui ef fcandalife , [ans que je bräle? Maïs rien ne letouchoit plus
vivement,que laDivifion entre lesConduéteurs duPeupledeDieu,
entre les Pafteurs; qui n'ayant tous qu’une même foi auroient dû
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 3:79
n'avoir aufli qu’un même langage, & une même conduite, afin
que leur Miniftére, plus refpeété des peuples, fur plus Salutaire
à leurs Troupeaux. On fçaiït ce que fit le charitable, & vigilant
Pontife, & ce qu'il pr plus d’une fois, pour réunir enfin
tous les Efprits ; pour infpirer aux uns, le pyr Amour de la Vé-
rité ; aux autres, des fentimens de foumiflion , & de paix ; & à
tous le zéle de la Gloire de Dieu. | | |
Il pouvoit bien dire avec l’Apôtre, que le foin qu’il prenoit
de toutes les Eglifes, lui attiroit une foule d'Affaires , dont il
étroit afliégé tous les jours. Il fentoir tout le poids de la charge
Paftorale ; parce qu’il en connoïfloit tous les Devoirs, & qu'il
ne craignoit rien tant que d'en népliger quelqu'un. Ayant
appris que le nouvel Empereur de la Chine avoit donné un
Edit, pour faire fortir de fes Etats, non-feulement les Prédi-
cateurs de la Foi, mais aufli tous ceux qui en faifoient pro-
feflion;le Saint Pere cherchales moyensde conjurer la Tempête,
en rendant ce Prince favorable aux Serviceurs de Dieu. Mais
la Priére fut fa premiére reflource; & il ne mit fa confiance que
dans le Secours de Dieu, qui tient les eœurs des Rois entre fes
mains, pour les tourner comme il lui plaît. I] penfa enfuite à
doriner des Vicaires Apoftoliques, ou de nouveaux Pafteurs,
à plufieurs Eglifes dans les Pays les plus éloignés ; dans les Indes,
dans le Brefl, dans l’Ifle de Madere, &c. 11 recevoit en mêle
remsavec une bonté de Pere, tous ceux qui venoient implorer
fon Affiftance. Cinq Evèques Armeniens , & plufieurs autres
perfonnes de la même Nation, étant arrivées à Rome, dans le
Carême de l'Année Sainte, le Pape leur fit, & leur fit faire,
goutes fortes de bons trairemens ; | s'entretint fouvent avec ces
Prélats, voulant être éxatement informé de tout ce qui concer-
noît l’éxercice de la Religion, la Prédication de l'Evangile, le
Culte Divin, la Difcipline des Mœurs, le nombre, & la ue
des:Chrétiens ; particuliérement la conduite des Pafteurs, dans
ces Eglifes,environnées de Nations Infidelles. C’étoit fur toutes
çes connoiflänces, que le fage Pontife prenoit fes miefures, pour
choifir les Sujets qu’il convenoit d'envoyer ; & pour drefler les
Enftrudions qu’on devoit leur remettre. |
Vers le mêmetems l'Abbé de Ripa Napolitain, revenu de la
Chine avec cinq jeunes Chinois, qui avoient reçu le Baptème,
eut Audience du Pape ; & demanda la permiflion de fonder à
{es dépens un nouveau Collége, pour l’Inftruétion des Chinois
nouvellement convertis à la Foi: Sa Saïnteté loua le zéle, &
approuva le deffein du pieux Eccléfiaftique : mais au-lieu que
Livre
XLIV.
Benoîr XIIZ,
ER
CVIiIt.
Sur les Eglifes
de la Chine.
CIX.
Et de l’Armenies
LivRE
XELIV.
Benoîr XIII.
ne
C X.
Mort de lJ’Evé-
qu: de Gravina.
2380 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
de Ripa fe propofoit de faire cette Fondation, dans la Ville de .
Naples; le Pape crut qu'il feroic plus avantageux qt’on la fit à
Rome, & fous la direétiôn du Collége de la Propagande.
- En toutes chofes. Benoît XIIT'ne confidéroit que l’honneur,
” &.les intérêts de a Religion ; c'étoic aufli par la Religion qu'il
fe confoloit dans fes pertes..Il ne parut pas néanmoins infenfible
à celle qu’il fit, au commencement du Carême, par la mort de
l'illuftre Lucini Evêque de Graviha. Nogs avons déjà dit, que
ce pieux & féavarit, Dominicain avoit pañlé une partie de fa Vie
avec le,Gardinal des Urfins, âvec lequetiilétoit étroitement uni
d'amitié ;.& qui l’obligea l'an 1718 d'accepter l’'Evêché. de
Gravina. Nous avons aufli remarqué ce que l'Editeur de l’Ita-
lie Sacrée a écrit du rare mérite, & de la grande capacité de
. ce Préjat. I faut ajouter ici, que la connoïflance qu’avoit notre
CXI.
Fortregretté de
Sa Sainteté.
Pape de fes Lumiéres, &'de fes Vertus, fur-tout de la fagefle
de fes Confeils, le lui avoit rendu fi cher; que dès qu'il fut affis
fur la Chaire de Saint Pierre , il l’apella à Rome ;‘lui donna un
appartement dans’ le Palais du Vatican ; & en fit fon Homme
de confiance. Le Saint Pere le confultoic dans les Affaires
importantes, ou difficiles ; & déféroit d’autant plus volontiers à
fes Avis, qu'il en éprouvoit tous les jours la jufteffe & la folidité.
Le défintérefflement de Lucini lui étoitaufli connu que fon éru-
diion, Toujours zélé pour la gloire de l’'Eglife , il l’étoit auffi
beaucoup pour cellé du Saint Pontife ; & il lui parloir avec cette
ouverture, qu'un véritable Ami aime à trouver dans un Ami.
Incapable d’abufer de la confiance , dont fa Sainteté l’honoroir,
__ ilavoic de plus la fatisfaction de fçavoir, que fes confeils :& {es
CXIL.
Suite de Attions
du Pape pendant
le Carême.
avertiflemens étoient toujours bien reçus. De quel fecours ne
devoit point être à un Pape, dont les intentions étoient toujours
droites , un Confeiller fi prudent, fi fage , fi éclairé ? 11 ‘fuc
regreté de tous les gens is ; & fa mort inopinée les affligea:
d'autant plus, qu’on Îe perdit le même jour , qu'on le vit atta-
qué de fa derniere maladie, le premier de Mars 1925$.:.
. Quoïque tout foit édifiant dans l’Hiftoire de Benoît XII,
nous n’entrerons pas dans un trop grand détail de fes actions
ordinaires de Vertu , de Charité, & de Religion. On en a
»
rempli les Journaux de ce tems-là : il fuffira d’en remarquerici
quelques-unes. Le 4 de Mars, troifiéme Dimanché de Carême,
après avoir tenu Chapelle Pontificale, & fair le Sacre d’un Evè-
que; le Pape fe rendic à l’Eglife de Sainte Marie fur la Minerve ;
où en préfence de quelques Cardinaux , & d’un grand nom-
bre de Prélats, il confacra le-nouvel Autel de Saint Thomas
| | d'Aquin 3
= ms -
— nn : tn "fie - Er,
.. eCDE L'ORDRE DE $ DOMINIQUE. :8t
d'Aquin, & l’enrichit de plafieurs Reliques de Saints Martyrs: £ ÿ y à à
Le marin du fixiéme, la Princeffe Clémentine Sobiefki, étant %XILIV:
beureufement accouchée de fon fecond Fils, le Pape le baptifa ————
l'après midi, dans la Chapelle du Palais occupé par cette Prin. JERR ES AL
celle; & le nomma Henri-Benoît-Marie, &c. C'eft aujourd’hui
le Cardinal d’Yorck, fon Frere Aîné, lecélébre Prince Edogard,
reçut le même jour les Cérémonies du Baptème des mains de fa
Sainteté. + | |
… Le quatriéme Dimanche, après avoir fait la Bénédstion de {a
Rofe d'or, le Pape alla Vifiter l'Hôpital apellé de Lorette , près
Ja Colonne Trajanne:'& il's’arrêra en chemin chez la Marquifs- É
Bottini ; qui dans d'extrémité où elle fe trouvoit, reçut la con:
folation de la Vifite, & des Priéres du Saint Pontife, qui lui
donna la Bénédi@ion in articalo mortis. Peu de jours après le
Pape fe fic porter fur la Place, où il vouloit faire bâtir le nouvel
Hôpital de Saint Gallican; en éxamina les Préparatifs ; & fit la
Cérémonie d'y pofer la premiére Pierre. .—.
” Le Dimanche des Rameaux la Meffe Solemnelle futsélébréé cxrrr. |
pat fa Sainteté , qui fit la Bénédi@ion des Palmes ; & les ft Surtout pendant
diftribuer felon la coutume, au Sacré Collége, aux Prélats, aux 12 Semaine Sainte.
Princes, & aux Seigneurs, qui ont droit de Séance près du Trô-
ne. Après la Proceflion:, le Saint Pere monta à la Loge du
Portail, & donna la Bériédiétion au Peuple , affemblé dans læ
Place. Le Mercredi Sainc , il donna lui-même la Communion
aux Officiers du Palais. Le lendemain ayant célébré Pontifi-
calement la Meffe, il porta le Saint Sacrement dans la Chapelle
Pauline, où on avoit préparé le Monument. Il entra enfuite
dans là Sale Ducale ; & il lava les piés à douze pauvres Prêtres
_ Etrangers, qu'il fervie à Table. RER D.
- Quelque rigoureux que fuflent fes Jeûnes ordinaires, & pref
que continuels, il fe traitoit avec encore plus de févéricé les
trois derniers jours de la Semaine Sainte, & c’étoit principale-
ment alors, qu'il redoubloit le travail. A toutes les Fon@ions,
que les Souverains Pontifes ont coutume de remplir dans ce.
faint tems, Benoît XIII ajouta la Confécration du Saint Crè-
me, de l’'Huile des Catéchumenes, & des Infirmes. Après plu-
fieurs autres A@ions du Divin Miniftére, qu'il fit dans l’'Eglife
de Saint Pierre ; il fe rendit le Samedi Saint dans celle de Latran,
oùilbénit les Fonts Baptifmaux, qui portent le Nom du Grand
Conftantin. Certe Cérémonie fut fuivie du Baprème que le Saint
Pere donna par immerfion à plufieurs petits Enfans, Après quoi,
Tome VI, | N 0: |
Lrvaé
XLIV.
Benoir XIII,
—
282 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
pour ne fe réfufer à aucun éxercice de Charité, il entendic Îa
Confeffion de rous les Fidéles, qui s’adrefférent à lui (r).
La Charité de JEsus-CHrisT, qui le prefloic, lui avoit
appris le fecret de concilier toutes fes pratiques de Piété, avec
tous les autres devoirs du Ppntificat. Pendant le Carême il tint
régujiérement fes Confiftoires ; affifta roujours À l’Examen des
Evêques; & en confacra plufeurs. Il conferoit fouvent avec fes
Miniftres, fur les Affaires de l’Eglife, & de l'Etat; & prenoic
conñoiffance de tout : donnoit de fréquentes Audiences aux
Ambafladeurs des Princes, & des Républiques ; & ne négli-
geoit rien pour terminer au plutôr quelques anciens démêlés,
qui avoijent interrompu la bonne intelligence entre quelques
Cours, & celle de Rome. Cependant malgré les bonnes inten-
tions du pacifique Pontife , & la confiance qu’avoient en fa
droiture tous les Princes Chrétiens, cette conciliation tant dé-
firée n’avancçoit point. Il eft de certaines circonftänces dés tems,
& des difficultés, contre lefquelles toute la prudence, & la fagefle
des Hommes ne peuvent rien. Dieu a fes momens : & comme il
fait réuflir quand il lui plaît ce qu’on'avoit jugé défefpéré, il
femble auffi mettre des obftacles invincibles à nos plus grands
efforts, lorfque le moment qu’il a marqué n’eft pas encore venu,
C'eft à nous à adorer avec humilité les defleins de la Providen-
ce, & à nous y conformer. C'éroit auffi la grande maxime d'un
Pape, qu'on vit toujours égal, & dans les bons , & dans les
mauvais fuccès. Les uns ne le firent jamais paroïître moins mo-
defte; ni les autres moins tranquille, ou moins appliqué à tous
les Devoirs du Miniftére Apoñtolique.
C’eitunufage déjà ancien dans l’Eglife Romaine,que lesPapes,
la premiére année de leur Pontificat ; & pendant la Semaine de
Pâques, bénifféne avec Solemnité, ces Images ou figures de Cire,
que nous apellons des Æ4gnæs Dei, parce qu’on y voit empreinte
h figure d'un Agneau, tenant une Croix. Benoït XI{I ne né-
gliges pas cette louable Pratique, qui fert à réveiller la Foi , &
exciter la Piété des Fidéles, en leur rapellant le fouvenir du
-(1) In majori Hebdomada facris aétioni-
no nomen haber, benediétionem , plures ad
bus, quas Romani Pontifices eo tempore in f
regenerationis Javacrum veteri Ecclefiæ ritu
- Vaticano obire folene, addita etiam Chrif-
matis , & Olei Catechumenorum, atque In-
um confecratione , minimè conten-
tus, Sabbaro ejufdem Hebdomadz cæreris
folemniter functus eft in Laterano ; ubi poft
Baptifmalis Feutis, qui à ConftantinoMag-
LS
falutaribus aquis immerfit; ac omnibus quæ
ad ejus dieiofficium pertinent, expletis, re
liquum tempus erpiandis facrà Bromologef
quotquot occurrebant , impertit , &c. Ar
chi Firm. pag. 64.
: :DEL'ORDRE DES. DOMINIQUE. : 285
véritable Agneau de Dieu, qui nous a rachetés par fon Sang,
en. fe faifant notre Viétime , & mourant pour nous fur une
Croix. | |
* Le Peuple marqua un empreflement extraordinaire, à {e pro.
curer quelques-unes de ces Images : & les Etrangers ne mon-
trérent pas en cela moins d'ardeur, que les Romains : on en
porta un très-grand nombre dans toutes les parties du monde -
Chrétien (1). On afure qu'il a plu au Seigneur d'opérer plus
ErvRrE
XE£LIV.
Bewoïr XIII.
d'une merveille en faveur de ceux, qui pleins de foi en ont faie
ufage dans leurs preffantes néceflités. . |
Le Sainc Pere continuoit cependant à répandre fes bienfaits,
& fes Libéralités ordinaires. Le Nonce à la Cour de Madtid
ayant envoyé quelques Préfens, le Pape les reçut favorable.
ment ; mais il.ordonna à un de fes Officiers de les vendre
aufitôt, & d'en diftribuer l'argent aux Pauvres: Il fit porter
au Couvent de Saine Dominique de Caftelle:, une magnifique
Croix, & fix. Chandeliers d'argent , du prix de quatre mille
Ducats,dont fa Sainteré faifoit préfent à cette Communauté; qui
Jui avoit donné autrefois l'Habit de Religieux : & en envoyant
au Fils nouvellement né du Chevalier de Saint George, les Lan-
ges bénits, le Pape accompagna cette faveur , d’une Cédule de
uit mille Ecus Romains. | _
: L'Ambaffadeur de. Venife étant allé en grand Cortège à
lJ’Audience du Pape, préfenta à fa Sainteté ,au Nom de la Ré-
vblique, une Urne de Criftal de Roche. enrichie d'or, dans
quelle il y avait des Reliques aurentiques de Saine Jean Orfini.
Ce Saint, de la Famille du Pape, étoit dans le douzième Siécle
Evêquede Trau, Ville de Dalmatie , dépendante des Véniriens,
Carte atrention, & le préfent furent également agréables à
“ais XIII qui en remercia la République par le Bref
UIVANL,.. 0 ET . | |
… Lettres de fa Saintete pa Dose, & à la République de V'enifi.
LS
. « Nous 5e pouvions-secevais de votre part, un plus grand «
fujer de Confolation , mi une marque plus illuftre de votre «
Cr) Feriis 1w,v,& vs Pafchalis Mebdo]confueverunt, Ingens diftributa copie , &
madæ Ceris, quæ 3b impreffa Agoi Deilma | ad exteras quoque Regiones adduéta, Illos
gine nomen accipiunt , folemniter benedi- | Chriiti Fideles excepere magnä animorur
xit, prout Romani Pontifices primo Ponti |devotione, &c. Archi. Firm. pag. 64,
Scauis fui anno.Pafchalibus dicbus façere ; RS
N ai]
CXIV.,
Nouvelles Libé.
ralités du Pape.
CXY.
1] reçoit une Re-
lique de S, Jean
Osfini, Ancien
Evêque de Trau
LIvRE
X LIV.
Benoïr XIII.
I] remercie le
Sénat de Veni'e
CXVI.
de ce Préfent,
Vide Bull. Ord. Tom,
Vis pag. 55 3e
234 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
n Piété, que le don précieux , que vous nous avez fait d'une
» infigne Relique de Saint Jean autrefois Evêque de Trau: Ce
» Sacré Offement, que vous nous avez envoyé dans une Urne,
» dont la richeffe eft encore relevée par l'excellence du travail,
» eft fans doute an témoignage éclatant de votre Piété envers
» les Saints, de votre Amour filial pour nous, -& en même tems
» de certe générofiré, qui vous eft naturelle. Pierre Capello,
s votre Ambaffadeur auprès du Saint Siége, Homme véritable.
» ment recommandable par-fa prudence, fon intécriré, & fes
» autres vertus, nous a remis cet ineftimable tréfor , qui a exci+
» té de plus en plus notre reconnoiffance envers la Séréniffime
» République ; & qui en vous aflurant la tendre affe&ion, que
» nous vous portions déjà, vous fera-un nouveau gage de la :
5 puiflante protection du Saint, dont vous faites révérer les Cen-
» dres. Vos bienfaits ont été fouvent renouvellés en faveur de
» la Famille, dont il a plû au Seigneur de nousretirer, pour
» nous faire entrer dans celle de Saint Dominique. Nous fou-
# haïtons que le Saint Evêque , auquel nous voudrions être unis
#» plus par la Vertu, que par le Sang, vousobtienne de nouvelles
» Bénédiions du Ciel; & que par fes interceflions nous nous
» trouvions nous mêmes en état de vous marquer la haute
» eftime, que nous faifons d’une République, qui a toujours
_» bien mérité de la Religion, & duSiége A poftolique, Maïs c'eft
». par les aétions, que nous défirons faire paroître cette bunne
* volonté pour l’accroifflément de votre Dignité, & de votre
» Gloire, Cependant, nos très-chers Fils, recevez nos fincéres
» Remercimens, & la Bénédition A poftolique, que nous vous
» donnons avec beaucoup d’affeétion , &c.» —
_ Ce Bref eft du fixiéme d'Avril. Nous en trouvons deux au-
tres: du feptiéme , &. du huitiéme, donnés l'un & Pautre à
l'occafion du prochain Chapitre Général des FF. Prêcheurs,
Cette Aflemblée, qui devoit fe tenir le dix-neuviéme de May,
veille de la Pencecôte ; avoit été convoquée pour donner un
Chef à l'Ordre de Saint Dominique, &'un Succeffeur au Pere
Auguftin Pipia, honoré depuis peu de la Pourpre Romaine: &
quoique les pr pete du Pape fuffent alors bien multipliées,
ar les préparatifs
je pouvoit intérefler la ee re, ou le repos d’un Inftitut, dont
il éohtinuoit de faire Profefhon.
Et d'abord, afin que la Liberté des Suffrages fut.enriére, fa
, qu’il faifoit déjà pour fon Concile Romain,
il ne laïffa pas de donner une attention particuliére , à tout ce
ne Se
—_" + +
Somme
—
= <=
ES
bp Ent PTT LE 2 FO rs D
* DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. :8ÿ
. Sainteté. voulut que le Chapitre fe.tint à Bologne , plutôt qu'à
. Rome, préférant en cela l’ucilité, & l'avantage de fon Ordre,
À {a propre fatisfaion. Il choiïfitenfuite pour préfider à l’Affem-
blé, un Religieux dont la fagefle, & les talens lui étoient con-
nus; & qui depuis long-tems avoit la confiance de tous fes
Freres, dans la Charge de Procureur Général en Cour de Rome:
c'étoit le Pere Ange Guillaume Molo, digne lui-même, non:
feulement de Ia Commiflion., dont fa Sainteté l’honoroir , mais
auffi .de la place qu'il falloic remplir. Enfin, le Saint Pere
_adreffa à tous les Religieux , : devoient fe trouver dans
cette Aflemblée, un Bref Apofñtolique , tout rempli de té-
. Moignages fincéres d'affection, & de plufeurs.falutaires Aver-
tiflemens. On voit également dans ces Lettres, .& la tendrefe.
d’un Pere, & la fagefle d'un Légiflateur. Il feroit trop long de
tranfcrire ces Lettres en entier : nous n’en rapporterons qu'un
_ petit Extrait. Elles commencent ainfi :
Lrvka
XELIV.
Bewoîr XII.
CXVIL
Il donne fes or.
dres pour le Cha=
pitre général des
EF F e P rêcheurs.
. & Ayant toujours particuliérement chéri l'Ordre des FF. Prè.
cheurs, pour lequel nous avons eû d’abord tout lerefpe& d’un «
Fils, & enfuite la Solbcitude, & la Charité d’un Pere; rien ne «
_ pourroir nous arriveride plus agréable, que de vous voir:, nos «c:
chers Fils , afflemblés dans certe Yille pour l’Eleétion d'un «
. Général, de vous y embraflèr, & de préfider nous-mêmes à «
vetre Chapitre. Mais puifqu’il convient de préférer à notre «
plaifir particulier, la Liberté néceffaire à vos Délibérations , «
ê&t à vos Réfolutions , nous nous fommes privés de cette fa- a
cisfaétion , perfuadés qu’une Election faite Canoniquement, «
_& felon vos Loix, fera pour nous un tout autre fujet de con- «
folation , & de joye, que tout ce que vous auriez pû faire , «
En vous conformant à ce qui vous auroit paru felon nos dé- «
firs. Vous comprenez donc, nos chers Fils, avec quelle con- «
ce nous vous exhortons; & par l'autorité du Miniftére «
Apoftolique , nous vous enjoignons, de mettre à part tout «
intérêt particulier, toute confidération ,ouaffeétion ri 6
& de ne vous propofer que la Gloire de Dieu, & le maintien, «
ou le rétablifflement, de la Difcipline réguliére, dans le choix «
que vous allez faire d’un Général. Choififlez donc pour Su- «:
périeur de tout l’Ordre, un Homme digne d’être confidéré «
comme le Succefleur de Saint Dominique ; un Homme, qui, «
jaloux de la pureté de fon Inftitur, aime Ÿa régularité, & foit «
en état de la foutenir, & de l’augmenter; un Homme enfin , «
dont la conduire vous rapellé les faints Exemples » nos pré-
Nail
CXVIIt,
Et pour l’Elec=
tion d’un Supé-
rieut Général.
Livara
XL AV.
Bewoir XILL
CXIX
Avertilicinens.
286 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» miers Peres; & qui, par {a fermeté, puifle redreffer tout ce
» qui fe trouveroit contraire, ou peu conforme à la Régle. Si
» NOUS ne POUVONS Nous trouver nous-mêmes en perfonne dans
» votre Aflemblée ; nous y ferons préfens du moins en Efpric,
». par nos foins, notre Vigilance, & notre Sollicicude, en vous
# mettant fous les yeux ce qui nous paroïîr mériter la vo.
tre(1)". | °
. Le Saint Pere propofe enfuite en détail pluficurs Articles,
{ur lefquels il veut que les Supérieurs faffent une attention par-
ticuliére. Inftruic, & zele, comme il étoir, il marque avec prée-
cifion tout ce qu'il juge à propos qu’on ait foin de faire, de ré-
ler, d'ordonner, d'établir, ou de renouveller, pour rendre à
‘Ordre de Saint Dominique, une partie de fon ancien luftre,
& de fa premiére beauté. 11 finit fes Lettres, & fes Inftruétions
par ces paroles : .
» Enfin tout ce qui a été faintement établi dès la naïffance de
» l'Ordre , & ce que rlufieurs Chapitres Généraux ont très-
» fagement confirmé, ou renouvellé couchant les Etudes; nous
» voulons que vous vous attachiez fortement à le faire inviola-
» blement obferver ; afin que par vos foins nous ayons le plaifir
» de voir de nouveaux accrojffemens de la Difcipline réguliére,
» & un nouvel éclat de la Sacrée Doétrine. Mais parce que ce
» qu'il vous importe le plus pour le préfent, & ce qui vous
» touche davantage, eft l'Election d’un digne Supérieur, re-
» doublez la ferveur de vos Priéres, & apportez toutes vos
» attentions, pour donner à l'Ordre célébre de Saine Domini-
» que, un Chef dont la folide Vertu en infpire l'Amour à tous
(1) Noftro quidem erga Prædicatorum
Ordinem amovi, quem obfervantia pri-
müm flialis aluic, tum paternæ charitatis
ftudia confirmarunt, jueundifimum acci-
diflec, fi vos, dilaéti Filii, pro Generali On
dinis Magiftro cligende , in hanc alimam Ur-
bem ad Capitulum convenientes , complec-
ti, Comitiifque veftris præefle potuiflemus :
fed libertarem Confiliorum , A@orumque
veftrorum, quibufvis folätiis noftris na 0
nentes, e nos voluprate fraudavimus, ube-
xiorem çonfelagopem ex sebus Canonicè
& ordine geftis percepturi , quâm fi optatis
noftris obfecundantes , ejus lægitiæ compo-
vos fuiffemus. Jiaque fatis intelligitis, di-
leéti Filü , quantà follicisudine vos adbaste.
mur , & Apoñtolici Minifterti auétoutate
sobis precipiamus, ur pulls oficiis , hu-
manifque ftudiis adduêti , fed fokins divini
honoris, & regularis Difciplinæ habità ra
tione , eum tatius Ordinis Generalcm Mae
gifirum cligatis, qui Sanéti Patris Dominic
laudauiflimis inflitutis, ferventis accuratæs
ue obfetvationis robur adaugeat, majorum
anétifima exempla repræfentare , & fi quis
avimorum remiflione torpor obrepfenit ,
depravata convertere , & collapfa reparare
nitatur. Nos autem , quibus Comitiorum
utilitas corpore abefle fuafit, ne paterng
quoque vigilantiæ officio abelle videgrpur ,
curas etiam noftras folertiæ noftræ adjun- .
gendas, & quæ opem veftram poftulare cen.
femus, ad ea zelum veftrora noftris horta-
tionibus excitandum duxiœus,,. J5 Ballar.
Qrd. Tom. VI , pag. 554
A
LA
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 287
fes Freres. Le Seigneur répandra alors de nouvelles Béné- «
did&fons fur toure la Famille du Bienheureux Parriarche ; & «
ke Saint Siége fe réjouira de pouvoir en retirer les mêmes «
avantages, que la Religion a retirés du zéle de vos Peres. «
Pleins de cette douce confiance , nous vous donnons, com- «
me à nos chers Fils, la Bénédiétion Apoñtolique. Faicà Rome, «
le huitiéme d'Avril r72$,&c (1) ».
Nous paffons fous filence les autres A&ions de Benoît XIII,
ui ne regardent que le même Objet : & nous ne parlerons pas
e tout ce qu'il fit, pout l'avantage fpirituel, ou temporel, de
quelques Provinces, de quelques Congrégations , ou de quel-
ques Maifons particuliéres du même Ordre. Mais nous ne
pouvons nous empêcher de remarquer, que fa Province de
Lombardie , qui a donné trois Papes à l'Eglife (*), parut tou-
jours attirer fes premiéres attentions ; fans néanmoins diminuer
celles, qu’il devoit au Gouvernement général de la République
Chrétienne, & à la propagation de la Foi, par la ee
des Infidéles. Quelque eftime que fit fa Sainteré de tous les
Miniftres de l’Autel, qui faifoient honneur au Miniftére par la
régularité de leur Vie, & la pureté de leurs Mœurs ; il aimoit
à diftinguer ceux, qui n’épargnoient ni leurs foins, ni les dé-
penfes néceflaires , pour procurer le falut des Ames; fe fouve-
nant de ce qu'a dit Saint Paul ; que /es Prêtres qui gonvernent
bien, méritent d'être doublement bonores, principalement ceux, qui
travaillent à la prédication de la parole, @r à l'inffraftion des Peu-
ples. Raymond Gallani Dominicain, créé autrefois par le
Pape Clément XI, Archevêque d’Ancyre dans la Galarie ;, &
transféré depuis au Siége de Ragufe, par Innocent XIII, s’étoit
toujours appliqué à ce glorieux travail avec un zéle, dont fa
Sainteté voulur le féliciter en lui écrivant en ces termes:
( 1) Omnia denique falubriter confatuta ,|curas, & preces intendite, ut inclyto Or-
arque. ..… fapientiflimè renovata ad firman- | dini por veftra fuffragia ille præficiatur, qui
Livres
XLI V.
rm |
de #
(*) Benoît XI,
Saint Pie V , &
Benoît XIIL.
L Tin, V, 17.
Bullar. Ord, Toi,
VilsPe$17$33 564.
dum propagandumque ftudiorum cultum , | vigilantiæ incitamentis , vitæque exemplis -
rudentiæ , Curæque veftræ majorem in ino- |ita cæteros ad rekigiofifimi inftitori fanti-
m commendara effe volumus , fore fpe- |ratem pronos, & inflarmmet, ut quos à
rantes , ut per follicitudinem veftram tam | Majoribus veftris hæc fanta Sedes, & Ca-
regularis Difciplinæ, quim facræ Doëtrinæ |tholica Keligio fruêtus porte Jærarur,
priftinus fplendor novis incrementis augea- |eofdem, Domino dante benignitarem , ube-
tur. Quoniam autem præcipuum momen- |rids in dies à B. Patris Dominici Familia pro
tum officii vefbri, votique noftri in optima{venire gratulerur, &c, In Bailer. Ordin,
Magiftri Generais Ele@tione verticur ; eù | Tem. WI, pag. 554.
€.
LIVRE
XLIV.
Bewoir XIIL
mms ge
7 CXxX.
Bref de Sa Sain- |
teté à l’Archeve-
que de Ragule.
3
288 HISFOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
À Notre Vénérable Frere, RAYMOND, Wenerabili Fratri RAY MU D 0, .
. Archevéque de Ragufe.
LE Pare BENOÎT XIII.
Salut, G Bénédiflion Apoftolique. -
UELQuE haute idée, que nous
& ayons conçue depuis long-tems,
de votre Vertu, & de votre Sollicitude
Paftorale ; vos a@ions ajoutent tous les
jours quelque dégré à cette bonne opi-
nion, & vous donnent un nouveau droit
à notre bienveillance Apoñtolique. Vos
Lettres pleines de refpeét, & plus en-
core votre attention à nous envoyer ce
jeune Turc, qui défire d’être baptifé,
après qu'on l'aura fuffifanment inftruit
de toutes les Vérités de la Religion Chré-
tienne, font un témoignage bien ex-
près, tant de votre fincére affection pour
nous , que de votre zéle pour le Salut
des Ames. Nous avons vü avec plaifir
ce nouveau trait de votre Charité, ajou-
té aux autres œuvres de Miféricorde,
dans lefquelles vous avez accoutumé de
vous éxercer, & de répandre libérale-
ment vos Revenus. Dès que ce jeune
Homme fera inftruit des. Myftéres de
notre Sainte Religion , nous ne man-
querons pas de lui procurer la Grace du
Baptême , afin que celui, que vous avez
prétendu nous attacher particuliérement
par le don que vous nous en avez fait,
étant une Dis régénéré en JEsUSs-
CHrisr, le commun Rédempteur de
tous les Hommes, commence à jouir de
ja liberté des Enfans de Dieu. Au refte,
nous fouhaitons avec ardeur de trouver
Archiepifcopo Ragufine. |
Beneprcrus PP. XIIL
Salutem , & Apoftolicam Bene-
diétionem. ;
UAMQU AM ;virtutis tue pre-
À tres , © Pafloralibus tuis me-
ritis parem gerimus opinioncn , Cam
tamen magis in dies angere , a fimul
Pontificiam Jibi benevolentian am
plins demereri fraternitas tua non
pratermittit, Iraque in obfequemilli-
mis Lsteris, © in luculento tue pie.
tatis officio , quo Turcam adolefcen-
tem Chrifliawis inflitutis imbaendum,
É lufiralibus undis expiandum 4d
nos mififfi ; animi ergz: nos tu ob-
fervantiam , animarumque redimen
darum fiudinm perfpeximus, atque
ad catera mifericordie opera , in que
fumptusliberaliter erogare confuevifis,
banc etiam l'andem adjunilam elfe ga-
vift famous. Salutari autem lavacro,
pofiquam ChriflianeRcligionis M;fe-
rie Adolefcensille didiceris abluemus;
ut quem nobis dono addillum voluif-
ti, Redemptori emnium Chriflo re-
natum in libertatem Filiorum Doi
vindicemus, ‘Ceterum quam grato
erga te animo ; © quam propen|æ it
fraterniatem tuam voluntaie fimus ,
ubi fe opportunitas [uggeret reipfa de-
clarare vehementer optamus , de.
Datum Roma....die XI Mas
172$, Pontificains noffri anno pri-
mo... | :
Joccafion favorable à vous marquer toute notre reconnoiffance, & notre’
bonne volonté pour vous. À Rome, le onziéme de May 1725 , la premiére
année de notre.Pontificat, ,
Ces aflurances d’eftime , & d’affe&ion, dans la bouche , ou.
fous la plume, du Saint Pere, éroient d’autant plus fincéres,
qu'uniquement touché de la Gloire de Dieu, & plein de ten-
drefle
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 289
dreffe pour le prochain, il ne pouvoit ne pas aimer particuliëére- Livre
ment les Evêques, & les autres Miniftres de l’Eglife, en quiil X LI V.
reconnoifloit. les mêmes Vertus. Ne pouvant fe multiplier lui- Brnoir XIIL
À : : : : A oiT XIIL
même , il auroit voulu inftruire, & prêcher par la bouche de mme
tous ; diftribuer , & répandre des graces par les mains de tous.
C'étoit là fon Cara&ére ; & c’eft ce qui le rendit toujours fi
cher aux Fidéles, qui eurent le bonheur de le connoître, &
de vivre fous fa conduite. Finiflons ce Livre, par une réflexion,
que nous fournit un célébre Ecrivain de notre Siécle.
«Il y a, dir-il, trois qualités, qui gagnent füremenc à un « Explic. des Liv. des
Prince, l'affection des peuples, parce. que chacun efpére en « “CRE
recueillir le fruit. La premiére, eft un air populaire qui, fans Trois princip:-
avilir la grandeur, la rabaifle par humanité jufqu’aux plus « les Se
petics, & les perfuade qu'on entre avec bonté dans tout ce « Fin l’afedtion
ui les touche, La feconde, eft le zéle pour la Juitice, qui , « des Peuples,
le mettant au-deflus de l’intérêc, & des égards, rend éxaéte- «
ment à chacun ce qui lui appartient, & ne craint point de «
protéger les foibles contre les Puiffans. La derniére, eft 1a «
réputation d'aimer le travail, d’être appliqué aux Affaires, «
& capable d’en pénétrer le fond, d'oublier fon repos, fes «
plaifirs, fes avantages particuliers, pour fe livrer tout entier «
au bien public », | |
… Lorfque toutes ces auguftes qualités, fandifiées par la Reli.
gion, fe réuniflent en un dégré éminent, dans un Souverain,
elles en font la plus vive image de la Divinité. Un Prince véri-
tablement fage , & religieux ; maïs particuliérement celui, qui
eft apellé par excellence le Vicaire de la Charité de JEsus-
CHrisT,ne rend-il pas la Bonté, la Juftice, & la Providence
de Dieu, comme vifible en fa Perfonne , par le faint ufage qu'il
fait de fes talens, & de fon pouvoir, pour protéger l'innocen-
ce , défendre les pauvres, confoler les aMigés , foutenir les
foibles,,& faire du bien à tous ? Telle fut l'occupation de Be+
noît XIII, dans toute la fuite, comme dans le commencement,
de fon Pontificat. |
Fin ds Livre Quarante-Quatrième.
XX
| +
Tome VI. | Oe
DANS PASS ENS PIS SOA AS
ononegegono ne none po o lo oo oo oo oo ee To oo oo oo oo ononoersnonenenes
ROM OMOMOMOMNOMO Se
CT À AN L L'AUT LEXCT I DAUCT L'ALLIER TI IQT L'OUT SANT ENT
HISTOIRE
D ES
HOMMES ILLUSTRES
DE L'ORDRE
D E
SAINT DOMINIQUE
LIVRE QUARANTE-CINQUIÈME.
Maya) E premier deflein de Benoît XIII ,en montant
EZ<A] fur la Chaire de Saint Pierre , avoit été de tra-
BENos XIII LS ) vailler de toutes fes forces, au rérabliffement de
163 ESA la Difcipline Eccléfiaftique ; & à la réforme des
1 Sn] Mœurs, tant du Clergé, que des fimples Fidéles.
Ves de Benoît Cer objet étoit véritablement digne d’un Vicaire
ee et de JESUs-CHRIST; fpécialement chargé d’affermir fes Freres
Saint Pire. dans la Foi, & de les faire avancer dans les voyes du Salut.
Tous ceux que le Seigneur, dans des Siécles différens, a rem-
plis du même Es , Ont fait paroïtre aufli le même zéle. Et
il eft vrai que, fi la Vertu de l’'éxemple, les vives exhortations,
les difcours patétiques, les Loix, les Ordonnances, & plus que
tout , le mérite d'une vie pure, & fans tache, toute employée
aux actions de Religion , & de Charité, pouvoient fuffire à
l’'éxécution d’un fi beau deffein, le zélé Pontife auroit dû fe
no" de voir fes juftes défirs accomplis. Les Princes de
'Eglife , formés fur ce modéle, auroient fervi eux-mêmes de
en ES a à
PE L'ORDRE DES. DOMINIQUE zar
R égle à raus les autres Eccléfiaftiques : les Peuples fidéles n'au-
roient pas long-rems tenu contre tant, & de fi puiffans Motifs
de fe reformer : & dans toutes les parties du monde Chrétien,
on auroit vu enfin refleurir l4 Piété, l'innocence, la régularité
des Mœurs, & tout ce qu’on avoit admiré de beau dans les
premiers Siécles de l'Eglife,
C'étoit l'unique objet des Vœux très-ardens, & des fervenres
Priéres d’un Pape, que Dieu avoit donné à l'Eglife dans fa Mi-
{éricorde, On fçait que toutes fes vies ne tendoïent que là:il ne
pouvoit en effec fe propofer rien de plus grand; & il ne défiroit
rien de moins. Parmi les moyens qu’il crut dévair employer
re y réuffir , les circonftances des rems, & des Affaires ne
lui permettant pas d’affembler un Concile Général , il fe hâta
d'en convoquer un de la Province de Rome ; afin de chercher,
dans les Lumiéres, &le Concours des Pafteurs, les premiers
remédes aux Maux, qui afligcoient tout le Troupeau. Voici
comment s’expliquoit fa Sainteté , dans fa Bulle de Cbnvoca-
tion.
JO EDEMPrOE nefler | qui
plantavit Vineam [uam elec-
tam , camque locavit Agricolis , st
OTRE Rédempteur, qui a planté
fa Vigne choifie , & l'a louée aux
Vignerens, afin qu'ils lui en rendiffent
redderens fru&lum temporibes fuis, les Fruits en leurs tems, :a particuliére-
vigilentiam potiffimum Cuflodibus
commendavit ; ut, fi que mala ger-
mina fuccreviffenr , provida falli-
citudine evellerent , ac diffiparent ;
per afjidunum boni [eminis cultum ,
optimas in borrea, capiofa[que fruges
snferrent.
Myfiicis his monitis, ac preceptis
snfhituta Chrifii Ecclefia, nibil 4d
foîlrine, difciplineque falutaris fruc-
tum conducibilius reputavit, quan
ut prasdentes fervi, quos pofuit Do-
minus cuflodes in Vineis, flaiis tem-
poribus convenirent in num, eorurs-
ge collatss in commune confiliis, mar
res emendarentur , controverfis com-
ponerentur , Vincaque florentes latins
ment recommandé à ceux qui la gar-
dent , de veiller, & d’être toujours at-
tentifs, à en retrancher les mauvais re-
jettons, qui auroient pû croître ; afin
que cultivant avec foin le bon Plan, ils
puffent recueillir des Fruits excellens,
& en abondance. |
L'Eglife de Jesus-CHRiIsT, for-
mée fur ces myftérieux Avertiflemens,
& ces Préceptes, a cru que rien ne poue
voit contribuer davantage aux Fruits de
la Doû&rine, & de la Difcipline du.$a-
lut, que d'aflembler en certains tems,
les fidéles Serviteurs, que le Seigneur a
établis pour garder fa Vigne ; afin que
d’un commun accord, ils travaillaffent à
réformer les Mœurs, à terminer les Dif-
darent oderem fuums. Jsaque per [a- putes, & à faire que la Vigne , déja dans
sros Canones [epé Decretum , ut quo-
Jiber feltem trienmio uniu[cujufque
Prouincie Epife ps , legitime congre-
Ati , Provincidlem Synodum cele-
rarcnt ; enmque morem , ficubs ob-
a fleur, en répandit plus loin la bonne
Odeur. C'eft pour cela que les Sacrés
Canons ont fouvent ordonné aux Evé-
ques de chaque Province, de s’affem-
bler au moins tous les trois ans, en Sy=
Ooi]
LIvRE
X L V.
BEvoïir XIII.
D mn mg
11.
Convocation
d’un Concile Ro=
main,
Livre
X LV.
BEnoïr XIII.
———————
node Provincial , & que le Saint Concile
de Trente a ftatué que cet ufage füt ré-
tabli, & renouvellé dans les lieux, où
il avoit été aboli. Pour la mémeraifon,
lorfque Nous étions encore réfident dans
notre Epglife de Bénévent, quoique Nous
y eufions été expofés aux plus grandes
:Calamités, & que trois (*) horribles
Tremblemens de Terre nous ayent pref-
qu’enfevelis fous les ruines de notre Mé-
tropole, qui en a été ébranlée jufqu’aux
Fondemens,enforte que nous ne fommes
échappés de ce péril, que par la mer-
veilleufe Protection du Bienheureux
Philippe de Néri, nous n'avons point
Jaiffé de nous acquitter plus d’une fois,de
ce Devoir Canonique. Maintenant que
Nous fommes élevés, fans l'avoir méri-
té, à la rédoutable Dignité, qui Nous
établit fur le Siége Apoftolique,. & fur
la Vigne Univerfefle du Dieu des Ar-
mées, Nous n'avons rien plus à cœur,
que de remplir nous-même, fans diffé-
rer, cette partie eflentielle du Devoir
Epifcopal , & de la faire remplir aux au-
. tres, à l’'éxemple de ce premier Siége;
afin que du lieu où réfide principalement
le Miniftére Apoftolique, & la Régle des
192 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
foleviffet, facrofanila Tridentina Sy-
nodus renovandum , reflituendum-
que curavit. ÀC nos quidem , cum
in Beneventana nofira Ecclefia refi-
deremus , graviffimis licèt calamita-
tibus conflitlati, ac terre motibns jam
tertio concuffi (*), ac propé ruinis
oppreffi, Mrropoli ipfa col ap[z, ©
folo pene aquata, B. Philippi Neris
un ope fervati, Canonice hujus
obférvationis officinm [emel € ste-
rum obire non pratermifimus. Ad
banc vero nage Sedis formidan-
dam altitudinem cevclli, univer(e-
que Vince Domini Sabaoth , licét
smmerentes , prepofits , nshil anti-
quius babuimus, quam ut [aluberri-
mam banc Epifcopalis muneris par-
tem, © ipfi praflaremus alacrius,
@ careris explezndam vehementius
commendaremns, prime bujus Sedis
exemplo ; nt cujus Epifcopale viget
Masifierium , Epifcopalis etiam [er-
vitutis forma, cunilis Ecclefie Paf-
toribus ad imitandum propofita ,
Operarios ad laborem Mais AcCen-
deret, atque ad uberiorem agrs Do-
minics frutlum redundaret. Acceffit
Evêques, propofée pour modéle à tous preterea ad fludiorum noffrorum in-
les Pafteurs de l’Eglife , les Ouvriers re-
çoivent un plus grand encouragement
pour le Travail, & la Vigne du Seigneur,
une culture , qui en rende les Fruits plus
abondans. Ce qui contribue d’ailleurs à
exciter notre zéle à cet égard, c'eft la
conjoncture favorable du Grand Jubilé
de l'Année Sainte; Année de Rédem-
ption , agréable au Seigneur, dans la-
quelle la Miféricorde de Dieu qui nous
eft offerte , & la tendreffle Maternelle
de l’Eglife Romaine, nous avertiffent de
rechercher avec une nouvelle ardeur les
Brebis égarées, & de veiller avec plus
d'attention à leur Salut,
Nous voulons donc , & ordonnons
aue tous les Evêques de cette Province,
(*) Quoique la Ville de Bénévent n’aitfce
pendant l’Epifcogat du Cardinal des Urfins ; | &
citamientum , magni Jubilai opportu-
nitas ; Cum nimirum perditas Oues
fladiofius requirere, atque ad carum
falutem intenfius advigilare , annus
spfe Redemptionis, acceptabilis Do-
onino , € Materna Romane Eccle-
fie charitas , 6 oblata Æterni Pa-
tris benignitas admonet. |
Volumus sgitur, ac mandamus ;
nt Epifcops omnes, in fpeciali noftra
Provincia conflstuti , videlicet inter
Capuanam Provinciam, € Pie
nam ; nec non Archiepiftopi Sufra-
gants carentes , © tam Epifcops
buic [anile Sedi immediate [ubjeëls ,
quam Abbates nullius Dictefis, Ju-
rifditlionem quafi Epifcopalem ba-
terrible fléau fe fit fentir une troifiéme
fouffert que deux Tremblemens de terre ; | fois, dans divers endroits de la Province,
du Diocéfe,
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 29;
bentes , qui alias fibi Metropolita-
num, cujus Provinciali Concilio in-
serfint, ad formam Tridentini non
elegerunt , ad diem Dominicam in
Albis proxims anni 1725 , in hanc
_ almamUrbem conveniant, ut in Con-
cilio nobif[cwm congregati, Eccleffarum
fsarum neceffiates proponcre, que
-difcutienda proponentur , communi
. confilio expendere, © confenfs fir-
mare valent, Simul ctiam Capits-
dis, © Cleris [uis edicant, nt, fi que
babeant negotia, que ad Synodalem , .
quem in anteditlam diem indicimus ,
deferenda cenfuerint, per Procurato-
res fuos, Synodi judicio dirimenda,
aut componenda proponant.
Preces autem interca © privatas
effundant, & publicas , ex prafcripto
facrorum Canonum , indicant, ut
Pater Caleftis, dives in mifericor-
dia, vifirare Vineam iflam in benc-
di£lionsbus fus, © confilia , alluf-
que nofiros afpirando prevenire, ©
adjuvando profequi dignetur.
… Datum Rome apud Sanilum Pe-
trumm , in Pervigilio Nativitatss Do-
mini, die 24 Decembris 1724.
entre celles de Capoue & de Pife, tous
les Archevêques qui n’ont point deSuf-
fragans; comme aufli les Evêques im-
médiatement foumis au Saint Siége;& les
Abbés, quine dépendant d'aucun Dio-
cèfe, ont une Jurifdiction prefqu’Epif.
copale ; & qui d’ailleurs ne Ë font point
choifi de Métropolitain , ou de Synode
Provincial, auquel ils doivent affifter,
felon la difpofition du Concile de Tren-
te : Nous voulons que tous ces Prélats
fe trouvent en cette Le Ville, le Di-
manche i# Albis de l'année prochaine
1725 , afin qu'affemblés en Concileavec
Nous, ils puiffent propofer les befoins
de leurs Eglifes, rie d'un com-
mun accord les Matiéres, qui feront
miles en délibération, & en confirmer
la réfolution par leurs Suffrages. Nous
leur recommandons en même tems de
faire fçavoir à leurs Chapitres, & à tout
leur Clergé, que s'ils ont des Affaires,
qu'ils croyent devoir déférer au Synode
LIVRE
X LV.
Benoîr XIII .
RE 2
indiqué audit jour ,ils ayent à les en-
voyer par leurs Procureurs, & à les fou-
mettre au Jugement de l’Affemblée, où
elles feront difcutées, & terminées par
une Décifion, ou par un Accommode-
ment. |
Nous les avertiffons enfin de faire des Priéres particuliéres, & d'en or-
donner de Publiques, felon la forme prefcrite par les Canons ; afin que
le Pere Célefte , qui eft riche en Miféricordes , vifitant cette Vigne dans
fes Bénédidions , daigne prévenir par l'infpiration Divine nos Confeils, &
nos A&@ions , & les accompagner jufqu'au bout, du Secours falutaire de fa
Grace.
Donné à Rome à Saint Pierre, la Veille de la Nativité de Notre Sei-
gneur , le 24 Décembre 1724.
Le Concile Romain, comme il paroît par les Lettres, qu'on
vient de rapporter, devoir commencer le Dimanche in Albis,
qui étroit le huitiéme d’Avril; mais, foit pour ne point diftraire
les Evêques, ni priver les Peuples de leur Préfence, pendant la
Solemnité du Myftére de la Réfurreion:foit aufli pour attendre
Parrivée de ceux qui fe trouvoient plus éloignés , ou pour d’au-
tres bonnes raifons, le Saint Pere différa depuis l'ouverture
de fon Concile jufqu’au fecond Dimanche après Pâques ; & fa
Oo Lj
194 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livazx Sainceré eut foin d'enavertirles Peres, par de nouvelles Lettres
_XLV. datées du 24 Mars 1725 (1). |
Benoît XIII, Toutes les occupations, & les-Affaires , qui fe fuccédoient
mm continuellement les unes aux autres, n’empêchoient point le
111 Pape,de donner une attention particuliére aux préparatifs du
re fait Concile : & ni les difficultés , qui furvinrent, ni toutes les con-
PUS eradidions, qu'il eûe à efuyer, ne purent le reburer, Verfé
d'ailleurs dans la Science des Canons, & accoutummé depuis
long-tems à préfider aux Affemblées Eecléfiaftiques , il prit la
peine de divifer lui-même, & de ranger en plufieurs Claffes
toutes, ou prefque rautes, les Matiéres qui devoient être pro.
pofées dans le prochain Concile. La plüpart des Points, qui
pouvaient être fujecs à difcucion, il ne fe contenta pas de les
_ éxaminer avec un foin particulier, & de les approfondir par fes
propres Lumiéres; il les mit entre les mains de plufieurs habiles
Docteurs , Théologiens, & Canoniftes, qu'il vouloit apeller
au Concile. Mais toujours perfuadé, que c’eft du Secours Divin,
qu'il faut attendre le fuccès des plus faintes entreprifes ; & que
tous les efforts des Hommes font aufli vains, que leurs lumiéres
défectueufes, s'ilsne font prévenus, aidés,& éclairés par l'Efprit-
Saine, que JEsus-CHRIST a promis à fon Eplifé. pour lui
enfeigner toute Vérité ; le pieux Pontife ne cefloit, le jour & la
nuic, de frapper à la porte de la Miféricorde, par fes humbles
gémiffemens, par la ferveur de fes Oraifons, & par la févérité
de fa Pénitence. Les Journaux , que nous avons vüs, entrent
tous dans un détail édifiant de ces faintes Pratiques : nous les
paffons fous filence,
On peut voir dans les Actes mêmes du Concile Romain, les
Matiéres qui y furent traitées; la Méthode qu’on y obferva ; &
les Décrets qu'on y fit, touchant la Foi, la Difcipline, & Le
Réglement n Mœurs. Nous nous contenterons de traduire
ici ce qu’en a écrit un illuftre Prélar, parfaitement inftruit de
TV. tout ce qu’il rapporte. |
Et l'Ouverture. « La pläpart des Evêques, invités pour çette fainte Aflem-
» blée, étant arrivés à Rome au jour marqué, ainfi que les
(1) Verdm, quia rebus quibufdam dige- brationem , ad diem oétavam indiétæ Do-
rendis, quæ diebus hifce fupervenerc , in-| minicæ in Albis , quæ eft fecunda poft Paf-
didta Concilii dies non fatis fore commoda cha, diem failicer xv Aprilis bujufmet anni,
exiftimatur ; minufque etiam vacatis Patri- | ditferimus , aç prorogamus ; ipfumque Con-
bus opportuna, quorum aliquos ex Tran- cilium in Patriarchalem neftram Lateranens
Gipinis præcipuë, & Tranfmarinis , longo | fem cegendum , ibidemque fofemniter cele-
jam itineri acciatos, paucis daris alijs indu- | brandum edicimus, atque ftatuimus. Prare
œis, expectemus , oportet. Maturà idcirco | gafio celebrationss Coucilis,
deliberatiqne noftra, Concilii prædiéti cele-
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 295
Procureurs de ceux , à qui des empèchemens Canoniques ne &
ermettoient point d'entreprendre ce Voyage, le Pape fit &
Ouverture du Concile, dans l’Eglife Patriarchale de Saint «
Jean de Latran, par une Proceflion Solemnelle, où fe trou- «
vérent les Cardinaux, les Evêques, & les autres Peres. Il «
pronotica enfuite un Difcours fort Patétique , pour exhorter «
ces Prélats, à fufpendre tout autre foin, pour ne s'occuper «
que de ce qui regardoit le Concile, & à ne confidérer ni la «
Chair, ni le fang, mais uniquement la Gloire de Dieu, & le «
Service de l’Eglife, dansune Affaire fur-tout ,oùil ne s’agifloic «
que de l'hagneus de la se. , & du Salut des Ames. Dans «
l'efpace de fept femaines ; il y eut fept Seffions, & autant de «
Congrégations Préliminaires; chaque Seflion étant toujours «
précédée d’une Congrépation , ou Affemblée , dans laquelle «
Ph Peres, & les Théologiens éxaminoient avec foin, ce qui «
devoir être décidé, & publié dans la Seffion fuivanre.
_ Le 29 de May, jour anniverfaire de l’Exaltation de Be- «
noît XIII, on fit en action de praces, pour la conclufion du «
Concile, une Proceflion Générale à l’Eglife apellée de Sainte «
Croix de Jérufalem. Le lendemain fa Sainceté ayant approu- «
vé , confirmé, & figné les Aëtes , dans la Chapelle de Sixte «
du Vatican, ils furent fignés de même par trente-deux Car- «
dinaux, fix Archevêques, trente-neuf Évêques, trois Abbés, «
Ltverrz
X LV.
Benotr XIIL
Mo - mu
Conclufion du
Concile.
& trente-cinq Députés, ou Procureurs des Prélats Abfens: «
c'eft-à-dire, par cent-quinze Peres, ayant à leur tête le Souve- «
rain Pontife, qui avoit préfidé à routes les Seffions.
Selon le témoignage de l’Archevêque de Ferme, il feroit «
difficile d'exprimer, combien le zéle, & la fagefle du Saint «
Pere éclatérent dans cette occafion. Outre les falutaires Ré- «
glemens, qu'il fit autorifer dans le Concile, pour le maintien, «
ou le rétabliflement de la Difcipline Eccléhaftique , dans la «
Province de Rome, il publia en même cems quelques Confti- «
tutions Apoltoliques, également utiles 7 mr autres Pro- «
vinces. Il leva un grand nombre de difficultés; prit les plus «
juftes mefures, pour faire éxécuter plufeurs Décrets impor. «
tans du Concile de Trente, auparavant négligés; & pourvut «
fagement aux réparations , & autres beloins des Eglifes «
Cathédrales, & Collégiales, en leur attribuant la moitié des «
Revenus , que les nouveaux Bénéficiers devoient retirer la «
premiere année, qu’ils poffédoient leurs Bénéfices. Sa Sainceté «
termina encore les Difputes touchant le véritable fens.d’une «
Conftitution de Grégoire XIV , au fujet des Libertés, & des «
VI.
Ce que Sa Sain.
teté fit dans le Sy.
node , ou pendant
le Synode.
Livre
X LV.
“Benoïîr XIII.
VII.
Sages Régle-
mens obfervés
dans quelques
Eclifes , étendus
à pluleurs autres,
296 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
»immunités Eccléfiaftiques : & employa en même tems un
» moyen efficace, pour réprimer la Licence des Clercs ; qui,
» fans porter l’Habit Eccléfiaftique , & fans remplir aucun des
» devoirs de leur Etat, ne laïfloient pas de profiter des Reve-
» nus, & de tous les Priviléges, qui y font attachés (1) ».
Toujours conduit par le même Efprit d’ordre, & de zéle,
Bénoît XIIL voulut étendre aux autres Eglifes, plufeurs bons
Réglemens, qu'il faifoit obferver dans celle de Bénévent. Par
exemple, il ordonna, que tous les Chapitges, & Colléges de
Chanoines , auroïent déformais leurs Loix, & leurs Scatuts
propres , approuvés, & autorifés par l’Evèque Diocéfain. Il
remit en ufage une Bulle de Sixte V, couchant l'Ifventaire des
Biens, & des Revenus de chaque Eglife, les Archives, & la
maniére d’y conferver avec fureté les Papiers, & tous les Mo-
numens , qui doivent aflurer les Droits des Lieux Saints, &
leurs Poflefons. Il fit en forte , que conformément aux défirs
des Peres du Concile de Trente, tous ceux qui fe trouvoient
dans celui de Rome’, prirent leurs arrangemens, pour que
chacun eût un Séminaire dans fon Diocèfe, un Théologal , &
un Pénitencier, dans fa Cathédrale ; & il fit affeter deux Pré-
bandes à l'entretien des deux Docteurs, qui feroient choifis
pour remplir ces Emplois. Le Saint Pere ordonna de plus, que
tous les Abbés Réguliers feroient tenus de recevoir la Béné-
diction Epifcopale , dans la même annéê de leur Election. Les
Curés eurent auffi la fatisfaétion d’éprouver, que le Vicaire de
Jesus-CHRIsST ne préféroit rien à l’Equité, & a la Juftice;
puifqu’il voulut bien modifier, ou expliquer en leur faveur
quelques Privilèges des Réguliers, qui paroifloient préjudicia-
bles aux Pafteurs (2), | |
(1) Quantäm in his a@ionibus fapientia ,| novis Beneficiariis ex ordinaria auétoritate
ac zelus Summi Pontificis enituerit, referri
vix poteft. Multa Ecclefaiticæ Difciplinz
capita fuerunt, de quibus falutaria Decreta
condita funt : & ne Romanæ tanuiim Pro-
vinciæ con{uleret, qui univerfæ Ecclefiæ fu-
premam curam , ac follicitudinem gerit,
plures addidit Apoñtolicas Conftitutiones,
dum Romanum Concilium celebraretur, fa-
pienter editas , ut earum ufus cæteras Pro-
vincias pervaderet. Hujufmodi fanétionibus
multas fuftulit dificultates, quibus quædam
faluberrima Concilii Tridentini Decreta..,|€
fruftrabantur, Confuluit etiam reparationi
Ecclefiarum Cathedralium , aliarumque ,
quæ Canonicorum Collegiis fulgent , attri-
bury e:fdem medietate proventuum, qui à
Benefcia obtinentibus primo anno percis
piuntur, Quæftiones etiam omnes diremit,
quæ frequenter fuboriebantur de Ecclefiaf-
tica libertate , & immunitate, dum cele-
brem de hac re Conftitutionem Gregorit
XIV diverfimodè unufquifque pro fuo libi-
to, ac proprii ingenti licentià interpretabae
tur. Præterea efficacem normam præfcriplît
coercendi Clericos, qui Ecclefiæ proventi-
bus gaudentes, habitu ramen, & cultu Laï-
cos imitantur, &c. Archi. Firm. pag. 66,
7°
(2) Abbatibus Regularibus, ut Epifcopa-
lem Benedictionem fufciperent, anni tanr
tüm à die Eletionis inducias ftatuit. Paro+
chis quartam funerum portionem , multis
Ce
" DE L'ORDRÉ DE S. DOMINIQUE. :97
+ Ce n'eft là qu'une partie des avantages, que Benoît XIII Livre
eut le plaifir dé procurér à l'Eglife, par le moyen de fon Con- XL.
cile de Larran:. L'iniquité des rems, & des Hommes ne lui
permit pas de porter fa Réforme aufli loin, qu'il le défiroic :
mais par les Fruits qu’il retira de cette Sainte Affemblée, il
eut lieu de £ confoler de ceux qu’il ne put en recirer ; & en
remettant le refte à un autre tems , il ne perdit epoint l’efpé-
_ rance de trouver enfin les circonftances favorable à l’éxécution
de fes pieux defféins. La Patience, la Douceur , & une fage
condefcendance lui avoient fait vaincre les premiers ébftacles,
qui {fe rencantrérent d’abord, & avant même l'ouverture du
Concile. À ces mêmes Vertus, il ajouta dans la fuite, quand
il fut néceflaire, le zéle, & la fermeté ; & il n'oublia jamais
cette parolede JEzsus-CHrisTä fes Difciples : Lorfque vous 1 xvir, 1.
aurez accompli tout ce qui vous cf commandé, dites encore : nous
fommes des Serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous étions
obligés de faire. | 5
Confervant ainfi fon ame dans la paix, & fon cœur dans les
fentimens de l’'Humilité, & de la Confiance Chrétienne , le
Serviteur de Dieu pañloit d’un travail à un autre; & ne pa:
roifloit fe délafler d’une fatigue, que par un nouveau travail,
Dans le rems que des Affaires inopinément furvenues fern-
bloient l'occuper davantage, il continuoit fes Fonétions ordinai-
res avec la même application. Il donnoïit toujours fes Audian- vitre
ces réglées, non-feulement aux Cardinaux, aux Prélats, & . Se Mon
aux Ambaffadeurs; mais aufli à toutes les perfonnes qui s’adref. liés.
foient à lui, dans leurs béfoins. Il fe trouvoic à toutes les Dé.
libérations, qui demandoient fa préfence. Il prefloit les répa-
rations qu’il avoit ordonnées dans quelques Eglifes ;"& ne dif-
continuoit pas fes Vifites. ordinaires dans les Hôpitaux, pour
Ja confolation, & le foulagement des Pauvres, & des Malades.
I donnoit volontiers le Baptème aux Catéchumenes ; & quel.
quefois le Voile de Religion à des Vierges Chrétiennes, qui
avoient choifi Jesus CHrisT pour leur partage, Mais en
rempliffanc ainfi tous les devoirs d’un Vigilant, & Charitable
Pafteur, Benoît XIII ne négligeoit pas ceux de Souverain. _
;: Ayant appris, par l'Amballideur de Venife, que le Sénat IX.
avoit reçu des avis réitérés de Conftantinople, que le Grand Fe Brind Ame
Seigneur faifoit des préparatifs extraordinaires de Guerre, par donnedel'inquiée
BENoîT XIII.
Privilegiis à Manaftice ac Repulari Ordine,
jis pentes Benediétus XIII, &: ipfe gx
Ordine Regulari , nil tamen æquitati, ac jt
Tome VI, US Pp
titiæ præponens ; r@ftiuis, &cc. Archi, Firm
pag. 6 8,
Livre
X L V.
Benoîr XIII.
CORRE ER ER
tude aux Véni-
tiens. Le S. Pere
les raflure.
X.
11 appaife une
* Sédition ; & ter-
mine quelques
différends,
298 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Mer, & par Terre ; & qu’on ne doutoit prefque plus que cette
formidable Puiflance n’eût formé le deflein , de faire quelque
Entreprife contre la République, dans la Campagne prochai-
ne; le Saint Pere réitéra lui-même les affurances, qu'il avoit
fouyent données fur le même fujet. Il fit fçavoir aux Véni-
tiens , qu'ils pouvoient compter avec confiance fumeout ce qui
dépendoit de lui ; & les exhorta cependant à intéreflèr le Ciel
dans leur caufe; par la pratique des bonnes Œuvres, fins né-
gliger de fe tenir prêts à tout événement, & il en fit de même.
La République n’éprouva point pour cette fois les fâcheufes
fuites de la Guerre, dont elle fe croyeit menacée.
Parmi les aatres actions de Charité , ou de juftice, qui rem-
plifloient cous les jours, & prefque tous les a Saint
Pape , on le loue particuliérement, d’avoir .appaifé une Sédi:
tion populaire, dans la Principauté de Soriano ; fait cefler quel.
ques divifions dans l'Ordre de Saint François, & rermine les
longs démèêlés entre lés Habitans du Mont-Caflin, & lPAbbé
de ce célébre Monaftére, qui a dans le lieu tous les Droits de
Seigneur Spirituel, & Temporel. Le Pape ne refufa pas de pren.
dre connoiïffance de ces différends; maïs il ne fe rendit point
aux vives inftances de ceux qui demandoient , que l'Abbaye
du Mont-Cafin fut érigée en Evêche., On fçait que.cela avoit
été fair autrefois, & que cela n'avoit pas eù le fuccès déliré.
Sa Sainteté cependant ne bénit le nouvel Abbé, qu'après lui
avoir fortement recommande d’agir avec beaucoup de douceur,
& d'humanité ; & de traiter les Peuples , qui lui étoient
foumis, plutôt en pere, qu’en Seioneur , & en Maître (*).
Les bonnes intentions du Pape , pour tout ce qui pouvoit
tourner à l'avantage ‘des Peuples, étoïent connues ;& fa con-
duire dans quelques occafions fut une preuve, qu’il connoiïfloit
(*) L’Auteur Anonyme de l’Hiftoire des
Papes, éxagére à fon ordinaire, la rigueur
réelle , ou prétendue , éxercée envers ces
Peuples : « Les Habitans du Mont-Cailin,
« dit-il, ne pouvant plus fupporter les vé-
»-xations de Abbé .... voulurent profiter
> de la-mort du dernier , pour fecouer ce
> joug tryrarnique. Ils députérent quelqu’un
% d’entf’eux à Rome, pour porter leurs plain-
# tes jufqu’aux piés de S.S. Ils chargérent
> de leur affaire un certain Avocat, nommé
» de Signoribus, qui compofa en leur faveur
» une efpéce de Faëum , ou de Déduétion,
# qui tomb eutre:les nrains du Pape. Il fut
» rouché de l’écat de ces pauvres Habitans;
» & il commengçoit à goûter l’expédient que:
propofoit PAvocat, d’ériger cette Ville en «
Evêché Mais le Cardinal Conti, Protec- es
teur de l'Ordre des Bénédiétins , fans égard ec
à l’équité des plaintes, & ne confidérant «e
que Faffront que recevroit fon Ordre , «
porta à fon tour des plaintes contre les «
Habitans ,. & contre l’Avocat. 11 obuint cœ
même que celui-ci fut arrêté ; & cette «e
Eminence fe donna tant de mouvemens , «e
que Sa Sainteté bénit un nouvel Abbé de «
Mont-Caffin : mais ce fut après lui avoir «
recommandé de ne pas fuivre la conduite «æ
de fes Prédécelfeurs; & l’Avocat de Sig- ce
noribus fut remis en liberté », Tow. F,
P&. 543:
ee Er ES UT Etes - LS L # 2
:: DE L'ORDRE DES DOMINIQUE. 299
miehx leurs véritables intérêts, qu'ils ne les connoïfloient eux- Lr:yn#
mêmes. On dut aufli remarquer, que s'il . oublier fes m- XLV.
férêts particuliers, par générafité, il ne fçavoit ce que c'étoit =
que de Dites les mn nl de la multitude, larfque la Rehgion, & SERA IR LIRE
Je Bien Public ne s’accosdoïent pas avec fes injuftes défirs. Cela
paroït principalement: dans un fait, que l’Auteur Italien raporte
en ces termes : — |
« Quoique les Pontifes Romains — fouvent défendu cette «
efpéce de jeu, qui fe‘ fait par des forts jetrés. dans l'Urne, &c &c Arch. Firm.p.78, rs.
tirés au hazard, l’ufage n’en étoit pas néanmoins aboli. Les-«
infances trop importunes du Peuple, & certaines raïfons des LE.
. : ° | , 4 étend pou.
politique avoient obligé de tolérer , ce qu'on ne pouvait « sufemens quel.
entiérement interdire, fans porter un grand préjudice à l'Ese ques Jeux he
pargne, & au bien même de la République, fi les perfon. « ***
nes paflionnées pour ces fortes de jeu , alloient porter leur «
argent dans d’autres Provinces.Cependant la vaine efpérance «
d'un gain toujours fort incertain, enflammant de plus en plus &
la cupidité, la fureur de jouer croifloit tous les jours, & étroit «
devenue.la paflion .de prefque tous les Hommes : dans tous «
les Etats , & dans tous les lieux, on fe faifoit une occupation «
d’expofer fon argent au caprice du hazard, non fans un pré- «
judice réel, & un grand dérangement dans les Familles, puif_ «
u’an perdoit quelquefois dans un matin, ce qui auroit pâ «
- kes faire. fubfifter pendant l’année. Benoît XIIT ayant écouté «
les plaintes, qui lui furent faites contre cet Abus enr , 6
nomma aufli-tôt quelques perfonnes fages, & très éclairées, «
à qui il donna commiflion d’éxaminer avec foin cette Af- «
faire, & de lui dire leur Avis, Après l’'Examen le plus rigou- «
reux, on reconnut que dans ces fortes de jeu, il y avoit plu. «
feurs chofes, qu'il étoit difficile d’excufer de péché ; & ‘onde «
fouvenoit que les Papes, avant Innocent XIII, avoient {ouventa
& févérement condamné de telles pratiques.1l n'étoit pas dou- «
teux, qu'elles ne fuffent aufli condamnées, par les Saines Ca-ce
nons; qui défendent, principalement aux Eccléfiaftiques, tout ce
jeu de hazard. tel que celui-ci, où l’induftrie humaine n’a aucu- «
ne part ; où il n‘y a rien de commun avec une Profeffion hon-+.
nèce, & dont on, ne voit point de fin : car ce n’eft point pour «s
délaffer, & récréer l'Efprit , qu'il a été inventé, mais pour #
farisfaire la cupidité, & la paffion de gagner (r) ». .
(z) Bencdi@us graribus & fapientibus Vi. | ra effe , ex quibus ab omni fpecie mali bus
ris mandavic , ut re penitus exploratà, dice- |jnfmodi ludus liberari vix poterat, -Et qui=
gent, quid fieri præftarer, Ji referebant plu- dem fuperiores Ponrifices ante’ Innocenti
Ppi
4300 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
« De là on concluoit qu'un tel ufage ne devoit être , ni apr
“prouvé, ni permis sos, 1 Souverain Pontife ; & que fi on ne
» ES fans indecence le tolérer dans la Ville de Rome, dont
» la plus faine partie des Habitans, font confacrés au Seigneur;
» & au Service des Autels; il étoit encore plus dangereux,
_»wde fouffrir , que cette Conragion gagnât les Contrées recu-
» lées , vers les Montagnes, où les Peuples, plus accourumés à
» l'ancienne fimplicité, ont heureufement ignoré jufqu'ici des
» pratiques, qui ne doivent leur naiïffance qu’à la cupidité, &
wa l'oifiveté ». D.
Livre
X LV.
Bewoir XIIL
de —— ———
- XII. Il eft aflez ordinaire qu’une faute en attire une autre: auffi
aine & crimi- t- 1e ;
nelle Curiofré, CMATQUE-t-ON , que les perfonnes trop adonnées à ce jeu de
hazard, fe livroient en même tems à une vaine fuperftition,
di le coupable défir de fçavoir ce qui éroit encore caché dans
avenir. Ils faifoient de téméraires efforts pour connoître les
chofes futures, qui ne dépendoient d'aucune caufe naturelle, &
néceflaire , mais de la feule Volonté de Dieu, & de Fa&ion très-
libre d'un Enfant, qui tiroit de l’Urne le premier Billet , qui lui
tomboit fous la main. Et ce qu'on ne pouvoit r0h var ol ob
duftrie Humaine, on vouloit fe le procurer par
e fecours du
Démon , fans faire attention que cet Efprit de malice ne pou.
voit fatisfaire leur criminelle curiofté , puifque les chofes,
qu'ils s’efforçoient de pénétrer, éroient cachées au Démon
même. Et.quoique tous ces défordres, & plufeurs autres; ne
fuflent point desfuites de la nature du jeu , maïs de la corrup-
tion des Hommes; il écoit toujours certain , que Île jeu de ha-
zard conduifoit par lui-même au violement des Loix , & à la
ruine des Familles; puifque tout ce qui pouvoit en revenir au
Prince, & à ceux qui donnoient à jouer ( ce qui alloit d'de
très-grandes
liers(r).
XIII , tempora compluries diris pœnis dam-
pafle lufores : à facris quoque Canonibus lu-
dos omnes vetari, ne ab Ecclefiafticis Viris
exerceantür ,in quibus cafus ac temeritas va.
Jent , prout in Urnæ fudo maximé valere
_compertum eft.: Nullum is eo induftriz,
aullum honeftæ arti loçum , nullum ju-
dendi finem , non enim àd moderatar ani-
mi relaxationem ; {ed ad cupidinem lucri vi-
deri compolñtum, &-. Archi. Firm. nt fup.
(1) His accedebat, quôd nonnulli incon-
cefflam hominibus fcientiam futurorum , quæ
à nulla naturali, ac neceflaria caufa , fed à
Dei tantdm nutn, &: libera aétione pueri
fortes extrahentis ex Urna dependent, re
fommes ) étoit autant de perdu pour les Particu-
mere tentantes, non folüim ftudium omne ;
cogitationemque vanis fortiendi artibus in-
tendebant ; fed quèd humanis viribus affe-
qui non poterant , tandem mali Dæmonis
ope ( cui nec hnjufmodi fciemtia concefla
eft). Per nefis omne fruftra impetrare co-
nabantur. Et quamvis hæc, ps plura
mala non ex uatora kdi, fed ex hominum
malitid manarent, illud certè éx ratione lu-
di fequebarur, quèd facræ Leges folveren-
tur ; & quidquid ærario di , quidquid
emolumenti Conduétoribus ludi obveniebat
(quod fanè ingens & fepra modum erat}
cum fubditorum detrimento conjungeretur ,
&c. Archi, Fir, p, 80, |
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 3ot
Tout cela ayant été mûrement éxaminé, & pefé au poids du
Sanétuaire ; le Pape prit fa réfolution. Il ne fut arrète, ni par
les plaintes, & les murmures de ceux qui préféroient le plaifir
au Devoir ; ni par la perte de plus de cinquante mille Ecus
d'or, qui en revenoient tous les ans à Epargne. Dès-là que
Je jeu 1 hazard étoit une occafion de ruine pour les Familles,
& dg péché pour les Particuliers, fa Sainteté en défendit ri-
_goureufement l’ufage ; & cette Défenfe, qui regardoit tous fes
Sujets , étoit encore plus févére à légard des Clercs. . Outre
les Amendes pécuniaires, les Tranfgreffeurs éroient foumis aux
ee griéves Cenfures de l’Eglife, & l’Abfolution en étoit ré.
ervée au Pape, hors le cas de mort. Cependant, continue tou.
jours l’Archevèque de Ferme, comme les Hommes fe portent
ordinairement avec plus de pafion, à ce qui leur eft défendu ;
ni les menaces , ni les peines ne purent éteindre en tous, la
fureur de jouer : & ce fut pour ne point expoler le Salut de
plufieurs, par le mépris des Cenfures Eccléfiaftiques, que le
Succefleur.de notre Pape fe porta depuis à modifier cette Dé-
fenfe, qui n’a pourtant été levée qu'en partie (1). |
Autant que Benoît XIII étoit éloigné de diflimuler des pra-
tiques illicites, capables de corrompre les Mœurs, ou d'aHoi
blir la Religion dans l’efprit des Fidéles ; autant fe plaifoit-il
à favorifer tout ce qui contribuoïit à faire fleurir Îles beaux
Arts, & les Etudes , ou à nourrir une louable Emulation parmi
les Gens de Lettres. Les jeunes Romaïns, qui s’appliquoient
avec fuccès À l'Etude des Sciences, & les Sçavans Profeffleurs,
dont la réputation exciroit l’ardeur des Difcifles , furent l’objet
def plus favorables attentions du Saint Pere. 1l diftingua par-
ticuliérement l'Ecole de Théologie, fondée depuis peu d Rome,
par les foins d’un illuftre Prélat, fous le Pontificat, & l’Auto-
rité de Clément XI. Peu content de confirmer tous les Pri-
viléges accordés par fon Prédécefleur; Benoît les érendit en.
core ; voulut re cette nouvelle Ecole fût une noble portion
du Grand Collège, apellé la Sapience Romaine ; & afligna
une Penfion annuelle de mille Ecus d’or, qui devoient être
artagés entre vingt Académiciens, ou Doéteurs. Sa Sainteté
oi aufli fouvent de fa préfence ces Exercices Théologi-
Livres
X L V.
BENoîr XIII,
D
XIII.
Juftement con:
damnée.
XIV.
Benoît XIII fa-
vorife ceux qui
culrivent les Arts,
& les Sciences ;
X V.
Particuliérement
l’Etude de la
Théologie,
(1) Verumramen cüm vulgus hominum ni-| fararam falus Infirmorum prorfus defperas
tarur in vetitum femper , cupiatque negat4 , | retut , hujufmodi ludendi genus , aliis quo-
tantis adhibitis pœnis adhuc ludendi libido! que urgentibus caufñs, Romæ dumtaxat tur:
non apud omnes extinéta : idque vitio infir- de agi permifit ; alibi enim ne À Pontificiis
mitatis humanæ, Atque inde fa@um eit , ut} fubditis agatüor , immota manet Benedi@j
Clemens XII .... ne per contemptum cen-Î Sententia, &c. Archi. Firm. p. 30. |
P p ïï
301 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LT ques i ce qui ne contribuoit pas peu à infpirer à tous les tu.
EXT dians l'Amour de l'Emde, & le défir de faire de nouveau
Evo XII progres: dans les Seiences (1} |
BENOÎT XF. Nous ne devons pas oublier , que la Cardinal des Urfins,
p'ésant encore Éd de Bénévent; avoir favorifé les
premiers commencemens de cette Académie, l'avoir d’abord
prifé fous fa Protection, & n’avoit rien négligé pour lui aQurer
celle du Saint Siège. Il ne doutoit pas (comme il le dit quel.
quefois } que cer Etablifemenc ne fût très-propre à former
pluficurs Scaväns Théologiens, qui confacreroient leurs Ta-
ens, & leurs Veilles à la Défenfe de la Religion, en combat:
tant toutes les nouvelles Erreurs, qui attaquoient la faine
ÿalar. Ord Tom. Doctrine. C'elt ce que nous apprenons d’une de fes Bulles,
"7 ‘ donnée pour autotifer les Statuts, que le Cardinal Ferrari avoit
‘autrefois dreflés pour la même Ecole. |
— . Sous Je Pontificar de Benoît XIII la Poëfe même ne fue
Sous fou Pont pas fans honrieur, ni ceux qui y excelloient fans récompente,
LR se net Le Chevalier Bernardini Prefeiti, Siennois de naiffance, s'é-
pre os Po por acquis une réputation, & l'eftime de plufieurs Princes, par
fes rares Talens , & par la pureté de fes Mœurs. Il poflédoit
en un haut dégré le talent de faire fur le champ , des Vers
dignes de l'admiration des Connoiffeurs, & de préluder de la
voix, beaucoup mieux , que ne fçauroit faire un habile Muf-
cien fur les Inftrumens. Ce Chevalier éroit non feulement bon
Muficien, & excellent Poëte; mais Muficien & Poëre Chrétien,
il n’abufoit point de fes Talens, pour confacrer les vices, &
flarer les paflions. Tous fes Vers fembloient diétés par la Sa-
efle, ils n'infpiroient que l'Amour de la Vertu, & dela Re
É ion. Par cet endroit principalement Prefert: fe rendit agréa-
ble au Souverain Pontife. Pour honorer donc fon mérite, &
inviter en même tems les autres Poëtes, à fuivre l’éxemple
d'un Homme fi digne de leur imitation , fa Sainteté réfoluc de
lui faire donner la Couronne de Poëfie, dans le Capitole, avec
les mêmes folemnités, qui avoient été prariquées l'an 1341 .
en faveur du celébre Pétrarque. Douze des plus illuftres d’entre
les Académiciens, connus à Rome fous le nom d’4rcadi, fu-
(x) Academiam Theologicam , aliâs fub] affignavit; & quod ad hujufmodi ftudia adee
Clemente XI... Romæ cœpram.... fingu-| neceffaria in Urbe Religionis Magiftra , fo-
lari amore ac benignitate refpexit ; non fo-| venda , ac promovenda plurimüdm con'ulit,
1m enim quidquid Clemens indulferat , con-| placuic Pontifici Maximo hujufuodi Theo-
firmavit ; verüm etiam ex Datariæ emolu-|logicas exercitationes aliquoties majeftate
mentis Gbi obvenientibus mille aureos inter! {ua in Quurinali, vel in Vatiçano dignatie
viginti Academicos difiribyendos quosannis] Archi. Firm. pag. 54,85, |
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 303
rent choifis pour faire les Examens qui devoient précéder le
couronnement. Bernardini Prefetti ayant ubi avec honneur
les quatre Examens, ordonnés par fa Sainteté, fit, avec une
admirable préfence d’efprit, une récapitulation de tout ce qui
lui avoit été propofé ; & la récita fur le champ en vers, en
préfence, & ‘avec les applaudiflemens, de fes douze Examina-
teurs.
_ Le cinquième de May après midi, quel ues-uns des #rcadi,
allérenr prendre notre Poëte au Collége de la Sapience, où il
éroit logé , & le conduifirent en grand Cortége au Capitole.
‘La après un Eloge en vers, prononcé par un des Académiciens,
en l’'Honneur de Bernardini, le Sénateur lui mit la Couronne de
Laurier fur la crête, en préfence de douze Cardinaux, du Duc
de Gravina Neveu du Pape Régnant, de la Princefle Douairiere
de Tofcane, de l’Ambañladeur de Vénife, de plufieurs Sei-
gneurs Romains, & de prefque tous les Sçavans de la Ville.
La Cérémonie fut fuivie d’une décharge de cent Boëtes. Après
quoi le Poëte couronné alla prendre place dans l’Académie
des Arcadi, où l’on récita un Difcours d’Eloquence , une
Eglogue Latine, une autre Tofcane , & trois Sonnets, à la
Louange de Prefetti. Enfuite on lui propofa pour Piéce de
Reception, de célébrer le Capitole Triomphant [ous le Ponti.
ficat de Benoit XIII. Le Sujet étoit beau : Prefetti le remplie
fans préparation, & avec de nouveaux applaudiffemens. Enfin,
ayant chanté une feconde Piéce fur le même Sujer, il fut re-
conduit au Collège de la Sapience , par les Députés du Sénar au
bruit des Inftrumens, & des Acclamations du Peuple. On ad-
miroir encore moins, dit un Auteur, la pompe & la magnifi-
cence d’une Cérémonie , dont Rome n’avoit point vû d’éxem-
ple. depuis près de quatre Siécles, que le Génie heureux &
fécond d’un Poëte, à qui il ne coûtoit rien pour répondre fur
le champ, à toutes fortes de Queftions, & qui ne fe faifoit pas
moins eftimer , par la juftefle de fes Penfées , que par la beauté
& l'harmonie de fes Vers (1). RS
(1) At ne Poëfis quidem fine honore apud] ordinam frequentià 111 Nonas Maii Laurea
Benedi@um fuit; cdm enim Bernardinus Pre-| data, mirantibus cunétis non tam infueræ
feŒtus Senenfis, fummam extemporanei car. | ationis celebritatem , quäm mentem , inge.
minis gloriam adeptus , non ad fafciviam , ut| niumque Poëtæ, qui ad quodcumque Italici
plerique faciunt , veräm ad honeftatem &|carminis genus ( mulra enim ab eruditifli-
£rpientiam cantare paratus, atque his arti-| mis viris meditata praferebantur') eodem (er.
bus apud magnos Principes gratiofus foret ,|vato metro extemplo refpondit non minus
Pontifex ceronam Poërici cantüs in Capito-| appofitè , qudm eleganter. Archi. Firm, pag.
Jo ‘Romano illi decrevit. Maximä omniumli 74. . . MERE:
Livrz
X LV.
RE
Benoîr XIII.
D ne
XVII.
Bernardini Pre
fetti, Poëte Chré.
tien ,eft couronné
dans le Capitole,
par ordre de Sa
Sainteté.
Lirvrez
_XLV.
BEnoir XIII.
XVIIL
Letrce iun Car-
dioal Archevêque,
Hiit. des Papes,
T.V,p.$rs
304 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Un autre Objet bién plus important occupoit continuelle-
ment :'efprit du Saint Pere : c’étoit l’Union & la Paix de la
Sainte Eglife ; qu’il ne pouvoit ni regarder avec indifférence, ni
perdre un moment de vüe. Dès le commencement de fon Pon-
tificat il avoit marqué l’ardeur & la fincéricé de fes défirs,
ar la Réponfe, qu'il fit en ces termes, à un célébre Prélat de
l'Eglife de France:
_‘« Notre Cher Fils. Dès le moment que JEsus-CHRisT,
_»qui eft le Dieu, non de la Diflention, mais de la Paix, Nous
» apella, nonobftant nos craintes, & notre réfiftance ; afin que
» de cette Sublime Chaire de lApoñtolat, Nous annonçaffions
» la Paix & les Biens, nous vous repréfentimes d’abord les
» Divifions fcandaleufes, qui, bien qu’affez déplorées,ne font pas
»encore retranchées, & les playes faites à la Charité Ecclé-
» fiaftique , lefquelles ne font pas encore fermées, par la faute
» de quelques Freres, dont les démarches ne font pas dans l’or-
» dre, Mais, pendant que pénétrés de douleur, Nous penfions
Ȉ remplir le devoir de la Vigilance Paftorale, celui qui con-
» fole les Humbles, & foulage ceux, dont le Cœur eft brifé,
»a daigné relever nos efpérances , & apporter un admirable
_» foulagement à notre triftefle, par vos. obligeantes Lettres,
» que nous regardons comme d’heureux préfages de la tran<
» quillité fi defirée : car, en nous témoignant une joye cor-
» diale de ce que le Miniftére du Souverain Sacerdoce a été
» déféré à notre foibleffe, en déreftant les Difcordes, & dé-
»clarant que vous fouhaitez fincérement l’ancienne Unanimi.
»té, ces.marques de votre Dileétion ont ranimé notre coura-
» ge, par une douce efpérance, & ont abondamment adouci
» [2 Sollicitude Paternelle. Elles nous ont renouvellé le fou-
» venir de notre ancienne Amitié, de notre Bienveillance mu-
» tuelle, & des Vertus que nous avons tendrement chéries en
» votre Perfonne. Nous fommes perfuadés, qu’il n'eft pas pof.
» fible , qu'en Nous félicitant, avec les plus vives expreflions
» de joye & d'amitié, de ce que Nous fommes chargés de ré
»tablir, & de maintenir la Paix, vous n'ayez pas un ardent
» défir de nous féconder, par d'égales difpoftions, & que vous
» ne fafliez pas tout ce qui dépend de vous, pour hâter l’ac+
»compliffement des Vœux, que vous faites pour l'avantage
#de notre Salut. Dans cette confiance, nous vous exhortons,
» notre cher Fils, & nous vous conjurons inftamment, d’em:
» ployer à rétablir la Paix des Eglifes, qui font en danger,
» tout ce que vous avez de Pouvoir; & vous pouvez beaucoup,
w par
: DE L'ODRE DE S. DOMINIQUE. 3os.
Par:votre éxemple, & par votre crédit, fatisfaites donc à «
nos défirs, & à votre devoir, par la fincére obéifflance, que «
Vous devezau Saint Siège. Répondez à ce qu’éxigent de vous «
vos Talens, votre Naiflance. votre Dignité ; & tâchez, par«
uhe obéiffance filiale & éxemplaire, de ramener les autres «
dans la voye de l'Unité. C’eft ainfi que vous fécherez nos «
larmes Paternelles, & difliperez notre triftelle : puifque de«
notre côté , mous ne pouvons pas Nous difpenfer de notre «
devoir, ni nous écarter de la vigilance, des vûes, & des ac «
tions de nos Prédécefleurs. Nous avons cependant une re- «
connoiflance finguliére , tant des témoignages de confidéra- «
tion, que des louanges, dont vous nous. comblez, quoique «
nous ne les méritions pas, & que vous nous dépeigniez non «
tels que nous avons été, ni tels que nous fommes; maïs, «
tels que nous devrions être. Sarisfaits de l’empreflement , ce
avec lequel vous marquez fouhaer les embraflemens de «
la. dile&ion Pontificale, nous vous astendons ; & dans cerre «
£fpérance , notre cher Fils, nous vous donnons affeétueufe- «
ment la Sainte & Apoftolique Bénédittion, &c..»
Pendant que le Saint Pere continuoïit À agir, par de douces
invitations, & par les Exhortations les plus tendres, avec ceux,
dont la droiture, & la Piété lui éroient connues ; il employoit
Ja terreur des Foudres de J'Eglife, contre l’invincible, opinia-
treté de quelques Ecclefiaftiques du Pays-Bas, dont les dé.
marches éroient trop irrégulières, pour que le Saint Siége pût
les diffimuler, Voici comment le Ait eft raporté par l’Archè-
vêque de Ferme, dans fa Vie de Benoît XIII
« Dans les Provinces-Unies, dit-il, on comptoit encore de «
notre tems, près de cinquante mille perfonnes, qui faifoignt «
profeflion de la Foi Orthodoxe, Mais les Eccléfiaftiques; «
ui auroient dû conduire fagement ce Troupeau , le nourrir «
u Pain de la Parole, & le défendre contre les dangers de fe «
pervertir, au milieu de tant de Peuples, que l'amour dé la «
nouveauté 2 déja féduits, le fcandalifoient eux-mêmes, par «
une réfiftance ouverte à tous les Ordres du Siége Apoñtoli-«
que. De là une nouvelle fource d'erreur, de diwifon, & de çç
corruption, autant dans les Mœurs, que dans la Doétrine.«
On pouvoit cependant efpérer un reméde au mal, ou par le «
changement das Réfraétaires, ou par leur mort ; leurs places «
pouvoienc être peu À peu rempliés , par de meilleurs Minif- «
tres. légitimement ordonnés, & envoyés dans certe Miflion «
par les Nonces de Sa Sainteté , ou par fes Vicaires Apofto- «
Tome VI, DO |
Livre
XLV-.
BEsnoîT XIIEI
Re
XIX,
Etat de l’Eglife
dans le Pays-Bas
306. HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livrz “liques. C'eft à quoi avoit déja travaillé avec application l'illuf-
XLV, tre Cardinal Jean Baprifte Bufli, aucretois Internapce dans
——— nle Pays-Bas , & depuis Nonce Apoftolique à Cologne en
Benoir XI. ,, Allemagne. J'ai été employé moi même dans ces Miflions
» (continue cet Archevèque) & plufeurs autres après moi,
» fe font fair un devoir de marcher fur les traces du Cardinal
» de Buofli (1) ». | |
XX. __ « Mais les Réfractaires, craignant de voir le Schifme s’étein-
Conduire Schif. » dre avec leur vie, n’ont point manqué de fe donner des Com.
es au »plices de leurs à Larmes afin de perpétuer la Rebellion.
| ques, 5 [ls en ont fait ordonner quelques-uns par des Evêques Etran-
»gers, & adminiftrer le Sacrement de Confirmation à d'au.
» tres, par Dominique-Marie Varlet, Evèque Titulaire de Ba-
» bylone; quoique ce Prélat n'eûc aucune Jurifdidion dans les
» Provinces Unies, & qu’il aït été fufpendu par le Saint Siége
» de tout Exercice des Fonéions Epifcopales : certe Sufpenfion
» lui avoit été fignifiée, pour de très-bonnes raifons avant
# même qu’il eût pris pofleffion de l’Epifcopat. Maïs cela n’a
» pû l'empêcher de s'introduire dans un Bercail, dont il n’é-
“croit pas le Pafteur. L'audace a été depuis portée plus loin:
» fepr Clercs, fe difant Chanoines du Chapitre d'Utrecht, qui
»ne fubfifte plus depuis plus d'un Siécle, entreprirent d'élire
» pour Archevêque de cette Eglife, un certain Corneille Steeno-
» Wen; quoiqu'eux-mêmes ils n’euflent aucun droit de faire
“une Elettion ; & que celui en faveur de qui ils la faifoient,
» fût déja frappé des Cenfures Eccléfiaftiques. Le Saint Siège
» réprouva cette Ele&tion, & les Clercs ne laiflérent pas de
% faire facrer leur prétendu Archevêque. Ce fut encore l'Evê.
»que de Babylone, qui ofa faire certe facrilége Cérémonie,
# fans le miniftére de deux autres Evêques, qui auroient dû y
# être employés felon les Saints Canons ».
xxr « Benoît XIII n€ diffimula point tous ces atrentas : il les
Pier par $ condamna, & en publia la condamnation , par fes Lettres
55 Apoftoliques du 21 Février 172$, adreffées à rous les Ca-
» tholiques répandus dans les Provinces Unies, pour leur dé-
# clarer que l’Eleétion de Corneille Steenowen devoit être re-
* {1) 1lla videbarur falutis fpes, quèd Sacer., præfens luftraffet, fummoperè laboravit ; ut
dotibus Refra@ariis paulatim aut refipifcen-| fileam de me, quem, poft ornatum purpurà
übus, aur deficientibus, alii Operatiiincon-| Buflium , Clemens XI iifdem Mifhonibus
fufbi'es ricè ordinati, ac miffi ab Apoftolicis] præeffe voluic: ac etigm de aliis, qui Cardi.
Muntiis feu Vicariis ; ftationes decedentinm} nalis Buflii vefligia funt fecuti , &c. Archi.
nplerent ; quain rè Joann-s-Baptifta Cardi | Firm. pag, 75.
nalis Buffius , cum... . Mifiones illas etiam |
\ù
RAT OO ES, Cu em BE. - ER x M
s°
".DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. ‘307
gardée. comme nulle ; fa Confécration étant illicite, & qu'ils
etoit défendu, fous les peines Canoniques, tant à lui d'éxercer «
aucunes Eonctions Epifcopales , qu’à tous les Fidéles de com. «
muniquer avec lui, furtout dans ce qui regarde l’Exercice «
de la Religion. Ces Lettres du Papefurent publiées dans le «
Pays-Bas le 17 de Mars; mais Corneille n’en fur point ébran-«
le : il ofa conférer le Sacrement de Confirmation , & les Or-«
dres. Le châtiment cependant fuivit de près la défobéiffan- «
ce; car bientôt après le coupable , atteint d’une maladie«
mortelle, fut enlevé de ce monde le troifiémejour d’Awril , & «
deux de {es principaux Complices eurentle même fort, Jac- «
ques Kris Prêtre, qui s’étoit fort diftingué dans la conduite de
toute cette intrigue , & un Laïque nommé Donkens, dans la «
Mailon duquel Corneille avoir été facré , moururent fans «
avoir donné aucun figne de repentir. La verge de Seigneur«
étoit levée fur lesRéfraétaires ; & ils ne laiflérent pas de pécher«
encore contre lui, Les prétendus Chanoines d’Utrecht s'étant «
affemblés dans la Ville de Leyde, procédérent à une feconde«
Election, le 1 6 du même mois d'Avril : Corneille Berckman , «
Eccléfiaftique dela même Fa&ion , fut élà pour être leur Ar «
chevêque, Cette nouvelle portée à Rome affliges fenfiblement «
le Pape; qui, pour prévenir, autant qu'il étoit poflible, les «
mauvaifes fuires de cet A&e fchifmatique , rendit un Décreta
du 23 Août, déclarant la nouvelle Eleétion nulle, & invali. «
de ; & menaçant d'Excommunication l'EIlû , s’il prenoit le «
nom d’Archevêque; sil fe faifoit facrer , même par un Evé-«
que Catholique, ou s'il entreprenoïit d’éxercer quelque Fonc- «
tion Epifcopale , dans les Provinces-Unies ( 1)». .
La défobéifflance trop marquée de ces Eccléfiaftiques , réfo+
lus de ne plüs écouter la voix de l’Eglife, & de méprifer celle
de fon premier Pafteur, ne pouvoir que caufer au Saint Pere,
une afflition d'autant plus fenfible, qu’il aurait voulu pouvoir
procurer leur Salut, par l’effufion de fon fang. Dans l’amertu-
me que lui caufoit une fi grande obftination , il eut recours à
(1) Verumtamen iidem Refm@arii , vif
tante Domino in virga & verberibus iniqui-
ares eorum , appofuerunt a3huc peccare ei:
fi quidein Lugduni Batavorum jterum inani
“Canonicarum Ultrajeétinorum nomine af-
fumpto , 16 ejufdem menfs Aprilis alium
ÆCornelium nomine Berckman , Cliericum
fuaram partium , fuæque pertinaciæ partici-
pem, in Archiepifcopum Ultrajeétinum eii-
gere non reformidagnt, ‘Rei nyntiQ accep-
to, Benedi£us vehementer indoluit ; occur-
Hitque gravioribus , quæ timebantur , malis,
cdiris Litteris 23 Augufti, quibus præpofte.
ram , invalidamque eleétionem Corn<li
Brecxman rejecit, ac nuljam prorfus & irri-
tam declaravit , adje@ta in eum Sententia ex=
communicationis , fi Archiepifcopi nom
ufurparet, fi Confecrationis munus ab'ul
licèr Catholico Epifcopo reciperet, &c. Age
chi. Fir.pag. 77578.
Qqg i
Live
XL V.
Benoit XIII
REIMS A
LIVRE
X LV.
Benoîr XIII.
Hift, des Papes»
Tom, Vo. $36.
XXIL
Maniement dref-
fé par Sa Saiuteté,.
Sef. XXIII, Cap. 1.
de Reform
æ
308 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
la Priére fa reflource ordinaire : & en follicirant une Grace de
Converfon, pour des Enfans rebelles, il redoubla fa Vigilance,
& fes attentions fur une autre portion du‘ Troupeau, qu'il eut
le plaifir de voir toujours docile. Nous avons une nouvelle
reuve de fa follicitude Paftorale, pour l’Inftruétion des Fidé.
es, dans un Mandement, qui fut publié à Rome par le Cardi-
nal Paulucci; mais qui étoit de la compofition du Pape; car
fa Sainteté , dit un Hiftorien, n’employoit point une plume
étrangére, pour les fonctions de l’Epifcopat. Ce Mandement,
adreflé à tous les Curés de Rome, étoit conçu en ces termes:
« Fabricio Paulucci , par la Miféricorde de Dieu , Evêque
» de Porto , Cardinal de la Sainte Eglife Romaine, Vicaire Gé-
» ncral de notre Saint Pere le Pape Benoît XIII, &c.»
.… & Tous ceux qui fontchargés de la conduite des Ames, étant
» obligés par le Précepte Divin , exprimé dans leSaint Concile
» de Trente, de nourrir les Ames confiées à leurs foins, non-
» feulement par l’adminiftration des Sacremens ; mais encore
» par la Prédication de la Parole de Dieu , ce Saint Concile
“ne fe contente pas d’exhorter tous les Curés, mais il leur
» ordonne, & commande expreflément en plufeurs endroits,
» de faire, ou par eux-mêmes, ou par le miniftére de perfon-
»nes capables (s'ils ont des raifons légitimes de s'en difpen-
» fer) des Inftruétions courtes, d’un fltile aife, intelligible, &
»à portée de tous leurs Paroifliens. Ces Inftructions ( qu'il
»n'eft point permis aux Pafteurs d'’omettre les jeurs de Di-
» ane. & des Fêtes) doivent fe faire après là le&ture de
» l'Evangile, à la Meffe de Paroifle, & rouler fur les Vertus
» que les Fidéles doivent pratiquer , ou fur les Vices qu'ils doi-
»vent fuir. Les Curés peuvent aufli leur expliquer quelques
» endroits de l'Epitre , ou de l’Evangile du jour, en leur fai.
» fant connoître quels font, & de quelles fources viennenr, les
» effets précieux du Saint Sacrifice de la Mefle ;, où enfin leur
» expliquer de fuite lEcriture Sainte , fans entrer dans des
\
» Queftions inutiles ; fe contentant de leur apprendre ce qu'ils”
» doivent faire pour le Salut ; & s'appliquant furtout à péné-
#trer les cœurs de leurs Auditeurs, de la Loi Divine, afin
si jus en foient pleinement inftruits. Quoique lobfervation
» de ce Précepte ne foit pas abfolument négligé à Rome, puif- .
5 qu'il y a plufeurs Curés qui s’y conforment, avec une louable
» exactitude; fa Sainteté s’atrachant a 'enpenetr à la difpo-
vfition du Concile , ordonne très-expreffément à tous, & à
“un chacun des Pafteurs, du Clergé Séculier, & Régulier,.
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 308
Perpétuels, & Amovibles, de cette bonne Ville, d’éxécuter «
onétuellement tout ce quieft prefcrit fur cet Article, par «
À Saint Concile de Trente. Ainfi, dans les Bafliques, dans «
les Eglifes Collégiales, & dans les autres, où fe récite POf- «
fice Canonial, l’intention de fa Sainteté eft , que PInftruc-«
tion du Peuple n'empêche point l'Office , mais qu'elle fe fafle «
devant, ou après, ou dans quelque Chapelle entiérement fé- ce
parée, enforte que l’un de ces deux devoirs ne nuife en aucune
maniére à l’aucre.Que les Curés faflent de plus attention, qu'ils «
ne fatisferoient point à ce Précepte , en faifant feulement le «
Catéchifme les jours de Fêtes; car le Saint Concile diftingue «
ces deux devoirs. l’Inftruction ou la Prédication , & le Ca- «
téchifme : celui-ci eft réguliérement pour les Enfans ; & celle-là
pour les Adulres : le Concile ordonne clairement l’un & lau- «
tre, & en parle féparément. Et comme les paroles des Paf- «
teurs ont plus de force fur l’efprit des Peuples , le même «
Livres
XLV.
BENoîT XIII,
Re = = sf
Seff, V, Cap. IN
Seil. XXI1,C. VIIL
Sefl. XXIV, Cape
IV, & VIL
Concile veüt qu'on les avertifle, que chaque Fidéle eft obligé « -
d’aflifter à fa Paroifle, pour y entendre la Parole de Dieu , «
lorfque cela fe peut commodément, Le Saint Pere s’arrétant «
donc à cette difpofition, exhorte tous les Fidéles à entendre «
l’Inftruéion, qui fe fera à leur Paroiffe. Pour le préfent, fa «
Sainteté n’impofe aucune peine aux Contrevenans : Elle fait «
feulement fouvenir les Curés de ce devoir : Que fi dans la «
fuite, ils font négligens à le remplir (ce qu'Elle apprendra «
par les Vifiteurs, qu’elle nommera à ce fujet) outre le comp.«
te éxa&, qu’ils doivent rendre au Tribunal de Dieu, on pro.«
cédera encore contr'eux, par toutes les peines portées par le «
Saint Concile, & même per les Cenfures qu'on croira né. «
ceflaires, &c. » | |
Telle étoit la follicitude Paftorale de Benoït XIII. Telle fue
tojours fon attention, à obferver lui-même, & à faire obferver
aux autres, tout ce que le dernier Concile Général avoit jugé
néceflaire de prefcrire, pour le maintien de la Difcipline,
J'Inftruction des Fidéles, & le Salut des Ames. Afin d’exciter
la Vigilance des Pafteurs, & les rendre toujours attentifs aux
Devoirs de leur Miniftére , le Pape leur déclare, qu’il fera
inftruit de tout par fes Vificeurs : mais on peur bien afurer, que
ceux qui pouvoient négliger leurs je. ou leurs Peuples, ne
devoient pas "craindre de Vifiteur plus capable d'éclairer leur
‘conduite, & de remarquer ce qu’il y avoit de répréhenfble,
que le Pape lui même. On avoit plus d’une expériencé, qu’il
€ trouvoit fouvent, où on l’attendoit le moins ; & qu'il étoit
_Qai
Sollicitude Pafe
orale.
_3ro HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES.
Lrvrié
XLV.
Benotr XIIL
XXIV.
! Priviléges accor-
dés à différentes
Egjiles.
difficile de tromper fa Vigilance. IL eft vrai, que ce qui étoit
un fujet de crainte pour les uns ; réjouifloit, & confoloit les
autres, dont la Piété étoic édifiée par celle d’un Saint Pontife,
qui venoit unir fa Voix à celle de kur Clergé , pour chanter
enfemble les Louanges du Seigneur ; & qui aimoit à répandre
de Bienfaits , tant fur ces Lieux de Priére, que fur les Pafteurs,
qu'il reconneifloit appliqués à tous leurs Devoirs. |
Tous les jours le Saint Pere donnoit de nouvelles preuves de
fes attentions, à faire célébrer l'Office Divin avec toute la
décence poflible ; & à retever l'éclat des Eplifes, tant de la
Ville de Rome, que de l'Etar Eccléfiaftique. Pendant qu'il en
faifoit réparer, & embellir quelques-unes à fes Dépens ; il
accordoit aux aucres de nouveaux Priviléges; ou renouvelloit
ceux qui leur avoient été autrefois accordés ; mais dont elles
ne jouifloient plus We or long-tems. L’Eglife apellée de Sainte
Marie in Dominica, fut érigée par fa Sainteté en Titre d’un Car-
dinal Prêtre : & celle de Sainte Marie aux Martyrs, communé.
ment la Rotende, devint le Titre d’un Cardinal Diacre. C'eft
le magnifique Temple, bâti quelques années avant la Naiffance
de JEsus-CHR1ST, par Marc Agrippa, du tems d’Augufte,
& nommé Pantheon, pour marquer que c’étoit la demeure de
tous les Dieux. Mais ce fuperbe Edifice, que les Maîtres du
monde avoient pris plaïfir d'enrichir, & que l’injure des tems
n’a pü ruiner, eft encore moins célébre pour être une des plus
en & des plus belles Pièces de l’Architeure des Anciens;
que par les Monumens Sacrés de la Religion Chrétienne, de-
puis que les Souverains Pontifes , après lavoir purifié des impu-
retés du Pagamifme, l'ont Solemn®llement confacré au Culre
du vrai Dieu, fous l’Invocation de la Sainte Vierge, de tous
les Martyrs , & enfin de tous Îles Saints. Ce nouveau Titre
d'un Cardinal Diacre fut donné pour la premiére fois au Car-
dinal Nicolas de Jadice, que Benoît XIII venoit de revêrir de
la Pourpre Romaine (1). |
Sa Sainteté donna, ou rendit, le Titre d'Eclife Cathédrale,
avec les Droits, & lés Privilèges de Ville, à celles de Cingoli,
de Ponte Cervo, de Sezzia, & de Piperne. Mais , pour de bonnes
(1) Ecclefiam Sanétæ Mariæ in Dominica, ! præcelfis columnis, tn varii gene-
quæ Diaconiä erat, in Prefbyreralem Titu [ris Marmoribus confpicuum , fed etiam {a
lum erexit ; & Cardinali Cofciæ attribuic : Jcris Religionis noftræ monumentis celebre,
Ecclefiam verè Sanæ Mariæ ad Martyres , | Cardinalium Diaconism effe voluit , eamque
quæ vetuf fuit Romanorum Pantheon ,mag- [primd contulir Nicolae Cardinali de Judt-
nificentiflimè à Marco Agrippa conditum ,fce , &c. Æ#rchi. Firm, pag. 72.
hon folüm firmiflimæ molis miagnitudine’,| MRDURIEN D
Q
: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE, sr:
raifons, elle unit pour toujeurs, la premiéreau Siege d’Ozimo:;
Ja feconde , à celui d’Aquin ; la troifieme, & laquatriéme ; à celui
de Terracine. Le Pape traita avec encore plus de diftinétion la
Ville d’Urbin, qui écoit la Patrie du Pape Clément XI, & des deux
Cardinaux, Annibal & Alexandre Albani. Peu content d’avoir
accordé auxChanoinesde ceChapitre,plufieurs beaux Privilèges,
& divers Titres d'honneur, il confirma À l’Eglife d’Urbin , celui
de Métropole; déclara que le Siége de Gubio devoit être compté
parmi fes Suffragans, & lui fit préfent de la Rofe d’or, qu'il
avoit bénite felun la coutume (1).
Livre
X L V.
Benoît XIII
: SAR
L’Hiftoire n’a point oublié ce que Benoît XIII, dont la recon-.
noïflance égaloit la piété, continuoit de faire, pour étendre le :
cuire, & excirer.la dévotion des Fidéles, envers Saint Philippe
de Néri. Après avoir confacré., dans l’Eglife de Vallicella,
l’Autel de la Chapelle intérieure, où repolent les Reliques du
Saint , il ordonna que fa Fête feroit déformais chommée dans
la Ville, & dans tout le Territoire de Rome. Il-voulut de plus,
que cetre Fête fuc dans le rang de cellés, que le Souverain
Pontife a coutume de diftinguer , en tenant Chapelle , avec le
Sacré Collége, dans l'Eglife du Saint. C'eft ce qu'il pratiqua
pendant tout fon Pontificat, & ce qu’on a continue de pratiquer
après lui (2). Une longue Infcription, que les Prêtres de l’Ora.
toire firent graver fur la porte de cette Chapelle, fair mention
de plufieurs autres Dons , & Privilèges, dont fa Sainteté-ne
cefloit d'enrichir le Lieu , qui renferme les dépouîlles de fon
Bienheureux Prote&eur. | | | .
Le zéle de Benoît XIII lui faifoit trouver un faint plaifir, dans
cette fuite d’occupations, qui tendoient toutes à la Gloire de
Dieu, & à l'édification des Fidéles. Tout ce qui appartenoir à
cet Objet, faifoir une partie de fa (ollicitude Paftorale ; &
. l'application qu'il donnoit à une Affaire , ne le rendoïit point
diftrait fur une autre, jufqu’à ce qu'il en vit la confommation,
Nous avons remarqué avec quelle bonté de Pere , fa Sainreté
(1) Metropolim quoque Urbinatem Be- [cium eo in Templo celebrandum inter illa
nediétus benigre refpexit. .... Inter Suffra- Iretulic, quibus Romonus Pontifer cum ‘fa
pos Ecclefas Eugubinam guoque effe va. |cro Cardinalium Collegio interefle folet : &
uit, quæ haétenus jus Metropoliticum de- [non folim Benediétus quotanais, cm Ro+
tretaverat, omni fub'ata difputatior.e , ac ve. |mæ effet, interfuit , fervatufque Sabre eft
teri lite, quæ adhuc vigebat , extinétä. Præ- |mos, fed etiamipfe ferè quotidiè, præfertim
terea Rofam auream Ecclefiæ Urbinati dona- cm in Vaticanum reverteretur, ad Tem-
vit pro amoris fui fignificatione , & honoris |plum Vallicellanum defcendere , & ad'illud
incremenco , &c. Arcbi.. Firm. pag. 73,|Sacellam orare confuevit ; aluitque: etia
74- 4... © . [Pauperes, quieoin loco aflidue orarçnt, &c,
_ (2) Feftivitatis Divi Philippi folemne Of. \ Ibid. pag. 70.
\
512 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
avoit prévenu les Religieux de fon Ordre; paur que’, dans leur
, XLV prochain Chapitre Général, on travaillât férieufement à réta-
——— blir la Régularité ; & {ur-cout à élire un Supérieur capable de
BeNoîr XIIL Ja foutenir. Ayant enfuite appris que certe Ele@tion avoit été
‘faite tavec beacoup de Paix, d’unanimité, & en faveur d'un
digne Sujet ; le Saint Pere fe hâta d'en témoigner fa farisfa&ion,
ipar le Bref fuivant , qu'il adrefla au Général Elü :
A Notre cher Fils, Thomas RiPoLL, Dileflo Filio Thome R1POLL;
: A. | Maître Général de l'Ordre des Ordinis FF. Pradicarorum
te Ce 94 J41Ne . La) | . .
ed ain Gén FF. Précheurs. r: Masifiro General.
| BENEbiCTUS PP, XIII. .
| us |
PANNE Le Pare BEeNoîrT XIIL |
+ | _— | Dilecte Fili, Salutem, & Apofñto-
V1, pag: 566, . Salut, G* Benédiilion Apeftolique. -. licam Benedictionem.
I: ya long-tems que nous adreflions Uop 4 Patre Luminum fufis
À nos très-humbles Priéres au Pere des ®K precibus demiffe contendimus , nt
Lumiéres , pour qu'il lui plût accorder inclyto Predicatorum Ordini cum
à l'Ordre Éélébre des FF. Précheurs, preficeret Magifirum , cujus.exem-
un Supérieur Général; qui, par fes éxem- plis, ffudiis, curifque ad partas reli-
ples ,.fes foiñs, & fes attentions, en aug- g0/fiméi Inffitnti landes nova incre-
mentât la Gloire, & portât encore plus went Difcipline Regularis accede-
loin la vigueur de la Difcipline Régulié- rent, Domine fupplicibus votis an
re. Le Seigneur:a daigné : éçouter. nos #wentre, jam feliuer eveniffe rati [x
Vœnx ; &:nous en avons été perfuadés, us , cm tibi concordibus fuffra-
lorfqu’on nous a appris, que tous les gertium animis impofitum dileiis[fi.
Suffrages s’étoient heureufement réunis, -m2 Familie Minificrium accepimus,
pour vous ro à la tête d’un Ordre, Mec veremur, ne vigilantsa tua per-
qui nous eft très-cher. Nous ne doutons fpetliffime prudentie conjunila , tam
point, que votre Sollicitude , jointe à optaiis noffris, quam delaïi tibi mu-
pné prudence qui nous.elt très-connue, %eris officiis fit cumulariffime refpon-
ne réponde parfaitement à nos défirs, f#ra. Nos certe ,-non [olam pro ve-
# à l'érendue de vos obligations. Auffi teri tecum neceffitudine, quam in mi.
ne manquerons-nous pas de vous don- nortbus conffituts diligenter coluimus ;
ner dans toutes les occafions , des té- fed pre Caæholice quoque Ecclefie ra-
moignages réels de notre bienveillance rionibus enitemsur , ue nulle 1ibi define
particuliére, & de la Charité Apoftoli- precipne benevolentie teflimonia , €"
ane; puifque nous Ÿ fommes. engagés, pofolice follicitudinis, ac benigai-
non-{eulement à raifon de notre ancien- satis prafidia. Tibi igitur cblatam 4m
ne & étroite amitié, mais aufli pour plffimorum merirorum [egotem , te-
l'intérêt de l’Epglife Catholique. En ap- tigwe Ordini Comitlorum fuccef{um ,
plaudiffant donc au choix fi judicieux, letlionemque digniffimam gratula-
qu'on a fait de votre perfonne , nous #wr : Deumque Omaipotentem ob-
vous féliçcitons, de ce qu'il vous fournit fecramus, ut letitiam noffram uber-
une ample matiére de nouveaux méri- rimis rme fapientie, [olertiaque fruc=
tes ; & nous félicitons tout l'Ordre du ribws magis in dies confirmer ,
a asgeate
'X
7" DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 3153
mugeat. Ac ribi, dileile Fili, Pater- fuccès de cette Elegion En même teins
ne noftre charitaiis 1eflem, divini- nous prions le Tout-Puiffant d'augmen-
que Subfidii., C fecunde adminif- ter tous les jours notre joye, & de la
trationis aufpicem , Apoftolicam Be- rendre parfaite par les fruits abondans
neditlionem peramanter impertimnr. de votre fage & prudente Adminiftra-
| tion. Que la Bénédiétion Apoftolique,
Datum Rome spud. S. Petrum, que nous vous donnons avec beaucoup
Jub Annulo Pifcatoris, diexxr Mai d'affetion , foit pour vous , notre cher
1725, Pontificatés nofiri anno pri Fils, & un gage de notre Amour Pater-
me. | nel, & un préfage heureux du Secours
Divin, qui rendra votre Gouvernement
glorieux & utile.
A Romele2$ May 1725, la premiére
année de notre Pontificat. |
Peu de femaines après, le nouveau Général étant arrivé à
Rome, où la plüpart des Religieux, qui s’étoient trouvés au
Chapitre de Bologne, l’avoient précédé , ils furent tous admis
à PAudiance du Pape, & reçus avec les marques de la plus ten-
dre affe&ion. Le Pere Général fut d’abord introduit dans la
Chambre de fa Sainteté, qui lui dit bien des chofes obligean-
tes , en lui renouvellant les affurances de protettion, qu'elle lui
avoit déja données par fes Lertres Apoñtoliques. Le Pape, le
lïffant enfuite avec deux de fes Prélats Domeftiques, entra
dans la Sale, où il vouloir donner Audiance aux Keligieux, qui
s’y trouvoient en grand nombre, il les fit tous ranger autour de
lui ; & leur parla ainfi: |
« Mes Peres, ce que vous venez de faire dans votre Chapitre
Général de Bologne , a été pour nous un grand fujet de «
confolation. Nous n'avions ceflé de demander à Dieu, qu’il «
daïignât vous infpirer ce que vous deviez faire, afin.que vo. «
tre Election fut unanime, & en faveur d'une perfonne vérita- «
blement digne d’une fi grande place, Lorfqu’on nous a annon. «
cé le fuccès de votre Affemblée, nous avons levé les mains au &
Ciel, pour rendre nos très-humbles actions de graces à la «
Divine Bonté, de ce qu’elle n’avoit point méprifé nos Vœux : «
c'eft en effer une Bénédiction finguligre du Seigneur, qu’étant «
en fi grand nombre, & de tant de différences Nations , vous «
vous foyez néanmoins trouvés parfairemente réunis dans le'«
choix d’un Supérieur Général. Notre joye eft ici d'autant plus'«
fenfible, que le fujet , fur lequel font rombés tous vos Suffrages, «
étoit déja connu, & eftimé de nous: il avoit eû notre Amitié «
du vivant du Pere Cloche d'Heureufe Mémoire. Nous ne «
«pouvons donc que vous féliciter de certe Election, qui eft la «
Tome V'Z. | | Kr
Benoîr XIII.
D à
X XVI.
D'fcours de Sa
Saunteté aux Reli.
gieux de fon Or-
dre , aprés le Cha-
pitre de Bologne,
Bullar. Ord, Tom,
VI, pag. 566,
Em
LrvRE
X LV.
Bewoîr XIII.
314 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» preuve de votre fagefle, & le fujet de notre joye : nous nous
» en congratulons nous. mêmes, pour la part que nous y de-
» vons prendre, étant toujours votre Frere, Fils d’un même
» Pere, & portant le même Habit. Perche Siamo Vojtro Fratelo,
» figlio dellifleflo Padre ,e Portiamo lo Steflo Abito ».
Pendart que ce bon Pontife portoit fes tendres regards fur
tous fes Freres ; & que ceux-ci dhsnsient des larmes de joye;
fa Sainteté ajouta : « voyez à préfent, nos chers Fils , en quoi
» nous pouvons vous faire plaïfir ; & n'oubliez point de prier
» beaucoup pour nous, comme pour un Membre de votre
» Saint Infticue , qui nous a elevés à ce haut Rang, dont nous
» étions trés-indignes par nous mêmes. Dieu fçait que je ne
» ments point : foyez aufli perfuadés, que ce n’eft ni par diffi-
5 mulation, ni par une humilité affe&ée , que je vous parle de
» la forte : mes paroles font des paroles de Vérité. Encore une
» fois, priez pour moi ; afin qu'il ne m'arrive point ce qui eft
» arrivé à Saül : il avoit été choifi de Dieu, pour gouverner fon
» Peuple ; & vous fçavez quelle a été fa fin. Pour vous donner
» quelques marques de notre Bienveillance paternelle, comme
» Pape, & de notre Amour fraternel , comme Religieux , nous
» accordons à tous les Provinciaux , aux Définiteurs , & à tous
» les Eleteurs, ici Préfens, cinq cens Indulgences, dont ils
» pourront faire part à leurs Parens, & à leurs Amis : nous en don.
» nons trois cens à chacun des autres Religieux Prètres, &
» deux cens aux Freres Convers, qui fe trouvent aufli Pré-
» fens ”. |
Après cela, tous eurent la permiflion de baïfer les piés du
Saint Pere ; qui écouta avec la même bonté tout ce qu’on avoit
à propofer ; & réçut les Mémoires, que quelques Provinciaux
voulurent lui préfenter. La Bénédi&ion Apoftolique termina
l'Audiance ; & tous ces Religieux fe retirérent de la préfence
du Vivaire de Es us-CHRIST, comme les Enfans de Jacob
s’étoient autrefois retirés de celle de Jofeph, devenu le Sauveur
de l'Egypte : c’eft.à-dire, avec les mêmes fentimens d'admira-
tion, & de joye : mais d’une joye d’autant plus pure ; qu’elle
ne pouvoit être troublée par le reproche fecret d’avoir jamais
offenfé celui, que la main du Seigneur venoit d’élever fur leur
tête.
Le Clergé de Gravina, qui avoit autrefois éxercé la Vigilan-
ce, ( peut-être auffi la Patience) du Cardinal des Urfins, fournit
üne nouvelle Matiére À fon zéle, dans le mais de Juin de cette
année 1723. Pour expliquer ce fait, il fuffit de traduire ici un
_
-DE‘L'ORDRE DE $. DOMINIQUE... 315,
Bref de fa Sainreté à l’'Evêque de Gravina, Vincent Ferreri
Dominicain , Succefleur de Luccini.
_ Notre Vénérable Frere, Salut, & Bénédiftion Apofholique.
« Lorfque pour obéïr aux Ordres preflans du S. Siége, nous «
intérrompiîmes autrefois le cours de nos Vifites Epifcopales, «
dans le Diocèfe de Bénévent, pour nous rendre dans celui de «
Gravina, avec l'Autorité , & les Pouvoirs de Vifiteur Apoñfto- «
lique, nous n’avions rien plus à cœur , que de terminer pour «
LIVRE
XL V:
pa
Benoir XIII
SRE ULA GP.
XXWVIL
Bref de Sa Sais-
tsté à PEvèque de
G:avina.
Bullar, Ord. Tom
VI, pag. 567
toujours les Conteftations, ,” y avoit entre le Clergé, & «
quelques Seigneurs tempoyels, ou leurs Officiers. Nous ca- «
châmes même d’oter une bonne fois tout ce qui auroit pû «
faire renaître ces Difputes, qui font de mauvais éxemple «
pour les Fidéles, & qui troublent.la Tranquillité néceffaire «
aux Miniftres du Seigneur. Ce n’eft donc qu'avec une fenfible «
douleur, que nous apprenons aujourd’hui, que le Clergé de «
Gravina, peu foûmis aux Décretsde notre Vifite, en s’adreffant «
à la Congrégation des Cardinaux , prépofés pour juger les «
Affaires des Evèques, & des Réguliers, entreprend de renou-«
veller les mêmes Difputes , dont nous avions voulu tarir la
fource, après un Examen férieux, & par une Sentence finale. «
Notre #fecion particuliére, pour une Epglife, où nous avons «
été régénérés en JEsUs-CHRIST, par le Lo er & la «
confiance, que nous avons en votre Vigilance Paftorale, nous «
avoient déja engagé à vous écrire, pour vous charger fpéciale- «
ment du foin de faire éxécuter, & obferver fidélement ,toutce «
qui a été Régie fur ce fujet : & par ces nouvelles Lettres, nous «
vous He Fig d'employer votre prudence, & l'autorité de «
votre Miniftére, pour obliger les Parties, de s’en tenir religieu- «
fement à ce que l'équité, & le bien de la paix nous ont fait «
ftatuer, Lo ps les vingt cinq Articles, qui étoient la Ma- «
tiére, ou la Caufe des Conteftations. Nous voulons aufli que «
vous leur fafliez entendre , qu'il n’y a plus lieu de chicaner , «
puifque nous leur Gtons abfolument toute Voye d'appel. «
L'idée que nous avons de votre Vertu, ne nous permet pas «.
de douter, que vous m’entriez avec zéle, dans nos vüës, qui «
font uniquement de faire celler les Procès, & les Quérelles ; &
afm que le Saint Miniftére ne foit poinctroublé, ni les œuvres «
de la piété Chrétienne empêchées ,parlà chaleur des Difpæ «
ses , &c, Donné à Rome, le cinquiéme de Juin,1725;la&
feconde Année de notre Pontificat ».
Re 4 Rio
316 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvrexe Pendant que le pacifique Pontife ne refufoit pas fes foins;
XLV. our conferver la charité & l'union, dans une Eplife particu-
Benoëx XIN1, Liére5il travailloitavec encore plus d’ardeur, foit par fes Lettres,
= où par fes Miniltres ; à procurer une Paix Générale entre les
XXVILL Princes Chrétiens, particuliérement entre les Cours de Vienne
A & de Madrid. Après la longue Guerre, qui avoit armé prefque
Paix généra'e en- Toute | Europe , les deux Cours n’étoient pas encore bien d'ac-
Ces cord, au fujet de la Succeffion du Roi Catholique Charles IL'
Ce ne fut donc qu’en cette année 1725, qu'elles parvinrent
enfin à un dernier Accommodement, à ces Conditions, que
l'une & l’autre confervant les Titres de ces vaftes Royaumes,
l'Empereur Charles VI jouiroit desce qui avoit appartenu à
l'Efpagne, en Italie, & dans le Païs-Bas. Tandis que le Roi
Catholique, Philippe V demeureroit paifible Poffeffeur des pros
pres Royaumes d’Efpagne, & de toutes les Conquêtres, faites
par cette Couronne , dans les trois autres parties du monde,
'Afie, l'Afrique, & Amérique (1).
Ce fur fans doute, dit un Hiftorien, un Coup de la Providen-
ce , que l’agréable nouvelle de cette Paix, fi long-tems, & fi
ardemment défirée, fut portée au Saint Pere, dans le tems,
qu’il venoit de terminer fon Concile Romain : le Seigneur
voulant faire connoître par 1à aux premiers Pafteurs de fon
Eglite, qu’à proportion qu’ils s'appliquent à chercher le Royau-
me de Dieu, & fa Juftice, en avançant les Affaires de la Reli-
gion ; la Divine Bonté aime à faire cout réullir, pour Île bien:
général de la République Chrétienne. IL eft vrai que dans ce
même Traité de paix ( d’ailleurs fi conforme aux Vœux de fa
xxix. Sainteté )il y avoir un Article, contre lequel la Cour de Rome
Défendles Droits crut avoir un jufte fujet de fe récrier, & de prendre quelques
du Saint Siége. mefures. Pour ne donc rien négliger dans une Affaire de confé=
uence, le Saint Pere ayant aflemblé fon Confiftoire le onzième
de Juin, protefta expreflément contre cer Article, pour la dé-
fenfe des Droits du Saint Siége (2); & écrivit pour le même
( ) Dum hæc Romæ agebantur, inter mul- [quid in Italia, & in Belgio : Philippoverd ipfa
tiplices adeo Ecclefiæ curas , nil Pontifex in-| Hifpaniarum Regna, & quidquid in Afa,
termittebat de ftudio pacis inter Chriftianos | Africa, & America ad Hifpanos pertinet, ce«
Principes, ac præfertim inter Carolum VIfderent , &c. Archi. Firm. pag. 70, 71.
Cæfarem, & Philippum V Catholicum Hif-| (2) Unum tamen conceptam compofitæ
paniaram Regem procurandæ , inter quos| pacis Iætitiam turbavir ; quôd cæteras inter
poftquam de Hifpanica fucceffione did cer-| conditiones ea erat, quà Carolo Hifpanias.
tatum eft, licèt ab srmis foret temperatum, | rum Principi ,ex fecundis Nuptiis Philippi V
nihilominus 2 $ annis animorum diffenfjo in-| cum Elizabetha Farnefia primogenito , non
rerjeéta adhuc erat. Tandean his conditioni-| foldm Hetruriæ, {ed Parmæ etiain, aç Pia
bus coinpofira res eft , ut falvis utrique am- | centiæ fucceflio adjudicabatur : cum enim
pl'ilimorum Regnorum tisulis, Cæfari quid-{ Farncfi Principes has Civitates bencfciario
. DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 317
fujet les Lettres fuivantes à rous fes Nonces dans les Différentes
Cours où ils fe trouvoient. | |
« Vénérables Freres ; au milieu des Soins, & des Sollicitudes
del’Apoftolat, qui nous occupent continuellement, ilnous eft «
furvenu de nouveaux fujets d'inquiétude, d’une part, d’où «-
nous n’aurions dû recevoir que du foulagement, & de la joye. es:
Nous n’avons rien défiré avec plus d'ardeur , ni rien demande «
à Dieu avec plus d’inftance ; que de voir une union ftable, «
& une paix ri s’'affermir entre nos très- chers Fils en «
JEsus-CHrisrT, Charles élû Empereur des Romains , & «
Philippe Roi Catholique d'Efpagne ; n’y ayant rien qui Eee: ce
être plus favorable à l’accroiflement de la Religion Ortho- «
doxe, au foutien du Saint Siége, & à la tranquillité commune «
du Chriftianifme. Mais les Arcicles de ce Traité, qui font «
contraires aux Loix de ta Juftice, ont tellement troublé Ia «
douceur de cette paix défirée; qu'en même tems que nous «
nous réjouiflons de la paix faite , nous: fommes obligés de «
rejetter quelques Conditions , qu’on y a appofées. Outre les cs
autres Conventions contraires aux Droirs de la Sainte Eglife «
fur le Royaume de Sardaïgne, nous avons encore appris , que «
l'Empereur y donne à Don Carlos, Infant d'Efpagne, l'in- «s
veftiture, qu'il apelle éventuelle, des Duchés de Parme, & ce
de Plaifance, contre les Droies manifeftes du Domaine Sou- «e
verain du Saint Siége:fur ces Duchés. Or, c’eft une chofe que «
vous connoiflez déja fuffifamment , Vénérables Frere$ , vous «
n'ignorez pas avec combien de force, & combien à propos, «
le Pape Innocent XIII notre Prédécefleur d'Heureufe Mé- «
_ moire, s'eft appliqué à détourner ces fortes de defleins , par «
les Lettres qu’il a‘envoyées à tous les Princes Catholiques , «
& par une proteftation folemnelle , fignifiée au Congrès de «
Cambray ,'parun Miniftre revêtu d’un Caraétére pour cela ; «
& dépotée dans le Greffe Public, du confentement des Ma- «
giftrats. C’eft en marchant fur fes pas que vous avez conti- «
nué, pendant la Vacance du Saïinc Siége, vos foins ,-&. votre «
application, pour éloigner le tort, dont les intérêts du Saint «
Siège étoient menacés. Pour nous, qui, avec le Secours du «
Seigneur, ne craïgnons ni les fatigues du se ni les peines cc
de l'Efprit, pour la confervation d’une poffeflion Sacrée, dès «
jure à Sede Apottolica obtinerent ; nihil delebram Cardinalibus , de férvandis juribus
his ftatuendum videbatur , nifi ex Summi| Sedis Apoftolicæ in Parmam , & Placentiam,
Pontificis placito. Quare Benediétus , ‘accep-| adverfus initæ pacis conditiones proteftatus
to pacis Nunrio, in Senatu habito xx Juniil fuir, Ibid, pag. 75, 72. n
r il}
Livre
X L V.
Benoîr XIIL.
_XXX.
Lettres du Pape
Benoît XIII à {es
onces.
Hift. des Papes,
Tome Vo Pe 46.
L'IVRS
XLV.
Benoiîir XII
CSS EMPRSSERRy
Hi, des Papes »
Tome V, pag. 547.
XXXI.
Refléxion peu
fenfce d’un Ano-
nyme.
31$ HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» Je commencement de notre Pontificat, nous avons chargé,
» par des Ordres prefque continuels , nos Nonces Apoftoliques,
» de faire tous leurs éfforts, pour s’oppofer aux Traités qui
» pourroient être injurieux au Saint Siège : nous n’avons omis,
» ni n'omettrons dans la fuite, aucune partie de notre Devoir,
» pour conferver en leur entier les Droits du Sanctuaire. En
».attendant, nous avons cru devoir.vous communiquer d’abord
» la douleur, que nous avons reffentie de ces conditions injuftes,
» déteftant ouvertement leur injuftice, & voulant que ceci foic
» une Déclaration folemnelle de notre Défaveu, & de notre
» Oppofition. Dans la fuire nous n'omettrons rien pour avilfer
» à nos Affaires, par les autres remédes de Droit, & felun les
» Saints Devoirs de l’Apoñtolat, Mais aufli, une chofe qui …
» raflure , & qui ne nous donne pas une petite confolation , c’e
» la Juftice reconnuedeces grands Princes, leur religieux atta-
» chement pour ce Saint Sicge, & leur refpe& pour les chofes
» Sacrées. Ces confidérations ne nous laiflent nullement dou-
» ter, qu'ils ne donnent felon leur coutume , des témoignages
» illuftres , tant de leur Equité, que de leur Obéiffance filiale
» envers nous, & le Saint Siége, en rompant ces Padtes, &
» annullant ces Conventions , qui ne peuvent promettre une
» paix ferme, ni d'heureux fondemens d’une Principauté ;
» n'étant proprés au contraire qu’d attirer drag rares Divine,
»» & expofer les Royaumes aux plus grands dangers. Cepen-
» dant, Vénérables Freres, nous nous apliquerons à de Saintes
» Priéres, qui font des Armes Puiflantes auprès de Dieu ; afin
» que le Seigneur jette les yeux fur fon Héritage, & qu'il ne
> Dutfre pas ” nous recevions du dommage de la part de
» ceux, à qui il a commande de protéger, de défendre, & de
» foutenir les intérêrs de la Sainte Eglife, &c n. …
Cette Lettre, ajoûte effrontément un Ecrivain Moderne, fait
voir que les meilleurs Papes n'ont pas été éxempts d'une ambition
très-blamable. Réflexion peu fenfée, qui fait voir combien cet
Anonyme penfe peu lui-même à ce qu'il écrit (*). Eh, quel eft.
. | | ; | |
{(# L'Anonynre , content de cette belle
Réfléxion, ne dir pas un feul mot, pour
prouver que les prétentions du Saint Siège
ne font point fondées ; & ce qu’il ajoute ne
fait pas plus d'honneur à fon jugement.
ec Mais, dit-il, on peut faire grace fur cet
» article à Benoît XII/ , en faveur du loua-
5 ble deffein, qu’on lui attribue, d’avoir
#voulu rétablir entiérerment l'union dans
toute l’Eglife Chrétienne. en réunillant ve
en une feule Communion les quatre prin- ce
cipales Seétes du Chriftianifme ; fçavoir, æ
les Catholiques Romains , les Luthériens , «
les Réformés, & les Grecs». La façon , dont
PAuteur propofe ce prétendu Projet, & la;
maniére de l’éxécuter , font également chi.
mériques, impraticables, injurieufes à la vé.
titable Religion,
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 319
l'Homme judicieux, qui ofera accu'er.un Pape d’une æmbition
srés-blamable , parce qu'il n'abandonne pas lâchement ce quil
croit appartenir à fon Siège ? Ne feroit-il pas très-blamable au
contraire, & juftement acculé d’une coupable négligence, s’il
n’employoîit toutes les Voyes de droit, tous les moyens juftes &
légitimes, pour conferver à fon Siège, & tranfmertre à ceux
qui viendront après lui, ce qu'il a reçu de fes Prédéceffeurs »
D'ailleurs, la conduite roujours égale de Benoît XIII le met
bien au-deflus de tout foupçon d’ambition. Jamais Homme ne
fut plus éloigné que lui de cette paflion ; & jamais Evèque
_n'obferva plus réligieufement ce Précepte de JEesus-CHR1sT:
Livkre
X L V.
à
Benoïr XIII
mm mm
Rendex à Dieu ce qui ef à Dies, © à Céfar ce qui ef à Céfar.
Ne rapellons point ici les différens traits de fon Hiftoire, qui
peuvent être autant de preuves, que la modeftie, la générofité,
À défintéreffement , l'amour de l’équité, & de la juftice, étoient
fes Vertus naturelles. La Lettre même que nous venons de
rapporter ,& que l’Auteurinconnu donne commeune preuve de
fon ambition , montreroit plutôt que , fans être ambitieux, on
peut. être ferme, & foutenir avec force des Droits, qu’on croit
égicimes, & dont il n’eft point permis à un Pontife de fe laiffer
dépouiller , fans les défendre. Sur cet Article, Benoît XIII n’a.
pas befoin d’Apologie : & l'Anonime , qui le loue en cent en-
droits, avoit fort mal choifi celui, qu'il voubit faire fervir
à fa Critique. | |
Ce qu'il y a de certain, c’eft que toute l'ambition du Vicaire
de JEsus-CHrisT, fut toujours celle des plus Saints Papes,
c'eft-à dire, de faire connoitre, aimer, refpecter la Religion ;
de procurer de routes fes forces, la Gloire de Dieu, la tran-
uifliré des Peuples, le falut des Ames ; & de rendre à l’Eglife
fa premiére Beauté, en rapellant, autant qu'il étoir en lui,
tous es Fideles aux pures Maximes de l'Evangile , les Ecclé-
fiaftiques à l’efprit des Canons, & en vivant lui-même, comme
un véritable Succefleur du Prince des Apôtres, infiniment plus
jaloux d’imiter fes Vertus , que de faire ufage de fon Autorité.
À cela'tendoient toutes les Actions , les entreprifes, & les
Ordonnances de Benoît XIII. On ne fçauroit s’en former une
autre idée, en éxaminant de près toute fa conduite.
On a remarqué ailleurs , avec quel zéle le Serviteur de
Dieu , n'étant encore qu’Archevêque de Bénévent, avoit re.
commandé à tous fes Eccléfiaftiques , la Le@ure fréquente, ou
l'Etude des Saintes Ecritures; & quelles furent fes attentions à
leur procurer d’habiles Maîtres , pour les bien former dans cette
XXXII.
Zéle de Benote
XIII pour l'Etude
des Saintes Ecri-
tures.
LIVRE
XLV.
Benoîr XIII
La " =: EURE
XXXIII,
Et le Miniftére
de la Parole,
310 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Science , qui eft proprement la Science de la Religion. Devenü
Pape, il fit ce qui dépendoit de fon Miniftére , pour que ce qu'il
avoit fait pratiquer dans fon Diocèfe, fe pratiquât de même
dans tous ceux de l’Eglife Catholique. Il écoit perfuadé, comme
il le dit dans le préambule d’une de fes Conftitations, que le
grand devair d’un Pafteur , eft d’édifier, & d’inftruire les Fidé-
-les autant par.la connoiflance de tout ce qui appartient à la
Foi, que par la Difcipline des Mœurs ; & que rien ne contribue
tant à l’une & à l’autre, que la Méditation des Divines Ecritu-
res; puifque , felon l’expreflion de Saint Jerome, ignorer la
Parole de Dieu, c’eft ignorer la Vertu même de Dieu, & fa
Sagefle quieft JEzEsus-CHRI1IST. Surceprincipe, Benoît XILL
eût un foin particulier de faire obferver{par tout, les Décrets du
Concile de Trente, touchant la Prédication , & la Doctrine (1).
Il ne fe contenta pas de donner routes fes attentions , pour faire
établir un Théologal, dans routes les Eglifes Cathédrales; foit
de l'Italie, ou des Ifles voifines, dl
nance du Concile n’avoit pas été mife en éxécution : il voulut
‘encore SE tous les Evêques à rompre eux-mêmes le pain
de la paro
dans les termes les plus forts.
efquelles cette ordon-
e, à leurs Le & il leur recommanda ce Devoir
Souvenez-vous, leur difoit-il, que le premier, & le principal
devoir d’un Evêque, c’eft d'annoncer la Parole de Dieu. JEsu s-
. CHRIST, le Pafteur Eternel des Ames, vous en fait un Pré+
cepte, & il vous en a donne go ; lui qui enfeignoit tous les
jours dans le Temple. Ne foyez donc pas furpris, fi nous vous
exhortons fi fortement à remplir cette partie eflentielle de votre
Miniftére, il feroir bien plus furprenant, qu'après que les A pôtres
n’ont pas cru pouvoir négliger le Miniftére de la Prédication,
pour le fervice des Tables; çeux qui fonc les Succefleurs dés
Apôtres, ne fe fiffent pas aujourd'hui une peine , de commertre
à d’autres le foin d’inftruire leur propre Troupeau , tandis
qu'eux-mêmes confumeroient vainement leur cems dans des
Affaires temporelles. Laiflez donc, laiflez aux gens du monde
Je foin des biens de ce monde : confez aux Archiprècres, ou
+ (1) Paftoralis Officii noftri effe ducimus , doétrina confiftere debet , ut cunétos xdifi-
afiduo, enixoque ftudio curare, ut univerfa
facræ Tridentinæ Synodi Decreta ubique in-
violabiliter ferventur ; fed eorum pro cæte-
cent tam fidei {cientiä, quäm adtionum dif,
ciplinä , excitari maxime pofle confidimus
ad impenfius frequentandam tantopere ne-
ris executionem ftrennè promovendam, ur-
gendamque nobis effe arbitramur , ex qui-
bus majorem in Ecçclefia Dei utilitatem pro-
ventnrim fore confpicimus ; ac eos potiili-
num , querum opus in prædiçarione, &
ceffariam fanétarum Scriprurarum Leétio-
nem , quas qui nefçit, ut B. Hyeronimos
admonet ; nefcit Dei virtutem , ejufque {a-*
pientiam , nam ignorafio SCripturaruIm , ige
norano Chrifti eft, | os
aux
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 321
aux Archidiacres, le gouvernement des Veuves, des Pupilles,
& des Pélerins : & que votre partage foit la Leéture, l’Oraïfon,
J'inftruétion, l’afliduicé à sa ri , & à paître vos Brebis. Faites
Jeur entendre votre Voix, du moins tous les jours de Diman-
ches, & de Fêtes Solemnelles : Car c’eft de votre bouche, que
les Fidéles doivent apprendre la Loi du Seigneur, & le fens de
{es Ecritures (1). |
_ Ces vives exhortations du Saint Pere, & ces Avertiflemens
fouvent réitérés devoient faire d'autant plus d'impreflion, qu'il
les foutenoit par l’'éxemple. Tout ce qu’il vouloit perfuader à
ceux , qu'il honoroït comme .fes Freres dans l’Epifcopat, il
l'avoit toujours pratiqué ; il le pratiquoit encore dans l’âge
décrepir, & au milieu d’une als d’autres occupations, dont
fa nr de premier Pafteur, & de Souverain ne lui permettoit
pas de fe débaraffer. |
A yant appris que, dans l'Etat Eccléfiaftique, & dans la Ville
même de Rome; malgré la Vigilance des Magiftrats , il fe
commettoit plufeurs vols, plufieurs affaffinats, ou autres crimes
dignes de mort, & que la facilité d'éluder les pourfuires de la
Juftice , en fe jettant dans certains licux d'immunité , donnoit
de la hardiefle aux Malfaiteurs, pour continuer impunément
leur brigandage ; le Pape es les moyens d'arrêter ces
défordres, & de procurer la fureté Publique. C'eft ce‘qu'il fit
par la Conftitution, qu'il publia le huitiéme de Juin 1725,
touchant l’immunitédes Eglifes, & des autres lieux Privilégiés,
En renouvellant, & expliquant ce qui avoit été déja ordonné
par fes Prédéceffeurs se le même fujet, fa Sainteré déclare
exclus du droit d’Afyle, tous les Affaflins, & les Voleurs pu-
blics , quand même ils ne feroient tombés qu’une fois dans ce
crime : tous ceux, dont la violence auroït caufé la mort d’un
Homme, ou la mutilation de quelque membre, lorfque le
crime avoit été prémédite : les Fauffaires, & ceux qui entre.
Un de corrompre , ou d'altérer les monnoyes , même des.
Livre
X LV.
BEeNoïr XIII.
remaniement
XXXIV,
Il veille à la (=
reté publique. |
rinces Etrangers ; quand même elles n’auroient point çours.
dans le Commerce : Enfin, les Miniftres des Monts de Piëté,
(z) Epifcoporum munus præcipuum cm| confumant , & gregem interim quæ funt ad
fit verbi Dei prædicatio , quod {uo præcep-| Deum per fe dacere minimè curent,.,.,.
to induxit , exemploque firmavit æternus| Sollicitam im operam navent, ut fine in=
animarum Paftor, Chriftus Jesus, quotie| rermiffione fintipfimetin commiflis fibi gre—
die qui in Evangelio dicitur fuifle docens in gibus pafcendis affidui ; & vox Paftoris iny
Templo; non immerito ad illud pro viribus| Ecclefia , diebus falcem Dominicis, & So
exequendum noftros hic excitamus Epifco-| lemnibus Feftis, façras-in exponendo Scripe
pos ; ; nie ne fæcularibus ita intenri| turas, divinamque Legem anountiando , au
Soit ipñ , ut fupervaçcaneo cirça ea Jabore fe; diatur , &c, Come. Rom. Tir I, Cap. LIT,
Tome V'I,
e
322 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrveaz ainfquelesautres Dépofitaires des deniers publics, qui malver:
XLV. {croient dans leur Adminiftration. | |
————— Pourcereffet, le Pape annulla toutes les interprétations, don-
BENOÏT XIE mées à la Bulle de Gregoire XIV ; abolic les Pratiques de quelques
xxxv. Tribunaux particuliers, qui pouvoient être contraires à fa pré-
. APAdminiftræ fente Conftitution ; & exhorta tous les Supérieurs Eccléfiafti-
gion de la Juflice, ques, à livrer les Coupables, lorfqu’ils en feroient requis, & fur la
preuve du Délir ; jufqu’d rendre ces Supérieurs refponfables de la
perfonne du Criminel, fi leur faute, il venoïc à s'évader. Sa
. Sainteté'comprenoit parfaitement combien l’efpérance de l’im-
punité fervoit à faire multiplier les Crimes; & de quelle confé-
uence il écoit pour le bien public, de retenir dans le devoir,
du moins par la crainte du Châtiment, ces Hommes pernicieux,
qui ont perdu la craïnte de Dieu, & qui méprifent les Loix.
Ce n’étoit point d’ailleurs une févériré, mais plutôt une mifé-
ricorde, que de procurer la Tranquillité, & la furete des Peu-
ples, par le châtiment de ceux, dont la cupidité, ou la malice
troubloient leur repos, & ruinoient les familles.
XX XVI La Sollicitude Paftorale pour tous les Fidéles, & pour les
Au foulagement Sujets de l'Eglife , en particulier, engageoït Benoît XIII, à
des Peuples, chercher continuellement les moyens de les foulager en plu-
fieurs maniéres ; tantôt en continuant d’abolir, ou de modérer
quelques Impots ; rantôt en écoutant avec bonté les plaintes
u’on lui portoit, & remédiant aux Abus, dont on avoit raifon
: fe plaindre ; quelquefois en prévenant par fa Vigilance ce
qui pouvoit leur devenir nuifible. Ce fut dans cetre vüe, que fa
Sainteté envoya des Ingénieurs le long du Po, pour reconnoître
les dommages, _ pourroient caufer au Ferrarois les coupü-
res, qu’on avoir faites à cette Riviére, en vertu d’un Brefaccor.
dé à la République de Venife. Le Saint Pere fe vit en même
tems obligé de prendre de nouvelles mefures, finon pour abolir
ce qu’on apelloit les jeux de Génes, du moins pour empêcher
que les Sujets du Saint Siége n’y priffent quelque part. Le gain,
que des Particuliers en retiroient quelquefois, enflammoit la
Cupidité de plufieurs autres; & faifoit, qu’au mépris des Loix,
_& des plus rigoureufes Défenfes,on continuoit toujours quoique
moins ouvertement, dansune Pratique , que les perfonnes fages
ne croyoient pas pouvoir accorder ni avec la confcience,niavec le
bien Public {*) Le Pape ne laïfla pas de recevoir les repréfenta-
‘{*) On n’en penfoit pas autrement dan: | avoit fait publier un Edit, contre ceux qui
les Rats du Grand Duc ; & dès le mois de! s'intéreffoient aux Jeux de Gênes. Cet Edit
May 1724, ke Gouvernement de Florence] portoit en fubftance , que quiconque y con.
. DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 323
tions de quelques Miniftres, & de permettre, que cette Affaire fut Lrvyn+
éxaminé de nouveau ,avec un foin particulier ;maisilnecommit XL.
cer Examen qu'à des Hommes d’une capacité, & d'une probité Benoit XII -
.CONNUË, Fa nina habiles dans la Science de la Religion, & RER
daus celle du Gouvernement. Après tous ces Examens, plus xxxvar.
convaincu que jamais , que ces fortes de jeux ouvroient la por. Péfend Egoy-
te à un infinité de maux; & qu’ilsne pouvoient être quertrès-pré- jeux de harards
judiciables aux Peuples, en faifant négliger les Arts, & languir
le, Commerce ; & donnant oc plufieurs vols Domefti-
ques, le Saint Pere les défendic à cous les Romains, fous.de
griéves peines; & voulut que {es ordres fur cet Article fuflent
re à la rigueur. Il falloit donner un frein à la Cupidité ,&
le plus fort ne le fut pas toujours aflez. | .
Les chaleurs de l’Eté, qui font toujours fort grandes à Rome, xxxvirr.
ne.purent empêcher Benoït XIII, de vaquer avec la même A mes
application aux Affaires de l’Eglife ; ni d'honorer de fa pré- °°"
fence toutes les Solemnités, qui furent célébrées, dans les mois
de Juin, de Juillet, & d'Aoùût. Il donnoit aufli fes Audiences
ordinaires aux Ambafladeurs, & fes Inftructions aux Nonces,
qu'il envoyoit dans quelques Cours. Sa Sainteté propofa à la
Congrégation des Rites, la Canonization, qu’elle vouloit faire,
de 2 Bienheureux ; fit conftruire dans l’Eglife de Saint
Pierre ,un Baptiftaire felon l’ufage de la Primicive Eglife; don.
na fes vrdres à un habile Archire&e, & à un Peintre de réputa-
tion, pour faire rétablir, & orner l’Eglife de Saint Sixte , &
l'Autel, fur lequel Saint Dominique avoit coutume d'offrir les
Divins Myftères; si ar lAbjuration de David Mafanies Calvi-
nifte, & lui conféra le Sacrement de Confirmation; défendit à
tous les Evêques de Sicile, & à tous les Eccléfiaftiques de ce
Royaume, de rien faire de contraire à un Décret porté par
Clément XI, au fujet du Tribunal apellé de la Monarchie. Le
Saint Pere termina dans le même tenis plufieurs Procès ,‘em-
ploya fa Médiation pour réconcilier quelques Princes Romains;
& accorda diverfes Graces. Le Comte Léopold-Marie étant
venu prendre congé de fa Sainteté , pour s’en retourner à la
Cour de Vienne, le Pape lui fit plufeurs Préfens; & lui remit
une Couronne de Pierres précieufes, avec une Médaille d'or,
J
treviendroit, feroit condamné à deux cens[ mème aa banniflement , ou aux Galéress
Ecus d'amende ; & que les Juges , qui con- | Quant à la peine pécuniaire , le Peie étoit
moltroient de certe affaire, pourroient infli- | obligé de-payer pour fon Fils, le Mari pour
ge outre cela , telles peinesqu'ils jugeroient | fa Femme, & les Maftres pour leurs Domek .
propos , felon la gravité du délir, & laqua-| tiques, &c,
Aisé des Teanfgrefleurs, en les condamnant]
s{i
824 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvaz pour la Comteffle Orfini de Rofflemberg , Mere de ce jeune
XLV. Seigneur, & Parente de fa Sainceté. | |
Bros Pendant qu’on travailloit en diligence à lever les difcultés;
Benoîr XII. . | - ;
= qui empêchoient , ou retardoiïent l’accommodement, que le
XXX1IX. Pape vouloit procurer entre les Cours de Rome, & de Turin;
rene trs Pierre Capello, Ambaffadeur de la République de Venife auprès
de Venife, du Saint Siège ,ayanc fini le remsde fon Ambaflade, Benoît XIII
me voulut point le laiffer partir, fans lui donner quelque té-
moignage plus marqué de fon affection, & de l’eftime particu-
liere, qu'il faifoit de fa perfonne : ainfi cet Ambafladeur fut fait
Chevalier de l'Etole d'or, & de l’Epéron, par le Pape , accom-
pagné de plufieurs Cardinaux, & en préfence de la principale
Nobleffe de Rome, qui s’écoir affemblée dans la Sale du Confif-
toire ; où cette Cérémonie fe fit avec les formalités ufitées. Peu
de jours auparavant , fa Sainteté avoit Sacré quatre ou cinq
Archevêques Titulaires, de Méletine, d'Amafie, d’Ancyre, de
Corinthe, d’Anthios en Egypte; & avoit donne le ?a/inm, au
Pere Vincent-Marie d’Aragona, Dominicain, Archevêque de
Cofenza dans la Calabre. L’ancien Cardinal Del Judicé,
Doyen du Sacré Collége , étant dangereufement malade, le
Pape l'honora de fa Vifñte, lui donna plufieurs marques d’une
tendre Amirié ; & fe trouva depuis à fes Obfèques, felon l’ufage
qu’il avoit déja établi. | |
Nous pañlons fous filence une infinité d’autres a&ions de
Picté, & de Charité, donc cet infatigable Pontife donnoit tous
les jours de nouveaux éxemples , avec tant de perfévérance, &
de ferveur , qu’on eur dit, que comme la Priére faifoit fes déli.
XL. ces, le travail étoit auffi fa nourriture Il invitoit Îes autres,
Sages Libéralités. non-feulement par fon éxemple, mais encore par des libérali.
tés bien placées, à remplir avec foin toutes leurs fon&ions. Il
fit payer extraordinairement deux cens Ecus Romains, à cha-
cun des Votans de la fignature, & quatre cens à leur Doyen.
Ayant été informé, que quelques Miflionnaires dans le T'on-
quin venoient de Sceller de leur Sang, les Vérités de la Foi,
qu’ils y avoient prêchées ; & que la perfécution avoit ir
Ja Couronne du Martyre à plufeurs autres Chrétiens; le Saint
Pape remercia le Seigneur de la conftance, qu’il avoit donnée
à ces généreux Confefleurs de fon Nom; & travailla cependant
à les remplacer, en redoublant l’ardeur de fes Priéres, pour
7. plût au Maître de la Moiflon d'envoyer des Ouvriers à
fa Vigne. | |
Avant la fin du mois d’'O&tobre, le Saint Pere, après avoir
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 325
donné Audience à fes Miniftres, & confacré un nouvel Autel,
dans l’Eglife de Saint Sixte, fous l’Invocation de la Sainte
Vierge, & de Saint Dominique, fe renditau Couvent de Monte
Mario; pour y pafler quelques jours dans un plus grand re-
cueillement, loin du tumulte de la Cour. Mais les douceurs de
fa délicieufe Retraite furent plus d’une fois interrompues, tan-
tôt par la néceflité des Affaires, qu’il falloit expédier ; & tantôe
à l’occafion des Fêtes , qui le rapelloic de tems en tems à
Rome.
Sa Sainteté ne refufa pas de faire encore un petit Voyage,
pour répondre aux pieux défirs d’un Prince Romain. François.
Marie Rufpoli, ayant fait conftruire une Eglife Paroifale,
dans le Bourg de Vignanello, dont il étoit Seigneur, fouhaitoir
furtout que le Saint Pere fit lui-même la Dédicace de la nou-
velle Eglife , apellée de la Préfentation de la Sainte Vierge.
Pour cela, le Pape partit de Monte Mario, le our Dati No.
vembre, accompagné feulement de cinquante per
LiIvaz
X LV.
BeNoîÎT XII,
XLI.
Retraite à Monte
. XLIL
Petit Voyage
du Pape: 1
onnes ; alla
coucher à Monterofli, & arriva le lendemain fur les Terres du
Prince Rufpoli, qui vint le recevoir à demi-lieu de Vignanello,
avec le Prince Aléxandre fon Fils, & une nombreufe fuite de
Gentilshommes à Cheval. Le Pape alla d’abord defcendre à
l'Eglife de l’Ange-Gardien, qui eft à l'entrée de la Ville; &
après fa Priére, le Prince Rufpoli lui ayant préfenté les Clés
de ce Bourg, il les bénit, & les lui remit : après quoi il entra
dans le Palais, s’entrerint quelque tems avec la Princeffe Rufpo-
li, Epoufe du Duc de Gravina, & alla enfuite Vifiter l'Eglife,
dontil devoit faire la Confécration. L'arrivée de fa Sainteté avoit
attiré dans le Lieu un concours extraordinaire de Peuples, &
de Nobleffes ; & tous parurent encore plus touchés de la Piété du
Saint Pontife, qu'éblouis de l'éclat de la Solemniré, qui fe fie
avec une pompe religieufe. Pendant que fa Sainteté confacroit
l'Eglife, & le grand Autel, quelques Archevêques de fa fuite
firent la Confécration de plufieurs autres petits Autels (r),
Après avoir accordé diverfes graces, & fait plufieurs lar-
gefles aux Eglifes, & aux Pauvres, Benoît XIII partit de Vigna-
(1) Menfe Novembri ingentium Îaborum
quos in confecrandis Ecclefis, & Altaribus,
atque in ordinandis Clericis, & Epifcopis,
alifque Ecclefiæ Sacramentis miniftrandis,
Pontifex Romz {ubierat, minimè pertæfus,
etiam extra Urbem operam fuam defiderari
non eft paflus. Francifco enim Mariâ Ruf-
polo Cervereris Principi fuaunis precibus
petenti, ut novum Paræciæ Templum in ho-
norem Præfentationis Beatiffimæ Virpinis
Mariæ in Oppido Vignanello ditionis {uæ
confecraret , benisnè annuit : nec morà in.
je@à illuc fe contulit ; ubi Templum, &
Aram Confecravit, dum alii Præfules cætera
novi Templi Altaria dedicatent. Archi,
Firm. pag. 81,
si S f'iïj
XLIII.
Circonftances
de ce Voyage,
LIVRE
: XLV.
BENoîr XIII.
ç=crcmcmeeccu-rvmmernroner if
_ XLIV.
Clêture du Ju-
bilé,
326 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
nello le dixiéme de Novembre, laiffant par tout l’odear de fes
Vertus, & emportant avec lui les Bénédictions, que les Peuples
ne fe laoient pas de lui donner. Les deux Princes Rufpoli, &
quantité de Nobleffe, le conduifirent jufques fur les Terres du
Prince de Carbognano, qui vint au devant de fa Sainteté, pour
la complimenter. Le même jour le Pape fut reçu par le Car-
dinal Laurent Alrieri, à deux lieues de Monteroffi, où il paffa
la nuic. Leonzeil arriva à Monte Mario ; & le lendemain matin,
il fe rendit au Palais du Vatican. Peu de jours après fa Sainteré
fit aflembler en fa préfence , une Congrégation pour l'Examen
des Evêques. Elle inc enfuite un Confiftoire fecret, dans lequel
le Cardinal Paulucci, devenu Doyen du Sacré Collége par la
mort du Cardinal Del Judicé, opta les Eglifes d'Oftie , & de
Velletri. Le Pape propofa auffi différens Evêchés, fitués dans
les Païs des Infidéles, pour autant de Sujets deftinés à aller tra-
vailler à la Vigne du Seigneur, les uns dans les Provinces de
l'Afie, & les autres dans les Indes Occidentales. Sa Sainteté en
avoit déja Sacré plufeurs, pour l’inftruction , & la confolation
des Fidéles, mêlés parmi les peuples Hérétiques, fous la domi-
oation des Puiflances Proteftantes.
On touchoit déja à la fin de l'Année du Jubilé Univerfel. Le
24 de Décembre, le Pape fit la Cérémonie de fermer la Porte
Sainte, dans l’Eglife du Prince des Apôtres : tandis que trois
Cardinaux fes Légats faifoient la même chofe, dans les Bafili-
ques de Saint Paul, de Saint Jean de Eatran, & de Sainte Ma.
rie Majeure. Durant tout le cours de cette Année Sainte, la
Ville de Rome avoit été continuellement remplie d’une foule
incroyable d’'Etrangers de toute condition, & de toutes les Na-
tions, fans que cetre multitude y caufat jamais de la confufion,
ni du défordre ; on n’avoit aufli ceflé d'admirer les rares vertus,
& la follicicude vraiment Paftorale d’un Pape, qui donnoit fes
attentions à tout; appliqué aux Affaires de la Religion, com-
me fi ce feul objet occupoit toutes les penfées de Pn Efprit;
& vacant à fes éxercices ordinaires de Piéré, & de Charité,
comme s’il n'étoit détourné, ni partagé par aucune Affaire {1}.
. Nous avons remarqué que Benoît XIII avoit commencé
(x) Inter hæc anno Jubilæi 172$ felic'ter | ferune , fcilicet in Bafilica Divi Pauli viaOL
evoluto , præclaris adeo Religionis , ac pie- | tienfi Fabricius Paulucius Oftienfis ac Veli-
tatis tum exemplis, tum documentis Chrif-} ternus Bpifcopus , Sacri Collegii Decanus,
tiano Populo datis, 24 Decembris Portam| & Urbis Vicarius ; in Lateranenf Bencdictus
fanétam in Vaticana Principis Apoftolorum Pamphilius Archiprefbyter ; & in,Liberiana
Bañlica, folemni ritu claulit, quam & in| Petrus Othobonus S. K. E. Vice-Cançellae
aliis Bafilicis Cardinales Legaui à latore clau-[ rius. Archi. Firm, pag. 83 , Ra. |
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 327
l'Année Sainte , par la délivrance de plufeurs Prifonniers : Lrvwvre
& il voulut la terminer de même. Nous ne pouvons pas nous XL V.
flater d’avoir rapporté cout ce qu'il fit, dans ces jours de Salut, Brnoir XIIL
our la délivrance Spirituelle de ceux, que leurs péchés ren- ee
doient les malheureux Efclaves du Démon. Dieu feul connoît XL V.
l'abondance des Aumones, que le charitable Pontife répandit 52 Sainieré com
fur les particuliers, & fur les familles ; & les faintes mortifi- in A erfes
cations, qu’il éxerça fur lui-même, ostu attirer fur tous les a&tions de Piété
Fidéles les Bénédictions du Ciel, & l’efprit de Pénitence. Le
nombre de Converfions, que la Grace opéra dans les Cœurs ;
& dont les beaux Exemples de fon Vicaire fervirent fouvenc
d’occafon, ne fut point petit: On vit des Libertins fe retirer
des routes de l’iniquité, & des Hérétiques abjurer leurs Erreurs,
our vivre déformais dans la Communion de l’Eglife, & felon
lEforie de fes Loix. Plufieurs Infidéles de tout fexe, & de tout
âge abandonnerent l’Alcorañ, ou le Talmud , pour faire une
profeflion publique de l'Evangile. Le Saint Pere en de utile
quelques uns de fa main, après les avoir fait foigneufement
inftruire , & préparer à une nouvelle Vie. A fon Exemple, plu-
fieurs Evêques, dans différentes Provinces du monde Chrétien, xLvr.
travailloïent avec un nouveau zéle, à attirer les Infidéles à la | Fruits defes Ex.
Foi, & les pécheurs à la Pénitence. Sa Sainceré les en félicita, ne na
en les exhortant à perfévérer dans un travail fi digne des Suc- |
cefleurs des Apôtres.
Benoît XIII écrivit auffi plus d’une fois aux Archevêques, & xLvr1.
aux Evêques d'Efpagne, pour exciter de plus en plus leur Vigi- ,, 0 gui die
lance , fur rout ce qui appartenoïit au Service Divin, à la pureté page, us
du Culte, & au maintien de la Difcipline Eccléfiaftique. La
blüpart d: ces Prélats s’y portoient d'eux-mêmes, & par incli-
nation , & par devoir :ils n’avoient befoin que d’être fourenus
contre l’indocilité de leurs Inférieurs : & le Vicaire de JEzsus-
CHRIST NE se pas de leur donner toute la protettion,
qu'ils pouvoient défirer. Déja fous le Pontificat d’Innocent XIII,
quelques Evêques de certe Nation, particuliérement zélés pour
l'honneur de leurs Eglifes , avoient entrepris de corriger divers
Abus, qui s’étoient gliflés, & malheureufement autorifés dans
le Clergé, contre les fages Réglemens du Concile de Trente.
- La Réforme défirée paroïfloit d'autant plus néceffaire, qu’elle
“spas beaucoup contribuer à lédification des Peuples, au
alut des Fidéles, & à celui de leurs Conducteurs. Mais cela
ne rencontroit pas de petits obftacles ; & pour les vaincre
on s’étoit adreflé au Saint Siége. La Religion du Roi Catholi.
328 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livrz que Philippe V favorifoir encore la Piété des bons Prélats : Sa
XLV. Majefté avoit écrit pour le même fujet plufeurs Lettres au
Benoir Xi, Souverain Pontife, Enfin, le Cardinal Louis Belluga, Evêque
de Carthagène, s’éroit rendu à Rome, afin de follicirer cette
Affaire , avec tout le zéle, qu’on lui connoifloit pour l'honneur
de la Religion, & le Rérabliffement de la Difcipline. Le Pape
Innocent XIIT, preflé du même zéle pour la beauté de la
Maifon du Seigneur, donna fa Confticurion, qui commence À
ces mots : Æpoffolici Minifferii, & qui renferme en vingt-fept
Articles, les principaux Chefs, fur lefquels il éroit néceflaire
de faire une Réforme dans le Clergé Séculier , & Régulier
.d'Efpagne. Quelques-uns de ces Articles regardoient la naïffan.
ce, l'âge, la vocation, & les Mœurs de ceux, qui vouloient être
reçus dans le Clergé. Quelques autres marquoient quelles de-
voient être la conduite, l'honnêteté, & les Etudes de ceux qui fe
trouvoient déja engagés au Service des Autels. 11 y en avoit auf
touchant l’Exercice du Saint Miniftére, la prédication de l’E-
vangile, PAdminiftration des Sacremens, &c. La Bulle eft du
13 May 1713.
XLVIII. L'annce fuivante Benoît XIIT, étant monté fur la Chaire de
Ordonne l’éxé- Saint Pierre, ne différa point de confirmer, & de renouveller
ess Ses le même Décret Apoftolique; donc il ordonna très-expreflé-
ment l’Exécution dans tous fes Paines. Il fit fçavoir, tant à fon
Nonce en Efpagne, qu’à tous les Archevêques, & à vous les
Évêques de la même Nation , que fon intention étoic, qu'ils
tinflent la main à l'éxacte obfervation des Réglemens , afin
qu'aucun ne fut négligé, ni violé impunément. Sa Sainteté dé-
fendit en même tems à tout Supérieur Eccléfaftique, & à tout
autre Tribunal, qu’à celui du Succefleur de Saint Pierre, d’in-
terpréter, d'expliquer, d’affoiblir en quelque forte, cequiavoic
été fi fagement ns ou d'accorder quelque Difpenfe, fous
quelque prétexte que ce pût être. Le Saint Pere ne perdit plus de
vûé certe Affaire, & s'il voulut êtreinftruit de temsen tems, de
quelle maniére on obeïfloit aux ordres de fon Prédécefleur, il
renouvella auffi fouvent les fiens , pour les faire éxécuter.
| Ce qui ce pafloit dans un Canton de Suiffe n’attiroit pas moins
xLix. les attentions de notre Pape. Depuis quelque tems les Ma-
Entreprifes des giftrats du Canton de Lucerne , quoique tout Carholique,
Magiftrats de Le fiifojent diverfes entreprifes contraires à la Liberté de l’Egli-
cerne, : ° _
| fc, & à fes immunités. Le Nonce Apoftolique , Dominique
Pafonei, & l’Evèque de Conftance ayant inutilement effayé
des’y oppofçr, ne manquerent pas d’en inftruire le Saint Siège,
| &
6
: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 329
‘& le Pape fit éxaminer cette Affaire dans la Congrégation de
_l’immunité. Il donna cependant à fon Nonce les Inftru&ions,
qui parurent convenables, pour mettre À couvert les Droits, &
la Dignité de l’Eglife, fans irriter les Efprits, déja trop échauf-
fés, parce que fon intention, & fon plus ardent défir, étoienc
de les ramener par une conduite pleine de prudence, & de
ménagement. Mais les Lettres de ces Magiftrats, qui furent
depuis renduës à fa Sainteté, firent aflez comprendre que les
voyes de la douceur n'avoient pas encore eù l'effet défiré. Cela
paroît par le Bref même, que Benoît XIII adrefla aux Ma-
giftrats de Lucerne, dès le commencement de l'année 1726.
Ce Bref Apoftolique, qui fait connoître le Sujet, & l’occafion
de ces démêlés , étroit conçu en ces termes :
Le Pare Benoît XIII
? A nos chers Fils, Salut, € Bénédiftion Apofolique.
« ]1n°y a point de paroles, ni de larmes, qui puiffent expri- «
mer la cite douieue, que nous avons reflentie, lorfque, «
par les’ Lettres de notre Vénérable Frere , l’'Evêque de «
-Conftance, nous avons appris que quelques-uns d’entre vous, «
par un confeil précipité, & contre tous les égards, qui font «
_ düûs à l’Autorité Sacrée , avoient fait des chofes , que la Sainte «
Eghfe n’auroit jamais dû appréhender de la part de fes Enfans, «
bien moins de celle des Défenfeurs des LibertésEcclefiaftiques: «
& certainement fi cela étoitarrivé par la violence desEtrangers, «
Je SaintSiége auroit dû attendre de vous de l’aide, & du fecours «
-pour en repoufler l’injure. C'eft en effet ce que devroient vous «
infpirer & la dignité de votre Rang , & l’éxemple de vos «
Peres, de même que les grands témoignages d'amour de ce «
Siège envers vous, Jamajs, ni vos Ancècres, qui vous ont «
hiflé de fi beaux éxemples de vigueur, pour maintenir les «
Droits de l'Eglife ; ni nos Prédécefleurs, qui ont recompent!é «
Jeur zéle, en les honorant de plufieurs Titres glorieux ; ni «
enfin, aucün amateur de la gloire de fes Peres, n'auroient pü «
‘avoir la moindre penfée, qu’un jour il fe trouveroit une fi «
déplorable difpofition d’Efprits, & de Paflions , que ceux de «
Lucerne viendroiïent à combattre la Liberté Leclételt ais ,
& Îles Droits Sacrés : qu’ils: feroienr violence au Santuaire «
du Très Haut, & qu'ils ne craindroient pas de rirer au Tri- ««
banal Laïque les Miniftres du Seigneur ; les Difpenfateurs «
Tome VI, L | | Te
LIvRE
X L V.
Benoîr XIft
mue ne sf
L.
Lettre du Pape
ces Magifirats,
330 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livru »” des Myftéres de Dieu, qu'ils chafferoient du Gouvernement
XLV.. »de l’Eglife Parolfiiale le Curé, Pafteur des Ames, & du Trou,
Srnotr XL, » peau; & , ce quieft entiérement inoui, qu’ils ordonneroient
» de lui défigner un Succefleur, comme ayant été , par Sen-
» tence Laïque, prive de fa Jurifdiétion fpirituelle.
» Toutes ces entreprifes , que vous avez faites contre notre
# cher Fils, Chrétien-Léonce Ander-Mutt, Curé de Lingen-
» WiHenfém, nous ont été véritablement très-fenfibles. Mais,
» ce qui nous a afigés davantage, parce qu'il eft plus injurieux
» à Dieu, c'eft qu'ayant vû que plufeurs avoient horreur de
# ces indignes confeils, vous avez obligé le Sénat, de jurer
» qu'il ne A défifteroit jamaïs de ces encreprifes : comme fi,
» par une perverfité Hérodienne, l’interpofition de la Religion
» du Serment devoit confirmer la hardiefle de fouler aux piés
>». l'Honneur de Dieu, & des Sacrés Canons. Un excès de zéle -
» pour cet honneur s’eft emparé de notre Efprit, & nos yeux
» fe foht écoulés en larmes, en faifant attention à l’indignité
_» de vous ces faits, aux fcandales des Fidéles, au deshonneur
» de cette fervitude , & au péril de vos Ames : & dans le tems
» que nous étions occupés, en gémiflant, à crier au Seigneur,
# par de chants de tribulation, on nous a rendu vos Lettres,
» dans lefquelles nous nous attendions de trouver les témoigna.
» ges d’un repentir falutaire : maïs elles n’ont fait qu'augmen-
»“ter la douleur de nos playes , par la témérité des plaintes
» fort améres, que vous y faites, d’une maniére peu digne de
» votre gravité , contre notre Vénérable Frere, Dominique
» Archevêque d’Ephefe , notre Nonce, & de ce Saint Siége. Si
» ce Prélat s’eft retiré de votre Ville, & a transféré à Aftorf
» le Tribunal de fon Miniftére , il l'a fait, non par quel-
_» que animofité, ou offenfe particuliére, dont il eft très-éloi-
» gné; mais par notre ordre. Dans toute fa conduite il s’eft
-» éxatement conformeé à nos intentions , & à ce que nous lui
# avions prefcrit : car, nous n’avons pas jugé qu'il fut conve-
» nable, qu'un Nonce Apoftolique fe trouvât préfent en un
» Lieu, où la Liberté de l’Eglife 2e violée avec tant de licen.
» ce; & nous avons cru que nous devions plutôt avoir foin,
» que ce S. Siège parut du moins détourner les yeux, de deffus
» les entreprifes hardies, & peu méfurées, dont il ne lui étoit
» pas'poflible de détourner vos Efprits. Nous avons efpéré que
»cela même pourroit vous faire reflouvenir de vorre devoir, &
» vous être un motif de corriger vos fautes , & de fuivre défor-
‘mais les Iouables enfeignemiens de refpet, plucôt que les
: DE L'ORDRE: DE S DOMINIQUE. 33r
chofés mauvaifes, qu'on doit éviter; lefquetles étant mal-« Lrvrx
_ Sant d’imirer, il left encore plus de les employer pour fou-« XL V.
tenir l'erreur. Ramenez donc à des confcils Salutaires, para pes
une jufte correétion, ceux d’entre vous quai n'ont. point eù « RAS RE
honte de faire, ou de confeiller, ce qui n’eft point felon' les «
Loix : effacez certe tache, faite à votre réputation : aboliffez «
tout ce qui a été entrepris contre la Difcipline Canonique; & «
délivrez ainfi notre Efprit du chagrin de fe voir obligé d'em- «
ployer de plus puiflans remédes. Enfin , nos chers. Fils. ,
avec les fentimens de Charité, que vous pouvez facilement «
remarquer dans ces gémiflemens Paternels, nous vous don- «
nons la Bénédiction Apoftolique. À Rome le 3 de Janvier «
1726 la feconde année de notre Pontificat ».
On ne fcauroit fans doute ne pas louer cette fage modération
du Pape ; & on ne peut excufer les démarches irréguliéres de
ceux de Lucerne ; qui avoïent vifiblement entrepris fur la Ju-
rifdiétion Eccléfiaftique; & qui foutenoient une premiére faute, Lt
par une feconde encore plus inexcufable, Mais céla n'a point Cñ'ique maïgne
empêché, que l’Auteur Anonyme de l’Hiftoire des Papes, qui .
rapporte tout le Bref, que nous venons de tranfcrire , ne fe
foit expliqué , À {on ordinaire , d’une maniére peu décente,
Toutes les fois que cet Ecrivain, d'ailleurs-peu éxa& , à occa-
fion de parler de quelques démêlés entre les perfonnes Ecclé-
- fiaftiques, & celles du Siécle, il Juge en dernier reffort en fa-
veur de celles-ci, & lance quelque trait fatyrique contre celles-
H. Eft-il donc impofhble que la Juftice foit quelquefois de leur
côté ? L'Hiftorien femble le fuppofer ; & il nesembarrafle pas
de cet Examen : il veut décider, & condamner , & il ne fait
pas attention que fa partialité trop marquée ne peut faire rort
qu’d lui.même.Quelleidée nousdonne-t'il de fa droiture, & de fon
jugement ? Mais que faut-il penfer de fon Orthodoxie? 11 croyoit
déja voir les Lucernois , À la veille d'imiter.les Canrons Pre-
tæftans, en fe féparant de l'Eglife Romame, & il applau- LIL
difloit (*). Nous fçavons cepe: sk, ve les Lettres de faSdinteré, , La ie :
& fa conduite toujours règlée par la Charité, & lk prudence, votes du 4e
préparérent Les Voyes à un accommodement. Les:coupables ne commodemeut,
firent point Schifme ; & le Nonce Paflionei fut depuis honoré de
la Pourpre, qu'ilavoitr méritée par fes calens , & par fes fervices.
) Ville, & ferma leur Collége. 1! réfolur en ce
æ toit la fermeté du-Roi de Portugal, dans |mémo rems de-ne plus répondre aux Mé- «e
» fes démêlés avec la Cour de Roine:.car le |moires , & Brefs de la Cour de Rome »,
wo Magifirer-chafla enfin les Jéfuites de fa] Tom, F, pag. 556...
Ttij
- f*) « Le Canton de Lucerne , ditil ; imi-
LrvRrEez
X LV.
Bexwoîir XIII
LIEBL
Nouvelles atren-
tions pour la Sû-
reté publique,
Infulaires Affaf-
fins.
LV,
| Arrêtés, & pu-
ais par ordre du
Pape.
332 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Au refte , le zéle de Benoïîc XIII pour le maintien de {a
Difcipline, & la défenfe des Immunités Eccléfiaftiques , ne
le rendoit pas moins attentif à tout ce qui pouvoit intérefler
le bon pes 2 & la police, particuliérement la fureté publi-
que. Nous avons v ce.que le zéle dela Juftice lui avoit infpiré;
& ce qu’il avoit déja ordonné pour empêcher, que l’Afyle ou-
vert, dans les Lieux Saints, à des malheureux, ne devint pour
es Scélérats une tentation, ou une occafion de commettre
plus. hardiment de nouveaux crimes. Sa Sainceté renouvella ces
mêmes ordres, au commencement de cette année ; & ce qui y
donna occafion fut la nouvelle, qu’on apprit à Kome, du fait
que nous allons rapporter. |
Une Barque Françoife , nommée /e Saint Jofeph , arrivée de-
puis peu des Echelles du Levant à Civita-Vecchia, avec l'argent
provenu de la Vente de fes Marchandifes, étoit partie de ce Port
pour retourner en Provence, ayant à bord quatre Siciliens, &
un Maltois, qui faifoient partie de l’Equipage. Ces cinq Infu-
laires ( que les plus grands Crimes n’effrayoient pas) complo-
térent entr'eux d'affafliner le Patron, le relte de l'Equipage, &.
les Paflagers ; de fe partager enfuite l'argent ; & de ré fauver
dans la Chaloupe, laïflant tous ces corps morts dans la Barque,
& la Barque au gré des Vents. Ce qu'ils avoient refolu , ils
l'exécutérent dès la premiére nuit. Mais la Juftice de Dieu ne
permit pas qu’un fi noir attentat fut long-tems caché, ni qu’il
demeurac impuni. Un Matelot François, qui avoit reçu plu.
fieurs coups de Poignard, n’en étroit pas mort; & lorfque les
Affaffins fe furenc jettés dans la Chaloupe, pour faire leur route,
il eut le courage de faire la fienne. Seul au milieu de tant de
Cadavres, couvert lui-même de fang, & de playes, il gouverna
fi heureufement la Barque , en reprenant la route de Civita-
Vecchia, qu'il y arriva fept ou huit heures après les Meurtriers.
Ceux-ci y avoient été reçus comme des Marelots échappés d'un
nauffrage; & comme on ne les foupçonnoit de rien, ils avoient
eû la liberté, & le tems de fe retirer, où bon leur fembloit.
Mais le Matelot François ayant fait fon rapport aux Magiftrars,
ils envoyérent des Gens après les Affaffins ; & l’un des cinq fut
d'abord arrêté à Cerneto. Les quatre autres s’étoient retirés à
Rome, dans l’efpérance ou d’y être inconnus ; ou de trouver
un refuge dans quelque Eglife. Le Saint Pere, inftruit de tout,
donna des ordres fi précis, que ces Montres furent enfin de-
couverts, & punis comme ils le méritoient. La douceur naturelle
du Pape lauroit peut-être engagé à leur faire grace de la Vie,
JE me
Ca. Es SO
Té-- — Le -+
OO OO OSEO LR O3 +7
CR ne
OR Lt CO + 4
‘DE L’ORDRE DES. DOMINIQUE. 333
s'il avoit pû la rendre à ceux, à qui ils l’avoient fi inhumaïne-
ment ôtée ; ou fi, dans un cas aufli extraordinaire, il n’eut été
d’un dangereux éxemple d'empêcher le cours de la Juftice.
Ces Ades de févérité {ont affez rares dans l’Hiftoire d’un
Pontife, dont la charité, & la compañlion pour le prochain
faifoient le caratére. Mais fes ations de Religion, de piété, &
de générofité pourroient remplir ce Volume; comme elles
remplirenc tous les jours de fa vie : il ne cefloit pas d'en don-
ner de nouveaux éxemples. Sa Sainteté jugea à propos d’aug-
menter de cinquante Ecus par mois, les Revenus atrachés ia
charge de Grand-Pénitencier : & afligna une nouvelle Penfion
fort confidérable , à la Princefle Ciémentine Sobiefki, qui
s’étoit retirée pour un tems dans un Monaftére de Rome. Com-
me le Saint Pere avoit donné, l’année derniére, le Voile de
Religion, à deux Princefles de la Maifon Pamphile ; il reçut,
Le. mois de Janvier de celle-ci, leurs Vœux folemnels ; &
fit à ce fujet un Difcours fort touchant, en préfence de treize
Cardinaux, & de la principale Noblefle de Rome. Après cetre
Cérémonie, le Pape fe rendir à l'Eglife des Saints Jean & Paul;
& mit dans une Urne de Porphire, les Corps de ces deux Saints
Martyrs, qu’on dit avoir été de la Maifon des Urfins. Les Reli-
ques furent portées en Proceflion , & placées ‘dans la même
Eglife , que le. Cardinal Paulucci venoit de faire réparer, &
orner avec beaucoup de magnificence. | | |
Pendant que par l’ordre de fa Sainteté’ & fous fes yeux, on
travailloit en diligence, à tout ce quiappartenoit à la prochaine
Canonization de plufieurs Bienheureux ; le Saint Peretravailloit
lui-même, avec la même application , à mectre de l’uniformité
dans les Ordres Réguliers; à en corriger divers Abus ; & à don-
per une nouvelle vigueur à la Difcipline Monaftique. 1] fit pu-
blier un Décret, pour défendre à tous les Religieux, qui avoient
embraflé un Inftituc, où la Clôture fait une partie de la Régle,
de pafler , fous quelque prérexte que ce püt être, & fans une
exprefle permiflion du Saint Siège, dans un autre Ordre, qui
n’eft pas de même obligé à la Clôture; quand ce feroit un Ordre
Hofpitalier , ou Militaire. Sa Sainteré avoit fans doute de
juftes raifons pour en ufer ainfi : foit pour arrêter la légé-
reté , ou l’inconftance naturelle de quelques Particuliers ;
foit auf pour maintenir plus fûrement la paix, & la Difcipline
dans les Communautés, en s’opofant à ce qui pourroit y mettre
de Îa confufion. Afin que l’ordre de la Juftice fut éxatement
obfervé , dans tous les Tribunaux de la Cour Romaine, où
| Te
L VA à
X LV.
BErNoir XIII,
LVI.
Libéralités, &
attions de Piété.
Archi. Firm, p. 83
LVIL
Réglemens pour
le bon ordre, &
la Difcipline.
’
334 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livery tant dedifférentes Affaires font portées de toutes les parties du
XLV. monde Chrétien; le Pape jugea à ar d'établir un Vifiteur
Benoîr XIIL
Dr ee gd
Général, qui auroit infpetion fur
qui prendroit connoiflance de la maniére, dont on y procédoit
es différens Tribunaux ; &
pour traiter, & décider les Affaires. Ce Vifiteur, pris du Sacré
À " Collège, devoir éxercer fa Charge l'efpace de dix années; & le
Cardinal Vincent de Petra, qui avoit déja rempli avec beau-
coup de capacité, & d'Honneur, de grands Emplois dans la
Cour de Rome, fut le premier à qui Benoît XIII confia ce-
Qui.ci (1).
LVIIL. Pour ôter un fujet de difpute, trop fouvent renouvellée, le
Q Ordres fgrifiés Saint Pere déclara une bonne fois , que l’Evêché de Ferrare
PIE éroit, & devoit demeurer, Suffragant de l’Archevêque de Ra-
| venne , nonobftant quelques Décrets contraires , obtenus en
certaines occalions par les Evêques de Ferrare. Sa Sainteré fit
auffi avertir les Evêques de Pavie, de Lucquæs, de Warmie en
Pologne, & de Cuença en Efpagne , qu'ils euflent à déclarer
au phatôe, quelles Eglifes ils reconnoifloient pour Métropoli-
taines. Cependant les Chevaliers de l'Ordre de Saint Etienne,
à la recommandation du Grand Duc de Tofcanne, obrinrent
d'être admis déformais à l’Audience du Pape, avec les mêmes
Honneurs qu’oû accorde aux Chevaliers de Malte. Peu de tems
après fa Sainteté accorda aux Dominicains , pour différens
Colléges d'Italie, le Privilége de pouvoir donner les Dégrés
jufqu’au Doctorat inclufivement : ce qui ne contribua pas peu À
augmenter dans ces Colléges, l'émulation, & le nombre des
Etudians.
LI1X.
‘Le Pape
Le Pape paffa à fon ordinaire, les derniers jours de Février,
édife & les premiers de Mars, dans fa Retraite de Monte Mario; ou
fes Freres dans le vivant avec fes Freres comme l’un d'eux, il continuoit à les
Couvenrde Mme édifier par une ferveur , qui fembloit fe renouveller tous les
Dario.
jours. Les Religieux de Saint Dominique, fi fouvent honorés
de la Préfence du Vicaire de Jesus-CHrisT, & de la douceur de
fa converfation, pouvoient bien dire, ce que Pierre de Cluny
. (1) Nihil tamen el:pfo expiationis anno
de pieçaris operibus Pontifex remifit . ....
Tunc croco abfolvendifque caufts co-
gum , quibus Sacræ & Chriftianæ Apotheofis
honor decernendus erat ;-& Repulares Or-
dines ad fanétiorem veteris difciplinæ nor-
mam traducere...,.. Decrevit es , Ut
qui ex Monafticis, aliifque Regularibits Or-
di-tbus ad Epifcopatum affumuntur, fi apud
Eccieusas bi comnniffas kon commorentur,
aut fi illas dimittant, ad clauftra Ordinis fui
revertantur. Ut verd in Romana Curia, ad
quam ex univerfo Orbe caufæ dirimendæ
confluunt, juftitiæ ordo adamuffim fervare.
tur, Vificatorem fatuit unum er Romanz
Ecclefiæ Cardinalibus fingulis decenniis, ac
primo loco Provinciam banc demandarit
Vincentio Cardinali Petræ , inter ampliffrs
musera diu in cadem Guria verfato, Archi.
Firm. 9. 81, 63.
|
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 335
écrivoit autrefois à Saint Bernard, après quelques Audiences,
que lui avoit donné le Pape Eugène III : « Je n’ai cronvé dans ces
pat d'entretiens, qne la tendreffe d’un Pere , que la fami- «
liarité d’un Frere, que les artentions d’un Ami. I m’écoutoit «
avec patience , & me donnoit des réponfes promptes, & dé- «
cifives , non comme un Supérieur à fon inférieur , mais «
comme fi nous euflions été deux égaux ...Ni le fafte , nice
l’Autorite, ni la Majefté ne fe refervoient rien ; tout étoit «:
pour la juftice ‘pour l'humilité, pour la raifon. Si j'ai deman- «
dé quelque chofe, ou l’on me l’a d’abord accordé ; ou s’il a «
fallu me le refufer, j'ai vâ fans me plaindre, étoit jufte «
de le faire ... Je fçai qu’il n’eft point extraordinaire de voir «
un Souverain Pontife honorer l'Etat Religieux ; mais ce qui «
eft bien rare, & bien nouveau, c'eft de n'avoir remarqué, «
ni dans fa conduite, ni dans fes difcours , ni dans fes maniéres, «
rien qui ne fut obligeant & agréable ».
Ceux à qui il étoit donné de converfer fouvent avec Be-
noît XIII, & d’ufer de cette efpéce de familiarité, qui ne lui
déplaifoit pas, auroient pû ajouter, qu'ils n’avoient jamais re-
marqué en lui, rien qui ne fut faint, & édifiant; puifque toutes
fes paroles fembloient être dictées par la Charité, ou l’humi-
lité Chrétienne ; & que routes fes actions étoient autant de
leçons de vertu; & fes éxemples autant d’exhortations à la
Piété, & à la Sainteté.
Livre
X LV.
ne |
BEnoîr XIIL
Drm mme qu
none, di De CE CS, En. ln are rr
La ae PER. 7 . Sr à
Après avoir donné, dans notre Eglife de Monte Mario, l'or Lo. ,
dre de Prètrife au Comte Fréderic-Charles de Sceau, le Pape saintes A@ions
revint au Vatican pour le jour des Cendres : & ce fut alors qu'il pendant le Caré-
remit fes Homélies, au Cardinal Marini, qui fe chargea d’en ”*
vérifier les citations, & de les faire imprimer, Les Pauvres, &
les Malades de prefque tous les En Dr 4 de Rome, recçurene |
de nouvelles preuves des attentions du charitable Pontife, quiles
.vifica plufieurs fois, adminiftra lui-même les derniers Sacremens
à quelques-uns ; & les prépara à une mort Chrétienne. Sans
entrer dans le détail desautresaétions de fa Sainteté, pendantle
Carême,nous nous contentons de remarquer ,que le 2 $ de Mars,
Fête de l’Annonciation de la Sainte Vierge,le Pape accompagné
de trente Cardinaux, tint Chapelle dans l'Eglife de Sainte Marie
fur la Minerve, où après la Mefle, & avant la diftribucion des
Dots , deftinées à un grand nombre de pauvres Filles, fa Sainteté
donna le Palium, au Cardinal de Polignac, qu’elle avoit déja
Sacré Archevêque d’Auch. On a obfervé comme une marque
de diftin@ion, & d’une affection finguliére , qu'en donnant le
Liveaz
XLV.
Benoitr XIII.
ne nn —ÿ"#i
LXI.
Pauvres foulagés.
LS
L'YII
Baptème de plu-
ficurs Infiéles,
e
0
»
LXI1II.
Coufécration de
FEolhfe de Saint
Jean de Latran,
336 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Pallium à ce Cardinal, le Pape lui fit préfenc de trois Eguilles
d'or, enrichies de Diamans, & de Rubis, pour attacher le
Pallium : c'éroit les mêmes, dont fa Sainteté s’étoit fervie, de.
puis fon Exaltation. Après la Cérémonie le Pape entra dans le
Couvent ; & dina au Réfeétoire avec les Religieux. Le lende-
main il vifira les Arfenaux de Rome, & fit mettre féparément,
tout ce qu’on y reconnut n'être plus d’ufage, pour le faire ven-
-dre au profit des Pauvres. Sa Sainteté avoit déja ordonné, que
tout çe qu’il pouvoit y avoir de fuperflu, dans fes Meubles, &
dans fes Habits, futaufli vendu , & employé à l’achar de quelques
Ornemens, pour les pauvres Eplifes de la Campagne. C'eft ainfi
que le zéle le faifoit veiller à cout; & lui faifoic trouver des
reflources, qui auroient échappé à une Charité moins atten.
tive. !
La Samedi Saint , vingriéme d'Avril, le Pape donna le Baptè-
me à un Juif, âgé de dix-neuf ans: & le vingt-quatre il baptiza
une Juive, deux Juifs, & un $eune Turc. Ces Cérémonies fu.
rent faites dans l'Eglife de Saint Jean de Larran , appellée au-
trement de Saint Sauveur. Peu de jours après Benoît XIII fit
avec beaucoup de Solemnité , une nouvelle Dédicace de la
même Eplife. Un Ecrivain s’eft trompé, quand il a avancé qu'il
y avoit mil ans, que l’Eglife de Latran n'avoit point été confa-
crée, quoiqu'’elle eût été plufieurs fois ruinée par les Gots, &
les Vandales. Il eft certain qu'avant la fin du treiziéme Siécle
le Pape Nicolas III, de la Maifon des Urfins, en avoit fait la
"SAT PARA Mais dans les Siécles fuivans divers Poncifes
Romains y firent de grandes réparations : Benoît XIII les
auomenta confidérablement : & après tous ces changemens on
jugea qu’il en falloit aufli renouveller la Dédicace : c'eft ce
" ‘qu’il fic le Dimanche après Piques , 28 d'Avril 1726. Sa
Sainteté afligna en même tems de nouveaux Revenus, pour
l'entretien de cette Eglife Patriarchale. C'étoit la trois cent
foixantieme Eglife , qu'il avoit confacrée, felon la remarque
de l'Archevêque de Ferme; qui lui attribue la Dédicace de
quatorze cens quatre-vingt quatorze Autels fixes (1).
die Dom'nica 28 Avrilis 1724, folemni ritu;
(1) Ad hæc Pontifex, ue Ecclefiis & Alta-
in honoremm Sanétiffiini Salvatoris, ac memo-
jibus in Urbe dedicandis operam dabat,
poftquàm Eruditorum judicio acccpiffet, La-
teranenfem Baflicam, aliâs à Summis Ponti.
ficibus , ac præfertim à Nicolao III, Gentili
fuo , quiillam reparavit, exornavitque , con-
fecraiim , poft plures infequentibus tempo-
ribus , ac poftremd ab Innocentio X faétas
inftaurationes, novä confécratione indigere,
riam Sanétoruin Joannis-Baptiftæ , & Joan-
nis Evangelifiæ, folemniter dedicavit, unà
cum Ara Nariviratis D. N, J. C. quam nu-
per iple inftaurari, & marmoreis Cancellis
muniri jufferat. Et hæc quidem fexagef-
mam fupratrecentefimam Ecclefa fuit, ficut
etiam quartum Alrare fixum fupra 1490,
Tous
-: DE L'ORDRE'DE S.:DOMINIQUE. 337
Tous les jours le Pape donnoit quelque nouvelle preuve de
fon attachement à l'Ordre de Saint Dominique. Le du a
me de May il confacra à Monte Mario la nouvelle Eglife,
fous l’Invocation de la Sainte Vierge. Le 26 il donna, dans
la Chapelle intérieure du Palais, l'Habit du même Ordre au
Sieur Horace Amadei, Gentilhomme Romain. Le 1 9 de Juin
11 mic dans le Catalogue des Bienheureux, l'illuftre Dalmacé
Moner , Religieux du Couvent de Gironne. Le 30 du même
mois, après avoir confacré un Autel dans l'Eglife de la Miner-
ve, le Saint Pere y reçut l’Abjuration du Baron Charles Heinf-
check, Gentilhomme Luthérien du Duché de Siléfie, Le pre-'
mier de Juiller, il nomma à l’Archevêché de Génes, le Pere
N'icolas-Marie Franchi, Dominicain Génois , d’une Famille
Patricienne. La République avoit fouhaité de lavoir pour
Pafteur, après la mort du Cardinal Fiefchi, & fa Sainrere le
facra (dans l’Eglife de la Minerve) en préfence de fes Fre-
res(*). Mais, comme fi toutes ces faveurs ne répondoient pas
encore aflez à la cendre affection du Pontife, il voulut en don-
ner un Sr à plus folemnel , après la mort du Cardinal
Galeas Marefcotti, Protecteur de l'Ordre des FF. Prêcheurs:
car au lieu de nommer un autre Cardinal à fa place, le Saint
Pere crut que c’étoit à lui-même à le remplacer, en prenant
cet Ordre fous fa protection particuliéere (1).
Le Pape travailloit cependant à faire cefler les inimitiés en-
tre quelquesilluftres Familles, dont les mécontentemens ré-
ciproques pouvoient avoir des fuites fâcheufes. Le Prince Ric.
cia, le Duc de Sora, & leurs Fils, ayant été préfentés à fa
Sainteté par le Cardinal Otthoboni, ne purent fe refufer aux
vives, & charitables repréfentations du Pere Commun : ils
fe réconciliérent en fa prefence, & par fa Médiation. Le Grand
Vicaire, & les douze Chanoines de Terracine , qui avoient
été emprifonnés par ordre du Pape, pour s'être trop inconfi-
dérément oppofés à la réunion de leur Chapitre avec celui de
Sezza, ordonnée par fa Sainteté, furent mis en liberté fur les
Ecclefia fuir, fiqut etiam quartum Altare f-
zum fupra 1490, L- haétenus Beneditus
XUT, qua Archiepiicopus, & qua Romanus
Pontifex facraverat. Deinde multa aureorum
milia contulie , ut hujus Lateranenfis Bafi-
licæ facra tes fervarentur. Archi. Firm.
Ps£: 83 » 34. |
(1) Ménfe Julio decedente Gäeatio Car.
dinali Marifcotto , Prefbyterorum primo in
fumma ac bona fenectute, qui totius Ordi-
Tome VI,
nis Prædicatorum apud Sedem Apoftolicans
patrocinium geflerat, Pontifex ipfe inclyti
Ordinis , quem olim profcflus fuerat, & im-
penfè femper amavit, protectionem fufce-
pit. Jdem. pag. 35. |
(“) Cetilluftre Archevéque, après vingt
ans d’Epifcopat , eft mort à Gênes au com-
mencement de lan 1746, peu de tems avant
l’invañon , & lheureufe délivrance de fa Pas
ue, | | )
" Va
LIVRE
X LV.
Benoir XIII.
D Lu
LXIV,
._ Nouvelles fa-.
veurs accordées à
lPOrdre de Sant
Dominique.
LXV.
Dont le Pape fe
déci:re le Protec-
teUre
LXVI.
Il réconcilie
quelques Princes
Romains.
338 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre inftances du Cardinal Corradini, à la charge de fe foumettre
XLV. à lavenir, avec plus de docilité aux Ordres du Saint Siépe.
IT Benoît XHII pes en mêmetems un Homme de Confiance,
————…—— € comme fon bras droit, par la mort du Cardinal Paulucci,
Lxvir Doyen du Sacré Collége ; Perfonnage d’un mérite très-diftin-
Mort du Cardi- gué , & véritablement digne de l’eftime, qu’en faifoit le Pape;
sal Pauucéi Qui, n'ayant pi réuffir à le faire monter fnr la Chaire de Saint
Pierre, apres la mort d’Innocent XIII, partagea avec lui la
Sollicitude Paftorale, l’ayant d'abord choifi pour fon Premier
Miniftre, Sécretaire d'Etat, & Vicaire Général de la Ville de
Rome. Pendant la maladie de ce Cardinal, le Saint Pere l’ho-
nora fouvent de fa vifire; & il parut particuliérement rouché
LXVIIT de fa mort, arrivée le onziéme de Juin. Le Cardinal Fran-
Charges données. : ; : à 1: |
çois Barberin lui fucceda dans la Dignité de Doyen du Sacré
Collège ; Nicolas-Marie Lercari, dans la Charge de Sécretaire
d'Etat ; & Profper Marefofchi, dans celle de Vicaire de Rome.
Ces deux dermers Cardinaux étoient de la Création de Benoît
XIIL En leur donnant cetre nouvelle marque de fa confiance,
fa Sainteté les exhorta fortement à remplir leurs Emplois d’une
maniére, qui fit honneur à la Religion, & à fon Pontificar, fe
fouvenant au refte que ce n'étoit pas à un Homme, mais À
Dieu même, qu'ils rendroïent un jour compte de leur Admi-
niftration. |
Cetré vérité , dont il étoir lui-même vivement pénétré,
| le renoit dans une vigilance continuelle fur fes propres
LXIX. Actions, & fur lés motifs de fes Actions. On peut croire que
Survivances,& ce fut, pour retrancher bien des Abus, & exciter l’'Emulation
Expeétatives 16° d ‘ À Made nine dd |
roquées, e ceux qui avoient affez de mérite, & de ralens, pour afpirer
| aux Charges, que fa Sainteté fic publier un Décret, daté du
dixiéme de-Juiller, pour révoquer, & annuller routes les Survi.
vances, Expectatives, Coadjutoreries , & autres Graces de certe
nature, accordées jufqu’alors , pour les Charges Civikes, & Mi-
itaires, cant de la Ville de Rome, que de l'Etat Eccléfiaftique.
LeS. Pere déclara en mème tems, qu'il ne nommeroit défor-
mais à ces Places, que ceux. qui s’en feroient rendu dignes par
leur capacité, par leur probité, & par leur bonne conduite.
LXX. Celle de quelques Membres du Clergé Séculier , & Régulier
Troubles préve- Je Naples n’étoit point irréprehenfible ; & le Pape n’avoic
nus » Où appaifés. : } LUN \ n°: ,
point lieu d'en être content : car, à l’occafion de différens Dé.
crets portés dans le Concile Romain, pour le maintien , ou le
rétabliffement de la Difcipline Eccléfiaftique , on avoit voulu
effaroucher les efprits , & exciter des mauvernens fédicieux,
|
DE L'ORDRE DE S DOMINIQUE 339
bon-feulement dans le Clérgé, mais encore parmi des Magif- Lrv na
trats, & le Peuple même ; comme fi ce qui n’avoit été ordon. XLV.
né que felon l'efprit des Canons : & par ke concours des Paf- SE
teurs, étoit l’anéantiffiement des Droirs, & des Privilèges de -==—:"
cous les Corps. Ceux qui n’aimoient point de joug, ou plutôt
la règle, fembloient n’arrendre leur liberté, que. du trouble
mème, qu'ils avoient fait naître ; & qu'ils fomentoient par
voates fortes d'artifices. Mais rout cet Orage fut diflipé, & la
tranquillité rétablie. par la fagelle du Saint Pere, aufitôt que,
par les Lettres du Cardinal Pignarelli, Archevèque de Na-
ples , il eut été inftruit de ce qui fe pañloit. |
Il en coûta encore moins à fa Sainteté, pour banir du cœur LXXxr.
de quelques Supérieurs d’Ordre, la crainte qu’on avoit voulu ne
leur infpirer. On ne fçait par qui, ai pour quelle raïfan , il reurs Généraux de,
s'était répandu un bruit dans la Ville de Rome , qu'on. alloit d'rers Ordres Res.
fapprimer quelques Congrégations de Bénédi&ins , & de Çha- 8° "17"
soimes Réguliers. Le Pape le fçuc 5 il en fat afligé : & pour
pe pas laifer dans l'incertitude des penfonnes-:qu'il aimoit, il
ft ‘apeller à {on Aadience les Procureurs Généraux des Or-
dres Religieux ; & ïl teur déclara que le bruit qui couroit,
étoit {ans fondement, puifque fon deflein n’avoit jamais été de
détruire, mais pluvôt d’édifier, & de rendre meilleur, s’il fe
poavoit.ce qui étoir déja bon. Il les exhorta en mêèmetems
à faire des Fomds , pour l'entretien de quelques Cardinaux
Réguliers, qu'il pourroit nommer dans la premiere Promos
tions. &c à fournir quelque fomme, {elon leurs facultés, pour
fubwenir aux befoins de l'Hôpital des Incurables..Ces paroles
chanpérent da tiftefle en joye, & les inquiétudes en Ad@ions
de Graces. Tous ces Religieux fortirent de l'Audience, rem
& réfolas de frire exaétement tout ce que
Saïnt Pontife avoit témoigné défrer: SR
Deux nouvelles, qu’on aporta en même tems au Pape, lune Lyxr1.
de Ferrare ,& d'autre de Sicile , lui cauférent une fenfible Adafinar.
douleur. La premiére annonçoit la mort du Duc de Torre.
rheagiere., affafliné à trois lieues de Bologne: & la feconde,
celle’ du nouvel Evèque de Catane ,mort dans fon Diocèfe au
commencement du'mois d'Août , avec des fymprômes ,:qui ::,:7
faifoient croire qu'il avoit été empoifonné ; ce qui autorifoir :
les fuges à foupconner de ce Crime, trois ou quatre perfon-
nés, dont ce Prélar avoit voulu réformer les Mœurs exrrême
ment dérelées ,.& contre hefquelles on fit des Informations, .
Ua Jouimal zpelle çer -Evêque le Po 7) Deminicain, -
| u i)
340 HISTOIRE DES HOMMES IELUSTRES
Livre Sonnom ne fe trouve point dans le Bullaire de l'Ordre ; &
XLV. nous n’en n'avons d'ailleurs aucune connoiflance, Ce qu'il y a
BrNoir XIII de Certain, c’eft que dans ces mêmes circonftances de tems,
les allarmes des Siciliens étoient grandes, furtout dans le Dio-
LXXIL _ cèfe de Catane ; où on craignoit un prochain Incendie, &
l Sc ” peut-être un Fremblement de Terre. Le bruit qui fe faifoic
déja entendre aux environs du Mont Etna, & la grande fumée
qui en fortoit, ne donnoïient que trop de fujet d'appréhender
l’un ou l’autre : & au lieu de recourir à la Pénitence, pour flé-
chir la colére de Dieu, il fe trouvoit encore des Hommes
aflez pervers, pour ajouter de nouveaux crimes à leurs ancien-
| nes iniquités. |
CLXXIV. Ces Réfléxions éroient pour le Vicaire de Jesus-CHrisT,
sant pie un nouveau motif, non-feulement de redoubler fes gémiffe-
& fes Pénitences, mens, avec l’ardeur de fes priéres ; maïs d'augmenter auf
Ja rigueur de fes Jeünes, & de fes autres Auftérirés; comme
fi la qualité de Pafteur, & de Pere commun l’obligeoir à pren-
dre fur lui, la peine, que méritoient les Péchés a Peuples ;
& à pleurer pour ceux, qui ne fe pleuroient pas eux-mêmes.
Cependant ce qui remplifloit fon cœur d'amertume, & quel-
uefois d’une fainte sphètie. ne lui faifoit rien perdre, ni
e la liberté d’elprit., ni de cette vivacité de zéle, qui Pappli-
quoit à l’Exercice des Divines Fon@ions , & à l'examen des
Affaires. Lorfque celles qu’on lui propofoit, pouvoient fouffrir
des difficultés , il ne précipitoit jamais la décifion. L’Ambat-
fadeur de Vénife ayant demande , qu'il fût pérmis à la Répu-
LXXV. blique de lever un Subfde fur les Revenus Eccléfiaftiques des
Fait éxaminer | ; :
la juftice d'une Hiles , qu’elle poffedoit dans le Levant, pour le payement des
Demande, Garnifons, qu’elle-étoic obligée d’y entretenir ; fa Sainreté ne
voulut point donnér de Reponfe pofitive, qu'après avoir. fait
éxaminer, dans une sn arr , les avantages, & les in-
convéniens de cette Permifhon. Fa Fons
Autant que Benoît XIE éroit difficile à permettre, qu'on
chargeär les Eglifes, & leurs Miniftres (hors le cas d’une pref-
fante néceflité) aurant aimoit-il à leur faire tout le bien qu'il
ouvoit ; & à leur accorder de nouveaux Titres d'Honneur.
LXXVI. n même tems qu'ii érigeoit l'Evêché 4e Lucques en Arche
Accorde des. yêché; il donnoir des marques de fa bienveillance à lEglife
Rfge DANS de Céféne , par l’augmentation des Revenus du Séminaire, &
par un Décret particulier qu’il rendir , pour la bonne Adminif-
tratiorr des. Lieux de Piete dans ce Diocéfe. H y avoir qua-
sant. =fix ans, que le Cardinal des Urfns. étoir Evèque de
: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE 341:
Céféne ; & il n'avoit jamais perdu ni le fouvenir des befoins
particuliers de cette Eglife, ni la volonté de la fecourir ; lorf-
qu'il f:roit en étar de le faire (1).
Un femblable motif de Piécé & de Religion animoie le zéle
de Benoît XIE, pour faire honorer ces Amis de Dieu, qui
ayant vécu dans une haute fainteté, s’étoient endormis dans
le baifer du Seigneur ; & dont les éminentes Vertus méritoient-
d’être propofées à limitation des Fidéles. Après la Béatifica-
tion folemnelle d'une Vierge Romaine , nommée Hyacinthe
Marefcotti, Fille du Comte Marc-Antoine, & d’'O&avie des
Urfins ; le Pape travailla, & fit travailler avec une nouvelle
diligence , aux préparatifs néceflaires, pour la Canonifation
de plufieurs Saints, dont nous parlerons bien-tôr, En annon-
gant d'avance cette Solemnité, dans le Confiftoire fecret du
onziéme Septembre, le Saint Pere fit un Difcours fort tou-
chant, & parla avec beaucoup d’onéjon fur ce fujet. Ce fur
dans Je même Confiftoire, que l’ancien Evêque de Frejus, M.
Hercule de Fleuri, Miniftre de Roi, fut aggrégé au Collése
des Cardinaux. |
- Au milieu des autres Affaires, qui demandoïent [es atten-
_ tions du Pape, il ne négligeoit rien de ce qui pouvoiravancerle
Prédication de l'Evangile, & la Propagation de la Foi dans les
Pays des Infidéles, particuliérement à la Chine , & au Japon;
& il veilloit avec.le même foin fur tout ce qui regardoit le Ser-
vice Divin, & les befoins des Pauvres, dans la Ville de Rome.
Parmi plufeurs autres Faits, qui montrent que fes atrentions
fur cet Article, ne pouvoient {e démentir , nous en rapporte.
rons deux , qui fe paflérent dans le rems donr où br ons.
On a déja die qu’un des motifs du Pape, dans les fréquentes
Vifites, qu’il faifoit des Eglifes, éroie d'obferver de quelle ma-
niere on y chantoïit les Eouanges du Seigneur. Aufli aimoit.iE
à s’y rendre pendant la Celébration des Divins Offices, &
toujours fans avertir. Si fa Ferveur dans la Priére, fa Piété,
& fon Recucillemene édifioiene les Fidéles, fon attention à
tout ne tenoit pas moins dans. une Vigilance continuelle, tous
. (1) Ecclefiam Lucenfem,. muit's olim: À
Romants Pontificibus ,, & Cæf':ribus, pr'vi-
legtis orftatam,, Archiepifcopali ticulo & ho.
nore decorawt; ac Bernardinum Guinifium
ejufdem Urbis Fpifcopum ,. primum.Aichie
pifcopurmeffe juflic, A4 Cæfenatem verd Ec
élcfiam ( cui fex & quadrayinta ab: hinc an.
nis Paftorali præfuerat efhicio ,.oculos pater=-
næ follicitudinis convertens , Seminario Cle
Tricorum ,.novis attributis proventibus ,. ac
seËtæ locorumpiorum adminifttationi ,edi—
“à XVIII Kal. Septembris Conftitutione
confuluir. Archi. Firm: pag. 86.
Livrez
X LV.
Bexoër XIN.
LXXVITI
Se prépare à
mettre les Nomg
de plufeurs Bien.
heureux dans Le
Catalogue des
Saints,
Livre
Benoît XIIL
LXXVIII
Supprime la pe.
tit: Paroiffe de S.
Nils, dite des
Prifons,
LXXIX.
Réiorme quel-
ques abus, en fa-
veur des Pauvres.
3412 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
les Miniftres de l'Autel, & en particulier ceux qui fe tron-
voient chargés de la conduite du Chœur, ou de FAdminiftra-
tion des Lieux Saints, & du foin de les entretenir. Quand les
Revenus n’étoient point fuffifans pour fournir tous les Orne-
mens, & les Vafes Sacrés, ou pour faire les Réparations, &
les Décorations neceffaires, le Saint Pere y fuppléoit volon-
tiers : les fommes qu'il a employées à ces Œuvres de Pieté, font
très-confidérables. Maïs lorfqu'on ne pouvoit imputer le peu
de décence d’une Eglife, qu'à la négligence de fes Adminiitra-
teurs, ou des Bénéficiers, t'étoit une faute, que Benoit XIII
ne laiffoit guéres impunie. 1[ en fit divers éxemples, qui fer-
virent à l’amandement de pluficurs, par le châtiment de quel-
ques-uns. Le 19 de Seprembre , le Pape ayant fait fa Priére
dans l'Eglife des Saints Anges-Gardiens , où on célébroit la
Fêre dé Saint Michel, entra dans celle de Saïnt Nicolas des
Prifons, qu’il trouva fosc mal entretenue, le Tabernacle mal-
propre, & fans Lampe ,& là Sactiftie fans Ornemens pour le
Sacrifice. Le Souverain Pontiferhc d'abord une {évére torrec-
tion au Cure, prit enfuite le Saint Sacrement ; 1€ porta dans
l'Eglife des Frères dé la Charité, & fit fermer les portes de
celle de Saint Nicolas. Lie lendemain fa Sainttté partage cerre
Paroifle entre les Curës des Parciffes voifines ; réduific le Curé
néglisent à une Penfion fort modique; & mehaça de traiter
avec encore plus de févérité, ceux qui néoligeroient déformais
l'entretien de leurs Eglifes. oo
Ce n'étoit point févir par -humeur, mais par un véritable
zcle de Religion; & pour s’épargner à foi-même la douleur
de trouver fouvent des Coupables. On doit attribuer de même
à unefprit deCharité, & d'Equité,l’Avertiflement que fa Sain-
teté f&-doniner à quelques pérfonnes, plus diftinguées par leur
naïflance , que par leurs Biens. Le Charitable Pontife étoit
bien. aife de les favorifer ; mais il vouloit que cela füt fans abus :
c'eft pourquoi le Commiflaire de la Chambre Apoñftolique lui
ayant repréfenté, qu'on ne pouvoit plus fatisfaire aux paye-
mens des Penfions , accordées à plufieurs pauvres Familles ;
parce que les Fonds ordinaires fe trouvoient comme abforbés
par la multitude de ces pieufes libéralités. 11 y en aura affez
our tous, répondit le Pape, fi on ne donne à chacun que ce qui
hi eft néceffaire. Et il fit dire à quelques Seigneurs, qui fe
croyoient. en droit (ou en polleffion ) de faire acquitter une
partie de leurs dettes par le Tréforier de la Chambre, qu'ils
Cuflent à modérer leurs dépenfes, & à ne plus cmploÿer à
DE L’ORDRE DES. DOMINIQUE. 343
leur Luxe , le Bien deftiné pour la nourriture des Pauvres.
Par une fuite de cette charité paternelle pour tous fesPeuples,
& particuliérement pour les Pauvres, le Saint Pere donnoit
fouvent fes ordres, pour que les vivres fuflent toujours à un
jufte prix dans la Ville ; & il obligeoit fes Miniftres de veiller
avec foin , pour empêcher que la cupidité de ceux qui ven-
doient le pain , n’y fie quelque changement dans la qualité, ou
dans le prix. Sa Sainteté ne put oublier les Pauvres, dans les
Articles de l’Accommodement , qu’Elle eut enfin le plaifir de
faire conclure entre les Cours de Rome , & de Turin; en con-
féquence duquel, l'Ambaffadeur du Roi de Sardaigne, après
Livre
X L V.
BEnoir XIIL
LXXX.
Autres atien+
tions.
avoir fait chanrer un T'e Deum Solemnel , dans l’'Eglife du Saine
Suaire, de la Nation Piémontoife, fit diftribuer pluñeurs Au-
mônes, & des Dots pour établir douze pauvres Filles. :
Je ne fçai fi parmi les Ouvrages de Benoit XIIL, an nous a
confervé deux Difcours également patétiques, &c inftrudifs,
qu’il fit le 27 d'O&tobre, &le 7 de Novembre. Le premier,
prononce devant une Communauté de Carmelites Réformées,
dont il venoit de confacrer l'Eglife ,, étoit pour expliquer les
Auguftes Cérémonies, qui fe pratiquent dans la Confécration
des Temples matériels, & fa Sainteté en fit une heureufe ap-
plicarion à la Confécration des Vierges Chrétiennes, fpéciale-
mement dévouces au Service de Dieu par des Vœux Salem-
nels, & dont le corps confacré par la Chafteté devient le
Temple vivant du Saint-Efprit. La Matière était riche, inté-
reflante, & de pratique. Benoît XIIL avoit eû de fréquentes
occafons de la traiter, avec le zéle, & l’onction , dont fes
Difcours étoient ordinairement remplis. Celui qu’il prononça
le 7 de Novembre, en préfence de tous les Curés de Rome,
a fflémblés dans l'Hôpital de Saint Gallican, étoit fur l'Obliga-
cion de prier pour les Morts, & fur l’ancien Ufage de les en.
terrer, non dansles Eglifes ; mais dans les Cimetiéres. Après fon
Difcours, le S. Pere fit remettre à tous ces Curés un nouveau
Réglement touchant les Cérémonies, qui regardent la Sépul-
ture; & bénit enfuite le Cimeciére de cet Hôpital , qu’il ve-
noit de faire bâtir. | | |
Nous avons quelquefois averti, que, pour ne pas donner
trop d’étendue à cette Hiftoire, notre deflein n’écoit point de
fa porter toutes les A&ions d’un Pape, qu’on voyoit toujours
dans le travail : mais nous ne pouvons ne pas en remarquer
#rois principales entre celles , qui l’occupérent dans le derniers
mois de l'année ; fçavoir, le Baprême de plufeurs Infidéles de
LXXXT.
Deux Difcours
de Sa Saintcté.
LIVRE
X LV.
BENoir XIIL
Don... à
* LXXXII
Baptème de qua-
tie Juifs, & de fix
Juives,
LXXXIII.
das ces
Converfions
étoient fréquentes
fous le Pontificat
de Benoît XIII.
344 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
lun & de l’autre Sexe, convertis à la Foi : Ja Promotion de
neuf Cardinaux , parmi lefquels il faut fans doute diftinguer
Plluftre Profper Lambertini, qui remplit aujourd’hui, avec
tant de Gloire la Chaire de Saïnc Pierre : & enfin la Canoni-
Zation fouvent annoncée de huit Bienheureux.
Après avoir bien éprouvé la Vocation de dix perfonnes, qui
vouloient pafñler de la Synagogue, dans l'Egclife de JEsus-
CHrRIsT ; les ayant déja inftruites de la Doûrine de l’Evan-
gies & de fes Maximes, le Saint Pere crut ne devoir pas dif-
érer davantage de leur accorder la Grace , qu’elles deman-
doient avec une perfévérance édifiante. Le fepriéme de Deé-
cembre , le Pape fit tenir en fa préfence la Congrégation de
l'Examen des Evêques ; & de A s'étant rendu dans l’Eglife
de Sainc Pierre, il donna de fuite les Sacremens de Baptème,
& de Confirmation, à quatre Juifs, deux Romains, ur d’An-
cone, un autre d'Alger, à quatre Juives Candiotes, & à deux
jeunes Filles Algériennes. Deux Cardinaux , un Archevêque,
& un Seigneur Napolitain tinrent ces nouveaux Convertis fur
les Fonts Baptifmaux : plufieurs Dames Romaïnes rendirent
le même fervice aux Femmes, & aux Filles Juives, & fe char-
gérent de continuer à les inftruire. |
Ces fortes de Converfions, qui ne furent point rares fous le
Pontificat de Benoît XIII, étoient pour lui des Conquêtes plus
précieufes , que celles des Provinces, & des Royaumes. On
pouvoir juftement les regarder comme le fruit de fes ferventes
Priéres; & fa grande réputation de fainteté y donnoïit auff
quelquefois occafion ; parce que les perfonnes fenfées, en voyant
fes Aétions, ne pouvoient fe perfuader qu’un Pape, qui vivoit
fi faintement , ne füc en effet fort agréable à Dieu; & que
la Foi dont il faifoit profeflion , ne füt la feule véritable. Tel
avoit long-rems réfifté à la lumiére, & ferme fon cœur aux
Difcours les plus touchans, qui fe faifoit un plaifir de céder à
la force des éxemples, & à cette odeur de vie, que répandoit
au loin le digne Succefleur de Saint Pierre. |
Deux jours après les Cérémonies, dont on vient de parler ;
fl y eut au Palais du Vatican, un Confiftoire fecret ; dont fa
Sainceté fit l'ouverture, en déclarant au Sacré Collége, que,
par un Décret du 25 d’Oétobre dernier, Elle avoit reconnu
le Roi de Sardaigne, en cette qualité; & que, pour terminer
tous les différends entre ce Prince & le Saint Siège, Elle avoir
: sonfenti qu'il nommät alternatiyement avec la Cour de Rome,
gux Bénéfices Confiftoriaux. du Royaume de Sardaigne. Les
Cardinaux
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 345
Cardinaux ayant og cet Accommodement , le S. Pere Live
_propofa divers Evêchés, & les Sujets deftinés à les remplir. H XLV.
PA pe enfuite qu’il avoit difpofé des neuf Chapeaux , qui BEnonxiT
vaquoient dans le Sacré Collège ; que dans le choix qu'il avoit LORRANE
fait de ceux qu'il croyoit dignes de cet Honneur,il avoit unique- LXxx1v.
ment confidéré le mérite, & la vertu ; que la plupart étoient | Eation de neuf
des Prélats, auxquels cette Dignité étoit dûe , pour récom- des
penfe des Services, qu'ils avoient rendus au Saint Siége ; mais
qu’il n’avoit point oublié l'Etat Relisieux , conformément à
la Bulle de Sixte-Quint : enfin, qu'il avoit jugé à propos de
ne déclarer à préfent que deux de ces neuf Cardinaux, fe ré-
fervant les fept autres in petto, jufqu'à ce qu’il eût trouvé l'oc-
cafion de les pourvoir de Bénéfices , qui les miflent en état de
foutenir leur nouvelle Dignité. Voici le Difcours de fa Sainteté.
ENERABILES FRATRPS. à dei Fr'res. Voyant ap- LXx XV.
A Au rate commuris Le- procher le tems d’une joye commu- Difcours de Be-
titie dichus , quibus nos, divini La- ne :où, avec l'Afliftance du Sunt-Efprit, ni Fe dans le
minis infra; confilio, oélo Beatorum pour la plus grande Gloire de Dieu, & né Do ds
JINomina folemniter, ad Des Omni- pour l'Exaltation de l'Eglife Catholi- TES
otentis gloriam , Catholiceque Ec- que ; nous devons mettre, avec les So- . Bullar. Ord. Tom’
clefia Exaltationem , Sanélorum Ca- lemnités ordinaires , les Noms de huit ""7°#
talogo adfcribere conflituimus, ho- Bienheureux , dans le Catalogue des
diernum diem, quo fimul deficientem Saints; nous avons choifi ce jour, pour
P'enerabilis Fraicrnitatum vefiraram remplir toutes les Places qui vaquent
Collegis numerum compleremus , ele- dans votre Sacré Collége,
ginus. Mais, nous avouons d'avance, que nous
Premitimus interim non parv& ne fommes pas peu embarraflés , pour
nos follicitudine angi , quatenus per mettre en éxécution ( comme il con-
bumile fupreme Apoflolice auflers- vient ) la Célébre Bulle , que le Pape
tatis exercitinm , celeberrima fuper Sixte V notre Prédéceffeur d'Heureufe
Santle Romane Ecclefie Cardina- Mémoire , a faite touchant l'Eleion
lissms cletlione felicis recordationis des Cardinaux, Vous vous fouvenez
Sixti V, Pradeceforis noffri, Conf- fans doute de ces remarquables paroles,
titutio [ue pro debito executioni man- qu'on y lit, & fi vous les aviez oubliées,
detur, Hec namque verba precipns nous fommes bien-aife de vous les ra-
sn ca leguntur, que bic duximus in peller : Parms ces foixante-dix Cardisaux
Fratcrnitatum vefirerum memoriam (difoit ce Pape ) outre plufieurs Sçavans
revocanda , videlicet : Inter hos Doëlesrs en Droit, verfes dans La Science
feptuaginta Cardinales , præter des Canons, il doit y avoir aujfi quelques
egregios Utriufque Juris , aut habiles Théologiens, qu'on prendra particu-
Decretorum Doctores , non de- lifrement des Ordres Réguliers, foit des
fint aliquot infignes Viri in Sacra ÆAMandians , ou des autres Corps Religieux :
Theologia Magiftri,præfertim ex &ces Cardinaux doivent étre au moins
Regularibus , & Mendicantium au nombre de quatre. Eu parlant ainfi,
Ordinibus affumendi, faltem qua- ce Sage Pontife avoit en vüe (comme
tuor, non tamen pauciores: Exem- nous ayons lieu de le croire ) les Exems
Tome VI. X X
LIVRE
X L V.
Bsnoîr XIIf
GRASSE RS PERRET
346 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
ples de fes Prédéceffeurs : car il n’y a ploPredecefforum procul dubio dues
point apparence qu'il ait ignoré ce qu'a- fapientiffimus Pontifex , quem pre
voient fait entr'autres Benoit XI & ceteris, & Benedi£ls XI, Pauli1V
Paul IV. laudabilem praxim lasuiffe , non cre-
Celui-ci avoit donné la Pourpre Ro- dimus.
maine à deux excellens Théologiens de Paulus enim Viros [eleéliffimos duos
l'Obfervance de Saint François : & de- Ordinis Minorum S. Francifci de
puis ce tems-là nous ne trouvons pas Obférvaniia, in Divine Faculias
que le même Honneur ait été déféréà Doélores, poff qsos alis ad hac ufque
aucun autre Obfervantin ; quoique cet rempora creati minime connuwmeran-
Ordre foit fort étendu, & le plus confi- ##r, pregrandis bic licet fit Ordo,
dérable parmi les FF. Mineurs. Quant à magifque inter Minoritas reliquos
Benoît XI, dans un court Pontificat de protendarur, si Et Bencdic-
huit mois, il fit trois Cardinaux, tous 145, noffri Predicatorum Ordinis, tres
trois fçavans Théologiens de fon Ordre Sacre Theologie Magifiros in vofirun
des FF, Précheurs. ipfum Collesinm , brevem infra oilo
Les derniers tems nous fourniffent menfium decurf[um , coopravit.
encore defemblables Exemples, puifque + Exempla proinde hand difimilis
depuis notre Exaltation au Cardinalat, #lrimis nec defuere temporibus. Pcfi
on a vû trois autres Illuftres Sujets du »#0/fram ( heu q#am immeritam, ac
même [nfitut dans le Sacré Collége, Ja jugiter dolendam*) ad Cardinalaturs
mort de l’un ayant été réparée, par la evefhionem, tres adhuc alis noftri Or-
Promotion d’un quatriéme , que j'apel- dinis Cardinales nobiftum digniffime,
leroisun Homme tout d’or : enforteque xoffra fané cum confufione, florwere,
cet Ordre (quine fut jamais inutile à wrogse per mortem avulfo alter nos
l'Eglife ) pourroit fe gloritier de ne lui defuis verè aureus: sta ut evo noftro,
avoir donné , que des Sujets d'un mérite dum Cardinalaiñs funéti [umus ho-
fupérieur , fi nous-mêmes, par notre in- more, Cardinales quatuor ex noftro,
dignité, n'avions trop obcurci cet éclat. Ecclefie quidem non inutili, Predi-
Notre intention eft donc de créer Catorum Ordine ( nobis tantummodo
aujourd'hui , pour la plus grande Gloire #7frutluofis ) exritiffe comprobetur.
de Dieu, pour l'utilité de la Sainte 44 majorem ergo Dei Gloriam,
ÆEglife Romaine, & l'honneur de votre Sazéle Romane Ecclefie utiliratem ,
Collége , tous les neuf Cardinaux, qui Véffrique Collegii decus , novem om-
‘manquent pour faire le nombre de foi- #es Curdinales, qui ad prefens fer-
xant- dix ; & néanmoins nous n'en décla- t#agerario veflro numero smplendo
rerons que deux pour le préfent; fçavoir, defs:t, creare intendimus ; ex quo-
Nicolas-Marie Lercari, Archevêque de r#7 tamen numero duos dunraxat
Nazianze, notre Premier Miniltre, Sé- m#wnc evulgamus ; videlicet, Nico-
cretaire d'Etat; & fe Pere Laurent Coz- la#m- Mariam Lercarium, Archie-
za, de l'Ordre de FF. Mineurs, del'Ob- pifcopum Nazianzenum , nofirum
fervance de Saint François, Profelfeur primum Minifirum , GC à Secrais
en Théologie, autrefois Gardien de la ffatss, © Patrem Laurentinm Cozzs
Terre-Sainte , & à préfent Miniftre Gé- Ordinis Minorum S. Francifci de
néral de fon Ordre... Obfervantia , Sacre Theolosie Pro-
: Parmi les fept autres Cardinaux, que féforem, Terre Sanile jam Cujlo-
nous différons de déclarer, nous avons dem , ©" in prefentiarum eju[dem Or-
compris quelques Prélats, diftingués par dinis Gencralem Miniflrum .
la Do&rine , & recommandables parles ÆReliguos vero féprem imer ifles
+ DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 347
(re m:morate Bulle occafione , Reou-
Luitm tantkmn nos memirife videa-
mir ) Pralatos alig:0s, dicirina ©
laboribus de Romana Curia bene me-
vitos , recenfsimus, non ad carnem
n0s © fançuinem refjicientes ( que
penitus ad Profeffs notre Dominica-
ne Religionis sngreffum fuimus Dei
milericordia oblii, juxta Davidis
effatum : Oblivifcere domum Pa.
tris tui...,) Religuos , inquimus,
[eprem, ron libentcr , [ed plane in-
Viti, tn peclore refervamus, arbitrlo
nofiro facceffivé publicandos, cum vi-
res nobis © media fuopctent, illis pro
debita flat:s ratione providendi (*).
Durum ctenim nobis accideret pro-
movendorum conqueflibns non cave-
re ; quorum bonorificentie co:fultum
volumus ... Si eorum honefle fimul ,
ac religio[e faffentationi pro polfe non
provideamus, quamuis alias ( quod
Ρ nos experts [urnus in primo trien-
gio noirs Cardinalatus, antequam
pi LE Are , in defuerndinem
Aabiiffe ) ffatuium videlicet in Elec-
- tione Pii IL, in Innocentii aëlavi Elec-
. tione innovatum , ut [ciicet Cardina-
dibus [ua provifione carentibus, flore-
noyum gsatuor millia quotannis af-
fignarentur, ad praxim nos, etiam
cum ufura revocare fluduerimus ;
dum floreni irfs quatuor mille, prout
realier tune valchant, [olam qua-
nor mille [citorum f[ummam «qui-
parabant ; de prefents vero, etfi ran-
tummodo fint ideales, nihilominus ad
dibram pofiti cum noffri temporis mo-
_ fete, [Cure inveniuntur tercentsm {a
pra quinque mille.
Hac fist, Venerabiles Fratres,
gsuæ vobis circa hodicrnam Cardina-
lium Creationcm , ac eorum refpec-
tive publicationem , © in petlore re
{#*) €csneuf C:rdinaux, dont {a p'épart
ne furent éclairés que le 30 w’Aviil 1728,
#
é:o'ent:; Ange Marie Quirini , de Venre;
Nicolas-Maric Lercari, de Gênes ; Marc-
Antoine Anüdei, de l'esoufe ; P:o:per Lam-
Services, qu'ils ont déja rendus, au Saint
Siége : car on ne doit pas croire qu'à
l'occalion de la Bulle ;, dont on vient de
parler, nous ayons prétendu nous bor-
ner aux feuls Répuliers. Encore moins
avons-nous fait attention à la chair, &
au fang ; puifque depuis notre entrée
dans l'Ordre de Saint Dominique , Dieu
nous a fait Ja Grace d’avoir fans celle
dans l'efprit cet Avertifflement du Pro-
phéte ; Oubliez [4 maïfon de votre pere.
Au refte, ce n'eît pas fans peine, que
nous réfervons in perto ces He Cardi-
naux, pour les déclarer fucceflivement,
quand, & felon que nous nous trouve-
rons en état de les pourvoir de tout lo
néceffaire, pour foutenir leur Dignité:
gar il feroit peu gracieux pour nous,
de n'avoir pas prévenu leurs juftes plain-
tes : & 1, en voulant leur faire Hon-
neurs nous avions négligé de fournir,
autant qu’il eft en nous, à leur modefte
& honnête entretien. Cependant nous
avons déja remis en vigueur , ce qui
avoit été fagement établi, à l’'Election
de Pie IT, & renouvellé à celle d'Inno-
cent VIII, en faveur des Cardinaux,
je n’avoient point des Revenus fuff-
ans , & auxquels on devoit afligner q\à-
tre mille florins tous les ans. Cette pra-
tique, qui n'étoit plus en ufage dans le
dernier Siécle, comme nous l'avons
éprouvé avant que d'etre Evèque, les
trois premieres années de notre Cardi-
nalat, nous l'avons rétablie , & même
avec avantage ; car au lieu que ces qua-
tre mille florins en efpéce, ne faifoient
que la fomme de quatre mille écus;
aujourd’hui que cette
u’en idée, les quatre mille florins, au
poids de celle qui eft courante, confti-
tuent la fomme de cinq mille trois.cens
écus.
Voilà, nos Vénérables Fréres, ce qus
bgrtini ,de Bologne François-Antoine F ni,
de Minerbino ; laurent Cozza, Général des
FF. Mineurs ; Gregoire Selleri Doninicain,
Maître du Sacre Palais: Antoine Banchiri,
de Piftoye ; Charles Col izola . de Spolerte.
Xxi
LIvreEe
X L V.
Brnoîr XiIE.
Drm
onnoie n'eft .
348 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lirvnmrax nous avions à vous déclarer, touchant férvarionem, fignificanda habuimus
XLV. la préfente Promotion des Cardinaux, faper quibus nil nos proftélo inte: à
= & les raifons, que nous avons d'en ré- dimus nifi Dei gloriam, G Eccle-
Benoîr XIII. ferver plufieurs # perro, En tout cela fie, ac facri vejtri Cœrts honore,
=" (nous l’avons déja dit ) nous ne confi- &c.
dérons que la Gloire de Dieu, l'utilité
de l'Eglife, & l'avantage de votre Sacré
Collége.
Tout étant enfin difpofé, pour la Solennelle Canonization;
pour laquelle, Benoît X111, après avoir beaucoup prié, & in-
vité fouvent les Fidéles à faire des Priéres extraordinaires,
avoit tenu plufeurs Confiftoires , fecrers, & publics ; il mit
avec les Cérémonies accoutumées, dans le Catalogue des Saints,
le Bienheureux Toribio, autrefois Archevêque de Lima, dans
le Royaume du Pérou, le Ar helene as an de la Marche
de l'Ordre de Saint François, & la Bienheureufe Agnes, Vier-
ge, Religieufe de l'Ordre de Saint Dominique, dans le Mo-
naftére du Montpulcien. Cette Augufte Solemnité fuc faire
dans la Baflique de Saint Pierre , le dixiéme de Décembre.
Arch, Firm. p.8,. Le 127 du même mois le Pape canonïza, dans la même Eplife,
le Bienheureux Pérégrini Latiozi, de l'Ordre des Services; le
Bienheureux Jean de la Croix, illuftre Réformateur du Mont
Carmel, & le Bienheureux François Solano , de l'Ordre des
FF. Mineurs. Le dernier jour de l'année fut confacré, par la
Canonization du Bienheureux Louis Gonzague , & du Bien-
heureux Staniflas Koska, l’un & l'autre de la Co‘npagnie de
Jesus. |
Dans le premier Tome du grand Ouvrage, intitulé : De la
Beatification des Serviteurs de Dieu, € de la Canonixation des
Bienheurcux, nous avons le Suffrage de l’illuftre Auteur, & les
Difcours, qu'il adreffa au Vicaire de JESsus-CHRIST, pour
demander la Canonizition de rous ces Bienheureux. Ces excel-
| RER EN lens Difcours doivent trouver place ici, non-feulement parce
Profper Lamba- qu’ils nous donnent une idée diftinéte du caradére , & des
nai principales Vertus de chacun de ces nouveaux Saints, ce qui
ne peut que faire plaifir à nos Lecteurs ; maïs aufli parce qu'ils
renferment plufieurs chofes, qui appartiennent d’ailleurs à l'Hif-
toire de Benoït XIII. Nous les rapporterons, & les rradui-
+ dans le même ordre, que le fçavant Auteur les a pu.
liés. |
ee te MUR UE Ps — ———
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 349
Suffrages de M. PrRosPER LAMBERTINI , alors
Promoteur de la Foi.
Pour la Canonization du Bienbeureux PRREGRINX.
BrATISSIME PATER,
AM tor Ambrofius , in prima Da-
vid Apologia, Eletlos Domini ali-
quando cadcre, € acriores ad cur-
rendum furgere, nec 4 lapfu sllum
sllis impedimentum afferri, [ed velo-
citaris potins incentiva cumulari, di-
vinamque gratiam cos aliquando pre-
terire : nt ut snnocentié, it4 © Pœ-
nitentie Magificrium ab eorum ailti-
bus defumamus : que omnia paucis
verbis Theologi , quos Scholafficos 4p-
pellamus, complexi funt, cum docue-
Tunt , permifioncem D ess sn
predefiinaris effe predeflinarionis ef-
feülum: nec ab cis recefferunt alii ;
gr, de Canenizatione traëlantes , di-
xerunt, aliquos propter NN OCENTI AM ,
cateros Proprer pænsientsam canons-
zari.
Porre , hac in Bzato Peregrino con.
tigiffe, cerrum eff: poffjuam crenim
juvenils furore percitus Sanile Phi-
dippo Benitio concionants alapam im-
pegir, ad eïus pedes ffatim provolutus,
in Ordinen Servorum Marris
Det non fine divino prodisio receptus
vitam in cinere , @° cilicio #{que ad
oclogefsnum annum trada cit, C7 c'us
anima pof} cbstum, Santlis com:tan-
tibus, ad Cœlum deferri mirabiliter
vifa eff; À, dum adhuc corpus erat
ashu natum , mulia 4 Deo cjus inter-
ceffione miracula parata furt,
aûco migna percrebuit fama [enéli-
Latis , 4: ejus Culius nedum meruerit
approbari , © ampl'ffinis induliis 4
Sete Apoflolica asgcri; fed omnibus
ia n rite © reile adimpletis, que à
acris Canonibus Lolulabantur , nibil
ON eT egregius Ecclefie Doc.
TRES - SAINT PERE,
LE XCELLENT Doéteur de l'Egli-
fe, Saint Ambroife , nous apprend,
dans fa premiére Apologie de David,
que les Elus tombent quelquefois , &
& qu'ils fe relevent pour marcher avec
une nouvelle ferveur. Leur chute n'em=
pêche pas la viceffe de leur courfe : elle
leur devient au contraire un nouveau
motif de courir plus vite vers le terme:
& fi la Divine Providence retire pour
un tems fes regards de fur eux , c'eft
afin que dans les a@tions des Saints nous
ayons, non-{eulement des Modéles d'in
nocence, mais encore des Exemples de
Péni:en<e. Sur ce principe, les L'héo! =
giens de l'Ecole enfeignent , que lorf-
que Dieu permet qu'un Prédeftiné tom
be dans quelque péché, cela meme eft
un effet de fa Pré eftination. Les Doc-
teurs , qui ont traité la Matiére de la
Canonization, n'ont point penfé autre-
ment, lorfqu'ils ont dit, qu'entre les
Saints, les uns {ont canonizes pour leur
innocence, & les autres pour le mé.ite
de leur Pénitence.
Or, cette Maxime s’eft vérifiée dans le
Bienheureux Pérégrini Latiozi:empor-
té par un feu de jeuneffe, il avoit donné
un foufflet à Saint Philippe Bénizzi, dans
le tems meme, que le Saint annonçoit
la Parole de Dieu aux Fidéles. Mais le
repentir fuivir de près la faute ; puifqu’on
le vit auflitôt humblement eu aux
piés de celui, qu'il avoit offenfé. 11 fie
plus : docile dès-lors àla Vocation Cé-
lefte , il embrafla l'Inftirut des Serviteurs
de la Mere de Dieu; où il a vécu, juf-
qu'à fa quatre-vingtiéme année dans la
cendre, & fouste Cilice. Après fon heu-
reux Décès, on a vü fon Ame portée as
X x ii)
Livraz
X LV.
nn
BeNoiïr XIIL
map
LXXXVII.
Pour la Canonïis
zation duBienheu.
reux Peregrini.
Tom. 1 + Appene
Pe 5%
Livre Ciel, en la compagnie des Saints ; & fon
XL V.
Corps n’étoit pas encore enterré , que
déja il fe faifoit de grands Miracles par
Bewoîr XIII fes Interceflions. L'odeur de fa Sainteté
ve fe répandit ainfi avec tant d'éclat, que
Je Saint Siége peu content d'approuver
d'abord fon Culte, il l’augmenta encore,
& l’enrichit en plufieurs maniéres , en
ouvrant les Tréfors de l'Eglife en faveur
des Fidéles , qui reclamoient la protec-
tion de cet Ami de Dieu, & qui hono-
roient fa Mémoire, Enfin,après toutes les
Informations, & tous les Examens Juri-
diques, qu'on a fait de fes Vertus, felon
qu'il eft prefcrit par les Saints Canons,
il ne refte à défirer , pour derniére Con-
clufion de cette Affaire, que le Décret
Solemnel de fa Canonization.
C'eft ce Décret, Très-Saint Pere, que
nous attendons tous, afin d’avoir un nou-
veau Protecteur dans le Ciel, & un nou-
veau Miroir de Pénitence, digne de no-
tre imitation. C’eft ce Décret, que tout
l'Ordre des Servites défire ; & qu’il a quelque droit de vous demander: il
n’a point oublié qu'il doit fa Confirmation au Pape Nicolas IIT, de la Mai-
fon des Urfins ; & il fe fouvient encore, queS. Philippe Bénizzi s'eroit lui.
même fanctifié , & avoit acquis de nouveaux mérites, dans l'exécution des
Ordres Apofñtoliques, qu'il avoit reçus du même Pape Nicolas TE. Pleins
d'efpérance , les Religieux Servites fupplient aujourd'hui Votre Sainteré
de vouloir ordonner, par la Suprême Autorité, dont Elle eft revêtue , que le
350 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
in qus caufa defidererur , fi folam
folemris Caronizationis [enientiam
excipiamus.
HuncaTe, Beatiffime Pater , uni-
verfi expeilanus, u1 novum in Celis
Lrsercefloren , C novum pœnitertiæ
excmplis, guod imiteinur , babea-
ons. Eam à te Ordo Servcrurx ÂMa-
tris Dei, © jure [no quodammodo
expofcit. Novit enim [uam firmita-
tem, @ Apoftolicam inflaurarionem
fe debere M'ivolao tertio ex tua Gente
Urfina fummo Poniifici. Novit criam,
Apoftolica mirifleriæ Santlo Pbiisppa
Beriio ab codein N'icolao ZIL com-
mia, © lasdabiliter exercita mul-
tam contaliffe, ut Santlus effer. Qira-
propter in cam [bem fidenter ericitur,
ur fuprema © infallibilis à te Sen
tentia proferatur, per quan Bearus
Percgrinus Santli Philippi Berri
Alumnus inter Sanilos reccafeatur.
Nom du Bienheureux Pérégrini , autrefois Difciple de Saint Philippe Bé-
LXxXVIII
Pour la Cino-
nifation du Bien-
heureux Louis
Gonzague.
TRES-SAINT PERE,
E quelque poids que foient les Mo-
tifs, que je pourrois propofer à
LA
Votre Sainteté, pour obtenir la Cano-
nization du Bienh
gue, je les regarde comme peu néceflai-
res, dès que Je fais attention, à tout ce
que vous avez fait pour établir fon Culte,
lorfque Vous n'étiez encore que Cardi-
nal, & Archevêque., On fçait que Vous
avez confacré publiquement deux Aurels
en fon Honneur ; & qu'après avoir relevé
GSainteté, dans un de vos Synodes,par un blicas pro Canonixationc, de qua Ro-
eureux Louis Gonza-
nizzi , foit mis dans le Catalogue des Saints,
Pour la Canonixation du Bienheureux Louis GONZAGUE.
BEATISSIME PATER,,
Tea, que, dam Cardinalis, €
Archicpijcopus eras , in honorems
Beati Aloyfi fecifhi, attente confide.
ro, fperflua mihi profeilo videntur
ea omnia, etfi ma \imi momen'i, que
tibi pro ejus imperranda Canoniza-
tone proponere polfe cxiflimarem. Ti
etenim bina ei dicaa Altaria pubiica
ceramonia confecrafii; ©, pojtquam
de jus fartiitate in Syrodo Diace-
fana plura luculenter dfirveras , Fu
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 3sr
m4 tratlandum andiveras , preces
Sndixifhi, conceffa precantibus indul.
gentis. Tu Parochis edixifti, me ficu-
# Miraculum Beati contingeret , at
contigiffet, sd tibi flatim denunciare-
tur ; © altero ex Canonicis Mira-
culum denuncéante, procefum fuper co
snffstuifli ad omnes novi etiam Juris
regulas tam exatlum , tam accura-
in, © abfolutum , ut caicris ad
‘exemplum proponi poffit : eodemque
énffrutlus Romam adveniens Miffam
primum, @ Officinm de co, pro tua
Mitropolitana , © acinde pro tota
Diacefi impetraffi ; © Beneventum
rediens media in Synodo favorabilia
Decreta promulgaffi ; Beati nomen in
Kalendario repofuifli ; © eum toi
Clero Patronum dedifli; © Feflum
guod antea na cum Capitulo in Ec-
clefia Patrum Socieratis Jefn celebra-
re confneveras , in Ecclefiam Merro-
politanam tranflulifi, & Ponrificale
Sacrum, Vefperas, © Pancgyricam
de co Concionem habuifli. Ta deni-
que , vifis | matureque ponderatis
Scripiuris, ad te, licèt ab Urbe 4b-
féntem, tranfmiffis, que fuper cault
refnmptione fuerant compofite , mibi
Fidei Promotoris munere fungenrs lit-
ter# dure va ef}, quibus (4-
senter [cripfijfi , eam conclufioni ,
pts Er 5 re à Age-
ee enim , st fubdebas, de Prin-
cipe Chriffi caufa fpoliato, de Vir-
£ine rullis libidinum flimulis tentato,
de Contemplativo nullis mentis eva-
£ationibus obnoxio , de Innocente , fi-
mul tamen G Pœnitente, de Confefore,
Jimul tamen © Martyre Charitatis ;
denique de Bento, cujus plant fingu-
laris [anélitas teflimonio Venerabilis
Dei Servi Cardinalis Bellarmins, &
Sanile Marie Masdalenede Pazxis
Jscrat confirmata; cuius nomen pecu-
bar elogio in publicas Ecclefie tabu-
das relaum, G cujus cultus centum
Ab binc annis in Ecclefie , & Romsa-
74 prafertim , non interrupius per fe-
Difcours également Eloquent & Patéti-
que, Vous avez ordonné des Priéres Pu-
bliques, & accordé une Indulgence à
ceux qui prieroient pour l'Heureux Suc-
cès de fa Canonization, dont Vous ap-
prites qu’on alloit traiter auprès du Saint
Siége. Vous avezenjoint aux Curés, s'ils
fçavoient quelque Miracle de ce Bien-
heureux, de venir fans délai vous le dé-
noncer; & lorfqu'un Chanoine vous a
notifié un ir jugé miraculeux, vous n°’a-
vez,point différé d’en faire les Informa-
tions Juridiques , felon toutes les régles
du nouveau droit, avec tant de foin , &
d'éxactitude , que cette Procédure peut
fervir de modéle, Arrivé depuis à Rome,
avec ces Informatiofs, vousavez obtenu,
d'abord pour votre Métropole, & en-
fuite pour tout le Diocèfe, la faculté de
faire célébrer la Meffe, & réciter l'Office
du Bienheureux Louis Gonzague. De
retour à Bénévent , vous avez publié,
dans votre Synode, des Décrets, pour
le même fujet. Vous avez mis dans le
so nt de votre Eglife, le Nom
de ce Bienheureux, que vous avez pro-
polé à votre Clergé , pour l'un de fes
Patrons. Si auparavant vous célébriez fa
Fête, avec votre Chapitre, dans l'Eglife
des Peres de la Société de Jesus, vous
l'avez depuis folemnifée dans votre Eglife
Métropolitaine ; & à la Solemnité de
l'Office vous avez ajouté le Panégyrique
du Bienheureux,
Enfin, ayant reçu, & mürement éxa-
miné toutes les Procédures , qui venoient
d'être faites à Rome, pour reprendre
cette caufe, vous voulutes bien m’adreffer
vos Lettres, tandisque je faifois les Fonc-
tions de Promoteur de la Foi; & vous
me marquates que l’Affaire vous paroif-
foit re au point, qui devoit en
déterminer la prochaine Conclufon :
car il s’agifloit, difiez-vous, d’un Prince,
devenu Pauvre pour l'Amour de JEsus-
CHrisr ; d'un Héros Chrétien, qui
avoit confervé fans tache la fleur de la
Virginité ; d’un Contemplatif, élevé au-
deflus des égaremens de l'imagination;
LivEE
X LV.
BENoïr XHIE.
Livre
X LV.
Benoîr XIII.
2
anesmentes sc
Ibid.
LXXXIX.
Pour la Cano-
nization du Bien-
heureux Staniflas
Koska,
352 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
d'un Jufte, Innocent & Pénitent en mê- vera. A reliquis abflinco, que , pra:
me tems; d’un Confefleur, Martyr de wo Sacre Congregationis Rituum cos-
la Charité, & enfin d’un Bienheureux, ffio, ad Summum Pontificatum eucc-
dont la haute Sainteté avoit été arteftée #5, pro canfe conclufione fecifti. Qua-
par le témoignage du Vénérable Servi- proprer nibil alind mibi fupereffe vs-
teur de Dieu, le Cardinal Bellarmin, & derur, quam meas 1ibi humillimé pro.
de Sainte Madeleine de Pazzi; dont le
Nom a été mis avec Eloge dans lesFaf-
tes de l'Eglife ; & dont le Culte, depuis
cent ans, continue fans interruption,
particuliérement dans l’Eglife Romaine,
Je ne parlerai point, Très-Saint Pere, de
ce que vousavez fait pour le même fujet,
ces exhibere, ut confilinm , quod 4n-
tea dabas, nunc accipere non dedig-
neris, folemnique ritu B. Aloyfiur
Gonragam Sanilorum Confefforum
Catalogo autloritate, que polles , tan-
dem adfcribas.
depuis votre Exaltation, & » avoir entendu les Avis de la Sacrée Congé-
gation des Rits: il ne me refte qu’à fupplier très-humblement Votre Sain-
teté, de vouloir bien fuivre aujourd’hui le même Confeil , que vous donniez
autrefois, & de vous fervir de l'Autorité, que Dieu vous a mife en main,
pour ordonner que le Nom du Bienheureux Louis Gonzague foit inféré
dans le Catalogue des Saints Confeffeurs,
Pour la Canonixation du Bienheureux STANISLAS KoskA:
TRE s-SAINT PER,
"EGLise, inftruite par l'Oracle Di-
vin, qu'il ne faut pas cacher la lam-
pe fous le boiffeau, mais l’expofer fur le
chandelier, afin qu'elle répande la lu-
miére, canonize l'Héroïfme de fes Saints,
en expofant leurs Vertus à notre imita- [éd faper candela
tion , & à notre vénération,
Ce que nous devons imiter dans un
Martyr, c’eft la conftance qu’il a fait
paroître à fa mort; & quoique cet Hé-
roifme foit comme momentané , il peut
être aufli parfait, que celui qui a rendu
BEATISSIME PATER,
S UORU M heroiciatem, [eu fanc-
titatem Filiornm, Ecclefsa canons-
cat, hoc eff, imitandam fimsl ©
venerandam preponit , divinitus edoc-
ta , lucernarn non penere [ub modo,
Le , #t luceat.
Et in Martyre quidem , cujus-[ola
mors imitanda proponitur , [atis ha-
bet, fi vel momentancs fit heroïcitas
mortis , in qua tamen vel [ola tan-
to plerumque colligitur heroïcitas,
quanta vel in longam alteriss vitam
recommandable la longue vie d’un autre. poffet extendi.
Mais dans un Confeffeur , ce n'eft pas
feulement fa mort, c'eft la fuite de fa
vie, qu'on propofe à limitation des F1-
déles, Aufli n'eft-ce pas l'Héroïfme de
quelques momens, qu'on veut trouver
ans un Confeffeur de JEsus- CHRIST,
mais une Sainteté long-tems éprouvée,
& foutenue; quoiqu'en cela même la per-
fection de la Sainteté ne dépende point
du nombre des années, & qu'on puifle
dire quelquefois d’un Héros Chrétien
At in Confeffore, cujus non mode
mortem , [ed © vitam imitandam Fi-
delibus propenit, beroïcitatem defide-
rat non momentancam , [ed dintur-
nam, nec [olius mortis, [ed ctiam
vitæ , quanta antem, non cf} defins-
tum : nec vero facile definiri poref},
cum ficri valeat , ut brevis interduns
Hcros longum adaquet ; aide ut Ver-
bis ntar fapientis, Confummatus in
brevi expleat tempora multa.
(pour me fervir des paroles du Sage) Talis fuit heroïcitas Tobia in Deum
Pi,
: DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE 353
p#, in concaptivos liberalis, hormi-
num confortia fugieniis, tshslque puc-
rile in pueritia’ gerentis : Hæc, sn-
quit Scriptura , & his fimilia fecun-
dum Legem Dei puerulus obfer-
vabar, Talis beroïcitas Samueks ,
pueri ante Deum magnificati ,
“proficientis, «c tam Deo, quam ho-
minibus placentis. Talis heroïcitas
Dariclis , Sociorumque aquam ,
Jegsemina pre cib1, 4c potu Regio
Poflnlantium. Talis beroïcitas Joan-
mis , qui puer crefcebat, @° conforta-
batur Spiritu, © erat in defertis
AC talis denique fuit heroïcitas
"ejus , de quo nunc agitur, Beati Sra-
niflai. Puerulus voces minus pudicas
:Audiens exanimis in terram cadeba!;
gnotidianà Fratris vexatione ab arc-
“tiori ad la\iorem vitam fe pertrabi
“nwnquam eff paffus ; tandem Dei &mo-
ve fic affucbar, ut gelida peflus aqua
‘refrigerari oporteret : ita ut nec deli-
* Catior potuiffer effe adulti caflimonis ,
.#7eC firmior fuifler viri conffantia , ne-
‘que caritas poff feculum vehementius
| "arfiffer.
_ Cenfto igitur , brevem annis, lon-
“gum virtutibus Heroem Fidelium imi-
‘tationi, fimnl G° venerationi prope-
"nendum ; ut puer annorwm ollodecim
‘padori fit fuero cenum annorum,
“condemnetque Jufius mortuus vivos
“émpios, € juventus celerises confæm-
.MmAtA longuam vitam injufli, nec [uns
denique defit Benjamin Adolefcents -
‘us in familia Sanülorum.
u'ayant pen véss, il 4 rempli La courf
durs longue vie (*). ne
Telle a été la Sainteté de Tobie, plein
de Piété envers Dieu , & de Charité en-°
versles Compagnons de fon Exil, attentif
à fuir la fociéré des Méchans, & igno-
rant dans fon Enfance méme, les amu-
femens des Enfans, pour ne s'occuper,
felon le témoignage de l'Ecriture, que
de la Loi du Seigneur, Telle a été en-
core la Vertu de Samuel , qui dès fes ten-
dres années fe rendit agréable au Sei-
gneur ; & qui, croiffant toujours en Sa
gefle , mérita d'être approuvé de Dieu,
& des Hommes. Daniel, & fes jeunes
Compagnons éroient déja arrivés à ce
dégré de perfe&tion, lorfqu'ils préfé.
roient l'eau & les légumes, à tous les
mets de Ja Table du Roi. Tet enfinaété
l'Héroïfme de Jean-Baprifte, qui revé-
tu de la Force du Seigneur, & de fon
Efprit,paffa fon Enfance dans les Déferts.
Ne craignons pas de dire, quele Bien-
heureux Staniflas n'a pas vécu autre-
ment , que ces grands Modéles de Per-
fection. Dans l âge le plus tendre, une
parole peu chafte le failoit pâlir, & pref-
que mourir, Îl avoit cependant affez de
lermeté, pour réfifter aux importunes
follicitations, & à toutes les ue
d’un Frere, qui vouloit l’amollir par la
douceur des plaifirs. Son cœur étoit dès-
lors fi embrâfé du Divin Amour, qu'il
jettoit de l'eau froide fur fa poitrine,
pour en modérer les ardeurs. Il feroit
véritablement difficile de trouver , ou
plus de Chafteté, dans un jeune Hom-
me , ou plus de Conftance dans un
Homme fait, ou une Charité plu$ ardente, après les Exercices d'un Siécle
entier, Îl paroïît donc convenable de propofer à limitation des Fidélés, &
à leur vénération, un jeune Héros beaucoup moins chargé de jours, que de
‘Vertus; afin qu’un Enfant, qui n'a point paflé fa dix-huitiéme année , ferve
de leçon à ceux qu'on apelle des Enfans de cent ans; que le Jufe condame
ne après fa mort la vie des Impies ; & que la Famille des Saints {e puifle glo.
nifier d'avoir fon Benjamin,
y
Lrv RE
XLV.
Br voir XIL,
() Sag. IV. 13,
354 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LIVRE
XLV. Pour la Canonixation du Bienbeureux JACQUES DE
Br N OÎT XIII
been er
TREs-SAINT PERE,
"Ibid. p. 565$.
_ ÀC E paffe volontiers fous filence le récit
Pour la Cano- Ÿ des Vertus, & des Miracles du Bien-
nization du Bier- |
heureux Jacques neureux Jacques de la Marche; parce
de la Marche, qu'ils font fort connus, & que plulieurs
autres en ont fait des Relations éxactes.
Mais pour engager Votre Sainteté , à
procéder incefflamment à fa Canoniza-
tion, qu'il me foit permis de rapeller
ici, que lorfque vous ériez encore Car-
dinal, vous avez été témoin d'un Mira-
cle, opéré par fes Interceflions, & fous
vos yeux : Miracle, qui a été depuis Ju-
ridiquement conftaté, étaminé avec foin
dans la Sacrée Congrégation des Rites, &
approuvé enfin par votre Sainteté, L'Hif-
‘toire nous apprend qu'un Miracle ainli
obtenu par les mérites du Bienheureux
StaniflasEvêque de Cracovie,en prélence
d'Tnnocent IV, fut un motif à-ce Pape,
-pour terminer l'Affaire de la Canoniza-
tion du Bienheureux Martyr. Ne dédai-
_gnez donc pas, Très- Saint Pere, de faire
‘aujourd’hui ce qu'a fait autrefois un de
vos Prédéceffeurs ; pour procurer un
nouveau modéle de la perfe&tion Evan-
&élique, à l'Ordre de Saint François: un
grand éxemple de zéle, & de courage,
‘aux Miniftres Apoftoliques ; un favora-
‘ble Intercelleur à tous les Fidéles; &
LA MARCHE.
BLATISSIME PATERr;.
A BSTINEO libentiffime 4 com-
memorarione virtutum , (O° A.
raculorum Beati Jacobi Piceni ; [e-
tis enim , [uperque nota funt ; C7 buc
ufque fucrunt ab aliis luoulentiffime
relata. Ut autem ad [olemnem ejus
Canonivationem tandem procedere
digneris , fas [it , ‘in memoriam re.
vocare , te, dum Cardinalatus Off-
cio fungebaris, propréis oculis alie-
rum ex miraculis vidife, quod ad
Summum Pontificatum cvellus, jurs-
dicis accedentibus documentis, ©
pravio Sacrorum Rituwm Congrega-
tionis confilie , approbaffs. Feruxt
Hiflorici, Innocentinm I fuis ocu-
lis miraculum vidife , 4 Deo inter.
ceffione Beati Stan'iflas Cracovien/is
patratum, indutinmaue ab hoc juifs
fe, ut inchoatam cjus ‘anonicaïis-
nem ab{olueret. Hujns itague.tsi Pre.
decefforis exemplun, Beniiffime Pa-
ter , fequi ne dedigneris ; mt Fr arru
ZAinorum Familsa novum Evange-
lice perfelisonss exemplum, Apofto-
bic Mirifiri formam Jeduli, © in-
viéli Operarii; Fideles.omnes Inter-
cefforem ; © Chrilliana Refpublice,
dificillineis bifce emporibes , [olidif-
dans ces tems difficiles, un puiffant fe- Jimwm aduerfus Flarcfes, quas Je
cours à l’'Eglife Catholique, contre les
Héréfies, dont le Bienheureug Jacques
Fut le féau pendant fa vie.
cobus vivens profligauis , babeas pa-
tr'ocaninm, |
Pour le Canonixation du Bienheureux JEAN DE LA Cao! +.
maps ” TREs-SainT PERE,
Pour la Cano-
BEATISSIME PATER,
X CI. P ARM1 plufieurs autres raifons, ie £ X multi alique proferam : qu
où du Bieue peuvent favorifer la Canonizatton c
heureux Jean de firée du Bienheureux Jean de la Croix,
exoptate Bcati Joannis 4 Cruce
Canonizationi mibi plurimums pro-
L Croix. je me contente à prélent de toucher cel- deffe poffé videntur. Sanëla eenim
FE N° #Æ +- Ke &
ee
m1
<—
TS UN +
RS RÉ 2
: DE L'ORDRE DE'S. DOMINIQUE 335
Æhensfie um adbuc vivent exi… le: ci, On fçait d'abord que Sainte Thé- pp, 432
mil fanéhiturs Laude: iu. fus Epifle- rele, dans plufieuvs de (es. Letvres., a
bapnèfesuta: aff, Er quantun: autlors Bborc relevé Là Saintet du Servireur de
Landes arnflationibus de akonum ve pas, que flon les Mlonumens Ecclé.
fantlitate prolatis, Takuke Krolgiaf. haltiques, le témoignage des. Saints e{l
ticæ, quas Martyrologium appella- taugpurs d'un très-gramdi poïds, furcout
son, facidr: oflendunt: Soeur quid lorfqu'ils atteftent In Saiataté de: leurs
fonum: Crnahitarum: pexfouriones | femblables. On ne: fauroit now plus
of pc dimsnas, Gr afperas, pnopien oublier , qu'a milieu des rudes & lom«
péhasèann initio animes taleraosc: que pues porkcutions:. que le Diftiple de
profeëlo fantlitaris reffera eff ; quem- JEsus-CHR1sT eut à fou8riy pour ls
admodum ex Aülis Sanélorum Bene- Juftice, quoique de la part de fes Fre-
dit, Romyalds, & Colmahan, que ves, {a patience. &:{a.fermeré fuxenrtou-
fimilia à fais paf funt, ut cetera jours égales, & toujours invincibles : au-
pretercantur , defumitur ;' nec non tre Preuve de: Sainreté; comme il pa-
. ex huïus fanile Sedis antiquiffima ob- roît, & par les A@es de Saint Benoît,
frvantis , que.in diftuiendis Sanc- de Saina Romuald, de Saint Calomban,
sorum etiam Confefjorum , geflis fe- qui reçurent un femblable traitement de
dsbo [emper exquifiqis , ar, GT quo quelques-uns de laurs. Bifciples ; à pr
arind calumnias Or contsumelius palfi l'anciesne praique du Saint Siége: que
fent , tefte Henrita Cardinali Ofken. ex éxaminant les AGhons: des Saines.,
>; qui faculh tertiodecimo [na in De- même des Confeffeurs , à voujours fait:
oxetalas Commentaria exornuin A: Une particuliére: attention à la maniére,,
deux, quod confilio; S* opera. vali- dont ils anoient fupponté les affronts, &:
difficaum prabuss Sante There ade les calbromes, comme le remarque le:
jesarismm, ur Ordinis Carmeliani vi- Cardod blenridOfie, done tes Com
xes- acÀ fouerionens AKipimam reve. mentires fur les: Décrétales furenr pu
caven: @x [ane bac Sedks Caneni- bliées dans le treisiéms Siécle. Ajoutona
aationis-honorem lis libenser indub à cela que, par fes confails,. & par fes
gere confüeuis, quorum admirande aons, ke Biankeureux Jeande la Croix
vue fanbüiias fee nnbstat: populorure à efficacement aidé Sainre Fhérele ,. à
oamgséhe ; inton ques SMS racenfentur . engager ks Religieux du Mont Carmel
qui vireme infienss, Er prodipiis iD. à-embraffer lss-plus févéses Pratiques dé
buftres Sanétexum Ovdinum ficnums la: Vie: Répuhése : On l'Eglife Romaine
Fundarvres ; quibus alis fucceduns, & coutume de déférer avec phifir lez
poi Rrligiofus families, ad [an&iio. Honneurs de la Canonization a ces blé
ie Lflsiuri fodinum profiçre ineurs. ros Chrétiess, donr la haure Séoueté æ
meert; M5, in BuNa: Canonixationis S 60€ particuliérement urile aux Peuples. a
Fesri dun Ajcannra, felicis reco das, &: parmi ceux-cion diffingue les. Sainte
Ciemons Rupa: drcimus inquir. Be. Bandateure d'Okrdre, aufé. ilhlufires pas
pau sn ex miraculis apprbaris leurs Mertus, que par leurs Miracles ; &c
cenigis, dum filkmuia Brar:ficario- Ceux qui dans la (uite des tems onc heu.
mis peragebantur : mirasuinrquetali reufement travaillé à fauerevivre le pren
Preligrato rempore 4 Des. pairarum aies Elprie, & l'ancienne Ferveur de
Coluntatem. oflendis de: reajori cul.ns eut faint Inflitur. C'eft ce que le Papa
ang LÉ udine ln jus honorem fla:ucn. Clement X, d'heureule mémoire , a biemi
da Eunitaqu, Beæiffime Pater., abfervé daas fa Bulle pour la Canoni-
Sanüiorusm:Confijjerum Caaloge (0: zauog de Saint Pisrse dAlcantara.. Ens
Yy5
X E V.
+ romemune flatmcudues fi in Dia, méme de fon vivann; & on.ntigno- Trvoir XIIR
R D —
LIVRE
X L V.
Benoîir XIII.
fhit,
XCII.
Pour la Canoni-
Zat on de laB'e:=
heurcule Agnès
du Monr.Pulcien,
356 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
fin, la Solemnité de la Béatification du lemmiter adféribe : Deo fiquidem po
Bienheureux Jean de la Croix, fut il- hororificum , Sanélis Viris gloriofum ,
luftrée d’un nouveau Miracle ; Miracle atque Ecclefie univerfe utiliffimur
certain , & prouvé ; ce qu'on doit regar- eff, quod pablico teffimonio excelles-
der comme un figne de la volonté de tism Virorum [anélitas ab Apofholica
Dieu , pour l’extention du Culte de ce Sede declaretur.
Bienheureux. Ne différez donc pas,
Très-Saint Pere, de mettre fon Nom dans le Catalogue des Saints Con-
feffeurs, car il eftroujours glorieux aux Saints; commil eft de l'Honneur de
Dieu, & de l’utilité de l'Eglhife, que la Sainteté des Hommes éminens en Ver-
tus , foit ainfi déclarée
Apoftolique,
par le témoignage folemnel & public du Siége
Pour la Canonixation de la Bienheureufe AGNE'S DU
MoNTPULCIEN. |
{
TRES-SAINT PERE,
E ne penfe pas, que ce foit fans un
deffein particulier de la Divine Pro-
vidence, que la Canonization de la Bien-
heureufe Agnès, Religicufe Profefe de
l'Ordre des FF. Precheurs ait été diffé.
rée jufqu’à nos jours : Dieu fans doure
Fa permis ainf, añin que cette illuftre
Vierge, dont la Gloire avoit été autre-
fois revelée à Sainte Catherine de Sien-
ne , fut enfin propolée avec folemnité
à la Vénération de toute l'Eglife , par
l'Autorité d'un Pape du même Ordre.
Ce qui avoit éré commencé par Clément
VII, & depuis continué par Clément
VILLE, & Grégoire XIII ; achevez-le, Très-
Saint Pere: car ure Vierge véritable-
ment fage, & que le Seigneur a toujours
trouvée veillant; Agnès , fi diftinguée
armi les Héroïnes Chrétiennes, par fes
blimes Vertus, par les dons, & les fa-
veurs du Ciel, par les Prodiges enfin,
æ ont publié fa Sainteté, & pendant
a vie, & après mort; cette Fille Forte,
u’il ne faut pas aller chercher au loin,
de des Pays reculés ; mais, que vous
ævezrrouvée dans un de vosMonaftéres de
k Tofcane, mérite que vous placiez fon’
Nom avec honneur dans le Catalogue
des Saintes Vierges. Selon la Réfléxion
de Saint Euchér, dans fon Apologie de
|
LS
_
BEATISSIME PATER,
N ON fine peculiari Dés Provi-
dentia failum arbitrer , Cano-
nizationem Bcate Agnetis, Moris-
lis Profeffe Ordinis Predicatoram ad
bec ufque tempora dilaram , ut cjus
videlicet fantlitas, [anile Catherine
Senenfi eju[dem Ordinis divinitus re
velata, Decreto Summs Pontificss Or.
dinem quoque Predicatorum Profef.
fs, univerfe Ecclefie colenda propo-
neretur. Opus itaque #4 Clemente VIE
inchaatum , quodque Clemens VIII,
GS Gregorius XIII prefecuti funt,
féliciter abfolve; © Agnetem, quam
Dominus femper vigilantem:invense,
tot heroïcis virtutibus preditam , toi
cœleflibus charif[matibas , dum vive-
ret , illuffratam, tot prodigiis, ©
miraculis pof} obitum clarificaram ,
guamque non procul , nec in ulrimis
fribus terre, [ed in Clauftris Mo.
nialium preclariffimi tui Ordinis
Pradicatorum in Etruris invenifii ,
Santlarum Virginum Catalogo ad-
fcribe : ut enim opportun monet , in
Homilia de Sanitis Epipodso ,
Alexandro, Santlus Eucherius bi[-
ce aureis verbis: Magnum eft pu-
blicis , atque communibus dare
vota folemnitatibus ; fed excel-
© DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 357
entior quædam feftivitas judi- Saint Epipode, & de Saint Aléxandre, LrynR »
canda eft Alumnis exultare virtu-
tibus.
s'il eft toujours glorieux de pouvoir éta-
blir des Solemnités Publiques, commu-
nes à tous les Fidéles; il l’eft encore plus
de voir célébrer des Vertus , qui nous
touchent d'autant plus , qu’elles font
comme domeftiques,
Pour La Canonixation ds Bicnhesrenx FRANÇOIS SoLANoO.
BEATISSIME PATER,
ABUIT in Beatis Jacoba Pi-
cena , 4c Francifto Solano ,
Ecclefia Déi nobile al Heron.
Ambo in eodem Ordine Minorum
dirtutis fladium alacriter ingreffibre-
vi metam attigere. Per utrique ar-
dor corpus ciliciis , © flagellis cru-
ciandi , ac perpetna feré à carnibus
abfiineniä macerandi.. Ambo longis
gsineribus ad longinquas peregrinaii
fint Nations fementem Evangeli-
cam fparfuri; atque euntes quidem
sbant , © ficbant mittentes [emina
fna ; venientes autem venerunt cum
exultatione portantes manipulos [nos
sn hborreum cœleftis Paris familias
congregandos. Ambo denique tam fi-
mils Miraculorum gloria floruerunt,
st per fiupentes fluminum undas li.
sidum jte» [olidum utrinfque pedi-
#s prabuerit obfequium. Hoc fimi-
.Lindinis morum , fignorum , cjuf-.
demque [nflisuts Regularis argumen-
20 feliciffime ufus eff, in [no Confiflo-
réali fiffragiopoft Epiflolas familia-
res edso , Vencerabilis Dei Seruus
Cardinalis Robertus Bellarminus ,
Summo Pontifici Clementi oltavo [na-
firus, ut abfoluta per eum Canoniza-
tione Beati Hyacinthi Ordinis Predi-
catorum , aliam Beati Raymundi cjuf-
dim Pradicatorum famili: abfolue-
vet.Fas itaque ciiam mihi fit iliud im.
Prefentiarum ufirpare, dum'ad pedes
Beatiudinis vefire provolutus bumil-
Jimas exhibeo preces, ut Canoniza-
Koni jam prefignata Biaii Jacobi Pi-
TRrRESs-SAINT PERE,
L: s Bienheureux Jacques de la Mar-
che, & François Solano ont paru
dans l’Eglife de Dieu, comme deux il-
lultres Héros. Engagés dans la même
Carriére, & fous le même Habit de S:
François, ils ont marché avec la même
XL V.
Benoïr XIII,
Ibid. p. 567
XCIII.
Pour la Cano=
nization du Bien-
heureux François-
Solano.
Ferveur; & en peu de tems ils font ar-
rivés au même terme. Un méme efprit
de Pénitence leur avoit appris à dompter
la chair par divers genres de Mortifica-
cation; & à porter au loin la Lumiére
de l'Evangile : S'ils ont femé dans les
larmes, ils ont aufli recueilli avec joye,
l'abondante Moiflon , dont ils ont rem-
pli les Greniers du Pere de Famille. Le
Seigneur les a honorés, eux & leur mi-
niftére , de la même faveur , en les fai-
fant marcher l’un & l’autre fur les eaux,
comme fur un Elément folide. Cetre
conformité, ou reffemblance de Mœurs,
de Miracles, & de Profeflion, fut au-
trefois un Argument , dont le Véné.
rable Serviteur de Dieu , le Cardinal
Robert Bellarmin fe fervit auprès du
Pape Clément VIII, pour demander
ue l’Honneur de la Canonization fût
déféré au Bienheureux Raymond de Pe-
gnafort , de l'Ordre des FF. Prêcheurs,
çomme on venoit de le décerner à Saint
Hyacinte , qui avoit été Religieux du
même Ordre. Qu'il me foit de per-
mis, Frès-Saint Pere, de faire aujour.…
d'hui la même demande, en fuppliant
très - humblement Votre Sainteté , de
vouloir joindre aufli à la Canonization
de Saint Jacques de la Marche, celle
du Bienheureux François Solano : caf
Y yiÿ
X
Le
. LT
XLV
L
Be NOÎT XIE.
id.
XCIV.
Pour la Cance
nization du Bien-
heureux Turribio.
35% HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
(pour me fervir des termes de Saint ceni Ordinis Adinorum aliam Bros
Jean Chryloflome) il convient que cet Francifei Solani cjufem Ordinis
Uuffre Couple de Sanis, qus , ayant fperaddere dignetur. Decer ctenirm
porte avec une égale Piété le Joug de ( sior verbis Sanêli Joannis Chry-
Jesus-CHaisr (ue la Ferre, jouir fojlomi ) d:cer, irquam , nt biga
lent. à prélent de la méme Félicité dans Sanctorum, ge Chriffs jugurm pari
le Ciel, reçoivent auf du méme, Pons devotione portavit in terris, & nunc
tife, les Honneurs qui leur font düs pari félicitate trinm; bat in Cœlis , ab
dans l'Eglie Milrente, _ œden Sunma: Pauifee | Chrifque
D | | | Picario confécretur.
Dour la Canonixation du Bienheureux TURRIBIO,
oo Arahevique de Lima RE
Ter s.-Saswr Pene, BrATrISSREE RATER,
| j eee qui. étoie prefcrie pan les Cr R 4, que: pro Bocti Tiurrés
& Sa
iats. Canons:, pouv parvenir à la < bié Canorisarions pen fscnos Cas
Canonization du Bisohaureux Eurris venes poffulabantun, poff longe rem.
bio:, a été enfin accampli:; & d'aft non. perse intervalle, 1e Judicotandem,
fulamene par vos Ordres, mais, aufË, re Prafide, explaaifinn Ei isaque des
pas vos faius, qu'après de: longs. inter. bitos faréticatis honoxes ne d'firas ; nn
vallss, tous aété heureufement éxécuté.” Sarétonum ac Oxbe Novo Dyprita.,.
Ne diférez donc plus, Erès Saint Pere, que + Rofs de auila Mfaris Wirgi-
de porter la Sentence de fa Cananisa. ne Linnena: Tori Ordinis Sanüü Dos
“00 ; af que les. Falles du. Nouveau mwicà ixisiuns bobucruur, Ærchies
Monde, confacrés: d'abord: pas Lo Nony pifCapii Aime: accoffime feliciter au.
de: Sainre Rafe,.du. Eiars-Ondre- da S psemwe; a Rides. Chrifiians, quan
Elominique, fmient encore illuftrés, par Frames Rradiatores én. am liffime
celui d'un Saint: Archeuêque: de: Lima. Restore Permaiase Fadosibus,,
J'ajoute; afo: que la Religson Chrético- feriguime prinei iruiï scout, #eve
ge, que los EF. Préchaurs ont anancée hea praffdie. unire lasiss adolrfèar >
les premiess: dans.le vafte Royaume du ss ones. demsum pas Orhom.Cathan
Pérow, & qu'ils ont cimentée: de leuns /ièum Arvflises, ci Poflanalà [olts.
fieurs, quelquefois même. de: leur fang,. cémdns infignes, imiama Axchsgpifs.
y reçoive de acuveaux. accraïllemens,; oœpe , Samilis emvamerand. ve
& que rous les Evéques. du Monde Chré. beaux, qued' admirer , qued\imée
ten, quelque refpañtebles qu'ils foienv remcm, dt cobann :
déja par In Sollicitude Pafteralc, trou
vent dans un fi graart Anchouèque, ca
qu'ils duirent véritablement admirer,
miter, & rofpecter. :
- Ce fur dans'ces faïntes occupations, fi propres à reneuvel.
Jer la Ferveur des Fidéles; en excitanr dans tous les cœurs,
de vifs fentimens de Foi, de Pieté, de Religion, de mcpris
de la terre, & d'Amour des Biens. futurs, que Benoîr XII,
voulu fair certe année 1726,.4 commencer la fuivanre, Lea
4
LS
| DE L'ODRRE DE S. DOMINIQME. 359
‘Fonctions du Miniftere Apofñtolique , quelque mutripliées
qu'elles faffent,ne pouvoi:nt le fatiguer, parce qu’il les aïmoit.
‘Cependant il fe rendoit extrêmement atrentif 4 tour ; & fe
plaifoit à fuivre les plus anciennes Pratiques de l'Eglife. On
regarde comme ane de ces Pratiques, dont on ignore l'origi-
ne, celle de prefenter du Pain & du Vin, & de la Cire, au
Souverain Pontife, lorfqu'il mec le Nom d’un B'enheureux
dans 1: Catalogue des Saints. Maïs dans la Canonization de
‘Sainte Brigitre, faire par le Pape Bonirace 1X lan 1391, on
ajouta dces Offrandes , celle de quelques Oïfeaux , Colombes,
“ou Tourterelles : ce que l'on croit être de Pinvention de Pierre
Amélius , alors Sacriftam du Pape, & depuis Evêque de Sini-
-galia. Cet Ufage, qui avoit depuis continué, ne plaïfoit point
a quelques Scavans, fort verf£s dans la Difcipline de l'Églie
primitive; & notre Pape, le jugeant d’aïlleurs peu conforme
a la Saïnreté de Li Cérémonie, le fupprima dans la Canonization
‘des Bienheureux, dont on vient e parler. C'eft ce que nous
ifons dans'une Note, fur la Bulle de ia Canonization de Sainte
“Brigitte (:. | | |
"La plupart des rickres Grnemens qui avoïent fervi à décorer
Ja Bafliqe de Sat Pierre, durant les derniéres Sokemnités,
#arent donnés par fa Sainteté à la nouvelle Eglife de Saïnt Phi-
ippe de Néri, bâtie d:puis peu à Bénévent, felun tes Ordres,
‘& aux depens du Pape, qui fe préparoit dé a à fe rendre lai-
‘même dans a mêmeVifle. Quand plufieurs autres motifs dezéle
& de Religion ne l’auroient pas engagé à faire ce yoyape ; il
Éroït porté par certe forte & ancienn: inclination, dont il avoit
“donné tant de preuves à fon Eglife de Benévent. La Sollici-
+tude de toutes les Eglifes ne pouvoit lui faire oublier un Peü-
“pile chéri, qu’il confidéroit toujours comme la gortion de fon
roupeau , dont il demeuroit Hécialement chargé. |
Nous avons d£ja dit, qu’à l'éxemple de quelques-uns de fe
Prédécefléurs, qui, en montant fur la Chaire de Saint Pierre,
m’avoient pas voulu être remplacés dans Îe foin des Eglifes,
dontils remplifloientÎe Siége avant leurExaltation, Benoît X1f1
| (1) In hac Cæremaaia poft confueuas ex, dinali Jofepho -Mariæ Thomafño serie
vevercrima Ecclefx difciplina, panis, vini, &] Riwum peritiffimo , prætereaque idem fanc-
«Ceræ oblaniones de more , Summo PomificA crffimus Ponrifex-enn cfle naunmimè-cenfon2h
faûas , Columbæ & Turtures primdm vifæ ,| reperiffec fanétiori Difciplinæ Eccleliæ;quam
arb &rio Petri Ame ii, Pontificii Sacriftæ .… .| fummè çallet, bujufmodi Avium oblationem
"Hz: timen Avium oblatio , in Domo Dei|fieri noluit in folemni Canoniz tione o&o
falta, difplicuir Suromo Pontifici Patri nof l'Sanétorum, quam habuit in Baflica Vari-
&ro Benedi@o XIII, curaque accepiflet, eam| cana fub finem elapf anni 57216, & initio bus
quoque difplicuifle renerandæ memoriæ Car-} jus anni 1727. Cod. Couff, Canonix. p. 1604
Livre
X LV.
Benotîr XIII.
XCV.
Sa Siiateté fupe
prime un ufage in
troduit depuis la
fin du quatorzié.
me Siécle.
XCVI.
Libéralités faites
à la nouvelle Egli-
fe de S: PHiippe
de Néri.
; À
XCVII.
Par quels motifs
& fur quels éxem-
ples, Beroît XIII
avoit retenu l’E-=
glfe de Bénévent.
“LIVRE
X L V.
Brnoîr XIII.
.. XEVIIT
"Ses attentions
part:Cui:éres pour
ce Peuple.
*
.$860 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
avoit continué à fe regarder comme le Pafteur de celle de Bé-
névent : & on peut bien fuppoler qu'il n'avoir ecouté en cela
que fa cendre Charité , & n’avoit confulté que les intérèrs,
tant fpiricuels que temporels, des Fidéles, qui s’étoient tou-
jours montrés dociles à fa Voix. L'Ordre , la Difcipline, la
Régularité, les fainces Pratiques, qu’il avoir eû la confolation
d’écablir, & de voir long tems fleurir dans le Diocèfe de Béné-
vent, & le bcfoin continuel, qu'avoient ces Peuples, de fa folli.
citude , ou de fa protection, pour perfévérer dans le même
Efpric de ferveur, étoient pour lui des engagemens., qu'il ne
fe croyoit point permis de rompre. Il n'éroit guëres moins
touché de l'état de pauvreté, où de fréquentes calamités pu.
bliques avoient réduic bien des Familles, qui ne fubfiftoient
que par les pieufes Libéralicés de leur Archevêjue. Ajoutez à
cela h nécellité de conduire à leur perfection , plufieurs uciles
Ecabliffemens déja commencés. Tous ces différens Objets, &
uelques-autres peut être que nous ignorons , avoient détermi-
né Benoît XIII à fnicer les Papes Saint Léon IX,& Alexan-
dre IL en retenant, avec le Souverain Pontificat, la conduite
de l’Eglife de Bénévent; comme le premier d2 ces Poncifes
avoit retenu celle de Toul, & le fecond celle de Lucques / 1}.
Comme le devoir de la Refidence, fi fortement recommandé
par les Saints Canons, confifte moins dans la préfence corpa-
relle, que dans les fages & continuelles attentions, la So L'ci.
tude, & la Vigilance du Pafteur, fur les befoins de fon Trou-
peau , qu'il eft chargé de conduire, de nourrir, d’inftruire & de
défendre : le zélé Pontife, tout éloigné q#’il étoit du Diocèfe
de Bénévent, ne laifloit pas de porter fouvent fes regards vers
cette Eglife ; de rompre & de Éftribuer à fes Diocétains, le
pain de la parole, par le Miniftére de fes Coopérateurs; de fe
trouver en Efprit dans l’aflemblée des Fidéles, dy faire toujours
obferver fes Loix, fes Ordonnances, routes fes anciennes Prati-
ques ; de prévenir enfin , ou de corriger tous les Abus, qui au-
roient pü s’introduire. Il vouloit être éxatement informe de
tout ; & il l'étoit. On peut dire aufli que l'amour, & la fidélité
de ces Peuples, le leur rendoïent toujours préfent; & que la
crainte de lui déplaire , ou le défir dé mériter la continuation
de fes Bontés, faifoient qu’ils n'étoient pas moins attentifs à
(1) Servaverat fibi Pontifex regimen Ec-[imitatus, quorum primus Tullenfem Eccle-
_€lefiæ Beneventanz, quam amore nurquam |fiam , alter vero Lucenlen, quibus in Mi-
intesituro profequebatur , Divum Leonem noribus præerant, unà cum Romano Ponti-
IX, & Alexandrum II, Prædeceffores fuos, | fcatu tenuerunt, &ç. Ærehé Firm. par, 89
| | | marcher
>
7: DE L'ORDRE DE S:DOMINIQUE. 36r
märcher conftaniment dans les voyes, où il les avoit faitentrer, L 1 v:r E
que s’ils avoient eù encore le plaifir de le voir, &.le bonheurde Ypv
Pentrendre.. . . .. à EE — RE
: ‘Par cette fainte Emulation, fi peu ordinaire dans un grand nor
Peuple , les Fidéles de Bénévent ferroient toujours.plus étroire-
aient les nœuds, quiles attachoïent à leur charitäble Pafteur ;-&:
par là engageoient celui-ci à répandre toujoitrs fur eux fes gra-,
ces, & fes Bienfaits. Il auroie Éaîlu revenir trop fouvent fur le
même Article; fi: dans la fuite de cette Hiftoire:,' nous avions.
voulu a 4 rout dé que Benoît XI, depuis fon. Exalca..,
sion , fit en faveur de ceux de Bénévent, &'dé cette-Epglife.
Nous nous corirentons. de rapporter ici ce: que nous: trouvons
dans deux Décrets Apoftoliques «en Hate du 29: Juillec:r. 724,
&: du 14 Mars 1725 fa Sainreté s’explique:ainfr dans le pre-
MIÉrE, 2 eo des
. « En prénant autrefois la conduite de l'Eglife de Bénévent, ‘xcrx
mous rémarquâmies d’abord, -nôn fans. une fenfible douleur ; « Décrec de Sa:
que plufeurs Biens, Droits, ou Jurifdiians des Eplifes, des sr ae
Maonaftéres ,des Colléges, des Hôpiraux, & des autres lieux ge °°"""7""87
de Piété ,tanf dela Villé , que du Diocèfe. avoientétéaliénés,
ou ctdés pour un tems à des Particuliers , fous différens «.
Tirres de Fief, dé Loüage, de Concellion, ou d’Inveftiture, «,
Nous comprimes aufli que toutes ces. Conceffions, toujours «
préjudiciables aux Egliles ,tourneiencuniquement ah profit de «
ceux, à qui elles avoiencétéaccordées, pour très peu de cho-«
fe; Auf lorfque le terme du Bail étoic expiré, les perfunnes «
intéreflées à te continnier ; ne manquoient pas d’en éxiger le «
renouvellement. avec aurant de rigueur, que fiellés n’avoient «
pas eù moins de‘dfoir fur tes biens de l'Eglife, que fur leurs «
six tagué Oa fondoit ce prétendu Droit fur ce qu'on «
apelloit un ufige commun, reçu,& pratiqué dans le Pays ce
_ Mais, cet ufage, que la feule cupidité a fait naître, & que des «
… vées dg chair, & de fang ont entretenu , n’eft qu'un abus, «
qu’il ne convient pas de difimuler , ni de tolérer plus long- «
sms. Nous le condamnons donc; & défendons expreflément «c
qu’on donne déformais à des Particuliers, les Biens, ou les «s,
Droits des Lieux-de piété, fous quelque Titre, quece puifle être;e
eu qu’on renouvelle les Conceffons déja faires : & nous dé- «6 vitein Appen. Ce:
_&larons, que le rems une fois expiré ; tous ces Biens, ces es *9°P# +47
Droits, & ces JurifdiŒions doivent revenir pour toujours aux «
Eglifes, aux Monafkéres , aux Colléges, ou Hôpitaux, qui æ
ent droir d'en jouir ; dans que ççux, qui les avoient obtenus 4;
Fons VI, | LA
LrvRreEz
XLV..
RpNoîr XHL
a
C.
Autre Décret
pour « mêrre ob.
LE
Tbid, Pag. 167.
_
CI.
A@e de Juftice.
362 HISTOIRE DES HOMMES IELUSTRES
» pour un tems, puiflent en aucune maniére éxiger le renouvelle:
» ment du Bail, &c », : Pin |
Ce que nous avons remarqué, dans le troifiéme Livre de ce
Volume , touchant l’augmentation confidérable des Revenus
Eccléfiaftiques, que notre Archevêqueavoit procuréeaux diffe-
rentes Egliles de fon Diacèfe:, eft une preuve qu'il avait aboli
dès-lors une grande partie des Abus, dont il fe plaint dans les
préfentes Lertres. Le Bien de la'paix, fans doure, donna alors
des bornes à la vivacité de fon zele, & l'empêcha d'achever ce
qu'il avoit heureufement commencé. Nous croyons que c'eft
par ce même Efprit d'Equité & de moderation , que, fans an-
nuller aujourd'hui routesces Conceflohs déja faites, fa Sainteré
fe contente d'en attendre!le terme, pour faire rentrer les Eglifes
dans tous leurs Droits. _ | .
L'autre Décret de Benoït XIII étoit tout en faveur de l'E-
glife Metropolitaine de Bénévent, À ne qe n'étoit donné , que
pour renouveller une Conftirution de Pie IL! faite dans le mois
de Septembre’ r459 par laquelle‘ce-Papé avoit ordonné , que
la moitié des Fruits, où Revenus, des Bénéfices vacans dans le
Diocèfe, & pour la premiére'année de la Vacance, feroir em-
p'oyée aux Réparations , & à l'Entrerien de la Métropole : foie
ue ces Béneficiers fuffent de la Collation‘dé l'Archevèque, ou
e cout autre Collacéur-Inférieur: : 55 etes à :
+ Mais la plus grande marque: de bienveillance, que le Pape
pût donner à fon Treupeau, étroit de.le vifirer en perfonne.
Tour le Peuple de Bénévent ne défiroit rien’ avec plus d'ardeur ;
& c'eft ce que fa Sainteré réfolut de faire aa commencement
de cette année 1727. Les deux premiers mois étoient peu pro-
pres pour ce Voyage.: le Saint Pere choïifit:celui-de Mars, & it
exnéd'a cependant bien des Affaires à Rome. Il cint divers
Eonfiftoires, nomma un nombre de Prélats Aftans du Trône;
pourvi de Pafteurs plufieurs Eglifes ; difpofa de quelques Gou-
vernemens ; donna fouvent Audience aux Ambaffadeurs des
Princes, aux Cardinaux , à fes Miniftres, & à routes fortes de
per'otines ; qui avoient recours à la juftice , ‘ou à la clémence
de fa Sainreté; permit au Cardinal Pipia de prendre le Caraücre
de Prateéteur des Affaires du R oi de Sardaigne, felon les défirs
de ce Prince ; & fit quelques A es de févérite, néceffaires pour
main:enir le bon ordre; faire refpeéter les Eoix, & affurer la:
Franquillité publique. Deux Affafins, après avoir trempé leurs
mains dans le fang de leurs Ennemis, s'écoient réfugiés dans
PEglife de Saint Roch, & deux autres dans celle de Sainte Ma-
.
_ILDE L'ORDRE DES DOMINIQUE,: 3%:
rie, apéllée des Boulangcets. Le Pape ordonna qu'ils en-fuffent
retires ; & fic publier un nouveau Decret, daté du 11 de Février,
pour déclarer de réchef , que tous ceux qui feroient coupables
de tels crimes, ne pourroient jamais efpérer de jouir des Immu-
nités des Eglifes , ni de tont antre liéu Privilégié ; maïs feroient
livrés au brasiSéeulier, pour être traités felon route la rigueur
des LORS 2. dr si ue Re à Gt nue
: : Dans ce mêmé tems le Pape reçut avec bonté, desmains d’un
Eccléfiaftique de Tufin,les Vies des deux Religieufes Piemontoi-
fes ; qui avoient vecu, & étoienc mortes dans une grande odeur
ce Saincéte.. L'une, nommee ‘Marie Vénellona:i, étoit Fénda-
trice des Fräncifcaines R éformées ; & l'autre ,apcllée Catherine
Marréi, éroic une Vierge du viers-Ordré de Saint Dominique.
Tandis que le Saint Pere faifoic chercher, dans les Archives
du Vatican , ce qui s’éroit.pratiqué , lorfque les Souverains Pon-
tifes fes Prédecelleurs étoient fartis de Rome,& de f’Erar Ecclé-
fiaftique , afin de régler fur ces. exemples ;. ce qu'il faudroit
obferver à {on départ pour Benévént .& dans toute là route; il
publia lui-même le Cérémonial des Evêques , expliqué, corri-
. gé, & mis en meïlleur ordrè, tant par fes propres foins, que
par ceux de plufeurs habiles. Maîtres, qui n'y avoient cepen-
dant travaillé , que fur. le plan, que leuravoit donné fà Sainreté,
&c fous fa direttion. Selon.la réflexion de lArchevêque de Fer-
me, perfonne .ne pouvéit donner de nouveau tet Ouvrage,
avec plus de. correétion:, & de fuccès , que le Saint Pontife,
accoutumé dépuis plus de cinquante ans, à obferver avec une
{crupuleufe atrention , tous les Rits, & routes le Praïiques de
da Liturgie Sacrée (1). L _— |
:. Dans le Confiftoire fecret du dix-{eptiéme:de Mars, après
avoir propolé différens Sujets, pour rémplir les Siéves Vacans
dans diverfes parties du monde Chrérien ; & avoir accordé
le Palinm, aux Archevèques de Ravenne, de Strigonie, & de
Saragofe ; fa Saïncete fit part au Sacré Collége, dé la réfolution
w’elle avoit prife de partir pour Bénévent, dès le vingt-quatre
du même mois. Le Cardinal Lercari, premier Miniftre de fa
DETIE
(1) Sed : quod maximè nie Leétor :lut ab émibus brvarétue, Poird nullus de bac
Bencdiéfus , qui abi primdmSummi Apofto.| re ip{o cerrids decermeze porerat , qui annis
fatüs apicem afcendit, de emendando, 1lluf- panne Epifcopi, & Merropoliræ mu-
_ rando, atque etiam ampliando Cœremonia.| aere perfunétus nil habuit antiquids, duim
Livre
XL V.
CR ÉÉ
Benoir XIIL
CII.
Cérémonial des
Evêques , coiriÿé
par Sa Saintere ,
& publié par fes
OIdiCSe
CIITI
Difpoñions ,
pour uu Voyage
du Pape.
ram Libro, quo utuntur Epifcop: , cogitare] üt facras Ritus, fccandum veterem & lau- .
cœperat; iplemet intér ingentes labores, & | dabilem Romanæ Ecciefiæ Difciplinm , ada. :
curas , pro ftudio quo ferebatur in facros ri [mufim exhibsres , &cs Archi. Firm, pag,
‘tus, opus aggrefuis , adhibitis pis, ac doctis] 83°, 89,. VS:
Viris , initio kaÿas enhiporkecir, cdidigque * MES
pus
,
Ci
Zzi
Livre
X LV.
Brnoiîr XIE
© 2
CIY.
Départ du P:pe
pour Bénévens
364 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Sainteré, & Secretaire d'Etat, fut-chargé de recevoir les Mé-
moires des Miniftres Etrangers, & d’expédier les Affaires or-
dinaires, au Nom du Pape, qui lui laifloit les Pouvoirs, & les
[nftruions néceffaires pour cela. On remarque néanmoins,
que ce Cardinal devoit dépêcher toutes les Semaines , deux
Couriers au Pape, pour prendre fes Ordres, fur les Affaires les
plus importantes , ou les plus difficiles, Ceci eft une preuve, que
cette fuite d’aétions de piété, dont tous les jours, & prefque
tous les momens de Benoït XIII paroïifloient remplis, n'empè-
choit pas, qu'il ne voulut connoître par lui-même, & éxaminer
les Affaires, dont fes Miniftres étoient chargés.: Aufli lorfque
la maladie ne permettoit point à ces mêmes Miniftres , de fe
rendre auprès de fa Saintete, pour faire le rapport des Affaires,
Je Pape ne fe fai'oit pas une peine de fe tranfporter lui-même
dans leurs Maïfons, pour conférer avec eux. C'eft ce qu'on
avoit vâ fréquenment durant la derniére maladie du Cardinal
Paulucci : c'eft aufli ce qui releve particuliérement le mérite de
ce Grand Pape, dont la vigilance attentive à tout ne négligeoit
rien. : | | |
Il eft vrai, que ce n'écoit pas toujours pour traiter des Affaires
temporelles, mais plus fouvent pour avoir occafion d’éxercer
Ja Charité, que le Vicaire de JEesus-CHRr1sT multiplioit fes
vifites auprès des Malades. Tour devenoit pour lui üne raïfon,
& un moyen de pratiquer certe vertu. Tandis que les Politiques
à Rome raifonnoient en leur maniére , fur les deffeins de fa
Sainteté ; qu’on équippoit à Civicta-Vecchia quelques Galeres,
deftinées À croifer fur lés Côtes de l’Erat Eccléfiaftique , pour
aflurer fa route , & que le Gouverneur de Bénévent donnoit fes
attencions, à faire réparer les Chemins aux environs de cette
Ville ; le Pape, occupé de toute autre penfée, donnoit de nou-
velles marquesde fon Amour paternel, aux pauvres dans les Hô.
pitaux de Rome; & faifoit faire un grand nombre d'Habits, qu'il
vouloit diftribuer dès fon arrivée, à ceux de Bénévent. |
Le 24 Mars, vers les fix heures du Matin, le Pape alla direla
Meffe , dans l’Eglife de S. Philippe de Néri:il fitenfuireunelon.
ue Priére devant l'Autel du Saint Sacrement,& devant celui de
À Vierge(ainfi qu'il avoit fait la veille dans l’Eglife de Sainte Ma-
‘rie fur laMinerve)& ayant reçu le compliment Dia né tous les
Cardinaux , il monta en Carofle, & fortit de Rome, fur les neuf
heures, pour fe rendre à Albano ; pendant que tout le peuple
Romain, maïs furcout les Pauvres, faifoient des Vœux, & des
Priéres, pour le fuccès de fon Voyage. Toutes les Communau-
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 365
tés Séculiéres , & Réguliéres , eurent ordre d’aller en Pro.
ceffion, dans le eems marqué, à l’une des Eglites, où le Saint
Sacrement devoit être expofé jufqu’au retour du Pape.
On aflure , qu’il avoit fait prier l'Empereur, de ne lui faire
rendre aucun honneur fur fa route, dans les Erats de Naples,
arce que fon intention étoit de faire ce Voyage incognite. Auf
toit-il forti de Rome peu accompagné. Mais il ne s’écarta pas
de l’ancienne , & louable coutume des Pontifes Romains, qui
faifoient toujours potter devant eux'la Divine Euchariftie, par
l’un des Miniftres de la Sainte Chapelle. |
‘Comme l’Embarras continuel des À ffaires n’avoit jamais porté
-Benoîc XIII à rien diminuer de la rigueuf de fes Jeûnes, les fa-
tigues inféparables du Voyage ne le rendirent pas plus indulgent
envers lui-même. Les Princes, ou les Seigneurs, qui avoient
l'honneur de le recevoir, dans tous les Lieux, où il n’y avoic
point de Couvent, n'avoient pas manqué de faire préparer des
Repas, comme pour un Souverain : les Prélats, & les Gen-
NX aid de la fuite du Pape, en profitoient toujours : lui.
même bénifloit la Tablé, & faifoic la Priére : mais , felon fa
maniére de Jeüner pendant le Carème, il ne mangeoit rien de
cuit, & peu de chofe de cru : quelques Châtaignes , & deux
verres d’eau faifoient fon frugal Repas (1), | |
Ayant paflé la nuit à Albano, dans la Maïfon de Campagne
du Cardinal Lercari , le Pape alla le vingt-cinq au matin, Fête
de lPAnnonciation de la Vierge, dans l’Eglife du Dôme, où il
dit la Mefle ; & entendit celle qui fut célébrée par le Cardinal
Othobonni. Après quoi fa Sainteté fe rendit au Port d’Anzio,
où elle coucha; & les Prélats qui l’accompagnoïent , furent
&raités dans le Palais du Prince Pamphile. Le 26 le Saint Pere
dit la Mefle dans la petite Chapelle de Saint Antoine, & en
étant parti aufli-tôt pour aller à la Tour de Paul, le Duc de
Caferta, & l’'Evêque de Terracine vinrent à fa rencontre, pour
le complimnenter. Mais toujours femblable à lui-même, le pieux
Pontife faifoit moins d’atrention à tous les honneurs, qu’on
s’emprefloit de rendre à fa Dignité, qu’à ce qui pouvoit contri-
buer au Salut du prochain. On rapporte, qu'ayant rencontré
dans la Campagne un jeune Marinier, âge de 54, ou de 15
LiIvRrEz
XLV.
Benoîr XIII
C V. |
De quelle ma-
niére il fait ce
Voyage
(1) 24 Marti modico comitatu Rom dif. aquâ contentus : ad majorem ramen abfti=
ceflit ;eoque die pervigilio Annuntiationi, | nentiæ exercitationeminterfuit menfis à Care
Beatæ Mariæ Virginis, morem fuum nihil|dinali Lercario, primo Benediéti Adminife
coëti, & vix aliquid crudi in feverioribus je-| tro, in Albano familiaribus ejus fplendidè
juniis fumendi , quamvis iter ageret, dili-| paratis, atSigno Crucis benediceret, ac Dee
gentes fervavit, paucis caftaneis , & brevil gratias agerct, &c. Archi Firm. pag. 904
Z z'ilj
Q
La
66 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LIVRE
X LV.
Lenoïîr XIII.
ans; qui ne s’étoit pas éncote confeflé ; & qui n'avoit aucune
connoiflance des premiers principes de la K'eligion, lé Pape
l'amena à la Tour de Paul; & le confia au Curé du Lieu, lui
récommandantde l'inftruire avec foin, & de Pentretenir., jufqu’à
fon retoùr {1}; : ue | MR M RE
- Le x#au matin, lé Pape ayant célébré la Meflé, & fait à fon
ordinaire quelque heure d'Orafons, il monta fur une Felouque
de fes Galeres, pour aller prendre le plaïfir innocent de la
Pêche, dans les Pulas-Pentines, apellés autrement les Eaux de
Sainte Félicité ; où fa Saintéte jecta les Fiers. Cependant l'air
humide, & mal faïn de ces Marais lui caufa une légéré indifpo-
fition ; qui ne l’'empêcha pas de fe rendre le 23 à Terracine, &
affez à bonne heure pour y dire la Meffc dans l'Eglife de Saint
Sauveur. | |
: Arrivé le même jour {ur les Frontiéres du Royaurne de Na-
ples, au milieu d’un Peuple infini qui remplifloit tous les Che-
mins, le Souverain Pontifé trouva d'abord le Cardinal d’Ahan,
| ee D ce Royaume, qui s’éroit avancé jufques là, avec uñ
rand
nai ayant préfenté {es réfpeds à fa Sainteté, & fait fon compli-
ment au. Nom de l’Émpereur , lé Pape le fit monter dans fon
Carrofle, & alla avec lui à Fondi; où it fut reçu dans l'Eslife
de Saint Dominique , par l’Evêque de cette Ville ; à la rêre
des Religieux Dominicains , & de tout le Clergé. Sa Sainteté
voulut pafler la nuit dans ke Couvent, en la compagnie de fes
Freres; & le Cardinal d’Althan traïta ceux de fa fuire dans le
Palais de là Princefle de Sangro. Ce Viceroi ayant enfuire accom.
pagné le Saint Pere à Ycri, dans la Province dé Labour, il lui
préfenta les Prélars , & les Officiers de 1a Maïfon, & plufieurs
Officiers des Troupes Imperiales, qui furent reçus au baifer des
és. |
; Le 30 de Mars le Pape fe rendit à Clarigliano ; y pañfa la
Riviére de ce Nom, fur un Pont dé Barques, que le Cardinal
d’Alchan ÿ avoir fait conftruire,; & continuant pe route’, après
avoir entendu la Meffe, célébrée par l'Evêqué de Sezza, fa
Sainteté arriva vers les fix heures du foir à Capoue ; où il yavoit
un concours fi prodigieux de Noblefle & de Peuple, que la
plüpart furent obligés de pañler la nuire dans la Campagne. La
. faifon n'étoit guéres favorable. Mais , une pieufe curiofité, dans
{13 Sed illud non omittendum , quêd cm [fecim alio duxit , ut erudiretur , defignato
În veteri Latio Nauram Myfte:iorum Chrif- Jetiam qui inftitueret. Archi. Firm. pag. 34
Vinæ Fidei penitüs ignaram deprehendiffet,
ortége de la principale Nobleffe Napolitaine. Ce Car-_
ee
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 367
les uns ; & dans les autres, le défir de recevoir la Bénédi&ion
d’un Pape ; dont la Sainceté écoit fi connue, leur faifoient oublier’
leurs propres befoins, & tous les ménagemens, qu'ils fe feroient
crus obligés de prendre dans toute autre occafion. Le Saint
Pere , après avoir fait fa Priére dans l’Eglife Cathédrale, &
rendu Vifite au Cardinal Carraccioli, Evèque de Capeue, dé-
tenu äu Lit par üné maladie, alla pafler la nuit dans le-Couvenc:
des Dominicains. MX |
. Le lendemain matin , le Cardinal d’Alchan prit congé du Pa-
e(*};qui monta auflirôten Carrofle pour continuer fon Voyage.
Ifditla Mefe dans l’Eglifedes FF. Prêcheurs deMatalone;& alla’
coucher à Cervinara : où il. fut obligé dé s'arrêter le premier
jour d'Avril , à caufe dela grande quantité de Neige, qui tom-
ce. jour-là On:approchoit pe de Bénévenr, & le
mauvais tems n’auroit pù empêcher que le ps toujours
impatient de revoir fon Pafteur, ne fut venu en foule à fa ren-
contre, fi la Charité attentive du Pape-ne l'avoit porté à le
defendre erès-expreflément. Les Fidéles obéirent à un ordre fi
précis ; & au-lieu de sai, 14 les chemins couverts de Neige , ou
de boue , its rernplirent les Eglifes, & attendirent en Priéres
Lives
XL V.
nf
Bexoîr XIIL
D
J'heureux moment de leur vifice. Cependant tous les Gen-.
tilshommes du- Pays, & plufieurs Seigneurs Napolitains, qui
avoient des Châteaux , au voifinage du territoire de Bénévenr,
les avoïent fait meabler ; &-y rérioient Table ouverte, pour les
Préhars, & les autres Perfonties de coifidération , qui étoient à
la fuice de fa Sainreté. ::
. Ce fut le Mercredi après le Dimanche de la Pafion, deuxié-
me jour d'Avril, que Benoît XITL arriva en parfaire fanté 4
Bénévent. On ne fçauroit ëxprimer ; ni les rémoigñagés de joye
Publique , que firent éclarer trous les Bénéventins ‘nt les‘ mar
ques de bonté, & de tendreffe ‘que le Pape leur donin4 en mille
maniéres. Comme if les portoir totijours dans fon Cœur, il leur
montra à tous les fentimens de cetre ancienne affc&ion , que
Dieu lui avoie donnée pour fon Peuple. Mais fes premiéres atten-
tions furent pour les Pauvres ; dont les demandes-éroient fou-
vént prévenues, & jamais refufées. Le’Saïne Pere, qui n’avoic
pas voulu permettre qu'on fit des frais pour fa reception, alla
(%; Selon l'Archerèque de Ferme , le Vi- | pro Cælare Regno præerat, tum fuo, tum
céroi arcompssna Sa 5 sinteré ju[qu’aux fron- | Cæfaris nomine Pont ficem veneratu: , deine
séres du Territoire de Bénévent : Mox cumide repio-cultu ;'ac liberalibus menfis, fplen—
Regni Neapolitani fnes atimgeret , proti- | Jidoque apparatu præfto fuit, donec Pon-
nis Pontifici oceurrit Michael Fridericus[:ifex in agri Beneventani fines veniret. 4re
Cardiaalis ab Althan , qui Règid potcftaïe lcbi, Firm. pag. 90. |
CVL..
Arrivée de Sa
Saintété à Béné
vent.
CVII.
Ses premiéres
attentions,
368 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Re defcendre à l'Eglife Métropolitaine, où il fit d'abord 2 fon Cler-
LV, Sun Difcours fort touchant, fur ces Paroles du Sauveur: Mes
—— Drebis entendent ma Voix. Le même jour fa Sainteté vifira
BexoiT XI PHôpiral des Pélerins; leur lavales piés, & les fervit à Table.
Le refte de la femaine fut employé à la vifire des autres H0-
picaux, des Paroifles, & de contes les Eglifes de la Ville. Par
tout , l'attention dy Ponsifg éralt d'éxaminer, fi {es Réglemens
pour la Difcipline, le bon ordre, & la décence dans le Service
Divin, étoient toujours obfervés avec la même éxatirude. IL
fe fit rendre compte de tour ce qui regardoit le fpirirugl , & le
temporel des Lieux faints; ajnfi que de-la conduite des Pafteurs,
& des Adminiftrateurs. Il voulut :apprendre de ceux-là, fi les
Peuples, depuis fon abfence, ne s’étoïenr paint relâchés dans
les Pratiques de ee & fi on avoit toujours eù l'attention,
dont il les avoit chargés, pour procurer toutes fortes de foula-
gement à ceux, qui pouvoient fe trouver dans le befoin..
Dans l'efpace de peu de jours, le Saint Pere prit une entiére
cvru, Connoiflance de l’état préfent de toutes les Epliles , & des H6-
Solliciude Paf- pitaux de la Ville. Si la rigueur de la faifon, & le cours féjour,
torale. qu’il devoit faire dans le pays, ne lui permirent pas de’s’inftruire
_ de même, par fes yeux, de ce qui fe pafloic dans l’étenduë du
Diocèfe ; il ne laïfla pas d'en être éxatement informé, foit par
Je moyen de fes Vifiteurs,. foit par.le fémoignage.des Curés , qui
fe rendoïent les uns après les autres aux piés de fa Sainteté.
C1x. Le Dimanche des'Rameaux , après la Bénédidion, & la
Vifies: Œuvres diftribution des Palmes, dans la Métropole, le Pape y célébra
a 4° Pontificalement la Melle , ayant san + TN les Archevêques
piéré, “de Gorfou, de Ravenne, & plufieurs autres Prélats, avec quel-
© :,. * . quesChanoinesdefonChapitre, Les deux jours fuivans faSainteté
é la vifice du Séminaire ,;& de quelques Communautés Reli-
gieufes : ces .Vifives. n'étoient. jamais fans quelque fruit. Le,
Mercredi-Saint. après la Mefle, & la Bénédicion, qu'il donna
au Peuple, le Pape fit publier quelques Indulgences., & diftri-
buer de grandes Aumônes. Ii reçut enfuite an Er dés piés le
Prince, & la. Princefle Calenda, & quelques autres Seigneurs
te
Napolitains. Le lendemain , il fit la Bénédiction des Saintes.
Huiles ; & à la fin de la Mefle, il donna 13 Communion.à tous.
Jes Prélats du Palais, à fes Officiers, & à tous fes Domeftiques:
Pratique, qu’il avoit roujours religieufement obfervée, avant,
& depuis qu'il étoit Pape, L'après midi fa Sainteté lava les pies
à treize Pauvres, qu’elle avoit fait habiller, les fervit à Table;
& leur diffribua des Aumônés, Le Pape officia de même par
G
: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 369
le Service du Vendredi, & du Samedi Saint. Après avoir béni Lrv re
les Fonts, il baptiza onze Enfans ; & fic enfuire lOrdination des XL V,
Prêtres, des Diacres,& des Soudiacres. Le treiziéme d'Avril jour BE NoSXIL
de Pâques, fa Sainteté célébra Pontificalement la Mefle , dans ARRLLEER
PEolife Métropolitaine ; après l'Evangile, elle fit une Homélie en
fort inftrudive fur le Myftére du jour; & à la fin de la Mefle, ‘ .
elle accorda une Indulgence Pléniére à tous les Fidéles, qui k
s’'approcheroient de la Sainte Table avec les difpofitions requifes.
Rentré dans fon Palais, & avant que de prendre quelque nour-
ricure, le charitable Pontife pourvut aux néceflités de plufeurs,
pauvres Filles. L'après midi, il revint à la même Eglifé, affa: :-:;-
aux Vêpres, & à la Prédication dans le Chœur dés Chanoïnes;. -- ‘+-
& ayant récité le Rofaire avec le Peuple, il alla à l'Hôpital des
Pélerins, leur laver les Piés, & les fervic à Table, La nouvelle
Eglife de Saint Philippe de Néri ayant été mife dans l’état, où. Dédicace de PE
ke Pape pouvoit la défirer, il la confacra Solemnellement , 1a.glfe de Sie Phi-
troifième Fête de Pâques, & dans certe Cérémonie, il fuc: ".
affifté par quatre .Archevêques, & cinq Evêques.. Sa Saintèté
placa, plufieurs Reliques {ous le Grand Aute, & fous les Autels-
Collatéraux. | | TT
Après les Fêtes, le Cardinal Pignatelli Archevêque de Na- cxr.
ples , quelques autres Evêques, plufieurs Princes, & Princefles + Sa freine
arrivérent à Bénévent, pour rendre leurs Devoirs d fa Sainteté..féis prélars er à
Les deux Princefles, Dona Marie Scholaftique, Sœur de Be-.tous les Curés du
noît XIIT, & fa Niéce. Dona Marie Philippine Orfini, routes, Piacéle de Béné-
deux Religieufes de Saint Dominique, dans un Monaftére de:
Naples , ayant auffi obrenu la permiflion de venir faluer fa:
Sainteté à Bénévent, furent logées dans le Monaftére de Saine.
Pierre; où le Pape les alla vifiter, & les entretenir avec beau.
coup de bonté. Il donna de mêmeAudience à prefque tous les Cue
rés,& à la plus grande partie des Prêtres de fon Diocèfe; il louoie
he ss la Régulariré, & le zéle de ceux, dont il avoit
jeu d’être content. Il reprenoit avec douceur , &:en particulier
ceux qui avoient befoin de quelque avertiflemenc :'& il les
exhortoit tous ,d fe rendre de plus en plusaffidusd leurs Devoirs,
tant pour leur propre fandifcation que pour l’inftrüétion, 8
Je Salur des Fidéles. Comme c'éroit l’un des principaux motifs,
qui lui avoient fait entreprendre le Voyage de Bénévent, le
Saint Pere ne négligeoit rien, pour rendre {a Vifite utile à roue
le Troupeau , en intéreflant la confcience , & l'honneur de tous
les Miniftres, qui pouvoient le feconder heureufement dans fes
pieules inrentions. : _ | :
Tome VI, Aaa
370 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvre Tandis quececife pañloit à Bénévent, on travailloit ailleurs,
XLV. par ordre de fa Sainteté , à la réconciliation de la Princeffe
Benoir XIII, Clémentine Sobiefki , avec le Chevalier de Saint George fon
— Epoux : & à celle du Duc de Gravina avec fon Epoufe la Prin-
cxti. cefle Rufpoli, En même temson failoit Le à Rome, à l'infcu
SAR du Pape , quoïqu’en fon honneur , deux Infcriptions fur le
Marbre , qui furent placées , l’une dans la Bafilique de
Saint Pierre, & l’autre dans celle de Saint Jean de Latran.
C'étoit pour tranfmettre à la poltérité le fouvenir des bienfaits
du Pontife, & de ce qu’il avoir déja fait dans ces deux princi-
CX1I1. ales Eglifes. On célébroit aufli à Florence une Fête particu-
As à Florence, fière. à l’occafion de la Rofe d’or, que le Pape, avant fon départ
de Rome, y avoit bénire le quatriéme Dimanche du Carême,
& envoyée à la Princefle Violante de Baviere, grande Ducheffe
Douairiere de Florence. Quelque honorable que foit toujours
. .…, Gœtre marque de diftinétion ; la haute idée que la Princeffe avoit
toujours eûë de la Sainrecé de Benoît XIII, la lui rendoit
encore plus rares Auf affe&a-r'elle de manifefter fes fen-
timens , par la maniére, dont elle voulut recevoir la Rofe d’or.
Voici ce qu'on lifoit dans le; Journaux d'Avril, & de May.
» Tous les Officiers de la grande Princefle Douairiere, Gou-*
_ » vernante de Sienne, s'étant affemblés le 20 d'Avril au matin,
. » dans le Palais de la Nonciature, en partirent en Cavalcade,
» pour porter la Rofe d’or, envoyée par le Pape à cette Prin:
» cefle, à l'Eglife de Sainte Marie la nouvelle des Dominicains,
» qui avoit été magnifiquement ornée pour cette Cérémonie.
» Les Gentilshommes de la grande Princefle, au nombre de
# cinquante , commençant la Marche, précedoient Je Mar-
» quis Del Bufalo, qui tenoit la Rofe d'or dans fa main. Les
Chinoies de l’Eglife Métropolitaine , en Habits de Prélars,
» venoient enfuite, & précédoient le Nonce du Pape, dont les
# Officiers fermoient la Marche. Lorfqu’on fut arrivé à l’Eglife,
# on y chanta la Meffe à cinq chœurs de Mufique. A l’Offer-
» toire, le Marquis Del Bufalo, qui étoit aflis près de l’Aurel,
» fe leva, & s’'approcha de la Princefle, | étoit dans un Fau-
% teuil, placé foas un Dais du côté de l'Evangile, accompa-
» gnée de fes Dames, il lui fit un compliment, & lui préfenta
s un Bref de fa Sainteté, qu’elle baïfa refpetueufement, & le
» donna à l’un de fes Secretaires, pour en faire la Leéture à
#5 haute Voix. Enfuîte cette Princefle defcendit de fon Eftrade,
w & s’avanca vers l’Autel, où elle reçut la Rofe d'or , des mains
# du Célébrant. Elle retourna enfuite fous fon Dais, & cinc la
r DE L'ORDRE DES, DOMINIQUE. 37r
Rofe dans fa main jufqu'à la fin de la Mefle, qu'elle la remit y p ÿ
à an de fes. Chapelains. Certe Princefle nomma depuis.ile sa YL:y.
Marquis Sinibaldi.. pour aller de {a part remercier le Pape, n: PTE TT
de la Rofe d’or, dont Sa Sainteté lui avoit fair prefent (*) ». Benoîr XHL
Le Marquis Sinibaldi s’acquitta de fa Commiflion , dansla cxiv.
Ville de Bénéventc, où le Gouverneur de Sainte Félicité venoït Les Gorfaires de
d'envoyer , un Exprès à fa Sainteté, pour l’informer, que quel. mi a
ques Cordaires des Côtes de Barbarie,ayant débarqué deux cens riens fur les Côtes
Hommes dars le Pays, y avoient enlevé plufeurs Chrétiens , de Saince Félicicé,
Hommes, Femmes, Enfans, avec lefquels ils s’étoient rembar-
quésavec tant de diligence, qu’on n'avoir pas eù Je rems de les
joindre ; & que le bruit couroit que ces Pirates ,ayant éré encore
fortifiés par plufieurs autres, proj£gttoient de faire une feconde
defcente fur les Côtes de l'Etat Eccléfaftique. Sur ces nouvelles,
le Pape forma d’abord le deffein, qu'il éxécuta dans la fuire, cxv.
pour faire rendre la liberté à tous ces Captifs ; & ordonna ce. , ae du Pape
pendant au Tréforier de la Chambre A poftolique, de {e rendre
fans délai à Sainte Félicité, d’y pourvoir À tout contre une nou-
velle furprife , & d'y diftribuer de l'argent À ceux, dont les
Parens, ou es Enfans avoient été enlevés par les Barbares. Un .
Corps de Cavalerie reçut aufli ordre de faire Garde le long des TR
Côtes, pour s’oppofer aux SR dre des Corfaires. | |
Par tout ce qui a été dit jufqu'ici, il paroït que durant les CXvL.
cinq femaines; que Benoît XIII s'arrêta à Bénévenc, il n'omit nn
rien de rout ce qu’on pouvoit atteadre du zéle d’un-bon, & infa- ds
ügable Pafteur.. Quoique le concours des Peuples, qui venoiene
tous les jorirs en proceflion dans certe Ville, fut prodigieux ; &
que les occupations du Saint Pereen fuflent d'autant plusmukti . .…,
plices, tous ceux qui avoient des À ffaires à lui communiquer, où
de juftes demandes ä faire, abrenoïent une favorable Audience,
Avec cela, il prêchoit fouvent {on Clerge, & le Peuple; &
felon- le pieux ufage., qu'il avoit. auerefois établi en prenant
pofleffian de l'Eclife de Bénévent, rous des Samedis ik faifoir
un Difcours public fur lés Louanges, & les Veertus de La Sainte
Vierge (1). A |
” (*) La Relarion ajouté, que le Pere Afca- gerer : præter enim ea, quæ his diébus unuf
âio Dominicaia , Chargé des Affaires du Roi uifque Æpifcopus ex Ecctrfiz ritu preftare
d’Efpagne auprès du Grand Duc, fit pré- Diet frequenter a! populum dicere, modÿ
fent le même jour d’une Rofe d’irgenc à|deñderium , quo defideraverat Koc Pafchæ
chacune des fepr Dames d'Honneur de 13 | manducare cum ill'ss modè ad Religionis
Pncefe. | culrum , & pieratis fkudif inflammase ;-mo-
(1) Cüm Hzsb lomada Major, & Pafchales | dà difceffum fuum prænuntiare ex-Evangelÿ
dies imiminerent ; remporis opportunigate verbis : Modicum dr ren videkitis me ; mor
afus-aft, us-largida pieçaiis pperibys indul. Ldÿ pueros in fuera .2r- che Fe udiie ; mod
| A aa ij
37: HISTOIRE DES HÔMMES ILLUSTRES
Lrvryx Partouscesdifférensmoyens,le Vicairede )EsusCHRIST
XLV, ranima la ferveur des Eccléfiaftiques, & des fimples Fidéles ;
Benoir xt, Pourvut en Pere aux befoins des Hôpitaux , & des pauvres Fa-
milles ; donna une nouvelle vigueur à fes anciens Réglemens,
CxviIL pour l'éducation de la Jeuneffe, l'inftru&ion des Clercs, la ré-
Fruits defa Vifite. gularité, & le bon ordre dans le Séminaire , & dans les Collégess
il retrancha quelques Abus, qui commençoient à s’introduire.
Il adminiftra plus d’une fois le Sacrement de Confirmation , fit
plufieurs Ordinations, bénit Solemnellement trois Abbés Ré-
uliers; confacra deux Eglifes: mais fur-tout il donna de grands
cibles de piété, de zéle, de charité; & avec l'odeur detant
de Vertus, il laïfla à un Peuple chéri, un fenfible regret de fon
départ, & un plus ardent délir de le revoir. Jamais, peut-être
J’Amour d'un Pafteur pour fon Troupeau ne fut ni mieux mar-
qué , ni plus perfévérant : & il eft rare de trouver dans un
grand Peuple autant d’unanimité à marquer fa jufte recon-
noiffance.
CXVIII. Le douzième joùr de May aÿant été fixé pour le départ du
Que mA, Se- Pape, il fortitde Bénévent, chargé des Bénédictions de rousles
le Pape par de Bénéventins, qui l'auroient fuivi pendant plufieurs journées, fi
Bénévent, à quelque diftance de la Ville fa Sainceté ne leur avoir fait
défendre de paffer plus avant. Elle ne les renvoya pas cependant
fans quelque ep Par , Puifqu’outre les fommes confidéra-
bles, qui avoient été déja répandues dans le Diocèfe , & les
Aumônes, qu’on diftribua en cette occafion, on fit efpérer
_ au Peuple, qu'il reverroit encore un jour fon Pafteur. C'éroit le
mor, qu’il attendoit, & le feul capable d’adoucir la-triftefle,
cxrx, que lui caufoit certe féparation. Le Saint Pere eût foin de faire
Atrentions , & rembourfer à quelques Communautés tout l'argent, qu'elles
générofiéduPon- à yojent prété à divers Gentilshommes, qui s’étoient crüs obli-
‘ es de tenir Table ouverte, pour les Prélats de la fuite du Pape.
Mais, fi à fon arrivée dans la Ville de Bénévent,ilavoirempêché
qu'on ne lui fitune magnifique réception, il ne put empêcher
qu'après fon départ, le Gouverneur Yfolani ne fit dreffer un
Monument public, felon les Vœux de tous les Citoyens, pour
inftruire la poftérité de l'honneur, que le Souverain Pontife
avoir bien voulu faire à fon fidéle Troupeau, & d’une partie des
graces, dont il l’avoit favorifé (1).
accurrentibus ex fnitimis locis fapplici pro-| fingulis verd Sabbatis de landibus Marianis
ceffione Fidelitus benedicere; mod Dixce-|difierere , &c. Archi. Firm. pag 91.
fanos fuos, & exteros quoque benignè au-| (1) Denique poftquam Ecclefias omnes
‘dire, & fingulorum poltulatis fmisbscere ; Civitatis Benerentanæ luftraflet , ac magna
À
j DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 373
Lorfque fa Sainteté entra dans les Etats de Naples, le Car-
dinal d’Alchan vint encore à fa rencontre ; l’'accompagna une
grande partie du Voyage ; & fit enfin agréer au js que fa
Garde fut augmentée d’un détachement de Cuirafliers, & de
Dragons Impériaux , qui devoient l'efcorter D = Fron-
ticres de l’Etac Eccléfiaftique. Le grand nombre de Corfaires,
ui le faifoient voir de tems en tems fur les Côtes, avoit donné
lieu à ces précautions ; que le Pape ne jugeoit pas néceffaires ; &
qu’il Pr néanmoins d'accepter.
L’Auteur, Anonime de l’Hiftoire des Papes, dit : « Deux «
Corfaires avoient formé le projet d’enlever le Pape fur fa «
roure ; maïs, ils manquérent leur coup. Pendant le féjour, «
que Benoît XIII fit à Bénévenc, il fuc vifité ee la principale «
Nobleffe de Naples. Monfeur Quirini, Archevêque de Cor- «
fou, dreffa une Relation de la Confécration de l’Eglife de «
Saint Philippe de Néri, & des autres actions de SS. à Béné- «
vent. Par certe Relation, il paroït que le Pape diftribua plus «
de vingt mille Ducats à plufieurs Eglifes, & Communautés, «
pour des befoins preffans ; & qu'il opéra trois Miracles cer- «
tains. 1. Sa Sainteté délivra une Fille poflédée du Démon, «
2. Elle rendit la vüë à un Garçon de 121 ans. 3. Elle procura «
à un Enfant de cinq ans, qui étoit muet, & eftropié d'une «
main, & d’une jambe, la faculté de parler; & de marcher. «
Je n'affirme pas ces faits miraculeux (continue l’Anonime) «
e les rapporte fur la Foi de ce bon Archevèque, Du refte, voici «
Ÿ'Adieu , que le Pape fit au Peuple de Bénévent. Mes Enfans, «
l'Amour que j'ai pour vous, m'a engage à vous venir voir avant «
que de mourir. J'ai connu que vorcre affection pour moi n'écoit «
‘aucunement diminuée : conférvez-là moi aufli entiére, que «
un . —. :
specuniæ vim in Templorum inftaurationem, | ventanis fecit 3 apud ques in Arce Civiratie
_aliaque pieratis + , per Civitatem , ac |rei Monumentum Rizzardus Ifolanus Gu-
-Dixcehim difperfiflec, defiderium fui Bene- | bernasor poluit : es Fe
)
Bewzpicro XIIL Pont, Max
._ -Quèd Urbem hanc olim ingenti Terræmotu pene proftratam , .
_ Templis in elegantiorem formam reftitutis , novifque excitatis
.-" Aquis, per 1v milliaria puriffimis Fontibus dedu@is, atque in ‘° . :
". Arçem derivatis ; felici nunc fauftoque adveptu bearifimam
reddiderit, PR DU a |
Liberaliffimo ac piffimo Principi Rizzardus Ifolanus Gubem,
— , RC | |
_ Anno Domini MDCCXXVIL |
| Aaa ii
Livrz
X LV.
Benoîr XIE
CRE TRE PRESSE
Cxx
Paroles d’un
Anonyme. .
Ton V, pe 157°-
pin
9)
LIVRE
XLV.
BeNoir XII.
Pen \
.
AQ. Apoñt. Cap.
X, 38
CXXI.
Ce que Benoît
X1II taic à Ca-
poue.
CXXII
Et au Mont Cailin,
334 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» je fuis prêt à vous conferverla mienne fansaltération, jufqu'au
» dernier foupir de ma Vie ; puiique, quand même je. fuis obli.
» ge de m’eloigner de vous, mon Cœur refte toujours avec
» vous. Le Peuple fondant en larmes à ce Difcours , accom-
» pagna le Sainr Pere jufqu'à une fieue de la Ville ; où ce pieux
» &t digne Prelat, fe cournant vers Bénévent, lui donna, &à
» fon Territoire fa derniere Bénédi&ion ». |
di nous paroît que cet Ecrivain, qui a parlé avec f peu de
refpe de l’Archevêèque de Corfou, l'illuftre Cardinal Quirini,
tonnoifloit peu ce fçavant Prélat, fi connu cependant , '& fi
juftement À tr , dans la République des Lertres. Ce qu'il y
a decerraîn , c'eft qu'iñdépendemment des Miracles, dont on
ne doit jamafs parlèr , s'ils ne font bien conftatés, la haure &
folide Piété de Benoit XI{I fac an grañd fujec d'édification,
non feulement à tous les Fidéles de Bénévent, mais auffi à tous
es Peuples, qui accouroient de bien loin fur fa route, pour
recevoir fa Bénédiæion ; & pour admirer dans la perfonne d’un
Succefleur de Saïnt Pierre, toutes les Vertus de ce Prince des
‘Apôtres. Dans cousies Lieux où il-paffa, il ÿ fic du bien, s’il ef
permis de dire avec quelque proportion du Difciple, ce quia
été dit du Maître : Qui pertran/fiit benefaciendo. ne
Ce futile 1 4 de May, quele Pape arriva à Capoue; où la fou
‘des Etrangers étoit encore plus grande, qu'elle ne l'avoir été
‘dans te mois-de Mars. Dans l’état de langueur, .& d'infirmité,
où fe trouvoir toujours ke Cardinal Carraccioli , ce ne fut pas
pour lui une petite -confolation , de recevoir une feconde fois la
vifiré de fa Sainreré,& d'encendrede fa bouche.des paroles pleines
de charité, & d’onétion. Le Pape voulut bien s'arrêter deux
jouts à Capoue,;&'y faire quélques functions du Miniftére A pof-
tolique. Les Religieux de fon Ordre eurent encore l’avanrage
“de 1e loger; & les Chanoines de la Métropole, à qui fa Sainret
avoit accordé depuis deux ans l'ufage de la Mitre, regardéreng
comme une feconde faveur d'être honorés de fa Prefence, &
de lui voir confacrer un de leurs Autels, L
De Capoue le Papefe rendit au Mont Caffin, & y fut reçu
par certe illuftre Communauté, avec les mêmes fentimens de
refpet , & de vénération, que le Pape Innocent [1 l’avoit été
dans le douzième Siéclé ; à Cluny, & à Clairvaux. Si Pefprit de
retraite, & de recueillemenr., le filence, la ferveur, & la reli-
gieufe modeftie de ces dignes Enfans de Benoît édifiérenc le
Vicaire de JEzsus-CHR1IST,& tous les Prélats de fa fuite:
eux mêmes ne furent ri moins toùchés, nf moins édifiés de tout
& * 7 TT:
"DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 375
ce qu’il leur. fut permis d’obferver dans le premier Pañteur de Lrynr 8
l'Eglife ; plus recueilli lui-même, plus humble, & plus pénitent, XLV. .
que le plus auftére Solitaire. | | De
Comme Innocent II avoir fait la Dédicace de la nouvelle SAR REURAN
Epglife de l'Abbaye de Cluëy, Bénoît XIII fic auffi celle du Mont: cxxrii.
Caflin, fi fouvenc détruire ou ruinée, rantôt par les Lombards ; Dédicace rs
tantôt par les Sarafins, quelquefois par des Tremblemens de eue cubes ab
terre ; & autant de fois renouvellée _ les foins de fes illuitres baye.
Abbés. On fçait que plüfieurs Pontifes Romains, dans différens
Siécles , en avoienr fait la Confécrarion , que tous ces change-
mens avoient obligé de réitérer. Mais, .on peut douter fi cette
augufte Cérémonie avoit jamais été faite, avec plus de Solem-
pité , & d'appareil, que dans certe occafion. Benoît XIII la fie
le r 9 de May , ayant pour Affiftans, un Cardinal, fept Archevè-
ues, fept Evêques, & fept Abbés. Tous ces Abbés, & plufeurs
ä ces Prélats étoient de l'Ordre de Saint Benoît, & de la Con-
grégation du Mont-Caflin. . |
Le mérice diftingué, la Piété, & la Religion de ces Prélats
choifis, répondoient bien & à l’efprit de la folemnité, & à la
_ modeftie pleine de gravité du Saint Pontife, qui en était le
premier, & le principal Miniftre. peu une pompe fireli-
gieufe , & deja fi capable de toucher les Fidéles, qui en étoiene
s Spectateurs, fut encore relevée par le Difcours , également cxxrv.
paretique & inftru&if, que le Pape prononcça fur le même fujet. Difcours de Sa
Il fit remarquer , qu'avant la Loi écrite, & fous la Loi, ainf Sainceté à ce fujet,
que dans l'Eglife Chrétienne , une impreflion fecretre & natu-
relle de Vénéracion (cette impreflion, qu: chacun de nous porte
gravée dans fon Cœur, pour la Divinité) a comme didé cette
maniére de féparer une chofe de l’ufage commun & vulgaire,
& de la confacrer entiérement.d un culte religieux, peur ho-
norer la Majefté de l’£tre Suprème (1). TU à
. æ Les Chrétiens un peu inftruits de leur Religion ,n’fgno-»
rent point, que le premier Etre, qui a dit que le Ciel eft fon «
Trône, & la terre fon Marche pié, eft Préfent par tout, fans «
y être renferme : que celui, qui a fait toutes chofes , ne peut «
(1) Capuam venir, cujus Ecclefiæ Cane-
micos à biennio Micris ornaverar, Lllic ali-
quantu'um immoraus, ut primum Alrare
in Sacello Ærauii confecraret , & Nicol um
Cardinalem Carracciolum Arch:epifcopum | dem Ordine Prælatis Afiftentibus s ita ut fep-
ægrotantem inviferet, ad Montem Caffinum | tem Archiepifcopi, Epifcopi etiam feptem |
iadè contendit ; arque ibi 1x Mai Cifinen- lac torrdem Abbates Ordinis San@i Benedi@i
{om Ecclefiam conlecravit , habito 1d popu- | Congregationis Canenfis numerareatue
lum fermone de ru dedicandi Tewpla ,L&ce. Archi. Fir, pag. 93,94,
Es io triplici MundiftatuNaruræ , Lepig
(cripeæ, & Gratæ, perperuè fervatum fu
{e, luculerter oftendir , cooperantibus fibà
ieodem Cardinal , ,...liis præteres ex eo
576 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liver »# demeurer qu’en lui-même ‘où il éroit avant que de les créer:
XELV,
Benoir XIII.
EE.
[S
+
» qu'il eft lui même fon Lieu, fon Temple, fon Monde: & qu’il
» ne peut être dignement honoré, .que par ce qu'il communi-
» que de fes Perfections à fa Eréature; ni recevoir que ce qu'il
» donne. Mais,on fçait aufli, que quoiqu'il rempliffe tout l’Uni.
» vers par l’imenfité de fon Eflence, & par la Préfence de
_» Sa Majefté; quoique tout foit à lui ,.& que taus les Lieux:
.» puillenc devenir également propres; à lui rendre les Hom.
» mages, que l’'Hommé doit à fon Créateur ; il lui a plü en
» choifir quelques-uns, pour ètre particuliérement pt a à
» l’adoration, & à l’éxercice public de la Religion :'& ces Lieux
w.Saints , qui furent aucrefois fi Vénérables aux Patriarches,
» le doivent être aujourd'hui d'autant plus aux véritables Fidé-
v les, que l'Homme: Dieu , caché dans le Sacrement de fon
» Amour, y donne des marques plus réelles de fa Préfence , de
» fa Protection , & de fa Bonté ,a écouterleurs Vœux, à répan-
» dre fes Graces, & à leur révéler fes Myftéres nr. |
Ces Réflexions du Saint Pere , accoutumé depuis long tems
à parler fur cette Matiére, fournirent un riche Sujet, propre
à réveiller la Foi des Peuples, à exciter leur Piété, & à leur
apprendre ce Culte religieux, qu’ils doivent rendre au Seigneur
dans fon Témple, qui eft apellé par Excellence la Maifon de
Dieu, & une Maifon de Priére. L'on&ion, qui accompagnoit
toutes les paroles de fa Sainteté (parce que c'éroit fon Cœur
ui parloit ) les rendoit plus vives , & plus efficaces : auffi fut-il
écouté avec la même fatisfation, & le même fruit, de trous fes
Auditeurs, c’eft-à-dire, des Prélats, des Religieux, & des fim-
ples Fidéles. L’Abbé du Mont-Caflin ne manqua pas de faire
dreffer un Monument, pour perpétuer le fouvenir de la Cé-
rémonie , que Benoit XIIF venoit de faire dans cette célébre
Eglife (1). É |
: Nous-ne doutons point, que les Bois’ & les Grottes d’une
Montagne, qui avoit été A par la pénitence d’un Grand
(1) Cafinenfem Ecclefiam , quam falfi Nu-
minis fano , Arâque {ubverfà , S. Pater Bene-
didus anno $29 vero Deo dicaverat ; quam-
que à Longobardis vaftantibus everfam , à
Petronace Abbate reftituram ; mox à Sara-
cenis incen am , à Joanne Abbate refeétam :
& à Defderio itidem Abbate ampliori Gyro
couftruétam Zacharias P P. anno 748 pri-
müm , # Alexander II anno 1071 fecundo
confegraverat : Terræmotu anni 1349 pror-
fus dirutam, & Urbani V juffu ese@am, ac
rurfus ruinâ obrutam , atque à fundamentis
anno 1649 excitatam , & recens magnificen=
tids exornatam Benedi@us XIII P. M. Ord
Prædic. anno 1727 die 1e Maïii foiemni ritu
tertià confecravit. Archi. Firm. pag. 95.
Par certe Infcript'on , on voit que l’Eglife
du Mont-Cailin, depuis le firième Siécle
jufqu'au quatorzièéme , avoit été une fois
brülée , trois fois renverfée , & toujours ré-
tablie. La Dédicace folemnelle qu’en fit Bee
aoic XI | fut la croifiéme. ke
Patriarche ,
- “DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE, : 377.
Patriarche, arrofée enfuite par les larmes de fes Enfans; & où, Liv RE
depuis douze Siécles , on avoit vû fans interruption tant de XLV.
rands Hommes fe fan@tifier , dans l’éxercice continuel de toutes ÉxsoiT XIIL |
[es vertus chrétiennes, & religieufes ; n'euffenc bien des attraits mme
no XIII, fur-rout quand il comparoit les chaftes dé-
_dices d'une profonde Retraite, avec le bruit de la Cour , & le
£umulte, ou l'embarras des Affaires. Mais, fon Devoir l’apelloit
ailleurs; & les befoins de toute l’Eglife demandoient fa Préfence
à Rome. Il fallut donc quitter la Compagnie des Saints Solitaires,
après avoir demandé le Secours de leurs Priéres, &. les avoir
exhortés à marcher toujours dans les fentiers de la Juftice, par
l'oubli du monde, & la mortification des paflions. Au fortir du cxxv.
Mont-Caflin, le Pape alla à la petite Ville d'Aquin, pour voir Le His à la
la Patrie du Docteur Angélique. Le Cardinal d’Althan, qui | das Le
l'avoit accompagné jufqu'au même lieu , prit alors la route de
Naples; & fa Sainreté entra fur les Terres de l’Etac Eccléfiafti.
que : fa premiére couchée fut dans un Couvent d'Auguftins
Reformés ; où elle célébra la Fêre de l'Afcenfion de Notre
Seigneur. Cependant le Marquis Livio de Carolis avoit faic
pratiquer un chemin, entre les Rochers d’une Montagne efcar-
und & le Pape prit cette route abregée , pour fe trouver à
zza (*) le 26 de May, & y célébrer le Fête de Saint Philippe
de Néri. Il y confacra à l’Honneur du Saint, un Magnifique
Autel de Marbre, que l’Evêque avoir fait conftruire dans fa
Cathédrale (1). On a dû déja remarquer, que le zéle du Pon-
tife , pour la gloire de fon Bienheureux Protecteur, avoit beau,
coup contribué à infpirer la même dévotion aux Fidéles. Les
Evêques , à J'éxemple du Pape, les Chapitres, & les Villes,
fembloient travailler comme À l’envi, à faire bâtir des Eglifes ;
Le drefler des Autels , fous l’Invacation de Saint Philippe de
érl. so |
Le féjour de Benoît XIJI à Sezza fut très-court ; mais, il ne
7 (+) Ce v'eft point Sefla, Suefa, Ville dufqui eo ufque magno Comitatu Pontificem
Royaume de Naples, dans Ja Province de ddoacrat , in fines propriz dirionis venit,
Labonor , dont J’Evêché eft Suffragant de
YArchevêque de Capoue : mais Sezza , Se-
sis , petite Ville de l'Etat de l’Eglife, dans
Ya Campagne de Rome, fur une Montagne,
“he des Marais Pontines , où l’Evêque de
Terracine faie ordinairement {a Réfidence.
. (1) Inde Aquinym venir, Parriam Divi
Thomæ Ordinis Prædicatorum, & Angelici
rt ren de Comitibus
Epvifurus, Mox dimiflo Cardigali sb Alshan,
Zeom VE, :
atque in Conventu Fratrum Excalceatorum
Ordinis San@i Auguftini prop Frofinoreat
Feftum Afcenñonis celebravir. Profedem
deindè acceffit, ac novä inter abrupti Mon-
tis faxa, à Livie de Carolis profedis Mar
ghione apertà vif tenuit Setiam , ubi in Cas
thedrali Ecclefia conftrutum pe Mar-
motibus Altare Divi Philippi Nerii confecra.
vit; & Feflum de Sanéti Philippi Nerii 28
Mai pair. Adrçhfr Frs, pag. 96. à
Bbb
LrvRE
XLV.
BENoïr XIII.
CXXVI.
Arrivedans celle
de Sezza ; où il
figne fa Bulle
Pratiofus.
378 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
fçauroit être oublié ; puifque ce fut dans cette Ville, & le propre
jour de Saint Philippe de Néri, qu’il figna la célébre Bulie, qui
commence par ces mots : Pretiofus in confpeilu Domini fratrum
Prædicatorum inclytus Ordo. Le Saint Pere l’avoit long-tems mé-
ditée, & y avoit fait travailler quelques habiles Prélats du Pa-
lais, à la rêre defquels étoit fon Auditeur, Jofeph Accaram-
boni, qu'il honora depuis de la Pourpre. Cette Conftitution,
qui contient quatre ving cinq Paragraphes, eft proprement
un Recucil de trous les Priviléges accordés par les Souverains
Pontifes à l'Ordre de Saint Dominique, depuis fa Fondation,
fous Innocent HI, jufqu’en l’année 1727. L'incention de fa
Sainteté étoit de renouveller, de confirmer , d'étendre même
ces Privilèges. Mais, comme l’Ordre des FF. Précheurs ne
peut avoir rien de plus Sacré, que le dépôt de la Doctrine des.
Thomas, dontil ne fçauroit être trop jaloux ; aufli n'avons nous
rien de plus intéreflant dans tout ce Décret Apoftolique, que
ce qui eft renfermé dans le 41 & le 42 Paragraphes, touchant
Ja Doérine du Doéteur Angélique, & de fon Ecole. Voici les
Paroles du Pape, dans le premier de ces deux Paragraphes :
_« Quoiqu'il ne nous convienne pas de garder le filence, fur
n la Do&rine de l’Ange de l'Ecole: Saint Thomas d’Aquin, à la-
» quelle l'Ordre des FF. Prècheurs s'attache avec fidelité, &
» avec fuccès ; nous ne fçavons néanmoins de quelles expreffions
» nous fervir, pour la louer aufli dignement, que méritent les
5 ane avantages qu'elle procure à l’'Eglife. Nous croyons
donc que, pour en faire un éloge accompli, il eft plus à pro-
» pos de rapporcer ici, fur le pieux témoignage de FPHiftoire,
» qu’elle a été approuvée de la bouche même du Sauveur attra-
n ché à la Croix ; & qu’elle eft devenue recommandable à tous
» les Peuples Orthodoxes , par la conftance approbation des
» Souveraians Pontifes ». | d.
Après avoir cité les Conftitutions, & les Brefs de plufieurs
de fes Prédéceffeurs, Benoît XIII continue aïinfi :
« Il éroit jufte en effect, que'la Doûrine Angélique d’un fi
P pu Docteur, qui femblable au Soleif, dont la Lumiéré
» éclaire tout le Monde, a procuré à l’Eglife Catholique des
» biens immenfes, & ne ceffe de iui en procurer tous les jours,
».en tant de maniéres reçut des Eloges fi folemnels de la bouche
» des premiers Pafteurs ; ee, qui fournit à la fuprême Autorité
5 du Siège Apoftolique, des armes Viétorieufes pour détruire
»-les anciennes , & les nouvelles Erreurs. C'eft après avoir
» connu par NOUS-MÈMES Lous ces grands avantages, & pour
A + mm, il
= ns nn ne
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 379
‘en avoir fait une longue expérience, que nous donnames,le& Livre
fixicme de Novembre 1724, notre Bref, Demiflas preces ,« XL V.
afin de réprimer les Calomnies, qu’on répandoit avec tant « RE TTTU
de témérité contre la Doctrine du Docteur Angélique, & ec eme
de Saint Auguftin. Nous employames contre ces faufles accu- «
fations, toute l'Autorité, qui nous eft confiée, ainfi que l'éxi-«
geoir de nous une Affaire de cette importance. Notre inten- «
tion étant de donner aujourd’hui une nouvelle preuve de no- «
tre eftime pour la Doctrine de Saint Thomas, & d'animer ainfi &
plus vivement l'Ordre des FF. Prêcheurs, les autres véritables « Voyez le Puflaire
Difciples de ce Saint Docteur, & enfin tous les Catholiques , « LA NN ae
à la fuivre toujours avec une éxacte fidélité, & à la foutenir « ‘+ |
avec une entiére affurance , nous confirmons par l’Auto- «
rité Apoftolique, & après une mûre délibération, toutes les «
Conftitutions# Lettres, ou autres Décrets, que nos Prédé- «
cefleurs ont donnés pour le même fujer: & nous les renou- «
vellons, autant qu'il eft beloin, avec le Bref que nous avons 4
donné depuis peu ». |
Le Saint Pere ne crut pas devoir fe borner à donner de ma cxxvir.
gnifiques louanges à la Doctrine de Saint Thomas ; ni à rapeller US re
les Solemnelles approbations , qu’elle avoit reçuë de Siécle en
Siécle de la part duS. Siège : maïs, pour répandre de plusen plus
certe Doûrine, & rendre toujours plus célébre l'Ecole du Saint
Do&eur , en multipliant le nombre de fes Difciples ; fa Sainteré
voulut que tous ceux, qui prenoïent des Leçons de Théologie
dans les Colléges des FF. Prêcheurs, dans quelque Ville d’Ita-
lie qu'ils fuflent fitués, puffent y recevoir , felon leur capacité,
& leurs Etudes, rous les Dégrés, avec les mêmes droits, & préé
rogatives, qu'on auroit pù leur donner, ou dans le Collége de
la Sapience à Rome, ou dans les plus célébres Univerfités de
France, & d'Efpagne. Le Pape Grégoire XIII avoit déja accor-
dé un femblable Privilége, ponr un de nos Colléges , dans la
Province de Saint Antonin ; & ce Privilége avoit été depuis
confirmé, tant par Paul V l'an 1612, que par Innocent X en
1645. Mais, Benoît XIII, qui le rapelle dans fa Bulle, l’étend
en même cems à tous les Colléges ; où les FF. Prêcheurs ont
quatre Profefleurs actuels, entre lefquelsil s’en trouve au moins
deux, qui font des Leçons de Théologie.
Nous ne dirons rien de tous les autres Priviléges, dont l’Au-
gufte Protecteur des FF. Prècheurs fe fit un plaifir d'enrichir fon
Ordre; & qu'il communiqua depuis en partie, à plufieursautres
Réguliers, avec certe Charité qui convignrau At commup,
Bbbÿ
380 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre comme le remarque l'illuftre Archevèque de Ferme‘. Nous ne
XLV. diffimulerons pas non plus, que la plüpart de ces Privilèges,
TT paroiflane peut-être trop étendus, | fn bientôt après ou ré-
Benoît XII
——” Voqués , ou modifiés par le Pape Clément XII dans fa Bulle
CO) Pag 56 Romanus Pontifex, du 30 Mars 1732. Maïs, quant aux deux
ve sv" Points effentiels, qui touchent la Doërine, & l'Ecole de Saine
Ibid, pag. 736 Thomas , non-feulement le digne Succeffeur de Benoît XIII les
Li a laiffé fubfifter en leur entier ; il les à encore confirmésavecde
nouveaux éloges, tant par fa Bulle F’erbo Dei, du 1 8 Août 1733
que par le Bref, Apofolice Providentie, du z O&obre de la
même année.
CXXVIIL. Les deux Pontifes, animés du même zéle, s'expliquent avec
Qui a été re Ja même force , & la même netteté. Voici les paroles de Clé-
Re rs. ment XII, oula Traduétion éxaéte de fa Conftitution , qui com
de Clément XI.” Mmence par ces mots, V'erbo Dei : + |
» Lorfque la corruption des faux Dogmes fe répandant de
» toutes parts, meten péril la Foi Catholique, & les mœurs des
» Chrétiens, que le Seigneur a confies à notre Vigilance, c’eft
» alors principalement que notre Devoir nous engage à faire
sh » refpecter les Doéteurs , qui ont été éminens en Science, & en
7" » Piété; & à rendre recommandable une Doctrine , laquelle
» toujours fondée fur l’Ecriture, & fur la Tradition, traite
» de la Foi, & des Mœurs, d’une maniére folide, égalemene
» propre à former de dignes Miniftres de l’Eglife, & à procu-
» rer le Salut des fidéles. C'eft par cet endroit, que les Souve-
. nrains Pontifes nos Prédécefleurs ont toujours diftingué le
» Bicnheureux Thomas d'Aquin, connu par ke glorieux Titre
» de Dodteur Angélique. Les juftes louanges, qu’ils lui ont f
» fouvent données dans leurs Décrets, prouvent aflez leurs
» fentimens. Du vivant même de Saine Thomas, ke Pape Aléxan.
» dre IV admiroit ce Tréfor de Science, dont le Ciel l’avoit en-
» richi. Ses Succefleurs penférent, & parlérent de même : les
» Papes Jean XXII,Clementc VE, Urbain V, Nicolas V , PieIV,
» le Bienheureux Pie V , Sixte V, Clément VIE, Paul V,
# Aléxandre VIT, Innocent XII, & Benoît XIII, ont tous donné
» la même approbation à Saint Thomas : ils ont voulu qu’on
» le mit dans les Faftes Sacrés de l’Eglife, au rang de ces grands
» Docteurs, Saint Gregoire, Saint Ambroife, Saint Auguftin,
% & S. Jérôme, comme s’écant rendu recommandable par la pu-
» reté de fesMœurs ,& par une Sublime connoiffance de ta plus
# Saine Théologie, ne ceffant d'éclairer FEglife par fa Doctrine
» admirable , & de la rendre féconde par la Sainteté de fes
» Exemples, ee
ve
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 38r
: À limitation de nos Prédécefleurs, & pour l'utilité publi-« Lrvrp
que de PEglife , nous voulons aufli donner à la Doërine de« XLV.
ce grand Homme les juftes louanges , qu’elle mérice, & dont « BevoirXIt
Jes Conciles même Généraux l'ont honorée, C’eft pourquoi « ‘emmmms
notre cher Filsen Jzsus-CHR1IST, Nerée Corfini Car- « L
dinal Diacre de la Sainte Eglife Romaine, & Prote&eur de «
l'Ordre des F F. Prêcheurs , nous ayant préfenté la très- «
humble Supplique de F. Thomas Ripoll Supérieur Général, «
& de F. Guillaume Molo Procureur Général du même Or- «
dre, dans laquelle ils nous prient, que par un effet de notre &
Vénération pour Saint Thomas, & de notre bienveillance «
particuliére pour un Ordre, qui a rendu des fervices D cs
à l'Eglife, il nous plaife de donner _. marque publique «
de notre eftime particulière pour la Doërine de ce grand «
Saint, qu'on eft en pofleflion d’enfeigner dans les Ecoles des ce
FF. Prêcheurs, non feulement aux Religieux, mais aufli aux ç
Séculiers , qui s’y rendent en nombre, pour s’en inftruire ; ««
afin que les jeunes Gens, animés par quelque efpéce de Ré- «
compenfe , & Secourus de la Grace de Dieu, fe portent avec ce
plus d’ardeur à étudier la Doëtrine de Saint Thomas... Ayant «
donc égard à des prières fondées fur la piété, & fur la juftice , «
en vdë d'accroître fous un fi excellent Maître l'amour de «
l'Etude, & de la faine Doctrine parmi les jeunes Gens, qui «
veulent fe mettre en état de fervir utilement l’Eglife : de notre «
ee re mouvement, fcience certaine, & pure volonté ; & par cs
a plénitude du pouvoir Apoftolique, nous voulons, & ordon- «
nons que dans les Ecoles, Etudes, & Collèges, des FF. Prè- «
cheurs, érigés, ou à ériger, dans le Lieux où il n’y a point «
d’autres Univerficés, ou Etudes générales, rous & chacun des «
Priviléges Apoftoliques, qui ont été accordés par nos Prédé- «
cefleurs, foient étendus, accordés, & continués aux Sécu- «
liers ; qui, pendant l’efpace de trois ans, étudieront la Théo- «
logie dans les Ecoles du même Ordre, felon la coutume, & «
1a forme prefcrite , ou à prefcrire par le Supérieur Général des «
FF. Prêcheurs ; enforte qu'après un Examen éxaét de leura Voyez L même
capacité, le Bonnet de Docteur, la Licence, le Baccalauréac, « page, 7% Vis
& les autres Grades en Théologie leur foient librement, & « |
Jicirement conférés. Nous voulons encore, que ces Dégrés «
foient femblables à ceux qu’on 2 coutume de conférer folem- «
nellement à tous les Erudians dans notre premier Collège, «
& Académie de la Sapience Romaine, &c ».
Tout le refte de cette Bulle eft employé, ou à Dr da-
L | | LL Bbb ii;
LIVRE
X LV.
Benoîir XIII
RENE RER EP
CXXIX.
Le Pape arrive
à Roime,
CXxXX.
Premiers foins
de Sa Sainteté,
N
332 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
vantage ce qui précéde, ou à en aflurer l’'éxécution. Nous n’en
avons rapporté ici une partie, que pour mettre fous les yeux
du Lecteur, ce qui montre la parfaite conformité des deux
Décrets Apoîitoliques, également glorieux à la Doctrine de
Saint Thomas , & à fon Ecole. Mais, le premier, que nous
devons uniquement au zéle de Benoît XIII, doit toujours être
confidéré comme la caufe, ou l’occafion du fecond.
Nous avons laiflé le Pape dans la petice Ville de Sezza; où il
ne s’arrêca cependant que deux jours : continuant enfuite fa
route par Cifterne, VeHecri, & Albano;, ilarriva heureufement
à Rome le 28 de May, vers les fepc heures du foir (1). Il alla
defcendre à l'Eglife de Sainte Marie Majeure ; où il fut recu,
& complimenté par le Sacré Collège, à la crête des différens
Ordres de la Prélature. Le Saint Pere, ne voulant être traité,
que comme un fimple Evêque, qui revient de la vifice de fon
Diocèfe, avoit défendu qu’on tirat le Canon du Château Saint-
Ange ; mais, toutes les Cloches de la Ville annoricérent fon re-
tour ; & , comme fi l'amour que les Romains lui portoienr, s’étoit
encore accru par fon abfence, la joye fut publique : on vit fe
renouveller parmi les peuples, les mêmes fentimens, qu'on
avoit fair éclaterle jour de fon Exaltation au Souverain Pon.
tificat.. ‘ LS RS :
‘Au milieu des Fonctions publiques, qui occupérent d'abord
Benoît XIIL foit à l’occafion de l’Anniverfaire de fon Eleétion,
& de fon Couronnement ; foit pour la Solemnité des Fêtes de
Ja Pentecôte, il donna plufeurs nouvelles preuves, & de fa
Vigilance Paftorale pour le bien des Eglifes, & de fa génerofité
envers:plufieurs Particuliers. [l érigea ên Duché la Terre du
Marquis de Carolis, en confidération des dépenfes extraordi-
paires, que ce Seigneur avoit faites dans le paflage de fa Sainteté.
Divers autres Gentilshommes, qui s’étoient trouvés dans le
même cas, reçurent aufli plufieurs faveurs. Mais, comme ceux
qui font ordinairement les plus oubliés dans le monde , arti-
roient au contraire les premiéres attentions du Vicaire de
Jesus-CHkrisrT, il donna de nouveaux Ordres, pour dé-
dommager amplement les Habitans de Sainte Féliciré, & faire
revenir dans le Pays, tous ceux qui peu de mois auparavant
avoient été enlevés par des Corfaires, & conduits en Barbarie.
. (1) Seriä Cifternam , atque inde Velitras | toto profeétionis fuæ tempore , mulea pafñim
venit à Francifco Cardinali Barberino Epif- | & ubique locorum Religionis & Chari-:tis
copo exceptus ; ac tandem 28 Mai Albano | exempla, ac documenta dédifler, &c. 4r-
tn Uibem fcliciser redux inuravit, pofiquam | chi, Firm, peg: 26.
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 383
Il ne permit point à fes Miniftres de négliger certe Affaire, parce Lrvre
que lui-même il ne la perdit pas de vûüë, jufqu’à l'entiére X LV.
exécution. ee | Benoit XIII
Pendant que, de concert avec ke Viceroi de Naples, le Pape
prenoit de nouvelles précautions, pour rs pl fes Sujets con- CxxxI.
tre les Armateurs de Tunis, qui infeftoient toutes les Mers Préceurions à
d'Italie, il apprit avec joye, que fes defleins avoient été heu- seurs de Tunis.
reufement fecondés, & prefque prevenus par les François, qui
venoient d'envoyer fur les mêmes Côres. une Efcadre de cinq
Vaiïlleaux de Guerre, Commandés par le Sieur de Mons, &
les Galeres de Marfeille, fous les Ordres du Chevalier d'Orléans,
- Grand Prieur de France, & Général des Galeres du Roi. Ce .
Secours que la Providence faifoit paroître fi ME Go mars
les peuples les plus expofés aux incurfions des Barbares; & fic
perdre à ceux ci l’efpérance du butin; que leur grand Armemenc
fembloit teur promettre. Il n’écoit pas aufh facile aux Siciliens,
de fe garantir d’un autre fléau, dont ils étoiént menacés : car
depuis plufieurs jours on entendoit, aux environs du Mont-
Echna , de grands mugiflemens, préfages ordinaires d’une pro-
haine irruption de cs : & déja les Habitans d’alentour
commençoient à s'éloigner avec leurs meilleurs effers. Le Vicaire cxxxir.
de JEsus:-CHrisT inftruic de leur trifte fituation, recom- Sellicitude pour
manda aux Evêques de Sicile‘de redoubler leurs attentions, & RTS x
d'éxercer la Charité Paftorale envers ces Peuples affigés; mais,
les exhorta fur-tout à leur faire bien comprendre, qu’on ne
fçauroit défarmer la main de Dieu offenfé, & évicer di Ven-
geances, que par un fincére amandementc, & par le facrifice d’un
Cœur contrit, & humilié. | MT
"Sa Saïntèté s’appliquoit en même rems à terminer quelques
démêélés ; furvenus entre le grand Maître de la Religion de
Malre,;& lEvèquede certe Ville; à l’occafon de la Juri ion .
que ce Prélat croyoic pouvoir étendre fur les Grecs établis dans
éerte Ifle : ce qui luiétoit contefté. . |
® Uné autre Affaire bien plus difficile, & d'une plus grande cxxxrr
éonféquence , occupoit auf l’Efprit du Saint Pere. Les diffé« Le Pape effaye
rends, commencés fous lé Pontificat d’Innocent XI, entre = Lérends avec
Jes Cours de Rome, -& de Turin, touchant la Jurifdiétion, ot 1: Cour deSavoye,
PImmunité Eccléfiaftique’; & la Collarion des Bénéfices du
Piémonr, n’écoient pas encore bien ajuftés, quelques foins qu’on
fe fut donné pour cela. Benoît XIII depuis fon Exalration
avoit rien négligé pour finir ees Difputes-à la fatisfaétion ré-
ciproque des Parties..Nous avons. vû qu’il avoit déja terminé
CO »
=
EIvRE
XLV.
BENoîr XIII,
mamans
CXXXIV.
Lertre du Roy
de Sardaigae à Sa
Sain:eté.
Hit. des Papes»
Tom, V:p. 573
384 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
celles, qui concernoient les Bénéfices dans le Royaume de Sar-
daigne ; & avant fon départ pour Bénéventr, il avoit propofé, &
fait agréer quelques Articles , qui levoient une partie des autres
difficultés , & préparoïent les Voyes à un entier accommode-
ment. Le Roi de Sardaigne depuis long-tems perfuadé de lz
droiture , & des intentions pacifiques du Souverain Pontife,
avoit eù le plaïfir de pouvoir fe confirmer dans certe idée , par.
les nouvelles preuves, qu’il en recevoit : & de fon côté il pa-
roifloit difpofé à vouloir facilicer les moyens d’aflurer une par-
faite Conciliation. On le voit par la Lettre que ce Prince écrivit
à Benoît XIII, datée du 16 Avril 17237.
» Ayant appris, difoie-il, avec une fatisfaétion indicible, que
» votre Sainteté eft parfaitement difpofée à vouloir rendre
» juftice à nos Demandes, nous ne laifons pas de reconnoiître
» en cela une grace bien diftinguée de votre Sainteté, pour nous :
» faire obtenir ce que fes Prédéceffeurs, par les préventions
» qu'on leur avoit données, avoient différé de nous accorder,
» Nous proteftons que l'obligation, que nous en avons à votre
» Sainteté, eft d'autant plus grande , que nous fçavons, qu'il
» n’a pas manqué de Gens, qui fe font oppolés à fes faintes
» Réfolutions. Nous aurions aufli efpéré la même juftice de
» votre Sainteté, à l'égard des Eglifes de Cafal, d'Acqui, &
» d'Aléxandrie ; mais , puifqu’elle ne trouve pas.d propos de
» terminer préfencement ce point, nous nous abftenons de l'en
» importuner encore en réitérant nos inftances ; nous avons
» néanmoins cêtte confiance en la bonté paternelle de votre
» Sainteté , qu’elle voudra dans un autre tems confidérer les
» juftes raifons que nous avons. Le Cardinal Secretaire d’Etac
» n'ayant rien voulu réfaudre fur la Penfion, que votre Sainteté
» défire de réferver à la difpofition du Saint Siége, uniquement
» dans la vûë de faire taire ceux qui font contraires à ceraccom.
» modement, quoiqu’ils ne méritaflenc pas une celle fatisfac-
» tion, & que nous foyons aflurés que les Bénéfices de notre
» Nomination ne font point foumis à ces Impôts : néanmoins
» pour donner à votre Sainteté une nouvelle marque de notre
» Obéiffance filiale envers Elle, nous défirons qu'elle déclare
» cllemême fes Sentimens là deflus ; efpérant, qu’en les ex-
» primant , il lui plaira d'avoir égard à nos .. , & aux
» juftes , généreufes, & réïitérées efpérançes, qu'elle a daigné
» nous donner , &c ». a |
. Dës fon arrivée à Rome, le Papefe fit repréfenter le Projet du
Concordat, tauchant les Articles des Dépouilles, Fo
CRENCÇER
"DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 385
‘Bénéfices vacans, & des Penfions. Il éxamina de rouveau les LrveeE
Conventions déja faites, & ne refufa pas d’entendrelesdifficul- XL V.
tés qu'on : oppofoit. À l’inftance du Miniftre du Roi de Sar- BeNoïr XIIT
daigne , fa Sainteté confentir qu’il feroit marqué au pié du
Concordat , que quoique le Bref déclaratoire réglat la Provi-
fion des Eglifes de Cafal, d’Acqui, & d’Aléxandrie , felon le
ftile ufité ci-devanc, il feroit toujours libre à Sa Majefté d'agir
auprès du Saint Siége , pour les faire comprendre dans l’Indult,
‘Enfin, le Pape donna a confentement au Cardinal Secretaire
d'Etat, pour qu'il fit expédier incefflamment le Concordat. L’Au-
teur Anonime de l’Hiftoire des Papes en a donne la Traduétion.
Par lerécic plus détaillé, qu'on nous a donné de tous ces Faits,
CXXXV.
Qui preffe la
conclufion de cet
te affuite.
Tom. V, pe 178
579
il paroît que le Pape rencontra, dans la fuite de cette Affaire, cxxxvr.
une infinité d'obftacles, & qu'il eût befoin de toute fa fermeté hs Te
pour les vaincre : car, outre les anciennes difficultés, qui a er Sa (a fers
plus de trente années retardoient l’Accommodement défiré, il meié.
s’en préfencoit tous les jours de nouvelles, qu’il ne paroifloit
pas permis de négliger. Cependant bien des Evêques, & des
Abbés, décédés depuis le commencement de ces Conteftations,
n’avoient point éte remplacés. Bien des Eglifes par conféquent
fe trouvoient fans Pafteurs , & les Fidéles fans fecours fpirituels. -
Cela ne pouvoit que préjudicier infiniment à la Difcipline, au
bon ordre, à l’inftrudion des Peuples, au Salut des Ames; & ce
“fut l’objet, qui fixa davantage les attentions de Benoît XIII (1), cxyxxvrr
Bien plus fenfible à la perte des Ames, & à la défolation des
Eglifes, qu'à toute autre confidération , il ne voulut point éxa-
miner à /a rigueur les nouvelles difficultés ; où il en remit PExa-
men à un autre tems; & avec une bonté de Pere , il pourvut
aux preflans befoins des Egliies du Piémont, & à un grand
Et paurvoit aux
preflans befoins
des Eglifes de
Piémont,
(1) At non levis illi eura ab ipfo Pontif-
Carüs initio, de ftatu Ecclefiarum in Ditione
:Pedemontana incumbebat ; ibi eninrexortis
olim fub Innocentio XII , inter Sedem Apol-
tolicam , & Regem Sardorum Pedemontis
‘Principem , diffidiis de Epifcopatibus , aliif-
que Sacerdotiis conferendis, deque jurifdic-
tone , & Immunitate Ecclefiaftica, nondum
res compofita erat ;®c interim decedentibus
‘Epifcopis , & Abbatibus, ferè omnes illius
Regionis Ecclefiæ viluæ Jugebant Pafto.
res fuos ; non fine gravi rei Ecclefafticæ
‘detrimento ; & quamvis compluries ten-
.fatus Compofitionis modus, nondum Con-
troverfarum inveniebatur finis. Sed Pon-
‘+ Tome PT.
é
tifex, qui pro Religione, ac fapientiä fu
nihil periculofius arbitrabatur , quâm Ec-
clefiarum viduiagem, & luétum diutiüs pro-
trahere, probatis ançe irer Beneventanum
nonnullis Capitibus, ac Regulis quibus Ec-
clefiaftica res contineretur, aliis ver quæ
obj:cieb intur difficuleatibus pofthabitis , Ro
mam regreffus novos Epifcopos , & Abba-
tes hoc anno Ecclefis ill s, ac Monafteriis
dedit, qui reftituerent rem, & Chrifti Fide-
ium Gregem Paftorali eurâ cuftoiirent,
magno fane Religionis bono , quæ ftatim fele
Epfcopis , aliifque Præfulibus refofcere cœ»
pit. Archi, Firm. p. 96, 97
Ccc
336 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvre nombre de Monaftéres, en leur donnantdes Pafteurs, capables
XLV. de remettre toutes chofes, & de faire refleurir la Piété, & la
BenoirXlll, Religion. Ils y travaillérent avec zéle, & avec fuccès. Le Pape
ENOIT XIII. D . . so e
M" 4VOIt mis cette Affaire entre les premiéres, dont il vouloit voir
la fin. Le Bref même, pour faire expédier le Concordat, eft
une preuve de la diligence, qu’il y apporta ; puifqu'il eft daté
du 29 de May 1727, c'eft-à-dire, du lendemain de l'arrivée de
fa Sainteté à Rome. | |
Cerarrangemenr, auf utile à la tranquillité des Peuples, que
cxxxvrr. héceflaire pour leur inftruétion, fut en même tems fort agréa.
Le Pape, & le ble au Roï de Sardaigne, qui ne différa pas d'envoyer un de
Roy de Sardaigne fes Gentilshommes à Rome, chargé de remercier fa Sainceté
s'envoyent des de ÿ D | : ?
Préfens. & de lui préfenter fix beaux Chandeliers, avec une Croix d’ar-
gent, & plufieurs Ornemens de grand prix. Le Pontife, qui
ne fe laifloit jamais vaincre en générofité , donna le lendemain,
douziéme de Juin , une Couronnede pierres précieufes montées
en or,cinq Médailles du même métal: quatre d'argent ,avecune
Caffete de velours garnie d’or, & remplie d’4gnus Dei. Le même
Gentilhomme fut chargé de remettre tous ces Préfens au Roi
de Sardaigne, Cependant le Saint Pere ne différa point, felon
fa pieufe coutume, de faire vendre au profit des Pauvres tout
cxxxix, © qu'il venoit de recevoir, |
Invention des Dans le cems qu’on recevoit à Rome, la ratification du der-
Qiques de Saist nier Traité, conclu avec la Cour de Turin, le Pape eût le plai-
&% Martyr, 5 fir d'apprendre deux Evénemens, qu'il confidéra comme une
2 double Bénédiction, dont le Ciel favorifoit fon Pontificat. Ceux,
ui avoient fouillé pendant long-tems aux environs de l’Eglife
sy Saint Clément, trouvérent enfin le Corps de ce Saint Pape,
avec celui de Saint Ignace Martyr. Et le Cardinal de Polignac,
CXL. chargée des Affaires du Roi très Chrétien, étant venu à l’Au-
Paix Générale, djence de fa Sainteté, lui annonça, que les Préliminaires de la
| pacification générale de l’Europe avoient éte fignés à Paris, le
31 du mois de May. Rien ne pouvoit être plus agréable au
Saint Pere, ni plus conforme à fes Vœux, que l'aflurance d’une
Paix prochaine, & folide entre les Princes Chrétiens. Comme
il avoit long-tems follicité cette faveur auprès de Dieu, par des
cxer Priéres très-ardentes , il fe répandit en a@ions.de graces ; &
Libéraliés da Multiplia fes Libéralités ordinaires envers les Peuples.Sa Sainreté
PAPERS accorda auffi de nouvelles gratifications à la Maïfon de Stuart:
fit un accueil très-gracieux au Prince de Bade Baden, arrivé
depuis peu à Rome ; de même qu’à Jean Baz Prince du Mont-
Liban que les intérêts de la Religion avoient fait venir auprès
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 387
du Saint Siége; & pourvût avec une bonté paternelle, aux be-
foin des Fidéles, qui gémifloient dans l'Orient fous la Domina-
tion des Barbares.
. Après la mort de François Farnefe, Duc de Parme, & de
Plaifance, le Prince Antoine fon Frere, & fon Succefleur , fut
vivement follicité par les Miniftres de la Cour de Vienne, de
ne prendre que du feul Empereur l’Inveftiture de ce Duché : ce
qui étoit contraire aux Droits, & aux défirs du Pape. Quelques
Politiques vouloient perfuader au nouveau Duc, de ne recevoir
cette Inveftiture , ni du Pape , ni de l'Empereur, jufqu’à ce
que leurs différends fur ce point fuflent terminés. Le fage
Prince, à qui les Droits du Saint Siége ne pouvoient être in-
connus, fuivit Péxemple de fes Ancèêtres ; & fit fon hommage
entre les mains du Souverain Pontife (1) Nous avons vû ce
lei déja fait Benoît XIII, pour empêcher que ce Droit ne
ut enlévé à fon Siége. H agit toujours avec la même Vigueur,
lorfque cela parut néceflaire. oo |
* Mais, ces fortes d'Affaires, les feules que les Politiques apel-
lent importantes , & dignes d’un Souverain, occupoient bien
moins le Vicaire de JEsus-CHRST,que ce qui regardoit le
Salut de fon Troupeau, & la propagation de la Foi ; par la con-
verfion des Infidéles. Une Famille entiére, mg celles qui fai-
foîent ptoféflion du Judaifme , dans la Ville de Rôme, ayant
1s la falutaite réfolution d’embraffer le Chriftianifme ; le Pape
a fit aufficôe retirer du Quartier des Juifs , pour la garantir des
piéges, qu'on auroit pà lui tendre, & lui Éciiter les moyens
d'éxécutèr ce qu’elle avoit déja réfolu. Deux Eccléfiaftiques,
choifis par fa Sainteté, furent chargés du foin d’inftruire ces
Néophites, & de les préparer à la Grace du Baptême , en leur
éxpliquant les principaux Myftéres de la Foi, & les Saintes
Maximes de l'Evangile, Nous pouvons dîre qu’il y avoit long-
terhs qu'on n'avoit vû à Rome d’aufli fréquentes Converfions
des Juifs, & des Mahométans, qu’on en voyoît fous le Ponti-
ficat de Benoît XIIL: fi, comme nous l'avons déja remarqué
quelqu'autrefois, on avoit raïfon d'attribuer cela à la Sainreré
de fes Exemples, & au mérite de fes Prieres ; il faut ajourer
que fes cheritables attentions, pour que les nouveaux Conver-
(1) Pot exceffirm Franciici Farneñi, Par- | caufa Romam venientem benignè habuit;
mæ & Placentiæ Ducis, Antonium ejus Fra-|& Chnifti Fidelibus ibi inter Barbaros des
trem Benefciario Jure in Clientelam . præf.|gentibus paternà curâ çonfuluit, &c. Ar:
tito fidelitatis juramento , recepit. Joannem | chi, Firm. PAS 97°
Bar, Prinçipem Moatis Libani Reipubliçæ “{
Ceci
CXLII.
Reçoit l’Hom- :
mage du Duc de
Parme, & de Plai-
fance.
CXLIIL
Pourvoit à la fu-
reté d’une Famille
Juive, & la faic
préparer au Bap-
t£ine.
‘388 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livaraztisne manquaflent pas du néceflaire, levoient l’un des plus
X LV.
grands obftacles à la Converfion de plufeurs autres.
BeNoir XIII, , l4 Ce même efprit de zéle, & de Charité, le Pape chargea
CXLIV.
deux Cardinaux, & quelques Prélats, du foin de dreffer un
Etat de routes les Communautés Religieufes de Rome , qui
pou ne n’avoient pas des Revenus fufifans pour fe foutenir. Ces Pré.
in : e e e ’ e
de quelques Com lats remplirent leur Commiflion, & fa Sainteré gs fur Elle-
Munaurés Reli-
gicules.
CXLY.
même , non de fupprimer ces Saintes Maifons, où le Seigneur
étoit loué le jour, & la nuit, mais, de les faire fubfifter, fans
charger néanmoins la Chambre Apoftolique ; qui fournifloit
déja à tant d’autres Œuvres de Charité. Celles, qu’on voyoit
pratiquer tous les jours à Benoît XIII , font dE: multipliées,
pour qu'on puille les raporter dans le détail. Il eft plus aifé
de remarquer ces A&es, qu’on apelle de Sévérité, & de Juf-
tice, que la malice des Hommes force les meilleurs Princes
d’éxercer quelquefois, ou pour ne pas laïfler le Crime impuni,
ou pour contenir dans le devoir, du moins par la crainte des
peines, ceux que des Motifs plus faints ne peuvent détourner
du mal. Malgré les défenfes rigoureufes, & fi fouvent réïtérées
aux Sujets de l’Erac Eccléfiaftique, de s’intérefler aux Loteries,
ou Jeux de Génes; fa Sainreté, pendant l'Eté de 1727, fe trouva
plus d’une fois dans la néceflité de permettre au Gouvernement,
de févir contre plufieurs Citoyens ; que la cupidité portoit,
non. feulement à prendre, mais encore À diftribuer ces fortes
de Billes,
Certe paflian (que Saint Paul apelle une idolatrie ) en avoie
engagé quelques-uns dans des pratiques encore plus criminel-
les. Dans la Ville de Macerata on arrêta un Eccléfiaftique,
accufé d’avoir fabriqué, & diftribué de faux Billets de Chan-
ge. Les Commiflaires nommés par le Pape, pour inftruire fon
Procès, trouvérent qu’un Seigneur affez connu dans le Pays,
n'avoit point rougi d'entrer lui-même dans ce myftére d’ini.
quité. On condamna celui-ci à un Baniflement perpétuel, &
à quelques autres peines. L’Eccléfiaftique , coupable du même
Crime, avoit été condamné pour dix ans aux Galéres; mais,
fa Sainteté volut bien adoucir la Sentence, fur l'offre que fit
ce Fauffaire , de découvrir plufieurs de fes Complices. Vers le
Actes de févéri même cems, fa Sainteté donna encore fon Confentement, pour
té, & de juftice,
néceffaires,
l’éxécution de l’Arrèt porté contre deux Bourgeois de Corinal-
do, convaincus d’avoir cruellement affafliné une Femme, &
fon Fils, dans 1e deffein de s'emparer de leurs Biens. Les deux
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 389
Meurtriers furent punis de mort, leurs Maïfons razées, leurs
Vignes arrachées, & leurs Arbres Fruitiers coupés dans leurs
Vergers. Ces Exécutions étoient néceflaires, & ne fuffifoient
pas toujours, pour réprimer la violence , & l'injuftice. Il faut
cependant avouer, que ce n'étoit jamais fans peine , que le
Pontife, dans ces occafions, failoit céder fa douceur naturelle,
à ce qu’éxigeoit la rigueur des Loix, & le foin de la füreté pu-
_blique. La Charité en lui combattoit en quelque maniére
contre la Charité ; fon Amour pour le Bien public, contre l’A.
mour, qu'il confervoit pour les Particuliers quoique coupables.
Cependant, le Prince Clément-Augufte de Baviére, le même,
qui, pendant l’Année du Jubilé Univerfel , étoit venu à Rome,
avec l’Eleteur fon Frere, depuis Empereur fous le nom de
Charles VII, avoit conçu une fi haute idée de Ia Saintété de
Benoît XIII, & l’impreflion qu’avoient fait fur lui les Vertus,
& les Actions du Pape, étoit fi vive, qu'ayant été élû deux ans
après Archevêque de a: il réfolut d’abord de faire une
feconde fois le Voyage d'Iralie , pour recevoir la Confécration,
des mains du Vicaire de JEsus-CHrisr. Ce Prince fe rendic
donc à Florence, dans le mois de Septembre, ou d'Otobre ;
& il comptoit d'aller de là à Rome, accompagné de fa Tante,
la Grande Duchefle Douairiere de Tofcane ; mais, foit que Be-
noît XIII ait voulu évicer les difficultés du Cérémonial ; foit
plutôt ( comme l'a cru un Hiftorien) qu’à l'imitation de plu-
fieurs de fes Prédécefleurs , il ne crut pas devoir fes éxem-
ples de Piété à la feule Ville de Rome, il choifit celle de Vi-
terbe pour le Sacre du nouvel Archevèque, Electeur de Colo-
e (1). Le Tréforier de la Chambre A poftolique, eut ordre de
ire tous les préparatifs pour ce Voyage. L'Ele@eur prit le
premier le chemin de Viterbe , avec un magnifique Cortéve,
& il y fut fuivi par un grand nombre de Seigneurs du Pays ;
ui vouloient faire leur Cour à ce Prince, & aller au-devanc
e fa Sainteté. | | |
LIvRrEe
X LV.
ne —— ff)
BENoiïir XIII.
D
CXLVI.
Le nouvel Ars
chevêque de Co-
logne fait le Voya-
ge d'Italie, pour
être facré par Se
Sainteté.
Dès le 18 d'O&obre le Pape alla à Monte Mario ; où il ad-
miniftra le Sacrement de Confirmation à une cinquantaine de
perfonnes, & pafla quelques jours dans fa chere Retraite. Le
(1) Clementem Auguftum à Bavaria, elec. petebar, ue à Benediéto Confecrationis mu
tum Archiepifcopum Colonienfem . ... Sa- | nusacciperet, Vicerbii juffit confiftere ; mens
cri Roman: Imperii Eleétorem, qui unä cum | enim ip fuit , non omnia Romæ danda, fed
Violante Beatrice à Bavaria Magnâ Hetru- Pontibciis a&ionibus , vererum Pontificum
xiæ Principe ejus amitä ( quam fuperiori an. | more , alias quoque Civitates decorare, &e.
no Summus Pontifex infignis pietatis , ac vir | Archi, Fir. PAG: 98
_Sutis amorce, aurça Rofà us di Romam |
: Ccciij
390 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Érvres! fixiémede Novembre, il partir de Monte Mario ; arriva le huf€
X LV. à Viterbé; & alla defcendre au Couvent des FF. Prêcheurs,
Érvoir XII Ce fut dans leur Eglife, apellée de Sainte Marie dè Quercia,
_— que Benoît XIII , aflifté de trois Archevêques, & de deux
CXLVIL Evêques, fit le Sacre de l’Archevêque-Ele&eur, en préfence
STE HET d’une nombreufe Affemblée de Noblefle, & de tous les Ch:-
noines de la Cathédrale, que fa Sainreté avoir honorés depuis
peu de la Mitre. Le Peuple de Virerbe, & ceux des environs,
qui sՎroient rendus en foule dans la Ville, pour reϾvoir la
Bénédiétion de fa Sainteté, profitérent de divers Exemples de
Vertu, qu’Elle leur donna, ainfi que de fes Aumônes, & de
: fes Difcours, toujours patétiques , rouchans, & inftructifs.
| Après la Cérémonie, le Pape alla dans l’Eglife des Religieufes
de Saint Bernardin ; & fit fa priére: devant les Reliques de la
Bienheureufe Hyacinthe Marefcoti , dont il avoir lui-mêmé
canonizé les éminentes Vertus, en mettant fon Nom dans le
Catalogue des Bienheureufes : il dédia un Autel fous fon Invo.
cation ; & dans l’Eloge qu’il fic de cette illuftre Vierge, il loua
beaucoup la Piété du Cardinal Marefcoti, Neveu de la même
Sainte. Parmi les autres libéralités , que fic fa Sainteré dans la. :
même Eglife, Elle y fonda trois Mefles, qui doivent être cé-
lébrées rous les ans (r). | | |
cxzvirr, Tandis que l’Electeur de Cologne, & la Grande Duchefle
Le Prince Elec. prenoient le chemin de Florence, fa Sainteté révinc à Rome ; où
nes EUR fe même Prince fe rendit depuis; & s’y arrêta quelque rems, pour
profiter fans doute des Convérfations, qu'il fe procurä fouventr,
avec le Saint Pontife. Il ne pouvoit apprendre dans une meil-
Jeure Ecole, tous les Devoirs de l'Epifcopat. & toutes les Ver.
tus que doit avoir un Evêque. Cette Emulation faifoit deja
honneur à.la Religion du jeune Princé ; & il ne montra pas
moins fa Générofité, puifque peu content d’avoir fair remet.
CXLIX. tre à la Chambre Apoftolique, une Lettre de Change de vingt-
En quatre mille Ecus Romains, pour la dédomimager des frais du
| Voyage du Pape à Vitérbe;:1l fit encore préfenter à fa Saïnre-
té, une Croix, & fix Chandeliers d'Or, enrichis de Pierreries,
& un Chapeler de grofles Perles Orientales, où il y avoit plus
#,e:
- (x) Viterbium proficifcitur, ubi in Eccle- Jlaverat ,:ad domen & niemoriam ejufdom
fa San@æ Mariæ de Quercu, rdinis Præ- | Beatæ Virpinis Aram dicavit, multa de Jau:
dicatorum, x Novembris. ., Colonienfem | dibus Galearii Cardinalis Marifcô:i, cjufd m
Archiepifcopum confecravir, Sequenti die | Beatæ Virginis Nepotis., prolocurus ; do+
in Ecclefia Sanéti Bernardini, ubi conditæ temque ftatuit ut perperuè ter in annam
funt mortales exuviz Hyacinthæ Marifcotæ, Lbidem facrum fieret | &c. Archi, Firm.
quam Pontifex fuperiori aano Beatam appel- pag. 9. -: à
Là
c1:BE LIORDRE DE S: DOMINIQUE .39r
ieprs, Eméraudes montées en Or , & une Médaille. du même L ;,,
=Métat, avec une Croix de. Diamans. C’étoient autant de ref Xp y
fources pour les Pauvres : car le Saint Pere fuivit toujours, =——
& dans toutes les occafons., la pratique -qu'il avoit prife dès
de commencement, de convertir en Aumônes tous les Pré-
{ens, qu'il recevoir. _ D ee.
.… Avant le 1 $ de Novembre, le Pape étoir de retour à Rome.
Le 21 il fx aflembler en fa préfence la. engrsguion de l'E
ames des Evêques, & Réguliers. Dans le Confiftoire {ecret nr En.
du 26, après avoir nommé à plufieurs Evêchés dans l'Italie, «re ;"# Promo
& hors d'Italie, fa Sainteté déclara au Sacré Collège, que l’un tion de quatre
des fepr Cardinaux, réfervés in petta, dans la Promotion du 7% Cardi-
mois de Décembre de l’année derniére, étoit l'Archevêquede
Corfou. Ange-Marie Quirini, Religieux de la Congrégation
du Mont-Caflin. Ce Cardinal, qui reçut trois jours après le
Chapeau ‘avec les Cérémonies ordinaires, accepta l’'Evêche de
Brefcia : & l'Archevéché de Corfou fut donné au P. Vincent:
Marie Mazzolini , Dominicain ; qui fut facré depuis par le
Pape. Dansle nême Confiftoire fa Sainteté fitune nouvelle Pro-
motion de quatre Cardinaux; fçavoir, de Don Diégo d’Aftorga-
-y-Cefpedes, Efpagnol , Archevêque de Toléde ; du Comte Si.
gifmond de Kollonits. Archevèque de Vienne en Autriche,
Prince du Saint-Empire ; du Comte Philippe-Louis de Sinzen.
dorf, Evêque. de Javarin en Hongrie , & de Don Jean de
Morta & Silva , Chanoiïne.de l'Eglife Cathédrale de Lifbonne, |
- La grande Princefle de Florence, qui fe trouvoit à Rome,
reçut en même tems de nouvelles marques des attentions du
Pape ; qui, pour lui témoigner l’eftime qu’il faifoit de fa Vertu, CLE
lui donna un très-beau Crucifix de Vermeil., où étoit enchâffé More ra
un Morceau de la Vraie Croix. Ce Préfent fut accompagné Grande Duchelfe
d’un Bref Apoftolique, pour permettre .que cette Relique füt de Florence,
gxpofée à la Vénération des Fidéles, les jours de l’Invention,
& de l’Exaltation de la Croix. ee |
-_ Nous lifons, dans le même Journal, qu'un Homme vêtu en
Payfan, s'étant préfenté à l'Audience du Pape, & profterné
à {es piés ; lui avoit découvert, les larmes aux yeux, qu'il écoit CEIL
Prêtre, & Religieux. fa Sainteré l'embraffa avec tendreile, Der
l'apella fon Frere; & ordonna à un Eccléfiaftique du Palais RS le Pé;
de le conduire au Général des Capucins; de lui recommander
de le traiter avec douceur, & de lui pardonner fon Evafon,
puifqu'il étoit Pénitent. Telle fut toujours la conduite du Vi-
çaire de la Charité de JEzsus-CnrasT; plein de zéle poux
E
Donc e
=NOIT XIII.
0
t
1
—_
‘892 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre la Gloire de Dieu, &'le-maïntien de fes Loix, il n’avoit que
‘.XLV. des entraill:s de Miféricorde, pour ceux qui reconnoifloient
HENo XI. leurs égaremens, & qui revenoient à leur devoir.
+ Comme Benoît XIII n’avoit ni perdu de vüe, ni +. les
cit. Affaires de Lucerne, dont nous avons déja parlé ; il apprit
Ec a le phifit ayec une finguliére fatisfaction, que les différends de ce Can-
d’apprendre que .. : > | :
les démélés du ‘ton,avec les Miniftres A poftoliques éroient enfin en voye d'ac-
Canton de Lucer- commodement ; & que les Lucernois , réfolus de demeurer
AN nt fermes dans la foumillion dûe au Saint Siége , avoient écrit
aux Cantons de Berne, & de Zurich, pour les remercier des
fecours, qu’ils leur avoient offerts, À l’occafion de ces Con-
teftations. Sa Sainteté-ordonna auflitôt au Nonce Paflionei de
retourner à Lucerne , & d’y faire l'ouverture du Tribunal de
la Nonciature. L'Anonyme, qui avoit annoncé avec complai-
fance le commencement de ces mêmes Difputes, n’a rien dit
du fuccès. Il paroît qu’il fe promertoit qu’elles ne finiroient
as heureufement pour la Cour de Rome. Mais autant que
les Ennemis de la Paix, peu fenfbles aux biens, & aux maux
de PEglife, pouvoient aimer le troùble, & la difcorde; autant
le Pacifique Pontife fe plaifoir à prendre les moyens les plus
juftes, pour maintenir la paix , & l'union dans toutes les par-
ries de la République Chrétienne; on pour l’y ramener; & le
Ciel bénifloit ordinairement la pureté de fes intentions.
ira Sans entrer dans un détail circonftancié de tout ce que fit
Saintes Occupa- le Pape, dans le courant du mois de Décembre, nous dirons
tions multipliées. feulement, que malgré la rigueur dé la Saifon, fa Saïnteré tint
plufieurs Confiftoires, & routes les Chapelles Pontificales accou-
tumées : affifta à l’'Examen des Evêques, en nomma,ou approuva
dix, pour autant de Siéges väcans; A elle-même la Conféciation
de quatre Evêques, & de deux Archevêques ; conféra les Ordres
Sacrés à un grand nombre de jeunes Eccléfiaftiques, & à plufieurs
Religieux. Baptiza un Juif âgé de vingt-deux ans: fit publier un
Décret pour la prochaine Canonization de la Bienheureufe
Marguerire de Cortone : donna quelques Gouvernemens ; &
répandit beaucoup d'Aumônes. A M MU 5
erv: “Cependant, ajoute l’Archevêque de Ferme, tant de Tra-
Récit de l'Are % Vaux, & tant de Saintes A&ions, dont le Pieux Pontife don-
chevêque de Fer- » noit tous les jours de nouveaux Exemples, ne diminuoïent
sd » en rien les attentions de fa Sollicitude Paftorale, pour le bien
» général des Eglifes les plus éloignées de l’Europe , dans
» les Indes Orientales. Charles Thornas de Tournon, Parriar-
» che d’Antioche, Légat à Latere; &. Vifiteur Apoitolique,
| » depuis
DE L’ORDRE DE S. DOMINIQUE. 393
depuis Cardinal, fe trouvant à Pontichery l'an 1 704 avoit «
fait plufieurs fages Réglemens, pour profcrire, & abolir cer. «
taines fuperftitions, qui deshonoroient le Culte Divin, parmi &
les nouveaux Chrétiens, dans les Royaumes du Maduré, de «
Mayflur , & de Carnate. Mais l’obftination des Peuples, en- «
core peu inftruits de la Sainteté de notre Religion, le mé-«
pris, ou l’inobfervation des Ordonnances, tout cela rendoit «
infruétueux les Travaux des Ouvriers Evangéliques : & la «
zizanie écouffoit toujours le bon Grain dans le Champ du «
Pere de Famille. Le Pape Clément XI, par fes Lettres Apof- «
coliques de 1712, avoit expreflément autorifé le Décret de «
fon Légat, & déclaré que fon intention étoit qu’on s’y con-«
formât religieufement. Benoît XIII animé du même zéle ,«
LiveeE
XL V.,
Brnoiïir XIII.
SERRE, RER SRE EEE?
pour la pureté de la Religion, & le Salut des Ames, confir- «
ma de nouveau, dans les termes les plus exprès, les Salutai- «e
res Réglemens du Cardinal de Tournon : & il adrefla fes «
Lettres à tous les Evêques, ainfi qu’à tous les Prédicateurs «
de la Foi, qui travailloient à la Vigne du Seigneur dans ces «
vaftes Pays. Il enjoignit à tous d’obferver déformais, & de«
faire éxécuter fidélement , ce qui avoit été prefcrit par le«
Lépat du Saint Siége (1); particuliérement en faveur de «
ceux, que les Malabares apellent Parrezs , Gens de baffle «
naiflance; & par ce feul Titre fi méprifés par les Nobles de «e
la Nation ; que, malgré la Converfion des uns & des autres «
à la Foi de Jesus-CHrisr, les prérendus Nobles ne veu- «
lent avoir rien de commun avec les autres , pas même &
l'Eglife. Un Brame, quoiqu'il fafle profeflion de croire, & «
de recevoir l'Evangile, qui condamne fi fortement l'orgueil , «
€n promettant le Royaume du Ciel aux Humbles, & aux «
Pauvres , ne laiffe pas de refufer opiniatrement de fe trou- «
vér avec ceux, qui font devenus fes Freres en JEsus-CHRIST. «
Jl croiroit fe déprader, s’il avoit quelque communication avec «
(x) Tot autem fufcepti labores, facræque
attiones, quas ferè quotidie Pontifex obibat,
nihil detrahebant de follicitudine omnium
Ecclefiarum , etiam quæ immani terrarum
fpatio, ab Italia, & tora Europa fejunétæ in
Indiis Orientalibus fitæ funt. Nam poftquam
Carolus- Thomas Turnonius Patriarcha An-
tiochenus, cum poteftate Legati de Latere
Apoftolicus Vifitator , ac deinde S.R.E. Car-
dinalis Pudicherii anno 1704 multa fapienter
decreviflet de 2bolendis fuperftitionibus,quæ
inter novos Chrifti Fideles in Regnis Madu-
senfi, Mayflureof , & Caen, veluti zi-
Tome VI.
zania inter Eleéti frumenti fpicas fuccrefce-
bant ,quæque haétenus Evangelici Operarii,
cæteroquin impigri ac ftrenui , evellere non
poterant, licèt Clemens XI datis anno 1712
Litteris ad Meliaporenfem Epifcopam ,,
mentem fuam de fervandis Apoftolici Vifita-
toris Decretis, nihilominus Benedictus XIIT
12 Decembris 1727 novis Litteris ad Epifco-
pos omnes, & Apofñtolicos Miffionarios iif-
dem in Regnis Fidei propagationi operam
dantes , apertids Decreta ipfa confirmavit,
mandavitque diligenter fervari, & impleri,
&c. Archs. Firm, pag. 99 , 100.
LIVRE
X LV.
Brnoir XII)
CESR ER REe>
ELVE
L'Empereur de
Ja Chine traite
bien les Chrétiens.
par eftime pour le
Pape.
394 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» les Parreus, foit dans le Sacré, foir dans-le Profane. Ainfi
»il ne veut ni prier dans le même lieu , ni être baptizé fur
» les mêmes Fonts, ni communier à la même Table; ni re-
» cevoir les Sacremens de la même main. Ce Schifme. enfanté
» par l’orgueil,-& déja fi contraire à l’Efprit du Chriftianifme,
» deviendroit encore plus fcandaleux , fi les Miniftres de l’'E-
» vangile, au lieu de Île combattre de toutes leurs forces,
»avoient le malheur de l’aucorifer, ou de le diflimuler, pour
» ménager la mauvaife délicateffe de ces Hommes, plus Payens,
» que Chrétiens. C’eft pourquoi Benoît XIIF, par fes Lettres
» Apoftoliques du 12 de Décembre 17z:7, reeommanda très-
» expreflément à tous les Miflionnaïres , répandus _— ces
» Peuples, de fe fouvenir toujours des Saintes Loix de l’Evan:
» gile, & de les pratiquer, en prêtant charitabiement leur Mi-
»niftere à eous ceux, quien avoient befoin, de quelque con-
» dition qu’il fuffent; puifque le Dieu que nous adorons ne
» fait point acception des perfonnes ; & qu’en JEsus-CHRIST
il n’y a point de diftinction entre l’Efclave , & l'Homme
» Libre, parce que fa Grace a rendu la Liberté à tous ceux,
» qui eroyent en lui {1}
Si la fuperbe obftinarion des Brames s’oppofa encore aux
défirs du Pieux Pontife, & à fes Ordres, le Seigneur parut
vouloir le confoler d’ailleurs ; puifqu’avant la fin de certe année
1727, Benoît XIIE eut la fatisfaétion de recevoir les Lettres,
avec quelques Préfens de l'Empereur de la Chine :& ce qui
Jui caufa une joye plus fenfible , fut d'apprendre qu’en confi-
dération de fa Sainreté, & à fa demande, ce Monarque quoi-
qu'Infidéle venoit de rompre Îles fers, & rendre la Liberté à
plufieurs Miniftres de l'Evangile, qui n’avoient été arrêtés,
& mis dans les Liens, que pour avoir annoncé les Vérités de
notre Foi, dans les Terres de fon Empire (2). |
(1) Potiffimäm illis commendans , ne vilis ui que Sa Sainteté a publié le 11 Septembre
conditionis.homines, Parreas vocant, à qui-|1744, & qui commence par ces paroles :
bus tradito gentibus more cæteri vehementer | Omnium follicitudinmm , &cc.
abhorrent, neoligerent ; fed iis quaque Sa-| (2}Præterea Benedictus ab Imperatore Si-
cramenta miniftrarent, & morti proximis cæ- |narum Epiftolas ,ac dona accepit ; & quôd ipf
teraChriftianæpietatis ofäciaexbiberent,cdim |jucundiffimum fuit , libertatem præconum
apud Deum nulla fit perfonarum acceptio, | Evangeki confecurus eft, qui cûm in amplif=
null inter fervum & liberum diftinétio., &c. | fimis illis Provinciis, Domini noftri JE sy
Ibid. pag. 101. CHrrs ri Fidem annunciarent, apud Im:
N. S, P. le Pape Benoît XIV a confirmé | peratorem accufati in vincula fuerant con
depuis peu le Decret de Benoît XLIL ,parce- Ipedi, &c. Archi. Firm. pag. 101.
Fin du quarante-cinquième Livre.
Rat EEE 00-0000 DE UD EG
| en QNU0n Sd Sd ME 6500 Edo KE c(02
| SERDERDNÉRINERT ER ERINERINERINERI ATEN D
HISTOIRE
HOMMES ILLUSTRES
D DE L'ORDRE
. DE
SAINT DOMINIQUE.
LIVRE QUARANTE-SIXIÈME.
28] E Lo l’expreflion de Saint Grégoire de Nazian-
ze ,un Pañfteur , pour être véritablement digne du
à] Sacré Miniftére, doit exceller encore plus par fon
KI mérite , que par fa Dignité. Il faut que fes progrès
es dans la Voie de la Perfeétion foient continuels ;
qu'il ne s’y precrive ni mefure, ni bornes; qu’il oublie tout
le chemin qu'il a déja fair; qu'il ne foit attentif qu’à ce qu'il
lui refte à remplir de fa Carriére, & qu'il avance continuelle-
ment de Vertu en Vertu, moins content de ce qu'il a déja
acquis, qu'affligé de ce qui lui manque. Il ne doit pas croire
que ce foit beaucoup d’exceller par-deflus plufieurs autres ; il
faut qu'il n'envifage que le rang fublime, où le Divin Mini.
tére l’eléve, & qu’il gémifle de fe trouver, quelque chofe qu'il
fafle, f éloigné de l’éminente Sainteré qu'il exige.
Ce n'eft pas encore affez. Un Pafteur ne rempliroit que la pre-
miére partie de fesObligations , s’il n’étoit occupé que de fa pro-
pre perfection, &du foin de détruire en lui-même le Fi dela
D ddi]
LIrvRE-.
XLVI.
Benoît XIII
Paroles de Saint
Gregoire de Na-
zianze,
Difc. fur le Sacer-
doce,
II.
Devoirs d’un
afteur.
LIVRE
X LVI.
Benoir XIII.
mener rarmene mn
TITI.
Remplis éxaéte-
ment par Benvic
XIII.
396 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
cupidité, pour faire place à celui de la Charité. Ou plutôe, il
ne fçauroit travailler comme il faut à fe fanétifier , s’il ne tra.
vaille avec le même zéle à la San@ification des autres : Car,
pour me {ervir des paroles du même Saint Docteur, le but des
Fonctions Paftorales, & la fin du Saint Miniftére , c'eft de
guérir les maladies Spirituelles des Ames, & de donner à celles
quirampoient comme le ferpent,le vol & la rapidité de l’Aigle;
c'eft de les arracher au monde, & de les confacrer à Dieu ;
c’eft de réparer, & d’affermir en elles l’image & le caradtére
de la Divinité; c'eft d’y introduire & d'y former JEsus-
CHRi1sT, par la Vertu du Saint-Efprit ; c’eft enfin de tranf-
former l'Homme en Dieu, & de lui procurer l’Eternelle Féli-
cité, pour laquelle il a été créé. Mais, fi cout Pafteur, dès-là
7 eft chargé de la conduite des Ames, doit effentiellemenc
€ propofer une fi noble fin, & y raporter toutes fes vües, tous
{es foins, & routes fes a@tions ; combien plus ce devoir devient-
il indifpenfable à celui, que la Providence a établi le Chef
de fon Eglife, le modéle de tout le Troupeau, & que tous les
Peuples fidéles révérent comme le Premier des Pafteurs?
Ces Maximes profondément ee dans le cœur du Saint
Pape , dont nous écrivons l’Hiftoire, furent la grande régle
de fa conduite : & c’eft parce qu'il ne pouvoit les méconnofî-
tre, ni-les oublier, qu’il veilloit toujours ; qu'il prioit fans
celle, & qu'il étoit dans un travail continuel ; aufh appliqué à
fe purifier des moindres taches, & acquérir le tréfor des Ver-
tus, que s’il eût commencé tous les jours : auffi zélé pour l’a.
vancement Spirituel des Fidéles , que fi fon propre Salut eût
été attache à eelui de tout le Troupeau. L’épuifement des
forces, caufé par l’âge,les infirmités,& les auftérités,n’otoit rien
à la vivacité & zéle, dont il étoit dévoré. Bien des Gens ofoient
l’accufer d’en faire trop : & lui-même penfoit toujours quil
n’en faifoit pas aflez. Nous avons và quel il à été, l'efpace de
cinquante ans, dans les Fonétions du Sacré Miniftére ; nous le
verrons le même les deux derniéres années de fa vie ; fi ce n’eft
peut. être que la Charité, l’'Humilité, l'Efprit de Pénitence, le
zéle du Salut des Ames, & toutes fes Vertus fembloient tou-
jours croître, à proportion qu’il approchoit de fon terme.
IV.
Il veuc infpirer
à tous les Fidéles
un grand refpc&
pour le Sant Nom
de Jesus.
Benoît XIII ne crut pas pouvoir commencer plus heureu-
fement la nouvelle année mil fept cent vingt-huir, qu’en
efayant d'infpirer à tous les Chrétiens, les mêmes fenti-
mens de refpe® ; de confiance, & d’amour, dont il étoit
lui-même rempli, pour le Saint Nom de Jesus. C'eft pour-
1
1
me se =
es pare —
D£ L'ORDRE DE
S. DOMINIQUE. 397
quoi il renouvella les Indulgences accordées par l’un de fes Livre
Prédécefleurs , à rous ceux, qui touchés d’une fincére Piété,
fe falueroient par l’Invocation du Saint Nom, qui eft au-deflus
de tout Nom, &
lut /1).
par la vertu duquel nous efpérons le Sa-
Voulant auffi renouveller, du moins dans la Capitale du
Monde Chrétien , l’ancienne pratique de l’Eglife, couchant la
Bénédiction, & la Confécration des Vierges , fa Sainceté fit
cette religieufe Cérémonie, dans le Monaftére de Saint Am-
broife, qui avoit été une Maïfon du Saint Archevêque de
Milan, & le lieu de Rerraite de fa Sœur, Sainte Marcelline,
à qui le Pape Libére avoit donné le Voile de Religion, dans
le quatriéme Siécle. Benoît XIII aceorda en même tems une
Indulgence Pléniére, à toutes les Vierges Chrétiennes, que
la Grace fépareroit du Monde ; & qui en confacrant leur
Virginité à JEsus-CHRIST, recevroient déformais
& la Bénédiétion de leur Evêque ( 2 ).
le Voile,
Les Peuples avoient cependant befoin de fecours temporel;
& le Saint Pere en donna beaucoup : il les étendit principale-
ment fur les Gens de la Campagne, qui avoient fouffert da-
vantage, par les pluies concinuelles, & le débordement du
P6, qui venoit de caufer de grands dommages dans le Du-
ché de Ferrare. Plufieurs Maïfons avoient été entraînées par
Jes Torrens ; & la plupart des Terres demeuroient couvertes
de fable. A ces premiers fléaux fe joignirent de violentes
Tempèêtes, & de fréquentes fecoufles de Terre. Tout cela
engagea le Pape à faire publier un Jubilé, qui devoit durer
quinze jours : il indiqua en même tems des Priéres Publiques,
& plufieurs bonnes Oeuvres , pour arrêter les Calamités , qu'on
fouffroit déja, & dérourner celles , dont on étoit menacé. Le
quatriéme de Janvier , Benoît XIIT fe rendit dans l’Eglife des
Servites ; y confacra un Autel fous l’Invocation de Saint Pere.
(1) Novum anaum 1728 à cultu Sacrarif-
fimi Nominis D.N.J. C. quod cit fuper om-
ne nomen , feliciter aufpicatus, indulgen-
tias quas olim Sixtus V largitus fuerat, ref-
tituit , Confirmavitque omnibus Chriiti Fi-
dchbus , qui ejufdem Sacratiflimi Nominis
interpofirà invocatione invicem fefe (aluta-
rent. Archi. Firm, pag. 101.
(1) Virgines San@timoniales in Monafte-
rio Divi Ambrofii, Ordinis Sanéti Benediéti
Congrepationis Cafñenfis ,. degentes , ubi
olim paternam ejufdem fanétiflimi Archie-
pifcopi & Ecclefiz Doëtoris fuiff: ferunt,
eamqüe incoluifle Beatäm Marcellinam , Di.
vi Ambrofi Sororem, quæ Virginitatis ve.
lum à Sanéto Liberio Romano Pontifice ac-
cepit... benedixit, atque facravit, ue vete-
res Ecclefiæ ritus de benediétione , & confe-
cratione Virginum , quorum in ipfa Urbe
veluti in principe Religionis loco, frequen.
tiorero ufum efle decet , refticueret ; addi-
ditque plenariam .... Indulgentiam Mo-
nialibus cujufcumque Ordinis eo die acqui-
rendam , quo perpetuis fururis temporibus
ubique terrarum à proprio Antiltite ficrum
velum fufciperent, &c. Ibid.
D dd ii
XLVI.
BEenoîr XIII.
de mc ene f
V.
Confécration
des Vierges.
VI.
Bienfaits tem-
porels , & fpiri-
tuels , accordés
aux Peuples,
398 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre grino Lazziof,canonizé depuis peu ,& fit une Exhortation fort
XLVI rouchante ,furlesdifpofitions dans lefquelles il falloit être, pour
Bevoir XIII fléchir la colére de Dieu, & mériter les Graces du Jubilé. Le
mms Pape choifit le nouveau Saint, pour Proteéteur du Peuple,
dans les préfentes nécefficés ; & prononça ä ce fujet une nouvelle
Formule de Priére 5.ce qu'il firavec tant de zéle,$ d’on&ion,
que tout PAuditoire en fut attendri. Les Spectacles, publics,
des profanes divertifflemens. furent défendus durant ce rems
de Dévotion, & de Priére. Le Saint Pere, donc les Exemples
encorg plus que les paroles prêchoient la Pénicence, ne man,
qua pas d'avertir les Fidéles, que fans le changement du cœur
tout le refte feroit inutile, Il exhortta fur-tout les Riches à la
charité, les Pauvres à la patience, & rous à l’amendement de
leurs Mœurs. | .. |
VII La converfon des Pécheurs, principalement des Infidéles,
Quelques Con. étoir toujours pour le zélé Pontifeun grand fujet de confola-
verfions, tion, & un nouveau motif de redoubler la ferveur de fes prié-
res, pour obtenir la même Grace à plufieurs autres. Nous
avons dit que dans le mois de Décembre dernier, fa Sainreté
avoit baprize un jeune Juif ;un autre, nommé Abraham Sar-
miento, Habitant de Livourne, fe préfenta avec fa Femme,
pour demander le Sacrement de la Régénération, qu'ils reçu-
rent à Rome le 20 de Janvier. C’eft-à-dire, dans le rems que le
Papé éroit le plus occupé du foin de faire chercher les Reli-
ques de Saint Auguftin , ou plutôt de faire vérifier, & confta-
ter celles, qu’on poflédoit dans une Eglife de Pavie, & dont
Ja découverte, faite depuis trente-troïs ans, étoit opiniatré-
ment conteftée par les uns, & défendue avec force par les
autres. Ce fut donc pour mettre fin à ces Difputes, & faire
rendre aux Reliques du Saint Docteur de la Grace, la Véné-
ration qui leur eft dûe , que fa Saintgté écrivit le Bref fuir
yvant. | ‘
vit. - À Notre Vénérable Frere, lPEvêque Venerabili Fratri, Epifcope
Bref de Sa Sain- de Pavie, Papienj.
teté à PEvêque de
Pavie, pour faire LE PAPE BENOIT XIII. BENEDICTUS P P. XIIL
conftarer les Reli-
ques de Saint Au-
- guflin.
Notre Vénérable Frere, Salut, © Venerabilis Frater, Salutem, &
Bénéditlion Apoftolique. Apofñtolicam Benediétionem.
N Ovus employons toujours volon- A Nimi curas, © autloritatis
tiers nos foins & l'Autorité de notre Officium libenter impendimus ad
Miniftére, dans toutes les Caufes, qui exs caufas, quas ad fantlorum cul
DE L'ORDRE DÉS. DOMINIQUE. ‘-s9g
fum pertinere dignofcimus , atque
adeo cum divino ur efe conjunc-
tas, Multo autem alacrins bas Apof-
tolicæ follicitudinis partes f[ufcipere
debemus , ubi cas ad Beatum Auguf-
vinum, clariffimum Ecclefie lumer,
eximiumaue Doilorem fpetlare intel-
ligimus , quem nimirum sn profies-
L Predicatorum Regala parenters,
én Theologico Curriculo Ducem, in
Paflorali Minifierio , cuntlifque vi-
ta rationibus patronum femper colui-
mus. His igitur tam impofiti mune-
ris ffimulis , quam obfiritle preraris
findio adduëli, operam conferre de-
crevimus , nt judicium de invento
iflic fanili Doëloris corpore, ulieriors
dilatione fublaiz, fecundum Deurm,
© 'ueriraiem ad exitum pirdnca-
Nr. 1, Éd À
Ziaque Fraternitati tre féduloin-
jurpimus, ut cateris qaeflionibas, de
alio Corpore imvemendo ; remotis,
judicium inffstwas de [olo antediilo
Corpore, quod anne F695 iffic
ÆEcctefia Sanëli Petri in Cœlo'aures
in Canfeffone invensune eff tradunt
documents, que in Aëla Curie ifiius
Epifcopalis relaa funt. Wolumus
proinde, © mandamus , nt cavilla-
tionibus eorum , qui decifionem , ac
définitionem bujufce caufe impedire
tentaverint, etiam per Cenfuras Ec-
chfiaflices occurras. Iles amens, à
gibus caufs cognofcenda crit, ñf-
dem adhibisis , fi opus fuerit ,.reme-
diis , cdicas ur nullis officiis, com-
mendationibus , ant pariium fludiss
obfequantur ; [ed folum Deum veri-
tatis pre oculis babcans. ie autem
novis procrallirationibus locus effe
Po , bimefire tempus bnic judicio
conficiendo prefigimus. Quod ff intra
duos menfes 4 die, qua fratcrnitati
de tradite fuerinr he noffre in forma
Brevis Litiere, caufa abfolute non
fe candem ad nos exinde devolntam
fire declaramus. De tua igiur in
banc (antlam Sedem ; nofque ipfos,
intéreffent le Culte des Saints, & par
cenféquent l'Honneur Divin ; mais, nous
devons nous y porter avec un zéle par-
ticulier, quand if s’agit du Culte du
Grand Doéteur, & la Eumiére de FE-
glife, Saine Auguftin; que nous avons
toujours honoré comme notre Pere dans
la Profeflion de la vie Religieufe, com-
me notre Guide dans nos Etudes de
Théologie, comme notre Modéle dans
l'Epifcopat ; & dans les différens âges
de fa vie, comme notre Patron |; &
Protecteur, Animés par tous ces motifs
de Devoir, & de Piéré ,; nous avons
réfolu de faire çe qui peür dépendre de
nous; pour, que fans autre délai, il foit
enfin décidé , felon Dieu, & léxate
Lrvrs
XELVE.
BeNoir XIIL,
Rep GERS
vérité, ce que lon doit penfer de
l’Invention du Corps du Saint .Doc-
teur , . | | : LE
_ Nous vous enjoignons donc, & nous
voulons, que mettant à part les Propo-
fitions de quelques-uns , qui voudroient
chercher un autre Corps, vous ne pen
fiez qu'à porter un Jugement fixe , tou
chant celui, qui, en 1695 fut trouvé
dans votre Eglife de Saint Pierre, ##
Ciel d'Or , & dans l'endroit qu’on apelle :
la Confeffion ; ainfi qu’il eft marqué
dans des Ecrits Autentiques, qui furent
faits alors, & dépofés dans Le Greffe de
votre Cour. Nous vous ordonnons aufls
d'arrêter , même par les Cenfures Ec—
cléfiaftiques , s'ikeft néceflaire , les vain-
nes. Chicanes' de ceux qui. cherchene
uniquement à empécher fa décifion de.
cette Affaire: & quant à ceux que vous
employerez dans cet Examen ; exhor-
tez-les fortement , &, s'il le faut, en-
joignez-leur fous les mêmes peines, de
n'écouter ni priéres, ni aucune folhci
tation des Parties; mais, d'agir en vüe
de Dieu, & fuivant la vérité. Pour évi-
ter les retardemens , nous vous mar-
quons le terme de deux mois pour la
Conclufion de cette Affaire ; & nous
déclarons dès-à-préfent , qu’elle Nous
{era dévolue, fi vous re Favez termi- :
née dans deux mois après avois reçu
400 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrverez ces Lettres en forme de Bref. La con- perfhetla obedientia preclaré fentien.
X LVI. noiffance que nous avons de votre par- tes, veritate, quam nnicè quarin-
faite foumiffion au Saint Siége, & ‘à dam, declarandamque pracipimas
BENOîT XIIL. nous, ne nous À point de douter, 44 liquidum perduila finem contre.
que vous ne fafliez promptement tout ce ver/ie impofitum éri non dubiramus ;
qu'éxige votre Miniftére, pour finir au- #c ribi, Wencrabilis Frater, Apof-
plutôt les Difputes, & difliper tous les rolicam Benediflionem peramanter
doutes, en mettant dans tout fon jour impertimur. | |
la vérité, que vous devez uniquement
chercher, & faire connoître. Nous vous Datum Rome apud San£lum Pe-
donnons cependant avec beaucoup d'af- #rums, fub Annulo Pifcatoris, die
fe&ion, notre Vénérable Frere, la Bé- 23 Jannaris , anno 1728.
nédiétion Apoffolique.
Fait à Rome, à Saint Pierre, fous
l'Anneau du Pécheur, le 23 de Jan-
vier, l'an 1728, |
_1X. _ Pour entendre le fens de ce Bref, il faut fçavoir que Saïne
Diverfes Tran Auouftin, étant mort à Hyppone l'an 430 , pendant qu'une
lations de ces Re-
liques, Armée de Vandales affiégeoïit la Ville, fon Corps fut d’abord
enterré dans le même lieu ; où il repofa pendant près de quatre-
vingt ans, révéré des Fidéles, & épargné par les Bärbares Vic-
torieux. Lorfqu’au commencement du fixiéme Siécle , les Evè-
ugs Catholiques d'Afrique furent chaffés de leurs Sièges, &
du Pays, par Thrafamond, ou Thrafimond, Prince Arrien;
ces Saints Confefleurs, obligés de pafler dans PIfle de Sardai-
gne, lieu de leur Exil, levérent le Corps Saint de l’Eglife de
Saint Etienne, où étoit fon Tombeau, & l’emportérent avec
eux en ns ; autant peut-être pour fe confoler dans leur
difgrace, par
a préfence de cet objet; que pour ne pas laifler
ce gage de la Foi, & de la Tradition de leurs Eglifes entre
les mains de leurs Ennemis. Les Reliques de Saint Auguftin
demeurérent dans la même Ifle environ deux cens fix ou fepe
ans; jufqu’à ce que Luitprand Roi des Lombards , plein de
refpet, & de dévotion envers le Saint Do&eur, follicité d'ail.
leurs par Îes prières de l'Evêque de Pavie (*), & de quelques
(*) M. Baillec dit, que ce fut Pierre, Evé-
qu de Pavie, qui infpira au Roi Luitprand,
e faire tranfporter le Corps Saint , de Sar-
daigne en Lombardie. Mais , cet Ecrivain,
qui reconnoît que la Tranflation fut faite
en 712,0U 713, ne s'accorde pas avec la:
Chronologie des Evêques de Pavie ; felon
laquelle Saint Armenrarius gouverna l’E-
glife de Pavie depuis Pain 711, jufqu’en
730 i & Saint Pierre n’occupa le Siége qu’en
759, aprés la mort de Théodore , premier
du nom, Aufli l'Abbé Ughel, dans fon Ita
lie Sacrée , affure que cette Tranflation fe
fit pendant l’Epifcopat de Saint Armentarius :
Armentario fedente, operé Luitprandi Reis,
Sancti Auguftini Corpus à Sardinis Ge-
nuam primurm , indè vero Ticinum bonorificè
fuit tranflaium , uhi balenus requiefcit. ta.
Sacr, Tom. 1, Col. 1083.
autres
a or PP PGO mm
_. DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 4or
âutres Saints Perfonnages, envoya des perfonnes de confiance,
avec de grofles fommes, pour racheter le Sacré Dépôr, & le
faire tranfporter dans la Ville de Pavie, qui étoit le Siége de
fon Royaume. Cette Tranflation, dit M. Baïillet, fe fit avec
beaucoup de pompe, le 28 de Février 712, ou 713;,& les
Reliques furent dépofées dans l’Eglife de Saint Pierre, apellée
as Ciel d'or; auprès de laquelle on voyoit un Monaftére, qui
étoit alors dans un Faubourg ; & qui depuis s’eft trouvé en,
fermé dans l’Enceinte de la Ville. |
. Soit par la crainte des Voleurs de Reliques, comme quel-
ques-uns l'ont prétendu, foit pour d’autres raïfons, que nous
ignorons, le Roi Luitprand prit des précautions extraordinaires,
pour la füreté de fon Tréfor. 11 fit faire trois Caveaux avec un
Cercueil pour chacun; & après avoir laiflé croire au Peuple
me le Corps de Saint Auguftin étoit dans l’un des trois, il le
t fecretement tranfporter en un autre endroit, & en fit bou-
E
IVRE
XLVL
BE
NOîT XIIE
cher l'ouverture, de telle maniére qu’il n’en parût rien. Il ne
Jaifla pas d'établir des Gardes, qui furent les Religieux même
du Monaftére de Saint Pierre, pour veiller à la confervation
du so de S. Auguftin. Ils eurent auf fous leur infpeétion Îe
Corps du célébre Boëce, Philofophe Chrétien ,& Martyr fous
Æhéodoric Roi des Gots. d'Italie ; & celui du Roi Luitprand,
Fo avoit .choifi fa Sépulture dans la même Eglife. Les Béné-
didins fuccedérent dans la fuite aux Religieux, qui habitoient
anciennement dans le Monaftére de Saint Pierre. Vers l'an
1220 les Chanoines Réouliers prirent la place des Bénédic-
tins; & dans le quatorziéme Siécle on joïgnit à ceux-ci une
Communauté d'Hermites de Saint Augultin. Entre ces deux
Communautés fe trouvoir l’Eglife , qui étroit commune aux
deux Maïfons. Les. uns & les autres ont toujpurs été égale-
ment perfuadés, que le Corps de Saint Auguftin repofoir dans *
Jeur Eglife, quoiqu'on ne pût avoir aucune connoiflance dif.
tinéte, & certaine de l’endroiten particulier , où éroit caché le
Sacré Dépôt. Cependanc les Hermires firent bâtir de‘leur côté
an. Tombeau. de Marbre, pour fe mettre en pofiefliun des Sain- .
es-Reliques, fi la Providence faifoit naître l’occafion de les
découvrir. : ; … ne de
" . Les Ecrivains s'accordent affez communément fur tous ces
Faits. Mais, un Evénement, qui devoit difüper les doutes,
réjouir l’Eglife, & confoler les Fidéles, devint l’occafion dé
ee. Difputes, qui ont duré pendant plus de trente ans,
Dans le mois d'O&obre 1695, pendant que les pr
CS Ee |
Tome VI;
| 401 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvke ‘vailloient à quelques Réparations dans l’Eglie de Saint Pierre
XLVI zx Ciel d'or, ceux qui étoient defcendus dans le lieu fouter-
Benoir XIII. rain ;où on avoit toujours foupçonné que ace des. Au-
guftin devoit fe trouver, ils donnérent comme au hazard quel-
ques coups de Marteau, fur un Edifice de Brique ; & par les
ouvertures qu'ils y firent, ils découvrirent qu’on y avoit enfer.
mé un Monument de Marbre. L’efpérance de faire enfin une
découverte depuis fi long-tems défirée, ne pérmit pas aux
en Religieux d'en demeurer là. Ils firent donc abattre ce Mur
P-s71&c de Brique, & mettre dans tout fon jour le Tombeau de Mar-
bre; fur lequel , après qu’on l’eut nétoyé, on trouva écrit en
gros caractere, & en plufieurs endroits, le mot : Azgz/ffin,
L'Evêque de Pavie n'étant pas alors dans fa Viile Epifcopale;
fon Grand-Vicaire, à la priére des Religieux, fe rendit avec
un Notaire, & plufieurs perfonnes choifies, dans l’Eglife 2#
X: Ciel d'or 5 & il fit faire l'ouverture du Tombeau de Marbre.
Elles font re- . | ere à
trouvées dans une Cela ne put être éxécuté qu'avec un grand travail, puifqu'il
pt de Pavie, fallut rompre plufieurs cercles de fer , & plufieurs fceaux de
due: plomb. Dans ce Tombeau de Marbre, on trouva un Coffre
d'argent, & dans célui-ci un de plomb, qui contenoit plufiéurs
Ofemens. Les habiles Gens, qui en firent d’abord la recon-
noiffance , & qui péférent toutes les circonftances avec beau-
toup d’atrention , ne doutérent point que le Corps ainfi enfer
mé , ferré avec tant de précautions, & de frais, ne füt vert
tablement celui qu’on cherchoïit; & qui fe trouvoit annoncé
d'avance par le nom de Saint Auguftin. On fit cependant de
nouvelles diligences, & on renouvella fouvent l'Examen , pour
parvenir à une plus grande affurance.
XI. Mais fi les Hermites de Saint Auguftin fe donnoient bien
Pi di à ce des mouvemens pour cela; fi plufieurs autres Sçavans, tant du
| Clergé Séculier, que Régülier, écrivoient pour appuyer le fen:
timent favorable à la vérité des Reliques; les Chanoïines Ré:
guliers ne penfoient pas, ou plufieurs d'entr'eux ne vouloïent
point paroïtre penfer fi favorablement. De tems en tems ils
, Vis Bid.p.373, donnoient quelques Differtations, qui fervirent à entretenir le
doute dans l’efprit des Lecteurs, & à empêcher que le fait ne
füt regardé comme fuffifamment éclairci. Nous ne pouvons,
nine voulons, pénétrer le motif fecret de cette affe&arion à ré.
pandre des ténébres fur cet Article. Ce qu'il y a de certain,
c’eft que dans l'incertitude, qu'on aimoit 1 entretenir , les Re-
.Jiques du Saint Doéteur de la Grace demeuroïient comme au:
paravant, fans être expofces à. la Vénération publique. M.
.DE L'ORDRE DE S: DOMINIQUE. . 403.
Baiïllec, qui écrivoic fes Vies des Saints, au commencement de:
ce Siécle, dit : « I] s’étoit répandu un bruit en ces derniéres
années, qu'on l’avoit effeétivement découvert {le Corps de «
Saint Augüftin ) dans une Châfle d'argent, revêtu d’un Tom-«
beau de Marbre; qui étoit ( à ce qu’on publioic} un destrois «
Los Luitprand avoit fait faire : mais ce bruit femble fe dif-
1
per, & l'on eft encore réduir à ignorer précifément l'endroit «
de certe Eglife de Pavie, qui tient ce S. Corps caché aux yeux «c
des Hommes ». , |
Nous parlerions encore aujourd'hui.de même, fi le zéle de
Benoît XIII ne l'avoit porté à prendre de juftes mefures pour
faire difparoître ce voile, qui nous cachoit la vérité. Ce Saint
Pape ne put voir avec indifférence , que la pafñion des Hom-
me, la {aloufie. ou la vanité, s’oppofit plus long-rems à la
Gloire d’un Saint Docteur, dont le fouvenir eft fi doux , le
pôm fi célébre, le mérite fi éclatanr, & la Dodtrine fi pré-
cieufe à l’Eglife Catholique. Il voulut donc prendre connoif-
fance du Sujet de la Difpute ; il l'éxamina, & le fit éxaminer
avec foin , par. des Prélats également ‘nieux , & éclairés : il
ajouta le Jeune à la Priére, pour attirer les Lumiéres du Ciel;
& réfolu de voir la fin de ces Conteftarions, il écrivit à l'Evè-
que de Pavie { François. Pertufati ) le Bref Apoñtolique que nous
venons de rapporter, & qui euttout l'effet défiré.
. Lorfque le Généril des Auguftins , chargé des Lettres de
fa Saïnteté , arriva à Pavie, l'Evêque faifoit la Vifite de fon
Diocèfe ; & ce ne fur que le 19 de May qu'il reçut le Bref du
Pape. Le Prélat fir apeller le même jour les Procuréurs Géné-
Livre:
XLVI.
Se
ViedeS. Augultin »
.28 d'Aout, p. 465
XII,
. Le P:pe prend
des meiures pour
éclaircir & termi-
ner ces Difputesa
XIII.
Procédures de
PEvèque de Pavite
raux des Parties ; & leur ayaut communiqué les Ordres du .
Souverain Pontife, il leur donna quinze jours pour produire
de part & d'autre, tour ce qu'il leur paroîtroïit pouvoir fervir
à établir, & défendre leur sr à Il choifit äufi quinze
Docteurs de réputation, pour s’aider de leurs Lumiéres dans cet
Examen, Le 26 de May les Procureurs des Auguftins préfen-
térent leurs Piéces à l’'Evèque, & déclarérent qu'ils étoient
prèrs à fe foumertre au Jugement, qu'il porceroit. Les Chanoïnes
Régulers firent la même chofe, le feptiéme de Juin. Ce fage
Prélac, qui ne vouloit rien omettre de tout ce que la prudence,
& fa Religion lui infpiroient en cette rencontre, ne fe contenta
pas delire artentivemenc les Ecrits, qui lui éroient préfentéss
d’éxaminer avec beaucoup de foin le Tombeau, & les Offe-
mens, qu'il renferinoit ; & d'écouter les Avis des perfonnes
habiles; il ordonna encore un Jeûne public, des Priéres, une .
Ecei]
404 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liver =z. Procefion Générale, l’Expofition du Saint Sacrement, & uné
XLVI. Mefle Solemnelle, qu'il chanta en l'Honneur du Saint-Efprit..
Benoîr XIII L’Examen avancçoit heureufement ; les Docteurs ne s’aflem-
iT XHIL. bloi oui nent ef: en
oient jamais ; qu'ils ne convinflent fur quelque fait particu-
lier; & apres cinq Aflemblées , ou Délibérations, tous les
Suffrages 1e trouvérent réunis en faveur des Saintes Reliques,
@ Difquifio d: La fçavante Differtation de Monfieur Fontanini (*) ne fervit pas
PRE peu à éclaircir les Faits, & à diriger l’'Examen qu’en firent les
quinze Doéteurs. L'ordre, & la manière, dont ceux-ci procédé-
rent, firent aufh honneur à leurs lumiéres, & à leur impartialité.
Le 13 de Juillet, lEvèque de Pavie fit avertir les Parties inté.
reffées , que trois jours après, il porteroit fon Jugement; & rl
’ _. enr, [es éxhorta à redoubler lardeur de leurs Priéres. Le 16 le Pré-
PE Jar chanta une féconde fois la Mefle da Saint-Efprir ; & fit lire
fa Sentence, qu’il figna en préfence des Procureurs Généraux
des Parties, & de tous les Docteurs, qui avoient été employés
dans cet Examen. Mais, ce ne fut que le 19 de Juiller, deux
mois depuis la réception du Bref de Benoît XIII, que la Sen-
tence de l’Evêque de Pavie fut publiée avec Solemnité. La
joye dès ce moment fut grande & générale dans toute la Ville(1).
Les Sénateurs , & le se n’y prirent pas moins de part, que
vise ne ca, 1€ Clergé. Maïs, ce qu’il y eut de plus confolant, c’eft que les
Où fp. pe 375 Chanoines Réguliers ; qui depuis trente trois ans conteftoienr
la Vérité des Reliques, & avoient multiplié les Ecrits, pour
prouver qu’il y avoit au moins lieu d’en douter, ne parlérent
plus de même après la Sentence de l’'Evêque ; ils déclarérene
au contraire, que tous leurs doutes avoient été éclaircis, &
difipés ; & ils fe joignirent au refte des Fidéles, pour chanter le
Cantique d’a&ion de Grace. Il feroit à fouhaiter, que cer éxem.
ple fut louvent imité : on verroit la fin de bien des Difputes, le
rs de paix en feroit gloriñé, l’Eglife confolée, & les Fidéles
difiés. un |
"Il feroit difficile de dire, ns fut fa Joye, que caufa au
X V. Vicaire de JEesus-CHr15T le fucces de fon entreprife. Il fe
Loué,approués répandit d’abord en a@ions de graces ; & peu content de louer
& publié pas Sa ?
Sunteré. Je zcle de l'Evêque de Pavie, il annonça cet événement à toute
J'Eglife ,afin que la Fête , qu'on’ venoit de célébrer dans une
Ville rer Dar commune d toutes les parties du monde
Chrétien. La Bulle de Benoît XIIE commence ainfi: « Le Dieu
(1) Vefpertino tempore ejufdem Feriæ fe- [diétæ , & ignes artificiales in Arce , quos Pa<
cundæ fono fefivo omnium Campanarum ftres utriufque Monafterii S. Petri , & S. Aus
adjun@a fuit illuminatio-sotius Civicatis præ- ouftini in figuum gaudii extrui fccruns.
Ee --
ii
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 4os
. Souverain, qui aime à être glorifié dans fes Saincs, a fair écla. «
ter fa Bonté à nos yeux, d’une nianiére admirable, en retirant
de l’obfcurité les Sacrées dépouilles du célébre Docteur de «
Y'Eglife, Saint Auguftin Evèque d'Hipponre, | faire rendre «
à fes Saintes Reliques la vénération des Fidéles ,. & le culre «
Public, que l’ancien ennemi de Dieu, & de fes Saints, s’étoit «
efforcé quelque tems de troubler , ou d'obfcurcir (r) ». 4: ::"
:. Il eft parlé enfuite, dans icerte Bulle, de la double Tranfla-
tion de ces mêmes Keliques , d’Afrique-en Sardaigne, & de
Sardaigne dans la Lombardie : de la manière , doncelles furérit
dépofées, confervées , & honorées, dans l’Eglife 4% Ciel d'or,
jufqu’en l’année 1 695 : de la découverte qui en fut faire dans
ce tems M: des Difpates , :qui's'élevérent à cette occafion ; du
Bref Apoftolique, donné le 13 de Janvier. pour faire ceffer les
conteftations, par une Sentence Epifcopale ; & définitive: &
cette Sentence eft inférée dans la Bulle, en ces termes : :
CE RisTi Nomine repetito, per À : Pr vs avoir fouvent invoqué le
banc nofiram défingivam, Sen: à: Ném de JEaus-CHrisr , Nous dis
gentiam dicimns, pronsnçiamus , Gr Îons, & Nous déclarons,. par notre.
declaramus , fatis confiare, fo , fente Sentence. Débnitive qu'il eft  R
ÿ
a Re in M ons 0H
érryentum in Confeffione Templi fanëli famment proue asie Corps, trouvé le #
‘1
Petri in Cœlo aureo bujus Civitatis premier d'O&obfe 695$ (‘dans l'Eglife
die prima Oëobris anni 1695 , @ deSaint Pierre #4 Ciel d'or, & dans cette
super per nos recognitum., ac Si- partie, qu'on apelle le Coafeffion ) dorit
£illo noffro munstum , effe Corpus nous avons fait depuis peu la recongoifs
Sani Angujlini Eccefie Doëloris x fance , & que nous avons fcellé de notre
sdeoque pro tali effe colendum , € pu-. Sceau , eft le Corps de Saint. Auguftin,
Dlice Fideliim venerätioni cxponen: Doûeur de l'Eplife ; & qu'il doit être
dun. +. honoré comme tel:, & expof&' à la‘ Vé-
: 7 D. FRANCISCUS, Epifcopus nération publique des Fidéles, : =‘:
Die, Le Papienfis,, ‘D. FRanNçous;Evéque de Payie, *
dE re. s se MS TT M ar ia HinG ou e. RC CN CRE
Le Pape ayant rapporté çette Sentence:;' continue de. la
forte : - : PRE ue PE à en sf . 1” _
« À la premiére nouvelle de ce Jugement fi fage, fi faint: & «s
f digne dela prudence Epifcopale , notre Cœur a:treflailli de «
joe :-&c dans l'excès de notre: confolation, pou$.avons béni.le «
Seigneur de.ce qu'il a-veulu:être glorifié dans la Manifefta, «
La) Ca
RÉ RS I
. (1) Ad fummi Dei gloriam is Sanétis ejæs| perturbare tentaverat | tandem omniurm
. &mplificandam mirabile nuper faŒum eft in | Chrifti Fidelium cultu?, priftinæque honori«
oculis noftris, dum exuviæ Sanéti Aupultini| fléentiæ, Univerfà Ecckfiä pliu'ente, refs
Æhipponepfis Epifopi, & præftanriflimi Ec-£ ricugæ fuerunr. &e:,Bwer. Ord. Tom, VI;
clcfix Doétoïris, quarum yenerationem anti-| pag. 668. A4, San&. 01e y JT, Angnft
ae
gouf Dé, & Saaforunr hoftis éliguatdiul pag esp vue. 21 Ji OUPS
Eee ïij
Livrex
XLVL.
BrNoit XIE,
Dm
XV.
Bulle, pour an
La
é= noncer cet événe-
ment à toute l’E-
ife.
406 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Laæayag tion des Reliques de Saint Aupuftin, cet admirable Docteur ÿ
_XLVE
Do
Benoît XI.
—€
» également Saint & Sçavant; que les Souverains Pontifes, In.
» nocenr, Zozime, Bonitae, Celeftin, Geélafe, Hormifdas, &
» Jes ayrres Papes nos prédécefleurs ont toujours honore com:
» me la grande umiére de l’Eglife. Nous le refpe“tons auf&
>» comme notre Pere, & notre Maître, dont nous avons fuivi
» la Doétrine & la Regle des nos jeunes années, dans l'Ordre
“desFF, Prècheurs; comme, par la Grace de Dieu, nous la
a profeffons encore au'ourd’hui. Afin donc de répandre davans
tape ie LE qui. nous efl commune avec toute l’Eglife,
» nous 2refflames à tous les Fidèles, nos Lertres du quatriéme
#-Apût, pour accorder une Indulgence Pléniére ,& la remilliog
» d£ roûs lespéchés, aux perfonnes de l’un où de l’autre fexe,
w qui, s'érant confeflées avec de véricables fenrimens de-péni:
»tençe, vifiseronr une Eglif des Religieux , ou des Religieur
» fes de.l'Ordre.de Saint Auguftin , dans le jour qui leur fera
» marqué par leur Evèque ; & y feront des Priéres, pour de-
“ mandeï 4 Dieu la paix entre les-Princes Chrétiens, l’extir
s'patiôn des: Héréfies; & l’Exaltation de la Sainte Eolife. Nous
°° n'écrivimes'le lendemain à l'Evêque de Pavie, pour louer fa
_,.. piété, & le zéle qu’il avoit montré en certe'occafion. Par ces
" » mêmes Lertres, nous défendimes abfolumént, & fous peine
» d'Excommunication , qui doit être encourue par le feul Faic,
» de féparer, de:prendre, ou d’emporter aucune partie defdites
:, Reliques. HR it RER nn -
:°%'Enfin , le vingt: huitième d'Août, jour confacré à hono-
» rer là mémoiré de Saint Auguftin , nous érânt rendus dans
» l'Eglife, qui porte fon Nom, nous y avons offért folemnelle-
» ment les faints Myftéres, en préfence, & avec l’afliftance de
»nos Vénérables Freres , les’ Cardinaux de la Sainte Eglife
» Romaine, les Patriarches , les Archevêques, & les Evèques.
9.Après le Sécrifice {nous avons chanté avec H même f6lem-
» nité, Je Cantique 7e Deum, en ligne de joye, & en action dè
# Graces: * RE à #4 M |
+. ss Mais pour nerien-omettre , de tœut-ce en quoi-le devoir dè
» notre fobficitäde Paftôvale peut cotitribuer , à la confervation,
» &'à:l& vénération désvReliques ide Saint Atpguitin ; ñotré
» intention eft d’éreindre entiérement, & de faire cefler, par
# ces préfentes ; TOUTE Difpuré’ & tout Procès Tur éet Article,
v Nous fupprimens.donc, &.nous aboliffons pour toujours tous
v'les Ecrits qui ont été faits pour excirer des doutes, ou qui
S'pourroieñt renouvéller lès copteftacions j &,.nous impofons
r. d ,
& . — CA 5.
*. DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 407
à tous un rigoureux filepce fur ce Sujet. Et afin qu'on ne «
puitle jamais prétendre revenir, contre üne Sentence Epifco. «
pale, qui a été portée felon tes plus fainces Loix de PEglife.;. «
comme le Pape Martin V, notre Prédéceffeur de pieufe mé- «
moire ,approuva autrefois , par fes Lettres Apoftoliques, la «
Tranflation des Reliques de Sainte Monique, qui furent por- «
tées de notre Ville d'Oftie, dans celle-ci, & ho à
Len fuivanc’cet ‘éxenple ; & pour exciter de plus en plus.la rs
dévorion des Fidéles envers Saint Augultin ) rendre plus con- «
Au, & plus célébre Je Jugement rendu par l’Evêque de Pavie: ce
c’eft pourquoi nous le ratifions, lapprouvons, le confirmons si
par notre Autorité Apoltolique ; & déclaroñs qu'il doit être «
à °. À
toujours regardé cornme für & itrévocable, ‘….
“ Dorné à Rome, À Saint Pierre, l'an: dé notre Seignèur . «
mil fept cens vingt-huit , lé dixiéme des Cälandes d'Octobre «
{22 , Septembre) la cinquiéme année de notre Ponti- «
ficat ». EE
"On à cru devoir rappoîtér de fuite toute cétré Affaire, qui
fait honneur à la Piété de Benoît XIIT : & il faut ajouter que
dans le même rems, qu'il afluroit la Vérité’, & le.Cuilre des
Reliques du Saïnt Doëteur de là Grace ; il né montroit pas
moins de zelé à répandre {1 Doétrine , & celle de S, Thomas,
le plus Fidéle, comme le plus célébre de toys les D'ifciples: de
Saint Auguftin. Quelques Univerfités: d'Italie fe diftinguérent
ar leur émulation à entrer dans les vûës du faint Pontife ÿ 8C
elle de Plaifance parut donner l'éxemple autawtres, -:-.
Cette Univerfité, fondée l'an 1143, &'dès lors enrichie des
lus beaux Privilèges par le Pape Innocent IV, avoit d’abord
choifi Sa'nt Jérôme pour fon Uniqué Patron. Daïis la fuite ele
ne fut pas des dernieres à embrafler ]ss, principes lumineux de
Saint Aupuftin, expliqués par Sainr Thomas. En 1 18 elle prit
folemneliement le Doéteur .Angélique pour. for fecond "Pro:
tecteur, fon Maître, & fon Guide; & voulut que RA&@e, qui
en fut dreffé , fut grave fur le Marbre en caraétére d’or. L’an
1727 le Prince Antoine Farnefe Duc de Plaifancé, & tous fes
Doëteurs , agirent par un même efprit , & avec le: mème. zéle.;
our déclarer par un Décret folemnel, que la Doérine de Saint
homas feroir deformais la Doctrine de cette Univerfité Le
Décrer, figné par le Doyen, & par.rous les Profeffeurs, fue
inferé dans les A@es de La Façulré, & envoyé au commen-
gement de 1728 à Benoît XIII, qui répondit par le Bref
fuivant.
4 *
LrvRrE
_XLVL.
Benoir XHIL
vos”
4
ans €
J'Eglife des Hermites de Saint Auguftin ; nous youlons auffi «
1,7 ru 16
PCR RE +
es...
LirvreE
XLVI
ES RES RS see
BENOIT XIE
Prenom momenmm orne ff)
ve XVIE
Bref à l’Univer.
fité de Plailance » :
touchant la Doce ….
trine de S. Tho-
mas.
Bullar, Ord. Tom.
VI » Pa. 6$je
id. p, #60,
XVIII,
Lettre du Rec-
teur de l’'Univerii-
té de Modene,
pour le mâme {u-
jet,
40# HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
A nos chers F ils, Le Doyen, Gr les Profeffeurs en Théologie dé
Sn | l'Univerfité de Plailance. |
Se,
Le LL E PA PE BEN oîr XIIL
«Vos chers Fils, Salut, @ Bénédiftion Apofoligue. |
» ‘»'Vous vez donné un illuftre témoignage de la fageffe de
Fos confcils, & de votre zéle pour là Propagation de la faine
3 Déôdrine ; lorfqu’en prenant l’Ange de l'Ecole, Saint Tho=
5 mas d'Aquin, pour Maître, & pour Guide, dans l'Etude des
# Sciences fainites, dont vous faites des Lecons, dans votre cé.
ÿ fébre Univerfité, vous avez réfolu tout d’une Voix, de diris
» ger toures les Etudes Théologiques, par cette régle füre ; &
dé'fortifier, par la'noufriture TE | D de fes Dogmes,
»# PEfbrit de ceux qui cherchent à fe remplir de connoïifflances
» folides. -Nous”he pouvons donc qu'applaudir à votre fage
» Réfolurion ; nous la louons ; & nous efpérons ; que, Fidéles
# à vos engagemen$, vous la remplirez de celle forte, que vous
# feréz attention ; qu'en prenant Saint Thomas pour votre glo-
#-rieux Pétron, vous ne vous çroirez pas moins obligés d’imiter
» la fainteré de fes Exernples, que de puifer dans fes Ecrits la
» lumière, & la ‘pureté de la Doctrine, &ç ». . :
-. Donné à Rome, fous l’Anñneau du Pêcheur, le 28 de Février
i728 la quatriéme anûée de notre Ponfificat. -. . ne :
L'Univerfité de Modenefuivie de près l’éxemple dé célle de
Plaifance. Nous avons les Lettres, que l'illuftre Barthelemi
Saffarini | Recteur de cette Faculté, & de la Congrégation de
Saint Charles, écrivit à fa Sainteté, en:ces termes : |
DE A D
D Tags SAINT Pre 0
- » Le Peré Jéah-Dominique Agnani, Doéteur de l'Ordre des
» Freres Prêcheuts, voulant donner une preuve éclatante de
» fon affection pour notre Univerfité de Modene, où il a long-
».tems'profeflé avéc réparation, s’eft'adreffé à vorré Sainreté,
» pour la fupplièr humblement, de vouloir bien confirmer,
» renouveller ; &,'aurant qu'il eft néceffaire, nous’accorder le
» droit, & le priviléce dé donner les Dégrés, à ceux qui, par
» leurs progrès dans l'Etude de la Théclogie. fe montreront
».dignes do cet honneur, Votré Sainteté à daigné répondre
4 RÉ Pot dia ME ae ee | » favorab ement
a ; F : :
+ # - + "je e-"". e +
D
t e CS
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. %05
favorablement à la demande; comme il paroît par le gracieux « Liver
refcrit, que ce Docteur a eû la bonté de m'envoyer , pour XLVI.
honorer en moi la qualité de Recteur de l’Univerfiré, & de « BENOIT XL
Ja Congrégation de Saint Charles. Je ne fçaurois affez expri- « CRE
mer la joye que j’en ai conçue , parce que je comprens quel «
avantage 1l doit en revenir à notre Faculté, & quelle nouvelle « |
vigueur cela peut donner aux Etudes, en excitant de plus en ce ir
plus l’'Émulation des Etudians. C'eft pourquoi, toute notre «
Congrégation n'étant pas moins perfuadée que moi, que les «
illuftres Difciples de Saint Thomas feront d’un grand orne- «
mént à cette Faculté, non-feulement par la foiidiré, & la «
fublimité de leur Doétrine,mais aufli par leur zéle à augmenter «
toujours la gloire, & la réputation de nos Ecoles; nous avons «
faic un Statut, ou Réglement ; pour que ce que nous faifions
déja , on continue toujours-à le faire, en puifant dans les «
Ecrits du Docteur Angélique, comme dans une fource pure «
& féconde, rout ce que nous devons enfeigner publiquement; «
puifqu'autant que la Dodrine de Saint Thomas eft fublime , «
& élevée ; autant eft-elle éloignée de tout foupçon d'erreur : «
Nous le difons avec aflurance , ayant pour garant l’oracle «
même de votre Sainteté. Après que, par vos Décrets Apofto- «
Tiques, vous avez diflipé les nuages, que l'envie avoit tenté «
de répandre fur cette Doctrine, elle brillera avec un plus «
grand éclat ; elle jettera de nouveaux rayons, particuliére- «
ment dans une de nos chaires, qui doit être perpétuellement «
occupée, par un Théologien Dominicain, ainfi qu’elle l’eft «
aujourd’hui, par le Sçavant Pere Paul Ricci, Profefleur «
public du même Ordre, &c. À Modenele X. d'Avril 1728 ».
BARTHELEMI SASSARINI.
” Ce que le Saint Pere venoit de-faire en faveur de l’Univer-
fité de Modene , n'avoit pas feulement rempli, mais encore
furpañlé l’atrenre de cette Faculté : aufi le Recteur Saffarini
avouoit-il, que fi les fentimens de reconnoiffance, qu'il s’effors
oit de marquer , étoient plus vifs, que fes expreflions; le
bienfait étoic au-deflus des a même. Cependant lincli.
nation de Benoît XIII à favorifer toujours les Etudes, & Îles
perfonnes qui s’attachoient plus particuliérement à la Doétrine
de Saïnt Thomas, le porta à confirmer fes premiéres Lettres,
par de nouvelles, que nous rapporteruns ici, parce qu'elles font
une réponfe à celle, dont on viens de parier. |
Tome VI, FFE
3
4
410 HISTOIRE PES HOMMES ILLUSTRES
| hrs A notre cher Fils Barthelemi Saffarini, Refteur de l'Univerfié
X L V L »
Benoîr XIIL
D
LE Pare BENoOîT XIITL.
" XIX. | :
. She » Aufitôt que l'humble ge Late de votre Univerlité nous 4
mu, *Cté préfentée par notre cher Fils, le Pere Jean-Dominique
” » Agnani de l'Ordre des Freres Prècheurs, nous avons facisfait
» à vos juftes défirs, pour qu’il ne vous reftat plus ni doute,
» ni fcrupule touchant les Dégrés, que vous avez déja conférés,
» où que vous pourriez ot je dans la fuice. Les mérites,
+ connus da Religieux , qui nous a porté vos vœux, & le zele
» fi louable de votre Faculté pour la Doëtrine Angélique de
» Saint Thomas, demandoient ce témoignage non équivoque
» de notre bonne volonté : & les Lettres refpectueufes que vous
» venez de nous écrire, en nous expofant les fentimens pleins
» de piété, & de reconnoiflance , de toute l’Univerfité , nous
» engagent à vous.donner une nouvelle preuve de notre bien.
» veillance. C'eft pourquoi, par ces préfences Lettres en forme
» de Bref ,nous reconnoiflons de nouveau la validité des Grades,
» que vous donñnerez à ceux de vos Etudians, qui fe trouveront
» dignes de les recevoir ; & nous déclarons qu'il n’y a point lieu
‘ » de les contefter. Mais, à proportion que vous êtes convaincu
» de notre inclination à favorifer toujours l’avancement des
» Etudes , & le progrès des Sciences, faites enforte, notre cher
» Fils, que la conduite de tous vos Collégues réponde pleine-
» ment à l'attente publique, & que leur amour pour la vertu ne
» foit pas moindre, que laffection , que nous leur portons : car
» les faveurs que nous accordons, doivent contribuer à répan-
» dre la faine Doctrine, & à faire fleurir de plus en plus les
» Etudes Eccléfiaftiques, &c. Donné à Rome... le 13 de Juin
9 1728 », |
_— * Si nous reprenons la fuite des actions de Benoît XIII, nous
Le S. Pere ré VErrons que fes graces ne tomboient point fur les feules Uni-
…. pand Les praces, verficés : les Familles, les Villes, les plus illuftres Prélats, les
Ordres Religieux, tout le Clergé Séculier, & Régulier y avoient
part.
XXI. * Dans le Confiftoire fecret du 30 Avril, fa Sainteté déclara
Dansle Confif- que les cinq Cardinaux, refervés in Petto, dans la Promotion
gouce du 30 Avril, À °! , is
du neuviéme Décembre 1726 , étoienr Monfieur Profper Lam-
bertini, Bolonois, Archevêque Titulaire de Théodofie , Evèe
(
7 DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE «rc
que d’Ancone, Secretaire de la Congrégation du Concile, &
Promoteur de la Foi: (aujourd'hui Pape, fous le Nom de Be.
noit XIV ) M. Marc-Antoine Anfdei, Archevèque Titulai.
re de Damierre, Evêque de Peroufe, & Aflefleur du faint Of.
ce : le Pere Grégoire Selleri, Dominicain , Maître du Sacré
_ Palais : M. Antoine Banchiéri, de Piftoye, Confulreur du faint
Office, Vice-Camerlingue, & Gouverneur de Rome : M. Char-
les Colligola de Spolette , Tréforier-Général de la Chambre
Apoftolique. Cette déclaration fut fuivie de la Création de
deux nouveaux Cardinaux ; fçavoir du Pere Vincent-Louis Gorti,
Bolonois, Doéteur, de l'Ordre de Saint Dominique, Parriar.
che élû de Jérufalem ; & du Pere Léandre Porzia, Originaire
du Frioul, Religieux Bénédi&in, de la Congrégation du Mont-
Caflin, &.Evêque de Bergame. Dans le même Confiftoire,
ainfi que dans ceux du quatriéme, & du dixiéme de May, le
Pape nomma à quelques Gouvernemens ; remplit plufieurs
Charges, tant Civiles qu'Eccléfiaftiques ; diftribua les Titres
aux nouveaux Cardinaux; accorda à quelques-uns une Penfion
de cent Ecus d’or par mois , fur les Revenus de la Chambre
Apofñtolique,; & fit remettre au Receveur de la Religion de
Livré
XLVIL
Benoiîr XIIE.
—_
f
XXII
Dans ceux du 4;
& du 10 de May.
Matte , un Bref par lequel il étoit ordonné aux Gounverneurs,
Officiers, & Magiftrats des Villes Maritimes de l’Etar Ecclé.
_fiaftique, d'y recevoir les Vaifleaux de la Religion , armés en
œourfe contre les Corfaires de Barbarie, & de leur fournir les
Provifions comme aux Vaifleaux de fa Sainteté.. n
Après avoir approuvé le Culte du Bienheureux Sérapion
Martyr, de l'Ordre de notre Dame de la Mercy, le Saint Pere
donna aux Religieux Réformés du même Ordre, une Eplife, &
une Paroifle dans la Ville de Rome { 1). 11 mit enfuite dans le
Catalogue des Bienheureux Martyrs, Jean de Prado, Efpagnol,
de l'Ordre des Freres Mineurs de lObfervance, & fit la folem-
nité de la Canonization de la Bienheureufe Marguerite de Cor.
tone , illuftre Pénirente du Tiers-Ordre de Saint Francois.
Sa Sainteté donn: en même tems le Titre , avec tous les
Droits, & Privilèges, de Cité, à la Ville de Ronciglioné , dans
la Province du Patrimoine , & à celle de Fabriano, dans la
Marche d’Ancone. Le Saint Pere érigea dans celle-ci une Eglife
XXIII.
Béatification , &
Canonization,
Arch. Firm, p. 104
Ibid.p. 104$
Cathédrale ; maïs Îl voulut que celie.là demeurat toujours
dépendante de l'Evêque de Surni ; eemme elle l'étoir auparavant,
Maïiæ de Mercede Redemprionis Captivo- | Mariæ in Monterone dedit, &c. Archi Firm.
(x) Ordini verd Ercalcesterum Beuag baat , Eccléhiam, unà cum Paræcia Sanæ
Fym , Qui proprio Templo in Vrbe in] pag. 102:
Fffi
Livre
XLVI.
Same re
Benoîr XIII.
mme
XXIV.
Générofié du
Saint Pere enve:s
le Chapitre de 5.
Pierre. |
XXV.
Reconnoiffance
de ce Chapitre.
g12 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
L’illuftre Archevèque de Ferme rapporte tous ces Faits, &
plufieurs autres, que nous omettons; ou que nous placerons
dans la fuice. Mais les Chanoïnes de la Bafilique de Saint Pierre
n’ont point voulu laifler à un autre , le foin de nous apprendre,
ce qu'ils devoient à la générofité de Benoïc XIII. Plufieurs mau-
vaifes Récolres, qui s’étoient fuivies les unes les autres, avoient
mis cet augufte Chapitre dans la néceflité d'emprunter de gran.
des fommes, & de payer par conféquent de gros intérêcs ; qui
ne pouvoient que diminuer confidérablement leurs Revenus or«
dinaires. Le Pape enfuctouché; il ne crut pas devoir permettre,
ue les Miniftres du Seigneur, deftinés à chanter continuellement
es louanges, & à donner à tous les autres, les premiers éxemples
de Piété, & de Religion, fuflent obligés de fe diftraire de leurs
faintes Fondions, pour s'occuper du temporel. Sans être folli-
cité que par la feule Charité, qui le rendoit attentif à tour,
Benoît XIII acquitta d’un feul coup toutes les dettes du Cha
pitre ; & par une Libéralicé fibien er, il mit les Chanoines
en état de vaquer , avec plus de liberté à trous les devoirs de
leur Miniftére. Le Chapitre ne fut Le infenfible à cette fa-
veur : mais pour rendre fa reconnoiffance beaucoup plus publi-
que, que ne l’étoir le bienfait recu, aprèsavoir fondé des Priéres,
& des Sacrifices, pour la Confèrvation du Saint Pape, ou pour
le repos de fon ame après fa mort, il vouluc en tranfmertre le
fouvenir à la poftérité, par cette magnifique Infcription, qui
fut gravée fur l’airain.
Baznwgorcro XILI Pont, Max, Unsino
Ordinis Prædicarorum ,
Qudd Benefcentiam
Nicolai IIX , aliorumque Gentilium fuorum
Erga Vaticanam Bafilicam æmulatus
Magnum Æs alienum ,
Ob renovatas per plures annos
Rei agrariæ calamitates, 5
A Menñ Capitulari contraétum ;,
Uno die Pontificii libéralitate
Diflolverit , |
Capitulum & Canonici
Aoniverfariis pro eo Sacris
In perpetuum conftitutis ,
Grati animi Monumentum pofuere ;
Anno Domini MDCCXXVIIL
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 4r3
- Sur la fin du mois de May, le Pape, dont le zéle ne fe
repoloit pas, fit tenir au Palais du Vatican, une Congrégation
atciculiére , âu fujer des Réparations qu’il étoit néceflaire de
Eire dans la plüpart des Eglifes Paroifliales de Rome. SaSainteté
examina avec Din le réfultat de ceçte Congrégation ; & réfolur
de faire mettre inceffamment la main à l'œuvre. Ayant. donné
enfuite des Ordres très-précis, foir pour faire arrêrer des Malfai-
teurs , qui mulriplioienc les Afaffinacs dans l'Etat Eccléfiaftique ;
foic pour interdire à fes Sujets, rout commerce avec les Ifles
de l’Archipel, où le mal contagieux faifoit des progrès éton-
nans, le Saint Pere alla pafler quelques jours à Monte-Mario,
pour s'y recueillir, & y prendre l'air, Ce fut pendant ce féjour,
que fa Sainceté apprit la more de fa Sœur, Marie Scholaftique
Orfini, Religieule de Saint Dominique , décédée depuis peu
_ dans le Monaftére de la Sapience, à Naples. Le Saint Pontife,
qui lui avoit été roujours plus uni par les liens de la Religion,
Livsarz
XLVI.
Benoîr XIIL
ns
X XVI.
Diverfes Occu-
pations de Sa
Sainteté, |
que par ceux du mn , fit pour elle beaucoup de Priéres, & de .
h
Pénitences ; & dans l’humble confiance, que le Seigneur avoit
écouté fes Vœux , pour avancer fon repos, il parut moins affli-
gé de cette Mort, qu’il ne fur édifié des fentimens du Cardinal
Gorti, qui arriva de Bologne à Monte- Mario, pour remercier.
fa Sainteté, qui l’avoit honoré de la Pourpre : ou plutôt, pour
répandre fon Cœur dans le fein d'un ancien Ami, & fe confoler
avec un Pere, de la-violence, qu’on lui avoit faire, pour lui
faire accepter cette éminente dignité. Nous en parlerons plus
diftin&ement dans la Vie de ce pieux, & fçavant Cardinal.
De retour à Rome, le 4 de Juin au matin , le Pape tint
Chapelle Pontificale, pour l’Anniverfaire de fon Couronnçement,
&t nomma le Pere Benoît Zoanelli Dominicain , à la Charge de
Maître du Sacré. Palais, pour remplacer le. Pere Selleri, déja
aggrégé au Sacré College. Pendant que plufeurs Généraux,
d'Ordre , & quelques Cardinaux faifoient célcbrer des Services
XXVII.
Autres œuvres
de Religion ,& de
Piété,
folemnels, pour le repos de l’'Ame.de Dona Scholaftique Orfini,
Je Saint Pere continuoit à édifier les Romains, par fes A&ions
ordinaires de, Piété.& de Religion. Il ft diftribuer de grandes
Aumônes à de pauvres familles, & aux Hôpiraux ; aflifta à la
Congrégarion des Rites, où l’on sage Béatification du Vé-
nérable Camille de Lollis, Fondateur des Peres de la Croixs
donna publiquement, dans l’Eglife de la Mineive, l'Habit de
Saint Dominique à cinq jeunes Piémontois ; & alla pofer la
premiére pierre de ia nouvelle Eglife de Saint CI Fe Dans ces
| Fffi
Û
m
214 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvre deux derniéres Cérémonies ; fa Sainteté fit à fon ordinaire, un
XLVI.
.BENoîr XIIT.
|
Archi. Fitm, pag.
30} F 110
XXVIIL.
Affaires de Sicile.
L'An 1719.
.
Difcours familiér, couchanc, & inftrudif. |
-Ces pieufés & fréquentes occupations n’empêchoient point
Bénoïit XIII, de porter plus loin les foins de la Sollicitude
Paftorale, pour afrmie , ou rétablir la paix, dans les Eglifes,
& parmi les peuples ; particuliérement dans les Royaumes de
Sicile, & de Pologne. Un Hiftorien ordinairement éxa& parle
fort fuccinrement de ces Affaires. Mais, il en dit affez, pour
faire fentir , que le Souverain Pontife, toujours conduit par un
Efprit de droiture, & d'équité, fçavoit ufer avec fagelle, tanrôc
de modération, & de condefcendance, pour terminer d’an-
ciennes Difputes ; tantôt de vigueur & de series à pour ne pas
fouffrir qu’on violat impunément, les Droits du Saint Siège, &
de fes Miniftres. | |
Ce qu’on : , daos le Royaume de Sicile, le Droit de
Légarion Apoltolique, par lequel les Magiftrats prennent beau-
coup de part aux Affaires Eccléfaftiques, avoir été uni l’efpace
de É x Siécles, & jufqu’à la mort du Roi Catholique Charles II, à
la dignité Royale. C’eft pour cela qu’on l’apelloit aufñ le droit de
Ja Monarchie, Mais dans le tems que le Duc de Savoye poflédoit
ce Royaume , en vertu du Traité de paix, conclu à Utreche
en 1713, les Miniftres de Sa Majefté parurent porter quelque-
_ fois cet ufage, ou privilège, au-delà de fes juftes bornes. Par là
ils donnérent occafion au Pape Clément XI, de révoquer , ou
d'abolir ce Droit de Légarion ; & de préfcrire une autre maniére
de traiter les Affaires Eccléfiaftiques. Cerre nouvelle méthode
ne je trouva pas toujours conforme aux Ufages du Pays, aux
Mœurs, & aux coutumes des Peuples. De là le mmécontenrement
des Efprits, les plaintes des Tribunaux, & la méfintelligence
entre le Sacerdoce & l’Empire. Les Efpagnols ayant depuis
conquis ée Royaume fur les Piémontois ; & l'Empereur Char-
les VI fur les y am ce Prince fit d’abord , & réïitéra dans
là fuite, fès plus fortes inftances auprès du Saint Siége, pour
le Rérablifleméent du Triburral dela Monarchie , oudu Droit de
Légation. Mais les mèmés inconvéniens , quiavoient donné led
À la Suppreflion, s’oppofoienc toujours au Rétabliffement. Be-
hoît XIII marcha d'abord für les traces de {es Prédéceffeurs : &
à leur éxembple H défendit aux Evèques de Sicile , de recon-
noître ce Tribunal. | |
Cepèndant l'expérience ne montra que trop, qu'en voulant
remédier à certains maux, on n'en éviroit point d'autres ; &
LS
DE L'ODRRE DE S. DOMINIQUE, 441$
7 la divifion , ou la méfintelligence entre Îles Condücteurs Livre
es peuples, éroit peut-être le plus grand de tous. Les nouvelles %Lwr.
Rédexions que fit là-deflus le zélé Pontife , le déterminérent à —
chercher le véritable moyen d'accorder tous les différends. On Benoît XIIL.
ne devoir point compter pour peu la fatisfation d’un puilfant
Prince, qui avoit rendu des fervices importans à la République
Chrétienne : & d’ailleurs le Rétabliffement de la tranquillité
Publique, dans tout un Royaume, fembloit attaché à celui d’un
anciènDroir ou Rrivilége;qui,aprèstout,n’étoit point inféparable
des Abus , dontconavoit jufte fujet de fe plaindre. Sur ces confidé.
rations, Benoît XIII pric les plus fages mefures, pour prévenir,
œuécarter les Abus ; & en rétabliffanc le Droit fi vivement folli-
cité ,il en marqua, en limita, on en modéra l'ufage, felon tou-
tes les Régles de la prudence, & de l’équité. Certe difpofition,
qui paroît dans fes Lettres Apofñtoliques du trentiéme Août
1728, fut fort agréable à l'Empereur, avantageufe aux peu-
ples, & utile aux Miniftres même de l’Eglife; dont on afluroit
par là la Tranquillité, & le Repos (1). Il eft vraï que le Saine
Pere ne rencontra pas de petites difficultés, dans l’éxécution
de fon deflein, Maisil n’ignoroit pas, que fi un de fes Prédé-
cefleurs avoit pû révoquer une grace, autrefois accordée par
les anciens Papes ; il pouvoit aufli Paccorder de nouveau: & il -
{çavoit, lorfqu'il étoit néceflaire, fe mettre au-deflus des plus
ægrands obftacles, par la patience, & la fermeté. |
La pratique de ces deux vertus lui fut néceffaire, pendant les
longs & facheux démêélés, qu'il y eût entre quelques Grands
| . à XXIX.
de Pologne, & le Nonce Apoftolique. Les mémoires n’expli- Et de Pologne.
quent pas RS , ni le fujet particulier des ces Conteftations, vide Archi, Firm
- qui allérent fort loin. Nous voyons feulement, que toute la F5 ""*
Prudence, & l'Habileté de Vincent Santini, Archevêque de
duxit , ut pacem & tranquillitatem in ea
Regno pepe firmaret, ficulorum etiam
commodis confuleret, Apoñftolicæ Legatio.
(1) Abrogaverat Clemens XI Legationis
Apoftolicæ jus, quod in Regno Siciliæ ultra
Pharum tamquam Repiæ Dignitati conjunc-
tum , ad obitum ufque Caroli II Hifpania-
rum , ac Utriufque Siciliæ Regis, fex fæcu-
Lorum deturfu viguerat, Caufa abrogationis
præfertim ea fuit, quod nonaulli hujus po-
æeftatis, Monarchiam vocant , adminiftri
Apoñtolicæ Legarionis exceflerant modum.
Propterea Clemens novam inierat viam
ac methodum caufas Ecclefafticas | in
Regno Siciliæ ultra Pharum, tranfigendi ;
Quæ tamen cum utentium moribus non fais
xeciperetur j & ex hac Apoñtolici pRLSe
qjaétari Sacerdotium & Imperium non reétè
-convenirent , Benediétus XIII non ab re efle
_
-
ac Univerfà Chriftianä Repub
nis jus Carolo VI in Romanorum Imperatos
rem Ele&to, Utriufque Siciliæ Regi , ac mul.
tis infignibus nominibus de Apaftolica Sede,
Éca optimè me-
rito ,in Regno Siciliæ ultra Pharum , fublaris
1brogationis caufis, permittere. Primô.enim
poteftatis ufum contrazit, & quæ olim nullis
ferè circumfepta Legibus, nullis inclufa fi
nibus agere videbatur, ad juris, & rationis
modum æquè ac fapienter revocavit , editis
Apoftolicis Litreris 111 Cal, Septembris ane
no 3728. Archi. Fir, pag. 103,104
416 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Ltrvyr-=æE Trébifonde ,. Nonce du Pape auprès du Roi de Pologne, n€
"XLVE. -purent empêcher, que le mécontentement de quelques. Parti
hdd -
‘BENO
ir Culiers:ne prévine contre lui, les Perfonnes les plus qualifices,
_& qui cenoient le premier Rang dans le Royaume. La Diette
.de Grodno, dans Île mois d'Oétobre 1726 , fit un Décret éga-.
Jement injurieux à la Perfonne du Nonce, & à fa Dignité. On
ne fe contenta pas depuis de confirmer la nouvelle Loi ; on y
ajouta encore cinq Articles, pour défendre fous les ur grièves
peines, à tous les Sujets de la République, de s’adreffer pour
aucune À ffaire au Tribunal de la Nonciature, ou de publier fes
_ Cenfures. L | .
Lorfque le Pape eut été inftruit de ce qui fe paffoit, il jugea
.que pour ramener des Hommes, jaloux de leur Liberté jufqu’à
l'excès, & qui confultoient moins ce qu'ils devoient, que ce
qu’ils pouvoient , il ne falloit pas employer d’abord l'autorité,
_& les ménaces. Plus les Efprits paroifloient échauffés, plus il
fut perfuadé, qu'il éroit de la Charité du Pere commun, d’ufer
envers eux de modération, & de fagefle ; leur laiffanc le rems, &
leur donnant le moyen de réfléchir fur leurs démarches. C’eft
fur ce plan que le Pape régla les fiennes, foit dans les Lettres,
qu'il écrivit au Roi, & à la République; foit dans les Inftructions
qu’il donna à l’Archevêque d’Icone, Camille Paulucci, qu'il fit
partir pour la Pologne, en qualité de Nonce extraordinaire (1).
Cette conduite‘de fa Sainteté eût en partie l'effet défiré : fes
Awvertifflemens firent impreflion fur l’Efprit du Roi Augufte, &
les Etats confentirent de fufpendre l'Exécution de leur Arrêt;
mais rien ne fut capable de les engager à le révoquer. Be-
noît XIIT travailloic cependant à faire révoquer ce qu'il regar.
doit comme injurieux à fon Autorité, & contraire à la Libérté
Eccléfiaftique, Ainfi après avoir attendu l’efpace de deux an-
nées, avec beaucoup de patience , il donna enfin un Décret
folemnel, pour condamner celui de Grodno, & caffer tout ce
‘qui avoir été fait, ou attenté, en conféquence. La Bulle eft du
2 Septembre 1728 (2).
| G? Verumtamen ex Polonia non levis Be-
‘nediéto moleftia. Vincentius Santinius, Ar-
chiepifcopus Trapezuntinus, Nuntius Apof-
golicus, quamvis ingenti, ac pru“entiæ lau-
de floreret , tamen apud Ordincs Kegni gra-
_viter offenderat ; atque inde faétum eft , ut
in Comitiis Grodnenfibus menfe Oobri
1726, novella Lex fanciretur, Nuntio, &
‘Jurifdiétioni Apoñtolicæ injuriofa , additis
“deinde menfe Novembri quingue articulis
quibus ne quis apud Nuntium Apoftolicum
caufam diceret, aut ejus cenfuras promul-
garet , atrocibus interjeétis pœnis caveba=
tur, Multa Bencdiétus egerat ad concilian»
dos animos, & propulfandam iojuriam , non
{oldm Litreris, & Officiis apud Regem', &
Rempublicam, fed etiam ablegato extra Or
dinem in Poloniam Camillo Paulutie Ar
chiepifcapo Iconii Nuntio Apoftolica, &c.
Archi. Firm. pag. 110. |
(2) Monita Pontificis pium Regis animuem
Ipermoverunt , ut Ordines à præfatæ levis
Cependant
:: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 417
.…. Cependanr la fancé du Saint Pere étroit bien altérée, par cette
Continuiré de Toins , & de fatigues : maïs il ne laifloit pas de join,
dre toujours aux plus grands travaux de fon Miniftére, les ri-
greurs d'une févére Pénitence. Son Corps affoibli, & déja épui-
, fembloit fuccomber , moins fous le poids des années, que
fous celui de fes Auftérités : & la vigueur de l'Efprit, la vivacité
du zéle, l’ardeur de la Charité, étoient toujours en lui les mê-
Mmes. Il cachoit aux autres, il auroit voulu fe diflimuler à lui-
même, tout ce qu'il fouffroic; parce qu’il aimoit à fouffrir, &
qu’il connoifloit le mérite des fouffrances. Ses maladies les plus
réelles ne pouvoient l'engager ni à adoucir la rigueur de fes
Jeûnes, ni à abréger le tems de fes Oraifons, ni à modérer le
LIrIvsaE
XLVL
Benotr XIIL
Dés ae mu ve cire nro, à
XXX.
La fanté du Pa.
pe s’affoiblit, &
fon travail ne di-
minue points
travail, convaincu que la Sainteté ne fe perfe“tionne, que par
la Pénitence, & la Priére, & réfolut de ne-ceffer de travailler
pour l’Eglife, & pour le prochain, qu'en ceffant de vivre. On
ourroit dire, avec quelque proportion, de ce digne Succefleur
de Saint Pierre, ce qu’un Pere de l’Eglife Grecque à dit de
Saint Paul: « Qui pourroit retracer ici cette activité de zéle,
qui le rendoit attentif à tout, cette Sollicitude , où il étoic «
pour toutes les Eglifes du monde; cette tendreffe compatiffanre «
ee tous les maux des Hommes; cette Charité ardente , qui «i
J'engageoit à tout fouffrir pour eux, & à porter fans cefle du «
XXXHI
Paroles de Saint
Gregoie de Na-
zian2e.
Difc. fur le Saces
doce,
Secours À tous ? Que quelqu'un fut dans l’affiétion, Paul étoit
Jui-même pénétré de douleur : que quelqu'un eût fuccombé « ”
fous l'effort de la tentation, Paul touché de fa chûte, & em- «
brafé du zéle de fon Salut, n’oublioit rien pour le relever. «
Quant aux peines, qu’il fe donnoit pour l'inftruction de tous, «
elles font inexprima les. Confommeé dans l'art de traicer les «_
maladies Spirituelles, il fçavoit s'accommoder au génie, & «
au caraétére de tous, & appliquer différens remédes à tous «
leurs maux. Tantôct il ne montroit aux uns, que douceur, & «
que tendrefle ;, & rantôc il employoit à l'égard des autres la «
rigueur , & la févérité. Perfuadé qu'il yenavoit, qu’une molle «
complaifance n’auroit fait que rendre plus lâche, ou qu’une «
exceflive dureté auroit pd rebuter, il avoit foin de fe propor- «
tionner aux befoins de rous; & fa conduire éroit douce & «
{£vére, rout enfemble ».
. Telgft Le Portrait, que Saint Grégoire de Nazianze faifoie
exccurione temperarent , non tamen ut a@a [& præclarä edirâ Confiirut'one xxv Septems
tefcinäderent ; quapropter Beneditus, ne |kris, novellam Legem damnavie, & que
sas décrimenti-quidquem asfipgrens, gravi © 2 1 ©. .. =.
Ten VI, de | Ggg
olica Auétoritas, & Ecclefaftics Liber- lindè afta fucrant, sbolevit. JBid. pag. 111.
LIvRrE
XLVI.
Benoîr XIII.
CREER EME TE SRE EE
XXXII.
Etendue de fa
Sollicicude,
.
418 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
du Do‘teur des Nations : & il ne feroit pas facile de choife
des traits plus reffemblans, pour repréfenter notre Pontife, &
caractérifer fon Miniftere , foit pendant lon long Epifcopar,
ou depuis qu'il écoit aflis {ur la Chaire de Saïnt Pierré; foit dans
la vigueur de fon âge , ou dans fes dernières années. Devenu
Pafteur , & Chef de tous les Pafteurs , par la vocation cé-
lefte, toutes fes actions furent la pr qu'il ne crut jamais,
qu'il lui fut permis de vivre pour lui même, mais pour Dieu,
pour l’Eglife, pourles F'deles. Auih infenfiblei fes propres inte-
rêts, que zélé pour ceux de Jesus-CHrisT,& du Troupeau
qui lui étoit confié, il né mefura poinre le travail à fes forces,
mais à fes Devoirs, & aux befoins de ceux, dont il vouloir pro-
curer le Salut. Souvent plus-malade , que les Infirmes, qu'il
alloit Vifiter, & confoler dans les Hôpiraux ; la nourriture,
sr fe refufoit à lui même par un efprit de mortification , il la
iftribuoit par Charité, à ceux qu’il fçavoit dans la néceffité.
Peu content de fournir aux Poules de fages Conduéteurs, par
une attention conrinuelle à remplir les Eglifes, & les Diocèfes,
de Miniftres éprouvés, il continuoit à rompre lui.même le pain
de la parole, & dans la plus haute Dignité, il ne négligeoit pas
les moindres fonctions £ Sacré Miniftére. De la même main,
qu'il créoit des Cardinaux , & confacroit des Evêques, il lavoic
les piés aux Pauvres dans les Hôpitaux , les fervoit à Table; &
adminiftroit les derniers Sacremens aux Malades. Après avoir
donné Audience aux Princes, ou à leurs Miniftres, fa Sainreré
ne la refufoit point à l’Artifan, & au Laboureur. On vit même
plus d’une fois, que les Pauvres étoient ceux qu'elle recevoic
plus rromptemert, & plus favorablement. .
Au milieu de cette multitude d'Affaires, dont un Souverain
Pontife {e trouve continuellement comme affiégé, & prefqu’ac.
cablé , Benoît XHII prenoit réguliérement connoiflance de
celles, qui regardoient la Province de Bénévent, & ce Diocéfe
en particulier, comme s’il n’eurété chargé que de celles là. Dès
le moîïs de Juin , il avoit envoyé fur les Lieux, un Eccléfiaftique
d: confiance , pour y expédier des Lettres Circulaires aux Evê-
ques, & aux Abbés de la Province, afin qu’ils euffent à s’affem-
b'er, dans la Ville de Bénévent , au mois d'O&tobre prochain,
pour la tenue d’un Concile Provincial , auquel le Saint Pere
vouloit préfider. Le mauvais état de fa fanté, l’obligea depuis À
remettre à un autre rems, ce Voyage, qu'il jugoit nécéffaire au
Bien général de la Province. Mais, malgré cet état d’infirmité,
& de fouffrance, où il fut les quatre ou cinq derniers mois de
= ES ES D LS Em
EE - SR ES ue 8
sde
LT 3
en Fu C-
Apoftolique.
. Jofeph Acceramboni , nütifdu Diocéfe de
_ DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. #4i |
Fannée, il agit toujours à Rome , comme il auroit pâ faire dans | y R.#
une meilleure fanté. Il continua à fe trouver à l'Examen des Ypvyr".
Evêques, tint fes Confiftoire ordinaires ; remplit plufieurs Bé- |
néfices ; créa deux nouveaux Cardinaux (*); fit plufieurs Libé.
ralités à divers Prélats, & des remifes confidérables à quelques
Fermiers , qui n’auroient pû que difficilement acquitter les
grofles fommes, dont ils fe trouvoient redevables à la Chambre
.
Benoîr XII
»
Tandis que le Vicaire de Jesus-CHrisr négligeoic fd er
ropre re ou qu’il la facrifioit au bien public, il faifoit faire priéres pout la
es Priéres publiques, pour Ie Rétabliflement de celle du Roi Santé du Ro. .
très-Chrétien. 11 fe trouva lui-même le 16 de Novembre, à
celles qu’on faifoit dans l'Eglife. de Saint Louis ; où il avoit’
voulu. qu'on expofât le Saint Sacrement. La piété du Pontife:
ne fervit. pas peu à exciter la ferveur des Fidéles, & on re-
marque, que peu de jours après on reçut à Rome l’agréable
nouvelle de la Convalefcence de Sa Majefté.
: Nous ne parlerons pas de différentes Congrégations, que fa.
Sainteté faifoit tenir en-même tems ; tantôt pour délibérer fur:
l'éfac préfent du: Chriftianifme dans l’Empiré de la-Chine ; &
fur les mefures, qu’il: falloit prendre pour ‘favorifer le progrès:
dès Miffions, & la converfion des Infidéles : tantôt pour régler:
tout ce qui devoit précéder la Béatification folemnelle de quel.:
ques. faints' Perfounages, & la Canonization de Saint Jean
Nepomuæn® autrefois Chanoine de Prague : fouvent pour éxa-:
minér, & décider diverfes Affaires , Civiles, ou Eccléfiaftiques; .
fur lefquelles on attendoit le Jugement de fa Sainteté..
Ee Cardinal Archevêque de Naples informa le Pape, d’un
évenement fort fingulier , qui venoit de fe pafler dans cette Ville
Royale. Les Peres de lOratoire, apellés les Religieux dé Saint .: yyxry.
Jérôme, avoient une Mailon, & un terrain contigu à l'Hôpital Encreprifes da’
des Incurables : comme ce terrain étoit fort à 1 Dentianes de ne ne ds
l'Hôpital, les Religieufes Hofpitalieres avoient prié les Poflef.
feurs de le leur vendre ; & ne l'ayant pû obtenir, elles s'étoient
déterminées à s’en emparer par voye de fait. La nuit du 4 au $
de Novembre , elles firent enfoncer les portes du Couvent de
Saint: Jérôme, & chaffer les Religieux de leurs Cellules, & de :
tœit l'intérieur de la Maïfon , fans leur permettre de rien em-
porter. Le lendemain, pour confommer l’Affaire , elles firent
: »
*) Pièrre-Louis Carafe Napolitain , &]Spolerte, honorés de [a Pourpre le 10 Seps :
témbre 171287 DÉS ORALE.
Gggi
_ 410 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
* Lrvaz murerles portes du Couvent de Saint Jérôme, & le déclarérent
XLVI uni à leur Monaftére. .
Brno xnr Quelque violent, & irrégulier que fut ce procédé ;'il ne fe
mms TOUVA que trop de perfonnes , qui entreprirent de le juftifier,
& de l’appuyer. Le zéle, que quelques-uns firent paroïître dans
cette occafion, donna lieu de foupconner, qu'ilsavoient confeillé
en fecret, ce qu'ils ne craignoient pas d'approuver, & de louer
en public. L’Official même, à qui les Religieux de Saint Jérôme
avoient d’abord porté leurs plaintes, & dernandé Juftice, n’ofa
rien prononcer, avant que d'avoir communiqué lAffaire au
Pape, & reçu fes Odres. Il ne faut pas douter , que les Défen-
feur des Religieufes, & de la caufe de l'Hôpital, n’ayent fait
en même tems leursdiligences, pour tâcher de prévenir fa Sainte-
té, & de lui faire regarder le zéle des Hofpitaliéres, comme
digne de louange, ou au moins comme bien excufable ; puif-
qu'elles ne paroïfloient avoir agi, que pour un objet, lié en
Xxxxv. quelque maniére avec le bien public. Mais, le Saint Pere n’en
Réprimée jugea pas de même, parce que pour na og la Charité, il ne
faut pas commencer par violer la Juftice, & méprifer les Loix.
Sa Sainteté donna donc un Bref, pour faire rentrer les Reli-
ee de Saint Jérôme dans leur bien, & pour cenfurer la con-
uite des Hofpitaliéres, comme elle le méritoit. Celles, qui
avoient eû plus de part à l’entreprife, furent dépofées de leurs
charges , déclarées incapables d’en pofféder jamais aucune dans
leur Monaftére; & la plüpart des autres condamnées à diverfes
pénirences, à des priéres, à des jeünes, & , ce qui étoit plus dur,
au filence.
xxxvi. Sa Sainteté donnoit en même tems des ordres plus févéres,
Qeiouveaux or & non moins néceflaires, pour faire châtier les Auteurs d'un
nie, 8 autertes tumulte excité depuis peu de jours à Albano; & pour en préve-
Fadicux, nir de femblables , en arrêtant par Ja crainte du fupplice la
lécéreté d’un peuple inconfidéré, aufi peu attentif à fes vérita-
bles intérêts, qu’à fes premiers devoirs. Ce n’avoit été que pour
empêcher les vols, les Mn & les meurtres trop 'fré-
quens ; par conféquent , pour aflurer jes biens, & la vie: des
Citoyens , le repos, & la tranquillité des peuples, que le Pape
avoit reftreint les Fos de certains Lieux ; dont des Hom-
mes fcélérats, après avoir enfoncé le poignard dans le fein de
_ leurs Ennemis, fe fervoient comme d’autant d’afyles, contre
les pourfuites de la Juftice. Devenus toujours plus hardis par
l'impunité, ils ne fortoient quelquefois de leur refuge, que pour :
4
"JDE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 4:17 |
“ontinuer à répandre le fang , &'ajouter de nouveaux crimes. y; je
aux premiers. Nous avons vu ce que :Benot'XIIF, pour faire X LVI..
ceffer un Abus auf préjudiciable au public; que contfaire au,
bon Gouvernement, avoit jugé'à prop6$ d'ordonner. Cepen- Benoîr XIE
dant il arrivoit quelquefois, que dans l’éxécution de ces ordres, 7
des Miniftres de la Juftice étoient infultés, nn s , Ou atta-
qués par uñe’vile populace. Tel avoit été le fujet du tumulte
calé dans la petite Ville d'Albano. Pluwfieurs Soldats ÿ furenc'
bleffés, leur Officier tué ; & les fuices eh auroient été encore
plus facheufes, fi le Gouverneur n’avoit ufé autañt.de prudence,
que de fermeté, pour appaifer la Sédition. Malgré le penchant
naturel du Pape à la clémence, & à la -douceür, il ne crut pas
devoir diflimuler cette efpéce de Révolre nila laifer impunies
perfuadé, qu'il eft des occafions, où la clémence même veut
— châtie quelques coupables, pourempêcher plufieurs autres’
e le devenir. : LE RS
_Ce n'étoit pas au refte fans une vive douleur, que le pieux:
Pontife voyoit lés maux fpirituels & éemporéls #' maltiolier XXXVIL.
parmi ceux , dont le faluc lui tenoit tant au Cœur, & qu'ilauroit’ Réféxions , &
voulu pouvoir préfenter au Souverain Pafteur des Ames, com- me
me un peuple faine, fanctifié par toutes fortes de bonnes œuvres. défordres publics,
Les réflexions, qui fe préfentoient à fon Efprit fur les malheu-
reufes productions d’une cupidité effrénée , &'prefque générale,
_ ©a rembpliffañct fon Cœur d'amertame, lui failoienr épou rla
vériré de ce qu’aditS. Gregoire de Nazianze, que « de même «6 ” pire, fur Je Sacess
que le ver ronge le vêtement, & la pourriture le bois, de même «
auffi la triftefle ronge le cœur de l'Homme, qui eft chargé du &.
poids du divin Miniftére; pour peu qu’il foit capable de fen- « :
tir les obligations , qu’il impofe ». Benoît XIII les connoifloie :
bien ces obligations, il les fentoit, il les redoutoit : & quoique ‘
continuellement attentif à les remplir avèc cout le zéle ; donc
ikétoit animé, il ne laifloit poirnit de craindré toujours Je compte : : ;
terrible, que 7 se à ceux , à qui il a confié le foin
& la conduite de fes Brebis. Il le craïgnoit ce compte Jévére,
jufqu’à pouvoir dire, avec le Saint Docteur ;‘dont nous venons”
de rapporter les paroles : « Occuüpé joùt 8&-nuir dé:ces eriftés * nié
& défolantes Eee une mortelle frayeur s'empare de tout « : :
moi-même ; elle me pénétré jufqués dans l’intérieur ; & dans” 7 *
4 moëlle des os; mes chairs en font confumées ; je me fens «
lé courage abbatu , la iangue liée , l'Efprit & le Cœur re- «
grécis 5,7 2, La NN
Mais certe lreligieufe frayeur (qui condamnera un jour la :
| Gssi
422 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liver z faufle fécurité de ceux , qui moins vertueux , auront été plus
XLVT.: intrépides ) n'empêchoit pas., que le Saint Pape ne continuât.
Benoir XL (OUjours à veiller, à travailler, & à efpérer. Il veilloit fans-fe
laffer, fur toutes les parties du Troupeau, comme chargé de
- paître les Agneaux, & les Brebis. Il travailloit, comme fi de
2 travail, & de fa follicitude avoit dépendu le Salut de tous :
& il ne mettoit l’efpérance du fuçcès, que dans le puiflanc fe-.
cours de celui, qui, en prdonnant à fes Miniftres de planter,
& d'arrofer., s’eft réfervé à lui feul , de donner la Bénédi@ion à;
* leurs travaux, & l’accroiflement à ce qu'ils auront femé. Voilà:
uelles étoient les Maximes, & quelle fut la Pratique conftante.
d'un Pape, qui dans ces derniers tems, a vécu comme on vivoic:
dans les plus beaux Siécles de l'Eglife. De W:ces vives Exhorta-
tions ,-ces Lettres Apoftoliques, ces puiffans Exemples , qu'il.
employoit comme autant de moyens, pour infpirer à tous les,
autres Pafteurs, le même zéle du Salut des Ames, dont il écoic.
lui-même dévoré. |
_ On a fouvent parlé de fes fréquentes Ordinarions, & Confé-
« {7} crations d'Evêques. Nous aurions eû bien d'auttes: occafons:
d'en parler; & ces.occafions fe préfenteront encore plus d’une:
7 7° 7 “fois, Maïjs, il fauc ajouter ici, que fi le Saint Pere, à l'éxemple:
| des. Apôtres, fe préparoit toujours à ces redoutables Fonétions,.
par le jeûne, & la priére ; il ne manquoit pas auf de repréfen-.
ter fortement, à tous ceux , à qui il aHoït impofer les mains,
.… .,, quelléétoir la Sainreré du.Miniftére, auquel'ils étoient apellés,,.
| & l’êrendue des Devoirs qui y étoient attaché.;'quelle par con-;
féquent devoir être, & la pureté de leursintentions en yentrant,.
& leur follicitude. dans la fuite, pour remplir les faïnts enga-
| ro , qu'ils contractoient avec le Seigneur, &. envers fon.
1e. ———— FR DT PE hi 5
Si c'étoit là la riche matiére de fes Difcours ; d'autant plus
XXX VIT. animés & plus couchans, que fa bouche ne parloit quede l’abon-:
des Pafteurs, par dance du Cœur ; c'étoitaufh le fujet le plus ordinaire des Lettres,
fes Lettres, fes qu'il eût occafion d'adreffer à différens Prélats : aux uns pour.
Do re Pa dputes., ou les confoler dans leurs peines;-&'aux :
.. autres, poyr animer leur, zéle, & exciter leur pieté-, en leur.
_ repetant les. paroles , de Saint Paul à fon Difciple Timochée : :
B Tin.1,& « Je vous.avertis.de rallumer le feu de la-Grace de Dieu ; qui -
» eft en vous. & que vous avez reçuë par l’impofirion de mes
» mains », Quant aux Miniftres , & aux Pafteurs du fecond
Ordre, employés dans les Eglifes de Rome, le Saint Pere les.
aflemblois quelquefois:, pour-les éxhotret d-redoublerisur vigi.
+
”. aprèsune longue fuire d'autres travaux : Apoftoliques, qui L'a«
.{ DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE: : 4is |
. fance, & leuréxaditude dans l'éxercice de teur Miniftére.' Nous Li vR 5
‘âvons vâ qu'il faifoit lui-même de rems.en térns la Vilite dé XLVI,.
leurs Eglifés , pour vois fi toùt nr HS Lorfque de gear XMÉ
trop grandes occupatiotis ne lui permettéien point de TRnidré ‘ent
fes Viites auf fréquentes, qu'il:le jugeoic réceffaîre il y fap-
pléoir quelquefois par le Miniftére d'un Cardinal ; ou de quel-
que Prelat de confiance ; qu'il chargeoit d'éxaminer toutes
chofes, &-de lui rendre compte. : : *" ":." """" ::
7 Maïs, rien ne pouvoit être plus propre à édifierles peuples, +zxrx
& à excirer une {ainte Emulation dans rot Te-Clergé , pour Et par fes Exen$ -
fäire revivre l’ancienne ferveur des premiers Chrériens, que les |
ce qu'on voyoit faire rous les jours celui, quin’étoit pas moins
vérirablement le modéle, que le Chef du Troupeau de J ES U,Se |
CHrisr. Tous fes momens étoienc remplis d'actions de piété;
. Tous les jours écoient marqués par quelque grand éxemple, On ‘:
ne dit pas tout , en afluranc qu’il faifoit toujours fuccéder un |
travail utile à de ferventes Priéres; on peut ajoûter, qu’en
priant fans cefle, il ne cefloir point de travailler. On ne fçau-
roit s’en former une autre idée , en lifant les Ecrits de ceux,
qui avoient entrepris de faire le Journal de fa Vie. Mais, quoi-
que ces Mémoires foient auffi riches, qu’édifians, nous.ne les
tranfcrirons point, parce que trop d'uniforroiré dans les a@tions;
& dans le récit, en rendroit la leture moins agréable. N’omet-
tons point cependant un trait, où on ne recannoit guéres ut
malade, & un Hommie qui finifloit fa quatre-viigtiéme annnée:
c'eft l’Archevêque de Ferme, quinoas apprend x Benoît XII]
1 Rrieshel, dl
voient faintement occupé tout letems de l’Avent,& quis’éroient
bien multipliés à l'approche des Fêres de la Nativité de notre
Seigneur, paffa la nuit enticre du 24 au 2 $ de Décembre, dans
J'éxercice non interrompu des fonétions Sacrées. Ce qu'il coni
t'nua avec la même ferveur les trois jours fuivans, d’abord dans :
Jà Bafilique de Saïnt Pierre; & enfuice danscellé de Latran; où -
confacra plufieurs Aurels', & une nouvelle Chapelle ,qu'ilavoie:. : . :
fait conftruire en l'honneur de la Sainte Vierge , de Saint Domi :
nique, & de Saint Philippedé Nérf. - ‘ * * <:°. nn
Ce futauffi dans la même Eglife Patriarchale, que Benoît XIIT xp:
voulut terminer l’arinéé 1728 , par la géhération fpirituelle Baptème de pl
de toute une Famille Juive, compofée de fix Perfonnes, y fieurs Juif,
.€ompris le Pere, & la Mere, qui.recurent le même jour le
Baprême de la main.de fa Sainteté, comme c’étoit par fes cha
zitables attentions, qu'ils avoienc été inftruits avec foin, &
4i4 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvauz long-temséprouvés. Je dis, éprouvés; car quelque ardent qué
XLVIE faclezéle dy Souverain Pontife, pour attirer tout le monde 4
BENOÏT ri, Le connoiflance, & à l'Amour de J ESUS-CHRIST; il ne rece-
éme” VOit pas d’abord dans la fociété des Eidéles, rous ceux qui de-
xLcr mandoient d'y être admis. Il éxaminoit auparavant, & il faifoit
= Sa Sainteré les éxaminer à loifir, la folidité de leur Vocation, & la pureté de
éprouve long- Jeurs motifs; très-perfuadé d’une part, que la légéreté, l'in-
jemps. <QUFS MOIS; LTes-perIuadc qune Part, qu ge , 110
conftance, l’hypocrifie , la cupidité, ou la flateufe efpérance
__..…. de trouver une meilleure fortune, dans le changement de Reli-
. {ue + gion, pouvoient influer dans les démarches de rs rats
ou . & convaincu de l’autre, que ce n’eft pas quelque chofe de grand
de faire des Chrétiens, fi on ne fait de véritables, & de bons
Chrétiens. Il ne vouloir donc ni expofer, par trop de précipita-
tion:, nos auguftes Myftéres à être profanés ; ni s’expofer lui-
wix,x Même à mériter ce reproche. d’un Prophète : Joss auex malsi-
plie le Peuple, @ vous n'avex point augmenté la joye. |
: Lorfqu'après les éxamens , & les délais convenables , les
nouveaux convertis avolent été purifiés par les eaux falutaires
du Baptême, le fage Pafteur ne les laifoit pas auflitôt à eux-
mêmes , en les perdant de vûë. Sa Pratique étoit au contraire
de les confier à des perfonnes fages, & d’une vertu connue,
chargées particuliérement de continuer à les inftruire , à Les for-
mer felon l’efprit du Chriftianifme , d'éclairer leurs a@ions,
Jeurs habitudes, leur conduite, & d’informer de rtems en tems
fa Sainteré, de leur perfévérance, & de leur progrès dans. la
.…,..… piété, ou de leur relächement : & c’étoit fur ces nouvelles aflu,
| .- jances, que le Pape régloit lui-même la maniére, dont il devoit
agir envers ces Néophites, Il ne vouloit pas fur-tout qu'on fe
rendit trop facile, à les recevoir dans le Clergé , ou dans les
Maifons Religieufes. C'eft ce que l’on va voir par le Bref fui.
vants ; | - .
AU ne À more cher Fils Times Ripel, Matir Général de l'Ordre des
Benoît XIIL FR AE | Eu Te TRS Re se | |
roi RE PA PE B Exo' Tr XIIL ,
et. 2. Notrécher Fils, Salas, Ge Bénédiflion Apofolique. ©
(
. ® Si nous-éemployons nos foins à maintenir la Difcipline des.
»,Orires Réguliers, nous devons plus particul'érem 2nt donner
v.nos -attencions.à ce qui intérefle la Famille du Bierheureux
PE RE UE Détriarche
©: DE L'ORDRÉ DE $. DOMINTQUE.: 425
Patriarche Sainc Dominique ;: puifque c’eft dans fon Ordre, & Livre
" “qu'avec le Secours de Dieu ;nous nous fommes mis en état des %f: VI
pourvoir plusefficaçement aux befaqins des autres, Confidérant « ETS IC
. donc que notre Ordre des Freres Prêcheurs pourroic être & ag
expofé à de grands inconvéniens, fi on y recevoit avec trop &«
“de facilité, ou trop peu de précaution, ceux, ou celles, qui, & ‘.
avant leur vocation à la Foi, fe font trouvés engagés dans les D
Superftitions des Juifs, ou de Mahomet; nous nous fommesie *
déterminés, denotre propre mouvement, & fcignce certaine, «
après une mûre délibération, à défendre, comme nous dé- 66 :
fendons expreflément, qu'aucun de ces nouveaux Convertis «@ * 7":
‘foit recu à l’avenir dans quelqu'un de vos Couvens, ni au- «
cune de ces nouvelles Converties, dans quelque Monaftére «
‘des Religieufes foumifes à l'Ordre, nienfin dans les Congré- «
garions des Sœurs du Tiers-Ordre ,ou de la Pénitence. Non- «
feulement: noùs défendons qu’en les reçoive à l’'Habit, mais.«
aufli qu'on les admerte fous à Titre , ou prétexte que «
ce puifle être, d'Education, d’Inftruétion , de Penfion ; fi au- «
péravant on n’a çbrenu une Permiflion, exprefle, de vous, «
ou des Généraux vos Succefleurs, ou de. leurs. Vicaires :, &c. cs
Nhous enjoisnons très. écroicement à tous ces Supérieurs de ne «
jamais accorder cette Permifion, q'après avoir bien éxami- «
ne, & pefé les Raifons, qui la font demander, & qui:peuvent &
gngager à l’accorder. Que s’il arrivoit à l'avenir, que quel- «
qu'une de ces perfoñnes ,'dônt nous parlons, fut.reçue. dans «
FOrdre, fans que lé Supérieur Général, en eût donné k Pert à
mifion, nous-voulons quetput.ce qui aura été fait, foit regar. «ç
dé comme non fait : nous déclarons, qu’une telle réception , &
prife d'Habit ,'ou de Voile, ouunetelleProfeflion,eftentiére- «
ment nulle; & nous l'ordommons ainfi » fans, qu'il foit jamais ce
permis à quelque Communauté, Couvent, Mogalére, ou «
Congrégation, dans l'Italie ,;ou hors de l’'Iralie, de:mettre ss,
quelque exception à ce préfént. Décret; que.nous-vous char- &
geons de communiquer, & de faire intimer À tous les Supé- cs
rieurs. Nous dérogeons-aufli par ces préfentes Lectres-ä tout «
ce qui poufroit y être con craire, &'en (22) Ëcher l'effér, renant cs
pour fuffifamment exprimé eour ce qui doit l'être, & fuppléant «,
par notre fuprème Aucorité, à coute:aurre formälité, Nous «
regarderons au refte les remoignages, que’ñous,voüs dénnpns', «°
de nos attentions, & de notre ER comme bien «,
jecompeniés ; fi, par vos prieres, & celles d’un Ordre qui w
Tome VL. dde" y. :
CREER RE Re ee eu à de
mr +
EE le O0 e-t menace
ur6 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvrs »snouseft particuliérement cher, vous nous obtenez du Ciel le
XLVI » Secours, dont nous avons befoin, &c. Donné à Rome... le
——— » 20 de Décembre 1728. La cinquiéme année de notre Pon-
Benoir XIe. ee one |
mms Ÿ tifiCAt »: : | -
xt On voit par le contenu de ces Lettres, quel étoit le zéle
Pourquoi Benoit de Benoît X1IL, pour la mé de fon Inftitut. On peut auf
x Pare en inférer qu'il faifoit pafler par diverfes épreuves , eux qui
LE US äbandonnoient la Synagogue, ou la See impure de Mahomet,
veaux Convertis, pour entrer dans l’Eglife Chrétienne par le Baptème : & néan-
gas Clé ou moins après leur avoir accordé certe grace, le Saint Pere vou-
Beligieufes. loit qu'ils fuffent encore long-tems éprouvés, s'ils demandoient
d’être admis au nombre des faints Miniftres, ou des Vierges
confacrées à Jzsus-CHR1ST. Il craignoit fans doute ; que la
converfation des perfonnes, qui avoient paflé leurs jeunes an.
nées dans l’Infideliré ne fut-nuifible aux autres; & que leur
commerce ne dévint contagieux , fi leur Converfion n’étoit pas
affez folide, ou s’il leur reftoit encore quelque chofe des vieilles
Superftitions, dont la naiflance, & la première éducation leur
avoient comme rempli l’Efprie, & le Cœur. Peut-être en avoit-
on fait quelque trifte expérience, qui avoit porté fa Saïnteté , à
préndre, & à prefcrire lés plus éxactes précautions : c'eft ce que
nousignorons, Nous fçavons feulement, que l'Ordre mêmedes,
Dominique , dans'les Siécles précédens, s'éroit plus d'une fois
enrichi des we Pa de la Synagogue ; par la réception de
quelques excellens Sujets.
” Il neft pas néceflaire d'avertir , quele Bref Apoftolique, qu’on
Vient de rapporter, & que le Général des FF. Prècheurs envoya
incéflamment à ous les Provinciaux, pour qu'ils le communi.
quaflenc à tousles Supérieurs & Supérieures des Maïfons (*), ne
fegarde, ni les Enfins des noûveaux Convertis, ni les Mo-
naftéres des Religieufes , qui font foumifes à POrdinaire; puif-
que fa Sainteté n’y parle que des perfonnes, qui auroient fait
autrefois profeflion du Judaifme, où du Mahométifme ; & que
=. (*) Lorfque Le Révérend Pere Général is- ftaque nos ; ei qua par eft follicitudine, in
_. ce Bref, par [s Lettre C ireulaire du 11 | denunciandis præinfertis Litteris, ejufdem
écembre, il en ordonna l'exécution, [ous |SS. D. N. mandatis obtemperamus, omni-
peine de Pépofition ; peur tous les S'upérieurs',| bus Prioribus Conventuum , nec non Mo-
où Supérieures | qui eferaient y contrevenir : | nafteriorum , feu Collegiorum Prioriflis nofe
Quanro ardeat zelo SS. D. N. Benedictus |tre-Guræ fubjeétis mandamus, fub pœna abs
Papa XIII, pro decore Ofdinis noftri, quem | folutionis ab officio ipfn faéto incurrenda,
. expreflè profefus ef, ex Apoftolicis ejus [ut quæ in cifdem Eitteris præ{cripta une,
| tteris in forma Brevis ad nos direétis, fa- |inviolahilirer fatagant adimplere. Ballwr.
: eili paéto compertum habebitis, ... Dum l'Ord. Tom. WT. pag. 683.
| | |
A EE
?7 DE L'ORDRÉ DE S'DOMINIQUE 1%
“4 défenfe de les recevoir fans une permiflion fpéciale’, ne
‘s'adreffe qu'aux Communautés, qui fonc fous la Jurifdi&ion de
_ lOrdre de Saint Dominique. ER Re D RS
Reprenons la fuite de cette Hiftoire ,en remarquant d’abord,
que fi le Saint Pape avoit voulu finir l’année précédente, par une
‘ation de Religion, qui avoit donné de nouveaux Enfans àl'Eglé
{€ ; il commença celle-ci, par des œuvres de Charité, & de mifé-
-ricorde , pour empêcher que la cruelle faim ne dévorat.ceux, 4
“qui la terre refufoit la nourriture. Les débordemens des Riviétes,
aufés par la fonte des Neiges, & par des pluyes conrinuelles,
‘avoient inondé une grande étendue de pays; & en rendant les
“travaux de la Campagne impraticables, réduifoienc les Habi.
“ans, les Particuliers , & les Familles, à une extrème indigence,
Leur fort devenoit cous lesjours d'autant plus trifte, que prefque
tous les Etats d’Italie fe reffentant des mêmes calamités ; l'Arci-
fan, le Vigneron, le Laboureur, accoutumés à vivre du travail
de leurs mains, fe trouvoient fans fecours, comme fans occupa-
tion, Les Riches, privés de l’efpérance d’une prochaine Récolte,
_devenoient toujours plus difficiles à donner , & à-partager leurs
“Vivres avec ceux qui en manquoient, par la crainte d’en man-
quer eux-mêmes dans la fuite. Benoît XIII, toujours femblable
à lui-même, fit voir par fes A&tions, qu’il ne portoît pas en vaiñ
la qualité de Pere commun , Pere véritablement cendre, & in-
capable de ne point fentir vivement la mifére de fes peuples.
Peu content de redoubler la ferveur defes Priéres, & d'en ordon-
ner de Publiques, dans toutes les Eplifes, pour obtenir un tetns
plus favorable aux Biéns de la terre ; l ouvrit fon cœur, & fes
mains à tous ceux qui étoient dans le befoin ; fit diftribuer des
Aumônes extraordinaires dans les lieux les plus’ affligés ; &
fournit en particulier le pain à tous les pauvres ‘Gens de la
guflent reprendre le travail (1).
Campagne , qui s’étoient retirés à Rome ,'jufqu'à ce qu'ils
Dès le mois de Décembre précédent, leMont-Gibel appellé au-
trementle Mont-Etna, avoitrecommencé à pouffer des tourbil-
lons de fumée, & à jerrer quantité de flammes : l’un & l'autre con-
tinuant encore dans le mois de Janvier, on appréhendoit ou uà
: . D , : te tt : FE: DE N'OTELZ e
prochain T'remblement de teîre ; ou, ce quin’étoit guéres moins
terrible, quelque irruprion de ces Riviéres de feu, qui de Sie»
| (1) Pluvium Cœlum initia uovi anni 1729 fuir ; affatim pane ei annona Urbis in plu-
fœdaverat , ita ut Agricolæ , qui ex variislres dies inter Agricolss diftributo , donec
Regionibus Romam confluxérant, Romani | ceffantibus piüviis ,-iifdem licerer ad agro-
agri colendi.canfà , osio , & fame languel=|rum eulturam redire. Archi. F irm. page
ccrent, qhibus Benediéti-Hbéralitas præftol tix ‘ -*."*- Hhh ÿ
ni EN ,
LIVRE
X LV.
‘4
x Liv. |
Dans un tems
de calamité , le S,
Pere’ fowrifit des
eivres aux Gehs de
la Campagüc.-
4128 HISTOIRE DESHOMMES ILLUSTRES
Lrvyrzx cleen Siécle ont porté l’effroi, & la défolation dans le pays
XLVE L'approche, ou la jufte crainte de:ce nouveau fléau, fervit de
Benorr xp, Motif au SaincPere, pour exhorter plus éfficacement les Fidéles
= à la Pénitence, &'faire fermer les Théâtres publics. Il recom-
xLv, .manda en mêmetems aux Prélacs, aux Gouverneurs de Places,
Exhorte les Peu. & aux Confervateurs du Peuple Romain, de fe rendre toujours
ples à la Péniten- T4 Ted . \ |
ee P us attentifs aux néceflicés des Familles : & pour donner àtoutes
‘7 ‘°°. des perfonnes riches, un éxemple de ce En la Charité Chré-
._ xLvi, , tienne les oblige de faire, dans les preffans beloins, le Pape
: Mukipli ls ordonna à fon Majordome de faire vendre une partie des Che-
Bandai: ‘aux des Ecuries de fa Sainteté , de même que tour ce qui fe
trouveroit d’inutile, & de fuperflu dans le Palais Apoftolique, &.
d’enen.oloyer le provenu au foulagement des Pauvres.Cer éxem-
ple étoit trop beau, pour n’être point imité, du moins par quel.
ques-uns : il y'eut des Cardinaux, ceux particuliérement de la
Création de Benoît XIII, qui fe firentun devoir, de marcher fur
fes traces, & de fe conformer à fes intentions. |
_ Le Pape apprit aufli avec plaifir, qu'un riche Seigneur venoit
de faire un préfent de quatre mille EçusRomains, à l'Hôpital de
Saint Gallican, fondé depuis peu par fa Saintete : & on ne fut
pas moins édifié de la maniere, dont elle en ufa avec un autre
Seigneur, qui vint lui repréfenter , qu’il n’avoit pas de quoi fub-
fifter ; & que fon Frere, le feul de fes Parens qui auroit püû lui
être de quelque fecours, parce que les Revenus de fes Biens
étoient fort confidérables , avoit laiflé en mourant, tout ce qu'il
poflédoit, à l’'Eglife de Saint Barthelemi, pour y fonder un
Collège en faveur des Enfans de Bergame. L’Ambaffadeur de
Venife vouloit que la Fondation eût tout fon effer; & qu'on
| n’eût aucun égard aux plaintes du Comte de Cérefali. Mais le
XLVIL Vicaire de JEsus-CHRIST crut au contraire, qu'il étoit de
Jugement équi- J’équité. de ne pas méprifer ces plaintes : il: les écouta avec
Mèle: bonté ; les éxamina avec foin, Îes trouva fondées ; & en approu-
xant la Foridation comnie une œuvre de piété, ntike au public,
fa Sainteté afligna au Frere du Défunt le tiers du Revenu de
; tous fes Biens. Ainf le Collége fut fondé, & uneilluftre Famille
fecouruë. UE MR à ….
"Benoît XIIT fit prefqu’en même tems.un autre Adte de Jufti-
te, également digne de l’approbation des perfonnes fages : &
ce fut une nouvelle preuve, que fes fentimens pour la France,
n’éroient point différens de ceux, dont fon augulte & ancienne
Maiïfon a toujours fait profeflion. Un Marquis honoré de la
Charge de Grand Ecuyer de fa Sainteté, véuoic de faire impri-
LS
>
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 419
Mer un Livre d'Hiftoire , qui avoit d’abord excité quelques
plaintes contre l'Auteur ; on l’accufoit en particulier d’avoir
‘parlé de la Nation Françoife, d’une maniére peu convenable,
pour ne pas dire très-offenfante. Le fait ayant été vérifié , fa
Sainteté ne fe contenta pas de fupprimer le Livre; & d'en faire
brûler tous les Exem Ar , en préfence des Auditeurs de
quelques Cardinaux : l’Auteur fut auffi difgracié , éxilé, & fa
Charge donnée à un autre. |
Il ne faut pas douter que fa Sainteté n’eut châtié, d’une ma-
niére encore plus éxemplaire, ceux qui troubloient le commer-
ce Pubiic, par des voyes très-criminelles ; mais il demeurérent
inconnus ; & il fallut fe borner à prendre des précautions, con-
tre les mauvais effets, -que produifoit leur déteftable cupidité.
Le Pape fit donner ordre aux Receveurs, & aux Tréforiers des
Montsde Piété de la Romagne, de Ombrie, de la Marche d’An-
cone , de Boloone, & de Ferrare, de bien éxaminier les Billets de
Change , qui pourroient leur être préfentés, parce qu’il y en
avoit une grande quantité de contre-faits dans le public ; & que
les Banquiers de Rome en avoient déja acquité quelques-uns de
certe nature, Ces Voleurs publics, & néanmoins cachés, fai-
foïent dans un fens plus de mal, que les Corfaires, qui conti-
nuoient à infefter toutes les Côtes d’Iralie ; & contre lefquets fa
Sainteté ordonna au Comte de la Motte , Général de fes Gale-
res, de fe mettre en Mer, pour leur donner la chaffe d’un côté,
pendant que les Vaifleaux de la Religion de Malte les cherche-
roient de l'autre. : | . |
Les pluyes, & les Inondations avoient ceffé ; & le mauvais
tems ne cefloit point. À un déluge d’eau fuccédérent de grands
froids, qui furent funeftes à la fanté; & les violentes fecouffes
de terre, qu’on commencoit déja à fentir dans la Marche d’An-
cone , tenoient les Habitans dans de cruelles inquiétudes. Cela
ne pût empêcher qu’on ne vit à Rome, durant le mois de Fé.
vrier , ce qu’on a coutume d’y voir toutes les années. On ne
réufhit pas à priver long-tems le Peuple de fes divertiflemens : il
lui faut des amufemens, & des fpectacles. Mais, pendant que
les Enfans du Siécle fe livroient à leurs folles joyes , le Vicaire
de Jesus-CHr1sTalla fe renfermer dans le Couvent de Saint
Sixte ; pour y faire ce que Moyfe avoit fait dans le Tabernacle;
Lrvry»
X LV.
BEenoîr XIII.
SR EE >
XLVIII.
Châtie un Au<
teur fatyrique.
XLIX.
Prend des pré
Cautions contre
les Fauflaires.
L.
Fair donner la
chafle à des Pira-
tes.
LI,
Pendant que le
Peuple fe livre à
de profanes diver-
tiflemens ;
c'eft-ä-dire , pour lever les mains au Ciel, veiller , jeûner,
S’anéantir devant la Divine Majefté : &, comme il convient à
un Pontife, en faifant l'Office de Médiateur entre Dieu & les
Hommes, offrit des. Vœux & des Priéres capables de fléchir la
| H b b iij
… #30 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
ÆrvRE Juftice du Seigneur , & d'attirer fes Miféricordes fur le Peuple.
XLVI Ces jours de filence, qu'il lui étoit donné de couler, dans
Hexoiin, les exercices réguliers, en la compagnie de {es Freres, le Saint
eNoit XI. : se
—— Pape les confidéroit comme les plus précieux , ou les plus beaux
L1L de fa vie. Il aimoit la Pfalmodie de la nuit. L'Oraifon, qui
Le Vicaire de fuivoit le chant des Cantiques, éroit pour lui un feftin fpiri-
- tuel, où il trouvoit de chaîftes délices : là recueilli en lui-même,
veur dans des & appliqué tout entier à contempler les objets invifibles, il puri-
fints Baercices. fjoit fon Efprit par la Lumiére de Dieu: & fon Cœur toutembra-
{€ fembloit prendre l’eflor, pour s'élever, par l’ardeur de fes
défirs, jufques dans le Sein de la Divinité. Mais, ces délicieux
momens étoient bien rapides; &, comme nous l'avons remarqué
quelquefois , la retraite du pieux Pontife ne pouvoit être jamais
ni aufli longue , ni aufli profonde, qu'il le défiroit : en quelque
lieu , & dans quelque fituation qu fe trouvât, il ne pouvoit
oublier qu’il écoit chargé du foin d’un grand Troupeau; &
qu'il lui devoit fes atrentions. Cette penfee, qui le fuivoit par
tout , remplifloit continuellement fon Efprit, & fon Cœur. Auffi
Je voyoit-on toujours prêt à préférer les intérêts de l’Eglife, à
fa propre fatisfa@ion , quelque fainte qu’elle fur; & à quitter
les douceurs de la contemplation, pour donner Audience à fes
Miniftres, ou à ceux des Princes, toutes les fois que cela étoic
néceffaire, pour ne pas retarder les Affaires.
tirn . Parmi celles, que Benoït XIII expédia , avec fa diligence
Il fe prépare à ordinaire, dans les premiers mois de l’année, nous en trouvons
Re Ne. deux qui Foccupérent davantage; la Canonization Solemnelle
pomucéne, du Bienheureux Jean Népomucene, & la tenue du troifiéme
| Concile de Benévent. Sa Sainteté fit comme les derniers pré:
aratifs de l’un & de l’autre dans le lieu même de fa retraite; &
Féxécution fuivit de près. Nous paflons fous filence plufieurs
autres de fes actions ; pour dire quelque chofe de celles-ci.
PDcpuis long-tems l'Empereur Charles VI, avec toute la Fa-
mille Impériale, le Roi de Pologne, Fréderic - Augufte, plu-
fieurs Princes d'Allemagne, plufieurs Cardinaux, lArchevèque
furtout de Prague , & tout fon Chapitre , faifoient de vives
inftances auprès du Saint Siége, pour que le nom du Bien-
heureux Chanoine, & Martyr A mis dans le Catalogue
des Saints. Cette Affaire avoit été commencée fous le Pontifi-
cat de Clément XI, & Benoît XIII réfolut de la conduireà
une heureufe fin. Après que la Sacrée Congrégation des Rits
gût éxaminé avec Din lès anciennes, & nouvelles preuves,
qu'on préfentoit touchant la Vie fainte, les héroïques Vertus,
se mme mn Et
r DE L'ORDRÉ DE S. DOMINIQUE. 4$#
#Æ la mort précieufe du Serviteur de Dieu ; le Pape tint pour le
même fujet plufieurs Confiftoires, fecrets & publics, felon l’ufa-
ge. Il fit propofer en fa préfence, & éxaminer de nouveau, ce
qui avoir été déja mürement pefé. Ayant enfin reconnu, &
approuvé la Vérité des témoignages, qui atteftoient la Sainteté,
le Martyre, & la caufe du Martyre du Bienheureux Jean Népo-
mucene , aufli bien que la réalité de plufieurs Miracles , opérés
par fes intercefliuns; le Saint Pere marqua le jour, qu’il deftinoic
à certe Solemnité, & néanmoins, pour attirer les Lumiéres du
Saint - Efprit , il continua à offrir {es Priéres , fes Jeünes , fes
Aumônes, & plufieurs autres bonnes Œuvres.
Le jour de Saint Jofeph, dix-neuviéme de Mars, fa Sainteté,
accompagnée de tous les Cardinaux, les Patriarches, les Arche.
vèques, les Evêques, & Î:s autres Prelats, qui fe trouvoient
à Rome, fe rendit à l’Eglife de Saint Jean de Latran, qui avoit
été magnifiquement ornée pour cette Solemnité. Tout le Cler-
ge Séculier, & Régulier s'étant affemblé, on fit la Proceflion
ordinaire, dans laquelle on porta l'Image du Saint. Le Pape
s’érant enfuite aflis fur fon Trône, y reçut les inftances, qui
lui furent faites trois fois par le Cdi d’Althan, chargé de
procurer cette Canonization. Après les Priéres, & routes les
autres Cérémonies pratiquées en pareille occafion , le Souve-
rain Pontife fit l'Aëte Solemnel de mette au nombre des Saints
le Bienheureux Jean Népomucéne , autrefois Chanoine de
Prague, & Martyr. Le Pape entonna enfuire le Te Deum , &
récita l’Oraifon du nouveau Saint, donna la Bénédidion au
peuple , & célébra la Meffe : après laquelle, ayant donné en-
core la Benédiction, & accordé quelques Indulgences aux Af-
fiftans, Elle finit cette Augufte, & Devote Cércmonie, où fe
trouvérent ,avec le Chevalier de Saint George, plufieurs Prin-
ces Romains, les Ambafladeurs, lesautres Miniftres Etrangers,
toure la Nobleffe, & un peuple infini. Le Pape figna le même
jour la Bulle de cette Canonization ; & trente- fept Cardinaux
fignérent après fa Sainteté. | |
Quoique le Nom de Pilluftre Martyr Jean Népomucéne foit
fort célébre, dans rous les Royaumes du Nord , &fon Culte déja
établi dans rous les Pays Catholiques d'Allemagne; lHiftoire
de fa Vie eft encore peu connue dans nos Provinces. Nous
croyons donc faire plaifir au Leéteur , fi nous lui :n donnons ici
une idée, & nous la prendrons de la Bulle même de fa Ca-
nonization ; dans laqueîle on n’a fans doute rien avance, qui
n'eut été déja bien prouvé, & éxaminé avec un très grand
in, |
Lrivr#
XLVL
BEeNoîr XIE
LI V.
Met avec folem-
nité le Nom du
Bienheugeux Mar-
tyr dans le Cara-
logue des Saints
4312 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liver Népomuk, petit Bourg dans le Royaume de Bohême, placé
, XLVI fur la route qui conduit de Prague dans la Baviére, fur la
0 | e . | ’ , | e
Binorr xx Patrie du Bienheureux Jean , apellé Népomucére, du lieu de
fa naïflance. I] vint au monde vers le commencement du qua-
torziéme Siécle : & on aflure que fes pieux Parens, déja avancés
LV
_ Hiftoire abrégée €n âge, n'obtinrent que par l’interceflion de la Sainte Vierge,
dela Vicde Sant & le mérite de leurs pricres, cet unique fruit de leur Maria-
Jean Népomucé-
ee”
e. Auf parut-il dès fes plus tendres années, un Enfant de
énediction ; dont l’heureux naturel bientôt perfectionné par
une Education Chrétienne, recevoit avidement routes les Le-
çons de Piété, qu'on lui faifoit , & mettoit tout à profit pour
fon avancement. Ayant coulé fa premiére jeuneffe dans l’éxer-
cice des Vertus propres à fon âge, & dans l'étude des Lettres
Divines & Humaines; le défir de fe confacrer plus particulié-
rement à Dieu, le porta à embrafer l’Erac Eccléfiaitique : &
dans ce nouveau genre de vie, il parut comme un modéle de
fageile, de modele , de pudeur ; toujours éloigné, non-feule.
ment du vice, mais aufli de tout ce qui a coutume d’y condui-
re une jeuneffle imprudente, & peu occupée. os
Quoique la conduite, & les Mœurs toujours édifiantes du
Serviteur de Dieu , fuflenc déja une grande préparation au
Sacerdoce ; lorfqu’il fut invité à ce dégré d’honneur, par l’Ar-
chevêque de Prague, il voulut prendre un tems pour s'éprou:
ver encore foi-même, & fe préparer au Divin Miniftére par une
plus profonde Retraite, un furcroît de Pénitence, & un renou-
vellement de Ferveur, afin de fe purifier de plus en plus; fça-
chant bien que l'Homme éclairé de la Foi, ne croira jamais
être affez pur pour offrir les rédoutables Myftéres, s'il fait at-
tention, & à la fouveraine pureté de celui, dont il devient le
Miniftre,& à la fainteté infinie dela Vidime, qu’il doitimmolerà
l’Aurel. Après avoir reçu l’Impofition des Mains dans un ef
prit de facrifice, il accepta encore par obéiffance le Miniftére
de la Parole, qui lui fut confié dans une Ecglife de Prague ; &
on ne tarda pas à reconnoître qu’il avoit reçu du Ciel, tout ce
qui ee former l’Homme Apoftolique, la vocation, la fcien-
ce. les talens. 2. Népomucéne remplit d'abord fon Minif.
tére avec tant de fuccès, qu'en inftruifanc, & édifiant les peu-
ples, il répondit pleinement à l'attenre des Supérieurs, & ne
parut en rien inférieur aux-célébres Perfonnages, qui l'avoieng
précède dans le même Emplai. :
Il faifoit embraffer les travaux de la Pénitence, & perfua-
doit à fes Auditeurs la pratique de l'Humilité Chrétienne, &
| . de
/
LUZ
7" : DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 433.
de la Charité ; parce qu'il étoit lui-même, humble, charitable,
pénitent. S'il étoit puifflaàt en parolés, il l’étoit encoré plus
en œuvres; Uniquement touché desintérêts de Jesus-CHRIST,
& du falut des Ames, ie Saint Prédicateur ne penfoit qu’à re-
tirer les Pécheurs des routes de l'iniquité, & à faire avancer
les Juftes dans les fentiers de la perfeétion Evangélique. Dans
l’éxercice d’un Miniftére fi divin, il auroit condamné comme
un crime, tout fentiment de cupidité, toute vûe d’ambition.
Cependant l'éclat de fa Doétrine:, & de fes Vertus frappoit
également les Grands, & les peuples : cout le monde publioit
fes louanges : où le jugeoit digne des premiéres Places du
Clergé. Les Vœux de tout le Chapitre de la Métropole s'ac-
cordérent avec ceux de lArchevêque, pour lui faire accepter
un Canonicat, avec l'Emploi de Prédicateur du Roi. Jean
Népomucéne ne fe rendit pas fans peine à là propofition,
LrvRÉ
XLVI.
LE monemeenenes
Benoïr XIIE
omis mme
qu'on lui en fit : fa modeftie en fur offenfée : mais, accoutumé
à refpe@er la Voix de Dieu dans celle de fon Evêque, il fe fou-
mit à ün ordre, , dont ni lui, ni le Prélat ne prévoyoit pas
les fuites. . : 6 Se Fu
Tous des vices ,: & toutes les paflions, dont les Cours des
meilleurs Princes ne font pas roujours éxemptes , régnoient
avec empire dans celle de Venceflas, dir le Faineant, Empe-
reur des Romains, & Roi de Bohème depuis la mort de: fon
Pere , l'Empereur Charles IV. La corruption des Mœurs ne
ouvoit être plus grande : le fafté, & le luxe le plus outré,
L moleffe, les jaloufies, les trahifons, la perfidie ne pafloienc
prefque plus pour des vices dans l'efprit des Courtifans, déja
âccoutumes, & familiarffés avec ces monftres, Notre pieux &
ZÉËlé Chanoïine ne crut. pas, qu'il lui füt permis de prècher
devant la Cour, fans propofer d’abord à des Chrétiens les
Saintes Loix du ‘Chriftianifme, ni par 'conféquent fans com-
battre avec force tout ce qui y étoit fi ouvertement oppofé,
Il auroit appréhendé que fon F Map ne füt un jour fa condam.
nation, fi une faufle prudence l'avoit porté à fe taire, à difli-
muler , ou à ne parler que foiblement , de ce qui devait allu-
mer tout fon zele. Ce fut fur ce He da qu’il forma d’abord fon
plan; & pendant plufieurs années, il ne cefla d'attaquer, avec
toute la liberté Apoftolique ; les vices publics, & Îles fcanda..
les, qui fe multipliolent tous les jours, Si fes paroles toutes de
feu, foutenues par la fainteté des éxemples ,'ne convertifloient
as les malheureux efclaves du péché (car pour changer les
cœurs, il faut quelque chofe de plus que les. éxemples, &.les
Tom. VI, | | Jii
Lrvsai
X L VI.
Benoîr XIII.
dr à
434 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Paroles ) il avoit du moins la confolation de voir, que fon
travail n’étoit point inutile à ceux qui mettoient moins d'obfta-
cles à la Grace. Ceux même qui n’en profitoient pas, conti-
nuoient cependant de l'écouter, & de le refpecter. Ils fuivoient
en cela l’éxemple de leur Souverain, qui, ne s’étant pas encore
pe dans tous les crimes , qui le deshonorérent dans la
uite, montroit quelques fentimens de vénérarion pour le Saint
Miniftre ; & faifoit mème plufieurs bonnes chofes, à fa per-
fuafion, & par fes confeils (1).
Ce Prince voulut même honorer le mérite de Jean Népo-
mueéne, par les Prélatures , & les autres Dignités, qu'il lui
offrit plus d’une fois, & qu’il le prefla fortement d’acceprer.
L'Humilité, dont le Difciple de Jzsus-CHR1IST faifoit pro-
feffion, & le défir de fe conferver le droit d'annoncer fans
ménagement les Vérités de la Religion, furent les deux prin-
cipaux motifs , qui lui firent À sin la ualité de Pré-
dicareur , aux grandsTitres, dont on prétendoit le relever. Ce-
pendant les nouvelles inftances qu'on lui fit, & la crainte de
mal édifier par une apparence d’opiniatreté ; peut-être auf
l'efpérance dé faire plus de fruit dans la Charge de Grand-
Aumônier du Roi; tour cela l’engagea dans la fuite à-fe laifler
revêtrir de cette Dignité. Dans ce nouveau Pofte, l'Homme de
Dieu donna de nouvelles preuves de fa fagefle, de fa piété,
de fon parfait diéntérlemenr. Tous la Cour admira les
éminentes Vertus du Grand-Aumônier ; & perfonne n’en fçut
mieux profiter que l'illuftreR eine, Jeanne de Baviére, Epoufe du
Roi Venceflas. Mais la confiance , dont cette vertueufe Prin-
ceffe l'honora , en le prenant pour fon Confefleur, & fon Guide
fpirituel dans le chemin du Salut, devint fatale à lun & à
J'autre. | nn
Venceflas, foit par fa propre corruption, foit par la conta-
gion de l’éxemple, & par ê facilité à imiter des Courtifans liber-
tins , qu’il auroit dû punir , en les éloignant de Ja Cour, oublia
infenfiblement tous les Devoirs de Souverain, & de Chrétien;
bien-tôt après il fit gloire de les méprifer ces Devoirs, & de
violer toutes les Loix. Aufi infenfble à fon Honneur , que
peu femblable à fes illuftres Ancèêtres , il abandonna abfolu-
ment le foin des Affaires, pour fe livrer tout entier à fes in-
fames plaifirs, & devint enfin un monftre d’impudicité , de
(5) Compluribus annis pœnitentiam con. f ceflao , fanA ejus eloquentiâ viéto , nedam
tra fcelera, Aulæ licentiam ,-corruptofque | in vitiorum fordes la (o , multa Viri Dei fuæ
Mores fienuus Eccicfaftes prædicavis, Ven- | fu faciente , &c. In Balls Canmin.
L
#
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. #35
débauche. de cruauté. Ses excès en tout genre de méchance- Live $
té furent portés fi loin, qu'il perdit enfin l'Empire. Long-tems
avant que les chofes en fuflent venues à ce point ; la pieufe
Reine, conduite par un autre efprit, & guidée par ‘on’ fape
Directeur , avoit eflayé de ramener ce malheureux Prince,
finon par fes humbles repréfentations, qu'il n'étoit plus capa-
ble d'écouter, du moins par de faints éxemples, de ferventes
priéres, par l'abondance des larmes qu’elle répandoit aux piés
des Autels, par la pratique enfin de toutes les Vertus, parti-
culiérement par l'éxercice des Œuvres de Miféricorde , & la
fréquentation des Sacremens fi). |
La Juftice de Dieu, irritée contre fon Peuple , permit que
ce qui auroit dû amollir le cœur de Venceflas, & mettre quel-
que frain à fes brutales paflions, fervit au contraire à les irri-
rer davantage. Ajoutant toujours de nouveaux crimes à fes
anciennes iniquités, il entreprit de vouloir connoître les plus
{ecrettes dont de la Reine, dont les prières, & les larmes
luiétoient devenues fufpe&es : il commanda hardiment au Bien.
heureux Jean Népomucéne de lui réveler les Confeflions de fa
Pénitente. Ce fut d'abord par de magnifiques promefles , qu’il
ofa effayer de eorrompre le Miniftre de Jesus-CHrIsST; &
un premier refus ne pouvant le rebuter, il redoubla fes inftan-
ces, fes importunités , & Îles aflurances d’une récompen{e
digne de la libéralité Royale (2). | |
Tout Miniftre des Sacremens , un peu inftruit de fes De.
voirs, auroit rejetté avec horreur une demande aufli impie;
& il eft aïfé de juger quelle fainte indignation elle dut caufer
au fidéle Difciple de Je*us-CHr1sT. Incapable de fe laifler
éblouir , ou féduire , il fe rendit au contraire’ toujours plus vi-
gilanc fur lui-même, plus circonfpe& dans fes paroles, plus at-
centif, & plus intrépide dans l’Exercice des Saintes Fonctions.
Ilen donna bien-tôt une nouvelle preuve, | |
Le cruel Venceflas, par une férocité inouie parmi les Na-
tions policées , venoit de faire percer de plufñeurs broches, &
. (1) Labente auno Domini 1383 , cum
Vencellaus paternæ virtutis immemor, gen
ve humani penerïs hofte , in flagitiorum abyf
cagitare , & diu noétuque obfecrare , ut me
liorem conjugi mentem daret, &c. In Bul,
Canoniz. |
XLVI.
Benoît XIII,
fam preceps ruiflet, pientiffima Regina , viri
fceleribus maxime offenfa crudelitatem ejus
perhorrefcens , uni Deo fe totamdicare conf
tituit., ab eo in tanta calamitate fubädum
@& lolatium deprecatura. Sacrum propterea
Confeffari Tribunal adire frequentiis, cum
«lacrymis confcientiam aperire, affitare fe,
epenorum curam fufcipere, Deum afliduc
#4
(2) Sed Rex crimina criminibus addens ,
piis oprimæ Revinæ Offcits in furorem ac-
tus , eù prolapfus eft , uc quæ illa in Sitra
mentali Confeflione Eleemofynario , atque
uni Dea aperiret, ab eo fibi pateferi debee
re, nefario aufu eontendcret. Magn:fque hoc
pollicitationibus à Joanne extorquerc fcinel
atque iteruru laboravie, &c Jbid.
liiij
Livre
XLVTI.
BeNoîr XIII.
——
436 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
rôtir à petit feu l’un de fes Cuiïfiniers. Toute la Çour apprie
ce tragique événement, & route la Cour fe tût; mais tandis
que la crainte, l’étonnement, ou l'horreur fermoient routes
les bouéhes, le Grand-Aumônier feul eut le courage. de re-
préfenter modeftement au Prince l’atrocité de fon crime, &
de lexhorter à la Pénicence. Le devoir le faifoit parler, & la
prudence conduifoit fa langue : mais, les plus fages ménage-
mens ne purent empêcher, que Venceflas n’en füc offenfé. II
crut ufer d’une grande modération, en déclarant au Serviteur
de Dieu, qu’il ne lui feroit point porter la peine de fa pré-
tendue témérité, s’il lui reveloit tout à l’heure la Confeflion
de la Reine : car il en revenoit toujours là. Lorfqu’il vit que
fes carefles, fes promefles, & fes menaces étoient inutiles, il
ajouta à tout cela les.outrages, les mépris, la prifon, les lienss
& il protefta que Népomucéne ne feroit pointretiré du cachor,
où il le faifoic conduire , ni déchargé de fes chaînes , qu'il
n’eût auparavant déclaré tour ce que fa Majefté vouloit fçavoir
de lui (x).
La Grace toute-puiflanre de JEsus-CHRIST, qui avoit
fourenu les anciens Martyrs fur les roues, foutint le Saint Con-
fefleur dans cette épreuve, & dans toutes celles , par où on
le fit fucceflivement pañler jufqu’à la confommation de fon
Martyre. L’impatience de Venceflas. lui envia le repos de la
Prifon : il commanda qu’on l'en retirât , pour l'appliquer à
la Torture. Le fer & le feu éprouvérent fa Conftance, fans
pouvoir la vaiacre ; & pendant qu'avec des torches allumées
on lui brüloit les côtés, le Saint n’ouvroit la bouche , que
pour implorer le Secours Divin , en Mvoquant le Nom adora-
le de Jzesus-Cnrisr, & celui de {a Sainte Mere. Il ne fe
Jafloit pas de fouffrir-pour l2 Juftice; & on fe laffa enfin de
le tourmenter. Voyant donc que toute la violence des Sup-
plices ne pouvoit l'obliger de rompre le Sreau de la Confef-
fion , l'Empereur ordonna qu'on l'élargît (2).
Sorti ainfi des mains de ‘es Bomreaux, & bien-tôt guéri de
{es bleffures, Jean Népomucéne rendit fes A&ions de Graces
| (1) Mox novam Regis atrociflmum faci. | (2) At ejus conftantiam in vinculis, &
Pas in coco, verubus transfixo , atque igne | mox in convivio Venceflaus expugnare fruf-
affari juflo , aliis præ horrore & ftupore: a- [tra molitus, cataftæ impoñtum, tormentis
centibus , à Joanne leniter objurgatum,ejus | & facibus ad latera admotis , ut fecretum
immanitatem in Dei famulum irriravit. Qua. | proderet , torqueri imperat : quo in agone
re Elcemofynarium contumeliis affeé&tum , | Chrifti pugil nihil prorfus nifi fuaviflima
carceri, & vinculis mancipat, inde non edu-|Jssu & Mania Nomina ingeminaos,
cendum , nifi Reginæ Confefhonem pandat ,| vitam & mortes Domino commendarit ,
êtc, In Bul. Canoniz. …_ J&ec Thil ee
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. #37
à Dieu, de ce qu'il lavoit foutenu dans ce rude combat ; &
bien-loin de fe plaindre de tous les mauvais traitemens , qu’on
lui avoic faits, il n'en parloit même pas: 1l reprit cependant
l'Exercice de la Prédication , dans la Métropole de Prague :
& dans un Difcours, qu’il y prononça fur ces paroles du Sau-
veur : Je n'ai que peu de tems à être avec vous : il fit connoître
clairement à tous fes Auditeurs, qu’il devoit mourir pour la
Loi de Jesus-CHrisT,& de l'Eglife, & que le cems de fa
mort n'’étoit plus éloigne. Ces paroles firent répandre bien
des larmes: il en répandit lui-même à la vûe de tous les maux,
dont le Royaume de Lohême étoïit menacé, & qu'il prédit
encore à fon nombreux Auditoire (r) |
Pour fe préparer à fon dernier combat par la Priére, Jean
Népomucéne alla faire fes Dévotions devant uns de la
a petite.
Sainte ee qui eft en grande vénération dans
Ville de Boleflau, à quelque diftance de Prague. Comme il
-croyoit devoir fa naïffance à la Reïne des Anges, il voulut fe
Livres
XLVI.
Benoîr XIII,
a
Joen. XII, 3%
mettre particuliérement fous fa puiffante Prote&ion , pour 6b=
tenir de Dieu la Grace d’une fainte mort. Il touchoit déja au
moment, où fes travaux devoient être couronnés par un glo.
rieux Martyre. |
Lorfqu’au retour de fon petit Pélerinage, le Saint Homme
entroit dans Prague, la Veille de l’Afcenfion de Notre Sei-
gneur, feiziéme de May 1383, le Roi Venceflas le vit paffer
ous fes fenêtres, & ayant commandé qu’on le lui amenût, il
Jui annonça d’abord, qu’il falloit fe réfoudre, ou à mourir ce
foir même, ou à lui déclarer enfin tout ce que la Reine lui
avoit dit dans fes Confeflions. Le Saint ne répondit que par
un modefte filence, ou par un figne de tête, qui marquoit.
aflez qu’il étoit prêt à mourir Martyr d’un fecret, dont aucune
Puiflance fur la Terre ne fçauroit jamais difpenfer. Sur cela
le Roi ordonne à fes Sarellites d’éxecurer ce qu’il leur a com-.
mandeé ; & on fe hâte de lui obéir : le Sainreft arrêté, & conduit,
ou Egg porté (piés & mains liées) fur le Pont de Prague,
& de
là précipité dans la Riviére de Molde (1).
| (1) Carcere hinc dimiflus, curatifque vul- [rans, inque magno luêtu omnes relinquens ;
neribus, Vir Dei fecum immaniter aéta pru- | Concionem ablolrit , &c. In Bal. Canoniz.
dens celavit , refumptoque priftino Concio-| (2) Supremam igitar agonem fibi infare .
num exercitio in Æde Principe, cdm ad po-}prænofcens , anriquam Deiparæ Imaginem,
polum verbailla Chrifti Domiai protuliflet : | Boleflaviam profeêtus , ejus præfidium ve-
Modicum videbitis me, &c. Sibi pro Chrifti,| hementiffimis precibus flagitavit. Inde Prae
&.Ecclefiz lege occumbendum prænuncia- | gam, vefpere Pervigilii Dominicæ Afcen$o-
vie. Tum ubertimis lacrymis Regni infortu- | nis reducem è feneftra Rex confpicatus, ad :
aia, & eventuras brevi calamicates memo-i fe arceflic, mortem interminarus , niG arca-
CU iii
LIVRE
XLVI.
Benotr XIII.
ee — ———"
433 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
. L'Auteur de ce Meurtre avoit choifi, À pe le commettre;
les ténébres de la nuit, pour le dérober fans doute à la con-
noiflance du Peuple ; mais il ne pouvoir le cacher à lui-même;
& cela commença fon fupplice. Sa honte fut plus grande dès
le lendemain matin, lorfque le Ciel manifefta par des prodi-
ges, la Gloire du Martyr, & le Crime du Tyran. Toute la
Riviére parut en feu; & le sa du Saint deja mort, porté
deflus les eaux, & environné de flammes refplendiffantes, fem-
bloit venir fe préfenter en fpeétacle ,aux yeux de route la Ville
étonnée. La Reine de Bohème, qui ignorait encore le dernier
ordre de Venceflas, & la maniére dont il avoit été éxécuté, fut la
premiére qui annonça à cePrince, que le Corps de Népomucé-
ne paroifloit flottant fur la Molde, tout entouré d’un feu, quine
ouvoit être naturel. Ce peu de paroles furent pour Vencef-
es un coup de foudre, dont il fut aterré. Son Crime fe préfen-
ta d’abord À lui avec toute fa noirceur; & le força de fe ca-
cher pendant trois jours , fans ofer fe montrer, ni parler à
erfonne. Le Corps Sainc, retiré du milieu des Eaux, fe porté
d’abord dans l’Eglife de Sainte Croix, & de 1à dans la Métro-
pole ; où le Peuple courut en foule. Pendant fa vie on lavoit
refpedté comme un Saint , & un Ami de Dieu : apres fa mort
on commenca à l'honorer, & à l’invoquer comme un Martyr
& certe Dévotion des Fidéles s'augmenta toujours, à propor-
tion qu'on vit les Guérifons Miraculeufes , qui fe faifoienc à
fon Tombeau (1). |
Mais, fi la confiance d’avoir un nouveau Proreeur dans
le Ciel, réjouifloit le bon Peuple : il ne pouvoit d’ailleurs que
gémir, & s’affiger dans l’attente des maux terribles, que Jean
Népomucéne leur avoit prédits dans fon dernier Sermon. Ces
maux, infiniment plus terribles que tout ce qu'il eft permis
d'exprimer , n’étoient point éloignés. Nous ne mettons pas de
ce nombre la Dégradation de Venceflas, chaflé du Trône I1m-
nas conjugis Confeffiones ftatim exponat.
Sed fortiflimus Dei Miles intrepidè reluéta-
tus.... mox juffu Regio à fatelliibus com:
prehenfus , alid clam deportatur ; notuque
manibus & pedibus vinétus ad Pontem Mol.
davæ , Pragam præterfuentis , deduétus ,
ân fubjeum fumen”præcipitatur. Is Bul.
Cauonix,
:_ (5) Joannis eædem, quam Vencefausda-
tere voluerat, cœlcftia ftarim miracula pro-
diderunr, Totus enim Moldavæ fluvius con-
tinuè flammis reluxit ; & Martyris Corpus
fecundo flumine , quafñ facibus undique'
cinétum , defcendens, effufim ad fpeétacu-
lum Civitatem attraxit, Repinà ipfà fcele-
ris oefcià , conjugi necis auétori prodigium
indicante : qui criminis confcientiä tortus ,
humanum confortium triduo ferre non po-
tuit.... repertum pat Corpus , cædife
que caufà patefattà , ad prorimam Ædem
San@z Crucis perlatum eft, fubindè ad Me.
tropolitanam Ecclefiam ; ubi ægros leg
plurimos facrarum exuviarum contaétu fa=
natos , vetera monumenta Capiosé teftane
tur, &G. Jéid,
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE #35
périal, le 20 d’Août 1400. La Bohème avoit d’autres Cala-
mités à efluyer ;, & déja elle nourrifloit deux Vipéres, defti-
nées à déchirer le {ein deleur mere. Jean Hus commença bien-
tôt à dogmatizer, & à corrompre k jeunefle dans l’Univerfité
de Prague { *). Cet Homme, n€ pour le malheur de fa Nation,
& digne d'être apellé le Précurfeur de Luther , renouvelloit
une partie des faux Dogmes des Cathares, des Vaudois, des
Albigeois. Parmi un nombre prefqu’infini de Difciples , done
ns Hus remplifloit sr de fes Erreurs, Jérôme de Prague
“fignala furtout, & par fon attachement À la perfonne de celui
; l'avoir féduit, & par fon opiniâtreté à foutenir hautement
on Héréfie.
Ce n’eft point ici le lieu de parler de tous les maux , que
ces deux Novateurs, & après eux, leurs Difciples cauférent
Livat
XLVI.
BEnoîr XIIL
M nf
(*) Il étoit Rec-
teur de cette Un
verfité en 139$e
’
dans le Royaume , & dans _— de Bohème : on peur en
voir l’image affreufe dans l’Hiftoire des Hufites. 11 fufit de
dire en deux mots, que toutes les Calamités, tous les défor-
dres, que peut enfanter une Guerre Civile, jointe à une Guerre
de Religion , les Bohëmiens les éprouvérent pendant plus d’un
Siécle. Les facriléges, les vols , le pillage, les incendies, les
meurtres, les spot Pa Pa , le mépris , & le violement des
Loix, la profanation des chofes Saintes , le renverfement des
Autels, des Temples, la captivité, ou la mort des plus Grands
Perfonages, & l’anéantiflement des Nobles Familles, lorfqu’el-
les refufoient de fe foumettre au caprice des Hommes les plus
vils, qui, les Armes à la maiïn, s’étoient rendus Maîtres ab.
folus F4 tout ; & vouloient difpofer de tout à leur gré : ce n’eft
là qu'une partie de ces Fléaux, que Dieu avoit révélés à fon
Serviteur, & qu’il lui avoit fait annoncer ; ou pour engager
les Fidéles à les prévénir par une prompte pénitence ; où afin
qu’ils ne puflent ignorer dans la fuite, de quelle main par-
toient ces rudes coups, que leurs péchés avoienc mérités.
11 ne faut point oublier, que parmi les horreurs de la Guerre,
&c les progrès de l’Héréfie, la Divine Providence continuoit à
rendre Glorieux le Tombeau du Bienheureux Martyr. Il s’y fai.
foic toujours quelque Miracle ; & l'odeur de fa Sainteté fe répan-
doit tous les jours , non-feulement dans routes les Provinces de
1a Bohême ; mais aaffi danses différentes parties de Empire,
& dans vous les Pays Septentrionaux. Les Hiftoriens de la
Nation aflurent, que le Cuire du Bienheureux Jean Népomu-
céne, du moins depuis vlufieurs Siécles, n’avoit point été in-
terrompu. C'eft ce qui fut prouvé par des Ades fort Solem-
440 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
E:1vRerE nels, dreffés avéc foin dans le Palais de l Archevêque de Pras
XLVI. gue,depuis lan 171$ jufqu'en 1720. Dans ce même tems l’ou-
Sexo xl, vérture du Tombeau ayant été faite , on eut la confolation
ENOiT XIII. ‘ k
——" de trouver, parmi les Cendres , & les Offlemens du Saint,
. Dans la Bulle de fa Langue, qui pendant trois cens trente-deux ans, écoulés
SO depuis fon Martyre, s’étoit confervée, non-feulement fans
corruption, mais encore fléxible, & d’une couleur fort vive;
comme fi le Seigneur avoit voulu faire connoître , par ce Mi-
racle , le mérite particulier du Saint Prédicareur , & Confef-
feur, qui l’avoit également glorifié, & par fes Difcours , &
par fon filence.
Le Saint Siège voulant dés-lors étendre le Culte du Bien-
ie Népomucéne , permit qu'on en fit l'Office dans
les Eglifes de Bohême, & d'Allemagne : & Benoît XIII en
commencant fon Pontificat, ordonna de nouvelles Informa-
tions, ou de nouveaux Examens; & il fic tous les autres Aes
néceffaires pour parvenir à la Solemnité de la Canonization.
Le Ciel parut approuver cette exrenfion de Culte, par deux
nouveaux Miracles, qui furent corftatés Juridiquement , &
que le Pape a inférés Le fa Bulle. Le premier fut fait en fa-
veur d'une Femme paralytique depuis fix mois ; & qui ayant
prié, & jeûné pendant neuf jours , en l’Honneur du Bienheu-
reux Martyr, ' trouva parfaitement guérie le dernier jour de
fa Neuvaine. Le fecond Miracle, non moins averé , eft la
délivrance d’une petite Fille de fept ans; qui, pendant la nuit,
étoit tombée dans une Riviére , & avoit A l'efpace d’une
heure fous les eaux; d’où on la retira néanmoins pleine de
vie, & de fanté, fa pieufe Mere ayant imploré pour cela le
Secours Divin, par l’Interceflion de Saint Jean Népomucéne,
Tel eft le Saint Mareyr, que Benoît XILI propofa an Culte,
& à l’Imitation des Fideles, dans tour le Monde Chrétien. Lui-
| même voulut donner un Exemple particulier de Vénération,
amhi Firm. p. 13. & de Dévotion envers cet Ami de Dieu , en faifant ériger en
fon Honneur, un magnifique Autel, dans l’Eglife même de
Latran, où il venait de faire la Cérémonie de fa Canoniza-
tion.
LVL Nous avons déja dit que le Saint Pere étroit réfolu de tenir
Le Saint Pere f- Un troifiéme Concile Provincial, dans fa Métropole de Béné-
Foires Net, afin de laïiffer dans ce Diocèfe, & dans toute la Province,
Bénévenr, © les derniéres marques de fa Sollicirude Paftorale, & le meil-
jeur ordre, qu'il k ourroir. Ce fecond Voyage, annoncé de.
puis long-cems, fut fixé au 18 de Mars, & on enavoit da"
es
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. #4r
les préparatifs, à la confolation des Bénéventins ; & au grand
regret du Peuple Romain, qui craignoit extrêmement le dé-
part, & l’abfence du Pape. Son grand âge, & fes. infirmités
augmentoient la crainte des Romaïns , qui n’ofoient pref-
que pas fe flater de le revoir. Mais, ajoute l’Archevêque de
Ferme, combien de fois les anciens Papes n’ont-ils pas entre-
ar de femblables Voyages, même dans un âge fort avancé,
Jorfque des raifons particuliéres, ou une caufe publique, le
‘demandoient > Il étoit même de l'intérêt, non-feulemenc
de l’Eplife de Bénévent , maïs aufli de toute la République
Chrétienne , que le Saint Pere, dont la Vie devoit être le
modéle de celle de tous les Evêques, ne fut pas toujours ren-
fermé dans l’Enceinte de Rome : car, fi ce que l’on apprenoit
de fes Vertus ne pouvoit qu’édifier, on étoir encore plus tou-
ché en voyant fes Aëtions (1). ——- .
Benoît XIII, qui formoit toujours fes defleins fur ce qu'il
croyoit être agréable à Dieu, & avantageux au Prochain, ne
._Æ<hangeoit point fes Réfolutions felon le caprice des Hommes.
Ce qu’il avoit déterminé, il Péxécuta. Mais, attendant le jour
de fon départ, il mit tous lesmomens à profit, pour laiffer à fes
.Miniftres toutes les Inftru@ions néceflaires ; & il en envoya
-de particulieres à fon Nonce dans l’Ifle de Malte, pour lui
prefcrire la maniére dont il devoit fe conduire , avec le Grand-
Maître de la Religion. 11 donna enfuite Audience à plufieurs
Cardinaux, & à quelques Ambafladeurs. Dans le Confiftoire
fecret du 23 Mars, fa Sainteré nomma à plufieurs Evèchés;
créa Cardinal M. Cibo, fon Majordome, Patriarche de Con-
ftantinople; donna ce Titre à l'Archevêque de Capoue ; &
difpofa L la Charge de Majordome, en faveur du jeune Prince
-Borghefe. Le 14 le Pape fit faire avec beaucoup de folemni-
-té , dans l’Eclife de Latran, la Cérémonie de la Béatification
-du Pere Fidele, Religieux de Saint François. Le 15 il célé-
-bra, avec le Sacré Collége , la Fête de l’Annonciation, dans
-PEglife de Sainte Marie fur la Minerve ; & fit diftribuer des
Dors à un grand nombre de pauvres Filles. Le 126, après avoir
‘rempli, felon les défirs de la République de Vénife , une Place
d’Auditeur de Rote, & une Charge de Votant de la Confulte,
(1) Sed Ecclefiæ Beneventanæ follicitudo | bat, Rom abire , forte non reverfurum ...
Benediétum urgebat , ut iter illuc repeteret | Sanè non folùm Ecclefiæ Beneventanæ , fed
. tertium Provinciale Concilium celebraturus | & Chriftianæ Reipublicæ intererat, ne Beries
: «-. Romani fanè hujufmodi difceflum Pon. | didus Urbe concluderetur, cujus vita nor-
tificis fui ægrè tulerunt, graviter quefti ,| ma vivendi Epifcopis præfertim erat , &c»
eum ; qui ob fenium jam ad occafum verge-\ Archi, Firm. pag. 113.
Tome VI. Kkk
LIVRE
X LVI.
BrNoir XIII
LVIT
Ce qu’il fair ce-
pendant à Rome,
442 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
fa Sainteré termina quelques Différends , entre le Nonce Apof.
tolique dans le Royaume de Naples ; & l’Abbe, Supérieur
Général, de la Congrégation des Bénédiétins, apellée du Mont
de là Vierge. Le 27, quatriéme Dimanche du Carème, le
Pape bénit , felon la coutume, la Role d'or ; dont il fit sages
à l'Eglife de Génes , pour marquer l'eftime qu’il faifoit de
certe République, & en particulier de fon illuftre Archevé-
qu?, Nicolas-Marie Franchi, Dominicain {1). Nous avons les
Brefs, que fa Sainteté écrivit à ce Prelat , & au Sénat de
G.nes. |
Enfin le 28 de Mars, le Pape ayant entendu la Meffe de
grand matin, tint un Confiftoire, dans lequel il donna le Cha.
peau au Cardinal Cybo , avec le Titre de Saint Etienne le
Rond. De là il alla Eire fa Priére dans l’Eglife de Saint Phi-
lippe de Néri; où il reçut les Complimens du Gouverneur,
de quelques Princes, & de plufieurs Seigneurs. Après quoi fa
Sainteté célébra la Mefle ; & fortit de Rome par la porte de
Saint Jean, fans Gardes, & prefque fans fuite, n'ayant choifi
que peu de Prélats pour l'accompagner. L'Archevèque de
Ferme étoit de ce nombre; & il remarque que quoique le
tems ne füt point favorable , lorfque le Pape fortit de Rome,
le Ciel parut depuis toujours ferein, jufqu’à la derniére jour-
née, qu'onfut menacé de pluye. Sa Saintete fit alors le figne
de Ja Croix ; & il parut, dit le même Hiftorien, que la pluye
avoit été écartée de cinquante pas, enforte que perfonne n'en
fut incommodé. Le cinquiéme d’Avril , qui étoit un Mardi
avant le Dimanche des Rameaux, le Pape arriva heureufe-
ment à Bénévent (2). |
Il feroit également difficile d'exprimer, & la joie religieufe
des Peuples, qui fe rendoient cous les jours en foule , dans
cette Ville, pour partager avec fes Citoyens le bonheur de
voir le Saint Pape, & les beaux Exemples de Vertu qu’il leur
donna. Le lendemain de fon arrivée il prêcha fon Peuple,
& fit de grandes Charités, Le matin il prononça une Ho-
LtvRE
XLVI.
BEenoïir XIII
PR SRREND CR ESROEEE
LVIII.
Création d. Car-
dinal Cybo.
LIX.-
Départ de Sa
Sainteté,
LX,
Ses Actions dans
fon Eglile de Be-
névent.
(1} Pontificium manus Rofz aureæ, quæq verfante aurà Pontifex Romä difcefferir, {e-
inter foiemnia facra hujufce Dominicæ diei,
.more majorum benediximus... Metropoli-
tanæ tuæ Ecciefiæ dono mittimus , ut pe-
renne tibi extet noftræ in Eccicfam iftam,
noftrumque Ordinem , in te quoque, &
: Avunculum tuum. ftudiosæ , obftriétæque
voluntatis monumentum , &c. In-Bullar.
* Ord. Tom. VI, pag. 691.
(2) 1llud memorià dignum , quôd licés ad-
renum tamen cœlum expertus eft, ac pof-
treima itineris die , cm plivia ingruerer,
Benediétus fito Signo Crucis, & familiari-
bus benè fperare sus , pluviam ad quiuqua-
ginta retro paflus arcere vilus , ita ut cum
omni Comitatu à pluvia prorfus intafto,
quintà Aprilis, quæ in Feriam tertiam ante
Dominicam Palmarun incidit, Beneveattm
teouerit, &c. Archi. Firm. pag. 114.
D 5 Te
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 443
mélie dans la Métropole : l'après midi on: le vit dans les Hé-
pitaux, vifiter, & fervir les Malades. L'illuftre Ecrivain, dont
nous traduifons ici les-paroles, fans entreprendre. de rapporter
en détail tout ce qu’il avoit eù le plaïfir d'admirer à la fuite
du Vicaire de JEsus-CHRr1ST ; fe contente de dire, que les
Actions de Piété, de Charité, & de Religion remplirent tout
fon tems, partieuliérement tous les jours de la Semaïne-Sainte :
. & qu'un Pape déja plus qu'oétogénaire, peu content de donner
de fréquentes Inftru&ions aux Fidéles, faifoit feul, & avec beau-
coup deéfacilité , toutes les Sacrées Fonctions, que les Evêques
dans la forcede l’âge ont coutume defaire;& beaucoup plus qu'ils
ne font ordinairement. Dans la Solemnité de ap ou plutôt
sg tout le féjour qu'il fit au milieu de fon Troupeau,
ans l’Eglife de Bénévent, quels Travaux n'entreprit:il point »
Quel Modele de Vigilance , de Sollicitude Paftorale >: quelle
Effufion de Charité ne montra t-il pas? Que d'Aumônes ca-
chées dans le fein des Pauvres : Que de Familles fecourues par
fes Libéralirés: Que de Fidéles confolés : Que de Pécheurs
touchés , & attirés à la Pénicence par fes tendres Exhorta-
tions! Et parmi ces Exemples édifians , & fes faints Exercices
de la Piété Chrétienne, ou du zéle Epifcopal , Benoît XIII
ne donnoit pas moins fes attentions aux Affaires de l’Eglife
Univerfelle, &: à celles que les Miniftres des: Princes étoient
chargés de lui communiquer (1.).
Depuis fon départ de Rome, le Saint Pere avoit déja donné
lus d'une preuve, que les befoins.des Romains lui étoient rou-
jours préfens ; & qu'il ne vouloit pas que fon abfence privar les
Pauvres, des fecours:, & des confolations, qu’il avoit coutume
de leur donner : pendane que:le Cardinal Porzia , pour remplir
fa Commiffion , alloic vifiter les Hôpitaux de Rome, & difrie
buer des Aumônes , le Cardinal Corradini faifoit fçavoir au
Peuple, que l'intention de fa Sainteté étoit de diminuer, dès fon
retour , les nouveaux Impôts; & qu’elle avoit déja aboli:çelui,
qu'on levoit, par ordte du Fermier des Douannes., dans toutes
les Boucheries de l'Etat Eccléfiaftique. Le Cardinal Lercari fit
(z) Inter pietaris, ac Religionis opera re.
quum tempus, aC infequentem Majorem
Hecbdomadam tranfegit. Res plnèé homi.
num admiratione dignifima., quod cunéta
> vix florente ætate Epifcopi in fuis Eccle-
1S €oterapore explére folent , aliaque plura,
uæ Epifcopi agere non folent., ipfe jam
“ogenarius in Ecclefia Beneventana præf-
taret j in qua frequenter etiam ad populum
dixit. Sed & in Pafchalibus Feftis, totoque
tempore, quo Beneventi manfit, quot labo
res fafcepit> Quot-præclara edidit Paftora-
lis vigilantiæ ? Quot liberalitatis exempla ?
Non tamen Legationes Principum, & Sedis
Apoftolicæ negotia, ne quid moræ indè act
ciperent , intermitcere confuevit, &c. Ar
chi, Fér, p. 1149 155$.
Kkk i
Livre
XLVI.
BENoir XIIL
LXI.
Sujets de confo.
lation , qu’il don-
ne au Peuple Ro-
Dan,
LIVRE
XLVI.
Benoîr XII,
LU és soma rs a "| + à
LXII.
Il inftiuit, &
édifie celui de Bé-
névent.
LXIII.
Pourvoit aux be-
foins fpuituels , &
temporcis des
Mulades.
444 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
auffi avertir, de la part du Pape, tous les Evêques, qui fe trou-
voient à Rome, de fe rendre inceflamment dans leurs Diocè--
fes, pour y faire les Fonéions de la Semaine-Sainte. Pour la
même raifon, Benoït XLIL ne voulut commencer fon Concile
Provincial, que le premier. de May, afin que tous les Evèques
de la Province, qui devoient s’y trouver, ne fufflent obligés de
fe mettre en chemin, qu'après avoir célébré, avec leurs Peu-
ples, les Fères de Pâques, & qu'ils puffent être rendus à leurs
Eglifes, avant celles de la Pentecôte. ” |
Ces fages précautions contribuoient également & à la confo-
lation. {piricuelle des Fidéles, & à l’inftruétion même de Izurs
Conducteurs. Mais , rien ne prouvoit mieux que la main du
Seigneur étroit avec le pieux Pontife, pour lediriger dans toutes
fes démarches, que ce renouvell:ment de piéte, & de ferveur,
qu'on ne pouvoir s'empêcher d'admirer dans la Ville. & le
Diocèfe de Bénévent. On eur dit que tout ce peuple, honoré
de la préfence de fa Sainteté, & fenfible à cette faveur, ne.
faifovit qu'une grande Famille , uniquement attentive à écouter
la Voix du Pere commun, & à éxécurer promptement toutes
fes Volontés. La chaiité & la paix régnoient entre les Citoyens;
la modeftie, & l'union dans les familles ; le filence , & le refpe&
dans les Temples. On s’y rendoit en foule plufieurs fois dæ
jour, pour aflifter aux divins Myftéres, ou pour recevoir les
faintes Inftructions, avec la Bénédiétion du Vicaire de JEsus-
CHR1sT. Après avoir entendu une courte exhogration , chacun
fe retiroit chez foi, avec un nouveau défir de mériter, par une
conduite réguliére, la continuation des bontés d’un Pape, que
ce bon Peuple s’imaginoit être beaucoup plus à lui, 2 tout le
refte des fidéles. Aulli ne négligeoit-on aucune des faintes Pra-
tiques, que le zéle du Vigilant Pafteur avoit depuis long-tems
mifes en ufage dans certe Eglife. Ne
C’eft ce que fa Saïinteté eût le plaifir de reconnoître , dans
la Vifite qu'elle fit, des Paroiffes, des Hôpitaux, des Commu-
nautes , & de tous les autres lieux de la Ville, confacrés à la
riére , ou aux œuvres de charité, & de miféricorde Les Fidé-
Le Miniftres, commis pour la Vifite du Diocèfe, faifoient aufi
un rapport non fufpeét de tout ce qu’ils avoienr pü remarquer ;
ê& les Evêques, qui arrivoient tous les jours à Bénevent, étrient
en etat de rendre témoignage de l’éxaétitude , ou de la négli-
gence de ceux, qui partageoient avec eux le foin du Troupeau
dans la Province." Sur ces lumiéres, le Pape forma une partie
des Reglemens’, qu'il devoit publier dans fon Concile ; foit pour
cr CS CO à
+
_ ment de leurs Provinces(i).
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE, 445
confirmer, &.faire obferver tous ceux, quiavoient été portés LrwnrEk
dans les Synodes précédens ; foit pour perfeétionner davantage %LwT
ce qui étoit déja en régle ; ou pour prévenir, & écarter les Abus, -
qui auroïent pù fe gliller dans {a fuite. La pauvreté de quelques
Paroifles du Diocèfe attira d'autant plus les attentions du Pape,
qu'il fçavoit que lesmodiques Revenus de la plüpart des Curés,
ne leur permettoient guéres ni de foulager la mifére des pauvres, --
ni d'entretenir leurs Eglifes avec la décence convenable, Il
pourvüût à l’un & à l’autre , avec fa générofité ordinaire Il
diftribua plufieurs Ornemens Sacrés, & fit plufieursautres Libé.
ralirés. C’eft toujours un grand avantage pour les peuples, que
le Prince veuille bien entrer dans le détail de leurs befoins ; &
que le Pafteur ne regarde pas comme indigne de lui , de prendre
connoitiance de tout ce qui intérefle fon Troupeau. ”
Sur la fin du mois d'Avril, tous les Prélats, invités pour le 1xrv.
Concile, s'étant déja rendus à Bénévent; le Pape en fit l’ouver- Affembleur Com
ture le premier jour de May, par un Difcours fort patétique. Ne one
Il {e trouva depuis préfent à toutes les Gongrégations, & à
toutes les Seflions. 1] propofa toujours les Matiéres, qu’on y
Benoir XIIL
ee — re gg
. devoir traiter; & forma les Décrets, après que tous les.Peres
eurent dis leur Avis, & porté leur fuffrage, avec la-Liberté
Canonique, réceffaire dans les Délibérations Eccléfiaftiques.
Nous n'avons point vû les Aëes de ce Synode : maïs nous fça-
vons, que tout s’y pafla avec beaucoup d'ordre, d'unanimité,
& de nes L'Affemblée étoit aflez nombreufe ; puifqu’on y vie,
non feulement rousles Evêques Suffragans de Bénevent, mais
aufli plufieurs autres Prélats, & quelques Archevêques ; done
les uns avoient fuivi fa Sainteté, à fon départ de Rome; & les
autres étoient venus de différentes Provinces; oit pour traiter
des Affaires de leurs Eglifes ; foit:pour rendre leurs refpeéts au
Vicaire de JEsus-CHRIST, & prendre dans fon Concile, le
modéle de ce qu'ils devoient faire eux-mêmes, pour le Régle-
Cependant ce n'eft pas tant par le nombre, que parle mérite;
& la piété des Prélats, qui compofoient cette illuftre Affemblée,
e F5 DE ME UNS me R
(1) Menfe Maio Concil'um l'rovinciale in | Epifcopatü Melphis, & Rapollæ ad Archie-
Metropol:tana Ecclefa Beneventana celebra | pifcopatum Capuanum fuperiori ann0 1728
vit, Convenientibus illuc non folim Provin. | rranftulerat, & nuper Conftantinopolitanæ
ciæ Epilcopis , fed & aliis ex diverfis Regio-| Fcclefñæ titulo decoraverar. Ego quoque ibi
nibus Prælatis, tum ut Bened.@tum invife- | fui, qui firmo difcefleram, ut Sacra Apof-
rent ac vererarentur , tum ut irfolitam ac- | rolorum limina Romæ vifitarem ,&c. Archi,
tionem fufciperent, inter quos Mondillus| Firm, pags 11$9 _., . .. : .
Urfinus ejus ex Fratre Nepos , quem.,. ex] . . re
HS Ja tin res AS s
KKkK ii]
446 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRKES
Lirvaeez & fur-tout par la préfence du Chef, qui en éroit aufh l’Ame, &
XLVL lOracle, que ce dernier Concile de Bénévent doit ètre-diftin-
Benoir Xi, BUÉ > parmi tous ceux, | , durant l’efpace de plufieurs Siécles,
ont été aflemblés dans la même Epglile. Un Archevêque , qui
Lxv. s'écoit trouvé à celui-ci, parle avec complaifance de la maniére,
M sq dontle Souverain Pontifeagifloit avec tous les Evêques, comme
Brêques. avec fes Freres : chacun reçut quelque marque particuliére de
l’eftime, qu’il faifoit de tous. Il aimoit à les faire manger à fa
Table , toujours proprement fervie, & roujours frugale. Il fe
faifoic un plaifir, & un devoir de les confulter , de leur commu.
niquer ce qu’il penfoit, & de leur demander leur Avis ,tanc fur
les Réglemans qu’il iugeoit à propos de faire pour toute la Pro-
vince, que fur la maniére de les mettre en éxécurion. Après
ayoir célébré fon Synode , qu'il termina, comme il l'avoir com.
mencé, par un beau Difcours ,touchant les Devoirs des Pafteurs,
il exhorta tous les Evêques de faire, chacun dans fon Eglife, ce
qu'on venoit de faire dans la Métropole. C'eft, dit un Auteur,
ce qu’il recommanda plus particuliérement à fon Neveu, Ar-
chevêque de Capoue (1)
Le troifiéme de M1y le Pape avoit Sacré l'Abbé Acquaviva,
Archevèque Titulaire de. Philippopoli en Macédoine. Le 8 il
fit la Clôture du Concile; & le lendemain, la Tranflarion des
Reliques de Saint Barthelemi , qui furent placées fous le Grand
Aurel de l'Eglife , bâtie, & rérablie depuis peu par les foins de
Lxvr. fa Sainteté, en l'honneur de cet Apôtre. Pendant que les Evê-
Termine un ques, après toutes ces Solemnités, s’en retournoient dans leur
Free Diocèfe, Benoît XIII expédia un grand nombre d'Affaires,
donna Audience à plufieurs Seigneurs , & à bien des Eccléfiafti.
qnes du Royaume de Naples; accorda aux uns quelques gra-
ces, qu’ils étoient venu folliciter ; termina les différens de quel-
ues-autres ; & figna lufieurs Expéditions de la Darerie, qui
sé auffitôt envoyces au Cardinal Corradini Dataire. A la
priére de quelques Cardinaux, fa Sainteté confirma vers le mème
tems la nouvelle Congrégation , apellée des Vierges Nobles,
crigée dans le Diocèle d’Aquilée , fous le nom de Mzi/on de
Charité, @ de Doétrine Chrétienne. La Régle, & les Conftitu-
tions de cer Inftitut de Piété parurent mériter l'approbation du
Saint Pere , qui en fit l'éloge dans le Bref, dont il honora les
(11 Benedi@tus fummzæ benignitatis offi- [ denter ftatuere : Neporem verè hortari , ut
ciis excipere Præfules, ad menfam in com-| quæ ipfe in Archiepifcopatu Beneventano
muni Cænaculo adhibere, fplendidé quidem} præftiterar, ageret ille in Capuano , &x,
ad fobrietatem , parcè ad luxum paratam ;| Archi, Firm, p. 116.
& de re Ecclefaftica Provinciæ illius pru-8
CR- °° -
SET *°
Ts
k æ
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. «#47
deux Fondatrices. Il en adrefla uñ autre au Grand- Maître Livr®
de la Religion de Malte , pour lui témoigner la fatisfa@ion, xXLYE
qu'il avoit eû d'apprendre l'heureufe Expédition du Chevalier
Deoulx, contre les Corfaires de Barbarie, & lui recommander Bsnoîr XIIL
ce Chevalier François, pour la premiére Commanderie, qui
Vaqueroit. | .
Toutes les perfonnes , de quelque Etat, ou Condition qù’elles
fuflent, qui marquoient.du zéle pour la Religion, & qi em
ployoïent leurs talens , pour l'honneur , ou la défenfe de l'Eglife,
méritoient par cet endroit les aetentions d’un Souverain Ponti.
fe, qui n'étoit occupé lui-même que de cet Objet, L’Aimout
infini de JEesus-CHRI1IST pour l’Eplife, qu'ilaacquife par fon
ropre Sang , tout ce qu’il a opéré de grand & d’inéfable pour
fe Salut des Ames, éroit le motif, & la régle de cec Amour, qué
le Saint Pape portoit à cette chafte Epoufe de l'Homme-Dieu +
& le zéle, dont il étoit dévoré. pour la Maifon du Seigneur ,
fembloit renouveller tous les jours fes forces, afin qu’il foutint
long-tems un travail, trop peu proportionné à celles, que la
nature pouvoit lui fournir. Nous omettonsici les autres Actions:
& le détail des pieufes Libéralités de Benoît X1IT, pendant les
quinze jours, qui s'écoulerent depuis la derniére Seflion de fon
Concile , jufqu’au moment de fon départ. Ce départ étoit fixé Lxvrr.
au 2 3 de May ; & cout le Peuple de Bénévent n’en voyoit appro- Donne fa der.
cherle terme, qu'avec un regret infini. On peut juger que les iun Peuple chéri,
tendres Adieux furent d’autant | fenfibles au Pafteur., & au & confterné de
Froupeau, que c'étoit pour la derniére fois , que cette Egkfé NL
privilégiée devoit jouir de la préfence du Pontife, qui l'avoit
cultivée , inftruite, enrichie, & ornée æwec tant de foin; & qui .
ne pouvoit cefler de l'aimer. Il ne fortit point du Territoire dé
Bénevent, fans y donner fa Bénédi&ion ; & fans prier le Souve
rain Pafteur, d'entretenir par fa Grace, & d'augmenter toujours,
dans les cœurs des Fidéles , ce feu de la Charité, qu'il avoit
voulut y rallumer par fes Exemples, autant que par fes vives ‘|
& fréquentes exhortarions. | ni: DIN
Tous les chemins, depuis Bénévent jufqu'à Rome, furent LXVIII
RE continuellement remplis d’une foule de peuplé ; & Ké$ LesPeuplesreme
Villes, aù le Vicaire de Jesus-CHRisT étroit ‘attendu , né PRE a
Pouvoient contenir la muicirude des Fidéles, qui s'y rendoient Pere doi pèlee,
de tous les environs, pour fe procurer, difoiencils, lebonheur :
de voir le Saint , & de recevoir {a Bénédidion. Il célébra la
Fêredel’Afcenfion à Capoue, & telles de la Pentecôreà Albano :
Où il apprit d’abord la mort du Cardinal de Noailles, Arehe-
CORRE
Livre
XLVE
Benoîr XII.
€:
L 9
LXIX.
Joye des Ro-
mains à fon arri-
vée.
L'X X.
11 diftribue fes
Dons , & fuppri-
ni des Impôts.
LXXI,
Continuation
des Fonctions Paf-
torales,
:
.… LA .
448 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
vêque de Paris, à qui fa Sainteté ‘avoit donné depuis peu le
Titre de Sainc Sixte ; & celle du Cardinal Selléri, Religieux de
Saint Dominique, autretois Maître du Sacré Palais, & honoré
de la Pourpre Romaine par Benoît XIII, qui lui avoit donné
le Titre de Saint Auguftin. Si certe nouvelle afflig:a le Saine
Pere ; il eût en même temis un fujet de confolation , par la par-
faite réconciliation du Chevalier de Saint George (appellé à
Rome le Roi d'Angleterre ) & de la Princefle Clémentine
Sobiefki, fon es L'un & l’autre étoient venu faluer le
’ape à Albano , avec leur Fils Aîné , le Prince Edouard, qui
reçut dans le même lieu le Sacrement de Confirmation, des
mains de fa Sainteté (*). _ |
-_ L’empreflement du Peuple Romain pour le retour du Souve.
rain Pontife, paroïfloit eoujours d’autanc plus grand , qu'il'étoie
un peu intereflé Sa joye fut parfaite le ro e Juin, que Be-
noïît XIII entra dans Rome, vers les deux heures après midi.
Il alla defcendre d'abord à l’Eglife de Sainte Marie Majeure; où
les Cardinaux, les Prélats, les Miniftres Etrangers, le Sénar, le
Gouverneur de la Ville, & la principale Noblefle l’actendoient
pour lecomplimenter, fur fon retour. Le Pape fe rendirenfuite à
Sainte Marie fur la Minerve , pour voir le Général des Domini-
cains;arrêté par une maladie ; de H il alla faire fa Prières dans l’E-
glife de S, Philippe de Néri. Les ruës qui conduifent au Vatican;
étoient bordées de Soldats fous les Armes, & un détachement
de Cuiraffiers fuivoit fa Sainteté: à quelque diftance, pour em-
pêcher la trop grande foule du peuple. Le même jour le Pape
fit diftribuer une Aumûne par tête à plnfieurs milliers de per-
fonnes ; peu de jours après, il fupprima une partie des Impofi-
tions, miles fur diverfes denrées, & Marchandifes ; difpofé à
accorder au peuple l’entiére abolition des Impots , qui lui étoient
à là :ilordonna qu'on prit lesarrangemens néceflaires pour,
LÉ do 15, , QUES nie oil mi
…. Ni les fatigues du voyage ; ni cette fuite d’occupations , qui
ne laifloient guéres de momens vuides, que pour.l priére,
n'empéchérent pas que le Pape, le lendemain de fon arrivée,
ne fit dans l’Eglife de Saint Pierre ,.une Ordination de quatre-
vinot-dix. Eccléfiaftiques ; qu'il.ne fe trouvât,, avec le Sacré
Collége, aux Offices Divins, & qu'il ne tint la Chapelle Pon-
{) Un Journal , dent Auteur ne fe fait tion , 1°. dans fon Palais, lorfque fon Cas
pas toujours , parle de cette Cérémonie en] det fur baptifé par Sainteté ; 2°. le $ de Juin
trois ditférentes occafons , & la place dans! 1729 , à Albano; 3°. dans la Chaprlle de
des tems différens. Selon cet Ecrivain , lef Sixre à Rome, le 3 de Juillet. L’crreur eft
Prince, Edouard ayroijc reçu la. Confima-| riüble, : … . UE | |
: Pi LYS
"‘tificale
=. DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 449
tificale accoutumée , pour les Fêres de la Sainte Trinité,& du Livre
Saint Sacrement. Sa Sainteté continuoiït en même temsàä donner XLVIH
fes Audiences , non-feulement à fes Miniftres, & à ceux des Binoir xIIl,
Princes, & des Républiques, maïs quelquefois aufli à toutes
fortes de perfonnes : car ayant pour tous fes Sujets, & pour rous
les Fidéles, la Charité d’un Pere, il ne mettoit point de difié-
rence entre le Noble & le Roturier, entre le Riche & le Pauvre,
mr il s’agifloit de rendre à chacun la Juftice , qu'il avoit droit
e demander. Avec le même zéle, qu'on le vit s’'employer pour
remettre la paix, & la bonne intelligence, dans la Maïfon d’un
Prince Romain , en terminant tous les differends entre la Veuve
du Prince, fon Héritier, & fes autres Enfans ; on le voyoit
veiller à empêcher, que le fimple peuple ne fouffrit , foit de la
violence des Grands , foit de la cupidité de ceux , qui étoient
chargés de vendre, ou de diftribuer les Vivres,
Nous avons remarqué ailleurs, que dans le tems du prémier Lxxt1..
Voyage du Pape à Benévent, plufieurs Corfaires de Barbarie ie D
ayant fait une defcente dans le Lieu , apellé les Eaux de Sainte Lie depuis plus
Félicité, y avoient enlevé quelques sig familles de la Cam- de deux ans par les
agne , & les avoient tranfportées fur les Côtes d'Afrique; où te du
ils les retenoit dans un rude efclavage. Le Saint Pere n’en avoit
pas été plutôt inftruit, qu'il avoit donné tous les ordres, qu'on
jJugea néceflaires , & qui paroïfloient fufffans, pour procurer
fans beaucoup de délai la Liberté à ces Captifs. Mais cette dili-
gence même fic peut-être comprendre aux Infidéles, qu’en fe
montrant difficiles, ils feroient monter bien haut la Rençon,
qu'il leur plairoit de demander ; pour rendre leurs Prifonniers.
Cela leur réuffit jufqu’à un certain point, & la Rédemption des
Efclaves fut différée. Pendant que fous l’injufte Domination de
# leurs opprefleurs, ils gémifloient dans une Terre étrangere,expo-
{és à perdre la Foi, & déja peut-être oubliés de leurs proches,
le Saint Pape ne pouvoit les oublier, ni cefler de prier , & de
faire agir pour eux. En un mor, il ne voulut épargner ni foin,
ni travail, ni argent, jufqu’à ce qu’il eut enfin la confolation
de les voir rendus à eux même , & à leur Patrie, Ce fut le 20
de Juin de cette année, vingt-fix mois depuis leur enlevement,
qu'ils arrivérent d'Alger à Rome, au nombre de trente-quatre
De Deux jours après le Pape les reçut, & leur parla avec
eaucoup de douceur; les exhorta à rendre Graces Dieu, de
leur Liberté ; & à s’en fervir déformais pour remplir plus éxac_
tement tous les devoirs de la Religion. ES leur avoir donné
fa Bénédi&ion, & quelques Aumônes, il les renvoya contens à
Tome VLZ, | / L 11
LIVRE
XLVI.
nement
BENoîr XIII.
RENE ER?
LXXIII.
Courage, & fer.
meté du Pape dans
Jes plus vives dou-
leurs.
IICor. V,t,2, 3:
LXXIV.
Il ne peut dif-
continuer, ni mo-
dérer le travail,
Archi. Firm, fe 117 |
450 HISTOIRE DES HOMMES ILEUSTRES
Sainte Félicité. Je ne fçai pourquoi unilluftre Auteur met cet
Evénement dans l’ Automne (1) ; puifqu'il eft certain qu'il arriva
au commencement de l’Ete.
Certe faifon, peu favorable à quelques peuples d'Italie (*}, ne
le fut pas davantage à la fanté du Pape. I fouffroit toujours fans
fe plaindre ; mais tl n’en fauffroit pas moins; & files Médecins
réufirent à lui perfuader d’ufer de quelques legers Remédes, où
à modérer un peu fes aufkérités ordinaires ; il ne paroît pas qu’il
{e foir moins livré à la vivacité de fon zéle, dans l'exercice
prefque continuel des faintes Foné@ions. La Maxime de Be.
noît XIII ( qui fera toujours celle des bons Pafteurs) éroit qu'il
importoit peu au bien de l’Eglife, que fa vie fue plus ou moins
longue ; mais qu’il importoit beaucoup à lui-même, qu’elle fue
toute employéé au Service de Dieu, & du prochain; à l'avantage
du Troupeau ,& à fa propre perfection. Il pouvoit dire, avec
Saint Paul, dont il fe glorifioit d’être le Difciple: « Nous fça-
» vons que fi cette Maifon de terre, où nous habitons.,, vient à
» fe difloudre, Dieu nous donnera dansle Cielune autre Maifon,
» qui nefera: paint faite par les mains des Hommes, & qui durera
» éternellement. C’eft ce qui nous fait foupirer dans le défir,
» que nous avons d’être revêtus de la gloire , qui eft cetre
» Maifon Célefte ; fi toutefois nous fommes trouvés vêeus , &
» RON pas ns ». |
Toujours ferme fur ce principe, & dans certe À mt wr le
pieux Pontife ne penfoit conrinuellement qu’à fe revétir de
JEesus-Currsr, & de fa Juftice, ouà acquérir de nouveaux
mérites, par l'exercice des bonnes œuvres. Ses forces corpo-
relles diminuoient fenfiblement, elles s’affoiblifloiens tous les
jours : & cependant, ajoute un Hiftorierr, fon application éroit
la même, à rout ce qui pouvoit intérefler la Gloire de Dieu, &
l'honneur de la Religion , ou du Saint Siége (2): Dans les moin-
(x) Ar non levis Benedito cura, quod{Lieux, d’un ‘Fremblement de terre. Celui
fub terpus itineris fui Beneventum verfus ,| donc les facoufles fe firent fentir dans la
Barbari Piratæ ad Montein Circejum plures | Tofcane, la nuit du 21.au 23 de Juin , cau-
Pontificiæ Ditionis familias intercepiflenc , | fa de grands dommages dans les Villes de
& in miferam adduxiflenc fervitutem: De |Florence, & de Prato, & à fix ou fept lieues
redimendis igitur: captivis tantus ei ardor faux environs |
incef{t ut neque ftudiis ,neque Oficiis , fed] (2) Menfe Sextili balneis in Vaticano
neque pecuniæ parceret, cûm Redemptionis [ufls, quibus ipfe quotannis uti confueve
us. maturarer ; votique compos faétus | rat; fed corporis viribus fenfim deficienti-
ft: fi quidem fub Autumoum ejufdem an- [bus nihil à laboribus remperabat : eadem in
ni captivos omnes à Barbarorum fervitute | facris aétionibus , eadem in audiendis fingu
redemptos libertati , ac Patriæ reftituic.|lis, eadem.in expediendis Sedis Apoftolicæ
" Enegatiis , arque lis. marimè,, quæ Religios
nem fpeëtabant | fedulitas ; &c. Ash,
Fmpags Tr7.. °
(+), Les orages furent fréquens., les tem-
pêtes violenres , & fuivies , em quelques
DE L’ORDRE DE S. DOMINIQUE. #4sr
dres chofes, comme dans les plus grandes ; dans les adions, Livre
qui ne pouvoient appartenir qu'a un Souverain, & à un Souve- X LVL
rain Pontife, comme dans celles que la feule pieté lui faifoit Benoir XIII,
entreprendre, on le retrouvoit toujours le même, toujours ani- ne
mé du même efprit. On fut également édifié, & touché du LxxV.
Difcours, qu'il firle 2 6 de Juin, dans l'Eglife de Sainte Marie Sa Sainreté dose
fur la Minerve, lorfqu’après avoir donné, de fes mains, l’Habit Dominique à
de Saint Dominique aux deux Neveux de l'Avocat Zoannelli, deux jeunes Ro-
il reçur l’Abjuration d’un Gentilhomme Ecoflois, qui avoit long- P'abiurarion d'un
tems vécu dans l’Héréfie, féparé de la Vériable Eglife de Gentilhomme
Jesus-Curisr. Le zéle dela Foi, & du falut des Ames mie Ecofois.
dans la bouche du Saïnt Pere, ce qu’il y avoit de plus capable
d’exciter dans le cœur du nouveau Converti, tous les fentimens
dont il étoit lui-même pénétré : fentimens d’hymilité , & de
défiance de fes propres lumiéres, qui fe changent en ténébres,
lorfque , pour punir l’orgueil de l'Homme , Dieu retire de lui
la Lumiére de fa Grace, & l'abandonne aux égaremens de fon
Efprit, à la corruption de fon Cœur, à la T'yrannie de fes pafhons:
fentimens d'Amour, & de reconnoïflance envers la Divine Bon-
té ; qui fait éclater, quand il lui plaît, fa grande Miféricorde,
en fémant des épines fur lesvoyes du pécheur, & en le cherchant
pour le fauver or ue lui-même court À fa perte, & fe Pa a
d’abîme en abîme : fentimens enfin de contrition & de douleur
du pañlé, de fidélité, & de précaution rs l'avenir.
Si en faifant rentrer dans le Bercaïl cette Brebis autrefois
cgarée , le Vicaire de Jesus-CHR1ST voulut lui remettre
fous les yeux une partie des Devoirs , qu'il auroit à remplir pour
répondre à cette faveur, fon intention n’étoit pas feulement
d'inftruire le nouveau Catholique, & de l’aermir dans les heu.
reufes difpofitions , où la Grace l’avoit déja mis : fon deflein
étoit encore d'en inviter plufieursautres à fuivre le même Exemi
ple ; & d’avertir les anciens Catholiques, de ne poinc préfumer
d’eux même ; maïs de fe fouvenir, que s’ils fe glorifient de leur
Foi fans en faire les œuvres, leur Foi les condamnera un jour;
uifque ce n’eft que la Foi opérante par la Charité, qui nous
juftifie. Eh, / Egfées apr fur cet Article avec plus de
grace, & de fuccès , que le Saint Pontife , en qui la Foi fuc
toujours fi vive, & la Charité fi agiffante ? C’eft faire pref.
que l'éloge de ces deux Vertus, que d'écrire l’Hiftoire de Be-
noît XIII.
Depuis que fon état de défaillance , ou d’affoibliflementallar- LXXVI
moit ceux , qui s'incérefloient davantage à fa der ir in , 1e Louffrances, & le
452 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Live vit-on moinsaflidu autravail, ou moins conftant dansfes veilles,
XL VI.
& fes longues Oraiïfons ? Si nous ne craignions d’ennuyer le Lec-
a teur, nous pourrions bien faire une efpéce de Journal des aétions
CASE Er Saint Pere, pendant les fix ou fept derniers mois de fa Vie:
sravail, par une mais il ne feroit
Priére conti-
puclle,
pas auffi aifé de repréfenter , comme il faut,
l'application de fon Efprit à une priére prefque continuelle, &
la joye de fon Cœur dans ce faine éxercice. C'eft par cet endroit
u’il fembloit vouloir fe dédommager, lorfque la maladie le
me t de modérer un peu le travail , ou de fufpendre quelques
fonétions du divin Miniftére.
Les douleurs d’eftomach dont il étoitfréquemmentatraqué,
étant plus violentes le cinquiéme A pis ,il ne pût monter
au faint Autel ; & il fe contenta d’affi
er au Sacrifice, qu’il au-
roit voulu offrir. Cela ne l’empècha pas de tenir lé lendemain
matin un Confiftoire fecret, dans lequel, après avoir propolé
dix ou douze Sujets, pour autant d'Evêchés, ou d’Archevé-
ches (*), fa Sainteté créa deux nouveaux Cardinaux , qu’elle
propofa au Sacré Collège, par ce petit Dicours: |
LXXVIL LÉ mnt das Le jour de
Difcours de Be- l'O&ave des Apôtres Saint Pierre
noît XIII dans le & Saint Paul ,au Tombeau defquels la
Coufftoire fecret Divine Miféricorde a voulu que nous
rt #_ fuffions aflis, quoique fans aucun méri-
nouvelle Fête à célébrer. Celle que nous
avons folemnifée , il y a huit jours, par-
mi les Cantiques de Louange, dont
cette Ville retentifloit, nous efpérons,
fous la Proteétion des Princes des Ap6-
tres, la terminer d’une maniére , qui
en contribuant à la Gloire de Dieu,
& à l'Honneur de la Sainte Eglife Ro-
maine, fera aufli pour vous un fujet par-
ticulier de joye , & d’applaudiflement :
car des trois Places actuellement vacan-
tes dans votre Sacré Collége, notre in-
tention eft d’en remplir de aujour-
Lxxvirr, hui, par la Création de deux Cardi-
Création de deux faux; qui font notre Vénérable Frere
Cardinaus, l'Archevêque de Trajanopolis, François
Borghefe , Majordome du Palais ; & no-
te de notre part , nous préfente une
J7£* ERABILES Fratres. Fef-
tiva recurrit dies Oilava Sa::c-
torum Apoflolorum Petri © Pauli,
apud quorum Vener abile Sepulchrurr,
smmerito licer , divina nos parsentsa [c-
dere volus. Solemnitatem idcirco i,-
fam , quam propria univer(e nofira
Urbis exultatione venerat: fumus,
nova , ac fpeciali hodie , fab corum-
dem Saniiorum Apoftolici Senatns
Principum patrocinio , Collegiÿ veffri
leriia , ac plaufs concludendam fore
confidimus , dum ad Onvriparentis
Dei Gloriam, fanilaque Romane Ec-
clefie honorem, duos hac ipfa die, ex
tribus qui veftro idem Collesia de
funt Cardinales creare intendimus,
videlicer Venerabilem Fratrem Fran-
cifcum Archiepifcopum Trajampol:-
tanum , Sacrs nofftrs Palatis. prefec-
tums © Venerahilem Fratrem Vin-
centinm Ferrerium nofiri Ordinis
Pradicatorum, Sacre Theologie Ma-
tre Vénérable Frere Vincent Ferreri, de gifrum, © in publicis Unsverfita-
(*) M, de Vintimille, Archevgque d’Aix, [ARE de Paris. - 0
fu précunifé dans ce Confiftaire ,. pour
Ses è
vn *
}
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 455
tibus per plures annos Ariium, ac Ordre des FF. Prêcheurs ; Docteur en
Sacre Doitrine Letlorem laudatiffi- Théologie, qui a long-tems enfeigné
mur, Epiftopum modo Alexandri- avec honneur la Philofophie , & les
Livre
XLVI
num, Chm enim alias in Confiflorio Saintes Lettres dans des Univerfités pa BrNoît XITE
LE
nofiro fecreto die ix Decembris1726 bliques, & qui eft à préfent Evèque
tres, ac quatuor ctiam, nofiri cjuf- d'Aléxandrie, Vous n'avez point oublié,
dem Ordinis Cardinales, uno eodem- que dans notre Confiftoire fecret du 9
ge tempore , © .tunc pariter dum de Décembre 1726 nous vous fimes re-
nosCardinalatñs honore frucbamur, marquer , qu'on avoit vü en même tems
in Romana Ecclefis extitiffe retuleri- dans le Sacré Collége , trois ou même
nus, baud mirum idcirco fit , uno quatre Religieux de Saint Dominique,
“fi à vivis nuper avulfo (duo namque Ce ue nous avons éprouvé lorfque nous
feliciffimé florent) landande féilicer étions nous-mêmes honorés de ta Di-
-memoris Cardinali Selleri, tertium gnité de Cardinal.On ne fera donc point
guox fubflituere cogitemus, Ce. . furpris fi cet Ordre ayant déja Élu un
de fes trois Cardinaux, par la mort du
| Cardinal Selleri d’heureufe mémoire,
. nous ne différons pas de lui en fubftie
tuer un autre, &c,
Tandis que dans [a Ville de Rome, on faifoit les réjouiffances
accoutumées pour la Création de ces deux Cardinaux, le Pape,
retiré avec fes Freres dans le Couvent de Saïnt Sixre, conti-
nuoit à s’y traiter moins en malade , qu’en pénitent. On le trou-
voit des premiers au Chœur, & à tous les éxercices réguliersz
occupé de telle forte de l’Affaire du Salut, qu’il ne perdoit point
de vuüë celles de PEglife, & de l'Etat. Auffñ donnoit-il toujours
les Audiences néceffaires, & afliftoir quelquefois aux Affem-
blées des Cardinaux; tantôt dans la Congrégation des Rires,
pour la prochaine Béatification de quelques faints Perfonna-
es ; & tantôt dans celle de Ia Propagande, pour le sa Ve de
l'Evangile. & des Mifions dans les Pays des Infidéles. Ce fur
dans une de ces occalions, que fa Saïinteté fut informée, que
plufieurs Prédicateurs de la Foi, & quelques Catéchumenes
LXYXIX,
Quelques Chré=
tiens fouffrent le
s Chine.
parmi lefquels avoit des Parens de l'Empereur de la Che Dore
venoient de fouffrir le martyre pour la Confeflion du Nom de
Jesus-CHrisT. Après avoir rendu de dignes A&ions de.
Grace à Dieu, qui avoït foutenu Îe courage de ces généreux
Confeffeurs, le pieux Pontife fit encore de ferventes Priéres,
pour qu’il plût au Seigneur de Vifirer fa Vigne, d’y envoyer
de nouveaux Ouvriers, & de renouveller parmi les Nations, ce
qu'on avoit vü dans la Primitive Eglife ; où, felon l'expreffion
d’un Pere, le Sang des Martyrs étoit une femence de Chré-
tiens. ou
LIlij
Liver
XLVI.
Benoîr XIII.
Ssmenmnoememncmn if
LXXX.
Le Pape veille
à la füreté des C6-
tes Maritimes; &
au fouligement
du Peuple.
LXXXI,
Fait punir deux
fins.
LXXXII
Autre Ate de
Juñiçe,
LXXXIII.
Libéralités,
54 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Parmi ces aétions de Religion, & de Piété, le Saint Pere en
faifoit aufli plufieurs , qui regardoient le Gouvernement, le
mainrien des Loix, & la défenfe de fes Peuples, ou leur fureté. Il
fitarmer fes Galeres contre les fréquentes incurfions des Pirates;
& marcher fes Cuirafliers , vers les Côres d'Italie, où les Cor-
faires de Tunis, & d'Alger paroifloient avec plufieurs Galiotes
Armées, pour tenter une 7 Il voulut, que les Ordres
déja portes, foit contre les Boulangers , qui vendoient le pain
mal tonditionné, ou à faux poids ; foit contre ceux qui s’opiniä-
croient à faire fortir de l'Etat Eccléfiaftique, des fommes confi-
dérables , pour les Loteries de Gënes, fuflent éxécutés à la
rigueur ; & les coupables foumis à toutes les peines qu’ils méri-
Loient, tant pour avoir méprifé, ou violé les Ordonnances , que
pour le préjudice qu’ils portoient au Public.
Deux Scélérats , qui, après avoir affaffiné un Homme,
s’étoient refugiés dans la Baflique de Saint Pierre, éprouvérent
auf la jufte févérité du Pontife, dont la clémence auroit été
une véritable cruauté, s’il avoit pü laiffer impunis ceux, qui à
deffein répandoienr le fang humain : auffi avoit-il éxpreffément
déclaré, que ces fortes de Criminels né devolent point trouver
un afyle dans le Lieu Saint. Ceux-ci en furent donc atrachés par
ordre de fa Sainteté, & conduits dans les Prifons, pour être
jugés, & punis felon les Loïix. On n'applaudit pas moins à la
fagefle du Pape, dans la maniére, dont il en ufa envers une cer-
taine Confrairie ; qui jouiffant d’un Revenu de cinq cens Ecus,
étoir en pratique d’abufer pour les plaifirs de quelques Particu.
liers, de ce qui ne lui avoit été confié, que pour fervir à des
Œuvres de Pijété, & de Charité. Sa Sainteté, pour n’être point
furprife ,éxamina avec foin le Fait; & ayant reconnu que l’Abus,
dont on fe plaignoit , n'éroit que trop réel, & trop ancien,
elle priva par un Bref cette Confrairie du Revenu, & du Fonds,
qui le rapportoit ; donna l’un & l’autre aux Peres de la Miffion;
& voulut qu'une partie de ces Biens fut employée au foulage-
ment des Pauvres, & l’autre à l'entretien des Miniftres, deiti-
nés à porter la Lumiére de la Foi chez les Nations Infi-
déles. |
Nous ne parlérons point de plufieurs Libéralités , qué Be-
noît XIII continuoit de répandre ,avéc fa générofité ordinaire,
fur les particuliers , les Hôpitaux, les Eglfes , & les Familles. IL
prévenoit les demandes, & prefque les défirs des Cardinaux,
dont les Revenus n’étoient pas confidérables : il augmenta de
quatre mille Ecus Romains, la Penfion du Chevalier de Saint
:DE-L’ORDRE DES DOMINIQUE. #45ss
George, & la porta à dix-huir mille Ecus. If donna à ce Prince Livre
une nouvelle marque de fon attention, & de fon amitié ,en lui XEVI.
préfentant l’Hiftoire des Rois Catholiques d'Angleterre, impri- Er
mée depuis peu à Ravenne , en deux Volumes i#-foio, par les me”
foins du Cardinal Marini. Sa Sainteté voulut bien recevoir aufit
le préfene , que ce même Prince lui fit, d’une petite Colonne
d’or, à laquelle étoient attachées les Keliques, queS. Edouard;
Roi d'Angleterre, dit le Martyr , avoit fur lui, lorfqu’il fut
affafline lan 978 (*).
" Ce qui releve davantage les Libéralités de Benoïîe XIE, c’eft LXAXIP:
{nous l'avons déja remarqué) qu'il ne vouloir être généreux qu'à Les ar
qu’à fes dépens. El fe retranchoitaàfoi même ; & il dépendoit fort oo
#8 , Pour pouvoir donner beaucoup. Maïs autant qu’il étoit
ibéral & magnifique dans la diftribution de ce qui lui apparte-
” noir, autant fe montroit il difficile à accorder certaines graces,
lefquelles , quoiqu’accordées pour un bien ee , Incommo-
dent toujours les Particuliers. Un Prince Catholique d’AHema-
gne demandoit fa Sainteré, qu’il lui fut permis de lever les Déci-
mes fur tous les Biens Eccléfiaftiques de fon Eleétorat. Le motif
de la demaude paroiffoit raifonnable, & en faveur de la Reli-
gion, puifque ce Secours lui étoit néceflaire pour pouvoir entre-
tenir un nombre de Troupes , capable d'empêcher les Pro-
téftans du Palatinae de rien entreprendre, au préjudice de l'Egti.
fe, ou de leur Souverain. Aufl: avoit il obtenu autrefois cette
permifhon ; & il en faïoit folliciter la continuation par des per.
fonnes, qui avoïent beaucoup d’accès auprès du Pontife, N'éan- LXxxXv:
moins le Pape ne fe preffa point de donner une réponfe pofitive : es ue
il eût fur ce fujet de fréquentes Conférences avec quelques Lanta e
anciens Cardinaux ; il remit enfuîte l’Affaire au Jugement de Clergé.
la Rote; & ce ne fut qu'après la décifion de ce Tribunal, que
PEle@eur Palatin obtint enfin du Saint Pere ce qu’il défiroit;
Une longue expérience avoit fait connoître au Vicaire de } ESUS-
CHRIST , qu'à proportion que les Eglifes font pauvres, le Ser-
x): Ce religieux Prince, né vers l'an 961,1 Son Corps, jetté d’abord' dans un Marais
& baprilé par S, Dunftan, Archevëque de| écarté, fur découvert au mois de Février de
Cantorberi,, n’avoit que dix ans quand il| Pannée fuivante, & enterré avec honneur,
paovint à la Couronne ; & feize lor'qu’il la] On en fit depuis plufieurs Tranflations, o
erdit avec fa vie, par la méchanceté de fa] l'expofa à la venéiation publique ; & on
elle-mere Alfrede; qui, pour faire mon-{inftitua des Fêtes, que les Anglois célé-
ter fur le Trône fon propre Fils Ethelrede,| broient en fon honneur, le 18 de Mars, le
eorrompit quelques Officiers; & fe defit par| 18 de Février, & le 20 de Juin : ce qui a
leurs mains, du jeune Roy, dans le Chheau | fubffté jufqu’à la prétendue Réforme de leur
de Corffe, au Comté de Dotfer, où Edouard| Eglife | &c. A4, Sen&, Tom. Il, Mars
écoic venu lui rendre vifive le 18 Mars 978.! pag. 639, Ge |
Livre
XLVI.
Bexoir XIII
menée if
LXXXVI.
Continue à don=
ner de beaux
éxemples de défine
F ' lement, & de
| géle,
LXXX VII.
Application aux
Affaires du Gou-
456 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
vice Divin eft ordinairement négligé, & le peuple laiffé à fa
mifére fans Secours , & fans Confolation. C’étoit peut-être la
principale raifon , qui le rendoit fi difficile à permettre qu’on
rouchat, fans une exprefle nécellité , aux Biens Ecclefiaftiques;
quoiqu'il n’ignorat pas d’ailleurs , qu’il n’eft que trop de Bénéfi-
ciers, dont la dureté pour les Pauvres, & la cime dans
l'accomplifflement de leurs autres Devoirs, femblent croître à
mefure qu’ils deviennent plus riches. |
Je ne fçai fi rien pouvoit être plus propre à corriger, ou à con-
fondre, ces Infidéles Pafteurs, dont la condamnation eft pro-
noncée d'avance par les Prophètes, que l'exemple même d’un
Ponrife, qui depuis plus de cinquante ans combartoit leur dou.
ble fcandale, par fes a&tions encore plus que par fes Difcours.
Dans les différens dégrés d'honneur , par où la Providence
l'avoit fait pafler, il ne connut jamais les richefles que pour les
répandre ; & jamais il ne goûta d'autre plaifir, que celui de
pouvoir avancer l'Œuvre de Dieu , en travaillant au Saluc des
Ames, dans l’éxercice des faintes Fonctions. Arrivé déja au
bout de fa Carriére, il tiroit encore des forces de fa foibleffe,
pour continuer à {ervir, & à édifier toute l’Eglife Chrétienne.
Ni cet état de langueur, ou d’épuifement, qui augmentoit tous
les jours, ni les chaleurs de l'Eté, qui , cette année , furenc
exceflives à Rome, & dans coute lItalie , ne purentempêcher,
que Benoît XIII ne fit à peu de chofe près, tout ce qu'il avoit
coutume de faire dans la meilleure fanté , & la faifon la plus
favorable. Sur la fin de Juillet, fa Sainteté alla pofer la premiére
is de la nouvelle Eglife de Saint Blaïfe, & fit placer dans
s fondemens une Cafette de fer, pleine de Médailles d'or,
d'Argent, & de Bronze. Dans le Confiftoire fecret du 3 d’Aoûr,
Je Pape remplit plufieurs Sièges Vacans ; & nomma quelques
Evèêques Ticulaires, pour ceux qui font fous la Domination des
Infidéles. Après le Confiftoire , il donna une longe Audience
au Cardinal Prodataire , au fujet de quelques Expéditions , déja
préfentées à fa Sainteté, & qu'elle n'avoit pas jugé à propos de
figner. On ne nous a point appris les motifs de ce refus : mais
on ne peut douter que ce ne fut par des motifs de Religion, &
_ Confcience : Benoît XIII ne confulta jamais d’autres Ré-
es.
Dans les fréquentes Congrégations, que le Pape faifoit tenir
en fa préfence, au Vatican , il voulutavoir l’Avis des Cardinaux,
vernement, & de tant fur diverfes Affaires du Gouvernement, & en particulier
l'Eglie,
touchant les monnoyes ; que fur les moyens, qu'on pourroir
| prendre
.!” DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE.: gs
prendre pour garantir les peuples de l'Etat Eccléfiaftique, desfui, L;:Yn 2
tes facheufes, qu'une longue fécherefle faifoit juftement appré,s XLYI.
hender. Dans une de ces Congrégations, il fucréfolu d’ériger un
nouveau Mont de piété; & de faire acheter des Grains, pour la
fomme de cent mille Ecus. Sa Sainteté travailloit en même tems,
& faifoit travailler en diligence dans la Congrégationdes Rites,
à mettre la derniére main à toutes les. formalites requifes, pout
décerner les honneurs religieux , à trois ou quatre Serviteurs
de Dieu, décédés dans une haute opinion de faintepé: Sur,ceg - L
Article, il ne falloit point follicicer le zéle de Benoït XIILE : car
cèux qui s’intérefloient le plus au culte de leurs Saimts.; & de * "7" © -
leurs Bienheureux , le fouhaitoient peut-être avec moins d'ar-
deur, que le Pape n’en avoit à le procurer. Mais cette ardeur ne
Jui fit jamais négliger aucune des régles prefcrires ,. & en ufage
dans l’Eglife Romaine, A vant la fin du mois d’Août, fa Sainteté re. Fr
mit dans le Catalogue des Bienheureux, le célébre Vincent de quiques Servir
Paul, Fondateur des Prêtres de la Million de France , & des teurs de Dieu.
Sœurs de la Charité. Pendant qu’on continuoit les Congréga. et
tions, & les Examens, pour la Béacification de Jérôme Emiliano, Archi Firm. p.11
Fondateur de l'Ordre des Somafques, le Pape fit publier, le huis
de Septembre , le Décret de la Canonization de la Bienheureufe
der Falconiéri, Religieufe de. l'Ordre des Servites : & lé
ixiéme d’'Oë&obre, il fit la Béatification du Vénérable Pierre
Ferrier, Chanoine Régulier de Saint Auguftin, de la Congré-
| gation de Lorraine... …, : . ‘47 2.
“.. L'air de Monrs Mario n'étant pas moins favorable à Ja fanté Lxxx1x.
du Pape, que cette folirudé étoit conforme à fan-goût-pour la re
HET R se CE parions,
priere, il y pafa la plus grande partie du mais, d'Oftebre ,& de + :"..
- £eluide Novembre; mais'fans s’écarter de fa Pratiquevordinaire, -
qui étoit de partager rout.fon tems entre lon: & les occu-
pations de la Sollicitude Paftorale, quil ne féparoit. point de
celles de Souverain. C'eft de Do fa Sainteré donna ordre.au
Gouverneur de Rome de remettre en Liberté un Honime déja
condamné pour fept ans. aux Galeres ; à condition néanmoins
qu'il fortiroit SE ques des terres de l'Etat Eccléfiaftique.
C'’eft de là encore que, par.un trait de fagefle, & de bonté, le
Pape diflipa quelques émorlons populaires, fans faire des mal-
heureux ,.en cherchant des coupables, Voicile Fait: . ,
- _ La féchereffe & les orages ayant rendula Récolte très-mau-
vaife , on éroit menacé d’une prochaine diferte ; & cetre crainte
écoit augmentée dans l’efprit des peuples, par la traite des Blés,:
Essarrangemens particuligrs dequelques perfonnes qu s éroigne
: m
Benotr XIIL,
à
‘à - 4:22
Tome VI, M m
3258 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvez chargées de faire pour un terms les Provifions de la Ville de Ro-
XLVI. me, avoient fait naître une grande défiance dans la plüpart des
Sexo x, Villes de la Cêre Maritime ; défiance d'autant moins facile à dé-
— trüire, qu'on foupeonnoit ces perfonnes de fe fervir du prétexte
d'envoyer des Grains 4 Rome ; pour en tranfporter une partie
ailleurs, afin de faire un plus grand gain, au préjudice de cout
le Pays, qui demeureroïit expofé au danger de manquer de
XC, Vivres. -De H té foulévement du Peuple à Jéfi, à Moncalto,
Emotion popu- & à Sinigalia. La populice dans cette dernière Ville fit tendre
mi LE par force fa Chaîne du Port, pour empêcher k fortie de fept
ou huit Bâtimehs déja chargés de Blé. Le Saint Pere inftruit
de tous ces mouvemens, envoya d’abord fur les Lieux , des
Hommes de confiance” & d’une probité connue, avec ordre
.… d’éxaminer toutés chofes fans paflion, & de lui en faire un rap-
!_ xer . port fidéle. Par cet Examen, on reconnut que la feule crainte
-Appaiée par la de Îa difecté àvoît donné lieu À l'émotion ; & que cette crainte
: pie, & la boue époie fondée , parce que dans la plûpart des Villes, il y avoit
pee à de : | :
L très-peu de Bd. & encore aber a les environs. Sur ces
änftruftions fa Sainteré pardonna le palé ; fit publier une Ordon-
:_ nance pour défendre le tranfporedes Grains dans les Paîs Etran-
gers ; & les Peuples raffurés rentrérent dans le Devoir.
_ Benoît XIII n’avoit point quitté faRetraire de Monte Mario,
Jorfqu'il apprit, que, pour quelque mécontentement de la Cour,
de Vienne, le Viceroi de Naples avoit défendu tout Commerce
avec l’Ecat Eccléfiaftique, & envoyé ordre dans tousles Ports du
| |. Koÿaume,d’y arrêter les Bâtimens, qui porteroïient fe Pavillon
" Xegsr , duS. Siège. Le principal motif de ée mécontentement, & de cet
Sa Rene pré- ordre, étroit qu’un miférable Matelot, après avoir tué un Efcla-
rupture pa "+ we des Galères du Pape, dans le Port de Civira-Vecchia, s’étoit
deux Cours. réfugiéä bord d'une Tartane d’Iftrie portant Pavilton Impérial,
8c qu'on Officier de fa Saintété avoit fair enlever le Meurtrier :
eer afÿie ne luï paroiffant | plus Sacré, que celui des Eglifes ;
où nous avohs yû que'ke Pape ne vouloir pas, que les Affaffins
puflenc fe flater de trouver limpunité. Sa Saïnteré cependane
éxamina certe Aaïre, avec {a Prudence, & fon Equité ordi.
faire; ordonna enfuite ce qui lui parut convenable; & le Com-
Mrercé fürauflirôt rétabli entre fes Sujets, & ceux de l'Empereur.
Lesuns& les autres ponvoient y avoirun égal intérêt; comme
auffr il importoit également aux deux Souverains de ne point
fouffrir , que les fautes de quelques particuliers troublaffent la
bonne inrelligence des deux Cours. ee
"Ce fut toujours une des attentions du Pacifique Pontife de pré:
ee
mn 2 Te tnes nnee—
DE L'ORDRE DE S DOMINIQUE. #49
venir, où d'arrêter an plarôt, ces malheureufes femences do ÿ 4 y r à
Difcorde, donc.lés fuires ne fant jamañs favarables au repos def XLVL
Peuple, ni à la paix de l’Eglife. 1knetint point à Benoît X113 SENOIs XIIL
que les differens , quiavoient commencé fous {es Prédécefleurs, du
entre la Cour de Rome, & celle de Lifbonne, ne fuflent rent xciri.
nés à l'amiable : mais les obftacles, qui naïfloient des deux côtés, . Det abæicles
s’oppoférent roujours à fes bonnes intentions: Ceux qu’il rer: eng
contra de la part du Roi de Sardaigne, ne furent pas de:même quebors À A er
iwiscibles. Il eût la confolation d'en lever la mcilleure partie j "intentions,
& il meriagea fagement routes les occafons, pour parvenir à un
entier Accommodement. Il eft vrai qoe fur ce point l'attention
parut égale de part & d'autre. Si Je Raï de Sardaigne reçut dé xcrv:
gratides marqués des bontes:du Saint Pere:;il donna d fon roux . perd
occalions,
plus d'une preuve, & de fon Amour pour [x paix, & d'an refpe@
fngulier. pour ki Perfonne de Benoît XIE Sa Sainteté avoig
xéfolu d’honorer de la Pourpre un Sujet de Sa Majefte ; & cé
Prince crut faire plaifir au Pape, en témoignant fouhaiter, que
cette Dignité fut déférée à un Religieux:de fon Ordre:}; Il ea
Domma biéirôt après un autre pour lé Siügé Epifcopal d'Aofte
dansie Piémont : & le Pape fit l'hanneür4 ce nobvel Evêque;
dé le. Es de fs maibs, dans {4 Chapelle 1e: :Afante Mu:
6 LE) OR PRE TETE EE
: Les Affaires de l'Eplife rapelloient fouvent:ke Saint Pereau yev.
Vasican : & le:Peuplé de Rome, ainfi que les Etrangers, 16 L'indifpofitios
voyoicat:roûpaurs avec un nouveau plaifir dans l'éxercice des S 2
Fonctioës Apoftoliques. Ceux qui.aroient d'honnewe, de laps 7 "TT
procher de plus près, n’écoient pas moins furpris de la rigueur
de & Pénitence, que de cette continaité d'occapations : Pune&
l'autre paroifoient- bien au deffos de fes forces , furtour dans
un âge fiavancé, & avec les cruelles douleurs,qu'il{euffroit ens
Plence. Le quarriéme jour de Décenibre, le Papeqonfacracind eva:
Evêques dans fa Chapelle particuliére ;'&c. alla infoite cenir, -Eviloe laife pa
avec les Cardinaux , la Chapelle Pontificale acoutumée, pour 4e travailler aved
le cond Dimanche de l'Avent. Le Samedi des Quatre-Tems ri ab
il. conféra les‘Ordres Sacrés à plus de cent Eccléfiaftiques ,; ou
Religieux. N ‘ayant voulu fe diipenfer d'aucune de fes Fonctions
(9 Le Pere Vincent Ferreri, Domini- | Ord Tom. PT , pag. 711. Le Roi de Sar<
ein, de la Ville, & du Couvent de Nice, |'daigne. fr préfenter en même renis à Sa
Evêque s'Aléxandrie, & puis de Verce:l, | Saimeeté un Galice d'or., d’un ‘très- beam
Cardinal du Titre de Sainte Marie.ds Fix. | travail , une :Chape en brade:ie L'or, &
(re) C’eftle Peræ Jean Gnher ; natif :de quetques antres” Oraemens':d’Egliie égas
ot Dominicain, Do@eur de Parrs ; [lempe-précieur, ÊMEE LE oi
qui sut facré le 9 Offobre 1729, Ballar, doounseun "M
>
Al Mere
m m i]
460 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvr…x oftdinaires, nilanuir,nile jour de la Nativité de notre Seigneur;
XLVI. lefoir du vingt-cinq le Poncife fe trouva mal ; mais cette in-
——— difpofition , ‘caufée par une trop forte application, n’eut point
Benoîr XII. de fuice , &'ne püt l'empêcher de tenir Chapelle le lende-
main , pour la Fête de Saint Etienne,
XCVIL Jamais, dicun Auteur, Benoît XIII n’écouta le confeil des Mé-
Pet enr decins,ni les:priéres de fes Amis, lorfqu'’ils voulurent lui perfuader
ere, : de prendre-quelque repos où de modérer au moinsle travail. Il
7 + Jeur: répondoit toajours, que l’Exercice du Saint Miniftére ne
l'avoit jamais inocmmodé; qu’il n'y trouvoit que du plaifir, &
de la confolation ; que ce feroit. pour lui une grande faveur, :
… file Giel le retiroit de ce Monde, tandis qu’il offroit au Saint
.: : 7 fAutel lai Vidimé dé:nocre Salut ;'ou qu’il remplifloit quelqu’au-
"7 tre Fonétion Eccléfaftique (1): Ce faint défir, depuis long-rtems
"7 gravé: dans fon Cœur, eft parfaicement exprimé dans une de
es Leçons fur l’'Exode : où , peu content de demander à Dieu
cette Grace, le Saint Homme invite, & prie tous les Fidéles
de là demander aufli pour Jui. TS ..
« Touté la fuite de fes Aétions eft une preuve , qu’il etoit tou:
jours animé du mème Efprit ; & que s'il'attendoit la mort com-
me fa délivrance ; il ne vouloit:entrer dans le repos, que par le
travail. Nous pourrions rapporter ici ce qu'il fit jour par jour ,
…, jufqu'icelui quifutle dernier de fa Vie. Mais il fuffit de dire en
si «si ‘1 deux mots ,5que ce qu'il avoit accoutumé de faire dans la meil-
‘1.177: leure fanté, il-le: continua encore , & avec la même ardeur,
"7 77 dans un état, où la feule vivacité du zéle pouvoir fuppléer aux
forces de fon Corps déja tout épuifé. Il donnoit fes Audiences ,
affiftoit aux Congrégations du Saint Office, & à celles des Immu-
aités Eccléfiaftiques, qui fe tenoient au Palais du Vatican, fe
trouvait à: l'Examen des Evêques ; & ne négligeoit aucune
xcviw. Affaire, qui pür'nitérefler la Religion, ou l'Etat. Ïl apprit avec
sLe KoidePruffe un finguliet plaifir ; ce que fon Nonce en Pologne, Paulucci
Gtec de Bvori- Merlini ,écrivoit.à fa Sainteté, qu'ayant eû l'honneur de faluer
rles Catholiques n: | | | ; | , Al d |
ans fes Etats © Roi:de Prufle, ce Prince lui avoit donné parole, qu'il favo-
riferoit à l'avenir 5 Catholiques de fes Etats, & tous ceux qui
voudraient venins’y établir. : : : :- 0
Dans le Confiftoire fecret du huitième de Février , après
SR RS D D | a ur |
, (1) lis profectà Benediétus minimè ac-] ret nullam : fingularis beneficii loco fe à
quievit, qui. fibi vacationem, & requiem| Deo accepturum , fi ad Aram operanti,
à laboribus. fiadeie conabantur: fe num-| aut Pontfficiis a@tionibus infiftenti fibi mor-
* Ru nur me luterat, refugifle af. | tem contigiflet oppetere , &c. Archi.
& AD ç {!
rmabat ; imo à fe tantâ animi alacritate | Firm, pag. 127.
expleri , ut cædium , vel moleftiam cape-k. .:
RÉ REP Er 4
U LA k & : =
On ne NS me —
Lort
e
LS
SONO NSS JR Ci
- DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 461
avoir propoféun grand nombre d'Evêchés qu’il falloitremplir,& L 1 YRÉ
avoir nommé Archevêque Tirulaire de Nazianze, M. Fabreti,
XLVI
Prélat recommandable par fes talens, & par le zéle du bien Benoëir XIIL,
public, fa Sainteté aggrégea au Sacré Col Le Alamanni
Salviati, illuftre Florentin, Pronotaire Apoftolique, & Préfi-
dent de la Légation d’Urbin. C’étoit le ving-neuviéme, & ce
XCIX.
Salviati dernier
Cardinal de la
fut le dernier Cardinal de la Création de Benoît XIIL, qui lui Création de Bee
donna le Chapeau dans le Confiftoire public du onziéme Fé- noît XII,
vrier. | — . a
_ Au commencement de cette année 1730, des maladies po-
pulairés, & très-dangereufes enlevérent beaucoup de monde
dans les principales Villes d'Italie, à Gènes, à Bologne, à Milan,
à Ferrare, à Florence, & dans quelques-autres.- Cette efpéce
de Contagion fe firaufli fentir à Rome dès le mois de Fevrier. Les
Fluxions, & les Rhumes atraquoient fur-tout , & toujours avec
danger, les perfonnes avancées en âge : le nombre des Malades
fuc grand, & la crainte générale. Chacun fe cruc obligé de pren.
dre des précautions, qu’on ne prend point ordinairement. Mais.
ce qui fut capable d'arrêter les profanes divertiflemens parmi
. les Mondains , n’empêcha point Benoît XIII de continuer les
faintes Fonétions de fon Miniftére, & de la Charité Paftorale,
Les befoins des Pauvres l’occupérent plus que fa propre confer-
vation. Le 12 de Février, il confacra encore un Evêque, & le
quinze il affifta aux obféques du Cardinal Marc. Antoine Anfi-
dei, Evêque de Péroufe, qu’il avoit honoré de la Pourpre Ro
maine, dans la Promotion du neuvième Décembre 1726. Au
fortir de cette longue & pénible Fonéion, la fiévre arrêta le.
Saint Pape, qui fuccomba enfin à la violence du mal (1}.
Mais, quelle fut, dans cette derniére, & courte maladie,
Punion de fon Ame avec Dieü , la ferveur de fes Priéres, & l'ar-
deur fes défirs : Il ne regretoit rien fur la terre; parce qu’il ne:
C.
Maladies popu;
? Jaires à Rome,
t
C I.
Derniére Me
ladie du Pape,
Saints défirs de
s'éroit attaché à rien:le Ciel, où il avoit porté toutes.fes penfées:la Mort.
dés fon Enfance, occupoic uniquement fon Efprie , & {on Cœur.
Plein de confiance en la Divine Bonté, & fans s'appuyer fur fes
(1) Interea multis in Regionibus Italiæ , | Epifcoporum omnium , qui tali honore dig-
at Romz præfertim ex diuturna aC nimia ] nati funt. Déinde tm Marcus-Antonius Care
præcedentis æftatis, atque Autumni ficcitudi fdinalis Anfideus extremum diem obuüflet ;
ne... quædam fuborta eft infalubritas aéris | Benediétus funeris exequiis in Templo D.
quæ graves ac vitiofos gignebat pituitæ flu- | Auguftini is Februarii adeffe voluit ... Nif
aus... fenibus exitiales. .At Benediétus nil | veritus Cæœli inclementiam , graffantemque
planè fibi temperabat : nam 12 Februarii... |morbum , nam deficientes Corporis vires
Jidephonfum de Tufo Monachum Oliveta- | charitas fuftentabat, Indè ergd lenta febre
oum in Epifcopum Hierarcii in Ora Cala-lcorreptus ægrotare cœpit. Archi. Firm.
briæ confecravit ; aique hic poftremas fwic|pag. 120 , 340 .. :…, te re
M mm ii
\ à
Lrvruz
XLVIH.
BENoir XIII.
D
Ci.
Belles difpofi.
tions pour mourir
faintement.
° Ctit
Réfléxions.
461 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
propres mérites, il fe difoit alors à lui-même, ce qu’il avoit die
tant de fois à ceux, qu’il difpofoit à une fainte Mort : Le Dieu,
que nous fervons , eft fidele dans fes promefles , toujours magni-
-fique dans fes rccompenfes : c'eft le Seigneur, le Dieu des Mi-
féricordes, Il nous comble gratuitement de fes dons pendane
certe vie ; & il couronne fes propres dons à notre mort. Si notre
pauvrete ne "ra rien préfenter, qui foit digne de lui; nouÿ
avons à lui offrir ,avec les mérites, & parles mérites de JEzs us-
CHrisr,le facrifice d’un Cœur contrit, & humilié: ce facrifice
n'eft jamais méprifé. |
. C'eft ainfi quele Saint Pontife excitoit, ou renouvelloit dans
fon Cœur, ces fencimens de confiance, & d'Amour, d'Humili-
té, & de Pénitence, dont il avoit toujours été rempli. Brülé
ar l’ardeur de la fiévre, & accablé de maux ; mais foutenu par
ms , & faifant de tous fes maux une matiére de nouveaux
mérites, il n’interrompoit point fa Prière ; & fon Ame jouifloie
d’une profonde paix. Le jour qui rermina fa longue, & glorieufe
Carriére, il le paffa dans une Oraifon prefque continuelle, fans
omettre aucune partie de fon Office. La vüë du Saint Aurel le
confoloit ; & la divine Euchariftie étoit fa force : ne pouvant
plus offrir l’Agneau fans tache; il voulut du moins fe fortifier
de cette célefte nourriture, & l’adorer dans un état de Suppliant.
Il touchoit déja à fon dernier moment, & il fe tenoit humble.
ment au pié de l'Aurel, les deux genoux À terre, & tête nue,
prèt à aller au-devant de l’Epoux, quand il a pa à lui :
Spectacle édifiane ; & bien propre à faire fencir la Vérité de ce
_ die le Prophète, qu’autant que la mort des Pécheurs eft
unefte , autant celle des Juftes eft précieufe devant le Sei.
gneur.
Tout ce qui fertà fafciner les foibles mortels, durant le cours
rapide de leur vie mondaine, tourne à leur confufion, & ns
mente leur défefpoir aux triftes approches de ce moment décifif,
que rien ne peut reculer. Alors ces vaftes projets de fortune,
aui les flactoienr fi doucement ; ces empreflemens infenfés pour
; objets féduéteurs , qui occupoient dans un cœur ingrat, la
place que Dieu feul y devoit renir; cés grandes entreprifes, on
plutôt ces grandes inutilités, dont leur Ffprie étroit roujours
rempli,enfin ces Titres, & ces Richeffes , qui les faifoïent apeter
heureux : tout cela difparoiït à la vüë du Tomheau. Leur vie
paflée leur paroit alors ce qu'elle a véritablement été, un grand
vuide, un agréable fonge , un pliantôme, Et de ‘toutes leurs
Poffeffions, il ne leur refte rien de plus récj , que l'ipucile regret
——
7: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 463
d'en avoir abufé , & de les perdre. Nous parlons toujours de ces
Pécheurs, dont il eft dit: Mors peccatorum pefima.
Combien différenteft le fort de ces Ames choifies , que l'Ecri-
ture apelle des Vafes de Miféricorde , & d’Eledion : Comme
toure leur vie a été un facrice de louange, leur mort eft un holo-
caufte ; où le feu de la Charité acheve de confumer la vi&ime.
C'eft un doux parfum , dont la bonne odeur s’éleve jufqu'aù
Trône de la Divinité. C’eft moins une mort, qu’un paifible
LIvrea
XLVI.
Benoît XIIL.
D
PI XXXILL, ae
fommeil, & pr us à la bicnheureufe Eternité. Ils quittent
cette vie ; & c'eit pour en-pofléder une meilleure. Ils fortent de
l'éxil de la terre, & ils fonc'recçus dans le célefte féjour. Avant
que de voir la Face de leur Dieu, ils commencent à Lire dans fes
décrets éternels : &, par une impreflion d'Amour que le Sainm |
Efprit fair en leur Ame, îls fentenc qu'ayant ea le bonheur dé
fervir un bon Maître, rien de tout ce qu'ils ont fair, ou foufferr,
pour fa Gloire, n’a été mis en oubli : que les contradiétions,
qu’ils ont effuyées par la malice du Monde, ou du Démon, en.
trent dans l'Ordre de la Providence, qui lés fauve: & que les
armes , qu'ils ont répandaës devant Dieu, font devenuës pour
eux, une femence féconde d’immortalité, & de gloire. Ce fur
dans cette humble, & douce confiance, que le Saint Pape Be-
noît XILT, après cinq ans, huït mois, & vingt-quatre jours de
Pontificat, s’endormit dans le Seigneur, âgé de quatre vingt un
_ ans, & vingt jours, le 2 r de Février 1730 (1). |
Le fimple fécit de fes A ions fait fans douté fon plus bet éloge,
Nous avons vû que dans tous les Etats, où il plût À la Providen-
ce de le placer, il n'eut rien plas à cœur que d’en remplir tous
les Devoirs, avec un zéle, qui ne fe ralentit jamais. Vigilant
Archevêque, Saint Cardinal, Grand Pape, Hommé toujours
Religieux, il ne parut touché que du défr de plaire à Dieu, de
fé glorifier, de fe faire fervir, craindre, aimer; & de procurer
de toutes fes forces l'honneur de ia Religion, le falur-des Armes ;
te foulagement, & 1a confolation de tous ceux qui étoïent dans
les fouffrances. Rempli de l'Efprit EpHcopai ; à FExemple des
plus Saints Pafteurs, il fe livra tout entier au foin du Troupeaur,
| (1) Ferè criduur leéto decubuit pis pre- [cerdotum eces, & lacrymas plicidifimé
cationibus intentus, donec 2 1 ejufdem men- | fublatus eh. annos ñâtûs 8 r , & ampliüs vi
fis, Ferii 113 ante Cineres, cim rei divi- Igintidies ;nam Februarius ill mortdis vitæ
pæ flexis genibus pro Religione fua præfens, |initium atque finis. Pleraque etiam ipf Fe-
Chrifti Corpore refeêtus effet, mox in lec- | bruario menfe contigerunf, folemnis Voto-
tulo ftatas ad Horas Canonicas preces reci- [rum Religioforum nuncupatio , Ordinatio
caffer , ad Complerorium veniens ,imminen-|in Prefbyterum , cooptatio inter S. R. Ey
CIV.
Mort du S. Pape
Benoît XIII.
CV.
Ses A&tions font
fon plus bel éloge.
tis migrationis fuæ dedie-imdicia 3 quare }Cardinales , Confecratio in ‘Archiepifco= :
Chriftiano ritu inuntus horâ 22 inter Sa- Ppumi, &c, Archi, Fire. pag. 123, ra% :
Livré
XEVI.
a
._ .BENoîïT XIII.
RE ———
moxibus , & sloquio decçorum ,. & Qui à puc-
464 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
qui lui étoit confié ; & il ne fçut jamais ni fe réjouir que des biens
de l'Eglife, ni s’affliger que de fes maux. Si tous les jours de fa
Vie il avoic travaillé pour certe Epoufe de Jesus-CHRIST,
il pria pour elle jufqu'à {on dernier foupir. Pourquoi ne dirions-
nous pas qu’il continue encore les mêmes Priéres, après fa mort;
ainfi que cec ancien Pontife, dont il eft parlé dans le fecond
Livre des Macchabées > Onias, cet Homme vraiment bon. &
plein de douceur, fi modefte dans fon vifage, fi modéré, & fi
réglé dans fes Mœurs, fi agréable dans fes Difcours, & qui des
fon Enfance s'étoit éxercé en toutes fortes de Vertus, long tems
après fa mort parut à Judas Macchabée, étendre encore fes
mains, & prier pour tout le Peuple (1). Toutes les Vertus de
ce Grand Prêtre de la Synagogue, ayant également éclaté dans
le Pontife de la noûvelle Loi, elles nous permettent de penfer
que fa Charité n'eft pas moins perfévérante. nu
… Auf avoit-il été toujours aimé de tous les Gens de bien; fin-
uliérement refpeété durant fa vie, & fincérement regreté après
f. mort. Quelle partie du monde Chrétien n’avoit pas retenti
de fes louanges ? Et chez quelle Nation, la nouvelle de fa mort
ne fit point couler des larmes > Les Catholiques-Romains ne
furent point les feuls à publier fes Vertus. Nos Freres féparés
parlérent en cette occafion comme les Orthodoxes; tous fe fi-
rent un Devoir de reconnoître, que l’Eglife venoir de perdre
un Pafteur, digne des premiers Siécles, & formé fur le modéle :
de ceux, qu’on reveroit dans les tems Apoftoliques. Que ne
difoit point, & que n’avoit point raifon de dire, cette multitu-
de de Fidéles de tous les Etats, qui avoit fi fouvent éprouvé la
Charité fans bornes d’un Pere commun, égalenent rendre &
généreux ? Non-feulement les pauvres, les malades lesaffligés,
ceux qui éroient renfermés dans les Prifoñs, ou dans les Hôpi-
taux ; mais encore un très-grand nombre de perfonnes, moins
diftinguées par leur fortune, que par leur naiffance ; l'Ordre
Epifcopal, & tous les Ordres Religieux ( je n’en excepte au-
cun) n’avoient-ils pas reçu quelque marque particuliere des
ntés de cet Homme de Miféricorde ; qui ne paroifloit né, &
avoir été élevé par la Providence fur le premier Trône de l'Egli-
fe, que pour faire du bien tous? |
: Ce jufte Pénitent n'avait été dur, & févére qu’à lui-même :
CS ‘ Ld | |
« (1) Eratantem hujufcemodi vifus: Oniam , j ro in virtutibus exercitarus fit, manus pros
qui fuerat {ummus Sacerdos, virum bonum,|tendenrem orare pro omni popula » Ce
& benignum, verecundum vifu, modeltum | II Mac. XP, 12.
on
DE L'ODRRE DE S. DOMINIQUE. 465
ona vû quelles furent toujours fes auftérités, fes abftinences, & Ep; ny
la rigueur de fes jeûnes prefque continuels. Nous avons ditaufi YLvyTI
quelquefois qu’il fouffroit de cruelles douleurs, fans fe plaindre.
Ce ne fut qu'après fa Mort, lorfqu’oh fit l'ouverture de fon Brnoîr XIII.
Corps, pouf l’embaumer, qu'on reconnut quel avoit été le
principe de {es plus grandes fouffrances : & on ne pût afflezadmi. |
rer qu'un Homme eût eû le courage de les foutenir long-tems, .
fans même en chercher le remede. On trouva dans un endroit
de fon Corps, une pierre touterunie ; qui, par fa couleur, fa
groffeur, & fa configuration , reflembloit au jaune d'un œuf,
Une féconde fe divifa , fous les inftrumens du Chirurgien , en
dix-fept petites pierres, dont la plüpart étoient de figure , ou
‘quarrée, ou triangulaire. On peut donc inférer que le:Saint
Pontife, depuis nr annces fouffroit les douleurs de la
pierre : & un mal auffi cruel n’avoit pû l’engager , hi à fe procu-
rer quelque foulagement, ni à dire une parole, qui fit compren-
dre à fes Amis, ou à fes Médecins, ce qui en étoit. Content de
fouffrir en filence , il ne voulut avoir que Dieu feul, pour témoin
de ce qu’il fouffroit. Je ne fçai fi l'héroïfme de la patience, & de
Ja force Chrétienne peut être porté plus loin.
Après avoir fuivi le Serviteur de Dieu dans tous fes âges, &
rapporté avec éxatitude les grands Exemples, qu'il a toujours
donnés à l'Eglife, il n’eft point néceflaire de nous étendre da-
vantage, pour faire connoître fon SE , & fon Cœur. C’eft'par
fes Actions, qu'il faut connoître fes fentimens : on a fon portrait
dans le tableau de fa Vie. Nous nous contenterons de remar-
quer ici, que la profonde humilité de ce Saint Pape, cette
Vertu qui le cara&térife plus particuliérement, & qui répand
tant d'éclat fur routes les autres, lui a donné aufli de glorieux
traits de reflemblance avec les plus illuftres Peres de l'Eglife.
Comme à eux,elle lui avoit appris à craindreles grandes Dignités
êt à les fuir ; mais fans opiniâtreté : & la même modeftie, qui le
rendoit fi difficile à les accepter, le forçoit à ne plus les refufer,
dès que la volonté de Dieu étoit connue; & qu’un plus long
refus auroit pù caufer du trouble, ou du fcandale. Sa Promo-
tion à la Dignité de Cardinal, & fon Exaltation au Souverain
Pontificat, en coutérent infiniment à fon humilité, & ce fut
néanmoins l’humilité, qui le fit. triompher de fes propres ré-
fiftances. | | |
Dans ces occafions, qu'un Homme moins fincérement hum-
ble auroit confidérées comme les Epoques de fa Vie les plus
beureufes, mais qu'il ne regarda lui-même que comme les plus
Tome VI. Nana
466 HISTOIRE DESHOMMES ILLUSTRES
Lrvesx triftes,& les plusaffigeantes, il auroit bien pû dire , ce qu'avoit
XLVI dit Saint Gregoire de Nazianze : « La violence que l'on m'a
—————— » faice, en m'élevant à une place d'honneur, m’a paru quelque
BENOIT XL ,, chofe de fi étrange, que j'en ai été frappé comme d’un coup
Di. fur le sacer. » de foudre ». Ou ce que Saint Jean Chrifoftôme"écrivoit à un
2. - de fes Amis : « Depuis ke jour , que vous m'avez averti, que l’on
iv. VI, Chap. VI, À $t «nn 1! ° e
du Sacer. » penfoit à m'elever au rdoutble Miniftére, il ne s’en eft rien
» fallu, que mon Ame n'ait été féparée de mon Corps; tant la
» crainte & la douleur , donr elle s’eft trouvée faifie, ont été
» violentes ». | |
D'où pouvoit donc venir cette religieufe frayeur , dans de
faints Perfonnages , dont la Vocation au Service des Autels
étoit fi marquée ; & dont la Vie avoit toujours été fi pure, & fi
réguliére ? Nous lavons déja remarqué , le jeüne des Urfins,
dés fa plus cendre Enfance, parut deftiné à être ce qu'il a été.
La raïfon, à mefure qu’ellé vince à fe développer, concourut à
. 'affermir dans la réfolution d’être tout à Dieu. I] lui facrifia
tout ; biens, gloire , richefles , fa fanté , fes talens. Le feul
avantage, qu'il voulut retirer des grandeurs humaines, fut de
les méprifer toutes, pour ne s'attacher qu'à JEsus-CHKk1ST.
Appliqué depuis, dans le fecret de la folitude, à mortifier fes
fens , & à vaincre fes paflions , il fit fa plus douce occupation
de Ia Priére, fon éxercice de la Pénitence, & fes délices des
Divines Ecritures, afin d'attirer en lui l’Efprit d'intelligence,
& de Vérité,
Avec cela, l'humilité Chrétienne lui perfuadoit, que c'étoite
aflez pour lui, de tenir le dernier rang dans la Maïfon du
Seigneur. Il ne refufoit point le travail ; il l'aimoit au contraire ;
& il lecherchoit : maïsil craignoit l'éclat des honneurs, fi propre
à flatter l’orgueil, & à l'éntretenir. Il {çavoit que, pour foutenir le
poids des grandes Dignités, il faut, felon l’expreflion d’un ancien
Pere, être digne de l’'Eglife, digne du Sanctuaire, digne enfin de
la prééminence, & de l'autorité, qui font attachées au Caractére
de Pafteur. I! avoit Iû fans doute ces paroles de S. Gregoire de
Bit. fec le Sacer. N'azianze : 2 n’oferois affurer qu’un Homme, d'une intégrité
» la plus parfaite, ou du moins aufli éxempt de défaut, qu’on
» puïffe l'être , eût encore tout ce qu’il faut, pour dignement
» remplir les Fonctions du Sacré Miniftére. Ce n’eft pas grand
» chofe pour celui qui eft à la têre des autres, que de s’en tenir
» à ne point faire de fautes. Peu fatisfait d’avoir évité le mal, il
» doitencore felon qu'’ileftécrit, pratiquer le bien ;effacer de fon
» Ame toure impreflion de Vice ; y graver toutes les Vertus;
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 467
& exceller encore plus par fon mérite, que par fa Dignité ».
.… Lesréflexions, que failoit le Difciple de Jesus-CHrisT,
fur ces grandes Vérités, étoient toujours conformes aux fenti-
mens, que l'humilité avoit déja gravés dans fon Cœur : & de là
naïlloit cette oppolition prefqu’invincible à tour ce qu’on apelle
Grandeurs & Dignités. Mais, parce que cette humilité étoit fin-
cére, & éclairée, elle ne fut jamais opiniâtre. Après'avoir em-
ployé tout ce que la Religion permet de mettre en œuvre, pour
éviter les Charges, dont il redoutoit le poids, on voyoit tou-
jours l'Homme de Dieu foumis aux Ordres de la Providence :
& la maniére, dont il acceptoit enfin le fardeau , qu’on ne
lui laifloit point la Liberté de refufer , ne faifoic pas moins
d'honneur à fa modeftie, qu'à routes fes autres Vertus. Dans
des démarches, qui paroifloient oppofées, il fuivoit égalemene
les Maximes des Peres; & s’afluroit le Secours du Ciel , en s’éloi.
gnant des deux extrêmités également repréhenfibles. Telle à
toujours été la Do&rine, & la conduite de ceux, qui ont été
animés de l'Efprit de Dieu : « Car, dit Saint Gregoire, défirer
les Dignités Eccléfiaftiques , lorfqu’elles ne nous font point «
offertes, c’eft rémérité , & orgueil :les refufer FE ,
lorfqu’on y eft légitimement apellé , c’eft défobéiffance, & «
rebellion aux Ordres de Dieu : donner dans l’une, ou l’autre «
de cesextrêmirés, c'eftignorance , & égarement Aa pi deu se
donc taché (continue le Saint Docteur ) de me renfermer dans «
un jufte milieu, & d’être d’une part moins timide que ceux, «
qui s’obftinent à rout refufer ; & de l’autre plusretenu, ou plus «
circonfpect, que tant de gens, qui ofent afpirer à tout. D'ail- «
leurs, en approfondiffant cette importante matiére, je trouve «
que le mérite de l'obéiffance peut fuppléer à la foibleffe de «
l'Homme, qui tremble fous le poids du Sacré Miniftére, & «
qui ne s’en k chargé, que par foumiffion à la volonté de Dieu. «
Ce Dieu, qui eft la bonté même, récompenfe la Foi d’un «
humble Miniftre de fon Alliance, qui n’efpére qu'en lui; il le «
foutient.de fon bras tout-Puiffant ; il l'enrichit de fes dons les «
plus précieux, & de toutes les éminentes Vertus, qui con- «
courent à former un vrai , & digne Pafteur ».
L'Eglife Grecque, dans le quatriéme Siécle , admira tout
cela dans la perfonne du grand Prélat, qui rendoit ainfi compte
à fon Peuple, de fa propre conduite ; c'eft-à-dire, & de fa fuite,
& de fon retour: des motifs, qu’il avoit eûs de fe cacher quel-
que tems dans la Retraire, pour ne point accepter le redouta-
ble Miniftére, & de ceux qui avoient enfin prévahi fur fon Efprit ;
Nnai)
..,(#
Livre
XLVI
BENoîr XIIL
Jhid:
Livre
XLVI
mme
BEnoîr XIII.
nn D
468 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
our l’engager à ne plus fe refufer aux défirs des Fidéles, & d
eurs befoins, L’Eglife Univerfelle a admiré encore de nos jours
la même chofe dans Benoît XILL. Il a édifié le monde Chrétien,
par fa rare humilité ; il l’a réjoui, & confolé par fa foumiflion;
& il lui a procuré les plus précieux avantages, par cette Charité
bienfaifante, qui lui a fit répandre fur le Troupeau, les dons,
dont le Ciel avoit récompenfé fon humilité.
Selon les expreflions de l’ArchevèquedeFerme, « La Religion
» Chrétienne a reçu en toutes maniéres, de nouveaux accroi-
» femens fous le Pontificat de ce Saint Pape : les Droits Sacrés
» de l'Epifcopat ont été par tout confervés, & on a fait cefler
» ce qui, en certains lieux , s’oppofoit au libre éxercice des
» Fonctions Epifcopales. La paix a été entretenue, & affermie
» entre les Princes Chrétiens : & ces Princes fe fonc fait un
» Devoir de Religion, de montrer leur refpe&, & leur amour,
» pour un Souverain Pontife, qui, en veritable Pere commun,
» s’intérefloir au bien de tous; & ne fut jamais foupçonneé de
» prendre parti contre aucun. Il ne faut point oublier , continue
» le même Auteur, que fous le Pontificat de Benoît XIIT, ik
» n’eft arrivé aucun facheux accident, ni au Saint Siége, ni à
» l’État Eccléfaftique , ni à la République Chrétienne : nulle
» nouvelle Sete, nulle Héréfie , nul Schifme. On n’a point
» éprouvé ces calamités, qu’entraîne avecfoi le fléau dela guerre,
» &iln’yaeunipefte, ni famine, nices grands Tremblemens de
» terre, qui portent au loin la défolation , & la ruine des Peuples.
» Ces jours tranquilles avoient été l'objer des Vœux de tous les
» Succefleurs de Saint Pierre ; mais ils n’ont pas été accordés
» à tous, & on en connoït peu, qui ayent joui d’une paix aufi
* conftante, & aufli profonde » (1). E’illuftre Hiftorien ne craint
point d’attribuer l'heureux fuccès des Affaires, le répos, & la
tranquillité de l'Italie, à la vertu des Priéres de notre Pape (2).
(1} Cærerum fub Benediéto Religio per
omnem modum ambplificata; Epifcopatüs vi-
gor , in quo divinà inftitutione Religionis
jura nituntur, multis fublatis impedimentis,
quæ Epifcopis objiciebantur, ubique gen.
tium fervatus ; pax inter Chriftianos Princi-
pes firmata ; culeus & amor à Principibus
cunéis Romano Pontifici timquam com-
muni parenti procul à fufpicione 4c ftudio
artium exhibitus ; Comaclum Ecclefñæ Ko-
manz reftitutum, Nec prætereundum, quôd
aihil mali Sedi Apoftolicæ, aut cjus Ditioni,
aut Reïip. Chriftianæ fupervenit : non hære-
8s, non {chifma, non bellum., non:peltis,.
non fames, non terræ motus , quæ publicæ
wtiltati afficere fæpe acerbitate temporum
foient, quandoque etiam fubdirorum potids,
qudm Principis culpä. Profeétà ali Romani
Pontifices bæc omnia in votis habuerunet,
atque in confilüs; attamen qui tantam re-
rum, ac temporum felicitatem , quantanr
Benediétus XII fuerit affecutus, rarus ad
modum ac fere nullus. Archi. Firm. page
12$.
(2) In rebus omnibus confilium à Deo pe=
tere , ejufque auxilium quotidie implorare:
aflidyo precandi ftudio confueverat ,produc=
tis orationibus à primàä luce, & quandoque
etiam note ad multas horas. Et fanè tem
porum, ac retum feliciratem:, qui: ip{o Pone
tifice ufi fumus , precibus ejus referri opore
ter acceptam, Îésd. pag. 129, 130
ee ne. ue —— mnt
nn TO EE Re nn 0 OR mien, me rene È
‘ ‘DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 469
I] eft vrai que la Priére du jufte peut beaucoup, puifque Saint
Auguftin l’apelle la clé du Ciel. Mais celle d’un Pafteur felon
le Cœur de Dieu, qui prie pour fon Peuple, & qui ne fe lafle
point de prier, doit être encore plus efficace ; lorfqu’à l’encens
de l'oraifon, il ajoute encore le mérite desbonnes Œuvres, la pra-
tique de la Pénitence , & celle de la Charité. Nous avons déja
rapporté un grand nombre d’éxemples de routes ces Vertus ;
mais parce que nous en avons omis plufieurs , nous ne pouvons
nous empêcher de traduire ici quelques lignes de lArchevèque
de Ferme :
« Le défir de foulager fes Peuples, de pratiquer en même rems «
l'humilité, la pauvreté, fes vertus favorites, le porta à dimi- «
nuer, autant qu’il fut poflible , les impôts, & à éviter toutés «
les dépenfes fuperflues, méprifant toujours, ou ayant même «
en horreur, le fafte, & le vain éclat de la Cour. La modeftie «
religieufe faifoit le plus bel ornement, de fes appartemens «
fecrets, de fon lit, & de tous fes ameublemens; tandis que, «
dans fes Libéralités , & dans fes Aumônes, il étoit plus que «
magnifique; car jamais Homme ne répandit plus libérale- «
ment fes largefles. If imita en cela Saint Gregoire le Grand, «
dont les pieufes profufions devinrent pour quelques-uns , une cs
matiére de cenfure, felon la remarque de Barthelemi Platina. «
Lorfque l'abolition de quelques Tributs, & la diminution de «
Livaes
XLVI.
BENoïir XIIL
De, msn mad
> Ê
plufieurs autres, ne permettoient pas à notre charitable Pon-«
tife, de continuer fes Libéralités ordinaires, il cherchoit d’au- «
tres moyens de fournir le néceffaire aux Indigens , fans remet. «
tre les Impofñtions ‘qu’il avoit ôtées, & fans fouffrir qu’on en «
établit de nouvelles. Il diftribuoit alors tout ce qui étoit à fa «
difpofition ; & faute d’argent, il donnoit tout ce qui fe trouvoit «
fous fa main, regardant avec l’Apôtre comme du fumier tous «
les biens de ce monde, lorfqu'’il s’agifloit de nourrir, ou de «
revétir les membres fouffrans de JEsus-CHrisTr. Il vouloir «
auffi perfuader aux autres, par fon Exemple, qu’il eft glorieux «
de préférer les richeffes du Ciel à celles de la terre; &-appren- «
dre à tous, que fi l’Eglife a des Tréfors, ce n’eft pas pour les «
garder , mais pour Îles répandre. Eh, comment auroït-il épar- «
gné l'argent, lui qui ne s’épargna jamais lui-même, toujours «
préc à fe livrer fans réferve à routes fortes de travaux, de fati- ce
gues, & de follicxudes, pour la gloire de Dieu, le Salut des «
Ames, & lutilité de tous les Fidéles confiésà fes foins ?»>
‘Benoît XIIL auroit voulu pouvoir communiquer ce même
Efprit de Zéle pour l'honneur de la Religion, & de. Charité
| Nnnii
Archi. Finn, pfg
116 » 127e |
LiIvRE
XLVI.
Bexoir XIIL
Rve- 0-0 R LASER
RE SE
470 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
pour les Peuples, à tous ceux qu'il élevoit aux Dignités Ecclé-
fiaftiques. Il eft du moins certain, que dans les Sujets, qu'il
avançoit, il ne confidéroit que la capacité, la vertu, le mérite,
les fervices qu'ils avoient déja rendus, & ceux qu’ils pouvoient
rendre à l’Eglife. Entre les 29 Cardinaux de fa Création (*),
on h’en trouve pas un feul, qui eût l'honneur de lui être uni par
le Sang ; & il y en a plufieurs, qui ne lui écoient pas même con.
nus , avant fon Exalration au Souverain Pontificar. Mais ils
avoient utilement fervi le Saint Siège, fous fes Prédéceffeurs ; &
_ leurs talens méritoient la place éminente, où fa Sainteté les fic
Profper Lamberti-
ni, Ange-Marie Qui
gini, Vincenc-Louis
Goiti, Ke
æ#
Vie de l'Emp. Conf
tintin, p.279
| Vie de S. Bernard,
par M. e Vilefore
Pe 401
monter. Il n’eft point d’éloge, qui ne foit au-deffous du mérite
de plufieurs de ces Princes de l’Eglife ; en qui l'éclat de la Pour-
pre {e trouvoit relevé par celui de la Doûtrine, & par les fça-
vans Ouvrages, qui feront pafler leur Nomavec gloire, jufqu’a
la derniére poltérite. |
Si tous ceux, fur qui font tombées les plus grandes faveurs
du Vicaire de JEsus-CHRIST, n’ont pas toujours répondu à
la droiture, & à la purete de fes intentions; cela dans l'Efprit
des perfonnes fages n’obfcurcira pas les Vertus du Saint Pontife.
Eh, quel eft Homme qui foit à l'abri de la furprife > Ce qu'Eufebe
de Céfarée ,au rapport de Monfieur de Tillemont, a dit du Grand
Conftantin , premier Empereur Chrétien, on pourroit le dire
ici de Benoît XIII : Sz bonté naturelle, [a franchife, [a candeur,
fon xéle pour la Foi, le rendoient plus facile à croire, que certaines
perfonnes , dont la conduite n'étoit qu'artifice, © deguifement,
avoient une veritable affcition à [on fervice, G* une picté folide
envers Dies. oo
_ Quand un Prince de l’Eglife feroit auffñi Saint, auf favorifé
de Dieu, qu’un Elizée, il pourroïit, ou comme ce Prophète,
avoir pour Serviteur un Giézy ; ou comme Saint Bernard, donner
{a confiance âuninfidéle Nicolas: c'eft.à-dire, à un deces Hom-
mes, qui, avec de grands talens, ont de plus grands défauts, &
fçavent également & fouftraire à la vûe de leur maïtre ce qu'ils
font, & paroître ce qu'ils ne fonc pas. Dieu permit, dit un Au-
teur, que le Saint Abbé de Clervaux fut trompé pour un tems,
afin de faire connoître, qu'à quelque dégré de fagefle, qa’on
foit élevé dans ce monde , on n’y eft pas tout à fait affran-
chi des furprifes, attachées à la condition humaine,
(*) Dans le tems que nous écrivons ceci, | rieufement Régnant, auquel tons les Fidélez
au mois de Février 1748 ,il ne refte en vie | doivent fouhawer les jours des lPatriarches,
que fept de ces vingt-neuf Cardinaux, ÿ | pour le ‘bien général de PEglife.
compris N, S, P, le Pape Benoît XIV., glo-
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 47:
Nous pouvons ajouter la judicieufe Réflexion de PArchevè.
que de Ferme: « Certainement, dir cet illuftre & fage Hifto- «
rien, un Souverain feroit heureux ; & fa condition paroîtroit «
au-deffus de celle des Mortels, fi parmi fes amis, & fes favoris, «
il ne s’en trouvoit aucun, qui ne fut réellement tout ce que le &
Prince pourroit fouhaiter; donc les vertus fuffenc fans aucun &
mélange de vice ; &, ce qui eft encore plus rare, auçun qui ne «
préférar {e bien public à fes intérêts particuliers .., Maïs, le «
fage nous apprend que les penfées des Hommes font timides, «
& nos prévoyances incertaines. C’eft pourquoi on ne doit pas «
d'abord accufer celle du Souverain , parce qu’on remarque «
quelque chofe de repréhenfible dans la conduite, ou ae &
moœurs de fes Créatures. Nous ne vivons pas avec des perfon- «
nes fans défaut ; & quoique le gouvernement humain rende «
à la perfe@ion, il ne fçauroit jamais être parfait. Ainfi ces «
fortes de défauts, qui font moins les défauts du Prince, que «
de la condition humaine , ne pourront jamais-ternir l'éclat «
des Vertus de Benoît XIII, ni empêcher que fa mémoire ne «
foit toujours louée par les juftes Eftimateurs des chofes, tant «
que la Religion, la Piété, & la Libéralité feront eftimées «
parmi les Hommes (1) ». :
La mémoire du jufte, felon l’oracle du Saint-Efprit , fera
éternglle : fon nom toujours refpetté , fera aufñfi toujours en
bénédiction, & le fouvenir de: fes faintes A“ions ne s’effaceræ
point de PEfprit des Peuples. Tout cela s’eft vérifié dans l&
perfonne du Saint Pontife, dont nous écrivons lHiftoire. La
mort , qui nous l’a enlevé, en le faifant difparoïtre à nos yeux,
n'a pû affoiblir dans nos Cœurs, ces juftes fentimens de véné-
ration , & d'amour , qu’une fainteré fi connue y avoit
fondé-
ment gravés. Les Romains Îes firent paroître, ces fentimens,
pendant les obféques du Pape (1); & ils les ont renouvellés,
(x) Cerrè felix ile Princeps , & quafi {u-
pra humanem conditionem pofitus videre.
tur ,Cui contingerer tales familiares omnes
babere , quales cuperet, quorum virtutibus
aulla admifcerentur vitia y &, qudd diffici-
has eft, quibus publica tantum res, nihil
privata, cordi foret... Porro à fapientiffi-
mo omnium hominum admonemur , cogita- |
niones hominum timidas efle, & providen-
rias noftras incertas ; quare non cft provi-
dentia Principis ftatim accufanda, fi quid in
moribus aliorum eccurrat, quod non pro-
betur : non enim cum perfeétis vivimus ; &
ipfum Regimen hominum , quamvis ad ea,
quz perfeéia funt dirigat, jazta Sammorum
Theologorum fententiam, perfettum efle
non poteft. Hæc autem quæ conditionis po-
tius dans de Principis funt , nihit
detrahunt Benedicto-, cujus memoria ab æ=
quis rerum æftimatoribus tandiu laudabitur ,
quamdiu apud homines Religio , pietas, a
liberalitasin pretioerunt. Archi. Fir. p. 130%
{2} Inter hæc carabatur defunéti Pontifi-
cis fuaus ritibus confuetis: Magnus populs
accurfus, & meæror : unufquifque mortales
exuvias venerari , ac, fi pollet, ofculari gef-
tiebar , laudarà illius memotii à Magiftre
Thomäâ-Auguftmo Ricchino Cremenené ex
Ordine Prædicatorum , caftiffimi , nec men
daciis fucara orauone , &c. Idem pag. 133.
LIVRE
XLVL
ss
Benoir XII
Sap. IX», 14
472 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre peu-êtreavecencore plusd'éclat, danslatranflation folemnelle ;
XLVI qu'on a faire de fon Corps, trois ans après fon heureux décès.
Bixou xs Quoique Benoît XIII, dans plus d’une occafon, eût exprefé-
———— ment déclaré, tant aux Religieux de fon Ordre, qu’à quelques
CVI Cardinaux, & à plufeurs autres Prélats, qu’il vouloit être
Le Corps deBe- inhumé avec fes Freres, dans l’Eglife de Sainte Marie fur la
noit XIlILeft mis ‘ : ;
comme en dépér Minerve, on ne laiffa pas, felon l’ufage, & les Bulles des Papes,
ne des. de mettre d’abord fon Corps, comme en dépôt, dans la Bafili.
oi que de Saint Pierre. Mais le Général des Freres Prêcheurs
n’efpéroit pas moins, de la bonté du Souverain Pontife fon Suc-
cefleur, que ce précieux tréfor lui feroit rendu dans le tems
convenable, Il fit en conféquence, tous les préparatifs, & toutes
les démarches néceflaires. Clément XII voulut bien favorifer
{es juftes défirs, qui étoient aufli ceux de tout l'Ordre de Saint
Dominique. Le Cardinal Annibal Albani, Archiprêtre del’Egli-
{e de Saint Pierre, & tout le Chapitre de la même Eglife en-
CVIIL: trerent dans les mêmes vüës. Les Cardinaux de la Creation de
ie a Benoïc XIII fe faifant de même un devoir de pe à ae de
dans celle de Sain- refpeéter fes volontés encore après fa mort, il fut réfolu quele
ps lur 21 de Février, jour auquel on célébroit Annuellement dans la
De Chapelle du Palais, l'Anniverfaire du Saint Pape, on feroit
aprés le Soleil couché l’exhumarion, & la reconnoiffance de
fon Corps : que le lendemain , premier Dimanche de Ca-
rème , il feroit transféré dans l'Eglife de Sainte Marie fur
la Minerve; & que le jour fuivant on y feroit un Service So-
Jemnel. | : |
Le Pape Clément XII donna, dans cette occafion, des té-
moignages éclatans, & de fa piété, & de l’eftime + Jak
dont il étoit pénétré à l'égard de fon Prédéceffeur : car il ordon-
na d’abord, que tous les Evêques affiftans du Trône, tous les
Ordres de la Prélature, enfin tour le Clergé Séeulier, & Régu-
lier de la Ville de Rome, avec tous les Chantres de fa Cha-
pelle , afifteroient au Convoi. Sa Sainteré voulut aufli que
tous les Aurels de l'Eglife de Saint Pierre, & ceux de Sainte
Marie fur la Minerve, fuflent privilégiés, pendant que le Corps
de Benoît XIII demeureroit expofe ; & elle chargea le Gou-
verneur de Rome, de donngr fes attentions, pour que tout fe
fit dans un bon Ordre, fans trouble, ni ie niembarras
dans les ruës. Il parut par les fuites que le Peuple Romain n’avoic
pas befoin d’être invité à marquer pu juftes fentimens de recon-
noiffance, & de vénération pour la mémoire de Benoîc XIII.
Mais il y çût une particuliére émulation parmi çeux , que le
pieux
pieux Pontife avoir placés de fon vivant, ou dans le Sacré Collé-
ge , ou dans la Prélature, où dans les Chapitres, particuliére-
ment dans celui de Saint Pierre. ne
Le 21 Février 1733 à cinq heures du foir on fit l'ouverture
du Caveau, où le Corps du Pape avoir été mis en dépôt. Le
triple Cercueil , qui le renfermoit fut porté dans le Chœur de
- DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 473.
Livre
XL VI.
Benoîr XIIL.
annees rame
Saint Pierre, & ouvert en préfence des Cardinaux, Ottoboni, :
Aonibal Albani, Jean-Baprifte Altieri, de Pétra, Lercari,
Fini , Cäraffa , Borghefe, Oliviéri , Alexandre Albani, Del
Judicé ; de plufeurs Prélats , de tous les Chanoïnes du Chapi-
tre, & de quelques Religieux de Saint Dominique. Ce fut un
grand. fujet d’étonnement, & en même rems de confolation,
pour tous ceux qui étoient préfens, de voir le Corps de ce Saint
Pape, parfaitement entier, fléxible, maniable, & fans aucune
CVIIT
En quel état il
cft trouvé. |
corruption. Toutesles Veines y paroïfloient auffi diftin&tement,
que fi le Corps eût été encore en vie. Le vifage confervoit fa
couleur naturelle, & les mêmes graces, qu’il avoit trois ans au-
paravant,lorfqu'on le miten terre. Toutinfpiroitune fainte Joye:
tout fembloic annoncer la gloire, & la félicité de fon Ame {r).
Pendant que les Notaires drefloient un Procès-Verbal, &
ue l’Archevêque d'Hiéropolis, Chanoïne de Saint Pierre, fai-
oit l’abfoute fur le Corps, quelques Cardinaux, & plufieurs
autres perfonnes de piété , tachérent de fe procurer quelques
morceaux des Habits, ou de la Chafuble du Saint Pontife. Ceux
ui ne purent en approcher de fi en , firent leurs efforts pour y
fire toucher des Voiles, des Calotes, des Médailles, des Cha-
pelers, & autres chofes femblables. Mais, pour prévenir lg dé-
{ordre , on fe hâta de renfermer le Corps dans les deux Cercueils
de Cyprés, & de Plomb : celui de Sapin , qui étoit l'extérieur,
s'étant trouvé pourri par l'humidité du mur , on laïffa aux
Affftaas la Liberté d'en emporter des morceaux felon leur dé-
votion.
Le Cardinal Archiprèêtre fit lire enfuite, l’Adte qui avoir été
{1} Et quidem quim alrè omaium infide-
æet animis opinio de Benedi@i virtute , ac
fanétimonia , brevi patefa@tum eft. Frater
Thomas Ripoll Magifter Generalis Ordinis
Prædicatorum repetebat mortales Benedi@:
exuvias, qu ille fæpè cdm viveret, ex
Chriftiana humilitate animi dixerie , non
aliud fibi fepulchium deberi, quim commu-
neinter Fratres Ordinis fyi. Inde jure poftu-
Kibac reddi bi Corpus ejus , in præcipyo
Ordinis T:mplo S, Marig fuper Minervam
Tome V'J,
condendum. Clemens XII Benediéti Succef.
for annuit votis. Quapropter x11 Februarii
anno 1733.... Depofito Benediéti loculo,
ac referato , adftantes omnes Corpus ejus
integrum , veftefque prorfus illæfas infpexes
runt, mirÀ animorum ad pietatem, & ad la
crymas commotione. Nullus ibi gravis odor,
nuila triftis mortis imago , fed grandis da
adepro zternæ gloriz præmio fiducia , &c
Arihi, Firm. pag. 131 3 132.
Ooo
Rélation écrite
lien,
474 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvres dreffé, pour configner le Corps de Benoît XIII aux Religieux
XLVI. de fon Ordre. Le Révérend Pere Thomas Ripoll , alors leur
Benoir Xi Général, n'ayant p s’y trouver à caufe d’une indifpoñtion , le
— Réevérend Pere Jofeph-Benoït Zuanelli, Maître du Sacré Palais,
K Je repréfenta , ayant pouvoir de fa part, & de celle de tour fon
Ordre, de recevoir les précieufes depouilles, des mains de fon
Eminence. Après quoi les Cardinaux fe retirérent, ainfi qu’un
grand nombre d’autres Seigneurs, qui s’éroient rendus à cette
Le Duc de Sainr Cérémonie, entre lefquels étoit l'Ambaffadeur de France, avec
Agaan, Madame fon Epoufe. Cependant le Duc de Matalone , avec plu-
fieurs Chevaliers Romains, & le Majordome du Pape avec un
nombre de Prélats, demeurérent au tour du Cercueil : & la
Communauté des Dominicains y pafla toute la nuit, en réci-
tant le Pfeautier : ce qui fut continué encore le lendemain juf-
qu'au moment de la Tranflation. On offrit fans interruption
Jes Saints Myftéres, fur tous les Aurels de la Bafilique de Saint
Pierre, depuis le point du jour jufqu’après midi. L’Archevè-
que de Nicomeédie, Chanoine de la même Epglife, célébra Pon-
tificalement fur un Autel, dreffe à côté de la Porte de la Con-
feffion des Apôtres, & après la Meffe Solemnelle, il y eût un
très-beau Difcours Latin, en forme d'Eloge funébre ; qui fur
prononcé par l'Abbé Simon Aflemani, Maronite, Camerier
d'Honneur de fa Sainteré, Homme diftingué parmi les Gens de
Lettres, & particuliérement connu par fa Bibliothèque Orientale.
"Tandis que l’Orateur Chrétien publioit les louanges du dé-
funtc Pape, il n’y avoit point un Auditeur , qui n’applaudit à
#- : fon Difcours, & qui ne fe crut en état d’y ajouter beaucoup. IL
ne pouvoit y avoir qu'une Voix, pour louer un Ami de Dieu,
qui avoit long-rems édifié toute l’Eglife, & qui avoit fait du bien
à tous. La Tranflation cependant, qu’on alloit faire, ne pro.
duifoit pas dans le Cœur de trous les mêmes fentimens. Le Cha.
pitre, & tout le Clergé de Saint Pierre, ne voyoit qu’à regrer,
que le moment approchoit, où il feroit privé d’un tréfor, qu'il
fe glorifioit de pofléder : tandis que les Religieux de Saint Do-
minique fe réjouifloient au contraire, de ce qu’on les mettoit
énfin en pofleffion des Reliques du Saint Pape, qui les avoit
& rendrement aimés, & qui fera à jamais la gloire de leur Or-
dre (r).
: (1) Interim parabatur funus à Vaticano de- [ decus, &æ ornamentum Ordinis fui : omni-
ducendum, Canonicis ,& Clero univerfo il |bus verd fammo ftudio certantibus , ut qui-
kus Baf'icæ vehementer dolentibus , eripi | que poffet memoriam defunéti Pontificis im-
fibi pretiofum ,quem aervabant thefaurum : | penfus honorare, &c. Archi, Firm. pag.
Contra gaudentibus Fratribus, reftitui fibil 132. EM …
€
_. DE L'ORDRE DES, DOMINIQUE. 47%
Sur les onze heures & demi, toutes les Communautés du ty 8gp£
Clergé Séculier , & Régulier fe mirent en devoir de fe rendre %x£vrE.
l'Eglife de Saint Pierre, & une heure après on commença la ——— Te
marche pour aller à la Minerve, par la ruë Papale. La Relation, Benoit XF, :
qui en fut écrire en Italien, eft magnifique, & fort détaillée;
pour l’abréger nous nous contentons de dire, avec l'Arche:
vêque de Ferme, qu’on pouvoit également admirer l'ordre,
l'éclat, & la pompe de cette augufte Cérémonie , plus fem-
blable à un triomphe , qu’à un Convoi funébre. Le rems fut
très-beau; & le jour trop court. Ceux qui étoient les premiers
dans cette Proceflion, arrivérent à l’Eglife de Sainte Marie fur
la Minerve, à quatre heures du foir; & les derniers fe trou
voient encore avec le Corps, dans celle de Saint Pierre, vers
les cinq heures. Mais la lueur des Flambeaux, & les Cierges,
rendoit cette nuit aufli refplendiffante que le jour. Les mala-
dies, dont la Ville étoit alors affligée, n'empêchérent pas que
les raës ne fuflent toujours snpiiee d’un Peuple infini :& au 1:
ailieu d'une foule prodigieufe, régnoit un profond filence;
infpiré autant par le refpect dû à ce Souverain Pontife, que par
Ha crainte d'interrompre le chant des Pfeaumes ; dont les Pré-
lats., avec cout le: Clerve, faifoient continuellement retentir les
@STS 0 . 7 Hs
- : Le Cardinal Ottoboni fe trouva, avec plufieurs autres Car
dinaux, aux portes de la Minerve , pour recevoir le Corps:
Après que les Soldats eurent fait fortir de l’Eglife, non fans
beaucoup de peine , une. foule de Peuple, que la piété, & la
Coriofiré y avoient attiré, on ferma les Portes ;'on placa ‘4
Cercueil fur. un: magnifique Eckaffaut, & on difpofa putes
chofes dans la Chapelle, où devoit fe faire le lendemain le
Service Solemnel des ‘obféques. Les Dominicains y pañlérene
coute la nuit, dans la récitation du Pfeautier, comme Ê avoicnt
fait la nuit précédente à Saint Pierre. Le Lundi matin, 13 dé
Février, la Mefle fut chantée par la Mufique du Pape, & célé-
brée en préfence du Sacré Collége, par le Cardinal Jean-Bap-
cite Alriéri, le plus ancien de tous ceux de la Création de
Benoïît XII. On y vit un très-grand nombré de Prélats, Pa-
criarches , Archevêques, Evêques, Pronotaires Apoftoliques ;
Auditeurs de Rote, Généraux, & Procureurs Généraux de
différens Ordres, outre les Princes, les Seigneurs Romains, &
les Miniftres des Cours Etranigéres, L'Abbé Pierfanti, Maître
des Cérémonies, & Chapelain fecret de fa Sainreté, fit aveé
beaucoup d'éloquence l'élogé Funébre de Benoït XII]. Enfuite
| Oooi |
Archi. Firm. p.144
Livre
XL VI.
Benoir XIIL
476 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
les Cardinaux Petra, Lercari, Fini, & Caraffa, tous quatre
Créatures du défunt Pape , ayant pris leurs Habits Pontificaux,
fe placérent aux quatre coins du Catafalque ; & firenc les Abfou-
tes ordinaires. | |
_ Onfe flattoir qu'après cela, la nuit qui approchoit,. oblige-
roit la foule de fe retirer. Le concours au contraire devint tou.
jours plus grand ; & tous les efforts des Soldats ne purent em-
pêcher, ni arrêter ceux, qui s’'emprefloient de venir baifer le
Cercueil : enforte que, pour prévenir un plus grand tumuite, il
fallut laifler à tout le monde la Liberté de s’approcher les uns
après les autres, & de contenter leur dévotion. Ceux-là por-
toient des paquets de Chapelets , pour les faire toucher au Cer-
cueil ; ceux-ci conduifoient des Éftropiés , des Aveugles, des
Paraliriques , ou d’autres Infirmes : remplis de fentimens de vé-
nération, & de confiance, ils venoienit tous implorer lafiftance
Relat. Ical
du Serviteur de Dieu, dans leurs befoins Spirituels, & Corpo-
rels. On en vit plufeurs , qui coupoient quelque morceau du
Cercueil de Plomb, & quelques-uns, qui, faute de Couteau,
tachoient d'en arracher quelque chofe avec les Dents. :
On étoit bien avant dans la nuit, & la foule étoit toujours [a
même; on eût bien de la peine à en faire fortir une partie, de
l'Eglife ; afin que les Religieux ‘is faire l'Office de l’Inhuma-
tion en la maniére prefcrite. Plufieurs Prélats voulurent s’arrè.
ter, pour chanter avec la Communauté l'Office des Morts, &
affifter à la Sépulture. Le lendemain , jour de Saint Mathias,
Je concours du Peuple fut encore extraordinaire, parce que la
plûpart fe plaignoïient de n’avoir pû fatisfaire à leur dévotion , le
jour précédent ; & comme on ne laifloit entrer perfonne dans
ha Chapelle de Sainte Madeleine , où le Corps avoit été mis en
dépôt, attendant qu’on püt ériger un Maufolée, tour le Peu-
ple fe jetta fur l’Echaffaut, où le Cercueil avoit été d’abord
pofé, & avec divers inftrumens de Fer on le mit en piéces,
chacun voulant en avoir quelque partie.
L'Ordre de Saint Dominique , & fon illuftre Général Fho-
mas Ripoll, qui n’avoient rien épargné dans la Cérémonie de
la Tranflation, ne crurent pas s'être acqnités de tout ce que la
Es les engageoit de faire, pour honorer la mémoire d’un
aint Pape, qui leur avoit fait lui.mème rant de bien, & tant
d'honneur. Réfolus de lui élever un Tombeau, qui fut un Mo-
nument éternel de leur Vénération, &:de leur jufte recon-
noiffance, ils deftinérent pour cela la Chapelle même de Saint
PDoôminique, que notre Pape avoit autrefois enrichie , fans per-
=
DE L'ORDRE DE S$S. DOMINIQUE. ‘477
mettre qu’on y ft paroître nifon Nom, nifes Armes. C'eft dans
cette C Ar une des plus belles de l’Eglife de la Minerve,
que notre Général fit dréfler à grands frais, un magnifique
Maufolée, où le Cuivre, l'Or, & le Marbre le plus précieux
font peut-être encore moins admirés , que la beauté du travail.
1! eft vrai, que plufieurs Princes de l’Epglife , les Cardinaux
Aléxandre Albani, Quirini, Lercari, Fini, aïnfi que le Duc
de Gravina, petit Neveu de Benoît XIII, & aujourd'hui Car.
dinal, fe firent un plaifir de partager la dépenfe , & de donner
des marques Publiques de leur générofité. |
- Ce Maufolée étant déja dans fa perfe&ion, au commence-
ment de l’année 1739, on y tranfporta le Corps du Pape, le
Livres
XLVI.
Benoîr XIIL
ERRRPRRNESEENERNESER?
Archi, Ficm. pe 1364
337e
22 de Février, le lendemain de fon Anniverfaire : en quoi,
felon la remarque d’un Hiftorien , on fit une chofe felon fes
défirs, & unë autre contre fa volonté. On fe conformoit à fes
Vœux, en plaçant fes Cendres proche les Tombeaux de fes
Freres,;mais on s’en écartoit ,en relevant fon Sépulchre, par les
plus riches ornemens; puifque ce véritable Pauvre de J es u s-
CHrisT n'avoit jamais eû que du mépris, pour la magnifi-
cence & la pompe. Au refte quelques précautions , qu’on eût
prifes, pour faire cette feconde Tranflation én fécret , les Por-
res de l’Eglifé fermées ; cela n’empêchä pas qu’il ne s’y crouvâc
quelques Cardinaux, & plüfieurs Prélats, & Princes Romains.
Bien d'autres perfonnes crouverent aufli le moyen de : s'intro -
duire dans l’Epglife : car telle eft encore l’affe@ion des Fidéles, &
leur dévotion envers l’Homriie de Dieu. qu’ils ne peuvent l’aban-
donner, ni loublier. Nous ne faifons que traduire les paroles
de lArchevêque de Ferme, fidéle témoin d’une grande partie
de ce is nous avons écrit dans cette Hiftoire. Cet Auteur nous :
repréfente ainfi l'extérieur de Benoît XIII : « Ce Pape, dit-il, «c
étoit d’une jufte taille, la crête prefque chauve ,ungrand front , «
le nez aquilin, le vifage ferein , afluré, & blanc, mais où il,«
reftoit quelque rougeur, à çaufe des fréquens entretiens qu'il «
avoicavec le Seigneur, dans la ferveur de la Priére (1) ».
Nous voudrionsque le même Ecrivain eût auf entrepris, de
repréfencer l’intérieur de fon Héros ; mais il penfoit lavoir fuffi.
fainment repréfenté en rapportat,commeila fait, fes A&ions,
& fes paroles. Il eft vrai qu’on doit connoître l'arbre par fes
” {1} Quèd fi habirtum quoque corporis ejus 4 fortio fermonis Domini quandoque rubefce.
poñteri nofcere cupiant, decens ille potids rer. Sed am animi magis Quim corpo-
uam fublimis fuit : caput ferè calvum, {pa- Éris, ex faëtis, diétifque illius , quæ nos re-
tiofa frons , nafus aquilinus , nihil metus in |cenfuimus , ampleétamur, &c. Archi, Fiy,
vultü , candidaoris gratis, ni quôd ex con- pag. 1 37. |
O 00 ii
LrvRE
XLVI.
Benoîr XIII.
CIX.
Difcours de l’Ab-
bé Affeinani, Cha-
noine de la Bañli-
que deS. Pierre,
prononcé le 22
Février 1733°
478 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
fruits, & l'Homme par fes œuvres. On avouera néanmoins ;
que la haute piété du Saint Pontife, & {es rares vertus femblent
avoir en quelque maniére abforbé toutes fes qualités naturelles,
& fes talens. On fait moins d'attention à ce que la nature lui
avoit donné, parce qu'il avoit beaucoup reçu de la Grace : s’il
avoit été moins Saint, peut-être aurions-nous plus admiré ce qui
pouvoit le faire paroïtre un grand Homme. Mais dans des K
ces éminentes , un grand Saint n'eft-il pas toujours un grand
Honme , quand il ne doit fon élévation qu’à fon mérite, &
qu'il en remplit tous les devoirs comme a fait Benoît XIIE 2
Il eft certain qu’il étoit né avec.un excellent naturel, & que
dès {es jeunes années, on reconnut en lui beaucoup de juftefle,
& d’érendue d’Efprit ; une mémoire ferme ; uñ Cœur tendre,
noble , généreux ;.une élévation, & une fermeté d'Ame pèu
communes. Maître de lui-même, & de.fes paflions, il ne fe
Jaiffa jamais dominer par l’actrair des plaifirs , ni par l'amour
des richelles; & autant qu’il parut modefte dans, le comble des
honneurs ; autant fe montra-'il conftant , & intrépide dans
l’adverfité, Il aima les Lettres, les Sçavans, & tous les gens de
bien. Tous ceux qui méritoient d’avoir part à fes Libéralités,
& plufieurs qui ne le méritoient pas, en reflentirenr les effers,
La générofité eft la vareu des grandes Ames : elle fut par ex-
cellence celle.de Benoît XIII. La poftéricé en refpeétera les
précieux Monumens, non-feulement dans la Ville de Rome,
mais aufli dans plufñeurs Diocèfes, & Provinces d'fralie. |
Ce trait ne fut point oublié, par l’Orateur du Chapitre de
Saint Pierre, dans le Difcours, qu’il prononça devant une au.
guifte Affemblée, à l'ocçafion de la Tranflation du Corps de
Benoît XIII. Ce Difcours mérite d'être mis ici avec fa Tra-
du&ion. PR
EF N ce jour confacré par l'Eglife à ] Nhac Antiochene Cathedre Prin-
4 honorer la Fête de la Chaire de 'S. < cipis Apololorwm Solemnitate cuus
Pierre à Antioche , jour célébré tous-les -wnmsemr memoriam recolentes | vrnant
ans, avec tant d'appareil , & tant de {o- fplesdidiffime harc aupnfiffimañ Ba
lemnité, dans cette Aupulte Bafilique ; /dicané guorannis fulgcre ‘circumlpe-
ne penfez pas, que la décoration funé- ximss., cam ihedierns. die finabrs «
bre , dont vous [a voyez maintenant re- Juluofoque apparatu atraram. intues
vêtue, doive être pour nous une objet mur ; non dilore quidems , ac triflitié
de triftaffe, ou un fujet d’afition:elle cammoveri debemns, fed intimis la-
_ nous doit plutôt infpirer de la joie, & vitie fenfibus exmlrare. Hand enkm
exciter dans nos cœurs de vifs fentimens gwe oculis objiciuntur cenfenda fnr£
d'allégrefle. Ce n'eft point ici un Spec- eniffia funefle morris [petlarula, [id
tache lugubre, que la cruclle mort Pré- porins Fafignia de Le morte,
Le = _
Li
DE L'ORDRE DE $ DOMINIQUE. 479
Jpolia, ad triumphum cnjus aufpicie
celebramus , Bencditlo tertio decimo
Pontifici Santliffimo comparats. Par
[ane aquumque erat, nt qui , cum
primum Pontifex Maximus concor-
dibns [uffragiis renunciatus, [nblimis
snveheretur, magnificemtiffims Templi
bujus limina, baud ingredi voluit,
quin in genua provolutus, facros Bea-
tiffimi Petri Cineres fippres vener a-
retur : idem Apoffolici enatus Prin-
ceps, Beneditlo non [olum CXÉMIATHMN
virtutum, [ed ctiam dignitatis , ©
auloritatis [ue Succeffori, banc no-
mini [no dicatam diem cederet : in
qua corporis ipfius exuvie ea triums -
phali per Urbem ducerentur pompa,
quam fibi debitam Jemper detreita-
Verat atque contempferat.
: Mirabamur omnes, © non Îine
Mngents animorum noffrorum gaudio,
_fepè recordamur , quo contempru , ac
defpeëlu , quidquid mundanum qui-
_ dem ee , penstus averfatus
fuerit ; quidquid vero divinum Cul-
tum , atque honorem fpetiaret, omni
ope fufceptum diligentifimé perfece-
PA. Attamen ‘ut in prafértia prae-
tèrcam incredibilem ansmi demifio-
nem in tanta dignitate , fingalarem
fente à nos yeux : ce fonc plurôt les’dé-
ouilles de la mort même, qui viennent
par d'ornement, à la viétoire, que le
très-faint Pape Benoît XII à rempor-
tée fur elle; & dont nous commençons :
aujourd'hui à célébrer le Triomphe. Et:
LIVRE
XLVIE
BEeNoïîr XIII
dame menmemmgane-t
certes, fi ce grand Pape, qu'une voix
unanime venoit d’élever au Souverain
Pontificat, ne voulut point entrer dans
ce Saint Temple, qu'après s'être hum. -
blement profterné devant les Cendres
du Prince des Apôtres , ne pouvons.
nous pas dire, que c'eft une efpéce de
juftice, que ce Saint Apôtre céde, au
Succeffeur de fa Dignité, & de fes Ver-
tus,un jour confacré à fa Mémoire; &
* ce même jour foit deftiné à porter
on Corps comme'en triomphe, au mi-
lieu de cette graride Ville, & avec cette
Pompe, qui lui étoit d'autant plus dûe,
qu'il n'a jamais ed pour elle que de
l'éloignement, & du mépris.
Nous avons admiré (& c'eft toujours
avec un fenfble plaifir que nous nous
en rapellons le fouvenir ) nous avons ad-
miré avec quelle efpéce d’averfion il re-
gardoit toutes]les chofesde la terre,tandis .
qu'il s’appliquoit avec tant d'ardeur à
tout ce qui avoit quelque rapport au Cul-
te , & à l’'Honneur de Dieu. Je ne veux
Pawpertatem in Summa affinentia ; pourtant pas vous entretenir ici, ni de fa
Sntentum in divinis Landibus, G* non profonde Humilité, dans la plus haute
_Shtermiffum Orandi findiuri ; in re- Dipnité de Eglife ; ni de fon extrême
rm (prefertim Eccléfiafficarum ) pauvreté, dans l'abondance des richef-
multitudine ; admirabilem abflinen- {es; ni de fon afiduité à l'Oraifon, au
tiam ,; © affidua jejunia in etate jam milieu des foins, & d’une multitude
dilabente, quamvis nullis umqnam d'Affaires Eccléfiaftiques, Je rie dis rien
laboribus, © curis defeffa. Uitaceam de fon Abftinence, ni de fes Jeûnes
invillum pétloris robur in afférendis continuels , dans la décadence même de
Apoflolica Scdis juribus ; eximinm {on âge, & fans {e laiffer jamais abbatre
èclum ÿn vifitandis non fine gravi par les fatigues, & les foins attachés à
incommodo Ecclefis, ctiam rurali- {a Dignité,
bus, isfque, nullä habitä diffendio. Je paflerai encore fous £tence, fa for-
rum ratione, ornandis : alacritatem ce & {on courage invincible, à défen-
#n Divini Verbi pradicationis Minif. dre les Droits du Saint Siége; ce zéle
terio, non vulgarem Sacrorum Cano- infatigable , à vifiter les Eglifes, celles
sum, Rituum, @ Ecclefiaflice Hiflo- mème de la Campagne, aux dépens de fa
rie peritism.Ut demum fileam buma- foible fanté ; fa libéralité, à fournir tout’
uitatis , liberalitaris ac pictatis officia ce qui étoit néceffaire pour laDécoration
480 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LIVRE
XLVI.
Benoïir XIIL
SÉRIE
des Lieux Saints; fon.ardeur dans le ergs egenos , égrotos in Nofocomis\
Miniftére de la Parole; & la connoif- 4: Diva Ædihns lenguentes exbi-
fance peu commune, qu'il avoit acqui-"bita; ceterafque immortalitate dignas
fe, des Canons, de la Difcipline, & de Vériures ; que profeilo fingule fingulis
l'Hiftoire de l'Eglife. Perfonne n'igno- Pris porif man Princ pibs » r'everen-
re quelle fut toujours fa tendrefle, fa riam atque amorem Hominnm conci-
compañiion, & l'effufion de fa Charité liant : inter effufas omnium Ordinum
envers les Pauvres, & les Malades, qu'il grarslationes, ac laudum preconis,
aimoit à fervir, & confoler, foit publi- 5n bac Memoranda Beneditti Tranf-
der dans les Hôpitaux, foiten fecret larione, liceat mihi, erf5 pro Benefi-
ans les Maifons particuliéres, Je laifle cs, in Varicanam Bafilicem, ©
tout cela, ainfi que tant d’autres Vertus Cæpitulum noffrum , largé mans
dignes de l'immortalité, dont chacune Collaris hand fatis idoneo , ac nallo
fuffiroit pour mériter à chaque Parti. sgenio, nullague dicendi arte predi.
culier , & encore plus à un Prince, la 10, grati anim fignificationes , ejn[-
vénération, & l'amour des Hommes. dem Capituli nomine , ex tempore ief-
Permettez feulement, qu’au milieu des r814s5 facere.
Louanges de Benoît XIII, & des accla- Morwriomnes, qua voluptate Va-
mations, dont toute la Ville retentit au- ricerwm potins domicilinns fibi dele-
jourd’hui, à l'occafion de la Tranflation geris Benediélus , ne veluti per vim
de fon Corps, j'employe, fans beaucoup Æfivorempore ad falubriores Palatis
de préparation, mes foibles Talens, Quérinalis Ædes duceretur : € quibus,
& mon peu d'Éloquence , pour luiren- vx duobus aut tribus elapfis menff-
dre, au nom de ce Vénérable Chapi- bus, seque per totum Pontificatñs [ui
tre, un témoignage public de recon- fpatium, continua hafce fibs jucundi[-
noiffance, pour tous les Bienfaits que fimas repctebat : haud alio cerié conft-
nous avons reçus de lui , & pour les Jo, quam ur Templo bic proximus,
Dons qu’il a fi libéralement répandus fur Sacrum Apoffolorum Principis pignus
cette Bafilique, | fepifimé invifens coleret ; ac Summi
Tout le Monde fçait avec quel at- Pafloris munera commodiss expleres,
trait, & quelle prédileétion ce Saint Æic autem quas religionis , AH: Sa-
Pape voulut d'abord fixer fa demeure cerdotalis Miniffers partes, tlluns
au Vatican : il falloit lui fairg une efpé- ferélins ac fludiofins exercuiffe NOR Vi=
ce de violence, lorfque , pour refpirer dimus ? Preter eas fane, qua per Sum
un air plus fain,& plustempéré, onl'en- mos Pontifices Predecefores [os ,
gageoit à aller pafler deux ou trois mois ffatis remporibus peragebantur func-
de l'Eté , au Palais du Quirinal : il n'a sones, novafque 4 [e indillas, infi=
pas même voulu s’affujettir à ce change #ites propemodum alias , in Vaticaræ
ment, pendant tout le cours de fon Zafilica obewndi oportmnitatem nau-
Pontificat; & quel étoit fon emprefle- cifcchatur.
ment à revenir auprès de nous, dès que Zrrerdum, pofiquam gravia Ad.
les grandes chaleurs étoient pañlées! Or, mixifirorum [apienter explicaffe ne-
d'où penfez-vous que venoit une préfé- goriæ, nobiftwm in Choro intererat,
rence fi marquée? C'eft qu'étant plus dum canerentur Divine Landes , aus.
près de l'Eglife de Saint Pierre , il fe Sacra Linrgia, aut concie Evan-
trouvoit plus à portée d’y venir hono- gelica babcretur. Neque illi quid-
rer les Sacrées Reliques du Prince des quem jucundins € antiquius, quans
Apôtres , & d'y remplir plus commodé- pweros recens natos [alutaribus B
ment tous les devoirs d'un Souverain sifmi aquis hngere ; Adhlios fide
L | : _ Myferiis
r DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 48r
“Mfleriis imbuere; Aras pro Templi Pafteur. Là combien de fois, & en
bujus dignisate Deo dedicare. In con- combien de maniéres ne l'avons-nous
férendis vero Ecclefie Ordinibus, ob pas vü s'acquitter avec un zéle édifiant,
gngentem mulritudinem , dolentes [ape & une piété fans. éxemple , des Saints
illum [pelavimus penè deficientem, Exercices de la Religion, & de toutesles 7
stque inter manus Miniffrorum con- Fonctions de fon Miniftére? Peu con-
gidentem. tent de celles que fes Prédéceffeurs
Cum ad Templi atrium hiberna avoient accoutumé de faire en certains
sempcflate Catbecumenos facris Ver- jours, & de celles que lui-même avoit
bis expiaret,ut regenerationis lavacro établies, il étoit ravi de trouver dans
gblucrentur, exoratus , ut fibi à fri- cette Eglife , de fréquentes occafions d'y
gore confuleret : nunquam , inqsit, en ajouter encore une infinité d’autres,
Æcclefiarum incommods mihi nocue- Souvent après avoir travaillé avec fes
ant Per Solemnem autem Corporis Miniftres fur les Affaires les plus impor-
Chrifii Fefium diem, licet veffigis tantes, ik venoit fe méler avec nous,
“wix firmare poffet, minime acqmie- pour chanter les Sacrés Cantiques, affif..
Ait, nt humeris invetlus, Euchari[- ter à nos Saïints Myftéres , & entendté
252 Sacrameritum deferret. Inca vero ]a Divine Parole. Rien ne lui faifoit
#npplicatione, que Oilava cjufdem plus de plaifir, que d'y venir baptifer les
cclebrisatis die, à nobis fieri confue- petits Enfans, catéchifer les Adultes, &
æit, pedibus nobifcum, dexter4 fa- confacrer les Autels, qu'il y avoit fait
_£em, finira baculum gellans , quo élever avec toute la magnificence, qui
#ebilis menibra fiffentaret , femper convient à la Majefté de ce Temple.
srcedeba. | Combien de fois fs de crainte, & de
.: Qaÿd de Epifcoporum inaugura douleur ne l’avons-nous pas vû, lorfqu'il
2ionibusper fe in bac Bafilica habits? conféroit les Saints Ordres | tomber
_ Quid de Beatis in Saniiorum nume- prefqu’en défaillance, entre les bras de
. F4 Adfcripris? Quid tandem non fes Officiers, épuifé par le grand nom
pr fit, nt parwnum amorem, © bre de ceux à qui il veñoit d'impofet
Écrevolentiants, que nos, noffremque les Mainsl ne
Bafidicam profequebatur ,manifefiius - Quand, malgré lés rigueurs de l’'Hy-
offenderet ? Verum.luculentius illud vér, il venoit au Veftibule de l'Eglife,
Chariaiis [ue argumentum non 4} inftruire les Cathétuménes, & les prépas
_ fentio, pretermittendum, quod cum rer à recevoir le Baptême, nous ayions
Lapinls raditus, ob Îteratas res agra- beau le fupplier de ménager fa fanté $
ait calasitates , jam jam pelfum & de fe mettre à l'abri du froid : Jamäis;
sent, erogati} [urmA liberalirare nous répondoit-il, jamais les Fonétion$
anultis aureovummillibus, uno dis Eçcléfiaftiques ne m'ont iñcommodé. À
Cumulatiffime reparavit. Tanta bene- 1a Proceflion Solemnelle, qui fe fait tous
Fceniia hoc etiém acceffit , quod à les ans le jour de la Fête-Dieu, avans-
fendamentis nouss É* amples , pro nous pû jamais le faire confentir, que,
Alemnis Paticani Seminaii, Æïdes. {selon l'ufage ordinaire; on le pottât lui.
arexerit, atque infiruxeri..Uriad pe raême, tandis qu'il portoit le T rès-Saints
rennem.eyrga Pontificem maificéntif. Sacrement ? Et dans la Proceflion ; que
mure , de bac J:afilica , 'Capitulo nous avons accoutumé de faire en pañtis
pptimé meritum , gratiarum allionem . culier,le jour de l'Qétave de cette grandé
por menimentg teflantur, : Fête , ne l’avons-nous pas vü marcher
. Sed:hes inaria [unt Grvana : nez roujours, comme l'un de nous, portant
guein ndffri, € pollerorms animis fon Hambéau d'une maiti, & de Fautre
Tome VI, | P pp
LiIvRE
XLVI.
Benoîr XIIT
Dire dede use Ft" à
432 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrveuz un bâton, pour affermir fes piés chan- ewm ampliss éxcitabunt pictatis, 4
XLVI <lans? religionis ardorem, quo cum ad Cho-
ns Que dirai-je des nombreufes Confé- rum accederemas, Tumulum , in que
Benoîr XIIL crations d'Evêques, & de tant de Cano- corps tuum venerandum , Pontifex
= hnifations de Saints , dont il a honoré Bewriffime, jacebat , fufpicientes vez
ce Sacré Temple? Que n'a-t-1l pas fait hementiffime incendchamur, Nune
enfin,pour nous donner, & à notre prob dolor ! Tanio pignore orbati,
Eglife, les preuves les moins équivo- boc quoque folatio defhtuimur. Nun-
ques de fon Amour Paternel, & de fa quam fane jatluram hanc folari po-
bienveillance ? Je ne dois point oublier ru:fémus, nifi ut votis tuis, Deo 44
ce témoignage fi éclatant de fa tendre r4e fame clarisatem a difponente,
affection pour notre Chapitre:une lon ebfécundaremus. lis enim fecundum
gue fuite de mauvaifes Récoltes avoit obÿwm fociari optaveras, quorum
confidérablement diminué fes anciens preclarum inflitutum, probatiffimam..
Revenus; mais en un feul jour ce Cha- que Dotlrinam , #mpliffimo princs-
ritable Pere les a abondamment réta- pars abdicato , olim æmplexus , com
blis; il a réparé tout d’un coup nos per- murem cum illis vivendi normam,
tes, par un Don généreux de plufieurs © spfum. inclyte predicaiorum Fa-
milliers d'écus d’or : & pour mettre le milie nomen, ctians in Pontificie di-
comble à fa libéralité, il a fait bâtir en- gwireris fafligie femper retinusffs.
core à fes depens , & a richement fondé Perge igitur , Optime Pentifex »
un vafte Séminaire, pour l'entretien, & Decretum tibi modo, meritifque tuis
l'éducation des Eccléfiaftiques du Vati- eximiis debitum trimmphbum age :
can. Ici, les pierres parleront pou moi: soffri memor, de cœls fedibus , 44
les Infcriptions gravées en mémoire de ques te vocatum fuiffe confidimus,
tout ce que Benoît XIII à fait pour cette nos, nofframque Bafilicam tuo pare-
Baflique, & pour nous, feront des Mo- simio foue, protege, ac ture. Fntn-
numens éternels de notre jufte, & vive rwm fi em À eramns , ut ubi to
reconnoiffance. prebwfis faniliffime Pontifice digns
Mais enfin ce ne feront là, 8 Très- wirrwmm exempla , bi fublimioris
Saint Pere, que de foibles objets, dé- gwèm munc Ordinis honores tue ne-
forroais incapables d’exciter en nous ces mini decernantur. |
fentimens de Religion, & de Piété, dont
nous étions faintement re , lorfqu'entrant dans ce Chœur , nous
portions nos. regards fur le refpettable Tombeau, où repofoient vos pré-
cieules dépouilles, Privés helas, de ce facré Gage , nous allons perdre en
même tems cette douce confolation, Quelle perte ! Rien ne feroit capable
de nous en confoler , fi nous n'étions perfuadés qie noùûs nous conformons
en cela aux défirs de votre cœur, & aux ordres dè la Providence, qui veut
illuftrer votre non, & augmenter votre gloire. Vous aviez toujours fouhaité
d'être réuni après votre mort, à ceux dont vous aviez embraflé le Saint Infti-
fur, & défendu Ja.faine Doctrine : vous aviéz renoncé aux Richefles, & aux
Flonpeurs d'une grande Principauté, pour vivre :pauvrement, & religieu>
lement parmi-eux ; & dans votre plus haute Elevation, vous avez fçu:conci-
ler toujours le nam, & la Profeflion de: Réligieux de Saint Dominique,
avec la Sublime Dignité de Souverain Pontife.. re
--Allez donc, Très-Saint Pere, allez jouir du Triomphe, qui vous ft
‘aintenant deftiné:, & que vous avez. mérité.à de fi juftes Titres: Mais
g'oubliez pas nos befoins; & du haut des Cieux, où nous ofons efpérez
| © -- 7" CET L
* DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 483
que le Seigneur vous a déja placé, continuez-nous, & à notre Eglife,; ls LE 1 #1 à
puiffant fecours de votre Proteétion. Un jour viendra, & nous l’attendons YF y
avec confiance, auquel, dans cet Augufte Temple, où vous avez donné
l'éxemple de tant de Vertus, dignes d'un très-faint Pape , on vous dé- BeNoîr XIIL,
cernera des Honneurs beaucoup plus folemnels, & d’un ordre bien dif-
férent de ceux, que nous vous rendons aujourd’hui.
+ La confiance, qui faifoit parler ainfi lilluftre Prédicateur,
ne lui étoit point particuliére. Tout le Clergé , tout le Peuple
Romain parloit , ou penfoit de même : & cette confiance étoit
d'autant plus raifunnable, qu’on ne pouvoit ignorer que le Ciel
avoit faic plus d’un Miracle, pour honorer la Foi, l'Humilité,
la Charité, & toutes les héroïques Vertus du Saint Pontife;
Nous n'avons rien dit, dans certe Hiftoire, de quelques guéri:
fons miraculeufes, & de plufeurs Converfions , qui ont paru
tenir du Prodige ; & que Dieu avoir opérées, comme on l'aflure,
ou par le miniftére de fon Serviteur, pendant fa vie, ou par fes
interceflions, & par fes reliques, après fa mort. Nous aurions
pi cependant rapporter plufieurs Faits de cette efpéce, & en
— les Preuves + quelqu’autre le fera un jour ,lorfqu’après
"Examen du Saint Siège, ces Faits auront reçule dernier fceau,
qui doit les rendre plus refpe&tables à tousles Fidéles. Nous nous
contenterons de tranfcrire ici fimplement, & avec la religieufe
éférence, que nous rendrons toujours au Jugement Souverain
de l’'Eglife, les Piéces que nous venons de recevoir de Rome; &
qui ne font qu'une Copie de celles, qui ontété remifes à la Sas
crée Congrégation des Rites. | . u
ZN NouiInNe Domintr Au Nom DU SEIGNEUR,
CY M quadam die , hoc ef}, quinta L E quinquinziéme jour. de Novem- CX'
À decima menfis Novembris anni bre de l’année derniére 1736,vers Rélation d’af
Froxime preterii millefimi fépringen- l'heure de minuit, s'étant levé un grand, ss » confidéré
tefimé trigefimi [exti, circa me -& très-dangéreux Incendie, dans la es no Mira
noëlem , excitatum fuerit ingens, @ Maïfon d'André Corbella, furnommé le ” *
periculofum incendium in domo An- Maitre, au Bourg de Lomazzo, dont
dree Corbelle cognominati Maeftro, une-partie eft du Diocèfe de Come, &
ÿn loco Lomatii, pariim Comenfis, l'autre de celui de Milan : pendant que
© partim Médiolanenfis Diacefis ; les flammes, croiffant toujours., augmen4
.cmque Juccrefcentibus flammis inge- toient à proportion la crainte des Ha
rentibus metum , evocatoque per foni- bitans; & qu'on apelloit tout le Peuple
shm Campane Parochialis , #t val:o au fecours, en fonnant la cloche de la
dicitur , 4 Martello , Popala in ad- Paroiffe à coups redoublés, felon la cou-
jutorinm ; muliique accurrerint. pro tume à pareils cas, plufieurs perfonnes
igne extingwendo, inter ques Nobilis accoururent pour effayer d'éteindre le
Pppi
Livre
XLVI,
Benoir XIII,
484 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
feu. De ce nombre fur M. Raphacl Ray- Dominus Rajhael Raymundus filins
mond ( Fils de Charles autrefois l’un gwo:dam Nobilis Domini Carol: olim
des Nobles Decurions de la Ville) Cha- ex DD. Decurionibus bujus Civita-
noine Coadjuteur de l'Eglife Cathédra- vis, Cenonicus Coadjutor refidentians
le de Come , où il fait fa Réfidence faciens in bac Ecclefia Caibedrali
ordinaire ; mais cet Eccléfialtique fai- Comenft ; qui attendens operam ho-
fant attention, que tous les efforts des minwm crca incendium laborantium
Hommes, pour arrêter ces flammes, #dilludcoercendum non multum [uf-
étoientinutiles; puifqu'elles s’étendoient fragari;imo magisfervidum majorens:
avec encore plus de fureur, & qu'elles simorem incuterc adjacentibus domi.
faifoient plus juftement craindre pour Ps, fru/fum fubucule ex lana in'exte,
les Maifons voifines, il prit une petite gwod fêcum, devotionis caus& gefla-
Relique qu'il portoit fur lui par dévo- be, fel. recordatio. Beneditli Papa
tion. C'étoit un morceau de la Tuni- decims tertii Pomtsficis Maxim , cuis
| que , ou chemife de laine, dont s'étoit dam ex adffautibus , nempe Petro-
ervi le Pape Benoît XIII d'heureufe Atonio Turcono, tradidit ; nt inter.
mémoire; il le remit entre les mains flammes valide ardentes injiceret
d’un des Affiftans, apellé Pierre-Antoine futsrum fperans, ns interceffione , (à
Turcone, & lui dit de le jetter au milieu precibus Venerati Pontificis Benedilli,
de ces furieufes flammes, plein d'efpé- à Deo O. AM. ignis extingueretur. It4
rance que , par l’Intercefhion , & les fzfium eff : injetloque [ubucule frufio
Priéres du Saint Pape, il plairoit au 5x sgnem, ita mitins cpit , mt aperti
eigneur d'arrêter l'embrafement :: ce laborantibus vié firenins operandi,
. arriva en effet; car ce morceau de extintlus fuerit. Mane autem fallo,
unique ayant été jetté dans le feu, le css ad domam prefatam acceffering
feu ne fit plus de progrès ; il fe ralentit #rtis cementarie fabri , © ali, illa-
d'abord de telle Le » qu'ouvrant un swws 4b igne damnum reparaturi,
chemin , & laiffant la facilité de travail- inter adbuc ardemes prunas recenfita
{er,, il fut bientôt après éteint. Lorfque f#bucula fruffums omnino fanum ,
le lendemain matin, les Maçons, & les sllefiem repertum eff, ne filo quiden,
autres Ouvriers fe rendirent à la même combxfo, st plenins babetur in ad-
Maifon , pour réparer le dommage, ils msrabilis fali hujufmodi narratione,
trouvérent fur les charbons encore ar- sn fcripris daté , fubfript&, pro ve-
dens, le morceau de la Tunique de Be- »isgte 4 memorato Domino Canonica
noit XIII dans tout fon entier, & fans Raphacle Raymundo, aique à Rev.
aucune marque de brûlure , n'y ayant Loci Parocho, de expreffa Commif-.
pas mêmeun fil, que le feu eût confumé, ffone teffium ibi nominatorum , C°
ou gâté. C'eft ce qui eft raconté plus sr infrs exaeminatorum , tenoris [e=
au long, dans la Relation, qu'on a faite, qwentis , videlicet, dc.
de ce Fait merveilleux ; & qui a été | :
fignée par ledit Chanoine Raphael Raymond, & par le Curé du Lieu , pa?
une exprefle Commifion de plufieurs Témoins, qui ont été ouis, & éxami-
nés; & qui ne fçachant écrire , ont prié le Chanoine, & leur Curé, de figner
poureux; ce qu’ils ont fait en ces termes:
. » Je foufligné Raphael-Marie Raymondi Chanoïne, j'affirme
wavoir remis ledit morceau de Chemife à un Fermier, apellé
» Pierre- Antoine Turcone, furnommé Bartola. |
- » Je foufligné Sauveur Corti, Doéteur, au Nom, & par Com-
CSS EE =
EE 3
_mande, rendit le Décrecfuivanr: °° ”
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 485
miffion {péciale de Pierre- Antoine Turcone, qui a dit ne fça- «
voir écrire, j'afhrme qu'il a afluré avec Serment d’avoir jetté «
dans le teu ardent lé morceau de Chemife, dont il eft parlé &
ci-deflus. | | à. 5 . | Li
Je fouffigné Charles-Didier Sirone , Curé à la Congrue de «
l'Eglife des Saincs Vicre & Modefte du Lieu de Lomazzo, au «
Nom de Charles François Alberti, de Jean Gallo, furnommé «
fl Bazzo, & de Charles Roff, j'affirme que lefdics ont retiré du ce
brafier ardent le morceau d'Etoffe de Laine, fans lézion, & ce
tel qu’on Île voit à préfent ; & je déclare encore avoir eû ce «
morceau d'Etoffe entre mes mains : & lefdits ci-deflus nommés «
ne fçachant écrire, m'ont donné permiflion de foufcrire law
préfence en leur Nom», | |
Ces Soufcriptions ; & Atreltations fe trouvent à la fuire d’une
R élation écrire en Italien, & avec un peu plus d’étendue, que
celle que nous venons de rapporter en Latin, & en François :
Live x
BEnoïr XIIL
Le à
mais dans le fonds c’eft la même ; c'eft pour cela que nous Fa>
vons omifé afin d’éviser les rédites. Pour la même raifon “nôtis
ne tränfcrirons pas ici Ja Lu | e, ou Requére, que nos
Religieux de Come préfentérent à leur EM , Monfeigneur
Alberge Simonerte, pour le prier de vouloir bien ordonner les
Informations, les AA ns io ,l'Examen des Témoins, &
tout ce qui feroit jugé néceflaire, pour conftater.juridique-
ment le Fair, dont pas LEO d'envoyer,enfuite le Procès
à la Cour de Rome, qui dans fon terms en fer4 l'afage ‘qu’elle
trouvera bon. Le 7 favorablement écouté la De-
O PERA Dé revrlare bonorificam I L'y a de l’honneur à déçouvrir , &
fi. Dclegamus propterea Domi
#um Canonicur. Jofepb de Clericis, pourquoi: nous députons M. le Chanoi-:
qui adhibito Norario à fe eligende , ne Jofeph de Clericis; pour, qu'avec un
freper failo in precibus enunciato, ie Notaire qu'd prendra à fon choit , il
fles producendos examines; pro- entende, & éxamine les Témoins, qu'on,
. cefém infituat ; cumrque in antch- lui préfentera, fur le Fait énoncé dans
ticam formam reduilum. Reverenda la Requête ; qu’il ‘en drelle le Procès:
Pari Orateri configner , ad Cariam, & que l'ayant is dans'üne forme au
feu premititur,tranfnittendun, 4 rentiqué ‘il le configne au Révérend'
cffeilum, rc. Pere Suppliant, pour être envoié, ainfi
Datum ‘omi ex Palatio Epifcopa- qu'il eft porté, à la Cour de Rome, &c,
di die ÿ Jansari,1737, . : Donné à Come dans le Palais Epifco=
À _ pal, le $ de Janvier 1737.
T4: Epifeopus Novocomenfis: - Signé, À, Evéèque de Come:
P ppii ,
à publier les Œuvres de Dieu : c’eft'
Î-
CXI.
Décret de l’'Evê.
que de Come,
Livre
XLVE
eNoîr XITI
B
4
ut
486 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
.. Soüffigné pour M. le Chancelier de Subfcripius pro Domino Cancella
lEveché, PAuL-HORACE SCHENARDI, rio Epifcopali, PAULUS-HORATIvS
Norarè Coadjuteurs . __ SCHENARDUS Notarinus Coadjutor,
Le Commiflaire, député par l'Evêque de Come, ayant cité
à {on Tribunal, un nombre confidérable de perfonnes | qui
avoient vû l’Incendie de Lomazzo , & tout ce qui s’y étoit
palfé, il les entendir., & les éxamina avec foin, après leur avoit
fait promerrre , fous lareligion du Serment , qu’ils répondroient
avec fincérité, & vérité à toutes les interrogations, qui leur fe:
roient faites. Les Dépofitions de tousles Témoins furent reçues;
& écrites par le Notaire Apoftolique ; elles fe trouvérent uni-
formes, &'entiérement conformes À la Rélation , qui a été
faite. Pour abréger, il nous fuffira de mettre ici la Dépofition
du Chanoine, qui fut le premier, & le principal de tous ces
Témoins:
: M. Raphael Raymond, Chanoine Wocatus comparuis Dominus Cane-
Coadjuteur : de: l'Eglile Cathédrale , nicus Coadjutor bujus Ecclefie Ca:
pre de: Gome, & : Fils: de l'illuftre shedralis Comenfis Rapbal Raymuss
eigneur Charles, autrefois l'un des Dé- dus Pæritins Comenfis, filins Illuf=
curionis.de cétre Ville, ayant été apellé, sriffimi D. Caroli olim ex DD. Des
& comparu , & portant la main fur la curionibus hujus Civitatis, qui tale
poitrine (ainfi que les Prêtres ont cou- peétore more Sacerdotali, juravit…:
oime de prêter Serment) a promis de de verisae dicends, C7 fuit.
dire. là vérité, -. - | |
© « Intérrogé, s'il fçaic qu'il y aît une Terre apellée Lomaz-
520. À répondu: Je fçai fort bien qu'il 2 a une Terre de ce
» nom, peu diftante de cette Ville, puifqu’elle n’en eft qu'à.
» fept ou huit milles, fituée dans la Paroiffe de Fino, dont
» une partie eft du Diocèfe de Milan, & l’autre de celui de
. » Come. Ma Famille a même un certain Bien., & une Maïifon
».en cetendroit-là ; & elle y va paffer: ordinairement une partie
_‘#de P'Automne ».
« Interrogé, fi ayant une Maifon dans Lomazzo, pour y:
5 pafler l’Auromne (comme il vient de dire) il y. feroit allé’
»l Automne derniére », | Ta.
“à
.’&« À répondu, qu'il.y.étoit allé ; qu'il y étoir demeuré
#4 jufques vers la fin de la Saifon; & qu'il s’y trouvoit encore.
» dans le mois de Novembre, quelques jours ayant li Fèce de:
» Saint André Apôtre ».…. ui
"&Intérrôgé "fi dans le courant dudit mois de Novembre
» dernier; dans 1e rems, Qué lui Répondans éroit. au lieu de
RE è .
«
l'A
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 487
Lomazzo , il auroit entendu dire qu'il y feroit arrivéquelque«a Lrva zx
aceident, à l’occafion duquèl, she fe‘’feroit mis danse XLVI.
de gramds niouvemens, foit de ‘nuit, où de jour , pour empè- « eos XIII
he LE a dommage public, ou patticulier ; pp on fur LL RELBAUE
‘menacé 1, | RS à
:_ A répondu: Pendänt le mois de Novembre dernier, que ce
j'ai pañlé au heu de Lomazzo, jé Se re ‘que
d'un feul accident, qui atriva dans lanuit du'i ÿ dudic mois,
où le feu ayant pris avec béaücoup de violence À 1a Maifon «
d'André Corbella; on fonna:lé Tocfin, avec la Cloche de «
PEglife Paroiffialé des Saints Vite & Modefte, Patrons dudit «
_
lieu, Ce qui ayant jetté l’allarme rs les Habitans, plu- «
fieurs aécoururent .au feu ,; cominE fl’ ft: d'ufage dans ces «
fortes d’occafions. Ty Edurus moi-même, & je fas rémoin «
d’un épouventable émbrafement , qui faifoit beaucoup crain-
dré pour les Maifons vaïfines + car le feu’ lès menacoit de
près. Tout le monde s’emprefloit de donner du fecours ; «
mais inutilement, parce queles flammes, qui-faifoient de «
nouveaux progrès , & devenoient toujours plus violentes, «
empêchoient l’approché de cétté Maifon'; & on ne pouvoit.«
tenter de la fecourir, fans-expofer fa vi. Voyant donc. less4
chofes dans ce déplorable. état; & perfuadé que Dieu feul «
pouvoit arrêter les rapides progrès de.ce terrible embrafe- «
ment ; je tirai de ma poche un morceau de chernife -delainé, «
qui avoit autrefois fèrvi au Vénérablé Ponitife Béhoîr XIII, &
& que-je portois fur moi par dévotion, avec fon-autentique; «
je donnai cette Relique à un cerraïn Fermier , âpellé Pierre- x
Aatoine Turcone, qui {e trouvoir auprès de moi ; afin qu'ila
la jettât bien avant dansles flammes : ce. qu'il fit tour:de à
faite en ma: préfence. Cependant j'implorois mol-niême 1e à
Sécours du Ciel, que j'efpérois obtenir Bar l'Interceifion du s
Sérvireur de Dieu’, qui avoit porté certe: chemile. pendant s
fa Vie. Mon efpérance ne fut point vaine; puifqu’à peine la «
Relique fut dans les flammes, que dans le même inftant je «
m'apperçus ,.& tous les. A füftans s’'apperçurenic auñr, que lés a
flammes fe replioient, & diminudient fenfiblement ;'jufgu'en- «4
fin elles s’écergnirent; ce‘qui mit les Habitans erÿ état de faite à
à leur aife,.& fans danger, tout ce qu'il falloït pour fauver«e
ladire Maïfon.. Mais ce qu'il.y a deplus étonnant ,. & qui
prouve encore mieux , que ce n’eft que par-un Miracle, que «
ces flammes onr été éreintes ; c'eft que le lendemain marin , «
dans le tems, qne:les Oùvriers'trävailloient à emporter les 4
L ?
488 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liv R=+ »cendres, pour reparer enfuice les dommages caulés à cette
| XLVEL »»,Maïlon, on trouva parmi des charbons encore ardens', la
Benoit Xi, > MÊME Relique dans fon entier ,.& dans l'état qu’elle étoit
ee AU PATAVANC, le feul.cacher de cire d'Efpagne , qui y écoit
» attaché par un fil de Soie, s'étoit fondu , & ce même fil,
» ainfi que la Relique, étoit demeuré entier. Ce Fait étant
» venü à macqnnoiflance ,.j'allai d'abord à certeMaifon, avec le
_» Sigur. Charles-Didier Sironé Curé du lieu ; & ayant trouvé
» fur une fenêtre la Relique en queltion,, je l'éxaminai avec
» attention; & je n’eus.point de peine à reconnoître que c’étoit
»la même que j'avois remife audit Pierre-Antoine Turcone,
» & qu'il avoit jettée par mon ordre au milieu des flammes.
» Jean Galla déclara, qu'il l'avoit retirée du feu : François
5 Alberti, & Charles Roffi, l'un & l’autre préfens, lorfqu'on
» l'y avoit trouvée, aflurérent la même chofe , & le confir-
» mérent par Serment. Sur, cela je repris cetre Relique , que
» je conferve, avec encore plus de dévotion ; & je la porte fur
» moi, Camme vous pouvez vVOIr 9° |
— se 128 t—-
_ Œn parlant” ainf, le Chanoine ouvrit , Et dum bac diceret , exhibuit in:
n Papier, qui contenbit ladite Reli- #4 Chartam complicatam reliquiem
ue | confiftant en un morteau de Serge, “fäpra fcriptam, eäque apertz vif
ou Etoffe de Laine, d'environ huit-pou- fait fraffnm panns lanei , vulge Saïa,
ces de longueur, &-quätte de largeur: palms sains circiter inlongitudine, ©
d'où peridoic un fil ‘de foie; -&;affura digisorum quatuor circiter in alritndie
qu'à ce fiavoitété açtachré un°Cachet we,filofrice pendente in illiss exrremi-
gravé fur Ja çire, d Ë pagne, fembfable _tAIC 3 CH}. us. afferuit , alligatum era
un autfe ,.qu'il montra ,' & dans” la figillum , in cera Hifparica , confimile
tirconférence duquel on voyoït repré-!alrers referenri, in fupreme circum-
_+ fenté un:Chapedu ,'üne Tour , un petit féremtiaparte, pileum , inde Turrim,
Cbien: defous., des Etoiles femées:en- qua jt carslus intra duplicars
tre plufieurs. JIgnes ; deux Serpèns-:vis-. lives iniprjeclis ffellis;çwm amgue binc
ä-yis l'un. de l'autre &.une Pomme de. € inde pemo ab alio Lacre, que pa
J'autre côté, Ce Caçhet, gravé encore. riter in cera ‘Hifpenica impreffnm
fur Ja cire d'Éfpagne , étoit attaché à un pifrur folinm, à ditlo Domino Cans-
Papier, dans lequel on lifoit ces pa- mico:..'exhibitum tenoris fequemis:
polest * i. "it “Ego infré [criptes fidem facio, «6
. Je foufigné ‘déchire ,:& centifie,que ## werbo veritatis attéfior,. guod ex
jai -COupé ce mordu d'Eroffe d'une, Térica imerigri lanca,que ufies fuer at
dr ue de. faine, que Pprpie Notre. Saréliffimus D. N, B:nediclns Paps
aint Pete Je Pa 6 Benoit. XII ; & pour X7/Z, chlongam fafcrolam , difcerpf,
Je mieux faire iftiniguer j'y! ai appofé pamque in tefliméninm identitatis,
Mon Sceau en cire rouge d'Éfpagné, au :mee figillo in cera Hifpamica rubri
bout d’un. fil de Soie de même couleur, coloris impreffo, & filo ferico rabri
En f6i de quoi j'ai figné le prélent Ecrit, pariter coloris pendente munrv:. In quo-
Fair à Rome-danslé Palais du Vatican, lé runr fdém prafentes diélo figille cal-
data
-" DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 4%
datas manu probria fubfcripfi. Datum treizième jour de Décembre, mit fept
Roma, in Ædibus Palais Vaticani çens vingt-fir
die 13 Decembris anni 1726. |
Frater Josern-LunoviCus px Frere JOsrrn-Lovis DE ANpucar,
ANDUCAR , Ordinis Predicatorum : ‘de l'Ordre des FF: Précheurs, Préfet dé
ejnfdem Saniliffimi Demini Bibliothe. la Bibliothéque particuliére du Pa-
sarins fecretus , Ga Studiis, Ge... pe (*}.e 2. ne
Nous laïiflons tout le refte, qui, dans:tes fortes de Procès; .
n'eft que de ftile, pour en prouver l'autenticité,, ‘:,:
Lorfque, pour la plus grande Gloire de Dieu, l'Edification,
& la Confolation des Fidéles, il aura plû au Saint Siége, d’éxa«
miner, & de publier divers autres faits, non moins admirables
1 celui, que nous venons de rapporter ;'ilne fera pas-difficile.
enrichir de plufieurs beaux Traïits l'Hiftoire déja fi cdifianre
de Benoît XIH..Nous penfons cependant, que le À grand de
fes Miracles fera toujours cetre Vie fi fainte, fi pure, & en
même tems fi péniterte, qu’il a conftamment menée, depuis
fa rendre jeunelle, jufau’à l’âge décrepic. Dans. un Siécle aufli
Corrompu que le nôtre, la Divine Providence n’a fans doute
fufcité cer Homme Jufte, & ne l'a expofé, dans la plus haute
Dignité , aux yeux de toutes les Nations , que. pour confon-
dre lorgueil, le libértinage, ou l’impiété des Incrédules ; ex-
citer la Foi trop languiffante des foibles Chrétiens, &:foute-
nir la confiance de ceux qui aiment le bien, & qui veulent le
pratiquer. |
_ Demandons donc au Seigneur, que, pour le bonheur de
l’Eglife, il veuille nous rendre tous les imitateurs des Vertus,
dont le Saint Pape nous à donné tant, & de fi grands Exem-
ples : que la même Grate , qui l’a fait tout ce qu’il a été ,nous
fafle auffi entrer dans les mêmes fentimens d’une vive, &
tendre Piété ; d'un cœur touché, & pénitent ;-d’une Charité
fincére, & apiffante ; d’une crainte refpeueufe envers Dieu,
& d'une application concinuelle à lui plaire.
I] n'eft point de Fidéle,à quicet Ami de Dieu ne puiffe fervir
d’éxemple ; point de Religieux, qui ne-trouve dans fa Vie, un
Modéle à fuivre, pour s'élever à la Perfeion de fon Etat, point
de Prince de l’Eglife, pointde Pafteur, chargé de conduire une
(*) Jofeph- Louis de Anducar , nomme jde ce Pape, il fut fait par Clément XII, In
à ii de Andujar, & par le François Iquifiteur de Bologne , enfuite Evêque de
€ Landuca, célébre Dominicain du Cou- |Bobio , au Duché de Milan. Il a été tran(-
vent de Come, étoit honoré de l’amitié , & |féré depuis au Siége de Tortone, qu’il rem-
de la familiarité de Benoît XIII, qui li |plic aujourd’hui avec beaucoup d'honneur,
donna diverfes Commiflions, Après la mort
Tome VI. Q3q |
EI1wRE
XLVE
ps mena
.
si
à es 7.
# Bullar. Ord. Tous,
Vi1:P-657:658.
Tom. Vil,p. 534
Tome VLI, p. 556
aso HISTOIRE DES HOMMES ILLUST. &c.
Lrvaz portion duTroupeau deJesus-CHrrsT, qui nedoive entrer dans
B
di
Lambertini, au-
de NS. P.
+
XLVI.
ENOÎT XIII.
SRE SRE OR ES
CXIX.
Paroles du Car.
nal Prof per
Pape Benoît
1Y.
les fentimens’, qu'exprimoit autrefois un Illuftre Archevêque,
un grand Cardinal, aujourd'hui un grand Pape, lorfqu'il di-
foit: « Je prie très-ardemment Îe Souveraint Pontife Benoît
» XIII ( que nous pouvons croire être déja entré dans la Joie du
» Seigneur, & dans la pofieffion de fa Gloire) de m’obtenir dela
» Divine Bonté , la lumière, & le fecours, dont j'ai befoin , pour
#bien'remplir tous les Deyoirs du Saint & difhcilé. Miniftére
» de l'Epifcopat ; «pour procurer l’honneur, &t les avantages
» de lEglife; pour travailler { comme il faut} autant par l'E-
» xemple , que par:la parole, au Salut des Ames; & cela,
» fans jamais me laffer : afin que tout le Monde (& particulié-
»rement le Saint_Pape; fous la Protection duquel nous mer-
» tons cet ‘Ouvrage ).reconnoifle,: que contens de louer
»s fes excellentes Vertus , nous
» imiter (1).
(1) In hac Operis mei parte Summum
Pontificem Bencai@tum XII, quem ad pe- |;
rennis gloriæ , & gaudii Sedem fauftifimè
eveétum fperare fas elt, enixè precor , ut à
Deo Optimo Maximo umen mihi, præfi-
diümque impetrer; quo:difhcile Epifcopatüs
Officium integré , & fideliter obeam ; Ec-
clefiæ ornamenta , & commoda amplif-
&m, animarum incolumitati ; atque fa-
Jui, & voce præfo fim , & exemplo ;.
‘nous €
hou encore de les
que ad extreraum perficiam , ut , fin
gularium ejus virtutum me non tam lauda=
Korpm ; quäm æmulatôrem extitifle , & pe
in primis , cui hæc noftra, quantüm poflu-
mus ; commendamus , & omnino cæteri in-
telligant. D. Prefp. de Lambertinis , Card.
Archi. Bonon. in Ep. Nuncup. Tom. III de
S'erv. Dei Beat. @ Beator. Canoniz. Bono
nie exébffi an. 1737, © fans Memorie Ba
nediGo XIIT dicati.'
: Fin.du quarante-fixième Livre. -
+ À &
HISTOIRE
\: :
RE np nes
+ 22. DES so fie ne ir
HOMMES ILLUSTRES
DE. L'ORDRE:
D'E
SAINT DOMINIQUE.
| “ +4 È
- CR LS
LIVRE QU'A RA NTE- SEP TIÈME.
le 4 A MR PU RARE" CET RS: 7e N
AUrvANT UE Chronologiqué ; que nous avons
CA] communément gardé daris tout. cet Ouvrage, EN
24 auroit _ lacer les Vies du Cardinal Thomas
DE dans le. se précédent, “Pur & l'autre étant
Mais ; outre que de cinquiéme .Volamk ‘ff ttouvoit déjd'tro
chargé; & que nous pouvions crâindre de’mariquér dé M
moires, pour donner une jufte éréndue au fixiéme ; les liaifons
particuliéres , que le Cardinal Ferrari, & le Pere Cloche
avoient eñes, avec le. Cardinal des Urfins. "Archevèque de
Bénévent, fembloïent cnoust perméctré de hébrire 14’ Vieide.
l’ un & de l'autre, qu à Ja fuite de in de cet Ami de Dies.
Livre
XELVITL
| Ferrari, u Révérend Pere Antonin. Cloche, THomaAs-
MARIE
morts plufeurs années avant l'Exaltation: de Benoîc''X{IT. FERRARI,
| 492 HISTOIRE DES HOMMES IELUSTRES
LIVRE a
XLVII : | 0
‘
Taowas THOMAS-MARIE FERRARI, MAITRE DU
MARIE SACRE PALAIS, CARDINAL PRESTRE DU
FERRARL — TITREDE SAINT CLEMENT.
Æ ANDurrA-petite-Ville du Royaume de Naples;
dans la Pouille | fut la Patrie de l'Illuftre Ferrari Be
il faut mettre la naïffance en l’année 1 647, fous le Pontificat
d’Innocent X , & le Régne de Philippe IV Roi d’Efpagne, &
des deux Siciles. Prévenu-de bonne heure par la RP ik
ouvrit d'abord fon cœur à l'Amour de la Vertu; & l'Etude
de la Sagefle devine fa-plus douce occupation, auffitôt qu'il
fut en état d’en connoître la beauté, & rous les avantages,
qu’elle procure à ceux qui la cherchent dès le matin. Aufh les
attentions de fes pieux Parens à perfectionner , par une Educa-
tion Chrétienne , les Dons de la Nature , ne furent-elles ja-
mais inuciles,. ni les Lecons de fes premiers Maîtres, fans
fruit (1),
--Ik-paroïit-que-ce fut-dans fa-Pazrie.. que Thomas Ferrari
apprit les Belles-Lectres; comme ce fut dans le Couvent du
Rofaire , dans la même Ville de Manduria, qu'il fe confacra
au Service du Seïigneur,.en prenant l’Habit de Saint Domi-
nique. Si parmi fes jeunes Condifciplés, il avoit toujours été
d’une extrême retenue, d’une grande pudeur. & d'une vigi-
z 2 v 1 lance continuelle à éviter; ce qui auroit p faire tort à fon
II 735 innocence , il redoubla fa ferveur dans le. Cloître ; & ne
::.,: montra d’empreflement , que pour ce qui pouvoit le faire
nn, avancer dans la Perfeion Chrétienne, par la pratique de
ruunas:!/PObeéilance, de l'Humilicé, & de toutes les Vertus Religieufes..
+7 Qa Piéré éroit folide; elle-fe foutint parmi les Epreuves. - Le
même Éfprit de Religion:, qui avoit animé fes premiéres dé-
marches, & qui donna un nouveau prix au Sacrifice ; qu'il fic
de: fa liberté par des Vœux Solemnels, lui apprit à fandifier
Æs Etudes, & le fir entrer dans les difpofitions néceflaires,,
pour recevoir la-plénirude de la Graçe, avec l'Impoftion des.
2
ft) Êr. Thomas Éerran natione Aleétinus ;* Conventut $S. Roférii fuz Patrie Mandr=
Patrà Mandurienfis ,in Provincia Hydrun-' riæ vulpo Cafal nuouo di Lecce) affiliatus,,
tinain Regno-noftro,, piis, honeftifque Pa: modeftiz, obedientiæ, ac repularis obfer…
rentibus ortus, & piè nimium.educatus, ad-| vantiæ haud ignobile fe præftitit exemplar..
kuc adolefcens Ordini Prædicarorum adlec-| De Wir. lluftri. Congreg. S. Marie Sanitat..
us ,, in Provincia S.. Thomæ de Apulia,, &lLiv. IT, p. 1382.
É ABLE æ
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. #93
Mains. Ami du Silence, de la Priére, & du Travail, il s'étoit L r v « #
propofé Saint Thomas pour modéle; & à fon éxempleilsap> XLVII.
pliqua également à devenir tous les jours, & plus fçavant, &
lus vertueux. Son affiduité à l'Oraifon, & à tous les Exercices
HOMkS-—.
MARIE
de la Vie Réguliére ne fembloit pas lui laifler beaucoup de Frrrare
tems pour l’Etude; & néanmoins fes progrès dans les Scrences
furent rapides. Pendant qu’il étudioit à Naples, dans le Cou-
venc apellé du Saïnt-Efprie, il ne fouctint aucun A@e Scholaf-
tique, qui ne fût pour tous fes Freres ,un nouveau fujet d’ad.
miret La beauté de fon efprit, & plus encore fa rare modeftie,
| parut avec le même éclat dans un autre Collége de la même
Congrégation : & quelque grande que füt la Réputation de
fes Maîtres, on aflure, que celle du Difciple fembloic deja
les effacer.
de la Canonization de Sainte Rofe de Lima, Ferrari encore
Etudiant fut préféré à plufieurs autres, dont les Talens n'é-
toient point mediocres. On n’eut paslicu de fe repentir de certe
préférence : {on Difcours pluc infiniment à un grand Audi
goire : & la Communauté du Saïint-Efprit ne crut pas pouvoir
Jui donner une meilleure preuve de fa fatisfaéion , qu’en le:
prianit d’agréer qu'on le comprât déformais parmi les Enfans
du même Couvent. Ferrari donna volontiers fon confente-
ment; & on obrinr celui de la Congrégation des Réguliers.
€e àe fut ni une petite confolation à
béaux Exemples; ni un médiocre avantag& pour la même
CEommunauté, d’avoir acquis un Sujet de cette efpérance:, feuË
capable d'y foutenir long-tems l’Efprit de Ferveur,.& de Ré-
gularité , avec l'Amour de l'Etude, L’Evèque de Srabia (Pie-
“Thomas Milante).qui avoir paflé plufieurs années fous lemême
Habit de Saïnt Dominique, & dans la même Maïfon ; & quë
vient de publier la Vie de notre Cardinal, parmi celles des
Hommes [uftres de la Congrégation:, apellée de Sainte-Marie
de La Santé, nous apprend ,.que-Ferrari regarda: toujours com
me une faveur particuliéré, l'honneur que lui faifoit le Cou
vent du Saïnt-Efprit ;: & qu’en mourant il à laiflé un. Monu--
ment éternel de fa reconnoiflance: |
Sans négliger le miniltére de la Parole, que le zéle du Salut
des Ames. lui auroit fait préférer à toute autre ocupationr,. le:
Pere Ferrari travailla plufieurs années, felon la volonté des
Superieurs, à former Îes jeunes Religieux dans nos Ecoles.
Q gg üj
e Serviteur de Dieu ,,
d'appartenir. à une célébre Communauté ,. où il trouvoit de
, Dans le choix qu'on fit des Prédicateurs, pour R Solemniré
TT
494 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre Tantôt Profefleur de Philofophie, & de Théologie , tantôt
XLVII. Maïtre des Etudians, dans le Collége de Saint Thomas à
Tac Naples; fa premiére, & fa principale attention fut toujours
7 Magie dinfpirer d {es Difciples, le goût des chofes Saintes, l'amour
Fenrani de la Religion, & la pratique des Vertus. Il auroit cru perdte
=" fon tems, s’il n’avoit fait que des Philofophes, ou des Théo-
logiens : il vouloit faire des Chrétiens, des Saints, & des Hom-
mes Apoftoliques, felon leur vocation. Le Seigneur bénit fes
louables efforts : fes Eleves profitérent fi bien de fes leçons, &
de fes éxemples, que tm {e rendirent utiles au Prochain,
& à l'Eglife. Mais tan
qui l’avoit rempli de fes Dons, & à lui rendre gloire de tour;
l'honneur , qu’il ne cherchoit pas, le fuivit lui-même : fa répu-
tation s’étendit au loin ; & au rapport du Prélat qui a écrit
{1 Vie, fi on refpeétoit fa Veitu, on n’eftimoit guére moins
fa Doûtrine ; on l’apelloit l'Arche de la Science (1). ‘ —…
Il montra furtout ce tréfor d'Erudition, dans le Chapitre
Général de fon Ordre, tenu à Rome, dans le mois de Juin
1677. Ferrari avoit été choifi par fa Province, pour y fourenie
des Théfes Publiques, dédiées au Cardinal Altiéri ; l'Afflemblée
ne -pouvoit être ni plus nombreufe, ni plus choïfie ; puifqu’ou-
tre les meilleurs Théologiens de l'Ordre de Saint Dominique,
qui s’étoient rendus au Chapitre de toutes les parties de l’Eu-
rope, la Digniré du Mécénas, & la réputation du Soutenant
y avoient attiré tout ce qu’il y avoit de Sçavans, dans le Cler-
gé Séculier, & Régulier de Rome. Les plus habiles, qui pro-
férent leurs Difficultés. le firent d’une maniére à fe faire
onneur,; mais ils en firent encore plus au Répondant. La
fubtilité, le tour, & la force de leurs Argumens, fur les Ma-
tiéres les plus abftraites, ou les plus Pen re de ta Théolo-
gie, ne fervirent qu’à faire mieux connoître l’élevation du
Génie, l'étendue des lumiéres de notre Théolopien, & fa faci.
lité à traiter avec autant de clarté, que de précifion, & de
jufteffe, les Queftions les plus difficiles. On ne croyoit pas
entendre un Difciple de Saint Thomas, confommé dans l’é-
| tude de fa Doctrine, maïs Saint Thomas même. Aufñ n'y eut-
il qu'une voix pour le couronner. Ceux qui avoient attaqué
fes Théfes, avec le plus de vivacité, furent les premiers, à ap-
* (G) Miffus ftudentium Magifter in Colle-[ trinx radios diffudit, ut novo propterea elo-
gium S. Thomæ Aquinatis de Neapoli, ubi] gio decoratus, Scientie Arca univerfali pla
primum etiam Leétoris Artium muaus obie-| fu audirec, &c. De Wür. sllsftr. p. 139.
pat ,ita ibidem fuæ probirauis, fimul ac doc A
— —
EN
is qu’il ne travailloit qu’à plaire à celui,
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 495
plaudir à fa victoire : & toute l'Affemblée demanda que lePere Lryre
Général lui déférât fur le champ l’Honneur du Doctorat(2}, Y[LVII.
La réputation de Thomas Ferrari devint dès-lors non moins ———
éclatante, dans la Ville, & à la Cour de Rome, qu’elle Péroit T È : =
déja dans le Royaume de Naples. Il fe concilia particuliére- p L ie
ment l'eftime & l’affe&ion de plufieurs Cardinaux, qui nele per-
dirent plus dévûe. Un autre , avec les mêmes Talens ; & moins
de Piété , auroic cru devoir profiter de certe faveur, pour for
avancement, Mais le modefte Religieux ne connoifloit pas d'au.
tre avancement , que ce qui l’approchoit davantage de la per.
feion de la Sainteté, & de la Science qui étoic rout l’objet de
fes défirs. Peu .rouché de routes les louanges, qu’on lui don-
poit; s’il ne pouvoit les ignorer, il fçavoit du moins les mé-
prifer : & il fe méprifoit lui-même, parce qu’accoutumé à ne
fe confidérer que dans fon propre néant, ouilne faifoit aucune
attention, à ce que les autres admiroient en lui ; ou il n’y
penf{oit que pour en donner la Gloire à Dieu, & s’exciter à
une plus grande reconnoiffance. . .
Si on avoit laiffe à fon choix, de prendre,le parti le plus
conforme à fon attrait, il fe feroit caché, avec fes Livres, :
dans une profonde Solitude ; où il auroit partagé tout fon tems
entre les faints Exercices de la Retraite , & les travaux de.
l’Apoftolat. 11 préféra cependant le mérite de l’'Obéiffance, :
_ & il fut toujours entre les mains de fes Supérieurs; pour tra-
vailler, non felon fes inclinations , mais felon leur volonté. :
Le nouveau Général de l'Ordre, Antoine de Monroi , qui
venoit de l’honorer du Bonnet de Doéteur, voulut qu’il allèe
reprendre fes Leçons Publiques dans le Collége de Saint Tho.
mas d'Aquin : Le Cardinal Archevèque de Naples , & tout
fon Clergé , le défiroient de même. Ferrari retourna donc à
Naples; où l’on vit croître tous les jaurs le nombre de fes
Difiples, leur émulartion , & leurs progrès. Les plus célébres.
Directeurs, & les Supérieurs Eccléfiaftiques les plus zélés,,
pour l'avancement Spirituel de leurs jeunes Clercs, fe faifoient
un plaifir de Les adreller à un tel Maïtre, afin qu'il les formât
eo excitato ftupore , ab omnibus ibidem af (
fiftencitus , tum ex Sxculari, tum.ex Reou
Jari Clero feleétis Fheologis fuerit una vo—
.ce inclamatuin , ingeminatumque fa Mas-
gifler, fiat Magifler. Communi voei ac votor-
pro merito fatisfecir Magifter Ordinis, &cc. -
De Vir. illufir. pag, 139.
(1) Cdm aurem Romæ anno 1677 in Co
mitis Generalibus Orcin.s, publicas Thefes
Cardinali Alterio nuncupatas , in Ecclefia
Sanûz Mariæ fuper Mincrvam,.rara pro-
funditate , ac erudirione fingulari defenfaf-
{es ,tantam bi gloriam, vel ex eo Scholaf-
sico.Certamine Comparavit., Ut.omaoium in
La
Livees
XLVIL
THomas-
MARIE
FERRARI
496 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
en même tems à la Science, & à la Piété (1). Les Napolitaine
cependant ne purent jouir long-tems de cet avantage , parce
que le Souverain Pontife cruc que le Miniftére de notre Théo.
Jogien étoit plus néceflaire ailleurs.
Innocent XI, jufte eftimateur du mérite , n'ignoroit pas
celui du Pere Ferrari, furtout depuis le Chapitre de Rome,
Dans le deflein, où écoit ce Pape de porter plus loin la Régu-
larité, & l'Etude des Sciences, dans le Couvent de Saint Do-
minique à Bologne, il choifit plufieurs vertueux , & fçavans
Perfonnages, pris pour la plupart de la Province même de Lom-
bardie, depuis long-tems féconde en Grands Hommes; quoi-
que Thomas Ferrari ne fût pas de cette Province, cela n’em-
êcha pas fa Sainteté de le mettre, avec diftin&ion, au nom-
de ceux, qui devoient travailler à une aufli bonne œuvre.
Le même Emploi, qu’il éxerçoit avec tant de fruit, & d’hon-
neur, dans un Collège de Naples, on lui ordonna de le rem-
plir dans les Ecoles de Bologne : & le fuccès fut toujours le
même, Ferrari ne fe fit pas feulement eftimer des Bolonois,
par fa profonde, Erudition, par fes Talens , & les lumiéres,
qu'il répandoit fur les Matières Théologiques. La douceur
& la pureté de fes Mœurs , fon caraëère franc, plein de droi-
ture, & de candeur ; le zéle, avec lequel il s’'employoit dans
toutes les occafions en faveur des Gens de Biens:tout cela lui
gagnoit les Cœurs ; & on peut dire, que s’il étoit généralement
eftimé,il n’étoit pas moins aimé de tous ceux qui le pratiquoient,
Les Do&eurs de l’Univerfité, touc le Sénat de Bologne , &
le Cardinal Légat, lui donnérent plus d’une fois des rémoi-
gnages non équivoques de confidération, & de bienveillance;
fans que ces marques de diftinétion l’expofañlent jamais à l’en-
vie de fes Freres; qui lui demeurérent au contraire fort atta-
chés, & le chérirent toujours avec tendrefle.
Tout le bien, que Thomas Ferrari faifoit, dans la Ville, &
dans les Ecoles de Bologne, foit par fes Leçons Publiques, foit
par fes Prédications, & fes Exemples, entretenoit les Amis,
qu'il avoit à Rome, dans les fentimens avantageux , qu'ils
avoient conçus pour lui. Le Pape ne paroïfloit pas moins préve-
nu en fa faveur, que les Cardinaux même qui lui étoient les
(1) Nec.quidem ibi foliim fuæ do&rinx{ fu direxit, ut V. P. D. Antonius de Torres
radios diffudit ; fed magno eimicuit fanétita- | omnes filios fuos fpirituales Clero Sæculari
tis corufco : quare Düifcipulos & ad erudi-| adfcripros , qui certè pauci numero haud
rionis fcholafticæ , & ad Chriftianæ perfec-| erant, ad eum femper direxerit, &c, De
fionis metam, tanto Virorum iuftrium plau-| Wir. illufir. pag, 139, 14e.
plus
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 497
‘plus affeionnés ; & on ne doutoit point que fa Sainteté ne
d’apellat bientôt auprès du Saint Siége, pour ÿ remplir quelque
place digne de fes talens. Celle de Maître du Sacré Palais étoit
alors occupée, par le Pere Dominique Marie Pozzobonelli, iflu
Livrez
XLVIL
nes men |
THomaAs-
MaARï:ïE
d’une famille Patricienne de Savone , Religieux non moins F&RRER«E
pieux que fcavant ; qui, après avoir profeflé avec réputation
dans nos Collèges de Mantoue, de Vérone, de Crémone, de
Gènes; & avoir éxercé la Charge de Commiffaire Général du
Saint Office à Rome, fous les Papes -Aléxandre VIT, Clé-
ment IX, Clément X, & Innocent XI, avoit fuccédé au célé-
bre Raymond Capifucchi, honoré de la Pourpre Romaine,
_ dans le mois d’'Août 168 1. Pozzobonelli, dont l'Abbé Michel
Juftiniani parle avec éloge parmi fes Ecrivains de Ligurie,
ayant rempli la Charge de Maître du Sacré Palais l’efpace de
{eptans, mourut dans le mois de Juillet 1688.
Plufieurs Sujets de mérite furent d’abord préfentés à fa Sain-
teté, pour le remplacer ; mais le Pape Innocent XI préféra à
tous le Pere Thomas Ferrari, qui n’avoit garde de fe produire
lui-même ; & qui auroit été faché que M {e fut inté.
reflé pour lui. Son mérite, il eft vrai, étoit trop connu, & fa
Perfonne trop chere au Pontife, pour qu'il püt l'oublier. Sa
Vide Echard, Tom:
11, p.717e
Mort du Pere
Pozzobonelli,
Maitre du Sacré
Palais,
IL
Thomas Ferrart
ui fuccéde dans
cette Charge.
fainteté ne fe contenta pas de le choiïfir pour fon Théologien;
Elle le nomma en même cems pour être fon Prédicateur. Dans
Jun & l’autre Emploi, Ferrari fe fit beaucoup d’honneur, prè-
£hant fouvent en préfence du Vicaire de JEsus-CHRIST, &
du Sacré Collège, avec autant de zéle, que de grace & d’onétion,
Quoiqu'il PE les Véricés de la Religion, avec une liberté
vraiment apoftolique , la plus éxae morale dans fa bouche
III.
lleftnommé en
même tems Prédie
cateur du Pape.
n'offenca jamais perfonne , parce qu'on fçavoit bien, qu’il ne
| P ;
rèchoit que ce qu’il pratiquoit le premier ; & qu’incapable
d’abufer de fon Miniftére, ce n'étoit point aux perfonnes , mais
aux vices qu’il prétendoit faire la guerre (1). _
Cependant l’affiduiré au Saint Miniftére étuit d'autant moins
compatible, avec les occupations d’un Maître du Sacré Palais,
que celles-ci fe trouvoient alors fort mulripliées. Le Pape, com-
me nous avons dit en quelque autre endroit, avoit Les con-
damneé les Erreurs de Michel Molinos ; mais les fubrilités d’un
(1) Tam Jarè per orbem fuæ virrutis ra- | leétos viros, Ferrarium , ceu digniorem fe-
dios magis magifque diffudit , utidemR P.|legerit ; cui etiam Apottolici Eccleliaftis mre
KInnoceotius XI, çui ob eximiam fuam vir-| nus demandavie. Utrumque muaus mag. @
tutem cariffimus erat, fuffe@urus de mor-|omnium plaufu exercuit Ferrarius, &e. De
tuo Pozzobonello Magiftrum Apoftolici Pa- | Wir, iluffr. pag. 140,
Jatii , inter plures fibi propofñitos , eofque de. |
Tom. VI, CR EE
LV.
Occupat'ons$
multipliées,
Ld
498 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liver grand nombre de fes Sectateurs occupérent encore long-tems
XLVII, les Théologiens de fa Sainteté. Thomas Ferrari en particulier
TUE fe trouva plus d'une fois dans l’occafon, ou dans la néceflité,
Marie d'éxaminer divers Ecrits ; dans lefquels les nouveaux Myftiques
FerrAn r. 4AVOient taché de déguifer adroitement leur Doétrine, & d'’infi-
nuer leurs Erreurs. On le chargea aufli d'écrire fur une autre
matiére non moins délicate, qui faifoit alors beaucoup de bruit
à Rome, & dans quelques Royaumes. Ces différentes raïfons
l'obligérent de fupplier fa Sainteté, de le décharger de fon Em-
ploi de Prédicateur Apoftolique, pour qu'il pât fe donner tout
entier à celui de Maître du Sacré Palais. Le Pape ne voulut pas
Jui refu'er fa demande, parce qu’elle étoic jufte; & il ne l’ac-
corda qu'avec peine, parce qu’il l’entendoit toujours avec plai-
fir (x). |
Les Succefleurs de ce Saint Pape entrérent dans les mêmes
fentimens, en faveur du Maître du Sacré Palais, & l’un d’eux
porta encore plus loin , les marques d’eftime, & de confiance,
Le Cardinal Pignatelli, étant Legat à Bologne, tandis que Fer-
rari y “airs les Etudes dans notre Collége, avoit concu
: Ÿ. Lune te le idée de fa vertu, & de fa capacité, qu’il en parloit
äifpofitions du pa. HouvEnt avec éloge , & difoit quelquefois que ce feroit fervir
pe Innocent XI. utilement la République Chrétienne, que de faire entrer un
| Homme de ce poids, dans les Affaires Eccléfiaftiques. Devenu
Pape fous le Nom d’Innocent XII, il fe réjouit de trouver
notre Théologien dans un Pofte, qui avoit mis tous fes talens
dans un nouveau jour; & qui permettoit à fa Sainteté de le faire
monter plus haut , fans s'éloigner en rien de la premiére de fes
Maximes. |
On a remarqué que dès le commencement de fon Pontificar,
Innocent XII avoit expreffément déclaré, qu’il ne prétendoit
donner les Emplois, les Charges, & les Di nités, qu’au mc-
rite; & qu'il préféreroit toujours la vertu, les talens, ou les
fervices déja rendus à l’Eglife, à toutes les raifons d’amitié , de
. sera , & aux plus fortes récommandations. Cette fage réfo-
Qui penfe à ho. Jution ne pouvoit être un obftacle à l'élévation du Maître du
pôrer fon Tléolo. Sacré Palais, puifqu’on lui connoifloit toutes les qualités , qu'on
LE L. défirer dans un Prince de l’Epglife, la probité, la fcience,
| es talens, l'amour de la Religion , le zéle , l'expérience , le
défintérefflement , une fermeté à toute épreuve, & une rare
(1) Ut felulô exercere poffet munus Ma- | mento eodem Romano Pontifice ; efto non
giftri Apoftolici Palatii, ultro libenterque | fine fui animi mærore, dum volupe nimium
Muneri Ecclefiaftis Apoñtolici nuncium mi-|ei erat Ferrarium Concionantem audirç,
ft, acceptante quidem ex rationabili mo- | &c. De Wir. illufin, pag. 140.
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 499
modeftie , qui relevoir encore fes autres vertus. Tout cela ctoit
parfaitement connu du Pape régnant; & 1l en avoit eù de nou.
velles preuves, dans les premiéres années de fon Pontcificat. Il
fut cependant furpris, & plus édifié encore , de la profonde
humilité de ce grand Homme, lorfqu'il voulut couronner fon
mérite,
Le Maître du Sacré Palais n’avoit pas été prévenu des in-
tentions de fa Sainteré; & ce ne fut que par Îles félicitations,
qu'on s'emprefloit de lui faire, qu’il apprit qu’il venoit d’être
mis au nombre des Cardinaux, dans la promotion du : 2 de Dé.
cembre 1695. Il ne lui fut pas poffible de diffimuler fa douleur;
& on le connoifloit affez pour être perfuadé, qu’elle éroit fin-
cére. On le vit auflicôt aux piés de fa Sainteté, pour la fupplier,
les larmes aux yeux, de vouloir honorer de la Pourpre un autre
Sujet, qui en fut moins indigne que lui. À fes humbles Priéres,
il ajouta tout ce qu'il crut pouvoir dire de plus fort, pour per-
fuader le Pape, de fa prétendue indignité. Un Auteur Italien
aflure , que la conftance de Ferrari à refufer un honneur. l’objet
de l'ambition detant d’autres, ne pût être vaincuë que par le
commandement exprès, que lui fi le Pape, d'accepter la Pour.
pre, avec le Titre de Saint Clément. Lorfque le nouveau Car-
dinal fe préfenta depuis au Vicaire de JEsus-CHRI1ST, pour
lui rendre fes humbles a&ions de graces, il n’exprima fes fenti-
mens, que par ces paroles de l’Ecriture : « Vous avez tiré, «
Très-Saint Pere, le-Pauvre de la poufliére, & l’indigent du «
fumier , pour le faire affeoir entre les Princes, & lui donner «
un Trône de gloire (1) ».
Toute fa conduite paflée, & la manicre dont il vécut pendant
vingt & un ans, dans le Sacré Collége, firent aflez connoitre
qu'il penfoit comme il parloit, puifqu'on le vit toujours auf
modefte, & peut-être plus pénitent, plus détaché de lui-même,
.& des chofes de la terre, dans une éminente Dignité, qu’il ne
J'avoit été dans fon premier état. L'Hiftorien de fa Vie repré-
fente ici dans un IE détail, les Saintes Pratiques du Cardinal
de Saint Clément, fon Amour de la pauvreté, & des Pauvres;
(x) Fnter S.R. E. Cardinales, {ub Tieulo | grates ei rependens, ac fe omnino indignurà
$. Clementis... nefcientem, & præ humi- | tanti honoris profitens, illud à Cantico An-
,
LIVRE
X LVIT.
THonmaAs-
MARIE.
FERRAREY
se CE vie non
nn |
VII.
Surprife , & dou<
leur du modefte
Cardinal.
VIIL
Pratiques de
Vertu,
Jitate reluétantem , aggregavit ; utque col-|næ Modes ex intimis præcordiis fummo .
Î
latum honorem tandem acceptaret, nec ul-| Ecclefiz Hierarchæ in fui propria exaltatio=
tra refragaretur , obedientiæ impofito præ-| ne aptavit, dicens : De fercore elevas pau-
Septo parere.coépir, Qua in re matimé ejus| perers., st fedeat cum principibus, © foliurs
Humilitas effalfr, dum ad pedes Rom. Pon- | gleriæ sement. De Vir, illuftr. pag. 141.
Hifeis-provoluns, ejufdem imperio parens , _ no: |
R rrij
oo HISTOIRE DES HÔMMES ILLUSTRES
Lrvere fon éxaditude à toutes les obfervances réguliéres , compatibles
XLVII. avec fa dignité; fon afliduité à l'Etude, & à l'Oraifon , fes Je-
THonmas. n6s rigoureux, & prefque continuels ; fa fidelité enfin à cous les
Mar: Cngagemens d’un Rel:gieux, fans négliger, aucun des Devoirs
FERRARI d'un Cardinal(2), | |
= Nous nous contenterons de dire, que fon üluftre Confrere,
e ns ne le Cardinal Orfini, qui, depuis 23 ans étoit l’objet de l’admi.
Le Cardinal Orfin:, ration de rout le Sacré Collége , fut aufli le modele du Car-
dinal Férrari. On leur avoit fair la même violence, pour forcer
leur modeftie ; & ils montrérent toujours le même attachemene
à ce genre de vie humble, & pauvre, qu'ils n'avoient embraffé,
que pour fe rendre conformes à Jesus-CHrisT. Dans la
même Dignicé ils firent paroître le même éloignement du fafte
mondain , & de tout ce qui ne s’accorde pas avec les Maximes
févéres de l'Evangile. Cependant, bien loin que cette noble
fimplicité, qu’on vit toujours dans leurs perfonnes , dans leurs
maifons, & dans leurtraïn, aviliten quelque forte leur Dignité;
ils la relevoient plus par cetendroit, &par l'éclat deleurs vertus,
qu'on ne pouroit le faire, par toute la pompe, & la magnificence,
que donnent les richefles. La conformité de mœurs, d’inclina-
tions, & de fenrimens, autant que la profeflion de la même
régle , unifloit étroitement ces Ent grands Cardinaux. Mais
ainfi unis de Cœur par une fainte Amitié, ils ne purent jouir
ue par de courts intervalles, de la confolation, que la douceur
de la converfation fait goûter à de véritables amis. Pendant
que celui-là s’occupoit tout entier du foin, & des befoins de fon
Troupeau, dans le Diocèfe de Bénévent : celui-ci fe vit obligé
de fixer conftanment fa Réfidence à Rome ; où le Souverain
x. Pontife le fit entrer dans prefque toutes les Congrégations de
_ Quelle réputa- Cardinaux. Il fe diftingua particuliérement dans celles du Saint
Office, du Concile de Trente, des Evêques & des Réguliers, de
de Curdinaur. l’Indice, & des Indulgences. Ces occupations multipliées n’obli:
gérent jamais le Cardinal de Saint Clément d'abandonner fes
Livres, ni l’éxercice de la Prière : cependant lorfqu’il étoit né-
ceffaire, il inrterrompoit fans peine fes éxercices particuliers ;
pour vaquer avec plus d’attention, à ce qui intérefloit le bien
commun de l’Eglife. On fçait de quel poids étoit toujours fon
Avis dans l’'Examen, ou la décifion des plus grandes Affaires.
Deux chofes contribuoient principalement à Papi beaucoup
e
+=
(2) In fupremo Cardinalats faftigio conf-] tids cuftodivit : modeftiam, quam femper
fiturus, quam femper in clauftro , aliïfque| adamaverat . .. Regularem exa@am obfer-
muneribus corde foverat, humilitaem al-{vantiam . ., fervandam curavit , &c Ib
x
- DE L'ORDRÉ DE S. DOMINIQUE. $or
d'autorité à fon fuffrage ; l'écendue de fes lumiéres, & la droitu-
re de fes intentions, 1l étroit dans une f- haute répuration de
Doërine ; que, felon l'expreflion d’un Auteur, dans lé, queftions
difficiles fa décifion n’étoit pas moinseftimée ; que celle d'une
fçavante Académie (1). "tt à"
Infenfible, ou indifférent à tout autre intérêt, qu’à celui de
la juftice , & de la vérité, nulle efpérance , nulle crainte , nulle
affection humaine ne fut jamais capable de lui faire, Ms 2
ver ce que fa confcience condamnoït; ni oublier, ou négliger
une caufe, que la Religion, ou l'équité l’obligeoic de defendre.
Dans mille rencontres, fur-tout dans la Congrégation apellée
des Evêques, & des Régauliers, notre Cardinal donna les plus
belles preuves de ce généreux défintérefflement, & de cette fage
fermeté, qui le mettoient à l'épreuve des plus fortes tentations.
Liv E EL
XLVIL
THonuASs-
MaARïIE
FERRARI.
Qicsss cs "7" "D
"XI.
Intégrité , & fer<
meré À toute
épreuve.
Les recommandations, la faveur, le crédit, les raifons particu-
liéres d’Inftitut, ne firent jamais impreffion fur fon Efprit: & il
n’y avoit que ceux, qui pouvoient métcré leur confiance dans la
bonté de leur caufe, qui ne devoient pas craindre de l’avoir pour
Juge. Telle étoit l’idée qu’on avoit du Cardinal Ferrari, non-
{eulement à Rome, & dans ies Provinces d'Italie, mais. auf
dans les Royaumes Etrangers ; non-feulement parmi les Cacho-
liques, mais encore parmi ceux, qui éroienc féparés de la
Communion de l'Eglile Romaine (2). | oi
Pour fe conferver toujours dans la liberté de parler, & d'agir,
felon qu’il lui paroïtroit convenable au bien de la Religion ; ou
de la Juftice ; le fage Cardinal s’étoit fait une Loi, de ne recevoir
aucun bienfait des Princes; ni aucun préfent des Parriculiers,
fur-tout de la part de ceux , qui avoient des Affaires à la Cour de
Rome. Les libéralités du Pape l’avoient mis en état de foutenir
fon Rang; & la frugalité de fa Table étoit pour lui une autre
reflource : fi fes Revenus n’éroient pas bien confidérables, fa
dépenfe l’éroir beaucoup moins: & par-là, ce qui à peine auroît
fufh à un autre, pour fon entretien, & pour celui de fa Maifon,
(1) A quo devotionis exertitio tunc fo-{ (2) Juftitiam , æquitatem, conftantiam ;
fur, De Vir. Slufir. paz, 141,
Jim abftinuit, edm gravi aliquo urgente ne-
gorio pertrattando in Sacris Congregationi-
us , quibus era addiêtus , eïfque pluribus,
Aimirum S. Inquifitionis, Concilii, Epifco-
porum , & Regulatiunr, Indicis, & Indul-
gentiarum diétis. .. communi Ecclefiæz bo-
no ftudere cogebatur..... Ampliffimi Car-
dinalis in Congregationibus prolata Senten-
tia, vel expreffum votum, ac judiciam, ve-
Juti infignioris Académiæ decifio pen{aba-
ac reétitudinem femper æmulatus , nunquam
quovis ex momento , quavis ex caufa, à
{copo veritatis aberravit : nullo alleétus f1.
vore, nullo permotus timore, à juflitiæ, ae
fan@ioris difciplinæ ruendæ iramite deflexie,
Deum femper , Deique honorem præ oculis
habens. .. at eum fufpexerint nedum eru-
diti quique Romanæ communionis Theolo-
gi, verim etiam ab ea fegreges quique doës
ti, &cCe Tbid, d NET
2:
8
Rrrii
X11.
Défintéreflements
v
5303 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lsvnrzx fournifloit toujours à notre Cardinal de quoi faire plufeurs
X LVIE bonnes œuvres, Son élévation ne lui avoit pas fait meconnoître
io sae eux , qui lui:étoient mr de Sang; mais , s’il eût toujours
© Marie Pour.eux les fentimens d'affe“ion, & de bonté, que la nature
FERRAUX infpire ; il ne penfa jamais à les enrichir; & il n’employa les
É ” Biens de l'Eglifé, que felon l’Efprit des Canons; je veux dire,
. : 7 à hourrir les Pauvres, à établir de jeunes Filles, dont la pau.
ibérdités, ‘” Wreté auroit pû devenir une occafon de chüûte; à procurer le
" ……. nécellaire à de nouveaux Convertis, & à ceux qui fouffroient
Jindigerise , pour éonferver leur Foi dans un éxil volontai-
se. Plufreurg Communautés Religieufes, plufieurs Monaftéres
4 reffentirent dans leurs beloins , des Libéralités du géaéreux
Cardinal (i). | |
. > L'éxaeségularité, qu'il voyoit fleurir dans notre Couvent
Ce que le Car- de Sainte Sabine, en l’attirant fouvént dans ce Sanétuaire, l’en-
inal de S. Clé- ‘gapea' auf à y donner des marques plus particuliéres de fon
mene Be en = 2 ection. Peu content d'y aller pañler cout le tems, qu’il pou-
de Sin:e Sabine. voit prendre fur les Affaires, pour ne s’y occuper que de celle
du Salut ; il y fit bâtir une belle Bibliothèque ; la remplit de fes
Livres; & afligna un fonds, pout l'entretenir, & l'augmenter.
41.ne faut pas regarder. comme le-moins précieux de fes dons,
celui qu’il fir de fes propres Ouvrages en Manufcrit : car ce Sca-
vant Cardinal en avoit déja compoté plufieurs ; & ilen méditoit
dé nouveaux , autant que À variée de fes occupations pouvoit le
jui permettre... ." -. DE
XV . Par la mort du Pape Innocent XII, arrivée le 2 8 de Seprem.
- Moit du Page bre 1700 : l'Eglife Univerfelle perdit fon Chef vifible, dont la
Innocent XIL premiére & la plus forte inclination avoit toujours été de bien
gouverner la République Chrétienne : & par le même coup,
notre Cardinal perdit un Pere, un Ami, un Bienfaiteur. On ne
pouvait rien. ajouter ni à la confiance, dont fa Sainteté avoit
conftanment honoré le Cardinal de Saint Clément; ni au zéle,
quele Cardinal avoit toujours eû pour la gloire & la confervas
tion de ce bon Pape. |
XVI : Dans le Conclave, qui fuivit la morc, & les obféques d’Inno.
he de cent X11,'& qui fut fort nombreux, puifqu’il s’y trouva cinquante-
resment à l'opinion , qu’on avoit de fa fagele, & de fa modération,
. {1} Longé femper abiens ab omni carnis ,} nempè alendis, dorandis periclitantibus puek
Ac fanguinis refpeëtu, & affedu , Ecclefiafti-{lis, Évendis Neophytis, Regularibus mens
Cos proventus non nifi in opera à Sacris Ca. | dicantibus fublevandis , &c. De ir. éllyin
aonibus præfcripta impendit; in pauperibud} pag. 142. .
LS A
neuf Cardinaux ; la conduire du Cardinal Ferrarirépondit parfaï- -
nn = Re M RS 4
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. so3 |
Toujours uni au Cardinal Orfini, qui avoit plus d'expérience Lrv:r 2
dans les Affaires du Conclave, & dont les intentions n’étoient .X LV If.
‘pas moins pures que les fiennes il n’entraidans aucune fa&ion’, Too
& ne fe livra au caprice de perfonne : il ne laiffa pas de fe con- © M,4,:
cilier l’eftime de tous, & la confiance du nouveau Pape; qui FrrRARrz
fut élû le troifiéme jour de Novembre, après que le Saint Siége ==
eùût vaqué environ cinq femaines, ‘ .. -: "." ‘7 : Eu
Clément XI, marchant fur les traces dé fon Prédéceffeur,
confultoit volontiers Je Cardinal de Saint, Clémenc, dans les .
importantes Affaires de l’Eglife, & de l'Etat. La premiére,
qui fe préfenta d’abord , & qui n’étoit pas d’une moindre confé-
quence pour le repos de l'Italie en général, que pour celui de XVIL
la Cour de Rome en particulier , regardoïit les préreñtions dé ce HeonRanee
deux Souverains, qui demandoient en même tems l'Inveftiture "1%.
du Royaume Naples. Il falloit donc, ou caffèer le Teftament du
Roi Catholique Charles II : ce que l’une des deux Puiffances
follicitoit , ou confirmer ce même Teftamenr, & en favorifer
l’éxécution, felon les juftes défirs de l’autre. Dans des circonf.
tances fi critiques , la prudence, & la circonfpe“tion ne pou
-voient être trop grandes, pour ne point fhire a Mo RaTrans
quillité du Saint Siése, du fort des Armes, & du fuccès heureux,
ou malheureux du Prince , qui auroït été préféré. Rien en
même-tems ne paroifloit plus convenable à la qualité de Pere
«commun des Fidéles, que d'offrir fa Médiation aux deux Paif- |
fances; fans négliger de mettre l'Etat Eccléfaftique en fureté, ‘°° .,
& fes places Frontiéres en état de défenfe. C'étoit le fenti-
ment du Cardinal de Saint Clément ; & cet Avis fur fuivi en
partie. a
Cependant, le Roi Philippe V, déja reconnu dans les Royau-
mes d’Efpagne, pour légitime Succefléur de Charles II ,ne xvrir.
tarda pas de prendre poffeffion en perfonne , de celui de Naples, Phlippe
L’Archiduc, Charles d'Autriche , y avoit aufli un grand parti, da Royaume de
que fes Amis s’efforcoient d'entretenir, & de grofhr, attendant Naples,
que fes Armées fuffent en état de s'oppofer à celles de fon
Compétiteur. Dans cette fituation, tandis que la Cour de Ro-
me continuoîit à fe cenir fur fes gardes, pour ne point s'engager * ‘ ,
dans un parti; bien des Particuliers prénoient le leur, felon leur
inclination , ou leur intérêt, & les perfonnes , qui, À se leur
profellion auroient dû s'éloigner davantage de ces fortes de
D , étoient quelquefois celles, qui y prenoient le plas .
e part. | | |
L’Hiftoire parle d’une Religieufe, Abbefle d'un Monaftére
+ 4
504 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livaæ de Seffa : laquelle abufant de la crédulité du Peuple, ; la reves
XLVIL soit comme une Sainte À révélations , agifloit, & parloit ouver_
Fox: tément contre les inrérêts de Philippe V ; & échauftoit les
7 Marre Efpritsen faveur de l’Archiduc; dont la caufe, difoir-elle, étoit
Ferran 1 la caufe de Dieu. Le Pape fit éxaminer l’Efprit de la prétendue
du Sainte, qui avoit été conduite à Rome, & le Cardinal Ferrari
Une prérendue fut du nombre dé ceux, qu’on chargea de cer Examen. La four-
Sainte veut échau. be , & l'hypocrifie ne purenctenir long-tems contre les lumiéres
Rs Ep d'un habile Théologien, verfé depuis long-rems dans les voyes
_tre le jeune Mo- © '
narque. intérieures. La nouvelle Prophétefle, convaincue d’impofture,
en fic un aveu humiliant. Ce fut dans une Affemblée Extraor-
xx. dinaire de Cardinaux, & de tous les Officiers de la Congréga-
. Hypocrife dé- tion du Saint Office , que cetre Abbefle, obligée de paroître,
volée. - confefla qu’elle avoir eû la fote vanité de vouloir fe donner pour
Prophéteffe , infpirée de Dieu : elle ne fit point difficulté de dé-
clarer ingénument que toutes fes réponfes à diverfes queftions,
ui lui avoient été faites , n’étoient que de puresillufions; & que
L Hit: Anonym des fe prévalant de la confiance , que plufieurs perfonnes avoient en
ss. ‘PE fa Sainteré, elle les avoit exhortées à prendre les Armes en
phslerarde , Hi faveur de l’Archiduc. L’Auteur François de l'Hiftoire Genérale
pes * * d'Efpagne met cet événement en 1702. On fçait que ce fut
dans l’Eté de la même année, que le Roi Catholique Philippe V
arriva dans fon Royaume de Naples.
XXI. . L'inondation du Tybre, & un grand tremblement de terre,
mis pu qui fignalérent le commencement de l’année fuivante, rempli-
Ft rent d’effroi, & de défolation, la Ville de Rome, & tout l'Etat
Eccléfiaftique : les fecouffes, extrêmement violentes le deuxié-
me jour de Février, durerent quinze minutes. La nuit du troifié-
me au quatriéme , une terreur panique fe répandit , on ne fçait
comment , dans toute la Ville : certaines gens, qu’on ne reconut
point, mais dont on püt dans la fuite pénétrer les intentions,
marchoient en troupe dans les ruës, & frappoient à toutes les
is , criant d’une maniére effrayante , que chacun eût à
ortir irçeflamment de fa Maïfon, fi on vouloit éviter les fuires
funeftes d’un fecond Tremblement de terre, qui alloit recom-
Mit, des ape, mencer avec plus de furie que jamais. Chacun, dit un Aureur
7e r4% Anonyme, fe jetta hors de fon Lic; & dans un inftanc les ee
dins , ou les places Publiques, fe trouvérent remplies de perfon-
er pes de tout âge, de tout fexe, & de route condition. On ne {en.
Qui donneocea- tit point de nouvelles fecouffes : mais cette allarme Publique
fion à la réforme eu des fuites facheufes , à caufe de la foule, du grand froid, &
AURAS qe le frayeur, dont la plüpart avoient été faifis. D'un autre
| | côte
: DE" L'ORDRE DE S. DOMINIQUE: jo;
"côté les çalamirés donnérent lieu à là. Réforme de plufiéurs Lrve E
&bus.; &'comme des. familles entiètes fe twüvoient runces; XLVIE
{oic par l’inondation., où par le renverfément dé leurs Maïfons'{ Toni
les Riches firent de grandes Aumônes ; & notre Cardinal, fan$ Munre
Avoir. amaflé des Richefles, augmenta confidérablement: {es Fsararu
charités ordinaires. : 7
, Il continuoit toujours fes éxercices de dévotion : & fon . .
afliduité à toutes les Congrégations étoit là même. ClémentXE
le’ fit:encore entrer dans une Congrégation -noûvellémiènc 1:17
y"
ses ; pour revoir Je Calendrier Romains: Parmi ‘plu-
ieurs autres Commiflions, dont fa Sainteté augmenta ies occu- [LL
Eee du Cardinal Ferrari, il ne faut point oublier celle, qu’il 1e rdioal de
ui donna en le chargeant d'éxaminer avec foin, les célébres RE
Queftions -couchant-le Culte, & les Cérémonies des:Chipdis. Chinois
Le Cardinal, toujours zélé pour l’honneür-de la, Religion ; tra-
Vailla {lon les intentions du Pape; & fit {ur les matiéres con * =:
troverfées un fçavant Ecrit, qu'on a confervé en Original,
dans notre Biblivrhéque de Sainte Sabine à Rome, jufqu’à ce
Em a plà à N.S. P, le Pape Benoît XIV. aujourd’hui régnant,
e faire porter ce précieux. Monument dans la-Bibliothéque du
Vatican. L’Auteur Italien, qui nous apprend ce fair, ajoure
qu'on a tiré deux Copies fort éxates de ce Manufcrit; & qu’on.
es conferve à préfent , l’une dans la Bibliochèque de Sainte
Sabine , & l’autre dans celle de Cafanate à la Minerve (1),
Ce n’eft pas.une petire prenve de l’eftime , qu'on faifoit alors
de la capacité de notre Cardinal, & qu'on fait encore de tout:
ce quieft forti de fa plume, Je trouve unautre-témoignage, qui
ñe luieft pas moins glorieux, dans l'érabliffement d’une nouvelle
Faculté leThéoloste. qui prit naiffance à Rome, fous le Ponti-
ficat de Clémenr XI. Ce Pape fe fir.un plaifir d'accorder dune. xxrv:
École, qui toit en quelque maniére fon Ouvrage’, les plus | Psp ar
. beaux Privilèges, plutieurs Droits, & Prérogatives, très-pro- Rome,
pres à exciter une noble émulatian, tant parmi la Jeunefle Ro-
maine , que parmi les Sçavans de réputation, qui pouvoiene
défirer d'être reçus au nombre des Maîtres , deflinés à diriger -
{:) Autographum pariter ejufdem Emi- | ejufdem operls accuraté fincerèque tranf-
nentifimi Cardinalis, Opnscumhac :atcrip- peur exemplar: extaç quoque aliud areme
gione : Repos Theologica Emineniifimi De- ji ie celeberrima Cafanaten Ribliotheca :
onini Cardinalis S Clemeniis fuper queffidni- | S. Mariz [upec Minervam inter Codices Mae ‘
ds de rebus Sinicis, in eadem Sabineal B:- |âufcripros. ut mihi notum fccit ejufdem Bis :
bliotheca fervabrur, Verdm illud inde ex. blnthecz dipaiflimus Cuftos P. M.F Joane :
traxir feliciter r#pnansS. P, Bençdiétus X1V. Enes-Domjnicus Agnani mrhj fumma pecellie :
& in Vatican: fervatum voluit, Extac samèn gidne junétus. De Vir. ÿlufr: PE 46e. ©
Tome VI. | | S f
$06 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrveaz les Etudes, & les Exercices, ‘ou à préfider aux Affemblées, Maïs
XLVII. afin de donner à ce defein toute fa perfection, le Souverain
is Pontife choifit le Cardinal de Saine Clément ; pour former les
Marie Loix,i&iles Réplemens:de la nüuvelle:Académie ; où pour res
Ferrari Voir, & corriger ceux ; que les Académiciens avoient eux-mê:
= mes dreflés. Lorfque le Saint Pere confirma depuis cet Eta<
NT an Plifement, il ordonna que tous les Do@eurs les Régens, & les
_eft chargé d'en Ecoliers feroient obligés d'obferver éxa&temenr les Statuts, que
éxaminer les Ré- Je:Cardinal Ferrari avoit lûs, éxaminés , & approuvés au Nom,
ho ê&c de la part de fà.Saïriteté. La Bulle-:de: Confirmation , qu’on
+ peut voir dans le fixiéme Tome du Bullaire des Freres Près
fa sus Cheurs, commence par ces mots ; Z#/crutabili divine bonita:
Mn ut HIS e pb ER
| sue. ). Pendänt les’feize premiéres anhées du: Pontificat de Clé-
_XXVI meñc XÉ, Gofi@érenles derniétés de notte:Gardinäl; on traita
Autre travail 2 Rome:de plufieurs âütres Affaires Ectléfiaftiques. très-impor.
çantes : &'on n’ignore pas que ; dans ces occafions, le Cardinal
Ferrari étoir toujours l’un de ceux , dont fa Sainteté vouloit
fçavoir le fèntiment:: mais, ‘les Hifkoriens ne notis ayant poin£
exptiqué quel fit fon’ Avis; ni-quélle part il eûe là décifion de
cesimemés |A Hañres:, nou dévoris réfpecter; & imiter ce pru-
dent filence. Contentons-nous de dire, qu’à proportion des be-
foins dé l'Eglife 'afigée paf les diffentions de fes Enfans, le
Serviteur de Dieu aug mentoit toujburs la ferveur de fes Priéres,
kiripueur de‘fes' mortifications, & fon applicirion À rout ce
qui pouvoit fervir à éclaircir la Vérité ,:& procurer la Paix.
xxvrr !’Ses travaux cépeñdant, & fésai (térités l'avoient épuifé ; &
Sa mort, les faïnts défirs de fa mort luf faifoient attendre, comme te plus
heureux de fes jours , celui qui vertoït-finir fon éxil, pour le
V1: Y* rendre d'f6n Créateur. Ce fur le 26 d'Avârr7r6 qu'il fe repofz
fins. dans léSeigneut-(moits chargé d'années ue dé mérites, &,
our OR plu$ reconimandablé par 14 folidicé des es Vercus ,
que par l'éélridéila fciencé ,'& Ê don'de Prophétie, qu’on lui
attribue (1) : Dhs . re pe DE Net
-:Le:Gorps-du pieux Cardinal fur Enterré-dans notre Eglife de
Sainte Sabine; & on fic graver fur le Marbre blanc, une Epita-
lits ii supiierl on EC “it . a ne . . a
pas ets mure tnt debus onu Ma BURN GE) 9 Mint petveuie eee
Var '{peétäbilis duplici redimirus ‘édrond , Irémum. . .. Inter Cantita facra innocuam
foieñtiæ nimirum &'fanétitatis ; quin infuper animam fub patrocipjo Deiparæ reddidie
ad coronant fuk’vittutis fpirir prophetiæ | Crearori, die io Auguft 1716, De Vir
à Domino vôtonätits (at innotuit in _ if p.143 de ee
Sn à HS
+ V7 ° 4 . 1,
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. ÿséy
_phe fort fimple, qu’ilavoir lui-même didtée{1). Le Sacré Colé- Lir & Rù
ge 0e {ob poiñrinfenfible à da perse :qu'il faoit d'un dé-fes plus XIL VI.
Hluitsés' Mémbres; qui lavoait'long-tems honoré pai {es lamié PTT Fer
rés cr édifié par :fes éxemples. .Les Orareurs: Chrériens pit Makke ’
bliérent à l'envi fes louanges; & dans pluñeuts Maïfons de Fr RRART
l'Ordre de Saint: Dominique on lui fit de magnifiques obféques, ==="
particuliérement dans le Couvent du Saint Éfprie à Naples, & A
dans celui de Sainte Sabine à Rome. Le rs ÉTÉ dus à (à mémoire,
.comblés des bienfaits du Cardinal, pendant fa vig,-&c à famorgs "0 ii;
auf ee eo naute fcéle une Renée ae
cens Echs d'or pour hoñorér {es Fuñérditles. Le Pete Charles
.de Bons, célébre Prédicareur Jéfuire y pronança lOraifon Fu-
Bébre, qui fat imprimée à Naples ,:& dédiée au Cardinal Ok“ ,, , 9
fisi ;‘alors Aithevèque de Béhévent. és Religieux de”Sainte + 217"
Sabine; poûr laïfler‘4‘la poltérité le Koüdnir +'Bienfatts dü I
191
Cardinal :&un Mondmentdeleur reconhoiffänctl firent gravés -::-
far une table de Marbre, uné fort bellé Infcription; &'la pla: 7":
cérent à l’entrée SP D leur avoir fait Dâtik, … : > ..:
& qu'il avoit enrichie éh:phifieurs manféres.”"! 1 7 2 ee
- L'âtrentibh toncinuelle dé Thomas Féfrar Aréhplie doués XXIXs ce
mômens ; lé Zéle qu’fl avait pour a Religion, &'du Iquéfois {4 Quvages me
nécéfiréo ilfétrouvoir de répondre À tedx qui lé ééhfultétènt"
&c de frisfaire‘aux défirs des’ Papes ; tour cela l’avôit ouvent
obligé de métrre 14 nidin % fa plume ;’& Îlea compdfé plufieurs
Ouvrabés Théologiqués avant & après RENE PSS
coiferve tôus ten: Manhfttit ‘dns différentes”. BibHothéques:
d'il 6:77 4uia a 84 éndord prima Gé qui Mémpéche
pôs qué (vers Auteurs, en Faifänc l'éloge dé de Séavant Car-
dinal} fie Paÿent mis'avéc diftinétiontentré les Ectivains Ecclé- , videia nattar, Ot3y
fiäftiqués: Perlonne peut-être dela totié plis hoblément, 8 en CEA RAE 7
A TOR.
NE PR RE à
{x) Debbie ponpa Fanulamn Gif in Eo is: Géhectatis ta ati Sie da Ed à 0 TT
NE Cp MES nie ee deleniqi ner Oncle code nn
cophagim Rate bümili lapide contec- in marmoreo bo lapide jnfculpendam cu AR
gupr, cui poit fais; dies & Annus embituaffraverie, 4. "5 "4 27.
uen ob ertot 2545 au à
. . . ! 4
° < ie. | s* ses le A7, tr: >
a as "4 { À Se D HR e } Er - f + 2
1
PE NC | ni re. AT D L . es
MIA RS ee NL Ni 2 Suvh Cuuss.., . Ad, 37 Ce LL …., ts pe np atie 2" se
ue r. Thomas M. FERRARI "Cardinal: -SrClementis a, Le it. 7e uns niu0
4130" fI [: Dr Fe un RE + se a à ,.t Lay 1 Ck A Nr (21 Le NÉ ES .” se Lui AUS,
eut CO ON Sagri Ordinig Fraxrum Predicatopum à. h he TE Le
FT. bit die #x Augufti, Anno Domini MDCCXVI.ætatis fuæ lxix,
Passe 1 LE S ages: da: ae UE Me A EST Ale à Ce a DS
Sr) ES ét .. se — 8 À:
Le
(2) Sui ingenii plurima monumenta reli- partim proprio, artim älieno charaeré :
qui. i 86 præser “que im Vaupang fervan SHIGIY exe Sci Lo papi rs :u4
Eur ,in Bibliothecz San&tæ Sabinæ ejus MSS.
sffi
» à ‘ $08 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
_Lrvez Confiftoire fecret du neuviéme Décembre 1726, parlant des
XLVII Cardinayx de l'Ordre de Saint. Dominique, qu'il avoit vûs de
SH fon tems dans le Sacré Collège, il 2 a pe lé le Cardinal Ferrari
“Marie 0 Homme tot d'or : Tres adhuc alii noffri ordinis Cardinales
F£srRAR:. #00i/cum dignifimè , noffra fané cam confufione, Aoruere; snoqne
= per mortem aval{o *, alter non defuit ver awreus *, &cc. |
(*) Th. Houvart, _ . —— ‘ |
mort l'an 1694. _ | | LEE ;
(+) Th. Ferrari, 7, CT EE | :
fait Cardinal lan | > Le : | | : -
169$. ANTONIN-CLOCHE, LX. GENERAL
. DE L’ORDRE DES FF. PRESCHEURS.
ANToninÆ Esvertus& les talens du P. Cloche, fes qualités d'Efprit &
Croce. , de Cœur, &:fon long Gouvernement,non moins pénible par
7. — des circonftances fouvent les plus critiques, que glorieux-.par la
‘sa Vos profonde fagelle, qui le mit toujours au-deflus desAffaires , & des
éxattement écrite difficultés : tout cela a rendu fon Nom célébre, non-feulement
el 0 un dans la Capitale du monde Chrétien, mais parmi tous les Peu-,
igieux de mé- ! | à 2 re
rite ; qui l'avoir PIES, & chez les Nations jes plus reculées. Pendant pu de.
paricaliérement foixante-dix ans, il a poffédé l'eftime, l'amour , la confiance de
… … vo 465 Freres,;& pendant-plus de quarante, il s’eft concilié l'admi.…
. "ration des Romains, & celle des perfonnes de quelque Rang, .
qui ont eù des Affaires à traiter dans la Ville de Rome. Génie
vafte, fécond, élevé, capable des plus hautes entreprifes, Ami
généreux ; Religieux éxact ; habile Prédicateur; bon Théolo..
gien ; fage, & vigilant Supérieur ; & toujours Homme vrai,
fincére , & modefle ; fon feul mérite l'avoit fair monter 4 la pre-
miére place dans fon Ordre ; fa conduite a honoré fa place ; &
.. tous ceux - l'ont connu , ont avoué que fon élévation étoit
le... bién au-deffous de fon mérite. Le fimple récit de fes actions
11. ‘"LePere Élocken âquit à Saint Séver, dans la Gafcogne propre,
Naïflince , & Je feiziéme de Janvier 1628, fous le Régne de Lou, XIII, &
ri Pre Je Pontificat d'Urbain VIII. Son Pere, Bertrand Cloche, & fa
mere, Barbe Lahitge, tenoient un rang D pe, 6 dans le Pays,
autant par le zéle de la Religion, que par les biens de fortune,
Le Pere la place, QU'IIS Partageoient volontiers avec Iës Pauvres, Un Ecrivain
Oraif, faneb, p. 7, ‘ aflure que fon Aÿyeul étôit natif de Strafbourg ; & qu'il n’étoit
venu s'établir dans une Province de Fräncé , que pour fuir
l'Héréfie, & les Sedateurs de Luchér ; dont le venin avoït déja
infecté fa Patrie. SD
Bes Parens folidement pieux firent comme fucer, avec le
: dt +
CO
: &- 8 4 LS}
Re MN
AO SN vé ne dv
e
iron ŒE<-
%»
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 5sog
lait, la piété & l'amour de la vertu, au jeune Cloche : & quoi- Los.
qu’il fut le dernier d’une nombreufe Famille, on prit un foin + LVII
particulier de fon éducation. Il y répondit toujours, & par la 7" ",
docilité de fon beau naturel, & par une noble émulation; qui, . TONIN
ayant paru en lui dès fon Enfance, fervic beaucoup à perfe&ion. CH Es
ner tout ce qu’il avoit reçu de la nature. On lui fit commencer III,
fes Etudes à Pau, Ville Capitale de la Principauté de Bearn ; Son éducation,
& il les continuoit avec fuccès à Auch , dans le Haut Armagnac,
Jorfque la Grace de la Vocation fe fit fencir à fon Cœur. Quoi- .
qu’il n’eut pas fini encore fa quinziéme année, il ne laïiffa pas Sa Vocation Z
de former auflitôt fa réfolution, & de travailler à obtenir le l'Ordre de Sains
confentement de fes Parens. 11 ne vouloit ni les contrifter, par Pomiaique,
une démarche cachée, qui, à fon âge, auroit paru précipitée,
ni porter la complaifance , jufqu’à préférer leur volonté à celle
de Dieu, fi elle s’y trouvoit contraire. On jugea à propos de
l'éprouver quelque tems : & 7 jeune Homme, fans crain-
dre ni refufer les épreuves ; effaya de les abréger _ la régula-
rité de fa vie, par la folidité de fes raïfons, par fes larmes, &
fes pieufes importunités. Ses mœurs avoient toujours été pures,
par ce qu’une de fes attentions étoit de s'éloigner de la compa-
nie de ceux, dont les difcours, ou les éxemples auroient pà
fie tort à fon Innocence. Apellé à l’Etat religieux, mais arrè-
té encore däns la Maifon-de fes Parens, il commença à prati.
uer la mortificarion des fens; à prier avec plus de ferveur, à
fhire fes délices de la Retraite, & de la Lecture des bons Livres. :
. Tout cela l’affermit dans fa Vocation ; & on cefla de s’oppofer à
v,
l'accompliffement de fes défirs, dès qu'on fut perfuadé qu’ils ; Ilen prend l'Hs
venoient de Dieu. En recevant l’Habit de Religieux dans le paie Nom
Couvent de Saint Sever, il prit le Nom d’Antonin, ou l’ajouta
à celui de Jean-François , qu’on lui avoit donné au Baprême,
La Providence, qui deftinoïit ce jeune Novice , à être un jour le
Conduéteur de fes Freres, & l’un des plusilluftres Succeffeurs de
Saint Dominique, voulut qu'il fe remplit de l’efprit de fon Or-
dre, dans le lieu même, que le Bienheureux Patriarche avoit
autrefois fanétifié par fes rigoureufes Pénirences; & où il avoit
heureufement érabli cesgrandes maximes de perfe&ion , qui ont
_ formé cant de Saints, & d’Hommes Apoftoliques. La Réforme
prefque naïflante du Pere Michaëlis, embraflée avec un Pieux Paffe fon année
empreflément par notre Communauté de Touloufe, venoit de RER
renouveller dans ce Santuaire, tous les éxemples des vertus ne
Chrétiennes , & religieufes, qu’on y avoit admirés au commen- 0
cement du treiziéme Siécle. Le nouveau du 7 , conduit .
° { üj L
Livre
XLVIL,
SERRE
ANTONIN
-CLOCHE.
|
VII.
Sa Profeflion,
gro HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
d’abord dans-le Couvent de Touloufe, pour y pafler fon année
de: probätion';'ne méconnut point le-prix de- cette faveur, &l
n’eüt garde de la négliger. En commençant fa Carriére, il pa.
rut-BÉ pour les Pratiques du Cloître. Modefte, recueilli, appli-
que à l’Oraifon, & à la préfence de Dieu; dans un âge fort
cendre, il avoit l’Efbric formé, & le tempérament robufte : il
connoifloit fon Etat ; il l’aimoit ; & il ne Haïffa jamais affoiblir la
forteréfolution, qu’il avoit prife ; d'en remplir tous les Devoirs.
Ce qu’il voyoic pratiquer äux plus ferveñs , & aux'plus avancés,
bien loin de l’étonner; ne fervoir au éontraire , qu’à exciter
dans fon Cœur de nouveaux défirs de la perfection. Il s'effor-
çoit de les imiter , ou de les fuivre de près, s’il ne pouvoit les
atteindre. HE. | A
: Ayant coulé aïinfi toute l’année, deftinée à éprouver fa Vo-
cation, le Frere Cloche confomma fon facrifice , par les vœux"
folemnels : il les fit avec autant de fatisfaétion, & de plaifir,
qu'on en eût a Jes recevoir. On le vit depuis aller toujours de vertu
en vertu, & remplir toutes les efpérances, qu’il avoit fait con-
cevoir. Il arrive quelquefois, eh plût à Dieu que les éxemples
en fuflenc plus rares Il arrive qu’un jeune Homme fans piété,
comme fans vocation, conduit dans le Cloître par des vûës, qui
ne font pas fainres , n’y trouve pas ce qui pourroit le fanétifier,
ouil lé néglige. Il marche comme à l’aveugle dans une Carriére,
que le Seigneur ne lui a point ouverte : ce qu’il voit pratiquer,
il le pratique d’abord, du moins pour l’extérieur, parce qu'il le
faut ; mais comme il le fait fans goûr, il le fait auffi fans mérite;
#
* &ilne le fait pas long-tems. Ayant embraflé, peut-être par
caprice, peut-être par la volonté des Parens avares , ou trop
ambitieux, un Etat, qu’il ne pouvoit aimer, ni eftimer, dès là
w’il ne le connoïfloit pas ; il s'engage de même par fa Profeffion,
à l'obfervation des’régles, dont il a à peine une légére connoif.
fance : & cette feconde démarche, aufli irrégulière mais plus
dangereufe que la premiére, devient pour lui une fource mal-
heureufe d'inquiétudes, & de chüres. Qu'on juge par la fuire de
fes actions , de quel efprit ont été animées, les premiéres.
‘Ce n'efk pas qü'après avoir bien commencé, où n& puifle s'ou-
blier dans la fuire, s’affoiblir infenfiblement:, & fe pervertir. -
Le-cas éft moins fréquent; mais il n'eft pas impofible:-Une in-
fidélité à la Grace; une négligence à revenir à Dieu, & à foi-'
même, pour réparer promptement une premiére faute ; trop:
peu de Ein à s’inftruire de l'étendue de fes devoirs, & à les
remplir ; un orgueil fecret, une confiance préfomptucufe én fes
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. $rr
Pre forces : tout cela peut faire tomber celui qui paroifloit
tre debout. Il à commencé par l’Efprit ; & il finit par la
chair. | e Te |
One dira rien de femblable de l'excellent Religieux, dont
nous écrivons la Vie. Sa Vocation venoit du Ciel ; & fa fidélité à
tous fes engagemens fut toujours la même. Ce qu’il avoit en-
trepris avec ferveur, il l’éxécuta avec un nouveau mérite, par-
ce qu’il n’avoit fait des Vœux, qu'avecune pleine conhoiflance,
& une ferme réfolation dedes remplir avec le fecours de fa Grace.
L’Etudedes Sciences, qu’il ajouta à fes éxercices de Piété, loi
de le diffiper , ou de le diftraire, lui fournit un nouveau ge Fe À
pour fe mettre en état de remplir un jour fa glorieufe deftina.
tion. Pendant fon Cours de Philofophie ,; dans le Couvent
d'Agen, où étoit l’Erude générale de fa Province ; & de Théo:
LiIvRE
LXVII.
ANTONIN
CLOCHE,.
VIIL
Ses progrès dans
la Vertu, & dang
les Sciences.
logie , dans le Collége de Saint Jacques à Paris le Frere Cloi |
che parut avec tanc de diftinction, que fes Cordifciples le regari
doient prefque comme leur Maître : fouvent ils s’adrefloient à
Jui, pour avoir l'explication des difficultés , qui les arrétoient,
Sans le vouloir, & fans y penfer, il prenoit dès-tors fur fes Frei
res, cct afcendant, que la fupériorité de fon, génie lui avoit
_déja donné dans les Collèges, & qu'il conférva toujours. -
Trois chofes contribuérent principalement aux beaux progrés,
qu’il fit dans les Sciences, la vivacité, & 1#jufteffe de fon Efprit,
jointe à 1 mémoire la plus heureufe ; une fcrupuléufe atrention
à mettre à profit tous les momens ; qui n'étoient point remplis
par quelque aétion de Communauté ; l'Efprit énfin de recueille:
ment & d’oraifon, qui, en lui rendant la Préfence de Dieu fami-
liére , le difpofoit à recevoir avec plus d’abondance , les Lu-
miéres qu'il plaifoit au Seigneur de lui communiquer. Ajoutez
à cela uné dévotion partiçuliére envers Saint Thomas d'Aquin,
& üne eftime marquée pour fa Doctrine. C'éft aux. piés du :
tombeau du Docteur Angélique, qu’il avoit conçu’; péndant
fon annéé de probation, ces religieux fentimens, qui fe forti-
flérent toujours dans fon Cœur , à mefure qu'il lui-fut donné
d’entrér dans le San@uaire des.fciences, & de pénétrer là foli?
dicé des principes du Saint Doéteur, "7
Dans tous les éxercices, de l'Ecole, foir publics, ôu particud
liers, notre Etudiantavoit donné tant de preuves de fatapacités
qu'en 1650, avant qu’il eut accompli fa vingt-troifiéme année’,
on le nomma Leéteur dé Philofophie ; & dans le mois de Mars
fuivans, il fur ordonné Prêtre par l’Evèque de Bayonne. Le Pere:
Cloche enfeigna depuis 1x Théologie dans différentes Villes:
I X.
Trois chofes ÿ
contribuent prine
cipalemente
em.
+ —
X:
Profefleur dé
Philofophie, & de
Théologie.
Livre
- XLVIE
ANTONIN
CLOCHE=.
D re d
‘$r2 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
de fa Province, & ayant rempli, non fans beauçoup de fruit
pour fes Ecoliers, rous les devoirs de Profeffeur, pendant le
tems prefcric par nos Loix, il prit le Dégré de Docteur (1);
honneur, dont fa rare Erudition lavoir fait juger digne, prefque
dès le commencement de fa Carriére.
Comme le Serviteur fidéle , il continua à faire valoir lestalens,
qu'il avoit reçus ; & quoiqu’après les éxercices fatigans de l’Eco-
_le, Je repos lui fut devenu néceflaire, il ne voulut fe délaffer d’un
travail, que par un autre. La leture des Peres, & la méditation
des Livres Saints avoient fait jufqu’alors üne partie de fes occu-
des Juiq P
XI,
Il éxerce le Mi-
niltére de la Pré-
dication avec
fruit,
XIL
Don de la Parele,
Dominique Ponf.
Vi. del. Rev. V. Ant.
Cloche, p. 71-12.
ations ; il s’'adonna depuis avec une nouvelle ardeur à l’une, &
l’autre : & les lumiéres qu’il puifoit dans des fources fi pures,
il les communiqua à des Peuples entiers, par le miniftére de la
parole. Les Villes d'Agen, d’Auch, de Bayonne, de Cahors, de
Périgueux, & de Saintes, entendirent fes Prédicarions pendant
tout le rems du Carême. Les différens Emplois, dont la Pro-
vince Occitaine fe hâta d’honorer le mérice du Pere Cloche,
ne lui permirent point de répondre aux Vœux deplufieurs autres
Prélats , qui lui offroient comme à l'envi les Chaires de leurs
Cathédrales, | |
L'éloquence de notre Prédicateur étoit naturelle, mâle, per-
fuafive ; fon action vive, & réguiiére : fes Difcours, rout remplis
de l’Ecriture, & de ladDoctrine des Peres, répandoïient la Lu-
miére dans les Efprits, & touchoient les Cœurs. C'eft rour ce
que l’Orateur Chrérien fe propofoir. On le trouvoit toujours
prêt à parler de la Religion ; & il en parloit avec dignité, | es
qu’i: en étoit rempli. 1{ avoit une facilité admirable à s’énon-
cer, & à tirer de fon fonds ce tréfor de do&rine, qu’il avoit
trouvé dans la priére, & dans la ledure des meilleurs Auteurs.
Souvent , après s'être recueilli l'efpace de quelque heure, il
prononcçoit des Difcours; qui, pour l'élégance, l'ordre, la foli-
dité, & le choix des preuves , auroient pù lui faire honneur,
quand il auroic employé plufeurs mois à s’y préparer. Nous
verrons que jufqu’à l'extrême vieillefle, le Pere Cloche conferva
cette préfence d'Efprit, & ce riche don de la parole ; foit qu'il
eût à parler Morale, ou Théologie ;en fa langue naturelle ,ouen
Latin; en préfence feulementc de fes Religieux ; ou dans l'Aflem-
blée des Sçavans, & dans la Congrégation des Cardinaux,
(x) Fr, Antonius Cloche Gallus Gentelin Provinciam fuam Occitanan reverfus ,
Aquitanus , Severifani in Vafconia natus, ac] AgrnniTheologiam è Superiari loco docuit ;
ibidem ad Ordinem afcitus, emenfo Parifiis! & lauream Magifterii pro meritis eft adep-
jo Gyinnafg San.Jacobæo Liprerario ffudio , | rus , &ç. Echard. Tom. IT; p. 706. -
nm
Je fecond : & le troifiéme lui eft redevable de tout ce qui le
_ Cloche, âgé alors de 32 ans, arriva sp la premiére fois à
gloire. Dans l’expofé, ainfi que dans toute la fuire, des Affaires
'
" DE L’ORDRE DES. DOMINIQUE s13
« Maïs ce n'étoit pas par ce feul endroit, que les Evêques Live.
aimoient à employer fon Miniftére dans leurs Diocèfes. Ils XLVII.
fçavoient que fi, par fes Difcours touchans, & patétiques, il TS
inftruifoit folidement les Peuples ; il ne les édifioit pas moins Croce.
par fes Exemples. On n’ignoroir pas que, par fa prudence, il :
avoit réuffi plus d’une fois à rétablir la ee entre les Familles XIIL
divifées , à terminer d’anciennes querel HE bu
| es ; & à faire cefler les &,
fcandales publics. Les Affaires les plus délicates, les plus diff.
ciles étoient bien entre fes mains. | A
On remarqua particuliérement cet Efprit de difcernement,
d'ordre, & de conciliation, dans la conduire de pluñeurs Com. : x1v.
munautés, que le Pere Cloche fut fucceflivement chargé de is
gouverner ; & dans lefquelles il n'eut befoin que de cet afcen- Conan
dant qu’il fçavoit prendre fur les Efprits, pour extirper les vices,
bannir les abus, Aie aimer, & pratiquer la régularité : &, en
appliquant chacun felon fes talens, remettre enfin le fpirituel,
& le temporel , dans les Maïfons , où l’un & l’autre avoient
commencé de décheoir. Sans parler de plufieurs autres Cou-
vens, qui fe procurérent des premiers l'avantage de l'avoir pour
Supérieur, ceux de Bayonne, d'Agen, & de Saint Sever ne fçau-
roient oublier le bien, qu’il y a Pit. Les difficultés mutipliées
ne l’empêchérent point d'établir un Noviciat dans le premier: -
cela manquoit à fa Province, pour l'éducation, & l’inftruétion
de la jeunefle. Il donna une nouvelle vigueur aux Etudes, dans
diftingue, par les plus beaux endroits, fur-tout par une Biblio.
théque également riche, & choifie,
. Cette habileté du Pere Cloche à manier les Efpries, & à XV
conduire à {a fin rout ce que le zéle de la Religion lui faïfoit RME 14
pute deux fois à
entreprendre , porta les Supérieurs de la Province Qccitaine à Rome,
Je députer à Rome, auprès du Pere Général, Jean-Baptifte de
Marinis, pour quelques Droîïts, ou prétentions, de la même
Province, qu'on lui difputoit. Ce fut l'an 1660, que le Pere
Rome , où devoit être dans la fuite le grand Théâtre de fa
dont il étoit chargé, il fit paroître tant de génie, de prudence,
&t de talens, que dans l’Aflemblée des Anciens il fut admiré,
Fout ce qu'il étoit venu demander, il l’obtint fans peine: & le |
fuccés de certe premiére Députation lui en attira bientôt après XVI
une feconde.. Il répondie de.même à-l'artente de ceux qui eue
J'avoient envoyé, Le Pere Général, Homme rrès-verfé dans cloche, p. 17» 18.
Tome V4, Tec |
$14 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
£ rvr æ Îles maximes du Gouvernement, fe forma dès-lors une fi haute
XLVII ‘dée du mérite du Pere Cloche, qu'il écrivit à fa Province,
pour la féliciter de ce qu’elle avoit l'avantage de pofléder un
Sujet, fi capable de lui faire honneur. |
. Le féjour du Pere Cloche à Rome n’étoit jainais indif-
férent , ni inutile pour lui-même : & les Affaires, qui lai
avoient fait entreprendre le voyage, n’étoient point les feules,
qui l’occupoient dans un Pays, où un Homme d’Efprit a tant de
chofes à remarquer, & à apprendre. Il eft vrai qu’on ne pouvoit
XVII. pas l’accufer d’ambition; mais en Homme fage, qui fçait profi-
nn tnt # ter des circonftances, il obfervoit tout avec des yeux attentifs.
Il penfoit plus qu’il ne rt ou il penfoit moins à fe faire con-
os qu'à connoître lui-même le génie, lecara&ére, les inté-
rêts, & les paflions des Hommes, Le bonnes , & leurs mau-
vaifes qualités , pour faire fon profit de tout, On eût dit qu’il
faïfoic dès-lors comme l’apprentiflage de cet art de manier les
Efprits, qui eft fi difficile, & dont il eût befoin, lorfque la Pro:
ar pt l’eut placé à la tête de tout fon Ordre. |
Son De retour en France l'an 1667, après fon fecond bn
Affiftant de fon d'Italie , le Pere Cloche reçut de Père Be témoignages de la
PEL
ANTONIN
CLOCHE.
SRE
À
po confiänce, qu'on avoit en lui. Le P re Bernard Marin, Reli |
ges à fa Province, gieux d’un mérite peu commun, & qui avoit autrefois cultivé la
Fos Vocation du jeune Cloche, venoit d’être él Provincial; & le
Chapitre lui avoit donné pour Affiftant fon propre Eléve; dans
Pefpérance que fes lumiéres , & Ja fageffe de fes confeils contri-
- bueroient également ,au bien général de la Province, & au foula-
gement de celui, qui étoit chargé de la gouverner : on nefetrom-
pa point. Plus on déféroit aux A vis d'un homme auffi modefte,
que prudent, plus il montroit de circonfpeétion, de candeur,
& de droïturé dans toute fa conduite. Mettant à part tout inté-
rêt particulier, il ne confultoit point d’autres régles, que celles
de la Religion , & de l'équité : c'étoit toujours avec un refpeét
plein de franchife, qu’il repréfentoit à fon Supérieur , ce qu’il
croyoit pouvoir contribuer s la gloire de Dieu, & au maintien
de la vie réguliére. | | ;
XIX. Jean-Baprifte de Marinis, après avoir gouverné avec beaücoup
11 fait l'Oraifon de fagefié tout l'Ordre de Saint Dominique, l’efpace de dix-neuf
bed ans, mourut à Rome, le fixiéme de May 1 669 : & le Pere Clo-
__ che, quien avoirété fincérement aimé, fignala fa reconnoiffan.
. ce, En prononçant fon Oraifon funébre , dans le Service Solem-
nel, que nos Religieux de Bayonne firent pour le repos de fon
Ame, Le Chapitre Général fut affemblé l’année fuivante à
,
AN v'— bas Tr
7 te
‘> TZ
+
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 5rs
"Rome, & le Pere Cloche, chargé d’y propofer quelques Affaires
“forte intéreflantes pour tout l'Ordre, & pour fa Province en par-
ticulier, y donna de nouvelles preuves de cette capacité, qu’on
‘lui connoifloit. Ceux que le Chapitre nomma d’abord, pour
-éonférer avec lui, ne Furent pas les feuls, eu admirérent fa rare
prudence, la netteté de fes idées, & la jufteffe de fes raifonne-
mens. Toute l’Afflemblée vit avec plaifir, le. plan qu'il avoit
formé , & la fagefle des moyens, qu’il propofoit pour l'éxécu-
tion. | | |
+ - Maïs perfonne ne connut mieux le mérite fingulier du Pere
Cloche, que Thomas de Roccaberty, qui de Provincial d’Ara-
gon devint, dans le même Chapitre , Supérieur Général de fon
Ordre. Cet illuftre Perfonnage, dont les vüës furent toujours
élevées, effaya d’abord d: s'attacher un Refigieux de ce Carac-
tére, en le retenant à Rome, pour partager avec lui les foins du
Gouvernement. 11 lui parla d’une maniére, & lui fit des offres,
qui auroienr flatté agréablement un autre. Mais le Pere Cloche
avoit alors d’autres deffeins ; & réfolu de fe donner tout entier
au Miniftére de la Parole, il fupplia le nouveau Général d’agréer
qu’il retournat en France, où 1 pouvoir faire quelque fruit. Ce
ne fur qu'avec peine qu'il obtint ce qu’il défiroit : & dans fa
Province il ne trouva pas toutes les fAcilités , qu'il efpéroit,
pour l'éxercice de la Prédication : bien d’autres Affaires lobli-
gérent de partager fon rems ; & fes occupations fe multipliérent
davantage , lorfqu'en. 1671 il fut élà tont d’une Voix, pour
fuccéder au Pere Marin, dans la Charge de Provincial. La ma.
hiére donc if en remplit tous les Devoirs, donna on nouveau
juftre à fa réputation ; parce qu’il travailla fortement, & avec
faccës à mettre par rout le bon ordre, à rétablir la Difcipline
réguhére, & à faire fleurir les Etudes. On le vit toujours occupé
de £et objet; & il pouvoit d'autant plus fe promettre d’y a
qu’il avoit l’eftime, & la confiance de tous fes Religieux; &
que fes Exempies donnoïent du poids à fes Ordonnances.
Nous omettons le dérail de ce qu’il fic dans le cours de fes
Vifces; parce que fes actions, dans une place beaucoup plus
étevée, nous fourniront une plus ample matiére. Contentons-
nous de dire ici, que les premiéres attentions du fage Provincial,
furent roujours de faire régner l'ünion, & la paix parmi tous les
- Religieux ; de les occuper utilement; de punir les fautes, de ré-
eompenfer le mérite; d'honorer la vertu; de procurer que le
Service Divin fe fie avec décence, & majefté ; & de n’élever
aux Charges, que des Sujets qu’il jugeoit propres à edifier , à
Teci
Liv RE
_XLVII
ANTONIN
. CLocuHs.
FE NES RES EEE
X X.
Retourne à Ro=
me , & y donne de
nouvelles preuves
de fa capacité,
XXI.
Le nouveau Gé
néral ne le voit
partir qu'avec
peine.
XXII:
. Chargé du Gou«
vermement de &
Province,
XXIIL
. ]1 rétablir pars
tout le bon ordre,
la régularité, &
les Etudes,
s16 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrveaz üinftruire, & à conduire min leurs Freres. Il ne mgptoit
XLVIL.
Axronrey Perfuadé, que l’un conduit prefque toujours à
guéres de différence entre l’oiliveté & le vice, pas qu'il étoit
autre : au(h re-
Croce, Commandoit-il fouvent aux Supérieurs des Maïfons, de veiller
Ua grand Pré-
lt admire fes ta-
lens. Je fçavant Provincial ne voulut parler que le dernier : reprenant
avec un foin particulier fur cet article : & dans toutes les Com-
munautés, qu’il vifitoit, il vouloit connoître par lui-même,
quel ufage chaque Religieux faifoic de fes talens, & de fon tems.
Lorfqu arrivoit dans les Colléges, ou Maïfons particuliére-
ment deftinées aux Etudes, il fe rendoit prefque tous les jours
aux Lecons des Profefleurs, aux Difputes, & à tous les éxerci-
ces de l'Ecole. Il louoit, & encourageoït ceux des Etudians,
qui, par leurs réponfes à fes argumens, donnoïent de bonnes
preuves de leur capacité; & il tâchoit d'exciter en tous une
nouvelle émulation:.
On rapporte que fe trouvant à une célébre Théfe, que M.
de Fromentiéres , Evêque d’Aire, honoroit auflide fa Préfence,
alors tous les Argumens, qui avoient été propofés, il y donna
de nouvelles Réponfes, ou mit dans un plus beau jour celles,
qui avoient été données : ce qu'il fit avec tant de 7 , de
jufteffe , de netteté , & d'érudition; que le Prélat préfent , peu
LeP. laPlace,p. 13. Content de l’admirer, avec tous les autres Sçavans, il s’écria
dans fon admiration, que la Province n’étoit pas un aflez grand
Théâtre pour ce grand Homme. Aufl étoit-il apellé en même
tems à Paris, & à Rome. |
La Conventualité nouvellement établie dans le Collége de
Saint Jacques, & compofée d’abord d’excellens Sujets , auroit
été fans doute honorée par le mérite de celui-ci,felon les Vœux
de tout le Collége , fi le Révérend Pere Général n’avoit lui.
même fait de nouveaux efforts, pour l’attirer auprès de fa Per-
- Lep. Cloche eft fonne, Il l’inftruifit de fes volontés par des Lettres très-preffan-
Lg
tes, & pour lui ôter cout prétexte de fe refufer, ou route efpé-
rance d'être écouté, il lui fit comprendre, qu'il étoit réfblu
d’ufer de fon autorité, pour l'obliger d’accepter les Emplois,
qu’il lui deftinoit à Rome. Cependant les intérêts de la Pro-
vince demandoient encore fa Préfence. Le Supérieur Général
y éût égard, en confentant qu’il achevat. fon Provincialar, Ce
ne fut donc que vers la fin de r 67 $ que le Pere Cloche entreprit
fon dernier Voyage d'Italie. Il étroit alors dans fa quarante
huitième année (*), & il a travaillé encore pendant quarante
* ("Le Pere la Place s’eft trompé , lorf-[pag. 11, il'a avanté qu'il étoit Provincial
que dans l’Oraifon funébre du Pere Cloche, |« l’âge de trente-quaire ans, Nous avons
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. #17
cinqans,avecunzéle, &uneréputation,quilediftinguentavan. Lrvnux
tageufement , parmi tous ceux qui ont occupé les mêmes places. XLVII.
La premiére qu’il remplit auprès du Pere Général, fut celle de PRET
fon Afiftant pour les Provinces de France. Mais, les François ne Ç, cu.
furent pas les feuls , à qui le Pere Cloche fçut fe rendre utile ;
ê& qui lui demeurérent ne en fincérement attachés, autant par XXVI1.
eftime, que reconnoiflance, Tous les Religieux, de quelque _F°n Serre
Nation qu’ils fuffenc , & quelque Grace qu'ils euffenc à obtenir |
du premier Supérieur, s’il n’y avoit pas de juftes raifons de la
refufer, pouvoient compter fur la proteétion du Pere Affiftant.
On ne fe louoit pas moins de fon défintéreflement , que de fes
fervices : car il aimoit à faire plaifir , par le feul plaifir … faire ;
cette générofité lui étoit naturelle. La prudence d’ailleurs, ou
la dextérité, avec laquelle il traitoit les Affaires les plus diffici-
les ; & les reflources, que fon génie lui fournifloit au befoin, le
firent bientôt connoître & eftimer, non-feulement dans tout
fon Ordre, mais aufli à la Cour du Pape, & dans les Cours Etran-
géres.
Dès l’an 1676 le Pere Thomas de Roccaberty fe difpofoie
à commencer fes Vifices, dans les Provinces d'Italie , pour les
continuer enfuite, avec le Pere Cloche, dans celles de France,
& d’Efpagne. Déja on fe promettoit beaucoup de la fageffe de
l’un & de l’autre. Mais, dans le rems que tout étoit prêt pour
leur Voyage, le Pere Général reçut le Brevet du Roi Catho- REA in
lique, qui le nommoit à l'Archevëèché de Valence, | une du chevêque de Va-
Royaume de ce Nom. Le Pape Innocent XI, élevé la même lence.
année fur la Chaire de Saint Pierre, agréa cette Nomination,
& promit les Bulles, à condition néanmoins que le nouvel Ar.
chevèque continueroit à gouverner l'Ordre de Saint Domini-
ue, jufqu’au Chapitre Général, qui devoit s’affembler l’année
Moine Rome, pour élire fon Succefleur. Cet arrangement
nè rompit pas feulement le deflein des Vifites; mais encore le
Projet, que l’'Archevêque élù avoit déja fait, de fe rendre fans
délai dans fon Eglife, en laiffant au Pere Cloche le foin de con-
duire tout l'Ordre, en qualité de Vicaire Général, & de préfi-
der au prochain Chapitre. RU Le
: Si le Pere Cloche fut privé de cet Honneur, il eût celui de. xxvrxr.
tenir un Rang parmi les Définiteurs Généraux du même Cha- Son Succeifeur.
icre : & il fut un de ceux qui contribuérent le plus à l’'Eleétion agir même
° eo 1° , cre
du Pere Antoine de Monroy , Religieux aufli diftingué par la Cloche,
vu u’il étoit né au mois de Janvier 1628:1167:. Il avoit donc 4 ans quand il entra
& qu'il fut fait Supérieur de {a Province en | dans cette Charge ; &c 48 lorfqu’il en fortirs.
| Ttviij
Da
18 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrveang Piéré, que par la Doërine, & la Naiffance. Ce nouveau Géné-
XLVIE ral monua d'abord quel étoit fon difcernement, par le choix
u’il fit de ceux, avec lefquels il voulut partager le travail ; &
à la rêce defquelsil mir le Pere Cloche , qu'il hbonora toujoursde
la plus parfaite confiance. Le Pape , de fon côté, lui donna une
xxix. - marque de fon eftime , en le nommant Provincial de la Province
Le Pape le nom- de Dace; ancienne Province de l'Ordre de Saint Dominique,
. covincial de j prélent dgtruite, maisautrefois forcérendue, & tres-floriffan-
| te (1). Saint Hyacinte, & les Compagnons de fon Apoftolat en
Ne … avoient éte les premiers Fondateurs : car pour aflurer la conver-
de cette Prorince. fion de plufeurs Peuples, qu'ils avoient attirés à la Foi, dans la
Haure-Hongrie , dans le Danemarc, la Suede, & la Norvége,
ils bâtirent dans tous ces Pays, plufieurs Couvens, & Monalté,
res; dont on fit dès-lors une Congrésation, qui, dans le Chapi-
tre Général de l'Ordre, tenu à Paris l’an 1228 fous le Bien.
heureux Jourdain de Saxe ; fut acceptée fous le Nom de Pro-
vince-de Dace , & jointe , ainfi que les Provinces de Pologne,
de Grece, & de la Terre Sainte, aux huit premiéres Provinces,
déja fondées par Saint Dominique. |
Certe Province, dit Fontana, fubfifta long tems avec beau-
XXXI. F | fre
Sa deftrudion, COUP d'éclar, & porta de Grands Hommes, de Saints & célébres
Prédicateurs de l'Evangile, qui annoncérent la Foi aax Gentils;
& dont plufieurs fcellérent de leur Sang, les Véricés qu'ils prè-
choient. Si dans la fuire des tems, ce zéle du Salut des Ames,
& l'Efprit de régularité commencérent à s’affoiblir dans plu-
fieurs de ces Maïfons, la Providence fe fervit du Miniftére de
quelques Religieux de la Congrégation de Hollande (*) pour
rapeller toutes ces Communautés , à la premiére ferveur de
* : Jeur Inftituc : & on en vit fortir encore d’illuftres Miffionnaires,
ui continuérent les travaux de leurs Prédécefleurs, jufqu’au
Liziéme Siéce, que toute cette Province , environnée d’Inf-
_ déles, faut défolée, & entiérenent ruinée, moins par la tyrannie
des Turcs, que par les perfécutions cohtinuelles des Schifmati-
ques, & des Hérétiques, particuliérement des Luthériens (2).
ANTONIN
CLOCHF
CASSER PERS
(r) Vers l'an 1474.
LD
(1) Fr. Antoninus Cloche... Vir gravis re-[ giftro Fr. Antonio de Monroy funétus, om
ram agendarum fey Regularium, n Eccle- | nibus fe probavit. ,.. Innocentius XI Pro-
flafticarum , au etiam politicaram peritifli- | vincialsm Daciæ, quæ florentifima aliis fue—
pus PSE omnés gradus ad fupremum Ordi- | rat Ordinis Provincia , heu jam extinéta fun-
nis afcendit, Elcêtus anno 1671 Provinciæ|ditus, creavit, ut jure vocis utriufque in
foæ prior Provincialis, vix quadrienniumex | proximis Comitiis Generalibus gauderer,
pleverar, aim à Mapifiro Ordinis Fr. Joan-| &c. Echard. Tom. IT, pag. 706.
ne-ThomA de Roccaberti in Socium cura-| (2) Floruit diu in Ordine, cum maxime
ram & Regiminis pro Galliis affumpeus ef | Bdei Cacholicæ inçrèmento hzc Provincia,
quo munerc eciam {nb fequense Ordinis Ma- | nedtun in Regulari oblcrvanria, verdmeriug
7 DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. sro
Maïs quoique cette Province ne fabfifte plus aujourd’hui, le Reli-
ieux , à qui Sa Sainteté donne le Titre de Provincial de Dace,
jouit du Rang, & des Priviléges des autres Provinciaux, dans
les Affemblées Générales de l'Ordre.
Ce fut le feul Titre , qui donna droit au Pere Cloche, d’affifter
au Chapitre, tenu à Rome, la Veille de la Pentecôte 1688.
Antoine de Monroy, après un Gouvernement de neuf années,
avoit été choifi par le Roi d’Efpagne, Charles IT, pour remplir
le Siége de Compoftelle : mais obligé , par la volonté du Souve-
rain Pontife, de préfider à l’Affemblée, comme avoit fait fon
Prédéceffeur à celle de 1677, il ne crut pas pouvoir être mieux
remplacé que par le Pere Cloche. Il s’en expliqua fans crainte
de faire des mécontens, ni des jaloux ; & trous les Ele“teurs
entrérent fans peine dans les mêmes vüës. Perfonne n’ignoroic
que depuis onze ans, que ce Grand Homme faifoit fon féjour
à Rome, il avoit tonjours été le confeil, & comme l'œil, ou le
bras droit des deux Généraux; & qu’il ne s'éroit rien fait de
confidérable dans fon Ordre, qu’on ne dût principalement à la
fagefle de fes confeils, ou à l’aétivité de fon zéle. Toujours efti-
mé de fes Freres, il étoit encore chéri de tous les Cardinaux,
des Seigneurs Romaïns, des Ambaffadeurs , des Princes, & dans
la plus haute réputation parmi les Peuples. Il n’avoit donc be.
foin que de fon propre mérite, pour réunir tous les fuffrages : &
on ne fut point furpris de voir, non-feulement les François,
mais auffi les Efpagnols, les Portugais, les Flamans, les Alle.
mans, les Polonoiïs, les Hongrois , les Indiens même, montrer
un égal empreflement , & le même défir de l'avoir pour Supé-
rieur. Dans le tems que la Guerre, allumée dans une grande
partie de l’Europe, divifoit les Peuples, & les Nations, le mérite
du Pere Cloche réunifloit en fa faveur les Efprits , & les Cœurs.
Ce feul traît fait fon éloge : il eft du moïns certain, que dans
des circonftances auffi cririques , il falloit un mérite tout extsaor-
dinaire, & généralement reconnu, tr vaincre, ou faire ou-
blier ce que l'on apelle intérêt, & jaloufie de Nation.
Le Pape alors régnant croyoit avoir plus d’un fujet d’être
_ mécontent des François : & par cette feule raifon, quelque
eftime qu’il fit d’ailleurs du Pere Cloche, on crut que Sa Sainteté
p’étoit point favorable à fon Election. Au moment que ce bruit
in do@rina ; obtulitque Ecclefiæ viros præf-[quim Hærericorum affiduis infidiis, perfe.
tantiffimos , qui etiam fanguine proprio Ïcutionibus, ac preffuris vexata, fuit in Or.
Chr'ftianam fanxere difciplinam, donec per. | line penitus extinéta, &c. Fontana, nbi de
œmittente Deo,,.., Turcarum tyrannidi fup-| Prov. Dacie, pag. 114, 115. Et is Bullar,
pofita, impiorumque tam Schifmaticorum ,1Ora. Tom. I, pag. 147, -
Ê +
Livre.
XLVIL
ÀANTONIK
CLosxs.
XXXII.
Le P. Antoine de
Monroy, Généræ#
desFF. Prêcheurs,
nommé à l’Arche.
vêché de Com-
poftelle.
XXXIII
Veut avoir le P,
Cloche pour fon
Succefleur,
XXXIV, -
Tous les Eles-
teurs le défgent
de même.
Là Place p.16, 27:
510 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre ferépandir, la criftefle, ou plutôt laconfternation, parut genéra-
XLVII. le parmi les El:eurs. L’Ambafladeur du Roi tres-Chrérien fit
fes diligencés ; &le Viçaire de JEzsus-CHr1sTdonnauneRé-
Fe : | > eve qui confola. Des que la Liberté eût été rendue à l’Affem-
blée,le Pere Antonin Cloche fut unaniment elû Supérieur Gé-
xxxv. Déral de tout fon Ordre. La joye de certe Els@ion ne tut pas
“Le Pape ceffe de particuliére aux Religieux, qui compofoient le Chapitre : tout
ne t'as. le Peuple Romain parut y prendre part ; les Grands & les Perits
‘nime. y applaudirent. Le Pape [nnocent XI, à qui, {elon l’ufage pra-
tiqué dans pareilles occafons, le nouveau Général fut baïifer
les piés , à la cête de route fa Communauté, lui donna les té-
moignages les plus marqués d’une eftime particuliére : & en
louant le difcernement des Eledteurs, Sa Sainteté fit l'éloge du
Supérieur élü, montra beaucoup de fatisfaction de ce qu'il avoit
fait jufqu’alors; l’exhorta à répondre aux grandes efpérances.,
qu'on avoit conçues de fon Gouvernement ; & lui promit la
vie. del Rev, r. Protection du Saint Siége , dans tout ce qui regarderoit ou fa
Ane Cloche, p. 2. berfonne , ou fon Ordre.
XXXVL Pendant les troïs années, que le Pape Innocent XI occupa
Le P. Mafoulié, encore la Chaire de Saint Pierre, il donna plus d’une fois au
| a Pere Général des marques réelles de fa bienveillance ; & le
miers Afiftans du Général répondit toujours aux défrs de fa Sainteté, ainfi qu'à
Bey. P. Cloche. l'attente de fes Freres. Le choix qu'il fit d’abord de fes Afliftans
fut l'effet de (a prudence, & une nouvelle preuve de fon fage
difcernement, aufli bien que de l’eftime qu'il faifoit du véritable
mérite, & de la préférence qu'il donnoit aux talens, quandils
ctoient joints à une piété folide. Le Pere Antonin Mafloulié,
que fes Ecrits, & fes Vertus ont rendu fi célébre, & le Pere
Henri de Guzman, Religieux non moins diftingué par la pureté
de fes Mœurs, que par la nobleffe du Sang, furent les premiers
ue le Pere Cloche honora d'une confiance particuliére. Celui-
Ja fut nommé fon Afiftant pour les Provinces de France ; & ce-
lui-ci pour les Etats dépendans de la Couronne d'Efpagne.
L’Auteur Italien, qui a écrit, avec quelque étendue, la Vie
du Pere Cloche , avec lequel il avoit pailé plufieurs années,
nous apprend que fon grand deflein, dès qu'il fe vit dans la
place de Général, fut de ne rien négl'ger, pour rapeller les
xxxvi, Enfans à l'Efprit de leurs Peres; & que de rous les moyens qu’il
Grands deffeins. ÿoulut employer, l'Exemple lui parut le plus propre, & le plus
Page 33» 34 enr 1] éroic perfuadé, ajoute çet Ecrivain, que pour réuflir
| | régler la conduite des Inférieurs, un Supérieur doit d'abord
commencer par rendre la fienne frréprébenfble, Sur ce princi-
us" Pt
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. sar
pe, quelque attention, qu’eût eû jufqu’alors le Pere Cloche à
obferver les principaux points de fa — ; devenu le Chef de
{es Freres, lle jugea lui-même avec plus de rigueur ; & il fe
prefcrivit un genre de Vie, qui pouvoit fervir de modéle à tous
ceux qui afpiroient à la perfe&ion de leur Etat.
. Accoutumé à commander à fes fens , & à foumettre la chair à
PEfprit, il fe fit une Loi de dormir peu afin de prendre fur le
fommeil, une partie du tems dont il avoit befoin, pour vaquer
aux différens Devoirs de fa Charge. Soit l'Hyver, ou l'Eté, il
ne reftoit jamais au Lit plus de quatre ou cinq heures Pendant
les grandes chaleurs il employoit à lire, ou à régler quelques
Affaires, ces heures de l'après midi, que les Romains font en
ufage de donner au repos : & comme il ne vouloit point que le
fommeil prit rien fur Les Affaires, il étoit encore plus éloigné
de donner aux Affaires, le rems deftiné aux éxercices de Reli-
gion , & de piété. Les plusgrandes occupations ne l'empêchoient
pas d'offrir tous les jours les Saints Myftéres : & il s’y préparoit
par l’Oraifon, & la Confeflion de fes plus légéres fautes. Lorf-
pl ne pouvoit monter à l’Aurel, à caufe de ser maladie,
fl fe procuroït la confolation d’affifter au Saint Sacrifice, qu'il fai-
{oit offrir dans la Chapelle de fon appartement.
La modeftie, & la pauvreté religieufe paroifloient dans fon
ameublement ; & dans fes Habits. Il portoit toujours la Serge;
& il n’avoit pas d’autres Draps de Lit: les inftances réïtérées des
Médecins ne le portérent jamais, même dans le cas de maladie,
à ufer d'une Difpenfe, qui pouvoit être légitime; & qu’il accor-
doit aux autres, lorfqu’il la jugeoit néceffaire. 11 pouffa fi loin
fon éxactitude à obferver l’abftinence, prefcrite par nos Loix,
que rien ne fut capable de l’engager à en adoucir la rigueur ; ni
5 ni le travail, ni la maladie même, quand elle n’étoit pas
aflez griève, pour l'empêcher d'agir. Rien de plus uni que fa
Vie, ni de plus frugal que fa Table : plus ordinairement il ne
faifoit qu’un repas le jour, & il ne prenoit rien le foir. 11 ne
daifloit pas de travailler beaucoup , & de donner une forte ap-
plication aux Affaires. Au refte, ce avoit commencé en
encrant dans le Gouvernement ; il le foutint avec la même fer-
veur , & fans aucune variation , jufqu’au bout de fa longue
Carriére. On ctoitagréablement furpris de voir, que dans l’âge
le plus avancé, & parmi des farigues continuelles, menant uve
vie fort auftére, il jouifloit prefque toujours d’une fanté forte
& robufte. Ceux, qui converfoient plus familiérement avec lui,
en témoignérent quelquefois leur étonnement, & il leur répon-
Tome VI, | Vau
É R E
XLVII.
ANTONIN
CLOCHE.
D
XXXVIIE
Conduite pati-
culiére.
XXXIX,
Et toujours fou:
tenue , du noue
veau Général,
Vie del Rev. P°
Ans, Cloche, Pe 49°
LtvRre
XLVII.
CLOCHE.
DRE
X L.
11 forme d’abord
le deffein de vifi.
ter toutes les Pro-
vinces de fon Or-
dre dans l'Europe.
ÿ:2 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
dit avec cetair franc & naturel, qu’il conferva toujours : « L’obs
» fervänce régulière n'abrége jamais les jours ; fouvent au con.
- » traircelle les prolonge. & 1e ne connois pas de meilleur mo
Axrosis ”traireellelesp ge, &jet P yen
» pour fe bien porter, que de fortir du Lit avec fommeil, & de
» la Table avec appetit ». | | |
Nous n’entrerons pas ici dans le détail des autres Vertus,
dont le Révérend Pere Cloche donnoit tous les jours les plus
beaux cxemples. Le peu que nous venons de remarquer,en A
eant le récit de fon premier Hiftorien, fufft fans doute pour
Ltée comprendre , de quel poids devoit être tout ce qu'il
jugeoit à propos d’ordonner , pour le foutien, ou le récablif.
fement de la Difcipline Régulière. Comme on ne réuflit gué-
res à perfuader aux autres, ce qu'on ne pratique pas foi-même:
aufli un Supérieur éxa&, & régulier, appliqué à tous fes De.
voirs, & fidéle à les remplir, donne toujours plus de force à
fes paroles. Il peut commander avec confiance ; & ce quil
ds ne felon les Loix, pour le bien commun , eft ordinaire-
ment reçu avec plus de foumiffion , & pratiqué avec plus d’é-
xaditude. —
Il ne faut donc pas douter, que la préfence du Pere Géné-
ral n'eût produit de très-bons effets, dans les Provinces , &
dans toutes les Maifons de l’Ordre , s’il lui avoit été donné
de pouvoir en faire la vifite. C’eft ce qu'il défiroit avec ardeur:
& pendant un Gouvernement de trente-trois, ou de trente-
ae il ne perdit jamais de vüe l’éxécution de ce def-
ein, qu’il avoit formé en acceptant la Place, où la Providen-
ce l'avoit élevé. Les circonftances des tems, & des Affaires
n’avoient point laïflé à fes Prédécefleurs , la liberté de remplir
cette partie de leur Devoir; & c’étoit pour le Pere Cloche
un nouveau motif de ne la point négliger. Si dans le Chapitre
de fon Ele&ion , il avoit afligné la prochaine Affemblée Gé-
nérale , pour l'année 1689, dans A Ville de Malaga , au
Royaume de Grenade, ç’avoir été en vûe de vifirer dans fa
Route, les Maïfons de fon Ordre dans les Royaumes de Fran-
ce, & d'Efpagne, & il étoit bien réfolu de continuer le Cours
de fes Vifires, dans les autres Provinces de l’Europe. Il s’en
étoit expliqué dans les Lettres Circulaires , qu’il adreffa d’a.
bord à tous fes Religieux ; pour les inviter, les exhorter , &
les preffer , par des paroles pleines de force, & d’onétion, à
remplir tous leurs Engagemens , à s’appliquér férieufement à la
Prière, & à l’Erude ; & à retrancher tout ce qui ne feroit
point conforme à la fainteté de leur Etat, afin que, par une
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 13
tonduite-toujours réguliére, ils répandiflent au loin la bonne
_ Odeur de JEesws.CHrisrT; & que leur Miniftére devint plus
utile, leurs Prédications plus efficaces, & leurs éxemples plus
dignes d'être imités. Après les Avertiflemens, que peut don-
ner un prudent & fage Supérieur, il parloit à tous fes Reli-.
gieux avec la tendreffe d’un Pere ; les affurant qu’il les confi-
déroït tous comme fa gloire, & fa couronne; & que rien ne
pourroit égaler fa joie, s’il avoit la confolation de les trouver
tous fervens , & réguliers, dans les Vifites qu’il alloit commen-
cer (1).
Le Pere Général le penfoit ainfi, parce qu'il le défiroit fin-
cérement, & que de fa part tout étoit difpofé. Mais nous ver-
rons que le Seigneur permit qu’il rencontrât fouvent de nou-
veaux obftacles à l’éxécution de fon deffein. Le premier, qui
lobligea d'abord de remettre à.un autre tems Én départ de
Rome, fut la maladie, & la mort du Pape Innocent XI, qui
finit faincement fa Vie, & fon Pontificat le 3 r de Juillet r 689.
Le Cardinal Ottoboni , qui lui fuccéda fous le nom d’Aléxan-
dre VIIL, étoit depuis long-tems en relation avec le Pere
Cloche; & le cas qu’il faifoit de fes Confeils , le porta à lui
déclarer d'abord, que pendant fon Pontificar, il ne lui permet-
troit point de s'éloigner dé Rome, parce qu’il vouloit fe fervir
de fes lumiéres dans le befoin. En effet, fa Sainteté aimoie à
1e confulter, dans les Affaires importantes de la Religion; &
déféroit beaucoup à fes Avis, dit un Auteur Italien.
Après un court Pontificat, Aléxandre VIII, déja âgé de
81 ans, mourut le premier jour de Février 1691, & notre
Général reprit auflitôc fon defléin. Il en fit les préparatifs
ras le tems du Conclave, Innocent XII, qui connoifloit
a néceflité, & l’ucilité de ces Vifices, les favorifa, comme il
paroït par fa Bulle du 28 de May 1692. Tous les Princes
Chrétiens , dont le Pere Cloche avoit demandé l’Agrémenr,
l’honorérent d’une réponfe favorable. Après quoi le P. Henri
de Guzman, Provincial de la Terre-Sainte, & Affiftant pour
les Provinces d’'Efpagne, ayant été chargé du foin du Gouver-
nement, en qualité de Vicaire Général, le Révérend P. Cloche
fortit de. Rome, fur la fin de Juillet 1692 ; & commenca fes
Vifites par les Couvens de l’Ombrie, les continua par ceux
(x) Muneris enim nobis injun@i ratio pof- | donec in tota faltem Europa co npleta fee
tulat , ut intermifflam magno Religionis dif. | rit , profequamur , &c. Ari del Cap. Ces
pendio , fed neceflitate temporum , vifi-|nerale , pag. 46.
sationem, abfque dilatione incipiamus , &
Vuuñï
LIVRE
XLVIL.
os
ANTONIN
CLOCHE.
Ne RU RE me. à 2
XLT.
Premiers obfta:
cles à l'éxécution
ds ce deffcin,
XLIT,
L’Ele&ion de
Pape Innocent XII
favorife les défirs
du P. Général , qui
commence fes Vi-
fites dans les Pro=
vinces de l’Italie,
| . $24 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre delaMarche d'Ancone, & de la Romagne; parcourut la Lom:
XLVII. bardie, & les Etats de la République de Venife.
A Par tout le pieux Général donna de grands éxemples de
ee A à & de zéle; & par tout il reçut des témoignages
— publics de la haute eftime, où il étoit dans l’efprit des Evê.
On dans AUS » des Princes, & des Peuples. Un Hiftorien nous apprend
toutes les Villes, qu'à Vifence, & à Padoue, les Députés de ces deux Villes,
avec de grands avec la principale Noblefle, vinrent au devant de lui à plu-
an fieurs milles, & que le Saint Cardinal Grégoire Barbarigo,
alors Evêque de Padoue , peu content de l'avoir honoré de
fa vifite , le combla de toutes fortes de témoignages d'eftime,
& d'amitié, Le Sénat de Vénife voulut le recevoir avec les
mêmes Honneurs, & lui faire le même traitement, qu'il a
coutume de faire aux Princes Etrangers. Les Cardinaux Lé-
gats de Ferrare , & de Bologne ne le reçurent pas avec moins
de diftinétion , qu’ils auroient püû recevoir un Membre du Sa-
a cré Collége. Le Cardinal Pamphile lui donna tous les jours,
de nouvelles marques d'affection, pendant le féjour qu'il fit
-à Bologne. |
_ Le Révérend Pere Cloche répondoit à tant de politefes,
avec je ne fçai quel air de modeftie, & de grandeur, qui lui
XLIV. attiroit de nouveaux refpects : & néanmoins ne perdant ja-
BR rer mais de vüe le principal objet de fes Vifites, il éxaminoit avec
qu’il vifie. foin dans chaque Couvent, ou Monaftére, de quelle maniére
on y pratiquoit la Régle, quelle étoit la Vigilance des Supé-
rieurs, & la conduite des Particuliers. Il fe faifoit rendre un
compte éxaét de tour ce qui concernoit le Spirituel, & lad-
ainiftration du Temporel des Maïfons. Sa fagefle , & fa pru.
dence à M les abus, & à rétablir plufieurs faintes Prati-
ques , trop népligées par quelques-uns, ne contribuérent pas
moins que fa fermeté, ä remettre, ou à perfectionner la Difci-
pline, & le bon ordre, dans tous les lieux qu'il put vifiter.
Comme tous fe louoient de fa modération , il avoic lieu auf
d'être fatisfait de la docilité de ceux, qui devoient lui obéir:
& en rendant fes Actions de Graces, à Dieu, pour de fi beaux
commencemens , il ofoit bien fe promettre de plus grands
sig de la fuire de fes Vifites, loriqu'’il fe vit tout d’un
coup obligé de les interrompre.
XLV. : Dans le tems qu’il fortoit des Etats de Vénife, pour entrer
Ce qui l’empé. dans ceux du Duché de Milan, notre Général reçut une Let-
Le tre du Roï Catholique Charles IT, écrite de Madrid le 3 de
Juillet 1692, & envoyée par le Duc de Médina-Caæli, Am-
T DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE: $25
baffadeur de fa Majefté à la Cour de Rome. Par cette Lettre
le Roi faifoit fçavoir au Pere Cloche, que les circonftances des
tems ayant changé, il convenoit de fufpendre la Permiflion
qu’il lui avoit donnée d’entrer dans fes Etats; ajoutant
l'eftime particuliére qu’il faifoit de fa perfonne , & de fon
Ordre, l’engageroit dans des circonftances plus favorables, à
Jui donner a marques de bienveillance ; mais qu’à la veille
de voir la Guerre déclarée entre la France, & lEfpagne. un
Général François feroit fufpe& à la Nation. _ :
.. Arrêté par un ordre fi précis, le P. Cloche & vi auffitôt le
chemin de Rome, & réfolut de procurer par d’autres voyes
une partie du bien, qu'il auroit pü faire par fes Vifites. Dans
ce deflein il convoqua un Chapitre Général, qui devoit fe
tenir, & qui fe tint en effet, à Rome, aux Fêtes de la Pente-
«Ôte 1694: L’Aflemblée fut fort nombreufe; & les Provin-
ciaux de prefque toûtes les Nations furent témoins de la Solli.
citude de leur Général, pour les intérêts, & la gloire de fon
‘Ordre. 11 leur témoigna furtout, l’ardent défir qu’il avoit de
vifiter en perfonne toutes les Provinces, dès que la Providen-
ce lui en fourniroit les moyens ; & le zéle, dont il étoit rem-
li, pour le rétabliflement , le maintien , ou la perfe&tion de
1 Vie réguliére, des Etudes, & des Miffions : ces trois chofes
dui tenoient extrêmement à cœur. Il n’ignoroiït pas que les
malheurs des tems, les Guerres, & les'derniéres Héréfies ; qui,
dans quelques Royaumes, avoiént ruiné, & entiérement dé.
truit un grand nombre de Couvens, & de Monaftéres, avoient
‘été pour plufieurs autres ; une occafion de relâchement dans
la pratique des Obfervances réguliéres.
left vrai que l’affoibliffement n’étoit point général : & file
digne Succefleur de Saint Dominique ne pouvoir que gémir,
& s’affliger, en jertant les yeux fur certaines Provinces ; où,
parmi quelques Saints Religieux, on en voyoit plufieurs, qui
ne retenoient prefque rien de l’ancienne Ferveur de nos Peres;
Le en même tems adorer les Voyes de la Providence, &
nir les Miféricordes du Seigneur ; qui, dans différens endroits
de l’Afie, & de l'Amérique , rendoit avec ufure à l'Ordre de
Saint Dominique, ce qu’il avoit perdu dans les autres. Les
-Sarafins depuis long .tems âvoient anéanti nos Provinces de
_ Ja Gréce, & de la Terre-Sainte. Celles de Dace , & de la
: Dalmatie éprouvérent depuis le même fort, par la fureur des
Turcs, & la malice des Seétateurs de Luther. Les Révolu-
tions de la Grande Bretagne , après le Schifme d'Henri VIII,
Vuuij
‘
LiIvRE=E
XLVITI.
D C7
je ANTONIN
CLOCHE.
Vit. del Rev. P. Ant,
C che , Pe. 48.
XLVI.
Il tient ua Chsc
pitre à Rome.
XLVII.
Plufieurs Pro-
vinces de l’Ordre
de S, Dominique
détruites.
526 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvaez entraînérent la perte des Maifons, que l'Ordre de Saint Do-
XLVII. minique poffedoit, dans les trois Royaumes d'Angleterre d'Ir-
Zrronsn lande, & d'Ecoffe, Nos pertes dans le même Siécle ne furent
Croce pe peu confidérables , dans la Ruflie, la Lituanie, la Siléfie,
la Moravie, la Saxe, le Brandebourg, & dans quelques autres
É du Nord. Ces Calamités n'ont point été particuliéres
l'Ordre de Saint Dominique. —
XLVIII. ‘ Mais, d’une autre part la Divine Providence à bien voulu
apaitis Ri- confoler ce même Ordre, & en même rems fon Eglife, par
dre, & de l’Eglife, de nouvelles Richeffes, qu'elle y a fait entrer: je veux dire,
| e les grands Etabliffemens , que des Hommes remplis de
Efprit Apoftolique, onc entrepris avec zéle , & fourenus avec
fuccès, au milieu des Peuples autrefois Infidéles, & qui font
aujourd'hui une illuftre portion du Troupeau de JEsus-
CHrisT. Depuis deux Siécles, les Enfans de Saint Domini-
que, en portant le Flambeau de la Foi dans les Indes Orien.
tales , & Occidentales, ont fondé dix ou douze belles Provin-
ces, compofées d’un grand nombre de Couvens, de Monaf-
téres, d’Eglifes, de Colléges, & de plufieurs Univerfités ; qui
doivent leur naiffance, & leur gloire à ces Hommes puiffans
‘en Oeuvres, & en Paroles. Ce font autant de Sanduaires,
d’Ecoles, ou de Séminaires de Piété, & de Do&rine; defti-
nés à nourrir, & éclairer la Religion des Peuples ; qu’on 2
déja apellés à la Foi, & à faire tous les jours de nouvelles
Conquëtes à l’Eglife, par la Converfon d’un plus grand nom-
bre d’Infidéles, qui viennent dans la Maïfon du Pere de Fa.
mille, prendre la place, que les anciens Domeftiques de la Foi
ont eû le malheur d'abandonner, | |
XLIX. C'eft à quoi s'occupent principalement nos Miffionnaires,
Dans PAméri- répandus dans les nouvelles Provinces de l'Ordre, apellées de
Lu Sainte-Croix dans l’Ifle Efpagnole, ou de San-Domingo; de
Saint Jacques dans le Méxique ; de Saint Jean - Baptifte dans
. Je Royaume du Pérou; de Saint Vincent dans la Province de
Chiapa, partie de l'Amérique Seprentrionale ; de Saint Anto-
hin dans le nouveau Royaume de Grénade ; de Sainte Carhérine
Martyre, dans le Gouvernement de Quito; de Saïnt Laurent
dans le Chili, qui fait partie de l’Amérique Méridionale; de
Saint Hyppolite dans la Province de Guaxaca; des Saints An-
es, qu'on apelle vulgairement la Province d'Angelopolis dans
a nouvelle Efpagne : & du Saïnt-Rofaire dans les Phil'ppines.
Cette derniére Province, l’une des plus confidérables , eft dans
J'Afie : elle recoit fréquemment dé nouveaux Sujets, que les
. DÉ L'ORDRE DES. DOMINIQUE. #ÿ:7
Provinciaux d’Efpagne ont foin d’ÿ envoyer : & c’eft là princi. Lir y Rp
palemenc que les Miflionnaires Apoftoliques, deftinés à pr XVII.
cher l'Evangile dans l’Empire de 14. Chine , dans le Japon, ———
le Tunquin, & chez les autres Peuples Infidéles de lAfie Le NTONIN
achevent de fe former, en s’inftrüifant des Langues Orientales, E2CHE:
des Mœurs, & des Ufages de ces Nations. Le Pere Cloche L.
montra toujours d’autant plus d’eftime , & d'attention pour Et l'Afe,
cette Province, qu’elle faifoit plus d'Honneur à fon Ordre,
tant par le zéle de la Foi, & la Propagation de l'Evangile}
que par l’éxaéte Régularité, dont on fait encore profellion
dans toutes fes Maiïfons , particuliérement dans celle de Saine
Thomas, fondée dans la Ville de Manille, Capitale de la
Province de ce nom. _
Notre Général avoit de plus la confolation de fçavoir, que
le même efprit de Régularité, & de Ferveur fe confervoit
toujours dans plufeurs de fes Maiïfons, & de fes Provinces en
Europe ; principalement dans la célébre Province d’Efpagne,
qui continuoit à donner d’illuftres Evêques aux Eglifes, & de
Scavans Profefleurs aux Univerfités ; dans celle de Touloufe
& de Saint Louis, en France, dans les Congrégations de Saint
Marc, de Sainte Sabine, du Bienheureux Jacques Salomon,
en Italie, &c. Mais ce qui {6 pratiquoit avec tant d'édifica-
tion dans ces Saintes Retraites, le zélé Général auroit voulu
l'introduire dans toutes les autres. Animé de ce défir, & peu
content de renouveller, ou de confirmer tousles Décrets, &
les fages Réglemens de fes Prédéceffeurs , il. fit lui-même plu-
fieurs Ordonnances, qu’un efprit de zele, & de charité lui
dicta, & que nous avons dans les A&es du Chapitre de Rome,
Tous les Provinciaux furent chargés de s’y conformer éxate- Lt
ment, en les faifant obferver dans les Provinces; & le Pere _ Ce que le Pere
Ft, À re : ; Genéral recom-
Général voulut qu'on l'informât avecfoin de là maniére, dont mande à tous les
les Supérieurs, & les Inférieurs s’acquitteroient de ce Devoir. Il Provinciaux,
ficaufli déterminer que trois ans après ; c’eft-à-dire en 1697,
on aflembleroit un autre Chapitre Général à Touloufe, au-
quel il comptoic pouvoir préfider , après avoir fait la vifite
de toutes fes Maïfons, dans le Royaume de France.
Cependant pour ne point différer ce qui pouvoir contribuer zrr,
à l'éxécution, & au fuccès de fes deffeins , le Pere. Général Particuliérement
chargea les Supérieurs des Maifons, furrouc les Maîtres deg Fa". FHuserion
Novices, de prendre un foin particulier de PEducation, & de gieux
l’Inftruéion des jeunes Religieux, voulant que, felon la pra.
tique. de nos Peres , on les accoutumât de bonne heure au
LIvRreEz
ANTONIN
CLocHes.
SEE GR
Lili.
Et le D:pô: de
la Doctrine.
LIV.
Et l’bxercice du
Saint Miniftére.
LV, ©
528 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
fréquent Exercice de l’Oraifon Mentale, à la Méditation def
Divines Ecritures, à la lecture de l'Hiftoire de l’Eglife, & des
Vies des Saints, particuliérement de ceux, qui s’etant fan&i.
fiés dans la même Profeflion, devoient leur fervir de modéle.
Jl ne recommanda pas moins fortement à tous les Profef-
feurs, de s’en cenir religieufement à la Doctrine de leur Ecole,
fi fouvent , & fi {olemnellement approuvée par les Souverains
Pontifes ; de fe remplir eux-mêmes des principes de Saint
Thomas, & de les expliquer clairement à leurs Difciples;fe
tenanc toujours en garde contre les nouvelles Opinions; trai.
tant, felon que la Fire des Matiéres , le permettroit, teut ce
qui a du rapport au Dogme, aux Régles de la Morale, à la Doc-
trine des Conciles, & des Peres ; & fupprimant toutes les
Queftions inutiles, moins propres à éclairer l’efprit, qu’à
lembarraffer en le partageant. |
Il prefcrivit de. même aux Prédicateurs les véritables Ré-
gles, qu'ils devoient fuivre, pour faire du fruit, & remplir
dignement le Miniftére de la Parole. II les exhortoit de ne
s’y propofer jamais d’autre fin que la Gloire de Dieu, lPHon.
neur de la Religion, & le Salut des Ames; de puifer dans les
pures Sources de l’Ecriture, & des Peres, les connoiffances,
dont ils avoient befoin ; & de joindre toujours la Priére à l’E-
tude, pour attirer les Lumiéres du Saïnt-Efprit, & fe mettre
en état de faire pratiquer les Vertus, dont ils donneroient eux.
mêmes l’éxemple. Il voulut que le Miniftére de la Prédica-
tion fût interdit à ceux, qui négliseroient les Exercices Spi-
rituels, ou qui, par les ornemens profanes, dont ils affettoient
de remplir ue Difcours , montroient plus de vanité, que
de véritable zéle. Le fage Supérieur ne penfoit pas , que de
tels Miniftres puflent jamais exercer avec fruit un Miniftére
tout Divin, qui demande tant de pureté d'intention, & de
Mœurs. : Æ
A l'éxemple de fes Prédéceffeurs , le Pere Cloche s'éroit
d'abord propolé de foutenir, ou de renouveller parmi fes Re-
ligieux, le zéle Apoftolique pour la Counverfion des Gentils :
c’eft pour cela que, dans le Chapitre même de fon Ele&ion,
il avait ordonné que dans toutes les Provinces de l'Ordre (en
sir dars.celle d’Efpagne) on choïfiroit un nombre de
ons Sujets, qui feroient deftinés à l'Emploi de Mitionnaire
chez les Infidéles. Dans le Chapitre de 1694, dont hous par-
Etude des Lan- Jons , le Pere Général voulut être inftruit de tout ce qui avoit
gues Orientales.
gcé fair en canféquence de cette Ordonnance : peu content
de
‘#6. DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 5219
de confirmer le Décret déja rendu pour établir l'Etude des
Langues Orientales, dans nos'principales Ecoles, il fit mertre
Je Décrét en éxécution dans À an Maiïfons d'Icalie : & par
Jà , dit un Auteur, il fe vit en état de fournir des Prédica-
teurs capables d’inftruire, & de convaincre les Juifs, fans crain-
dre les vaines fubrilités de leurs Doéteurs.
Pour faciliter auffi les progrès des Miffions Etrangéres, il
ordonna que dans les Pravinces voifines des Pays encore Infi-
déles, on apprendroit les Langues de ces Peuples ; & afin d’en-
gager les Relicieux à ces fortes d'Etude, il fixa un nombre de
places de Prédicateur Général , & de Doëeur , en faveur de
ceux qui s’y éxercerolent avec fuccès. Celui qui auroit en-
feigné pendant fept ans la Langue qu'on parle dans le Méxi-
que, devoit jouir du Titre de Préfenté ; & obrenir l’Honneur
du Doctorat après avoir enfeigné l’efpace de douze années,
On propofa la même récompenfe à ceux qui s’appliqueroient
à apprendre, & à enfeigner aux autres, les Langues ulitées
dans les Provinces de Chiapa, & de Guatimala. Cette Etude
eft abfolument néceffaire pour la Propagation de l'Evangile
dans les vaftes Contrées de l'Amérique, où il fe trouve tant
de différens Peuples, qui ont chacun leur Idiome ; & dont
la plupart vivent encore dans les ténébres du Paganifme.
La Province de Naxfivan dans la Grande Arménie, n’attira
pas moins les attentions du zélé Général : il feroit difficile
d'exprimer, avec quelle Sollicitude il s’appliqua à cultiver,
&. affermir cette petite Province, toute environnée de Peu-
ples Infideles, & foumife à leür Domination; mais depuis plus
de quatre Siécles toujours confervée dans la Foi Orthodoxe,
non fans une Protection fpéciale de la Providence. Dans le
11 Tome de cer Ouvrage nous avons parlé des commence-
mens, & du progrès de cette. Million commencée , dans le
cœur de l'Arménie, par le Bienheureux Barthelemy de Bolo-
gne, Evêque de Maraga, depuis Archèvêque de Naxfivan,
& nous n’avons point oublié çe que le zéle de la Maïfon du
Seigneur , avoit fait faire de Siécle en Siécle à nos Géneraux,
pour ne poing lalfler périr des Erablifiémens fi propres à at-
tirer les Infidéles à la Foi, & à inftruire, ou foutenir ceux
qui l’ont déja embraffée. La Province de Lombardie, qu’on
peut regarder à jufte titre comme la Mere de celle de Nax-
fivan , n'avoit point négligé d’y envoyer de rems en tems des
Ouvriers Evangéliques, qui entroient toujours dans l’efprit, :
& l6s Trayaux de fes premiers Fondateurs. Les Supérieurs.
Tome VI, X xx
L ir vR'=E
XLVIL.
ANTONIN
CLOCHE.
CPE"
EE
D. Ponf, Liv. IT,
pag. 66,
LV CE |
Et de celles de
divers Peuples de
PAmérique.
Ibid,
Pag. 108, 1295
[N
-$30 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre de l'Ordre prirent dans la fuite les arrangemens convenables;
XLVIL. 59 que la Miflion pût fournir elle-même des Sujets, capa-
… les de gouverner cette Eglife, & de remplir toutes les Fonc-
CLocur, ‘ions du Miniftére parmi leurs Compatriotes. Suivant ce plan,
le Pere Cloche dans fon Chapitre de 1694, ordonna 1°.
VIE. qu'on ne donneroit | gp l'Habit de Religieux à aucun Ar-
LProvincedi Na, Dénien, qui n'eût déja appris la Langue Latine dans notre
zivan dans PAr- Couvent de Chianck ; 1°, que les Novices feroient leur an-
génie. nce de Probation dans le Couvent d’Abaraner;, fous les yeux
de l’Archevêque, qui eft toujours un Dominicain ; 3°. que
ces jeunes Gens , après leur Profeflion , feroient envoyés à
Rome; où le Pere Général fe chargeoit de les pourvoir d'un
Couvent d'Etude, & de tout ce qui res nécefaire pour leur
entretien. Tout cela a été éxécuté : & pendant fon Gouverne-
ment le Pere Cloche a vü arriver à Rome plufeurs jeunes Re-
a ro Arméniens ; qui, après avoir fait leur Cours de Philofo.
D. Ponf, Lir, 11, phie, & de Théologie, dans nos Collèges d'Italie, s’en font
PE 7! retournés tout formés dans leur Province; où ils travaillent
encore utilement au Salut des Ames. .
L’Auteur Italien entre ici dans un plus long détail, & il
releve par de juftes louanges la Charité, & la générofité de
-notre Éénéral qui n'épargna jamais ni foins , ni peines , ni
dépenfes, pour la Propagation de [a Foi, & la Converfion des
Peuples, à qui on n’avoit pas jufqu’alors annoncé l'Evangile.
Lvuir, ll feroit en effet bien difficile d'exprimer , avec quelle joie le
Pie pour la Serviteur de Dieu apprenoit les progrès des Mifhons dans les
QE € 4 Pays des Infidéles ; avec quel foin il s'inftruifoit de tout ce qui
Foi. ys des Infidéles ; avec quel foin il s’inftruifoit de tout ce qui
les concernoit, lorfque les Affaires de la Religion obligeoient
quelques-uns de ces Miflionnaires de fe rendre à Rome; &
avec quel zéle il travailloit à procurer tous les fecours, qui
Ibid, pag. 72. pouvoient être néceflaires aux PF renue de la Foi, ou aux
nouveaux Chrétiens. La fuite de cette Hiftoire nous fournira
d'autres Preuves du zéle toujours perfévérant du Pere Cloche.
Après le Chapitre de Rome, les Religieux qui s’y étoiene
rendus de prefque routes les parties du Monde Chrétien, ren<
trérent dans leurs Provinces, également fatisfaits des bonnes
maniéres de leur Général, remplis d'eftime & de refpe& pour
fa perfonne , & d’autant plus réfolus de répondre à ra défirs,
en faifant éxécuter fes Ordonnances, qu’ils connoïfloient la
pureté de fes intentions, la fageffe de fes Décrets, & Putiliré
des moyens, qu’il prenoit, pour remettre toutes chofes, fur le
pié, où pouvoient les fouhaiter tous ceux, qui aimoient le
Es RS IT
. Fa”
Fi —
cs €
Tr Lt btré LYS "
r Nero Mae Ld ve ?
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. s3r
bon ordre, & l'honneur de leur Inftitut. 1ls auroient craint
d’ailleurs de déplaire.en quelque chofe , à un Supérieur de qui
Hs pouvaient tous fe flater d'être fincerement aimés.
Depuis que le Pere Cloche avoit commencé de remplir la
Place de Supérieur dans fa Province, il avoit pris pour régle
de Conduite cette Maxime de Saint Auguftin, que ceux qui
font établis pour gouverner les autres, doivent moins. penfer
à {e faire craindre, qu’à fe faire aimer. Maisil s’en fit un de-
voir plus étroit , & plus effentiel, lorfqw’il fe vit à la tête de
tout fon Ordre; & c'étoit moins en lui un effet d’une fage
politique , que le fentiment, ou l’inclination d’un cœur bien
placé. Il n'ignoroit pas fans doute ce qu'a dit un Ancien,
2 Prince ne fçauroit être aimé, s’il n'aime, NP puiffe
re haï.de quelques-uns, lors même qu'il n’a de la haine pour
perfonne. Cependant le Pere Cloche n'avoit pas befoin de
faire ces Réfléxions, pour donner à tous les Religieux, & dans
toutes les occafions, des marques réelles de fon amour Pa-
ternel. L —.
: ‘I fe réndoït fi familier à tous, qu'il ne pouvoit fouffrir
qu'on fût gêné dans la moindre chôfe en fa préfence. Tou-
jours prêt ; écouter avec bonté ceux qui avoient à lui parler,
H ne faifoit attention ni à fa propre commodité, ni à ce qui
étoic dû à fa Charge, parce qu'il préféroic la fatisfa@ion da
moindre dé fes Fréres, À tous les égards que pouvoit mériter
le Rang qu'il enoit. Lorfqu'on s’adrefloit à lui pour obtenir
quelque grace, on étoit toujours afluré, & d’être reçu favo-
rablement ; & de n'être point refufé, fi ce qu'on demandoit
si être accordé fans inconvénient. Lors même que ce
ge & charitable Supérieur fe trouvoit obligé de le refufer,
il'accompagnoit ce refus de tant de politefles , & en faifoit fi
bien féntit les raifans; qu’on n'étoit pas moins fatisfait de fes
maniéres , qu'of l’auroit été de la grace même qu’on follici-
toit. Jamañs if ne contrifta un de fes Freres : jamais il ne dit
yne parole dure à ceux qui étoient à fon fervice. Lorfqu'il leur
donnoit. quelque Comiiflion, il ne fe fervoit ordinairement
que dé ces rermes : Faires-rnoi la grace de faire elle & relle
€chofe,: Souvent il fe pañfoit de leurs fervices, dans des occa:
fions où il en auroit eû befoin ; parce qu'il aimoit mieux s’in-
commoder, ou fe priver de quelque foulagement , que de
caufer de l'incommodité'aux autres. Le P. Dominique Ponfi,
qui avoit vécu , & converfé long-rems avec le Révérend Pere
Clothe ,n'a’poinc cru qué:ce petit détail fûtinutile ;'pour faire
Xxxi
Lrvr :
XLVIL
ANTONIN
CLocHs.
de fé
. LIXs .
Douceur.
LX,.
abilisée
Liv, 11, Cap. VU
paÿ. 106.
531 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrveg Connoîre le caractére de fon efprit, & de fon cœur. Il ajoute
XLVII, que les grandes occupations d’un Supérieur Général, chargé
de la conduite de tout un Ordre, & obligé de répondre à une
Ce. infinité de perfonnes, ne | empêchoienc as de vifiter tous les
» jours les Religiéux de la Maifon qui éroient malades. Peu
LXI, content de recommander à ceux qui les fervoient , de redou-
Qirariédu Pere bler leurs attentions, & leurs foins , il les prévenoit lui-même
ocne , Cnveis hs ; M ° ï ; e e
les Mélidès; En tout; s’attendrifloit fur leurs fouffrances, les aidoit, & les
“- ::! -confoloit avec toure la téndreffe d’un Peré : lorfqu'ils com-
mençoient à reprendre leurs forces , il les:invitoit avec la
même bonté à changer d'air; & à aller pafler quelque tems
dans fa Maiïfon de Campagne, apellée le Saint-Pafteur.. Ce
m'étoit pas feulement avec les Religieux diftingués par leurs
‘Talens, ou par leurs Charges, mais généralement envers tous
ceux de fa Communauté, qu'il en nr de la.forte: ..
Mais il né faut point ci. di , que ceux qui n’avoient pas
Je même avantage d'approcher de la perfonne de leur Géné:
Lxir ral, euflent moins de part à fes bontés. 11 lui fuffifoit d’aps
Et à Pégard de ÿrendre qu'il yavoit, dans quelque Province, uhe Maifon , ou
renebelois de Un Religieux particulier, qui fe trouvoit dans quelque embar:
fon ftours,. ras, pour qu'il fé mit auflitôt en devoir de le fecourir, même
fans qu’il en fût prié. Bien des Couvens dans Italie, & ail-
leurs, ayant été endommagés par des Tremblemens de
Terre, ou par d'autres accidens, ont éprouvé la Charité du
Pere Cloche, qui a toujours donné quelque fomme , pous
contribuer à les remettre, Il eft arrivé aufli plus d’une fois que
Lxur. des Religieux, que l’Obéiffance envoyoit, les uns dans l'Ar-
1 racherre qéel- ménie, les autres dans les Ifles de l'Amérique , ont été pris
Fe fur Mer par les Turcs, ou par les Corfaires de Barbarie , &
Br 10% coriduits en Efclavage chez les Infidéles: mais on n’a jamais vû,
ue le Pere Cloche ait laiflé un feul de ces Religieux languir
dans tes Fers.. Sa oénérofité dans ces occafions n’a pas éré
soindre que fa diligence ; & il n’a épargné ni peines, ni ar-
ent, ni le crédit de fes Amis , jufqu'à ce qu’il a eü la confo<
CSI de vois ces mêmes Religieux, remis en. liberté ,-& rerx-
*z sv. dus‘ Îleuts Provinces. Lorfqu'il ne pouvoit pas fournir toute
5: Ja Rançon, il engageait les Provinéiaux, à concourir avea lui
à cette. bonné Œuvré. -:- . Fe . a Fe . +17
Lxiv, - Eh comment n’auroit-il pas confervé ces fentimens de Pere
Aime à fewir envers ceux. qui Jui obéiloient comme fes Enfans, & dont ik
sous les Ordres
Religieus.
? LE 1 .,
2
me pour 4qus les Ordres Religieux ; & d’affection-pour les Rare
«
devoit. faire feibgnhenr; puifqu’oh le. vit toujours plein d'efti. -
EE EE SU
‘DE L'ORDRE DE S. ‘DOMINIQUE. 537
Gculiers, ‘qp'il ne refufa jainais de fecourir' dans tous leurs be: L r y" #
foins? La Kelipion, & la Sagefle de ce: grand Homme le met- XLVII
toient bien: au-deflus des.{entimens -des ames: vulgaires ÿ qui ="
ne {çaverit aimér ni -eftier que ce qui fe-rapporte à leurs ie
propres. intérêts ;.&c à qui une bafle jaloufie fait crop fouvent egrmmete
oublier les régles de la bienféance: & celles de la‘chariré. Tour
le: monde {çait: Quel à et6 larmour :du Pere, Clache-pour'fon
Qrdre ; &-de:.quel:zéle il fût saujours dnimé pour fa vétirable
gloire. La Sollicitude avec laquelle il l'a gouverné pendant
ta d'atintes;:8crkesæranids:biehs, qu'il lui # procurés en 1:
_ fnr-de borines préuves. : Mhis il:ne ipén{bit pas. que les:iautres -: e
Ioftirucs, nequs, Srapproitvés :par J'Eglifé, ‘lui fuffenti moin +" 1"?
prééieux, ou. moiïis: cipneside, {on ftime} & ilkÉroix encore
plus.éloïgné dercroire; queice rqüi fdifoir: honneur buti duvre
Ordre; füt.une petre pousile- fien:-'Aufr F'incéréffoitsilivéritæ
blement au bieh de tous :5L fE réjouiffnir de:leurs avantages
de leurs fuçaès’, de Jeurs progrès: furtout quand ils rournoient
à. la gloire de Ja_Religion:iÿ & ul. faffligeoim ar contraire dé
leurs, pertes: Nohlfenléreet-il deür:rendoir:)dans l'occalion 7
gous. Jés fervices. qui. dépeddoïger-de:luis mais il s'em ployoig
avec :zéle auprès de-fes Amis pout lebr-fiire: obsenir: le fe-
cours; où la. proteëtion } dont ils avoienr-befoin.. Hn’eft peut
Etre point de Communauté: dans la Ville dé-R:omiej' qui n'aie
reçu quelque marque particuliéré:de, eetib:oficieufe ‘chatié
du Pete: Elôche, LCèbles qui nél vivent-queid'Alumônes fe fone 1:77
plusifonvent Iuées) de fa génénoñiés Scvédaeltigas fans fon id
demènt qu'on l'apelloir: qûélqhefois: dé :Peré commen der Rés on |
gsliers La Maxime de Saint Beraïd'étoir:lifienné ; & il pou -
voit diresgétme ce Saint Abbé: «Je fuis-d'uo foub Ordre à
parima Profefon :1mais je fuis'deitous:; Bohje:tièns”à tous: 'e
par la Gharigé. ‘à laquelleils: doivent tOuk aboutir #1 5:5:1:11
5 Le: fagè Supétieur: droit voulu infpirer àsbais ees fénti>
mens.de paix, &id'équité, dont il s'était fair luismêmerund
loi: ji} ne tecommandoit rien tant. '&:toùs fs iRebipieux. QUE les Difputess
de vivre toujours en bonne intelligence toc, cm desrautres
Initiquis:;-de-keraîner, dedes prétenitiantout:D8ordévlrer ,.,,..
avec léi plus, grande.atrsñtbin:;:t6uc de -quif pourfloit loûri dard :0 1
quelque poine.-Lidrique:dans: certaines rencoñttesi/lle: Pbr8 !- : no
Cloche fe tjouvois oblige dé fiurenir.les Droisside,fon Corps] 7,"
gontie Jes prétentions de qualqu'adtre sibrégloiditoutes: fé ‘” :..
démaiches fur Jas Miximes:da.l'Evanidile ; &.oe tfléraic qu'ds
prés bvdie éptifé les voienles.-plos)cafables Lena leb
X x iij
534 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lavera pris, & de terrier les différends à l'amiable, qu'il confen.
XL:VLE toit qu'ils fuflent portés devant un Tribunal. Dans ee cas
———— Môme, la premiere:chofe qu'il éxigeoit des Avocats ; charges
TONTN de défendre fes Droits, c'écoic: qu’ils.ne idiroient, ‘& n’avan:
.CLocur D ji 2.
_—» Céeroient rien, qui put bleffer la délicateffe de fes Parties. Quel-
quefors, pendant la chaleur. de la difpuce , & quoiqu’il fût
id. p.57. moralement affuré-quie la Décifion des fuges lui: feroit favora-
blé: il'affroit.encore:de’prévenir la Sencence par un Aecom-
modement: SRE PA LEA i RSR RS EE Di. |
cxvr :..Cette conduxe du Pere Cloche lui avoit attiré l'affe@ion
. es de.tous les Ordres Religieux, & l'eftime de tous les Gens de
gsions > Bièn.: Hne:fe faifoit pas un: moindre honneur dans.les Con-
gregaviais , foit de Confulreurs ,foit de Cardinaux du S. Office,
où :1E fe trouvoic toutesikes Semaines, avec une telle affiduité;
qu'on .pretend'que'dans l’efpace:de:plus de-trente années, il
pe:manqua pas:une feule fois à ée Devoir. de fa Charge, Il
caufidéroir.en cela, & les intérêts de la Religion, qu’il avoit
à cœur , 8 Fintention des Souvetains Pontifes, qui n’onr don-
pé entrée à nos Généraux -dans:ces Aflémblées, que pour les
mertre dafs l'aécafion de fervir plus urilemenc l'Ep ife. La
droiture ; la capaëiré:;:les lamiéres , quenotre Général fit tou-
jours paroître.dans certé multitude d'Affaires , fur lefquelles
on l’engendit pärler, dügméntérent bien. fa réputation, & le
bombre de fesilluftres Amis:25: "2" ©": : it F .:
Lxvir. ::Noùs-neparlèrons'poinc de létroice union , qu'il avoit con-
QCstire l'amiré trade, t&c qu'il cukriva-tonjours ; avec les Cardirlaux Pauluzi;
doué : ” Altiéri , Marefcoti, Orfihi, dela Trémoille , & avec plufieurs
autres, qui aimbient à lui donner des témoignages publics
d'une fincére amitié. : mais nous ne {çaurions oublier que les
grandes qualicés:da Pere Cloche, en lui:conciliant l'eftime pars
ticuliére du Cardinal. Cafanate, procurérent:àrout:fon Ordre
dés Biens, «& des faveurs, dont le ‘précieux fouvenir ne s'ef-
" . facera jamais: de’ nos efprits. La fuite de l'Hiftoire nous per:
mu «1 met de parler ici des bienfaits de ce grand Cardinal, & la recon-
poiffance nous: y:oblige, | . a ’:
Lxviin 1° Jérôme Cafanare:iflu d'one Noble Maifen de Naples, fut
Etroirement uni FAoœi: &c!le: Proceteur des Gensrde Lettres, pendant fa Vie;
& léur Bienfaiteur mêrne après: fa mort. Homme égalemetit
ére de ce grand habile, r& vertæux'; d'un Génie élevé, & d’une-plus grande
Cardinal droieure ,:itiavoirt pas plutôt paru à Rome; qu'il s’étoit faie
aïner des Romaïns ‘eftiroer du Souverain Pohtife, &:admirer
ds toute fa Cour. :Ld:Pape-Clémdn Xe revêvir, déila Peurs
ni X & ax
«
Er es
ul Es
-”° Len]
SR th
: DE L'ORDRE DE 8. DOMINIQUE ‘535
pre dans le mois de Juin 1673 ; & fes Succefleurs fe firent un Lrvaey
plaïfir de lui confier divers Emplois, qu’il honora ge md par XLVIr
À maniére, dont il les remplit. Préfet de la Bibliot _——
DRASS | éque du Error.
Vatican, de la Congrégation de l’Indice , Légat d’Urbin, il C:0c es
relevoit fes talens par {es Vertus. On aïmoit à remettre À fon “===
éxamen, & à fa décifion les Affaires les plus er gr nt &c
les Parties, lorfqu’elles étoient perfuadées de l4 bonté de leur
| Caufe, regardoient comme un bonheur ken ss Juge ;ou
-pour ÂAïbitre, un Cardinal que tout le monde
çavoit n'être
as moins défintéreflé, qu'incapable de fe laiffer furprendre.
ne probité à route épreuve le rendoit furtout infléxible lorf-
qu'il s’agifloit de défendre l’innocencé, ou de foutenir la Jufti-
ce, l'Honneur de l'Eglife, les intérêts de la Religion, les ré-
gles des Mœurs, la faine Doë&rihe, & ceux qui lenfeignoïent.
Ce Sçavant Cardinal, au milieu des plus grandes oécupa- 1x1x.
tions, faifoit fes délices de la lecture des Perés, ‘& des: Saints Pr pan
Doéteurs. Son attachement à la Doctrine de Saint Auguftin} Sa Tiamus.
& de Saint Thomas, étoir connu. On lui a fouvent entendgy
dire, que le Monde Chrétien feroit heureux, & qu’on ne yer+
roit plus ni Erreur contre la Foi, ni relâchément dans la Mo-
rale, ni illufion dans la Théologie Miftiquüé ; fi dans les Ecoles
“on n’écoutoit d’autres Maîtres où le Doctéur' Añigélique. ‘1
aimoit Re à lire tous les bons Livres qui paroifloient,
dans qhélque Royaume , qu'ils fufflenc imprimés. Auf s’écoit-
il donné ane Bibliothéque des plus choïfies,&' peut-être dés
plus riches de toute l'{ralie. "2 """ . .
Un Homme de’ ce caraétére ,‘&' avec ces fentimens", né
pouvoit qu’eftimer le Pere Cloche ; ils s’aimérent dès qu'ils fe 1x x.
connurent. Leur union, & la confiance réciproque Ale De concert âvee
toujours en croiffant. Capables l'un & l’autre dé grands projets be nr
pour la Gloire de Dieu, -& de la Religion ; HS fe commyuni- d’une Fondatién,
quoient leurs penfées, & leurs vûes avec tonte fa:liberté, qui
eft ordinaire entre de véritables Amis ,:& ils DMaiffotene tüu-
jours celle de balancer les avantages, & les inconveniens dé
ce que l’un ou Pautre avoir propolé. Dénappemenr dons
nous allons parler, fat le fruit des Convérfarions de ces.deu
grands Hommes... 2 "Ti
Le Cardinal Cafanate avoit de graudsbiens; & ilaimoitiles 1xxr.
di Si fes principales Libéralités tomboiïent fur céux qui . Egalement urile
culrivoient les Sciences, & les Belle-Lertres , il vouloir qu’elles LE
tournallent auffi à l'utilité de l'Eglife, & du: Public : & c’eft ce S. Dominique.
qu'il fe propofa particuliérement ,'lorfqu’il fe réfolut à faire fon
.336 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lryar“æ Leftament, deux ans avant fa mort. Sa magnifique Bibliothé:
XLVLL “QUE: pour l'eacrerien, & l'augmentation de lagyelle il laifloit
Aron ou 0nds çonfidérable, il la donna à-notre Couveng de la Mi-
Croce pergé qu'il in tua Hérigier d'une grande partie de fes Biens ;
——# à Condition, 1°..que cette Bibliochèéque feroit ouverte au
. Public cous les jours, excepté les Fêres & les Dimanches : 1°,
qu'il y auroit toujours pour Bibliothécaires deux Sçavans Re.
Jigieux, en état de montrer d tous ceux qui viendroient étu-
diér, les Livres qu'ils demanderoienc, & d’expliquer les dif.
ficultés qu'ils pourroient propofér : 3°. qu’on nommeroit deux
autres Théologiens du même Ordre, pour faire des Leçons
Publiques de Théologie , fur le Texte de la Somme de Saint
Thomas 4°. ce Cardinal fit en même tems une Fondation,
| por. entretenir toujours à la Minerve fix Religieux de diffé-
——. rentes Nations, Iraliens, François, Efpagnols, Anglois , Alle-
en Murs Mans, Polonoïis ; trous Docteurs des plus célébres Univerfités,
s.:°.. °° de Bologne, de Paris, de Salamanque, de Cologne, de Lou-
__ *# ÿain, de Touloufe, &c. $°. Le fage Fondateur voulut que le
Révérend. Pere Général de l'Ordre, le Procureur Général,
le, Maître du Sacré Palais, le Commiflaire. Général du Saint
Office le Sécretaire de la Congrégation de l'Indice, le Prieur
de la Minerve ;.eufferx feuls Le Droit de choifir, & de nommer
6s Bibliorhécaires, les Prafefleurs, & les fix Docteurs, obligés
par cer Emploï même à. s'appliquer fans cefle à l'Etude. de la
Religion, pour être rowjours prêts à défendre le facré Dépôr,
&'aà réfuter des Érreurs , ui pourroiènt s'élever dans. la ire
des Siécles contre la Foi ke Morale ; ou la Théologie M yfti-
TR ru
IT Fées du Cardinal Cafanate étoit donc de procurer à
: Vdes de ce Cars l'Eglife , & au Saint Siéce , un nouveau fecours contre les profa-
dial. :! nes Nouveautés. Il prétendoit d'une part exciter J'émulation
777 777 dés Sçayvans, & dé ceux qui voudroient le devenir, en leur ou-
vrant fa Bibliothéque, & une nouvelle Ecole, où il leur feroit
facile de puiler toutes les lumiéres,. dont ils auroient befoin.
D'un aurre côte, l'eftime qu’il faifoit de la Doctrine de Sainc
Augultin , & de Saint Thomas, qui avoit toujours été la fienne,
avoit porté à choilir dans un Ordre, qui fe regarde comme
__ fpécialement chargé de ce précieux dépot, les Profefleurs, &
“4 les Docteurs, qui devoient remplir l’objet de fa Fondation. C’eft
_.. aïnfi qW'il s'en eft-explique dans fon Teftament (1). |
, 3. « {1) 5 mi fine principale in lafciate Ere-[ poli ‘il Convento della Minerva, à ftæv il]
gs QC 1.ben » She. ho fuoui del Regno Ai Na-. voler fondare una Bibliotheca publica în Ro.
| | * : Pendane
"DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 537
* Pendant que notre Général préparoit toutes chofes pour
l'éxécuition de ce deffein , & qu'il faifoir élever , dans le Couvent
même dela Minérve, un Corps de Bibliothèque, proportionné
à ce grand nombre de Volumes , qui montoit déja à plus de vingr-
deux mille, & qu’on fe propofoit de bien augmenter d'année en
annce , le pieux Cardinal s’occupoit toutentier d’un autre Obier.
Par fa derniére difpofition, il avoit laiflé fon Patrimoine à {es
Neveux, de groffes Penfons à rous fes Domeftiques, & divers
Legs pour d'autres bonnes Œuvres : après quoi fon Efprit & fon
Cœur nefe portoient que vers l’Erernité. Dès qu'il fe fentit mala-
de, il ne fouffrit pas que perfonne lui parlät d'autre Affaire que
de celle du Salut. C'étoit, difoit-il, pour n'avoir d'autre foin, que
- celui de fe préparer à bien mourir , qu’il n’avoit pas attendu fes
derniers jours pour faire fon Teftament. Sa patience cependant,
fa foi, fa foumiffion dans les douleurs, & les langueurs de la ma-
ladie , édifioient tous ceux qui avoient l’honneur de l’appro-
cher. Déja oogénaire , après avoir long-tems fervi l’Eglife,
& honoré la Pourpre Romaine l’efpace de vingt-fept ans , le
Cardinal Jérôme Cafanate mourut de la mort des juftes , entre
les bras du Pere Cloche, & du Pere Mafloulié, le troifiéme jour
de Mars : 700. Ses obféques furent célébrées le lendemain, avec
une pompe religieufe, dans l’Eglife de la Minerve, où on con-
ferve fon Cœur ; & fon Corps fur inhumé dans l’Eglife de Saine
Jean de Latran. Le Pere Cloche avoit été nommé le feul , ou
le principal Exécuteur Teftamentaire : & route la Ville de Ro-
me admira fon éxaditude, ou plutôr fa générofité, & fa recon-
noiflance envers fon illuftre Ami, & Bienfaiceur. | |
Il prit d’abord les plus juftes mefürés, pour que l'Edifice de
cette vafte Bibliothèque fut incefflamment en écat; il apella fix
habiles Théologiens Natiotiaux, éhoifit pour Bibliothécaires, &
ms Profefleurs Publics, des Religieux LA grande réputation par
a Doétrine,& par leurs Mœurs,;& pour la commodité de ceux qui
viendroientétudierdans le Collége deCafanare, il fitimprimerla
Somme de S. Thomasen plufeurs petits Volumes. Enfin, il pour-
yâr à tout ayec tant d'attention, & de diligence, que dans l’efpa-
ce: de douze ou erçize mois, la derniére volonté du Cardinal fur
ma. ,. Che fia a benefizio comune di tutti| larmenté che fiano tali, che fempre tengano ;
quelli, che. vorranna approfitarf nelle let-| e difendano la doëtrina di S. Thomalo, à
tere , e renderfi abili al fervicio , ed alla dif | di S. Agoftino da me fempre venerata , e [e.
fefa delle Religione Catolica, e di quefta | quita ; effendo quefto il motivo mio princi..
S. Sede ...( Le Cardinal marquant enfuite | pale di fondare quefta mia libreria, e Carte.
les qualités, que devoient avoir les Théolo-Â dra , e lafciarla à i PP. Domenicani, ce
gens. Gv:les Profffanrs, il. jets ) Parico-LC er. Cafan, in fugremis Tabalis
Tome VI. ° per Y yy
Livas
XLVIL
ANTONIN
LOCHE. :
@)
|
LXXIII.
Ses derniéres
difpoftions.
LXXIV4
Sa mort.
LXXV.,
Le l'ere Cloche
éxécure fes Vo=
lontés.
Lirveres
XLVIL
Gap
ANTONIN
CLOCHE.
LR LC ere te NS
538 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
éxécutée dans tous fes Points : la Bibliothéque fut ouverté aù
Public ; & les Profeffeurs commencérent à expliquer Matin &
Soir le Texte de Saint Thomas, Le Révérend Pere Mafloulié,
l’un de ces Profefleurs, attiroit prefque tous les Sczvans de Ro-
me à fes Leçons ; & le concours des Etudians fut fi grand, que
le Pere Cloche fe vit bientôt dans l'obligation de faire une
_ feconde impreflion de la Somme de Théologie , en petits Vo-
D. lonf. Liv, II,
pag 98.
LXXVI.:
Sa Reconnoif-
fance envers fon
iluftre Bicnfai-
eur.
lumes, pour en fournir à tous ceux qui en demandoient. Le
Prince Cibo augmenta bien la réputation du nouveau Collége,
par une Théfe qu’il y foutint’, avec un applaudiffement général,
fur le Texte de prefque toute la Somme de Saint Thomas. Pour
donner quelque idée du mérite de ces Théologiens, choifis par
le Pere Cloche, il fuffit de remarquer ici avec un Auteur Ita.
lien , que dans fort peu d'années, le Saint Siège en avoit déja
pris quelques-uns, pour les honorer des différentes Charges,
de Maître du Sacré Palais, de Commiffaire-Général du Sainc
Office, & de Secretaire de la Congrégation de l’Indice. Trois
autres avoient été facrés Evêques; Fan pour l’Eglife de Backou,
dans la Moldavie; un fecond pour celle de Seffa dans Île Royau-
me de Naples; & un Troifiëme pour le Diocèfe de Spolete dans
la Province de Ombrie. On fçaic que le Pere Mafloulié avoit
refufé une femblable Dignité dans les Etats de Tofcane. Be-
noît XI1I a depuis a de la Pourpre Romaine, deux Théo-
logiens du même Collége de Cafanate.
… Mais tout cela n’eft qu’une preuve du difcernement du Pere
Cloche, & de fa fidélité à remplir fes engagemens : II faut dite
maintenant quélque chofe de fa reconnoiflance. Peu content
d’avoir di (tribu d’abord plüfieurs Aumônes, & fait offrir dans
plufieurs Eglifes de Rome, le facrifice non fanglant pour le re-
. pos de l’Ame du Cardinal défunt, il écrivit à tous les Provin-
ciaux , & autres Supérieurs ; pour ordonner que dans toutes les
Maïifons de l'Ordre ,tantde Religieux, que de Religieufes, on fit
pour Pilluftre Cardinal, les mêmes Priéres, & les mêmes Servi-
cès, qu’on a coutume de faire la mort d’un Cardinal de l'Ordre.
- Avec la même genérofité il employa de grofles fommes ,
pour donner à la Bibliothèque de Cafanate, cet air de gran
deur , de magnificence , & de beauté, qui eft admiré aujourd’hui
non feulement des Scavans, & des Curieux, mais encore detous
les Seigneurs Romains, des Princes, & des Cardinaux. Les Sou-
verains Pontifes n'ont pas dédaigné d'aller quelquefois la voir.
. Quoique le modefte Cärdinal eût ordonné, que fon Corps
feroit enterré fans qucunç-pompe , & qu'on fe contenteroit d'e-
_ DE L'ORDRE DES DOMINIQUE 539
crire fon Nom fur la Pierre fépulcrale, le Pere Cloche, perfuadé L rw & à
_ Phumilité de fon Bienfaiteur devoit céder aux fentimens de XLV'II.
a propre reconñoillance, il lui fit élever un magnifique Tombeau
de Marbre, dans l’Eglife de Latran ; & une belle Sratuedemême eiocns
matière , quia été placée dans fa Bibliothèque. Afin que les ne
Connoifleurs puilfent juger de la beauté des Infcriptions, que le
Pere Général a fait graver {ur le Marbre, nous les rapporte-
rons ici. L ‘
Dans l'endroit de l’Eglife de la Minerve, où on conferve LXxXVIL
le Cœur du Cardinal Cafanate: | Een en
' . F4 rc u Car.
D. ©. M. | | 4
‘Eminentiffimi S. R. E. Cardinalis
__ Hieronymi CAsSANATE
Te _ Ce |
Pietati facrum , Deoque plenum
Effufæ in Prædicatorum Ordinem
. Benefñcentiz fons.
Vota "Deo , precefque Nuncupäntibus.
Grati ac piè memôris animi
Monumentum
. M. DCC.:
_ À l'entrée de la Bibliothèque de Cafanare :
INNOCENTIO XIX. Pont, Max,
Hieronymus CasanwaTz Neapolitanus »
S, R. E. Prelb. Cärdinalis Bibliothecatius
Litterarum imperium auéturus
= Bibliothécam Lu
Romanæ magnitudinis parem
‘ In hac Æde Minervæ |
Rem publicam fecit,
Athenzum
_" Romanis Arcibus addidits
Ut quz Religione ac fide ” 1e
Cunéis latè Gentibus imperat
© Sacrorum Domina
Litterarum etiam gloriâ
_ Triumpharet |
_ Anno M. DCC. ‘
Ê tn «
8
& !
ci
Yyyi
EE
ANTOINI
$40 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livnmx Sur le piédeftal de la Statue de marbre:
XLVIL | Mieronymo S. R. E. Cardinali CasanaTs
ANTONIN Mzcenati optimo
CLOCHE, Litterarum Parenti ac Patrono
di Munificentiffimo
| Qudd
_ Anftituto Divi Tuon x Gymnafo
Ascem Sapientiæ fuper Minervam
Erexérit,
Bibliothecam |
Sacrum totius eruditionis ærariun
Extruxerit ,.
Binas Angelicæ Doltrinæ Cathedras
Dotant,
Senos variarum gentiurn Theologos
In Apoftolicæ Sedis obfequium.
| Romam adfciverit,
Prædicatonm Ordo
Supremä liberalitate auêtus
Perenne grati animi Monumentum
Anno M. DCC, VIIL
Sur la Porte de la Bibliothèque :
Cizusny: XI. Pont. Max,
Chrifianæ , ac Litterariæ Reïpublicæ
| Principi
| Quèd hanc ftudiorum altricem domum
Excello animo complexus
Nova Bibliothecæ Cafanatenfi decora
| | | Indulferit,
Codices feu prælo excufos
Seu exaratos manu »
€ompofita in Raptores execratione
Sartos teétofque præftiterit ,
Pravæ fe@x ac vetitæ Le@ionis Librds
Servari permiferit ,
Hoc Sanéioris fpientiæ delubrum
Vicaria Numinis Majefate
Non femel impleverit ,
Prædic Ordo zternum devinétus.
| | Poluit anno M. DCC. X.
" — an ge EE us
ee
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE #s4s
Mais, ni l’Affaire dont nous venons dé parler, ni plufeuis Lrwn #
autres, qui occupoient continuellement le Pere Cloche iRome, XLVIL
pe le rendoient pas moins attentif à favorifer toujoursie progrès A
de nos Miflions chez les Infidéles. Tandisqu'il exhortoitles Pro- “C; Ra
vinciaux d’'Efpagne, d'Aragon , & de Portugal à faire pañler des ==
Ouvriers Evangéliques dans les Indes Orientales il en envoyoit Lxxvirt
Jui-même quelques autres dans l'Afrique, & dans le Royaume. Le Pere ee
de Perfe. Au commencement de l’ännée 1 7a1:, il deftina cing fourrires dans les
Religieux de la Congrégation de Sainte Sabine, pour aller prè- Pays des infidéles,
cher la Foi dans l'Orient, & il leur obtint du Pape Clément XI |
deux Brefs Apoftoliques ,adreffés, l’un au Roï de Perfe, & l’au.
tre au Patriarche d'Arménie, à qui Sa Sainteté recommandois
avec beaucoup d'affection ces Miniftres de l'Evaggile. Nous
traduirons ici. le premier de ces Brefs, qui Lise: up Îes
1e
Noms des Mifionnaires, & le mocif de leur entreprife, . : «
x : È À - Ÿ rs ‘ É ° , | A Le à - on ” : . { L ;
ri très-illuffre ) . très.puiffant Roi de Perfe. 2 LXX1 x,
: PAR RE NES Ts Cr | .Brefde Clément
4, LE Pare. CLEMENT XE 1 ., ACL av: Bol 5
Mn ER Re :
ie Sabet, &- la Zimitre de La Grace: Divine, "11 vanane Tee
. «Puifqu'il n’eft rien dé plusdigne de la réputation d'un Grande
Roi, que de recevoiravecbonté, & dé protéger les Perfonnes, «
qui pour de louables motifs viennent-des Pays les’plus élois cs
nés dans fes Etats, nous avons lieu d’efpérer que Votre:se
Ftaurele ne refufera pas d’honorer de fa Royale protééion à
nos chers Fils, Pierre Martyr de Parme, Corradin de Valle- cs
tine, Archange de Brefle, Antonin Pofchiavani, & Jofeph- |
Marie Arménien , tous Religieux. Mifjonnaires-de l'Ordre;de« .,..,
Saint Domisique , & de la -Congrégarion de. Saïme_ Sabine 4 12 “
np: in : our votra Royaume ; fans. avoir d'autre. motif a
de aire un fi long, & fi pénible Voyage ; que Je feul-défir de æ ‘::
prêcher né Peuples, qui veulent être inftruits des ce m...
Vérités Catholiques [1). Nous ne. dourons nullement qqe «
vous. ne fäflez. artenition À; notre recommandation, & à nos+s
Prières, c’eft pourquoi tjous vousdemandons très-inftamment, “
: ( 1) Nobis profeëto pollicemar cellirudf. Aneno: Ordinis S: Domfnici, Congrègas
fem tuam gloriæ fibi ducturam effe Regium | tionis Santæ Sabinæ de Urbe Miflionariis,
trocinium impertiri dileétis filis Religio- | qui non alio confilio, aut propofñta ifluc
is viris, Petro Martyri de Parma , Corra- | adveniunt , quim ut Evangelicæ , Carholis
dina de: Valletelina , Archangelo à Brizia.. | cæque veritatis lumnen volentibus ; atque
d&atogina Pofchiarana, & Jofepb- Mari oprançibus-afendant, Ke. Jp Bullar, si Je
Yyyil
$4t HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Evvwad *comme une chofe, qui nous fera fort agréable, de vouloir
XLVII bien faird'johir.ces Religieux de la même Liberté, & des mê-
ma #mes Priviléses, dont ils ont déja joui dans vos Etits, en leur
pe paie à n permettant de pôfféder tratiquillemene la Mäifow, & l’habita.
ue=— » tion, où ils étoient auparavant logés, dans les Fauxbourgs
5. de votre Ville Royale d'Hifpahan; & empêchant par votre
_.". ”, wautofic, qu'ilne léur-fgit fait aucun tort, n1 dans teurs perfon.
+ ns ; ti idaasce qui pourroit leur appartenir. Nous vous prions
- 41 Lagff d'être peruade que de notre côté, nous nous ferons un
à. plaifiridé vous dotner dans toutes les occafions des rémoigna+
n gds éclatañs de notre haute cftime , & de l’ardent défir que
w nous ayons que le TFout-Puiffanc vous comble toujours de
# #idire l'8 qu'a l'abondanceides biens remporels, il ajoute en+
si coreles fhiritucls. Donné à Rome, {ous l'anneauidu Pefcheur,
» le 20 d'Awritr7067:1la-premiére année de notre Pontificat ». :
- On voit par ce Bref, que nos Miffionnaires avoient déja ha-
Amxwxx bité parmiles Perfes, & demeuré dans la Capitale dé leur Em-
! Mionnsré pire. On lit en effet dans la Vie de Clément XI que ces Prédi-
da LOU careurs de la Foi étoient tonhuspàr leur Dôétrine ;& déja éprou-
ot orme VÉS par une longue expérience dans le Miniftére Apoftolique,
kis41% L'Auteur djbuté-que-dans certe mêrne ânnée 1701 quelques
autres Miflionnaires Dominicains s'étant rendus dans la Gui-
née ;{ Pays confidérable del Afrique) ils y firenr béaucoup de
fruies'& plufeurs conquêtes à PEglife {y}: :.
» Phihppe[Vétäht monréen même rems fur le Trône d’Efpa.
gene’ le Pere;Cloché conçur de nouvdles efpérances de pouvoir
enfin vilitér tes Maifons de fon Ordre ,idans les Etats des deux
Couronnes, :puifqu'un Général François ne: pouvoit' déformais
être fufpe& à l’une, nià l'autre, & qu'il étoit même perfonnelle-
Lxxxt ménc'eftime dansles deux Cours, fl érablit done le Pere Maflou-
Le Pere Général Né ViédireGénérah, poûr Gouverner eh fa place ; & partit de
ie Mons Rüime pour-éorimencer fes Vifires, par le Royaume-de Me os
Slt
de fon Ordre dans EC j Re . : |
de Royaume de Téjotirs-férme dans fon plan, fés plus grandes attentions, dans
Pape tous: les Couvens: où il'arrivoic: étoient're. de rétablir, ou de
perfe&ionner la Diftipline réguliére, .en corrigeant avec dou-
Ù etur les Abus! &'remétréméaurant qu'il éroir-poflible les ancien
res Prétiques;: 1°. dè-déntier une noavellevigueur aux Ecudes;
6n exciçant de plusen plus PARU TON CES Etudians, &c.de leurs
fr) Dérindi, &ApoRoliei Minifterii dius fmdas:XT Hoc-anno in Guiresm quoque Pres
fürno "perimentb combrobi , dt legithr |dicitorum Ordinis Den D quos
Lib” TI os Sets Chéihentis CE; Prat loperd res Catholica mukuifariam auéte
pig. 34, N, a. Addir Artér quo els Féfti-Baar, Ont. Tom. p. 439 °°
LEON
&:
_ Prélit, de ce qui resardoit le fe
« + Ÿ
t.DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE: 743
Profefleurs ; 3°. d'infpirer un nouveau zéle pour le Salut des
Ames, à tous ceux qu’il verroir doués detaléns pouirle-Miniftére
de la Prédication. Ce dernier Article (qu’il ne falloic pas, ce-
pendant féparer des deux premiers). li tenoit d'autant plus à
cœur, qu'il ne pouvoit ignorer les befoiris dés Miffions dans les
Liver
XLVII.
ANTONIN
CLOCHE.
Pays éloignés; & qu'il étoit:perfuadé, que dans la place qu'il
occupoit à la têce d’un Ordre A poftolique , il fe rendroit coupa-
bledé1a perte d'une infinité d'Ames, s’il négligeoir de leur pto.
eurer tous les Secours fpiricuels, qui pouxoient dépendre de lui,
Nous ñe doutons point'que ce ne fut là le principal objet, &le
plus preffant motif, qui lui faifoit défirer avec tant d’ardeur, de
vifiter.en perfonne toutes les Provinces de l'Ordré de Saint Do-
minique dans l'Europe, dans l'efpérance qu’il trouveron' dans
chacune, un cértain nombre de Sujets déja en état d'aller pafta-
ger les travaux de l'A poftolat, avec ceux de leurs Freres qui les
avoient précédés, pour éxercer le Sacré Miniftére dans les crois
autres parties du Monde. . | LE
Certainement la joye du zélé Général eûe été parfaire , fi .
toutes les Communautés, dont il fit la Vifiteidans le Royatme .
de Naples, lui avoient préfenré des Objets auffi édifians., que
ceux qu'il admira dans le Palais de l’Archevêque de Bénévrent:
Il feroit difficile en effet d'imaginer quelque chofe de mieux
réglée, oude plus conforme aux faintes Maximes de l'Evangile, .
que la Maifon de ce Grand Cardinal, fi élevé, '& fi modefte.
Son éminente Digaité ne l’empêchoit pas deregarder toujours
de Pere Cloche comme fon Supérieur : auffi voulue-il le recevoir
LXXXII
De quelle m2<
niére il eft re
par l’Archevêque
de Bénévent,
comme tel ; & il lui fit cout l'accueil qu’on ‘pouvoit atreridré :
Cômme tous les Religieux de l'Ordre , qui s’étoient atrachés à
Ja perfonne ,:& au fervice du Saint Cardinal ; fe faifoient un
. devoir de feiconformer à {a:maniere de vivre, ils n’écoiene ni
moin$ réguliers, ni moins pépitensidans fon Palais qu'ils :l'aut
roient pû être à la fuite de fat Communauré M4 plus réformée: &
êc à rourés-leurs pratiques dé piété, ils ajoutoient les Fon@ions
Apoftoliques dans l'étendue d'un grand Diocèfe. C'écoit qn
nouveau fujec de fatisfaétiônpôur le Pere Cloche" Inals, rièn
n’égaloit celle qu'il trouvoit& rare aid avec lepieux
at, de ce qui reg cret de la canfcience, le devoir
de fa Charge, la gloire de Dieu, & de.la Religion. La-dou.
ceur de ces'forres de converfations étoit bien: capable de” Ju
faire oublier toutes les fatigues du Voyage ; mais, fans le dé;
dommager entiérement du Sacrifice; qu'ils faïoient-l'un & laws
de la parfaite eftime, & de la tendre amitié , qu’il lui portoir,
544 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liveaz tre en paflant quelquefois les années, dans un éloignement
XLVII ‘toujours pénible à deux parfaits Amis. Au fortir de Bénévent,
a le Pere Cloche difoit du Cardinal Orfini , ce que Louis de
‘ PR . -Grenade avoit dit de Barthelemi des Martyrs , après la pre.
_—— mire Vifie qu'il'lui fit à Brague, que la Providence avoit |
donné ce Grand Homme À l'Ordre de Saint Dominique, pour
être la confolation de l’Eglife dans des jours mauvais, l'Exemple
de tous les -gèns de bien, & la condamnation, ou la confufon
de tous ceux, qui dans un état de pénirence, de pauvreté, &
4 GE ? q e 1, : 7e P e : P
d’humilité connoifflent moins le mérite de routes ces Vertus,
que-cet Ami de Dieu dans l'élévation de fa Dignité.
701. L'arrivée de Philippe V à Naples donna bientôt après occa-
fon au Pere Cloche, de rejoindre le Cardinal des Urfins dans
la Ville Royale : l’un & l'autre s’y éroient rendus, pour pré:
fenter leurs refpeéts, & leurs devoirs au jeune Monarque. Un
Auteur Italien nous apprend , que dans cette occafion le Car-
dinal Barberini, Légat à Zatere de fa Sainteté, traita avec
py Par le Roi Peaucoup de diftinétion le Pere Général ; & que le Roi Ca-
Philippe V à Na tholique, peu content de lavoir d’abord reçu d’une maniére
ples. très-gracieufe, le fit fouvent apeller à la Cour: & parut pren-
dre un plaifir: fngulier à s'entretenir avec lui, parce que le
+ gara&éré de fon Efprit lui plaifoit beaucoup. Sa Majelté ne
traïta jamais avec lui, que comme avec un Grand d'Efpagne;
_ ainfi que les Rois fes Prédécefleurs avoient toujours fait avec
_, -. .... des autres Généraux du même Ordre(r). |
cxxxitr. “En Darren de V de vouloir honorer de fa protection
Il obtient lagré- toutes Jes Maifons de l'Ordre de Saint Dominique, qui fe trou-
Re volent dans la vafte étendue de fes Etats, le Pere Cloche ne
cer fes Maifensen Manqua pas dé demander l'agrément de Sa Majefté, pour aller
Efpagne. - yifiter lés Provinces d’Efpagne , auflitôt que les circonftances ;
des tems pourroienr le permertre : & le Prince-eût la bonté dé
répondre ; que bien-loin de faire eg ve 2 à fes pieux
defleins, il feroic roujours prêr dles favoriler, & qu'il fouhai-
toir d'en voir bieneôc l’éxécurion, Qn ne parlait cependant que
| (1) il 09 to Padre Generale, fer | re.at- mente al RÈ quefta attenzione del noftro Pæ
leñto a'i HAE a Rligione . nfdre Generale ,e ebbe tale fodisfizione in
” pccañone! che il derss RE Filippo’V. Siero: Fvedetlo , e in fentirlo , ‘che inamousto dei
yaya in Napbli ,e che dal Papa Cleménte XI | fua grande fpirito , più, e piu rolte Jo volle
gli era ftato mandato il fudetto Sig. Cardi- lin eorte per fecp difcorrere: e in oltre lo
nale Barbetini in qualità di Legaro 4 læitre , | tratid da Grande di Spagna, conforme aves-
ftimo- fuo -oblige- d’andarvi-andh’effo ; per |no-praticato ali fuoi Predeceflori con gl'ak
Unmiliare à fua. Maelta Cattolica i fuoi offe- [tri Generali Domenicani, &c. D. Penh ,.
qui, e raccommédargli nel medefiho tem-|L. HI, C. VE, ‘per. 189. -
pe: culta:la (os iRetigione, Piarque fomma.l 0 "05.
# £
, ‘ .
a
pe J
* des
QU
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. g4f
des grands Préparatifs de Guerre , qui {e faifoient dans prefque Lynx
toutes les parties de l’'Eurape; foit pour foutenir.le légitime Hér XLVIt
ritier de Charles IL, ou pour empêcher ay contraire que cetre,
riche Succeflion ne devint le partage d’un feul Monarque. Déja
l'Italie éprouvoit les triftes commencemens de certe Guerre,
qui n’a pas été moins fanglante qu'opiniâtre. Celle qui ve.
noit d’être terminée par le Traité de Ryfvick, n'avoit poine
permis à notre Général de tenir le Chapitre convoqué iTouloufe
pour les Fêtes de la Pentecôte 1697; & celle qui alloit_com- d
mencer prefqu’avec ce Siécle , l’obligea de faire un, moindre
féjour qu'il n’auroit fait dans la Ville, & dans le Royaume de
Naples ; où il lui reftoit un grand nombre de Couvens, & de
Monaftéres à Vifiter. MR de nn et
._ De retour à Rome, le Pere Cloche reprit d’abord fes occu-
. pations ordinaires ; foit pour les A fhairesde l’Eglife, & du Public,
dans les Congrégations du Lundi, & du Me’credi ; de chaque
femaine; foit pour celles de fon Ordre, qu'il s’appliqua toujours
à gouverner dans un Efprit d'équité, & de paix. Si d’un côté il
n’épargnoit ni foin, ni travail , pour le. maintien de la Régle,
& des Loix, que fes Religieux s'éroient engagés d’obferver, il
p’étoit pas moins attentif de l'autre à les ire jouir paifiblemert
de tou; les Privilèges, dont les Papes les ont honorés: Un Pré.
lat dans un Diocèfe de Provence les avoit attaqués par voye de
fait, ces Priviléges fi folemneilement accorlés par le Saint
Siège, & fi fouvent renouvellés, ou confirmés. Le Peré Cloches Bulle. Ori. Tes
uni à plufieurs autres Supérieurs de différens Ordres ,,avoig : *7 +#°"#4
d'abord obtenu du Pape Clément XI des Lettres Apoftoliques * ‘©
en date du 14 Juin 1701 , par lefquelles Sa Saincerté fe refervoir
la connoiffance, & le jugement de cetre Affaire. Et par un fecond
Bref du 1 3 Février 1703, Elle prononça en faveur.des Régn,
lie ss cafla, & annulla tout ce qui pouvoit avoir été fait à leur
préjudice, & déclara qu’il n’appartenoit qu’au Siége-A poftoli-
que d'expliquer, & de reffreindre les faveurs, qu’il leur avoit
accordées pour de bonnes Raïfons ; & dont la poffeffion leur
avoit été même aflurée par le Saint Concile de Trente (1). , ‘
--{1) Cæterm quia palam , ac publicè.|æfa
fyifle videinus tum privilegia Regularibus,
©b multa, atque præclara in Ecclefiam Dei
promeiita , ab Apoftolica Sede indulta, tum
ANTONIN
CLOCHE.
mm
+ J
LXXXIV.
Ce qu'il fair ce-
pendant à Rome.
M. Daniel de
Cofnac , Arche.
vêque d’Aix. .
acquiefcere. Cdi itaque fatis conftet is, qu
in partem follicitudinis noftrz , non in
nicudinem poteftacis, vocati-furt , minimè
licere inillis,.quæ Apoftolica Sedes fibi re-
7 — VE Le M 7
jura ipfus Sanétæ Sedis, ad quam , tanquam
ad Conditorem ,, judicium circa eadem pri-
vilegia jertinet , ur unde jus prodiit, inter-
pretario quoque piocedat : liberuin non eft
aobis , integrä confcientià noftsà , ulterius
Tome VZ |
fervavir, mañum apponere, nifi quatenus
eidem Sinûæ Sedi vifum fuerit id fpecialis
ter committere ; cumque illud, quoa frater.
nitas tua in præfatis Regülarium Ecclefis at.
tentait, neque Concil i. Tridentini Decres
Z1z
Livre
XLVIL
AMTONIN.
CLOCHE.
Ibid, p. 445 » 446.
LXXXV.
Autres Graces
qu'il obtient de
Sa Sainteté,
‘ a.
+. 0
“LXÉXVTE.
I! fcllicite dne
Décifion touchant :
les Cérémonies
Chinoifes.
546 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Nous avons deux autres Bréfs ,'du 21 Mars, & du 17 Avril
1703, qui nous fourniffent de nouvelles preuves, & de la folli-
citude de notre Général , & des attentions du Vicaire de
Jésus-CHri1sT, à favorifertour cequele zéle dela gloire de
Dieu lui faifoit entreprendre. Pour de crès-juftes raifons, le
Pere Cloche avoit jugé à propos de féparer de la Province
d'Allemagne, & d’unir à sie e Hongrie, douze Couvens de
fon Ordre, firués dans l'Autriche, le Tirol, & la Stirie. Quel-
ques-uns s'étant oppofés à cet arrangement, le Pape écoutà
Jeurs repréfentations, & les fit éxaminer dans la Congrégation
des Evêques, & des Réguliers. La Congrégation décida en fa-
veur du Pere Général, & Sa Sainteté confirma ce Jugement;
c'eft l’objet du premier des deux Brefs. Le fecond eft pour
recommander au Roi de Perfe, le Pere Etienne Sciran Domi.
nicäin, élû Archevèque de Naxfivan dans l’Arménie , & cous
ks Cacholiques ; qui vivoient fous la Domination du même
Prince. | |
Le même zéle de la Foi, & du Salut des Ames, qui avoit
engagé notré Général à folliciter ces Lettres Apoñftoliques,
pour aflurer k repos des Chrétiens, au milieu des Infidéles, le
rendit infatigable dans l’Examen d’une autre Affaire , qui re-
ses la pureté du Culte; & qui après avoir été long-tems
examinée fous le Pontificat d’Innocent XII, occupa encore le |
S. Siège pendant une grande partie de celui de fon Succefeur.
Nous ne parlerons point de cette application fi digne de louan.
ge, avec laquelle la Congrégation du Saint Office travailla fans
e lafler, à éclaircir tous les Points conteftés rouchant les Cé-
rémonies Chinoifes ; afin de donner une Détcifion précife, pro-
pre à fixer la créance, & la pratique de tous les Miniftres de la
Foi, qui préchoient l'Evangile dans un vaîfte Empire. Il nous
ff de dire, que les occupations multipliées du Pere Cloche
ne lempêéchérent pas de fuivre toujours cette Affaire , avec
toute l'attention, & l’ardeur que peut infpirer le zéle de la Re.
ligion , & de la pureté du Culte Chrétien,
. Dans le Chapitre Général de fon Ordre, affemblé à Bologne
ans Le mois dé May 1706, le Pere Cloche donna de nouvelles
tis relixatum fit, nèque Prædecefflorum nof- {cernimus non licuifle fraternirati tuæ , neÿ
trorum Conftitutionbus aut Decretis com. [que licere in Ecclefiis Regularium exempro-
miffum fuerit, neque ufu , feu potius abufu [rum, quibus non incumbit cura animaram,
Lontra jus, & auétoritartem Sedis Apoftoli. } Sedes dore ad audiendas Fidelium Con-
tz induci potuerit , idcirco-de nonnullorum |feffiones , pyxidem, & Tabernaculum, ac
venerabiliam Fratrum noftrorum S, R. E |Sanétiffimum Euchariftiæ Sacramentum , ne.
Cardinadlium Confilio declaramus , tque de- [que ipfas Ecclefas vifitare, &c. Ibid. p 444
CE
ES.
L L
SR FT ? .
| DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE 547
preuves de cet Efprit de zéle , qui l’animoit.. A yant le plaïfir de 4:17 nl p
voir réunis dans cette Aflemblée les Définiteurs Généraux :& IX LV IT
les Députés des Provinces, il ne lui fut pas difficile d’être éxè@e-
mentioftruit, de tout ce qu'il lui importoit de fçavoir, touchant” ue L =.
Ja vigilance des Supérieurs, ou la négligence peur. être de quek si
ques-uns, à faire obferver ce qui avoit été ordonné dans le Lxxxv11. 1
Chapitre précédent, pour foutenir la régularité, les Etudes, &c Préfide à un Ch.
l'éxercice de la Prédication. Sur ces nouvelles Inftru&ions, il Eu ares
ajoura aux anciens Réglemens ce qui parut néceflaire, pour en
faciliter l'éxécution. Une de fes premières attentions avoit
cté, que les Religieux Anglois, & Irlandois, chaflés de leur
Pays pour la Foi, fuflent reçus avec bonté dans nos Maifons
d'Italie, de France, d’Efpagne, & de Portugal ; & qu'on élevat
les plus jeunes d’encr'eux dansiles Couvèns d'Etude; pour les _." : .
mettre ainfi en étac de ferviriun jour-utitement Pglifé, & leur . . :
Patrie, lorfqu'il plairoïit à la Divine Providence de les y rame-
ner, On fçait que plufieurs, dans des tems différens, ont rempli
cet objet pour la confolation , & le falut des Fideles. ‘* -. :
Mais poûr exciter de plus en plus lémulation ; & affermir
davantage l’Erat des Miffions dans ces deux Royaumes;le Chat Lxxxvirr |
pitre de Bologne, conformément aux défirs du Pere Cloche, Ce qu'il ordon-
ordonna, que dans le Coltége de Lifbonne, anï à la Province n°74 ce qu'ilfait
d'Ylande, on érabliroit une nouvelle Chaire, pour expliquer déles perfécutés
FEcriture Sainte, &c traiter les matiéres de Controverfes, Il fue pour. ke Foi. …
encore ordomié que, dans le mêmie. Collépe , ik y auroirdéfor: *
mais quatre places dé Doëtear, & quarre dè Piéfenté, pour les Don
Religieux de la Provincé d'irlande, qui, pendant'uhe ‘tongue
fuite d'années, auroient travaillé avec honneur, &:avec fruit
dans lés mêmes Mifions (1). Le Pere Cloche ne bornoïit pas fa
Charité à faire des Réglemens, & à exhorter tous les Provin-
ciaux à fecourir les Fidéles perfécutés pour la Religion , en
traitant favorablement ceëx ; de qui ils nent lear
cœnfolation fpirituelle : ik fournifüit lai-niême pour cela des png. ur. ns
fommes confidérables, 8 donnoit chaque année divers Secours p.65» 104
de Sañit Sixee ; &'de Saint Clément à Rome." 1... !
- Nous rie dirons rien des foins continuels du .zélé Général , = LR
PPT " { : RSR IEEE RER ; Et des Coloni
po que hos Millions dans. les Ifles de’la. Martinique: de Ja’ if de PA.
. (1) Ordinamus ut in præfato Collegio | honoribus compenfentur, concedimus ei. Mérique.
Ulyfpponerfi infituatar Cathedrà Scriptu fem Provinciæ quituor Mapifteria , & toti.
rx Sacræ, & Controverfiarum pro Colleoia- | Her frafentaturas tirulo prædicatibnis, &ce?
libus Miffionanis.. , Ut qui-totam penè vi: | fs 44. Cup, :Benen, pro: Province. Hyberau. :
sam in Mifionibus Hyberniæ agunt ,. digais Nas; 0: LL OQiovat it eue
Zi)
à plufieurs de leurs Couvens d'Etude, particuliérement à"ceux
;
548 HISTOIRE DÉS HOMMES ILLUSTRES
.Lrvinx Guadeloupe, de Saint Domingue, & de quelques autres, que
XLVII. :la France pofféde dans l'Amérique, fuffent toujours pourvuës
-de Sujets propres à édifier, à inftruire, & à conduire faincement
-ces Colonies, confiées pour le fpirituel à leur Miniftére. La Sa-
crée Congrégation de noiede a honoré quelquefois de
Ja qualité de Préfet Apoftolique, le Religieux que le Pere Clo-
£he avoit choïifi pour fon Vicaire dans ces mêmes Miflions.
Celles, qu’on continuoïittoujours, parmiles Tribulations, & les
_Perfécutions chez lesGentils,lui donnérentun autreSujet de con-
Âolarion ; confolation d’autantplus touchante, qu'ilapprenoit,&
par les Lettresde laProvince des Philippines, &par . Députés,
que depuis la fin du dernier Siécle, nos Mifionnaires faifoient
tous. les jours de nouveaux progrès, dans les vaftes Contrées de
C. PA fie ;'où quelques :Princes leur laiffoient une entiére Liberté
1Il1ons dans À * : 1 . e : A .
l'Orient, de prêçher grise a & contribuoient même quelquefois à
faire bâtir dés Egliles. On écrivoic en même tems, que dans le
Tunquin (quoique les Edirs du Roï contre les Chrétiens ne
fuflent pas expreflément révoqués) les Gouverneurs des Villes,
#& des Provinces de ce Roydume,-n’écoient plus fi ardens à les
... . . faire éxécuter ,-& que les Miniftres de la Foi, profitant de ce
+ : Calme, travailloient à la. Converfon des Idolâtres, avec tant
_." d'ardeur, & de fuccès, que déja on en comptoit plus de vingt
.… xc1 mille , qui avoient embraflé le Chriftianifme, & s’étoient fou-
Progrès de PE: Mis au joug de JEsus-CHRIST. On‘ajoutoit enfin que dans
vangile dans le [a Province dé Cagayan, apellée la nouvelle Ségovie, dans
QE les Philippines , les Converfions y:devenoient coujours plus fré.
quentés , les Payens defcendans tous les jours de leurs Monta-
gnes, pour venir habiter dans la Plaine; où il étoit plus facile
aux Prédicateurs délesaflembler, de lesinftruire, & de s’aflurer
de’‘leur changement (1)... |
- Il eft'vrai.qué cette Bénédiétion, qu’il plaifoit au Seigneur
de répandre-fur fa Vigne; & fur ceux qui la cultivoient, n'em-
+ . péchoït pas que l'Homme enriemi ñe's’efforçar en même tems
" .…. de femer l’Yvraïe dans le champ.du Pere de Famille. Tandis
xcI7, QUE parmi certains peuples Infidéles , les Miniftres de la Foi
Perfécution dans Ééxerçoient prefque fans obftacle toutes leurs .Fon“ions,; on
k Chine. : : 1 Jeur fufcitoit ailleurs de nouvelles Perfécutions ; & leur digne
#77 7 2" Chef, malgré l'éclat de fes héroïques Vertus, &.le Caratére
ANTONIN
CLocHx?.
æ
4. - dj
.{1) Riferifcono , che le Mifhoni della Ci- ] via fi facevano giornalmente converfoni di
na, & del Tunkino continuavano felice- | Pagani , i quali lafciando i Monti Scendevaæ-
sente con novi açquifti d'Animese che nel. {no ad abitaie nel piano, &c. D. Penf, Liv.
Ja Provincia di Cagayan, o fa nouraSego-1fI, pag, 75. . ur à
tt EX Ne
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. s49
de Légat Apoñtolique, dont il étoit revêtu, fe trouvoit conti- LrvyR =
nuellement expofe aux plus indignes traitemens. Tous ceux, XLVIL.
que le refpe& , & le devoir lui tenoïent plus fortement arta-
chés, participoient plus ou moins à fon Calice ; & ts
avec lui les mêmes liens. Mais en cela même nos Miflionnaires
trouvérent la matiére de nouveaux mérites. Le Souverain Pon.
tife, inftruit de tout par la diligence du Pere Cloche, leur en
ANTONIN
CLOCHE.
marqua fa fatisfaion, & celle du Saint Siége. C’eft ce que
nous verrons bientôt, N'oublions pas cependant ce que le zéle :
de la faine Doctrine, diéta au Pere Cloche, dans le C mn de
Bologne, en faveur de ceux qui s’appliquoient avec fuccès à
etudjer, & à répandre celle de Saint Thomas. Déja dans les
deux Chapitres précédens il avoit fortement exhorté tous fes
Religieux à s’en tenir fidélement à ce que le Saint Doéteur 2
enfeigné, à fe rendre familière la leture de fes Ouvrages, par-
ticuliérement de la Somme ; à en apprendre même le Texte par
cœur ; & à y accourumer leurs Eléves. Il avoit déclaré pour
toujours inhabiles , à recevoir les Grades , ceux qui dans les
queftions de Théologie, fe feroient écartés de la Doétrine de leur
Ecole. Dans le préfent Chapitre ,il ne’fe contenta pas de renou-
veller les mêmes exhortations, & les mêmes Réglemens(r), il
ordonna encore que, dans le choix des Profefleurs, on préfé-
reroit ceux qui, par une conduire toujours égale, fe feroient
montrés les plus zélés, & pour la vie réguliére , & pour la
-Dorine du Doëteur Angelique ; l’un & l’autre pouvant beau-
coup contribuer au progrès des Etudes, & à l'avancement fpi-
rituel des Etudians. nu.
Plufieurs Evêques, fur-tout en Italie, demandoient à notre XCir1.:
Général quelques-unsde fes Religieux, pour faire à leurs Clercs 59° vêques dT-
des Leçons de Théologie felon les principes de Saint Thomas. au Pere Génére.
Cela lui donna occafon de faire ordonner, que nos Théolo- des Rp
giens qui profefloient actuellement dans les Séminaires de Ger- F9." Sn
genti en Sicile, de Mélite dans la Calabre, de Monopoli, de :, ponf. Liv. 11
Bari, de Nardo, & de Tarente dans la Pouille , après avoir p#-4t.
enfeigné pendant huit ans avec lapprobation des Prélats, au-
roient les mêmes Privilèges , dont jouiffenr les Maîtres des
Etudians , & les Bacheliers dans les Etudes Générales de POr-
dre. |
Quoique le Pere Cloche, comme nous l'avons déja remar-
1) Omnes Ordinis noftri Profeflores, & ris do@rinam ubiqne teneant, tradant, &
quotquot fludiis incumbunt , graviflimè mo- | pro viribus promovere fatagant. Ordinas,
acmus, iifque précipimos , ut anti Docto- [132 | . |
\ Zz2 ii
à
LirvREeE
XLVII.
s50o HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
que , cultivat avec beaucoup de foin, l’union & la bonne in-
telligence avec tous les Ordres Religieux, il eneretenoit une
correfpondance plus marquée avec ceux , qui faifoient une pro-
ANTONIN feffion ouverte de la même Doctrine. Dans routes les occafions
€ELOCHE.
RE 7.
XCIV.
Vifites dans l’E-
tat Eccléfiaftique,
Pag, 187, 188.
il s'employoit pour leurs intérêrs avec le même zéle, que pour
Jes fiens propres, & il vouloit que tous fes Religieux éntraffent
dans les mêmes fentimens. Cela paroït , tant dans quelques.
uns de fes Décrets en faveur des Révérends Peres des Ecoles
pies (1); que par la Lettre, qu’il écrivit à Pilluftre Thomas de
Roccaberty , Archevêque de Valence en Efpagne , pour le
remercier de ce qu'il venoit de fonder, dans fa Ville Capita-
le, un Cohége pour les Clercs Réguliers Mineurs, qui dans
leur Chapitre Général de 170 5', avoient donné de nouveaux
te de leur fincére attachement à la Doë&rine Angé-
lique.
Celui du Pere Cloche ne pouvoir aller guéres plus loin : nous
reviendrions trop fouvent fur ke même article, fi nous voulions
rapporter tout ce que le Pere Général a fait fur ce fujet autant
de fois que l’occafion s’en eft préfentée. Au fortirde Bologne,après
Ja Conclufion du Chapitre, il alla vificer toutes les Maifons de
fon Ordre, dans l'Etat de l’Églife, & dans celui du Grand Duc
de Tofcane. Sa premiére attention dans tous les Couvens, &
dans tous les Monaftéres, étoit toujours de rétablir, affermir,
on perfe“tionner Ds & la Régularité : mais fa Vigilance
n’etoit pas moindre fur fe point de la Doctrine dans les Couvens
d'Etude, L’Auteur Iralien nous apprend, que dans toures les
Villes confidérables, les Magiftrats, les Gouverneurs, & les
Evéques s’empreflérent de le Bire recevoir d'une maniére, qui
étoit fouvent à charge à fa modeftie. Ee Cardinal Antoine
Tanara, alors Légat d'Urbin, le prévint par de grand témoi-
gnages d’eftime. Mais tous ces honneurs le touchoient beau-
coup moins, que le plaifir qu’il reffentoit lorfque, dans les
difpates de PEcole, & dans les Théfes, qui lui furent dédiées
en quelques endroits, il remarquoit que Îles Profefleurs s’appli-
quoient felon leur devoir à former de bons Théologiens,; que
les jeunes gens ne mMonttoient pas moins d’émuflation à profiter
dés Lecoris dé leurs Maîtres ; & qué dans plufieurs Collèges qui
n’appartenoïient point à fon Ordre, on faifoic cependant paroî+
(1) Admonemus, ficut admonitione quinta| Doétoris Angelici optimè meritos, præve-
pen Capituli ftatutum eft, ut omni/nire , eorumque , nat qua:unque occaño-
Onoris , a ébfequii impendio fataganr Fr3- ne , zelum & commendare , & juvète, &c.
tres noftri, Reveréndos Pätres Scholarum| Dom. Ponff. Liv. IT, pag. 94,
Piarum, uti de Ordina noftro, & Duétritia
NA TRS SE in
MA ur Ti 4
USER OK Fe TA Le TN vu ce
gai
E
ie
DE L'ORDRE DE $ DOMINIQUE. s5$r
tre le même zéle à fuivre, & à défendre tous les principes de
d’Ange de l'Ecole.
On commencoit déja à voir les fruits du nouveau Collège
de Cafanare : la louable émulation des Romains, à puifer dans
cette Ecole une do&rine aufli lumineufe que folide, étoir imictée.
dans plufeurs autres Villes d’ltalie : & pendant que le Pere
Cloche portoit une partie de fes attentions à donner la der-
hiére perfection à ce célébre Etabliflement, il faifoit d’autres
dépenfes confidérables pour la gloire de fon Ordre. On en voit
de précieux Monumens dans les Bafiliques de Saint Jean de
Latran, de Saint Pierre, & de Sainte Marie Majeure. Dans la
Chapelle du Saint Sacrement de la premiére, il avoit fait élever
æn Maufolée, au Cardinal Cafanate, il fit placer dans la fecon.
de une grande, & belle Statue de Marbre, en l'honneur de
Saint Dominique ; & dans la troifième, il fit travailler un ma-
gnifique Monument, pour renfermer de telle forte les Reliques
du Bienheureux Pie V , qu'on peut avec beaucoup de facilité
les expofer à la vâe, & à la vénération des Fidéles. Maïs ce qui
Jui renoit le plus à cœur, étoit la Canonization de ceSaint Pape;
Canonization , qu’il pourfuivoir toujours avec un zéle , que rien
n'étoit capable de rebuter. a
Dés fon arrivée à Rome, l’an 167$, le Pere Cloche avoit été
fpécialement chargé, par le Général Jean-Thomas de Rocca-
berty, & depuis par le Pere Antoine de Monroy, de folliciter
la Canonization d’un nombre de Religieux , & de Religieufes
de l'Ordre, dont l’éminente Sainteté avoir éclaté par des Mira-
cles. Lorfqu'il fut lui même à la rête de tout fon Ordre. il fe cruc
dans une nouvelle obligation de pourfuivre cemême Objet; &il
le fit avec tanc de fuccës, que c’eft principalement à fa diligence,
ue nous fommes rédevables du Culte, quelles Souverains Pon-
tifes, Innocent XII, & Clément XI ont décerné, au Bienheu-
reux Ceflas, ancien Difciple de Saint Dominique , au Bien-
heureux Auguftin de Gazothes, au Bienheureux Dalmace Mo-
ner, & aux Bienheureufes, Jeanne Infante de Portugale, Ofan-
Livre
XLVII
RÉ"
ARTONIN
CLOCHE.
x C Y.
Monumens du
zéle, & de la gé.
nérofité du Pere
Cloche.
XCVI.
Plufieurs faints
Perfonnages mis
dans le Catalogue
des Bienheureux.
ne de Mantoue, & Luce de Narni. Par lesfoinsdu Pere Cloche,
& à l’inftance du Pere Thomas Ripoll, alors l’un de fes Affiftans,
la Sacrée Congrégation de Rits déclara encore qu'il conftoic
fuffifamment des Féroïques Vertus des Serviteurs de Dieu,
Frere Jean Mafias, & Frere Martin Porrès, Dominicains Con-
vers du Couvent de Lima dans le Pérou, & qu’on pouvoit pro-
céder à leur Béatification , & Canonization. | |
Depuis que le Pape Clément X, par fa Bulle du 27 Avril
Bullar, Ord. Tom,
Vis P. 498 o 49%
$52 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livré 1692,avoit mis dans le Catalogue des Bienheureux , le Nom
XLVII. du Saint Pontife Pie V, les Rois, & les Princes Catholiques
_—. n'avoient point ceflé de demander fa Canonjzarion. L’Ordrede
CLocur. Saint Dominique en particulier faifoit les plus vives inftances;
= deux de fes Généraux les avoient fouvent À térées. ces inftances
_ XCVIL auprès du Saint Siege ; & le Pere Cloche eùt enfin l'honneur, &
Canonilation du | (olar d'ob ‘ C 0 Elle fut fai
Saine Pape Pie V. 14 Confolation d'obtenir cette Canonization. Elle fut faire avec
toutes les Solemnitées ordinaires par le Pape Clément XI, &
2 ‘annoncéed toute l’Eglile , par la Bulle : Zréer Mulriplices, du 212
,_ : Mayi7i2 (). Lamagnificence, & lagénérofité naturelle de no-
| tre Général ne parurent jamais avec plus d’éclar, que dans cette
_occafion. Nous ne ri point des grandes dépenfes qu'ilfit,
foit en Aumônes, foit en Décorations, pour rendre plus Solem.
nelle la Célébrité de la nouvelle Fête. Il fuffr de dire qu'il me.
rita l'eftime, & l’admiration des Romains; & qu’il donna l'éxem-
ple à toutes les Maiïfons , & à tous les Supérieurs de fon Ordre,
répandus dans les quatre parties du monde.
XCVIIT. _Les Nouvelles , que le Pere Cloche avoit déja reçuës, de l4
Nouvelles reçdes Province des Philippines, & celles qu’on recevoit ous les jours,
des Miflions de : ; T° 4:
POrient, en augmentant fa joye d’une part, ne laïfloienc pas de l'affiger
beaucoup de l’autre. Rien en effet ne pouvoit lui être plusagrea-
ble, que les témoignages non fufpects, du zéle perfévérant de
nos Mifionnaires À poltoliques dans les Indes Orientales, & de
l'inviolable attachement qu’ils avoient toujours montré à la
perfonne, & à la caufe du célébre Cardinal de Tournon, Légat
de Sa Sainteté à la Chine. Mais la douceur de cette joye Chré-
tienne étoit bien troublée, & par la crifte nouvelle de la mort
de ce grand Cardinal, & par l’écat de tribulation, & de perfé-
A NTONIN
cution, où fe trouvoient parmi des peuples Infidéles, tous les
Miniftres de l'Evangile, qui avoient été conftimment unis au
même Légat. Sans entrer ici dans aucun détail étranger à notre
dujet , noys rapporterons fuccintement ce qui regarde la con-
duite du Pere Cloche, & de fes Religieux, dans certe Affaire.
Lorfque M. Charles-Thomas Maillard de Tournon, Parriar-
che d’Antioche, partit de Rome, l’an 1702 (*), pour fe rendre
° (9 C’eft dans cetre BuFe, que le Papelar. Ord. Tom. VI, pag. 479. |
ClËment XLa fait ep peu de mots ce grard| (**) Dans le Tome VI du Bullaire de l’Ore
éloge de l'Ordre de Saint Dominique : Hic | dre des FF. Prêcheurs , nous avans un Bref
enim ille ef laudatiffimus S. Deminici Orde ,| de Clément XI, daté du 10 Juin 1702, &
â quo , nt primbm infiitutus fuit, tanquam in | adreffé à Raymond Lizoli Dom:nicain Mi
spimo , ac fertili agro , eodemque benè ac di. |lanois, alors Evêque , & Vicaire Apoftoli-
ligemer fubaëto ; exculto, viri doëfrine | que dans la Chine ; auquel Sa Sainteré Es
reflantié, ac vite fanctitate confpicui nun- | prend le prochain départ de M. Thomas
qua ali aliis fuccrpfcere defierant, Grc, Bul- | Tournon , pour le même Pays ; & RS
| | ans
|
|
= —
‘DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 5s5ss
dans les Indes Orientales, en qualité de Légat à Zatere, & de Lrvraz”
Vifiteur Apoftolique, afin de prendre corinoiffance des Affaires. XL V:LI.
de la Religion dans ces Pays, & y faire connoïtre la Décifion du ro x 1x |
Saint Siége touchant les Cérémonies Chinoïifes, le Pere Cloche Crocus.:
ne manqua pasd’écrire à nos Religieux des Philippines, pour les
avertir que, par une favorable Providence, le ét ESUS- XCIX.
CHr1sT leur envoyoit un Ange de Paix, dans la perfonne de (,£q"e le Pere
lilluftre Patriarche d’Antioche, dont les lumiéres, les ralens, Keligieux desPhi.
& les vertus faifoient tout efpérer pour l’heureux fuccès d'une lines.
entreprife, qui ne regardoit que la Gloire de Dieu , l'Honheur:
de lPEglife, la tranquillité, le repos , & la réunion de fes Mi-
niftres. Il leur recommandoit en même tems de donner à tous:
léxemple de l’obéiffance, qu'on doit à un Légar du Pape ; & de: Le
Je prévenir dans toutes les occafons, en lui rendant avec PaRec*: os
tion, le zéle, & la vigilance, dont ils. éroient capables, toutes L
fortes de bons Offices. Vous le devez , leur difoir-il, & comme !
Cbrériens, & comme Enfans de Saint Dominique (1). on à
. Les défirs du Pere Général furent parfairement remplis: le.
Légat par tout reçu, obéi, & fervi par les Dominicains, com“:
me: le méritoient les qualités de fa Perfonne, &'le Caratére :
Sacré dont il étoit revêtu, fe. loua foutent, &'de l'officieufe: e.
Charité, qu’il avoit d'abord trouvée dans nos Miflionnairés;, * Nos Miffionnai-
à Manille Capitale des Philippines, où ilétoit déja dans le mois eh Leo
de Novembre 1704 ; & du zéle intrépide , que les. mêmes Apoltolique,
Mifionnaïres, &'leurs Confreres; firent depuis paroître dans
l'Empire de la Chine , où le Légat arriva dans le mois de Juin:
170$. Sur la fn dela même année: ou au comméantement de
la fuivante, le Patriarche d’Antioché fe préfentaà l'Empereur, .
gelle, & en même rems. avec quelle fermeté , il':ofa parler .
contre l’Idolâtrié dans une Couridolitre. A-Ponricheri if. AVOIT.
profcrit les infames Srperftirions des Malabares, & à Pekin, il
condamna les Cérémonies criminelles, par lefadelles les Chinois.
7 avoit défiré de le voir. Tout le monde fçait avec quelle
a
_
lità di Legato à Latere, il neftro Rimo Pa
dre Cloche {criffe Lettere pieng.zeo al Pros.
vinciale delle Filippine , ordinandogli che
mcaricafle a tutti i Mifhionari la-praita ub-
‘bidienza, e che ne pure ih miyima cofa s'il
lontanaffero da i fentimenui del detto Prela=
to ; anzi che lo ferviflero , ed affifteflero in
tutte le occorrenze, confiderando in ci l’ob
bligo generale , che avevano cozie Catholi-
: (1) Quandu quefto degniflimo Prelato | ci ‘ed il particolare come Religiofi Dome
parti da Roma per pañtärfi aila Cina is qua. ficani, D. Pesfs Liv. LI, p. 26, 76. .
Tome VI, Aaaa
TR |
à. {e joindre 1 fui, & à l'aider dans tout.ce
qui regarde l’'éxerçice de fon Miniftére : Fra-
térnitétem itaqye tuam , que codem defiderie
dcenfs ; Evangelii, &-Cathelice veritatis
Propagapioné pie‘ iffic, :8c ferventer dar ope-
vam , bortamur ... @ cidem injungimus , ns
prefnto Patrisrcha fraterné charitate . .. om.
wi prateres ope ac dilisentiä adelle curet, Ce.
Bollar, Ord. Tom. VI, pag. 443. : |
LIVRE
L XV It..
AMNTON'IN:
CLOCHE.
554 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
prétendent honorerleurPhilofophe. & leurs Ancètres défunts:
En fidéle Miniitre du Pape, il:en publia les Décifions; & il fit
lui-même, felon le Devoir de fa rs on tous lés Réglemens,
a jugea néceffaires, gd venger la Sainreré de la Religion
hrétienne ; conferver [a pureté de fon Culte, fans aucun mé-
lange de Superftition ; & pourvoir au Salut, tant des nouveaux
Chrétiens , que de leurs Conduéteurs.. :
vw -
CI.
Aflociés à fes
kens,
Cette conduite du Légar. étoit fans doure digne des plus hau-
tes louañges: aufli a t'elle mérité l'approbation du Saint Siége :
tous fes Décrets ont eté depuis applaudis, & plufeurs fois con-
firmés par les Souverains Pontifes. Mais cout cela lui attira dès-
lors la plus cruelle & la plus violente perfécution dans l'Empire
de la, Chine. Chaflé d'abord de la Cour avec ignominie, il fut
depuis arrêté à Macao, pour y être raffafié de nouveaux oppro.
bres ; & tous ceux qui eurent le courage de lui:obéëir, & de par-
Jer comme lui‘pour les intérêts du Chriftianifme, devinrent les
Compagnons de fon éxil, & de fes liens. Rien cependant ne put
abattre l, conftance de ce grand Homme, niaffoiblir celle de nos
| Religieux, aflociés à fes 2 Tandis, que renfermé dans:
L
N
CII.
Le Pere Cloche
Jes en féicite , &
les exhorte à la
perfévérance.
uge obfcure. Prifon , maïs foutenu .par la Grace, le Saint Légat
fe réjouiflaic das le Seigneur: , rer one er digne de
fouffsir pour le Nom de JEsus-CHR1ST , & pour la juite
défenfe de fon Culte; le S. Siége, moins pour recompenfer fon
zéle , que pour accréditer de plus en plus fon Miniftére parmïles
Nations Errangéres, l'éleva ar ro La nouvelle en fue
portée À. Macao dans le mois d'Août 1709. : .:.
::Le.Pere Cloche profira de cetre:occafion pour adrefler à nos
Miftonnaires de nouvelles Lettres de félicitation, & d’exhorta-
tidn. Il les félicitoir de ce qu’en véritables Miniftres de l’Evan-
gilé ,.ils n’avoient pas craint de perdre la liberté, & d’expofer
même leùr.vie, pour demeurer fermes: dans la défenife de la
Religion , & dans l'obéiffance qu’on devoit d celui, qui en éroir
aors.le principal ‘appui au: milieu des peuples Infidéles. Il les
exhortoit aufli à ne point fe laffer de combattre pour la Foi;
mais de donner, toutes les fois qu'il feroit néceffaire, de nou-
… velles maïqués de leur vertu, & de leur jufte actachement au
jeux, &, zélé Cardinal, en l’accompagnant avec joye, dans la
tribulation , dans l'éxil', dans les Prifons, & jéfqu'à la mort,
C'eft ce qu'ils firent(1}, |
%0:alia'porpora, replicà il P, Generale nuo- {rifpondenza , che meritava ; perchè a
| (a) Quanda poi il detto Prela:o fa me |“ lui zelo incontrè in qué Religiofi Ia coni
ve letière dello ftcilo tenore ; e periverità il Lgiunto is quelle partiitfuderto Legato Apolg
rs | ee.
Le +
SOLS OSS VS ELA 7x2
Len vo
ee
ss
TL te”
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 55s |
-: «La nouvelle Dignité du Légat n'ayant fervi qu'à refferrer fes L'1v RE
iens , nos férvens Millionnaires fe trouvérent dans de ‘nou- *X LV FE
“véltes épreuves; ils donnerent auffi de nouveaux témoi napts ANTONIN
‘de lear conftante fidélité, & d'un courage, que ni les fuppi- Ciocue.
ces, ni la vüe de la mort, ne furent point capables d’ébranler. ==="
"Comme rien ne fçauroit leur être plus glorieux; je ne penfe pas
auffi qu’on puifle en défirer des preuves plus inconteftables, que
celles que nous allons en donner. La premiére, eft prife dés
-Ades d’un Chapitre Provincial, tenu à Manille après les Fêtés
de Pâque 1710, où nous lifons ces Paroles : ct
f) 0 0 paucis #b binc N£:: faifans fçavoir , que le Ré- exrt.
menfibus, Rev. admodum Pa- vérend Pere Provincial ,notre Pré- Aëtes d’un €ha-
‘rem Provincidleñ predecefforem nof- décefleur à reçu depuis peu de mois, Ptre TE
‘srum Epiflolas À -Patribns Miffioma- des Lettres, non-feulement de nos Re- Ride des PhE
is vaflffimi Imperii Sinarum , 6° ligieux Miffionnaires dans le vafte Em- fppines. Lu
ab Enineniffimo DD. Carolo-Tho- pire de la Chine, mais aufli de l'Emi-
ma Cardinali de Tournen accepiffe, -nentifime Cardinal Charles- Thomas
ex quarwm contexte, publicäque on- de Tournon;. & que par le contenu de
ninm tâm Chrifiianerum, quam Gen- ces Lettres, ainfi que par la voix pu-
ilium in banc Civitatem ( Manile') blique de tous’ ceux qui viennent de ce
ex’ illis partibus pervenientinm famai Paysà dans cette Ville de Manille ;foit
-claré nofrerum Miffionariorim in Chrétiens, ou Gentils , nous apprenofis
-patiensiffime tolerandis calumniis , quelle eft toujours la Conftance de nos
exiliis, ac laboribus liquet cenfian- Miffionnaires, éprouvés par les Calom-
cia : percuff namque Paflore DD. nies , l'Exil, & les plus grands travaux.
"Cardinali calupniis inenarrabilibus ; L'Iluftre Chef de la Mifion , le Çardi-
duplicataque pafl impolitionem Birréri pal Légat.a été frappé, & commé ac-
«Cardmiaisrii caflodia nullus ex noffris: cablé de maux: inexprimables ; depuis
AAiffion arss difperfus eff; [ed imnes .fhême qu’il'a reçu la Calote de Caïdi-
ad Laus ejus perfeverarunt, camdens nal, on a reflerré fes liens, & redoublé
cufiodiam, eafdemque calumnias , fa- {es Gardes; mais aucun de nos Miflion-
‘oem , ©, lebores conflantiffime sole- naires ‘ne l’a. abandonné : tous font de-
ranies ; duobus tantum exceptis , qui meurés fermes auprès de fa perfonne,
& manibus (atellitum fugientes , ‘#7 fupportant avec une invincible parience,
jaffe insqui Principis contemnenres , les mêmes incommodités de: la Prifon,
per illud vafiiffimur Imiperium dif- les mêmes infultes , la faim , & le travail,
currerdo latent, crigendo lapfos ,ro- 1 n'y en a eu que deux, qui fe font :
borando infirmos ; € confolgndo pu- échappés des mains des Satellites, .&
fillanimes, ©c (*).. _- qu La être arrétés.par les Ordres d’un
HN .7.. °° Prince Infidéle , contiruent à parcou-
-rir.en fecret cés 'vaftes Conttéés, pour relever 'ceux dés nouveaux Chré-
tiens, qui font tombés, fortifer les foibles, cdnfoler , & encourager les
Plus timides (*). 5 _
tolico ,i Miffionari dell” Ordine gli fi efibi- cuzioni , nel!” Efilio, ed Anche nella prigio-
‘xono pronti ad ubbidirla, fervirlo .ed'afif-|nia, &c. D, Ponf, Liv. I1,p.76
* terlo: nè mai lbbandonarono fn alls mor:| (*)Le P.Frariçois Gonçiferde S. Pierre, Pn
te, mg l’accompagnaro no fempre nelle pere: des Miflionnaites eivoÿéspai le Pere Cloc
| Aaaaïij
Livre
XLVEL
ANTONIN
Croce.
CIV.
”, Lettres du Pase-.,
au Roy de Porru-,
gl , fur le même.
JE Ce |
556 HISTOIRE DES-HOMMES ILLUSTRES
Le Provincial des Philippines écrivoit ceci, dans fon Cha:
pitre de Manille, peu de tems avant la mort du Cardinal de
Tournon; arrivée à Macao, le 8 de Juin, de la même année
1710. Le Pape Clément XI lignoroit encore cette mort, le
14 de Mars 1711, lorfqu’il adrefloit un Bref au Roï de Portu.
gal, pour avertir Sa Majefté, que le Capitaine Général de Ma.
_cao, & fes Officiers s'éroient rendu les Miniftres de la Perfécu-
tion fufcitée au Saint Cardinal. A près avoir donc prié ce Prince
de prendre au plutôt connoiffance des mauvais traitemens faits
à la perfonne de fon Légat; de les faire cefler, & de punir éxem.
plairement les coupables , Sa Sainteté ajoutoit : |
» Quoique nous foyons perfuadés que, depuis nos précéden-
ces Lettres. voüs n'avez pù recevoir des Indes aucune réponfe
» fur cette A äire, & que nous ne doutions nullement que vo-
».tre Viceroi de Goa n'éxécute promptement vos ordres ; néan.
# moins la violence de la douleur extrême que nous reflentons,
» par toutes les nouvelles , qui nous viennent de ce Paysla,
‘» nous oblige de mettre de nouveau fous les yeux de Votre Ma-
» jefté, l’acrocité des anciennes, & des-nouvelles injures , que
» vos Officiers ont faites, avec autant de rémerité , que d’im-
.» piété, à la Dignité de norte Légat Apoftolique, & — con-
» tinuent encore de lui faire, depuis qu'ils ont appris fa Promo-
# tioñ au Cardinalat. Les dcrnigres Lettres qu’on nous a appor.
-» tées d'Orient, nous apprennent que dans le mois de Décembre
» 1708, & dans celui de Septembre 1709 ,0n a publié à Macao
»”un Edit du Viceroi de Éoa . pour défendre , fous les plus
.» rigoureufes peines, à rous les Fidéles de rendre aucun refpe&
» ni aucune dbéiffance au Légat Apoftolique. Selon cer Edit,
» fi injurieux à votre Autorité Royale, tout Eccléfiaftique,
"» ou Laïque, qui ofoit obéir au Miniftre du Saint Siége, devoit
‘» être auffirôt tranfporté dans les Prifons de Goa. Après certe
‘», publication, quatre Religieux de l'Ordre des FF. Prêcheurs,
» dont trois étcient Prêtres, continuant à preférer leur devoir
dans la Chine Pan 1693, & qui prêchoit
‘avec beaucoup de fruit dans la Province ce
Foquien., lortque M. de Tournon arriva
dans cet Empire, nous à appris les Noms
. de nos principaux Miflionnaires , qui fervi-
sent fidéiement le Légat , & qui eurent leur
* port à fes tribulariorts : tels Done les Peres
Fiançois- Thomas Croquer , François Can-
tro , Jean-Antoine Diaz, Magini.Vental-
dol, Picrre Mupnoz, Pierre de Amarall,
.Jein Aftudillo , qui fervit d’Interprête au
l'Légar à Canton, & à Macao ; Jean Cava:
a -t - , : ‘ . ° n .. , s
gliere, & François Cavagliére. Celui. ci
ayant été mis malyré lui fur un Vaifleau,
pour être conduit de Macao à Manille , far
jetté par la rempête fur les côtes de Casses ;
& cet'accident lui procura la liberté de re-
tourner à fon Eglife dans la Province de Fo-
quien ; où les nouveaux Chrétiens le reçô-
rent avec nne joye extraordinaire , & prof.
toient encore de fou Miniftére en 1710.,
lorfque le Pere Gonç'lez écrivoit fa Rels
tion. Wide Echard , Tom. II, p. 730, 731:
SN EN
‘+ - . Ft sert
ge ve
s-
SES
RS
er
—.— =
ti Le a
L >] =
a
ri A à
Lee
CS
EYE NW NE
_ & l'honneur de la Religion , que
*’ DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. s5s7
À une telle défenfe, ont été enlevés randis qu'ils privient dans L-, .
l'Eglife, où le Saint Sacremenc étoit expofc à l'adoration des& YX Cyr]
Fidéles ;, & on les a emmenés dans les Prifons : l’un d'eux qui és ="
fe trouvoit revêtu de fes Ornemens Sacerdotaux , a eté . NIN
conduir en cet état à la Cicadelle, en préfence de toutun« mnt
peuple fcandalifé , les Gentils même frémiffans d'horreur à la «
vüé de ce facrilége attentat, &c (1) ». nn. |
Ces derniéres lignes d’un Bref Apoftolique font une nouvelle
preuve de ce que nous avons avance , touchant la conftance de
nos Miffionnaires, dansune Affaire, d'autant plus grave, qu'elte
regardoit moins la perfonne du pr ik da la caufe de l'Eglife,
intrépide Légar défendoit
avec un zéle, qui lui a procuré une mort véritablement pré-
cieufe aux yeux de la Foi. C’eft dans ce fens, que'le Vicaire de
JEsus-CHrisT s’expliqua , en préfence de tout le Sacré
Collège , lorfqu'ayanc enfin appris le décès de ce Grand Cardi.-
nal, F fit l’cloge de fes Vertus en ces termes :
« Vénérables Freres, nous avons fouvent déploré, dans ce « CY.
même Lieu, les maux publics; & aujourd’hui nous fommes à per
obligés de verfer des larmes fur une perte, qui nous eft particu. & F,jeConfitoire
liére , à vous & à nous, quoique d’ailleurs elle puiffe bien être « fcret du 14 Oc-
confidérée comme une perte publique, & une calamité de « es ere
l'Eglife Univerfelle. Vous comprenez déja que c’eft de Paffli- « vi, pag. 454
geante nouvelle de la mort du Cardinal Charles-Thomas de « |
Tournon, que nous voulons parler. Nous avons perdu, Vé- «
nérables Freres, nous avons perdu un très-pgrand Zélateur «
de la Religion Chrétienne , un intrépide Défenfeur de Auto. «
xité Pontificale, un puiflant appui de la Difcipline Eccléfiafti- «
(1) Impatientia tamen doloris, quem pro
faéto acerbiffimum haufimusexiis, quæ non
ita pridem ad nos delata fant, Majeftatem
tuam denuo interpellare nos copit, tibique
zecentia, & fanè graviflima explicare vulne-
za, quæ à præfatis Ofücialibus, & Adminif
tris tuis, Legato Apoito!ico, ejufque digni-
tati,etiam poitquam ipfis ilus ad Cardina-
Jacum affumptio innotuit , temerè non mi-
nus quim impiè inf.@a fuerunt. Ea verd,
quemadmodum ex poftremis illarum par-
&ium litteris deprehendimus, funt, quod in
piædita Machaonenfi Civ:tate juffu Goani
prorcgis ,menfe Decembri 1708 primdm,
& deinde menfe Scprembri 1709 folemni
ritu promulgatum rurfus fuir ediétum , quo
£ne intolerabil, tibique fummopete injurio-
fo Regiz tuæ auétoritatis abufu, fub gravil-
Smis ctiam rebellionis pœnis inerdicitur
univerfis, ne ullum obedientiæ genus eidem
Legato Apoñtolico exhibeant, ac propterea
mandatur , ut quicumque morem illi gefle=
rint , five Ecclelaftici, five Laici fuerint,
captivi Goam tranfmittantur, Quatuor por
ro. Regulares Ordinis Prædicatorum, à que
bus tres Sacerdotali Dignitate infigniti, quèd
Ediéto hujufmodi non paruiffent , ipfa in Ec.
clefia,coram Sanétifimo Euchariftiæ Sacrgs
mento Fidelium cultui erpofñto, .quad' re«
ferre exhorrefcimus, capti, & ad carceres
deportati fuerunt , uno excepto, qui facris
veftibus indutus, cum clavi cuftodiæ collé
appenfa, ad arcem, rota fpeëtante Civitate,
ac ipfis facrilegum facinus deteftantibus Ech.
nicis , deduétos fuir, &c. Adess Bullar. Ord:
Tom. VI, p. 476, Et Vis. Clem. XI, Liv
III, N. 63, pag: 217, Ce |
al
Aaaa ii
Livare
XLVII.
ANTONIN
CLocue,
=
588 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» que, une grande Lumiére de votre Ordre, & fon Ornement,
» Nous avons pérdu notre Fils, & votre Frere: épuifé:par les
» longs travaux., qu'il a entrepris pour la caufe de Jesus.
»CHrisrT; les peines infinies, les opprobres, & les affronts,
» qu’il a foufferts avec une patience, & un courage invincible,
» l'ont éprouvé, comme le feu éprouve l'or dans le creufer,
» Tout cela cependant, fi nous le confidérons avec les Lumiéres
«sde la’ Foi, bien loin de mettre le comble à notre douleur, doit
#.au contraire en adoucir l’amertume, & nous confoler Chré-
» tiennement : éar l’Apôtre nous avertit qu’il ne nous eft pas
» permis de nous attrifter touchant ceux qui dorment, comme
» font les Hommes qui n'ont point d’efpérance. Quels juftes
»-motifs n’avons-nous pas de croire que la mort du très pieux
45 Cardinal a été précieufe devant le Seigneur ? Souvenons-nous
# quelle a été l’ardeurde fon zéle pourla a gr de Îa Foi;
» & avec quelle prompte obéiflance, dès que le Seigneur l'a
» apellé par nous au Miniftére Apoftolique, il a quitté la Cour,
» la Ville, fes proches, fes Amis, & rout ce que la nature nous
» rend le plus cher, pour aller s’expofer aux périls, & aux in-
» commodités d’un très-long , & très-pénible Voyage. La mè.
» me Charité de JEsus-CHRIST, qui le prefloic, & qui la
» toujours foutenu, dans les Contrées fi reculées, qu'il lui a
» fallu parcourir fur Terre, & fur Mer, lui a fait préférer fon
» Devoir à fa propre confervation : elle l’a mis au-deflus des
» terreurs & de la crainte humaine ; il a annoncé aux Princes, &
» aux Rois, la Loi du Seigneur ; & il n'a pas été confondu.
» Plein d’une fainte Joye, au milieu des tribulations, il a don-
» né à toute l’Eglife un fpe&acle, infinimenc agréable à Dieu,
» & à fes Anges. N'oublions pas cette fermeté d’ame, & ce
» généreux mépris des grandeurs humaines, dont nous avons
» pour garands fes Aétions, & fes Lettres : lorfque ss recon-
» noître fon mérite, & fes importans fervices, nous l’eumes éle.
» vé au Cardinalat, il nous Écrivie qu’il n’acceptoit cette émi-
» nente Dignité, que comme un avertiflemenr, & une nouvelle
».obligarion de combattre jufqu’à l’effufion de fon Sang . pour
» JEsus-CHRIST, & Set Epglife : ajoutant qu'il renon.
# ceroit volontiers à l’honneur de la Pourpre, plutôt que d'aban-
».donner les Miflions de la Chine, pour retourner en Europe,
» Mais qui pourroit ne point admirer la rare piété , que ce Car.
» dinal a fait paroître dans fon Teftament » Il fuffic de feavoir,
»iqu'ila donné fon argent aux Pauvres, la feule croix à fes Pa-
» rens, & tous fes biens à l'entretien des Miniftres chargés de
: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. #59
travailler à la propagation de la Foi, parmi les Infideles, Par« Lryxr
ce feul trait, fa montre quels doivent être les Teftimens de& YLVII
ceux, qui, confacrés au Service de l’Egliie , ont vécu de l'Au- «
tel. Enfin ,.ce qui nôus remplit d'efperance que le Seigneur « “TL
aura agréé fon Sacrifice, c’eft cette conftance, fi digne de la «4 emmener
vertu Sacerdotale, & du zele Apoftolique, qui a éclaté dans «
toure la conduite, & dans toutes les épreuves du Saint Cardi- «
nal, La faim, la foif, la prifon , une- cruelle perfécution, les «
lus mauvais traitemens , n’ont pû l’engager à abandonner «
"Œuvre de Dieu. Toujours lui-même, jufqu'au dernier foupir «
il a agi avec force, & fouffert avec patience. Il a bien com- «.
battu, il a achevé fa courfe, il a gardé la Foi. Ne devons- «
rious pas efpérer que le jufte Juge lui aura rendu la Couron- «
ne, qui lui étoit réfervée ? Oui, fans doute, il faut le penfer «
ainfi.. Mais , parce que la fragilité humaine ne permet pas, «s
que la vie la plus pure foit fans quelque mélange d’imperfec- ce
. tion, la Charité Chrétienne nous oblige d'offrir des Priéres , c«
& des Sacrifices, pour l’Ame du Cardinal défunt. Nous l'avons ce
déja fait en notre particulier ; & afin d’honorer la mémoire «
d'une Vertu extraordinaire, nous ferons encore célébrer pu- «
bliquement fes Obféques folemnelles , dans notre Chapelle «
Pontificale, au jour que nous vous marquerons. Nous avons «
cependant cette confiance, que le Cardinal de Tournon, ayant «
fi rendrement aimé la Miffion de la Chine, pendant fa Vie, il «
la favorifera dans le Ciel; & qu’il obtiendra de la Miféricorde «
du Seigneur, que l’Y vraie fémée dans ce champ par l'Homme «
Ennemi, en foit enfin arrachée, & que la Moiflon devienne «
tous les jours plus abondante, pour la Gloire de Dieu, & «
Féxaltation de la Foi Catholique ». | ;
. Les Ouvriers Evangéliques , que notre Général avoit fait
pafer des Philippines dans l’Empire de la Chine, continuoient
toujours, quoiqu’avec moins de liberté , à y-travailler {elon les
Vœux de leur Supérieur, & du Pape: & ce fut fans doute autant
te les encourager à fournir certe pénible Carriére, que pour
eur marquer fa jufte fatisfaction de ce qu'ils avoient déja fait,
que Sa Sainteté voulut bien les honorer de quelques Préfens |
& d'un Bref, que nous allons rapporter, & traduire. .
&
Ha ee
460 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
cd RE A nos chers Fils, le Provincial, © les
LVET. autres Religieux de l'Ordre des FF,
ANTONIN Précheurs, de le Province apellée du
CLOCHE. Saint Rofasre , dans les Îles Philippi-
D "rmmnnrm 2 nes,
C V L :
Lettres du Pape Le PAPE CLr'MENT XI
Clément XI aux
He des : As chers Fils, Salut, © Bénédiclion
lippines. AE Apofholique
Bullar. Tom. VI, P . ge,
Pa£. 494. .
D. Ponf, tir. 11, C E qu'on nous a fouvent rapporté
pas. 80. de votre excellente Piété, & du
fidéle attachement que vous n'avez ceflé
de faite paroître envers nous, & envers
le Saint Siége, nous a caufé d'autant
Dile@is Filis Priori Provinciali, &°
cæteris Religiofis Viris Ordinis
FF. Prædicatorum Profefloribus
Provinciæ San@iflimi Rofaru
nuncupatæ , in Iofulis Phiippi-
nis,
CLEMENS PP, XL
Dile@i Filii, Salutem, & Apofto-
licam Benedi&@ionem.
UÆ de fingulari pictate vefira,
Q ve plane ae erga 105 , 43-
que fanilam banc Sedem devorione,
non femel commemorari audivimus,
cum Ordinis, quem [ummopere dili-
plus de joie, ie cela eft plus confor- gimws, landibus fuffragentur , nbe-
me à l'Efprit d’un Ordre , que nous
chériffons beaucoup. Mais ce qui nous
rem nobis gaudis mattriam attule-
runt, Gratum Autem SMPTUNIS , 46
a été particuliérement agréable, & que prater modwn acceptum nobis fuit,
nous n'avons pü. tete qu'avec un
fenfible plaifir , c'eft que dans toutes les
occafions, vous vous êtes diftingués par
Je ‘plus prompte , & la plus fincére
obéiffance aux ordres , non-feulement
de feu le Cardinal de Tournon, dont
quod pie memoria Cardinali de Tour-
non , cujus Nomen in beneditlione.
eff, fimulque Vicaris Apofholicis sf-
tarum partium , debitans obcdien-
tiam, alacriter omni tempore prefii-.
teritis, eifque fincera , incorruptaqu
le nom eft en bénédi@tion, mais aufli file, st par erat, femper adhafcri-
de tous les Vicaires Apoftoliques, que
le Saint Siépe a envoyés dans ces Mif-
- fions. Nous n'ignorons pas non plus,
avec quelle conftance vous êtes demeu-
tis. Quin ctiam flantes in m gra conf-
tantia adverfus eos , qui vos angaf-
tiaverunt, vincula, cxilia, aliaque
mala plurima , infratlo, excelfoque
rés toujours fermes contre tous les ef- prorfiss animo fiflinueritis. Ef+, prop-
forts de ceux qui vous accabloient d'af-
fictions ni avec quelle invincible pa-
tience vous avez porté les liens, fouf-
fert l’éxil, & triomphé de tous lesmaux,
Le ont: éprouvé votre courage, C'eft
onc à nous à vous témoigner com-
terea , cur , tot preclaris documents
comprobatam viriutem vejiram, pe-
culiari hoc grate, ac in vos ado.
dum propen[e mentis noftre tefiimo-
nio profequemur ; fimulque param
vobis non levem, apud veros + ccle-
bien nous-eftimons une Vertu fi digne fie Filios , Chrifiiane fortisudinis, 46
de louange; & en. vous donnant les
plus fortes aflurances de notre bien-
Yeillance , noùs devons vous féliciter,
de ce que vous vous êtes couverts de:
gloire devant tous les véritables Enfans
de l'Eglife , qui ne fçauroient trop louer
eli laudem , 2 gratulemur.
Caterum paterne
luculentiora , quorie[cumqne occafie
fupperer , Vobis non deerunt ATLHN Re
14; ufque int rex pignns , nonnulls
vobis mitimus [acra munera , qu&
nevol:mise nefiræ
ce zéle, & certe force Chrétienne, done: religiofis animis veftris pergrata fore
vous avez donné de fi beaux éxemples, mminimè dubitamus. Vobis demum,
Lorfque l'occafion fe préfentera, nous dilcéli Filii, Apaftolicam Bemdiilio
BERR
bumiliter obfécramus, ut cœlefiism paternel : vous en recevrez cependant
“uns de nos Miffionnaïres, cach
>
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. sër
‘fem péramanter impertimur ; bono- ne manquerons pas de vous donner de Lynx
rumque'omvium largitoren Deus plusgrands témoignages denotréamour %['y II.
Charifmatum donis vos uberins in un gage, dans les Préfens que nous vous ANTONIN
dies cumules. Datum Rome, apud envoyons , & que nous ne doutons pas CLOCHE.
Santlum Perum, fab Annulo Pif- devoir être fort agréables à des perfon-
catoris , die 22 Aprilis 1713, Pon- nes de votre Caractére. Nous vous don-
tificatus noffri anno decimo tertio. nons en même tems, nos chers Fils,
la Bénédi&ion Apoftolique, & nous prions celui qui eft l’Auteur de tous les
Biens, de vous remplir toujours de fes Dons les plus précieux, À Rome,
. Je 22 d'Avril 1713, la treiziéme année de notre Pontificat,
*. Quelque plaïfir que dût faire au Révérend Pere Cloche, un
témoignage fi glorieux à tout. fon Ordre, & en particulier aux
zélés Prédicateurs de la Foi, à qui ilavoit confié le foin d’une
grande Miffon; fon Cœur ne lait pas d’être rempli d'amertu- -
me, & de crainte, depuis que, par les derniéres Lettres reçuës Cvit. 7
des Philippines, il avoit appris que la Perfécution devenoit tou- ed :
jours plus violente contre les nouveaux Chrétiens de la Chine , Cloche,
& contre ceux qui les avoient régénérés par le Baptême. IL
n'ignoroit point quelle étoit la Vigilance des Mandarins , & de:
vous les Gouverneurs, à faire éxécuter l’Edit de l'Empereur,
tm chafler de fon Empire tous les Miflionnaires, avec Défenfe
{ous peine de la Vie, d'y rentrer jamais, s'ils ne vouloient prati-
quer eux. mêmes, & laifler pratiquer à leurs Chrétiens , les
Cérémonies pleines de Superllition. & d’Idolâtrie, déja con-
damnées par le Saint Siége, & par fon Légat.
” - Comme nous l'avons remarqué, il y avoit encore quelques.
ds dans le Pays, toujours prêts à
inftruire , foutenir , & confoler ceux qu’ils avoient gagnés à
“JEsus-CHrisT; mais les Secours qu'ils pouvoient donner
& un certain nombre de Fidéles, étoient peu proportionnés à
cette multiude de Chrétiens répandus dans un vafte Empire.
Ces Saints Miniftres d’ailleurs étoient continuellement à la M
veille de fe voir trahis, ou autrement découverts, & de devenir deep
les Vidfimes de leur Charité. C’éroit donc avec raifon, que le |
‘Pere Cloche craignoît pour leur Vie : mais il craignoit encore
‘plus la perte de la Foi dans les Eglifes de la Chine, & l’Apofta-
fie d'un infinité de Chrétiens, toujours expofés à la perfécution,
où à la féduction, A près de ferventes Priéres, plein de confiance
-en la Divine Bonté, & foumis à fes Ordres, le Pere Cloche
“écrivit au Provincial des Philippines de ranimer le zéle de fes
Religieux; de chercher l’occa ion, & les moyens d'en faire
entrer quelques-uns dans la Chine; & de tenter l’impoffble,
Tom. VI. | Bbbb
562 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liveaz plutôt que d'abandonner la Vigne du Seigneur , en laiffant périe
XLVII. la Foi dans une Chrétienté, qu’ils avoient fondée par tant de
AnNrontn travaux, & arrofée de tant de fueurs(r). |
Croce Les Lettres desPhilippines des années 171 2,8 17r4necon-
tenoient rien que de trifte, & d’affligeant. Celles de 1716 com.
mencérent de donner quelque lueur d’efpérance, parce qu'elles
apprenoient, que malgré la difficulté des Embarquemens, & le
feu de la perfécution , qui fe foutenoit encore dans la Chine, &
D. Pouf, Li, m, dan le es , plufieurs de nos Miffionnaires avoient heureu-
pe78,79 fement pénétré dans l’un, & dans l'autre Royaume; & que
| quelques-autres fe difpofoient à les fuivre, réfolus de répandre
Jeur Bang, s'il étoit néceflaire, pour travailler à la conferva,
tion, & à la propagation de la Foi. | |
.… Cependant la longue Guerre, dont toutes les parties de l’Eu-
[,SIX , rope étoient agitées , depuis le commencement de ce Siécle,
a paix rendue : . - .
à l'Europe fic Ctant enfin terminée pour le bonheur des peuples; & la paix
concevoir à notre affermie par les Traités d'Utrecht, de Raftad, & de Baden; le
Rs P. Cloche reprit auflitôt le deffein de faire la Vifite de fon Or-
pouvoir enfin vif. dre, du moins dansles Royaumes de France, & d’Efpagne. Tant
- &r fon Ordre, d’obftacles fi fouvent renouvellés n’avoient pû aFoiblir dans
fon Cœur ce défir toujours perfévérant; & fon grand âge n’en
moderoit point l’ardeur. Pour en venir à l’éxécution, il crut
devoir faire dans le fecret tout ce qu’il pouvoit s'empêcher de
Tommuniquer À {es plus intimes Amis. Ce fut fans leur partici-
pation, qu'il demanda, & qu’il obtint de ppes du Roi très-
Chrétien, & du Roi Catholique. Mais fes anciens Amis, qui
éroient en grand nombre, dans la Ville , & à la Cour de Rome,
ne furent pas plutôt inftruits de fa réfolution, qu’ils n’oubliérent
rien pour la traverfer. Tout fe mit en mouvement pour détour.
ner le Pere Général , d’une entreprife , qui allarmoiït d’au-
tant plus ceux qui lui étoient fincérement attachés, qu'ils ne
cx Croyoient pas pouvoir efpérer de le revoir jamais à Rome, fi
B.sy prépare, À l'âge de près de quatre-vingt-dix ans, il entreprenoit un auffi
(1) Dalli Atti del Capitolo celebrato in[te umiliatofi con la dovuta rafegazione aë
Maailla nel 1712 tatefe l’infaufta nuova della! divini voleri, cercè di, riparare nel modo
morte del detto Eminentiffimo , con la to-| poflibile quefta grande rouina. Scrifle per
tale efpulfione dè fuoi Miflionari da cutto | tanto a quel Padre Provinciale, che ad onta
Plmpero della Cina , e la proibizione a qual | dituttæ le perzecuzioni non abbandonafle
cunque Millionario di pit intrarvi fotro pe-| quella Vigna di Crifto, mi fi ftudiafle di con.
na della morte, fe prima non offervava i Ri- | tinuarne la coltura , mandandovi per qual-
ti pid volte condanuati della Santa Sede co-| che altra parte Miflionari , accid non fi per-
me idolærici. Queft: notizia lo feri nel pid | deffe affato quella fede , che con tanti ften-
vivo del cuore, e l’obbligè per luongo tem-| ti, e fudori vi f era introdotta. D. Pef,
‘po a Cofnpiangere , cà fentimenti di Criftia- | Liv, IT, p. 77, 78.
na pietd, il finiftre accidente : ma finalimen-
ES ie | oo PP om mm
a nt
CES
—
FF
k Re L a
Lk Pas 7 SA
En, +73
ri à
En à
& LOT LT
- Vs Es CS
LS
——
V4 4 We à
»
: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 563 :
Jong Voyage. On le pria, on le preffa d’y renoncer; & on lui Livre
fepréfenta de la maniére la plus forte à quels inconvéniens il XLVIL.
alloit s'expofer. Mais à toutes ces remontrances , l’infléxible …
Général fe contentoit de répondre, qu’il lui étoit très-indiffé- c ce
rent de mourir à Rome, ou ailleurs ; dans un Couvent, ou en |
Voyage, pourvû qu'il eut l'avantage de mourir dans la Grace 1 pes, 54.
de Dieu. Etil ajoutoit, qu’un Supérieur qui meurt en rempliffant
les Devoirs de fa Charge, trouve autant de fatisfaétion que de
gloire dans une pareille mort, . | :
Tandis que quelques Cardinaux follicitoïent inutilement le cxt:
Pere Cloche, de ne vouloir point tenter , ce qui ne pouvoit plus Ses Amis, & 18
convenir à fon Âge; quelques autres prirent des mefures plus £#r° °Y °PP°
) Cats
juftes , ou plus efficaces, en prévenans le Souverain Ponrife
qui n’avoit pas encore donné un exprès confentement ; & lorf-
que, pour l'obtenir, le Pere Cloche alla fe jetter à fes piés; Sa
Sainteté lui dit en peu de mots , que fon zéle étoit louable;
mais que l'eftime même qu’elle faïfoit de fa Perfonne , & de fon
Ordre, ne lui permettoit pas d'accorder fa demande. Le Pere
Général ne manqua pas de faire valoir, avec fon éloquence na-
turelle , toutes les raifons, & les juftes motifs qui le faifoient
agir ; le Devoir de fa Charge, & les peines de confcience , qu’il
avoit, fe croyant coupable devant Dieu, & devant les Hommes,
de ce que depuis tant d'années, qu’il éroit en place, il n’avoit
encore vifité aucune.de fes Provinces hors de l'Italie. A quai le
Saint Pere.répondit : Dieu ne vous demandera point compte de. |
?
e
. ce qué yous n'avez pû faire ; &stont le monde fçait , que les cir-
conftances dés tems, ou des affaires , ne vous ônt pas permis ‘ ‘ ‘©
jufqu’ici d’éxécurer, ce que vous avez toujours défiré : pour
vous raflurer davantage lä-deflus , je vous ordonne éxpreflément
de reltér à Rome... | CU
‘Un Supérieur moins a@if,ou moins zélé, auroïr cru pouvoit cxr1:
fé tranquillizer déformais après un Ordre fi précis le Pére Clo- Le Cardinal Ons
che au contraire ne penfa qu'àle faire révoquer, bd défit noins ne à
de remplir un Devoir, qu’il regardoît commeindifpenfable, Le |
Cardinal des Urfns fe trouvoit alors. à Rome; & , felon fÀ
coutume , il s’étoit logé avéc fes Freres, dans lé Couvent de 14
Minerve : le Pere Cloche également perfuadé de la tendre ami-
tié., que ce Cardinal lui portoit, & du crédit qu’il avoit fur an
l'Efprit du Pape, pria tres-inftamment fon Eminence de vou.
loir bien agir RE du Pontife, pour lui obrenir la permiffion
de fe rendre du moins’ en France, où il fouhaitoit arranger
avant {4 mort ,certairies ONE le bien
B ij
564 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvauz de fonOrdre, particuliérement dans ce Royaume. La demande
XLVII ne furprit point le Saint Cardinal, mais elle lui déplût extrême-
ment : il aimoit trop le Pere Général, pour ne pas lui parler
comme avoit déja fait le Pape, après rcous fes Amis. 1] refufa
d’abord de fe charger de la Commiflion ; & ajouta qu’il feroit
blâmé de tout lemonde, s’il contribuoiten quelque chofei l’éxé.
cution d’un Projet, que la prudence même devoit faire aban-
cxrrr, donner. Le Pere Cloche fit de nouvelles , & de plus fortes
Ilne peut néan. Inftances : fes Prières touchérent le Cœur d’un Ami; & fes lar-
se mes l’attendrirent. Quoique l’Archevêque fut fur fon départ
$es du P. Cloche. Pour retourner à Bénévent, il ne püût refufer de fe préfenter
de encore au Saint Pere; & de parler felon les défirs du Général. II
falloit avoir comme le Pere Cloche, le don de perfuader , pour
porter le Cardinal Orfini à faire certe démarche ; & rout le cré-
dit de ce Cardinal, pour la faire agréer au Vicaire de JEzsus-
CHRIST. : | |
” Jufques-là tout fembloit réuflir au Pere Cloche : celui qui
s’éroit le plus oppofé à fa réfolution , la favorifoit : & ce que
Clément XI avoit abfolument refufé, il l’accorda à la priére
du Cardinal Orfini, en fe conrentant de lui dire, qu'il char-
geoit fa Confcience de touslesinconvéniens, que pourroit avoir
CxIv. le Voyage défiré. Mais le Cardinal parut dès-lors fe repentir
M gel de fa complaifance ; & fâché d’avoir trop obtenu, il réfolut de
Pape; & lui per- faire de nouveaux efforts, pour engager le Pere Général à ne
fuade de ne point point fe fervir d'une Permiflion, qu'on avoit comme extorquée
miflon, qui Jui Fi tant d'importunités. Celles qu'on continuoit à Jui faire pour
a füsobtenir, l’arrêter, n’étoient pas moindres, & le pieux Cardinal réuffic
enfin à lui perfuader, que Dieu ne demandoit pas de lui le
travail, qu'il vouloit entreprendre ; & que la baute fagefle,
qu’on avoit toujours admiree dans fa conduite, devoit l'empèê-
cher de préférer le bien fort incertain, qu'il prétendoit pro-
curer à {es Freres par fes Vifites, aux avantages réels dont il
: alloit les priver. en s’éloignant de Rome. Certes , ajouta le
” .. : Cardinal, je ferois bien Aché de le céder à perfonne , dans
7 Famour, & l'attachement à mon Ordre : & néanmoins c’eft ce
même attachement qui m’oblige aujourd’hui de m'oppofer à
votre volonté. ... D
ANTONIN
CLOCHE,
D —— né
exv. Le Difcours d’un illuftre Ami, dont là fincérité, & Ja Saîne
Le Pere Général geté étoient connues, força.én quelque maniére le Pere Clo-
convoqueunCha- - y , js .
Sitre à Rome, Che d'abandonner fon deflein, & de chercher un autre expé-
pour l'an 1718. .dient. pour re les arrangemens, qu’il jugeoit néceflaires
au bien de fon Ordre. Cer expedient , déja plus d'une fois
s. e : à ct :
VU
LS CS LCL:
LV rt -
Ÿ
-- DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE: :56#
pratiqué, fut de convoquer un Chapitre Général dans la Ville
même de Rome. Dans les Lectres de Convocation. qui furent
d'abord envoyées dans routes les Pravinces, Le Pere Cloct
ne put diffimuler , ni l'extrême défir qu'il avoit toujours .ëû de
faire la Vifice de fon Ordre; ni la peine, la douleur ,: & Le
regret: qu’il fentoir d’en avoir. été empêché durant le cours
d'un fi Toi Gouvernement (1). Sa conduite pañlée,, &,.ce
ANTONIA
»
Livres
XLVIL
CLOCHE.
——_—_———
qu'on lui voyoit faire tous. les jours ne pouvoit laïfler aucun -
| i ÿ His : à "à À. 4
oute fur la fincériré de fes fencimens. Son. Âge trop rie de
“Lo Cs -
d'un
‘étoir le plus grand obftacle qui s’oppofoit alors au deffein
long Voyage ; mais cette raifon ne lui fervit jamais de pré-
texte, pour fe difpenfer en quelque chofe de fes pratiques. or-
dinaires de Piété, ni de fes:travaux, de fes.fatigues , ou dés
auftérirés de la Régle. Ce qu'il éxigeoit de fes Religieux, &
ce qu’il avoit prariqué avec une édifiante ferveur, dans la vi.
gueur de l'âge ; il le pratiquoit ençore dans la plus’ grandé
vieilleffe : même fidélité à réciter fon Office toujours à genoux,
Jorfqu’il ne le chantoit pas avec la Communauté: même éxacs
titude à vaquer. plufiçurs fois du jour 4 l'Oräifon Mepulq; &
à fe purifier par la Canfeffion journaliéré avant que Sa a
ne DR ST De ou dl a à . PIS Rite |
à l'Autel : même afliduité à toutes les Congrégations, aufque
Jes il éroic obligé de fe trouver, ainfi qu’à toutes les Chapel.
Jes Pontificales. En tout c£la il ne confulroit jamais ni fes for- .
ces, ni les défirs.de fes Amis ;;mais fon. Devoir':« les Souye-« :
: re? > lite 7 PE rad d'a / ; à 1: LE CRU | S
rains Pontifes Fdiféie.l) donnsse Plade, danp. leurs /ChApeL «|
1
e Sa ’: À à
Jes'aux Généraux demon: Ordre, afin qu'ils ÿ affilieut, non 4
D 4
quand ils le jugent à y sg mais quand ils le doivent»,
… Le Pere Général: ne fe. mantpoit pas pi traitable.à ceux,
dE fans le flarer fe croyaient. p arpit de modérer BUS
Fe fes abitinénges,, £ga es.icanés, On.iecqpnainoit que
grande ffugakté n'avair:pas pu gontribué à,confErver en lui
Serre vigueur d'elprits 6 GSFORR aons sil. jauifoit: ericore
dans l’âge décrépit : maison l’accufoit fonvenr de porter çrop
Join” la-fobriété +, Qu'on apélloit ane duréré envers lui-même,
Le Pere, Cloche époutgir cer plainres,;cpmmne dés marqués dé
viciffitudines, .quibus ægrè impediti au pbto aficio, &cavitp Religionik
pe Vifitationem Provinciérum Ordinis Ultra [more , nec dum nos implere porüifle ,
montes ardentiffimo defiderie did pe: ds pot cenratarn did âtque {ollicité efligiratany
gam aggréderemun. Av Frertes dileétifimi ;Romäi difcedendi veninm ; gragdtum-noù fine
diffimulare non poflumas, quanto pudore |maximo doloris fenfu fiftere coa@i fuimus
fuffündimut, dum taciti: nob:feum réputa-|&c Epif: Enegct. 1, Apri. 1717. Apud D.
mus, Wigefimum primum affumptionis nof | Pouf, Liv. IT, pag. $7e..
cé ‘andunt décutrere ; & ramén ardégs Def" Cr
Ro ie ue don à Bb‘bb ii Re er 22
us, 4315 0O
Ÿ vu ;
2 (ry Ohfitere haétenus warizi cemparum | Inë , qio fagtemus ; defberhuma psg dunes
id
PRESS
Cd
De Ponf, pas
.. :
CXVL
Perfévérance
dans une vie fru-
gale , &' toujours
pébitentes
D
566 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Live e lacharitéde fes Freres;mais il ne changeoit rien dans fa maniéré
XLVIÉ de vivre. Rien ne füt capable de le faire fortir du fyftème,
Axsonix duil s'écoitifait fur cette Matiére. La derniére année de fa vie,
‘_CLocure. ‘quoiqueles maladies populaires qui régnoient dans Rome pen-
a Ka le Carême , rendiflenr les Difpenfes comme néceffaires, le
cxviz ‘P.Clochene voulutjamaisufer de laPermiflion générale de man-
Belle réponfe gerides œufs : les Medécins le preffantun jourli-deflus, avecun
qu'il faic à{es Mé- À" je dé dre en in Are re
decins. pea trop d impoftunité , il leur dit d'ün ton férieux : « Si Dieu
id. pag. 3. ne donne Îa fanté ; afin que j’obferve le Carème ; pourquoi,
$ pour m’eh difpenfer , voulez-vous que j'äille m’imaginer que
»je fuis malade (1)? O fentimens d’une Ame Chrétienne,
que n’êtes-vous aujourd’hui communs dans le Chriftianifme:
“Tout: éroit fuivi dans la conduite du Serviteur de Dieu. Il
étoir, Pénicent, & il étroit Charitable, Pendant qu'il traitoit
fon ‘corps avet beaucoup de févérité , il veilloïit avec une ten-
dreffe Le Pere, pour que ceux de fes Religieux , ou de fes
Domeftiques même, qui étoient malades , fuffent toujours
traités avec toure Partention , & tous les foïns poffibles. Il
vouloir bien Entrer dans ce détail, au milieu de l'embarras,
& des’ férieufes ‘occupations , que lui donnoit le Gouverne-
neht de cout fon Ordre."
exvur, | Ce fur à peu près dans les mêmes circonftances, que notre
Nouvelles Chaï. ZE Général procura à fon Ordre une féconde Chaire de
res érigées pour Théologie, dans l'Univerfité d'Avignon, & la Fondation de
efigre a. deux Chaires Royalés dans celle de Touldufe ; Sa Majefté Très-
mas. Chrériénne ayanc'ed'la bônré de ‘donner fon Confentement,
< .
& fes Lettres Parenres. . | |
exix, ‘ Un.Religieux Doniinicain, Docteur de Paris, qui n’avoit
Le Pere Gloche pas la réputation d’être fincérement attaché à la Doûtrine dé
refufe un de fes En École , ävoit écrit au Révérerid Pere Cloche, qu'ayant
RSA PT compote un Ouvrage Théologique, il fouhaitoir de le donnet
imprimer. au Public. Il demändoit our cela ue le Pére Général voulüt
bien, feïon lufage, luffommer deux THéolôgiens Examinareurs,
& lui accorder là Permiffion nécéllaire pour l'Impreflion. Le
fige Supérieur accorda d'ébord la premiére partie de la-derhan-
de, & promitilæfeconde files deux Thévlogiens {qu'il chargedit
| de‘fairé cr Examen } hi rétfdoient xin témoignage avarrageuk
de Ouvrage. Le rapport n'ayaht point -écé favorable , la Per-
million demandée fuvconftatiment réfufée ‘pendanc:pluñieurs
années Cependant à la priére de l’Aureur, lé P..Cloche lui donna
(1) Se Iddio mi dà (slüte: acc éffervi [mo per gta la? D, Posf : Liv, I ; p£
Quarofima, come volets ; mi finga infer-| 35.
\
Sr vé- F6
t= Li
Æe
x
FS 57
E+. SA 6-1 77
vs
CT, AU se- L& vi
a SE
s"
, 5
ré
TM cet
| DELORDRE-DES. DOMINIQUE. 567
deux autres Examinateurs , également habiles. & modérés, Le
témoignage dé ceux-ci ne fur «pas. défférenc de celui des pre-
miers. L'Auteur s’avifa enfin de fai
crit par des Doûeurs étrangers À fon Ordre; Sa démarche
p'étoic point réguliére ; mais fr comproie fur la faveur d’ün
illuftre Cardinal, qui follicicoit pour lui la Permiffion , done
il voir beloin : & il écrivic de nouveau à notre Pere Général:;
pour tâcher de lui : faire regarder, ce que les quatre Doéteurs
de l'Ordre avoient trouvé de repréhenfble, dans fon Ouvra-
ge, comine un pur'effec de leur prévention. La fagefle ,& la
fermeté du Pere Cloche paroïflent également dans la Répon:
fe , qu'il fit à l'Ecrivain, en ces rermes: |
_# Monfeigneur le Cardinal Paulucci , Sécretaire de fa Sain-
tecc, a eû la bonté de me faire remettre la: Lettre, ques
vous m'avez écrite, en date du 8 de Juin, & à laquekle je «
répons par celle-ci, en vous difant que, fi vous aviez voulu «
faire refléxion aux Motifs, que les Révérends Peres Doc- «
teurs de Paris, Religieux. de notre Ordre , ont eûs pour «
n'approuver point l’Opufcule ; que vous fouhaitiez faire im- à
primer il y a trois ans, vous: aurlez avou$ que ce n'étoit
ni émulation, ni inimitié, qui les a obligés de refufer leur «
Approbation : maïs que c’étoit uniquement, parce que tout «
votre Ouvrage roule fur un Principe, qui eft faux, & quea
toute l'Ecole de Saint Thomas a towjours rejetté , comme a
oppolé à la Doctrine de l'Eglife, de Sainc Auguftin; & dea
air r on Manut Le
faire approuver fon. Manu. ANTONIN
Livarz
XLVIE .
CLOCHE.
”
Cxx
. Lettre du Révé.
rend Pere Cloche
ay Pere Rigal
L'Original-eft eme
tre AOS mains,
Saint Thomas : & que bien-loin de vous y juitifier de l’ac- u |
cufation, que vous prétendez vous avoir été fauflement im- « :
utée, d’avoir des Maximes oppolées à toute notre Ecole, «
de les Matiéres de la Grace, vous faifiez connoître au con- «
traire que vous perfévériez encore dans les fentimens, que &
vous avez retractés il y a plus de vingt-ans. Quoique. j'aye«
lieu de croire que les Re , dans lefquels vous êres , ne a
vous ayent pas permis de c rs la Doérine de cet Ou-«
vrage, l’obéiffance que je dois à ceux qui ont tant de droit «
de me commander, m’oblige de vous envoyer la Licence de «
Yimprimer fous le Titre que vous m'avez propolé. ... & avec «
l’Approbation que vous avez obtenue. Ce que je fais contre «
l'age de rous mes Prédécefleurs. Ÿe vons avertis toutefois di
que fi vous ne vous contenex dans la Doffrine de notre Ecole, € «
que le Seigneur me faffe la Grace de prolonger ma Vie, jufqu'au « .
sems que votre Ouvrage fera imprimé , je procederai contre vous «
felon que nos Confitutions me le préferivent. Je ne le ferai pas es
Livre
XL VIL.:
ANTONIN
CLOCHE.
a mmremneene ©
#68 HISTOIRE DÉS HOMMES ILLUSTRES
» fans une extrème peine de me voir réduit à une fi rude né-
» ceflité: ce me fera au contraire un plaifir très-fenfible, fi
» VOTre UE répond à l'attente qu'on en a. Vous eufñez
» mieux fait, fi; felon mes-défirs, vous aviez voulu envoyer
»le Manufcric à Rome : & s’il eût mériré l’Approbation de
_# ceux qui en font les juges, je l’aurois fait imprimer ; ce
“le 9 de Juillet 171$».
.. ÉXXY.,
Ilezcite au con-
traire le 2éle de:
plufieurs autres :
pour les engaget
à écrirefelon leurs
talens.
p qui vous auroit faie plus d'honneur, que des A pprobations
5 mandiées, C’eft à quoi je vous prie de réfléchir ,&c. À Rome,
Il-ya âpparenée que le P. Rigal fit fes Réfléxions fur les Aver-
tiflemens. efonGéneral.L'Ouvrage n’a point été publié;& nous
ne penfons pas que ce foît une perte pour 'Eelife,nt . l'Ordre,
-" Autant qué:le Pere Cloche fe rendoit attentif à arrèter la
plume. des: Ecrivains, qui aimotïent à abonder dans leur fens:
autant fut-il toûjours porté à favorifer le Travail de ceux,
dont la Doëtrine, les lumiéres, & les ralens pouvoient faire
efpérer quelque chofe de bon , & d’utile. If les prévenoit
uelquefois, les invitoir, & les encourageoit à écrire. Souvent
à recommanda à tous les Provinciaux de choifir quelques uns
de leurs «Religieux ; pour les charger d’écrire chacun dans fa
Langue, les Annales de fa Provinte, les Vies des Saints, des
Bicnheureux, & des Homes Illuftres de fa Nation, ou de
fon Pays. Il eut foin qu’on mit par écrit, ce qui arrivoit de
plus mémorable dañs nos Miflions , particuliérement dans les
Andes Orientales : lui.imiême fit traduire quelquefois-en Italien,
quelques-unes de cès Relations écrites d’abord en Efpagnol (1).
Dans l’efpace de plus de’cinq Siécles, l'Ordre de Saint Do-
minique avoit obtenu des Souverains Pontifes, un grand nom-
bre de Bulles , & de Brefs Apoftoliques fur différens Sujets.
Si la PE de ces Piéces , qu’il importoit infiniment de con-
ferver , fe tronvoient dans nos Archives de Rome; il y en
avoit aufh un‘orand nombre d’autres, qu'on isnoroit, parce
(1) Hanc tuam mentem Juculenter declae [funt Sani Raymundus de Pegnaforti jam
rant , quæ fodalibus imponis conficienda
opera. Aliis enim Annales Ordimis commit-
tis: aliis ut Sanétorum , Beatorum , illuf-
rrium hominum noftrorum 262, lingua quif-
que fuâ defcribant ; injungis. Alios delegas,
qui Bullas Summorum Pontificum , & Re-
gia Diplomata in gratiam Ordinis data çol-
Higant. Alios jubes ad coercendam laxiorem
de moribus doëtrinam hac noftrà ætate in
Ecclefiæ fcandalum exundantem , antiquos
purior:s doëtrinæ Scriptores noftros, novis
& accuratioribus typis edere ; eujufrgodi
prælo datus, & qui brevi fub oculis tuis pro-
didit Antoninus , uterque fipientum omnium
calculo inter Canonici juris peritos doétifl.
mi pariter, & fapientiflimi.
Me quoque omnium minimum , in laboris
& Jlaudis confortium vocafti, Provinciam
que demandafti, arduam illam quidem , fed
rdinis gloriæ perutilem, imo neceflariam,
ut nempe Sçriptorum, qui per annos ab ejus
inftitutione quingentos in eo claruerunt,
feriem texerem, &c. Echard Tom. I, Epifi,
Nuncup. ad Ms. P. Ant. Clocte..
qu’elles
es me En
* DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE: 569
qu’elles étoient dans diverfes Maïfons, pour lefquelles.on les Liv RAA
avoit données, plufieurs étoient déja oubliées parmii des tas XLVIT
:de Papiers également négligés. Le Pere Cloche , à la vigilance 4 OX:
‘duquel peu de chofe échappoit, ordonna à tous les Supérieurs CLrocus..
dés Provinces de dgputer deux Religieux de confiance, qui fe =
tranfporteroient dans tous les Couvens, & Monaftéres, pour
-y vifiter les Archives, recueillir ces Lettres Apoftoliques , &
“en tirer une Copie éxaéte, qu’on devoir envoyer à Rome. Son
.deffein étoit d'en faire un Recueil, & ce deflein a été heu-
reufement éxécuté par les foins du Révérend Pere Ripoll,- 7
& le travail infatigable du Révérend Pere Antonin Bremond, |
fon Succefleur, qui nous à donné le Bullaire de l'Ordre en
huit Volumes in-fo. . 0 ME à
Les Miniftres de l’Autel, les Confefleurs fur-tout, & les Di Cxxtre
-recteurs e : if du A ar des Répl Il procure plus
, qui aiment à fe conduire eux-mêmes par des Règles Pue Duc
A C1 e A . p e. e
füres, & à conduire de même les perfonnes, dont ils dirigent vrages , & une.
les Confciences , ont quélque obligation au Pere Cloche, C'eft nouvelle Edition
ee | | . de quelques-uns,
lui qui donna Commiflion À quelques Théologiens de fon Ordre,
‘de revoir avec foin, & de faire réimprimer avec de. nouvelles ..
Notes, la Somme Morale de Saint Raymond de Pegnafort(*), (+) Cette nou-
Û
-& celle de Saint Antonin, Archevêque de Florence. - Nous ne "lle Edition fe
: : vend à Paris che
parlerons pas de plufieurs autres bons Livres, dont il a pro- Babwy, Libraire,
.Curé la Compofition, ou une nouvelle Edition, en Iralie, & rue S. Jacques,
en Efpagne : {l nous fuffit de remarquer, que c’eft au zéle de -
ce Géneral, que nous devons une bonne partie des Ecrirs du
Pere Mafloülié, du Pere Serry, du Pere de Gravefon, du P.
-Le Quien, du Pere Delbeque, Docteur de Louvain, & du
Pere Aléxandre. I] faut dire la même chofe des deux gros
Volumes intitulés : Des Ecrivains de l'Ordre des FF. Précheurs.
Ouvrage , commencé d’abord par le Pere Jacques Quiétif,
& que le Pere Echard n’a conduit à fa perfeétion que par le
travail affidu de vingt années (1). - rs
Ce n’eft là qu'une des preuves, qu’on pourroit donner de
(1) Opus inquam ardaum , in quo jam d rang diftingué. L’inclination ; la juftice, &
viginti aonis totus fur, quippe quod non |la reconnoiffance nous engageaient épale=
n:f difcuflis innumerarum Bibliothecarum | ment à ne pas l’oublier : mais on nous a toy
arcanis, labore immenfo, & folis expertis | jours refufé les Mémoires néceffaires ; fans
æftimando abfolvi poruir, &c. Echærd, pt | doute parce que ceux qui auroient pu nous
. Ce grand Ouvrage , aufli utile à tout POr. [les fournir, veulent fe charger eux-mêmes
re de S. Dominique, que glorieux à l’Au- | du foin de faire l’Hiftoire, & l’Eloge du Ré. ..
teur , nous a été d’un très-grand fecours , |vérend Pere Echard. Nous les louons de
pour écrire les Vies de S. Dominique , de | cette émulation ; nous les louerions plus vo-
S. Thomas, & de ros Hommes iliaftres ; [lonriers, s’ils avaient déja fair ce qu’ils fe
parmi lefquels le fçavan: Ecrivain mérite un lpropofent de faire. | |
Tome VI. Cccc
\
570 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liverz la Sollicitude continuelle du Pere Cloche, pour tout ce qui
XLVILI intérefloit l’'Honneur de la Religion, & la Gloire de fon Or-
| dre. Il attendoit, pour l’éxécution de plufieurs autres beaux
+ à © N Projets, la tenue du:Chapitre Général, qui devoit s’affembler
E. A A °
" À Rome, aux Fêtes de la Pentecôte 1718. Un Auteur Italien
dira eù raifon de dire, que c’eût été un grand fujet de fatisfaétion,
| pour tous les Supérieurs des Provinces, réunis, fous les yeux
a IT de leur Général de retrouver encore en lui,rour ce qu’ils avoient
le Chapitre déja admiré en fa perfonne, il y avoit plus de trente-deux ans; la
convoqué à Ro- même activité de zéle, la même force d’efprit, & la même
ds vigilance pour employer les moyens les plus propres à rame-
ner les Enfans à la Loi, & aux Pratiques de leurs Peres. La
confolation du Pere Général n'auroit pas été moindre : les
malheurs des tems ne lui permirent pas de voir cette Aflem-
blée : mais rien ne put l'empêcher de continuer toujours fes
| Services à l’'Eglife , & à fon Ordre.
cxx1v. Peu content de veiller, comme il avoit toujours fait, à la
Su confervation de nos anciennes Miflions de l’Afie, & de l’'Amé-
Smirné. rique, dans fes derniers jours il travailloit à en établir une
os nouvelle à Smirne, Ville de la Turquie en Natolie. Il avoit
_ déja fait acheter une Maïfon dans ha Ville de Caffa, fur la
Côte de la Crimée; où il vouloit loger les Religieux de fon
Ordre, deftinés à travailler à la Converfion des Infidéles, &
à l’Inftruétion , ou Confolation des Chrétiens, que le Com-
Idem. pag. 73. merce attire de tous les Pays, dans ces deux Villes. La mort
l'empêcha de mettre la derniére main à un fi noble Projet.
CXxY. Le Révérend Pere Cloche étoit entré dans la quatre-vingt-
Sa derniérema- treizième année de fon âge, & la trente-quatriéme de fon
Ladie. Gouvernement, lorfqu’une violente fiévre, fuivie d’une inflam-
mation des poulmons, l’arrêta le 20 de Février 1720 ,& dans
l'efpace defix jours le conduifit au Tombeau. Dès qu'on le
crut en danger. la trifteffe fut extrême parmi tous fes Freres;
& elle parut générale parmi les Romains ; tant les qualités
Eee & de cœur de ce grand Homme lui avoient concilié
l'affe&ion, & l’eftime de tous. Le Pape l'envoya vifiter tous
les jours par fes Prélars Domeftiques. Tous les Cardinaux,
les Ambafladeurs, les Princes Romains envoyoient de même
chaque jour, quelqu’un de leurs Gentilshommes à la Minerve,
Dent. Le, nr, © TOUS les Généraux d'Ordre voulurent voir le Malade, ainf
Cl, pag. 130 ” que quelques Princes de fes plus intimes Amis, fur-tout ceux
de la Maïfon de Juftiniani, qui ne le quittérent pas jufqu'à la
mort. .
Bees,
VDO ON 7,
DO RE
Se
LE
Caen
»
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. sr
Le pieux Général fe préparoit depuis long.tems à ce paffa-
ge : & pendant fa courte maladie, il tâcha de mettre tous les
momens à profit, pour fe purifier de nouveau par une Con-
feflion Générale, & fe fortifier par la Divine Euchariftie, qu'il
eut 12 confolation de recevoir plufeurs fois. Pour être moins
détourné de la préfence de Dieu, & de la vûe de l’Eternité
où il touchoït déja , il avoit fouhaité que ni fes Amis, ni
même fes Religieux n’entraffént jamais dans fa Chambre, que
dans lé tems que les Médecins s’y rendoient, ou qu’on devoit
Jui adminiftrer les Sacremens.Il les reçut tous avec les fentimens
de la plus tendre Piété ; & avec une préfence d’efprit admira-
ble, On en jugera par le Difcours, qu’il fit devant toute la
Communauté , le quatriéme jour de fa maladie, lorfque le
Prieur de la Minerve lui porta le Saint Viatique. Voici fes
paroles , qui furent recueillies avec foin :
F RATRES dileitiffimi , quos fin-
gulari amore haîlenus complexus
fum, © ufque in finem totis precor-
diorum affeclibus diligam , letatus
Jam in bis, que dilla funt mihi, ac
Propediem coram TE a Vivorum
© Mbortuorum Judice regiminis mei
rationem redditurus , fincero animo
proteflor , me nullum ex Fratribus
meis ledere unquam , aut vel mini-
mim offendere ex animi [ententia vo-
luife ; [ed porius de omnibus benc-
mereri , Difciplinam regularem in
Provinciss, & C rie fertam ,
teilamque confervare, € fingulorum
Fratrum, quorum mihi cura 4 Deo
credita erat , [aluti confulere , in votis
femper habuife. Etenim fi quem ex
Fratribus meis prater sintentionem
mean pre lefifem , veniam
poffulo : @ quamvis fufpicari non
valeam, Religiofum aliquem debitam
Magifro Ordinis obediemiam de-
erre noluiffe ; attamen fi propter ma-
xima peccata mes quifpiam ne le-
dere intendiffet, libenti animo cidem
veniam impcrtior , © nt mea hac [in-
cera voluntas , cujus vos tefles cffis,
omnibus totius Ordinis Fratribus ,
quos in fins meo geo, pof} cbitum
Es TRES-CHERS FRERES,
que j'ai toujours tendrement ai-
més, & que j'aimerai de même jufqu’à
la fin , la nouvelle de ma prochaine
mort, loin de m'affliger , me réjouit
dans le Seigneur. Etant fur le point de
paroître devant le Souverain Juge des
vivans , & des morts, pour lui rendre
compte de mon Adminiftration, je pro-
tefte fincérement, que je n'ai jamais eû
l'intention d’'offenfer quelqu'un de mes
Freres, ni de lui faire de la peine; mais
qu'au contrairz mon plus grand défir a
toujours été, en confervant la Difcipli-
ne Réguliére dans les Couvens, & dans
les Provinces, de faire plaifir à tous les
Religieux, & de procurer, autant qu’il
a été en moi, le Salut de tous ceux , que
la Providence avoit confiés à mes foins.
Cependant fi (même fans le vouloir) j'ai
déplû à quelqu'un, je le prie de me le
pardonner. Je n'ai pas lieu de penfer,
qu'aucun Religieux ait eû la volonté de
manquer à ce qui eft dû au Supérieur
Général de l'Ordre; mais fi à caufe de
mes grands péchés, Dieu a permis que
quelqu'un m'ait offenfé, je lui pardonne
très-volontiers ; & je défire ardenment,
que cette déclaration , que je fais en
votre préfence, vienne après ma moft
Cccci
Liverz
-XLVII
ANTONIN
CLOCHE.
Dre rte atene errant 0]
CXXVI.
Saintes D:fpofis
tions.
CXXVII
Son dernier
D fcours.
D. Ponf. Liv. LI $
Pag: 12 fe
AUTONIN de vous
CLOCHE. vos Priéres, & dans vos Sacrifices, afin ficiis jugiter 4p
qu’il plaife au Seigneur de me traiter ris , quo mei peccatoris mifercatur
572 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LrvRE à la connoiffance de tous mes Freres, mewm fignificetur , impense defideré
XLVII, ue je porte toujours dans mon cœur; Æocunum vero, Fratres dileilifimi»
Je vous ga encore très-inftanment,
o
A) n . ; e .
4 vobis ctiam atque ctiam effagito »
uvenir tous de moi & dans sr mei in veftris precibus, ac Sacrie
Denm memores fr-
felon fa grande Miféricorde,enne m'im- fecundum magnam mifericordiam
putant toutes les fautes, que j'ai
commifes pendant mon long Gouver-
nement. Si, comme je l’efpére de la Di-
vine Bonté, par les mérites de JEsus-
CHRIST, & avec le fecours des Prié-
res de la Bienheureufe Vierge, de no-
tre Pere Saint Dominique, & de tous
les Saints, je l’obtiens cette Miféricor-
de, que je demande, & qui me procu-
rera le Bonheur de voir Dieu face à
face, je lui offrirai à mon tour mes
Priéres pour vous tous : je le prierai
humblement, de vouloir conferver no-
tre Ordre, nos Provinces, toutes. nos
Maifons; & les faire fleurir pour l'uti-
lité de l'Eglife Catholique. Vous êtes,
mes très-chers Freres, ma joie, & ma
couronne : je ne cefferai de demander
au Seigneur, qu'il augmente toujours
en vous fes Dons Céleites , & l'abon-
dance de fes Graces, Cependant, .…,
fuam , G avertat faciem [am 4
culpis , quas toto ac dinturno prefec-
sure mea tempore commiffi, Quod ff
Dei mifericordiam ( quam Chrifis
Domini meritis, ac Beatiffimeæ Ma:
rie Virginis, Santli Patris noftrs Do
minici, omnismque Sanilorum pre-
cibus confifus confecuiurum me [pe-
ro ) impetrabo , eumque facie ad fa-
ciem intuchor , meis precibus ves vi-
ciffim apud ipfum adjuvabo , ac ob-
nixe precabor , ut Religionem nof-
tram , Provincias ; © Conventns
omnes cuflodiat ; © in Ecclefie Ca-
tholice utilitatem fovere, € exalia-
re dignemr ; G° nt vobis, Fratres
dileëtiffimi , qui gaudium cfiis, €
corona mea , -cœleffium donorum ce-
piam , C omnium gratiarum [narum
smpertiatur incrementa. Interim...
Il vouloit en dire davantage; mais le Médecin l'interrom-
pit, & le pria de finir, parce que le Difcours & lation aug-
_mentoient fon mal. Le Malade fe cût donc : & pendant que
tous les Afliftans, déja attendris par fes paroles, Lo en
larmes, il fe recueillit ; adora l’'Homme- Dieu dans le Sacre-
ment de fon Amour : & lorfque le Prêtre , en lui préfentant
‘la Sainte Hoftie, lui demanda felon lufage, s’il croyoit que
‘ce fût le Corps de JEsus-CHRIST, Sauveur du Monde; il fie
CXxvIIt. tout haut fa Profeffion de Foi, en ces termes : « Oui, je le
OL
Confeflion de »; crois, & je le crois fermement ; je voudrois pouvoir donner
» mille vies, pour la Confeffion de certe Vérité, & de toutes cel-
. » les ; que nous enfeigne la Sainte Eglife Romaine, dans l'obéif-
» fance de laquelle j'ai toujours vécu, & dans la Communion
» de laquelle j'ai maintenant le bonheur de mourir. »
.… C’étoit le Vendrdi, 2 3 de Février , que le Pere Cloche recur
le Saint Viatique. Il pafla le refte du jour, toute la nuit, &
-Je lendemain, dans une grande union avec Dieu, brûle par
DE L'ORDRE DES, DOMINIQUE, ;, 575
le feu de la Fiévre; mais jouiffant d’une. parfaire liberté d'ef
pric, & ne ceffant d'unir fes fouffrances 4 celles de Jésus.
CukRisT, fans que la violence du mal füt ss dd lui
arracher de la bouche un foupir , ou une parole d'impatience ;
ni de lui faire interrompre lés Aëtes de Foi, d’Efperance,
d'Amour , & de foumifhon, qu’il produifoit continuellement.
Le Dimanche vers les trois heures après midi, il voulut rece:
voir l'Extrême-Onion, & la Benédiétion in article mortis,
que le Procureur Général de FOrdré lui donna de la pärt du
Pape. Le mal empira toujours, & après une çourte Agonie,
le Pere Général rendit tranquillement fon Ame à fon Créa-
teur , le Lundi à trois heures du inatin, âgé de quatre-vingt.
douze ans ,-un mois, dix.jours 5 après avoir gouverhé avec
beaucoup de gloire tour fon Ordre , péndant trente-trois ans,
huit mois, &' vingt-quatre jours. 4, .
Si parmi fes Illufties Prédécefleurs , on en conñoît qui ont
été dans une plus haute réputation deDoëtrine,& de Sainteté : il
y en a eû peu, en qui la prudence, qui eff la principale Vértu
des Supérieurs , la capacité, l’efprit de gouvernement, l’éle-
vation de Génie, la grandeur d’Ame ,, & toutes les qualités
qui font le Grand Homme, aÿent paru avec plus d’éclar : aucun
qui ait occupé aufli long-tems une Place , que leRévérend Pere
Cloche à roujours remplie avec une Approbation générale, tou-
jours chéri, & refpeëté au-dedans, admiré & applaudiau-dehors,
Ce n’eft pas feulement à fon Ordre, mais encore à fa Nation,
qu’il a fait honneur. Ce n'’eft pas envers'un petit nombre d’A-
mis, qu’il s’eft montré noble, affable , généreux : tous les Ro-
mains, tous les Etrangers, qui ont eù occafion de traiter avec
‘lui, ou de l’employer dans le befoin , ont publié à l’envi fa gé-
nérofité, Il trouvoit autant de fatisfaétion à rendre quelque
{ervice:, & à faire un plaïfir, qu'on ed peut avoir à le rece-
VOIr, un on SE
"Il étoit difficile de connoître un homme de ce cara@ére;
-& ne pas lPaimér. Mais dans quel Pays, dans quelle Cour le
Pere Cloche n’étoit-il pas connu? Tous les, Ambaffadeurs, qui
orit été envoyés auprès du Saint Siége ,. dans l’efpace de qua.
sn ans, ne font partis de Rome que remplis d’eftime
pour cetilluftre François. Le Cardinal Jofeph de la Trémoille,
“qui dans les tems les plus difficiles, avoit également fourenu
Ja grandeur de fa Naïffance, & celle de fon Miniftére, trou-
voit tant de charmes dans la douceur de fa converfation, &
‘tant de fecours dans fes lumiëres ; qu'il avoit coutume de dire,
Ccccii]
LivRi
XLVIL
ANTONIN
CLOCHE.
CXXIX,
Sa mort.
CXXX.
Son Eloges
D, Ponf, Liv, UT $
P° 185, .
LIVRE
XLVIÉ.
ANT ON N
CLocne’
À ee à
Le Pere la Place,
Oraif, funcb. p. 32,
D. Ponf. p. 107»
&c.
$?4 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
qu'it ne côhnoifloit pas d’Amif plus fincére, ni de Confident
plus “éclairé, plus fâge, plus judicieux : il auroit voulu‘le voir
tous lés jouis , où dans {on Palais , où à la Minerve. Auff n'é:
crivoft-il guéres: à fa! Cour, qu'il ne fit l’Eloge des Vertus de
ñotre Général, & de fes Services. Selon l’exprellion d’un Ora-
teur Chrétien { dans un Difcours prononcé à Paris l’an 17:20)
Louis le Grand, fi jufte Eftimateur du mérite, regarda le Pere
Cloche comme le’ premier Religieux du Mondé ; l'aima comme
l’ün de fes plus zélés Sujets, reçut toujours fes Lettres avec
foie ; profita de fes Avis fans délai ; publia hautement fes louan-
ges Sas + en tous lieux fes Freres; & alla toujours au-
devant de fes fouhaits. Se
"Nous avons vû quéllès marques de confiance, & d’affe&ion
Jui âvoient donné tous les Souverains Pontifes, qui le virent
en Place. Le Saint Pape Innocent XI, qui l’avoit comme
exclus (fans le connoître) l’aima , & l'eftima dès qu’il le con-
nut. Aléxandre VIIL faifoit un tel cas de fes Confeils, qu’en
montant fur la Chaïré de Saint Pierre , il lui déclara que pen.
dant tout fon Pontificat, il ne lui permettroit point de s’éloi-
gner de fa perfonne. Innocent XII accorda enfin à fes inftan-
ces, les Bulles {ouvent refufées à plufieurs de nos Prélats. Clé-
ment XI ne voulut jamais confentir, qu’il quitrât l’Italie pour
venir vifiter la France, où fon cœur le portoit continuelle-
ment’, lui ayant dit plufieurs fois, avec autant de juftice que de
bonté , que s'il étoit cher à la Patrie, il étoit néceflaire à
l'Eglife. on: on | . L
La modeftie du Pere Cloche ne fut pas moindre que fes
Talens : digne des premiers Poftes, il. vécut fans ambition ;
pendant fon Gouvernement il vit un grand nombre de fes
Religieux élevés à PEpifcopat (un Auteur en compte cin-
quante-neuf) & lui-même il demeura toujours dans là modef-
tie de fon premier état. Nous ne dirons point, ce que quel.
ques-uns ont avancé quelquefois, que trop de mérite Jui a fait
tort. Il eft plus raifonnable de penfer , que ç’a été un effet
particulier de la Providence, que ce digne Supérieur ait fi
ra perfévéré dans une Place, qu’il occupoit pour lebien
général de fes Freres. Peut-être que dans un Pofte plus émi-
nent, il auroit été moins utile à ceux, pour.l’avantage defquels
il avoit été mis à la tête de fon Ordre. Peut-être qué parmi
les Infidéles du Tunquin, du Japon, & de la Chine, qui ont
eù le bonheur de connoître JEsus-CHRrisT,& d’embrafler
fa Sainte Religion, il y en a pluñeurs, qui ne doivent, après
ee
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. s7$
Dieu, certe faveur, qu'à la charité d'un zélé Supérieur, qui
°
‘eut toujours une fi-grande attention:à envoyer des Miniftres
de la Fof, chez ces: Peuples:encore ‘plongés dans les ténébres
du Paganifme.:. is ee
left certain :que celui, qui fe trouve chargé de la conduite
d'un Ordre Apoftolique , répandu dans prefque toutes les par-
ties du Monde: eft en étac de faire de grands biens ;'fi à beau-
coup de capacité, & d'étendue de génie, il joint beaucoup de
Chariré, & de zéle: pour le Salut dés Ames! On à püù remar-
‘quer, dans toute tette: Hiftoire; qu'aucune de ces qualités n’a
.manqué au Révérend Pere Cloche. Nous en avons donné un
aflez bon nombre de preuves; & il ne feroit pas difficile d'y
en ajouter encore plufieurs. Le Pere Dominique Ronfi aflure
qu’on pourroit.dire avec.praportion de:notre Général ( ce qui
“a été dit du Sainc: Pape Pie. V dans la Bulle de fa: Canoniza-
tion) qu’il avoit employé des fommes immenfes pour l’Hon-
neur de la Religion , le Culre des Saints , & la Propagation de
la Foi Catholique ; & qu'on attribuoït à une efpece de Mi.
racle, qu’il eût pû trouverde quoi fournir , avec tant de libé-
ralité, à tout ce qui concernoit la Gloire de Dieu, le Service
des Aurels, & l'utilité du Prochain (tr).
C’eft fur un mérite fi folide, & fi généralement reconnu
qu'éroient fondés.ces fentimens d’amour., & de vénération, où
les Grands, & les Petits paroifloient êtte.4 l'égard du Pere
Cloche; fentimens, qui éclatérent- avec plus de liberté après
fa mort. Dans toute l'Italie ; ou plutôt dans tous les Royaumes
Chrétiens, on fit des Services. Solemnels pour le repos de fon
Ame; & les Chaires rerentirent long -tems de fes louanges.
Les Romains applaudirent fur-tout à deux Oraifons Funébres,
prononcées en fon honneur, l’une'dans notre Eglife de la Mi-
nerve, par le Pere Rhilippe- Marie Papini, de l'Ordre des
Servites; & l’autre dans celle .des Ecoles:Pies, par le Pere Ni-
colas. Marie de Gènes, Clerc Régulier ,.& Religieux de la
Maiïfon.
Mais, comme Le Cardinal Orfini, alors Archèvêque de Bé-
-névent,& depuis Pape, fous le nom de Benoît: XIII, avoft
“été plus étroitement uni avee le Pere Cloche , :que tous. fes
(1) Quanta protinus ipfe fecerit , ut in adeo ut pene miraculo proxima fit ingens
Gallia, Belgio, Germania,, Scotia, Anglia, lilla vis pecuniarum, qué 6mnibus ferè Or-
Poloniique , farta teéta Cathol ca Relgio [bis Chriftiani partibus inopiä preffis , aut
con'ervaretur, ac propagaretur, ex lucu- IReligionis causà laborantibus fine ullä cunc.
lentis Scriptorum monumentis, ac publicis [ratione fubvenit, &c, Bull, Can, S, Pi V,
omnique fide digais hiftoricis colligi poteft ,[$. 22. |
-Lrvair,
XLVIL
ANTONIN
CLOCHE.
ref
CXXXI
Service folemnel,
Orafonsfunébres.
Vide D. Ponfi. Liv.
III, Cap. 111, p. 137»
138; &C
CXXXII.
Ce que le Cars
dinal Orfini fait, à
Bénévent pendans
:526 HISTOIRE DÉS HOMMES ILLUSTRES
Livre autres Amis les plus intimes, il donna auffi de plus grands té.
XL YEI. -moignages de zéle; & d'affédtion. Depuis qu’il avoit appris la
Dr os maludie dangéreufe d’un Supérieur, dont il aimoit à s’apeller
PO TN le Fils, il avoit prolongé fes jeñnes,& fes veilles ordinaires, pour
CLOCHE . ? _proic ge S } RUE Dé >P
- — fui obtenir de la Divine Bonté 14 Grace de cerminer une Vie
la maladie , & Chrérienne, par une mort précieufe. Ayant reçu enfuite la
Er 4 nouvelle de.fon décès, il ordonna auflitôt de nouvelles Prié.
res pour le repos de fon Ame, & fit offrir le Sacrifice de l’Autel
-dans toutes les Eglifes de Bénévent. Tout le Clergé, & le
‘Peuple fe trouvérent aux Obféques, que le ‘Saint Cardinal
.Célébra dans fa Métropole, & qu’il renditencore plus auguftes,
par fa Piété éxemplaire, que par la Pompe religieufe , qui
.frappoit les fens. Il fonda en même tems: un Anniverfaire
: perpétuel, &.voulut en conferver la mémoire , par cette Inf.
-cription ; qu’il fit graver fur le Marbre, & placet en un endruit
- de PEglife : .
| . . Filiale .Monumentum
ZbLL page 156 © el Fr, Vincentii-Maix: Ordinis Prædicatorum
ot, © 2. . Cardinalis Ussrnwl
Archiepifcopi rs.
Erga amantiffimum Patrem ‘.
‘. Ératrem Antoninum Ctocss;
f :: .: 1 Ejuféem Ordinis Magiftrum Generalem
parut to er 0 Sexacefimam os …
ie oo, a ce + L Pre cujus: Anima É
f .. 7 ‘‘:i. : Perpetuum Anniverfrium
Die xxvz Februarii
In hac Bafilica
Celebrindum
Statuto fando initituit,
A 14 J\ PRE =
0
e
fr," 1 10 Prout ex Tabulis Not. Petri-Pauli de Auria,
Lie © 5 Sub die vr Marti M. DCE, XX,
- - .'Ea piété. & la reconnoiflance de ce pair Ami n'étant
._. à: pas encore fatisfaitesi, par tout ce qu'il avoic fait, foir en pu-
| lic, ou enparticulièr, il ÿ ajouta de nouvelles marques d’efti-
me, que nous ne fçaurions mieux exprimer, que par fes pro-
pres paroles : voici la Traduction de la Lertre, qu'il adrefl
pour ce fujec, à tous fes Diocèfains.
7 . : ”
n . $
Frere
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 577
Ærere Vincent. Marie des ÜRsiNSs de l'Ordre des FF. Précheurs,
par la Miféricorde de Diéu, Evéque de Porto, Cardinal de la
Sainte Eclife Romaine , @ Archevèque de Bénévent, à nos bien
aimés Enfans, le Clergé € le Peuple de notre Diocèle, Salut, €
l'abondance des Confolations Divines.
…_@& Il a plû au Tout-Puiffant, dont la volonté abfolue décide «
de la vie, & de la mort de l'Homme, d’apeller à lui le Révé-«
rendiflime Pere Antonin Cloche, Supérieur Général de notre «
Saint Ordre ; après l'avoir confervé quatre-vingt-treize ans «
dans une fanté parfaite ; & l'avoir rendu un Sujet d’admiration «
à tout le monde, par les Lumiéres , & les Vertus, qu'il a fait «
éclater durant les trente & quatre années de fon Généralat, «
également heureux & glorieux ».
À une nouvelle fi funefte, nous nous fommes d’abord pro- «
fondément humiliés , nous foumettant à la difpofition de «
Dieu notre Souverain , & unique Seigneur. Maïs nous ne pou- «
vons nier qu’étant Homme, &, comme dit Saint 7. ,
portant des vafes d’Argile, une perte fi confidérable, fur-rout «
dans le Siécle, où nous fommes, ne nous ait extrêmement «
affigés : car enfin c’étoit notre Pere, qui nous aimoit bien «
au-delà de ce que nous méricons ; nous l’aimions aufli tendre. «
ment, & quoiqu'il nous fut très-cher , 1] méritoit de l'être «
infiniment davantage. L'affe&ion paternelle qu’il nous a tou- «
jours portée, & qui n’a point été interrompue, remplit notre «
Ame d’une fenfible douleur; nous fait fondre en larmes, & «
nous engage à lui donner des ssl ri de notre Vénération «
filiale, comme un Tribut que nous lui devons par toute forte «
de Juftice «.
< Nous vous avouerons cependant que notre affliction n’a pas «s
été femblable, à celle des perfonnes qui s’affligent fans efpé. «
rance. Nos premiéres penfées fe font portées à foulager cette «
grande Ame, en ças que l'or de fes Vertus eût été obfcurci «
par quelque pouffiére, qui l’'empêchat d'arriver dans le féjour «
des Bienheureux, & qu’il lui reftac encore quelque chofe à «
Livre
XLVII.
ANTONIN
CLOCHE
CXXXIIL
Lettre du Cardis
nal Archevêque
de Bénévént , à
Poccafion de la
mort du P. Clo-
che,
Ibid, p. 1$à;
S. Auguft. Sernx
de Vaibo Domini
expier par le feu de la Juftice Divine. C’eft pour cela que nous «
avons célébré aujourd’hui, dans notre Métropole , une Meffe «
Poncificale , qui avoit été préçédée par le Service Public , «
que nous avons eû la fatisfation de voir que tous les Corps ce
Séculiers, & Réguliers de notre Ville ont fait pour fon re- «
pos ce,
Tome VI, ._ Dddd
Livre
XLVII.
ANTONIN
CLOCHE.
Prov. Il, 24
\
578 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» Et parce que Dieu nous ordonne, dans fes Saintes Ecritu-
» tures , d’honorer notre Pere, & que nous avons appris du
» Grand Docteur de PEglife, Saint Jérome, que l’honneur que
» nous devons à nos Parens ne confifte pas précifément dans
» des réverences , & autres Cérémonies; mais qu’il doit nous
» porter à les foulager par des Aumônes , & par des Préfens,
» nous avons cru que pour fatisfaire avec plus d’étendue à ce
» que nous devons à notre Vénérable Pere, outre mille Meffes
» que nous lui avons appliquées pour une feule fois, il falloit
» [ui procurer d’autres Suffrages : aïinfi nous avons fondé à
» perpétuité un Anniverfaire, qui fera chanté cous les ans dans
» notre Eglife Métropolitaine. Nous lui avons encore donné,
» & prions le Seigneur d'accepter pour cela, tous les Suffra-
» ges, foic des Mefles, foit des Priéres, ou autres bonnes Œu-
» vres, qui fe feront pour nous , dans cette Ville, après notre
» Mort, par _ motif que ce puifle être, de reconnoif.
» fance , de charité, ou de juftice : & nous avons cette con-
» flance , que le préfent que nous faifons à notre Pere, en par-
» tagcant nos Biens avec lui, nous fera éprouver la Vérité de
» cet Oracle du Saint-Efprit : ceux qui partagent leurs Biens,
» en deviennent plus er : Alii dividynt propria, € ditiores
» frant.
» Nous ne voulons pas borner les témoignages d’affe&ion
» envers notre défunt Pere , à ce que nous avons fait pour lui
» dans l'enceinte de cette Ville : nous annonçons notre perte
» à tout notre Diocèfe, pour exciter , autant que nous le pou-
» vons, la piété de notre Clergé, & de notre Peuple, ä fe fou-
» venir de cette grande Ame, dans fes Prières, & dans fes Sa-
» crifices : nous avons lieu d’efpérer cela de votre bon Cœur, &
» nous l’efpérons d’autant plus que vous nous le devez, quand
» ce ne feroit qu’en reconnoifflance des foins, que nous prenons
» de vous, & de l’affe&ion paftorale , que nous vous portons.
» Nous lui cédons, & lui donnons encore toutes les Priéres, &
» tous les Suffrages, que vous ferez pour nous, quand nousfe-
» rons paflés à une autre vie. |
» Enfin, nous vous prions, nos très-chers Freres , d’être per-
» fuadés, que les Œuvres de Miféricorde, que vous éxercerez
» pour lui, feront d'autant plus agréables à Dieu , & nous obli-
» geront à vous aimer d'autant plus tendrement, qu’elles au.
» ront contribué à procurer avec plus de prompritude la gloire
» du Ciel à notre bien aimé Pere. Et comme nous efpérons de
» la Bonté de Dieu, que nous l’aurons bientôt pour un Protec-
te Le
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE : 59
teur très-affedionné , vous reffentirez aufli par notre moyen« Liywnrp
les effets de fa reconnoifflance. Nous vous donnons avec« XLVIL
affection nôtre Bénédiétion Paftorale ».
ANTONIN
A Bénévent dans notre Palais Archiépifcopal, le 51 Mars 1710. CLocuer.
Le zele du Cardinal des Urfins pour la mémoire du Révé-
rend Pere Cloche, parut encore par le foin qu'il eût de faire CXXX.
écrire fa Vie, pour tranfmettre ainfi à la poftérité la connoiffan- , Eat écrite, &
ce des Vertus, & des belles A&ions de ce grand Homme. IL &imprimer la Vie
honora de cette commiflion, & de cette marque de confiance, %* ?: ice
le Pere Dominique Ponfi, Docteuren Théologie, & Profëes du
Couvent de la Minerve ; où il avoit paflé bien des années fous
la conduite, & à la Compagnie du Pere Cloche ; & où il pouvoit
facilement être inftruit, par les plus Anciens, de tous les Faits
particuliers, dont lui-même n’avoit point été Témoin. L’Arche-
vêque connoifloit. fes Talens : & il lui recommanda fur-tout
deux chofes, l’éxactitude, &-la diligence. Il défiroit que ce petit
rh parut imprime avant le prockiain Chapitre de l'Ordre,
qu’on devoit tenir à. Rome pour l’'Eleétion d’un nouveau Géné.-
ral ; afin que-tous les Provinciaux, & Définiteurs, qui s’y ren-
droient de l’Europe, de l'Afie, & de l’Amérique, puflent en
s'en retournant dans leurs Provinces, emporter avec eux quel-
ques Exemplaires, & les communiquer aux autres Religieux,
pour exciter l’émulation.de: tous. Les défirs du Saint Archevé-
que furent remplis. Le Manufcrit de cette Hiftoire, partagée
en trois Livres, écrite en Italien, avec beaucoup de netteté , &
de méthode, ayant éré envoyé au Cardinal, il le Iûc , l'approu-
va, & le fit imprimer.à Bénévent., dans le mois d'Avril 1721:
V'idimus , probavimus , @'ideo imprimatur. Ex noffro Archiepifto-
pio die 128 Aprilis 1721.
Fr. Vinceniius Maria Cardinalis Archiepif[copas.
C'eft de la que nous avonstiré prefque tout ce que nous avons
fait entrer dans cet Abregé. L'Auteur, pour éviter plus facile-
ment les Redites, a réduit à certains Articles, les principaux
Faits, qui regardent la même Matiére : & nous avons taché
au contraire de les placer felon l'ordre des tems, pour donner
plus de fuite à l’Hiftoire. Nous ne nous flattons pas cependant
d’avoir rapporté, tout ce qui méritoit de l’être. Nous n’ajou-
térons ici que la magnifique Infcription, qu'on voit dans la
Bibliothèque de Cafanate , au - deffous du Portrait du Pere
Cloche,
Ddddi
| Livre
XLVIL
Peeters:
ANTONIN
CLOCHE.
D rs
D. Ponf, Liv. III,
pag. 196:
Bullat. Ord Tom;
Y 1, PaB: 37%
580 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
| Fr. Antoninus CLocuas
Summus Prædicatorum Ordinis. Moderator ,
Eximià Vir pietate , ac Religione,
Striéticris Difciplinæ diligentiffimus Cultor ;
Pauperum Tutor, portus, ac finus ,
Prifcæ gravitatis, & blandæ comitatis temperamento
Omnium ftudia promeritus,
: Conftanti totius Europæ Principum gratià ,
| Urbifque , Gentium Regnatricis , exiftimatione , atque amore
Modefiffimè ufus.
Morum fuavitate , manfuetudine, facilitate ,
Nihil ab Inferioribus pro familiaritate fejunétus ;
Solique virtute eminens ,
Et benefaciendi voluntate excellens,
Ut neminem unquam triftem dimiferit ,
Néminem triftis exceperit.
Confiliorum celftudine , magnarumque rerum molimine
Majorum exempla fupergreflus.
Novum, quod æmulentur pofteri, dedit exemplum ;
Pauci fequantur.
Litteratorum Amor, |
Litterarumque fenefcentium Reduétor, ac Stator ,
Cujus beneñiciis alleétæ fanétiores Mufæ
In hac Æde Minervæ ,
Tanquam in Patrio folo domicilium pofuere ;
Auëtä, ornatique Bibliothecä
Romæ magnitudinis æmula ,
Cum Hicronymo S. R. E. Cardinali CasawaTs;
Munificentiffimo Conditore
De liberalitate certavit,
Præfuit vigil , ac diligens mœfto nemine
Annos XXX1Y.
| | |
Visit fenfuum ; ac virium integer , optantibus cunétis . |
Annos Lxxxx11r
Obüt lætus lugentibus univerfis
Anno intercalari M. DCC. XX,
V e Kal Mart.
FAX
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. s8r
| __ Livre
| . XLVII
GREGOIRE SELLERI, MAITRE DU SACRE' PALAIS, GRrc01%8
DEPUIS CARDINAL PRESTRE DU TITRE ‘DELLERT
DE $S AUGUSTINe
KH N lifant les différens Tomes de cet Ouvrage on peut avoir
remarqué, que plufñeurs Souverains Pontifes*, pour tÉ- {+ Benott XI;
moigner leur finguliere affection à l'Ordre de Saint Dominique, Clément V, Ur-
ou es couronner le mérite, & recompenfer les fervices rendus 21 ous
au Saint Siège, ont élevé jufqu’à trois Sujets de ce même Infti- |
tut , d l’'éminente Dignité de Cardinal. Le Pape Benoît XIIT
de Sainte Mémoire, eft le premier, ou le feul, qui durant un
Pontificat qui n'a pas été des plus longs, ait honoré de la Pour-
pre Romaine quatre de nos Religieux ; fçavoir Auguftin Pipia,
Gregoire Sellert, Vincent - Louis Gortti , & Charles- Vin-
cent Ferreri. Ces quatre Cardinaux étant déja décédés, leur -
Hiftoire devroit faire une partie de ce dernier Volume : maïs on
ne nous a fourni que peu de mémoires , pour écrire la Vie du
fecond. Nous en avons de bons pour le troifiéme; & nous en
manquons abfolument pour le premier, & le quatriéme. I] fau-
dra donc laïffer à un autre le foin de faire connoître les Talens,
& les Aëions, de ces deux Cardinaux , de même que l’Erudis
tion & les Vertus du Cardinal Louis-Marie Lucini, revêtu de’
l Pourpre par N. S. P. le Pape Benoît XIV, dans la Promo-
tion de 1743, & décédé le 17 Janvier 1745.
Gregoire Selleri, né le 1 2 de Juillet 16 54, la derniéré année .
du Pontificat d’Innocent X ,eût pour Patrie le Village de Pan. . Patrie du Pere
cale dans le Péroufin, peu diftant de la Ville de Péroufe Ca-' Seller
pitale de POmbrie. Son Pere Bernardin Selleri, & fa Mere:
Eugénie Manichini , ne négligérent point fa premiére Educa-
tion. Mais dès fes cendres années la mort le priva du Secours,
qu'il pouvoit retirer des foins de l’un & de l’autre. La Divine
Providence n’abandonna pas le petit Orphelin ; qui, fous la
* tutelle de M. Michel-Ange Manichini, L Oncle maternel,
continua à aimer la Vertu, & à faire tous les jours des progrès
dans la Piété, & dans l’Etude des Lettres humaines. a
Ayant à peine fini fa quinziéme année, le jeune Selleri de- II.
manda l'Habit des Freres Prêcheurs: il le reçut dans le Couvent 1! den ne
de Saint Dominique à Péroufe, le 1 2 d'Août 1669. La pureté S, Doraimque, S
& la gravité de fes Mœurs, dans un âge fi peu avancé, fem-
Dddd ij
552 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liver bloient être un heureux Prefage de ce qu'il feroit un jour. Après
XLVIE année de probation on’reçut fes Vœux ; & felon l'ufage de
l'Ordre, on l'appliqua d'aboid a l'Etude des Hautes Sciences,
Serrrerr, de la Philbofophie, de la Théologie, de la Religion. Si les
= qualités de fon Efprit le firent eftimer de fes Profelfeurs , & de
| fes Condifciples, 1l fçut s’en faire aimer par fa modeftie, & par
Ja douceur de fon naturel. Pour le mettre en état de foutenirles
belles Efpérances, qu’on avoit déja conçues de lui, les Supé:
rieurs n’attendirent. pas qu’il euc atteint l’âge d’être Ordonné
Prêtre, pour lui faire occuper une place dans le Collége de
L:. 2 Saint Thomas au Couvent de la Minerve. Attencif à profiter
: ‘:: de cecte faveur.poyr fon avancement Spirituel,, le jeupe Re-
ligieux commença: dès-lors , & peut-être. fans y-penfer, certe
orieufg. Carriére, qui La fait paller avec rapidité par les plus
Prillans Emplois, : :... os | |
II. Le Général de l'Ordre de Saint Dominique, Thomas Rocca
See ee berti ayant été nommé à l'Archevèché de Valenceen Efpagne,
fes premiers Eme Le Chapitre Général fut Affemblé àRome, dans le mois de Juin,
plois. 1677, pour l'Eledion d’un autre Supérieur. Selleri venoit de
finir fon Cours de Théologie; & fur les preuves qu'il avoit don-
nées, dans toutes les occafons , & de fon génie, & de fa capa-
cité, on ne fit point difhculté de le charger de foutenir des:
Théfes Publiques, au Nom de fa Province de Rome. Cer A&e,
folemnel, qu'on a coutume de ne confier qu’à quel —_ Théolo-
giens depuis long-rems éxercés dans les Difputes de l'Ecole, fit
ya, honneur infinian jeune Soutenant. Extrêmement applaudi.
sb.
par une foule de Sçavans., il fut particuliérement admiré du
nouveau Général de l'Ordre , le Révérend Pere Antoine. de
DELLE Monroy; qui l'établit d’abord Profeffeur de Philofophie pour
N 2 Rom62.& 4 Jes Séculiers de notre Collége de Rome. Cet Emploi ne parut
a as au-deflus du mérite du Pere Selleri: & fa réputation foutint
celle du Collège-de Saint Thomas de Naples, où il fut depuis
envoyé, pour profeffer la Théologie. Pendant prés de dix ans,
que notre Theéolooien enfeigna dans ces mêmes Ecoles , où le.
Dodeur Angélique avoit fait fes derniéres Leçons, il forma un
nombre. de bons Difciples ; paffa avec diftinétion par tous les:
Grades ordinaires de Profeffeur, & de Régent des Etudes ; &.
prit enfin le Bomet de Docteur. En même tems qu'il fe rendoit.
utile à fes Freres, en leur communiquant fes Lumiéres , il les
€difioit toujours par fes éxemples de Vertu; & il annonçoit
fouvent la Parole de Dieu aux Fidéles , en faifant valoir les
Talens, qu'il avoit reçus pour la Chaire.
_ DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 58;
Le Cardinal Pignatelli, Archevèque de Naples, ayant eû Lrvre
plus d’une occafon de connoîtte la Probité. & l’Erudition du XLVIL.
Pere Selleri, l’honora de fon eftime ; & devériu Papë, fous le’ ee
Nom d’Innocent XII, Sa Sainteré lui donna de nouvelles mar- $ Li. .
ques de fa confiance. On le rapella à Rome lan 1 69 25 où il fut a
fait d’abord Prédicateur du Papé, & Affiftanc du Kévérend V.
Pere Paulin Bernardini Maître du Sacré Palais, La maniére, Rapellé à Rome,
dont le Pere Selleri remplit l’un & l’autre Emploi, ne fut pas Li ee te
moins agréable à la Cour de Rome, qu'aux Supérieurs de {où té, & Affiftanc du
Ordre. Lorfque le Cardinal Cafanate eûe depuis établi, dans PRE du Sacré
notre Couvent dela Minerve , deux Chaires Publiques de Théo-
logie, & deux Profeffeurs pour expliquer le Texte deS. Thomas,
ce Cardinal & le Pere Cloche nommérent le Pere Selleri, pour
premier Profefleur du Soir, comme le Pere Mafoulié l’etoit du
matin.Ce choix n’eft pasune petite preuve du mérite du P. Selle- VI. |
ri, toute la Ville de Rome y applaudit ; & il eüc le plaifir de voir, ! Collége de —
ue fon Ecole fut toujours fréquentée par un grand nombre fanare. |
‘Auditeurs choifis, qui affiftoient résuliérement à fes explica-
tions. l'Emploi d’Affiftant du Maitre du Sacré Palais ne l'avoit
point empêché de faire les Fonétions de Prédicateur Apoftoli.
que dans le Palais du Pape, & il continua à remplir le même
miniftére pendant les huit années confécutives, qu’il fut Pro-
feffeur Public daris le Collége de Cafanate. |
Tandis qu’il vaquoit à ces différentes occupations , avec une
exactitude, & un fuccès, qui faifoient également connoître &
fa capaciré, & fon Amour du travail, le Révérend Pere Bianchi VIT.
Dominicain, Secretaire de la Congrégation de lZndex ; étant ee U
mort, au mois de Février 1707, le Pape Clément XI donna je"
auflitôt cette Charge au Pere Selleri ; mais fans lui permettre
de quitter celle de Prédicareur Apoñtolique dans 3 Palais.
Accoutumé à ne rien demander , & à ne per rien, le modefte
Religieux accepta le nouveau Pofte, qui lui donnoiïr un Rang
diftingué parmi les Prélats de la Cour de Rome, & ne pénfa,
qu'à s’acquirer toujours, avec lemême zéle, des Fon&ions qu’il
éxerçoit déja depuis quinze ou feize années.
Cependant le célébre Pere Bernardini , âgé de quatre-vingt-
douze ans en 1711 , fupplia Sa Sainteté d’agréer qu’il fe démit
de fa Charge de Maître du Sacré Collége, pour aller couler le
refte de fes jours dans le repos du Cloître , & fe préparer au
Paffage de l'Erernité dans les Saints éxercices de lOraifon, &
de la pénitence. Son âge, fa réputation, fes longs fervices fai.
{oient efpérer que fa demandc feroit bien reçue : le Pape jugca
584 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LIivrE néanmoins, que les Romains avoient encore befoin des beaux
XLVII. Exemples que leur donnoit ce Grand Homme; & il ne voulut
Garcoixs Pas fe priver lui-même des Lumiéres de fon Théologien. Il lui
St ira donc de demeurer conftanment dans fa Place; & de
— le décharger d’une partie du fardeau fur le Révérend Pere
n'éccue au Sélleri. Il fur obéi : mais bientôt après le Seigneur apella le pre-
Maître du Sacré Mier à lui, & le fecond fut reconnu Maître du Sacré Palais. Nos
Palais, mémoires portent , que la Ville de Péroufe donna, dans ce
| | même tems, un témoignage public de fon eftime pour le Pere
: - Selleri, en l’aggrégeant au nombre de fes Sénateurs.
Il ne faut point douter que, dans l’efpace de dix-fept ans,
qu’il éxerça une Charge aufli importante que l’eft celle de Théo.
logien du Pape, le Révérend Pere Selleri n'ait fair bien des cho-
fes , qui devroient entrer dans fon Hiftoire. Cependant on ne
nous a point appris le détail de fes A&ions : & on s’eft contente
de remarquer, que toujours femblable à lui-même, honoré de
la confiance de quatre Souverains Pontifes , Innocent XII,
Clément XI, Innocent XIII, & Benoît XII, il n'a celle de
donner dans toutes les occafions , de grandes preuves d'intégri-
té, de juftice, de prudence, d’habileté , de modeftie, & de dou.
ceur, Connu & eftimé depuis fi long-rems dans la Cour de Ro-
me, le Maître du Sacré Palais étoit dans une haute réputation,
lorfque le Saint Archevêque de Bénévent, le Cardinal Orfini,
fut élevé fur la Chaire de Saint Pierre, le 29 de May 1724. Le
nouveau Pape fe fervit pendant quelques années du Miniftére
de fon Théologien, comme avoient fait fes Prédéceffeurs ;
mais il voulut porter plus loin qu'ils n’avoient fait, les marques
de fon eftime, & de fon affe&ion , perfuadé que ce n'eft que
dans les Poftes éminens, que les Grands Hommes paroiflent
tout ce qu’ils font. Dans la Promotion du neuviéme Décembre
IX. , 1726 Benoît XIII comprit le Pere Gregoire Selleri parmi les
ce ” neuf Cardinaux, qu'il aggrégea au Sacré Collége ; mais il fut
du nombre des fept, que Sa Sainteté réferva quelque tem:
in Petto (1). | |
Il continua donc fes Fonctions ordinaires de Maître du Sa-
cré Palais, jufqu’au Confiftoire du trentiéme Avril 1728, qu'il
(1) In his omnibus, & quidem gravibus Tot itaque meritis cumulatum , atque om
muneribus , quæ per plures annos laudabi- | nium fermmone celebratum SS. D. N. Benes
liter exercuit, pulcherrima femper juftitiæ , | diétus XIII Ordinis noftri:, quem profitee
prudentiæ , & dexteritatis præbuit argumen ftur, amantiflimus, Sacro Cardinalium Cole
ta, dignitatem cum modeftia, 'benisnita- flegin cooptavit , ut fcilicet virtutes ejus in
tem eum æquitate conjungens, ut ad om- fentineutiori loco conftitutæ clarids enite*
fem virtutis rationem eHorimatus viderecur, Brent , &c. Bwllar. Ord. Ton. VI, p. 7o$s
. Feçut
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 58;
reçut les marques de fa nouvelle Dignité, avec le Titre de Saint L'1v KE
Auguftin (*). Cette élévation ne changea rien ni dans {smœæurs, XL VEI.
ni dans fa conduite : il fut toujours ce qu'il avoit été, humble, res
modefte, affable à l'égard de tous, ennemi du fafte, unique- sk 11881.
ment occupé des Affaires de l’'Eglife, & de celle de fon Salut. ==
Dans toutes les démarches de notre Cardinal, il ne parut rien er
qui ne fe reflentit de la fimplicité de l'Etat religieux, dont les Cie. ”
Devoirs lui furent toujours préfens. Cette égalité de conduite
le rendoit toujours plus précieux au Pontife régnant, & plus
cher à fon Ordre. Mais 1 plûc au Seigneur de le retirer bientôt
de ce monde. Une facheufe maladie, caufée par une Defcente
de boyaux {maladie qu’il avoit trop negligée parce que la pu-”
deur l'empêchoit de la découvrir à fon Chirurgien) devint f
férieufe , qu'elle le réduitit à l’extrêmité, avant qu’on eût aucune
connoiffance-düu principe des divers maux, dont on le voyoit
accablé. |
Lorfque le Cardinal de Saint Auguftin s'apperçut que le mal X1.
étoit déformais fans remede, & que la Fiévre qui augmentoït Griére maladie,
toujours le menaçoit d’une mort prochaine, il ne penfa plus qu’à
fe préparer à paroître devant le Tribunal de JEsus- CHRIST.
Repaflant dans l’amertüme de fon Cœur toutes les années de
fa Vie, il fe jugea lui-même avec févérité, pour mériter de trou- re
ver Grace auprès du Souverain Juge. La Priére, la Pénitence, 11 & prépare
la réception des Sacremens, la patience dans les plus vives dou- taintement à la
Jeurs, fe facrifice enfin de fa Vie, la plus parfaite foumiflion de "°*
fa volonté à celle du Seigneur : tels furent les moyens, que ce
Cardinal plein de Foi, & de Religion ,employa gl fe purifier
de plus en plus, pendant les deux mois de maladie, qui éprou-
vérent fa conftance fans la vaincre.
Il n'oublia point les fervices qu’on lui avoit rendus; il re-
Compenfa en Maître tendre & généreux tous fes Domeftiques.
Mais quand on lui propofa de difpofer par Teftament de tout
ce qu'il avoit acquis, il ne répondit que par ces parôles de Job:
Nadus cgreîfus [um de utero matris meæ, G nudss revertar illuc, Job 1e 1
Je fais forti nà du Ventre de ma Mere, & j'y retonrnerai ni.
Adreffanr enfuite la parole au Révérend Pere Thomas Ripoll, XII.
SES Re Parfai
Général de fpn Ordre, il lui dit qu'il s'en rapportoitentiérement dr 0ÿ Mais.
(*) Sa Saïnteté nomma pour fuccéder À[ fuceéder dans la Charge de Maître du Sacré
Gregoire Selleri, le P. Benoît Zoanelli, qui| Palais. Selon la Lifte du P, Echaïd , c’eft le
a eu pour Succeffeur le Pere Louis-Niçolas quatre-vingt-troifiéme , qui remplit cette
Rodulfe, à qui le fcavant Pere Orfi vient del Charge depuis Saint Dominique.
Tome VI, Eeee
536 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LirvRE àladifpoftion, qu’il feroit lui-même des effets, qui pouvoient:
XLVIL luiappartenir, N'ayantrien poffédé avec attache ilquitroit tout
Grecoiïne fans regret. Sa mort arriva, pendant que Benoît XIII revenoit,
Secseri. de Bénéventä Rome, le 30 de May 1729, trente mois depuis
==" fa Promotion, & treize feulement depuis qu’il avoit été déclaré
Cardinal. Il étoit dans fa foixante-quinzième année.
Après fes Obféques , qui-furent fort a
fut enterré dans le Chœur de l’Eglife de Saince Marie für la
Minerve, près du petit Maufolée, qui renferme le Cœur du
Cardinal Cafanate : & on.fit graver cette Infcription fur fon
Tombeau. ne ni
D. ©. M.
Fr. Gregor Ssizsntx, Perufini, Ord. Præd.
Cafanatenfs Cathedratici ,
Sacr. Congregationis Indicis Secretarii »
. Palatii Apoftolci Magiftis
CLzuswTr XI à Confeffionibuss
_Inwocaurio XIII acceptiflimi.»
_BzwzDpictro XIIL
_ Ejufdem Ordinis promovente ,
Tir. S Auguflini Prefbyteji Cardinalis ;
_ Moribus ;. & Doétrina fpectabilis,
Cneibus
Refurre@tionem futuram Juftorum
| .. . ., Espedantibus,
| Patres Conventis S. Dominici. de Perufo.
Moœrentes & grati PP.
Vixit annos Lux1v. menfes x. .dies x1x,
Obit xxs Maï M. DCC, XXIX.
XIV.
Sa mort
_ DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 587 |
GUILLAUME MARTEL, MISSIONNAIRE Gurirauw
7 APOSTOLIQUE.DANS L'AMERIQUE MarïTEL
Uorque ce Saint Religieux ( avec lequel nous avons
paflé quelques années après notre Profeflion , dans le
Couvent de Saint Thomas à Touloufe ) ait travaillé avec
beaucoup de fruit dans plufieurs Diocèfes de ce Royaume ;
on peut dire que le plus. beau , comme le dernier Théâtre
de #4 Travaux lbs font .les deux Ifles apellées la
Martinique, & la Dominique, l’une & l’autre dans l'Amérique
Septentrionale, & dans la Mer du Nord. |
+ La premiére, autrefois habitée par les Caraïbes, qui la nom-
moient la Madanina , fut découverte il y a plus de’ deux Sié-
cles par les Efpagnols; mais ils ne l’habitérent point; & elle
demeura aux naturels du Pays jufqu’en l'année 1635 , que les
François s’en rendirent Maîtres, ou la conduite du Sieur du
Parquer, qui y établit d'abord plufeurs Colonies, avec quel.
ques Forts; & qui en prit tant de foin, qu’elle eft devenue l’une
es plus confidérables des Antilles Françoifes. Le Cardinal de
Richelieu y envoya auflirôt des Religieux Miffionnaires, pris de
notre Maïfon dy Noviciat Général de Paris : & depuis ce tems-
Jà l'Ordre de Saint Dominique, & la Province de Touloufe en
particulier, n’ont point ceflé de fournir à ces Colonies, ainfi
qu'a plufieurs autres, des Miniftres de la Parole, & des Sacre-
mens , pour l'inftruétien, & la confolation de ces Peuples.
.- L’Ifle apellée + Dominique , parce qu’elle fut découverte un
jour de Dimanche, eft à r $ ou 16 lieues de la Martinique (*);
&t appartient encore aujourd'hui aux Caraïbes : mais bien des
François ont déja commencé de s’y établir, fans inquiéter les
Sauvages, & fans.en être inquiétés. Ils y vivent tous dans la
plus grande indépendance, puifqu’il n’y a aucun Tribunal , au-
cune Jurifdi@ion ni Civile, ni Eccléfiafique. établie pour don-
her des Loix, ou paur les faire obferver. On peut juger par là
de la profonde ignorance ,& du libertinage-affreux , qui régnent
parmi ces Peuples abandonnés à eux-mêmes, fans inftruction,
(4) Dans le Diétionnaire Géographique &}de ceux qui ont été dans ces deux Iles ;
Hiftorique de M. Baudrand, il eft dit-que | nous fçavons qu’elles font à plus de quinze
fa Dominique n’eft éloignée de la Martini- [lieues de diftance.; & que le affage par met ,
que que de huit lieues : mais par le rapport i de Pune à l'autre eft très-pri‘leux, :
Eeceij
588 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvaz & fans joug. Cette feule confidération engagea notre zélé Mif.
XLVII fionnaire à entreprendre une longue & pénible Mifion , que nul
Gurrrauur autre avant lui n’avoit eû le courage d'entreprendre. Nous ne
MARTES. dns pas fi fon éxemple fera fouventc imité : on lira avec
aifir, & avec édification, ce qu’il a fait dans ce Pays, d’ailleurs
ingrat, & mal fain , & avec quelle perfévéranceil s’eft toujours
roïdi contre des difficultés les plus capables de rebuter un Hom-
me, dont le zéle eût été moins ardent, & la Charité moins
étendue.
Guillaume Martel, né l'an 168 3 à Severac, petite Ville dans
Patrie, & naïf. le Diocèfe de R hodez, étoit iffu d’une Famille ancienne & fort
KT du P. Mae honnête; qui a toujours été, comme elle eft encore dansle Pays,
Ré l'afyle des Pauvres, & des Affligés. On loue la Religion, la
droiture, & la probité de fon Pere, qui avoit rempli en bon
Citoyen les premieres Charges de la Ville, & pris un foin parti-
culier de bien élever fes Enfans. Sa Mere ,éxercée dès fes pre-
miéres années dans les œuvres de miféricorde, pratiqua long.
tems, dans le Tiers Ordre de S. Dominique, toutes les vertus
d’une Veuve Chrétienne, la modeftie, l’hofpitalité , la patience,
11 & la pénitence : on nous écrit qu’elle a vécu, & qu'elle eft morte
Piété éxemplaire En odeur de Sainteté. De tels Parens ne pouvoient laiffer qu’un
de joue & Fa- précieux héritage à leurs Enfans : Ils en avoient mis hitees
au monde ; & ils ont tous répondu à l'éducation, qu’on leur
“avoit donnée, L’Aîné s'étant dégagé du foin des Affaires tempo.
relles , vit encore prefqu’en Religieux dans les Pratiques de
Piété : & deux de fes Cadets continuent à fervir le Prochain,
‘Pun dans l'Ordre de Saint François ; l’autre dans la conduite
d’une Paroiffe. Selon les courts mémoires, qu’on nous a en-
voyés, il paroît que celui dont nous écrivons la Vie, étoit le
deuxiéme des Garçons. | |
Dès l’âge de huit ans, il fut confié avec fon Aîné , aux foins
111. d'un pieux Eccléfiaftique, qui fe chargea de le former ä la
Nul Edu- Vertu, & de lui {get es élémens de Ja Grammaire. IL
s’appliqua en effet à l’un & l’autre, avec d'autant plus d’ardeur,
que fes peines n'éroient jamais perdues. Le jeune Eleve écoutoie
avec refpe& les Leçons de fon Maître; les mettoit à profit; &
ne montroit pas moins d’inclination pour tous les éxercices
utiles & férieux , que d’éloignement de la bagatelle, & d’hor-
reur du Vice. Il ne fe démentir pas depuis dans les différens
Collèges, où il fut envoyé par fes Parens, pour y étudier les
Lettres humaines, & les D Sciences, Ami de À Priére , de
VErude , & de la Lecture des bons Livres, il fe rendit toujours
IV.
Btades, & fige
Vigilance.
9 Le Lt = & ”
52 Si At 7
. DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 589
docile à la. Voix de la Grace, qui l'avoir fi heureufement prévé- Livre
nu : & dans les Ecoles qu’il fréquenta à Rhodez, & à Tauloufe, X.LVILI.
il redoubla la Vigilance fur lui-même, & {e tint en'garde contre
le mauvais éxemple , afin de ne rien contraer de 14 Conta- MinreL.
En ed cou à
|
GUILLAUME
gion, qui fair ordinairement tant de tort à linnocence des
jeunes Gens. Il a avoué depuis (je le trouve dans une de fes v.
Lertres à-une perfonne de confiance } qu’à l’âge de quinze ans | Don éOraifon
léxercice de l’Oraifon faifoic déja fes ph chaftes délices. On sance. #° 2°"
ne doit pas craindre d’atrribuer à un ‘don fi précieux. & fi rare
“parmi les perfonnes de{on âge, non-feulement tous le progrès,
qu’il a faits depuis dans les voyes intérieures, & les fentiers de
la perfection Chrétienne ; maïs encore cette on&ion particu-
lire , qui fe faifoit fentir dans fes Ecrits , & dans.fes Difcouis,
Jlorfqu'il parloir de Dieu : & on fçait qu’il ne pouvoit guéres
parler d'autre chofe. Tout ce qu’il voyoit, tout ce qu’il enten-
doit, l’élevoit à Dieu. H-étudioit dans le même Efprit ; & dès
Jors il ne défiroit d’être fçavant, que pour fe rendre utile, en
+
travaillant un jour au Salut du prochain.
… Ces louables difpofitions fe perfeétionnérent encore, lorfqu’a- VL
près s'être long-tems éprouve, il fut enfin introduit dans notre Le P. Martel
Couvent de Touloufe, vers le commencement de ce Siécle, US dr de
dans fa dix-neuviéme année. Il y en avoit plufeurs, qu'étant si: à
à Rhodez il avoit demandé , avec autant d’inftance que d’hu-
milité, l'Habit de Saint Dominique. Ses Parens s’éroient alors
oppofés à fes défirs, parce À craignoient que fon Âge en-
core tendre , ne fut au-deflous de la rigueur de la Régle. Sa
erfévérance obtint dans la fuite ce qui lui avoit été d’abord
refufé, Il parut cependant que fa Vocation venoit du Ciel; &
que le Seigneur, en lui faifant la Grace de recevoir l'Habit du
Saint Patriarche, lui en avoit communiqué aufh l’Efprit; puif- VIL
que dans le cours de l’année qui fuivit celle de fa Profeflion, Ek fon Efprit.
Je fervent Religieux fe fencit fortement apellé à aller annon-
cer la Foi aux Infidéles, & à travailler à la converfion des
Pécheurs , dans ces Pays éloignés , où les befoins font plu
rands ,.& les Secours fpirituels plus rares. | 7
Mais, pour fe mettre en état de répondre À cette Vocation; |
Jorfque la volonté des Supérieurs lui feroit un. garant de celle neaux Fo
de Dieu, le Difciple de Jzsus-CHr1sT crut devoir imiter dass la Ver, |
fon Divin Maître , qui, pour nous donner l’'éxemple, a voulu
faire avant que d’enfeigner. Dans cette vûe il mettoit tous fes
momens À profit; pratiquoit éxatement. tous les points de fa
Régle ; & aux obfervances réguliéres il ajoutoit plufieurs mor-
Ecce üj
| -590 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LIVRE tifications particulières, pour donpter la chair, & accoutumer
XLVIT. le corps à ebéir 4 l'Efprit. Une férieufe application à l'Etude
Gurctause it êne partie de fa penirence ; & comme 1l avoit à mémoire
Marrer, fort heureule;8& quetes qualités de l’Efpricn’éroïent pâs moin-
———— dres:en lui, que-célles du Cœur, fes progrès dans les Sciences,
1x. ur-tout dans celle de la Religion, furent rapides. Il ne {e bor.
Et dans la Science, moie poirit aux Lecohs Théologiques , -qu'il recevoit tous les
7 .5n… foùrs de fes Maîtres ‘il simoic à fire dans les Ouvrages de Saïnt
Thomas ,l’expheacion &'la preuve des Véricés qu’on lui diétoit,
ditrouvoit encore le tenñs de faire la leêture de quelques Peres,
nr de Re mars & de Saïnt Bernard; dont
. es Ecrits’ lui-devinréhc aafli familiers, que les Livres Sacrés:
où pouvoir 1e remarquer. dans tous fés entretiens : mais cela
parut encore ‘plus dans fes Difcours publics; & il commença à
vo-fairé dès qu'ileûr ére élevé au Sacerdoce. .
©? Dans la premiére Vifire, qu’il rendit à fes Parens, depuis fon
encréé'dans l'Ordre dé Saiht Dominique, il édifia beaucoup
toute la Famille, par ‘fon Efprit de Pénitence, ne voulant pas
2 Vivre autrement dans fà Maïfon paternelle, que dans leCloître :
"7"! &îttnedonna pas un moindre {ujet de ‘confolation à tous les
Sn Citoyéns ; par fes touchantes'& parétiques Exhortations. Il prê-
cha plufieurs fois à Severac, & toujours avec un concours ex-
traordinaire de peuple. Peu de tems après il remplit avec le
même fuccès , la Station du Carême à Marüege, Ville du Dio-
vèle de Mande dans le Givaudan: Quoique la plûpart des Habï-
tâns’ fuflent infectés des Erreurs de Calvin, le jeuné Prédica-
teur, déja éffimé pour la-régularité de fa Vie, fut fuivi, ap-
plaudi ; &ilyfit dufruit. | |
Les Talens du Pere Martel pour l'Ecole n’éroient pas médio-
cres : il en:avoit donné fouvent des Preuves, dans le cours de fes
Etudes , & dans les Théfes Publiques, qu’on lui fit foutenir
dans-un Chapitre de la Province de Touloufe. T1 préféra néan.
moins l’éxercice de la Prédication, comme plus conforme À fes
vûes,& à l’ardeur du zéle , qui le dévoroit pour le Salut des Ames.
XI Si pendant les premiéres années de fon miniftére , il travailla fes.
Sa manidre de Sermons avec quelque foih, pour y mettre plus d'ordre, & de
mmpolrtes Sr Erce’ en les rendant plus folides, & plus chatiés ; il ne crut pas
D. dans la fuite devoir fe foumettre trop fcrupuleufement aux ré-
gles de l’Eloquence humaine. Perfuadé que pour prêcher avec
ruit les grandes Vérités de la Religion, l'Etude étoit moins
héceffaire que la Priere, il fit ce qu'avoient fait avant lui Saint
Dominique, & Saint Vincent Ferrier : après une ferventeOrai- :
h X. |
Ses premières
Prédications.
ee
——
Fz° ja
: DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE: : s9x _
fon il prenoïit la plume, & ne compoloic ordinairemenc'fes Livapx
Difcours qu'aux piés du Crucifix, Jamais il pe chercha ä plaire XLVIL.
pe un ftyle orné & fleuri , propre à flacçer les Oreilles : on ne Cus
ailoit pas de l'entendre ayec plaifr., parce, qu’en. inftçuifant Mixer
fes Auditeurs ,ilavoit le talent de perfuader , &. de toucher, =
Les Fidéles de la Ville, & du Diocèfe de Touloufe profité.
rent de fes premiéres Prédications, & il fi plus d’une Miffion Comment Ce
dans les: Diocèfes voifins, depuis l'an 1710 jufqu'en 1714, comporte dans le
me | | : . Noviciat général -
qu'il fut envoyé'à Paris. Pendant les quatre ou cinq anhéer, Les. Gernai
qu'il s’y arrêta ,il parnt toujours un des plus fervens Religieux,
en compofoient'alors la Communauté du Noviciat Général :
ans ufer des difpenfes néceffaires à ceux qui s’occupoient beau-
coup du miniftére-de la Parole;'il prèchoit.fouvent , non fans
quelque fruit. La prudence humaïne trouva quelquefois. fon,
zéle exceffif, Il'eft vrai.-que lorfqu’il déclamoit contre des Vices
Pe , Particuliérementcontrelesirrévérences commifes dans:
€ Lieu Saint, le zéle l'emportoit, & dans plus d'une occañon
il parut oublier les égards, qui font dûs aux perfonnes les plus |
élevées dans le monde , lorfqw'il croyoit. que ces: pesfonnes
oublioient elles-mêmes, ce qu’elles devoient à.la Majefté: de
Dieu , & à la Sainteté.de fon Temple, .:,, 2:10 tot
La même année de fon arrivée à Paris,le Pere Martel fit plu" + IL.
fieurs Courfes.Apoftoliques ,:dans différeñs Diocèfes des envi. - Miffions utiles
rons : & avant le Carême de r715 il commenca une-célébre dns le Diocéle
Miflion dans le Nivernois, fur la Riviére d'Yonne, à.neuf as les L'eus
Lieues d'Auxerre. Le fouyenir n’en: eft pas effacé ;.on en parle; voifns,
encore dans le Pays, où on voit des Monumeñs précieux de ;
fôn zéle, Il feroit cependant difficile de dire tourle et phûc -
au Seigneur d'opérer par le miniftére d'un Homme, qui fçachanc.
S’oublier lui-même, & fes inrérêts, pour ne chercher que ceux.
de JEsus-CHrisT, étoit tout 'N feu, & de zéle pour la |
Gloire de Dieu, & le Salut des Ames. Souvent; -après avoir:
pailé la ns grande partie de la nuit à ‘prier, & à affliger fon:
Corps, il prêchoit deux. ou trois fois le jour, mais avec tant,
de force , & d’onion ; que tout pénétré des grandes Vérirés
qu'il annonçoit, il portoit les mêmes fentimens dans l’Ame-de
tous ceux qui l’ecoutoient: On a vd tout fon Auditoire fondre.
en larmes ; & les fuites de cette Sainte émotion ont été des plus |
heureufes à l'égard de plufieurs. Bien des Pêcheurs, qui avoient. XIV.
lonpg-tems croupi dans leurs criminelles habitudes , touchés Fruits de fes
d’abord par les Difcours de cet Homme A poftolique, conduits, Prédications.
€nfuice par fes confeils , & fes maximes, fe fant retirés des routes!
+
&
92 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvagx del'iniquité, pour vivre déformais dans la Pénirénce. Quelques
XLVIE aütres, peut: êtré moins coupables; mais jufqu’alors tro
=— fsigneux de travailler à leur avancement fpirituel,, ont embrafé
un genre de Vie; qui, fansles féparer ducommerce du monde,
eft peu différent de ce qui fe pratique dans les plus Saintes Ré.
D tfaites. MAÉ RSS RUN
: ‘:xv. <‘Ce que le fervene Mfionnaire, avec le Secours de la Grace,
- Et de fa Direc- awoié commencé dans la Chaïîte , il l’achevoit ordinairement
fon, : . . dâns16 Cohfeffional; où letraväil le plus rude, le plus accablant
né le lafloit jamaïs , paice que la charité & la patience du bon
_ Pafteur étoient le Modéle, qu'il fe propofoit d'imiter. Selon le
témoignage de perfonnes dignes de Foi, qui ont profité elles
mêmes ! pour leur fanétification , des Inftruétions, ou de la
dirè&iott du Pére Martel; & qui l'ont fuivi de plus près dans
toùt ce qu'il 4 fair à Clamecy, il y a terminé plufieurs Procès,
&'procuré de célébrés réconciliations, & a fait- cefler divers
fcandales. Plufieurs de ces Converfions, qui édifiérent alors, fe
font foutenues avec li même édification jufqu’au tems que nous
écrivohs éeci. Les Pauvres fe reffentenc’aufli des avantages,
x Mess procura en établiffant une efpêce de Congrégation
_de Dames de la Charité, qui recueillent avec ne: louable folli-
| citudé tout ce'que fa piété des Fidélés veut confacrer au foula-
2 ” gément des Indigens. Les Prifonniers ne furent point oubliés
oo charitable Miniftre, qui les vifiroit fouvent, Ésconfemoit,
..les'confoloit;: & s’érnployoit:én leur faveur. Il'fir rendre la
. “Liberté À quelques-utis, qui étoiene détenus pour des dettes.
xvr. - Of convient qué'ce n'étoit pas feulement par lé don de la
G erenPiss die parole, qu’il fe rendoit en quelque maniére maître des Cœurs;
; pour leur infpirer ces fentimens de douleur de leurs Péchés, de
compaflion pour les Pauvres, de paix & de douceur envers leurs
Ennemis. La fainteté de fes Exemples, & l'auftéricé de fa Vie,
en fourenant toujours fa réputation, donnoient un tel poids à
tous fes Difcours , qu’on fe fentoit comme entraîne par une
douce violence, à faire tout ce qu’il vouloit perfuader. On ne
le vit jamais, ni accepter des Préfens , ni confentir à fe trouver
dans des Feftins, ni:fe refufer à une bonne Œuvre, quelque
XV 2. : pénible , ou humiliante qu’elle fut. Les grands fuccès, que le
rare L Ciel accordoir à fes priéres, & à festravaux, ne le mirent pas
pesfécuion. toujours à couvert de la Perfécution mais fi la Providence per-
L mir qu’il fut éprouvé par le feu de la tribulation, la Grace le
foutint dans fes épreuves ; & fa patience ne parut pas moins
héroïque dans les affronts, que fon courage dans les périls. .
GUILLAUME
MARTEL.
. à ‘
foft point à fe retirer
/
DE L'ORDRE-DE S. DOMINIQUE. 593
. En fe dévouant au Saint Miniftére, le zélé Religieux ne L 1 v R x
s'écoit point diffimulé à lui-même, que les contradictions & les XLVII.
fouffrances font le partage ordinaire de l'Homme Apoftolique.
11 fçavoit que le Démon, & le Monde feront toujours oppolfés
à JESUsS-CHRIST,& à tous ceux qui, remplis de fon Éric :
ne travailleront qu’à établir fon Empire, en renverfant celui de
la chair, & des paflions. Plus l'Homme de Dieu s’élevera avec ,
s'élever contre lui même, ceux qui ne prennent point l'Evan-
gile , pour régle de leur conduite. Comme ils fe 5 honneur
de fe dire Chrétiens, fans prétendre néanmoins s’aflujetir aux
faintes rigueurs du Chriftianifme, ils ne fouffrent pas volontiers
qu'on les mctte en contradiction avec eux-mêmes, en leur
rapellant ce qu’ils voudroient pouvoir oublier , ou ignorer. Ils
N'aiment pas qu’on jeur dife, que leur foi condamnant Jeurs
œuvres çriminglles, fans les faire cefler d’être criminels, ils fe-
ront jugés avec moins de mifériçcorde, & punis avec plus de
rigueur , que les Infidéles, à qui il n'a pas été donné de connoi.-
tre Jesus-CHr1sT, d'entendre prêcher fon Evangile, & de
Yrecevoir {es Sacremens. |
”. Ces vérités, cependant, fi importunes aux malheureux Efcla-
ves des paffions, étoient fouvent dans la bouche de notre Pré-
dicateur. Il les annoncoit avec force felon qu’il le croyoit plus
néceflaire. Mais ce qui éclairoit, rouchoic, & convertifloit les
uns, révoltoitouirritoit les autres, qui auroient voulu entendre
> D chofe de plus confolant, de plus conforme à leurs dé-
irs, Les premiers applaudifloient au Miniftre de JEsu s-
CHRIST,& travailloient à reformer ce qu'il y avoit de
fe condamner eux-mêmes, cenfuroient le Prédicateur, qu'ils
traitoient de jeune Vifionnaire. Son zéle leur paroïfloit outré,
& indifcret, fa Morale trop févére, & fa maniére de prêcher
trop au-deflus des ménagemens, devenus néceflaires à la foi-
bleffe, ou à la délicareffe des Chrétiens de nos jours. Ce fur de
la part des ur , qui penfoienc & qui vivoient ainfi ,' que le
Pere Martel, dans 7 orre de fes Miffions , eût à fouffrir
une partie de ce que les Apôtres avoient fouffert, parmi les
Juifs, & les Gentils On le déchiroit impiroyablement par les
traits lés plus fatiriques : on le menaçoit, ou on le faifoit aver-
tir, que s'il étoit fage, il pourvoiroit à fa fûreté par une prompte
retraîte. Mais tant qu’il voyoit le fcandale fubfifter, il ne pen- ri ne prêche
, nid fe taire, 1l Pre Fr ass moins la Vérit
;, F
Teomns Vi
GUILLAUME
MARTEL.
X VIII.
Qui font ceux qui
< 4 e perfécutent, &
force contre tout ce que l'Evangile condamne, plus il verra pourquoi.
App
XIX.
laudi des
uns ,ileft haï, &
repréhenfible dans leur conduite. Les derniers , plutôt que de méprifé des au
(res.
X X.
&
594 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livaz avec fes pénitences ; & difpofé à donner fa Vie pour l’Ame
XLVII de fon Frere, il continuoit à lui adrefler ces paroles du Saint
Précurfeur : Mon licer. | | |
Tandis que le Pere Martel attaquoit avec certe intrépidité
les vices Publics , & fcandaleux , il cultivoit avec le même
XXI. foin de beaux commencemens de Vertu dans des Ames dociles,
, La piété Qu'il A vanc fair embraffer les pratiques de la piété Chrétienne, à un
infpire à de jeunes y | RE . . |
cœurs, eft{olide, NOmbre de jeunes perfonnes du Sexe, il crut devoir leur fournir
& perfévérane, les moyens de perfévérer dans les mêmes fentimens, en leur
donnant un réglement de Vie, & lesaccoutumant à éviter l'Oif-
veté les jours de cravail, & la diflipation les jours de Fête. ]]
leur perfuada de s’affembier tous les Dimanches , dans une
Maiïfon particuliére, pour y faire enfemble la Priére, de bonnes
Lectures , & chanter des Cantiques fpirituels. Ce fur peut-être
à cette occafion, qu’il traduifit le dévot Cantique de Saint Ber.
nard {ur le Saint Nom de JEzsus. La Tradu@ion en eft éxade,
ê&c n’a fait rien perdre, ni de la douceur, ni de la beauté de certe
pièce véritablement digne du Saint Abbé de Claïrveaux. On
nous apprend que la ferveur de ces Vierges Chrétiennes ne s’eft
point ralentie : & nous ne doutons pas que cette perfévérance
ne-doive être attribuée en partie aux foins , & aux Exemples
d’une illuftre Servante de JEzsus-CHR1ST, qui fçut mieux
profiter que plufeurs autres, du Secours qu’elle trouva dans le
zéle duSaint Miffionnaire pour s’avancer dansles Voyesde la per-
fection ; & qui ayant continué à fe conduire par fes Avis, & par
fes Lettres, depuis même que l’Efprit de Dieu l’eut fair pafler .
au-delà des Mers, elle a été en érat de nous fournir plufeurs
bons Mémoires pour écrire cette Vie. | |
XXII. Tour ce que notre Prédicateur avoit fait à Clamecy l'an 1715,
Autres Mifions. j] le fit l’année fuivante à Toufli, à Corgi, & dans plufeurs au-
tres lieux Voifins, particuliérement dans la Ville de Cône, fur
la Riviére de Loire, aux Confins du Berry. L'an 1717, il prè-
cha avec le même fuccès l'Avent, le Carême, & l'Oûtave du
Saint Sacrement, dans la Ville d'Auxerre. Maïs pendant l’in-
tervalle de fes Miffions, il venoïit toujours reprendre les Exerci-
ces de la Communauté dans la Maifon du Noviciat Général ,
& ce qu’il appelloit un repos étoit proprement une continua.
tion de travail, qu'il fanctifioit par la priére, & l'obéifflance,
Quelque préférence qu’il donnât au miniftére de la Parole, les
Supérieurs trouvoient toujours en lui un Religieux, fans propre .
volonté, également prêt à remplir toutes les Fon&ions, dont
on vouloit le charger. |
GUILLAUME
MARTEL.
PSS SEE
| ie 2
-, DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 5;
. «Les Peuples qui avoient déja profité de fes Inftrudions , & LrvrE
-ceux qui fe promettoiènt le même avantage, fe flattoient dele XLVII.
. voir bienror reprendre le cours de fes Miffions. Mais, l’obéiffan- A hou
ct le conduifit ailleurs. On le rapella à Touloufe l’an 1719, & de. : À +
fon miniftére, pendant quelques années, fut encore utile dans =»
ce Pays, fur-tout aux Peuples de la Campagne : il le préféroit XXIII.
aux plus brillans Auditoïres ; parce qu'il trouvoit ordinaire- ver
ment plus de docilité parmi ceux, qui étant plus éloignés des prêche avec fruit
objets, qui ont coutume d'irricer les paflions , ne s’occupoienc 4° 2 Vite, &
que du travail, & gagnoient avec press leur Vie à la fueur de En les Camps
leur front. Le zéle très-ardent Lu
avoit, pour l’Inftruétion , gues.
& le Salut de ces pauvres Gens, lui attiroit leur confiance. On
Je fuivoit avec empreflement : les jours de Dimanche ou de Fête
-on fe réndoit en Bule. de tous les lieux voifins, dans celui où
on fçavoit qu'il faifoit la Miflion. Les Eglifes ne fe trouvant pas
quelquefois aflez vaftes pour la mulritude, il prêchoit en pleine
Campagne ; l'avidité que les Fidéles cémoignoient de l’enten-
dré , faifoit qu’il réitéroit fouvent fes Inftru&ions, & qu'il ne
fçavoit prefque pas donner d2 bornes à fes Difcours.
- . Mais un travail fi rude, & trop long-tems continué, joincàla xx1v.
rigueur , avec laquelle le pieux Mifionnaire traitoit fon Corps, 1ltombe malade;
le jecta enfin dans une extrême foibleffe , qui fut accompagnée
d’un crachement de fang, & de divers autres accidens; Le les
fuites pouvoient être funeftes. Avec cela on eut de la peine à
Jui PE Sp qu’il falloit fufpendre les Fonctions A poftoliques,
#& faire des remedes. De l'avis des Médecins, les Supérieurs
l'obligérent d'aller refpirer l'air natal : il obéir; mais après un
repos de trois Semaines, il fe reprocha ce qui lui paroïfloit n’être
qu'une Vie fenfuelle, & inutile, indigne d’un Penitent, & d’un
Religieux. Il revint donc à Touloufe , avec une pleine confian-
ce , que le Seigneur lui rendroit la fanté , quand il fe feroit XX
remis dans l’éxercice de touces les obfervances réguliéres. Dre at blifle-
Preflé de la Charité de Jesus-CHR1sT,& du défir de lui ment, pour re:
gagner des Ames, il redoubla la ferveur de fes Prières, & il fut De en
exaucé. Le premier se qu’il vouloit faire de fes nouvelles |
forces, éroit le Service des Peftiférés : les maladies contagieu-
fes, qui avoient commencé d’affliger la Ville de Marfcille avanc
Ja fin de 1720, s'étoient depuis communiquées de proche en
roche , dans une grande partie de la Provence; dansie Comtat xxvi
Venaiffn. & fe À né déja dans le Givaudan. Le Pere Prveu ere
Martel , dont le zéle devenoic tous les jours plus a@if, deman- 5°" hs dE
da la permiffion de courir au fecours des Malades, ee” que,
596 HISTOIRE DES-HOMMES ILLUSTRES
Lrveezx dans ce preffantbefoin, il s’en trouvoit plufieurs en différens en:
XLVII, droits, qui n’avoient pas toujours des Miniftres prêts à remplæ
Goirraves CC! CEUX, _ la contagion enlevoit continuellement.
Marrerz L'Obéiflance s'étant oppofée à fes défirs , il continua Îes
- Fonctions ordinaires de fon miniftére dans la Ville, & le Dio-
XXVIL cèfe de Touloufe, ou dans les environs. Pendant + sas de
| a deux , ou de trois années, il fit encore plufieurs Millions, &
"toujours avec des fruits fenfibles. Bien des perfonnes de piété,
& plufieurs de celles, que fes Prédications avoient retirées de
leurs premiers égaremens, profitérent de fa fage direction, les
unes pour faire de nouveaux progrès dans la Vertu, les autres
pour affermir ces heureux commencemens de converfion ; &
dans le même tems il attira à fon Ordre plufeurs bons Sujets;
qui fervent aujourd'hui l’Eglife avec édification , dans les colo-
aies de l'Amérique, & ailleurs. * |
XXVIIT. Il eft donc permis de dire; que comme le Serviteur fidéle, le
ee Pere Martel faifoit valoir les Talens qu’il avoit reçus, & que
cher l'Evangile {es jours étoient pleins. Cependant quelques biens qu'il pût faire
aux lafdéles, dans nos Provinces, il ne croyoït pas être encore où Dieu l’apel-
loit : le défir de porter au loin la Lumiére de l'Evangile le prelloit
toujours, Il {e repréfencoit en gémiffant tant de différens Peu-
ples, qui faute d’inftruction vivent fans Religion, & meurenc
dans le péché ; & il ne pouvoit oublier quelle imprellion certe
penfée avoit faire fur fon Cœur, dès les premiéres années de fa
vie religieufe. Pour ne point manquer à fa vocation , il expo-
foit de rems en tems fes peines, & fes défirs ; à ceux de qui il
devoit recevoir fa Miflion. On lui répondoit toujours que fon
miniftére étant fi utile dans le Pays , il pouvoir penfer que le
Seigneur ne le vouloit pas ailleurs. I] n’en éroit rien moins que
perfuidé ; maisil attribuoit ce refus à fes péchés ; & fi le refpe&,
ou l’obéiffance, qu’il vouloit toujours rendre à fes Supérieurs,
lui fermoit la bouche, fon Efprit & fon Cœur fouffroient une
efpece de martyre. | |
Dans ce combat intérieur, où le zéle le plus ardent du Salut
des Ames fe trouvoit comme arrêté, par la crainte de prendre
peut-être pour des infpirations du Saint-Efprit, les illufions
de l'amour propre, humble Religieux ne cefloit de reperer ces
xx1x. Paroles de David : mon Cœur À prêt, Seigneur, mon Cœur
Ilattend fa Mif- eft prêt. Ec randis qu'il ne fe lafloit pas de demander à Dieu
Pate ou de lui ôter la penfée, & le défir, dont il écoit fi fi
FE ne penfée, & le défir, dont il étoit fi occupé,
ms Zprofr, lui-même n'en éroit point l’Auteur ; ou de mettre les Supérieurs
dans les mêmes fentimens ; il continuoit à s’éxercer dans routes
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. _$97
fortes de bonnes Oeuvres. Retiré dans le petit Couvent de
Bruyere, à deux Lieues de Touloufe, il ajoutoit aux éxercices
d'un Pénitent, toutes les fonctions de l'Homme A poftolique.
Inftruire, prêcher, catéchifer entendre les confeflions, Vidrer
& confoler les Malades; c'eft ce qui remplifloit prefque routes
les heures du jour : & il donnoit une partie de 1a nuit à l’Orai-
fon , ou à la lecture des Livres faints. 11 prenoic fur fon repos
\
Livre
XLVII.
men |
GUILLAUME
ARTE L.
tour le rems qu’il employoit à répondre à ce qu'on lui deman-
doit par Lettre. Plufieurs Particuliers, & quelques Commu-
nautés Religieufes, qui lui avoient donné toute leur confiance,
pendant fes Miflions dans le Diocèfe d'Auxerre, s’adrefloient
encore à lui, & en éxigeoient quelques Ecrits de piété, ou des
Régles de conduite. Il ne fe refufoit jamais à un travail de cha.
rité, | | | |
Telle étroit l'occupation du Peré Martel, dans le mois de
Septembre 1722, lorfqu’il reçut enfin les Lettres de fes Supé-
rieurs, qui lui ordonnoient de fe rendre incefflamment dans
nos Mifions de la Martinique. Rien ne pouvoit lui arriver de
plus agréable. Son Efprit dès ce moment fut tranquille, & fon
départ très-prompr : car aufli détaché qu’il avoit toujours été
dela chair & du fang , aucune liaifon humaine ne Een l’ar-
rèter dans un lieu, lorfqu’il croyoit que Dieu l’apelloit dans un
autre. Bien loin de fe donner la fatisfa@tion d’aller dire le der:
nier adieu, à des Parens, dont il étoit cendrement aimé, il ne
leur écrivit même pas ; ou il ne le fit que pour leur demander Ja
continuation de leurs Priéres; & leur apprendre que dans le
tems qu’ils recevoient fa Lettre, il étoit parti pour le nouveau
Monde. Il fe trouvoit déja à Bordeaux au commencement d'Oc.
tobre ; il profita avec joye du premier embarquement ; & la
Navigation fut ps” Le Vaïffleau qui le portoit devine
comme une Eglife ; où il ne vêcut pas autrement que dans le
Monaftére : il inftruifoit , & prêchoit fouvent les Paflagers,
faifoit avec eux les Prières, & chantoit les Louanges de Dieu.
Tour cela ne pouvoir que les édifier : mais fes auftérités déplu-
rent quelquefois au Capitaine du Vaifleau, qui auroit fouhaité
“qu'un peu moins régulier, il fe fut rendu plus complaifant pour
manger comme les autres. |
Lorfque le Pere Martel arriva à la Martinique, avant la fin
de l’année 1722, ces Miffions avoient pour Supérieur un ex-
cellent Religieux, qui avoit déja travaillé avec fruit dans le
XXX.
L'Obéiffance le
fait partir pour la
Martinique.
Le Pere André
Pays; & qui a conduit depuis pendant plus de vingt ans les Mane,
mêmes Miflions, avec la qualité de Vicaire Général, honoré
| | Ffffii
598 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lirvauw quelquefois de celle de Préfer Apoftolique. Ce fage Supérieur
x LVII ‘connur bientôt tout le mérire du Sujet, qu’on lui envoyoic, & le
tréfor, dont le Ciel enrichifloit la Colonie. On ne peut nier
que les befoins n’y fuffent très-grands, puifque l'ignorance des
Vérités de la Religion, & la corruption des Mœurs n'étoient
uéres moins communes parmi les Perfonnes libres, que parmi
Fes Efclaves, qui s’y troüvoient en très-grand nombre, Les vi.
ces étoient plus ou moins multipliés’en différens endroits, felon
que les Peuples s'étoient montrés plus ou moins indociles aux
Inftructions de leurs Pafteurs. |
xxxr Notre Mifonnaire, chargé d’abord du foin de la Paroifle
Ce que le Pere. apbllée Le Gramde- Ance, l'une des plus étendues, & des plus peus
Pb Riréans a plées de route la Martinique, ne tarda pas à connoître à quel
FAR eravail il étoic deftiné. Mais, fans fe rebuters & fans craindre
la facigue, il mit route fa confiance dans le Secours Divin, ré-
folu de faerifier fon repos, fa fanté, & fa vie même, s’il le falloit,
au Salut de tant d’Ames, qui n’avoient point profité des peines,
qu'on s’étoit données jufqu’alors pour leur inftruétion , & leur
converfion. Le même Efprit de zéle, qui l’avoit fait venir de f
Join, lui apprit à fe faire tout à ous, à l’Exemple de Sainc Paul;
& par cette effufion de Charité, il gagna bientôt non-feulement
l'eftime, mais aufli l’affe@ion, & l’entiére confiance de tous fes
Paroifliens. Bien éloigné de jamais fe refufer aux befoins du
pluswvil Efclave ,il les prévenoirtous ; & ne cefloit de les inviter,
ou de les prefler de fe pr ai affidus aux Inftructions , aux
Catéchifmes, aux Priéres publiques ; & à fe difpofer pour la
‘réception des Sacremens. A cela il confacroit toutes les heures,
prefque tous les momens, les jours de Dimanche , & de Fête:
& parce que ce peu de rems ne fuffifoit point, ni pour la multitude
des Perfonnes, ni pour la grandeur de leurs befoins, il étoit
continuellement à parcourÿr fa Paroifle. Dans tous les Quar-
tiers, ou dans toutes les Habitations, il inftruifoit, & catéchifoie
les Néores, & les Négreffes; leur expliquoit avec une patience
admirable les premiers Elemens de la Religion Chrétienne ; &
ne s’appliquoit pas moins à régler leurs mœurs, qu'à les retirer
de cette pme vale can , qu’on pouvoit confiderer comme
une des premiéres fources de cous les défordres, qai régnoient
parmi eux, M L |
uand il ne pouvoit leur parler, il prioit pour eux; & à de
très-ferventes Priéres, il ajoutoit des Pénitences rigoureufes,
our fléchir la Juftice de Dieu, & attirer fur eux les regards
dé fa Miféricorde.-Le cems de la Nuit, deftiné à réparer par le
ne
GuiLLAUME
MARTEL.
sv Re
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 599
repos , les forces épuifées par le travail du jour, le zélé Miniftre Livre
Je pafloit plus ordinairement dans l’oraifon, & dans les larmes, XLVIL
Éce Seigneur ne les méprifa pas ces larmes de charité, & de
énirence. Il écouta les arme gémiflemens d’un Cœur tout
Tue de zéle ; & dans l’efpace de trois ou quatre ans, il fe fit
un changement fort confidérable dans toute cette Paroifle. Les xxx11.
Maîtres, & leurs Efclaves plusinftruits des Devoirs du Chriftia- Changement
: < 40 confolant des Ha-
nifme, commencérent à les refpecter , & à les remplir. Les fcan- bis.
dales devinrent plus rares : les vices groffers & publics furent
retranchés : l’impudicité, l’yvrognerie , la vengeance, & fem-
blables défordres n’étanc plus communs , les moins fages com-
mencérent à en rougir : ceux qui {çurent le mieux profiter des
fréquentes Inftru&tions, qu’on leur donnoit, portérent aufli plus
loin la réforme dans leurs perfonnes , & dans leurs familles:
& le faint ufage des Sacremens, auparavant trop négligé , aflu-
ra, ou perfeétionna la converfion de ces Hommes de bonne
volonté, Ce |
Auffitôt que le Supérieur Général de la Mifion vit la Paroifle . yxyrri:
de la Grande-Ance, fur le pié où on pouvoit la défirer, il penfa On le deftine
fagemenc qu’il ne feroit pas impoflible à un autre Miniftre PO. nn ame
de la parole d’y maintenir, tout le bien, que le Pere Martel y
avoit introduit, & que celui ci pourroît cependant procurer les
mêmes avantages à une autre Paroifle. Il y en avoit plufeurs,
n’avoient pas un moindre befoin de fon Secours. Il lui écrivit
donc après la Pâque de 1726 defe difpofer à aller faire valoir en
faveur d’un autre Peuple, les Talens que Dieu lui avoit donnés
pour le Salut des Ames. Le Difciple de Jesus-CHRIST, »
ne tenoit À rien, toujours prêt à foumettre fa volonté à l’obéif-
fance, avertit fes Paroifliens, de l'ordre qu'il avoit reçu, afin
w'ils miflent à profit le peu de tems, qu’ils avoient à être en-
emble : & dès qu’on lui eût marqué le nouveau champ, qu'il
devoit défricher : il s’y rendit fans délai, fans rien emporter
avec lui, que le cœur, & les regrets de fon cher Troupeau,
Voici ce qu'il en a écrit lui-même dans une Lettre datée de la
Bafle-Poinie, le 13 Janvier 1727. :
Dans cette Ifle, où l'ignorance eft extrême, la corruption « yxx1v.
affreufe, & le travail trop fouvent ingrat, le Seigneur nem'aw Lettre du Pere
point laïiflé fans quelque Confolation. Après les fatigues de « Mr! ee
crois années entiéres dans ma premiére Paroifle, qu’on apelle « "7257:
la Grande Ance, qui eft très-érendue, j'ai eû la fatisfaétion «
de voir la plâpart des Habitans garder éxactement tout ce «
qu'il falloit, pour être en état de faire leurs Pâques. Il y avoit es
ES |
GUILLAUME
MARTEL,
LS à
LirvRrE
XLVIL
de ee,
GUILLAUME
MARTEL.
RE
6oo HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» même dans cette Paroiflé une douzaine de jeunes Hommes;
» non mariés, qui communioient tous les mois ou tous les deux
» mois. Un plus grand nombre de jeunes Filles donnoient auf
» dans la folide Piété : deux d'entr'elles fe font confacrées à
» JESUS-CHRIST dans le go à eu le plaifir de les pré-
» cher à leur prife de Voile, & Lundi dernier, vingtiéme de ce
» mois , j'ai fair le Difcours de leur Profeffon. F à Len déja và
» bien des Négres, & des Négrefles fe retirer de leurs anciens
» défordres : parmi ces derniéres, les Converfions fembloienc
» fe mulciplier notablement; & je pouvois efpérer un renouvel-
» lement entier dans ma Paroifle , lorfque mes Supérieurs ju.
» gérent à propos de m'envoyer dans celle, où je fuis à préfent.
» Je n’ai jamais verfé tant de larmes, que le jour de mon Adieu;
» qui fur un Dimanche à la Mefle. De jeunes Perfonnes , à
» qui j'avois fait faire la premiére Communion , furent les
» premiéres, qui m'attendrirent par leurs gémiflemens ;: m’étant
» venu voir avant la Meffe, ils ne purent me rien dire que par
» les larmes , & les fanglots, & il ne me fut pas poflible de leur
» répondre d’une autre maniére. Il fallut cependant fe con-
»traindre, pour mpnter à l’Aurel ; je le fis comme je püs; &
. waprès l'Evangile lorfque j'ouvris la bouche , pour faire mon
» dernier Sermon, les larmes étoufférent encore mes paroles:
» je ne fçais fi dans toute l’Eglife il y eut quatre perfonnes qui
_» n'éprouvérent pas la même foibleffe. Tous ceux qui au fortir de
XXXV.
Moœuis de la pld-
part des Habitans
de la Baffe Pointe,
lorfque le P. Mar-
ssl y asriva.
» la Mefle venoient me faluer, étoient en pleurs, & je me vous
» Jois du mal, de ce que maloré moi, je faitbis comme eux: mais
» ce me fut une grande confolation , quand on m'eut mis dans
» celle où je fuis, qui n'eft féparée de la premiére, que par une
» Riviére, apellé vulgairement /4 Capot, parce qu'érant très-
» forte, & fort pierreufe, le Paffage en ef difficile, & fouvent
» On y fait naufrage ». :
Cette circonftance ne pouvoit que bien diminuer, dans le
charitable Miflionnaire, & dans tous ces Fidéles qui avoient
déja conçu tant d'affection pour lui, la confolation que leur
laifloit d’ailleurs le Voifinage des deux Paroiffes : il eft vrai que
Ja feconde n’étpit que trop capable d'occuper feule tout le zéle,
& toutes les attentions de plufieurs Miniftres les plus actifs,
& les plus laborieux. Le Pere Martel , toujours Émblable À
Jui même, ÿ porta tout le poids du travail Las de quatre
années. On peut dire que tout ce qu'il avoit fait jufqu’alors,
doit paroître peu confidérable, fi on le compare aux travaux
immenfes, & ans fatiques infinies , qu'il eut à effuyer dans la
| ns Baflr-Trint
© "DE L'ORDRE DE S DOMINIQUE. 6or
Bafle-Pointe, Les Vices les plus grofliers, qui peuvent régner Live E
dans les Côlonies, parmi le mélange des Maîtres libertins ,,& XLVIE
—
des Femmes fans pudeur , plus efclaves encore de leurs pafhons; a
que de léurs Maîtres, y éroient portés aux derniers excès. Le Mixrir..
crime, à force d’être commun, ne faifoit plus rougir ceux qui | d
paroifloient n’en faire qu’un jeu : & le remede à tant de nraux |
fürtout dans les Négres, & les Négrefles ; étoic d’autant moins
facile à trouver, que l'ignorance de tous les Devoirs de la vie
Chrétienne alloit de päfr avec le libertinage Fe plus outré. :! ‘"
” Le nombre cependänt de ces Efclaves étoit grand : on en-
Comptoic plus de quatre mille fur la Patoiffé de la Bzffe-Pointe” je piclaves
Celui des Blancs, & de leurs famillés ne‘pouÿoît être atrffi qué’imicent , ou fur-
fort confidérable.' Il falloir fairé à rôus ces‘gens-là de différen p'entiesvicesde
tés inftrutions, felon la portée des-uns & des autfés ; & on né
dévoit pas regarder comme là oindre-des difficultés, célle dé
les äffembler pour les inftruîre , puifque d'eux-mêmes ils ne
$’y portoïent jamais : ils fuyoiènt au contraire avec üne efpéce
d’horteur'téus les éxércites de Religion: Après'le rude"‘tra2
vail qu'on Éxigebir d'eux: tous fes jbursde la femaihe; ls s'ima
ginoient que celui du Dimanche devoit être laiflé tout ent?
d'leur phifir she l'émployotent qu'à fatisfaäire leurs pafiôns 517":
les plus brirdles: Céftve qüiavoit toujours rendu injiiles les ‘+: -.
effütes dés meilleurs Mihifireb, Qi dvoient /vouli travailler ; 2... 4
fuccefivement À Rük Cénvérion dans Jaméme paranfll 5! coms 4.34
32 De'tanit/dé milRers d'MHabitans, qéfon'ahroit dé elférer: de XXXVIT. :
voir réünis dans PEN , Hu fours Ypédihlemient 'tonfherés' à Négligence dans
4 Priéré , & au 'Serv ice Divin, itbé’s'yenttrouvoié jämadis que Patturc du Salur,
la plus petite partie, entote métén-cé que pour éfitéhdre une
Melle: Pet &icrëspéu léntrétlés fheins ‘dérépié3:; s'ârrêréiene
quélquéfofs pour''encèndré 1h Parblé de Diar'l&'ity'eh avoir
encore Mélns, qui ouest %: répatoïtre! À r'Ofhéc di Soir
Lorfqion 'répréfentait. Aub Maîtrés-bétré cétofble Parole de rx
S. Paul :e Si quelqu'un n’# pas foin des'Siens';"& pérticuliéu À ‘rio v,n.
rémeñi de ceux déla'Mañon ; à renotbcé'a fa Fo; 8'il ef à _——
pire jee Thfutle”#3:Quind'o leut dBk 'renils. école |
Étibitémient obligés de procurer linftdlonalfeñrs E flaves1
dettrataillèr d'Iéir Cénvérfonpar te ver de l'Éxernple; 8
que fi ; Faure de conoïtrk fa Loi de Dei jéésmiférables la viol
lo'entcontinuellement:; s’ils-vivoient & ihourbient dans lécrinaes
fans fe merrre janiais'en étaride:recevo#r les Saérentens ;êls he
pouvoient eux-mêmes que périr SE PM CS
sine Sélutf Qué Voulez-vousquenéns fais, rpbiileidnc-
_ Tome VI, Ggog:
CA re
Ù
6o HISTOIRE DESHOMMES ILLUSTRES
Livre ils froidement > Dieu feul eft le: Maître des Cœurs : nous ne
XLVII: pouvons point les changer. Quand nous ferions traîner malgré
Gorcrauur Cux tous.nos Efclwes au Catéchifme , que comprendroient:ils
Marrez. des Vérités qui paffent leur portée, ou qui ne frapperoïent que
= les Oreilles du Corps; tandis que l’Efprit , le Cœur, & routes
leurs inclinations feroient ailleurs ? Il n’étoit pas fans doute
difficile de leur apprendre ce qu'ils pouvoient, & ce qu'ils de
voient faire. Leurs pitoyables excufes, & leurs frivoles raifonne.
mens ne pouvoient guéres embarrafler un Miniftre de la Parole,
Mais, ceux qui parloient ainfi, fouvent plus efclaves de la cupi-
dité, & auffi peu inftruits que leurs Efclaves , n’étoient point
….. +... d'humeur de les gêner. parce qu’ils ne vouloient pas fe gêner
#1" eux. mêmes ; & pourvû que les Négres leur rendiflent bon
"77 "7 comptedu travail, dont on lesavoit chargés, ils s’embarraffoient
peu du refte, Les:uns & les autres concinuoient à vivre moins
en Chrétiens. -qu’en Payens, on pourroit dire de plufieurs,
moins en.hommes qu’en,bêtes. Les danfes, les jeux, les exces
de bouche n’éroient que la moindre partie de leurs défofdres;
l'obfeurité des bais:& dés forêrs. cachoic la turpicude des au-
AID, 7 Lee dy 6 ONE à ei, 2 ce E #
xxxvrr .- Notre Miflionnaire s’éleva ayec force contre tous ces délor.
Le zélé Miffion- dres, trop connus, & trop communs, pour qu'il fut permis à un
ae ae Miniftrede JE su s-Cuir 15 r,de les ignorer, ou de les diffime
bertinage affreux, ler. 1] lescombattit avec coute la vivacité du zéle, dont il éçoie
+... animé: Mais, une fage modération acçompagnoit ce zele; &
.:,..,72,. pouraller d'abord à [a fource du mal, après s'être infinué dans
PE l'E for des Habitans,, & avoirgagne l’affection des principaux,
par. des maniéres, qu’une -ardente Charité infpire, & qu’elle
feule. peut faire réuffir ; il‘parvinr. enfin à leur perfuader l'in-
difpenfable obligation, où‘ils.étoient, de donner de meilleurs
Exemples âileurs Efclaves, & de les mettre dans l’heureufe nc-
xxxix. Cflité de recevoir:les Inftrüétions du Pafteur, Inftruétions, qui
AK. fair-enfn Jeur:étoient devenues d’autant plus néceffaires, que les Maîtres
sc onter, ne pduvoient, ou.ne vouloient pas s’affujettir à le faire eux-
mêmes ,.chaçun dans fa Maifon.. Il faut avouer que la réputa-
tion du Pere Marxel; la Sainteté de {a Vie, &.la.connoiflance
de.ce que le Seigneur avoit déja fait, .par fon miniftére, dans
une Paroifle Dec 2 tout cela contribua beaucoup à lui faire
trouyer dans des Habicans de la Baffe- Pointe, beaucoup Fe
de docilité, que-n’en gvoient trouvé ceux, qui l'avoient pr de
de dans les mêmes Fonions, nr |
3 1E'Eglife coramença dès-lors, à être plus fréquentée , le Caté
Ÿ
'
-
4
«
|
|
%
7 —
+
+
LE + Ex Là
Li
+
A Mir
LA
eue
: Ca 3
:
va:
Ye
UN
EE re À
M or 10 ses De IT DUT UT CA Ut NC oO It T. %
_FPÉ L'ORDRE DÉ $.’DOMINIQUE: €}
Chifme plus fuivi, & la Parole de Dieu écoutée avec plus dé” F'fv°r #
refpet. Cependant quoique l’infatigable Miflionnaire fur coût XIE VII.
tiñuellement occupé tous. les jours de Dimañiché; & de Fête . AUTRE
& qu'il n’interrompit prefque pas les Fonctions Paftorales depuis’ Miñréi:
le marin jufqu’à la nuit, il'çomprit bien que cela n'étoit pas =
encore aflez , pour donner une connoiffance éxaëte des Vérités,' XL.
des Préceptes, & des maximes de la Religion, À un fi grand A
eaux Une
nombre de Perfonnes, moins encore pour'entendre leurs Con- oi a Vigne
feffions , & les difpofer à nc réception des Sacrëmens.. Il" du Seigneur.
prioit donc avec’ une nouvelle ferveur , le Maître de la Moiffün'
d'envoyer des Ouvriers dans fa Vigne; & il w’oublioit rieh poux
EE
> »
€ ÿ , anmt.e +
_ én attirer quelques-uns, avec lefquels il pût partager un auf " "". :. :
grand travail. Plein de ce défir, il prit la plume pour'écrire la’
Lettre fuivante à un de fes anciens Amis, & fon Eléve : * ‘" ”
: « Ha, fi j'étoisafflez heuteux , que Dieu voulut fe férvir d'hri° XL.
auf foible inftrument que moi, pour vous’rendre Miflion-«' Lettre du Pere
faire , comme il s’en éft fervi pour vous faire Religieux 1 Si Tor eos
pouvois vous entraîner jufqu'à moi, combien de ER Sujéts «°23 d'Avril 17272
m'imiteroient pas votre Exemple 1 Etcombien d’Ames n'attire-«
riez-vous pasa JEsus-CH gta bonhe ddeur dé‘vos Exern-1e:"
ples, & l'onétion de vos Difcours :’ Venez-dénc; & autant
qu’il dépendra de vous , venez en bonné’Compapnié, ‘A tti’.«c"
rez, entraînez tous les bons Ouvriérs que vous poirrez': ilfe
feront toujours bien au-deffous de l'ouvrage : dix bôns Miffiüh- x"
naires aurofent de quoi s’occuper dans ‘mia Paroiflé. Quand uñ «°
Religieux ne s'appliqueroit qu'à faire le Cdtéchifme dans tés
La
e
Pays, il pourroit faire des früits'infinis:; & : Es feroierit<c'
trop courts, pour apprendre les prefniers principes de14 Re- ce
ligion à des Hommes baptizés Combien en faudroit-il pouf «
entendre les Confefions,.& mettre rout ce Peuple en étar de
fréquenter les Sacremens 1... Quel dommage de nie pouvoir té”
_cüulriver que fuperficiellement une Vigne, qui bien travaillée «°
porceroit l'abondance dans tes Gréniers dü Pere de Famillé ré
Mais,que penfez vous de tant de malades difperfés dans toutés'c
les habitations ? Quelle Confolation , quelle Bénédi@ion pour «c'
eax ; quelle fource de Mérites pour nous ! Si on pouvoit les «!
voir tous une fois le jour, les aider. à faire de dignes fruits ?
de Pénitence, & Jéur apprendre à employer fsintement duc
moins lés dernieres femaines d’une vie perdue’ dans le‘héché! we, .
Combien de réconciliations à ménager, de Pauvresàä fecourir,.« oo
de fcandales à ôter, de bonnes œuvres à faire, de peînes à’ fup- «°—
porter, & de couronnes À méricer ? T'ranff hora, rranffr pni à
Gessi
Livre
XLVIL.
GUILLAUME
MARTEL.
2: .
Lettre de 5, Jérême
à kliodore,
604, HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» non fic merita , non fic gloria. Penfez-vous que le Pere des Mi:
» féricordes, & le Dieu de toute Confolation ne nous en donne
» aucune dans nos fouffrances ? Croyez m'en , mon Pere, les
5 Croix d'une. Vie Apoftolique cachent des douceurs ineffables
» À ceux qui les aiment ces Croix fi précieufes à la Foi. Les
» pêines. du-Corps font bien agréables, quand elles fervent à
» guérir les Ames. Ma. fanté n’a jamais reflenti jufqu’à ce mo.
» ment la moindre altération dans ce Pays; & de ma Vie je n'ai
.. pris, ni moins de nourriture, ni plus de travail. Vous ne devez
» rien craindre fi Dieu. vous appelle dans cetre Miffion, &cn,
On ne peur lire ces-paroles, fans fe rapeller les Vives & ten-
dres Exhortations de Saint Jérôme à fon cher Eliodore : « Que
» faites-vous (difoit ce Pere) que faites-vous dans le Monde,
æ!'e ns - .
» mon cher, Frere, vous qui êtes plus grand que le Monde?
», Jyfqu’ä quand LR rater à l’ombre des Maifons? Jufqu’à
» quel ems les Villes toutes noires de fumée vous ferviront-
h.
«selles de prifon » Croyez- moi, je vois ici je ne fçai quelle
-:°» lumiére qui vous eft inconnue. Je prens plaifir , en me dé-
XLIL aid
Le Pere Martel Don Religieux , dont il connoïifloit la Piéré, & les Talens. Le
ob:ient un petit
fecours.
» chargeant du fardeau de mon Corps, à m'envoler dans un air
» plus clair, & pluspyr..Graignez-vous la pauvreté? Le Seigneur
5 apelle les Pauvres bienheureux. ‘Appréhendez-vous le travail?
» Nul Achlere n'eft couronné, qu'après avoir été couvert de.
” fueur, Songez vous à votre nourriture ? La Foi ne redoute
» point la faim. Craignez- vous de meurtrir votre Corps affoibli
» de jeûnes, & couché fur la rerre ? Jesus CHR1ST y eft couché
» avec vous... La vafte écendue dudéfert vous épouvente-v’elle ?
» Proménez-vous en Éfprit dans le Paradis ? Pendant que vous
» VOUS léverez.au Ciel par vos penfées , vous ne ferez point dans
le AE , Le Did dre
“En parlant de la forte, le Saint Docteur ne penfoit qu'à faire
d'Eliodore un.Solitaire. 11 vouloit lui faire préférer.la pauvreté
aux richeffes le défert aux commodités de la Villes & le mérite
dé là Pénjrence, à toutes les douceurs des plailirs. C’étoit le
alut & Ja perfection d’un ‘Ami , que Saint Jérôme défiroit :
il ne fe propofoit pas autre chofe dans toute fa Lettre. S'il eft
permis de le dire, notre zelé Miflionnaire portoit plus loin fes
défirs, & fes vües. Ce n’éroit pas moins que F’Inftruction, & la
Converfion de plufeurs milliers d’Ames qu’il vouloit procurer,
en fe procurant à lui-même la Compagnie, & le Secours d’un
Seigneur ne lui donna pas cette Confolarion: maïs les Supérieurs
n€ Jui refuférent point un autre Sujet, qui sravailloic déja avec
1.
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 80$
fruit dans la Colonie. Le Pere Martel l’avoit demandé, pour Lry8r #
lui remettre le foin des Blancs, ou des Maîtres, afin de fe don- XLVII.
ner lui-même tout entier à l’Inftruétion des Négres, & des Né-
grefles Efclaves.. |
. La Charité lui avoit infpiré ce deffein : le zéle lui fit fermer —
les yeux fur toures les difficultés , & fur les peines fans nom- XLR
bre, qu'il ne pouvoir manquer de trouver dans l'éxécution de node
fon plan. Dé:a prefqu'accablé par la multitude de fes occupa- * le
tions , il alloit les mulriplier encore à l'infini. Mais fon courage
étoit à l'épreuve de tout, dès qu’il s’agifloit de gagner des Ames
à]JEzsus-CHR1sT.Peu content de caréchifer cettemulritudede
Névcres, auffi fouvent & aufi long tems qu’il pouvoit les affem-
bler (ce qui fut d’abord borné aux Dimanches, & aux Fêres) il
arcourut depuis toutes les habitations, qui fe trouvoient dans
l'érendue de fa Paroifle : & par fes Priéres, autant que par fes
ieufes importunités , il obtint que trous ceux qui avoient des
ne luien envoyeroient sr 7 jours deux, un Négre & une
Négrefle les plus capables d’Inftru&ions. Un Habitant, qui fur xzrv.
une centaine d’Efclaves fe privoit du travail de deux une par- L'érécure avec
tie du jour , n’en fouffroit pas confidérablement : cependanc <°°%5*
certe Pratique produifit un très-bon effet: car l'Homme Apofto-
lique s’appliquoit de telle forte à inftruire ces Efclaves, & à les
former à la Religion, qu’il les mit en étar de faire eux-mêmes,
chacun dans fon be , & avecles perfonnes du même Sexe,
le Catéchifme, & les Priéres du Matin, & du Soir. |
_ Ileft aïfé de concevoir , combien cette occupation devoit XL V.
être rude & fatigante pour un Prédicateur, qui continuelle. , Perfévérance
ment environné d’une quarantaine de Négres, & d’autant de ne
Négrefles, ne cefloit ou x leur expliquer les Vérités du Chriftia- |
nifme , & fes Maximes, ou de les exhorter par fes patétiques !
Difcours à pratiquer tout ce que l'Evangile prefcrit, ou à leur |
faire répeter ce qu’il venoit de leur apprendre. La continuité. |
de ce travail, qui revenoit tous les jours , auroit paru à touc |
autre Miniftre au-deflus de fes forces : le Pere Martel au con-
traire ne püt s’en contenter. Nous avons dit que dans la Baffe-
Pointe il y avoit environ quatre mille Efclaves : le Serviteur
de Dieu ne pouvoit les voir tous affemblés , que les jours qui.
n’étoient point de travail; & malgré fon afiduité à les caté-
chifer, ou à les prêcher, il lui étoit impoflible de connoître
quel fruit cette mulcitude reriroit de fes Inftruétions, ou de .
celles qu'il leur procuroit par le moyen des perfonnes, à qui il
faifoit journellement le Catéchifme. |
GUILLAUMM
MARTEL,
Gggii
‘ ne ®
606 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES ,
Livre - Pour ne rien omettre de tout ce qui pouvoit dépendre de fes
XLVIL foins,il commenca à Vifiter réguliérement toutes les habira-
RARE tions;&dans le tems méme que les Efclaves étoient : leur travail,
Marrer, les obligeant à garder le filence, & à l’écouter, il leur faifoit
_—— Je Catéchifme, & les incerrogeoit les uns après les autres, pour
. XLVL mieux connoître ce que chacun avoit, ou n’avoit point appris;
Ille porte en- & s'arracher plus particuliérement à ceux qui auroïent plus
core plus loin, ne Fe | ie , :
befoin d’Inftruction. Après avoir ainfi donné fes attentions À
eux qui travailloient; il entroic dans l'habitation, non pour ÿ
prendre quelque repos, ou tb nourriture (car il ne man-
geoit jamais hors de fon Prefbytére) mais pour voir les Mala.
des , les confoler chrétiennement, & les difpofer À recevoir les
Sacremens. Ce qu'il avoit fair le matin dans un endroit, il le
faifoit l'après midi dans un autre; maïs avec un furcroit d’in-
commodité. Maloré les chaleurs continuelles du Pays, on voyoit
Je Saint Miflionnaire expofe, les trois & les quatre heures de
fuite , aux rayons du Soleil , ne pouvant fe laffer de prêcher &
"de catéchifer les pauvres Efclaves, pour leur apprendre À con-
noître Dieu, à le craindre, l'aimer, le fervir, le prier; & À
fandifier , par la patience Chrétienne, toutes les peines de leur
ctat. Je ne fçai fi le zéle, & le courage d’un Miniftre de JEsus-
CHrisrT peuvent aller plus loin. I! paroît que le Seigneur , qui
donnoit ce courage, & ce zéle , augmentoïit auffi les forces de.
fon Serviteur, afin qu’il foutint ce pénible travail, & qu’il le
continuât autant qu étoit néceffaire pour le Salut de plufieurs.
Dans une Lettre, que le Pere Martel écrivoit à une Perfonne
de Clamecy, il parloit ainfi de la fituation de fa Paroifle, & de
la fuite de fes travaux. |
XLVIL « Vous me priez de vous apprendre pour votre Edification,
en Mar » quelles font mes occupations dans l'endroit où je fuis : à la
Chevr. du 13 Jan. * bonne heure que vous le fcachiez, & tous ceux qui voudrone
vigr 1727: » m'aider par leurs priéres. La Divine Providence m’a conduie
» dans une Paroifle ( qu’on apelle la Baffe-pointe | parce qu'une
» pointe de terre avance un peu dans la Mer. Le quartier eft”
D] fe plus beau, & le plus fertile de ce Pays. Mais, les Mers ÿ
» font prefque toujours impraticables, à caufe que nous fom-
» mes au vent de l'Ifle: ce vent ne difcontinue pas; ce qui
» fait que l'air qu’on refpire le long de cette Core, eft plus
» tempéré, & toujours égal. Comme les Vaiffeaux ne peuvent
» mouiller l'Ancre dans le Quartier, nous ne recevons toutes”
» les chofes néceffaires à la Vie, qui nous viennent de France,
» que par le moyen de quelques Bateaux, partis de S. Pierre. ”
DOTE
sue,
- ,DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 607
Remarquez ici en paffant une des raifons de mon filence, «
c'eft que je ne vois poine partir des Navires pour la France ; «
& que je ne fçai même le cems de leur départ. I] faut ajou. «
ter que tous mes momens fe trouvent fi courts pour mon«
Ouvrage, que je ne m’avife point de penfer ailleurs, rien «
ne me donnant une occafion préfente d'y penfer , & tout «
m'atrachant fans relâche à ma Paroifle. » |
. L'Eglife, qui eft de Maflonnerie, affez ornée , & fort dé- «
. vôtre, eft fituée fur cette pointe de terre, qui avance dans «
la Mer, & l'élevation du terrain au-deflus de l’eau peut avoir «
environ cent piés. Le Prefbytére, le Jardin, le Pré (qu'on«
apelle ici la Savane ) font fur le même terrain , & au même «
niveau de l’Eglife. L’Enclos de mon Prefbytére eft comme «
une grande plate-forme : j'y trouve réunies les beautés du «
Ciel, de la Mer, & de la Terre ,avec les charmes de la Soli.«
tude. Au milieu de la Savane il y a une longue & large allée, «
qui donne jufqu’aux bords de la Mer : & la Nature y à fait «
croître un grand arbre, dont les racines font aflez hautes, «
& affez commodes, pour qu'on puifle y être aflis à fon aïfe. «
Là il fait toujours du vent, on y voir le Ciel & l’eau, au. «
tant que la vde peut s'étendre; & on n’y entend autre chofe, «
que le bruit des feuilles, ou celui des flots de la Mer, qui a
viennent fe brifer contre nos Rochers. Cet endroit m’eft fort «
agréable; & j'ai réfolu d’y faire comme une Cellule de Re- «
ligieux, en forme d'Hermitage, parce que je trouve que le«
Prefbytére eft un peu trop près des Maifons Séculiéres, dont «
on entend quelquefois le bruit. Tel eft cé coin de terre, où «
a plû à mon Dieu de me placer depuis le deuxiéme de «
Juin dernier 1726 ». | un
. I ya plus de cinquante Habitations dans ma Paroiffe, «
& un petit Bourg d'environ trente Maïifons, bâties fans au- «
cune régularité , affez près de Ne Parmi ces Habita- «
tions il y a dix grandes Sucreries, dont les unes contiennettt «
au moins deux .cens perfonnes; les autres en ont cent cin-«
quante , quelques-unes cent ou environ. Deux fortes de per- «
qe habitent ce Pays; les Blancs, c’eft-à-dire les Frän- «
çois, & les Négres, font des Hommes tout-à-fait noirs. «
Parmi ceux-ci on apelle les uns Créoles , ils font nés dans cette «
Ifle , & ils parlent auffi-bien François que nous, On apelle «
les autres en général Nésres Arada, & ce font ceux qu’on «
porte ici des Cores de Guinée : quelques-uns ont été baptifés «
dans leurs Terres. Tous ces Nëgres, tant Créoles qu'Etran- «
L
Ÿ
Livre
XLVIL
GUILLAUN®&
MARTEL,
RE ne ed ere er et U"]
“$
6oÿ HISTOIRÉ DES HOMMES ILLUSTRES
Lirvern »gers, font Efclaves des Blancs. Ils fonc vendus , achetés;
XLVII wfailis, engagés, comme les Biens-meubles de ce Pays. Le
Güurrrauue ” libertinage, roujours affreux parmi les Habitans de cetre
Marrez. » fe, ya produit un grand nombre d’Hommes d’une troifiéme
“=== » couleur. Ni bien blancs, ni bien noirs, ils tiennent de l’un
| 5 & de l’autre ; & font apellés Mulasres. Ils forcenc d’un Blanc,
» & d'une Nésrefle , & font Efclaves comme leur Mere. Vous
» auriez trop d'horreur de,cet abominable coin de Terre, fi
»je vous en expofois tous les défordres..:. |
_ » Il eft vrai que les Femmes & les Filles libres font ici ex-
» trèmement réfervées, fort retenues, & très- modeftes. Si
» quelqu’une à le malheur de s’oublier (le cas arrive bien ra-
» rement) on la regarde avec horreur. Mais, pour les Hom-
» mes, c’eft quelque chofe d’affreux que leur diffolurion avec
» les Elclaves. Quand aux Négres, & aux Nésrefles, Créoles
»ou Etrangers, baptifés, ou non baptifés ; vous diriez que cé
+ font des animaux fans raifon , qui n’ont d’autre bien, ni d’au-
» tre mal à attendre, que celui des bêtes ; & cela eft prefque
» univerfel. La fource de la corruption des Habitans, c’eft
» qu'il n’eft prefque pâs une Négrelle, qui ne foic débauchée,
» Cependant les Créoles de l’un & de l'autre Sexe ne manquent
» point d’efprit ; ils font ordinairement adroits, & quelques
“uns mieux inftruits que la plupart des Payfans de France.
» Maïs leurs mœurs n’en font pas moins déréglées : de trois ou
» quatre mille qu’il ÿy aura dans une Paroifle, à peine en trou-
x vera-t-On dix, qu'on puifle mettre en état de communier. vs
.: « Vous comprenez donc quelles peuvent être mes occupa- |
» tions au milieu d’une telle Nation, & d'un tel Peuple; c'eft
» de gémir, de foupirer , & de prier, fans cefler de travailler,
», Dès la premiére ânnée; que je fus dans la Colonie, reflé-
» chiffant fur l’état des PF 8 , & n’y voyant point de remé-
». de , je méditois déja d'aller ailleurs, ou de rerourner en Fran-
» ce. J'ecrivis même pour cela à notre Révérend Pere Gé:
» néral :il m'exhorta à perféverer conftanment dans le travail
» que. j'avois commencé, & à m’animer d'autant plus que les
» maux paroifloient extrêmes. Que deviendront donc { me di.
» foit-il) les malades, fi les Médecins les abandonnent, parce
» que leurs maladies font griéves & multipliées ? Cette raifon
» me toucha ; & confiderant qu'il y avoit fi peu d’Ouvriers
» pour une auffi grande Moiflon, je crus que Dieu demandaic
» mon travail dans ceite Terre, toute ingrate & défagréable
nqu'elle cf, Le Sc'uncur ne m'a point laïllé fans Dobe ie
x dans
mate
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 6039
dans la premiére Paroifle, & voici ce qu'il me fait la Grace LrvRE.
de faire dans cette feconde ».. | - XLYIEL
\ Tous les jours de Dimanche & de Fête, depuis quatre «=
heures du matin jufqu’à quatre heures du foir , je fuis ou « MR rere
au Confeflional, ou à l’Aucel, ou dans la Chaire. Les cinq «
ones heures font pour entendre les Confeffions. À neuf ce
ngures je dis la Mefle, & fais le Sermon pour les Blancs, «
cela me menejufqu’à onze heures. Suit l’Inftru&tion;ou le Caté- «
chifme pour les Nézres Créoles : l'Eglife eft toujours pleine. «
J'en fors à une heure pour aller diner ; & à deux heures «
récifes nous difons V'ëpres, le Chapelet, le Salve Regina. «:
a premiers Dimanches du mois il y a Proceflion & Salut : «
& toujours après Vêpres, je fais un Catéchifme pour les «:
Négres qui n’ont pas encore reçu le Baptême. Tout finit«
ordinairement à quatre heures; & fi je n’ai pas à vifter des'«
:Malades, je vais me recueillir dans mon Hermitage ».
* Ee jour detravail je me rends dés l’Aurore,dans quelqu’une »
des principales Habitations de la Paroiffe, le Lundi dans «
l'une, le Mardi dans une autre, le Mercredi dans une troi-«
fième, &c. Je me trouve ordinairement dans ces Habita-&«
tions avant le Soleil levé, & à rems pour la Prière des Né-« |
res, qu'on Jeur fait faire tous enfemble. Je leur fais aufli ce
e Catéchifme felon leur portée. Je fuis de rerour vers les ce
huit heures, & je dis la Sainte Mefle. A midi je vais trois «:
jours de la Semaine dans d’autres Habitations faire comme «:
Le matin. Avec cela, il:faut aller confefer les Malades, les :
vificer de reims en tems .lorfque les maladies fonc un peuce
longues ; leur porter dans le befoin le Saint Viarique : & ces cc.
jours-là font pour moi les plus gracieux. Penfez quelle con- «
folation.n’eft pas pour un Prêtre qui aime JEsus-CHRIST , «
ue de le porter fur fon cœur quelquefois plus de deux heu- «
res de rems, jufqu'à ce qu'on arrive dans la Maifon du Ma-«,
lañe ‘qui le doit recevoir. Je vous avoue que ces heures font «
bien douces ; & que c’eft toujours à regret qu'on fe voit ap- «
procher du Heu, où il faut laiffer.ce Sacrement d'Amour ».
, [ n'eft jamaïs nuit avant fix heures, ni jour'après fépt«
beures du foir; car dans ce Climar les jours ne eroïffent , «
& ne diminuent, pendant tout.le cours de l’année, que d’une «
heure le marin, & d’une heure le foir. Tout le tems dé la «
nuit étant À moi, je puis, fi jé le veux, faire de bonnes heu- «
res, d'Oraifon, dans un tems, & dans un lieu, où je ne rif-«s
que. pas. d'étre.vi, ni entendu, ni.détourné.. ,. Je ne voise.
ee’ « : + è.*
Tome VI, : Hhh
LIVRE
X LVET.
GUILLAUME
MARTEL,
D epemene mortes
XLVIII.
Dans l’efpace de
huit mos, le P,
Martel avoit fait
quelques fruits, &
1l efpéroit d’en
fire de plus con-
fidérables,
610 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» pas encore de fruits fort confidérables de mes peines, parmi
» 7” Hommes de ma Paroiffe : il ne m'a pas été pofhble de
» les attirer au Tribunal de la Pénitence, à l'exception de cinq
» ou de fix, qui ont communié trois ou quatre bis depuis la
» Pentecôre, où j'entrai dans certe Cure. C'eft sans À que |
» de pouvoir engager les Femmes, & les Filles Blanches, à |
» s'approcher une fois le mois de Ja Sainte Table : rien néan-
# moins ne les empècheroit de le faire plus fouvent; car elles
» font fages & dociles : mais, elles n’ont aucun attrait pour
» ce qu’on apelle la Vie Dévote, Les grands Garçons vivent
» prefque fans aucun Exercice de Religion. Il n’en eft pas un
» feul, de qui j'aye pà rien arracher jufqu’à préfent; & le
» grand mal vient de ce qu’ils n’ont pas lInftruétion convéna-
» ble à leurs bcfoins : leurs Maïfons fonc dans le Défert aw
» milieu des Bois, parmi des Négres auff grofliers que les Sau-
» vages. Leurs Précepteurs, s'ils en ont, ne leur donnent pas
» toujours de bons éxemples; & l'éloignement de l'Eglife eft
» pour eux une raifon ; ou un prétexte, pour n’y venir que ra-
» rement. Toute la premiére jeunefle fe paie fans qu'ils y pa-
» roiflent : il y a des Enfans de douze ans, qui n'y An jamais
» entres que le jour de leur Baprème ; & à peine s’en trouve-
» t-il quelqu'un de cet âge, qui ait été à confefle. Que peut-
» on attendre d’un fi mauvais commencement? Je. travaille à
» faire établir dans ce Bourg deux Ecoles, l’une pour les Gar-
» çons, & l’autre pour les Filles, &c. »
. Il ne faut point oublier , que cette Lertre datée de la Z:fe-
pointe, fut écrire le 23 de Janvier 1917. Il n’y avoit que fept
ou.huit mois que le Pere Martel étoit arrivé dans cette Pa-
roiffe : & dans ce peu de tems il ne laïfloit pas d’avoir déja
faic bien des chofes; puifque dès-lors fon Eglife fe trouvoit
prefque toujours pleine, pendant les longues Inftru&ions,
qu'il faifoir tous les jours de Fête ; & qu'il étoit occupé au
Confeflional les cinq heures de fuite. 11 n’avoit point trouvé
les chofes fur le même pié. Il eft vrai que, par rapport au grand
nombre, & à l'égard de ceux dont lès maladies Spirituelles pa-
roifloient plus incurables, il lui reftoir encore beaucoup à faire :,
&:c'éroit le fujet de fes gémiffleméns: Aufli ajouta-t-il de fa part
de nouveaux travaux à tous ceux, dont il eft parlé dans cetre
Lettre, & les fruits qu’il eut la confolation d’en retirer , fe
multipliérent à proportion. Dans une feconde Lettre du fixié-
me d'Oobre de la même année , il faifoit comprendre, qu’un
tertain nombre de perfonnes commençoient à profiter de fon
:- DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 6ir
Miniftére ; & qu'il avoit lieu de fe promettre un changement
plus confidérable, : Un À
. Je vis, difoie-il, d’efpéranee: & ce que j'ai déja gagné «
mme fair atcendre de plus heureux progrès à l'avenir. Il y a«
dans cette Paroifle cinq ou fix jeunes Hommes de dix-huit, «
vingt.quatre, ou vingt-cinq ans, qui me donnent beaucoup «
de confolation par Jeur Piété. L'un d'eux goûte admirable- «
ment bien les. Converfations Spiriruelles : ï aime l’Oraifon , «
& commune tous les quinze jours, fouvent même toutes «
les femaines : prefque chaque jour il pale avéc moi une heure «
de Paprès-dinée ; & c'eft ma plus charmante récréation. »
.: La plupart des Efclaves , & leurs Maïtres n’avoient Fe
<ormmencé de même à quitter leurs anciennes, & criminelles
babitudes, ni à vouloir prendre férieufement les moyens qui
aurojent pû les aider à s’en retirer. « Si vous pouviez voir (ce
font les expreflions du Pere Maïtel) les ctiftes objets, qui «
| evaffligent ici, la. vie vous feroir plus à charge, qu’elle ne «
l'eft où: vous vous trouvez: une flamme d'Enfer rend les «
Ames des Négres, & de plufeurs Blancs, plus noires. que «
Le charbon. Pour comblede malheur, ces miférables Efctaves «
du péché font fi aveuglés, fi enduréis, que le mal: paroîta
abfolument défefpéré : leur efprit eft comme incapable des «
_Vérités du Salue. Lorfque je me ‘fuis épuifé à leur faire «
fentir toute leur mifére, & le danger évident de leur Salur ; «s
ls. me tépondenr:{ cènime à tout le refte) par ur Oui, Ce «
font les Créalst qui me partent ainf:'ceft-à-dite, des per- « +”
lognes nées: dans certe 1fle, des perfonnes baprifées, & quix .
{çavent le Caréchifme par mémoire : mais qui (felon toutes x
les apparences) ne comprennent rien ni de ce qu'elles di- «
fenf., nl de qe qu'on leur.dic fur cés Mauéres: Je ne puise
4flez m'étonver, ni de leur fubtilirté dansile commerce de «
Ja vid ,:& de leur éloquence à exprimerdeurs pañiohs;, ou les «
-hofes fenfibles, ni de leur ftupidité fur' celles du Salut. «
Parmi; cette mulricude de Nëgres de tout. âge, & de cout «
WHE ji .j6 n'en:connois encore que quinze, ou feize , qui «
fojéne capalles: de’ recevoir les Sacremens : ce n'eft. même «
qh'ervifremblanc, que je les leur donne:, parce: qu'il n'y a «
pas sropiä. fe fier: à leur parole, & iarfive quelquefois dans «
ce Pays; de grands fcandales, touchant la Communion des «
Négres, Cela feroit plus que fuffitanc pour lJaffer le zele d'un «
Saint Paul! » OA ue ie ii —
. . Jmagingz-vaus çe qué.je fouffré, étant. continuellement es
| Hhhhi)
X L'V Ef,
mme
GuUrLLAU n&
MARTEÉ.
Ed
XLIX.
Lettre du «Oc-
tobre 1727 à la
même perfoane,.
612 HISTOIRE DES HOMMES :-ILLUSTRES
Lrvere aux pris avec de telles perfonnes; & les voyant périr fous
XLVII » mes yeux, fansleur pouvoir donner du fecours, parce qu'ils
Gurcrauue PEN veulent point recevoir. Le plus grand nombre ne vient
Marrez, “Jamais ni aux Inftructions , que je leur fais, ni au Tribunal
= » dela Pénitence, pas même à Pâques. Les Maîtres font obli
» gés de les brifer de coups pour les faire prier Dieu Je matin,
» & le foir. Tous lés Dimanches & les Fêtes, ils font à cher-
» cher les infames objets de leur libertinage.... Je vais moi.
» même dans les Habitations pour les inftruire , & les prëcher;
# mais fouvent , lorfque le travail ne les arrête pas, je ne
» trouve prefque so : ainfi je me confume en quilque
» maniére pour rien. Mais, j'efpére que le Sauveur de tous les
» Hommes fe laiflera fléchir, & touchera enfin les cœurs de
» ces Miférables. Les éxemples de quelques Blancs, qui me
» dorinent déja beaucoup de confolation, font comme les ar-
» rhes de ce que j'attens de la Divine Bonté, &c. » |
La confiance du Serviteur de Dieu lui faifoir donc efpérer
le Secours du Ciel, pour amollir, ou ébranler des cœurs de
pierre. Maisil n’avoit garde de s'attendre à un événement qui
n'étoit plus éloigné ; & qui abbatit , ou terrafla les plus
= À obtinés Pécheurs, & qui fit long-tems trembler les plus Gens
de Bien. On n'écoit pas encore À la fin des allarmes, lorfque
le Pere Martel reprit la plume, pour en repréfenter le fujet,
en ces termes: .. RIT Le nn
L. « Depuis ma Lettre écrire il eft arrivé, dans certe Ifle, un
. Terrible Trem 3» épouventable Tremblement de Terre. De mémoire d’'Hom-
ement de terre | ; . e
arrivé à la Baffe. © M€ on n’en a point vû, dont les fecoufles ayent été aufli vio-
Pointe , dans le » lentes, ni fuivies de fi près les unes des autres. Ce Tremble-
Ne » ment arriva le fept de ce mois de Novembre, entre midi &
» une heuré (un Vendredi). Je fortis d'abord de mon Prefby-
» tére., & m’érant mis hors de danger:de la chrite des murs, il
» me.fembloit êrre dans une Barque fur les flots de la Mer,
» plutôt que fur la Terre, rant elle étoir agitée, Il n’y a prefque
» point eu de Muraille, qui n'ait été fendue, la plupart ont
» été renverfées; & ce qui paroît plus furprenantr', ceft que
» celles qui n’avoient que trois piés de haut, ont été détruites
» comime les plus élevées, Nous fommes encore dans des al.
» larmes continuelles. Nous avons eu encore aujourd’hui trois
» fecouffés de Terre; & il ne fe pale poinc de nuit qu’on n’en fen.
» te de très-fortes, depuis le jour du grand Tremblement juf-
» qu'au13 Novembre que j'écris ceci, En 1702, le 2 2 de Juillet, il
- n arriva dans cette même Ifle un grand Tremblement de Ter:
ee:
\
me ——————— —
= — en ES 2% va
- DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 613
re : ceux qui l'ont vü affurent que la Terre trembla tous les « L x y R »
‘jours perdant fix femaines, mäis ils ajourent qu'il fut moïins« XLVIL
violent que celui-ci,» | PR PTE ae
: Comme on n'ignore pas que, dans de femblables accidéns, « ren 7.
il y a eu des lfles entiéres abimées dans la Mer; & que d’ail-« LR A
leurs la Terre s’eft ouverte en plufieurs endroits dans ce«
Peys, l’épouvente y eft aujourd'hui générale; & je bénis «
Dieu de ce qu’il veut bieh employer un moyén'fi puiffant «
(quoique natirel}‘pour fe’ faire craintre d'un Peuple” auf à
dur que corrémpur. Les plas grandÿ Scélérats donnent àpré «
fent des marques de . Cela eft aflez douteux pour «
la vérité de la Converfion, qui ne peur. être fans Amour : &
mais un Pere a dit que Dieu ébranle Îcs cœuñs par la crain- «
te’, pour les faîre Entrer enfuite dans l'Amour, & les affer- «c
mir dans la Charité. L’effec de cer Evénement, que j'apelle «
Heuréux, c'éft de fufpendre au moins les défordres, de faire «
entrer en eux-mêmes les plus endurcis, de rendre les Gens «
de Bien plus ardens pour les Devoirs de la Religion , .& «
d'attirer tout le monde , tant les Efclives, que les Libres, &
au Service Divin ; à la Parole dé Dieu, &'ad Tribunal de la «
Pénitenee. Des fecouffes-de Térre ont fait plus’ d'impreilion
fur les Hommes térreftres, que tous mes Bifcours. & nos«
lus rédoutables Myftéres ». |
+1 {1 faut vous âvouer que quind toute‘ Nature éft ébrañ- «
lée , il fe fait je ne fçai quel tremblement dans tout le corps, «
dônc-on h'êlt point éntiéremenc le Maître. Pendant qué l'oh «.
fent la Terre trembler fous les piés’, vous diriez'que'le‘tœur se
éft déplacé ; rous lés vifages pâliffent. 1l y en a donr la lan- « _
ue ‘s’'epaiffit : d’autres ne fcavent plus où jls-vont, ni cé cd :::...
qu'ils font. Je ne vois rien de plus préprs ‘à nous faite con. «œ ‘°°
cévoir ce que lEvangilé nous dit du dernier jour :'& je ne°«
vous cacheraï point nya foibléffe : j'ai queldué défir de mou:
rir, &de mourir du genre de‘ mort, qu’il plaira au Seigneur ts
de m'envoyer :’il me fémble ‘que je ne Îens aucune répu-.
griance à quelque’ éfpéce de mort, par la velle Dieu voudra ‘66°
mé retirer de Ce monde. Cépendanr j'aï péur quand lé Trem-: &
blement de Terre récommerice : & quoiqu'il ne me foi rien «.
drrivé qui ait paru du-dehors’, ayant méme toujours éu l’ef- «,
prit, & la parole affez libre, pour implorer la Divine Mifé- u.
ricorde dans ces Evénemens, avec cela mon cœur.palpire , &
& mes entrailles font comme ébranlées. Ce n'eft' pas néaïd- «
| moins ce qui me dégoüte de ce Pays: canc qu'il y aura des'«
Hhhh ii
_ 7
614 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
RE ” Hommes , & que je n'aurai point d’autres lumiéres, je de-
XLVIE » meureräi dans ce coin de la Terre le plus propre à faire fou-
» pirer pour le Ciel, &ctn . : 1, -
Nous omettons-les-autres Réfléxioñs Morales, & édifiançes,
,
©
Le]
IL
: Ma : . 2 Pa ci. ï :
Ame dont cette Léttre eft toute remplie , ainf que tous les Ecrits
" du Pere Martel ; nous nous contentons d’en avoir extrait ce
qu'il ÿy a d'Hiftorique, pour donner ung idée de fes Travaux,
& du Caractére des Perfonnes, qu'il avoir encrepris d'inftruire
& de convertir. I] elt 4: préfumer que ces marques. de Péni
tence , que de visux Pécheurs donnerent , tandis que la Terre
trembloit encore fous leurs piés, ceflérent dans plufieurs auf:
tot que la çaufe même qui les produiloit, Mais la Grace de
JEsus-Curisrt, & le zéle perfévéranr de fon fidele Mi-
| niltre opéréren enfin une partie du. changement défiré. Le
Heureux chare L LA Vail afidu” [e quatre années fit dans Ja Parojtle de la Bafle-
gement. pointe, ce qu'une {emblable Million avoit fait dans celle de la
Grande Ance. Les Maïtres & les Efclaves, pour la plupart,
fe rangérenc à leur Devoir. On fe rendir beaucoup plus aflidu,
& plus docile aux Saintes Inftructians ; on mit des bornes au
Libertinage : plufieurs même s'adonnérent à Ja pratique des
œuvres de Charité, de Miféricarde, de Pénirence « &:les Sacre-
mens furent fréquéntés, Ce changement. fur-tout dans les Né-
grès & les Négrelles , parut d’autâne plus admirable, qu'iléroit
moins acrendu, & qu'il fpf,perfévérant , du moins à l'égard
e plüfieurs, , | | 5.
A .
3) __e = À ; “US ‘ \i : .
, Mais loxfque. le Pere Martel, après es longues fatigues,
gyanr déja fait, &
E
>
a
"A
14
N
VV : meer :
LI.
SEA
TL
.afluré quelques bons ‘Erabliffemens- pour
; An le - 2 tes ; » . Le: #5 * +, \
‘Eduçarion de la Jeunelle , vic fa Pareïfle dans. l'écat à peu
ee près où il la défiroit , il la céda .entiéremenc à un autre: &
Perfévérancede EL, D A a da D Ce D Re ed de :
po een dllere rjen cp.qu'il avoic faie jufqp'alors, il forma le
Re deffein d'aller chercher, d'autres Peuples, qui-euffent, un plus
; ‘
grand béfoin | de M Supé j eur, à qui i}propota |
ce deffein, plein-de périls & dg dificultés , n'auroit ofé lui
ordonner de M Su il nç. crut pas non plus devoir l'en
détourner, congoiflanr fa-Vertu, & ne dourant pas.qu'il ne
de conduic, par PEfprir de Ÿ SUS-Ç Has T., Ce qu'on pour
voit fouhairer pour ss; Habitans,de la Bafe-prinee , évoir que
leur Apôtre reparur quelquefois. parmi eux :. on l'engagea À
le promettre: il s’acquitta de fa promefle; & il eur toujours
Ié UE reconnoÿrre, que même dans fon abfence fes an-
siens Paroÿfhens, ggntinpoienp, à {e. conduire par fes Mai
7 RFRr, A 4 TE le RTE D M
2 cl
4
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. &61$ ,, ..:
* Un Religieux de mérice(*), qui avoit travaillé long-tems L,£ y Rx
avec honneur dansnosMiffions dé l’Amérique;revinten France, XLVII.
& fe rendit à Paris dans le mois d’Août 1747. Il en partit Grau
avant la fin de Seprembre pour fe rendre à la Rochelle, & Marre:
s’'embarquer une feconde fois : pendant le féjour qu'il ft dans =
certe Maifon du Noviciat Général, il nous parla fouvent des
Travaux prefqu’incroyables du Pere Martel, qui avoit. fou:
vent vü, & confeflé pendant fa Miflion dans la Baffe-pointe,
IF.me dit que deux ans après qué cét Homme Apoftolique
en fut forti, il y fut envoyé luimême , pour y remplir les
Fonctions du Miniftére; ce qu'il fit pendant fix mois ; qu'il fut | ae Fa
témoin de la ferveur édifiarite d’un grand nombre de fes Ha. ;, de —
birans ; que les Efcläves de’ certe grande Paroïfle, pouvoient, fonc les mieux in£.
affer pour les mieux inftruïts ds" toute la Martinique; &.que A ”
e nombre de Commuñiañs étoit très-confidérable., Dans un , ii
Mémoire, que cemêmeReligieux m'a laiffé, il déclare que ha
que tous les jours de Dimanche , & de Fête , il fe rendît à
re Confelfional à cingq.heures du matin, &. qu'il n’en fortic
que pour la Grande-M:ffe, il lui éroit impoffi ble d'entendre rou-
tes les Confeflions des Négrés & Négreffès , qui fe préfenfoienc,
avec un louable emprellement. Il ajoute enfin .qne dans cette
e
DL |: -
nn. s_* DL
Paroifle , ainfi que dans le refte de lIfle, 13 mémoire du Pere
Martel eft toujours en bénédiction , &-fon nom en vénéra-
© Quand le Servireur de Dieu auroit términé là fa glorieufe:
Carriére , il auroit fans doùté mérité toutes les louari S qu'a
parmi ceux qui, en ayant inftruit plufeurs , pour les faire en-
trer dans les Senriers de la Juftice, doivent briller eux-mêmes.
pendant l’Ecernité, felon l'Oracié du. Saint-Efprit : Qui ‘eutems. Dan, Cap. XII,
Dotti fuerine, fulgebunt quai per firmamenti ; * qui ad jufi-
sam erudiunt multos, quafi elise in perpeiuas ætepnitates. …
. Cependant de toutes les Miffions du Pere Martel, il n’en,
cft pas de plus longue, ni de plus pénible:, que. celle donc il
& la force du zele Apoftolique. L'Ifle de inliq
que celle de Saint-Vincent , a été juiqu'ici Jaiflée à {es Habi-
tans naturels, qui fonc tous Sauva es, Payens, oufans aucyne:
Keligion, Ni lesFrançois, niles Efpagnols, ni les Anglois n’ont:
vecçil, qui dans fan fecond trajer, montant fhérd à 14 Jamaïque ,:& reinié bientôt aprèg:
le, Vaiffeau apellé le Grand Bacha de Bor-
_ fr) Le R. Pére Riccard , Dominicain Pro- pr ; fac pris par fes Anglois, Conduit d'a.
à la Martinique, qui devoit être fon termes
a | Res qu'on. Re
lüi. donne; & il pouvoit efpérer de et a À iftingué, :
a
nous refté à parler; ni. qui mionre dRTAnge-WutE. lérenque si es
la Doinidique ,4:Df1. minique.
Re:
id
PS
lanDo-
_616 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Live jamais pris polfeffion de ces deux Ifles. 11 cft pourtant libre
<X L ÿ ÉL + sux Particuliers de ces Nations d’aller s’y établir :& ( comme
Guirrruxs dus l'avons d'abord remarqué ) bien des François font pallés
:Marrer,” de la Martinique, oudé la Guadeloupe, dans la Dominique:
————— Îles uns, parce que chargés de Dettes, ils ne pouvoient autre
menc cvicer les Pourfuires des Créanciers : les autres, dans
lefpérance de faire quelque fortune dans un Pays, où ils on
la liberté de choifir, &' de défricher, avec deux ou crois NE
gres, la portion du Terrain qui leur plaît davantage, & qui
n'eft pas encore occupé : plüfñeurs fans doute, par le feul défir
de vivre à .leur fantaifie, dans une Ifle, où perfonne ne com.
mande, où perfonne n’obéir, où il n’y a ni Juge, ni Gouver-
É - c!neuf, ni Magiftrats ; pour reflerrer la liberté, s oppofer au vor.
ttc. rent des Jaffiohs, & punir le crime...
,
», - . tt ‘
Lys ‘ Les Sauvages, nés dans le Pays, en crop pecit nombre pour
Maniérede vivre être incommodeés par le voifinage des nouveaux venvs; trop
des Sauvages, foibles, pour. ertreprendre de les chaîler , ou crop indolens
pour en former même le deflein, continuent à vivre dans les
Forêes, & dns différens coins de l’Ifle, comme avoient fait
feurs Peres. La Terre, & là Mer leür faurniflenct la nourriture
de chaque jour : & ils ne portent pas plus loin leur follicitude,
Ne poflédant rien, ils ne craisnent point les Voleurs. Durelte,
eu différens des animaux fans raifon, ils coulent fans fouci
eur vie préfente, & ignorent s’il y en a unie autre. Quant à
cgt amas d'Européens ( prefque tous Francois) que le pur li-
LVI. bertinape ‘la nécclité, où la cupidité ont attirés dans la même
ss Enopéers Iffé, on fent afléz ce qu'il en faut’ penfer. Il n'eft pas mal aife
rares , vivenr à dE Concevoir à quél monftrueux excès pouvoient fe porter des
peu près comme Hommes, qui aimoient à vivre fans Loi, ou qui ne fuivoient
., pas d'autre Loi'que celle de icurs pafions : des Hommes qui
x. pouvoiént fe permettre tout'impunément; & vivre dans les
lus grands delérdres, fans que perfonne vint jamais troubler
e prétendu Bonheur; qu'ils croyoient trouver dans certe fa-
cilité de tout ‘entreprendre, & de tour faire à leur gré. On
7. eut donc dire; fans rien outrer, que de tous les Habitans de
à Dominique j'les uns ne cpnnotfl
‘autres ne pénfoienr pas même le éraindre!, & à.le fervir. Ceuxe
ae a de ee
li d’avotent ‘poifit recu là Fo; ceux: ci n’en faifoienr point
Jes œuvres : &'les’äcrniers devenoient plus criminels, par une
fuite de prévarications, que les premiers parleur Infidélité.
Tels étoienc les Peuples, que notre M'flionnaire fe cru obli-
gé d'aller inftruire ; & au ferwice defquels il réfolut de : con
RSR 0 M gts Nime cite crer
: 03 d .
J Si Pr 1 Fe de - : a En 2
oient'pas Dieu, & que les
_
> ———_— 0h
_ RE —
ve
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 617
facrer pour le refte de fes ds , par le feul défir, & dans l’ef-
pérance, d'en gagner quelques-uns à JEsus-CHkrisr. Ce
fut pour fe préparer à cette Miffion Fes le recucillement, que
le Pere Martel, au fortir de la Bafle-pointe alla pafler quel-
que tems avec fes Freres, à la fuite de la Communauté. Mais
dans cette efpéce de Retraite il joignoït toujours aux Exer-
LIVRE
XLVIT
ne |
GUILLAUME
MARTEL,
miel 4
cices de l’Oraifon, & de la Pénitence , toutes-les Fon@ions :
de la Vie Apoftolique. Dans une Lettre, écrire du Fort .
Saint-Pierre de la Martinique le 7 de May 1730, après avoir
marqué d’une maniére fort parétique les difpofitions où là
Grace l’avoit mis, pour embraffer avec ardeur, & avec joie,
tout ce que le Miniftére peut avoir d’amer & de reburant, il
ajoutoit ces paroles : «.On ne im'écoute pas téujours., il Et Extraie d’ane
vrai, témoin ce qui m'eft arrivé ce matin à cinq heures, «
se vi montant en Chaire, après. la premiéré Mefle; pour «
précher un grand nombre de Matelots : dès qu’ils m'ont vû «
aroître, tous font fortis en foule de l’'Eolife, comme fi elle «
es eùt dû écrafer, & j'ai été obligé de.defcendre fans ouvrir «
la bouche , que pour. gémir fur l'afreux éloignement; qu'ont «
ces miférables de tout ce qui pourroit les reprocher du Sa- « . .
lu. Mais le Bon Pafteur m’a dédommagé à ma Meffe d'onze «
heures ; où j'ai eû une foule étonnante de Nëgres, à qui j'ai «
prêché , & fait des Inftructions jufqu’à une heure après midi. «
Ils fe fone encore préfentés après Vèpres ; pour me prier de 4
leur fdire de nouveau le Caréchifme, & de leur apprendre
des Eaptiques : ce qui m'a occupé jufqu'à là nuic, &c,»...
‘. À un Miniftre du. caraétére du Pere Martel ; rien ne pou-
"yojt Être plus agréable que cette bonne volonté : rien n’étoig
pour lui plus doux, ni plus confolant, que d'annoncer la Par
role du Salur'; de parlér- dés Miféricordes de notre. Dieu, &
dé montrer le ch£min du Ciel d' des Chrétiens. Dans ces fain-
tes occupations, le plusigrand travail‘devenoit, en quelque-ma-
Lettre du 7 May
1730.
LVII
Le P. Martel en
tre dans la Domi-
nique , le 15 Sep.
be 1730, “3
folu d'y travaillez
le refte de fes
niète {à nourriture ; il en faifoit toujours fes plus. chaftes déli, jours.
ces. Nousallons voir quelle nouvelle matiére la Providence pré:
fenta,à fon:zéle.-Ce-ne fat-que dans le, mois de Septembre
3730,.que notrginfatioable Miffionnaire, :fuivi feulemenc de
dévx: Efclaves , qui devoicnt le fervir entra! dans l’Ide de]
Dominique, bien perfijadé. qu'il y auroir beauçoup à travails
ler. & à fouffrir; mais tout réfolu de he refuler ni peine, nj
travail pour gagner des Ames, & faire de nouvelles Conqué,
pes 4 JRsus-CHRIST.. Le D Dire ir citant
Tom V I. | | liii
6:18 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Ltveze Nous tenterions inutilement de donner une jufte idée de la
XLVII dofleur extrême, dont fon cœur fut d'abord pénétré, lorfqu'il
vit de fes yeux , toutes les abominations, & ce déluge de cri-
mes, dont il ne s’étoit encore repréfenté que la moindre par-
tie. Quelque corrompus qu'il eût trouvé la plupart des Habis
LVIITL tans, dans fes deux premiéres Paroifles; quand il les compa-
nee 2e A roit avec ceux de la Dominique, il lui paroifloit que ceux-
laffige , faus le N'étoient que de demi Scélérats : au lieu que ceux-ci , nous
déconcerter, parlons toujours d'un grand nombre, fembloient confommes
dans tout genre d’iniquité, fans qu’il fût permis de compren-
dre, par quel endroit on pourroïc mettre quelque frain aux
hi 2 pafions , dont ils aimoient À fe laïfler dominer. La
comble da malheur étoit, qu'ils ne vouloient rien efpérer,
finon de faire toujours ce qu'ils avoienc fair jufqu’alors. La
priére, les gémiflemens, les larmes , & les autres Exercices de
mortification, & de pénitence, furent les premiéres armes,
dont le Miniftre de JEsus-CHrisT, voulut faire ufage,
avant que d'employer le Don de Ia Parole.
LIX, On 4 déja remarqué, que depuis. que le fervent Religieux
Saintes Pratiques, api l’'Habit de Saint Dominique, il en gardoit exactement
a Réple, & en pratiquoit toutes les auftérités. Ni la fatigue
des Voyages, ni les Travaux de l’Apoftolat , ni les incommo.
dités du Climat, où les chaleurs perpéruelles femblent deman-
der qu'on fe relâche un peu fur quelques points, pour être
en état d’obferver les autres : rien n’avoit été capable de len-
gager à modérer la rigueur des Jeûnes , des Abftinences, & des
autres Obfervances Réguliéres. Il ne fe permerttoit l'ufage de la
viande, que dans le cas de maladie ; & jamais celui du linge.
À toutés {es pénitences ordinaires, il avoit coutume d’en ajou-
ter plufieurs autres , lorfque l’endurciffement des Pécheurs,
qu’il vouloic retirer du défordre , demandoïit de plus grands
efforts du côté du Miniftre : & comme il n’avoic pas Encore
connu de Gens plus éloignés de la voie du Salut, que les Ha-
bitans de l'Ifle de la Dominique, il ne s'écoic aulli jamais pré.
paré au Saint Miniftére, par de plus ferventes Priéres, ni pe
de plus rudes Pénitences. C’en étoit déja une bien grande,
ue Paffreufe Solitude, où il fe trouvoit dans une nouvelle
égion , éloigné de fes Freres, au-milieu de Sauvages, & de
Libertins, fans autre fecours , ni compagnie que celle de deux
miférables Népres. |
Mais, plus il {e vit privé de toute.efpéce de confolation,
GUILLAUME
MARTEL.
——————»
un EN Ed SN ns = -Fs
e ee LEE ÈS
ER rs +
vi
- BA -
es" tue NC RL
A To
LA
es UM OO “A
LE
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. é6rs .
de la part des Créatures, ee il ofa fe promettre l'Affiftine Livnakx
du Ciel: & dans certe con eil alla chercher tancôtles Ca: YXLVIL.
raïbes dans leurs Bois, & fur leurs Montagnes ; rantôt les Fran ————
çois dans leurs petites Habitations, féparées les unes des autres,
ar des Torrens, ou des Précipices. Tout ce qu’il demandoit
à ces Infulaires, c’étoit qu'ils vouluffenc bien écouter ce qu'il LX.
venoit leur apprendre, pour leur faire méricer le pardon de Ardeur du zéle
leurs péchés, & la récompenfe des Juftes, ou des Pénitens. jo
Cet air de fainteté, qu'on ne pouvoir ne pas remarquer en lui; |
la vivacité du zéle qui l'expofoit à tant de fatigues, fon défin.
téreflement, & les charmes de fa douceur : tout cela lui eonci
boit prefque par tout l’attention des plus débauchés. On ne
refufoir donc pas de l'entendre, ni d'avouer même que tout
ce qu'il enfeignoic étoic bon. Mais quand il s’agifloit de le met
tre en pratique , & de commencer par la fuire des vices hon-
teux , & grofiers; dès lors c’étoit parler à des fourds; ou tenit
un langage inconnu à ces cœurs endurcis. Chacun, en fouf-
crivant s'il le falloir à fa condamnation, vouloit continuer de
vivre comme il avoit toujours vécu. Quelle -amertame, quelle
vive douleur pour un cœur Chrétien , pour un Miniftre de
Jesus-Cmrisr, tout brülant de re pour la Gloire dé
Dieu , & le Salut des Ames: Certes, les plus grandes fatigues,
les plus rudes travaux, la faim , la foif, la laflitude, & routes
les peines du corps, n’éroient rien, en comparaifon de celles
qu'il fouffruit dans fon efprit , à la vûe de tane d'iniquités,
&t d’un fi-déptorable aveudlement, D ue
Cela néanmoins ne put décourager le Serviteur de Dieu,
ni le rendre moins atrentif dans l'Exercice du Saint Miniftére,
H fçavoir bien que rien n’eft ne song au Tout-Puiffant ;
que le Saine Efprit fouffle comme il veut, & quand H veut ; &
que ce qu’il n’opére pas dans un rems,, il le faie dans un autre,
lorfque le moment qu'il à marqué eft venu. Rempli de ced Lxt.
idées, il chercha, & il trouva un lieu, affez propre pour af- Quelleefpéce de
fembter ane partie des Habitans , y offrir fes Saints Myfteres, Gispeie ie Sainc
& faire les. Priéres Publiques , avec les Inftruttions. A uf vedansl'ie
coin de Fifle , il rencontra une efpéce de Chapelle, fans toir, Se
fans portes , fans ornemens; mais où ôn voyoit un Autel, &
quelques Images. Il l'accommoda d'abord eomme il put, afi 1 xrr
d'y commencer inceffanment les Exercices de la Religion : & 11 y fair confs
bientôt après fl plut au Seigneur de le mettre en état d'élever Me ».2 928
dans le même endroit, une Eglife capable de contenir vous :
ces Infulaires, fuflenc-ils ous aHemblés en -même tems , ce
Jiii i]
EEE |
GUILLAUMÉ
MARTEL.
D
610 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvapz qu'onne pouvoit jamais efpérer de voir, à caufe de la difta
XLVIL ce des lieux, & de la difficulté des chemins. Ou pour parler
éxactement, parce que dans l’Ifle de la Dominique il n’y ani
chemins, ni moyen d'en pratiquer, tout le Pays étant coupé
par des précipices, creufés par les Torrens. Lorfque Îles Habi-
tans veulent aller d’un endroit à un autre un peu éloigne, ils
| fe mettent fur Mer. _—
ExII1 . Cet embarras pouvoit être un nouvel obftacle aux deffeins
de du Miffionnaire ; & à l'égard de plufieurs un prétexte toujours
27, & à 14 lieues Préfent de ne fe rendre jamais à l’Eglife. Pour lever certe dif
de diftance, ficulté, le Pere Martel fit conftruire dans la fuite, une feconde
| Eplife à l’autre extrêmicé de l’Ifle ; & une troifiéme dans le
milieu. 1} pafloit plufieurs moïs de l’année dans chacun de
ces lieux , pour la commodité des Habitans; & de là il par-
couroit (non fans de grandes incommodités) toutes les parties
de l’Ifle, pour vifiter, inftruire ,confoler les Malades, & admi:
niftrer les Sacremens, à ceux qu'il pouvoit difpofer à les rece-
voir dignement. Au refte, il ne ie point penfer, que ces
trois petites Eglifes ayent été élevées aux dépens des Habi-
tans de la Dominique : leurs facultés, ni peut-être leur bonne
yolonté n’alloient-pas fi loin. Le Pere Martel trouva fans au-
cune peine, les fommes dont il avoit befoin , dans les deux
Paroïfles, qu’il avoit autrefois deffervies. Comme il n'avoit
jamais rien demandé, ni rien reçu pour fon utilité” particulie-
re, fes anciens Paroifliens fe firent un mérire , & un plaifir de
contribuer généreufement à tout ce qui parut néceffaire, non-
feulemernt pour bâtir la Maifon du Seigneur ; mais aufh pour
l'enrichir de Vafes Sacrés, de Linge, & d'Ornemens. Cette
Affaire, & une griéve Maladie, dont il fut attaqué quatre ou
cinq mois après fon entrée dans le Pays, l’obligerent de.faire
ua. Voyage à la Martinique. C’eft de là que répondant à une
7. perfonne de piété, par fa Lettre du 16 Janvier 1731 il lui
NE Fo A à difoit : “ne DRE TE |
LXIV. . « Vous avez défiré de connoître la voie intérieure de mon
oo » Ame 3 la voici Je ne fçai pas d'autre. fecret , que celui
vier 1731, ” de vivre dahs unefprit de facrifice sde m’immoler perpé-
» tupllement à la volonté de celui que j'aime; de ne vouloir
: » d'autre plaifir , que celui de pouvoir lui plaire, & le glorifier,
UN » à quelque prix, & par quelque moyen que ce puifle être. Je
» ne connois pas d’autre fpiritualicé que celle-là. C’eft le fujer
» de mon Oraifon, c’eft rout l’éxercice de ma vie. Je m'en
» occupe. perpétuellement : c'eft coute la matiére de mes Afpi-
GUILLAUME
MARTEL.
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. &6zr
fations, & de mes Entretiens avec Dieu. Je monte au Saint «
Autel ; &.j'en defcens; je fais les autres Fonctions de mon «
Miniftére dans les mêmes fentimens. En un mot, c’eft tout «
l'éxercice de ma vie, & je trouve toujours quelque nouveau «
fujet de facrifice. Certe voie eft infiniment douce : elle me «
paroït la plus füre mc éviter les illufions de l'amour pro. «
pre, & pour s'unir le plus. intimement à Dieu par JESU s- «
CurisT. Toute la Vie de ce Divin Maître n'a été qu'un «
perpétuel Holocaufte de tout lui-même à la Gloire de fon «
Pere. Que pouvons nous faire de mieux pour lui plaire, que «
LiIvRE
XLVITL.
ntm |
GUILLAUME
MARTEL.
CREER RER
LX v.
Vie intérieures
de vivre de fon Efprit ; dans un efprit d'immolation, qui«
nous rende une même Victime avec lui, comme des Mem- «
bres avec leur Chef, afin que nous glorifions le Pere Célefte, «
par lui, avec lui, & comme lui?» |
C'eft aux pieufes importunités d'une Servante de JE su s-
CHRIST, que nous fommes redevables de la. connoiffance,
que cet Homme modefte nous donne ici, & de fon intérieur,
& d’une pratique qui eft l’abregé de toute la Perfection Chré-
tienne. S'il avoit penfé que ce qu’il écrivoit d’un coin de l’A-
mérique, à une perfonne , au Salut de laquelle il s’intérefloit
particuliérement, dûc être un jour publié ; nous ne doutons
point qu’il n’eût propofé cette Doctrine, plutôt comme une
Maxime , qu'il confeilloit à ceux qui vouloient fe perfe&tion-
ner, que comme une pratique qu'il s’étoit lui-même rendue
familière. Mais il eft à propos que les grands Serviteurs de
Dieu foient bien connus ; & que par leur éxemple on foit
erfuadé , que la Vie Intérieure, le Recueillement , l'Orai-
on , le Saint Exercice de la Préfence de Dicu, & une atten-
tion continuelle à lui plaire & à vivre de fon Efprit , ne font
point incompatibles avec les travaux, & les differentes occu-
pations de la vie active. Celle du digne Miniftre , dont nous
racontons les Ations, en eft l’éxemple, & la preuve. A peine
délivré, où un peu foulagé, d’une Fiévre, qui le confumoic
depuis plufeurs mois, il fe hâta de retourner dans le lieu de
fa Miffion ; & d’y reprendre auffirôc l’Exercice du Sainc Mi-
niftére. Nous l’inférons de fa Lettre du 12 de May 1737
écrite de la Dominique, à une Religieufe , qui avoit été fous
fa conduite à Touloufe. | |
he eù, lui difoit il, le plaifir de recevoir votre Lettre à la
fin du mois de Janvier de cette année, lorfque trois mois «
LXVI.
Qui n’eft pas in-
compatible avec
les travaux de
l’Apoftolat,
LXVII.
Lettre du 22
May 1731. écrire
de Fiévre m’avoient obligé de retourner à la Martinique , «3 M. D. ja v. à
pour y trouver quelque fecours, n’en ayant point dans cette « Touloufe,
Jiii ii]
. 6122 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvaz »vifle de la Dominique. Dix ou douze cens perfonnes Libre
XLVIE vou Efclaves, qui s'éraient habiruces dans ce Delert, où on
GorLtauus vaic que des bois, & qui vivoient fans Religion, fans
Marre, “Prètre, fans Dieu dans ce monde, m'one obligé de quitter
w la Martinique, pour donner ici quelque fecours à tant de
» Gens difperlés fur la longueur de dix-huit lieues au bord de la
» Mer... Et comme c’eft un Pays, où il eft prefqu’impofhble
w de faire des chemins, à caufe des Précipices affreux, qu'on
» trouve par tout, je ne puis fecourir mes Paroifliens malades,
» que larfqu'ils viennent me chercher dans un Canot. Quatre
» fois de l’année je vais pafler quinze jours dans deux Quar-
» tiers qu'on apelle la Savane, & Malalia. Le premier el à
_w{ept lieues du lieu de ma Réfidence, & l’autre à quatorze.
» Je demeure dans chacun de ces endroits deux femaines en-
» tiéres, pour confeffer les Habitans, & les inftruire : c'elt
» une petite Million. Le lieu où je demeure plus ordinairement
9 À er a Il y a des chemins même pour le cheval
» jufqu’à une lieue de chaque côté de mon A rl & c'elt
» Je Quartier le plus habice de l’Ifle : dansl'érendue de cesdeux
n lieues ,il y 2 quatre ou cinq cens perfonnes, tant Blancs que
» Noirs. Je ne parle point des Sauvages qui font dans les bois.
« La À re fois que j'arrivai dans cette Ifle, le 15 du
» mais de Septembre 1730,je n’y trouvai pour Eglife qu'une
» petite Cafe de Rofeaux, à demi couverte de paille, entr'ou=
n verte de tous côtés; où tous les animaux entroient comme
na dans un champ. Toute la marque qu'elle avoir d'Eglife,
» c'était un petit Autel, avec un Crucifix, & quelques fma- :
» ges de papier. Je fus obligé de célébrer nos Saints Myfteres
» dansun fitrifte lieu ; & mon premier foin fur de faire bâtir
» une Eglife. On vouloit ne la Éie que de Rofeaux commela |
» premiére ; mais enfin par la Grace de Dieu, on en fit une
» de charpente , comme le font plufieurs autres de la Marti-
n nique. p° bénis certe nouvelle Églife; & j'y célébrai la Sainte
n Meffé la Veille de Noël. La Divine Providence m'a fi bien
» favorifé dans cetre Entreprife, que maintenant notre Eglife
a quaraite piés de long fur feize de large ; elle eft bien pa=
»» CE, balifadée & ornée. Nous avons rous les Vafes Sacrés,
» beaucoup de Linge, dix grands Chandeliers, Ornemens de
» Soie, Tabernacle., Niche des mieux ornées pour expofer le
Saint-Sacrement ; Dais pour la Proceflion, & généralement ;
» tout ce quieft pes ab 5 pour la Décence du Service Divin,
n C'eft par le moyen des perfonnes pieufes, que Je conmnois à
- DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. é23
la Martinique, que j'ai procuré tout cela à cecre Chapelle, que «
des pauvres Habitans ont pü à peine mettre fur pié, fans pou-«
voir même l’achever, loin de lui procurer quelques Ornemens. «
« Je ne vous parle point de mon logement : ileft à peu près «
comme l’ancienne Chapelle de Rofeaux, à moitié couverte «
de paille. L’unique peine que à trouve, c’eft le ferein qui «
faic tort à ma vüe. Mais je travaille pour faire un petit Pref- #
byftére de douze piés en quarré , avec une croupe de huit, «
ui me fervira de Cabinet. Mon occupation 2 d'abord été «
. trembler les Fiévres ; & d'en reflentir les plus vives ar. «
deurs, Voilà mon travail pendant les trois premiers mois de «
mon arrivée dans ce Délert : j’eus cependant aflez de force «
pour aller à quatorze lieues, faire faire les Pâques aux Habi- «
tans de ces quartiers-là, à la fin du mois de Novembre. Les «
Lrveat
XLVIL
nr ee
GUILLAUNE
MARTEL.
Fiévres me prefloient toujours; & avec cela j'ai eû la con.«
folation de pouvoir dire la Mefle tous les Dimanches, & «
toutes les Fêtes, & de faire des Exhortations à mon pauvre «
Peuple : maïs les Fêtes de Noël me mirent dans un état âne «
pouvoir plus me tenir de bout, ni faire aucune Fon@ion de «
mon Miniftére. Le lendemain des Rois de cette année je «
m’embarquai pour la Martinique ; & j'étois comme mort«
quand j'y arrivai. Ma fanté fut parfaitement rétablie à la «
fin de Janvier ; & dès-lors je repris mes premiéres Fonctions, «
x je continue encore, dans une parfaite fanté par la Grace «
€ Dieu, Toute ma douleur ceh de ne pouvoir prêcher «
que les Dimanches, & les Fêtes, & de n'avoir jamais que «
peu de monde au Confeflional. L'indévotion eft extrême : «
aan n'a ici le goût de Dieu. Aimer Dieu, s'occuper de #
ieu, fe réjouir en Dieu, c’eft un 7. qu'on n'entend «
point dans cet affreux Défert , & je ne fçai comment ap- «
prendre à ceux que j'inftruis, l’Alphabet de cette Science du «
Ciel. Combien m’eft-il douloureux de ne pouvoir parler à qui «
Que ce foit, comme on parle à des Ames unies à Dieu , qui le «
défirent, qui languiflent, qui foupirent après lui, & qui le «
cherchent avec ardeur la nuit, & le jour: Il s’agit dans cé «
malheureux Pays de combattre des Monîtres, des Vices af. «t
freux Tr. regarde comme rien, des fcandales qui font «i
rougir la Religion. Voilà 14 Matiére ordinaire de mes Ser-«
mons, & l’objet de mon zéle dans les Confefions. Vous #
plaindriez trop mon état, fi vous en connoilliez routes les «
at J vous avoue dans la fimplicité de mon cœur, que «
plus doux plaifir que je fçache avoir eû depuis que je fuis «
/
614 HISTOIRE DÉS HOMMES ILLUSTRES
Livre »Prètre,a été de parler de Dieu, & de fon Amour, aux pr:
XLVII. » fonnes que je croyois entendre ce langage. Il y a long-tems
Gorirraugr ” Que Je n'ai plus ce doux plaifir ; & je paye avec afure ce que
Marrer, ”jen ai reflenci dans toutes les Eglifes de France , où j'ai tra.
» vaille. Mille fois j'ai penfe, & prefque réfolu de retourner
» en France, mais le motif qui m'en a fait fortir , me retient
» dans ces Iffes : felon l’Oracle de notre Divin Maitre, ce ne
» font pas ceux qui fe portent bien, mais les malades, qui ont
» befoin de Médecin. On ne manque pas d'Ouvriers Evangé.
» liques en France; & dans le Pays où je fuis, il n’y en a point
» d’autre.que moi. Comment pourrois-je me refufer à tant de
» perfonnes, qui ne peuvent attendre du fecours pour leur
» Salut, que de mon Miniltére? J'expofe mon Ame pour la
» leur. Je fuis trois, & quatre mois quelquefois fans pouvoit
» me confeffer : il faut s'embarquer, & naviger, pour aller cher-
» cher un Confefleur. Maisla Charité couvre la multitude des
» péchés ; & je ne crois pas pouvoir mieux pratiquer la Charité
» Chrétienne , que d'occuper le Pofte, où la Providence ma
» mis. On y peut d’ailleurs donner beaucoup de tems à l’Orai-
» fon; y converfer librement avec Dieu, durant tout le jour:
» & fi l'ardeur de l’efprit ne fuccombe point fous la foibleffe
» de la chair, dans ce faint Exercice, il n'eft point de lieu
» dans le monde, plus propre que ce Deéfert à lunion par-
» faite de l’Ame avec Dieu Mais, vous ne fçauriez croire
» combien il.en- coûte de foutenir-cette ardente, cette vive,
n & tendre Dévotion ; lorfqu’on eft feul ; quand dépourvü de
» tous les fecours fenfibles, qui poürroient foutenir la ferveur
3 a , on eft, pour ainfi dire, continuellement chargé
» de foi-même, fans trouver aucun appui pour fe délafler ».
« La parefle gagne infenfiblement dans un Climat, où tout
» refpire le relichement ; & où le tempérament le plus robufte
» peut 4 peine fupporter le poids d’une chaleur perpétuelle. Rien
» de plus aifé que de prendre l'Efprit du Monde, le goût des
» folles joyes du monde, des vifires, des amufemens, de la bon-
#ne chere, & de tant d’autres Vanités, qui font les plus dan-
») “eue écueils de l’ame religieufe, lorfqu'on vit feul, & à fa
» liberté, maître d’aller, de venir, de converfer, fans rien crain-
» dre que du côté de fa confcience. Non, il n’y a que le goit
» intime de Dieu, & des chofes de Dieu , qui puitie préferver
» un Mifionnaire, de tous ces périls. Voyez donc... le danger
» de mon Salut; & quoique, par la Miféricorde de Dieu, 1€
n vivgiciçomme je vivois à Toulqufe, & beaucoup plus folicaire
qu
e
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 625
_ Touloufe ; je ne laifle pas d’être environné d’une infinité« Lrvy RE.
e périls, & d’être aflailli par bien des enneris, fur-tout par. X LV IL.
celui de l’impatience, & d’un zéle trop amer contre les dés ce +
dres affreux, les fcandales publics, & un incroyable déborde- « . Res . À le
ment de tous ces péchés infames, que l’Apôtre ne permet pas « mms
de nommer. C’eft avec des gens livrés à tous ces vices, & fa- «
miliarifés avec ces Monftres, qu'il me faut vivre, agir, parler , «
& demeurer. Hélas, Seigneur, que voulez vous faire de moi? «
Et jufqu’à quand me laiflerez-vous au milieu d'une Nation fi «
corrompue ? ... Priez , ma chere Sœur , priez Dieu pour«
ces Amés égarées, que je voudrois lui ramener. Priez-le pour «
moi ; demandez lui qu’il ne permette pas que je m’éloigne « |
‘Jamais de lui, dans un Pays où je cravaille à rapprocher de lui «
ceux qui en font fi loin. Qu'il nous réuniffe tous dans fa Berge- «
rie ; & qu’il veuille opérer, par fa Miféricorde, dans tous les «
Habitans de cette Ifle, ce qu’il a déja fait dans un petit fom-«
bre de Perfonnes, que j'ai la Confolation de voir travailler à «
leur Salut : il faut tout efpérer de fon Amour ». |
Voilà ce qui foutenoit, qui enflammoiït même de plus en plus LXIX.
le zéle du Pere Martel, parmi ant de triftes objets, fi capables 4 URRAE
de ; : confoloit ie Ser-
d’ailleurs de rebuter, & de déconcerter l'Homme Apoftolique sieur de Dieu,
Je plus réfolu. Le changement réel de quelques-uns, quoiqu’en parmi mille fujers
e ‘ : ' : . telle.
petit nombre, qui commencoient déja à vivre en Chrétiens : RARE
.& lefpérance d’en retirer plufeuxs autres du bourbier , pour
les laver par les eaux du baptême, ou de la Pénitence: ces deux
confidérations lui faifoient oublier toutes fes peines pañlées, &
ne lui permettoient pas de réfléchir ni fur fes dangers, où il
étoit continuellement expofé fur Terre, & fur Mer; ni fur cette
fuite de fatigues, & quelquefois de maladies, qui l’épuifoient.
Il ne pouvoit guéres fortir de fon Prefbytére, foit pour aller
chercher la Brebis égarée; foit pour fe rendre dans les lieux,
où il } avoit des Malades , fans éprouver ce que l’Apoftolat a de
y atigant. L’ardeur du Soleil le brûloit pendant le jour : &
‘humidité froïde de la nuit devenoit toujours plus funefte à fa
vüûe : les fuites en furent triftes. Mais la Foi, & la Charité fai.
foient qu’il comptoit tout cela pourrien, quand il étoic queftion
de gagner des Ames, rachetées parle Sang de JEsus-CHrrsrT.
Ilavoit toujours préfentes à fon Efprit ces paroles de Saint Jean :
Nous avons reconnu l'Amour de Dieu, envers nous ,en ce qu'il & Jon ln, 16:
. donné [a Vie pour nous : G° nous devons donner auf notre Vie pour .
nos Freres.
Tome VI. __KKkKkKk
626 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre Si malgré la corruption générale, où notre Mifonnaire
XLVII avoittrouvé les Habitans de la Dominique; il n’avoit pas laiffé,
D dans l’efpace de huit mois, & avec le Secours Divin d'en rapeller
Maxrer Plufieurs de leurs égaremens; il étoit fondé à croire, que, le
Seigneur continuant à benir fon Miniftere, les converfions dans
LXX. la fuite deviendroient plus fréquentes. Son efpérance ne fut
ee ce pas entiérement vaine. Le renouvellement , il eft vrai, quil
irout a fait vains | : : nd
nienriérementac, AVOit eû la confolation de voir dans fes deux Paroïilles de la
somplis, Martinique, il ne le vit pas auf entier, ni en auffi peu de tems
dans lrfle de la Dominique. Mais il ne fe pañloit point d’an.
nées, ni peut-être de mois, que celui qui aime à confoler les
humbles, & à mettre fes paroles dans la bouche de fes Prédi.
cateurs, ne Jui donnat se pr nouveau fujet d'admirer la puif.
fance de fa Grace. C'eft ce que nous pouvons remarquer dans
fes Lettres. Nous en avons deux, l’une de 1733, & l'autre de
1737,qu'il ne convient point de fupprimer ; puifqu’en nous
édifiant, elles nous inftruifent toujours, & de la conduite de
Dieu fur fon Miniftre, & de fes jugemens de juftice, ou de
miféricorde, à l'égard d'un peuple groffier & charnel; dont la
plus grande partie réfiftoit toujours au Saïnt-Efprit; pendant
que le petit nombre fe rendoit à la Lumiére, qu’on offroit à
tous.
LXXL L’endurciffement des Sauvages, & leur effroyable ftupidité
Bapime de ne laifloient prefque rien à efpérer au Predicateur de l'Evangile,
she ps. fi ce n’eft peut-être le Salut de quelque petit Enfant, loriqu'il
cle de la mor. avoit le bonheur de le régénérer en Jesus-CHR1ST, peu de
momens avant fa mort. Car quoiqu'il lui fut très-aifé de les
baptizer tous ( & les Peres comme les Enfans) il éroit trop
inftruit de la profanation que faifoient du Sacrement , ceux des
Caraïbes , qui l'avoient reçu en pleine fanté , pour qu’il ofat
rien hazarder fur cet Article. Maïs ce n’ctoit point hazarder,
que de donner le baptême à de petits Enfans, qui alloïent expi-
rer ; & que les Parens eux mêm:s piéfenroient au Miniftre de
JEsus-CHRrisT. Si parmi les Européens refugiés dans l'Ile,
il en trouvoit pluficurs moins ignorans, & plus corrompus en-
core que les Sauvages, la dociliré de quelques-uns le remplifloit
d’efpérance, qu’en mu'tipliant les Ouvriers Evangeliques, on
recucilleroit auffi une plus abondante Moifflon. C'eft ce qui le
porta 4 écrire une feconde fois à un Religieux du Couvent de
Touloufe, pour linvirer à venir le joindre à la Dominique ;
comme il avoit autrefois effayé de l’attires dans les Colonies de
la Martinique, Voici fa Lectre.
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 6:17
« On vous a écrit, mon Révérend Pere, que j'étois parmi
les Sauvages. Cela eft vrai : mais, ces Sauvages demeurent ca- «
chés dans leurs Cabanes, ou dans leurs bois; & il n’eft pas aifé «
de les raffembler. Ils font d’ailleurs comme incapables d’inf-.«
trudion : de tems en tems je parle à ceux que je puis trouver ; «
& je ne vois cependant aucune efpérance de leur donner jamais «
quelque idée de la Religion. Si je voulois les baptizer tous, «
rien ne me feroit plus facile ; il ne faudroit que leur préfenter «
du Vin, ou de l’eau-de-Vie. Ils écoutent volontiers cout ce «
qu'on leur dit; & jamais ils ne répondent, non. Ils vont «
néanmoins toujours leur train ; & ceux qu’on a eù l’impruden-«
ce de baptizer , vivent comme ceux qui n’ont point reçu le
Baptême. Le principal objet de ma Miffion, eft un grand «
nombre de Chrétiens, Blancs, & Noirs, qui n’ont pas d’au- «
tre Prêtre que moi dans cette Ifle. On en compte douze cens, «
ou même davantage, & ils font répandus fur route la lon-«
gueur de la côte, ainfi routes leurs habitations fe trouvent fur «
e rivage de la Mer. Il n’y a point de chemin parterre, & on«
me vient chercher dans des Canots, extrêmement lécers, & «
vites fur l’eau : ils font bien du chemin en peu de tems; mais «
ils tournent aifément, & font périr beaucoup de monde. Le «
quartier, où j'ai bâti la principale Eglife, & le Prefbytére, eft «
le plus fréquenté, & le plus praticable. On peut y aller à «
Cheval à une lieuë , à droit & à gauche de l’Eglife. Dans cet «
efpace je compte plufieurs centaines de perfonnes ; & Dieu «
m'a fait la grace d’en tirer aflez bon parti pour leur Salut: il y «
en a eû plus de quatre-vingts quiontcommunié ä ces dernieres «
Pâques : & c'eft beaucoup dans un pays de | peau , tel que «
celui-ci ; où chacun vit comme il veut, fans rien craindre«
pour la vie préfente. L’air au refte n’y eft point fain, la terre «
étant prefque par tout couverte de bois. Il y à des Fiévres.«
_perpétuelles : mais je n’ai vû perfonne en mourir : on les garde «
=
pendant un an, ou deux; après quoi on fe porte bien. Voilà «.
déja dix-huit mois de fuite qu’elles m’éprouvent,; mais la «
Providence en a menagé de “A forte tous les accès, qu'ils «
ne m'ont pris que l’après midi. j’ai eu ainfi la force & la liber- «
té de diretous les matins la Mefle, de prêcher, d’entendre «
les Confeffions, & de faire toutes les autres Fonétions Curia- «
Jes , les Dimanches & Fêres. Depuis deux mois je n’ai eu que «
deux accès de Fiétre; & à préfent je me trouve fort bien. «
Jamais je n’eus autant de loifir de m’appliquer à l’éxereice «
de l'Orailon, aux faintes Lectures, & à rout ce qui favorile «
| KKkkki)
Livre
XLVITI.
GUILLAUME
MARTEL.
CRTC ENPREE SRE
LXXII.
Lettre du Pere
Martel au P. Ru
23 Avril 1733.
‘628 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre »ia dévotion, que dans ce défert. J'y trouveroisle Paradis, fi j'#
XLVII. »avois un confident de ma confcience , & de mes pieux défirs,
Gurrirons” Mais, hélas: Je fuis feul ; & perfonne n'entend ici le langage
Marre, du faint Amour. Il faut pour me confefler, que je fafle vingt
ms” 15 OÙ trente lieues par Mer; & dans ces petits voyages on rique
» plus, que dans ceux de long cours: J’y ai beaucoup plus fouffert
» & de maladie de mer, & de craïnté de naufrage, que dansle
» trajet dè Bordeaux à la Martinique: Mais, à quel prix peut-on
» acheter trop cher une feule Ame ? Er qu’eft-ce que la vie d'un
» Homme auprès d’un fi grand nombre d’Ames, qui péritlent
» pour n’avoir pas une perfonne, qui les jetre dans la Pifcine;
» où toutes leurs maladies feroient guéries ? En vérité , je ne vois
# pas comment on peut fe refufer aux befoins extrêmes de ces
# Ames abandonnées. Si quelqu'un voit fon Frere dans la néceff-
»té, & qu'il n’en foic point touché pour le fecourir, comment
» la Charité de JEesus-CHrisT eft elle en lui ? Si cela eft
» vrai des Corps, combien l’eft-il plus des Ames ? Et fi tant
5 de Miniftres de * .&:75-CHR1ST fe flattent d’aimer Dieu,
» comment laiflen:-ils périr un fi grand nombre de malheureux,
» qu'ils pourroient fecourir & fauver ? Cet argumenr, quefje ne
» fçaurois payer. m’a arraché du fein de la France; il m’a depuis
» retiré de plufieurs Paroiffes de la Martinique, pour m'éxiler
» dans cet affreux deferc : & s’il venoit ici des Miniftresfuffifans,
» pour l'Inftruction & le Salar de tout le Peupie de la Domini-
_wque, & que j'en connufle un autre dans un plus preflint
» befoin, mon argument me feroit {ortir d'ici, pour aller don-
»» ner du Secours à ceux qui n’en augoient point. |
» Je ne fçai fie me trompe : je fuis cependant très-perfuadé
» qu’un Caréchifme vaut bien au moins une ation publique de
» Théologie que!'que honneur qu’elle faffe au Profefleur. Au ref-
»te,ce n'e't pas la Science, mais la Charité, qui efface la mulricu
» de des péchés. Ce n’eft pas la Science , mais la Charité, quiédi-
» fie. Ce n’eft point la fubtil'té d'une difpute dans les Ecoles, mais
»Pinftruction des Peuples plongées dans l'ignorance de nos
» Myftéres, qui fait briller dans la gloire éternelle. En un mor,
» ce n’eft po'nt la Science , mais là-Charité , qui fait nos mé-
rires, & la mefure de nos recompenfes. De là je conclus que
» la Science ne m'eft utile, qu’auranrt qu’elle nourrit, & qu’elle
# fert à augmenter mon Amour pour Dieu, & pour mes Freres.
» Malheur donc à mes, veilles, à mon érude, à mon travail, fi
» ma Science p'éjud:ci£ à mon Amour, &c ».
Ç On fent tour le pieux artifice de cette Lettre, remplie de
%
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 619
randes Vérités, & de faintes Maximes. Le P. Martel connoifloit EL r v R æ-
Pien le Carattére de celui, à qui il l’adrefloit. Homme pleinde XLVILI
piété, & de zéle pour le Salut des Ames ; uni d'amitié avec le
charitable Mifionnaire, dont il fe confidéroit comme le Difci-
ple, il écoic naturel qu’il fit beaucoup d'attention à trous les
reffans motifs qu'on lui propofoit, pour l’engager à préférer LXXI1r.
es grands fruits qu’on peut retirer du miniftére de la parole, (ag
aux avantages, qu'il auroit pù envifager dans les éxercices de |
l'Ecole, S'il lui fair quelque reproche, de ce qu’il n’avoit pas
encore répondu à fes défirs, & à {es invications , en embraflane
les travaux de l’Apoftolac, en faveur des peuples, dont les be.
. foins étoient fi réels, & fi nulripliés , il adoucit ce reproche,
par la maniére, & le rour. La grandeur de l’entreprife arrêra
un Religieux naturellement timide, & irréfolu : mais les vives
exhortations d’un Ami ne laiflerent pas de l’encourager à faire,
au moins dans nos Provinces, une partie de ce qu'il auroit pà
faire dans une Miffion plus difficile. |
Le Pere Martel écrivoit de tems en tems. de femblables Let- Lxx1v:
tres à plufieurs autres, car la Charite de Jisus-CHkrisr le .. ee
Frefloi : & il eûc enfin la fatisfa&ion de voir que quelques uns, bons ie dang
touchés d’un même motif de Charité, fe rendirenc à fes pieux 1:: Colonies.
empreflemens. Deux iltuftres Freres (reçus comme lui, mais
après Jui, & par fon moyen, dans notre Couvent de Touloufe} _
quittérent les Emplois, qu’ils remplifluient déja avec honneur
dans la Province, pour fe confacrer au fervice des Colonies de
Ja Martinique; où ils ont travaiilé, & où ils travaillent encore,
non fans beaucoup de fruit. Il eft vrai qu'ils n’entrérent point 1xxwv.
dans l’Ifle de la Dominique ; & le Pere Martel demeura toujours … Mais il eft row
feul à porter le poids du jour, & de la chaleur, dans certe terre 7% Fa nb
ingrate. C’eft ce qui reieve iafininent la grandeur de [on çou- ei
rage , & qui fait eftimer davantage fa longue perfévérance.
Privé de la douceur de la Societé, & de routes les commodités
de la Vie : toujours mal logé, & plus mal nourri; il fe trouvoit
fans fecours dans fes infrrnirés corporeiies, comme fans aucune
confolation humaïne dans res peires d’'Efprit. La Priere faïtoie
fon unique confolition; il n'en cherchoit qu'en Cieu feul : &
dans un pays, qu'il apelle fouvent un déferc affreux, il menoïe
en même tems Ja Vie d’un Solitaire, & d’un Apotre. Une de fes
peines éroit de ne pouvoir travailler autant qu'il lauroit fouhaf.
te ; & cela par la feule difficulté, & d’atlembier fouvent les Pew-
ples, pour leur rompre le pain de la Parole ; & de parcourir lut-
même tout le Pays, pour aller chercher ceux qui ne venoient
| EKkKkii]
GUILLAUME
MARTEL.
630 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre pasäa lui. Mais la plus grande de fes affli@ions étoit toujours de
XLYII. voir fubffter le régne du péché, malgré tous fes efforts pour le
eee détruire, & s'oppoler au torrent. Cette peine devenoit quelque-
Marrez, fois pour lui une tentation de découragement. Il craignoit de
travailler, ou d’avoir travaille en vain; & de fe perdre peut-être
!
Le X . . lui-même, fans avoir contribué au Salut des autres. Il eft vrai
Mo memes “we la Grace l’élevoit toujours au-deflus de la tentation, &:il
e reprochoit enfuite à lui-même de ne l'avoir pas aflez forte-
ment, ni affez promptement combattuc. Continuons cepen-
dant à apprendre de lui-même une partie de ce qu'il a fair,
ou fouffert parmi ces Infulaires ; à l’inftruétion defquels il
s'étoit dévoué depuis fept ans, lorfqu'’il écrivit la Lettre fui-
vante, la derniére qu’on ait eu foin de nous conferver.
» Vous me pardonnerez aifément mon filence, fi vous conf.
LXXVITL » dérez dans quel pays je fuis, & quelle eft ma vocation. Fiou-
cos Y »rez.vous une terre fans chemin, des peuples fans fubordina-
L.G. Chev.àCla. » tion, une Région fans Gouvernement : où chacun dans fon
mecy. » bois particulier, fuit fans remors, & fans obftacle, tout ce
» que la dépravation d’un cœur impie peut fuggérer. J'aitrouvé
» ici des bêtes farouches , plurôt que des Hommes, & des Chre-
» tiens. Les naturels du pays font tels, qu’il faudroit pouvoir
» leur communiquer la raïfon, avant que de leur parler de la
» Foi. L'ivrognerie, & la lubricité font leurs grands vices. Ils
» fe feroient baptizer dix fois par jour, pour avoir de quoi boire.
» Ils répondent oui, à tout ce qu’on peut leur dire : mais ils
» ne comprennent rien à ce qu’on leur dit, quoiqu’ils entendent
» tous le François, & qu'ils le parlent. Je n’en ai encore trouvé
» aucun qui m’ait paru capable d’être inftruit. Ce _ m'affige,
» c’eft qu'un Miffionnaire, qui venoit autrefois pafler dans cette
» [fe une quinzaine de jours l’année; y a baptizé tous les petits
» Sauvages, qu’on lui a préfentés. Ces Enfans font aujourd’hui
» de grands Garçons, ou de grandes Filles, qui ayant toujours
été avec leurs Peres, & leurs Meres infidéles , profanent la
» Sainteté du Baptème, par le paganifme, où on je a élevés :
» & ce mal eft fans remede. J'ai fait les plus magnifiques pro-
» mefles à leurs Parens, pour les engager à me donner ces jeunes
5 Caraïbes baptizés : ils difent oui ; & ils n’en font rien. Ona
» vü même de grandes perfonnes de cette Nation, qui n'ayant
» reçu le Baptème, qu'après les Inftructions, qu’on avoit jugées
» fufhifantes , ont apoftafié bientôt après, pour fe remettre dans
» + bois, avec les autres Caraïbes, allant cous nuds commeles
x bôtes.
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 63r
« Voilà l’abîme impenétrable des Jugemens de Dieu; & dont
la profondeur me fait trembler, Qu'avons-nous fait au Tout- «
Puiflant, pour l’engager à nous diftinguer fi particuliérement «
de ces Sauvages » La corruption du péché d'Adam fe manifefte cc
dans tous leur Penchans, & dans toutes leurs Œuvres. Quand «
je confidére combien mes penfées, & mes inclinations font «
différentes des inclinations, & des penfées d’un Caraïbe, je «
reconnois d’une part ce que je dois à Dieu, & de Pautre ce«
que j'ai de mon propre fonds. Ces Sauvages, toujours vigi- «
lans à éviter la rencontre des François, fe retirent dans des «
lieux très-difficiles, & prefqu’inacceffibles. On ne les voit que «
rarement, parce qu’ils ne fortent de leurs Forêts, & ne defcen-«
dent de leurs Montagnes , que pour aller pêcher se eg ce
Poiflons à la Mer; ou pour acheter une efpéce de Boiïflon ,«
apellée T'afz qui enivre beaucoup. Il fauc donc voir périr «
evant mes yeux ces pauvres Ames, pour lefquelles je perdrois «
de bon cœur ma Vie rc |
Les Francois, quoique tous élevés dans les principes de [a ce
Religion , vivent dans cette Ifle à peu près comme les Ca. «
raïbes. Ayant long-tems été fans Prêtres, fans Sacrifice, fans «
Inftruétions; en un mot, fans aucun Secours fpirituel , ni par «
le bon éxemple, ni par la fainte Parole , ni par l’ufage des «
Sacremens, la plüpart ont perdu la Religion : & maintenant «
il n’y a prefque pas moyen de les rapeller aux Devoirs eflen- «
tiels du Chriftianifme. Parmi la foule on en trouve quelques- «
uns en petitnombre, qui ne font pas dans les défordres grofhers, ce
& fcandaleux du commun. Mais, aimer la Prière & les Saints ce
Exercices, goûter les chofes de Dieu, & vivre felon l’Efprit : ce
c'eft une manne cachée, une pierre précieufe inconnue à nos «
Infulaires ;, & ce n’eft pas une de mes plus petires peines. Vous «
Fa tone ds trop fije vous racontois les autres. Plüt à Dieu , «s
fuflent-elles changées avec les prifons , les chaînes, & les ce
tourmens pour le Nom de JEzsus-CHr1sT :Cette perfécu- «
tion me feroît mille fois moins dure, que la vûe du déborde- «
ment des crimes, dont il me faut être tous les jours témoin. «
Un feul trait vous fera connoître quel eft l’excès de mesc
eines «.
a 1] me femble que Dieu punitmes péchés, en permettant que
je fois venu, & que je refte dans cerce Ifle, & qu’étanr indigne «
de travailler pour les Flûs, j'ai été chaffé comme un réprouvé «
au milieu des réprouvés, pour lefquels je travaille, & m’épuife «
inutilement. Cette tentation eft très importune, & très-opi- ss
Livre
XLVIL
GUILLAUME
MARTEL.
LXXVIIE
Peines d’Éfgsig
632 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liovre »anitre. Souvent elle m'a fait délibérer, fi je ne retournerois
XLVII. »pointen France, La grace, je le reconnoïs, m’a foutenu juf-
Guirrauur ” du'ici : j'ai appréhendé de manquer à ma vocation , & de
Marrez, ” Chercher ma propre confolation, préférablement à la volonté
» de Dieu. Voilà comment une pauvre Ame, qui ne veut rien
» de ce monde, eft éxercée, & déchirée en elle-même, par la
» crainte de n'être pas où Dieu la veut, & par le défir même
» qu’il lui donne de lui plaire, & de le glorifier en tout. Souffrons
5» donc a la bonne heure; & fouffrons Flo le bon plaifir de Dieu,
» jufqu’à l'incertitude affligeante, fi la pénible voye que nous
» fuivons, nous conduira à la vie, ou à la mort éternelle, &c ».
LXXIX, Les perfonnes Spirituelles, & véritablement intérieures n'i-
Me pu ps cages point, qu’il n’eft rien de plus défolant, ni de plus péni-
mec. | le, que cet Erat, où Dieu a permis que fon Fidéle Miniftre
fe foit trouvé quelquefois. Il le permettoit fans doute pour le
tenir toujours dans les Sentimens de l’humilité Chrétienne, &
lempècher de jetrer fur lui-même quelque regard de complai-
fance , par le fouvenir flarteur de tout ce qu’il avoit fair, & de ce
qu'il faifoit continuellement, pour le fervice du Prochain. Plus
on travaille à fa propre perieétion, & au Salut de fes Freres,
plus on a befoin fe veiller contre les pièges de l’orgueil : & c’eft
principalement contre un écueil aufli dangereux , que la Sage
| NE pr a coutume de menager quelque contrepoids, aux
kCor.x,27. Ames même les plus élevées. Le Docteur des Nations avoit été
élevé jufqu’au troifiéme Ciel; il avoit plus travaillé que tous les
autres Difciples : & cependanril traitoit rudement fon Corps,
& le reduifoit en Servitude, de peur qu'ayant prêché aux au-
tres , il ne fut lui-même réprouvé. C’étoit auf dans le même
fens, & pour la même raifon, qu’il difoit dans un autre endroit:
fu Cor xl 7 De peur que la grandeur de mes révélations ne me caufat de l'éleve-
ment, Dieu a permis que je reflentiffe dans ma chair, un aiguil.
lon qui eff l'Anze € le Minifire de Satan, pour me donner des
foufflets. | |
Notre fervent Miffionnaire avoit appris dans l'Ecole de Saint
Paul, à joindre toujours les travaux d’une pénitence volon-
taire, avec ceux de l’Apofñtolat : & cela n’empêchoit pas, que
Je Seigneur ne l’éprouvat encore par des peines intérieures infi-
niment plus accablantes, & plus difficiles à foutenir que toutes
Lxxx. celles, qui n'affligent que la chair. Ne penfons pas néanmoins,
Solides Confc- que ces peines Ellen continuelles, & fans confolation. Sans
cts. arler icini de ce plaifir fi doux,qu'il trouvoit à pouvoir travail-
h & fouffrir pour la gloire de JEsus-CHrisr ; ni de certe joye fi
| pure
L
: DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE 655
pure , que lui caufoit le retour d’une Ame, qui revenoit de fes Lrvrrx
égaremens , pour fe purifier par les larmes de la Pénitence :: XLVII.
quel témoignage fecret, & confolant ne trouvoit-il e dans ce Enr ru
gout intime de Dieu, & des chofes de Dieu, dontileüt voulu Marr&z-
parler , ou entendre parler le jour, & la nuit >? Combien de fois, =
p’a-t'il pas avoué qu’une de fes grandes peines, dans fon défert,
M étoit de ne pouvoir trouver une Ame fçavante de cette Science
du Ciel, & capable d'entendre .ce langage Divin ? Cela; mème
eft une preuve que fon Cœur étoit tout rempli de. D'eu ; &
ù lors même qu’il ne lui étoit pas donné de parker:de Dieu, il
S fçavoit s'occuper de lui, & fe réjouir en lui. Quelle plus fainte,
F Ou plus douce confolation! nu
L, _ Aurefte, ce qu’il défiroic avec tant d’ardeur , ne lui fut pas tou.
jours refufé: il trouva enfin un Cœur fait comme le fien, Pen- LXxxT.
. dant le cours de la derniére année qu’il pafla dans la Domini- ie |
5 que, la Providence lui adreffa un jeune Américain , d’un naturel
de excellent , tout propre à être formé à la plus haute Vertu,
C'étoit un Nathanaël , ou un Tobie fidéle au Seigneur, pat-
mi les coupables Enfans d’Ifraël. Comme fi dès le Berceau , il
avoit été prévenu d’une abondance de Grace , il n’avoit rien
contracté des vices trop ordinaires dans les Colonies. Une fimr xxx
+ plicité pleine de modeftie, & de pudeur, failoit fon carac+ Son Carattéres
à tére ; & il n’avoit de penchant que pour les faints Exercices
se de Îa Religion. Dans fes jeunes années fes Parens l’avoient en-
woyé en France; & les Etudes qu'il fit à Nantés ne chan-
érent rien dans fes Mœvurs. Etant retourné dans l'Ifle de
: a Martinique après fes Humanités, le Seigneur1le fit pañler
L à a Dominique ; & l’aflocia à notre Miflionnaire. Ce qui
; fut le bonheur de l’un, fut auffi un grand fujet de joye, & de
: _ -Confolation pour l’autre. Sous la conduire du Pere Martel,
L le jeune Michon ( c'eft le nom de l'Américain) ne fit pas de
petits progrès dans les Lettres Divines & Humaïnes , par-
ticuliérement dans la fcience du Salut. Il apprit à faire Orai-
fon , à fe tenir fous les yeux de Dieu, à lui rapporter toutes
fes affe&ions, & fes aétions ; à craindre le péché, à ne jamais
s’atracher à fes fens, ni à l'amour de la Cr ature, & à préfé-
rer à toutes les Richetfles de la terre, la Pauvreté volontaire
de JEesus-CHrisT. & la Gloire d'être fon Difciple, LXXXIIf.
Mais quelque agréable que pür être au Saine Miffionnaïre la Son Mémoire
.Com'agn'e d'un rel Eléve . il en fit un facrifice à la Charité ; fr _.
& dès qu'il le vig en état de fixer fa Vocation, il l’envova à
- notre Couyent de Touloufe, où il a pris l’'Habir d2 S:int Do
LES
634 HISTOIRE DES HÔMMES ILLUSTRES
Lrveasz Minique, fair fon Cours de Philofophie, de Théologie, &
XLVII 7Eçu tous les Ordres. Nous apprenons qu'après avoir édifié la
cnrs - Communauté vendanr e%%iron huit ans, le Pere Dominique
MB ©. Fe Si 0
TES syiveftre Michon.vient de ds ms pour l'Amérique, réfolu
MARTEL. - ° à
de marcher fur les traces de fon ancien Maître , & de conti.
nuer fes travtux pour le Salut des Ames. Dans le Mémoiré
qu'il nous à donné, & qui eft très-conforme à ceux que nous
avons'recus d’ailleurs , il rapporte divers Faits, glorieux à la
mémoiré du Pere Martel. Nous en avons déja inféré quelques-
uns'dans cette Hiftoire ; & nous ne parlerons que fommaire-
ment des autres. | |
Après avoir dit que le pieux Miffionnaire étroit aufli éxaû
à garder les moîndres points de fa Régle, que prompt à rem-
a 7° F7 plir toutes les ‘Fonétions du Miniftére Apoftolique, & que
L .… rien n'étoit câpable de le rebuter dans le fervice du Prochain,
ni les peines ; ni les veïlles, ni les dangers, auxquels il étoit
obligé de s'expofér fur la Mer, pour de les Secours fpi-
rituels à fes Paroïfliens ; le Pere Michon ajoute, que quuique
la Vie: du Serviceur de Dieu fût déja très-laborieufe , il ne
laifloit pas de mortifier encore fon corps par divers inftru-
. " v2vx mens de’ pénitence : que toujours fobre & frugal, il préféroit
7 "+. Îles mets'les plus infipides, & la nourriture la plus grofliére,
à ce qu’on lui préfentoit de-mieux préparé ; & qu'il avoit tou-
jours quelque prétexte qui fervoit à cacher fa mortification.
1l'donnoic fôtr- peu de tems au fommeil, & lincerrompoit
quelquefois pour ‘faire Oraifon. Jamais ilne fouffroit que les
Perfonhes du féxe entraflent dans fon Prefbyrére ; & il eut
bien de la peine (dit l’Auteur du Mémoire) à en permettre l'en-
trée à ma Meré , un jour qu'elle vint me voir , pendant que je
demeufois avec luf, l’an 1739. Toutes les heures du jour
ctoiéht remplies, où par les Fonctions Paftorales, ou par l'E-
tüde;, Î4 Priére, la récitation du Saïnt Office, qu'il alloit tou-
Jours dire! dans l'Eglife. Sa récréation après le repas du foir,
étoit'dé faire prier Dieu, & d’inftruire plus particuliérement
- deux Efclaves; qu'il avoit à fon fervice.
"Site Peré Martel n'éroit arrêté par une griéve maladie,
31 difoit tous les jours la Mefle, & A] Me
Ja dire plufieurs fois {e jour de’ Dimanche, .& de Fête , pour
donner à tous'fes Paroifliens la facilité de l'entendre. Dans
les Voyages qu'il faifoit, tantôt pour fe rendre dans les trois
différentes Eglifes de certe Ifle, diftantes de fept lieues l'une
“de'lautre ;'tanrêt pour vifiter, confoler les Malades, ou pour
leur portek le Saint Viatique ; tout ce qu’il voyoit dans les
ouhaité pouvoir :
— m—
— F
. € ns
. DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 635 |
whemins, l’élevoit à Dieu: il prénoit de tout occalion de louer L tv à #
le Créateur ; il faifoic retentir l'air, & les rivages du chane XLVIL.
des Pieaumes , & des Canriques. Lie zéle, dont il étroit dé ne
voré, ne lui permertoit pas de diflimuler les défordrés qui Mynrer.
s’offroient à {es yeux ; & il reprenoïit avec force tous ceux —=
‘qui donnoïent du fcandale , fans diftinétion du Riche & du
Pauvre, du Maitre ou de l'Efclate. Dans {es vives & ‘pathé-
tiques Exhortations il s’abandonnoit à fon Zéle ; à deux heu-
res après midi, il oublioit qu’il éroit à jeun; & il falloit l'avere
tir qu'il étoit tems de finir fon Difcours.
Cette ferveur d'efprit devoit paroître d'autaht plus admi- 5 xxx1v.
‘rable , que le corps étroit come épuifé de forcés , & acca= LesS:nt Mifion-
blé d'infirmités. Il avoir déjà perdu un œil ; 1 devoit craïn- "47e perd un œil
| ; | bo Age 2 e "dans le travail
dre pour l’autre, qui s’iffoibliffoit rous les jours. Tout autre |
“que le Pere Martel auroit pénfé depuis long téms à modérer
le travail, ou même à quitrer un Pays, dont l'air, dès le com-
‘mencement , avoit paru contraire à. fa vüe. Maïs pendant dix
ans, il ne put fe réfoudre ni à l'un, ni'à l'autre, par la {eute
“crainte de manquer aux befoin$ de‘quelqué Ame , que Dieu
Vôuloir-fauver par fon Miniftére. 1] Alle cependänt prendre
‘cé dernier parti, dans Ie Carême de 1-40, à la veille de 1Lxxxv.
fre entiérement la vue. La perré, que faifoichr tous les , La perte prefque
ähitans dé la Dominique, par la retraite tié ‘leur  sÔtre!, tre le force à quite
“étoit fans toute ‘plus eonfidérablé ; ‘que tetië don i écolt ter le Pays.
menacé 'en fon particulier. Touk n’y fur:ht'paf également at-
tenuifs: PhrlieurS ,'uin'aVoïent jamaïs 'brôfité ; ni de ‘fes inf
“trudtions ; ni de fes éxemples , në rhéritoient fas'de connol- |
‘tré que la Juftice Divine commènioït à éxercér fur'eux fes pu.
:véngeances. Plufiéurs' autres, moins ’rebétés’à 1 lumiére,
s'étoient montrés dociles!4 Javoix de 'Hofimié dé Dieu, & ‘ ‘".
“cêux-ci pleurérent :améremént 4e "fé Voir brides de all
‘fence-de: cét' Ange de Pax', qui! leuf'Aavoit tendu uñie ma
-charitable, pour les retirer du bourvoier ? & ror:pre les chaî-
nes de leur efclavage : en les’ fai fant entrer dans la liberté des
‘Enfans dé Dieu. Le Saine Mifiongaire pigfqué egalement toù-
ché de Va -firuation des uns &' des autres , ‘en'fe rerirant de
Ja Domi hîque ; deandoïr'au Seigneur Ta converfion des pre-
+
tiers, & la perfévérançce dés derniers.
_: Î'fe rendit d’abord à là Martinique, réfolu de revemir én LXXXVYI.
reven:ren France.
D. ‘ t : Rs PR D RE is | def. ft de
* France, on pour ÿ trouver du‘féslagemenr à lx'vüe, ‘où pour Sonueff.in e
- y Hinir fes jours dans la Pénigensé, à da füite de là Cémiitnauté On la rêre dans
ide Totloufé. Arrivé dans le “Quartier; apellé de 14 Trinité, une Paroifle de le
L1ll F 7 ? Marunique,
inévitable de Pau -
636 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre oùil vouloic s'embarquer fur un Vaifleau qui alloir à Bori
XLVII. deaux, il y trouva un de nos Miilionnaires, à peu près de
Gurrrauxz fon caractére , fon ancien Eléve , à qui il éroit précieux , &
Marrer, Quiinfifta fortement, pour.lui perfuader de s'arrêter avec
Jui: Le Ciel, lui dit-il, vous améne ici pour le bonheur de |
Ja Colonie, & pour ma confolation particulière : travaillons
déformais enfemble : vos éxemples me foutiendront ; & je
me ferai toujours un devoir de me conduire par vos lumié.
res. Je fuis en état d'aller vifiter les Malades, les confoler,
& leur adminiftrer les Sacremens , dans leurs Habitations
Pour vous, qui ne fçauriez fupporter le grand aïr, vous ne
.{ ferez pas d’un moindre fecours aux Fideles, fans fortir de
la PElife 3 Où vous pourrez vous occuper à leur annoncer la
CE Parole de Dieu, à entendre les Confeflions , & à inftruire
Jes Négres; qui ne fonc pas en petit nombre. Nos occupas
tions nous laïfleront toujours de bons momens , pour parler
des Miféricordes de notre Dieu ; & de ce petit coin de l’'Ifle
fous ferons notre Paradis fur la terre. |
Tout cela étroit trop felon le gout du Pere Martel , pour
ne point faire impreflion fur fon efprit, & plus encore fur fon
cœur. Dès qu'on lui pre de continuer le travail pour le Sa-
lur des Ames, il confentit à tout ; & il oublia qu'il fût ma-
lade : il l’écoit cependant., & beaucoup plus qui ne penfoit,
1 reñnonça donc au deflein de retourner en France: ce chan-
.gement fut un fujet de joie pour tous les Habitans du Lieu,
& une plus grande matiére de confolation pour le Supérieur
Général de À Miflion , qui n’avoit confenti qu'avec un regret
xxxxvir. infini, au départ d’un fi excellent Mifionnaire. Ce que le
; Ce qu'il y fit Pere Martel avoit fait pendant dix-huic ans dans l'Amérique;
pendan cinq‘ j] Je fie encore avec le même zéle pendant cinq mois ; c’eft-à-
. Site ue a Re ss à :
dire depuis le commencement de Mars, jufqu’à la fin de Juil-
Jec., qu'il fuccomba, enfin fous le poids du travail, & de la |
.maladie, Avant fon départ de la Dominique, il avoir fenti |
_par intervalles les premiéres.atteintes d’un mal de côté. Ces
. douleurs devenoïent tous:les jours plus vives, & plus fréquen-
tes : mais le défir de mourir les armes à la main, lui faifoit
.mébprifer ; &-diffimuler tour ce.qu'il fouffroit. Son Compa-
gnon étoit allé pafler les premiers jours d’Août dans la Com-
munauté du Fort Saint Pierre, où il devoit faire le Panégy-
. rique de Saint Dominique ; & le Pere Martel fe deftinoirt à
ares le Sermon de l’Aflomption de la Sainte Vierge,
orfqu’une fiévre continue, & le dévoyement , joints aux dou-
{
è -
niére maladie, & de fa mort.
.DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 6:7
feurs de côté, l'obligérent de fe faire tranfporter à une denos Lrvyea =
Habitations au Fond Saint Jacques. Ce fut le lieu de fa der- X LVIL:
EEE |
GUILLAUME
L'habile Médecin ( Chirurgien en même tems) que le Su- MARTEL.
périeur Général avoit envoyé pour examiner la maladie, re-
connut bientôt qu’elle etoic mortelle ; & le pieux Malade LXXXVriIL
J'apprit non-feulement avec foumiflion , & fermeté, mais auf cure
avec une joye , qu’il ne put cacher. Il fe répandit en A&ions monelle.
de Graces envers Dieu ; & déclara que dans toute fa vie, il
n’avoit pas encore reçu une nouvelle, qui lui füt plus agréa-
ble. Ces faints défirs de la mort augmentérent toujours en
lui ; maïs fans jamais affoiblir les humbles fentimens d’une Ame
pénitente, profondément pénétrée de fon néant, & du be-
foin que nous avons tous, que le S:igneur fupplée par fa mi-
féricorde, & en vüe des mérires de Jzsus-CHrisr, à ce
qui manque à notre juftice. Lorfque les douleurs ( caufées par LXXX1x.
un abcès formé près du foye , & qui ayant crévé au dedans, . 1! s'en réjouft
avoit percé les boyaux ) étoient plus vives, la joye du Ma- in
Jade Rubi augmenter , avec fa patience ; & on l’entendoie |
repéter fouvent ces paroles : Brifex ce Pécheur, mon Dies,
brifex ce Pécheur; G* faites. lui mifericorde, Quelque pure qu'eût
toujours été fa vie; & quoique la vigilance à la garde de fon
cœur eût été continuelle , il voulut fe préparer à la mort par
une Confeflion générale. Il demanda avec humilité les der. xe.
nigrs Sacremens ; & fa foibleffe , qui étoit extrême, ne pur Se prépare fain.
l'empêcher de fe profterner contre terre, pour recevoir le “"*"t4lamon,
Saint Viatique. Durant le cours de cette maladie , qui ne fue
pas d’un mois entier , il eut fouvent la confolation de fe nour.
rir du Pain des forts ; & ce fut toujours avec ces fentimens
de ferveur, & d’humilité , qui édifioient , & confoloiene
les plus affliges fur la perte qu'ils alloïent faire. S'érant un
jour apperçu des larmes, que répandoient deux Réligieux au-
tour de fon lic, il leur dit d'un air fort affuré, que s'ils l’ai-
moient véritablement , ils devoient fe réjouir de fon heureux
fort, & l'en féliciter au lieu de le plaindre. Pour moi, ajouta-
t-il, je fuis fi content de me trouver entre les mains de mo
Dieu ; que, fi j'en avois la force , je chanteroïs à pleine voix
fes miféricordes , & le Cantique de ma délivrance.
Lorfqu’il crut que fa derniére heure approchoic, il fupplia
les Afliftans de prier pour lui, les affurant que fi Dieu lui _
faifoit miféricorde, comme il l'efpéroit , il ne Pre” P4S Mort précienfe,
1}
Bt HISTOÏRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livaz éclefaire pour eux. Îl demanda enfuite qu'on lui lüt la Paññon
_XLVII de Notre-Se'gneur JESUS-CHRIST, felon S. Jean. Il écou-
Errirauus à cette Lecture avec grande attention; & il ne cefloit ce-
Ne pendant de produire des Ades de Foi de Confiance, de Con:
——— trition, d'Amour, juiqu'à fon dernier foupir , qu'il rendit 4
| l'entrée de la nuit, un Samedi, 17 d'Août 1 740. Il étoit âgé
de cinquante fept ans; donr il en avoit paflé près de trente:
cinq dans les Fonctions de l’Apofñtolat, & plus de quaranre
dans les Exercices de la Pénitence. Sa mort répandit une fi
bonne odeur dans tout le Pays, que les plus Gens de Bien;
les Religieux, comme le Peuple, demandoient à Dieu,
Grace de pouvoir mourir de même, chacun répétant ces pa:
roles d'un Ancien : Moriaiur anrmi mea morte Jufforum.
Le Réverend Pere Mane, Vicaire Général à la Martini:
que , en annonçant cette mort à la Province, s’exprimoit inf:
xérr,, «C'eft avec la plus vive douleur, & dans l’amertume de moi
., Témoignage du » Ame, que je crois devoir vous faire part de la perte, que
Re » nous venons de faire du plus zélé, & du plus laborieux Mif.
» fionnaire que nous ayons jamais eù dans ces Miffions, en la
‘» perfonne du Révérend Pere Martel, Enfant de vorre Cou-
» vent de Touloufe. Pendant dix-huit ans il à travaillé avec
» un Zéle infatigable, dans ces Colonies , au Salut, & à la Sanc-
» tification des Peuples qui les habicenr. La Vie auftére & pé-
‘# nitente, qu'il a toujours menée, comme dans le Couvent le
"5 plus régulier de la Province ; l’ardeur, avec laquelle il a en-
» trepris tout ce que la Charité la plus pure luïa infpiré, pour
# l'Inftruétion, & la Converfion des Pécheurs, & l'Exercice
# continuel qu’il à fait de fon grand Talent, pour annoncer
» la Parole dé Dieu : tout cela ne nous laifloit pas l'eu de croi-
“re, que fon corps püt réfifter plus long-rems à fes grandes
#» farigues, dans un Climat aufli dangereux que celui ci : &
» nous devons avoir été moins furpris de le voir mourir à lier
» de ‘cinquante fept ans, que de l'avoir vü fi long tems r€-
» fifter au travail 5 | .
Les principaux Faits que nous avons placés en leur lieu , font
touchés , ou indiqués dans la fuite de la L'ettre, que le P. Mare
finit par ces paroles : « Notre cher Défunt a rendu fon Ame
à Dieu dans les tranfports d’une Charité confommée. Il cft
» généralement regreté de tout le monde, par l'eftime qu'on
» faifoit de fa Vertu, & de fes grands Talens . & la perte
_ w-noûs ft commune avec tous les Habitans du Pays. Quoi-
w
L 4
DE L'ORDRE DE S, DOMINIQUE. 639:
que je ne doute point qu'il ne jouiffe dès-à-préfent de l'Im-« Lrves
mortalité Bienheureufe ; cependant comme Dieu trouve dea XELVII.
limperfection jufques dans fes Anges ; & qu'il connoîït {eul «°
Je fond des cœurs, je vous prie de lui faire rendre les Suf- «
frages prefcrits par nos Saintes Conftitutions ».
Sa EEE -
GuiLLAUME
MARTEL
Lors ee à nr Ai à
« A Saint Pierre dans la Martinique :
le 3 Septembre: 1740 ».
En écrivant la Vie du P. Martel, nous avons fait en même terms.
{on Portrait & fon Eloge. On a vü fes Sentimens dans fes Lettres;
& par fes Sentimens, on peut connoître le principe de fes Ac
tions : il agifloit coujours comme il penfoit. Il avoit coutume
de dire, que pour fe bien porter, il falloit manger peu , dormir
peu, & travailler MT à : il ne fuivit pas d'autre maxime
dans la pratique. Sa Dévife étoit, Plasre & Dieu fesl, @, le
glorifier. Il n’eft pas douteux que ces paroles , qu'on lit À la
têce de tous fes Écrits, ne fuflenc encore plus gravées dans
fon cœur, Quelle idée cela ne donne-t-il pas de fa Sainteté à
é - +
Fin du gnarante-feptième Livre.
HR
2 A GG 2 a GBC On G 2-0 dd 3-3 -G 2 CD GT OS: G-D-D-
SR NII TISE RE REIN INT NII ER EI
HISTOIRE
HOMMES ILLUSTRES
DE LORDRE-
D E
SAINT DOMINIQUE
LIVRE QUARANTE-HUITIÈME.
VINCENT - LOUIS GOTTI, PATRIARCHE
DE JERUSALEM, ET CARDINAL PRESTRE
DU TITRE DE SAINT SIXTE.
ME N'est ni pour les Scavans , ni précifément
& \P pour les fimples Fidéles de notre Siècle, que nous
A cotreprenons d'écrire la Vie de l'illuftre Serviteur
Se de Dieu, Vincent-Louis Gotti. Ses propres Ou-
GoTTr — vrages l’ont déja fait connoître , & eftimer des
EE premiers : & fes Vertus, non moïns éclatanres que fes Ta-
Las. ont rendu fon Nom affez célébre dans l'Eglife. pour lui
aflurer l'amour, & la vénération de tous ceux qui fçavent efti-
mer le vrai merite. La réputation de notre Cardinal , furtout
depuis le dernier Conclave, s'eft répandue au loin : & fi dans
le récit, que nous ferons de fes actions, nous apprenons quel-
_* que chofe à nos Lecteurs, ceux qui ont plus pratiqué gs
CIC
CR à |
VINCENT- ‘AA
Louis
# F7 1
<
+.
RES
ue ne
€ < è
_*-DE LORDRE DE S: DOMINIQUE: &4r
rdefte & fcavant Prélat, pourroient fans doute noys en.ap- Lr y «8
-brendre,. beaucoup plus que nous n’en dirons. ©. ," XL VIIL
_ Au refte, nous avons ici l'avantage de ‘pouvoir fuivte un ————
: Guide fàr, & fidéle jun. Auteur connu par d'autres Ecrits, & . +. ne roi
.parfaitementinftruic par lui-même, du vrai caractére de gore ee |
-Cardinal, avec lequel il avoit converfé long-tems, & fort fa- =’
miliérement : Je parle du Pere Thomas- Auguftin Ricchini, :
“Théologien de Cafanate, & l’un des Afliftans du Pere Général Ph ny le
des FF. Prêcheurs. Peu de’mois après le décès du. Cardinal Vie du Cardinal
Gotti, Ricchini , qui avoit prêté fa. plume pour annoncer IE SA)
mort , d ‘toutes les Provinces de l'Ordre, écrivit en Latin, & connu,
fit imprimer à Rome, l’Hiftoire de fa Vie; foit (comme il le
dit lui-même dans fon Epître Dédicatoire ) pour chercher dans
ce cravail un adouciffement à fa douleur ;. foit auffi pour-con-
facrér à la Poftérité la Mémoire d’un Grand Homme, & d’un :
éxcellent Religieux, d'autant plus digne d’être loué après {a de 1 +4
mort, qu'il avoit été pendant fa vie plus févére à rejetter tou- |
tes fortes de louanges (1). 7
… Nous ne ferons ordinairément. que traduire, ou abréger les
pos de l'Ecrivain ; & ce que’nous ajouterons quelquefois
fon Récit, nous le prendrons des Ouvrages. mêmes du Car,
dival, parriculiérement de ceux, qu'il a publiés pour défendre
les Vérirés de la Religion, & la Difcipline de l'Eglife; contre
les Satyriques Ecrits, & le vain. Triomphe de Jacques Piceni-
ni, Miniftre Calvinifte chez les Grifons. 7 7 _,. _.
La Ville de: Bologne en Lombardie, depuis tant de Siécles 11
<ékbre , & par! fon Ecole, & par te nombre des Grands Per. Pr
fonnages , qu'elle a produits, pour l'honneur & le bonheur de Goui.
l'Eglife (*), compte parmi fes plus illuftres FR bi Louis
Gotti, n€ le cinquiéme jour de Septembre 1 664 fous le Pon-
tificat d’Aléxandre VII, Son Pere , apellé Jacques Gotti, ha-
bile Profefleue en Droit dans l’Univerüté de la même Ville, :
&'fa Mere nommée Claire Caparda , vivoignt avec hon- : ::
‘peur felon.les Loix du Chriftianifme; & leur premiére atten-
tion fur de les graver, ces Saintes Loix, dans le cœur d'un
1) Paucis ab obité amplifimi Cardinalis Ricchini , de Vis & S'endiis Fr. Vincentile
:Gorri diebus, rufticanti mihi in noftro Sane-LLudeuisi Goti. Ep. Nuncup,
€ Pañtoris feceflu, arque graviflimura fami-| (+) Sans parler d’une multitude dé Doc-
liz sofre illatum vulnus amaro prorfus ani-| reurs de réputation , de Prélats, & de Carè
mo feputanti, ea océurric côgitatio lenien-| dinaux , ls Ville de Bologne peut fe glotr
do , ut vidgbatur, dolori meo opporpona ; ut| fier d’apoir vu naître dans fon fein pluñeurg
‘quæ memoriæ, ac. propè oculis, obverfa- | Souverains Pontifes, Luce Il, Gregoire XILE,
bantur degati Cardinals præclarè fcripra.,| Innocent IX , Gregoire XV, & N.S, P. le
pc præclarils gefta Lirigris onfignagem, &,] Pape Benofs XIV, aujourd’hui : épuang |
Tome VI, | CC Mm
642 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvan jeune Enfant, que là Providence deftinoit à être uà jour l'in
XL VIIF des plus beaux ornemens de fa Patrie, & des plus. zélés Dé.
Vrncuwus. fénleurs'de l'Eglife Catholique.
Louis ” "Dès fes rendres années Gotti’, confié-à d’habiles. Maîtres
Gorrr dans les Ecoles Pies: fit conéevoir de grandes efpérances, au-
tant par le caractére de fon beau naturel docile, grave, mo-
+ Ses premiéres dClte, plein de pudeur; que par les qualités de l'efprir, qui
{nclinarions. ins es-lors juftz, folide ; judicieux , capable de réfléchir
,.. - beaucoup, & d’entrer dans le Sanétuaire des Sciences (1). Ilcou.
us roit {a treiziéme année lorfqu’il pérdic fon Pere; & il n’avoit
pas achevé la feïziéme, que brülant déja du défir des Biens
Futurs ,:& ne confultant que la Volonté du Seigneur, il fe
hâtra de taire le facrifice de la fienne, en prenant l’Habit de
1V. "Rel'gicux, dans le Couvert de Saint Dom'nique à Bologne
es entrée dans l'an 1680: Sès Parens, & fes Amis le regretérent, & ils ne
rdre de Saint , 0 DA. + 7 Ron ons |
Dom.nique. ‘s’oppofcrent point à fon deffein ; parce qu’ils étoienc perfua-
dés qu'il ne faifoit cette démarche, qu'après avoir beaucoup
prié, & pour ne pas réfifter à la Grace de la Vocation. La
conduite du jeune Religieux. & le fage acquiefcement de fes
Proches furént juftifiés par les fuites. Ayant pañlé {on annéb
de Probation dans une grande ferveur d’efprie , & dans'un
recucillement prefque conrinüel , il prononca fes Vœux avec
autant de joye, que la Communauté en eur de les recevoir;
& le premier Profefleur de Philofophie, qu’on lui donna, fut
: Je Pere Jofeph-Marie de la Tour, fçavant Dominicain Génois,
". très-babile nus la connoiflance des Langues Orientales , &
. des Saintes Lettres. C'eft l’Aureur d’un grand Ouvrage, inti
tulé: Znfitutions pour l'intelligence des Diunes Ecritures, publié
à Parme en quatre Tomes, non pas en 1611, comme on lit
Echard, Tom. dns Je fecond Tome du Pere Echard , par la négligence fans
Pet doute de l'Imprimeur,; maïs en r711. : Ro
_. Y. ‘ ‘Le Frere Gotri fçut bien profiter des avantages, qu'il pou-
Prin nié ‘goit retirer des foins ; & dés Lumiéres d’un tel Maître. Mais
”" ‘plus jaloux encore de la pureté du cœur, que de rout ce qui
ne fervoit qu’à orner fon efprit; fes progrès dans la Vertune
parurent.pas. moins ‘rapides, que ceux. -qu’il faifoic tous les
jours dans l'étude des'Vérités naturelles, & furnaturelles. H
ao édifié.les Communautés de Bologne , d’Ancone, & de :
Forlÿ, lorfque tes Supérieurs réfolurenrt de l'envoyer en Efpa-
Bne , pour qu'il travaillât de plus en plus à fe perfeétionner, ,
Re: |
|
.
LI
: (ts Frat auten Î puero.ingeriiaà docile ,[te, ac fingulari modeftià conjundtum, à
&'&ic, Gun Bagranti Rudio, ekhhia pieta- 1] Rycek. pas
5
s
Es
Vite
ù +?
L mn)
"4
CAN
L #4
&
nées ,que de l'Etude dela Religion , du défir de connaître Dieu, *
".DE L'ORDRE DE S DOMINIQUE: 643
dans natre Collège de Salamanque , où les Etudes florifloient L'Iv.r pr
serge) à par le nombre, & l'émulacion des Etudians, auränt E X VITE
qué a réputation, & la capacité des Maitres. Le fuccès rér ,
pondir à l'arrente : éloigné de fa Laure
pu le diftraire, Gorti ne parut s'occuper l'efpace de quatre an- Gorryi1
LS
& de {e coûnoître foi-même.: Après.la Prière, qui fit roujours Hoi
{es plus chaîtes délices, la leéture , & les Exercices Soholaitis fes Etudes en'lra-
ques remplifloient tous fes momens. On aflure qu'il devint Re
a objet d’admiration & à fes Profefléurs, & à fes Condifci- que, eu Etpegne
es (1). ; Me A. |
P Lorfqu'il eut achevé fon Cours de Théologie, on:lui fit VIL.
{outeair des Théfes Publiques. & Générales, JE Ecoles de eus
de Salamanque, les Scavans de cette çélébre .Univerfité sy di "2
.trouvérent êa grand nombre: Cet A@e:fort folemnel nef nn
ordinairement foutenu que par un Profefleur de réputätion :
mais l'idée qu'on s’étoit faire de l'Eruditian, & du Génie du
jeune Italien: dérermina le choix en fa- faveur : & il montra
qu’il avoit. mérité cette préférence:; l'applaudifflemenc fut gé-
néral. Sans jaloufe de Nation, lés Religieux , des Doéteurs,
dés. Prélars d’Efpagne lui donnérenit à l'envi, les marqués. kes
mains équivoques. de leur eftime. La Communauré de Saint
Etienne .de Salamanque voulut le mettre au nombre de fes
Enfans, & lui faire prendre ‘une Place. d'Honneur. parmi
ceux qui.emeignoient la Thedlogie dans la même Province.
La madeftie dy Pere Gorti ; aurant Que l'‘amonr naturel de sé
là Parrie, le porta à -refufer coutes es marques d£ idiflmo- ‘,;- +"
tion (1). RE TE g . LR. RE ue
>: Le Nônce Apoftolique, Durati, qui a étésdepuis Cardinal, VIIL
commença :aufh à l'aimér, à le: confidérer même, eom ne uü £ D de
Hlômme:; qui faifoir déja ‘honneur à fa Nation , &' qui pouvoir sue, 7
devenir précieux 4 l'Eglife. Une maladie, dont lé.foryent Ré
ligieux ; fus attaqué dans. ce même tems , donna accafon au
Nonce de faïre: paroître fes tendres fentimens pour lui : pea
content de s'informer tous les jours avec bonté: de l'ccat: du
Re 1 = + FRS To a Eh |
| RAR €
à Le es TT “PR Roc ÿ », 0 2.1)
t ( 1) Tanth cum laude fe geffit, uttam fo- approbat{one!, ac" plioft füftinuie , ht Sal. pi
dalés, quai Magiftros, admifatores fecerit] manticenis Gœænobii Patres’ inter fuos ,eum
fui ; illos quidem , ingenii amplitudine ; ce- | adfcribere , ac cooptare curaverin', oblatÀ
ritate, aC mirore vincens omnes ; hos verè , | étiam , quo apud fe egregiumi juvenem fe
pioxime aflequens ftudio, labore, ac dili- | cilins rerinerent, hononfcä il'ius Provigs
proie. Ibid. 91. ; qua ismpdeñéceculrits
‘à ALT L
n Lun oye + . dSæ Cathçpsâ
(2), Bim vero Provinciam, quan obire| &c. id! 6 | 4
fbler uâus ei Profellodibas ; amidiomaimli . © 75 © 5911 ., eilil ES
| Mmmmi
à voie | L + + NINCENT]
it à l'attente : éloigné de fa Patrié, & ‘de tout cé qui auroit DS .
le
644 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvrar Malade, il voulut le faire conduire à Madrid, afin de veilles
XLVIII, luimême à fa fanté , & d'en procurer plucot le récablife.
| | + MENT. _ _ . :. RUE Le
Avant la fin de l’année 1688 le Pere Gotti, ayant recu le
Caraëére Sacerdotal , par lImpofition des mains d'Antoine de
Monroy, autrefois Général des FF. Prêcheurs, & alors Arche:
1x. vêque de Comprftelle , il revinc en Italie, & fut d’abord em-
: De rerour en et à faire des Leçons de Philofophie : ce qu'il fit avec
nee à
VINCENT-
Louis
GoTri:i.
le . .
pale Die eaucoup de fuccès à Mantoue, à Rome, & à Bologne. Il en.
feisna depuis la Théolôgie avec de nouveaux applaudiffemens,
L'obéifflance, qui l’avoit d’abord envoyé à Faënza, le rapella
: * bientôt, pour le produire dans une autre Ecole plus digne de
x fes Takens. Ee Pere: Jérôme Baflano , Religieux du même
| Ses Leçons de Ordre, & depuis long cems premier Profeffleur de Théologie
dhéologe ans dans l'Univerliré de Bologne;, étant mort l'an 169$, le Pere
niverfité de Bo. es : , : d
logne, y attirene Gotti fut auflitôc rem de cette Chaire , Par un ordre du
ar Sénat, avec les acclamarions de tous les Citoyens. Il ne feroit
‘pas facile d’exprimer:, avec quelle répüration, & quel fruit il
remplit cet. Emploi f'efpace de plufeurs années. On le loue
particuliéremenxt d’avoir mis les Matières Théologiques dans
€ plus beau jour’, en rendant clair , & aifé à comprendre, ce
qu'il y a de plus abftrait, de plus fublime , ou de plus obfcur,
C’étoit par cer endroit principalement qu’on sw à éroit à tous
nr m8 enfeignoient alors, ou qui avoient brillé depuis long-
tems dans les mêmes Ecoles. La foule de ceux, qui venoient
XI. de sg gp prendre fes Leçons, étoit une preuve de l'efti-
M forme plu- me; qu'ils en faifoient ; & les: Emplois qu'ils ont mérité de
remplir à leur tour, non.feulement dans les différens Erats
1 d'Italie, mais auffi en Allemzgne,en Hongrie, & dans les autres
‘: !" . Royaumes, fonc de nouveaux témoignages du fruit, .qu'ils
: … ävo'ent retiré des: lumières, & des faintes Convérfations d'un
Maître ; qu'on victoujours égalément appliqué à faire con-
noître, & pratiquer la Religion, afin de former de parfaits
Miniftres de PEglife, également vertueux, & fçavans. |
PT "Quoique les:eccupations d’un Profeffeur public ne puiflent
_ Occu,atiohs Être petites; fur tout lorfque fa réputation le met dans la nc-
mokiphées cefité-de répondre à de fréquentes Confultations ; le zéle. du
Pére Gotri, &: fon amour pour le travail (difons auffi, fa dé-
Férenice aux. volontés des Supérieurs) lui firent encore étendre
fes foins à l'avancement de nos jeunes Religieux dans l’Etude
générale de"Bôlopñé. Ipcapablé de fe refufer aux. défirs de fes
Freres, dans le même tems quiil-donnoit des Leçons de Théo»
JU UIM Et iX
en -
Las
te SO ce M 1»
+2
js
Te =,
= ve
tr Ce FF»
PR
+
Vi: VA 5x
re
R «2
LOU, LT Lt
an ES Si = Ét- ce "à €
\
_@ia ad morum
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 645
Xogie dans l’Univerfité , il en faifoit de Métaphifique dans Lrv2E
‘notre ge ; & il ÿ remplit depuis la Charge de Maître des X LVITL
Etudiaos , felon les défirs du Pere Cloche, qui regarda tou- Yi CE nr.
ir comme un de fes premiers Devoirs , de ne donner àfesRe- Louis
Jigieux que les plus excellens Maîtres. GorTrir.
= Elà depuis Supérieur de la Communauté de Bologne , & ee
‘bientôt après de toure la Province de Lombardie, le Pere 11 éxerce digne:
.Gotti ne montra pas moins, dans l’éxercice de fa Charge, de mentla Charge de
prudence, & de fagefle, que de zéle, & de fermeté. 11 parut ne % 46 Fra
“avoir trouvé le fecret. (peu commun) de faire aimer le Devoir,
& refpeéter la Loi, autant par la vertu, & la force de l’éxem-
“ple, que par fes maniéres douces, infinuantes, également pro-
pres à lui attirer la confiance des Grands, la vénération des
Peuples, & une ébéifflance toujours volontaire de la part de
fes Religieux. Le fruir le mieux niarqué d’un tel Gouverne- +;y
-ment, F nous en croyons d ceux qui en avoient fait l’expé- Fruits de fon
rience, fut un renouvellement prefque général de ferveur, & Gouvernement,
_de Piéré dans toute la Province de Lombardie. Le Service
Divin s'y fit avec plus de décence, & de majefté. Le Silence,
k Retraite, le Travail, l'Efprit d'Oraifon , les Ledures utiles
bannirent de ces Saintes Maifons, la diflipation , & les frivoles
-amufemens. On eut le plaifir de voir que l'Etude de la Re-
ligion , le zéle du Salut des Ames, & routes les Prariques
KR éguliéres firent déformais la plus douce occupation des per-
fonnes , obligées par état de travailler à leur perfection, & à
là Sandification du Prochain. Les Exemples d’un Supérieur,
qu'on aimoïit fincérement , & qu’on fe féroit reproché de con.
trifter en quelque chofe , faifoient fur tous les cœurs , une :
Jmpreflion , que n'auroient pû faire les Difcaurs les plus paté-
tiques, & les plus perfuafifs (1) mire
si rien eft capable d’adoucir les peines attachées au Gou-
vérnement, & d’en rendre les Sollicitudes un peu fupportables
äun Homme , qui n’a de goût que pour la Priére’, ni d'attrair
-que pour l'Etude ; je penfe que c'eft ce plaifir innocent ,. qu’il
a d'éprouver que le Seigneur bénit fon travail ; que fes foins,
& fes fatigues ne font jamais fans fruit, & que fon Miniftére,
déja utile aux autres, fera pour lui la fource d’un nouveau mé- —
rite. Ces confidérations n’empêchérent point , que le pieux Défis de revrañe,
. (1) Clavuro igitur eo moderante ita om-f eodemque.fpirien du@i , præeunrem exem-
ifciplmam, ftudiorum fer- | plis non iaviti fed uktrè fequerentur ; da
votem, pietatis, ac Religionis cultum com. Éteeque relinquerent, eun ne magis dili-
pol vifs fuût, ur omnes & foguli, uno ,fgerent ,26 vescrentar, Ibid p. 12.
M mm m iij
646 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre E Provincial n’attendit avec impatience la fin de fon Emploi, :
XLVIIT. pour pouvoir, ou rentrer auffrôc dans fa Solitude , ou ne f
Vic. = en public, que pour enfeigner aux Fidéles les voyes
Louis duSalur. Mais s’il lui fut donné de goùter ce repos, le tems
Gorrxz n’en fut pas long. Il falut fe réfoudre à accepter une feconde
= fois la conduite de fa Communauté de Bologne : & à peine
finifloit.il la premiére année de fa nouvelle Charge , que a
Providence lui en impofa une autre, à laquelle il n’avoit garde
de s'attendre; & dont il rédouroit infiniment le poids.
XVI. _ Vers le commencement de 171$ le Pape Clément XI, fur
houveux Em-.]a reputation du Pere Gotti , le nomma Inquifiteur Géné-
cé ‘ral de la Foi dans le Milanez. Quelques inftances que pit
faire le modefte RE pour n'être point obligé d'accepter
un Emploi peu conforme, pour ne pas dire très-oppofé, à
toutes fes inclinations, Sa Sainteré ne voulut ni écouter fes
raifons, ni fe laifler coucher par fes prières. Il obéit donc au
_<ommandement du Vicaire de JEsus-CHRrisT; & le Peuple
de Milan, ainfi que tôus les-Ordres de certe grande Ville,
Jui firent une reception digne de fa réputation, & de fa haute
“Vertu. On connoifloit fa rare prudence, fon défincéreffement,
fa modération, & on ne doutoit pas qu'il ne remplit les De-
voirs de fon Emploi, avec la même pe & la même ir
tégrité, qu’il avoir. montrée dans tous les autres (1).
xvir ‘Le Cardinal Benoît Odefchalchi, digne héritier des Vertus
Le Cardin! At- auff bien que du Nom du Saint Pape Innocent XI, venoit de
eee Me grendre poflefion de fon Archevêché de Milan , après avoir
évrote amiié rempliavec honneur la Légation de Bologne.Ce grand Perfonna.
srcc kP. Got : Le avoit connu & eftimé notre Théologien dans la dernière de
-ces deux Villes ; & il regarda fon arrivée dans la premiere,
comme un Secours que le Ciel lui envoyoit, pour l'aider à ré-
mettre, ou à entrétenir , le bon Ordre dans fon Vafte Diocèle,
en y confervant plus füremenc la pureté de la Foi, les régles des
Maœurs, & l’éxacte difcipline. A yant donné d’abord fa confian-
ce au-Miniftre du Pape, le Cardinal .Archevêque s’entretenoit
fouvenc avec lui fur les Affaires de PEglife ; l'admettoit dans
ous fes confeils'; le faifoic un plaifir de fe conduire par fes
1 ‘ n ;
tem quidem , à Clemence XI defignatumin- labftraétus , fupremo ceflit imperio, ac Me-
telig.r. Qué fe à delaro ac pernrolefto mu- | diolanuin profeétus eft , ampliffimä omnium
nerc ge-endo fubdacerec , nmni prece curs Ordinum gratulanone exceptus ; jam ent,
Vit? nequ'dquam tamen, ac irrito prorfus ! viri fana omaes pervalerat , &cce Ib ÿ
gonatu : quarc à jucundifimie Ghi Audishrge . 4
(1) Mediolanenfis Urbis Generalem Fidcif quafi ab ubere avu!fus , ac relig'ofæ folicn
Quzæftorem fefe inefperato , ac ne fufpican- f dinis quiete, quam fibi jam polhcebaiur,
: mn.
<=
Le. eme Se AS Eu Um .,.-
D ES
DRE”,
CR Sn -* Lun
DD
TS 7e VA a -
—-
‘DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE, 64Y
Lumiéres, dans les grandes difficultés ; & n’oublioit abfolument L r y » #
rien, pour fe con:erver long-temsuntréfor, qu’il croyoitpollé- XLVIIL
der dans la perfonne d’un Sçavant , dont les grandes qualités lui
étoient fi connues. La vigilance , & le zéle éclairé du Pere LL.
Gorti produifirent de très bons effets. 1l affermit plufeurs Fi Gorrz
déles dans la bonne Voye, dont on avoit deja tenté de les faire =
forcir ; & il en -rapella À D Po autres de leurs égaremens. Afin
de n'être jamais obligé de févir contre des coupables obftinés,
it employoit tout ce que la douceur de la Charite, & un ardent
déir du Salut des Ames font capables d’infpirer. Ce moyen lui
réuflit Il confoloit avec bonté ceux qu’il voyeit humiliés par la
honte de leur chüte ; il amollifloit par {es ic , Ou par fes
larmes les Cœurs les plus endurcis; & les failoit entrer dans des
fentimens de Pénitence (1).
On peut dire que les Affaires de la Religion étoient bien xyrr.
entre de telles mains. Les vues du Cardinal Odeichalchi, & 1l: cravaillent de
celles du Pere Gorti éroient les mêmes : ils ne travailloïent de <°2ett pour l'uri.
lié de lEglife, &
TN
ViNCENT-
Concert, que pour procurer le bien commun, la fureté, & le 1e Salur dés Ames,
repos du Troupeau. Dans une feule chofe, ils parurent avoir +
des fentimens oppofés : l’Inquititeur ne s’accoutumoit point À sur un feu point
fon Office; & fon Cœur fembloit le rapeller continuellement à ils fonc de diffé
da Retraire, ou à fes Livres. Il agifloic donc de rems en rems, "*fentimew
& il failoit agir fes Amis auprès du Saint Siépe, pour fe faire
donner un Succeflèur. Le Cardinal au contraire employoit les
raifons, & les priéres', pour empêcher que la Cour de Rome
ne fit attention | la demande defonilluftre Ami, & ne lui accor- on
dat ce qu’il défiroicavec tant d'ardeur (1)...
. ‘ Ce défir,aurefte, ne diminuoit rien de la Vigilance du zélé
Miniftre de la Foi, dans l’éxercice de tous fes Devoirs : & pen-
dant qu'il continuoir à les remplir , avec d’autanc plus de mé.
rite, que la propre volonté y avoir moins de part, la Providence XX.
Jui ft-tomber entre les mains un Ouvrage de Ténebres, apellé Fed
l’Apologie des Réformes , € de la Relicion reformee. Jacques tombe entre les
Picénini , Miniftre Proteftant ne l’avoic compolé en langue mains du P. Goui
(1). Si quos à reéta fide aberrantes , alio-Elæt'tià , tum prolxis bencvolenriæ argumes.
sumve criminum reos in poteltate haberet , | tis femper eft piofecutus. Farm nimirum is
pihil non tentabat, monitis, hortationibus, neue col oquia , atque in graviora cone
ac doftriné illos pe. humaniter inftruens , ut} filia amantiffimé adhibebat : ita demum ac Pris
Jentcer 4b errore revocaret: quos fi publicè [ ceptum habuïc, uc fufcepti muneris abdicæ = +
&os ejurare contingeret, verbis amamtiffimistionem molienti femper obfifteret ; egerit= Le
€compellebat , lacrymis ufque permovebat, que officiis ac precibus apud Romanant Cu
uÔ ab nfdem pœnicentiam eliceres , &c.riam, ne ovtata miflio roganu concedere-
Ricchi p.16. tur, &c, Jderms p. 14
. (2) Quaproptet êum ingenri eun complexes
La
Livaz
XLVIII
VINCENT-
Lours
GoaorTi
643 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
vulgaire, & avec route la délicateffe de ftile, dont il étoit cad
ble, qu’afin de répandre plus rapidement , parmi les peuples
d'Italie, tous les dogmes de fa Secte ; & il avoit ed le malheur
de réuflir jufqu’à un certain Point. Déja refuté par deux habiles
Théologiens Catholiques ( André Séméry Jéfuire,& Hiacinthe
Tonti Religieux Auguftin) lé Livre de Picénini ne laifloit pas
d'être roujouts |ü avec une efpéce d’avidiré, & avec autant de
danger que de plaifir. Bien loin que la réfutation eût fermé fa
bouche à l’Auteur, il avoit repris la plume pour attaquer avec
üne nouvelle audace la Doétrine de l'Eglife Romaine, & ceux
qui avoient entrepris de relever les Menfonges, & de combattre
les Erreurs de fon A pologie. Ce fecond Ouvrage, que le Miniftre
apelloit le Triomphe dela Véritable Religion, n'étoit peut-être
pas moins féduifant que le premier : maïs le ftile en étoit plus
vif, plus mordant, plus emporté. L'orgueil de Picénini fe trou-
voir agréablement flatté, & par les applaudiffemens , que lui
| prodiguoient ceux de fon Parti, & pas les Conquêtes qu'il
I
croyoit avoir déja faites fur l’Eglife. Il eft vrai que l'indifcrete
curiofité de plufieurs leur étoit devenue funefte, parce qu’en
-_ ifanc fans précaution, comme fans permifion, ce qu’il leur au-
XXI
Qui en interdit
roit été plus avantageux de méprifer, ils n'avoient eû ni aflez
d’humilité pour fe défier d'eux-mêmes, ni aflez de lumiéres pour
appercevoir le piége abs leur tendoit. «
Le Sçavant Inquifireur, à qui les deux Livres du Miniftre
n'avoient pas été encore connus, fenfiblement affligé de voir
d'abordlaleéture. entre les mains des fimples Fidéles, ces malheureufes Produc.
XX11.
Et cn réfute Îles
Brreurs.
tions de l'Héréfie, fi capables de corrompre leur Foi, en les
familiarifant avec le langage de l'Erreur, ne fe contenta pas de
à M d'abord de tels Ecrits, felon le Devoir de fa Charge;
& de faire craindre à ceux , qui s’obftinérent 2 les retenir, les
juftes peines , que méritoic leur témériré, & leur défobéiflance
aux Loix de l'Eglife :il crut que la Charité, & fon Miniftére l’en-
ape enereprendre quelque chofe de plus, foît pour guérir
e mal, qu'une mauvaife le&ure pouvoit avoir déja fair, foie
pour prévenir & empêcher celui qu’elle pourroit encore faire.
Le zéle de la Maïfon du Seigneur lui fic prendre la plume,
pour la défenfe des Vérirés ateaquées : & l’Evèque da Come,
Jofeph Olgiati, témoin d'une partie des ravages caufés par ces
Livres em)oifonnés, le preffa encore vivement de fc hâter de ré.
primer la Préfomption de Picénini,en pulvérifant par la folidiré
de la doctrine Catholique, l'Apologie, & le vain triomphe de [&
prétendue Réforme. On crut que pour détromper çous nn
En vs ME L 4.4 LA RE
mr Re CR TA
Tr 1
mn Ei EN :
+ Vi a ne
LE
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 649
: : fe feroient laillé féduire par le menfonge, il étoit néceffaire £ rw RE
e préfenter la vérité en écrivant dans la même langue dans XLVIII.
laquelle Le Miniftre avoit écrit ;:& qu'il ne falloir point négliger
le ftile, dont la beautéinvire principalement, & captivel'atten: 1 us
tion du Le&eur. C’eft ce que le Pere Gorti éxécura avec beaus Gorrr.
coup de fuccès par fon Traité de la véritable Eglife de JE s us- ==
CurisT(r). Ouvrage divifé en trois Parties; & dans lequel Fr es
tous les Arcicles, tous les Dogmes, qui faifoient le fujec de la de ue
Difpute , fe trouvent fort clairement expliqués, appuyés, & teur.
défendus, avéc autant d'énergie, & de force, que dé méthode;
& de précifion. | . Fe ne Ut
” Le Souverain Ponrife, À qui notre Auteur avoit envoyé fon
Manufcrit, comme au premier Juge de la Doëtrine le lutavec L,1y
facisfaction ; & ayant entendu le jugement qu’en portérenc les 1mpr.mé par or:
perfonnes les plus éclairées, il le fit imprimer à Rome l'an 1 7 r9i dre de Sa Sainteré,
Les Sçavans furent les premiers à le lire, & à en admirer lé
deffiin, la corre&ion , & la folidité. La pureté de la Diétion,
‘jointe à la clarté des Preuves, en releva le mérite dans l’Efprit
des autres. Enfin, les Fidéles le recherchérent avec emprefle-
ment , le lürent avec fruie, & revinrenc fans peine ‘de cette
gfpéce d’éblouifflement, que leur avoient caufé les fubrilicés de
Picénini. Cet Ecrit de notre Théologien,au Jugementducélébre xx v.
Jufte Fontanini, eft d'autant plus précieux , qu'il peut être confi- ; Et admiré des
déré comme un Corps de doctrine, ou un recueil de toutes les Las
Controverfes touchant la Foi : c'eft, dit-il, une défenfe de la XP. 20.
Religion Catholique, la pius completré , & la plus éxacte, qu'on . |
air encore écrite en Langue Italienne. :.
.: Les Miniftres Proceftans parlerent moins avantageufement XXVI.
du Doiteur Cacholique ,, & du mérire de fon Ouvrage: & il ne Gogo par Les bn
faut pas s'en éconner. Le Pere Gotti avoit comme fappé par fes demens la prétene
fondemens route leur nouvelle ‘Religion ; & par des Preuves due Réforme,
plus chaires que le jour, il avoit démontré, 'que.la prétendue
Réforme ne pouvoit fe flacter d'avoir .aucän des Caratéres
_eentiels, à la véritable Eglife de JEzesus-CHRr1sT au lieu
que tous ces Caradéres fe trouvent parfaitement réunis dans
l'Eglife Romaine, dont la F6f n’a jamais varié ; & dans laquelle
on prêche encore aujourd’hui les mêmes Véricés , qu’elle a re.
çues des Princes des Apôrres. Les variations’ perpéruellés de
nôs Freres féparés', feront toujours contre eux un£ preuve fans:
1°(x) La, vera chicfa di Crifto dimoftrata Lper à Réformatori,, e per la Religione reform
Aà égni, e di dogœi., .conta i due Libri|re, « Trionfp della vers Religions.
di Giacomo Picenino intirolagi:: /Apolesie SOUDE tes Tam
_ Tome VI, Nainn
js
650 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrveres replique d'innovation, & d'erreur. Le Pere Gotti n’eft pas le
XLVIJI. premier qui les ait battus par cer endroit, maïs en habile Con-
… troverfifte il fçur en tirer des conféquences,qui failoient d’autant
Lours Moins d'honneur aux Réformateurs, qu’elles éroient naturelles,
Gorri, &dfenhbles. :
= Un zélé Partifin de Picénini fe plaignit particuliérement de
XXVIL quelques expreflions aflez vives , qu’il difoic injurieufes, à la
Moins réputation de ce Miniftre, & à celle de fes Collégues. Ces ex-
preflions cependant n’étoient point de notre Auteur : une main
étrangére les avoit fait glifler dans fon Manulcrit, après qu'il
eur été livré à quelques Cenfeurs, & le Pere Gorti les défavoua
comme très éloignées de fon.génie. En effet jamais Ecrivain
ne fut plus modéré, plus circonfpet , ou plus attentif à éviter
tout ce qui auroit pû offenfer les perfonnes, dont il combartoit
les Err.urs. Il ne s’écartoit jamais de cet Efprit de modération,
Jors même qu'il avoit à répondre à des Sedaires paflionnés;
parce que content de défendre la Vérité, par les armes de la
Vérité même, il ne {e croyoit pas permis de repoufler une inju-
re par une injure. C’eft le témoignage que lui rend l’Auteur
de fa Vie (1) Nous verrons bientôt de quelle maniére il répon.
dit lui-même aux plaintes, & aux reproches de Thomas Manella
Apologifte de Picén'ni. nn
? XXVIIL. Dès que le Pere Gotti eùt enfin obtenu la permiflion de laiffer
QE Che de À un autre la Charge d’Inquificeur , il s’éroit retiré dans fon
ner 5. Couvent de Bologne, où il fe trouvoit déja avant la fin de l’an-
logne , eft donnte née 1717. C’étoit pour lui fa plus délicieufe Retraïte : mais il
nhAeGon n’y fut jamais oifif; & on ne op à pas de le charger d’un nouveau
travail, compatible cependant avec ce qui faifoit le pe
objet de fes Etudes. Benoît Bacchini, Abbé du Mont-Caflin,
étant mort après avoir long-tems rempli, dans l’Univerfité de
Bologne ,.une Chaïre de Théologie fur les matiéres de Contro-
erfe,; cer Emploi fur donné par le Sénar à notre Pere Gotti,
& l’Univerfité lui déféra en même tems plufieurs Titres d'Hon-
‘ peur, comme pour fe l’attacher encore d’une maniére plus
forte.
Cela ne pâc empêcher que les Religieux de fon Ordre, qui
(1) Qua erat Autor moderatione & leni- }inconfulro fiétameft , ut 1culeits quædam,
tate, id caverat in primis diligentiffimè ne} & acerbiufcula .operi ingefta fint quæz Auc-
inter {cribendum convitiis conv tia referret ,froris modeftiffimi ftilum , geniomque nullo
ant ei quidpiam excideret, quo Iædi aut ex-| prorfus modo referrent ; quod fanè incom-
afperari adveifarius poflet , emmque dé inju- |modum ilh accidit ; ac permoleftum , ut id
tia expoftulare. Sed cuju‘4am Cenforis licen- Eomnino diffimulare non poraeris , &c. Ris:
tià ( quod ejus palato amarulenra faperent } bi. p, 32,38 ;
DA
LV
TA Eu L |
Es MA ONE 7e "a ei.
. CES
Va
CA.
..‘ DE L'ORDRÉ DE S. DOMINIQUE. &£sr
s’éroient fi bien trouvés de la fagefle de fon Gouvernemenr’,
ne travaillaflent à l'envi à fe procurer de nouveau le même
avantage. L'an 1720 le Peré Gorti fut élû pour la troifième
fois Prieur de fon Couvent de Bologne ; & l’année fuivante on
le mit une feconde fois à la têce de toute la Province de Lom-
bardie. Nous ne parlerons pas de tout le bien qu’il fit dans fon
adminiftration ; il fuffit de dire que toujours femblable à Juic
même , il répondit aux défirs de vous ceux qui étoient zélés
pour la Difcipline réguliére, fans jamaïs donner aucun fujet de
mécontentement à ceux, qui avoient quelque befoin de la vigi-
lance, & dé l’éxemple d'un Supérieur, pour remplir lears enga-
pemens. Ce fut dans le cours de {es Vifires, que le Reévérend
Pere Provincial eut connoiïffance d’un troifiéme Livre de Picéc
nini, dont il n’avoit pas oui parler auparavant ; quoique l’Au:
teur l’euc fait imprimer à Zurich depuis plufieurs années. C’eft
lui-même qui nous l'affure dans la Préface d'un de fes Ouvra.
ges, compofé pour refuter celui du Miniftre Calvinifte.
&« Lorfque je vifirois, dit il, ma Province de Lombardie pour
la feconde fois, je trouvai chez un de mes Amis, un petit «
Livre en forme de Dialogue, écrit par Jacques Picénini, & «
publié en 1709, pour prouver que l'érat, & l’ufage du Ma- «
riage n’a rien d'oppolé à la Sainteté requi.e dans les Miniftres «
de l’Aucel." Je firs vérirablément fachd de.n'avoir: pis plutôt «
connu té Livre, qui m'auroïit donné .occafion ‘de-rcfuer en «
même tems, tout ce que ce Miniftre à avancé contre la Doc- «
trine, & la Difcipline ds l'Eglife Catholique. En.combattant «
fes menfonges, j'aurois effayé de préferver les Fidéles de fes a
piéges ; du moins je les aurois avertis du péril. Que le Lecteur «
he foit- point étonne, fi dans la Réfutar'on que j'ai faite autre: «
fois de quelques Mauvais Livres de:Picénint, je n'ai rien: dit «&
de celui-ci, quoiqu'il fut déja publié dans un:Canton des «
Suifles : je ne pouvois combattre ce qui m'étoitinconnu «.
A près deux annces de Provincialar {celui de Lombardie ne «
duroit pas davantage avant le dernier Chapitre Général de «
4748 } rendu moi-même, & à mon loifir, je n'ai plus différé «
d'éxaminer'ce Livre , qui m'avoit d’abord-paru 2 deftiné «
qu'à établir l'accord du Mariagé aveë le Miniftére Eccléfafti- «
que. Le Titre en effet n'annonce que cela, Mais j'aï bientôt
reconnu, que le Miniftre Calvinifte, fuivant fon génie, & fa«
maniéré ordinaire d'écrire, s’écoit jecré fur bien d’autres ma-«
tiéres ; & que fans en approfondir aucune, ilavoit voulu répan-«
dre foh venin fur prefque tous Les Dogmés, &.contre toutes &
| Nnnni
LiIvRrE
XLVIII
VNAINCERN f-
Lovurs
GoOoTTz71t….
RER RS SOS
XXI X.
Eld une feconde
fois Provincial de
Lombardie.
XXX.
Dans le cours
de {es Viñites , ‘il
découvre un autre
Ecrit de Picenini,
Livre
XLVHIL
Vincent, À
Louis
GorTriz.
6$2 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES.
“les Loix de la Sainte Eglife. Ce métoir donc plus pour la feule
» défenfe du Célibat des Prètres, que je me vis obligé de re.
rendre la plume : mon Objet devoir être plus étendu: & pour
e bien remplir il falloit obpoter à un aflez perit Ecrit, un
» Livre d’une jufte grandeur. LM + | |
_ » Je l’avois commencé lorfque le bruïc fe répandit, qu'un
» Miniltre réformé, nommé Fhomas Manella, préparoit une
*
. » Réponfe à ce que j'avois écrit dans mon Traité de la vérita-
. ».ble Eglife de Jzesus-CHrasr. Je fufpendis alors mon tra-
‘ satho
» vail, pour donner à Manella tout le tems de faire paroître fa
» Réponfe, & me menager à moi-même une occafion de refuter
» de fuite, &:le Dialogue de Picénini , & la défenfe de fon
_».Apologifte.'La premiére Produétion de Manella ne m'a point
se a attaqué ; elle a-été contre un autre Ecrivain Ca-
ique; il m'a fait feulement en paffant quelques reproches,
» &; m'a menacé de deux Volumes, au’il fe propofoit, difoit.il,
» de publier inceffamment. Mais j'apprend que cet Auteur vient
».de ceffer d'écrire, & de vivre. Ainfi ne pouvant point elpérer
» de voir: bientôt paroîrre: les déux Volumes annoncés, je n@
» dois pas différer davantage de reprendre mon travail, & de
» montrer au doigt les fauflerés, dont Picénini a rempli tout
» fon Ouvrage, Avec le Secours Divin , je ne laïfferai rien {ub-
n fifter de ce qu'il a témérairement avancé contre la vérite:
n & je tacherai de mectre quelque Ordre , où il n’en a gardé
p> AUCUN, ue | ee.
» :» Comme lui, j'écrirai en forme de Dialogue : & ces Con-
» férences | ou Colloques Théologiques. Polemiques feront
>» divifés en trois Claffes. Je defendrai le Célibat des Ecclé.
» fiaftiques dans la. premiére : l'autorité du Pontife Romain
» dâns la feconde : & la vérité des autres Dogmes Carholiques
» dans la troïifiéme. Critobule & Artique (Noms empruntes du
» Dialogue de Säiint te contre'les Lucifériens ) feront les
+ Intérlocuteurs, où les Perfonnages qui parleront tour à tour,
» le premier, pour les Opinions de Picénini ; & le fecond, pouf
»la Doctrine de l'Eglife. Comte les Bains apellés de Saint
» Maurice, attirent. de toutes-les Provinces d’Italie , un grand
» nombre. dé géns de Lettres, aufli-bien que beaucoup de per-
:» fonnes de qualité, Picénini fit porter autrefois en ce lieu plu-
» fieurs Exemplaires de fon Apologie, pour que de ils fuffent |
» répandus dans toures les Villes d'Italie. C'eft auffi dans le
» mêmedieu que je’ veux: fuppofer que Cricobule & Acriqué
s.tiennent leurs Conférences, à l’occafion du dernier Ecrit de
: Se 3 D
(: e' id dl re
LES
traiter en Lacin le Sujer, donc il s’agit ; & Je n’ignore pas que «
plufieurs Sçavans auroient fouhaité , que j'en eufle tait de «
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 65}
te même Miniftre. Mon premier deflein avoit été d'écrire «
ces Colloques en Italien, comme 2 fait l’Auteur que j’entre- «
prens de refuter. Il me paroît cependant plus convenable de «
même dans mon Traité de la Véritable Hglifc ».
Après avoir enfuite averti, que n’ayant à écrire qu’en Théo-
logien, & en Controverfifte , il penferoic moins à conformer fon
ftile à celui des Grammairiens, & des Orateurs, qu’à celui de
l'Ecriture, des Conciles , & des Peres; notre Auteur répond
d’abord à un reproche, que lui avoit fait Manella , dans la
Livre
XLVIIL
VINCENT-
‘Louis
GOoTTI.
XXXL
Plaintes, & re
roches de Manel,
à Calvinifte,
Préface d’un de fes Ouvrages. Ce Miniltre (comme nous l'avons
déja remarqué) piqué de quelques expreflions un peu fortes,
qu'on trouvoit dans le Traite de la Véritable Eglife, avoit accu-
{é le Pere Gotti, de Préfomption, d'Orgueil, & d’un défir malin
de calomnier. Il s’eleve, difoic-il, au-deflus des aftres , au-deflus
dé tour ce qu'il y a d’habiles Gens, & de Sçavans parmi les
Ecrivains modernes. Il eft tout feu pour invediver, tout fumée
pour noircir & la réputation de Picenini, & celle de tous les
Grifons. Enforte qu’on pourroit bien lui appliquer cetté Parole
d’un Apôtre : Si quelqu'un fe croit Se , & ne retient point
fa langue , comme avec un frein, fa Religion eft vaine.
« Voilà (ajoute le Pere Gorri) les Crimes , dont me charge
Manella. Il me repréfente comme un autre Lucifer, affez «
fuperbe , & aflez préfomptueux pour ofer m’élever au-deflus «
des aftres, par le mépris de cous les autres Ecrivains. J'aurois «
de la peine à me reconnoîïtre dans ce Portrait : Dieu m’eft«
XXXII.
Réféxions de
Pere Gotti
Témoin que je ne ments point : s’il s’agit de défendre aveca
zéle les Vérités Orthodoxes injuftement atraquées , je fais cs
profeffion de ne le céder à perfonne : mais je ne me préfére à «
perfonne pour les Talens; je n’ai garde de vouloir m'égaler à «
aucun Ecrivain de réputation, pour la Science, & la Capacité. «
Tour ce que j'ai publié dans mes petits Ouvrages, je les tiens cs
des Auteurs, foit Anciens, ou Modernes, qui ont écrit avant «
moi : & je crois me rendre juftice en me À pres au dernier. «4
Rang. Ce n’eft pas une fauffe modeftie qui me fait parler ainfi : «
je parle comme je penfe , & comme je défire que les autres «
penfent de moi (1)... |
(1) Ergo fuper omnia modermorum Litte. [ quod non mentior. Tuendæ quidem Catho=
rarorum fydera me extollere aufus fum > Hoc|licæ veriratis ardore nemini fecundum me
xrimiine ‘’elut alrerum Luciferum, Manella, | profiteor : at in do@rina , & fcientià infi-
ge pingis. At injuria, Teftis mibi Deus ,| mum ; adeoque ut in recentirrum Catholie
n Nannñïi;
Livre
X LVIII.
ee EE |
VINCENT-
Louis
GoTTi.
CPAM ER ESRRERS
XXXIIHI.
Les reproches
de Manelia retoin-
beut fur Picenini;
Prov. XXVI, fe
XXXIV.
Réponle mo-
defte de notre
Auteur.
654 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» Si. Thomas Manella vivoit encore, je voudrois le prier de
» relire attentivement, & fans prévention, l’Æpolozie de Picéni-
» ni, & fon prétendu Triomphe. Je fuis afluré que, faifant atten-
» tion aux emportemens de cet Ecrivain, à fes piquantes raille-
»ries , aux injures pleines de mépris, qu'il dit par tout à fes
» Adverfaires, & à tous les Catholiques, fans épargner mêmeles
# Souverains Pontifes ; Manella ne pourroit s'empêcher d’appli-
5 quer au feul Picénini, la Parole de l’Apôtre Saint Jacques,
contre l’inrempérance de la langue; & qu’il ne trouveroit pas
# mauvais, que je l’eufle traité avec un peu moins de menage-
» ment. Bien loin de m’accufer d’avoir outré la cenfure, il diroit
# plutôr que je me fuis conformé À cet Avertifflement du Saint.
© Efprict : Répondex au fou felon [a folie, de peur qu'il ne s'imagine
» qu'il ef fage».
Notre Auteur n’avoit point oublié ce qui eft écrit dans le
même endroit: We répondex point au fou felon [a folie, de peur
que vous ne lui deveniex [emblable. Au avoit-il mefuré avec foin
tous fes rermes : « J'affurerai avec vérité {continue-r'il) que ce
» que Manclla a trouvé d’infultant ,d'injurieux, ou de trop fort,
_» dans mon Traité de la Vérirable Eglife, n’eft pas de moi: rien
_ssginal même, que je gardeen Manufcrir. Il e
XX XV.
Ses Max:ines,
# de cela n'a coulé de ma plume : je puis le prouver par l'Ori-
Riéents d'ignorer
» de quelle main ces traits {ont partis : car mon Ouvrage a paflé
» par les mains de plufieurs ; & ii a éré imprimé en mon abfence,
» par les foins, & felon la volonté d'autrui. Si l’on y a fair des
» changemens, ou des Additions , Auteur ne reconnoït point
» ce qui n’eft pas de-lui : & je n’aï jamais oublié, que fi le zele
» de la Vérité nous fait combattre l’Erreur; la Charité Chré-
» tienne nous oblige d’aimer les perfonnes, & déles menager,
»lors même par s’'écartent de la voye, de peur de les en
s éloigner davantage, en lesirritant (1). |
.» Que les Défenfeurs de la Vérité ne perdent donc point de
“vue, cette Maxime, qui leur interdit es les injures,
» & les termes offenfans, unique reffource de ceux, qui n’ont
» pour eux ni la Juftice, ni la Vérité, ni la Raifon. Si vous ne
pa
corum confeflu vix merear fuppedaneum te.
pere ; & quidquid in meis evulgavi fcriptis,
totum nedum ab Antiquis , {ed à rencentio=
ribus Détoribus açceptum seferam , &c.
Got. ibid. p. xvij,
(1! Quamquam ( dicam tandem, & verum
dicam ) ea, quæ fuinus Picenini , ac fuorum
famam deniprans , & ignis contumeliis fer-
vens Manellæ vifa funt, vel quidquid aliud
mordax , in quæ meam veram Ecclehñam le.
gens inciderit , teftor mea nonefle , nec mee
genio accommodata ; in cujus fidem exhibe-
re poflem autographum quod apud me eft.
Cujus verd manu, aut calamo itrepfeyint,
igaorare licet, &c déid, p. xviij. |
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 65
pr la Vérité, que dans un ftyleaigre & mordant,vous« LtvRE.
’obfcurciflez, & la décréditez , au lieu de la défendre. Vosa XLVIII.
Lecteurs dès-lors ne font plus d’attention à la force de vose
Preuves ; parce qu'ils font perfuadés, que c’eft moins le zéle« Louis
de la Vérité qui vous anime , que l’envie de médire,'& de« Gorr:1.
mordre, qui vous conduit. J'étois tout rempli de ces mêmes ===
. idées , lorfque j'ecrivois pour faire connoitre la Véritable «
Eglife : je l’ai été de même, dans la compofition de ce préfent «
Ouvrage ; & parce qu'il a été imprimé fous mes yeux , & par «
mes foins, je m’aflure qu’on n’y trouvera, rien, qui démente «
en quelque chofe les principes , dont je fais profeffion ».
-Ce font les paroles, & Îles fentimens du Pere Gotti; & ia xxxvr.
éxactement éxécuté tout ce qu’il a promis. Dans les trente-huir Son deuxiéme
Conférences, que contient le Volume, dont nous parlons, on Cuers:
Pa: 5 oquis Theolo=
remarque par tout une rare Erudirion ; une grande connoiflance gice-Polemien.
des Loix, & des anciens Ufages de l’Eglife ; beaucoup de choix, |
de critique, d'ordre, & de à Les queftions, que l'Adver-
faire avoit embarraflées , ou à deffein , ou par un défaut de juftef-
fe, font propolées ici dans leur lieu, & traitées avec Méthode,
Le Leeur y faifit fans peine la Vérité; & certe Vérité porte
toujours avec elle fa preuve. Avec cela on n’y trouve point un
terme offenfant, pas une expreflion, qui paroïifle échappée au |
feu de la Difpute. Il faut lire tout l’'Ouvrage pour en connoître 7
le prix. Je parle toujours de ce que notre Auteur a écrit en
Controverfifte, pour défendre les Dogmes de la Foi contre un
Miniftre. | | | |
Ce travail n’étoit pas encore bien commencé, lorfque le y>xvr
Chapitre Général des Freres Prêcheurs fut aflemblé à Rome, Dans le Chapi-
le premier jour de Juin 1721 pour donner un Succefleur au ® Géhéral de
Pere Cloche décédé l'année précédente. Le Pere Gotti, pré- LE de in
fenc à certe Aflemblée en qualité de Provincial de la Province Pére Gotti à plu-
de Lombardie, méritoit d'occuper la place qu’on vouloit rem- raie
plir; & bien des Electeurs lui donnérent leur Suffrage : maïs il tête de roue fon
mit lui même le plus grand obftacle à fon Ele&ion , en favori. Ordre, |
fant celle d’un autre. Quatre ans après on fe trouva dans lé
même cas : le Chapitre Général s'étant de nouveau aflemblé,
dans le Couvent de Saint Dominique à Bologne, pour rempla-
cer le Pere Auguftin Pipia , honoré depuis peu de la Pourpré
Romaine, les Vœux de prefque rousles Italiens, & de plufieurs
autres fe portoïent vers un Homme, qui joignoit à l'expérien-
ce, & aux talens , une haute réputation de Doûtrine, & de
Piéré : & quiavoit l'honneur d’être particuliérement eftimé du
656 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liver Pontife regnant. Ceux qui avoient éprouvé la fagefle, & la
XLVIII douceur du Gouvernement du Pere Gotti, éroient aufli ceux
Vixcens ui fouhaitoient avec le plus d'ardeur de le voir à la tête de cout
Louis 4Ordre de Saint Dominique : en rendant juftice à fon mérite,
Gorrr. Ces Religieux croyoient rendre en même tems un fervice fignalé
| a leurs Freres. Mais la Providence en avoit difpofé autrement :
& le Pere Gotti, qui n'avoit jamais ni défiré les honneurs, ni
accepté qu'en tremblant les Charges, lorfqu’on ne lui laifloit
point la liberté de les refufer , fe félicita lui même d’avoir évité
celle.ci ; & de pouvoir, comme il le penfoit ,-couler le refte de
fes jours dans ke Retraite , tout occupé de la Priére , & de
l'Etude. |
I! continuoit cependant À perfe&tionner fon Ouvrage; & il en
compofoit de nouveaux pour la défenfe de la Foi, l'édification
de l’'Eglife, & l’ucilité de ceux qui aimoient à étudier la Reli-
pion , & à en approfondir les Véricés. Dès le mois de Novem-
re 1725. le Pere Gotti avoit reçu les Lettres du Général de
fon Ordre, pour faire imprimer fes Conférences inctitulées :
Colloquia T'heologico-Polemica. Cet Ouvrage, que les Sçavans
attendoient avec impatience, ne parut cependant que l'an
1717; & l’Auteur en publ'a en même tems un autre beaucoup
xxxvirr. plus étendu, fous le Titre de Théologie Scholaffique, Dogmati.
Troifiéme Ou- que felon l'Efprit de Saint Thomas, Quoique ce nouveau cours
"age 4 méme Je Théologie , divifé en feize Parties, remplifle huit Tomes
Ce , | : L
‘in-4®, on peut dire qu’il n'eft poine diffus, fi on confidére la
multitude , & la variété des Matiéres, qui y font trairées, &
mifes dans un nouveau jour. Pour donner un idée du plan de ce
fçavant Ouvrage, & du deffein de l’Auteur, il fufhra de traduire
ici l’Avertiflement, qu’il a mis au commencement de fon pre.
mier Volume, |
» On voit, dit-il, encre les mains des Maîtres, & des Difci-
Lrnsologis Scho- 3 ples , un affez grand nombre de cours Théologiques, les uns
Monit, ad ectorem. * déja imprimés, & les autres en Manufcrit : mais la plüpart de
ne » ces Traités, tour remplis de Queftions purement Scholafti-
» ques, inftruifent peu les jeunes Gens fur le fonds de la Reli-
» gion ; & ils ne paroiffent deftinés qu'à leur remplir l'Efprit de
9 Ébritirés Métaphifiques, ou d’une infinité de Difpures, qui
» ne regardent ni la Foi, ni la Science Eccléfiaftique ; ni par
» conféquent aucune de ces Vérités, qui font aujourd'hui Objet
» de nos Controverfes avec les Luthériens, les Calviniftes , les
» Anabaptiftes, les Sociniens, & les autres Seétaires des derniers
» Siccles. Trop fouvent çeux même qui {e vantent a fait
| : | vw çurs
© DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 657
leurs Etudes de Théologie , fe trouvent hors d'état d'expli-« [.y y À g
quer, quels font précifement les Dogmes de ces différentes XLWN1LL:
Sectes : ilsiné fçauroient dire:nÿ ce qu'elles'ont de commun, ce -——.
pi ce qui les divife, & entr'elles , &avee nous. ,: _:. .VaNCENT«
| À sn | ns Lours:
; : RE À . , | ÿ | :
Ce n’eft pas d'aujourd'hui, continue notre Auteur, qu'on Go rr1r,
fe plaint de ce que les Théologiens de l'Ecole paroïffent ordi- «:
nairement beaucoup plus verfes dans.la leure d’Ariftore , que
dans la connoiflance des Ecritates , des Concilés,:&:des Peres:'ce-
C'eft le reproche que leur faïfoir , dans le feiziéme:Siécle free
un fuperbe iHeréfiarque, Torfqu'il déur difôïr que s’'il.eft hon: «
teux à un Jurifconfulre de parler fans citer les Loix ; il ne l'elte-
pas moins à un Théologien d'ignorer prefque l'Evangile, &«-
de vouloir.défendre. des es qu'il ne s’eft'pas-mis emrcec
érar de {ourenir, &:d'expliqubripar a Parole de Rioux.
Jlya eù cependant roujours dans BEglite Cathohique;comme il:
ÿa aujourd’hui, des Hômrhes puiffans en œuvrèes-&'em paroles. :
des Doéteursde la Loi verfésdansles'Divines Ecritures, capables:
d'exhorter felon la faine Do&rine , & de convaincre ceux qui
s’y oppofent.:Le reproche déEuther ne fçauroit les regardet..
a Mais; l'accufation de cet Apoftat aurvit dü‘engagertou: lesser
Fhéologiens Orthédoxes;:d s'appliquer plus férieufemient à ve.
puifer dans la fourée, ces vives Lumicres ,:qui leur auroïent ce
appris à confondreile menfonge ,lesnouveautés, & les Novaï te:
CEUrSER rire ER NT Or AN A EN à AE, L'ece
…Tandisquel'Héräfie., déja répandne dans'unëe grande par-'sec
tie de l’Europe, s’efforcoit d'aneantir les Sacremens, le Sacri- ec
ficen& les Cérémonies Sacrées'de l'Evlife:; tandis .quédRruc
reur combattoit audatieufement les plus Saintes Pratiques, «c-
Finvocation des Saints , le Culte des. Saintes Images, J’hon- «
méur rendu aux Reliques des Martyrs; lefCélibardes Mihiftres ce.
del'Antel les Vœux Monaftiques, lesäbftihences, les Jeñnes, se
& l'Autorité du Vicaire de Jesus CHarst;tandis.que çes cu:
nouveiu® Dorteürs', pout-déttuire da’ Foi-de. nos. Perés:, &.c«
faire recevoir leurs. propres Fidtions ,:paur dés Dogmes, abu- «-
fbient de la Parole de Dieu , qu'ils corrompoiene ,-& qu'ils «
avoient: continuellement. dans-la-bouche:: qui n’auroit penfé «
qué nos Théélogiéhs fermés comme-ils-étoient dans:Ja Foi, xe
aaraient-eù enfin rédours à. l’Ettide des Livres Saints 8 dux ce
Traditions Apoftoliques , pour! faire triompher la Vérité , «
demafquer, & défarmer l’Héréfie, &-préferver ainf les Fidé: ce
les. Ju danger de Ja Sédu&ion ; dpt ilséroient menacés à La «
prudence :Chritienhe; 8 be zéle de Ja Religion: lé deman-is
Tome VI, | Oooo
2»:
658 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livn…zr »doient ainfi. Tous néanmoins ne reformérent pas leurs Etu-
XLVIII ” des fur ces Régles. On vit à la vérité quelques zélés Cacholi-
——— » ques, qui, plus attentifs à la grandeur du Lars , Confacrérent
L CENT- leurs Talens, & leurs veilles à la défenfe du Sacré Dépot,
G 7 : 2 » Les autres à l’ordinaire fe confumérent en de vains amufe-
———— » mens, femblabl:s à cef Empereur Romain, qui s’occupoit à
» prendre des Mouches, dans fon Cabinet, lorfqu'il auroit dû
» fe mettre à la cêre de {es Armées, pour combattre les Ennemis
» de l'Erat. ET |
. » Je ne dis pas ceci au refte pour faire méprifer l’Etude de la
» Théolovie Scholaftique, en relevant l'Utilité de celle qu'on
» apelle Pofitive & Dogmatique. Je laifle ce Deffein à Lurber,
» & je le condamne. Les Novateurs ont leurs vües, lorfqu'ils
» declamentians mefure contre laScholaftique , dont nous nous
» fervons avec tant davanrage, pour démêëler leurs Sophifmes,
x & réfurer leurs Erreurs L’Autoriréde l'Ecole feraroujoursd’un
» grand Poïds , & d’un grand Secours-pour la défenfe des Vérités
» Orthodoxes. Auffi avons nous vû que le Mépris de l'Ecole, &
nie progrès de F'Hérefis ont marche d’un même pas. de défen-
» drai donc le bon.ufage & la nécefliré de la Scholaftique :
» Saint Thomas n’a poinr omis cés fortesde Difputes, comment
» un de fes Difciples les négligeroit il ? Le Devoir d’un vérita-
5 ble Théoloyien n’eft pas A Pres d’exhorter, & d'inftruire
» felon la faine Doërine ; mais de convaincre aufli ceux qui
sig ; & il a befoin pour cela de la Théologié de l'E-
3 COI€. e a |
»5 Voild donc l'idée, & le plan de cet Ouvrage. Quelques
» Sçavans ont déja traité les Vérirés de la Foi, d’une maniére
» purement dogmatique : & plufieurs autres ont agité les quef-
»tions de l'Ecole , feulement en fcholaftiques. On pouvoit.
» encore défirer, qu'un Théologien entreprit d'unir Fun & Pau.
» tre; & c'eft ce que je me fuis propofé de faire. J'avercis feule-
» ment le Lecteur, que j’apelle Théologie de l’Ecolé, celle qui,
» procédant felon la forme fillogiftique, prend cependant fes
» principes dans les Saintes Ecritures, & nullement celle qui
»n’auroit rien de commun avec les Livres Saints, ni avec la
» Tradition. Je ne blâme pas, non plus que Saint Thomas, les
»» Théologiens qui fonc fervir la Philofophie , à l'explication
» des Vérités qu'ils veulent établir. fe n’accufe que ces Scholafti-
» ques, que Cano apelle avec raïfon, des Théologiens de nam,
» Prefque tou ours occupés de quelques queftions inutiles, où
»ils ne traitent pas celles , qui font véritablement Théolog
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 659
ques; ou ilsle font d'une maniére fi fuperficielle , qu'entre leurs« Livre.
mains les matiéres les plus importantes perdent tout ce qu’el-« X LV FIL.
les ont de majefté, & de poids. Je fuis encore plus eloigné« EE re
d'approuver ces Ecrivains, nés ce femble, pour la Dilpute ,j& ours
soujours prêts à contredire ; & qui, bien moins attentifsäéta-« Gorrt.
blir la Vérité, qu’à combattre leurs Adverfaires, ob{curciflent x =="
fouvent ce os voudroient , ou devroient, éclaircir , & fe «
contentent de remplir leurs Ecrits d’une infinité de Difputes, «
aufli peu propres à inftruire le Lecteur, qu’à l’édifier «. |
On n'en voir que trop de ce Caraétére, non - feulement à
entre les Theologiens de l'Ecole ; mais aufli parmi ceux quife «
mettent eux-mêmes dans le Rang de Controverfiftes. Un défir «
immodéré de faire paroître beaucoup d’Efprit, & d’Erudi- «
tion , leur fait enfanter tous les jours de nouvelles Queftions. «
Sous prétexte de Critique, tantôt ils révoquent tout en doute: «
tantôt (ce qui n’eft pas un moindre inconvénient) ils affetent «
de ne produire que ce qui eft marqué au coin de la nouveau- «
té; ce qui a été inconnu aux anciens Docteurs , & à la Véné-«
rable Antiquité ; comme fi tous les autres n'avoient été que cs
des aveugles; & qu’il fut réfervé à eux feuls de voir la Vérité cc
dans toute fa pureté «. | _.
Le Difciple, que je me propofe de former, évitera avec «
oin tous ces excès, s’il ne perd jamais de vüe cet Avertifle- «
ment de Saint Paul à Timothée : Qwant aux quefiions imperti-«
montes, € cnatiles , fçachant qu'elles font wne femence, € anca ILTimIla5,39
fourcd dé Conreflations, évitez-les : car il ne faut pas que le Servi-«
scur de Dieu s'amufe à conteffer, mais , il doit ètre moderé envers «
tout le monde, patient, & capable d'infiraire «.
Un jeune Theologien s'en tiendra d'autant plus religieufe- «
ment à cette Maxime, qu’il fera plus d'attention à la maniére, «.
dont Saint Thomas à écrit. Selon la remarque d’un Sçavant «
Iriterpréte (qui donne la preuve de fa Réflexion } dans toute «
{a Somme Théologique il ne fe trouve pas une fealeQueftion, «
ni un feul Article , qui ne ferve en fa maniére ou à refuter «
quelque Erreur , ou à prouver quelque Vérité utile à la «
Religion. L'Exemple du Docteur Angélique ne fera pas «
moins ane Leçon de ce refpe& , qui eft dû aux Peres de «
l'Eglife, particuliérement à Saint Auguftin, dont il avoir fi
Enr médité les Ouvrages , & fi fidélement fuivi a
es principes; qu'il eft vrai de dire, que la Doctrine de l’un «
tft toujonrs la Doë&trine de l’autre, & qu'on ne peut qu'aban-«
| | : 1. Fe . Oooo!
660 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liverz »donner Saint Auguftin, lorfqu'on s'ecarte de Saint Thomas.
XLVIII »Les même, Réjies,direncorele Pere Gotti, fur lefquelles je
Vincenre ” Veux former mon Eleve, je les obferverai moi-même {crupu-
Lours ” leufement. Parmi les Quettions Schoiaftiques qu’il eft necef-
Gorri. vfairedetrairer, je choilirai celles quifontde quelque utilité ; &
= »J'omerterailes autres ; ou je n’en parlerai qu'en pailant,& en peu
» de mots Quant aux Sentimens , qui partagent les Theologiens
» Catholiques, je défendrai de telle forte ceux de mon Ecole,
» que je ne dirai rien d’inofhcieux , rien dont un Adverfaire
» puille avoir fujet de fe plaindre, Toute mon application fera
» d'expliquer, d’éclaircir, & d'appuyer fortement ce qui couche
» 1e Dogme & la Doctrine de la Foi. Je fens toute la difficulté de
» l’entreprite: & je n’ignore pas qu'il eft mal aïfé de farisfaire
» tout le monde. Les uns trpuveront peut-être qu'il eft entré
» encore trop de Scholaftique dans mon Ouvrage, tandis que
» les autres {e plaindront qu’il n’y en a pas aflez. Mais, qui-
» con j;ue fera attention, que je me propofe feulement d'inf-
» truire, & de former des Commençans, ne trouvera pas mau-
» vais., que je me fois borne à ce; qui leur fuffir, & qui eft à
» leur portée, en les renvoyant pour le refte., aux Auteurs qui
» ont traite avec étendue les Queftions de l'Ecole, qu'ils feront
XXxX1IX. _» bien aifes d'approfondir ». ; L
Rs one. L'idée, que notre Auteur nous donne ici de fon travail, ef
augmentent bn afltz conforme à celle, que le Public en a conçue. Quoique ce
fa réputaion modelte Ecrivain eùt déja un grand Nom dans'la Republique
des Lettres, & que les Sçavans de fa Nation fe fiflent un de-
voir de le confulter dans leurs doutes, fes nouveaux Ouvrages
relevérent encore beaucoup fa réputation. Ils le rendirent en .
même tems plus cher aux premiers Pafteurs, & à tous ceux
ui aimoient l’Egl'fe, pour l'honneur de laquelle il ne cefloie
à travailler depuis tant d'années. Le bruit s’étoit déja répandu
dans toute l’Iralie, que le Pere Gotti devoir être inceflanment
honore de la Pourpre Komaine ; & ce n’eroit pas fans un jufte
fondement qu’on le penfoit aïnfi. Il y avoit long-tems que le
Pape B.noîit XIII connoifloit fon mérite, qu’il eftimoit fes ta-
Jens, & {es Vertus, qu’il chérifloit fa perfonne,
XL. Pendant que l'un gouvernoit encore fon Diocèfe de Béné-
He cn ou VeDE ; & l’autre fa Province de Lombardie, le Sainc Cardinal
Les Verrus , qu avoit reçu fans doute plus d’une fois la vifite du Provincial ,
la Science, {oit à Rome, owailleurs, & dans fes converfations , ainfi que
dans fes Ecrits, il avoit eu le plaifir d'admirer un Tréfor d'E-
rudition , joint à a plus fincére, & à la plus profonde Hümilité, ‘
—
CL -
+ DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 66r
L'un. & l’autre ne pouvoient que le prévenir en faveur de cet Live #
excellent Religieux. Devenu Pape, Orfini continuoïirt à témoi- XLVIII
gner dans toutes les occafons, l’eitime finguliér: qu'il taifoit Tan ass
du Servireur de Dieu , & de tout ce qui {ortuit de fa plume. . ‘nl
Mais fi les fenrimens du Pontife s’accordoient en cela avec les Gorrr.
vœux du Public, le Pere Gotti avoit de lui même des fenti. =
mens bien différens, & il faifoit des vœux tout contraires, La
Modeftie ; l'Humilité Chrétienne, cette Vertu chérie qui fit
toujours fon caractére, lui fermoit les yeux fur fes bonnes qua-
lités. Infiniment éloisné de tout Efprit d’ambition , & ne trou-
vant de félicité que dans le témoignage d’une confcience pure,
ni de plaifir que dans la Priére , & dans l'Etude, il aimoit à fe
cacher sp filence de la retraite ; & il fe flatoit qu’on ne
l'obligeroir jamais de fortir de l'Etat, où la Providence l'avoit
placé : il l’efpéroit, parce qu’il le fouhaitoit. Aufli fon éton-
nement égala-v'il fa douleur, lorfqu’on vint lui apprendre fa
Promotion au Cardinalat, dans le tems qu’il s’y attendoit le
moins, |
Le Pape Benoîc XIII, dans le Confiftoire fecret du trentié- XLT:
me Avril 1718, après avoir nommé le Révérend Pere Gotti rene
Patriarche Titulaire de Jérufalem , il l'aggrégea au Sacré Col- jérufalem , &
Iége, & fit de lui un Eloge, que perfonne ne foupçonna de fla- Cardinal.
terie. Pendant que dans Ta Ville de Rome on faifoit les illumi.
nations ordinaires pour cette Promotion, un Réligieux de mé-
rite, Préfet de la Bibliothèque du Pape, & Ami particulier du
nouveau Cardinal, précipicoit fes pas vers Bologne, pour y por-
ter certe nouvelle , avec les Lettres de Sa Sainteré. Les unes
étoient pour le Chevalier de Saint George, & pour la Prin- _ vide sullæ, ord.
celle Clémentine Sobieski , apellés en Italie le Roï, & la Reine 65669 ® 557:
d'Angleterre: les autres-pour le Cardinal de Sainte Agnès, Lé.-
gat de Bologne; & pour le Cardinal Jacques Boncompagno ,
Archevêque de la même Ville. Le Bref adreflé à notre Cardi-
nal , éroit conçu en ces termes :
Dile@o Filio noftro, Vincentio- Æ Morre cher Fils, Vincent-Louis GOTTT: XLII.
Ludovico Gorr:i, Ord. FF, del'Ordre des FF, Précheurs, Cardinal pief du Pape
" Prædic. S.R.E. Cardinali, de la Sainte Eglife Romaine. Benoît XIII au
BeneDicrus PP. XIII. Le Pare Benoîr XIII °#inal Goui
Dilette Fili nofter, Salutem, & Salur, G Bénédillion Apoflolisne.
Apoñtolicam Benediétionem.
NTER graviffimas Apoftola:us Pi RMI les Travaux de l’Apoftolat ;
Guras, quas pro Chrifls Ecclefis À & les Sollicitudes continuelles, où
| Oooo i]
_662 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
R g Nous engage le foin, que nous prenons
L e VITE de l'Eglife de JEsus-CHRisT, il
n'eft rien qui nous occupe davantage
fifiinemus , ille nos pre cateris [olls
citat , nt Venerabilium Fratrum nf
trorum S. R. E. Cardinaliwm Colle
VINCENT- qe l'attention à ne remplir le Collége giwm , Sedis Beati Petri, G Univer-
Lourïs
Gorrr (qui eîft le Confeil le plus diftingué du
—_—_—— mi de Saint Pierre , & de l’Eglife Uni-
verfelle) que de Perfonnages éminens
en Vertu, & ornés de toutes les quali-
tés, qu'éxige la fublimité de ce Rang,
‘& que les Saints Canons demandent.
é nos Vénérables Freres les Cardinaux fe Ecclefie Senatus ampliffimus , 153
prefulgeat perfonis, quas tam [ubli-
mis gradus defiderat, © Sacrorus
Canonnm Decrera requirunt. Îta-
Fe te, maturæ, prudentique dels-
rations previs , in Sacrum corur-
dem Cardinalium Collegium adle-
Ce h'eft aufli qu'après une fage , & gendum ; © cooptandum cenfuimus ;
mûre Délibération, que nous avons cru
devoir vous aggréger au Sacré Collé-
ge; parce de votre Piété connue, le
zéle de la Religion, l'expérience dans
les Affaires , & dans la conduite des
Ames, la fageffe , la fcience des Divines
Ecritures, & plufieurs autres excellen-
tes Vertus, jointes à la parfaite obéif-
fance, dont vous faites profeflion en-
vers nous , & enversle S, Siège Apofto-
lique, nous font efpérer , que votre
miniftére dans une haute Dignité nous
fera honneur , & fera d’une fs grande
utilité à l'Eglife de Dieu. Nous vous
envoyons notre cher Fils, le Pere Jo-
feph-Louis de Andujar de l'Ordre des
FF. Précheurs, Doëteur en Théologie,
tua enim probata pietas; © Catbo-
lice Religionis uelns, nec non rerum
#fns , prudents, Sacrarum Lite-
rarnm [cientia , aliaque eximia vir-
tutum decor , cum fingulari erga
nos, © Sedem Apofiolicam Fide,
devotione , conjunila te nobis , ©
diétle Sedi ia commendarunt , nt nes
in Domino plane [perare juberert ,
Minifferinm tuum Ecclefie De mag
no ufus, atque ornamento fsturum.
Ad te igitur ejufdem S. R. E. Car-
dinalem creatum , [ublimis Dignita-
tis hujufmods nnum ex infi nibus bi.
retum parpurenm , per diletlum Fs-
linm Jofephum Alcyfium, [en Lade-
vicum de Andujar, Frarem expref-
& notre Camérier , qui eft chargé de f@ Profeffjum Ordinis Predicatorums ,
vous remettre de notre part la Calote
de Cardinal , l'une des marques de l'é-
in Sacra Theologia Masiflrum, Cu-
bicularium nojtrum , mittimns ; nt
minente Dipnité, à laquelle nous vous poffquam illo reverenter , ut par eff,
avons élevé ; lorfque vous l'aurez reçue,
avec le refpe& qu'il convient, l'éclat
de la no , dont vous ferez revêtu,
vous fera fouvenir, que c’eft pour vous
un nouvel engagement , non-feulement
de travailler pour l’Eglife, & la Propa-
snfignitus facris, bajus [p endidifima
urpure nota admoneri te intelligas,
rein excelfa S. R. E. Dignitate conf-
tituinm advuer[us quecumque pers-
cula fine exceptionc inicrritum, #s-
que énvitlum pro eadem Ecclefi4
gation de la F oi Catholique ; mais auf fire oportere , ufque ad preriofam is
de combattre avec intrépidité pour fa
Défenfe, & de donner pour cela, s'il
eft néceflaire, votre vie en répandant
votre fang. Le Seigneur aura pour agréa-
ble une telle mort, &c. |
Donné à Rome , fous l'Anneau du
Pécheur, le troifiéme de May 1728,
la quatriéme année de notre Pontif.
Eat,
confpeilu Domini farguinis cffufro-
nem, Ce
Datum Rome apud'Sanllum Pe-
trum , fwb Annulo Pifcatoris, die
3 Mai 1728 , Pontificaihs nojiri
anno quarto,
ES mn
LS = _
US
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 66s
L'arrivée de l’'Envoyé du Pape produifit des Sentimens bien
différens, & dans les Cœurs de tous le Bolonoiïs, & dans celui
du Cardinal élu. Ceux.là fe livrérent aux doux tran{ports d’une
joye légitime; comme fi chacun eût trouvé fon bonheur parti-
culier , dans la Dignité éminente , donc il voyoit revêtu un
Citoyen, qui étoit généralement aimé, & eftimé. Celui ci au
contraire furpris, interdit, affligé, ne pouvoit revenir de fon
étonnement, ni diffimuler à fes Freres, l'extrême affli&ion,
dont il étoit accablé. Une nouvelle, qui devoit naturellement
lui être fi agréable , fut pour lui un coup de foudre qui l’aterra.
Il fe plaignit de fon fort, il en verfa des larmes : & tout occupé
d’un moyen qu’il cherchoit, pour éviter l’éclat des honneurs,
il penfoit déja à fe retirer fecretement dans quelque Solitude,
pour y vivre inconnu. On fçait combien fes Amis, & fes Freres
eurent de la peined le raflurer , & à l'engager à accepter ce qu'on
ne lui permertoit point de refufer (1. Nous voudrions qu’on
nous eut confervé une Lettre, que, dans ces premiers momens
de furprife, & d’accablement, il écrivit à un Homme de con.
flance : nous aurions le plaifir de pouvoir expliquer fes véritables
Sentimens par fes propres paroles. | |
L’Hiftorien de fa Vie remarque , que ge le Pere Gotti
reçut la nouvelle de fa Promotion, il étoit aétuellement, avec
quelques autres Religieux, dans la même Maïfon de Campa-
gne , où s’écoit trouvé autrefois le Pere Orfini, quand on lui
apporta une femblable nouvelle, avec le Bref Apoftolique de
. Clément X. Comme la vertu, & le mérite des deux Cardinaux
étoient les mêmes, on ne fut point furpris que leur réfiftance,
& leur douleur le fuffert auf. On fur également édifié de leur
modeftie ; & on dû l'être encore plus de leur Religion, qui les
fit criompher d’eux.mêmes , & de toutes leurs répugnances.
Pour tranfmetrre à la poftéricé la mémoire de ce fait, on fit
graver une Infcription fur le Marbre ; qu'on voit au-deflus dela
porte de la même Maifon.
Tandis qu'encore caché dans ce petit recoin , le modefte.
Religieux efluyoit fes larmes, & faifoir à Dieu le Sacrifice de fa
1) Reï Nuncius magnis itineribus Bono- Jamicum fcribens teftatus eft, Tum intirgo
niam miflus eum rufticantem in Suburba- |doloris fenfu adventitit bonoris farcinam
pa Ro-zani Domo cum aliis Cœnobii fui fo- | colficrymari, fortunxm fuam prolixè con-
dalibus adiit ; ac tale quidpiam ne fufpican- | queri, ac nifi amicorum auétoritas judicium
tem quidem , exbibitis Apoftolicis Litteris, | que prohibuiffet , latebras meditari, & fu-
atque Cardinalitiis infigniis, ex improviflo [gam , quo moleftiflimam à fe dignitatem
fie occupavit, ut repentino fulmine iétus | deprecarerur } &c, Rischi. p. 29, 30,
omaoino videretus, Sie enim iple de fe ad
LIvRE
XLVIIL
e— mms +
VINCENT—-
Louis
GOTTrtI
Re -REe
XLIII.
Counbien cette
nouvelle réjouit
les Bolonois, &
affige le Cardinal
lu,
Vide apud Ricch'a
Pe 30
664 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livapz volonté furmontée par l’obéiffance, tour fe préparoit à Bolo-
XLVIIIL gne, pour célébrer ce jour, comme un jour de fêce, & de triom.
a phe. Le Clergé, le Sénar, la Nobleffe, & un peuple infini for-
Lours tirent enfemble de la Ville, & vinrent lui donner comme à
Gorrr. l'envi, les témoignages les moins équivoques de la joye com-
= mune, Je ne (çai fi le Serviteur de Dieu parut jamais plus
De quelle ma- Maitre de lui.même, que dans certe occafon : il le fur aflez
fiére il reçoit des pour commander à fa douleur ; & recevoir avec dignité des
PR 1% félicitations , qui offenfoient fa modeftie, Sous un air aile, &
| obligeant, il cachoit les playes de fon cœur; & il laifloit pa.
roitre beaucoup moins d’éloignement, que de refpeét, pour
une Dignité, qu'il redoutoit plus que la mort (r).
Le feptiéme de May le nouveau Cardinal reçut les marques
: NT de fa Dignité , des mains du Cardinal de Sainte Agnès, Gre-
ee jte goire Spinola, Légat Apoftolique : & le dix-neuviéme du mê-
Calote , & leCar- me mois il fut facré Patriarche de Jérufalem , par le Cardinal
HS Boncompagno, Archevèque de Bologne ; afhifté des Evèques
che, de Forli, & de Faenza. L'une & l’autre Cérémonie fe fit avec
tout l’appareil poffible, dans notre Eglife de Saint Dominique.
Mais ce qu’on düt remarquer davantage dans cette pompe re.
lisieufe , fut le recueïllement, ou la piété coujours foutenue
du Cardinal Gotti; qui, pour fe préparer à fon Sacre, avoit
palé dix ou douze jours dans le Jeüne, la Priére, & la re-
traite. Ce qui auroit été pour bien d’autres un grand fujet de
diftraction, ou de diffipation & d'embarras , fur pour lui un
nouveau motif de multiplier fes pratiques-de pénitence, pour
attirer d'enhaut le Seçours, dont il avoit befoin,
XLVI Le Cardinal Gotti étoit cependant atrendu avec impatience
Re Re à Rome; où le Pape l'ayant reçu avec des marques particu-
donne le Cha liéres d'eftime, lui donna le Chapeau dans le Confiftoire du
peau. 10 Juin, le fit d’abord entrer dans prefque toutes les Congré-
rations des Cardinaux : c’eft-à-dire dans celle du Saint Office,
Richinipe34 des Evêques, & des Réguliers, de l'Indice, des Rites, de la
Difcipline Réguliére , de l'Examen des Evêques, du Concile
de Trente, des Indulgences, des Reliques, de la Propagande,
& de la Correction des Livres des Grecs.
1) Interea magno , ac fere incredibjli 1æ. { diffimulate quo irtimè augebatur mœærore;
titiæ fenfu ab o.:nibus Bononienfium Ordie | ob amiflam , ut fibi videbacur, omnem vitæ
aum hominibus optatiffimæ rei nuncium ex-|quierein, & tœhctatem, compofito ad bu-
certum eit : quaproprer in gratulationem | manitatem vulru, ita ateuntium omnium
eHufa U:bs univerfa extra Urbem profecta | officia excipiebat , ut nec ingenitæ bi n°0
elt, purpurati Civis fui manus exo'Culatura. | deftiæ detraheret quidquan, nec accrptæ
Ts vero in communis gaudii fignificatione : dignitati injurius videretur, Ricchi, p 71°:
Dan$
— — — ——— =
ee dE ie
EL |
Ce
LES de * x
LL
+ Lie
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. éé;
. Dans toutes ces Congrégations , où on traite de tant d Lrvre
différentes Matières, par rapport à la Religion , notre Cardi- XLVIII.
nal fit également paroître la pureté de fon zéle, fa rare Eru- Va cor
dition , & une prudence confommée. Non-feulement il foutint 1 ou1s
toujours avec honneur la haute réputation , qu'il s'étoit déja Gorr:.
faite dans toute l’lcalie, & dans la République des Lettres ;
on peut dire qu’il furpaffa de beaucoup l’idée avantageufe qu'on XIV
avoit auparavant, & de fes lumiéres , & de fon infatigable ap- Deus CaliBal,
plication au travail. Mais, admiré, applaudi de tous, il étoit |
toujours mécontent de lui-même, & ne pouvoit s’accoutumer
{ou ne s’accoutumoic qu'en gémifflant) à cette fuite d’Affai-
res, qui lui laifloic fi peu de tems pour l’Oraïifon, & fes autres
Exercices de Piété. Il auroic bien pü si mt les fentimens
de fon cœur, de la même maniére, que l’avoit fait avant lui
un autre Grand Cardinal , avec lequel il avoit tant de traits de
reflemblance. .
. « Lorfque j'étois ( difoit autrefois le Cardinal Bona )'auffi« XLVIIT-.
éloigné de la penfée, que du mérire d'une haute Elevation ,« nm ie
le Saint Pere eft venu m'enlever cout d’un coup à moi même, & nal Bonn
& m'arracher à cette paix profonde, À cette des tranquil- «s
lité, que je goûrois dans le repos du Cloiître, pour me porter «&
à une Eminente Dignité , à laquelle comme je ne vois rien «
en moi de proportionné, je crains bien que je ne puifle dire «
avec le Prophéte, qu’en m'élevant , on m'a brife. J'avois coulé «
des jours Her ee dans la Religion, depuis ma quinziéme «
année jufqu’à la foixantiéme : & ce que je fentois en moi de «
Ja Divine Miléricorde, ne me permettoit point de défirer «
le jour de l'Homme : je fouhaitois uniquement de vivre incon- «
nu dans le Service du Seigneur, & de mourir dans mon petit «
nid : Dieu le fçair. Rejetté maintenant hors de moi-même, «
& bien éloigné de la vie d'un Solitaire, je me trouve enfon- «
cé, & prefque perdu au milieu des Affaires remporelles, «
pour lefquelles je n’avois que de l'horreur (1), &c. » |
Il faut néanmoins ajouter qu’au milieu de cette multiplicité
d'occuparions, & de foins, le Cardinal Gotti paroifloit encore
ra
- (1jBcatifiinus Pontifex me nihil tale me-{ num divinæ mifericordiæ , optabam moriin
tentem aut cogitantem, À tranquillitare &! Nidulo meo, ngc diem hominis defideravt,
pace , quibus in Monafterio er Niebar re- | Deus fcit. Nunc autem erpulfus à jueundi-
ponte abftratum, & evulfum ad faftigium{tate monafticæ vitæ , rerum exteriorum tu-
evexit maximæ in Ecclefia dignitatis ; cuil multus oatior, En afluetus non eram,
um impar omnino fim, vereor ne vox ill: & omiffis genialibus ftudiis, ad curas fæculi
Prophe:æ ad me pertineat : Elevans 4llififlil eje&us fum , à quibus maxime abhorrebam,
me. Vixeram in Religione ab auno xv ztatis| Card, Bpna in Prefat. de Libr. Liturg. be
gez ufque ai ]x, Et agaoffens aliquod fig-l 195$. DO;
Tom. VI, | Pppp
666 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
"“ Liveaz ce qu'il avoit toujours été, homme religieux, pénitenr, inte.
XLVIII rieur. Toutes les Affaires de la Keligion, ou du bien public, dont
il fe trouvoit charge, ne le portérent jamais à négliger celle,
qu’il regardoîït avec taifon comme la premiére, & la principa-
Gorrr, le Jaloux de la pureté de fa Confcience, c’étoit toujours fous
—— les yeux de Dièu, & felon fa Loi, qu'il fe décidoir dans tout
Sat ce qui pouvoit être difficile, ou douteux. Equitable envers
ques continuces . FOUS, fans faire différence entre le riche & le pauvre; & rou.
& augmentées, ‘ jours févére à lui-même, file rang où on l’avoit éleve lui four-
| hifloit une matiére continuelle de nouveaux mérites , cela ne
Pempèchoîit pas de vivre felonl’efprir,& la perfection de fon ctat.
Avec de plus grands moyens d’affifter les Pauvres, & de pra-
tiquer les œuvres de Charité, il confervoir le même dépage-
ment de cœur; la même modeftie dans les Habits ; la même
frugaliré dans fa Table ;le même amour de la pauvreté, & dela
fimplicité Chrétienne. Il ne pouvoit remplir tous fes différens
Devoirs , qu’en dontant prefque toutes les heures du jour aux
.befoins de l’Eglife , & du Prochain : mais il ménageoïit de telle
forte celles de la nuit, qu’en n’accordant que peu de tems au
fommeil : il en trouvoit encore beaucoup, pour vaquer à l'E:
tude, & ajouter de Saintes Ledures, à la Méditation des Vé-
rites Erernelles. | .
: Une Vie fi pure, & fi remplie ne pouvoit qu'édifier toute
Le Cardinal TEglife, & rendre toujours ce Cardinal plus précieux au Saint
Goti fe proyofe Pontife qui la gouvernoit. Benoît XII aimoic à le confulter,
de marcher fur les d les Affai | | ( s &| las tantes ui
races du Cardi. dans les Affaires les plus fecretes, & les plus importantes,
nal Orfini, occupoient le Saint Siège. Le Cardinal à fon tour avoit les
yeux toujours ouverts fur les Actions d’un Pape, qui faifo
revivre dans notre Siécle, les premiers, & les plus Saints Suc-
cefleurs du Prince des Apôtres. Il fe croyoit d'autant plus
dbligé d’imiter toutes fes Vertus, & de régler fa conduite fur
la fienne, qu'élevés l’un & l’autre dans le même Inftitut, &
dans les mêmes Maximes . ils avoient aufli contra@é les mê-
mes engag:mens. Maïs quelque grande que fût l'application
VINCENT-
Lourts
du Cardinal, & fa fidélité à les remplir.ces engagemens, il
fe-croyoit roujours fi éloigné de fon modéle, que ce qui exci-
toit l’admiration des autrés , h’éroit ‘pour lui qu’un motif de
S'anéantir, & de fe regarder comme un Serviteur inutile.
La mort de Benoîc XEIE, qui afligea tout le Monde Chré-
tien, auroit été ‘nfiniment fenfible à notre Cardinal, fi la Foi
ne lui avoit fait porter plus loïn fes penfées : la Religion mo-
déra fa douleur , par la douce efpérance , qu'après cart de
ss EST Te. es En TR er cm SO
Um MO SE =
Dhs Age sd. FR ..
— “ss LUS
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 667
Saintes A@ions, & de glorieux travaux, celui que les Hom. Livres
mes pleuroient comme mort, vivoit toujours en Dieu, l'uni- XLVIII.
que objet, & le rerme de fes défirs. Ce qu'Elizée avoit fait Gi cent
après l’enlevement d’Elie, le pieux Cardinal le fit, lorfque 4 Louis
mort l'euwt privé de la préfence du Saint Pontife. Héritier de GorTri
fon efprit , il le fut encore plus de fes Vertus : il n’oublia ja-
mais ce qu'il lui avoit vû pratiquer ; & il marcha conftanmens
fur fes traces. Quels Exemples de Piété, de Sageffe, de défin-
térefflement ne donna-t-il pas dans le premier Conclave, où il
fe trouva; & qui ayant commencé dans le mois de Mars, no
finit que dans celui de Emi par l'Exaltation de Clement,
XII2 Mais avec quel zéle ne concinua til point à rendre tou: LI .
jours fes Services à l’Eglife , fous le nouveau Pape? Honoré de "Sas
la confiance de Clément XII, comme il l'avoir été de celle gite.
de Benoît XII , il la mérica par un refpeétueux attachement
à la perfonne du Vicaire de JEsusCHRiST, & par fon af-
fiduité à tout ce qui pouvoit contribuer au Service du Saint
Siège, & à PRonneur de la Religion. S'il n’étoit arrêté par
la maladie, fouvent même en méprifant le mal, il fe trouvoit
des premiers à toutes les Aflemblées des Cardinaux, à leurs
Congrégations, & aux Confiftoires. Tout ce qui devoir y être
og , ou décidé , avoit déja fait la matière de fes À {é-
rieufes refléxions. Aufñi avoit-il contume d’er porter fon juge-
ment , avec tant de netteté, de prudence, & de juftefle; que
{on Suffrage etoic toujours d’un très grand poids. Après avoir
£tudié une Affäire , avec cet efprit dégagé de tout préjugé, &
de coute affcétion particuliére, il difoic fon Avis avec beaucoup
de liberté, & de-candeur, mais fans opiniâtreté., fans jamais
Contredire ceux qui penfoient autrement. |
Selon le Pere Ricchini, ce n'étoit pas feulement Îles Ro- LIT.
mains ,.ni les feuls Italiens, qui aimoient à confulcer le Car Souvent nturé
dinai Gotti , dans tous leurs doutes : de prefque routes les Pro- re es
winces du Monde Chrétien on lui écrivoit, pour lui propofer veaux Ouviages,
des difficultés touchant la Doétrine, les Mœurs, la Difcipline: |
Æ& il répondoit éxg@ement à cout (1). Avec cela il ne perdoit
æoince de vüe, quelques nouveaux Ouvrages, qu'il avoit com-
mencés. Tous fes momens étoient mis à profit ; cout le rems
ui lui reftoir après les plus fericufes occupations , il l’em-
-ployoit à lire, à compofer, décrire, & il ne fe propofoit dans
:
Û
Âi) Sæpè de fententia in rebus arduis ac Lex variis tertarum pattibus ropatus , n'ili
_perp'exis, ad fidem , more , aut difciplinan |'inquam confilii ac doëtrinæ fuæ çopiam ne
Æpeaogibus, vel coran, vel per Epiftolas{ gavis, Récchi, p, 38. | |
.Ppppi
668 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre fes Ecrits, queles intérêts de la Religion, & de l’Eglife Carho
XLVIII. lique, dont il entreprit de nouveau la défenfe, contre les ef-
Vincenr. forts de fes Ennemis. Tel ef l’objet de deux Ouvrages, publiés
Lours Par notre Auteur, depuis fa Promotion au Cardinalat. Tous
Gortri: deux ont été imprimés à Rome l’an 1734, & 1735. Lepre.
———— mier eft du Choix d'une Religion; & le fecond a pour titre: La
Vérite de la Religion Chretienne ; démantrce contre les Athees,
les Jdolatres , les Mahomëtans, ér les Juifs. |
Le zclé Cardinal n'éroit occupé depuis long-tems, que de
ce dernier Ouvrage; & il n’avoit aucune penfée d'en écrire
un autre, C'eft lui même qui l'aflure, en nous LA re quelle
occafion il eut depuis de travailler celui, qu’il a fait paroître
| le premier.
(M Occaño, &ar & Après avoir traité, dit-il (*), de la véritable Eglife, &
pement Ce » démontré contre Picenini, quelle eft la Société Chrétienne,
alaese coul » qui doit être regardée comme la feule vraie Eglife de Jesus.
nos ta 3 CHRIST, & qui font ceux , qu’on peut véritablement apeller
» Chrétiens, & Carholiques; j'avois réfolu, fans retoucher le
» même fujet, de prouver uniquement que la Religion Chré-
» tienne ef la feule véritable. Mais, dans la nouvelle Edition du
» Traité de Grotius, touchant la Vérité de la Religion Chré-
LIIIL » tienne, j'ai trouvé un petit Ouvrage ajouté par Jean le Clerc,
Un pait Ou- ;, Ecrivain de réputation parmi les Réformés de Hollande,
vrage de Jean le . Ut: ;
Clerc , donne oc- » Ce Livre, intitulé : De Choix d’un Sentiment , eft un accef-
cafonänotreCar » foire au Traité de Grotius; & quoique l’Auteur ne le dife
dinal d'écrire fur
le même fujer, PAS Expreflément, on voit que tout fon but eft de perfuader,
» que la Religion Réformée eft la feule véritable, & qu'il 7
» a que les Prérendus Réformés, qui foient de véritables Chr
» tiens. 11 m’a donc paru néceffaire de mettre au jour fes de-
» guifemens , & de montrer que fous le nom fpécieux de véri-
» table Chriftianifme, il ne nous préfente réellement, que le
» pur Syftême de la nouvelle Héréfie..….
_ EIV. « Tout ce que Jean le Clerc enfeigne dans fon Ecrir, peut
os » fe réduire à ces cinq , ou fix Articles : le premier-& le prin-
hi » cipal, qu’il répéte fans cefle, c’eft que pour fe dérerminer,
» dans le choix d’une Religion, il ne faut confulrer que les
» feuls Livres du Nouveau Teftament ; 2°. que chacun doit fe
» ranger à cette Société des Chrétiens, où il voit qu’on fait
» profeffion de croire, ce qu'il croit lui-même; & de condam.
»ner, ce qu'il condamne; 3°. qu’il n’y à aucune néceflité de
_»tcroire, que ce qui eft expreffément contenu dans le Nou-
» veau Teflament, & ce qui en réfulce par une conféquence
DÉ L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 669
néceflaire : tout le refte étant ajouté à l’effentiel, perfonne «
n'eft obligé de le croire; 4°. que ce n’eft ni la Doctrine de «
l'Eglife , ni fes Symboles, qu’on doit rs comme une «
pure fource de vérité, & une régle non fufpette ; que ce Pri- cs
vilége appartient plutôt au jugement, que peut porter cha-«
que Particulier en lifant avec refpe@ les Livrés Canoniques; «
s°. qu'il faut attribuer à une Providence fpéciale de Dieu, «s
que les Livres Saints fe foient confervés dans leur premiére «
e , pour nous découvrir dans ces derniers Siécles toutes «
es Erreurs, où l’Eglife écoit tombée; 69. enfin, que ce n'eft «
pas fans une jufte raifon , que dans certains Pays on a chan- «
ge la forme del'ancien Gouvernement de lEglife, pour en «
exclure les Evêques ». |
LiIvrz.
XLVIIL
_—
VINCENT-
Louis
GOTTIE.
Voilà ce que cer Ecrivain Calvinifte ofe propoferÀ un Hom-
me, à qui il veut montrer la véritable Religion du Sauveur,
çonfondant avec moins peut-être d’ignorance , que de ma-
lice , la véritable Eglife de Jzesus-CHrisr, avec la Syna.
ogue de Calvin. Il eft vrai qu'il n'avance prefque rien, que
és femblables n’euflent déja dir; & dont les Docteurs Catho-
liques n’ayent fouvent démontré la faufleté. Cependant notre
Cardinal ne crut pas qu'il für indigne de lui, de combartre
un Auteur, qui avoit la réputation de Sçavant ; & de réfute
‘un Ouvrage, qui pouvoit devenir pernicieux par la maniére,
ee il eft écrit. L'ardeur de la Charité, l'amour del’Unité, &
e zéle de la Vérité lui mirent la plume à la main, pour com-
pofer fon Traité, qu’il a adreflé à tous les Chrétiens, & par.
fagé en s ce-voi rio , fous-divifés en plufieurs Para-
raphes. C'eft un excellent Abrégée de Controverfe. On peur
e lire en peu de jours; & il fournit de quoi renverfer tout
ee que les Miniftres Proteftans, depuis deux Siécles ont écrir,
& continuent à écrire, fur ces Matiéres.
La lumiére de l’Ecriture, le témoignage conftant de la Tra.
dicion, & la force du raifonnement ne fonc pasles feuls moyens,
que l’habile Cardinal employe avec avantage, pour ruiner tout
l'Edifice élevé par fon Adverfaire. Il lui oppofe quelquefois
l'Autorité même de fes propres Docteurs, & de ceux en parti.
culier , dont il a le plus loué l’Erudition , & les Ouvrages. Une
Analyfe éxacte de tout ce Traité feroit la preuve de ce que
nous difons ; mais cela nous meneroit loin. Il faut nous arrêter
au premier Chapitre ; où l’Auteur combat le premier & le
grand Principe de Jean le Clerc, en lui oppofant d’abord le
Ppppii
D... 2
L V.
Motifs qu’à eu
le Cardinal de le
réfutere
LVL
De quelle ma
niére il l’a fait,
670 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
L tv Ee témoignage d'une foule d'Anciens, dans œ feul Texte de:
XLVIIL Vincent Lérins :
Fracsnxs ‘Bienfouvent je me fuis mis en peine de con fulrer plufieurs
Louzrs ”perfonnes d’une Sainrete, & d'une Doétrine éminenre, à def.
Gorrr ”{ein d'apprendre une réple générale, & certaine , qui me
».donnit le moyen de pouvoir infailliblement difcerner la vé.
LVIL » rité de la Foi Catholique, d'avec la faufleté des Héréfies.
re Vi Ces Grands Hommes m'ont toujours unanimement répon.
morten454. » du, que pour découvrir fürement l'artifice des Héréfies; qui
» s'élevent dans PEglife, évicer leurs Pièges, & demeurer fain
» & entier dans une Foi faine & entiére, il falloir avec l'aflif-
» tance de Dieu affermir notre Croyance en deux manicres;
» premiérement par l'Autorité dela Loi Divine , enfwite par ls
». Tradition de l'Eclife Catholique. Quelqu'un en cec-endroit de-
» mandera peut-être pourquoi la régle des Saintes Ecritures étant
»fûre, & plus que fufhfante, pour établir natre Créyance,
» l’on veut y joindre encore l'Autorité du fentiment de l'Ecli-
5 fe> En voici la raïifon. #C'eft que cout le monde n'explique
» pas l'Écriture de læ même maniére, parce qu’elle elt pro-
» fonde, & trop élevée, & que chacun en cherche le fens à
» fa mode; enforte que l'on verroit prefqu'autant d’Explica
#rions différentes, qu’il y auroit d'Hommes ,qui voudreient fe
» mêler de l'interprérer. |
L « Novatien, par éxemple, l'entend autrement que Photin,
cv » Sabellius l'explique autrement que Donar ; Arius qu'Euno-
Autant de preu- me; Macédonius qu'Apollinaire; Rrilcillien que Jovinien ;
A rar » Pélage enfin autrement que Celeftius , & Neftorius. C'eft
principe du Calvi- » pour ce fujet que le premier moyen, dont je viens de parler,
nifte, & tout fon ;, eff néceflaire pour bien démêler la Vérité, parmi un fi grand
bide » nombre de diverfes Interprétations, qui forment comme une
» efpéce de labyrinthe , où notre efprit s'égare en autant de
» détours , qu’il fe préfente d’Erreurs ; d’où nous ne fortirions
_ » jamais, fi l’Eglife ne nous fervoit de Guide, par l'intelligence
» qu’elle nous donne des Prophétes, & des Apôtres.
« Enfuite le premier & le principal foin que nous devons
» avoir dans l’Eglife , c’eft de nous arrêter à ce qui a été cru
» de la même maniére en tous lieux, & par trous les Fidélesy
» car cette Dodrine eft proprement Catholique , comme la
» force du mot le fait affez entendre, qui comprend tbut uni
» verfellement. Or il eft certain que nous ne nous écarterons
w jamais de la véritable voie, fi en toutes chofes nous fuivons
re
Les
mm .
œ—
OÙ Ou pe A se - E°
VA 4 2
SR
Liré, que de reconnoître uniquement pour la vraie Fof, celle «
® DE L’ORDRE NE S DOMINIQUE 671 /
l'Univerfaliré, & l'Antiquité de l’Eglife, & fi nous avonse Lryn "
égard au confenteinent des Fideles. Ce {era fuivre lUniverfa.« XLvy ILE
que la vraie Eglife confeffe, & embralfe par tout le Monde. « L. oo
Ce fera s'artacher à l'Antiquité, que de ne s'éloigner jamaiss« G Ee : “
du fentiment des Saints Peres, qui nous ont précédés. Cecu mms
fera enfin demeurer dans le confentement des Fidéles, que de «
croire ce que trous, ou du moins la plus grande partie des «
Evêques, & des Do&eits de l’'Eglile ont enfeigné, & dé- «
fini ». |
Rien de plus fort, ni de plus exprès contre le Principe Er- ;,, —
roné de l’Ecrivain Calvinifte, que ces paroles d’un célébre Aue Ce se@aire a
teur du cinquiéme Siécle, Le Cardinal Gorti ne fe contente pas ee. contre lui
de prouver , que la Régle de Vincent de Lérins ,a été dans tous ss
Jes tems celle, dont l'Eglife Catholique s’eft fervie , foit pour tas.
déterminer le véritable fens des Saintes Ecritures, foit pour
juger fi une Société appartenoit au Troupeau de JEsus-CHRisT;
il nous fait encore remarquer que Grotius lui même, dont l’au-
torité paroïît fi refpeétable à Jean le Clerc , a expreffémenr
adopté les principes de Vincent de Lerins, & déclaré , que
plufieurs Doéteurs Proteftans étoient en cela d'accord avec les
Catholiques. | |
Nous penfons Le ce court Extrait peut fuffire, pour don-
ner quelque idée de la méthode , & du mérite de ce Traité de
notre Cardinal. Extrèmement applaudi en Italie, il fut recher-
ché, & lu avec fruit dans les Pays Etrangers. L’an 1740 il
s’en fit une nouvelle Edition à Ratifbonne ; & voici de quelle
maniére il fut annoncé dans les Journaux d'Allemagne:
« On a vu paroître depuis peu un excellent Ouvrage du « =
célébre Cardinal Gotti, fi connu dans la République des Let- «Jugement qwon
tres, & qui, dans le dernier Conclave, a été fi près du Trône « fit de l'Ouvrage
| : à x | è u Cardinal
Apoftolique. Il réfuce folidement fon Adverfaire, & le com- « Goui.
bat avec avanrage. Le ftile de ce Cardinal eft pur, clair, & «
toujours mérhodique. La folidité de la Doétrine , lérudi- «
tion, & la modération, font les plus beaux ornemens de cet «
Ecrit, aufi bien que de tous ceux qui font fortis de fa .plume. «
Si fes raïifonnemens, & fes preuves, fonc les mêmes que les «
autres Docteurs Catholiques ont coutume d’oppofer aux En. «
nemis de la Foi; le rour, & la maniére de les propofer, leur «
donnent dans fes Ouvrages , une nouvelle se , & tant «
d'agrément, qu'en perfuadant la Vérité, il la fait aimer. On «
672 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre »ne fçauroit donc crop eftimer le travail, & le delf:in de œ
XLVIII grand Cardinal (1) &c ».
Ceux Qui liront fes Ouvrages, verront avec quelle jufteffe,
NINCENT- | a À )
Lo quelle netteté, quelle précifion ; & en même rems avec quelle
G o : folidité, & quelle force il combat fon Adverfaire., La modé-
ration cependant de l’Auteur reléve encore le prix , & la beauté
Lx. de fes Ecrits. Tour y plaît, tout inftruit, tout édifie. Le Car.
Ce qu'on peut dinal, fans le vouloir, s’y dépeint par fes propres traits. La
peimarquer coin- .
munément dans force eft dans fes raifonnemens , la &ouceur dans fes expref-
fes Ecrits de Con- fions, & la Charité dans fon cœur. Il attaque l’Erreur, & il
Done n'infulte pas à ceux, qui ont le malheur d'y être engagés. Il
ne cherche qu’à les convaincre, & à les convertir. Dans tou-
tes les pages du Traité, dont nous parlons, il n’exprime que
. les fentimens, qui font marqués dans ce Texte de S. Paul,
avec lequel il finit tout fon Ouvrage: Revenez donc mainte-
nant à l'Unité, dans le fein de lEglife Catholique, afin que
vous trouviez la véritable paix en Notre-Seigneur JEsus-
CHRIST : « car c’eft lui qui eft notre paix; qui de deux Peu-
» ples n’en a fait qu'un; qui a rompu en fa chair la muraille
Ephel I 14:15, % de féparation, cette inimitié, qui les divifoit; & qui par f2
16. » Doctrine, a aboli la Loi chargee de tant de Précepres ; afin
» de former en lui même un feul Homme nouveau de ces deux
» Peuples, en mettant la paix entr’eux ; & que les ayant réu-
» nis tous deux en un feul corps, il les réconciliât avec Dieu
» par fa Croix ; ayant détruit en foi-même leur inimitié ».
LXIL Peu de tems après la premiére Edition de cer Ouvrage, le
I publie douze Cardinal Gotti en fit paroître un nouveau beaucoup plus éten-
nouveaux Vo du, & véritablement digne non-feulement de fon génie, & dé
mes, contre tou- | x à . se A
tes les fauffes Re. fon Erudition, mais auf de fa piété, & de fon zéle , puifqu'il l'a
ligions. confacré cout entier à la défenfe de la véritable Religion, contre
Lx111. l'impiété des Achées, la folie des Idolitres , les abfurdités des
Eublit folidé- Mahométans, & des nouveaux Juifs. Sans fe borner à montrer
ment les preuves
de la feule vera la fauflèté de toutes ces Setes, ennemies du nom Chrétien, il
ble. | | ;
(1) Publicè apparuic.hifce diebus liber ;fummä moderatione fcripta funt. Qu in
egregius Auctore celebri Cardinali Gottio , | medium adfert momenta & rationes ex co®
qui in notiffimis Cirdinalium Comutiis pa: |rum genere funt, quibus Ecclefia Cathohca
rm abfuit ab Apofñta!ico Throno , arque | adverfus Fidei boîtes pugnare folct : fed no-
Orbi univerlo præclaris fuis operibus maxi-|và methodo & arre exhibentur, & gratè
mè innotu:t. Solidè ac nervosè Adverfarium | adeo Jepentibus ingeruntur , ut caufæ vim,
refellir. Hujus Eminentiflimi Auétoris ft:lus | & fundamentum ftatim intimè aff: quantur,
purus , pertpicuus , riteque me hodicus. | Quare eximii hujus Cardinalis libor & niti
Cûm ifta refutatio, tum cætera iliius Ope- | ætum plurimi facienda func. Ricchi. p. 39;
ga magnè éridifione, doétrinà fahdà, açl4a | |
ençor@
LE LUN
DE L'ORDRE DE S DOMINIQUE 673
encore atraqué touces celles qui fe trouvent oppofées: à la Foi
Catholique ; dont il a expliqué les Dogmes, & les Myftéres,
d'une maniére fi fçavante, & fi lumineufe , qu’il n’eft poinr
d'erreur , contre laquelle ilne fourniffe aux Théologiens Catho-
Jiques des armes Viétorieufes. Ce grand Ouvrage, quieft le fruit
des Veilles d'un Cardinal d’ailleurs fi occupé , remplit douze
Volumes :n-40. Le premier fut imprime à Rome, l'an 1735,
chez Roch Bernabo, qui publia le douziéme & dernjer ea
1749 (1). Voici l'idée que l’Auteur nous donne de fon Ou
-vrace. SE
Quand il dr dit-il, de l’importante Affaire de la Reli- «
oion , il faut fur-tout faire attention à deux chofes: la pre-«
miére eft de bien choïfir, entre cette multitude de Religions «&
répandues dans l'Univers, celle qui eft marquée au coin de la &
Vérité, & de la Divinité. Après ce choix, qui ne fcauroir«
être que d’une conféquence infinie, la feconde attention doit «
être, de ne fe laiffer point ébranler dans la créance des Dog- «
mes, & des Myftéres, que la vraie Religion nous propofe;
mais de captiver l'entendement fous le joug de la Foi, en de-«
meurant fidelement- & invioklablement attachés à toutes les &
Vérités qu'elle enfeigne «, :.. A
Tous ceux qui n'ont point connu Dieu, ou qui.ne l'ont
point glorifié comme Dieu , ont péché contre la premiére dg 4s
<esReégles. Tels {ont d’abord les Athées, & les Payens , c'eft- «
â-dire, ceux qui ofent nier l’éxiftence de Dieu ; ou quien mul- «
tipliant la Divinite, LS comme font les Idolâtres, 64
ki aveugles pour attribuer follement le Nom de Dieu, & 6e
rendre des honneurs divins, à des hommes, .à des animaux «
privés de raifon , ou à leurs images, & quelquefois à Le Etres «
inanimés, & infenfibles. Si les Difciples de Mahomet, & les &
Juifs Modernes fe glorifient de ne reconnoître qu'un feul &
Dieu, ils ne le glorifient pascomme Dieu, &,ils ne lui: ren: «
dent-poîne le Culre qui lui eft dû : ainfi on ne peut-pas dire,
qu'ils {oient dans la yérirable Religion «, * . 1,
Eu ie
” {r) Majus deinde opus par ejus ingenio , | torumque apparatu , ut promptuarium in£s
eruditioni , ac pietati molituseft ; quoverira- | truxifle videatur , quo profligandis ac delen.
tem Religionis Chriftianæ adverfus Acheos , | dis Fidei noftræ, Adverfariis parata Theolo.
Polytheos, Idololatras, Mahumeranps, &|gis asque -expedita fint arma. In dupdecim
Sudæss alfcrerer , ac vindicarer. Seé&tarum|omnino volumina Opus eft diftribotum ;
omnium, quæadverfus Chrilianam Religio-}querum, prHimum psodiit Romæ ex-Typo=
nem pugnant, erudità ac conrinenti demonf. |#1aphia Rochi Bernabô anne 1735, duadar
tratione falfitarem evincit. Tum Catholicæ | cimum verÿ aç noviflimum ex eodem Przla
Ficei propagationem , Myfteria, dogmatalanno 1749. Ricchi, p.41 , 42. {
Buculenter ilialtrar, tanio rerum, argumep- RE | |
dons VT, EN Q q qq n HALLE
LIVRE
XLVIIE
VINGEN T#
LOU:
GO TT»
——_—
.
LXIV.
Aveitiflement
de l’Auteur,
Livre
XLVIITL.
VINCENT
n 1
Lours
GoTrr:r.
QE
Jereu Il, 13,
LXV.
Idée de fon Oa-
vrage.
EN
67 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» Les Hérétiques péchentcontrela feconde Régle; lorfqu'aa
» mépris de la Foi qu'ils ont reçue dans le Se'n de lEglife, ils
» refufent opiniitrément de croire quelqu’une des Verités |
» qu’elle enfeigne ; & abandonnent ainfi, felon l. xpreffiond'un
» Prophète, la fource d’eau vive, pour fe creufer des Cîternes
» entr'ouvertes , qui ne peuvent retenir l’eau. Ce qui a fait direà |
» S. Auguftin , que ce n’eft ni dans la confufion des Gentils, ni
» dans la boue des Hérétiqués, ni dans l’opiniâtre "Me ma
»des Schifmat'ques, ou de la synagogue; mais dans la feule
s> Saciéré des Chretiens Orthodoxes, qu'il faut chercher le de-
% pôr d: la Foi, & la véritable Religion (1).
» Cependant (continue notre Auteur) toutes ces différentes
» Seét:s, aufli oppotées entre elles , que contraires à la Vérité,
» font paroitre un égal arrachement à leurs foles Opinions. Les
# Gentils ont aflez temoigné combien ils eftimoient leur Reli-
# sion, par les cruelles perlécutions, qu’ils ont excitées contre
# les Apôrtres, & hs autres Di.ciples de fEsus CHRIST ; dont
»ils ont voulu efffcerle Nom & le fouvenir de deflus la terre. On
» voit lemême entêrement dans les Turcs , qui fe font apeller
# pourvela Mæ'ulm:rns, comme s'ilséroient les feuls Dépofraires
» de [a véritable Religion, fans vouloir même fouffrir, qu’on en-
# treprénnede leur-parler d'aucune autre : & on fçair aueles Juifs
# d’aujcurd’hui ne défendent pas avec une moindre obftinarion,
» toutes les réveries de leur Talmud. Pour traiter ceci d’une
# maniere digne dé mon fujer , je démontrerai contre lesuns, &
55 les autres, que la Réligion Chrétienne eft la feule, qui ait :
“tous:les Caratéres d’une véritable Religion; la feule, qui |!
» condüifé äu Salur , & que courtes les autres, inventées par
l’Efptit de menfonge, font reprouvées de Dieu, & ne peu-
# vent conduire qu'à la mort, & à:la mortérernelle ceux qui les
#3 profelfent: °°: 7 RE | |
» -fiJ'éta" Hirai' dené d’abord ‘la Vérité capitale de Péxiftence,
# & de l'Unité de Dieu. Je’méttrai enfuite dans tout leur jour
»les Dogmes. infenfés des Mahométans ; & des Juifs Moder-
» nes. Et, pour rendre plus fenfble la vérité de la Religion
» Chrétienne, je ferai voin quelle eft l'autorité des Livres Ca-
» noïiques , quien:font le fondenvent ; & ha preuve : je donnerai
$ une idée claire,& diftinéte dé tôgéés.les parties de l’un & de
(1! Poobrerés moner S. Auguflinus, Lil fquæieniia eft Religio : fed apud eos folos,
de vers Relinione , Cap PV. Neque in contu F qui Chriftimi, Carholici, & Orthodorxi no-
fonc: Pig orum , neqne in purramentisk minantur , id eft inregritatis Cuftodes, &
Hzrericorurr ;'meqe Mn languore Schifma=fre@a feftanres, Card: Gosti ns fp.
ticorum , neque s: FŒcitate Judzorus , D
ne e
-
® + s
-
He Re PER
ed à
cÈ-
CES
: DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 675
‘T'autre Teftament. À près avoir montré l'autenticité derouslesk LE 1 v R &
Livres, que l’Eglife Catholique a mis dans fon Canon, je par-« XLVIIL
lerai de ceux qu'elle a déclarés apocriphes; quoique J'igno- « a
rance, ou l’erreur les ait quelquefois confondus avec ceux,&« Louis
qui ne contiennent que la pure Parole de Dieu «. GoTTE
Avec ce Secours le Lecteur Ortflodoxe aura lé plaifir dé =
voir la vérité de fa Religion dans tout fon jour ; & il pourra &
rendre fes Aëtions de graces à la Divine Bonté , qui Pa fait« ,
naître, & élever dans le Sein de la Lumiére. Er fi quelqu'un «
de ceux, que le malheur de la naiflance, & de l'éducation a «
retenus jufqu’ici dans une faufle Religion, vient à lire notre «
Ouvrage, je prie le Seigneur de D ouvrir les yeux de«
fon Efprit à la connoïflance de la Vérité, afin qu’il détefte,«
& abandonne fes’ Erreurs », | |
On voit par là que le deffein dé notre Auteur, eft d'attaquer Lyyr.
d'abord l'irréligion , & le libertinage , en confondant l'orgueil, 11 combat avec
ou la ftupidité des Achées : de montrer enfuite la vaniré & la . M L
faufleté de toutes les Religions Anti-Chréciennes, qu’on peut Superfition.
reduire. au Paganifme , au Mahométifme, au Judaifme : &
d'établir enfin Les fondemens folides, & les preuves toures' divi-
nes de la Relioion de JEsus-CHr1sT.C'eft dans l’éxécution
de ce vafte deffein, que le fcavant Cardinal fait voir l'étendue
de fes Lumiéres, la fagefle de fa Critique, & une le&ure immen-
{e. Avecce feul Ouvrage on a comme une Bibliothèque entiére,
puifqu’il renferme, avec beaucoup d'ordre, & de clarté, tout
ce que les meilleurs Auteurs ont écrit de bon & de folide fur
ce Sujet : tour ce que les Anciens Peres, Grecs & Latins ont dit
contre la pluralité des Dieux, & le culre des Idoles : tout ce que
les Dodteurs Chrériens, depuis le feptiéme Siécte, ont r@narqué
pour montrer que l’Alcoran, n’eft qu'un tiffu de menfonges, de
pucrilités, & de contradictions : enfin, tout ce qui peut fervir à
prouver, que depuis la publication de l'Evangile, la Synagogue
s'cft plus l’Eglife de Dieu, felon les Oracles même des Pro-
phètes. | | ——. |
-. Nous donnerions trop d'étendue à cette Hiftoire , fi nous
voulions rapporter une partie des louanges , que les Sçavans D ne.
donnérent à cet Ouvrage, & à fon Auteur. Je remarque qu’on les Sçavans, pour
ne parle jamais de l’Erudition de ce Cardinal, qu’on ne fale en à Doétrine,
même tems l'éloge de fa rare piété : Cet Auteur ( difoic un
ThéologienEfpagnol, Confulteur de la Sacrée Congrégarion des
Rites) enrichit, défend, & illuftre l’Eglife par tous fes Ecrits:
& ce qui n’eft pas moins eftimable , la pureté de fes Mœurs fait
Qaqqi
æ
on:
636 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrverzx honneuràla Foi, qu'il fait triompher par fa Science, & fa Sas
XLVIII gefle(r) | LME | |
Vrai. Si les gens de Lettres admiroient fon fçavoir, les Princes ne
©” Lours faïfoient pas moins de cas de fon difcernement, & de fa pru-
Gorrr, dence On rapporte que les Rois de Sardaigne, Viétor-Amedee,
= & Charles-Emanuel fon ls, & fon Succefleur , l’honorérent
He nr a <oujours d’une confiance fi ses , qu'ils aimoient à le conful
. Princes pour a ter dans leurs doutes, & quelquefois dans le choix des Profelleurs
prudence. pour l’Univerfité de Turin (2),
ue La Princefle Clémentine Sobieski, plus recommandable en-
Dircéteur de la COFE par fes royales vertus, que par {a naïflance, fe félicitoir quel.
pisse M quefois d’avoir trouvé, dans la perfonne de notre Cardinal, un
beski, " Directeur expérimenté dans les Voyes intérieures, fage, pru-
dent, éclairé, d’autant plus digne de fa confiance, qu'il étoit
également capable d’éclaircir fes doutes, & de diffiper, ou
d'adoucir fes peines, de lui montrer le chemin für de la Per-
fe&ion Chrétienne; & de l'aider à y faire roujours de nouveaux
progrès. La haute Piéré de cette Princefle, qui, pendant {a
Vie, & à fa Mort, a répandu une admirable odeur de Sainteté,
faifoit honneur à celle de fon Direteur. Dans toutes fes afflic.
tions, & {es épreuves, elle le confulcoit , & s’en tenoit avec
docilité à fa décifion Lorfqu’elle ne pouvoit lui expliquer de
vive Voix ce qui fe pafloit dans fon intérieur , elle le Fifa par
fes Lettres ; & le Seigneur, qui répand l'abondance dé fes Gra-
ces dans les Ames humbles, lui faifoit trouver dans les Répon-
fes de fon Servireur, la lumière, & la confolation, donrelle |
avoir befoin. | . |
Le Cardinal de Saint Sixte pouvoit conduire d’autant plus
sûrem@r les autres, dans les fentiers de la Juftice , & la Prati-
que des confeils Evangeliques ; qu'il s’y étoit plus long-tems
éxercé lui-même, & Qu'il n'entreprenoit de leur perfuader,
que des Vér'tés, dont il avoit fait l'expérience Son attrait pour
une Vic toute caché: en Dieu avec Jezsus-CHRr1sT, le dé-
tachoit toujours plus parfaitement de lui-même ; lui donnoitun
plus grand éloignement du fafte mondain ; & lui faifoit regarder
x) Hic Scriptor omnibus operibus fuisfximo fuit in pretio. Sed & paternz vinutis
Ecclefam ditat, Ecciefiim amat, Ecclefñamlhæres, & Filius Carôlus-Emmanuel non mè
cuftodir, Ecclefisin honorat : &, quod non [nus eum fufpexit: namillius fapienriæ tan-
minus miabie eft, quim fap'entià def:n-[tum detulir, ut in Profeflorum Academiz
du, fem moribns ornat , &c. Cajetanus| Taurinenfis delete, atque in nonnulla co-
Benitez de Lugo Sac, Rit. Cong. Cex/ultor. | rum doétrinæ cenfura, ejus confilio ufus fas=
{2) Vi@orio Amelxo Il, Sardiniæ Repi ,] rit, atque judicio. Kicchi. p. 67e
auimio reétoque hominum æfimatori, ma- Ron
NZ a
PP - Fr 5 a
T4. EE -
RS 5 D
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 8677
la Dignité, où on l’avoit élevé malgré lui, comme une Char-
ge, fous laquelle il Épaeg & de laquelle il n’auroit pas héfité
Liverr
XLVIIÉ
de fe délivrer, fi cela avoit été laïffé à fon choix. Aufli religieux 5 a
Obfervateur de fon Vœu de pauvreté , après fon élévarion au
Cardinalar, que dans fon premier état de fimple Religieux, il
n’a jamai. demande les Penfions, qui devoient lui revenir ; &
s’il ne les a point refufées Ds reg les lui a remifes , il n’a pas
agi de même à l'égard des Préfens, dont quelques Princes ont
voulu quelquefois le gratifier, & qu’ils n’ont pà lui perfuader
d'accepter , felon.le témoignage expres de fon Hiftorien (1).
Il n'ignoroit pas que ces fortes de bienfaits engagent toujours
à une efpéce de fervicude, celui qui les reçoit ; & qu'ils peuvent
être un grand obftacle au parfait degagement, dans lequel il
youloit A conferver , pour ne fuivre dans toutes les occafons,
que la volonté de Dieu , & les lumiéres de fa confcience. Il
n'avoit garde d'ailleurs deie faire un tréfor fur la terre, qui l’em-
pêchât de dire, & de fentir , que Dieu feul étoit le tréfor de
fon Cœur. Si le fage Cardinal ne cherchoit pas fa propre fatif-
faction dans fa fcience, & fa réputation; ni dans l’eftime, & la
compagnie de fes Amis; il fe précautionnoit encore plus contre
toute attache aux biens périffables de la fortune. Il ufoit de
toutes ces chofes comme n’en ufant point. Un Auteur nous
apprend qu’il avoit choifi un Homme de probité & de confian-
ce, ps lui commettre le foin de fes Affaires Domeltiques ; &
qu’il n’én éxigeoit jamais qu'il lui rendit compte ni de ce qu’il
avoit reçu, ni de ce qu’il avoit dépenfé. La feule chofe qu’il
lui demandoit quelquefois, étoit s’il avoit de quoi fournir aux
dépenfes ordinaires; & s’il étoit en état d’en faire de nouvelles,
fur-tout pour multiplier les Charités. |
uoique {es facultés ne fuffent point confidérables, il ne fe
pañloit pas d'année, qu'outre les aumônes ordinaires, il ne fit
lufieurs largefles particulières à des familles, qu’il fçavoit dans
ebefoin, & l’indigence. Il avoit une lifte de ces pauvres familles,
aufqueiles il donnoit tous les mois une certaine fomme d’ergent.
Sa bonté alloit jufqu’4 épargner à quelques-unes non-feulement
la peine de demander leur fubfiftance ; mais aufli la honte de
la recevoir par des mains écrangéres ; il leur diftribuoit lui-
même en fecret, ce qu'il prenoit, non fur fon fuperflû , mais
plus ordinairement fur fon néceflaire.
(1) Nulla prorfus à Principibus accepit pertis temeré imprudenterque pronum
munera, Contra ac judicarint nonnulli, quilciant, &c. Ricchi. p. 53.
de sebus fibi nondum exploratis atque com- ° _
Q999 1
Louis
GoTT:.
L XX.
Toujours Ami
de la Pauvreté, ik
refufe les préfens
des Princes.
LXXI.
Se conferve dans
un parfait dégage-
ment.
LXXII.
Aumônes, piers-
(es Libéralicés.
| 673 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES .
Lr;vez . La Charitebienfaifante du Serviteur de Dieu s'érendoit fans
XLVIII diftinéion, à tous ceux qui avoient affaire avec lui. Toujours
Vrincrnse Prét a les recevoir avec politeffe, & à les fervir promptement,
Lours 1lemployoit pour eux fon crédit, fes confeils, & fes amis,
Gorri lorfque le cas le demandoit, 11 ne fe refufoit à perfonne, il ne
contriftoit, & ne méprifoit perfonne : parce que ce n'étoit ni
os l'intérèc , ni là vanité , ni l'humeur, mais lefprit de la Religion
art | qui le rendoit doux, & officieux à tous. Nul ne fe retira jamais
: € fa préfence mécontent : lorfqu’il ne pouvoir accorder ce
qu'on fai detriandoit, il montroit du moins fa bonne volonté:
| & fes maniéres toujours obligeantes étoient une efpéce de fou-
s lagement, ou de confolation, à ceux même en faveur defquels
il ne pouvoit donner des marques plus réelles de fon affe&ion,
Lxxiv. Auf incapable d'oublier un fervice reçu , que de.conferver le
Généro‘té Chré- fouvenir d’une injure, il fe portoit en quelque forte plus volon-
as tiers à faire du bien à ceux , qui s’étoient mal comportés à fon
égard. Certaines perfonnes, qui n’avoient payé que d’ingratitu-
de fes premiers bienfaits, éprouvérent fa générofité Chrétien-
ne, en recevant de fa part de nouvelles faveurs, lorfqu'elles
auroient du s'attendre a de juites reproches. C’eft-lä, fi je ne
me trompe, la marque la moins équivoque d’une folide pieté. Il
n'appartient qu'aux Fidéles Difciples de JEsus CHrisT,de
pen{er, & d’agir de la forte.
Auff la plus grande attention du Cardinal de Saint Sixre fut
elle toujours de marcher en la Préfence de Dieu, de régler {es
actions fur fa Loi, & de faire tout dans l’'Efprit de JEsus-
CHRIST, en combattant fans ceffe l’orgueil, sh propre,
toutes les paffions, & ce qui naît de cette malheureufe racine.
La Philofbphie Chrétienne dont il faifoit Profeflion , ou plutôt
rxxv, da Grace de JEsus-CHrisT fembloit l'avoir élevé au-deflus
Egalité'd'efprit., des foibleffes de la nature. On ne le voyoit jamais émuû, jamais
& fermeté d’ame. inquiet, ni troublé. Dans les accidens imprévûs, mêmeles plus
facheux, il poflédoit fon .Ame en paix : & fa foumiflion aux
Ordres de la Providence lui faifoit recevoir les adverfités , avec
Ja même tranquillité, que fi cela ne le regardoit point. C'elt
ainfi qu’il apprit la trifte nouvelle de la mort inopinée d’un de
nxxvr, ds Freres, qui lui étoic très cher. Son affc&ion pour fes parens
$a conduite en. ÉtOit toute Chrétienne : illesaimoit, & parce qu'ils li apparte-
vers fesPasens. noient, & parce qu’ils éroient gens de bien. Mais il ne penfa
"jamais a les enrichir, ni ä les faire paroître avec plus d'éclat dans
fé monde S'il accorda une petite Penfion à fon Neveu, déja en-
gage dans l'Etat Eccléfiaftique, ce fur pour.ne pas trop réfifter
»
pe À
‘ DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE 675
j aux confeils de quelques perfonnes défintéreffées, dontilrefpec. Livre
: toit les Lumières, & la Keligion ; & afin qu’un jeune Homme XLVIIE.
= de beaucoup d’efpérance , ne manquâc pas d’un Secours NnÉ- Li NC x
: | | N T-
+ ceflaire pour continuer fes Etudes. Louis
La prudence & la fagefle régloient toujoursles Libéralirés de Gorr1
2 notre Cardinal, maïs cette rare prudence, qui lui fit honneur
e dans tous les Etats de fa Vie, & dans tous les Emplois, qu'il LXXxvIL
. eût à remplir, ne parüt jamais mieux que dans les grandes occa- Ps pe
; fions; & particuliéremenc dans les deux Conclaves, où il s'eft vs. "
. trouvé, pour donner un Chef à l’Eglife Univerfelle. Perfuadé
2e d’une part, que dans ces fortes d’Eledions, où le Bien Général
. de la Répuvlique Chetienne eft intérellé, on ne fçauroit appor-
de ter trop de foin, ni trop de circonfpeétion, pour ne point fe
= tromper, & fçachant de l’autre, que les Lumiëres de l'Hom-
me deviennent ténébres, fi Dieu ne daigne lesséclaiter par fa
Grace, il commencoir par fe défier de lui même, & de tous
ceux qu'il voyoit agir avec trop de feu, & de précipitation. IE
1 ne Jugeoit perfonne ; mais il ne croyoit pas 4 tout Efprit.
Toujours modefte, & prefque continuellement retiré dans fa |
Cellule , le Cardinal de Saint Sixte parloit peu ,prioicbeaucoup, LxXXvVItt,
pratiquoit diverfes Auftérités ; &rachoit d'attirer fur lui, & fur os D
tous fes Collégues, tant par l’Oraifon, que par la Pénitence, aidée é. qu'a
le Secours Divin pour mériter de connoître celui, que le Sei- voit long -tems
> gneur avoit élû. Ennemi de tout efprit de parti, Fer dense
| haine, & d’affeétion particuliére , il {e trouvoit à tous les Scru.
tins, & à routes les Déiibérations , où il devoit paroître; difoit
en peu de mots fon Sentiment, quand il falloit parler, & ren.
troit dans fa Retraite , dès qu’il lui éroit permis. Plus les Efprits
s’'échauffoient , moins il prenoït part à leurs intrigues, réfolu de
He.rien accorder ni aux (ATTEEL n niaux confidérations hu-
maines ; & de ne refufer jamais fon Suffrage à celui, qu’il croiroit
felon Dieu le plus digne d’être affis fur la Chaire de Saint Pierre:
On voit par là, que fi le Cardinal de Saint Sixre s’écoit d’abord
propolfé de marcher fur les traces du Saint Cardinal Orfini, il
ne l’imita pas moins dans les Conclaves, que dans tout le refte.
Certe conduite, pleine de modération, & de fagefle, qui lui
mérita l’eftime & l'approbation des plus fages, ne contribua
pas peu fans doute à donner deux grands Papes à l’Eglife.
- On n’a pas encore oublié ce qu’on publioit par tout à fa louan-
| ge; & ce que la renommée portoit au loin. Les uns faifoienc
ee des V œux au Ciel, pour le voir élevé à la fuprème Dignité. Les
autres pleins d’efpérance fe flatroient d'apprendre tous les jours
à ‘+
a vs ni
ta « «
A L À
nm
ER
Le:
680 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre une nouvelle, qu'ils ne défiroient avec tant d’ardeur, que par
X LVIII. la haute idée, qu'ils avoient conçue de fes grandes Vertus. Mais
Yincens. l'humble Difciple de JEsus-CHR1sST, dans des fentimens de
| Lours lui-même très-éloignés de ceux que le Public en avoit, ignoroit
Gorri. .heureufement ces fortes de bruits, quiauroient offenfé, & allar.
mé fa Modeftie. Les témoignages d’eftime, qu’il recevoit dans
ERA pa. Le Gonclave même, ils les confidéroit comme depures marques :
{milité bien oppo=.de politeffe , ou comnre des effers de la Charité de fes Amis:&il
a RL en St d'autant moins les fuices, qu’il penfoic entendre
a. diese Fe déja en lui-même une réponfe de mort. Il étoic dans fa foixanre
À Souveraine Au- feiziénfe année; & fa fanté , depuis long tems affoiblie par fes
prisé, Auftérités , autant que par fes Travaux, le fur encore ke pat
les grandes chaleurs, & les autres incommodités du long , mais
L'an 1740. heureux Conclave, qui fit monter fur le Trône Apoltolique
N.S. P. ke Pape Benoît XIV.
Lxxx. . Notre Cardinal y contracta une douleur de poitrine , qui
Une maladie devint toujours plus grande. Ses jambes commencérent sen.
D po . fler. La maigreur, la lafitude, l'affoibliflement , ou l'épuile-
éprouve long- MCnt de toutes fes forces , en furent les fuites. Il paffa ainfl
rems la patience près de deux années dans un état d’infirmité, & de langueur;
4 SaintÇardinal & ji] fcut faire ufage de cette épreuve, pour fe purifier, & fe
| perfectionner davantage. Ses maux devenoient quelquefois
plus accablans ; & quelquefois ils paroïifloienc lui donner un
peu de relâche. Cependant fon courage fut toujours plus grand
que le mal ; & fa patience à l'épreuve des plus grandes fouf.
frances. Sa Foi, & l’amour de la Croix le {outenoient: & fa :
douceur naturelle, ou plutôt fa rendre charité pour fes Do- |
meftiques , faifoit qu'il craignoit toujours de les ce ra ét
qu'il leur épargnoit la peine de tout ce qu’il pouvoit faire ui.
même fans je fecours. L'hydropifie déja formée, la difficulté
de refpirer, l'infomnie, lui rendoienc furtout les nuits bien
douloureufes: mais elles ne l’étoient que pour lui feul ; & pour
peu qu’il fe trouvât moins accablé pendant le jour , il repre-
poit d’abord fon travail ordinaire : {on afliduité étoit la même
aux Éd ne , & à fes Etudes.
LXXXL Les Livres faints,qui ont toujoursété les délices & la confolation
Il commence fes Ames chaftes, furent auffi l’objet des plus férieufes R éfléxions
Fe Re du Cardinal malade. Il les lifoit,ou les médicoit conti nuellement;
Genée, & il travailloic à en expliquer quelques-uns. Il avoit commencé
des Commentaires fur le Livre de la Généfe, qu'il continua
jufqu’au vingt-cinquièéme Chapitre. Ce fur fon dernier Ou-
vrage, le feul peut être qui n'ait pas Gté encore imprimé. :
0, | | ani
ar
:'DEL'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 68:
dans cette fainte & glorieufe ir OIL voulut finir {es Lr vx #
jours, ne-pouvañt cefler de travailler pour la Religion, qu’en XLVIII
cellant de vivre, ‘1 _ .:, . RE
. , e + voue | po er VINCENT-
.: La fiévre s'étast jointe À tous fes'autres maux, le treizième 5,4.
jour de Septembre 1742 , le pieux Cardinal ne douta plus Gorr:.
: j fa derniére heure ne fût proche. Cependant la ferveur de “===
on Efprit, qui ne fe fentoit paside la foiblefle du corps, lt Lxxxut.
fit faire un‘effort pour monter evgore une fois au Saint Au Se prépare à
tel. Le lendemain, jour iconfacré:à d'Exalrarionrde la Croix,
il offrit les Saints Myftéres , avec:toute là piété, & la dévo: .':: >:
sion, qu'une foi vive eft capable d'infpirer:: Mais’au fortir dé +" """
l'Autelit fallut lé porter au lit sr&c.les Médecids ayant d'ibord
jugé fa maladie mortelle, il n'apprit qu'avécrjüye.,' cé qui
Coaûtume dé faire -pâlir _& trertbler les par ang vécu EST.
fclon: les fens, d'autant plus arcachés à le dierpréfenté:, qu'ils +1" 2
£e {ont moins occupés de la future. Le:Serviteur de: Dieu au.
contraire, depuis Die fämiliarifé ‘avec la penfée:de la:
mort, & ne portane fes délirsique vers)l'Eternité | fe réjouit.
dans le Seigneur ; par” l'efpérance d'être: bientôt: réuvi à la:
fource de cous les biéns. Il_äemanda:, & reçur les! deniers Sa:
cremens de l’Eglife; avec beaucoup de ferveur: d’humilité; ét.
de préfence d'éfprit..: 1" 2 4-1.
Les grandes Aumônes qu'il avoit diftribuées aux pauvres LAXXNT
Familles, & aux Monaéres, lui avoient-ençore laiflé de quoi Bonnes ques
marquer fa jufte reconnoiffance a.fon Couvent de Bologne: 4:
mais il détermina les faincs & religieux Ufages , auxquels on
devoit employer ce qu’il donnoit, Il voulyt aufli reconnoître
les fervices de quelques Perfonnes illuftres, & de probité, qui
lui avoient toujours été particuliérement attachées ; & il leur
affigna quelques Penfons , que le Pape Clément XII, parune », >9
faveur fpéciale , lui ayofc permis de transférer à qui il lui plai-
roit. nn
Pendant que tous les Religieux, toutes les perfonnes qui
Simoïene.fiñcérement PEglife, & celles en particulier qui
avoicne-tanc: de fois-éprauvé Jd générofté du charirable Car
dihal”, fañoiene des Vœux-ponr fa confervation , il ne. foupl-
LE Juinème qu'apres là diffolution de fon orps, Uniquement
occupé du'défir de voir Dicu, plein de confiance en fes Miféri-
fordes, & de foumiffiôn à fes faiatés Voloncés, il ne s'appuÿoie
que. (ur les mérites de Jesus CuRisr, fanétifioir {es pro-
RE fodffrançes ;'entles uniffarir: à celles du Sauveur ;:& quite“
ST rs “ ‘ L . Fe. - v
Ju vrai li st. 4
cie fans réprét ce qu'il, p'avoit.iamais Baldé avec arrache,
dome VI , Re
682 HISTOIRE DES HOMMES IELUSTRES
LrvereE Sa. joye fans doure eût:éré plus parfaite, s’il lui avoit été donné
XLVTIIL de'facrifier aux intérêrs de la Foi, ce qu'il payoit à la, Nature
- La Vie toujours religieufe, fainte, & pén'tenre,, qu'il:a me |
. V'LNCEnNITS ”, | ar : à
Lours DC, nous permet:de peufer, & de dire d@lui, ce qui a été
Gorri. dit des Sains Doéteurs de l’Epglife ,. qu'il écoic auf difpofe à |
=—— fouffrir, & à mourir pour l4 Religian, qu’à écrire, & à difpum |
‘7 der pour fa défenfe. C'eft dans ces difpofirions que le Cardinal
# 2-7: de Saint Sixte avoir:fourni. {a carriere ; & jl-la. termina dans
‘les mêmes fencimenÿ: ‘Après:une courte & douce Agonie, il
LXxxxIv. s'endormit dans le Seigneur, parmi les prières , &.lés larmes
Cardi- de fes Freres ; 1e dix-huitiéme jour de Septembre 1742, âge
| de foixante-dix-huir ans, & dans la quinziéme année de fa Di
gnité de Cardinahy. 1. "2 7 5 6
LXXXv: 1 Sa mortaffligeartous des Gens de bien; .& on le resretra à
$es Obféques. proportion qu'on: ilavoit eftimé: ee PO furent. faites
avec beaucoup de folemdité , dans l’Eglife de la Minerve, en
préfence de tout.le Sacré Callége:, & du Saint Pere même,
avec lequel le pienx!Gardinal avoit toujours été érroirement
uni, & dontiilævdirreçu de grandes marques d’eftime & d'af-
fe&ion fr); Après le Service; fon Chrps fut porté, &'enterré
dans l'Rglife de:Saint: Sixte :&: on graya fur {on. Tombeau
cette modefte Epitaphe, que lui-même avoir diétée :
DXANWET 5. . Hic jcet |
DD ce ia : . di L . (Fr. Vincentius-Ludovicus Gorr:
-Ricchi p. 77« : É + _. L + iphnohlenfis is ht |
D UE à Ordinis Prædicitorum ; |
_: CSRE hujus ‘Ecclefiæ Tivuli
nf | | . Préfbyter. Cardinalis
FU ve 9 .. « . Éxpeétans Caïnis ARTS | .
. x Li ni un e sh ee SARL nr Refuréionens | FR D ee L. nou :
ee RU
RSS LS ON PRE à IL) f SES | NE RE D PO DS 0 DURS.
Î is Vixit anuos LxxvI1r, dies’ ktm. ne
. Obit x1v Kal Oûtob, M. DEC. LIL. .
: {1) Benedi@i'XIV Ecclefiz elavum felici- } éroit leur commune Patrie : ils avorenf tos-@ |
ter maderantis extant præclara de illo cefti- {jours eulà même inclination &c la même %
mMônir, in eruditis operibus, quæ anté/Pou} lapphiéition(}-les Erûdes {çavantes &-u0- %
téqeun » magto.r6i Linprariæ arque .Rc-]\les, ee méme véle dela Religion FREE
clcfiafieæ ingremento , vulgavit à quibus | à la même Dignité de Cardinal, on peut |
#on fine Jlaudié præfæioné Gortii opérurh dite: qu'ité écdierie-cdirés en inême tems-%
mebtionetn ingerit , atqué bonetifiinis præ-|-du Le Sacré Goliége 21Mgr:, Rréfper Lam- @
eoniis Cumular. Qui autem vivenrem Pon- ] bertioi , compris par.le-Pape Benoît XIII «
tificie dignationis indiciis .ormavit , ex ægri- | dans la Promotion du 1x Décembre 1926 ,9
rudine vérd decumbentem humaniffimé -con- |ne tur Gdclaré: que-lé 30 d'Avril 1728, &
venir; mortour: quagne publiois 'amorie & [lorfpe ;Sa Sainteré honora le Rév. Pere «
maærorig figaificationibys eft profeeytus, Sc Gotti de Ja Pourpre ». L£ ss, Ben, XUI, | 4
Rcchi. p. 69 , jo, à Là Vie & Butogide da
PRE RS
Ja À ' \ À,
éd D
—
f. ee EL sb 7 : w po NW à
NÉ ne
La
w“.
joué Hepurs Quit s'étdit alire
Z7 DE'L'ORDRE DE S. DOMINIGUE,I &8$}
La Éertre, que notte Général, Thomas Ripoll , adreffà à
toutes 1és Provihéés de fon'Ordre ; pour leur ännoncer { felofi
la céutume) a more d'un Cardinal-qui avoit été toujours pré:
cieux à fes Fréres ! mérite d’être confervée :: t’eft potirquof
Hous Ja donnerons ici : RS
. « La mort, mes très-chers Freres, vient de nous enlever
celui, qui étoirle grand appui, & la Gloire'de notre Ordre, &
la Lumiére dela République ‘des Lettres , & de l'Pglife’ &
EtvRe
XL VIT
M IN OENITÉ
LIOux$
Gortr r
Sp
LXXXVII.
Lettre du Géné.
ral de l'Ordre des
l'in des beaux Ornemens- du Sacté Coflége! ‘l'ilufkré DE: & FF. Prêcheurs ,
feñfeur de-la Religion ; & della Foi Orhédoge’; 'Viticene: te
Louis Gotti, natif de Bologne, Religieux de Sainte Domini- à
ue, -& Cardinal de ha Sainte Eglife Romaine : icèt Hômmé &
touchant la nert
du Cardinal Got
reftimé ; & A eftimable par fa”Doëtrme’, & parles Vertus,&
nous l’avots perdu. “Ht'quoique la doulèur , que indus cufé &
éette perte publique & particulière ; ne -noûs'pérmerte pret: &
que point d'ekprimer nos triftés feñtiménsi, nod$ né'pouvoñs &
eependant nous Gr rca en vous Pannonçant, de partägèr ti
Avec vous notre affliétion &.. "71" - "*# * -"
:-U y d déja plufieurs mois, qué tous craignions les fuîtés ti
d'ürie oppteffion'de poitrine, & d'une grande diMéuiré de &
refpirer- dont le Cardinal” fodfrbic- beaucoup 8e ”tetné ‘en &
tems ,-furtout pendant la nuit ;néanmoïins parce 'qué Ta Ma- &
Jadie , d’abord peu connue des Médecins, paroilfoit diminuer, &
&'que lé Malade, én feprénant fes Erudes ”ordinäires, fe
érguvoit avéc-fa Même afliduiré à toucés Tés Cüngtégarions! &
dus avions Edminkrigé à éfbérer dé vor fes jours”ériére pro-
fongés: Maïs-cétteflareute éfpérdnée a tré Courte Bb n'a ‘fervi 4
qu'à nous rendre le coup.plus fenfible. CE 1 3 de ée’imois, à ti
_ FEntréc de la’ nuir; Lu dcr devénue plus grande ; «
Pardeur-de fa févté” unerétention d'urine ; Fhydropffte ‘de «
poitrité ” &'JEmbarrzs “des. RSAmorS attaques, One achevé &
d'Abairre toutes" és Fürcus”dir Malade, éh'fti4 ainoncé qué tt
fl dérdière" heure lapprochôït, &'tecte'hoellé ha pl k &
firprendté ! ñï le-traublet/\I} s'Elt préparé éh Religieux à &
ée ‘Prant’ pate ï ‘par Ta”réceprion des dérniërs Sacremens ; é
&'a rpédda En Par Ie moment qi hods Fa ravi!le 18 de €
mis, 2 R'tihquiére"h dgre'de I£ hüie, & Te 'oiiquicifié &
| “était entré dépuis trie jours &
dns ‘fi {oixahte-dix-néavitme Anteë! Von MEHré à ie é&
A Mort d paru rérharuyée pile Orgré de éerre Ville &
dé ptdomhe 8 qui UÿndenE EHÉdre es lus grâtdes mar:
ge Re EU qe rt Fee ee Ÿ 5 .
Jo Eloi ::
Rrrri
Liveaz
XLVIIL
V'LN:CE'N Tr
L OUI $
GOT:T 1:
De —— —
0
CS Le | : ù z
Por
+
_» éloigné des aifes, & des plaifirs, querri
634 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
« I] feroit fuperflu de faire'ici le portrait de ce Grand Card:
» nal : fes Vertus. font connues de tout le monde : tout le mon.
— » de les publie; &,les précieux Monumens de {a Doûrine le
».feronc furviyre à lui-même, C’eft dans fes propres Ouvra-
» ges , qu'on voit la force de fon génie; & cette vañte Erudi-
»cion, dont.il ne s’écoic. rempli par une étude. continuelle,
» que pour la communiquer, & Ê faire fervir à lucilité des
» aupres. Il avoit la même fagilité à comprendre , à écrire; &
U . md.enféigmer ; ainfi qu'il,a fait, avec autant de fruit que d'ap:
y plauditièmens, fois dans, nos Ecoles particulières, foit dans
77" # celles de l'Univerfité de Bologne, où fa réputation attiroit
» un fi grand. nombre de Difciples. Notre Prédécelleur , le Sça,
» vant Gardinal Pipia, Pavoit engagé À compofer un nouveag
x Cours de Théologie, felon les Principes de Saint Thomas,
# mais ep-évitant la féchereffe de l'Erole , &:en, mêlant avec
» les Quftions Scholaftiques, celles d’Erudition, & de Con-
» troverfe , ‘qui peuvent former, de véritables Théologiens,
» Comme il étoic fort dans la Difpure , & qu'il brülait de zéle
# poor l'Honmeur de la Religion Catholique, il en à auf pris
n la Défenfe çontre.rous fes Ennemis: 11 2 combartu,, avec
p autant de.çonftance que.de-modérarion, les Sectaires, parti.
» culiérement Jacques Picenini,: & Jean le Clerc, déux Ecri.
» vains de réputation parmi ‘ceux de la prétendue Réforme;
p & il en a triomphe. Il a encore, attaqué les -Arhees, les
4
» Gentils, les Idolitres, les J uifs, les Mahomérans ; en ua
# mot, tous les Infidéles, qui ignorent. au qui rejectent les
» Vérités.Chrétiennes; & À a aifé à lEglife, de, pourelles
» Armes pour les vaincre: : . .,.. . ©...
. « Nous n'ignoïrons pas, que tout l'avantage, que pent don-
# ner.un Trefpg de Science, :4.cté.commun à notre:Cardinal
R avec plufiehrs autres : pain eR ui Je diftiogue iparticuliére-
# mens, <eft funion.qu'ila {çu.fajre d'une grande Érudition,
p& d'unehaute Dignité, gvec une plus grande innocence, &
n fainteré: de vie. :Ilembraffa la ;Régularité. dès fa jeuneffe;
» & il l'a toujours pratiquée ; fans jamais fe démentir, Auf
ide ablervateur de,
fiyeré; if;p'a qu de goûr
» nos Loix;,,& toujours enñemi.de l'oi
n cacher, & par un fentiment
a que.pour l'Etude, la Rerrai ee 18Belirudo, où. il gimoit à fe:
umÿlité, & par le défir d'être
j tout à Dieu, & à lui-même... On .le retira de fes agréables
» occupations. pour. lui donner fusceflivement la conduire dé
».fon Couvent de Bologne, & de la Province de l'une & l'a
Fo ss 1
L ! T 1 Di
RE ©
-.
s
Le
KO em “i
s" à ben =. « ù
A os LR
re
& VA:
CRE
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 63r
&re Lombardie, enfuice la Charge d’Inquifiteur de la Foi à «
Jui put faire accepter, le Pere Gorti {€ comporta avec tant «
‘de zéle, de fagetle, de vigilance ,‘& de ditcretion , qu'il &
parut être né pour la conduite des Ames «, =. |
Mais, parce qu’une fi grande Vertu ne devoit pas être «.
pour Îa feule utilité de quelques Particuliers, le Saint Pape «
Benoît XHL, de glorieufe mémoire, jufte Effimateur du «
mérite, & parfaitement inftruit de celui du Révérend Pere «
‘Gorri, le fit entrer danse Sacré Collége des Cardinaux , «
au grand contentement de tous les Gens de Bien, qui ap- «
plaudirenc à certe Promotion; tandis que le nouveau Cardi- «
nal, dans une profonde triftefle déploroïit fon fort, & ne
regardoit fon Elévation ,.que comme une efpéce de malheur &
d'autant plus affiyeant sys Jui, in hu pü le prévoir, «
ai l’éviter. Cette nouvel e Dignité cependant donna un plus és
grand éclat à fes premiéres Vertus, des lui faire rien chan- «
ger ni,dans fes.abftinences, ni dans fes autres Pratiques de «
iéré. La même. modeltie , dont il avoit toujours fait pro- «
fefion , il la conferva, dans fa Maifon, dans fa Famille, dans «
fon Train, & en toutes chofes. L'Etude des’ Lettres Divines , «
qui faifoit fon plus grand plaïfir, & {on unique délaffemenr, «
n’en fut point interrompue ; fon affiduire à la Priére s'aç- &
corda avec les plus Me PO ations & il h'y.éut. c ue Fr
da maladie qui püt. l'empêcher d'obrir tous les jours lés Dia
vins Myftéres, &.d’ailifter réguliérement. aux Cérémpnjes, «
8 aux Congrégatians, où if devoir fe trouver. Dans ce haut «
dégté d’Elévation.il a montré autant dé modeftie que de «
gravité, autant de candeur, &-de fimpliciré que de prudence, «
autant de douceur.que de zéle, aurant d’affabilité qué dg «i
d nié." Connu -de tour. le monde fçavant, & infiniment «
pffimé dans Rome il fe méprifuir lui-même ,‘&.il méprifoir «
es Honneurs; À ce point qu'i a délibéré plus d’une fois Labdi 6
quer la Pourpre’, pour fe renfermér dans le fecrec du Cloître. «
Au jugetheng des autses. il mérivoir d'être élévé à la Suprême «
ARE MAUR Mir n'étoit. qu'un, Membre «
loutile de, l gli k5incapable de Ja fervir, & indigne défar- «
Mais de vivre, ayant déja Véçu an-delà de fon attente. Dans «
ce dégoût de toutes les chofes de la Térre, rien ne le con- »
foloit que la douce efpérange du Repos Eternel. La vie fi «
pure qu'il amenée, & toutes les Vertus, qu'il a pratiquées, «
Rrrrii
Milan : & dans tous ces Emplois, que la feule obéifflance «
Liva%
XLVIII,
VINCENT.
Louis
OTTL.
G
ed
DR
(
686 HISTOIRE DES HOMMES ILLÜSTRES
L'TV RE ‘nous fonc éfpérer Que la” Divine 'Bonté à déja rempli fs
'X LUI NL ‘odéfirs, en couforinant fes Travauk ;/&c: 5°
. ; en à
inc ENT-, :‘& À Rome, dans notre Couvent de Sainté Marie fur La Mi
de rs »nerve, le 23 de Septembre 1742.» -
SV OTTI.
om mm 4
«Fr. THoMaAs RIPOLL, Général de l'Ordre, »
"Ce n’eft point fans raïfon , que parmi toutes les Vertus qui
ont éclaté dans ta perfonne de ce Grand: Cardinal ,onfit
une attention particuliére à fa rare modeftie, ou à fa profor.
de humilité. Ceux qui ont eû honneur de le fréquenter, où
“de‘traiter en quelque forte avec lui, foit par écrit ou autre
‘ment ; fcavenr que c'étoir en effet fa vertu favorice; celle qu'on
hé pouvoit ne pas d’abord admirer en lui, & qui metroit tou.
es les autrés én'füreté. Je ne fçai même fi on ne pourroit
‘pas dire qu'il portoit quelquefois trop loin ce mépris de lui-
Même. Un Religieux de mérite, particuliérement chéri, &
éftimé de ce Cardinal ; d eû plus d'uné occaffon d’éprouver cé
que nous difons. On n'efi rapportera ici qu'ün feul sr en
Pnilfine cette ‘Hiftoire, Ce même Religieux , feachanc que à
Vie’ de Saint Thômas d'Aquin devoit être bientôt publié 1
Paris, nous écrivit pour nous perfuader de la dédier au Car.
dinal Gotti, dont l4 Doërine , & les Ecrits faifoient tan
d'Honneur à l'Ecole du Doéteur Angélique :.& il fe Fay |
de lui Fairé agréer la Dédiçace. Mäis autanc de fois qu'i
penfa 1’ lui en faite la propoñtion.( & il fe trouvoit fouvenf
dans l’occafion de la faire ;‘puifqu'il dvoit l'honneur de fon:
verfer fort familiérement avec lui) il fut toujours comme
muét , drrêté par la crainte d’offenfer {1 modeftie. Le Révé .
rend Pere Bremoüd'reçt cependant l'Ouvrage, &'pout dé-
gager. fa parolé ,'il fui falut te préfehrét an’Caïrdinal. H le fr,
maïs fans ofer encore lui dire, que c'écbir fOus'fes Aufpices
qué le Livre paroïfloit ; & lorfque le modefte Mécénas sen
fi un il ne pur s'émpêcher de dire'en gémiffant, que /on
En CT
pr
eul nom alôit faite tomber cèt Üdvraëe. "CE fatent fes expret
finis, & {ès fentiméns. I'në fut pas en fôn pouyoif-de les diffs ‘|
muler’éntiérément, dâhs la'Lettré ; Qu'il rous’:fir l'Honnçu
de nous écrire”de fa propre main , en'es'termes {7
PR Mat mes Re Ne -: MRC RSS, HN
e ce
* - NS . e
à + Le! L a
1 é : « fl ,
CC L =, ee » d Ci . “Je 2 L t ;
n + {à As ND 4 25 1h0i 2 este | :
2,
9
CS
sn
+ DE L'ORDRE DE'S. DOMINIQUE: £ty
à EL ) TK S
--Admodum Reverende Pater,. - - - Tres Reverend Pere, - XLVIIL
. _— A : ; | . ie ge anne |
D 1 xs manbas Paris, Magifèi ME n'ai’ pas blutét reçu de maîns du VINC2N 7
> : Bremend , sé .amécifimi Li J Pere: Maîtré Bremand',ménñäntime Lours
brun à Parrnitate veflra.claborer ami ,.le Livre que-voys venez de pu GOTTL
sum ACCEPS , CH oculos ir Tituluxs , blier, qu'en regardant le Tipre ; &, le
© argumehiun : cjufdem conjiciens | fujet , par lequel vous propolez aux Sça- LXXXVIIT
in quo géfla, © Dotlrinam Sanili vans la fuite des A@ions, & la Do@ri- Lettre du Car«
- Phornk: Anpclitit noffri : Rraïcpteris ne dè notre: Anpelique Do&eur: a dinal Gotti , ay
Lineraris Orbi prqimis ; femme Thomas d'Aquin, j'ai éérempli de jayg "° T°M08e
game perfifns fi, fporans: ingeni nedoutant-pas quelle nouveau. jour , où,
sui acumine ntrumque iv clariore lu- par votre travail, vous avez mis l'un &
mine pofitum , non parum utiliatis l'autre , ne füt d’une grandeutilité, non
nedum nojire Sphole, [id extoris quo- feulement pour notre Ecole, mais au
que allaturum: ;° gWod jam' eveire pour tous les Etrangers : & j'apprens. dé:
non ‘fine: amimi mei juchndstaie di: ja, not fans uûe finguliére {atisfaétion à
dici.r At ri perfpexi tele Opus nè- que le fuccès répond à celté attente. ji
moéni mo. infériptuns à je: prodiiffe j ne faut pas néañmoins vous cacher, que
tennitaiis mee confcius , qua in Scho- lorfque j'ai vü que cet Ouvrage m'étoig
la Sentli Praceproris locum babere dédié , j'en ai été couvert de confufion,
mereir ; rubore, fimiul, ai meflitis & fempli de trifteffe ; car je ne puis mé-
perfufus fm. Hoc dixs P. Bremond | connoître ma pertes ni fpguotef quel
boc repero Patermtati the: Utriuf- rang 1} mo convient de:tenir dans FE . ,°
sanen amori. husr exceffm in- Cole de: notre Saint. Dodteür: Je:l'aù . . ,. . ;
duilgeo ; quin fi in alique oper mea avoué au Pere Bremond ; & je le repéte .
juvare te potero, paratum me babe. à votre Paternité, J'excufe cependant
bis femper Interim me precibus suis. cet-excès, que je n'attribue qu'a l'amoux
coram Deco commendo.. & à l’affetion de l’un & de l’âutre. Si je
IL. | :” puis vous fervir en quelque chofe ,'vous
« Patern. tua ddmodum Reverenda, me trouverez toujours difpofé à vous
: En ‘faire plaiür, Né m'oubliez- point dané
'
: . Addiiffinns, Fiarer Fr. V. L.N0s priéres.
__ GoTri, Cardindlis Ord. . Je fuis, Le. .
" Prédicmerums | 2,71 DeViR Pasrnité, ©
,… Rom 16-Novemb, 1737,” : Le très’affe@iondé Ftere, le Cal. «
es tte 0 0 47 11: dinak-Vibc: Louis 'G o't 71, dé
Fi Ordre des FF; Précheurs, : :
°
| . , … Æ Rome R 1% Novembre 1737:
Dr LS, à RE i e 3 vo ;
D PE D à AUS nt D on
Ù © + Q f D : ,. )
; . : . . . 1e À y < -
PRET ER sm. 4 2 Re Canoe ee VAS si ‘ L ER ANT 2 Ni LUN L 7...
Yo :
. LE ts
| 2
LE e = ? l . LS
i
4 » | ‘ + « | dd... ) n)
L à
622 HISTOIRE DÉS HOMMES ILLUSTRES
L V-R'E7
ÉLV JIf. | | _
sé FRANÇOIS GIL DE FEDERICA ; er MATTHIEU:
«'-9: : ALFONSE LÉZINIANA, MisstonNNarnes
€
” A POSTOLIQUES DANSLE TONQUIN, MARTYRI
_ SES POUR LA For, LE 21 JANVIER 1745.
2 | RE Me D 3 .
sr. it f"YEsr moins l'Hiftoire de ces deux ïlloftres, Confelleurs
TT de Fésus-CHKrisT, que la Rélation de leurs Souffran-
ces, & de leur Martyre, que nous nous propofons d'écrire;
puifque les Auteurs, qui nous les ont fait connoître , femblent
de s'être appliqués eux-mêmes qu’à rapporter avec foin les
Circonftances de leur Caprivité, les fruirs de teurs Liens, & la
gloire de leur mort (1}. Mort, quia été de nos jours le triom-
pe de la Foï dans un Royaume Idolâtre ; la confolation &
force des Tonquinois, qui avoient déja embraflë Le Chrif
tianifme, & la confufion des Payens encore obftines à perle.
euter les nouveaux Chrétiens , & les Miniftresdè l'Evangile.
: Le Pere Pierre Ponfgrau, Vicaïire. Provincial des FF. Prè-
L cheurs dans la Miflion du Tonquin, écrivit d’abord certe Re
Mérite d: deux 3 » . | , ' . |
Supérieurs, qui lation en Latin, tant fur les Dépofñtions faires avec ferment
ont écrit cete pardes Témoins oculaires, que fur les Lettres & les Mémoires,
Rélation. _ les Serviteurs de Dieu lui avoient adreflés, pour l’inftruire
éxatement de tout ce 8 s'étoit pailé, foit dans leur Pri-.
fon, foit devant les Tribunaux , où ils avoient été cités, &
interrogés. Le Pere Hilaire. de Ee ,. Auguftin Réformé ;
Evêque de Corée, Vicaire Apoftolique dans le même Royau-
me, nous a donné la même Relation en Italien. Ils: ont
écrit l'un & l’autre fur les Lieux, & prefque dans le rems,
ue les Sajnrs.Mattyrs ont répandu leur fang pour le Nom de
Ie sus-CHRIsT. Le Prélat déclare d'abord qu'il s'eft.fervi
d'auaric, plus volontiers; de l’Ecric du Pere Ponfgrau, qu'il
connoifloit parfairement les Talens , & l’éminente Piéré de ce
11. Sçavant Miffionnaire, qu'il apelle un Homme au-defus de .
PAS en toute louange. Il ajoure que fi, dans. fa Relation, il a inféré
connoiflance des quelques circonftances, qu’on ne lit point dans celle du Pere
Faits, Ponfgrau, c’eft parce qu'il avoit fait lui-même de plus amples
(1) Racconto Storico della Cattura , Pri- | del Tunkino per la Cattolica Fede li 22 Gene
jonia , e Morte gloriofa de Servi di Die ilnaro 1745. Scrito dal Ilimo e Rmo Monb-
P. Francefco Gil de Federich , e Matteo |gnore Fra Ilario di Gefd Agoftiniano {ik
Alonfo Leziniana, Miffonari Spagauoli dell [20 , Vefcovo Coricenle e Vicario Appoño=
: Prdine de Prediçasori, deçollasi nel Regaalliço nel Tuukino,
secherches
CU Hi
ve EM Pi 6.
en.
4 “
: DE L'ORDRE DE S, DOMINIQUE. 689
æecherches, de rouc ce qui regardoit nos deux Martyrs; afin £Kv'RE
d'en dreffer le Procès. Juridique, que fa qualité. de Vicairé X LVL I
Apoftolique lobligeoit d'envoyer à la Sacrée: Congrégation
de la Propagande. Cette Relation, datée de Luc-Thuy dans ...:
le Tonquin, le premier Août 1745 , fut imprimée & publiée +:.:.7 -7
à Rome l'an 1746, & la même année nous la recûümes à
Paris, par les foins du Révérend Pere Bremond, alors Afüf-
tant, & aujourd’hui Supérieur Général de l'Ordre de Saint
Dominique, E | + Fee,
Notre deffein a été d'abord de traduire, & d’abréper cet
Ecrit, que nous ne doutons pas être fort éxa ; & qui paroît
aufli propre à édifier la piété. du Lecteur, qu'a farisfaire fa
<uriolité, On nous 4 procuré.depuis Extrait d’une autre Re-
Jation plus fuccinte, écrite. fur.le même füjet par l'Iluftre
ÆEvêque d’Ecrinée, M. de Mastillat : & le Supetieur da Sémis
naire, établi à Paris pour les Miffions Etrangéres , a bien
voulu nous communiquer les Actes de nos deux Martyrs; tels :
qu'ils onc été drefés par M. Louis Néez, François de Nation,
Ævêque de Céomanie ,; & Vicaire Apoftolique dans la Partie. . A
Occidentale du Tonquin. ‘Oùtre les :Dépoñtiofs Juridiques
de plufieurs Témoins, qui avoient vû des combats des Confel:
feurs de Jesus-CHRr1sT, & avoiént été préfens à leur mort’
on trouve dans ces Ades la Copie dé pluñeurs Lettres ,:que
J'Evêque. de Céomanije avoir reçues du Perc:Gil.déFederich ;
depuis l'an 1738, jufqu'au 21 de Janvier 1745, veille de fon
Martyre: Toutes ces Pièces, &.ces difitreorés Ralatioris font
parfaitement conformes. :Nous avoñs donc ici la -aonfolation
& l'avantage de n'écrire que fous la garantie de crojs illuftres
Prélats, trous trois Vicaires Apoñtoliques, éxaétement inftruits
des Faits, & qui ont écrit.eux-mêmes féparéments :
e.
1e
:
CS C7 2]
T
—
«
— » Ë
.< 1 4 8 0 “à
st
… François G1z, Fils de Don Antoine Gïiz DE FEDERICH, & FrAxçors Gi
de Dona Agnès Sanxz., naquit à Tortofe . Ville d’'Efpagne dans DE FEDERICH,
la Catalogne, fur la Rivière d'Ebre; il fur baptizé dans l’Eoli-
fe Cathédrale le 14 de Décembre 1302; & l’annce fuivante
on lui fit recevoir le Sacrement de Confirmation. .:Elevé avec
foin dans la Piété, & dans l'Etude des Lettres, il fe confacra Prend ne
: è it de
à JEsus-CHRIST dans notre Couvent de Barcelone, en com- $. Dominique à
mençant fa quinzième année; & il m'avoit pas encore fini fa l'ige de 55 ans.
yingt-deuxiéme, qu’il demanda. avec autant de ferveur que |
d'humilité, la permiflion d'aller prècher la Foi aux Gentils
dans les Indes Orientales. LL: 0
. Ce zéle du Salut des Ames, dont il paroifloit dès-lors tout
| Tome VI, Sf[f
690 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvra embralfé, fit fans doute plaifiraux Supérieurs ; mais, ils jugérent
XLVIIL à propos de l’éprouver quelque tems; en fourniffant au jeune
FRANCO Gi De tan les moyens de S'abfermir davantage dans fes beaux
De Fevrricx, (ntimens, & de faire de plus longues réfléxions fur les gran-
des Vérités, qu’il vouloit annoncer aux Infidéles. Après qu'il
eut achevé avec beaucoup de fuccès fon Cours de Théologie,
on le fit profcfler; & il remplifloit la Place de Maître des
ÆEtudians dans le Couvent de Barcelone, lorfqu’on lui permit
NAT . enfin de fuivre fa Vocation pour le Miniftere Apoltolique,
fl pur d'Efpagne Ce que le Pere Thomas Ripoll lui avoit refufé étant Provin-
pos les Indes çjal d'Aragon l’an 1724, il le lui accorda l'an 1729, fe trou-
ricntales, \ A
vant à la rête de tout fon Ordre.
- L’occafon étroit favorable, puifque le Provincial d’Efpagne
v. faifoit alors partir vingt-quatre Religieux , pour les Miflons
Il arrive aux d'Orient: le Pere Gil fe joignit avec joie à fes Freres. La Na
A vigarion fut aflez heureule : arrivé à Manille, Capitale des
de fon Ordre: & Philippines, avant la fin de Novembre 1730, il fut d’abord
commence da. envoyé par fes Supérieurs dans la Province de Pampanga, où
t xerce: Île ER e ‘
Saint Mintére. ‘langunina; dans peu de mois il entendic aflez la Langue du
Pays, pour l’Exercice de fon Minïiftere ; & pendant deux ans
il en remplit toutes les Fonétions , avec un zéle infatigable,
L'obéiffance l’obligea enfuice d'accepter la Charge de Sécre-
taire de fa Province, & d’Affiftant du Provincial. Mais, cet
Emploi qui faifoit connoître fes. Talens , ne remplifloit point
fes défirs , & randi, que fes Freres admiroient fon éxadtitude,
fa probité, fa diligence ; le Difciple de JEsus-CH R1IST étoit
fort mécontent de lui-même; & il regardoit comme perdu le
tems, & le travail, qu’il n’employoit point au Salur des Ames.
Preflé du défir de fe donner toutentier au Saint Miniftére,
il expofa à fon Provincial les difpofitions de fon cœur, & l'ar-
dent défir qu’il avoit de pafñler dans les Miffions du Tonquin,
… laiffanc néanmoins à fa volonté, & à fa prudence à lui prefcri-
re ce qu'il falloit faire : car le véritable zéle eft coujours
Rac. Scoric. p. 6.
regle. |
ce Vocation du Pere Gil parut fi marquée, que le Supé-
. vr, rieur n'ofa s’y oppofer : connoiffant d’ailleurs la lidité de fa
_ Ientre dansle vertu, & fa capacité , il confentir à {e priver lui-même de fes
es % fervices, & du ER qu’il en reriroît , dans le Gouvernement
de la Province, par la crainte d'empêcher le fruit qu'on À sg
voit efpérer de Miniftére pour ie fourien de la Mifhon,
& la Converfion des Infidéles. Dès que le Pere Provincial
fÆ fac expliqué, le zélé Mifionnaire fortic des Philippines,
pee
LE
à profir, paur tromper plus
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 6ot
& alla s'embarquer pour le Tonquin ; où, après:bien des dan: Lrverer
gers & des farigues , il arriva le jour de Saint Auguñtin;.:8 XLVIIT.
d'Aoûc 1735. ñ n’eft pas hors dé propos de donner ici quel: |
que connoiflance de ces Peuples, à la Converfion defquels
notre Prédicateur confacra fes derniers travaax , fes fueurs,
& fa vie, & parmi lefquels nous-verrons des éxemples: de
vertu dignes de la ferveur des premiers Chrétiens. : :. .::;
Entre vous les Peuples d'Orient, ceux du.Tonquin, autre
fois foumis à l'Empereur de la Chiné , onc:la:réputation d’être
fort fociables , doux , & humains. Ils ne manquentpas de génie estinions des
pour les Lettres ; & ils s'appliquent particuliérement à l’Étude Tonquinois.
des Loix de leur Pays, dontils fontextrèmement jaloux. Mais,
privés des Lumiéres de la Foi, il n’eft point d'efpéce de:fu-
rs , ni d’Idolatrie, à laquelle ils ne foient adonnés.
urs Bonfes ( Prêtres des Idoles.) ordinairement:fort mépriz.
fés chez les Grands, ont toute la’confiance du petit Peuple, » :
qui les confidérent comme les Amis des Dieux, & les. Inter- |
prétes de leurs volontés. | _
Tous les Tonquinois font divifés en trois Seîtes. Le Roi; VIII.
les Mandarins , & fur-tout les Gens d'Etude , adorent le Giel, Leurs Seétes,
ê& fuivenc la Dodrine du Philofophe Confufius, fi célébre dans
la Chine, & dans les Etats voifins. Un Solitaire impofteur,
nomme Chacabour , Auteur de la feconde Seéte , a enfeigné là
Métempfycofe, ou Tranfmigration des. Ames d’un Corps dans
a
FRANÇOWS G'L
DE FEDERICHI
emeemmmeneremrnmnen né
y La
° té
un autre; & il a obligé fes Seétateurs à l'obfervation de divers: "+
Préceptes, propres à régler les Mœurs , & faire . éviter. les: " - *
vices contraires à la Société civile Ea troifième Seëte cft celle: """
d’un Magicien apellé Zanths , Chinois de Nation ; aux men-
fonges duquel les Chinois, les Japonois, & les Tonquinois
ajoutent une foi entiére. Zanthu , qui a réufli à faire regarder
fa naïflance comme miraculeufe, a pratiqué & enfeigné une
partie de la Doëtrine de PImpofteur Chacabout : & ce qui lui
a le plus concilié l’affe&ion des Peuples, c’eft qu'il leur à par-
ticuliérement recommande l'Hofpitalité , & leur: en a donné
Féxemple. :
Mais aucun de ces préténdus Légiflareurs, dont les Ton- ….
quinois Payens révérent. encore aujourd'hui les Oracles, ne Leurs Doéteurs
leur a jamais appris à connoître , & à fervir le vrai Dieu, qu'ils Rss
ne connoifloient pas eux-mêmes. Leurs talens, leur réputation, es Ms
leur probité apparente , & tour ce qu’ils ont pû prefcrire de
bon touchant les Mœurs; le pere du menfonge a feu le mettre
frement des Peuples trop crédu-
Sfffi)
692 HISTOIRE DESHDMMES ILLUSTRES
LrvrE les, que la Lumiére de l'Evangile n’avoit point éclairés.
XLVIIT ‘ C'était donc podr éommuniquer cette Lumiere du Salut
FRakon Gi à une infinité d’Ames, que les Supérieurs de différens Ordres
pe Fibrrru. Religieux { felonles défirs du Sainr Siège, & fous fes Aufpices)
= failoient pafler de rems' en tems des Prédicatears de la Foi
dans le Tonquin, L'Ordre de Saint Dominique y en avoit
déja envoyé plufieurs ; qui avoient acquis. un grand Peuple à
Liv XVI, p 548, JESUS-CHRISE.. Dans la Vie-du Pere Cloche nous avons
| |. remarqué;: que. quoique les fanglans Edits, portés dans ce
En …. Royaume, -contre ceux. qui travaiiloient à y érablirle Chrif-
| tianifme , ne fuflent pas expreflément révoqués vers la fn
du dernier S’écle ,.on étoit moins ardent à les faire éxécuter;
& que cette: efpécé. de calme avoit fervi à nos Miffionnaires,
: _ pour:apelier-à la Foi, & purifier par les Eaux du Baptème;
cent les Miniftres Plus. de vingt mille Tonquinois. La perfécucion , qui, dans le
de la Foi, qi même Royaume , fe renouvella au commencement de notrt
re l leur Sjéclp, durait encore lorfque le Pere Gil eut le courage d'aller
affronter le péril ; & d’expofe: fa vie, pour le Salut de fes
YSLT Freres, ! D AN EE ES, nr Ua
sal Occupé d'abord à cultiver ; environ une quarantaine de
Chrétientés, ou. Eglifes, fondées par nos Religieux , dans la
Partie Méridionale du Tonquin, le Saint Miniftre remplifloit
toutes les Fon@ions de l’Apoftolar, avec un zéle & une ar-
. deur, que rien n'étoit capable de rebuter , ni de ralentir. Dans
Courage, zéle, Un tems, & dans un Pays, où la Moiflon étoit grande, & les
&travilduP Gil Quvricrs en-petit nombre, celui-ci embrafloit avec joie un
parmices l'euples, ai] qui auroit fuffñ pour éxercer, ou épuifer le zéle de plu.
ficurs. S'il donnoit prefque toutes les heures du jour à prier, ou à
étudier la Langue du Païs, il employoit la plus grande partie
de la nuit ( felon l’ufage des Miflionnaires, ms ces Contrées)
à inftruire les Fidéles ; à leur adminiftrer les Sacremens; à
rapcller à la Foi ceux qué.la perfécution avoit fait romber; à
fortifier les foibles ; à former des Catéchiftes, & à parcourir
tous les Lieux, où fa préfence, & fon miniftére éroient nécef-
faires. Les plus grandes fatigues ne le reburoient jamais : il
n'étoic point.arrêté par la vüe du péril, & il ne fçavoit ce que
| . C'étoit que de fe ménager foi même, quand il s’agifloit de pro-
Race Store. p.78, curer les moyens de Salut à une Ame. Souvent il fe trouvoit
| dans des Lieux, où parmi un petit nombre de Chrétiens, il
y avoir une multitude d’Idolâtres , Ennemis déclarés & de
notre Religion, & de ceux qui l’annonçoient. Il n’en fortait
pas néanmoins, qu'après avoir adminiftré les Sacremens, &
_ ————
le ©
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 693
donné les Inftruétions néceffaires aux Fidéles , qui avoient y ry &8 à
befoin de fon miniftére. Ces pauvres Chrétiens, tout occupés XLV1HII.
de la confervation de leur Pafteur., trembloient pour lui, & ————-.
il ne craignoit pas pour lui même. des
Comme dans le Bourg de Luc-Thuy, & dans quelques Villa- mic
ges des environs, le nombre & la ferveur des Chrétiens méri- XI
toient des attentions particulières , notre Miflionnaiie réfolut | Pourquoi il fait *
| : A | : ne a Réfidenee plus
d'y faire fa Réfidence ordinaire, charme de la piété édifiante ordinaire à Luc-
de ces Fidéles ; dont les uns avoient l'avantage d’être nés de Thuy. |
Parens Chrétiens, & les autres avoient abandonnés depuis peu
Je Culte des Idoles, pour être reçus parmi les Cathécumenes,
& fe préparer à la Grace du Baptème. Ils vivoient tous dans une
étroite union; & montroient à l’envi le même empreflement à
profiter des Leçons du Saint Miniftre, que la Providence leur
avoit envoyé ; & à la fureté duquel ils ne s’intérefloient pas
moins, que fi la fortune de trous, & rout leur bonheur eût dé-
pendu de là. Le zélé Mifionnaire de fon côté continuoit à
mettré tous fes momens à profit, pour avancer l'Œuvre du
Seigneur. Le travail fuccédoit toujours à la Priére; & il s’appli.
quoi particuliérement à bien connoître la Langue, le gépie,
les Mœurs, les Coutumes des Tonquinoïs : Comme il ne dëéf-
roit rien tant que leur Salut, il ne ge +7 rien pour le leur
procurer. La docilité, qu’il avoit le plaifir de remarquer dans
tous ceux qui croyoient dé'a en JEsus-CHRIST, lui faifoit
efpérer que les autres profiteroient auffi de fes Prédications,
pour fortir des erreurs, & des horreurs du Paganifme, & ou-
vrir enfin les yeux à la Lumiére de l'Evangile. Maïs nous verrons
bientor que c’étoit moins par fes Courfes Evangéliques, que
par fes liens, que le Seigneur vouloit être glorifié, & rendre fon
Miniftere ucile à plufeurs. |
_ À quelques journées de Luc-Thuy étoit la demeure d'an xur1.
Bonze, apellé Thuy-T'inb, Homme bardi, & factieux, Idolä- , ? He
‘tre zélé, & grand ennemi des Chrétiens , autant peut-être par TARN ES
Cupidité que par Superftition. Il ne pouvoit voir qu'avec un
mortel chagrin, que le nombre des Fidéles augmentant tous les
jours dans ta Province , le Culte de fes Dieux étoir négligé,
Jeurs Temples prefqu’entiérement abandonnés ; & leurs Prè-
tres fans Emploi, comme fans honneur. Il cherchoit donc le
moyen de pu la Religion du Pays; & de fe procurer à lui-
même la fubfftance , par l’extin@ion du Chriftianifme. Les
Loix du Prince ne lui permertoient pas de fuivre roure l’im-
pétuolité de fon zéle, concre les fimples Chrériens : mais elles
| a Sfff ii
694 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LivRrgS l'autorifoient à pourfuivre les Prédicateurs de la Foi, à les faire
X LVIIL arrêter par tout où il les trouveroit; & à les conduire devant le
François GiL Tribunal Royal. Il avoit fouvent cherché l'occafon de fur-
De Feorricx, prendre nos Miflionnaires ; & fouvent il l'avoir manquée. La
—"" Providence permit que pour cette fois il prit mieux fes melu.
res. Inftruic du lieu, & de la Maifon , où le Pere Gil de Fede-
rich étoit logé, le Bonze aflemble fans bruit un nombre confi-
dérable d'Idolâtres, fe met avec fon Fils à leur tête; marche
droit au Bourg de Zuac-thuy 5 & il y arrive de nuit le troifième
en d'Août 1737. Pendant que le Miniftre de Jesus-CHrist
*__ offroit de grand matin les Saints Myftéres , Thay-tinh fit in-
veftir la Chapelle; & difpofa fon monde de telle forte, quele
Rucc. Storic, p. s. Prédicateur ne pouvoit lui échapper. Les premiers Chrétiens
| qui s’apperçurent du danger, en avertirent leur Pafteur au mo-
ment qu’il defcendoit de l’Aurel : il n’en fut point trouble:
mais , pour éviter le défordre, Fm {eroit arrivé, fi les Fideles
du lieu avoient eû le cems de s’afflembler , & de fe mettre en de-
XV. fenfe , le généreux Miflionnaïre ouvrit lui-même la porte ; mit
Ç Pluton 4 soute fa confiance en Dieu, & fa perfonne entre les mains de fes
naemis. Auflicôt lié avec de grofles Cordes, on le conduifit
précipitamment fur une Barque, qu’on tenoit prête à une petite
diftance de là.
Les Infidéles vouloïent emmener en même terms deux Fem-
mes, & un Homme, qu’on foupçonnoit peut-être le Maître
XVI. de la Maifon, où étoir la Chapelle. Le Pere Gït, qui nefe
Ce qu'il obtient plaipnoit point de fa propre captivité , fut très-fenfible à celle
RE detrois de ces trois perfonnes. Il repréfenta qu’elles n’avoient contre-
| venu en rien aux Loïx du Pays; que ce n’étoit point chezelles,
qu'il avoit été logé : il demanda avec tant d'inftance leur élar-
giflement , & repréfenta fi bien l’injuftice qu’il y auroit à le re-
fufer, be le Prêcre des Idoles, gagné ou intimidé, ne s’opiniätra
plus à les rerenir. En les renvoyant dans leurs Maifons , T'hay-
mi _#inh demanda au Pere Gil, fi lui-même n’avoit point peur. Non,
xvrr répondit l'intrépide Confefleur de JEsus-CHRIST, 1e n€
Ce qu'il répond crains rien pour moi-même : le Dieu que je fers eft aflez puiffant
ons our m'arracher de vos mains, fi c'eft fa volonté : & s’il veut
tre glorifié par mes fouffrances, & par ma mort, je ferai très-
volontiers le facrifice de ma Vie. Je craindrois plutôt que ma
détention nc fur préjudiciable aux Fidéles, que la Providence
avoit confiés à mes Soins, fi je ne favois que le Seigneur n’aban-
donne jamais ceux qui efpérent en lui. |
Les Chréciens de Luc-chuy, à qui notre Prédiçateur n'avoit
a — —
7" DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 695
point permis d'employer la force pour le délivrer, envoyérent
offrir quelque argent au Bonze, pour racheter leur Pafteur :
mais cet iInfidéle Êe d'abord femblant de rejerter la Propofition ,
dans l’efpérance de fe faire donner une plus grofle fomme ; &
‘pour la même raifon, au-lieu de conduire tout de fuite ion Pri-
Âonnier devant un Tribunal, felon les Edits, il le retint pendant
dix jours dans fa propre Maïfon ; reçut cependant l'argent, qu’on
vouluc lui donner, & ne rendit point la liberté au Miffionnaire.
Cette fraude irrita les Chrétiens : ils s’'adrefflérent au Gouver-
neur de la Province ; & lui firent des Propofitions, dont il parut
fatisfait. Il envoya fans delai un Officier avec des Soldats, pour
enlever de force le Bonze, & avec lui le Mifionnaire , qu'il
vouloit mettre enfuire en liberté. 7 h4y-tinh, voyant les Soldats
approcher de fa Maifon, prit la fuite ; & craignant que le Gou-
verneur ne le deférat lui-même à la Cour, comme un Homme
qui s’encenduit avec les Chrétiens, il crut qu’il devoit le préve-
Dir. Il fe préfenta au premier Magiftrat du Tribunal Royal; lui
raconta une partie de ce qui s'étoit paflé ; & porta fa plainré
contre le Gouverneur, & contre les Chrétiens de Zac-thuy. Cet
éclat ayant rendu la détention du Pere Gil 4 dans tout
le Royaume, le Gouverneur n’oza plus penfer à lui donner la
liberté ; mais l’ayant fait conduire à Checo (ou Kecio) Ville Ca-
pitale du Tonquin, il accufa le Bonze d’être un Fauteur des
Chrétiens, puifque c’étoir dans fa propre Maïfon qu’un Miffion-
naire venoit d’être faifi; & qu’on n’ignoroit pas qu'il avoit recu
les préfens des Habitans de Zuc-thuy. Cet incident multiplia
beaucoup les procédures ; & empêcha que le Confeffeur de
JEesus-Curisr n’obrint fitôtr la Couronne du Martyre.
La Grace, qui le foutint dans fes longues épreuves, lui apprit
à mettre tout à profit, foit pour acquérir.de nouveaux mérites,
foit pour faire de nouvelles conquêtes à JEsus-CHRIST ;
dont il confeffa le Nom, & prècha la Religion devant neuf on
dix Tribunaux. Le Voyage, qu'il eût à faire, pour arriver à la
Ville Royale, fut de dix journées ; & outre les mauvais traite-
mens qu'on ne lui épargnoit point , il étoit confumé par une
Fiévre ardente. Maïs, parmi les peines, & les tribulations, là
pen‘ée qu’il fouffroit pour la Caufe de JEsus-CHRIST, rem-
plifloit fon Ame de confokation, En rendant compte à fon Supé-
rieur de tout ce qui lui écoit arrivé depuis le jour de fa Captivité,
il difoic qu'il avoic plü à la Divine Bonté, de lui envoyer une
maladie, pour éprouver un peu fa patience : Car ,ajoutoit.il,
*
Livre
XLVIIL
FRANÇOIS GIL
DE FENFRICH
XVILI
Conduite du Prê
tre des ldoles,
XIX.
Et du Gouver-
neur de la Pro-
vince,
Ibid. pag. to, LG
XX.
Joye & conio-
lation dans les
fouffrances.
Ibid. pag, 12 ]
696 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRÉES
Liver dans tout ce que j'ai ci à fouffrir d'ailleurs, Dies ma fait la grace de
XLVIII. 4 /fupporter avec une véritable Joye. |
PT Arrive à Kerio, le Saint Miflionnaire fut d’abord conduit
De Frosricn, dans une affreufe Prifon, chargé de Fers, & de Chaines. Ilef
—— vrai, que le pitoyable état, où la violence de la Fiévre, & les
XXI. incommodités du M l’avoient réduic, toucha un peu le
eo Geolier : au-lieu de l’enfermer d’abord dans le Cachort, on le
miére, & feconde laifa dans une Salle deftinée pour les Gardes : mais il n’y eût
Prifon. pour Lit que la terre nüe ; & pour nourriture qu’un peu de Riz,
lit qu'une Femme Chrétienne fai procuroit fous- main, & qu'il
partageoïc avec les autres Prifonniers. On ne le retira de là,
pour le conduire à une feconde Prifon, qu'après l’avoir dépouille
de fes Habits ; & l'avoir chargé de nouvelles Chaines, qu'il
porta depuis jufqu’au jour de fon glorieux Martyre. Le Seigneur,
il pag.14 Cependant continuoit à le confoler en l'éprouvant. Quoique fa
. maladie fut venue à ce point, qu’on défefpéroit prefque de fa
Vie; & qu'il n'eut ufé aucun remede, il fe trouva tout-à-coup
guéri, prefqu’au moment qu'on lui mettoit les Fers aux piés
dans fa feconde Prifon. Un Prêtre Catholique , Originaire du
Tonquin (fous l'Habit de Médecin) lui rendit une Vifire; en-
rendit fa Confeflion; & fut extrêmement édifié de la patience
héroïque du Prifonnier de JEzsus-CHr1sT; qui n'ouvroit la
bouche, que pour bénir les Miféricordes du Seigneur; & ne
xxrr, formoic des Vœux que pour demander de nouvelles fouffran-
1 prie pour les ces, & la converfion de ceux qui le faifoient fouffrir. Bien loin
Infidéles, de fe plaindre du Bonze , ou de faire connoître fa mauvaile
Foi, & tout ce qu'il avoit fait de contraire aux Loix du Pays,
il ne voulut jamais dire une parole, qui pût lui faire tort.
ME Le premier, & le fecond jour de Novembre 1737, le Pere
xxtir Gil fut préfenté aux Juges, & interrogé fur le fujer de fa déten-
Qui Paccablent tion, Ces Magiftrats, parmi lefquels il y en avoit qui croyoient
Fioiuee en JEsUs-CHRIST, lui parlérent avec aflez de béote : Mais,
une populace idolâtre l'accabloit d'injures , & de railleries,
lorfqu’on le conduifoit de la Prifon, au Sénat; ou qu'on le rame-
noit du Sénat dans les Prifons. Déia accoutumés à le regarder
comme un Homme profcrit, deftiné au dernier fupplice, les
Infidéles le chargeoient d’opprobres, & ne permettoicent pas
qu’il s’arrêcat devant la Maifon de qui que ce fut, pour ie re-
rs un moment; comme fi c’eut été ua funefte Préfage pour
e Maître de la Maïfon. Cependant le crajer étroit long , & les
Fers, dont fes piés eroient chargés, y avoient fait de profonces
playes j
—
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 6Go7
playes; qui en fe renouvellant à tous les pas, lui caufoient les Lr1yn 2
plus vives douleurs. On le vit pendant plus de quinze jours cou. XLV11f.
ché fur la terre, à un coin de fa Prifon, fans qu’il lui fur poffible ee
de-fe remuer, ni de changer un moment de fituation. É; Re Gi
Dans cet état, le Saint Confeffeur de Jesus-Carisrfe CE
rapellant celui de fon Divin Maître, chargé lui-même de fa
Croix , & condamne à la mort par les cris redoublés du Peu-
ples de Jérufalem, portoit avec un courage invincible la péfan- xx1v.
teur de fes Chaines ; ne fe plaignoïit point de fes douleurs, & _ Patience héroï;
fouffroit avec la même patience toutes les infulres des Genrils. °° ;
Ils Poutrageoient en routes maniéres; & il les aimoit fincére-
ment. Ne ceffant de prier pour leur Converfion, comme pour
la perfévérance de ceux qui avoient déja embraffé la Foi, il
auroit pü leur dire, ce que Saint Paul difoit autrefois à ceux
de Corinche : « Nous n'avons point faic tort à perfonne ; nous y eo vn_«
n'avons corrompu l’Efprit de perfonne; nous n’avons pris lea 34 :
bien de perfonne. Je ne vous dis pas ceci pour vous condam- «
ner, Vous êtes dans mon Cœur à la mort, & à la Vie. Je vous «
parle avec grande liberté; j'ai grand fujet de me glorifier de «
vous: je fuis rempli de confolation ; je fuis comblé de joye par. «
mitoutes mes fouffrances ». Repletns fm confolatione | fupera. |
êsndo gaudio in omni tribulatione noffra. - Ne
La Charité, qui le prefloit, ne lui permettoit pas de faire
attention à la mauvaife volonté des Idolâtres ; mais il en faifoit
beaucoup à leur aveuglement, & à leur perte : déja il efpéroit
que fes il feroient utiles à plufieurs. Outre les confo-
lations intérieures , que Dieu répandoit dans le Cœur de fon
Fidéle Miniftre ; il lui donna une preuve fenfible de fa Divine
Protection, en infpirant à deux Femmes encore engagées dans
le Culte des Idoles, la penfée de prendre quelque foin du Saint xxwv.
Prifonnier. Elles écoient logées près de la Prifon ; & parleur Sentimens d'hus
crédit ( peut-être aufli avec l'argent de quelques Chrétiens } penié dans deux
elles obtinrent du Geolier, & des Masiftrats , la Periniffion de tres.
conduire le Miffionnaire chez elles, afin de pouvoir panfer fes |
playes, & lui procurer du foulagement. On leur permit depuis R# Storic, pe as
de le garder toute la journée dans leur Maïfon , qui devint ..
dans la fuite, tant la nuît que le jour, la demeure ordinaire du
Prifonnier de JEsus-CHrisT, fousle cautionnement d’une
perfonne connûe, & à condition qu'il fe préfenceroit toutes les
fois qu’il en feroit requis Les fuîres crès-heureufes firent voir
ue la Sage Providence l’avoit ainfi ordonné pour la confolation
d'un grand nombre de Chrétiens, & la Converfion de plufieurs
Tome VI, Tete
698 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livasz Infdéles. Les uns & les autres eurent la liberté de venir le vil
XLVIII ter, & de profiter de fes Inftruétions. Il profitoit lui-même des
fréquentes Vifices d'un bon Prêtre, qui lui adminiftroit les
Sacremens. |
Les deux charirables Hoteffes furent des premieres, à qui la
force de la Grace {e fit fentir, dans les faints entretiens du Ser-
viteur de Dieu : elles ne devoient point être privées de la re.
compenfe, promife à celui qui recoit un Prophète. Le PereGil,
plein de reconnoiflance & de zéle , ne laïfloit pafler aucune
xxvr occafon, dont il ne profitât, pour infpirer à ces deux Dames
Leurrécompenfe. un faint defir d'appartenir à Jesus-CHrisr. Il leur parloit
P.:4 fouvent de fa Sainte Vie, de fa Doctrine, de fes Miracles, de
tout ce qu'il a fait, & fouffert pour le Salut du genre Humain.
En expliquant avec onétion les Dogmes de la Foi, & les Ré-
ples de la Morale Chrétienne , il faifoit admirer la pureté, &
a fublimité de notre Religion. Ses éxemples foutenoient bien
fes Paroles ; & cependant tout cela ne fit pas d’abord imprefhon
xxvir furlecœurde ces Femmes Infidelles. Dieu permit que l’une des
D de deux fut attaquée d’une cruelle maladie, qui la fit beaucoup
pour la Conver. Qufirir dans l'Etprit, & dans le Corps. Toujours agitée de mille
fon de la pre- troubles, dont elle ne connoïfloit point la fource, & livrée aux
pee: plus fenfibles douleurs , après avoir vainement cherché la fin
de fes maux, tantôt dans le fecours des Médecins, tantôt dans
les facrifices , qu’elle faifoit offrir à fes Idoles ; elle eut enfin
recours à la Charité du Miniftre de Jzesus-CHRIST;& pro
mit de croire, & de vivre déformais en Chrétienne, s’il lui ob-
tenoit fa té fon. Le Saint Miffionnaïire prioit depuis long-tems;
mais après cette promefle il redoubla la ferveur de fes Priéres ;
& la Malade fut fubirement guérie. Dès-lors elle écouta avec
docilité les faintes Inftruétions ; demanda avec humilité le
Baprème ; s’y prépara, le reçut; & ne cefla depuis d’exhorter
fa Compagne à fuivre fon Exemple.
Celle ci réfiftoit toujoursavec opiniâtreté.& lorfqu’on la pref
foit davantage ,elle répondoïit froidement que le fruit n’écoit pas
| encore mur. Ses longues réfiftances ne fervoient qu’à enflammer
xxviitm de plusenplusle zéle du pieux Miniftre. Il mulriplia fes Priéres
La feconde re- avec fes pénitences : le Seigneur l’éxauca; & il en fit l'inftru-
çoit aufli le Bap- | = ? Re
tème. ment de fa Grace pour le Salur de cette Ame. La Tonquinoife,
Jbud pag. 25,26, APTÈS AVOIr long tems combattu, & difputé, fut éclairee, tou-
chée, convertie: d’Idolitre obftinée , elle devint une Chrétien-
ne pleine d’humilité, & de ferveur. La premiére mourut quel.
que rems après, munie de tous les Sacremens, & dans de grands
FRANÇOIS GIL
DE FEDERICH.
RSR er tn
= Re ———_— oo ——— he
"+
117 æÆ
Na
"4
V
Le Va
d'a
DEN K\
Le A :
th
tir
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. . 699
fentimens de piété. La feconde vécut encore plufieurs années; Livre
& fouffrit avec une conftance admirable, routes les contradic- X LVIIT,
tions, que lui attira de la part des Infidéles fon Amour pour la François GIE
Religion na ESUS-CHRIST, C'eft l'Evèque de Corce qui prperici
nous apprend ces circonftances. | nel
Cependant le Pere Gil, ayant déja fubi plufieurs interroga- xx1x.
toires, fut condamné à la Mort, pour avoir prêché la Religion a,
Chrétienne ; & la même Sentence condamnoit le Bonze 7 hay- Gi
tinh, & {on Fils, à ia garde des Eléphans, pour avoir gardé
dix jours le Miflionnaire dans leur Maifon. Le Confeffeur de #14. r. «4.
pe US-CHRIST apprit avec d'autant plus de fatisfation
’Arrêc de Mort porté contre lui, qu'il croyoit toucher déja
au moment heurêux de fon Martyre. Mais il en étoit encore
bien éloigné. Selon l’ufage des Tonquinois, l’éxécucion de leurs
Prifonniers ne fe fait ordinairement que dans la derniére Lune,
qui répond à notre mois de Décembre, ou de Janvier; & lorf-
que, pour des raifons publiques ou particuliéres, le fupplice de
quelqu'un eft différé, il l'eft roujours pour une année entiére ; &
quelquefois pour plufieurs : c'eft ce qui arriva à l'égard de notre
Miflionnaîire. On avoit uni fa Caufe avec celle du Bonze, dans XXX
le même Arrêt : celui-ci apella fouvent de la Sentence, & porta pourquoi on
la même Caufe à différens Tribunaux. Il eft vrai que l’Arrèc différe long-tems
fut coujours confirmé ; mais cer Appel en fufpendit long-tems D ES
PExécution. Dans une autre année , tout le mois de la dernitre
Lune fuc confacré à des réjouifflances Publiques , à l’occafion
des Ambaffadeurs de l'Empereur de la Chine, qui étoient venu
donner l'inveftirure du Royaume au Roi du Tonquin. Les Guer-
res Civiles, la Pefte, & diverfes calamités, furent pendant plu-
fieurs années, un nouveau fujet de remettre À un autre remis la
Conclufion de la même Affaire. Le défir toujours plus ardent
du Martyre failoit paroître ce tems bien long au Confefleur
de JEsus-ChrisT, & il n'attribuoic tous ces délais qu’à fon
indigniré : « Ce font mes péchés (difoit il, dans une de fes md p. st
Lettres) c’eft mon orgueil, & mon ingratitude envers Dieu, «
| - me privent d’un bien que je fouhaitois ; mais que j'atten- «
js peut- être avec trop de préfomption de moi-même ».
Le 24 de Novembre 1738 ilécrivit à l’'Evèque de Céomanie, xxxXL
pour lui rendre compte de ce qui lui écoit arrivé depuis fa dé. EAN e care
tention. Il fe réjouifloir de ce que le soir n’avoit Point que de Céomanies
permis, que les Habitans de Zac-thuy fuflent maltraités à fon
occafion ; & de ce que le Tribunal leur avoit fait reftituer cout
l'argent, qu'ils avoient donné au Prêtre des Idolés, pour lui
Tccti
700 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livrex fairerelâcherle Prifonnier. Il ajoutoit, que ce Bonze, condant
XLVIII né d'abord pour toute fa Vie à la Garde des Eléphans, n'avoit
François Gir, ©T€ Condamné par un fecond Jugement qu’à fubir cette peine
De Froericu. l'efpace de fix ans. Pour moi (difoic le Saint Prédicateur ) je fuis
| toujours condamné à mouir, pour avoir annoncé l'Evangile
aux Tonquinois. Plaife à la Divine Bonté d’agréer mon Sacrifice:
Ego autem capise damnatus [um : siinam Deus mibi concedat dd
banc gloriim *ertingere.
TT Si on différoit de le iaire mourir, on ne cefloit d’éprouver {a
Le Pere Gilcité Conftance en différentes maniéres. Le vingtiéme de Juillet
devant un nou- 1739 , on l'apella devant un nouveau Tribunal. Le Bonze
veau Tribunal, | : | Le
confeffe haut: Z'P&ÿ-#inh y parut auf; & pour repouffer l’Accufation faite
ment Jesus- Contre lui, il demanda qu’on fit apporter devant les À ts
a rue Images, qu’on avoir trouvées parmi les Effets du P. Gil; vou-
{a Religion. lant, difoit-il , les fouler aux piés; & montrer par là qu’il n’avoit
rien de commun, ni avec le Prédicateur des Chrétiens, ni avec
fa Religion. [! n’eft que trop vrai que cet Infidéle ne méritoit
pas de fouffrir pour une fi belle Caufe : la Juftice Divine le
pourfuivoit pour des Crimes plus réels. Quand ont eüt apporté
un Crucifix, & quelques autres Images, qui appartenoient à
notre Miflionnaire ; on les jetta par terre en fa Préfence; & on
race, storie, pag, Jui Ordonna de les fouler aux piés. Ceft, répondit-il, avec
13, 4 fermeté, ce que je ne ferai jamais : en D ainfi, il fe mitd
enoux devant le Crucifix, & le baifa plufeurs fois avec refped,
fe Juge lui demanda ce que c’éroit que cette Figure. Le Pere
répondit qu’elle repréfentoit le Fils de Dieu, qui a voulu fefaire
Homme, & mourir fur une Croix, pour le Salur de tous les
Hommes , qui croiroient en lui, & garderoïenc fes Divins
Commandemens. Et cette autre Image, ajouta le Juge, que
repréfente-t-elle ? Elle repréfente, dit le Pere, la Saince Mere
de JEesus-CHr1sT, qui, fans cefler d'être Vierge, a eù le
bonheur d’être Mere du Fils de Dieu. Le Juge lui demanda
alors où il croyoit aller après fa Mort; & il répondit : j'efpére
jouir dans le Ciel d’un bonheur éternel, que JEsus-CHRIST
nous a mérité par fa Croix , & qu'il a promis à ceux qui le
confefferoient devant les Hommes. Le Juge repliqua : coniment
efpérez vous de monter au Ciel ? Pouvez-vous ignorer qu'après
votre Mort votre Corps pourrira dans le fein de la verre : Le
Sainc Confeffeur répondit : Oui, nos Corps terreftres font ren-
dus à la terre ; mais pour reflufciter un jour; & cependant notre
Ame, certe fubftance fpirituelle & immortelle , après fa fépara-
tion d’avec le Corps, eft portée dans le Ciel, pour y jouir avec
F- se DS 1 7 .
VAE EU A :-
? ]
VS EN un
&
CE OST Or wa Et x à :
se
Le — Ron
Te +
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. or
Dieu d’une félicité qui ne finira point, ou gr) se dansl'En- Livre
” fer, pour y être éternellement ‘punie , felon les mérites d’un XLVIII.
chacun. De qui avez-vous appris cette Doëtrine, repartit le FRANÇOIS GIL.
Juge ? De Lieu même, répondit le Miflionnaire : tout ce que ;,; Feénenicn.
J'avanceici, c’eft Dieu qui l’a revelé aux Hommes par fes Pro- ==
phètes, & par fon propre Fils, Tout ce que Jesus CHRisT EL
nous a enfeigné , comme tout ce qu'il a fait fur la terre ,les .
anciens Prophèêtes l'avoient prédit plufieurs Siécles, avant fa
naiflance temporelle ;, & il à lui-même confirmé fa Do&rine,
par des M Fe 203 qui rendent témoignage d fa Divinité.
… Le Pere vouloir continuer à propofer, & expliquer les Véris voyez
tés de notre Religion : on l’interrompit, comme on avoit déjæ Conftance , &
fait plufeurs fois : & après quelques autres ie mr les fermeté du Sains
Miniftres de la Juftice portérent une Maflue, qu’ils poférent
devant le Saint Mifonnaire, 1l crut:que c’étoit pour le frapper nace. scouts, pag:
lui-même; & il fe mit auffrôt à genoux , prèt à recevoir les 5° 34
_ coups., dont le Juge l'avoir menacé. Mais on lui ordonna de
fe lever , de prendre cet inftrument, & d'en frapper fon Cruci: -
fix. Alors plein d'horreur & d’indignarion , il fe leva , pricla
Maflue , & la jeta bien loin, proteftant qu'il fouffriroit tous les
Supplices, & la Mort; mais qu'il ne feroit jamais une adiow
indigne d’un Chrétien. On remit la Maflue entre les mains du
Bonze, & comme cet Infidéle alloit frapper fur les Saintes
‘Images, le Pere Gil fe jetta par terre, les couvrit de fes deux
mains; & dit hardiment au Prêtre des Idoles, qu’il n’avoir qu'à
frapper. Voyez, dirent alors les Juges, combien on eft cer:
Amour, que les Européens ont pour leurs Images; fans doutè:
que.ces. coups de Maflue leur cauferoient bien du mal. Cette xxx1v.
raillerie donna occafion au Pere Gil de leur dire, queles Chré- Sagefle de es
tions, moins ftupides , & moins fuperftitieux que les. Idolâtres. XP sue
ne penfoient point qu'il y eût ni Sentiment, ni Vie, ni aucune:
Vertu, ou Divinité dans les Images; & que lerefpe&., qu'on
leur portoit , fe rapportoit uniquement à l’Objet, qu’elles nous
repréféntoient. Je m’aflure, ajouta-t'il, qu'aucun de vous ne
voudroit fouler aux piés l’Image de fon Pere, ni frapper fur celle
de fon Prince : & ce qui vous retiendroit, ce ne feroit pas fans:
doute la crainte de caufer de la douleur à ces Images ; maïs le ï
feul refpet , qui eft coujours dû au Prince, & à ceux ,-qui vous!
ont donné la Vie. Cecte réponfe étoir fimple, & fenfée : perfon-
ne n’en parut offenfé ; mais elle ne changea rien dans les difpofi.
tions des Jugess "2, .
. Quoique tout le monde füur pérfuadé: que le. Bonze étoit auf:
be Tctci
702 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvas décidé Idolâtre, que le Pere Gil étoit zélé Chrétien, on con-
XLVIITS frma néanmoins le Senrence déja rendue contre l’un & l'autre.
Éric Thay-tirh en appela encore; & le Saint Confeffeur fur obligé
DE Feberic. € paroître devane un nouveau Tribunal le 20 de Seprembre
= 1739. C'étoienr aurant d’occafons que la Providence lui four.
XXXV. nifloir ; done il ne manqguoit jamais de profiter, pour rendre
: Le mn fémoignage à la Vérité, en confeflant fa Foi, Le nouveau Juge,
bunal, aflez favorable aux Chrétiens, l’interrogea de Ja forte : qu'êtes.
vous vent faire dans ce Royauine ? Ze Pere:: J'y fuis venu pour
précher la Religion de Jzsus-CHR1ST. Ze Juge: depuis quel
Eéms y Êtes-vous ; où avez-vous prêché; quel rems avez-vous
demeuré. dans le Maifon- d’un de nos Prêtres, où on vous: faifi;
Luc 124 Pere: je fuis dans ce Royaime depuis quatre ans. Pendant
_! deux ans j'ai -prêché les Vérirés de la Religion Chrétienne,
, fantôr d'un çôté, rahitôr d’un autre ; & je n’ai été que dix jours
dans la Maifon d'un de vos Prêrres.
xxxvr * Unautre Sénateur, ptenant la parole, lui dit : Pourquoi avez.
Autres Interro pus abandonné votre Patrie, pour venir dans le Tonquin » Ze
gationsifages Ré Dére.:. Je fuis pailé de ion Pays dans celui-ci, par le feul défir
bé de faire connoîere le vrai Dieu, & le Nom de Jzsus-CHrxsr,
Pag 57,3 Qui eft le Sauveur du Monde : c’eft pour faire connoître {a Loi,
que je me fuis expolé à tant de farigues. Ze Sénateer : à quoi
peut fervir cette Loi? Le Pere: Il n’y a que ceux qui la fuivenr,
qui puiflent être érernellemenr heureux. Elle feule nous apprend
la .vérirable Religion, & le chemih du: Ciel. Ze Sénateur : les
Loix du Royaume défendent de prêcher celle de votre Cuais.
Le Pere : I] n'eft perfonne , qui puiffe juftement défendre d'en-
feigner une Religion, que Dieu ardonne de prêcher à tous les
Hommes, & par toute la terre : s’il y a-des Loix qui le défen-.
* dent, c’eft certainement un abus dé la Puitlance, qui vient elle«
même de Dieu. Le Sénateur lui dit ; que fa Religion étoit faufé;
& que lui même, il avoit avancé des fauflerés. A quoi notre
Mifbonnaire répondit, qu'il n’avoit rien dit qui ne fut vrai:
qu'aurefte quand il diroit quelque chofe de faux, il ne s’enfui-
vaoit pas que la Religion Chrétienne fuc faufle, elle qui défend,
& condamne tant menfonge. :.. Re
xxxvitr ::.On lui demanda enfuite leshoms des perfonhes, qui /l'avoient.
Ce que le Juge Jogé dans les-différens endroits, où il avoit préchée. Eril ne
pen répondit qu’en général, pour ne point expofer les Fidéles , ni
les Familles, qui avoient éxercé l'Hofpitalité à fon égard.
Après cela, le Juge ordonna à un Notaire de mettré par écrit
les Articles fuivans ; 1°: que lé Pere Gil Européen étoit danse
ee
A
|
om EP — mn
DE L'ORDRE DE S.: DOMINIQUE. 703
Royaume depuis quatre ans : 2°. qu'il y avoit prêché pendant Live u
“deux ans la Religion Chrétienne, tantôt dans un lieu, tantôt X LVIIL
dans un autre : 3°. qu'il n'avoit refte que dix jours , dans la FRANÇOIS G L
Maiïlon d’un Prêtre de la Nation : 4°. qu'interrogé plus ample- 5 Féprricu.
ment fur une autre matiére, il n’avoit point voulu donner de ==
zéponfe. | |
Pendant que le Notaire écrivoit ceci, le Miffionnaire s'ap- xyxxvarr.
perçut qu’il avoit mis deux Lettres, quien Larigue Tonquinoïife ee Gil y
; . 5 ‘ .d À fait cha: ger quel
pouvoient faire un fens équivoque, & figniñer que PEuropéen dise,
avoit avoué que la Religion qu'il préchoit étoit une mauvaïfe
Loi. Il pria aufficôt le Juge de faire changer ces deux Lettres. :
Onen fit d’abord quelque difficulté ; mais le Prifonnier ND rot
Curisr,aufli peu capable d'être intimide ,que defe lai er fur-
prendre, déclara avec fermeté, que fion n’ôroit les deux Lettres
de cet Ecrit , il ne le figneroit jämais. Le Préfident ordonna
donc d’effacer ces Lettres, & de mettre, que le Pere avoit prè-
ché dans le Royaume la Loi des Chrétiens. Le Pere Gil figna;
& fut ramené dans fa Prifon.
. L'Evêque de Corée a bien voulu nous apprendre tout ce xxx1x.
détail; & celui de Céomanie nous a confervé une Lettre, .que ere ile
le Pere Gil lui écrivit le 28 d’O&obre 1739; dans laquelle il que de Céomanie.
lui marquoit, que depuis l’année derniére il avoir été conduit
trois fois devane le Tribunal ; qu’autant de fois Dieu lui avoit
fait la Grace de confefler le Nom _. sUus-CHRIST; de
fouffrir quelque chofe pour cette confeflion ; & de réfiftèr avec
fermeté aux inftances, qu’of lui faïifoit, pour l’obligèr de fraper
furle Crucifix. Le Saint Confeffeur, atrendant toujours l’Exé.
cution de l’Arrèt porté contre lui, fe recommandoit avec humi-
lité aux Priéres du Prélar, & à fes Sacrifices, afin qu’il plût au
Seigneur de lui accorder la patience, la fotce, & la Grace de le
glorifier en toutes chofes, à la Vie & à la Mort (1). :. °°"
Ünegrande Révolution, & divers féaux défolérent le Royau- XL,
me du Tonquin, les années 1740, & 1741. Mais'ces Caidmi-" Fléaux dans le
tés, & cés troubles, qui tenoïent toutes chofes en fufpens, &_ T°
qui empêchoient les autres Miffionnaires d’éxercer leurs Fonc-°
tions ; ou qui en rendoienc l’éxercice plus difficile’, fürtouc par”
rapport aux Chrétiens qui fe trouvoientau voifinage de la Cour,
ts D M eo
(1) Ego capite pletendus iterum judica- tientiam , fortirudinem ; & gtatiam cohce.
bor. Faxit Deus, ut ad banc gloriâm mihi | dere dignetur , ut five per vitam, five per
pervenire contingat..... Quapropter Do-[ mortem Deo meo in omnibus placeam. Ad
minationem veftram fupplex rogo, ut me Ludov. Epife. Coomansnfem , dis 13 QGob. |
in fuis Oratienibus & Sacrificiis commen-l1739.. . NS DR
dâtum habeat apud Dominum; ut mihi pa:
<
| 104 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LrveE donnérent au contraire une nouvelle occafion au Pere Gil de
XLVITI. rendre fon. Miniftére utile à plufieurs. Depuis. que le Vicaire
FrançorsGrr, d rovincial des Dominicains avoit trouvé le moyen de lui pro-
‘pe Fevericu. Curer des Vafes Sacrës, & les Ornemens néceflaires pour la
—— célébration des Sainrs Myftéres, le Prifonnier de Jesus-CHRIST
avoit fouvent la confolation d’offrir le Sacrifice non-Sanglant,
& d'y faire participer les Fidéles. Il concinuoit d’habiter es la
Maifon, dont nous avons parle. L'argent des Chrétiens rendoit
| : toujours traitables les Magiftrats, les Geoliers, & les Gardes,
XLT ‘ tandis _ la Divine Providence menageoïic les événemens,
!
Utiles au Salut = 7". 7 À
de plufeuis:® ne différer le Martyre du Saint Confefleur , & procurer, par
on Miniftére, la connoiffance de notre Religion, à ceux qui
l’avoient perfécurée fans la connoître. |
xzir . Dans un temsde difete, de Conragion, & de Guerre Civile,
ga os la ferveur des Chrétiens affligés par tant de maux, étoit plus
Ne marquée ; & leur confiance pour le Miniftre ne ag RIST,
fi grande, que non contens de venir fe confefler à lui, ils lui
apportoient & leurs petits Enfans, pour les faire baptizer ; &
.….. Jeurs Malades, pour qu’il leur donnat les derniers Sacremens.
. 4 Selon la Relation qu’il en a faire lui-même ; dans l’efpace de deux
st + années, il entendit près de quatre mille Confeflions, donna le
aptême à cent-vingt-deux perfonnes, & l'Extrème-Onction à
xLIIL quatre.vingt-huit Malades. On lui permit depuis d'aller admi.
a niftrer quelques Infirmes, tant dans la Ville de Kecio ; que dans
PRE les Campagnes Voifines. Il eft vrai qu'avant la fin de 1747 la
nouvelle Convertie, qui logeoïit notre Mifionnaire, fouffric à
cette ocçafion de grandes Véxations ; & fe feroit trouvée peut-.
éere expofée à de plus grandes, fi elle n’avoic eu & affez de cou-
rage pour porter patiemment les premiers coups, & aflez de
faveur, au d'argent pour détourner les derniers, dont elle écoic
menacee. D
Les différentes maniéres, dont le Miffionnaire fut traité du-
rant fa longue Prifon., nous font comprendre, que tous les Ma-
. «:gliErats n'étoient pas également prévenus contre le Chriftia-
nifnie : peut-être aufli que les mêmes fe montroient tantôc fa-
vorables, & rantôt difficiles, felon que les Chrétiens étoienc
plus ou moins artentifs à les adoucir par des Prétens. Le Seigneur, -
cépendant fe férvoit de tout, ou pour éprouver fon Miniftre ; ou
pour procurer de nouveaux Secours à ceux qui croyoient en lui,
Dans une Lertre du 25 Janvier 1 741 le Pere Gil s'expliquois
anis | |
"4 Je fuis forcement perfuadé, que le Pere des Miféricordes,
Racc. Storic. pe 41:
» À
- DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. os
8t le Dieu de toute Confolation, fans avoir égard niâ mona Lrvers
indignité , ni à mon ingracicude, veut fe fervir de mon foible « X LVIIT.
Miniftére, pour le Salut d’un grand nombre de perfonnes ;« Gr
qui, dans une extrême néceflité , fe trouvoient fans ‘aucun « ;,, DR
Secours fpiricuel. Que fon Saint Nom foit béni. Il ya cepen-«
dant pc a tems qu’on me laifle moins de Liberté de rece- « . X L ne k
voir la Vifite des Chrétiens : on ne me permet plus à préfent « L'Evéque de Céas
de pañler la nuir dans cetre Maifon : & non-feulement dans « manie.
cette Maifon, maïs aufli dans toutes les autres, on a bien de«&
la peine à recevoir les perfonnes du dehors, à canfe des. gran- « . ’
des recherches: des Miniftres du Roi; qui, deux ou trois fois « :
dans une nuic, vificenc les Maifons ; y arrêtent tous les Étran «
gers, qui s'y trouvent ; & chatient févérement le Maître du «
En C'ef ce qui m’a obligé de pafñler plufieurs nuits dans ce
Ja Prifon. J'ai eû cependant l'occafion d'entendre bien des «
Confeffions durant le jour,& d'accorder à plufieurs la grace de «
la Communion, avant eû le moyen de confacrer, & de confer- «e
ver les Saintes Efpéces. D'ailleurs , comme il n’eft encore «
arrivé aucun accident à ceux qui font venus dans cette Maifon, «+
les Fidéles commencent à fe raflurer : ils s’y rendent affez fré- «
quemment ; & les Gardes n’en paroiflent plus étonnés (1)w, :
Par les Lettres du 23 Mars, & du 27 Septembre de lamëme y
année, nous voyons que le Ciel favorifoit de plus en plus la On lui donne
Piéré des Fidéles, & le zéle de leur Min'ftre. On fe rendoit un veu plus de k-
auprès de lui de toutes parts : & les Soldats ne l’'empéchoient oi
pas d'aller jufqu’à demi-journée, & de paffer quelquefois la nuit
en Campagne : rems précieux qu’il donnoit toujours à l'Inftruc-
tion des Fideles, & des Infidéles , & à la confolation fpirituelle
des Malades /21). nu ‘ | |
. Ona déja dit de quelle maniere on obtenoit cette Liberté x£Evr:
des Magiftrats. Il ne faut point douter d'ailleurs; qu'il n’y eñe : 1! célebre dans
déja bien des Chrétiens dans le Sénat, comme il eft certain qu’il : Fnes ne
s’en trouvoit beaucaup parmi les Officiers de la Cour, & parmi
Jes Grands. Ce que nous allons rapporter en eft la Preuve. Dans
L Relation que nous avons fous les yeux, il eft marqué que le
Jeudi Saint de l’année 1742 , le Pere Gil célébra la Mefle,
Race, Storic, p. 421
(1) Fideles neceffirare coaëti, & quia aliàs |enavigat aÂminiftratio ; ita ut in dies magis
in exitu, & introitu ad domum hanc nihil|mihi Satellites ifti concedanr ... ufque ad
adverf experti funt .., timorem cxcutiunt ; f iter medii dieï ab hac Urbe mihi jam con-
& domum banc magis frequenranr ; & Mi- |ceffum eft, pro adininiftrand s Infi: mis unæ
les ifti in dies ninus hoÇ nurantyr, &c | vice pernoétare, &c. Ad eur. Epife. Epiff,
Æpifl. o4 eumd, 14 Javuar. 1741. 27 Éept. 1744:
k (2) {n bac Urbe adhyc prolpero vent |
Tome VI, Vuuu .
706 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvez dans le Palais d’un Prince, fixiéme Frere du Roï, mais d'une
Y LVIII autre Mere. Celle-ci avoit reçu le Baprème ; & la feule crainte
——— d'offenfer le Roï, ou de le commettre, empêchoit le Prince {on
FRANÇOIS GIL Frere de demander la même Grace. Le Samedi- Saint, notre
DE FEDERICH. je à ;
Prédicateur direncore la Mefle, en préfence d’un nombre conf:
dérable de Chrétiens, dans une Terre au-delà de la Rivitre,
du côté du Palais du Roi.
XLVIL Dans le mois de Septembre fuivant, le grand Oncle Maternel
IL explique les du Roi fit venir le Pere Gil dans fon Palais; le pria d'expliquer
on . . devant toute fa Maifon, les principes de la Religion Chrétienne;
& il Écauta avec bonté toutes les Réponfes qu'il firaux difficultés
&id. pag. qu'on lui propofoit, En le congédianc enfuite ce Prince lui dit
_ le feroit encore apeller; & il lui recommanda deux choles;
fçavoir , de lui apporter quelques Livres des Chrériens, &
d'amener un bon Interprète, qui entendit parfaitement la Lan-
gue du Pays : car, ajouta.v’il, lorfque je ferai inftruit à fonds de
a Religion de JEsus-CHRI1IST, je veux en parlerau Roi.
; Duslaues Officiers du même Prince demandérent au Saint
Miflionnaire, fi la Religion, qu'il prêchoit, ne pourroit point
fournir un moyen efficace, pour diffiper les Rebelles, & réta-
blir enfin la Tranquillité dans le Royaume. Le Pere Gilrépon-
dir, que le Dieu Unique & Souverain, que les Chrétiensadorent,
gouverne cet Univers, & difpofe de tous les Evénemens avec
une fageffe infinie : qu'il permet quelquefois les Guerres, pour
punir les péchés des Princes & des Peuples ; & donne la Paix,
a on la demande par de ferventes Priéres, dans un Elprit
xLvirr d'humilité, & de Pénitence, Il ajouta que la Perfécution fufci.
A ue con tée, & fi long-tems foutenue contre la véritable Religion, n'étoit
nr is - peut-être pas le moindre crime, quele Ciel puniffoit par la cruelle
troubles. Guerre, ou par les injuftes Fa&tions, qui déchiroient le Royau-
dde Me; & que fi on faifoit ceffer la Perfécution, on pourroit elpc-
| rer que la colére de Dieu s’appaiferoit, pour accorder enfin aux
Vœux des Fidéles la Paix défirée , dont tous les Erats avoient
befoin. |
Le Roï du Tonquin, fans rien perdre de fon éloignement
ne . our le Chriftianifme , ne permettoit pl ’on inquiérat fes
On veut lui pro- pot 1 P | OIt plus qu'on inquiétac ff
eurerkaliberé:& Sujets, fous prétexte qu’ils éroient Chrétiens. Il paroiffoit d'ail
ut a"? Jeurs fort touché de tous les malheurs, dont fes Peuples fe trou-
ne foir pas aux dé. VOient accablés : &, pour les confoler en quelque forte, il fe
ges de la Vérité, faifoic un plaïfir de leur donner des preuves réïrérées de Bonté,
ML & de Clémence. Que ce fur en lui Humanité , Prudence, où
Politique , ces heureufes difpoftions étoient connues de rour le
*s 2
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 707
monde ; & cela fit penfer à quelques Fidéles, qu'il ne {eroit pas
impoñlible d'obtenir la délivrance de notre Mifionnaire, par
l'entremife de la Tante du Roi, auprès de laquelle quelques
nobles Chrétiens avoient beaucoup d’accès. Le Projet plûc
beaucoup au Révérend Pere Ponfgrau Supérieur de Ia Miflion ;
& les Vicaires A poftoliques en fouhaïtoient le Succès. Maïs le
Prifonnier de JEsus-CHR1sT, à qui. fes liens étoient pré-
cieux , n’entroit rm dans les mêmes vües; parce qu'elles lui
paroïfloient peu dignes d’un Miniftre, confacré aux Fonäians
Lives
XLVIII
me
FRANÇOIS GiL
DE FEDERICH,
de ————— ——— n
de lApoñtolat, & oblige de se fa conduite fur celle des :
Apôtres. Ce ne fut que par foumifhion à la volonté du Supérieur,
qu'il laïfla agir pour {a délivrance : & en donnant {on confente-
ment, il mit pour condition eflentielle, qu'on expoferoit la
Vérité du fait fans aucun déguifement ; c’eft-à dire , qu'on
déclareroit au Prince, que le Suppliant étoit venu dans le Ton-
quin pour y prêcher la Religion de Jesus-CHRIST; qu'il
l'avoit annoncée pendant quelques années; & que c'éroit pour
cela qu’on lavoir arrêté, chargé de Fers, & condamné à être
Décapité : que néanmoins la grande Clémence du Roïjlui faifoit
prendre la hardiefle de demander fa Liberté, & la Permiflion
de demeurer dans le Royaume, C’éroit demander celle de cons
tinuer à prêcher l'Evangile. Ilauroit regardé toute autre faveur,
comme une véritable difgrace. |
. Maü, bien loin de fe conformer, en cela, aux intentions du
Serviteur de Dieu; la Princefle, qui voulut bien fe charger de
préfenter le Placet au Roi, fon Neveu, expofa que le Prifon-
nier, pour lequel elle s’intérefloit, n’étoit qu’un Négociant, que
fes Affaires avoient attiré dans le Royaume : qu'il avoit été
arrèté fous le prétexte qu’il enfeignoit la Religion des Chré-
tiens, quoique (difoit-elle) on n’eut rien trouvé chez lui, qui
peut le faire préfumer, & que le Sénat avoit condamné à la
garde des Eléphans, celui qui avoit eû la témérité de faifir cet
Etranger : maïs que, malgré tout cela, il étoit encore détenu
dans les Prifons; ce qui obligeoit de recourir à fa Clémence
Royale, pour obtenir fa Liberté. | n |
… LéPlacet furreçu, & la Grace accordée, fuppofe la vérité des
Faits : le Roi chargea un Eunuque de s’en informer. Des perfon-
nes moîns fcrupuleufes en fait de fincérité, que zélées pour la
confervation de leur Miniftre, auroienc affément trouvé le
moyen de faire parler l’Eunuque, comme on avoit fait parler
12 Princefle. Mais, fl fur impoffible d'engager le Saint Prédica-
“eur à ufer dela plus petise difimulation, bien loin de lui faire
Vuuui)
L.
Placet préfenté
par une Princeffe..
lbid, pag: 4fe
L 1.
Défavoué P*
‘le Difciple de .
Jesus - CHRIST,
708 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre approuver un tiflu de Menfonges: Il avoua donc fans peine:
XLVIII. que contre fa volonté connue, on avoit expofé faux dans le
FRANÇOIS Gr Placer ; que la Prédication de l'Evangile avoit été la vraye cau-
DE Fepericu, 1€, & le feul motif de fa Détention; & que la Liberté lui fe.
ss roit infiniment à charge, fi on la lui rendoic en le fuppofant
tout autre qu’il n’étoit,; qu’on ne devoit ni ignorer, ni oublier
qu’il étoit Chrétien, & Prédicateur des Chrétiens (*).
LIL Un aveu fi précis rendit le Placet inutile : on laiffa le Prifon-
1! continue pe nier dans les Fers, dont il fe glorifioit; mais on ne les refferra
ne Saint e davantage, & dans le cours des années 1742, & 1745,
e Pere Gil continua, comme dans les précédentes, à entendre
les Confeffions des Fidéles , & à leur adminiftrer les Sacremens,
ne ceffant de les exhorter. à conformer toujours leurs Mœurs À
leur Foi, par la fuite du Péché, & la pratique des bonnes Œuvres.
11 prêchoit avec d'autant plus de confiance toutes les Vérités
de l'Evangile, & les Maximes de la Religion; qu'il n’avoit pas
lieu de craindre , qu’on oppofat fes Actions à fes paroles, Ea
Sainceté de fa Vie faifoit honneur à fon Miniftére : rien de plus
doux, de plus modefte, de plus pénitent, ni de plus détache de
Jui-même, & de toutes les créatures. Depuis qu'il avoit le
bonheur de porter les Chaînes, pour la Confeflion de JEsus-
CHRIST, il ne fe regardoit que comme un Etranger fur la
Terre : & il foupiroit après le moment, où il Jui feroit donné
. de fceller dé fon Sang les Saintes Vérités, qu'il auroit voulu
*_ perfuader à tous les Peuplés. a
Er Dans le mois de Mars r 743 ; il confefla de nouveau JEsus-
Ec confeffe a CHRIST En préfence.du Sénat ; il foutint avec fa fermerc or-
Hs D dinaire les intérêts de la Foi; & fouffrit avec joie les repro-
"7" -ches fanglans , les menaces, & plufieurs mauvais traitemens
Toujours prêt à rendre raïfon de fa Foi, il fut conftant ä fe
taire quand on lui fr des idterrogations , aufquelles il n'aurait
à répondre, fans faire tort à plufñèeurs.Fideles. Je vais, dit
ïe Juge, vous faire appliquer aux tourmens, pour vous faire
(*) Tout ceci eft éxaltement décaillé par] vent rien faire : Lerarer f5 cum lucro alique
M. lEvêque de Corée, dins {à Relarion. Je! hujus-Chriffianitatis confequi pollet : qualis
| le trouve de même dans une Lertre du Pere | effet fs mihÿ daretur libcrtas ubicumque ve
Fin … G', du 17 Décembre 1942 ; écrite à M. l’E-{ luerim maneñdi in boc Regns, © Fidei li
vêque de Céomanie Le zèlé Miffionnaire| bertas #bfolutà concederetur. Sin autem, mis
laflure qu’il ne défire pas la liberté ; & qu’il] Swperioribus relinquo , neque defiderans , ne
ne la refuleroir pas , fi elle devoit être avan | que recufans pro nunr libertatem , fi mil 4
‘tageule à fes Chrétiens; & fielle lui étoir S'aperioribus meis procuratur ; ab aliis autes
: pois par fes Supérieurs ; pat conféquent| pro aunc. non permittans : nifs pradilo lucre,
fans le fecours des menfonges , {ans lef-| @ line mendariis, line quibus bi Annamüs
“quels, dit-il, certains Todquinois ne {ça-lnébil fasore foinnt , Ê. - tn:
—_—_—_hqe Rs. nm gg imite a ——
à — he Ge fs
ui XYh LÀ
- —
——
. VS.
DE L’ORDRE DES. DOMINIQUE. +09:
parler. Je fouffrirai les tourmens, répondit le Mifionnaire,
Liver e:
& je ne parlerai point, Le Juge commanda qu’on apportât XLVIII.
un Marteau, & qu'on frappât le Crucifix, pour obliger le Pré-
dicaceur Chrétien de parler. Cette Image, dit le Pere, ne
ET
FRANÇOIS GIL.
DE FEDERICH..
peut ientir les coups ; mais celui qu’elle repréfente ne laiflera
as cela impuni. Ün Sénateur lui reprocha qu’il maudifloic
fe Souverain Juge. Non, reprit le Pere, je ne le maudis point ;.
mais je lui déclare une Vérité , qu’il ne m'’eft point permis de
taire. On le renvoya enfuite; & on ordonna aux Gardes de le.
reconduire le lendemain devanc le même Tribunal (1).
Peu de tems après on apprit , que le Pere Matthieu Alonfo:
Leziniana, Religieux du mème Ordre , avoit éte arrêté par
les Gentils, dans le même Lieu, & de la même maniére, que le
P. Gil lavoitete lui-mêmefix ans auparavant, Cette nouvelle |
l’affligea beaucoup , parce qu’il appréhendoïit que la détention
du Millionnaire Apofñtolique , ne fût préjudiciable à la Propa-
gation de la Foi, & qu’ellé ne donnät lieu à quelque perfé.
cution contre les Chreriens de Zæc-they, qu’il aimoït toujours
avec une tendrelle de Pere. Cependant la Providence difpofa les
chofes, de maniére qu’il ne leur en arriva aücun mal ; & le
Seigneur donna un autre fujet de confolation à {on fidele Mi-
niftre , en permettant que le nouveau Captif lui fut aflocié
dans la même Priton. C’eft ici que nous devons prendre l’Hif-
toire de cet autre Confefleur de JEsus-CHR1IST, pour ne
plus féparer deux illuftres Prédicateurs de la Foï; qui, unis
déformais dans les mêmes fouffrances, & pour la même caufe,
terminérent en même cems leurs Travaux, & leur Vie par le
Martyre.
MATTHIEU-ÂLONSO,ou ÂLFONSELEZINIANA, MATIHIEU
Racc. Brotic. pag
46» 47: 48
j
,
natif d’un Bourg d'Efpagne apellé Nava del-kKe, ayant embraf, Le zin1ANA.
{é l'Infticur des FF. Prêcheurs dans le Couvent Royal de
Sainte-Croix à Ségovie , ne parut pas moins zélé que plufieurs
de fes Freres, qu'il voyoic partir prefque d'année en année,
| | FANEUE '.
our aller porter le Flambeau de la Foi aux Gentils, dans SonFntrée dans
es Royaumes de l'Afie. Il fut du nombre des ‘vingt-quatre !° Tonquin. :
(a) Si ergo non loqueris, tormentis co- | Suprema Judici maledicir, Refpondi non ita
puis: refpondi: tormenta feram , {ed non |cile, fe: quid in rei ver tate erat Supremé
quar. Tunc dixit : afferte Malleum, & tor. | Judici indicabam. Pofte: jufferunt me foras
quete Imagines ut N loquatur. Dixi ill: Silex res & præceperunt Militibus, ut cras me
*Imaginem torquet Judex, {ciat quod Ima- | fimul cum Libris, & Imaginibus , quæ in
go.nihil mali patietur ; {ed i!le cujus efl Ima: ]carcere fervab:ntur , ad ‘ ribunal duccrent,
po, poteflatem habet corquendi Judicem. | &c. Epiff. #4 Epift. Ceomanenfem , x Mar
Tunç abus Judex convitiacus eft me dicens : | 1743: |
Vuuuii
ibld, Pàg. $$e ?
7io HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lives Mifionnaires; qui, s'étant embarqués avec le Pere Gil de
XLVIII. Federich, arrivérent dans les Philippines vers la fin de l'an.
u . 1730. Le féjour, qu'il y fic ne fut point long ; puifque le 19
ren de Janvier 1732 il étoit déja entré dans le Tonquin, avec
mms le Pere Ponfgrau, qui fuccéda au Pere Jofeph Valére, dans
la Charge de Supérieur de nos Miffionnaires dans le même
Royaume (*).
À peine avoient-ils commencé lun & l’autre à éxercer
leur Miniftére, pour apeller les Infidéles à la Foi, & aflurer
la Converfion de ceux qui l’avoient déja embraflée, que leur
11. conftance fut mife À l'épreuve. Le Bonze T'hay-ring (le même
1 y devientd"a- qui en 1737 fit arrêter le Pere Gil) porta des plaintes au
bord l'objet de la À Fi .
por des Prêtres Tribunal Royal, contre plufieurs Chrétientés du Territoire de
des Idoles. Giao-Thuy, dans la Province Méridionale du Tonquin, La
ibid pag 52, Cour faifant attention à fes plaintes, lui donna quelques Trou-
ess & l’envoya fur les Lieux, avec ordre d’entourer pendant
A nuit les quatre premiéres Chrétientés de ce Territoire; &
de faifir les Miniltres de l'Evangile, s’il s’y en trouvoit. Il
n’eft point dit que ce Prêtre des Idoles , devenu depuis fi
connu , eût reçu aucun pouvoir, ni permiflion , de troubler les
Chrétiens naturéls du Pays. Certe defcente fe fit avec beau-
coup de fecrer, dans le mois vi none 1732. Cependant Dieu
ne permit pas que les Peres Ponfgrau, & Leziniana , qui éroient
actuellement dans ces Quartiers, tombaffent entre les mains
tt, des Soldats : les Fidéles eurent le tems de les faire évader. Ainf
an mer le Bonze, ayant manqué fon coup, ne put fe venger qu'en
pourfuites, enlevant tout ce qu'il trouva de Meubles, de Vafes, & d'Or-
nemens d'Eglife. Mais, cette perte, quoique très-fenfble à
nos deux Miflionnaires , ne leur parut pas irréparable. Dans
les autres Chrétientés , qui n’avoient pointété pillées, ils retrou-
vérent & des Vafes Sacrés, & tout ce qui éroit néceffaire pouf
la Célébration des Saints Myftéres , & l’Adminiftration des
Sacremens.
LV. Une retraite de cinq mois, que le Pere Leziniana fut obligé
Sa Retraite de je garder pour laiffer un peu ralentir le feu des Sacrificateurs
cinq mois, à ' , : >
dofètres. foi devint utile, ranc pour rérablir fa fanté extrè-
mement affoiblie, que pour étudier davantage la Langue , &
Jes Ufages du Pays: & fe préparer à un nouveau travail pa?
(*) Dans les Ades {ouvent cités, M. l'E- [hi communicavit R. admodum Patet bons
vèque de Céomanie fait mention de ce Pere | memoriæ Jofeph Valerie ; Ordinis Prædicz
Valére : Triplicis examinis, trinæque con- | torum , tuncin Tupquino fui Ordinis Vi
feflion:s Fidei , de qua ia modo relata Epif- | rius Proviaçialis,
tola meatio fit, Hifloriam authenticam mi-
. D Sem ne
À ". DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE, #1rr
1 de plus ferventes priéres. Les Chrétiens, qui le tenoient caché, Livre
e profitoient en même tems de fon Miniftére; & dans les pre. XLVIIE.
3; miers mois de l’an 1733,le Pere Leziniana commenca fes
Courfes A poftoliques, dans toute l'étendue de cette partie Méri- MATTHIEU
| s : \ Lee | LeZINIANA,
ea dionale du Tonquin, où les Chrétiens font fpécialement con- LRRAERS
ë! fiés aux foins des Religieux de Saint Dominique. Il feroic
difficile ( dit l’Auteur de la Relation) de bien exprimer les V.
| ‘ ,° _ Ses courfes Apof
… travaux, & les farigues qu'il effuya , les dangers prefque con niques lu
vinuels aufquels il fut expofé ; la patience & le courage, qu'il fit a 1
toujours paroître;& les fruits qu'il recueilli de fesfueurs.Pendant PT
les dix années confécutives, qu’il remplit toutes les Fonctions |
de l’Apoftolat dans ces Concrées , il eut Ja confolation , &
l'avantage , non-feulement d’inftruire , & d’affermir des Chré-
tiens ; mais aufli d’en augmenter confidérablement le nombre,
en faifant connoître à plufieurs Gentils, la vanité, ou plutôt
limpiéré du Culte, qu’ils rendoient au Soleil, à la Lune, aux
Etoiles, au Ciel, à Ja Terre; & à une multitude d’Idoles, éga-
. lement incapables d'entendre leurs prières, & de les éxaucer.
Quoïque le Serviteur de Dieu employät les nuits prefqu’en-
. ticres dans l’Exercice de fon Miniftére, il n'étoit guéres pof-
#5 x >! . .
. fible qu'il fuffit à tout, dans l'étendue du Pays, qu’il devoit
cultiver, & arrofer. Le nombre des Fidéles fe trouvoit deja
— bien multiplié; celui des Malades, qu’il falloit vifiter, & ad-
miniftrer, n’étoit point petit ; & fon féjour dans un même lieu
| ne pouvoit être que fort court; fa préfence étant néceffaire
: dans plufieurs. Ajoutez à cela la diftance des lieux , & Pin-
commodité des chemins, des bois, des Montagnes, des Rivié-
res, qu'il étoit obligé de pañler de nuit. Pour fe multiplier en
quelque maniére, il s’appliquoit beaucoup à former de bons
: Catéchiftes parmi les Naturels du Pays. La ferveur de ces
bons Chrétiens, & leur ferme attachement à la Religion de
ESUS-CHR1ST, lui permettoient de choifir entre 2 ri
d ujets, ceux, qui, par leur caractère d’efprit, leur capacité,
leur vertu éprouvée, méritoient particuliérement {a confian.
| ce. Le Mifionnaire étroit lui-même un Homme d'Oraifon, :
| zélé , charitable, pénitent , plein de tendrefle, & de compaf- ses venus Chré.
fion pour les affligés ; & d’une fi rare humilité, qu'il fe regarda tiennes.
toujours comme ‘e plus petit de tous, & le dernier dans la
‘ Maiïfon du Pere de Famille , qui avoit envoyé. Il s’efforcoit
. d’infpirer les mêmes fentimens à tous les Fideles, & en par
# - ticulier à fes Catéchiftes , qui étoient comme fes Coopéra-
5 teurs dans les Fonétions du Saint Miniftére. Plufeurs profité-
VI.
Avec quel zéle
il s'efforce de
pourvoir À touÿ
MA ns ie er
re
Lt
. #12 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lives rent fi-bien de fes Lecons, & de fes Exemples, qu'ils lui furent
XLVIIL d'un grand fecours pour l’Inftruétion des autres. Quelques-uns
| —— même l'ayant depuis fuivi dans fa Captivité, eurent la gloire
de fouffrir avec beaucoup de conftance, pour la Confefioæ
de la Foi. | | |
Comme la Chrétienté de Zwc.thuy étoit une des plus nome
breufes , & des plus floriffantes ; le Pere Leziniana (depuis la
Captivité du Pere Gil) faifuit fa Réfidence ordinaire dans ce
ns Bourg ; où les Fideles des environs aimoiïent à s’afflembler,
our recevoir les Inftruétions, & les Sacremens. Dans une
| VUR Terre voifine de Zac thsy, il y avoit un Lertré, ou Gradué,
Rs pauvre, & Idolâtre , qui ne reftoit parmi les Chrériens, que
pour gagner fa vie en apprenant les Lettres à leurs Enfans.
Bit 63:64 Cer Homme, dont on ne fe défoit plus, parce qu'on croyoit
l'avoir aflez long.tems éprouvé , venoit quelquefois avec fes
-Ecoliers, dans l’Habiration du Pere Leziniana ; & quuiqu'il y
‘fût toujours reçu avec bonté, il ne laiffa pas de fuccomber à
la tentation de trahir le Miflionnaire, & tous les Chrétiens
| du Lieu, pour fe procurer quelque récompenfe. Cette ame
. : … baffe, que la cupidité si x n'eut point horreur de line
dignité d’une méchante action. Dans le mois de Novembre
ch 1743, pendant que les Habitansde Zuc-thuy, éroient occupés à
faire leur récolte du Riz, ce Gradué alla déférer leur Prédica-
teur à un Mandarin , qui commandoit les Troupes de ce
Quartier-là; & cet Officier, fuivant les intentions de la
Cour, ne différa pas de faire arrêter le Pere Leziriana par
des Soldats, qu'il choifit parmi les Idolätres.
MaATrrHIEU
EZINIANA
DU T7. de ai à à
1X. On le furprit à l'Autel, au moment qu’il venoit de çconfa.
Arrèté, & mal. crer ; & il n'eut pas le tems de confommer les Efpéces, qui
traité. furent profanées par les Gentils (*), Ceux qui le faïfirenc, le
pélation de M. blefférent d’abord d’un coup de fabre à la tête, le garroterent,
MEvéque dan & [e craînérent par les cheveux , à travers la boue, & les
cailloux , jufqu’à un Village. De là, tout couvert de iang qui
couloit de fa bleflure, il fut conduit devant le Mandarin, &
celui-ci lui fit mettre au coù une efpéce d'échelle, qui lui fer-
foit fi étroitement les bras, qu’il ne pouvoit porter la main
à la bouche. |
Le Préfident des Armces au contraire le reçut , & lui parla
4
{*) Par une Lettre écrite à M. l’Evêque | lui que lorfqu’il fur arrêté il avoit eu la con
de Céomanie , le Pere Gil marquoit à ce | folarion de recevoir le Corps de Jisus-
Prélat , que déja le 30 Décembre 1743, i]CHRIST ; mais que le précieux Sang avoir
avoit parlé au Pere Leziniana, & appris de | été répandu par les Soldats,
5
avce
.DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 713
“avec humanité : ce qui adoucit un peu la vive douleur, que fa Liv RE
Captivité avoit caufée à tour le Peuple de Zuc-thay. Ces Chré- XEV III.
tiens toujours fervens, flattés de l’efpérance de pouvoir obrenir Ts mieu
{a liberté, donnérent généreufement une fomme confidérable, Lez1n1 4 NA.
& en promirent une plus grande. Le Préfident leur fit tout
efpérer ; & ne leur accorda rien. Après avoir garde quatorze
X. ë
Il eft conduit
jours fon Prifonnier , & avoir fouvent admiré fa Vertu, fans 4ans 1à Capirate
profiter de fes Leçons, il le fit partir de nuit, pour la Ville au Tonquis.
Royale ; où il n’arriva que le 21 de Décembre, accompagné pag. 65, 66
d'un de fes Domeftiques , ou Catéchiftes, nommé Ignace Quoi,
_ Quiavoit été arrêté avec le Saint Miffionnaire. . ;
Le Gouverneur de Kecio, à la garde duquel le Pere Lezi-
piana fuc d’abord confié, lui.fit diverfes interrogations ; auf-
| x és le Servireur de Dieu répondit toujours avec. beaucoup
e modeftie, de fincériré, &. de fermeté, profitant de tout
_ pour faire connoître la Sainteté de notre Religion, & la vérité
de fa Doûtrine. 11 parla de même devant le Sénat ; où on le XL
fit comparoître plufieurs fois, dans les premiers mois de l'an- | Pate derant fs
€
_-née 1744. Le Sécreraire du Sénat ayant produit les Livres." "”
les Ornemens d’Eglife, & les Images , qu'on avoit trouvé dans
‘la Maïfon, où le Pere Leziniana avoit été ‘logé, de Juge lui
fit à peu près les mêmes interrogations, touchant le Crucifx,
-qu'on avoit fouvent faites au Pere Gil, & il reçut les mêmes
:réponfes. Le Magiftrat lui ayant dit que le Sénat lui ordonriait
de fouler la Croix à fes piés:,le généreux Confefleur:répondir,
.qu'ilétoit plein de vénération pour le Sénat ;'mais qu'etant Ris
-Chretien ,; Prêtre du Dieu Vivant, & Miniftre de: YEsu s- no hais
CHRisrT,il étoit venu dans ce Royaume ra phiqs fa
Loi , & faire connoître le Triomphe de fa Croix. Il ne mar, Pa 68,695 70)
xivera doné pas, ajouta-t.il, de. fouler aux piés le: Signe de ? *?”
mon Salut. À qui, repartit le [use votre Loi ordonne-t-elle
‘de rendre des Adorations? Elle ordonne, répondit. le Pere,
: d’adorer un fenl Dieu , Créateur du Ciel & de la Terre. Qu'en-
feigne-t-elle, dit encore le Juge ? Elle nous enfeigne à fuir le
‘Vice , à pratiquer la Vertu, à rendre nos Devoirs à un Dieu
Unique & Souverain, aux Princes ; à nos Supérieurs , à nos
Parens, & à ne faire cort à perfonne. Tout cela, continua ño-
_ tre 'Miflionnaîre, eft renfermé dans-ces dix Préceptes :Qn lui
dotina le tems de réciter le Décalogue. Quelques-uns l’enten-
dirent avec plaïfir ; quelques autres avec indifférence; plufieurs
peut Être avec. MÉPris. {À
… Aprés quélques autres demandes, qui.ne regardoient pas la
Tome VI, XXXxx
714 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre Religion, onle fit retirer; & on interrogea le Catéchifte, qui
.XLVIILI eft apellé quelquefois fon Domeftique, er fon Difci-
ple : & on multiplia les Queftions pour fcavoir de lui, premié-
rement les noms de ceux chez qui le Mitlionnaire étoit ordi-
nairement logé ; en fecend lieu, fi fon Maître n'avoit point de
ee. relations avec les Rebelles, qui portuient les Armes contre le
éhiftes interrogé; RO Enfin, & dans le Bourg de Zec-#hy , ou dans les environs,
| il ne fe trouvoic point d’autres Prédicateurs de la Religion
Chrétienne. 2
Le jeune Tonquinois répondit avec beaucoup de prudence,
& de candeur, à routes ces Queftions : À la premiére, il fe
: Fe conrenta de nommer le Chrétien, dans la Maifon on notre
crc. Mifonnaire avoit été arrêté : cela étroit fans conféquence,
ps que le fair'éroit déja connu. Sur la feconde demande,
e Catéctifte affura que fon Maître n’avoit rien de commun
avec les Rebelles ; & que c’étoir pour s’en éloigner davantage,
rie avoit changé de Quartier dans la fuite de fa Mifion. Il
éclara enfin qu'il ne connoifloit point d'autre Prédicateur de
sou que celui qu'il avoit l'honneur, & l'avantage de
ErVIT, nn |
: Le Juge irriré de cette derniére réponfe, le fit battre de
verges ; & lui dit enfuite, que s’il fouloit la Croix à fes piés,
|
MATTrHIEU
LEZINTANA
SERRE
. XV. gen 21 le remettroit en liberté. Ignace Qsoës avoit fouffert l'hu-
permet, * “miliation du fouët avec une patience Chrétienne ; il rejetca
; Avec horreur la propofition qu’on lui faifoit ; & les plas ter-
Mag73»74. ribles menaces ne purent l’ébranier. Tu es donc Chrétien ,
u duïdit le Juge; & je puis,te faire mourir, fi tu ne fais connot-
tre les Miniïftres de certe See. Oui, répondit le zelé Caté-
.. * « . chifte, je fuis Chrétien par la Grace de Dieu. Vous ferez de
moi. ce qu'il vous plaira: j'aime mieux fouffrir la mort que
de nuire à mon Prochain, + L
+ Ce fuc fur le même principe que: {e régla le Citoyen de
Conitance d'un Zac-#huy , chez qui ie Pere Leziniana avoir été pris : car, pour
autre Chrétien. mettre à couvert tous les autres Fidéles. il voulut bien laifler
croire, qu’il étoit le feul du Bourg, qui avoit donné retraite
an Mifionnaire. Il fe contenra de dire.qu’érant Chrétien , &c
Fils de Parens Chrériens, il avoit reçu le Miniitre de JE s x s_
CHrisT dans fa Maïfon, pendant que les Habitans du Lieu
<toient à la Campagne pour la Récolre du Ritz. Cer aveu l'ex-
71:72 _pofoit beaucoup ; mais il'étoit prêr à tout fouffrir pour la Cha-
rité, & pour la Religion. Le Seigneur tourna le cœur des Ju-
_ges à la Clémence; & le généreux Chrérien ne fut condamné
ER]
ES. et OLA ue
% + .
LS NU O <e NE ©
TA NN sa
Wwm +» à 2) LR
ë T—
+
LL 0
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE #1$
_ une Amende pécuniaire , qui fervit à récompenfer le L 4 v RE:
radué Délaceur. | ed ee XEVEHT
Le Magiftrac ayant fait rentrer le Pere Lezidiana, lui dit Hire
rh vouloit apprendre de fa bouche, en quel endroit il'avoit 52 1w1 we
ait fa demeure tour le tems qu'il s'étoic occupé de fes Mif. =
fions dans le Royaume. J'ai annonce la Foi, réporidit-il, tan: XVI.
A ‘ A - Dr « LeP.tezinians
tôt dans un lieu, & cantôt dans un autre, fuivane le Précepté . rerrogé de nou |
de Jesus-CHRrIST: qui a ordonné aux Apôtres, &'à Reurs sr
Succeffeurs dans le Miniftére, d'aller par'toure la rerre pr&
cher fon Evangile, & de baptifer tous ceux qui troiroient eff
Jui. Nos Mifonnaires s’en tenaient toujours à cetté réponfe
& ils ne commertoient jamais ceux, qui leur avoient donné
Fhofpiralité. Les Jages y étoient déja accoutumeés.. Compres
sant donc qu'on n’auroit pas de réponfé plus précife {ur ‘cet
article, on fe jetta fur une autre mariéte, ‘." : --ii
Un Sénateur lui demanda s’il n’étoit point engagé daïs lé
Mariage , & fi, dans les Aflemblées des Chrétiens ,il ne € reg 77,783
palloit pas bien: des chofes, contraires à la pudeur. ({ Les an- He
Ciens Idolâtres avoient fait de femblables reproches, & rous : ‘" :’: ,
jours mal fondés, aux premiers Fidéles). Leziniana répondit: TT
qu’il évoie Religieux , confacré à Dieu dès fa jeunefle ; par les XVI
Vœux de Pauvreté, & de Chafteré : que les Chrérions, dans, Répond à tout
leurs Affemblées , ne s'occupoient que de la Priére , & qu'ils ciple de Jesus
fegardoient tous le vice d’impureté comme um grand crime: CnHañsrr
févérement défendu par leur Religion. On lui demanda en." ’" ",
core s'il n'ufoit point de quelque maléfice , -pour attirer lés #0)
Peuples à cetre Religion qu'il prêchoit. Il répondit. qu'un Mi: |
niftre de Jzsus-CHRr1ST n'employe jamais que des moyens
Jicites & honnêtes , pour une fin encore plus fainte. C’eft.
dit-il, l'Efprit de Dieu qui met fa Parole dans la bouche des
Prédicateurs, & qui ouvre par fa Grace, le cœur de leurs Au-
diteurs, pour leur faire connoître la Vérité de la Foï, & les
rter à l’embrafler On lui demanda en dernier lieu, fi on
avoit fait bien des Livres, pour expliquer la Religion Chré-
tienne. Il y en à, dit le Pere, un nombre infini : quelques-uns
ont été traduits en Langue Tonquinoile ; & fi nos Juges vou.
loïient bien prendre la peine de les lire fans prévention , nous
uyrions efpérer qu'ils ne feroient plus les Ennemis d’une Re-
igion aufli fainre que celle de JEsus-CHrrsT. Peu de
tours après on fçut que le Sénac avoit prononcé la Sentence
en ces termes: .
Xxxxi
716 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liver .« Comme parles Procédures, & les Informations faites, il
XLVIII. » eft fuffifanment prouve que Matthieu, Chef de la Religion
re » Chrétienne, depuis l'an 1732 jafqu’au jour de fa détention,
Lezinrana, ” €ft.allé fréquemment au Lieu de Zuc-T'huy , fitué dans le
= » Territoire de Gixo-T'huy, pour y féduire le Peuple, en leur
. à con- *” APPrENANE cette Religion : & qu'au furplus on a trouvé chez
srl, » lui plufieuss. Images, qui. font autant de fignes de la même
PR. Religion, qu'il n'eft point permis de prêcher dans ce Royau-
75: 30 » me; nous condamnons ledit Mätthies à avoir la rête tran-
» cheée. Nous condamnons à la Garde des Eléphans le nommé
» Ignace Qwoxi, fon Difciple, qui fait profefliun de la même
» Religion. Nous ordonnons que les Images, les Meubles, &
» les autres Effets, trouvés chez ledit. Marthieu, qui fervoient
» aux Exercices dela Religion Chrétienne , feront jertes au
» feu ; & no:1$ voulons qu'on donne foixante piéces de Mon-
» noye au Gradué le Phreng, pour le récompenfer de ce qu'il
.. » a mis un tel Chef de Religion entre nos mains »,
x X Cet Arrêc fut un fujer de triomphe pour les Gentils, de
1 en remercie trifteffe pour les Chrétiens , de joye , & de confolacion pour
Rein le Pere Matthieu Leziniana. Il en rendit de très humbles Ac:
+-,7+ tions dè Grace au Seigneur, :parce qu’il s’eftimoit infiniment
+ plus heweux de mourir pour la Confeflion de Jrsus-CHaisr,
17 . que de vivre privé de la liberté de prêcher la Foi, & de lui
XXL: pren des Ames. Maïs fon contentement fut entier, lorfque
e 30 de May 1744 on le transféra dans la même Prifon, où
GiL {e trouvoit le Pere Gil de Féderich. Ils n’avoient eu aupara-
vant que peu d’occafions de fe parler ; & leurs Entretiens
avoient toujours été bien courts. On les laïffa déformais rou-
jours enfemble , le jour & la nuit. Rien ne pouvoit leur arri-
ver de plus agréable, rien de plus confolant pour lun & pour
l'autre. Ils reconnurent bien dans cet Evénemenr les atten-
tions de la Providence fur eux ; ils en profitérent furtout pour
l'ufage des Sacremens ; & jufqu’au jour de leur mort, ape
ceflérenc d'en rendre des A&ions de Grace à la Divine Bonté.
Leur Miniftére fut encore utile à un grand nombre de Fidé-
les ; & à quelques Infidéles. |
X X11. Le Peuple attribuoïit au crédit des Chrétiens de la Cour,
ge sg la liberté qu’on laifloit aux deux Miflionnaires, de demeurer
Saint Miniftére, dans cette Maïifon, qui joignoit les Prifons ; d’y recevoir tou-
jours la vifite de ceux qui s’adrefloient à eux; de leur adminif-
trer les Sacremens ; & de célébrer même Les Saints Myftéres,
HE Es FT
Fi FY
se - 1%
4 Lt
2
à .#
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 714
€omme ils auroient pu faire dans les Eglifes en tems de paix. Livre
Mais les Prifonniers de JEzsus-CHRr1IST faifoient remon- XLVIII.
cer plus haut leur reconnoiflance ; & ils ne pouvoient fe laffer Er |
d'admirer la Toute-puiffance de notre Dieu; qui faifoit que, ie es :
dans le même tems, & dans le même lieu, où on profcrivoit a
par des Arrèts la Religion Chrétienne , & fes Prédicateurs,
on permertoit que ces Hommes aïinfi profcrits continuaflene
prefque fous les yeux de la Cour, à éxercer cette même Reli-
gion, & à inftruire, aider , & encourager ceux qui en faifoient
prafeffion. Plus nos Miffionnaires approchoient de leur terme, :
plus ils voyoient augmenter la ferveur, & la piété des Fidéles. |
Selon la Relation de l’'Evêque de Corée, dans le courant de gcc, sesic. p. 8
cette annee 1744, le Pere Gil entendit les Confefions de près
de dix huit cens perfonnes, donna le Baprème à foixanre-treize,
& l’Extrême Oncion à onze. Le Pere Matthieu, qui ne de.
meura pas huit mois entiers avec lui dans le même lieu, y en-
tendit cependant la Confeflion de fix cens vingt perfonnes , en
baptiza trente-trois, & adminiftra l’Extrême Onction à treis
Malades. |
_ Le jour de la Fête-Dieu les deux Miffionnaires eurent la
confolation de dire la Mefle l’un après l’autre. 11 s’y trouva un
grand nombre de Chrétiens, parmi lefquels il y en eût quaran-
te, qui furent admis à la Sainte Table. Mais tandis que ceux-là,
fans jamais difcontinuer leurs Travaux Apoftoliques , atten.
doient avec une Saïnte impatience la confommation de leur Sa.
crifice ; ceux. ci au contraire fe flartoient encore, que l’Arrêt de
Mort {eroit révoqueé. {ls fe confirmérent dans cette agréable
penfée, quand ils apprirent qu: le Grand Oncle du Raï, venoit piges
de faire apeller dans fon Palais Jes deux Confefleurs de Jesus- |
CHRisT, pour avoir de nouveaux Ecclairciflemens fur la Reli-
gion Chrétienne. Cette feconde Conférence fe tint le 1 9 Juillet
1744.
Le Prince (comme il a été dir ) fouhaïiroit de voir quelques
Livres, qui traitaflent de la Loide JEsus-CHRIST, d’une
maniére claire & mérhodique: nos Mifionnaires lui en apporté-
rent deux: l’un étoit traduir en Langue Chinoife, & imprimé ; c _ ue
l’autre étoir en Manufcrir, & en Largue du Tonquin. Le Prince p ee TO QUES
ne retint que celui-ci, en lüt quelque chofe; & après une courte ne y avec nos
le&ure, il propofa f:s doutes ; nos Prédicareurs rachérent de le a ui |
fatisfaire. Ils ne manquoient certainement ni de zéle , ni de °#:°°5%
lumicres; puifque l’Erude de la Religion avoit roujours fait
Jeur principale occupation. On loue particuliérement le génie
où à Xzxxx ii]
718 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvnpr & la capacité du Pere Gil de Féderich : les deux Vicairet
XLVIII Apoftoliques dans le Tonquin, ainfi que lesautres Miflionnaires
de différens Ordres, avoient coutume de le confufrer dans les
MATTHIEU
| randes difficultés. Le Prince cependant, qui n’avoit point
LEZINIANA |
—————
plus
Les à Don de la Foi, & qui vouloir juger de la Religion par la
raifon, ne pût comprendre des Vérités, que la chair & le fang
h'ont po nt révelées. El termina un long entretien en avouant
qu'il étoit perfuadé , que le Culte des Idoles étoir extravagant,
& la Religion du Pays pleine de fauñetés. Maïs, ajouta-r'il, je
eomprens encore moins les Dogmes dela Religion Chrétienne;
& fes Myftéres m'étonnent.
XIV. Il n’eft pas rare de voir encore aujourd'hui des perfonnes , dans
Incrédulité de fa trifte difpofition, où fe trouvoit ce Prince incrédule. Difpo.
ce Prince fouvent firjon , qui retient toujours les uns dans l'irréligion , ou l'erreur;
& qui y précipite les autres : qui empêche ceux-là d’embrafer
Ra Foi, & qui fait perdre la Foi à ceux-ci. Pour croire ils vou.
| droient comprendre ; & ils veulenc bien ignorer qu'ils ne com-
prendront, qu’autant qu'ils croiront, Ha , il eft jufte que le
foible mortel commence à foumettre humblément fon Efprit à
PAutorité Divine, afin que la Lumiére de Dieu éléve fon Efprit
au-deffus de lui-même. C'eft ce que les Confefleurs de JEsus-
CHrisT entreprirent inutilement de perfuader à un Prince,
affez fage pour méprifer des Idoles, mais erop fuperbe pour fe
foumettre au joug de k Foi. |
XV. Cependant les fléaux multipliés, dont tout le Royaume du
Les Chrétiens Tonquin continuoit d'étreaffligé, & commeaccablé, donnerent
veulent fire ré- Jjeu de penfer, que le Ciel punifloit quelquegrande imjuftice:car
voquer l'Arrâêt Rs À ;
porté contre le Les Idolâtres même font forcés de reconnoître une Providence,
Perc GiL attentive À tout. Prévenu de cette idée, le Roi ordonna qu'on éxa-
minât de nouveau, & fans aucun retardement., les Proces detous
eeux qui étoient dérenus dans les Prifons , qu’on renvoyät libres
tous ceux qu’on reconnoîtroit innocens; & qu'on ufàt même de
quelque indulgence envers les coupables. Cet ordre ne fut pas
plutôt donné, que les Chrétiens de la Cour, réfolus de ne rien
négliger pour la confervation de leurs Prédicateurs, firent fa
voir au Pere Gil que l’occafion étoit favorable, pour recouvrer
fa Liberté, s’il vouloit feulement figner un Placer, qu'ils fe
chargeoïient de préfenter au Roï. Mais, la Propofition déplut
XXVI. extrêmement au Confefleur de Jesus-CarisT : non-feulement
Pourquoi il s’y il refufa de fa: dé PONT n(ka
oppofe. refufa de faire cette démarche ; il pria encore avec inftance
Pag.85,84 fes Amis de n’en faire aucune, qui tendît à lui conferver la Vies
parce que vout cela lui paroifloit pouvoir être préjudiciable 4
x
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 7r9
T'honneur de la Religion. Ne feroit il pas à craindre, difoitil, LIVRE
que les Fidéles ne fuflenr fcandalifes, & que les Infideles ne XLVIIL
regardaflent les Miniftres de l'Evangile, comme des Impofteurs;, Hi rrnieu
fi, dans le cems qu'ils exhortent les Chrétiens à fouffrir avec L5z1N1ANA.
patience, & avec fermeté , tout ce qui Es leur arriver d… ==
fâcheux, à l'occafon de la Foi qu’ils profeffent , on les voyoit
<ux-mêmes mettre tout en ufage, pour ne point fceller de leur
fang , la Religion qu'ils ont annoncée ?
Les Priéres, & les inftances du Saint Miflionnaire, plusque xxvri£
fes Raïfons, firent défifter fes Amis d: leur ji ss Ceux, , On adoucir le
qui, au défaut d’un Placer qu’on ne pouvoit lui arracher, avoient anne ft Le
réfolu d'offrir une fomme d'argent, pour racheter fa Vie, & fa ziniana,
Liberté, n'oférent plus tenter cette voye, de peur de l’offenfer. |
Mais ils ne confultérent pas de même le Pere Matthieu Lézi. ‘*
niana , pour agir en fa faveur : & les Juges, chargés de revoir les
Procès , en confirmant la Sentence de Mort portée contre le
PE ; Changérent celle du fecond en une Prifon perpétuelle.
e Roï ayant vû deux Sentences fi différentes, dans une Caufe
qui étoit la même, refufa de les figner ; & en renvoya la con.
noiflance au Sénat.
Avant que ce Tribunal eùt donné fa décifion , le bruit fe
répandit parmile Peuple, que l'un des deux Prédicareurs Chré. XXVIIE
tiens feroic éxécuté , & l’autre épargné. Le 11 de fanvier s4jouiffent ; lui
2745, le Secretaire du Tribunal Royal parut confirmer ce bruit, feul s'en aflige.
en fignifiant aux Chrétiens de la Cour, que le jour fuivant le
Pere Gil devoit être décapité, il ne dit rien du Pere Léziniana;
dont le Nom en effer ne fe trouvoit pas dans le Catalogue de
ceux , qu’on deftinoit au fupplice. Cette nouvelle, de laquelle
on ne doutoit prefque plus , produifit des effets bien différens
dans les Efprits. D'abord elle adoucit un peu l'afliéion, & les
inquiétudes des Fideles, qui efpéroient de conferver au moins un
de leurs Pafteurs. Elle augmenta la joyÿye du Pere Gil, qui fe
woyoit à la veille de terminer fa courfe par la plus précieufe de
Ibid.
æoutes les Morts. Maïs une ra’fon contraire faifoit répandre un
torrent de larmes au Pere Matthieu, qui n’attribuoit qu’à fes
péchés la perte de la Couronne du Martyre. XXIX.
"On vitalors ce qu'il eft toujours rare de voir parmi les Hom- Gé: éreux Sen-
mes. Celui qui alloit finir fa Vie par la main d'un Bourreau, “mens des deux
ouvoit à peine contenir les faints tranfports de fa joye : & celui Jesus. Cnasr.
qui fe croyoit deftiné à vivre, avoir befoin de toute fa Vertu, ma,
pour modérer fa profonde triftefle. Le premier s'efforçoit de
confoler le fecond, qui, dans tous autres cas, auroïit du être
710 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
-Lrvex fon Confolateur, Mais il le confoloit en Chrétien : ne vor
XLVIIL affligez point, lui difoit.il, puifque c’eft le Séigneur, qui a ordor-
Marraine de notre fort. 11 m'apelle à lui ; & il accepte encore votre
Lezinrana, travail. Il veut être glorifié par tout ce qu'il vous fera faire,
pour la fanétification de ceux qui lui appartiennent. S'il fe con-
tente aujourd’hui d’une Viéime ; il ne rejerte point l'autre;
votre Sacrifice n’eft qu’un peu différé: je vous DA arm nn
_XXX. medfuivrez. |
Et des Fideless Prefque tous les Chrétiens de la Ville Royale, du moins les
_ Principaux, coururent en même tems aux Prifons, pour donner
à l’envi aux Saints Confefleurs, destémoignages fincéres de leur
tendre affection. Pendant que les uns penfoient pouvoir fe feli-
citer avec le Pere Léziniana ; les autres ne trouvoient point des
expreflions aflez fortes, pour marquer au Pere Gil l'excès de
leur douleur; mais fi on n’avoit égard à la Charité qui les faifoit
parler, & agir;on sie dire que leurs larmes n’éetoient pas
moins injurieules à l’un , que leurs félicitations à l’autre.
Le Vicaire Apoftolique, dans la partie Occidentale du Ton-
si , n€ pouvant fe procurer la confolation de vifiter en per-
onne les deux Prédicateurs de la Foi, dans des circonitances
Es attiroient toutes les actentions des Fidéles, & des Infideles,
il leur envoya un de fes Domefti rues, pour les faluer de fa part;
& les prier de ne point oublier devant le Seigneur, les beloins
d’une Eglife, qui les confidéroit comme fes Peres ; & alaquelle
ils devenoient toujours plus précieux. Nos Miffionnaires répon-
xxxtr. direnta cette honnêteté, comme ils devoient ; & en renvoyant
PA dou . ce ce Domeftique, le 2 1 de Janvier, le Pere Gil écrivit au Pr Jat,
de Céomanie. que le lendemain, jour confacréau glorieux Martyre de S. Vin-
cent, ilauroit lui-même le bonheur de répandre fon Sang, pour
avoir préché la même Foi, que le S. Lévite avoit fcellée du fien,
_—_—_—. Le foir il afflembla fes Domeftiques ( car les Chrétiens en
De quelle ma- AVOiENt toujours entretenu quelques-uns auprès de lui) & 273
niére il fe prépare fieurs autres s’étoient attachés à fa perfonne, par le feul cfir
au Martyre. de s’inftruire, & de le fervir, il fit avec eux les Priéres ordi.
ibid, p. 4. naires, & plufieurs extraordinaires : & il leur dir, que fe trou
vant SA arm dans des conjonctures femblables à celles,
où s'étoit trouvé JEzsus CHRIST, la veille de fa Mort, il leur
laifloir comme par Teftament, ce que leur Divin Maître avoit
| Jaiffé à fes Difciples; c’eft-à-dire, le grand Précepre dela Chari-
té, afin qu'ils s’aimaffentlesuns les autres , de la même maniére
qu'il les avoit toujours aimés. Il les fupolia de l'aider par leurs
Priéres dans le combat qu’il alloit foutenir ; & les remercia très
affetueufement
Ibid. pag. 52.
L]
CRE
" DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. #25
affetueufement de tous les fervices , qu'ils lui avoient rendus Lrv.a x
avec tant de zéle, l’efpace de huit années qu'il avoit porté fes XL VIII
Liens, Comme on s’attendrifloit de part & d'autre, le Confef- =—
‘eur de JEzsus-CHri1sT finit fon Difcours, & entra dans fa
Chambre, pour y pafler la nuit en Oraifon, & fe préparer par
Ja Priére à la Grace du Martyre. | —
À trois heures après Minuit, il dit pour la derniére fois la
Sainte Melle, & entendit celle du Pere Matthieu. Tout ceci fe
‘pafla dans la Maifon, dont il a été fouvent parlé. Dès qu'il fur
Jour , le Pere Gil fe rendic dans la Prifon , pour faire fes adieux
MATTHIEU
LEZINIANA.
st
‘aux Prifonniers , fes remercimens aux Geoliers , & quelques à
aumônes aux Pauvres ; à qüi il fit diftribuer ce qui lui reftoit de °
“Provifions , ce qui ne confiftoir qu’en Kitz. Les Soldats, deftinés
à le conduire au Lieu du Supplice ,arrivérent fur les huic heures xxxrrr.
du matin : & le Pere Matthieu Léziniana, qui ne quittoit pas me Sms
‘d’un moment le Saint Martyr, ne pouvant être (comnmie il le 5° PERS
croyoit ) le Compagnon de fa Mort, voulut en être du moins pagaer au Lieu de
le témoin. Il demanda donc comme une grace. la permiffion de füupplice.
Je fuivre, & on ne lui refufa point cette confolation. .
Ils fortirent enfemble de La Prifon, &.fe crouvérent auflitôet XXX1Iv.
€nvironnés, ou fuivis, d’une multitude infinie de Gencils,& de Le premier
Chrétiens. Les deux Religieux marchoierit à côté l’un de l’au- & le fecond de”
‘tre, récitant fans celle des Priéres, s'offrant à Dieu comme des tiftefle.
Victimes Volontaires, & lui demandant par les mérites de ia p. sre
Jesus:CHrisT, la Converfion, ou la perfévérance de tous
‘ceux, dont ils étoient devenus un fpeétacle de dérifion:;ou d'ad-
miration, On voyoir, dit l'Evêque de Corée, une fainte joye
peinte {ur le vifage du Pere Gil. Une profonde trifteffe paroifloit
au contraire {ur celui du Pere Marthieu; qui mouroit prefque
de douleur de ne pouvoir mourir pour la Confeffion de Jzsu s+
CHrisTr.Ces dibofrions de leur Cœur fe rendoient fi fenfibles
dans tout leur extérieur, que les Idolâtres étonhés difoient
dans leur admiration , quels fonc donc ces Européens fi peu fem-
blables au refte des Hommes ? Les autres ne demandent que
de vivre : & ceux-ci ne défirent que de mourir (1). or |
Le Seigneur éxauça les faints défirs, que lui-même formoit xxxvi
dans l’Ame de fes Serviteurs: lorfqu'ils furent arrivés devant la L'Art de mort
grande Porte du Palais, on vint annonçer au Pere Léziniana, is. arr
que dans ce même moment les Juges avoient porté contre lui de confolation.
une nouvelle Sentence de Mort, & qu’il alloit êrre décapité mit pag 56,
avec fon Confrere. Bientôt après parut l’'Officier qui devoit in:
{z) Ali perant vivere ; Magiltri Religionig petunt mort. 44, de M. de Céomanie .
Tome V'J, Yyyy
D ENS E SOS IS PERS
{
| |
| #22 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Ltvesg timerlArrèt.Ensapprochant du Pere Marchieu, il lui demanda
XLVIII d'abord s’il entendoit la Langue du Pays; & {ur fa Réponfe, l
\ — ajouta : « Puifque ru es‘venu d'un Royaume Etranger, pour pri
L . TEU $-cher dans celui-ci la Religion des Chrétiens, c'eft pour celt
| RO » que le Roi te condamne à perdre aujourd’hui la tête » : J'en
rends graces à Dieu, répondit avec joÿe le Saint Miflionnaire,
comme avoit fait m2 Sainc Cyprien. Le Pere Gil imita
auff le Saint Evêque de Carthage, en faifant donner quelques
piéces d'argent aux deux Geoliers, qui ayant eû la garde des
Prifons, devoient felon l’ufage du Pays éxécuter la Sentence,
rendue par le Sénat, & confirmée par le Roi. Dans le Lieu même
du Supplice on laiffa aux deux Mifionnaires le rems de faire
ane longue Priére, la face contre terre ; & ils fe donnéerert
sm. =
5 -. ænfuite mutuellement l'abfolution facramentelle. Les Fideles
Fe __ & les Infidéles avoient les yeux arrêtés fur eux, & tous pa”
| L roilloient:faifis d’éconnement & de refpe&. Un témoin oculaire
a dit dans fa dépofition, qu’à peu de diftance de ce même lieu,
il avoit vû une vieille Femme, qui profternée devant fes Ido-
les, les pricit de tout fon cœur.de fauver la vie à ces deux |
| Etrangers, que ‘la ‘douceur irendoit fi aimables (1). L'un & :
xxxvr, | l'autre ayant'été cépendant attachés d'un pieu; tandis que les
Marcyre de sous yeux levés au Ciel ils offroient leur fang & Jeur vie en facrk
rue #2 fice, le Magiftrat-donna le fignal ; &les Miniftres de la Ju
+ "7" tice leur coupérent Ja tête. |
Soir Dès ce moment les Chrétiens , préfens en grand nombre,
Courage & fer. S’écriérent d’une même voix : 4h ,mos Péres ! nos chers Perts (2)
veur des Clé. Et en prononéart ces paroles ils franchirentles Barrierés , êt
re s'élancérent en -foule dans l’enceinte, pour rendre leurs-hom-
Ibid, p, 89, | RE | k d
Mages aux Saints Martyrs. Quelques-uns ramaflerent L |
terre teinte de leur Sang : quelques autres râchérent d em-
porter des morceaux de SE. Habits, ou une partie de:leurs
cheveux : chacun s’émprefloit d’avoir quelque chofe de leurs
Reliques, On remarque que , fuivant une pratique fuperfti-
tieufe des Tonquinois , après ces forres.d'éxécutions , les Offr-
ciers. les Soldats, les Bourreaux ont coutume de fe retifer avec
beaucoup de précipitation , par la cräirite que les Manes des Sup-
pliciés ne leur faflent du mal. Dans certe occa fon ils nefe retiré-
rent pas de même, raflurés fans doute au par l’éxemple decette
{
à *_ (1) Eodem tempore aderat aliquanto lon-} (21‘Tum Chriftiani alrà voce exclamave-
gids quæzdam vetula Idolorum cultrix sSg'aprunt: Heu Patres! heu Patres! Irruerunt”
ic precabatur: Vos rogo, Idola, falvate duo | que ad colligendum fanguinem, &c, Ibis:
illos komimes manfuetos. Zéid. | |
Ms
LS EE
La
Fe
ms"
LAS
a ۈ
Li
NT TE. vu LE OR ‘27 6
ee
=. -
à. 2
Po En
Vs
Le
ON Oh us 7 ee RON Où TT ns. ©
*
A
DE L'ORDRE DE $. DOMINIQUE. 7:3
foule de Chrériens, ou par la jufte perfuafion, que ceux qu'op LrvKke
venoit d’éxécurer , ne voudroient pas venger une more, qu'ils XLV'EII.
avoienc défiréé avec tant d’ardeur , & foufferte avec tant de Mar EU
joie. Ils s'arrêtérent donc long-tems fur le Lieu , fans inquié- Me AN A6
ter les Fidéles, maïs admirant leur dévotion, & ce tendre =
amour, qu’ils témoignoient avoir ges leurs Peres,
Le concours des Chréciens fut fi grand , que les Miniftres nace. storic. page
de la Juitice, à qui les Domeftiques des deux -Mareyrs avoienc °°
donné une fomme. d'argent, pour avoir leurs Corps, leurs tê- xxxvrir
tes , leurs vêcemens, & leurs liens, ne furent pas les Maîtres Leurs Reliques
de s’en faïfir. L’attention des Chrétiens même y fuppléa. Les Re
deux rètes furene remifes entre les mains d’un P. Jéfuire nommé imifes à deux Mif-
Pierre.Xavier , Tonquinois de Nation, qui eut foin de les fionnaires Domi-
faire porver le lendemain matin dans une Barque, où on avoie
déja rémis les Corps; & le tout fut der is par eau dans
le Bourg de Zwc-Th«y. Deux autres Miflionnaires Domini.
cains , apellés Louis Spinofa , & Pie de Sainte Croix , avec un
grand nombre de Fidéles s’y rendirent le 26 du même mois |
pour célébrer les Obféques. Après la Mefle, & le Canrique
Te Deam , qu'on chanta en Aëtions de Graces, pour le Triom-!
phe de ces Martyrs, leurs Corps furent enterrés dans la mè>
me Maïfon , où ils avoient fair autrefois leur Réfidence or:
dinaire, LL | D UE. |
-. Pèr de tems après, le Pere Ponigrau, Vieaire Provincial. xxx1x.
du même Ordre, & quelques Religieux de Saint Auguftin s'é «Un rroifiéme te.
Nes * | -_ gsm PA a | rend dans le mê+
tant rendus à ZuciT'huy avec l’'Evêque de Corée, on réfolut' x lieu.
de transférer les faints Corps dans l'Eelife du 'Liéw ; foit afin’
ils fuflent plus décemment ; foit auffi pour ne point expo.
cr le Chrétien, à qui appartenoït la Maïifon, où on les avoit
d'abord enterrés. Cerre tranflation fe fie avec folemnité. Un' XL.
Religieux prononta l’Eloge des Confefleurs de JEesus-CHrisr :’ re
fi À rs une feconde is le Te Deum & on prit toutes les a à L
précautions qu'on put , pour la füreté des Reliques. Il eft vrai is
que cette Cérémonie fe fic en préfence de bien du monde ::
mais la ferveur & la conftance de ces bons Chrétiens étoient
telles ; qu'on pouvoir prademment compter fur le fecret..
“De tout ce que nous venons de rapportér., il'eft aifé de: ras :
conclure, qu’en général il y a beaucoup d'humanité chez les Rs Re
Tonquinois ; beaucoup de zele & de piété parmi ceux de certe: de ce Maryres
Nation , qui ont embraflé le Chriftianifme ; & que les Ufages
de ces Peuples fonc bien différéns , des Coutumes des Euro-
péens. Remplis de nos préjugés ; & en ne jugeant des chofes,
Y yyyi
Livre
XLVIIL
QE tne
MATTHIEU
LEZINIANA.
à
D
7124 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
que par ce qui fe pratique parmi nous, nous aurions de la peine
à croire , que dans une Cour Idolâtre, & fous les yeux d'un
Souverain, qui portoit des Edits fanglans contre les Prédica-
teurs de la Foi, il fe trouvât cependanc un grand nombre de
Chrétiens, qui ne cachoient ni leur Religion , ni leur attache-
ment à ceux qui l’annoncoiïent, Nous comprendrions encore
moins, qu'après une Sentence de mort, rendue dans les pre-
miers Tribunaux, contre les Miniftres de l'Evangile, on les
ait laiflés fi long-tems dans une liberté prefque entire de pra-
tiquer eux-mêmes , & de faire pratiquer à ceux du Pays, cette
Religion qu’on s’efforçoit de détruire. Enfin on ne fe perfua-
deroit pas aifément, que le Miniftére public ne 1e füt donné
aucun Ein d'empêcher les Honneurs, que les Fidéles rendoient
aux cendres de ceux, que le Roi & le Sénat avoient fait mou-
xir, Ce font néanmoins autant de Faits juridiquement acreftes,
par une fouie de Témoins dignes de foi ; &, comme nous avons
dit , munis du Sceau de trois Evêques, Vicaires Apoftoliques
dans ces Contrées.
Nous laïflons au Lecteur Chrétien à faire fes réflexions, fur
la douceur de la Providence, & la bonté infinie de Dieu ; qui,
encore aujourd’hui, comme dans les tems Apofñtoliques, fait
porter la lumiére de la Foi à des À ur reculés, enfevelis de-
uis tant de Siécles dans les Epaifles ténébres du Paganifme : fur
a force de la Grace, & la Vertu de la Foi; qui donne tant de
. courage, de patience , de fermeté à des Miniftres, choifis pour
annoncer la Divine Parole, & tant de docilité, à ceux qui font
prédeftinés pour la Vie éternelle. Les travaux, les combats, les
fouffrances de nos Saints Miflionnaires, leur perfévérance dans
les plus rudes épreuves, leur Vie, & leur Mort, font de nou-
veaux témoignages de la vérité de notre Religion , & de nou-
velles preuves que c’eft dans l’Eglife Catholique, que fe confer-
vent toujours ces Caraéteres univoques, qu’on ne trouve point
dans les Communions féparées , le zéle du Salut des Ames,
l'Efprit Apoftolique , la Grace du Martyre.
. La Lectre fuivante peut donner une idée de l'Etat, où fe trou.
voit l’Eglife dans le Tonquin, au commencement de ce Siécle;
aufli bien que du zéle perfévérant de nos Miflionnaires , & de
la ferveur de ces nouveaux Chrétiens, que le feu de la perfécu-
_ tion fembloit multiplier.
N
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. #25
(Lettre du Révérend Pere Eleutere Guelda , de POrdre des Freres re, ét
© Prêcheurs , du Couvent de Valence en Efpagne, & Mifionnaire ;
ÆApofolique dans le T'onquin, écrite au Révérend Pere T homas-
_ Michel, Religieux du même Ordre; € traduite de l'Efpagnol,
MATTHIEU
LEZINIANA«
‘4
Mon REVEREND PERE. … eg Juillet 17154
« Dès que je fus arrivé à la Chine, j'écrivis à votreRévérence,
pour lui faire fçavoir l’étac, dans lequel je me trouvai. Com- «
me certe premiére Lettre peut n'être point venue jufqu’à vous, «
je vous dirai en peu de mots dans celle-ci, que le Pere Pierre «
Bono, le Pere Sales, & le Pere Bel fopt à Cagayan; le Pere es
Gil, & le Pere Labérias à /’enzafinan; le Frere Côme demeu- «
re dans une Mctairie. Le Pere Joachim Royo, & moi avons «
été deftinés, lui pour la Chine, & moi pour le Tonquin, qui «
eft le Royaume le plus éloigné. Nous partimes de Manille au «
commencement du Carême ; nous eùmes une tempête fi fu- ee
rieufe, que nous nous vimes prêts à nous perdre. Je laiflai le «,
Pere Joachim à la Chine; & je traverfai ce grand Empire, «
non fans grand danger, parce que je n’avois ja permiffion «.
de l'Empereur ; qui, par un Edit, avoit chaflé tous les Reli- «c
gieux de Saint Dominique : mais graces à Dieu , perfonne ne «
me dit mot, ce qui a étonné bien des gens. Le jour de la «
Fêre-Dieu , j'arrivai avec un Compagnon dans le Royaume «
du Tonquin, & nous nous embarquâmes : cette Navigation «
fut un peu longue, à caufe des vents contraires. Deux diffé- «
rentes fois nous courûmes rifque de la Vie, par la rencontre «
des Brigands, qui volent & tuent :bien nous valut d’avoir fui, «
& de nous être cachés, Nous paflâmes par un bras de Mer «
fort étroit entre des Montagnes. Je fouffris beaucoup dans ce «
Voyage. Obligé de me pis pendant le jour dans le fonds
d'un petit Bateau, j'atrendois la nuit avec Sa er , pour «s
pouvoir refpirer. Nos Vivres finirent , mais la Charite des «
Cbretiens nous fecourut dans ce befoin. Celui, que nous avions «
envoyé pour chercher quelques Provifions, ayant dit fecrette- «
ment à des Chrétiens, qu’il y avoit deux Peres Mifñionnaires , «
le Bareau fut d’abord plein d’Hommes, de Femmes, & d’En- «
fans ; qui à genoux nous demandoient la Bénédiétion, des Ro- «
faïires, ou des Médailles : leur dévotion me toucha fenfiblement. «
Jisnousapportérent tous leur petit préfent;& ceuxqui n'avoient
rien pour nous donner à manger , nous offrirent de l’argent. «
Yyyyü
Lrvri
XLVIIE
tante
MaATTHIEU
L'ÈZINrANA.
7:26 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
» Le jour du Triomphe de la Croix , je defcendis à terre bien
» avant dans la nuit :on me conduifit par des chemins très-rudes;
» pleins de ronces & d’épines. Un Homme, les piés nuds, &
» revêtu de méchans haillons, vint au-devant de moi : c’étoir le
+» Révérend Pere Vicaire Provincial : car les Mifionnaites
» À poftoliques font obligés de fetraveftir ainfi, pour n’être point
5 découverts.
» Depuis deux ans cette Eglife eft perfécutée. Le Roi, par un
°5 Edit a ordonné à tous les Chrétiens de renoncer à la Foi de
5 fÈsus-CHrtsT; de brûler routesles Eglifes, & tout ce qui
» fervoic à l’éxercice de la Religion, fous peine, fi cela n’étoic
» éxécuté dans un mois, d’être févérementchâtié, condamné à
» une Prifon perpétuelle, marqué au front comme les Efclaves,
»5 d’être fouetré, & battu à coups de Marteau. Et afin que cet
» Edit fur plus facilement éxécuté, on promertoit cinquante
» Piaftres à celui qui découvriroir un Chrétien, & davantage fi
» c’étoit un Mifiontiaire. Le mois fini, la perfécution fut cruelle:
» nos Miflionnaires fe cachérent dans es Maïfons de Sœurs
5 du Tiers-Ordre de Saint Dominique , qui vivent encommun,
» & fervent Dieu avec autant de régularité & de ferveur, qu’on
» lé fait dans les Monaftéres les plus réguliers en Europe. Elles
5 font toutes les nuits une hêure & demie d’Oraifon ; & un peu
» moins le matin ; & paflent le refte du jour À travailler.
» La pérfécution augmentant toujours , elle devint fi furieufe,
» que tout le monde craignoit de recevoir les Miffcrinaires. IL
» n’yeût que ces charitables Sœurs, qui, fans craindre le danger,
» continuérent toujours à les recevoir. Auff os d'entr’elles
» furent terriblement maltraitées, & emprifonnées pour Es u s.
» CHRIST : Ce que nos Religieux ayant {çù ,îls procurérent leur
» élargiflement én donnant de l'argent. On brüla cent trente
» Églifes de notre Ordre, & plufieurs habitations entières de
» Chrétiens. Grand nombre d’Hommes & de Femmes furene
» mis en Prifon ; dont plufieurs furent cruellement tourmentés
» eh préfence du Roi : il lés fit fouetter par trois fois; enfuite il
» leur fit donner quarante coups de Marteau fur les genoux :
» mais, ils fe portent bien aujourd’hui, & fe promenent dans le
» Palais , avec les Fers toujours aux piés. On a pris un Evêque
» qui aéré éxilé; & peu de tems auparavant ur de nos Religieux
» fut découvert, & banni, après avoir fouffert plufieurs tour
» Mens.
» L’Edit da Roi eft encore affiché aux portes de fon Palais:
» cêtte perfécution néanmoins n'eft pas fi furieufe qu'elle étoic
ELA
DE L'ORDRE DE S DOMINIQUE. 7:17
&’abord, parce que Dieu fair éclater fa colére contre ce Royau. «
me. L'année derniére il y eut une famine fi grande, qu'il «
mourut plus d’un million de perfonnes. Préfentement il court «
des maladies peftilentielles ; & je crois que ces fleaux ne cef. «
Seront point , que cet Edit ne foit révoqué. Il femble que «
Dieu l'ait voulu faire connoître, fe fervant pour .cet effet «
d'une Femme Idolâtre ; qui, dans le Palais même du Roi, «
déclara hautement que toutes les Calamités du Royaume «
£toient l'effet de la Perfécution -excitée contre les Chré- «
tiens. Un jeune Enfant Tonquinois, dans le tems même de «
cette Perfécution , prêchoit partout aux Gentils, avec le zéle 6e
d'un Apôtre. Le Réverend Pere Jean de Sainte Croix, Vi-«
çaire Apoftolique , avec qui je demeure, l’a éxaminé ; & «
après un éxamen ctrès-férieux , il a déclaré qu’il a trouvé «
dans cet Enfant un Efpric élevé, & d’une rare pénirence. . .«
‘La Perfécution continue cependant, quoiqu’avec moins de «
violence. Depuis peu on a pris trente-trois Chrétiens ; & on «
en ss rous les jours : ce qui.nous oblige de nous-tenir fi «
cachés , qu’à peine fortonis-nous pendant le jour : la nuit mê- «
-me nous ne le faifons qu'avec de grandes précautions, pour «
fecourir les Chrétiens, & leur adminiftrer les Sacremens. «
Jamais certe Eglife n’a été fi floriflante, & quant au nom. «
bre ,.& quant à la ferveur des Chrétiens, qu’elle l’eft main- «
tenant, maleré le feu de la Perfécution. Nous fommes fix «
Religieux : chacun de nous a foin de quinze mille Ames ;. & «
même quelqu'un de nous en gouverne davantage «.
Les Gentils, qui {e convertiffent , à la vüe des rigueurs de «
la Juftice de Dieu , dont nous venons de parler, font innom- «
brables; enforte que fi Dieu ne nous foutenoit, les forces «
‘humaines feroient crop foibles, pour un fi grand travail. Les. «
Miflionnaires paflent les nuits, & même les:jours entiers , à «
confefler, & baptifer ; ce qui ne leur donne pas quelquefois «
le tems de rep un moment; parce qu'ils ne veulent pas fe «
priver de la confolation de diftribuer le Pain de la -Parole , «
x ces pauvres Gens leur demandent, n’y en ayant point «
d'autres qui puiflent le leur donner. Leur ferveur eft fi gran- «
de, qu’elle nous retrace au naturel celle des Chrétiens de la. «
primitive Eglife. Nous avons confeflé quelquefois des cen- «
taines de perfonnes , fans trouver matiére d’Abfolution : ils es
s’accufent, avec des torrens de larmès, des plus petites fau- «
tes, comme d’avoir manqué à dire une partie de leurs Priéres «
de dévotion, &c. Les Enfans de douze ans fe confefent des «
MATTHIiEU
LEZINIANA
CESSER
18 HISTOIRE DES HÔMMES ILLUSTRES
Livaz » moindres imperfections, jufqu’à rerourner deux & trois fois
“XLVIII..» au Confefleur. Quatre & cinq journées de chemin ne leur
: A
/ MATTHiEU
» font point peine pour chercher un Miffionnaire ; & quand
LeziNragva, ” NOUS arrivons dans un Village, nous fommes recus comme
» les Envoyés de Dieu. Les Fidéles nous font paroître tant de
» charité, qu'ils s’ôteroient le pain de la bouche, pour nous
» le donner. Il n’y a pas jufqu’aux petites Filles de dix à douze
» ans, qui, s’aflemblant de tems en tems, ne fe portent les
» unes & les autres à faire quelque Préfent d'une ou de deux
» piéces d'argent, au Miniftre de Jesus-CHrisT, lorfquil
» arrivera dans le Lieu. Il eft rare que quelqu'un vienne voir
» un Miflionnaire, fans lui apporter quelque chofe: &ilyen
» à de fi libéraux , qu'ils donneroient volontiers tout ce qu'ils
» ont, pour le prier de les recommander à Dieu. 1] n’y a que
* ceux qui en ont l’expérience , qui puiflent le croire «,
» J'aurois bien des chofes à dire fur cette Mitfion ; je ne crois
» pas que dans tour le Monde il s’en trouve une, où il y ait
» plus de fruit à faire. Je n'en dis pas davantage ; parce que
» dans ce moment on m'avertit de m’aller cacher dans une
» autre Maifon. Nous avons appris que deux Religieux de nô-
» tre Ordre font entrés depuis peu x mn le Japon. Dieu veuille
» par fa Miféricorde conferver cette Eplife affligée. Vous ferez
» part de cette Lettre à vos Amis, & je fupplie votre fainte
» Communauté de me recommander à Dieu : je le prierai auf
» de vous conferver plufieurs années. Au Tonquin le 15 Juil-
» let 1715. |
Fr. ELEUTHERIO GUELDA.
La Perfécution contre l’Eglife du Tonquin, excirée par un
Edit en 1713, deux ans avant la date de cette Lettre, conti-
nuoïit encore en 1745 , du moins à l'égard des Miffionnaires,
& de ceux qui les recevoient. Les fléaux, & les calamités publi.
ques continuoient aufli depuis trente-deux ans: & rous les Chré-
tiens, ainfi que la plüpart des Gentils , étoient perfuades que
.ces fléaux multiplies n’étoient que la jufte punition d'une Per-
fécution également cruelle & opiniâtre. De là cetre ferveur
toujours foutenue des Fideles , & leur multiplication. Ce qu'on
faifoit pour les détruire, augmentoit à proportion la multitude
des Croyans. On les arrêtoit, on les tourmentoit, on en fai-
{oit mourir quelques-uns ; & leur nombre devenoit tous les
jours plus confidérable. On renverloit leurs Habitations, on
brûloic leurs Eglifes, & ils n’en étoienr pas moins >
| ans
" es nr "ile vmsmRun nn
Lana
LqUN
pie
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 719
dans la Foi. Tout âge, tour fexe s’emprefloit de recevoir lE-
vangile, de le pratiquer, & de lui rendre témoignage devant
les Tribunaux. Tout cela nous paroît bien attefté, & par la
Lettre qu'on vient de rapporter, & par tout ce que nous avons
dit dans l’Hiftoire du Pere Gil de Féderich , & du Pere Mat-
thieu Leziniana. Ge que nous allons rapporter dans l'Article
fuivant fera une preuve que l’Eglife Chrétienne , dans l’Em-
pire de la Chine, n’eft aujourd’hui ni moins perfécutée , ni
guéres moins floriflante , que dans le Tonquin.
; |
FRANÇOIS FERNANDEZ DE CAPILLAS,
= MiIssiONNAIRE APOSTOLIQUE DANS LA CHINE,
MARTYRISE L’AN 1648. |
PIERRE MARTYRSANZ, EVESQUE DE
MAURICASTRE, ET VIÇAIRE APOSTOLIQUE,
DANS LA PROVINCE DE FO-KIEN.
FRANÇOIS SERRANO, EVESQUE DE
TirAsSA,ET COADIUTEUR AU VICARIAT APOs-
TOLIQUE DANS LA MESME PROVINCE.
JOACHIM ROYO , FRANÇOIS DIAZ, ET
- JEAN ALCOBER , MiIssIONNAÏRES, MORTS
k Pour LA For, DANS LA CHINE, L'AN 1747, & 1748.
C E N’EST pas d'aujourd'hui que la Parole de l'Evangile,
dans la bouche des Enfans de Saint Dominique, a fait
des Chrétiens dans le vafte Empire de la Chine , & procuré
la Couronne du Martyre à ceux qui l’annonçoient. Dès l'an
2556 le Pere GAsPpAR DE LA Croix, Dominicain Portu-
gais , originaire de la Ville d’Evora, & Profès du Couvent
d’Azcinton , entra dans ce Royaume, & y prêcha d’abord les
Vérités de la Foi avec beaucoup de zéle, & de fruit. Ces Peu.
ples Idolâtres ; aufi touchés par la force de fes Exemples , que
perfuadés par fes Difcours , abattirent eux-mêmes un de leurs
Temples confacrés aux Idoles. Plufieurs demandérent le Bap-
tème ; quelques-uns le reçurent ; & les Mandarins, qui avoient
fait arréter notre Miflionnaire, dans le deflein de le faire mou.
rir, refpe@érent en quelque maniére fa fainteté ; mais ils ne
Haiférent pas de le chafler du Royaume, de peur qu'il-ne dé-
truisit leur Religion. . |
Tome VI . | | Zizz
LIVRE
XLVIIT:
MATTHIEU
LEZINIANA.
RE
GASPAR
DE LA CROIX,
SERRE
Voyez Souza, Lod
z , Fernandez,
Pierre Gonzalez
Mendofa, dans fon
Hiftoire de la Chines
Cardofo, & l’Apol.
des Dominicains »
Ce. VII s VU], IX q
X:s GC
”
730 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LiLvVRE Arraché ainfi à ceux qu’il avoit déja engendrés en Jesus.
XLVIII CHRIST, Gafpar de la Croix paffa dans le petit Royaume
Ga d'Ormus ; & il y fit encore des Converlons. Ufé enfin de tra.
SPAR. RE RE
ue LA Croix, Vaux, & ayant refufé l'Evéché de Macao , qui lui étoit offert
“par le Roi Don Sébaftien , il revint en Portugal ; où faifant
fuccéder un Miniftére de Charité à un autre , il fe dévoua aa
{ervice des Peftiférés dans la Ville de Lifbonne. Il mourut dans
ce faint Exercice, comme la derniére Victime du redoutable
fléau , dont il avoit prédit la fin. Cardofo, dans fon Martyro-
loge, aflure que Css de la Croix eft le premier Prètre Eu-
ropéen , le premier Miflionnaire , qui ait prêché la Foi dans
Ja Chine. Il nous apprend qu’il avoit là une Relation écrite
en Portugais par le même Miffionnaire , touchant ce qu'il avoit
fait parmi les Chinois , & ce qu'on pouvoit efpérer de certe
Miffion, fi elle étoit cultivée. L’illuftre Dominique Navaretre,
dans fon Expofé des difficultés propofées à la Sacrée va 2
ation de la Propagande, confirme ce que nous lifons dans
e Martyrologe : Cardofo , & dans quelques autres Auteurs,
Depuis la Retraite involontaire du Pere Gafpar de la Croix,
& dans le même Siécle, plufieurs de nos Prédicateurs entre-
prirent fucceflivement d’apeller à la Foi les Peuples de la Chi-
ne. Le Pere BARTHELEM1I Lopez , & deux autres Domini-
cains, vers lan 1587, bâtirent un Couvent à Macao, pour
porter de là le Flambeau de la Foi dans les Provinces de cet
Empire. Dans le même rems le Pere JEAN DE CASTRO, pre
mier Provincial de la Province du Saint Rofaire des Philippi-
nes , & le Pere MicHez DE BENAvIDES, depuis Archevèque
de Manille, furent introduits dans la Chine, par deux Chi-
noïs , qu'ils avoient convertis & baptizés dans la Capitale des
Philippines. Comme ils étoient déja bien inftruits de la Lan
pue, & des Coutumes du Pays, ils commencérent dès leur
arrivée À éxercer les Fon@ions du Saint Miniftére ; & il pa-
roifloit qu’ils pouvoient en efpérer beaucoup, fi on leur avoit
laiflé le loifir de travailler à Œuvre du Seigneur. Mais bien-
tôt après déférés, & arrêtés, ils fouffrirent une rude Prifon
à Hayrtemg ; ils confeflérent le Nom de }JzsusCHrist
devant les Tribunaux, & on les forca de fortir de l’Empire,
Le Pere Dirco ADvARTE n’y trouva pas plus de facilite fur
la fin du feiziéme Siécle; non plus que les Peres THoMAsS
Mayor, & BARTHELEMI MARTINEZ, qui en 1612 furent
envoyés à la Chine, par le Pere JEAN DE LA P1ETE", Domi
cain Portugais, alors Evêque de Macao, & Vicaire Apoñtolique.
te - .,
1 Et La Fé- es
Di tee, eÙ Er. +
DE L'ORDRE DÉ S. DOMINIQUE. 73r
On peut donc avancer, que les Chrétienrés fondées dans la
Chine, par les Religieux de Sainr Dominique, n’ont commencé
à {e bien affermir , & à devenir floriffantes, que depuis que le
Pere Ænge Coqui Italien de Nation, & le Pere 7ean-Baptifte
Morales Éfpagnol, par une faveur particuliére du Ciel, entré-
rent daos la Province de Fo-kien ; celui-là en 163 :,& celui-ci
l'an 1633. Cette entrée, qui a eû de fi bonnes fuites pour
Salut d’une infinité d’Ames, doit être regardée comme la fe.
conde époque des Travaux Apoftoliques de nos zélés Miffion-
paires, Ceux qui n’ont daté nos Miffions de la Chine, que de
ce tems-là, fe font vifiblement trompés : mais il eft vrai que tout
ce qui avoit précédée , n’étoit proprement que comme des coups
d'eflai, ou de foibles préludes, f on le compare aux travaux
immenfes , & à A sp Moiflon , qui en a été le fruit dans
le dix-feptiéme, & dix-huiriéme Siécle.
Parmi nos Hommes A poftoliques, qui depuis le-Pere Morales,
occupés comme lui à cultiver la Vigne du Seigneur dans la Chine,
ont foumis plufieurs milliers d’Infidéles au joug de JEsus-
CHrisr,& ont bâti un nombre confidérable d'Eglifes , dans
différentes Provinces, il y en a eû plufeurs , qui ont été hono-
rés du Caractére Epifcopal, & de la Dignité de Vicaire A pofto-
Jique. Nous avons écrit la Vie de pas rt dans le Tome
précédent *. On en connoît auf plufieurs , qui nan contens
d'avoir travaillé pendant plufieurs années , & avec un zéle infa-
tigable, à la propagation de la Foi, par leurs Difcours, & par
leurs Exemples; ils ont fait encore fervir leur plume à la même
fin, ayant compofé en Langue Chinoife divers Trairés, afin de
contribuer plus efficacement, & plus long-tems, à nourrir la
piété des nouveaux Chrétiens, & à inftruire les Infidéles *,
Quoique tous nos Mifionnaires ayent participé, plus ou moins,
au Calice des fouffrances de JEzsus-CHRrisT; & qu'ils ayent
fait paroître la même conftance à prêcher fans déguifementc Ja
Sainte Loi; il s’en eft trouvé quelques-uns, qui particiérement
éprouvés par le feu de la tribulation , comme l’or dañs le Creufet,
nt vérifié par l’héroïfme de leur Mort, cette belle Parole de
LIVRE
XLVIIE
nan, |
GASPAR
DE LA CROIX,
Voyez iHiit. des
ahilippi. L. 11, Cap.
le XLI, P. 2700 271é
# Voyez la Vie de
Gregoire Lopez, Te
V,p. 187.
Celle de Domia,
Navarette, Ibid. p.
617.
Celle de Pierre d’Al-
cala. Ibid, p. 739
** Voyez les Noms
de ces Ecrivains dans
Je 11. Tom, du Pere
Saint Cyprien : Un Prèrre qui n’a pour régle que l'Evangile de
JEsus-CHRIST, @ gai garde fes Commandemens , peut bien ètre
immolé ; mais il ne peut ètre vaincu. Sacerdos Dei Evangelium tenens,
é præcepta cuflodiens , occidi poteff, vinci non potef. Nous en
comptons déja dix, dont les glorieux Travaux , felon la Foi de
l'Hiftoire, ont eté couronnés par le Martyre. Il eft fait men:
sion des cinq premiers, dans le Difcours de N.S. P.le Pape, du
| | M Zzzzi]
732 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre 16 Septembre 1748 : & nous allons donner une idée des Com:
XLVIII. bats, des Souffrances, & de la Victoire des cinq derniers, après
"Gasr:x avoir dir quelque chofe du P. François de Capillas, le {eul parmi
DE LA Croix, les Anciens, qui foit expreflément nommé dans le Difcours de
= fa Sainreté : ce qui nous engage à ne pas nous contenter de ce
Pag. 633. Lx nous en avions dit par occafion, dans le cinquième Tome
e cette Hiftoire.
FrANçcoïs FRANÇOIS FERNANDEFSDECApPtLLas,illuftre Elpa-
DE Capiras, gnol, élevé d’abord avec beaucoup de foin par fes Parens, &
" ———" ayant pañlé fes jeunes années dans le Siécle avec la fagele, &
la retenue d’un Tobie, fe confacra à Dieu par la Profefhon
Relivieufe, dans notre Couvent de Saint Paul à Valladolid.
Toujours fidéle à la grace de fa Vocation, en travaillant à la
Pr perfection, il fe mit en état de travailler avec fruit à
la fan&ification des autres. On lui apprit à fe détacher du mon-
de, & de lui-même, à aimer la pauvreté Evangélique, à pratiquer
l’'Humilité, & à ne chercher fes chaftes dèlices que dans l'E-
xercice de l’Oraifon, ou dans la leâure des Divines Ecritures.
Certe vie retirée, & auftére, jointe à l'innocence des Mœurs,
& à une pureté Angélique, le zéle du Salut des Ames, &un
ardent défir de répandre fon fang pour la Gloire de Dieu:
telles furent les difpofitions , qui le préparérent au Sacerdoce,
& en même tems au Miniftére Apoñtolique. Capillas Péxerça
quelques années avec applaudiffement dans fa Province d'Efpa-
gne : & dès que la volonté de Dieu lui fut connue, par celle
des Supérieurs, on le trouva prêt à pafler les Mers, pour por-
ter au loin la Lumiére de l'Evangile,
Ce fut l'an 1642 qu'il pénétra dans la Chine, avec le
Pere François Diaz, Religieux de fon Ordre, arrivé avant
“ P) Le De lui dans l’Ifle Formofe ; où la Providence les réunit (*). Capil-
Lure dela même 145 s'arrêta d'abord à Fo-gan; & ayant appris en affez peu de
. Famille, quecelui t6ms la Langue Mandarine, il s’appliqua auffitôt aux Fonc-
+ 4e tions de l’Apoftolat. Le zéle qui le confumoi, lui perfuadant
Chine. qu'il fe devoic à tous ceux, qui avoient befoin de fon minilte-
re; il parcourut à pié plufieurs Provinces de ce vafte Empire,
toujours vêtu pauvrement, ne portant avec foi que fon Bre-
viaire, & un Crucifix ; & ne s'appuyant que fur la Vertu de
Ja Croix dans la Prédication de l'Evangile. !
Il feroit difficile de bien exprimer, & les fatigues, qu'il lui
fallut efuyer, & les périls, où il fe vit fouvent expofé dans
des chemins toujours difficiles, & toujours dangereux pour un
Mifionnaire, Mais Jzesus-CHR1sST, l'unique objer de fes
" DE L'ORDRE DE S DOMINIQUE." 733
défirs, & de toutes fes adions , fut aufli fa force, fareflource, Lynn p
& toute fa confolation, Il bénit fes travaux., par les fruits XLVIIL
äbondans qu'il donna à fes Prédications. Un grand nombre eo
d’Infidéles inftruits & convertis, d'Apoftats ramenés & récon- : A ?
ciliés à l’Eglife, de Vierges confacrées à Dieu, dass un Empire |
où la Virginité éroit encore peu connue, ou n’étoit point ho-
norée, la bonne odeur de JEsus-CHRIST, répandue de
toutes parts, par ces nouveaux Chrétiens , qu’il purifioit tous
les jours par les Eaux du Baptème : tout cela faïfoit honneur
au Miniftére du Saint’ Prédicateur : ic'étoit le fceau de fa Mif
fion, la récompenfe de fes'travaux, & la preuve la moins équi.
voque que la main du Seigneur étoit avec lui. Il continuoit
fes Fonctions avec ce courage ; que le fuccès a.coutume d’inf-
pirér, lorfque le Mandarin de Fo-gan, pouflé par un Chinois
nommé Chivan- Hoëi , commença. à 'perfécuter : cruellement
tous ceux qui faifoient profeffion de la Religion Chrétienhe, 8
à faire de plus vives recherches, pour découvrir leurs Pafteurs,
.- Pendant cette Perfécurion , excitée vers l'an 1645, lEmpe.
reur de la Chine, peut-être moins prévenu qüe la plupart de
fes Mandarins ; contre les Difciples de JEzsus-CHRisT,
envoya un Commifflaire Général dans la Cité de: Fo-gan ; pour
y écouter les plaintes des Gentils, & les défenfes des Chré.
tiens. Ce Vifiteur ordonna que les Chrétiens d’une part, &
les Lettrés Gentils de l’autre , choifiroient les plus Sçavans d’en+
tr'eux, pour la défenfe de leur Loi; que la +. fe feroit
publiquement en fa préfence; &'il promit qu’il fotmeroit fon
Jugement fur ce qui lui paroîttoit.plus-raifonnable. Il tint {on
Audience le jour , & dans le lieu’, qu'il: avoit marqué. ‘Ur Hi Philipp. LT;
Sçavant Chinois, nommé Pierre Chin, digne Eleve du Pere 155 "7 +
Capillas, parla pour la Loi de Dieu , dont il faifoit profefion , pol. des Déminte,
& fit publiquement l'Apologie de la Religion Chrétienne, de #5 +7,41
fes Miniftres, & de ceux qui la profefloient fincérement. | La
_Lettré Infidéle fe plaignir que les Chrériensi ne s'affembloiene
dans leurs Eglifes, que pour méprifer hautement, & fouler
aux pics les Ÿ oix facrées de l’Empire, qu’ils reftüfoient aux
Ancètres les Honneurs, qu’un devoir de Picté , & la couruine
æbligent de leur offrir; & qu'ils faifoient brüler leurs Table-
* ses avec une irrévérence facrilége. L'Apologifte des Chrétiens
répondit, que les Fidéles ne s’affembloient à l’Eglife ; que pour
Jouer Dieu, lui offrir des Sacrifices, & des Prières ; & lui de-
mander la confervation de l'Empereur , la paix, & la profpérité
de l'Empire : que bien-loin d'en méprifer:les Loix , ils les. ob:
ZLizzii |
Ed
f
734 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Ervean {rvoient avec toute. la fidelité, que des Sujets doivent à leur
XLVIIE Prince: qu'à la.verité les Chrétiens ne rendoïent pas des Hon.
-_ ——— neurs facriléges aux Ancètres,& qu'ils ne reconnoifloient point
. ee ces Tablettes des Morts, comme dignes de leur Culte ; maïs
_ qu'ils prioienc pour le repos, & le Bonheur Eternel de ceux,
qui ayant connu & fervi le Seigneur , étoient morts dans {a
Sainte Religion. Qu’au refte on ne trouvera point que les Chré.
tiens _ayent fait violence à perfonne, pour lobliger de brüler
les Tablettes, où font écrirs les noms de ces Ancêtres ; parce
qu'ils:fe contentent d’obferver la Loi de la Charité, qui remon-
tre les chofesavec douceur,& les perfuade par de bonnes raifons,
Le fçavant. & fidéle Chinois pourfuivit fa Défenfe de l
Loi de Dieu, avec tant d'érudition, & d'energie, d’une ms-
niére fi vive, & fi patétique, que ke Commiffaire Général de
J'Empéreur prononça en ra des Chrétiens : il déclara que
leur Loi éroic bonne, puifqu’elle commandoit aux Hommes
de fuir le mal, & de faire le bien; que fes Prédicateurs & fes
Miniftres éroient des Gens irréprochables ,. &. vertueux. Enfin
il défendic aux Lettrés, & aux autres Gentils d'inquieter de-
farmais les Chrétiens. Ce jufte Arrêt devois finir la Perfécu-
tion; : il ne fit que la fufpendre. Les Bonzes ,. ennemis irré-
conciliables de la Religion Chrétienne, renouvellérent leurs
intrigues ; & par mille menfonges artificieux , ils furprirent, &
irritérent de nouveau les. Mandarins : la Perfécution recom-
mença bientôt, & avec plus de violence qu'auparavant.
‘| Notre Mifionnaire fuc arrêté, & traîné en Prifon, chargé
de chaînes par.les Soldats Tartares, le creiziéme jour de No-
vembre r647. On le faifit dans lerems qu’il alloir adminif-
urer les. Sacremens, aux environs de Fô-gan, n'étant accom-
agné que d’un jeune Garçon, qui portbit les Ornemens Sacrés
ans une Corbeille. Les Actes de fon Martyre portenr, que fur
les Interrogations que lui.fit le Mandarin, pour fçavoir chezq
il ctoit nourri & logé, le Saint Prédicareur répondit, qu'il n'a
voit paint d'autre Maifon que le Monde, ni d’autre lit que la
terre, ni. d'autre provifron que ce que la Providence lui en
voyoit chaque, jour ; ni enfin d'autre objet que de travailler,
& de fouffrir pour la Gloire de Jzsus-CHRIsST, & le Bon
heur Eternel de ceux qui croient en lui, Sa réponfe à toutes
les aurres. demandes fut également fage, & mb 272 & ilne
ques occafion de parler des Vérités du Salut, qu'il
toit veny annoncer aux Peuples de la Chine, Les opiniärres
Genrils ne méritoiént pas de les entendré, ces. Vérités : elles
U
ER EE RE RE
| Page uns ae
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE 7%;
tie férvirent qu’à les irrirer davantage contre le Miflonnaire , p % 4°» g
& le Mandarin indigné, autant de fa fermeté Chrétienne, que ZX LYIII
de fes réponfes, le fit frapper avec beaucoup de cruauté, avant -—
que de le renvoyer en Prifon. Le Confefleur de Jzsus- FR C SOS
CHRIST y pañla les jours & les nuits en Oraifon; & la Parole a
| de Dieu ne fut point captive dans fa bouche, Tous ceux qui |
. eurent la liberté de le vificer, Chrétiens ou Infidéles, éprou-'
vérent ce que .peut cette Parole du Salut, dans la bouche d’un.
Saint, & d'un Martyr : par fes vives Exhortations , & plus
encore par l’'éxemple éloquent de fa patience héroïque , il
continua dans 7: PS à faire des Converfions.
Mais ce que la Miféricorde du Seigneur faifoit. fervir à
éclairer, toucher, & convertir les uns ; étoit pour les autres
une pierre de fcandale : & ces nouvelles Converfions-deve:
noient, dans l’efprit des Magiftrats Infideles , de nouveaux
motifs de faire mourir un Homme, qu'ils regardoïent comme
le deftru@eur de leur Religion , comme un {emeur de faufles
Do&rines , qui méprifoit, difoient-ils, les Efprits & les Dieux
du Pays.Le Mandarin prononça contre lui un À rrêt de mort ; qui
L fur éxécuté, fous les yeux d’un Peuple infini, le 15 de Janvier
: 1648. Jufqu’au dernier ‘foupir le Saint Martyr fit paroître
certe conftance, & cette fermeté, qu’il avoit montrée dans .
toutes les occafions : il ne ceffa de louer le Seigneur de ce qu’il
7 vouloit bien agréer fon Sacrifice, & de le prier de graver pat
fa Grace , dans les-cœurs de tous les Chinois, la Sainte Loi,
qu’il alloit fceller de fon fañg. Auffi la mort précieufé de cee
Ami de Dieu, bien-loin d’intimider les Chrétiens ; elle les
remplit au contraire de courage , & les affermit dans la réfo-
d lution de perfévérèr toujours Le la Foi ; que le Saine Martyr
d _deur avoit fair embrafér. 1 22 "°°."
‘ A Macao, dans les Philippines, & en Efpagne on honora
ÿ
pa Ha EN F5 SO 77
— Lun. |
_.—
ce Triomphe par de folemnelles Actions-de Graces: La Tère
du Saïnt fut portée bientôt après à Manille ; & de là au Cou-
vent de Saint Paul à Valladolid. Son Corps, après avoir été
s expofé deux mois entiers fans fe corrompre ;fut mis en dépôt
J dans une Maifon de Chrétiens ” & préfervé miraculeufement
1 des flammes, dans un Incendie qui réduific cette Maifon ‘ei
| cendres. Une des attentions de nas derniers Martyrs, depuis
f Jeur arrivée à Fo gan, fut de recueillir les Reliques de Fran.
\ çois de Capillas, qu’ils fe propofoient de faire porter en Efpagne.
4. Les A&es de leur Martyre nous apprennent, qu’à l’occafion
4 de ces Oflemens, les Juges. Infidéles formérent plus d’une ac-
| :736 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES 4
--LIVRE .Gufarion contre:le Saint Evèque de Mauricaftre, & fes Com
.XLVIIE pagnons, dont il-faut maintenant faire l’Hiftoire.
D _ PrERRE-MARTYR SANZ, Fils d'André Sanz & de Ca
Myrreryetherine Jorda fon Epoufe, naquit dans la Paroiffe d'Afco,
Sanz, -Diocèfe de Tortofe en Catalogne. La Sage-Femme qui le
EvesQue DE ; reçut entre fes mains, le croyant en danger de mort, Fm
MauricasTRE_l’Eau dans la Maifon Paternelle : mais la Providence, qui avoit
MARTYR, sd'aptres-vües fur cet Enfant de bénédiction, ne permit point
qu'il finie ainf fa vie en la commençant. Peu de jours aprés,
PE TEpa-c'elt-à-dire le troifiéme de Septembre 1 630, il fut porté à
l'Éolif, où le Sieur Damien Roger, Prêtre Bénéficier de li
Patoile, fuppléa les Cérémonies FA Baptème ,avec la permif
fion,:& en préfénce du Docteur Louis Corteja Cure de la
même Paroifle, : ‘© |
- Lorfque l'Evèque de'Tortofe, François-Seuere Auter, Re
ligieux de Saint Dominique, faifoit fa Vifite dans le Village
d'Atco, le 28 d'Août 1687, Pierre Sanz finifloit fa feptième
année :.& dans cet Âge encore innocent, il reçut le Sacrement |
RE mn —— ne
de Confirmation des mains du pieux Prélat. Toutes les fuites
firent voir , qu'avec l'Impolition des Mains, il avoit reçu une
augmentation de Grace, & une Foi aflez vive pour triompher
du Monde, de fes Erreurs, de fes Amours, & de fes Terreurs. |
L'enforcellement du Siécle ne put corrompre fon Enfance: fa
jeunefle fe trouva à l'épreuve des tentations, & de la conta-
ion de f’éxemple: fes plus belles années furent routes conf2:
erées ay foin de fe fandifier foi-même, & de travailler à la
fandification du Prochain, Sa vieilleffe a été honorable, & fa
fin es Ce peu de lignes font labrégé de fa Vie.
. Il fic fes premières Etudes avec fuccès , dans la Ville de R
Lérida , fous les yeux , & la Direction -du Docteur Michel
Logan fon Oncle Marernel, premier Chapelain de l'Eglife
Cathédrale de Lérida, Homme auffi recommandable par fa
Piété, & fes lumiéres, que par fon attachement à la pureté
de la Foi. Croiflant en âge Pierre. Sanz croiffoit toujours €n
fagefle & en vertu : & dès qu'il eut atteint fa dix - feprieme
gnnée il fe, hâta d'embrafles ne vie plus parfaire, par la pra.
tique. des Confeils Evangeliques, dans l'Ordre S. Dominique.
On ne s’oppofa point à fa Vocation, parce qu'on ne doutoit
pas qu’elle ne vint du Ciel : on lui donna l’Habit dans le Cou-
vent de Lérida; & après les Epreuves ordinaires, qu'il foutint
avec une ferveur admirable, on reçut fes Vœux Solemneis le
fix:éme de Juiller 1698. Au Baptème il avoit été ge
| jerre
NN en a es TS
+ Fe Le
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 737
Pierre-Jofeph-André ; & on lui donnalenom de Pierre-Martyr Li1vR=.
à la Profeflion , comme fi dës.lors il avoit été particuliérement XLVITI
deftiné au Martyre. PiERRE-
Indépendanmenr de fa Vocation à un Ordre Apoftolique, M arnrrm
un attrait particulier de la Grace lui faifoit aflez fentir , qu'il Sa Nz..
_ étoit apellé au Saint Miniftére de la Parole, & il n’ignoroit
pas que pour en bien remplir les Fon&ions, il falloit y être
préparé par la Retraite, la Prière, l'oubli du monde, la mor-
tification des fens & des paflions, la lecture des bons Livres, -
l'Etude de la Religion, l'amour & la pratique de fes Divines
Maximes. Pierre Martyr ne négligea aucun de ces moyens. Il
{çut fe taire, pour apprendre à parler ; il médita à loifir; il eut
le bonheur de goûter & de fentir toutes les Vérités , dont
il devoit être le Prédicateur. Julien Cano , Evêque d'Urgel
Jui conféra l'Ordre de la Prêtrife, dans l’Ordination du 10
de Septembre 1704: & ce nouvel Engagement, qu’il venoic
de contracter avec le Seigneur , fut pour le fervent Religieux
un motif de redoubler l’ardeur de fes Priéres, & fa Vigilance
à la garde de fon cœur. Il avoit paflé avec honneur par tous
‘les Exercices de l'Ecole; & dès-lors il pouvoit prendre place
ser les Profefleurs de Théologie : cependant il préféra d’a+
ord la Prédication, & les Œuvres de Charité dans l’adininif-
tration des Sacremens. Tout ce qui contribuoit davantage au
Salut du Prochain, à l’Inftruétion des Fidéles, ou à leur con-
folation, étoit l’objet de fes défirs : le travail ne le rebutoit
jamais. On aflure que pendant le Siége de Lérida en 1707,
Pierre Sanz , renfermé dans la Ville, fe livra tout entier À
J'ativité de fon zéle, pour le fervice des malades, des bleffés,
. & des mourans. | —
Envoyé depuis par fes Supérieurs , au Couvent de Saîne Ilde,
fonfe, dans la Ville de Saragofle , il trouva dans cette Commu-
nauté (l’une des plus réguliéres de la Province ga denou- .
velles facilités à pratiquer la Pénitence, & à fe délaffer quel-
quefois des travaux du Miniftére, par les délices de la Solitude,
On le trouvoit luf-même toujours prêt à fervir la Reli.
gion dans les différens Emplois, où on avoit befoin de fon
Miniftére, & de fes Talens. S'il a fait quelque tems des Leçons
de Théologie, ce ne peut-être que pendant fon féjour à Sara-
offe. Après le Sacrifice qu’il avoit fait de fa Liberté par le Vœu
d'obéiffance, il ne croyoit pas pouvoir arriver ni plus fürement,
ni plus promptement Ï la perfeétion de fon Etat, que par l’abné-
gation de lui-même , &.une foumiflion entiére aux Ordres de
” Tome VI, A2aaa
TT
738 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES |
Lrverz Cux, qui avoient droit de lui commander. Quand on a
XLVIII. conftance de perfévérer dans ces heureufes difpolitions, on ne
peut que faire de grands progrès dans la Vertu. Ceux du Difci- |
A ple de j sus-CHRI1IST étoient fenfibles. Auf mérita-til
Sanwz, dêtrechoifientre plufieurs autres, pour aller annoncer la parole
a du Salut aux Gentils. Il y avoit déja huir ans, que le Pere Sant
lannonçoit cette Sainte Parole, aux Peuples de Catalogne &
d'Aragon. On avoit vü avec plaifir, & avec édification le fruit
de fon Miniftére ; & on ne pouvoit douter ni de la folidité de fa
vertu, ni de fa capacité, ni de fes talens, lorfqu'il eût lui-même
des preuves plus marquées, que le vai l’apelloit à d'autres
Travaux, dans une Miffion plus difhcile.
Niles fatigues d’un long Voyage, ni les dangers de la Mer, ni
les autres périls inféparables de l’A poftolat , ne l’arrêtérent pas
un moment. L'Amour fi naturel des Parens, des Amis, & dela
Patrie, qu'il falloit quitter pour toujours : rien de tout cela ne püt
faire quelque impreffion fur fon Efprit, ni fur fon Cœur. Le zéle
de la Gloire de Dieu, & du Salut des Ames l’occupoit unique-
ment. Toute fon attention fut de bien connoître la Volonté du
Seigneur ; & fur cet Article, comme dans tous les autres, il com=
mença par {e défier de fes propres lumiéres. Maître de fon fecret,
pendant qu’il redoubloit la ferveur de fes Oraifons, avec la
rigueur de fes Pénitences, pour mériter d’être éclairé d'en.
haut , il confultoit quelques Perfonnes fçavantes, & depuis
Jong-rems éxercées se les Voyes de Dieu. Leur Réponfe
s’accorda avec ce que la Grace lui avoit déja mis dans le
cœur. Ses Supérieurs le confirmérent dans les mêmes fenti-
mens ; & Fax ten il dit avec un Prophète: Ecce ego, mitre me.
Me voici, Seigneur, me voici prêt à aller partout, où il vous
plaira m'envoyer. |
Agé de trente-deux ans , & accompagné de quelques Reli-
ieux de fon Ordre, le Pere Sanz partit de Saragoffe le 21
full 1712. Ses Compagnons , ou plus robuftes , ou peut-
tre moins auftéres que lui , portérent aufli plus aifémént les
Chaleurs de PEté ; & les [premiéres incommodités du Voyage,
Pour lui, arrivé à Cadiz, le dixiéme d’Aoûct, il y fut d’abord
attaqué de Îa fiévre ; maïs fon courage n'en parut pas moins
ferme ; & contre l'avis du Médecin. dès que le Vaiffeau fut
‘prêt à faire voile, il s'embarqua avec fes Freres, plein de con-
fiance que celui qui l’apelloit au travail, ne lui refuferoit point
les forces néceflaires pour travailler. Après quatre mois de
Navigation , le Vaifeau arriva Re au Mexique,
19
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 739
dans les premiers jours de Janvier 1713. L'Hofpice de Saint
Hyacinthe fut un lieu de repos pour nos Miffionnaires , juf_
-qu’au feptiéme de Mars, qu'ils partirent pour fe rendre dans
le Pont d’Acapulco, & le $ d’Avril ils fe mirent fur la Mer du
Sud , apellée la Mer Pacifique, continuant leur route vers les
Indes Orientales. | |
Le Pere Sanz fut encore éprouvé par quelques accès de
fiévre qu’il continua à méprifer, ou À Dur avec patience.
Comme tout fervoit à l'élever à Dieu, il profitoit aufli de tout
pour lui faire des Sacrifices, & fe rendre utile au Prochain.
Dans le Vaifleau même, il fit comme l’effai de la Miffion qu'il
alloit entreprendre : l’Equipage, compofé d’Efpagnols , & d’A-
méricains , avoit un on befoin de fes Exemples, & de fes
Inftru@ions ; il n’oublia rien pour inftruire les plus grofliers,
& inffirer la crainte des Jugemens de Dieu aux plus libertins.
Il faifoit le Cathéchifme aux uns ; & rapelloit aux autres les
plus terribles Vérités de la Religion , pour leur faire connof-
tre toute la malice du péché mortel, & la perte irréparable
du Pécheur, qui meurt impénitent. La Priére publique fuccé-
doit toujours à l’Inftruétion, fi elle n’avoit précédé; & le Ser-
Livre
XLVIII
PIERRE-
MARTYR
S A N Z
Éé u HiNa)e/SrA o0 dN
vireur de Dieu faifoit de l'éxercice de l’Oraïfon , fon occupa-
tion la plus douce, comme la plus ordinaire , lorfque les Vents
& les Orages ne permettoient point à l’'Equipage de quitter lé
travail, pour profiter de fon Miniftére.
Le onzième de Juin le Vaiffeau aborda aux Ifles, apellées au-
trefois les Ifles des Larrons, aujourd’hui les Ifles Marianes, en
mémoire de la Reine Marie-Anne d'Autriche, qui en 1668 y
établir des Miffions, pour en convertir les Habitans. Le 2 1 de
Juillec, un an depuis leur départ de Saragoffe , nos Miffionnaires
€ntrérent dans le Canal des Philippines ; & avant la fin du mois
d’Août ils furent rendus dans la Ville de Manille, La premiére
attention du Pere Sanz fut d’abord d'aller rendre fes Ations de
graces à Dieu, dans l’Eglife apellée de notre Dame du Rofaire :
# y fut long-rems en Priére, répandant fon Ame en la préfence
du Seigneur. Il à avoué depuis que la confidération de tout ce
que PHomme-Dieu a . fouffrir pour notre Salut , lui fit
oublier dans ce moment toutes fes facigues pañlées ; & qu'il s’éroit
fenti animé d'un nouveau courage, pour entreprendre tout ce
qu’il plairoit au Seigneur d’ordonner, fans craindre de répandre
fon fang en travaillant à la confervation des Fidéles. _-
Nous avons remarqué dans plus d’une occafion, que nos Re-
ligieux Efpagnols, deftinés à aller prècher la Foi aux peuples dû
Aaaaaij
740 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livrera Japon, de la Chine, de la Cochinchine, du Tonquin, & des |
XLVIII. autres Contrées Orientales, ont coutume de s’arrèter quelque
pirxes tems à Manille, Ville d’Afie, Capitale de l’Ifle de ce Nom,&
Marre detoutes les Philippines. Comme certe Ville, fituée dans un
SaAnNz Pays très fertile, a un bon Port, elle eft fort marchande, &
attire les Négocians de différens Royaumes, On y voit fur-tout
un grand nombre de Marchands Chinois, & plufieurs Familles
entiéres de cette Nation. L'Ordre de S. Dominique ayant dans
. la même Ville le Grand Couvent du Rofaire, & le Collésgede |
Saint Thomas, ces deux Maifons font d’un Secours infini, tant |
pour l’Inftru&ion de ces divers peuples , que pour l'avantage
des Miniftres, qui doivent porter au loin la lumiére de la Foi.
nr Philipe.L 1. Les Peres Jean Cobo, & Michel Bénavides, avant leur entrée
Apol. des Dominic dans l’Empire dela Chine, avoient travaillé avec un zéle, & un
MRVLRIEeSe fuccès incroyables, d la converfion des Chinois, que le Commerce
retenoit à Manille. Le nombre de ces Infidéles, qu'ils attire-
rent à la Foi, fut fi confidérable , qu’ils bâtirent le grand Bourg
de Minondoë , à peu de diftance de Manille, où ces Négocians
s’établirent avec ps Familles, pour y faire paifiblement, {ous
la protection du Roi Catholique Vos de la Religion Chré-
tienne, qu’ils avoient embraflée. Nos Religieux bâtirent encore
entre Manille & le Parjan, le célébre Hôpital de Saint Gabriel,
dontils fontles Adminiftrateurs pour le fpirituel , & le remporel,
en faveur des Chinois malades, qu'ils ne ceflent de fervir, &
d'inftruire avec une Charité, qui édifie les Fidéles, & qui attire
les Infidéles à JEsus-CHRIST. | |
X C'eft dans ces faintes Occupations, que nos Miffionnaires, :
nouvellement arrivés à Manille, éxercent d’abord leur zéle,& !
qu’ils apprennent tout ce qu’il leur importe de bien favoir pour
? Je fuccès de leurs Miffions. En converfant tous les jours avec des
Chinois, ou déja Chrétiens, ou qu'ils veulent attirer au Chriftia-
nifme, ils font une étude de la langue, des Mœurs, des Loix, &
des Coutumes de ces peuples : ils tachent de bien connoître
leur génie, leur caradére, A maniére enfin, dont il faur s’y pren
dre, pour réuflir à leur perfuader lés Vérités, qui doivent les
conduire au Salut. A l’éxemple de tant de Miniftres de la
Parole, qui l’avoient précédé , le Pere Sanz s’arrêra environ
deux ans à Manille, & le 12 de Ée 171$ il sembarqua pour
la Chine, fur le bâtiment de quelques Chinois encore Gentils.
Le Pere Matthieu, Profés comme lui de notre Couvent de
Lérida , étoit de la Compagnie ; & le 129 du même mois, jour
confacré à honorer la Mémoire des Princes des Apôtres, ils
Ÿ
- ee -
_—_—— _— — = me
{: - DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE.: 745
ii mouillérenc à un Port de la Chine apellé Hæmien. Le Pere Livrn
rx Matthieu fut bientôt après nommé Vicaire Provincial de cette XLVIIT.
e Million ; Emploi qu'il n’éxerça que l’efpace de deux ans: le Pere "RER
Sanz le remplit après lui pendant huit années. La grande Pro- MARTYAR
vince de Fa-kien, & la Ville de Fo-gan en particulier, fut le * S A N z.
premier théâtre de leurs travaux. C'etoic là que nos premiers
Prédicateurs, Apôtres de la Chine, avoient fait Jeur Réfidence
n ordinaire: c’eft lechamp qu’ils avoient défriché” tultivé, arrofé
| avec le plus de foin. Auffñ eft-il cerrain que c’eft de-toutes.les
Provinces de l'Empire, celle où on trouve une plus grande mul-
_ titude de Chrétiens, & de fervens Chrétiens. Les Perfécutions,
que les Idolâtres ont de tems en tems excitées contre les Fidé-
les , ont prefque toujours commence par la même Province. Les
. recherches y ontété plus éxactes, les pourfuites plus vives. les
… éxécutions plus terribles. Maïs Dieu n’a point permis qu’on aig
. jamais réufli à y éteindre entiérement le Chriftianifme , lors
. même qu’on en a exterminé, ou banni pour un tems tous les
Mifionnaires. Quand le Pere Ange Coqui y entra (comme nous
“ avons dir) l'an 1631, long-tems après que nas premiers Prédi-
cateurs avoient éte forcés de fe retirer, il eut encore la confola.
tion d’y reconnoître fept Chrétiens; qui, felon fon expreflion,
en valoient bien une centaine ; tant leur Piété écoit tendre, leur
# Vertu folide , & leur fermeté dans la Foi inébranlable,
= Après les travaux immenfes du célébre Jean Baptifte Mora-
les, de Grégoire Lopez, de Dominique N avarette, de Pierre
d’Alcala, & de plufieurs autres de leurs Freres , quis’étoient tou,
Jours fuccédés À sn la culture de cette Vigne, le nombre de Fidé.
es devoir être fans comparaifon plus grand, malgré tout ce que
les Hommes & les Démons avoient tenté pour les détruire. Le
| Pere Martyr Sanz trouva donc les beaux reftes de ces Chrérien.
$ tés encore fur un pié, à Jui faire tour elpérer. Si les foibles dans
; la Foi, les Chrétiens Jâches, ou fenfuels, ceux qui ne s’étoient
#1 . point affermis contre la-Perfécution , par la Priére & la Péni,
tence, avoient malheureufement cédé aux efforts redoublés
de l'ennemi : les Chrétiens de lun & de l’autre Sexe, qui, pré.
venus par une plus grande abondance de Grace, avoient mieux
compris & leur bonheur, & leurs obligations perfévéroient tou-
j jours avec la même conftance, dans la Confeflion du Nom de
ÿ sur .CHrisT, & dans la pratique de fes Saïntes Maximes,
arrivée de notre Miflionnaire leur parut comme un nouveau .
Don, & un Préfent que Dieu leur faifoit dans fa Miféricorde: ils
à Je reçurent comme un Ange envoyé du Ciel, pour leur en mon-
Te CT CÂAaaaaiüg
LAS
tu ” Em TR
74 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
LrvRkeE trerlechemin, Le Saint Prédicateur de fon côté, charme de
XLVIIT remarquer tant de zele, & de foi parmi ces Néophites , déj:
Prrhhr éprouvés en tant de maniéres redoubla de courage & de ferveur
M'aunrv'e dans PExercice du Divin Miniftére. Il leur faifoit de fréquentes
SA Nz. Tnitructions , leur adminiftroit les Sacremens , & augmentoit
leur nombre, foit par la Converfion de plufieurs Infidéles, foit en
rapellant une partie de ceux, qui s'étoient laiffé féduire, ou inti
mider. ne
Ce fut à fon travail, & toute fon occupation l'efpace de qua-
torzeannées confécurives. Le plaifir de gagner tousles jours des
Ames à JEsus-CHrisT, & d'aflurer fes Conquêtes par une
Vigilancé concinuelle, ne lui permettoit pas de faire feulemenc
attention à tout ce qu'il lui en coutoit pour remplir fon Miniftere.
La faim, Îa foif, la laflitude, & les autres incommodités des
Voyages,.qu'il ne lui étoit permis de faire que de nuit, & par
des chemins écartés ; tout cela pouvoir bien affoiblir, ou épuifer
même les forces de fon Corps; mais la vigueur de fon Efprit
toit toujours la même. Continuellement expofé au danger de
tomber entre les mains des Ennemis de la Foi, ou d’être trahi
par quelque Apoftat, il ne laifloic point affoiblir fa confiance
en Dieu, roujours difpofé à lui faire le facrifice de fa Vie, quand
& de la maniére qu'il plairoit à la Divine Bonté.
Pour mettre le Pere Sanz en état de faire de plus grands fruits,
& de procurer de plus grand Secours aux A , en diftribuant
les Miniftres felon les befoins dela Miffion , le Saint Siégel'hono-
ra du Titre, & du Pouvoir de Vicaire A poftolique dans la Pro-
vince de Fo-kien. Il contingoit d’en faire les Fonétions avec
certe érendue de zéle, & de prudencé, dont il avoit déja don-
né tant de Preuves, lorfque vers la fin de l'an 1 728 la Perfecu-
cution contre l’Eglife dela Chine fe renouvella avec beaucoup
de violence, particuliérement dans, la Province de Fo kien,
C'eft toujours contre les Miffionnaires, & contre ceux des Chré-
tiens, qui les retirént dans leurs Maïfons, que les Mandarins
tournent leurs premiéres atrentions, & qu’ils éxercent les plus
prandes rigueurs. Ce fur auff moins pour différer fon Martyrt;
que se ne point expofer des famillés entiéres, que lé Vicaire
Apofñtolique réfolut de s'éloigner pour un tems, de la Province
de Fo-kien. C’étoit principalement à fa Perfonne, que lesGentils
en vouloient ; les Fidéles qui lui étoient le plus attachés , le
priérent eux-même de pourvoir au plurôt à fa füreté , afin de leur
conferver fes Services pour un tems moins orageux.
Le Pere Sanz fe retira donc dans la Ville de Canton, Capitale
Le . .” à
U
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 743
de la Province de ce Nom ; Où plufieurs autres Miniftres de la .Lrvax
Foi s’écoient déja rendus de différentes Provinces de l'Empire. XLVIIL
Trois Evêques y étoient aufli arrivés ; & le Pere Archange Miral- Eee
ta des Clercs Mineurs profita de cette occalion, pour éxécuter 1 , Fe
la Commiflion qu’il avoit reçue de la Sacrée Congrégation, qui SaAnwzx
le chargeoit de faire facrer notre Mifionnaire, Ce fur le 24 ===
Février, jour de Saint Matthias, 1729 , que le Pere Sanz
fut facré Évêque de Mauricaftre, par l'Evêque de Nan-kin*, * Manuel de
aflifté des Evêques de Pékin, & de Macao. Le zéle, dont le . ne l'Ordre
nouveau Prélat étoit dévoré, ne lui permettant pas de fe repo- dé
fer , il continua de travailler à la Propagation de la Foi, dans la
Province de Canton, comme il avoit fait dans celle de Fo kien,
Mais les Miniftres de la Perfécucion ne le laiflérent pas plus
tranquille dans un lieu que dans un autre : ils irritérent à ce
point lEfprit de l'Empereur contre les Européens , que notre
Evêque fur encore contraint de fortir de Canton, avec trente-
cinq autres Miflionnaïres, & de fe retirer à Macao, Ville deila
Chine, mais occupée par les Portugais. L'ordre de l'Empereur,
qui éxiloit tous les Miflionnaïires de fon Empire, étoit du dix.
buitiéme Août 173 2 ; & bientôt après ce Prince mourut prefque
fubitement ayant pris un remede , que lui donnérent les Bonzes,
Ces Prêcres des Idoles furent depuis malcraicés par le nouvel Em-
pereur, qui les regardoit, & qui vouloit qu’on les regardät, com-
me lés meurtriers de fon Pete. : : |
_ Le féjour que l’Evêque de Mauricaftre fit à Macao fut de fix
années ; & il employa tout ce cems au fervice de la Miffion , en la
maniére que les circonftances préfentes pouvoïent le permettre.
Abfent de corps, de fes chers Néophites de Fo-kien, il leur
étoit toujours préfent en efprit:il ne fe contentoit pas de les
offrir cous les jours à Dieu dans la ferveur de fes Priéres, il leur
écrivoit fouvent pour continuer à les inftruire, & les confoler
par l'efpérance que Dieu ne les abandonneroït pas, & qu’il lui
feroit la grace de les revoir. Nous verrons bientôt quel fecours
il avoit laifé à ces nouveaux Chrétiens, pour les foutenir dans
cet état d’épreuve, où ils fe trouvoient alors.
Cependant les Mandarins faifoient afficher par tout, des Pla-
çards pleins de blafphêmes, qui atraquoïent.en même tems
l’'Honneur de Dieu, & de JEsus-CHrisT, la réputation dé
fes Miniftres & celle des nouveaux Chrétiens. Le zélé Prélat
ne crut pas, que dans cette.vocafion il lui fut permis de fe taire :
il fe joignic à l'Evêque de Macao pour faire paroître un petit
Traité Apologétique ; où on metroit dans le plus beau jour la
_h4à HISTOIRE DESHOMMES ILLUSTRES.
Liv R + pureté’, la faintèté, & la divinité de la Religion Chrétienne, la
: XLVIII. probité & l'innocence de fes Prédicateurs, & la conduire irré-
Prerxz Prochable de ceux qui embrafloient fincérement le Chriftia-
Marrye nifme. On ne repoufloit pas les injures par des injures ; mais on
Sa nz, Oppolfoit la raifon à la paflion ; la Lumiére aux ténébres ; la
gi Vérité au menfonge ; & la Charité la plustouchante, a un torrent
de fiel répandu dans tous'les Placards. Un honnête Payen n'au-
… æoit p lire l’un & l’autre de ces deux Ecrits, fans s’appercevoir
: +. d’abord:qu'il n’y avoit que l’erreur, & la fureur, qui euflent pd
‘en Robe le premier ; & que la Vérité feule avoit diété le fecond.
Si cette Apologie très fage, & très-mefurée ne pût entiérement
<teindre le feu de la Perfécution; elle parut du moins le ralentir
dañs quelques endroits; & dès le mois de May 1 738 notre Evè-
que de Mauricaftrè fortit de Macao, pour rentrer dans fon Vica-
riat Apoftolique de Fo-kien.
C'eft lui-même qui l’écrivit au Pere Jean-Baptifte Borell,
un de fes Parens, qui étoit Docteur & Prieur de norre Couvent
de Lérida, lorfqu'il figna le r 21 Février 1749 le Mémoire, &
prefque tous les Faits, que nous avons rapportés jufqu'ici. Les
‘Lettres dé Don Matthias, Prêtre des Mifions Etrangéres , &
les Mémoires éxa@s, qui nôus ont été remis à Paris, par l’Illuf-
trifime Evêque d'Ecrinée (*), nous donneront les Lumiéres
néceflaires pour le refte.
. Déja avant le commencement de la Perfécution, le Vicaïire
Apoftolique avoit apellé dans la‘Province de Fo-kien , deux de
fes Freres, dent il connoifloit bien les T'alens & les Vertus : &
lorfque les intérêts de la Miflion l’obligérent d'aller à Canton,
il laïffa fur les Lieux les deux Miflionnaires, pour y continuer
leurs Services aux Fidéles , dont les befoins augmentoient avec
es épreuves. Il leur envoya depuis un troifiéme Miniftre de la
‘Parole ; & il en amena un quatrième avec lui, quand il revint à
Fo-gan l'an 1738. Affifté ainfi de fes Freres, qui n’avoient rous
qu'un même Efprit, & qu’un même Objet pour la Propagation
de k Foi, le Sainc Evêque de Mauricaftre fe livra avec une nou-
velle ferveur à tous les Travaux, & à tous les Périls de l’'Apofto-
{(*) Monfeigneur Joachim de Martiliat , [fuccéda au Rév. Pere Louis Mesgs, Domi-
François de Nation, Prélat également dif- | nicain Italien , dans la Digaité de Vicaire
tingué par fes Talens & fes Vertus, & pré-| Apeftolique pour la Province de Suchsses 5
cieux à l'Eglife par fes fouffrances, & fes |il la été depuis dans celle de Tu» Naærs. Son
‘travaux pout la Propagation de la Foi dans | Miniftére, par-tour glorieux & utile, Jai z
un Empire Idojätre: Il y avoit déja long-tems | affuré toure la confiance des nouveaux Chré-
wil travaillait avec un zéle infatigable dans | tiens de la Chine, & celle du S. Sièges
à Vigoc du Selgnçeurs Jorfqu'en 1744 à il So 0
Jar,
TL
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. #45.
Jat. Les Ouvriers Evangéliques furent partagés en différens
Lieux; & continuant à travailler de concert à la Converfion des
Gentils, ils eurent la confolation d’en voir plufieurs, qui reçu-.
rent avec joye la parole du Salut, & qui entrérent par le Bapté-
me dans le bercail du Souverain Pafteur. Bien des Chinois de
tout âge, de tout fexe, & de toute condition crurenten JEsus-
CHRIST; & renoncerent à leurs anciennes Superititions , pour
faire profeflion de l'Evangile : Bien des Militaires, des Lettrés,
des Bacheliers, tant de l’École Royale, que de ceux qu’on apel-
loit de la Cité , fe joignirent à la multitude des Fidéles. Ce Fait.
fut depuis atrefté par les Magiftrats même Payens, qui en fai-
{oient un crime à nos Miflionnaires. | ;
. Parmi les Vierges nouvellement apellées à la Foi, on en vit.
As qui.en renonçant pour toujours au Mariage, pour con-
LrvRE
XLVIIIL
PIERRE-
MARTYR
SANZ.
Voyez nos Remat-
ques fur le Difc, de
Sa Sainteté, pag. $s
6 ns 7°
acrer leur Virginité a Jesus CHRrisT,donnérent à ces Peuplesun.
éxemple de continence d'autant plus touchant, qu'il étoit rare
P C2 P 9 3
& peu imite dans la Nation. A fin de conferver plus fûrement le:
tréfor de la Chafteté, par les Saints Exercices de la Religion ,
& la pratique de la Pénirence, ces Vierges Chrériennes voulu.
rent appartenir en leur maniere , à lnftitut de leurs Peres-
Spiriruels, qui les recurent au Tiers-Ordre de Saint Dominique;
& s’appliquérent plus particuliérement à les former à l’efprit ,.
& à la perfection du Chriftianifme. Elles montrérent bien de-
puis, Les les plus rudes épreuves, combien leur Vertu étoit:
{olide , leur Foi vive, & leur Charité ardente. La bonne odeur
de leur ‘Vie en attira plufeurs autres à la Foi, & à la même
Profeffion. |
Sous le nouvel Empereur , la paix n'avoit point été rendue à
l’Eglife de la Chine, par une Révocation exprefle des Edits, ou
des Loix, qui profcrivoient l’Exercice du Chriftianifme : mais
pendant quelques années on jouit de quelque calme ; & nos
Miffionnaires ne manquérent pas d'en profiter , pour porter
toujours plus loin leurs Travaux Apoftoliques, pour étendre &
& perfetionner l’Œuvre du Seigneur. Les affemblées des Fide-
les {e failoignt avec d'autant plus d'ordre, & d’édification, que
les nouveaux Chrétiens, du moins pour le grand nombre, fe por...
toient d'eux mêmes avec un zéle admirable, à tour ce quiappar-.
tenoit à la Religion, Ils lifoient, ou écoutoient aflidument la
Parole de Dieu, fréquentoient les Sacremens, s’éloignoiïent des
Sacrifices impurs , ne prenoient point de part aux prefanes.
divertiflemens, & fembloient ne trouver ni plaifir, ni confola,,
Tome VI, | nn Bbbbb
Ibid, p. 134
746 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liver tion,que dans ce qui pouvoit les rendre plus Saints, plus
XLVIII. agréables à Dieu.
PIERRE-
MARTY
SANZ.
Ce zéle, & cette ferveur étoient bien capables d'animer de
: plus en plus le courage de leurs Pafteurs. Ils fondérent de nou.
velles Chrérientés, & bâtirent des Eglifes, ou confacrérent cer-
tains Lieux , pour les faire fervir à ñ Priére publique, au Sa-
crifice, à l’adminiftrarion des Sacremens, & aux autres Exerci-
ces de ia Religion Chrétienne. Déja la Ville de Fo-gan, &
prefque toute {a Jurifdition {e trouvoit remplie.de Chrétiens;
& c’étoit encore moins par la multitude , quoïque fort confide.
rable, que par la piété, & la pureté des Mœurs, que ces nou.
veaux Difciples 0 ESUS-CHRkIST retraçoient de nos jours,
dans un Royaumeidolâtre, ce que les premiers Chrétiens avoienc
fait admirer dans Alexandrie, du tems de Saint Marc. L’Etatde
cette Eglife, fous la conduite de l’Evêque de Mauricaftre, & de
fes Compagnons, écoit trop floriffant, & fes fruits trop précieux,
‘rs ne point exciter l’envie de l’Enfer. Satan, su en troubler
a paix, {e fervit de la malheureufe Cupidité de l’un de fes Efcla-
ves. Un infame Apoftat (comme on le crut d’abord) ou plutôt
un jeune Gentil, (Fils d’un Bachelier Chrétien zélé) donna le
Signal d'une nouvelle Perfécution, plus vive, & beaucoup plus
fanglance, que toutes celles qui l’avoient précédée.
Ce jeune Homme, qui ne manquoit pas de Talens naturels;
& qui étoit d'autant plus inftruir des Pratiques du Chriftianifme,
es efpéroit de le voir marcher dans la fuite fur les traces de
on Pere, s’avifa de demander un jour à quelques Chrétiens une
fomme d'argent : il la demandoir avec promefle fe la rendre
en un certain tems, & avec menace de mettre tout en combuftion
dans les Chrérientés, fi on refufoit de le fatisfaire. La fomme,
qu’il vouloit emprunter (on ne fçait pourquoi) étoit confidera-
ble; & les affurances qu’il pouvoit donner ne l’étoient pas : il
fut refufé ; & il n’éxécura que trop ponctuellement fa ménace,
Il n’ignoroit pas la haine noie que le Gouverneur de la
Province de Fo-kien portoit à la Religion Chrétienne!; & ce fut
à ce Viceroi qu'il s’adrefla d’abord , pour l’aflurer que depuis
se ag années, les Chrétiens fe multiplioient vous les jours
ns la Province; qu’il y avoit aétuellement plufieurs Mifhon-
naires Européens ; & qu'il étoit en état de lui apprendre leurs
INoms, les Lieux qu’ils fréquentoient, & les Mai 0h où on les
logeoit ordinairement. Le Traître ne faifoit pasattention , qu’en
voulant fe venger des Gens, de qui il n’avoit jamais reçu que du
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 747
bien, il livroit fon propre Pere, & expofoit toute fa Famille à
une ruine certaine, Une cruelle paffion l’aveugloit ; & le Gou-
verneur s’en fervit pour fatisfaire la fienne.
Auffitôt quelques Officiers furent commandés pour marcher,
à la rète de leurs Troupes, vers la Cité de Fo-gan, avec ordre
de fe faifir de tous les Mifionnaires, & des Chrétiens, ou Chré-
LrIvRrE=E
XLVIII.
PIERRE-
MARTYE
SAN Z.
tiennes, chez qui on pourroit les arrêter. Ils avoient aufli Com-
miflion d’enlever en même tems les Livres, les Papiers, les
Vafes, les Ornemens, les Images, & tout ce que l’on reconnoî-
troit pouvoir appartenir à l’éxercice de la Religion Chrétienne.
Le Viceroi avoit bien choifi fes Officiers : aufli remplirent-ils
la Commifion felon fes défirs. Ils marchérent de nuit , avec
tant de fecret, & de diligence, qu'ils fe crouvérent dansla Ville
de Fo-gan, avant que les Chrétiens euflent aucune connoïflance
du Péril , quiles ménaçoit. A la vûe detant de Gens armés , leurs
premiéres , & leurs vives allarmes furent infpirées par la
crainte de ne pouvoir cacher leurs Pafteurs; dont la confervation
Jeur tenoit bien plus à cœur que leurs propres fortunes. L'Evê-
que de Mauricaftre trouva le moyen de changer de Retraite :
mais faifant attention qu'il expofoit beaucoup le Fidele, qui le
recevoit dans fa Maifon, il en fortie auflitôt, s’abandonnant à la
Providence, & réfolu, fi fon heure étoit venue, d’achever fon
Sacrifice, & de fceller de fon Sang les faintes Vérités, qu'il avoit
fi long tems prêchées. Au moment que le Prélat fut arrêté, on
n’entendit qu’un cri général, & un gémiflement Univerfel dans
toute la Ville de Fo-gan. Les nouveaux Chrétiens , formés de
fa main , étoient trop inftruits de leur Religion, pour entrepren-
dre de faire violence aux Officiers du Prince; mais, ils étoient
trop attachés à fa Perfonne pour ne pas marquer au moins leur
vive douleur. On fe rapelle ici ce ( qu’au rapport des Prêtres &
des Diacres d’Acaïe) les premiers Fidéles dfoien autrefois au
Proconful Egée , pour la délivrance de Saint André:« Accordez-
nous cet Homme jufte ; rendez-nous ce Saint Homme; & ne «
faires point mourir un Homme qui eft agréable à Dieu, parce «
qu’il eft plein de juftice, de douceur, & de piété (1) ».
Le Prifonnier de Jzsus-CHr1sT de fon côté ne cefloit
d’exhorter les Fidéles, à demeurer toujours fermes dans la Foi;
& à ne point fe défier de la Providence: il la bénifloit lui-même
dans les liens; & fa joye auroit été parfaite, fi par fa captivité il
avoit pô favorifer la Retraite des autres Miffionnaires ; à qui il
(x) Concede nobis hominem juftum , red- a Deo charum , juftum , manfuee»
de nobis bominem fané@tum : ne interficias{ tum , & pium. 44 Pajionis S, Andrea.
Bbbbbi
748 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Liver zx auroit voulu fauver la Vie au dépens de la fienne. Mais la même
XLVIII Couronneétoirdeftinée à tous :& lesCompagnons de fesTravaux
le devinrent bicntôt de fa Prifon : tous cinq furent arrêtés dans
Marrre le mois de 1746. On ne fçauroit exprimer quelle fut alors
Sanwz. la frayeur des Fidéles, ni l'excès de leur affli&ion. Le zéledela
Religion, & une tendre reconnoiïflance. leur faifoient oublier
leurs propres dangers; ou ils les méprifoient. Ils ne paroifloient
fenfbles qu’à la perte irréparable qu'ils alloient faire, par l’en-
lévement de ceux quiles avoientrégénérés en JEsus-CHR1ST;
_& qui les élevoient avec tant de foin dans les Maximes de fon
Evangile. Hommes, Femmes, Enfans, les Vierges confacrées à
ere les Remar JESUS-CHR1IST, les Lerttrés comme les Gens du Peuple;
u l'ape » p, 6. tous demandoiïent avec larmes, qu’on leur laiffac ces Hommes
de Dieu, qui les conduifoient dans les voyes du Salut. Leurs
cris redoublés, leurs foupirs, leurs fanglots faifoient retentir les
airs : {pectacle touchant, qui montroit en même tems & la fer.
_meté de ce bon Peuple dans la Foi, & fon inviolable actrachement
a fes Prédicateurs. |
Mais des Soldats , des Tartares, ou des Chinois Payens n'é-
toient guéres touchés de ces Objets ; & leurs Officiers n'en fu
rent pas moins attentifs à faire arrêter tous ceux qu’on connut,
ou qu’on foupçonna avoir donné Retraite à nos Miffionnaires.
Entre les perfonnes du Sexe, qui furent alors arrêtées, il y avoit
une Veuve, & dix Vierges du Tiers Ordre de Saint Dominique,
On les chargea de Chaînes, les unes & les autres; & on les enfer-
ma d’abotd dans les Prifons de Fo-gan. On les en retira depuis
- pour les tranfporter à Focheu , Ville Capitale de la Province
ibid. de Fo kien. Le rude traitement qu'on leur faifoit, ne pürempé-
cher les autres Chrétiens de renouveller encore leurs inftances,
Jeurs plaintes, & leurs follicications , en faveur de leurs Peres
Apirituels. Ils accouroient de toutes parts pour les voir au
-môins encore une fois; ils fe pofternoient à leurs piés ; baifoient
avec refpet leurs Habits, & leurs Chaînes; fe recommandoient
a leurs Priéres; leur offroient des rafraîchiffemens ; & deman-
Remarques, p.22, doient avec humilité leur bénédiction. Tout ceci eft acrefté pat
-ün Gouverneur Idolacre : « Nos Chinois; difoit-il, qui ont em-
» braflé la Se&e des Chrétiens, honoroïent ces Européens plus
» que des Dieux ; & ils les affeétionnoient plus que leurs Parens
» les plus proches.,.On a été témoin de la maniére, dont ils
» confidéroient leurs Maîtres, Pierre Sanz , & lès autres; ils les
_» eftimoient comme tout ce qu'il y a jamais eû de plus précieux
» au monde; & ils ne pouvoient s’en féparer ». |
"
PIERRE-
0
one
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 749
En effet on eût dit qu’il n’y avoit que ceux des Fidéles, à qui
ont laifloit encore la Liberté , qui s’eftimoient malheureux ;
tandis que ceux & celles qu’on trainoient dans les Liens, à la
Livre
XLVIIL
PIERRE-
fuite de leurs Pafteurs, montroient par la férénité de leur Vif M anrve
ge , la paix de leur Ame, & la joye de leur Cœur. Ils eurent
cependant beaucoup à fouffrir, pendant un Voyage de dix jours,
efcortés par une troupe de Gardes Idolätres, & expofes aux
infulres d'une populace Payenne, dans tous les Lieux où ils
pañoient. Arrivés enfin à Focheu, & diftribués en différentes
Prifens, on leur fit efluyer les interrogatoires les plus iniques’,
les outrages les plus fanglans, & les traitemens les plus truels.
Tous féanmoins, aides de la Grace , & connoiffant le prix de
ce que l’on fouffre pour le Nom p. ESUSCHRIST, foutinrent
parfaitement teur Caraëére, & firent paroître une conftance
digne des premiers Chrétiens. Les jeunes Vierges furtout fe
diitinguérent par la fagefle de leurs Réponfes, & par une fet-
meté, que leur âge, & leur fexe ne pouvoient naturellement
leur donner; mais qui leur venoit d’en haut, & de la Préfence
du Saint-Efprit, Après ces premiéres épreuves où renvoya dänk
leurs Maifons cinq de ces Vierges Chrétienries : les cinq aut
tres (avec la Veuve) pour avoir exercé l'Hôfpiralité envers les
Mifionnaires, furent réfervées à de nouvelles Queftions , ou à
de nouveaux tourmens, Maïs tous ces tourmens , qui augmen-
térent bien leurs Mérites, fans leur procurer la Couronne dt
Martyre, firent admirer de plus en plus leur héroïque patience,
& la force invincible de la main, qui les fourenoit (1). © -
Cependant le Viceroi, ou Gouverneur de la Provincé de
Fo-kien, ayant aflemblé plufieurs Mandarins, & tous les Of-
ciers de fon Tribunal, y fit comparoître fucceflivemene nos cinq
-Mifionnaires Apoñtoliques. On les inrerrogea'dvec beaucoup
de rigueur ; & ils répondirent à tout avec certe niodefte ‘fermé-
té, & cette confiance, qu'infpire la Juftice d'une Caufe, qu'on
a l’honneur de défendre pour la gloire de Dieu, &-de la'Re-
ligion. Il ne leur fut pas difficile de fe juftifier des mauvais
deffeins, & des mauvaifes actions, que la feule malice du Gou-
" ER CE D SAC
+" (#) Inter fœminas antefgnana -eft Kwo- [tantiffimè confeffæ funt Fideni ChrlfManans;
Thuen, Virgo so & amplius annorum , quæ lin. torturis dicebant : Deum vereor, non
fuper fe recepit in judiciis, quôd docuiffet |timeo tormenta. Europai ejiciençur ; Deum
‘omnes illas fervare virpinitatem..,. Hinc femper habeo in Cœlis ; defidero , & amo
Judices juffere eam tradi torturæ..Dum er- | permanere in fan@ta Religione. Amo, amo;,
go fanguis efueter , dicebat : tormentà non | ana fervare Religionem. Idque dum conr
vereor, fed timeo Deum, &c. tra dehortaremtur Judjces , atque minaren-
Alix Virgines 4. ac Miu-Hi Vidua conf- ltar extrema quæane In Epif. D. Mathi. ?
B bb b b ii
SANZ
Voyez les Noms de
ces Héroïnes, dans
l:s Remacq. p. 13°
756 HISTOIRÉ DES HOMMES ILLUSTRE
Livres verneur leur imputoit calomnieufement, on renouvelloit con: |
XLVIII. tr'eux toutes les calomnies, dont les anciens Idolâtres avoient |
P coutume de charger les premiers Chrétiens. Toute leur conduite
IERRE- pre ; :
Marryn pendant failoit leur Apologie; & ils déclarérent hautement
| Sanz, que l’unique motif, qui les avoit fait venir dans l’Empire, étoit
de faire connoîïtre aux Chinois le Nom, & la Loi dé Jesus.
CHRIST , par qui feul les Hommes peuvent efpérer d'être
fauvés, & vivre écernellement heureux : & que leur unique
occupation , depuis leur entrée dans læ Chine ,-avoic été de
prècher, & d’établir cette Religion ; Le laquelle ils étoient
rêts de fouffrir & de mourir. Ils ne diffimulérent pas que par |
eurs Prédications, ilsavoient attiré plufieurs milliers de Chinois
au Chriftianifme. Ce généreux Aveu les fit paflér dans l’Efprit
des Juges Payens , pour des coupables reconnus , & dignes
d’éprouver toute la févériré des Loix : c’eft ce prérendu crime,
qu'on refolut de laver dans leur Sang. |
Avant que de prononcer la Sentence de Mort, on éxerça fur
gux divers genres de Supplices : après les avoir fair frapper plu-
fieurs fois à grands coups de Bâton, on leur meurtrit, &enfen- |
glanta le Vifage, avec une efpéce de Gantelet, fair de quatre |
picces de Cuir. Le S. Evèque de Mauricaftre, toujours interro.
_ géle'premier, éroit auf celui qui éprouvoit le premier la cruauté
des Juges, & des Bourreaux. Quelques Mandarins, à qui un relte
d'équité naturelle ne permettoic pas de fe livrer entiérement
aux fureurs du Viceroi, furent Dépofes, ou Remerciés, & on
leur en fubftitua d’autres plus nt Pr : une Relarion ajoute
qu’il n'eft pas mal-aifé d'en trouver de ce caractére parmi les
Idolitres. Ceux-ci ayant pris place dans le Tribunal, on cita
de nouveau l'Evêque de Mauricaftre , & fes quatre Compa-
gnons. Aux mêmes interrogations , ils firent les mêmes Ré-
É ponfes ; montrérent la même conftance ; & reçurent le même
traitement. Mais leur courage croifloit avec les épreuves ; &
l'intrepide Evêque ofa bien annoncer à fes Juges le Jugement
lus terrible de celui qui viendra juger un jour les Vivans, &
les Morts. En confeffant conftanment JEzsus-CHRI1ST, il
ne perdit aucune occafion de faire connoître la fainteté de fa
Loi, & la néceflité de croire en lui , pour n'être point con-
damné à des fupplices éternels. Un Manufcrit de la Chine af.
fure que le zéle de la Religion, & le défir du Martyre, ou
| plutôt la préfence du Saint-Efprit, le faifoir parler avec tant
de grace & de force, qu'on eût dit qu’il regardoit tous ceux,
devang qui il paroïfloic , plurôt comme fes Auditeurs , qu'il
D —— mm ns - _—
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 95r
inftruifoit , que comme fes Juges réfolus de le condamner.
On croit que l'Empereur de la Chine n’auroit décerné de
Jui même, contre nos Saints Miflionnaires , que la peine de
l'Exil, en les obligeant de fortir des Terres de fon Empire.
C'eft ainfi que fes Prédécefleurs l’avoient ordinairement pra.
tiqué dans de femblables cas. Maïs cela ne fuffifoit pas à la
haine que le Gouverneur portoit aux Chrétiens , & aux Pré-
dicateurs de la Foi, Pendant que ce Miniftre faifoit entrer dans
fes vües , tous les autres Officiers qu’il avoit choifis pour juger
avec lui, il ne cefloit d’aigrir l’efprit du Prince ; en lui dus
craindre que la mulriplication des Chrétiens dans fes Etats, ne
devint enfin fatale à la tranquillité publique, fi on nécligeoit
d'y pourvoir par quelque grand éxemple de rigueur. Ce qu'il
défiroit avec tant de pañlion , il lobtint; & il prononca aufli-
tôt un Arrêt de mort contre le Saint Evèque à Mauricaftre.
Cette Sentence portoit que Pierre Sanz auroït le cou coupé
e* la main d’un Bourreau, pour avoir féduit les Peuples par
Livre
XLVIIL
a"
PIERRE-
MARTYR
SAN Z
a Doûrine d’une faufle Secte. C’cft ainfi que les Infidéles apel-
lent la Doctrine de l'Evangile , & la Religion Chrétienne.
La joye du Confefleur de JEesus-CHRriIST fut dès lors
parfaite : ce qui a coutume de faire pâlir, & fremir la foible:
Nature, fut pour lui le plus grand fujet de confolation, &
d’'Adion de Grace. Il ne ne plus qu’à fe préparer au Mar-
tyre, par l'acceptation vo
céder, & l'accompagner. A tous les mauvais traitemens qu’on
Jui faifoit continuellement fouffrir , il ajouta encore plufieurs
fortes de Pénitences. Jufqu’au jour où il avoit été arrêté, ce
Saint Homme avoit joint aux travaux de l’Apoftolat, toutes
les auftérités de fa Régle , les Veilles, les Abftinences , les Jeû-
nes, les macérations de la chair, l'exercice de l’Oraifon : de-
venu Prifonnier pour la Caufe de Îa Foi , il voulut encore fanc-
tifier fes Liens, _ les mêmes Pratiques. Il ne croyoit pas que:
la pefanteur de fes chaînes, ni toutes les incommodités du Ca-
choc le düffent difpenfer d'aucune des mortifications , qu'il au-
roit pratiquées dans le Cloitre. Il fe relevoit réguliérement
toutes les nuits pour prier : & fi, faute de lumiére, ou de Bre-
ontaire de tout ce qui devoit le pré
Voyez les Mémol.
res écrits en Efpagnol
dans la Ville de Fo.
cheu,
viaire , il ne pouvoit réciter fon Office , il pafloit du moins:
quelques heures ep Oraiïfon, & dans la contemplation des Di.
vines Perfections. Le Ciel le favorifa de plufieurs Graces : il
auroit mis de ce nombre celle de fe fortifier par le Pain Eu-
chariftique ; il fit prier un pieux & zélé Eccléfiaftique de tun-
rer vous les moyens pofhbles, pour lui procurer cette infigne
LIVRE
XLVIII:
PIERRE-
MarTye
SA XxZ.
VAR CONS
752 HISTOIRE DES HOMMES ILL USTRES
faveur. Si la vigilance des Gardes, & les ordres rigoureux du
Viceroi le privérent de cetre confolarion, ils ne purent le pri.
ver de la Vertu de ce Sacrement d'Amour , qu'il demandoit
avec une Foi d'autant plus vive, & qu'il défiroir avec d'autant
plus d'ardeur, qu’il touchoïit déja au terme heureux de fon éxil
Plein de l'Efprit de Dieu, & uniquement appuyé fur les Me.
rices de JEsus-CHrisr,le Saint Evêque de Mauricaftre con.
fidéroit comme la plus précieufe de toutes les faveurs, de pou-
voir confommer fa courfe par le Martyre. Les plus rerribles
menaces, les fupplices mulripliés, tout l'appareil des rourmens,
& de la mort, ne pouvoient ébranler la fermeté de fon Ame,
parce que le Seigneur l’avoit revêtu d’une force victorieule,
our;le faire triompher de toute la malice des Hommes, & des
Démons. C'eft ce qui parut en lui, & dans les épreuves d’une
longue Prifon, & dans fa mort. La haine du Viceroï en avoit
dictée la Sentence ; le Tribunal des Crimes la confirma ; l’Em.
pereur la figna ; & tous enfemble ils procurérent au Confef-
feur de Jesus-CHrisT un bonheur, qui:faifoit le grand
objet de fes défirs.
Avec l’Evêque de Mauricaftre, les quatre autres Millionnai-
res Dominicains furent de mème condamnés à avoir la cête
tranchée, & pour la même caufe; c'et-à-dire pour avoir prè-
chG la Loi de JEsus-CHr1sT dans la Chine. Mais l’Arrèt
Ép que le premier fouffriroir la mort fur le champ, & que
e fupplice des autres feroit différé jufqu’au tems ordinaire des
+
Executions. Par cette difpofition on vouloit faire entendre, que:
” Pierre Sanz, comme plus coupable, étant le Chef de la Mit-
fion, méricoit d’être traité avec plus de févérité : mais la Foi,
& le défir d’étre bientôt avec JEsus-CHrisT, lui firent re-
garder au contraire comme une infigne faveur , ce que des Ju-
“re Désir or comme un furcroit de peine. Malgre
eur. diligence le Saint Prélat porta fes chaînes près d’un an,
dans l’obfcurité du Cachor. n
neufs pour Je jour de fon triomphe, En recevant certe nouvelle
marque de leur Charité, il lesfitavertir , deredoublerla ferveur
de leurs Priéres, &-de ne ceffer de demander à Dieu, pour lui,
pour {es Compagnons, & pour eux-mêmes, le Don de la Perfé-
vérance : il le demandoit lui-même, ce Don, avec autant d’hu-
milite que de confiance. Le moment arrivé; il embrafla tendre.
ment fes Frerçs, qui ne pouyoient fe confoler, que par la douce
‘° 0 | | efpérance
. Enfin le jour du Supplice fut fixé au 16 de May 1747: & les.
Chrétiens, qui en furent inftruits, lui envoyérent des Habits. :
+ = mn 2,
LL
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 75:
Pfpérance de le fuivre bientôt. De la Prifon on leconduifitau LIVRE,
Tribunal, pour y entendre lire fon Arrêt de Mort, qui futcécrit XLVITI
fur des Tabletres. Le Confeffeur de JEsus-CHR1IST entendit
cette Lecture, non.feulement avec {a fermeté ordinaire, mais MArrve
aufli avec de nouvelles Aétions de Graces, qu’il rendit à Dieu, Sanz.
de ce qu'il lui accordoïit de fouffrir pour fon Amour, pour {a ===
Gloire, pour la Confeflion de la Foi. On lui attacha au Cou
les Tablettes, où étoit écrit l’Arrèc, & le fujec de fa Mort : & ce
que les Gentils regardoient comme une ignominie, le Saint
Martyr le confidéroit comme un Diadème, ou un Ornement
tofiniment plus précieux, que les plus riches Couronnes. Aufñi le
vit-on marcher vers le Lieu de fon Supplice, d’un pas intrépide,
& avec un Vifage, fur lequel écoit peint le contentement, la :
férénité, la joye, & je ne fai quoi de D mr qui fixoit fur
Jui les regards d’une multitude Es e de Fidéles, & d’infi-
déles ; qui le fuivirent jufqu’au Lieu du Martyre. La Piété & la :
Religion avoienc attiré les uns; le Spectacle faifoit courir les .
autres ; tous cependant en parurent frappés , touchés, attendris.
Les Idolitres ne pouvoient s'empêcher d'admirer la conftance
du Martyr, qui faifoit leur Confufion. Les Chrétiens fe confir-
moient dans leur Foi; ils fe fentoient plus animés à mourir
pour elle; & ils ne cefloient de faire des Priéres. Notre Prélat
continuoit toujours les fiennes, & il mertoit fes derniers mo-
mens à profit, pour demander à Dieu par JESUSs-CHRIST, :
Ja Perfévérance de fes Freres qu’il laïfloit dans les Liens ; la for-
ce dont fes Enfans fpirituels avoient befoin pour réfifter à la
violence de la Perfécution ; la Converfion enfin des Gentcils , &
_de toute la Chine, dontil'alloir devenir comme le Patron ,en
J'arrofant de fon Sang, après l'avoir fi long-tems arrofée de fes
Sueurs. | |
. Arrivé à fon Calvaire, & pouvant dire avec Saint Paul : Tai
bien Combats , j'ai achevé ma Courfe ; 5 j'ai garde la Foi , il
fe mit à genoux; ne demanda au Bourreau qu'un moment pour
finir fa Priére ; &.randis que , dans les ardeurs de la Charité , il
fecommandoit fon Ame au Seigneur , il reçut le coup, qui ter-
mina fa Vie mortelle, pour le faire entrer dans les joyes de la
bienheureufe Eternité. Ainfi mourut cer Ami de Dieu, ce Dé.
fenfeur intrépide de la Religion, Pierre-Marcyr Sanz, Evêque
de Mauricaftre, Vicaire Apoftolique, âgé de foixante-fix ans,
& neuf mois, après avoir LT de quarante années,
_ en Efpagne , aux Philippines, & dans la Chine, les Saintes Vé-
sités, qu'il a fcellées de fon Sang.
Tom. VI, Ccccc
D.
4$4 HISTOIRE DES HOÔMMÉS ILLUSTRES
Lrvnrmæ Les Chrétiens ne pouvant avoir la Liberté de contenter leut
XLVIII. dévotion, en recueillant eux-mêmes les Reliques du Martyr de
Prises JESUs.-CHrisT, avoient engagé un Gentil à ramafler dans
Marryen des Vafes, des Linges, & des Cendres, tout ce qu'il pourroit
Sanwz conferver de fon Sang. Tout cela fut ponctuellement éxécuté
==" {elonleurs défirs ; & la célébre Parole de Tertullien commença
d fe vérifier par la Converfion de ce même Gentil, & de toute
qe er le Remat- fa Famille. Cerre Converfion n’a pas été la feule , que la Grace
ait opérée dans cette occafion ; maïs c’eft peut - être la plus
a te & la plus publique. Les Fidéles, moins intimidés par
a terreur des ménaces, qu’encouragés par l’Exemple de leur
Apôtre , achetérent un beau Cercueil , pour y enfermer fon
Corps ; qu'ils sb 4 7 de plufeurs piéces de Soye : &
pendant qu’ils s’'emprefloient à lui rendre leurs Devoirs de re-
connoiffance, & de Religion, le généreux Don Matthias, Pré.
tre Chinois, qui s’étoit trouvé préfent à tout, & qui préfidoit
à toutes les démarches des Chrétiens, fe hâtoit d’écrire à tous
ceux qui s’intérefloient particuliérement à la Caufe du Serviteur
de Dieu. Il écrivit à toutes les Chrétientés de la Province de
Fo.kien,de peur que le coup dont on venoit de frapper le Pafteur,
n’ébranlat peut-être la conftance du Troupeau. Il écrivit auf :
à nos quatre Mifionnaires Prifonniers, pour les inftruire de tout | |
ce qui s’etoit pañlé, & fe réjouir avec eux du triomphe du Pré-
lat, & de celui de la Foi, que le Saint Martyr rendoit encore
plus brillante par fa Mort, qu'il n’avoit fait par fes Prédications.
On a déja dit que, dans le Siécle précédent, plufieurs En.
fans de Saint Dominique avoient sun À Couronne du Martyre, |,
en prêchant l'Evangile aux Chinois ; mais ce trait d’Hiftoire
étoit ignoré de la plüpart, ou déja oublié dans le Pays, & le
Prêtre Matthias, perfuadé que notre Evêque de Mauricaftrede. |
voit être regardé comme le premier Martyr dans ce vafte Empi |
re, s’écrioit dans un faint tranfport:« Que la Chine entiére, que
» la Province de Fo-kien en particulier, mais fur-rout que la
» Ville de Foucheu foient Po aujourd’hui d’une fainte cone
» fiance : Cette terre eft teinte à préfent du Sang d’un Martyr; |
# ce qui n'étoit point arrivé depuis la Fondation de la Monar-
# chie. Pourquoi, ajoutoit-t'il, pourquoi craindrions-nous ? Eft-
» ce que le Sang de ce Martyr ne fera point parmi nous une
. »# Semence de Chrétiens ? Ah, nous avions-bien entendu parler
» des Combats, que les Confefleurs de JEzsus-CHR1sT avoient
» glorieufement foutenus jufqu’à l’effufion du Sang : mais ce
"» Sang avoit empourpré des terres étrangères : aujourd’hui nous
Re
+
me Se OO ER 9 si
| à
+ av
LA La
toutes les parties de la Chine, particuliérement dans les Pro-
DE L'ORDRÉ DES. DOMINIQUE. #75s
avons vû chez nous un Martyr de la Foi, &c(r)». Lives
Cependant le feu de la Perfécution s’étendoit déja dans XLVIIL
vinces de Kanf, & de Kenf : la fureur des Gentils, autorifée + Res es
par celle du Viceroi , y détruifoit nos Eglifes, &on les épar- Sinz.
gnoit encore moins dans la Province de Fo-kien. Le nombre ===
des lâches, qui aimoïent mieux renoncer à la Foi , que de
s’expolfer à la perte de leurs biens, & de leur liberté, n’étoic
poinc petit; non plus que celui des véritables Fidéles , que
Dieu s'évoit réfervés dans fa Miléricorde, & qu'il affermifipit
par fa Grace contre les plus violentes centations : l’éxemple
de l’Evêque de Manieues foutenoit le courage de ceux-ci.
Lorfque le bruit de fon Martyre fe fut répandu de toutes parts
dans l'Empire , les fervens Chrétiens dans tous les lieux levé-
renc les mains au Ciel, pour remercier la Divine Bonté du
triomphe de fon Servireur : & ce que les particuliers faifoienc
dans leurs Maïlons, les Pafteurs le firent avec folemnité dans
lP'Afemblée des Fidéles. L'Evêque de Macao, fon Clergé, &
fon Peuple donnérent à l'envi des marques éclatantes d’une
fainte joie : après une Mefle Solemnelle d'Action de Graces
on chanta un 7e Deum. : |
L'Evêque de Pékin (Don Polycarpe Jéfuite Portugais) ne
donna pas de moindres preuves de fon zéle pour la Religion, ;
& de fa vénération pour la mémoire de celui, qui venoit de D
répandre fon fang pour la défenfe de la Foi: dans une de {es à Manille: fl 8.
4 e A D e ?
Lertres écrite à Macao le 12 Mars 1748, L’illuftre Prélac
- s'expliquoit ainfi: ,« Pour que lamémoiredu Vénérable Mar- «
tyr ne füt privée d'aucune marque autentique de mon af- «
fection, & de ma vénérarion, j'ai voulu étant aflifté des Révé- «
rends Peres Sigifmond, & Jean-Baptifte mes Chapelains , «
dont l’un fe glorifie d'avoir baifé la main du Saint Martyr«
en paflant à Macao, j'ai voulu, dis-je, officier Pontificale- «
ment après avoir fait l’Expofition du Très-Saint Sacrement. «
La Me finie , j'ai entonné le Te Deum , que nos Muficiens «
Chrétiens ont chanté alternativement ; & à l’Oraifon propre «
du Ze Denm jai ajouté la Collette fuivante, par laquelle «
votre Révérence connoîtra.:ke jusement que j'ai formé de «
{1} Tumanauaciav: vlormfaminorcem ik | quia fanguis Martyri. terra noftrà exceptus
Lftuiimi Præfulis Martyris : cui maxunè Si- | germen eft Chriftianorum noftratum. Quon-
na, {ed imprimis Fou-kien tota , {pecialids | dam quidem audivimus terrafteh externa=
verd Foucheu Metropolis confidere debet ,|rum Marryres : Hdie vidimus Martyrem
qudd ejus faguis effu‘us fit in hac verra, | Domini, &c. In Epif. D. Matthie Fo,
quôd à crearione haïenus necdum accidit Presbyreri G Miffionarii Sinenfis.
amquam. Ergo, {ubdebam, ne pareamus , |
Ccccci
56 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrvnae »ce Vénérable Pafteur, dont je crois la mort précieufe aux
XLVIII. » yeux du Seigneur ». | | .
Pisreee Omnipotens, @ Mifericors Deus , qui infcrutabilia se Provi-
Marryn tie judicia, ad nos confirmandos in Fide , vifibiliter aliquando
SanNz. Mmanifeffas, pre infigni vitloria à Fratre noffro Petro-Martyr de |
nm fui nominis hofle féliciter reportatà tibi maximas gratias agimas;
fappliciter deprecantes, Sinicam Mifionem , innocuo illius [ançguine
irrigatam , in dies fecundare , nofque in cadem vinea laborantes,
fimili xelo accendere, € pari conflantia sltimo in agone corroberare
digneris ; ut ejus exemplo, verbum tuum toto Imperio fideliter f+-
minantes, Vitam quoque pro te , x commifle grege ponere , ac pre
miflam fidem [anguine confirmantibus coronam (qua frui pie cre. |
dimus ) confequi etiam aliquando mereamur. Per Dominum, &c. |
C'eft-à-dire, « Dieu Tout-puiflant & Miféricordieux, qui,
» pour nous affermir dans la Foi, manifeftez quelquefois d’une
» maniére fenfible les profonds jugemens de votre Providence;
» nous vous rendons de folemnelles Attions de Graces, pour la
+ glorieufe victoire ,que notre Frere Pierre-Marcyr a heureufe.
» ment remportée fur l’Ennemi de votre Nom: accordez à nos
» humbles priéres, que ce fang innocent; ui a arrofé la Mif-
» fion de la Chine, la rende tous les jours plus téconde : &
» puifqu’il vous a plü nous faire travailler dans la même Vigne,
» remplifflez-nous auffi du même zéle ; & donnez-nous la même
» conftance dans le dernier combat ; afin qu’à fon éxemple,
» préchant fidéleméne votre parole dans tout cet Empire, nous
» foyons toujours prêts de donner notre vie pour votre Gloi-
»re, & pour le Salut du Troupeau , qui nous éft confié; &
» que nous méritions de recevoir un jour la Couronne (dont
» nous croyons pieufement qu’il jouit déja) puifque vous l'avez
» promife à ceux qui fcellent leur Foi de leur fang : Par Notre
# Scigneur JESUS-CHRIST, ec.
Si dans l’Empire même de la Chine, & fous les yeux des
Infidéles, on ne craignoit point de faire éclater ainfi les juftes
fentimens, qu'infpiroit la mort précieufe du Difciple de Jesus-
CHrisrT; il eft aifé de penfer que ces fentimens ne furent pas
moins vifs, ni les Fêtes moins folemnelles chez les Peuples
voifins ,& tout Catholiques, particuliérement dans la Ville de |
Manille; où on n'avoit pas encore oublié tout ce que Pierre-
Martyrfenz ,trente-deux ans auparavant, y avoit fait, & pour
la Converfion des Infideles, & pour l’Inftruétion des Domefti-
ques de Ja Foi. À la premiére nouvelle qu’on reçut de fon
glorieux Triomphe, tout le Peuple n’eut qu’une voix , pour
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 7;#
louer le Seigneur , & mulriplier les Aëtions de Graces : l’illuftre
Métropolitain des Philippines, l’'Evêque de la nouvelle Ségovie,
& le Gouverneur de ces mêmes Ifles, avec tour ce qu'il y avoit
de plus diftingué dans le Pays, fe rendirent dans notre Eglife,
& honorérent de leur préfence la Cérémonie, qui fut augufte,
Mais on ne fe borna point là : à toutes ces marques de Re-
ligion & de Piété, on fit fuccéder les Œuvres de Miféricorde,
qu'on éxerça d’abord envers deux Vierges Chinoifes, Sœurs
du Tiers-Ordre de Saint Dominique, & Filles d’un Confeffeur
de JEsus-CHrisrT,nommé Ambroife, perfécuté, dépouillé
de tous fes biens, & chargé de chaînes pour le Nom du Sei-
neur. Toute fa Famille fe trouvoit dans une extrême nécef-
Été Les Habirans de Manille, touchés de leur état, imitérent
li généreufe libéralité de ceux de Macédoine, qui avoient mé-
rité les éloges de Saïnt Paul , par leur promptitude à fe prêter
aux néceflités des Saints. C’eft notre illuftre Serrano, Evêque
de Tipafa, qui de fa Prifon, moins occupé de fes propres
fouffrances, que de celles de fes chers Néophites , avoit fait
connoître les befoins de ces pauvres Filles Chinoifes.
Nous continuerons l’Hiftoire de l’Evêque de Mauricaftre,
en écrivant celle des quatre Compagnons de fes Travaux, qui
viennent de ol même Couronne, en répandant leur
fang pour la Confeflion de JEzsus-CHr1sT. Il eft vrai, que
payant pas reçu les Mémoires détaillés, que nous avions de-
mandés, nous ne fçaurions fatisfaire la pieufe curiofité du Lec-
teur, touchant les premiéres années, & les premiéres Adions
de ces quatre Martyrs, Francois Serrano , Joachim Royo,
Jean Alcober, & François Diaz. Mais fuflions-nous réduits à
ne pouvoir parler que de leur Martyre , il y en auroit toujours
aflez pour édifier la Piété Chrétienne. Selon la judicieufe re-
marque d'un Sçavant Auteur (dont les Réfléxions portent
toujours la lumiére fur routes les matiéres, qu'il rouche ),
ce que l’on doit principalement confidérer dans un Martyr,
c’eft l’Héroïfme L fa mort : & cer Héroïfme für-il momen-
tané, ne préfente pas moins toutes les excellentes Vertus , qu’on
pourroit juftement admirer dans la Vie la plus longue d’un
autre : Et in Martyre quidem, cajas fola mors imitanda propo-
nitar, fatis habet, fi vel momentanea fit-heroïcitas mortis; in qua
tamen vel folé tanta plerumque colligitur heroïcitas, quanta vcl
in longçam alterins vitam pollet extends.
Les circonflances qui méritent le plus nos attentions dans
J'Hiftoire de nos quatre Martyrs, font 1 ©. leurs Travaux Apof.
en | | Cecccüj
Livre
XLVIII.
PIERRE.
MARTY
SAN Z.
Voyezl’'Addition #
tion , fol, 27.
De Serv. Dei Bese:
&c. Tom. 1, in Ap-
pen. p. 565» Col se
at HISTOIRE DES HÔMMES ILLUSTRES
Lrvam toliques, & les fruits de leur Apoftolat ; 1°. les rudes épreuves |
XLVIIL dune longue Prifon , fourenues avec un courage invincible,
| 3°. leur conftance héroïque dans le genre de Îeur mort.
FraAxçots FRANÇOIS SERRANO , quoiqu'apellé quelquefois Catalan,
SERR À N 0, toit natit d’un pétit lieu fur la Côre de l’Andaloufie, à quatre
————— lieues de Cadiz. Le zele du Salut des Ames, & l’éxemple de plu.
fieurs de ies Freres, le firent partir d'Efpagne l'an 1725, pour
aller cravailler à la Vigne du Seigneur, dans les Miflions Orien-
talus. Ne s'etant arrête que peu de mois à Manille, il en partit
fur les Lectres du Pere Sanz, fe rendit en diligence à Macao,
& de là à Fo gan, où il remplifloit déja les Fonions Apof-
toliques avant la fin de 1727. Le zéle du Pére Serrano, le
courage, la prudence, & tous les Talens qu'il fit paroîrre dans
l'Exercice du Divin Miniftére; fa régularité, fa modeftie, fon
defintéreflement, & une charité toujours agiffante : tout cela
lui concilia d'abord la confiance des nouveaux Chrétiens, &
l'eftime des Gentils. Il en attira un grand nombre à la Foi;
& peu content de lés avoir régénéres en US- CHRIST :
par le Baptème, il s'occupa tout entier à les faire marcher
à
CARE:
—_
d'un pas ferme dans les fentiers de la juftice, felon la Sainreré
de la Religion qu’ils avoient embraflée. Sa conduite lui ft .
tant d'honneur , que le Saint Siége, inftruit de fon mérite, |
& de fes Vertus, l’éleva à l'Epifcopat, & le deftina à fuccéder |
à l'Evêque de Mauricaftre, dans la Dignicé de Vicaire Apofto-
| lique dans la Province de Fo-kien. |
Joacnix JoAcHi1a Royo, Atagonois , né dans Îe Diocèfe de
Rovo. Tervel l’an 1690, n’avoit pas fini fa vingt-troifiéme annee,
= Jorfqu'il entreprit le Voyage d'Orient en 1713. Il peut avoir
éré ordonné Prêtre à Manille ou à Canton : nous fçavons qu'il
avoit fair quelque féjour dans l’une & l'autre de ces deux Villes.
Le Pere Eleuthére Gualda, dans fa Lertre écrite du Tonquin
le 15 Juillec r41 5, nous apprend qu’il étoit parti des Philippi-
nes, avec le Pere Joachim Royo , au commenceinent de la
même année, & qu’ils furent battus d’une fi furieufe tempttt,
qu’ils fe ‘virent plus d’une fois dans le prochain péril d'être
engloutis fous les flots . avec tous ‘ceux qui fe trouvoient
dans le Vaiffeäu. La Providence les fit arriver à bon port: &
pendant que l'un traverloir les Provinces de la Chine, pour
fe rendre: dans le Tonquin, l’autre commençoit déja à exer-
cer fon miniftére dans. la Miffion de l’Empire, pour laquelle
il étoit deltiné ; & où il avoit prévenu l'arrivée du Pere Pierre-
Martyr Sanz. Ce ne fut cependant qu'en 1722, que Joachim
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 9759
Koyo fut apellé dans la Province de Fo-kien : il y travailla Lrv ra
pendant vingt-quatre ans avec un zéle infatigable ; & Se XEVIII
fois il s’y trouva prefque le feul Miniftre de l'Evangile ,
un tems de perfécution. Lorfqu’en 1728 l’Evêque de Mauri-
caftre fe rendit à Canton, & lorfqu’'en 1732 il fut banni à
Macao, avec un grand nombre d’autres Miffionnaïires, le Pere
Royo continua coujours à rendre fes Services aux Chrétiens
de Fo-gan, moins effrayé du danger où il étoit continuelle-
menc expofé , que touché de l’état, où il voyoit un Peuple
afigé, & toujours fidéle. Le Seigneur, qui le revêtir de forcé
dans ces circonftances critiques, fit fervir fon miniftére à em-
pêcher la chute de quelques-uns, & à procurer la Converfion
de plufieurs autres : car dans le rems même qu’on pourfuivoie
vivement les Chrétiens; on voyoit des Gentils embrafler le
Chriftianifme. |
_ JEAN ALcoger, né à Girone l'an 1694, fe prépara à
ADS JoAaAcHIM
Roxo.
D 5
JEAX
l’'Apoftolat dans le filence du Cloître, par PExercice de lOrai, AL coBen;
fon, & la pratique de toutes les Vertus. Dès qu'il connut la
volonté de Dieu, par celle de fes Supérieurs, il quitra fans
yegrès fa Patrie, & fe joignit à ceux de fes Freres, qui parti-
rent d’Efpagne en 1728 , pouraller prêcher le Nom de Jesus,
CHr1sTaux Infidéles. S'érant arrêté peu de rems à Manille,
il alla À Macao, & de là à Canton. L’Evêque de Mauricaftre
Penvoya en 1730 dans le Territoire de Fo-gan. Pendant les
feize années que le Pere Alcober cultiva cette Vigne, toujours
occupé ou de la Converfion des Idolâtres, ou de Pinftru&tion
des nouveaux Chrétiens, le Seigneur répandit de grandes Bé-
nédidtions fur fes Travaux. Son mérite lui fit donner le Titre
de Vicaire Provincial dans la Mifon de 1a Chine. |
gne dans l’Andaloufie ; fur la Riviere de Xenil I! étoit encore
ort jeune lorfqué le Seigneur l’apella aux Mifiohs; mais il
avoit employé utilement fes premiéres années, fous les yeux
de fes Parens, & depuis dans les Exercices de la Vie Religieu-
fe, Il fe crouvoit déja à Manille l'an 1336 :'arrivé enfujite à
Mäcao , il y rencontra l’Evêque de Mauricaltre, qui, charmé
autant de la douceur de fes Mœurs, que de’ la ‘ferveur de fon
zéle, l’amena avec lui dans la Province de Fo.kien l'an 1738,
Le fage Prélac le ioïgnit au Pere Serrano dans l’Exercice du
Divin Miniftére. Ils ne ei l’éxercer enfemble que lefpace
de huit ans; quand on les arrêra au mois de Juin 1746, ils
- Æonfcflérent devant le Tribunal, qu'ils avoient apellé à la Foi,
“FRANÇOIS Draz naquit lan 1712 à Ecija, Ville d'Efpa- Fraxçots
D 1 A z.
2 760 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES .
Liver & baprizé de leur main, plus de douze cens Chinois. Le Pere
XLVIII Diaz étroit alors âgé de 34 ans; le Pere Serrano, de 61; le
FRancors Pere Royo,de 56, & le Pere Alcober , de $ 2. |
59% En géneral, s’il fauc juger de la conduite de tous ces Mini
Dia n géneral, si jug ice ces Minif,
—— tres de JEsusCHRiST, & des fruits de leurs Travaux, par
l'etat où fe trouvoient nos Chrétientés dans la Province de
Fo-kien , lorfque le feu de la derniére Perfécution s’y alluma,
& par le tendre attaciement , que tous les Chrétiens du Pays
firent paroître pour la perfonne de leurs Pafteurs, on ne peut
qu'être sr SE à que leur conduite fut toujours digne de l'E-
vangile, & que les fruics de leur Miflion étoient déja très:
abondans. Une grande partie de ce que nous avons dit du
Saint Evêque de Mauricaftre, on doit le dire auffi de chacun
de fes quatre Compagnons. Apellés au même Miniftére, ils
s’y étoient difpolés par la pratique des mêmes Vertus. Ils fe
_. montrérent toujours animés du même efpric, & travaillérent
. avec le mêmc zéle, pourla Gloire de Dieu, la Propagation de
la Foi, & le Salut des Ames. Ils ne fe propoférent jamais d'aurre
objet; & rien ne fut capable de les en dérourner, ni la difi-
culté des chemins, ni la rigueur des faifons, ni la vue des
dangers multipliés, ni enfin les incommodités de la faim, de
la foif, & de la nudité. En fe dévouant à un miniftére infiniment
pénible, ils avoient bien compris tout ce qu’il leur en coüreroit.
mais JaGrace avoir affermi leurcæœur, & lamêmeGracelesfoutint
dans leurs épreuves. Leurmérireeft des’être montrés toujours fi.
déles à cette Grace. Chacun,dans ke Diftrict, qui lui éroit algré,
avoir employé fes talens, & fes momens à inftruire & catechi
fer les Gentils; à adminiftrer les Sacremens aux Fidéles; à les
retirer du vice, & les former à la vertu, autant par l'éxemple, que
par les difcours, Il n’en eftancun , dont on ne puifle aflurer qu'il
a bien augmenté Le nombre des Fidéles, par la Converfon des
+... Gentils : aucun, à qui le Seigneur n ait accordé la confolatioi
de voir, parmi fes Néophites , de fervens Chrétiens; qui,
après s'être rendus dignes de leur profeffion par la pratique
des Saints Commandemens. afpiroient encare à la perfection de
Ja Juftice Chrétienne, par la pratique desConfeils Evangéliques.
Lorfque, pour éxercer {es Jugemens de Juftice fur les uns,
& de Miféricorde fur les autres, le Seigneur permic que les
Ennemis de fon Nom miflent dans les Fers les Prédicateurs de
fon Evangile ; ceux-ci, fans jamais fe démentir, firent tous pa-
roitre là même conftance; ils portérent leurs chaînes avec le
même courage ; & répondirent à tous les Interrogatçoires ”
; |
à %e Vr- 2
ES _
Si: +
ES a Œù à
FE ST < +
Ni nr ve B:
* imputant de faux crimes, dont la fuppofition fut reconnue par
: DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 76r
la même fermeté. L'implacable Ennemi denotre Religionmulti Lrvre:
plia les épreuves, fans pouvoir vaincre leurpatience. Peu fatisfait X'L V III.
de les avoir fait frapper avec inhumanité, & appliquer plufieurs
. Le | , FR ES FRANÇOIS
fois à la Torture ; il effaya de les deshonorer , tantôt en leur ÿ
SFRRAN OO.
le témoignage même des Idolâtres; & tantôt en altérant, ou
changeant entiérement les réponfes des Prifonniers de JEsus-
CHRIST, pour exciter contr'eux la haïne des Gentils ,& des.
Chrétiens mêmes. Cet artifice aurait pà lui réuflir jufqu’à un:
certain point, fi le Seigneur n’avoit pris en main la défenfe de
ceux qui”fe facrifioient pour la Gloire de fon Nom, & qui
n'efpéroient qu’en lui... | .
.. I ne falloit pas craindre, ileft vrai, que la calomnie fit quel-
que impreflion fur l’efprit des Chrériens dans la Province de
Fo-kien : nos Miflionnaires y étoient trop connus, & leur
vertu trop généralement refpeétée. Mais tandis que le Gou- : -.
verneur Tartare envoyoit de toutes parts fon Interrogatoire,
& les prétendues réponfes des Prifonniers ; tandis que fes Mi.
Diftres, & les Mandarins répandoient, avec un faux zéle, cet
Ecrit plein d’impofture , on pouvoit appréhender que la légére-
té naturelle des Peuples, & la crédulité de quelques Chrétiens,
trop éloignés du lieu où la fcéne fe pañloit, pour être inftruits
de la vérité, ne les fifent tomber dans l’Erreur, par leur fa-
cilité à croire fur la parole des Magiftrats. Cette crainte ne
parut que trop fondée : déja quelques Chrétiens de la Cour |
s'étoient laiffe forprendre ; & les Nan-kingnoïs s’expofoient au
même danger, en lifant fans précaution les Ecrits, que le Vi-
ceroi de Fo-kien faifoit courir.
Pour en détourner les fuites, Dieu voalut que l'Evêque de y ragiitos:
Tipafa , François Serrano, füc inftruic de tout : & dans fa cap- fl 1.
tvité la Divise Providence lui fournit les moyens d’écrire une
Relation plus véridique, & de la faire tenir aux Vicaires Apof-
toliques. Un efprit de zéle & de juftice s'empara en même
tems de trois refpectables Prélats , qui élevérent. leur voix
contre des paroles de menfonge, & diflipérent entiérement
ces nuages, pour faire reparoître l'innocence & la vérité dans
un nouveau jour. Les flluftres Evêques de Pekin, de Nan-kiny,
& d’Ecrinée, parlérent, & écrivirent avec affez de force, &
de fuccès, pour venger pleinement les Confefleurs de JEsus-
CHkrisT, pour détromper, ou raflurer vous les Chrétiens, &
confondre les Idolâtres, Auteurs de l’impofture. |
. L'illuftre M. Joachim de Martiliat, Évèque d'Ecrince, & "HR
Tome VI, | | .Ddddd
Re
76: HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRKES
Lrvaraz Vicaire Apoftolique de la Province d'Yun-nan en Chine,
XLVIII. étant fur fon départ pour retourner en Europe, écrivit au Pere |
FRANGOTS vérrano en ces termes : « Je regarde comme une faveur fpé- |
ÇOIS | À _. :
SERRAN Oo, ”Ciale de la Providence, de recevoir à la veille de mon dé-
a" » part, les Reliques du Vénérable Martyr Sanz, & la Rela-
“tion de la Sp “a de Focheu, que vous venez de com-
» pofer, dont j'ai fait tirer une Copie avec. une extrème di- :
» ligence ; & j'ai reçu ces Reliques comme un gage de la feli-
» cité de mon Voyage, & de mon heureufe arrivée en Eu.
29 rope 2, :
Après avoir marqué dans les termes les plus obligeans, fa
tendre affeion envers les Prifonniers de JEzsus CHRIST,
la haute idée qu’il avoir de la vertu de l’'Evèque de Mauricaftre,
& l’eftime qu'il faifoit de lafainte amitié , qui les avoit unis en-
femble , le Prélat François continuoit par ces paroles., que nous
Bi bha: Hfons dans l’Addition imprimée à Manille ; & que nous de.
vons rapporter ici avec la Tradué@tion : Zn Relatione Perfrcs-
tionis habeo nds Ecclefie Chrifli authenticum teffimouiam fsp-
peditem Fidei, @ fortitudinis infignis tam V'enerabilis Martyrs,
quèm iluffrium Confefforam : strumque , [5 palibile fit, Sanme
Pontifici propriis manibas offeram ;. fin mines, diligentilime cs-
rabo , bec pretio[a munia defferri tutifima via ad ipfins prefen-
tiam , nt Vicarius Chriffi gandeat de vifloris fui Vicarii Apofo-
lisi, Mifionariorumque : @* inteligat , hanc prerogativam Mar-
tyrii conceflam fuiffe idi Mifioni, que à fuis exordiis ixtemerats
femper fuit ab omni labe fuperflitionis xelo RR. PP. Predicaiorsn,
qui tandem hac vice [uofanguine, [uifque tormentis , figillant, confire
mantquefidem, quam [emper purilimamprædicaverunt. C'eft-à dire:
us. «Dans la Rélarion de la Perfécution, j'ai de quoi donner à
… ‘»lEglife de JesusCHRIST, un témoignage aurentique de
» la Foi, & de l'infignefermeté, tant du vénérable Martyr, que
».des illuftres Confeffeurs. Si cela fe peut, j'offrirai Run & l'au.
» tre de ma propre main au Souverain Pontife; finon , j'aurai
» tout le foin poffible, pour que ces précieux Gages foient por
» tés fürement à fa prefence, afin que le Vicaire de JEsUSs-
» CHRIST fe réjouifle de la Viétoire de fon Vicaire Apoftoli-
» que, & de fes Miffionnaires : & qu'il connoiffe que la LS
» és du Martyre a été accordée à cerre Miflion , qui depuis
» fon commencement, s’eft toujours foutenue éxempte de tou-
» te tache de Superftition, par le zéle des FF. Prêcheurs, qui
» enfin fcellent aujourd’hui de leur Sang , & confirment par
» leurs fouffrances , la Foi qu'ils ont.toujours prêchée dans
» Toute fa pureté».
_. _ filles PASSES
"|. DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE: 763
«.. Cette Lettre, dont nous n'avons qu’un fragment, eft datée Lt v rx
de Canton, le 2 de Janvier 1 748, Elle fut éxaétement rendueà XLVIIf.
d'Evèque de Tipafa, & il ne faut pas douter qu’elle n’aitété un LiAdcois
LE pu TT
“3 —
and fujet de confolation pour lui, & pour les Gompagnons de
es Liens. Les Chrétiens continuoient à leur donner toutes les
marques pofibles de refpe& , d'attachement ; & bien des Gentils
n’en parloient qu'avec eftime. | |
. Le Viceroi Tartare n’étoit peut-être pas moinsconvaîncu que
les autres, de leur Probité, & de l’innocence de leurs Mœurs.
Mais leur fermeté dans là Foi, qu’ils avoient fi long-cemis prè.
chée dans l’Empire, les faifoit toujours paroître coupables À fes
‘geux, & il s'efforça de perfuader à trous les Officiers du Tribunal,
qu'un tel crime ne pouvoit êtreexpié-que par l’effufion du Sang.
Düns les autres Provinces de la Chine on ne faïfoit pas mourir
les Miffionnaires qu'on arrêroit ; après les épreuves de la Prifon,
n fe contentdir de les bannir du Royaume : mais le Gouverneur
de Fo-kien fe fit un honneur de paroître plus zélé que tous les
autres pour fa faufle Religion; & fa cruauté naturelle s’accor-
doit avec ce zéle apparent. Dans le rems qu’il condamna le Saint
Evêque de Mauricaftre à avoir la cête tranchée ; il porta la
même Sentence contre les quatre autres Prifonniets de J zs w s2
CRrist;ce cruel Arrêt fut dès-lors gravé fur leurs Vifages
avec des Caractéres Chinois: & les Saints Confefleurs ont de-
puis porté ces marques fanglantes, comme les'‘précieufes arrhes
de leur märtyre, ou comme un avertiflemehe continuel qu’ils
a'appartensient plus d la Terre, mais au Ciel, leur feule & véri-
table Patrie. L es | |
: C'eft dans ces Sentimens, qu’ils ont coulé les vingt-huit mois,
qu'on les a revenus dans les Prifons de Focheu. Dans ce long
efpace de tems on a plus d’une fois reflerré leurs Liens, & ap-
pefanti, ôu multiplié leurs Chaînes. Mais te Seipneut étoitavec
ax ; & fortifiés par fa Grace, bien loin de cédet à la rigueur des
fupplices , ils ont montré par un Er roujours epal, &
vraiment héroïque, que s’il n’eft rien de plus foible que l'Hom-
me laiflé à lui même, rien n’égale la force d’un Chrétien, qui
vit de Ja Foi, quia la Charité dans lé Cœur, & dont routes les
efpérances font pour l’autre Vie, L'éxercice de l’Oraifon-évoit
pour les fidéles Difciples-de J£sws-CHRIsT une fource de
confolations fpirituelles, & ils s'appliquoient d'autant plus à la
Priére , lé jour & la nuit , qu’ils fentoient davantage le befoin
qu'ils avoient du $Secouts Divin, & qu'ils fe trouvoient plus fé-
parés de tous les objets capables de les diftraire. : -.: |
Dddddi
SEFRRANO,
ms mem ©g
164 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES {
Livre La corftance admirable de quelques Fidéles, de l'un & de
XLVIII. l’autre Sexe, cruellement perfécutés pour le Nom de Jesus. |
francorïs CHRIST, inébranlables dans la Perfécution, étoit pour nos
ÇOIS ; pe - .
SERRANO. Millionnaires un autre fujet de confolation , d’autant plus tou-
= chant, que c’étoient leurs Elévés, Freres, & Sœurs du Tiers-
Ordre de Saint Dominique. Ce trait d'Hiftoire appartient à
notre Sujet. Voici ce que nous lifons dans une Relation impri-
mée à Manille, fur les Lectres de l’Illuftre Sérano & du Pere
À
Alcober, un À
ve taddtion, Parmi le Peuple de Moyang , fous I Jurifdiction de la Ville
ie de Fo-gan, il y avoit un bon Chrétien nommé Lin-Mactthias,
âgé de 67 ans , dont la Vie éxemplaire éroit un fruit, que le
Seigneur avoit accordé aux Travaux de nos Religieux. Ce pieux
Chinois avoit voulu s'unir plus étroitement à eux, par l'Habit
du Tiers-Ordre, dont il s’éroit revêtu. Appliqué cependant à
la bonne éducation de fes Enfans, il fe faifoit un Devoir capital
de les élever tous dans la crainte de Dieu; leur infpirant, par
fes Exemples encore plus que par fes Difcours, un grand relpett
pour la Religion, & beaucoup d'horreur pour tout ce qu'elle
défend. Le Seigneur toujours riche en. Miféricorde avoit déjà
récompenfé la fidélité de fon Serviteur , en recevant à fon Ser:
vice trois de fes Filles, qui s’étoient confacrées à JEsus-CHRisT
fous l'Habit du Tiers-Ordre de Saint Dominique. La bonne
Odeur, que répandoit une Famille fi Chrétienne, ayant attiré
les attentions des Infidéles, le Mandarin de Fo-gan fit prendre
& conduire à fon Audience le bon Matthias : qui d'abord inter:
rogé s’il étoit Chrétien, & s’il avoir des Filles dévores, répondit
fans héfiter : je fuis Chrétien, avec toute ma Famille. Eh
bien , reprit le Mandarin, je prétens que tu ne le fois plus dé-
formais ; & que tu maries ces Filles. Je ne puis, dit Matthias, ni
abandonner un feul inftant la Loi Sainte du Seigneur, ni marier
mes Filles, qui fe font déterminées à fervir Dieu en confervant
la Virginité. Si tu refufes d'obéir, repliqua le Mandarin irrité,
tu périras fous les coups. Que le Seigneur, dit le généreux Chré-
tien, fafle ce qu'il voudra de moi ; car il voit mon péril; & il fçait
bien que je ne. veux point l’offenfer.
- : Une réponfé fi fage expofa cet Homme déja vieux, & fort in-
firme, à être rudement fouerté :après quoi , le Juge lui demanda
s’il étoit plus fléxible à ce qu'on éxigeoit de lui. Je ne puis rien
retraéter de ce que j'ai avancé, dit le généreux Matthias. Le
Mandarin ordonna qu’on le frappât de dix autres coups auf
cruels que les premiérs, & il le fit traîner devant une Idole,
LA
Cd
ee OR Qu ee
E 3
|
RES
Qh re.
|
LA Û
+ ù
L ec
*
+ LUE
-
T7?
* 7
- +
-
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. :#6$
“Mais notre Athlete, loin de rendre quelque adoration à cette L:r wir E
Statue , la traità avec opprobre, réfolu de perdre la Vie plurât XX LI II.
.que de faire un Aëte d’idolârrie. On craignie qu'il n’expirâc en” =
-effer fous les coups: fon continuoit à l: frapper avec la même
“violence. Le Mandarin fe contenta donc de l'envoyer en Prifon,
RRANÇOIS
SERRANO,
,—%#
dans le deffein de le faire reparoître devant lui, & d’abattre fa
.conftance dans:une:feconde tentative. Mais Dieu n6 permit
point que le Tyran portat plus loin fa cruauté; après que.quel-
.ques jours fe furent écoulés; Lin-Macthias fortitde fa Prifon ,.&
de la Ville.de Fo-gan', comme les Apôtres éroiene fortis du
confeil des Juifs, tout rempli de joye de ce qu’il avoit été jugé 0:
digne de fouffrir des opprobres pour le Nom de JEsus-CHR1ST.
J] rentra Viétorieux dans fa Maïfon; & les Chrériens de Moyang
fe joignirent.à Ii pour rendre au Seigneur de:fincérés Action
dc grace. | RE . e "no Ci sieb
,. Trois agtres Chrétiens, apellés Lüc, Thadée , .& fofephs | voyez l'Adguon
firent paroître en même tems leur fermeté dans la Foi, &.leux **?°+
conftance dans les éprèuves. Condamnés à aller finir leurs jqurs
dans la Tartarie , ils facrifiérene .fans fe plaindre les douceurs
de la Patrie , au bonhéur.de conferver roujoursla Foi. Quelques
perfonnes charirables ayant folliciré en leur fayeur, le Viceroh,
& le Juge Criminel, pour qu’il füt pérmis:à ces trois Chrétiens
de racheter leur Liberté par quelque fomme d’argent ; ou‘ qu'on
n'obligeit pas au.moiïns leurs Femmes de. les fuivre dans cer
€xil perpétuel , puifque leur foiblefle ne fçauroic réfifter à la
fatigue d’un fi long, & fi pénible Voyage , on leur fit dire que
l'unique moyen qui leur reftoit, pour conferver leyr Liberté,
& celle de leurs Femmes, étoit de renoncer au Chriftianifme,
Cette propofition leur fit horreur; & pendant qu’ils fe prépa-
roient à fuivre leur dcftinée, le Fils de Luc, à l’infçu de fon Pere,
fit une autre tentative:,.en préfeneant un Placer aux Mandafins
de la premiére Clafle. Voici quelle fur leur: Réponfe : « Ton &
Pere Kuo-Luc, dans tous les Tribunaux, où il acomparu, a tou- «
jours répondu: f'aime mieux mourir que d'apoffafier , 6 d'abandon «
ner la Loi Sainte ie mon Dieu. Comment veux tu donc que nous cf
{oyons portés à t’accorder la grace de fon rgchâr » Nous ne «
voulons point y acquiefcer. : qu’il aille dans fon Exil avec fa
Femme. Er toi tu ne te fais pas la réputation d’un Fils fage & «
nm en ofant follicirer pour un fi mauvais Pere, qui veut «
uivre toujours fa faufle Loi ». nn |
: Des paroles. fj affliseantes pour un bon Fils, étoient encore
plus glorieufes 4 un Pere Chrétien, Les trois Exilés fe voyanf
| 7": Dddddiÿ
Î
766 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Leroy RE Cpreffés de hâter leur départ, furent obligés de vendre vilprix :
R LWIET. leurs térkes, 8 lents: Maifons, qu'ils ne devoient plus revoir, |
RRANgeLs PO amallet UNE petite fomne.& fe fouinirquelque fecours dans
SErRA no, 1€ Voyage. Ils avoleñc encore la:douleur d’æhandonner de pau.
ee Vrés f'arenves ; qui, malgré leur extrême difétre, vendirem
æoût ce qu'elles poffédoient, pour aïder les Exilés à fuivte leur
toute’, & leur donner cette derniére marque de leur amitié,
Pur cette difpofition, une’ Sœur de Kuo:Luc, âgée de 60 ans,
&.iné File du mème ; la Mere de Thadéc:, âgée de 78 ,&
» Marie _Aoue.H8S trois Sœurs *, dont la fubfiftence dépendoit des foins off
déc, Jeanne. Cieux dés trois Exilés , furent réduites à une affteufe mifere.
Mais tin de tour céla ne fut capable d'affoiblir le courage des
ut; hi des autres. Nous ferons toujours affez riches, difoientces
généreufesChrétiennes ,quihénoroient l'Habit du Tiers-Ordre ,
de Saint Dominique, fi nous confervons la Foi, pour laquelle
uit dbs-Pdrens, & n6b Amis perdent une Maïfon terreftre, & s'en
"7 ‘äflurenrurne meilleure dans le Ciel. |
Les Tyrans de ieur côté intimérent l’Exécucion de l'Arrér,
qu'ils avoient prônôncé , & le jour du déparç étant arrivé, les |
Confefleurs de JEsus-CHa1sr firent leurs adieux d’une ma- |
|
LR.
‘ aiére fi tonchanñte , qué fon-feulernent les Parens, les Amis, &
tous les Chrériens, mais les Payens mêmes en furent atcendris
&ufqu’aux larmes. Tous à l'envi paroïfloient s'incéreffer aufortde |
cés trois Hoôomimes recontius pour juftes ; &' qu’on voyoir fortir |
de:leur Ville chargés de Chaînes, accompagnés de leurs Fem- ;]
mes, & fuivis de quelques petits Enfans, qui, fans connoître |!
envoté feur'nfottune, parrageolent déja celle de leur Pere,& de |:
teur Mere. À la fin de leur premiére journée, ils arrivérent au |
Bourg de ZLieh- Fes, où il y a un grand nombre de Chrétiens,
& plufieurs Sœurs du Tiers-Ordre. Le Seigneur éprouva ici la
Foi, & la cofiftance de fes Servitears, par une nouvelle afflition,
qui fur voinfne un furerôit à routes cèlles, dont leur Cœur étoit
mia déja pénétté. Le nommé Jofeph, qui avoit logé autrefois dans |
#à Maïfon notre Evêque de Tipafa, & le Pere François Diaz,
avoit une Féfnnié dont of loué particuliérement la fagefle, la
rudentce ; & la fêtveur dans la Foi. Une rudé queftion, où on
avoit’ appliquée trois ou-quatre fois, la Prifon de fon Mari, la
ruine de fa Farhille, & l’Arrêt de leur Exil : fa Vertu parut tou-
jours fupérieüre à de fi grandes épreuves ; maïs fon foible tem-
pérament y fuccomba : réduite à l'extrêmité elle reçut la cha-
titable affiftance des Chrétiens de Lien Heu , de plufieurs de
Fo-gan, & de Moyang ; patticuliérerhens des:Sœurs du Tiers-
NL AD TE) ae
: DE L'ORDRE DE'$. DOMINIQUE. .: 78
Ordre , qui s'éroient rendues avec un£:admirable.promptitudée
auprès de fon Lit, pour l'aider à Dien mourir, & lui rendre les
derniers: Devoirs. Mouraut ainf ‘fur la Croix, cette Femme
Chrétiemne ne ceflait de remercier le Seigneur, de ce qu'il lui fai-
. Les auties Exilés continuérent lear route , fous la conduite
deleurs Gardes; qui , fuivanr les ordres des Mandarins., tenoient:
toujours leur cou, & Jeurs mains dans les Chaînes, fans leur
accorder le moindre foulagement. - Selon la rigueur des Loix de
l'Empire, ceux qu'ari conduit dans le Lieu de leur banniffemenc,
n'ont point la liberté de fe loger dans les Hôcelleries, ni dans
aucune Mäifon particuliére : on ne leur donne d'autre afyle, que
les Prifons publiques, fituées dans les différens endroits où ils
doivent:pañler : c'eft ce qu'omrobferta prefque toujours à l'égard
de nos Chrériens. Nous.allons voir cependant quelques'traits
particuliers de la.Divine Providence, en leur faveur. D'abord:
dans la Ville de Zayvën , un Difciple de fEzsus-CHrisr
nommé Etienne , Homme fort confidéré dans ce Pays, agit for:
tement auprès du Mandarin du Lieu, pour qu’il-lui fût permis:
de recevoir:, & de traiter chez lui ces. pauvres Exilés, dont il fe
rendoit Caution. Le Seigneur, qui lui infpiroit éétre ardenté
Charité, inclina le Cœur du Mandarin, qui ne refufa point
cette Grace. L'un & lautre s’expofoient beaucoup ; & le te
gement que cela procura aux Serviteurs de Dieu ne fut pas bien
confidérable; puifque ke lendemain matin ils-fitrent contraints
par lés Gardes, de fe remettre en chemin. : HR NX
. Le 2 de Novembre 1747 ils arrivérenrdans la Villede Fochez,
Métropole de la Province, & on les logea dansla Prifon Hukuon,
Cette Prifon devint pour eux un lieu de Bénédidion , & de
Confolation. Dieu permit que les Hommes fuflent-placés datis
l'endroit même, où le Pere Joachim Royc étoit retena Captif,
€e Saint Mifionnaire eût donc la liberté, & la fivetir peu arteni
due, de pouvoir embraffer fes chers Enfans ; de tes confoler , &
d'entendre leur Confeflion. Ts en reçurent pendañt'huit jours
toutes fortes de Confolarions fpirituelles, avec plus de fécurité
qu'ils n’auroient pà trouver au milieu-même de leérs Conci-
Les Femmes, dans un lieu fépaté , ne pouvoiént profiter di
même avantage: la Providence y pourvut parle Miniftére d’un
autre Miflionnaire ; dont nous parlerons bientôt. Ce Saint Prê.
tre, Chinois de Nation, fe donnant pour Médecin ; füt introduit
en cette qualité dans l’appartément des Femmes.Chrétiennés |
D te 00)
SÉTRE
L'VHI:
FRANÇOIS
foit la gracedetrouver le chemin duCiel. danscelui dela Tartarie>° RRA : 0,
Ibid,
Ibid, fol g
nl
268 HISTOIRE DES HOMMES _ILLUSTRES
Liver qui fe confeflérent à lui, &-reçurent.de fes mains la Divinè
D LVI JL. Euchariftia Que le pieux Lecteur faffe icifes réfléxions: s'il a de
FRANGO1S le Foi, il.en fera pluñeurs fur la Bonté de Dieu, furla douceur |
SrarA no. d'la Providence, & le bonheur de ceux, qui fçavenc s'aban-
+, donner à fa Sainte Conduite. Pour moi, je ne puis être furpris de
| ce que je lis dans là même Relation, que dans le cencre de l'hu-
Ibid miliation , dans la captivité, & les fouffrances , ces bonnes
Chrériennes, nourries du Pain des Forts, furent remplies d'une
telle Confolation , que da joye parut & fur leur Vifage ,'& dans
la. plus parfaite foumifion dé leur Efprit à la Volonté Divine,
pour la fuite de leur deftinée ; fans que ni le fouvenir des Tra-
à : vaux pañfes, ni la crainte des Calamicés futures, leur donnaffent
l4 moindreinquiétude. "©
Mais leurs Maris, Luc & Thadée, én avoient beaucoup pour
elles ; & après de mûres délibérations fur la rigueur dela Saifon,
ils fe dérerminérent à préfenter un Placet au Viceroi de Fo-kien;
æ Où après avoir expolé l’état de foiblefle & de maladie de leurs
. Epoufes, Thécle & Paule, ainf que l’âge tendre de leurs Enfans,
“incapables de réfifter au froid de la Tartarie , ils fupplioienc
humblement le Gouverneur de leur permettre de pañer l'Hyver :
.. . … dans la-Prifon de Focheu. On ne les écouta point; & le 10 de
© Novembre on leur ordonna de continuer Le route jufqu'à
Pékin; parce que c’eft le Suprême Sénat de cette Ville, qui
fixe aux Exilés le lieu de leur demeure dans la Tartarie. Le
Viceroi fuivoir ainfi fon penchant à la cruauté, & Dieu accom-
plifloit fes deffeins de Miféricorde. Dans le tems que les Man-
darins Idéltres , armés contre les Miniftres de l'Evangile, fai.
foient mourir les uns , & emprifonnoienc les autres, ou les |
obligeoient de fe cacher, Dieu fufcitoit des Prédicareurs d'une |
autre efpéce: ces pauvres Chinois, Hommes, Femmes, Enfans, |:
qui, pour ne point renoricer à la Foi, fouffroienc courageufé- ,
ment les plus grandes ignominies, traînés d’une extrémité de
l'Empire à une autre, annoncoient par tout le triomphe de la
Croix, non par leurs Difcours , mais par leurs liens, par leurs
- fouffrances, par leur patience invincible. k
_: La feule. chofe qu'il leur reftoir à défirer, éroir d'être envoyées.
dans quelque Bourgade de Tartarie, peuplée de Chrétiens, afin
qu'ils puffent trouver.le fecour$ des Sacremens. Une perfonne
ort zélée, & qui avoit des bons Amis à Pékin, leur écrivit des
Lettres très-preffantes, pour les engager à follicirer cette Grace,
Mais l’Affaire étoit délicate, & on ne pouyoie la traiter avec
crop d'adreffe; parçe qu'en demandant le Lieu, que les Exilés
= | : défiroient,
so
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 769
défiroienr, il ne falloit pas laifler entrevoir le motif qui le faifoit
défirer. Tous les Tribunaux dans la Chine confpiroient à morti-
fier les Chrétiens, s'ils ne pouvoient les exterminer : & c'écoit
toujours dans la Province de Fo-kien, qu'on févifloit avec le plus
-de fureur. |
Nos Sœurs du Tiers-Ordre dans-la Ville de Fo-gan étoient
tous les jours menacées, & maltraitées, principalement celles
qui n’avoient pas encore quarante ans, parce qu’on vouloit-les
obliger de fe marier, & de violer leur Vœu dé Virginité, eômime
une preuve qu'elles renonçoient au Chriftianifme. Maïs le Sei
gneur leur fit toujours méprifer les menaces, & les rourmens.
La Tyranie, honteufe de fa défaite, & ne voulant pas céder
ouvertement , tourna fa rage contre celles de T'ing-teu', Bour-
gade diftante d'environ: huit lieues de la Ville de Fo-gan. Le
Mandarin, avec fes Satellites, fe: tranfporta fur le Lieu , arrêta
quatre Sœurs du Tiers-Ordre 3 & écrivit en ces termes au Vi.
ceroi de Fo-kien: HE
, « Le fixiéme jour de la Nouvelle Lune (4 Février 1748 ) «
moi , le Mandarin de la Ville de Fo-gan, fais fçavoir à Va-«
tre Excellence, qu'ayant été averti, qu'il y avoit dans une &
Maïfon , des Filles dévotes , j'en ai fait la vifite ; & j'y ai
trouvé plufieurs chofes de leur perverfe & faufle Loi, des «
Livres Européens , des Rofaires , & des Images. J'ai fait Pri-
fonniéres ces quatre Vierges, Lucie, Pétronille , Ifabelle ; «s
& Urfule. J'ai auf arrèté le Neveu de Lucie, nommé An- «
dré ; Joachim Freré d’Ifabelle ; le Frere & le Neveu d'Ur- &
fule, apellés Thomas ; & Pie. Ce dernier s’eft évadé, & n'a «
plus reparu : mais je me Juis faïfi des autres Criminels.; & «
ayant pris leurs Dépofitions, je les envoye à Votre Excel- «
lence ; & j'atrens fa Réponfe pour éxécurer fes ordres », |
:* Le Viceroi Tartare répondit ainfi au Mandarin de Fo-gan:
+ «-Petronille, Lucie, & l:s autres imprudentes, & igrioran- «
tes Filles Villageoifes font perverties , & enforcelées, de fui- «
yre avec tant d’opiniâtrete la mauvaife Loi des Chrétiens : «
elles ont enfin vieilli fans fe marier. Tu dois prendre les Li- çe
vtes, Images, & aütres chofes de leur Religion, & les brû «
ler. Comment fe peuc-il qu’il y eut encore dans cette Mai- «
fon quatre Filles cachées : Nos Vaffaux ont de méchans Eu- «
ropéens, qui les aident; & qui fecrerement jieur enfeignent «
_. teur Loi : il ne peut naître que de grands inconvéniens, fi on «
Tome VI. Eceec
LIVRE
XLVIIL
FRANÇOIS
SERRANO.
M ne
Voyez l'Addition ,
fol. 23.
Ibid, foL 14
Ebids
L
770 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre »leur laifle quelque facilité d'enfeigner leur mauvaife Do&ri-
XLVIII »ne. Tu depècheras des ordres aux Juges Criminels de toute
| » [2 Province, afin que l’on faffe de nouvelles recherches dans
» tout le Territoire, pour arracher les racines de cette Reli-
» gion ; & tu m'apprendras ce qui fe fera paflé. Quant aux per-
» fonnes, dont tu m'écris, dépêche-les au juge Criminel, afn
» qu’il informe , & qu'avec toute rigueur, & vérité, il juge leur |
æ caufe ».
En conféquence de cette Réponfe , le Juge Criminel de toute |
|
|
FRANÇOIS
SERRANO.
de —
Ja Province commanda que les quatre Vierges Chrériennes
fuflent conduites dans la Ville de Focheu. Mais , continue
l’Auteur de la Relation, l'éxécution de cet ordre, ni les au-
tres procédures, ne font point venues à notre connoiflance. On
fçait feulemenc que le Mandarin de ne, , ENCouragé par .
l'approbation du Viceroi, avoit fait publier un Ecrit, où i
étoit dit : |
Ibid, foL af, « Tous ceux qui ont cru la Doétrine fuperftirieufe des Etran :
» gers Européens, ont été furpris par l'erreur : qu’ils fortent fans |
5 Sas de leur aveuglement, s'ils veulent jouir du bien dla |
# paix ; car ces Etrangers font fort rebelles & pervers ; & jous |
» le prérexte de fuivre la Loi du Seigneur du Ciel ,ilsnepré |
» tendent que tromper nos Chinois, car ceux. ci fous la forme
» humaine font des Animaux fans raifon , qui contreviennent |
» aux bonnes Coutumes de l'Empire. Qu'ils refléchiffent d'ail-
» leurs quel eft le bonheur des Chrétiens, & quelle eft la fuire de
ss leur Doctrine, comme celle de Petolo (le Vénérable Sanz) |
5 qui a été décollé, les autres éxilés, les autres emprifonnés:&
» pourquoi ? Pour avoir cru cette ri Doû&rine, & pour
» avoir couru d'eux-mêmes dans le précipice, où ils font rom-
» bés, fervant d'éxemple à ceux qui les imicent. Ilsoncaufiune ||
» Lifte des noms desChmoïs qui font Chrériens,pour tesenvoyer
» en Europe, Que dirons-nous > Qu'ils font la guerre à l’'Em. !
» pire en lui enlevant fes Sujets. Que tous fe répentent donc |
» d'avoir fuivi l'erreur ,:& qu'ils deviennent bons fans imiter |
n la conduite de ces Dévores Pétronille, Urfule, Lucie, & Ifa-
» belle; lefquelles, malgré le fondement d’une jufte crainte,
» ont corfervé des Livres & des Images: ils font bien plus ,
» puifque les Hommes & les Femmes prient rous enfemble
» dans un même lieu. Si quelques-uns , après nos Défenfes,
» fuivent encore cette Doctrine fuperftitieufe, & qu’ils foient
» pris , ils feront rigoureufement châtiés. Nous fufpendons pré.
» fentement la févérité, parce que nous fommes touchés de
Ye +.
L'NE
LS SN)
- n
Le LE
Lu L'-
NNU TR be 37 54
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 77r
compaffion de l'infortune de nos Sujets , qui font tombés « Livre
dans les piéges de ces Etrangers. Mais je leur fais fcavoir , ce XÉV FEI.
lors même que les Chrétiens me diroient qu’ils ne veu- «
donne à tous les Mandarins des Villes, & Ports de Mer de la «
Province, que fans difcontinuatién ils faflenc des pourfuites, «
pour arracher ces mauvaifes herbes , qui ne font d'aucune «
utilité ; & qu'ils ne permettent en aucune maniére, que les «
Chinois fuivent cetre Doétrine , ni qu’ils recélent les Etran- «e
gers dans leur Maifon. Que tous leurs Livres, Images, & «
Rofaires foient jettés au feu : que l’on détruife les Graroi. ce
res : que les Sœurs Dévotes fe marient: enfin que l'on obeifle « -
de cœur, & non de bouche, pour n'avoir pas lieu de fe re- «
pentir en cas de furprife. Donné à Fo-gan le 1 3 de certe pre- «
miéré Lune; c’eft.à-dire le 1 1 de Février 1748 ».
Telles etoient les Inftruétions, que les Mandarins [dolîtres
donnoient à leurs Chinois: c’eft par ces Réfléxions, & ces me-
paces, qu’ils prétendoient les empêcher d’embraffer la Reli-
gion Chrérienne , ou faire apofñtafier ceux qui Pavoient déja’
embraflée. Ils vouloient qu'on regardât les Chrétiens comme
des Gens vils, méprifables, & malheureux, parce qu’ils étoient*
perfceutés, éxilés, emprifonnés, mis à mort. Mais quelle im-'
preflion tout cela pouvoit.il faire fur des Fidéles, dont FEfpric
ê&t le cœur éroient roujours occupés de ces Paroles de fzsu s-
CurisT:« Vous ferez bienhéureux, lorfque les Hommes «'
vous haïront, lorfqu’ils vous fépareront , lorfqu'ils vous trai- «°
terone avec outrage, lorfqw’ils rejetteront votre Nom comme «
mauvais, à coufe du Fils de l'Homme. Réjouifiez-vous en «
ée jour-là, & foyez dans la joie , parce qu'une grande ré- «
eompenfe vous eft réfervée dans le Cief ». Cer Oracle, forti
de la bouche de la Sageffe Encarnée, avoir fortifié les premiers
Fidéles , perfécutés dans cout PEmpire Romaïn; & fourenu les
anciens Martyrs fur les roues : cette même Vérité fait encore
toute la force des nouveaux Chrétiens dans la Chine : c’eft elle
qui a été pour nos Prifonniers de JEesus-CHrisT,la plus
souchante confolation dans leurs Cachots.
Aprèslesavoir profcrits, & enchainés, la févérité du Viceroi,
pour appefantir encore leurs Fers, les faifoit garder dans des
Prifons fcparées. L'Evêque de Tipafa étoit dans une Prifon ; le
Pere Royo dans uneautre; les Peres Alcober, & Diaz dans une
troifiéme. On ne fe bornoit pas même à leur ôter la confofation
de la Société ; on les privoit de celle de goûter.au moins les dau-
Eeeeeï
Jent plus l'être, je ne les croirois point: & c’eft pourquoi j'or.«'< & $
ERRANO.
CE
Luc, VI, 225238 |
77: HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Lrverze ceurs dela folitude, en les confondant avec une troupe de Scé:
XLVIII. lerats de profeflion; qui ayant vieilli dans toutes fortes de crimes,
Fe en augmentoient encore le nombre dans le lieu même, qui au.
| ÇOISs _. © À :
Sprrano. /0itdufervir à les leur faire expier. C’eft ce que nous apprenons
== par deux Lettres de l’'Evêque Serrano, dont nous pouvons don-
ner ici quelques Extraits. On y remarquera quelle étoit la tran-
sr d’Efprit, on peut même dire la gayeté du Saint Confef-
eur, fa joye dans les fouffrances , & dans l’attence du Mar.
tyre. —
Lettre du Pere « Le 18 de ce mois de Janvier je reçus votre chere Lettre, &
Serrano , au Pere »» aujourd’hui 10, je prépare celle-ci pour profiter de l'occafon
se » de M. Dominique-Y ën : il eft venu nous vifiter ici, & il va
» s’en retourner à Macao: je penfe que M. Paul Sù partira avec
» Jui... Vous faites paroïître dans votre Lettre un grand défi
» d’être mon Compagnon dans ces Prifons; il me paroît que
» c’eft une chofe fort Écile. Vous n’avez, mon Révérend Pere,
» qu'à prendre votre Chaife, & vous faire porter à Focheu : je
» vous aflure que fur le champ on vous mettra dans certe Prifon
» du Gouverneur ; ce qui me fera beaucoup de plaifir, pre-
» miérement, parce que je fuis feul (*), & fecondement, parce
».que j'aurai en vous la compagnie du monde que j'eftime le
. » plus... Le 4 Décembre dernier on fit mourir dans cette Ca-
» pitale 3 1 Perfonnes, dont 2$ furent décapitées, & les 6 au-
» tres Etranglées. On en tira 16 de ma Prifon entre nne &.deux
. » heures du matin. Quand je vis qu’on mettoit la Chaïne au
‘» cou à mes Compagnons , dormant à mes côtés, pour les con-
» duire au Supplice , je fouhaitois bien d’être de la partie : mais
» on nous a LETe pour une autre occafion : le fruit n’elt pas
» encore meur. L'Empereur a ordonné par fon Décret qu'on
» gardât foigneufement les quatre Européens, & le Kuo Am.
» broife ... Les Peres Alcober & Diaz font toujours dans la
» Prifon du Lieutenant Criminel. Le Pere Royo dans celle de
» la Cité, Kuo Ambroife dans celle de Demin-Hièn , & moi
» dans celle du Gouverneur ..... Priez Dieu pour moi, cher
» Ami. Le 20 Janvier 1748. Frere François Serrano ».
Cet Ambroife , dont parle ici l'Evêque de Tipafa, eft un
Chinois, Habirant de la Ville de Fo.gan, & zélé Difciple de
notre Evèque de Mauricaftre. Lorfqu’au mois de Juin 1746 il
fut arrêté avec les cinq Miffionnaires, il déclara devant tous les
Tribunaux, qu’il étoit Chrétien, qu’il avoit fouvent fait l'office
de Catéchifte pour en attirer plufeurs à la même Religion, &
(*\ Seul Mifionnaire, feul Chrétien, |
ein
Cu
V2 > ei
F4
LR:
va
.
Le LR =
=
LES
DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 733
que toute fa Famille, compolée alors de 14 Perfonnes, faifoit
profeffion du Chriftianitme depuis plufieurs Générations. Il
avoua encore que non-feul. ment il avoit reçu chez lui le Pere
LIVRE
XL VIII
t
Martyr Sanz, mais aufli qu'il avoit acheté une Maifon, & la lui FRANÇOIS.
avoir donnée pour en taire une Eglife. Réfolu de mourir pour
la Confeflion de Jesus CHr1sT, Ambroife fupplia les Juges
de ne point rechercher fon Pere, déja Paralitique , & âgé de 39
ans; mais de faire tout retomber fur lui feul. Il étoic dans fa
quarantiéme année ; & on le condamna à être étranglé, dans le
tems qu’il plairoit à l'Empereur de prefcrire. Les rigueurs de la
Prifon ne diminuérent rien du zéle de ce fervent Chrétien ; qui
encore dans fes liens continuoit à gagner des Ames à JEsus-
Curisr. Le Pere Serrano en fait mention, dans une feconde
Lettre, que nous allons rapporter. L
« Il y a beaucoup de rigueur dans cette Prifon, à caufe des «
Rebelles de la Ville de Kien-Ning, dont je mettrai l’Hiftoire à
à la fin de certe Lettre. Les chaleurs dans ce mois de Juillet &
font grandes, & la Chambre, où on nous enferme de nuit, fort «
obfcure: je fuis obligé d'écrire dans la Cour à la vûe de nos Col- «
lévues, Gens curieux. C’eft pour cela que j'ai déterminé de «
n'écrire que fur de petits Papiers, pour qu'ils croyent que ce «
ne font que de petits Billets pour les Pere Alcober, Royo, «
Diaz, & les tromper par ce moyen. A tout cela il faut joindre «
les Fers aux piés, & les Menotes : de nuit on nous mer les cour- «
tes, & de jour les longuesz avec celles ci on peut écrire; on «:
ne le peut avec les autres. N’allez pas croire que je vous mar- «
que toutes ces circonftances pour ne point vous écrire au long : «
c'eft pour que vous m’ayez obligation. Remarquez encore «
que c'eft fur les genoux que j'écris, car il n’y a pas moyen de «
mettre une Table... Le 30 Juin dérnier :e reçus votre chere à:
Lertre... Vous êres furpris, mon Révérend Pere, que per- «
SERRANO,
Mémoires de
Don Matthias.
Autre Lettre du
Pere Serrano, ay
mêine.
fonne ne fe foit converti dans ces Prifons , & moi je m'étonne «
que le feu du Ciel ne foit pas tombé fur ces Collèges, & ces «
Collégiaux , pour les confumer : je fuppofe que vous m’en- «
tendez, & qu'il n’eft pas befoin de vous renvoyer à Sodome, «
pour y trouver un Commentaire. En Tonquin la Parole de «
Dieu eft rombée fur une bonne Terre, & elle a frudtifié au «
centuple (*). Mais ici elle eft tombée le long du grand che- «
min, fur des pierres, & parmi les épines. Cependant à Hing- «
. {*] Le Pete Serrano fait allufon à ce grand{rich, pendant les huit années qu’il fut Pri=
nombre de Converfions , que Dieu avoit |fonnier dans le Tonquin. .
opérées pat le Miniftére du P. Gil de Fédé- | _
| Eeceeeïii)
774 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre » Hoail ya e de belles Converfions, & dans cette Ville même
XL VIII »de Focheu.,. Avec cela n'entre pas qui veut dans ces Pri.
— » fons.
. : : es « Le 6 May nous fümes tous a l’Audience Générale, de la
| » même façon, que l’année pañlée : comme cela eft décrit dans
» la Relation , il eft inutile de le répéter ici. Deux jours après
» nous apprimes la mort de FImpératrice : les Prifonniers elpc-
» rent que quand l'Empereur en choifira une autre, on leur re-
» mertra un dêgre de Îcurs peines ; par éxemple celui qui ef
» condamné à la mort, ne le fera qu'à l'éxil perpétuel …Quel-
» ques-uns prétendent que les quatre Européens, & Ambroife
: » n'auront point de pt à cette indulgence. Suivant que l'Empe.
» reur agit envers les Miflionnaires des Provinces, il eft plus
» certain que nous irons dans le pe RE Loan 7 , Quoi-
» que ce foit avec nos têtes de moins... Vous finiflez, mon
» Révérend Pere, par dire que votre Corps eft à Macao, &
» votre Efprit avec moi dans la Prifon : je me réjouis d'avoirune
» fi bonne compagnie; nous partagerons déformais les Travaux,
» de jour je porterai les Fers; & de nuir je les quicrerai pour Îes
» mettre aux piés de l’Efprit du Révérend Pere Miralca.
» Le 21 de ce mois de Juiller on à apporté dans certe Ca-
» pitale des Images, & des Livres, qui ont été trouvés dans
9 A Maïfon d’un Chrétien de Tchang-tcheon : nous ne fçavons
» point quel fera ce Chrétien. Il y a peu de jours qu'on a auff
» conduit ici le Pauvre Antoine Va, fes deux Filles, qui font
» dévotes, & trois autres Chrétiens. Antoine a un mauvais Pro-
» ces, car l'Empereur a répondu qu’on éxamine foigneufement
» s’il @ft vrai qu'il ait un Fils Religieux à Manille : ainf nous
» pouvons croire qu’il aura la tête tranchée ,ou qu’il feraenvoyé
» En Fartarie, Le Démon, Dieu le permettane, à fait tous fes
» efforts pour bannir la Religion de cet Empire. Daigne le
» Seigneur avoir pitié de tant de miférables
__ » Quant à ce que vous dites que je fuis gai dans cette Pri-
» fon, cela eft vrai : difons les chofés comme elles font: ce que
» nous offrons à JEsus-CHR1IST notre Sauveur étanc peu de
» chofe & mauvais, ne feroit ce pas pire, fi nous le lui offrions
» de mauvaife grace ? Perfonne n’en doute. Si votre Révérence
» m'offroit une chofe précicufe, & que ce ne fut pas de bon cœur,
» je vous affure que je ne la recevrois pas. Que feroir-ce donc
» fi elle m'offroit une chofe mauvaife , & encore avec peine
» Ainfi offrant à JEsus-CHRIST cette mauvaile tête, je dois
» au moins le faire avec plaifir : Hilarem enim datorem diligis
» Deus, nu
LA
at
f
SA + 4h LE ve.
& OVA va
EAN
" +je-
| 4
; 55"
b#
DE L'ORDRE DE S$. DOMINIQUE. 77s
On a envoyé notre Ambroïfe Hi-jix à la Prifon de la Ville& Lryr 2
de Fo-gan : Ce fut au mois de sa : Td il attendra les ordres « YXLVII I.
de la Cour. On a fait læ même chofe par rapport à d’autres «
Prifonniers , pour faire place aux deux cens Rebelles de Kien- «
Ning , qu'on a amenés dans les Prifons de cette Métropole. «
Lorfque nous fümes à l’Audience Générale nous y vimes Am- «
broife, qui reçut le Sacrement de Penitence. Le Pere Alcober «
marque qu’Ambroife fera beaucoup mieux à Fo.gan, parce «
u’il fera parmi les Siens, & qu’il efpére qu’il fera beaucoup «
: fruit. 1] avoit catéchife deux Gentils , & il en avoit baptifé «
un autre dans fa Prifon, qui étoit en péril de mort:il en eft «
revenu ; & il dir à ce Pere le 6 de Maÿ que cela faifoit un «
fervent Chrétien, &c ». |
On voit par cesextraits, 1°. Que dansle mois de Juiller 1748,
plus de deux ans après le commencement de Ja Perfécution , on
continuoit encore les recherches , & les pourfuites contre les
Difciples de JEsus-CHRIST, avec la même vivacité : 2°, Que
les Chrétiens Prifonniers profiroient de tout, du tems même
d’une Audience Générale, pour pouvoir s’approcher d’un Mif-
fionnaire , & en recevoir l’abfolurion : 3°. Que nos Religieux ,
eg détenus dans différentes Prifons , trouvoient quelque-
ois le moyen de s’ecrire les uns aux autres, & d'envoyer des
Lettres ailleurs. 11 ne faut pas douter qu’ils ne fe foient fervis de
ce moyen dans l'occafon, pour foutenir & confoler les pauvres
Chrétiens, quin’avoient pas la liberté de les vifiter. |
Nous fcavons auffi qu'ils n'étoient pas tous traités de la même
maniére : car le P. Jean Alcober, &le P. François Diaz avoient
Ja confolarion d’être enfemble ; & à cet avantage déja fi pré-
cieux pour eux, le Mandarin Lieutenant de cette Prifon , en
ajouta plufieurs : il les logea d’abord dans un lieu féparé des
Prifonniers Malfaiteurs , afin qu’ils puñlenc jouir de quelque
DE RÉ d
RANÇOIS
SERRAN O,
Nr drum ss "2
Voyez l’Additien
foL 18,
commodité , & du repos convénable pour leurs Exercices Spi-
rituels. 11 les vificoit fouvent avec beaucoup d’affabilité; leur
communiquoit toutes les nouvelles qui étoient relatives à leur
Caufe ; ne leur diffimuloit pas que la malice du Viceroi, ou
fon extrême oppofition au Chriftianifme étoit le feul principe
de leur oppreflion ; enfin il facilicoit lui-même à quelques
Chrétiens la vifite, qu'ils défiroient faire aux Miniftres de
PEvangile. Le Seïoneur lui ayant accordé le premier fruit de
fon Mariage, qu’il fouha'toic avec ardeur depuis plufeurs an-
nées, il alla auffitôt en témoigner fa joie aux Prifonniers de
JEsus-CHnrisrT,& reçut de leur main quelques Livres, qui
776 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livrazx trairent de notre Religion, & qu'il lût fans aucun figne d'op !
XLVIII. poftion. Si cet Homme n'éroit point en place, peut-êtren'en
— demeureroit-il pas la. 11 fera le refke quand il plaira à Dieu |
de parler efficacement à fon cœur : celui qui reçoit avec hon- R
neur le Prophète, n’eft point laïflé fans récompenfe,
Les Mandarins , qui préfidoient aux autres Prifons, en
Id. flo, yfojenc avec plus de rigueur , fouvent envers l’illuftre Serrano,
& toujours à l'écard du Pere Royo. Le Viceroi leur faifoir
intimer de tems en rems, qu’ils euflent à obferver avec plus
de vigilance les Européens, & à ne pas leur permettre, fous
quelque prétexte que ce fût, de parler à perfonne, menaçant
toujours d’un châtiment rigoureux, & de la privation de fa
Charge, quiconque feroit aflez hardi, pour contrevenir à fes
ordres. Il fit afficher cet Ecrit fur la porte de la Prilon, où
étoic détenu le Pere Royo : & il voulut que le Cadenat des
‘Chaînes, que le Pere Serrano portojt aux pies & aux mains,
fût fcellé, avec défenfe à qui que ce füt de l'ouvrir, fous
peine de vingt coups de fouet. On rapporte que Don Domi-
nique Nieu, Prêtre du Séminaire de Siam, nouvellement ar
rivé à Focheu, trouva le moyen de vifiter le Pere Alcober,
& le Pere Diaz. Flaté de ce fuccès, & preflé du défir de voit
les deux autres Confefleurs de JEsus-CHR1ST, il pénétra
enfin jufques dans la Prifon du Pere Serrano; qu’il eur le plaifir
mil. d'entretenir quelques momens. Mais fa joie ne fut pas fans
amertume ; car en fe retirant, il fur rencontré par un Mandz-
rin, qui l’entreprit rudement : un Chrétien Chinois, nommé
Michel, voulut parler pour lui; mais il n’auroit pu le fauver,
fi lui.même n'eûc été aflez fage pour contrefaire le fou; il
fe retira de ce mauvais pas, comme David étoit forti de la
Cour d’Achis Roi de Gerth. :
Un autre Miniftre de l'Evangile étoit, en même tems, &
pour le même fujet, expofé à des périls encore plus grands;
parce que les Mandarins étoient informés de fon nom, & de
fa qualité. C'eft le Pere Jean de Sainte Marie , Chinois de
Nation , Religieux Dominicain de la Province du S. Rofaire,
Dès qu’on eut appris à Manille la défolation des Chrétientés
de la Chine, & l’'Emprifonnement de nos cinq Miflionnaires,
. on avoit fait partir celui-ci, pour aller au {ecours des uns &
, des autres. Sa qualité de Chinois pouvoit lui donner bien des
facilités, & le zéle qui l’animoit, étoir rel, que pour précipi-
ter fon Voyage. il quitta le Bâtiment qui devoit le rendre au
Port Demuy, & aborda à l’Ifle T'ang-foa , avec un autre Chinois
| NN . nommé
FRANÇOI:S
SERRANO.
Ru mn
Ibid, & fol. 12,
_ DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. : : 777-
nommé Etienne, Ils continuérent leur route avec la même L,1 Wir.
diligence ; mais ils n’étoient pas encore arrivés dans la Provin-; XL VIII...
ce de Fo-kien , que le Mandarin de Fogan inftrult ( on pe LS
fçait comment ) de leur Voyage, les faifoit chercher. avec foin's £'a r À N 0. !
dans toute fa Jurifdié&tion. Cela obligea notre Miffionnaire de:
5c- ET re FF 5
En OO = 27
Ts 21 EX
ww
ee
ba Esraouxs 5 à hip Ton: SE. ve . va
fe tenir quelque tems caché dans Changches. Il réfolut enfuire
d'aller dans la Métropole de Focheu; & il lui fus impoffble:
non-feulement de faire une:vifite. aux Prifanniers , mais mêrne,
de trouver un Chrétien, qui.ofât s'expofer à le: loger. 1] partit,
donc pour Hinghoa ; & il trouva que la. éonfternarion.,'& la,
frayeur y étoient les mêmes parmi tous les Chrétiens.‘ Obligé-:
de revenir à Changcheu, il commenca à y remplir fon minif:,
tére : les pauvres Chrétiens. venoient à lui de routes parts; les:
uns vouloient fe confeffer:,:les autres recevoir quelque mot-
d'Inftration , & de confolation, les Catéchumenes., quelques,
Gentils même, lui demandoiént le Baptème. Ils paroifloienc.
tous animés du même défir de profiter d’une fi favo-
rable , & dont:ils étoient privés depuis long-tems. . . - .
- Mais la tempête fuccéda bientot à'ce câlme: un Mandarin ;
tout forme À perfécuter'les Chrétiens ; venoit d'entrer en char-
ge; & Chanzchez fe troûvoit:dans ‘fa Jurifdi&ion:.C'étoit le
même, felon notré Relation, qui avoircarrèté depuis peu deux,
Miflionnaires Jéfuires, &: l’un:de ceux qui avoient condamné
PEvèque deiMauricaftré à la mort. Auf donna:t-il d'abord des
ordres févéres:;:pour, multiplier des recherches; & :contre les
Européens’) & .tonñtre les Chrétiens , qui, les sachoienc. chez
eux. A peineicet drdre.fue publié à Focheu le + d'Avril, qu’un
Chrétien courut avec une extrême diligence au Bourg de 4#
gran, avertir notre Mifbonmaire, Le retirer dans Finfta nf,
parceque la :mûme:huir. Je8 Säcellires devoient: faire'la vifire
des Maifons. Ils la firent en effet, & dans le lieu même, que
le Pere‘avoir choifi pour fa’ retraite.’ Ils-cosrinuérent leursire-
cherches avec la mime vivatiré,. & toujours fans fuccës: Lorf:
que lé Pere Jean de Sainté Maricécrivoit {a Lettre du,21 Avril
r7484il y'avôit déja ‘huic:mois qu'on le pourfuivoit. de Pro;
gince-en Pravince; & prefque de Bourgade.en Bouryaïe.' On
. n'avoir, encore arrête ducim Chtétien à {on bccafion' : tous çe+
_pepdant tremblolent pour lui ; &-il;fe.cruyoir lui-même. plus
pres -du-Ma rtyre; queé-de l'oceafon-dej pouvoir donner. à {es
Freres le fecours:, qu'il vouloic leur, procurer. , La Providence
sé: 6ùt Htjaervie pour cola du.miniftére d'un ausre Syscr,.que
bous déyons. faire gogngiire içi ist Ms net ver.
Tome VI, he) hole ÆLÉÉE Li 2
Fol. 134
Livre
XLVIII.
> meme)
FRANÇOIS
SERRANO.
D ii De trs
Voyez l'Addirion,
fol, 6.
Extrait d’un
Journal de Macao
#78 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
M. Paul Su, Prêtre, Chinois de Nation, avoit été envoyé
par la Congrégation de la Propagande, dans la Province de
Suchuen, diftante de celle de Fo.kien de plus de 300 lieues,
La Perfécution de 1746 s'étant communiquée de Province en
Province, M. Paulappric que‘fon nom étoit déja cité dansles
Tribunaux, qu'un autre Miflionnaire venoit d’être arrêté dans
fon voifinage ; & que deux Religieux Dominicains (qui y tra-
vailloient depuis quelque tems) en étoient partis pour pañer
dans le Tonquin. I} crut que la prudence demandoit qu'il chan.
geût lui-même de demeure : il fe retira donc à Macao; &en-
tra enfuice dans la Province de Kenfi , où il fut bienrôc informé
du Martyredel’Evêque de Mauricaftre , de la détention de fes
Compagnons, & de la retraite de Don Mathias , vivement
pourfuivi par les Infidéles comme un Fils héritier de l'Elprit
du Martyr de Jesus-Curisr. Ce qui auroit pü abattre le
courage d’un autre, releva celui de M. Paul; il prit le chemin
de Focheu , plein d’efpérance qu’il pourroit rendre fes refpeds
aux Reliques de l'Evêque Martyr , & quelque ervice aux
Saints Confeffeurs Chinois de naïffance ; & abfolument incon-
"nus aux Gentils de Fo-kien, il croyoit -pouvoir remplir fon
deffein avec plus de facilité , & moins de danger. Il lui fut
donné en effec de vifiter quelquefois nos Prifonniers, de leur
communiquer la Divine Euchariftie, & d’adminiftrer les Sa-
cremens à plufieurs autres Fidéles. C'eft.lui, qui en qualité
de Médecin fut introduit dans Ja Prifon, où étoient les deux
Exilées, Thécle & Paule, dont il entendit les Confefons,
& qu'il fit communier. C’eft lui encore, qui donna à ces mê-
mes perfonnes, qui continuoient leur route vers la Tartaré,
des Lettres très-préffantes, pour faire folliciter en leur faveur,
auprés du Tribunal, qui devoir déterminer le lieu particulie
de leur Exil, Me on. |
Dans une Lettre ; que le Peré Jean Alcober écrivoit, dans
le mois de Janvier 1948 , au Pere: Archange Miralta, il
_ seconnoifloit que M. Paul leur avoit réndu men: de fer-
vices dans leurs Prifons, & il fe louoic du-zéle de ce digne Ec-
cléfiaftique. Il ne parloit pas avec moins d'effufion de cœur de
Don Mathias, qui avant foh départ de Focheu, avoit continué
à leur écrire, & d'les vificer quelquefois."I{ leur communiqua
même une Copie du Décret rendu contr'eux. Le Pere Alco-
ber, qui envoya cette Copie à Macao, dit : « Nous fumes
" charmés d'y voir, que le premier Crime, qui nous rend di-
» ges de mort, c’eft d'avoir enfeisné-aux Chrétiem® , qu'il
» falloit brûler les Tablettes, &c. »
ea SE 0 74 Ce
EC
LAS
"DE L'ORDRE DE S. DOMINIQUE. 51»
La Relation imprimée à Manille nous apprend, que dans Livre
le tems que les Prifonniers de JEzsus-CHRIST, ne penfoienc.X LV III.
qu’à fe préparer au Martyre, un rs de Vaifleau Efpa- >
rep L | à é RANCÇOIS
grol ofoit bien folliciter leur Elargiflement, & offrir au Vice-s gr 44 N ©.
roi de riches préfens, pour ui fût permis de les tranf. ==
porter dans les Philippines. Je ne doute pas que fi les Saints , Voyez l'addition,
Confeffeurs avoienc été inftruits de’ la démarche que voulot "7
faire ce Capitaine, nommé Don Jofeph Paffarin, ils ne s’y fuflemt
conftanment oppolés , comme ils avoient refufé de confentir
qu'un Miflionnaire Jéfuite fît folliciter pour eux à la Cour de
Pékin : « Nous fommes, difoient-ils , entre les mains de notre _ * Lettre des PP;
Rédempteur JEzsus-CHR1IST, & nous fouhaitons donner « er
nos Vies, pour la Gloire de fon Nom, & pour fon Evan-«
gile (*) «. Le Capitaine Don Jofeph fit une autre demande,
avec encore moins de fuccès, puifqu’elle aboutit à faire brüler
le Corps du Saint Evêque de Mauricaftre. La Relation de €
Fait, qui fut envoyée à Macao, me paroît fort autorifée , &
affez circonftanciée, pour être inférée ici de la même maniére,
qu'elle fe trouve dans l’Extrair du Journal de M. Maigrot.:°
« Le Sur-Intendant de la Province de Fo-kien faifant Îa
Vifité des Lieux de {a Jurifdiétion , paffa au Port d’Emoüy, «
où un Vaifleau de Manille étoit mouillé. Le Capitaine lui
offrit des Préfens , & le pria de lui donner les quatre Prifon- «
niers , auffibien que le Éercueil de Monfeïgneur-Sanz, pour «
les porter à Manille dans fon Vaifleau. Le Surcfrjrendant ne &
refufa , ni accorda la demande , il dit qu’il éxamineroit &
cette Affaire ; maisil ne voulut prendre aucun Préfent. A%«
. fut-il de retour à la Capirale , qu’il ordonna de brü- «
er le Corps du Martyr. 11 fit venir deux Mandarins des «
deux Cités de la Ville; & les chargea de l'éxécution. Ceux. «
ci envoyérent d'avance ceux qui ont foin des Cadavres ;'é
bat st d'eux firent part de l'Affaire à Li Benoît, ‘qui «
pareiilement en avertit le Caréchuméne T'ching y-Yuen. Le à
Caréchuméne roujours zélé fe rendit fans perdre de tems à la «
porte Occidentale, par où il crut que pañleroïent les Man- «
darins, qu'il comproit fuivre à S:-1h:4. Ils firent apporter
le Cercueil en plein champ; & auflitôr le firent oùvrir à &
coups de hache Dés que le l'ercueil fut ouvert, les Man- à
darins demandérent fi la Tête de Petolo étroit dedans : car «
ils foupconnoient que les Chrétiens l'avoient enlevée. Le «
Gardien du Terrirofre de Si-1hay coupa les envelapes . tirala «
Tête, & des deux mains l'éleva en haut, & dir: Voyez, «4.
| ce ee Fffffi L
730 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES
Livre » Meiieurs, ficeft la Tète du Vieillard Pierre. Ce qu'il ya
.XLVIII .» de plus admirable, c'eft que certe Tête, enfevelie depuis
nca: huit mois, n'avoir aucune tache de corruption,& les Linges qui
SERRANO, ” Envelopoient le Cadavre étoient très-nets : ce qui montre
.» que le Corps s’étoit auffi confervé fans corruption. Les Man-
» darins ayant reconnu que c'étoit la Tête de Monfeigneur
» Sanz firent mettre le feu. Cependant le Catéchumene, qui
-» attendoit les Mandarins à la porte Occidentale , s’éronnoit
.» de leur retardement, lorfqu'il vit un Bucheron qui venoit à
-» grands pas: il lui demanda où il alloit fi vite, celui-ci lui ré-
» pondit : Quoi, ne fçavez-vous pas qu'on brüle le Cercueil
» de Perolo ? Le bois que j'ai porté ne fuffit pas; je vais en
#.chercher d'autre. Le Catéchuméne fort affligé d’avoir perdu
fon rems, courut À Si-#hay 3 où il: trouva qu’on avoit déja
-» commercé à mettre le feu, Le Prêtre Paul Su étoit là avec
-» quelques autres Chrétiens. | |
-. » On employa huit heures de tems à brûler le Corps; carle
» feu ayant commencé à huit heures du matin, il ne M éteint
» qu'a quatre heufes du foir. Les. Os (par la force du feu)
23 furent, réduits en petits morceaux, Tout étant achevé, les
» Mandarins demandérent à un Ancien, ce qu’on devoit faire
»'de ces reftes , & des cendres. On leur dir que la coutume
» étoit qu’on les ramaffât dans un Vafe, & qu’enfuire on les
» donnît aux Parens pour les enterrer. Quefi les Parens ne pa-
» roiffoient pas on les jertoir dans la Fofle commune. Là-deflus
» es Mandarins prirent ce dernier parti, & ordonnérent qu'on
w ramaflât tout religieufement , proteftant que c'écoit contre
» leur gré qu’ils avoient fait brûler ce Corps; qu'il avoit fallu
» obéir aux Supérieurs, : :
,.. .» Le Fils'aîné du Catéchuméne s'éroit mêlé dès le commen-
.»,cement avec ceux qui devoient brülerle Corps, à deffein de
né ea des Os du Martyr,ce qu'il fit lorfqu’on les jetta dans
»4x Fofle; l’un d'eux, qui le connoifloit, l’aida dans ce pieux
» larcin. Après le départ des Mandarins, M. Paul Sù, & les
:» Chrétiens trouvérent quelques morceaux d’os parmi les cen-
._ w-dres: & au moyen du Gardien de Sy.T'h4y, ces cendres fu-
»w-rent enterrécs dans-un Lieu féparé, où elles fe confervent. Ce
» fut le:r6 Janvier 1748, qu'arriva ce Fait. Je le tiens de M.
» Paul Sù, de Ly Benoît, de Y-Yuen , & de fes Enfans. Ils
» me l'ont tous-raconté avec ces circonftances. Aïinf je l’ai écrit.
,. :» Quant.au Catéchuméne Y-Yzen, je ne fçaurois exprimer
» fa conftance, & fon zéle pour la Religion : par fes Exhorta-
» tions, il'a engagé fa Belle- Mere avec route fa Famille, qui
FE Ce me
CS En 7 ve
ME. pire ce, y
- DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 78r
£t de huit Perfonnes, à embrafler le Chriftianifme, J'ai été vi- «
fiter cette Famille , tant pour y honorer les Reliques de Mgr. «
Sanz, que pour voir Y-Yuen, & lui parler de Religion : tout «
le monde donnoit une grande attention à mes paroles, &c. «
À Macao le 9 Avril 1748. Dominique Jofeph Yën ».
. Le Journal ajoute: « Il eft bon de remarquer que le Caté- «
chuméne T'ching.Y-Yuen évoit un Voleur redouté à Foé.cheu,«c
& même craint de fes Compagnons. Tout-à-coup cependant «
cet Homme change ; & le jour même que l’on martyrife «
Mgr. Sanz, il prend d'autres fentimens, renonce à fes Idoles, «
& au métier infime de Voleur: ce Miracle n’eft pas petit : «
on doit l’attribuer à l'interceflion du Vénérable Prélat ».
Dans la Relation imprimée à Manille ; fur les Lettres re-
çues de la Chine, particuliérement fur une de M. Paul Sù, il
eft dit que ce Prètre comme Notaire Apoltolique , & Témoin
oculaire , avoit fair un Acte autentique de lincorruption du
Saint Corps, ainfi que des vénérables Offemens, qui ont été
envoyés en différens Lieux ; à Fo-gan , à Hinghoa, à Chang-
cheu, à Manille, & à Rome ; fans parler de ceux qui ont été
confervés à Focheu, pour la confolation des Fidéles. De forte
que les moyens, que A Viceroi Tartare avoit pris pour anéan-
tir la mémoire du glorieux Martyr, la fage Providence les a
fait fervir à la relever avec plus d'éclat, & à répandre fa véné-
ration & fon culte en plufieuts lieux de la Terre. C'eft donc en
vain , felon l’expreflion du Vénérable Béde, que les Tyrans
éxercent leur infenfée fureur fur les Corps morts des Martyrs,
lorfqu'’ils les font brûler ou déchirer, & jetter par morceaux
aux Bères carnaciéres, puifqu’ils ne fçauroient empécher que
Ja Toute-puiffance de Dieu ne les fafle honorer, quand & de
la maniére qu'il lui plaît + Ergo fapervacué furunt infaniä, qui
mortua Martyrum membra feris , avibufque difcerpenda projiciunt ,
cm nequaquam omnipotentiæ Doi, quin ca refufcitando vivificet,
obfiffcre point. ,
Déja la main du Seigneur, pour venger l'innocence perfé-
cutée, s'apefantifloit fur les injuftes Perfécuteurs : & ces grands
coups avoient commencé à fe faire fentir bientôt après le Mar.
tyre de lEvêque de Mauricaftre, Le Révérend Pere Etienne
Pong, de la Compagnie de Jefus, dans une Lettre écrite de
Focheu. le 12 Septembre 1746; & adreflée au Révérend Pere
Vifiteur de la même Compagnie; affuroit que le Lieutenant de
Ja Ville de Fo-gan avoir été frappé d’une paralyfie univerfelle,
& celui de Foning , d’une hydropifie : que le Viceroi lui-même,
FfFffiï
LIvRreE
XLVIITI.
FRANÇOIS
SERRANO.
nt es + RmteuÉ
Voyez l’Addition
fol. 16.
Lib, IV. in Lg
Cap. fi.
Addition. fol. 1#
1e, |
282: HISTOIRE DÉS HOMMES ILLUSTRES
Livre par ordre de l'Empereur avoit été privé de trois Dégrés de
XLVIII Dignité. On ignoroit la caufe particuliére de certe difgrace :
- mais on ne pouvoit l’attribuer à un défaut d'ardeur à pourfui-
FRANÇOIS se les Chrétiens. Un Valec du Lieutenant de la Ville de Fo-
SERRANO. À s : |
cheu , ayant ofé prendre un Calice, & y boire du vin, par déri.
fion , la main lui enfla fur le champ, & fe corrompit entiere.
ment. Le Pere Serrano, dans fa Relation, parle d’un autre cas
tout femblable.
Dans l’Addition à la même Relation, il eft dit que les cala-
mités , dont l’Empire étoit affligé dans les Provinces de Kan.
sune,, & de Nan. King, paroifloient encore plus terribles, parce
qu’elles étoient publiques: la Mer élevant fes flots, y avoit fub-
mergé plus de foixante Villes, ou Ports Maritimes. Les che-
mins, qui conduifent dans le cœur du Royaume, ne pouvoient
fe pratiquer que par Batteau : les Terres demeuroient fans cul-
ture ; & la mortalité faifoit d’horribles ravages. Ces miféres
croifloient toujours, & les Gentils mêmes les attribuoïent à la
uftice Divine, qui punifloit les excès commis contre les Chre-
tiens, & les Miflionnaires. Ceux qui viennent de la Chine aux
Philippines , ajoute l’Auteur, racontent bien d'autres chofes,
ue j'omets , n’en ayant pas aflez de certitude, ni aucune in.
mars par les Lettres des Habitans de ce Pays-là.
Ce qu'il y a de certain , c’eft que le cœur de Pharaon s'en-
durcifloit toujours ; le Gouverneur Tartare, & les premiers
Mandarins ne cédoient point aux fléaux redoublés ;, & déja ils
penfoient à hâter la mort des quatre Prifonniers de JEsus-
.CHRrisT. Mais l’éclar qu’avoit fait dans coures les Provinces
le Martyre de l’Evêque L Mauricaftre, leur fit prendre la ré-
folution de procéder autrement à l’éxécution de l’Arrêct rendu
NM. sf
contre fes Compagnons. Ces Prudens du Siecle faifoient atten-
tion, que ce qu'ils avoient cru devoir intimider les Chrétiens,
& exciter contre eux la haïne des Gentils, n’avoit fervi au con-
traîre qu’à relever les efpérances des premiers, à auymenter la
confufion des derniers, & à procurer la Converfion de quelques-
uns. Sur ces réfléxions, qu'ils avoient fans doute communiquées
à l'Empereur, ils fe dérerminérent à faire mourir les SS. Con-
fefleurs en fecret, dans leurs Prifons , & lorfqu’on y penferoit
le moins. Tout cela fut éxécuté le 28 d'Octobre 1748. Le Jour+
pal de Macao en parle le 2 3 Novembre en ces termes;
« C'eft toujours par le canal de M. de la Barre que nous rece-
# vons les grandes Nouvelles. Il m’écrit en m'envoyant une.
” Lectre dé M. Macchias, qui nous marque la glorieufe fin des
_
nn DR NS Oh 7,
LE
OS “ss
DE L'ORDRE DES. DOMINIQUE. 333
quatre illuftres Confeffeurs de JEsus-CHRrisT,quiétoient dans« Lrvnre2
les Prifons de Fo-kien depuis deux ans, & quatre mois. Voici« XLVIIL,
la Lettre de notre cher Confrére, que je traduis mot à mot : »
SS.ApotresS. Simon & S. Thadée: Mer. Serrano dans la Prifon ce
du Gouverneur; le R. P. Royo dans celle.de la Cité Mik , & «
les RR. PP. Alcober, & Diaz, dans celle du Lieurenant-Cri. ce.
minel. Comme j'avois peine à le croire, le jour fuivant je m'in- «
formai : non feulement les Gens d’Audience vinrent le dire ;
mais deja le Cercueil de Mgr. Serrano avoir été tranfporté au «
Lieu des Suppliciés de la Porte Orientale, & les trois autres «e
dans celui de la Porte Occidentale. Je fais partir maintenant «
un Exprès pour Tchang-tcheou, afin qu'on en fafle partir un «
autre, qui aille porter cette Nouvelle à Canton. Les Gens de «
PAudience difent tous que le Préfident & le Viceroi, voyant «
des Chrétiens derous cotésd Fogan, Fou-cheu, Chang-T'cheou , «
& Hing-hoa , ils s'imaginérent qu’il y avoit une infinité de «
Fa@ions, qui communiquoient toujours avec les quatre Chefs «
qui étoienr ici ; & que peut-être ils machinoient quelque chofe «
de mauvais : c’eft pour cela qu’ils ont ordonné qu'ils fufent «
étranglés tous cbmblé pendant la nuit (*). Ils ont ordonné «
de prendre préfentement les Chrétiens. On retient encore dans «
les Prifons Ly’. Benoît, fon Frere Michel, & fes deux Enfans «
Xavier, & Ignace, Raymond Micou , un autre Chrétien de «s
Fo-gan, & enfin deux autres, dont l’un eft de Zies_-Kiang , & c«
Pautre de Pao-rchi. Nous n'avons perfonne ici qui puifle & ofe «
rien faire pour les Corps des RR.. PP. qui viennent de fouffrir «
le Martyre, & que Jesus-CHrisT a dans fa Gloire: délivrés «
de tous leurs travaux, ils ont compaflon de nous pauvres Exi- «
lés, qui fommes encore {ur la Mer orageufe : nous voilà pré- «
fentement de vraïs Orphelins ; privés de notre Evêque, & de «
hos Peres, nous avons réfolu, le P. Jean de Sainte Marie , &:«
moi, que pour le préfenc, & par le fecours de l'argent, on.en- «
féveliffe les Martyrs avec quelque figne, fi cela 7 , pour s
que dans la fuite, on les tranfporte : que fi on le refufe, & que «
la maligniré des Mandarins aille jufqu’à les faire brüler, on «
puifle recueillir leurs cendres & leurs Os. Il ne convient pas «
(*) Si la terreur des Tyrans étoit véritable ,| Oppreffeurs , fi la Religion , qui leur ap=
elle feroit une preuve du grand nombre des | prend à mourir , ne leur défendoit de s’éle=
Chrétiens dans la Chine , & de ce qu’ils fe-| ver contre PAutorité,
Soient en état d'entreprendre contre leurs£.
ir. V 4 FRANÇOIS
« Le 29 du mois courant fur le foir,, j'entendis dire tout-d-« ka . N 0,
coup, que Monicisneur Serrano, & les crès-Révérends Peres « ===
-étoient morts la nuit précédente ; c’eft-à-dire le Lundi, jour des « |
184 HISTOIRE DES HOMMES ILLUSTRES, &e:
LrvreEe » pour le préfent de rien remuer dans ce tems de trouble & de
XLVIII wtempèten. | |
FRANÇOIS Voilà la Copie dela Lettre du zélé Mr. Matthias. L'Excrait du
SerRiND Journal, qui nous a été communiqué, & qui porte le Nom de
=» Mi. Maigrot, finit par les Lignes fuivantes :
» Le Pere Jean de Sainte Marie, Dominicain Chinois, a écrit
» aufli le Martyre des Confefleurs : il ajoute un Fait dont M.
n Matthias ne parle point. C’eft, dit ce Pere, qu’on donna
# d’abord le Poifon aux Confelleurs, & que cela ne leur ayant
» rien fait, on les étrangla. Ceci eft bien important ; nous fçau-
» rons, Dieu aidant, ce qui en eft. J’efpére même que nous
» aurons quelque chofe de plus circonitancié fur cette glorieufe
» Mort: M'. Matthias plus d loifir aura interrogé les Gcoliers;
ñ & je crois aufli qu’il y aura ed quelques Chrériens Spectareurs
» de cette cruelle Exécution ... Heureux, & mille fois heureux
» l'Ordre de Saint Dominique, qui donne de fi chers Enfans à
» PEglife de JEsus-CHrisT:! Voilà 3 Martyrs en cinq ou
» fix ans. Nous avons parlé de ceux du Tonquin dans Île tems.
#5 Nous avons aufli recucilli tout ce que nous avons pu fçavoir
5 de ceux de la Chine :ils nous donnent les uns & les autres
» de rares éxemples de Conftance, & d'Amour pour Dieu,
» Après rant de tourmens, dans une longue & dure Prifon, ils
» ne refpiroient qu’aprës le bienheureux jour de donner leur
» Vie pour la Religion. Dieu leur a fair cetre Grace : puifle
» fon infinie Bonté nous la faire aufr ti! RL |
TH faut finir ici un Ouvrage, qui nous occupe: depuis huit où
neuf ans. Cette longue fuite de Saints & Scavans perfonnages,
dont Dieu nous a fait la Grace d'écrire 1 Hiftoire ; & dont les
Saintes Actions font encore de fi bonne Odeur, devroit bien
exciter l’émulation de tous ceux qui fe glorifienc d'appartenir
au même fnftirur.' Elle eft au moins une aflez bonne Preuve
de la Vérité de ce que le Pape Clement XI difoit autrefois à
la gloire de l'Ordre de Saint Dominique ; que depuis fa Fon-
dation jufqu’aujourd’huïi, il a été comme un-champ fertile, &
bien cultivé , qui n’a point ceflé de. donner à la République
Chretienre, des Homnes Eminens en Dodrine & en Sainteté,
Dans la Bulle pour QU'ON à vÜ érpéruellementc fe fuccéder les uns aux autres : Ai
a om 675 élle eff laudatifimus S. Dominici Ordo', in quo, ut primam inf.
Vob4$ + gatus fuit, tanquam in opimo ac fertili agro , eoduimaue benè, ac dir
| ligenter fubatlo, & exculto, viri doftrinæ preflintii, @ vite fance
Pétate con/picur, nunauam alii aliis feccrefcere deficrunt..
” DR or din tee So rs 4. fé ia
Fin du Quarante-huiriémé Livre, & de fout cet Ouvrage. ;
TT
ie
Lt
[a
be
_
3
he
f,
14
!
L
Li
DISCOURS
NOTRE Tr re
LE PAPE
BENOIT X17”,
S U R
LA MORT PRÉCIEUSE
DE PIERRE MARTYR:
Religieux de lOrdre de Saint Dominique.
TRADUIT DU LATIN EN FRANÇOIS.
A PARIS:
BABUTY, rue Saint Jâques, à Saint Chryfoftome.
Chez QUILLAU, Pere, rue Galande, à l’Annonciation.
M. DCC. XLVIIL
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU RON.
LEA
Lu es À
NE Ne
f ANRT 4
ALT /) É ï
“
: AE s a : \
FT NN
A ENCE NY
LU RRE
x RNT ‘
\ LT
‘ll
]
#
ALLOCUTIO | DISCOURS
SANCTISSIMI DOMINI NOSTRI
BENEDICTI
PAPÆ XIV,
HABITA
In Confifforio fecreto die 16
Seprembris 1748,
DE PRETIOSA MORTE
PETRI MARTYRIS:
Ex Ordine Prædicatorum , Epif-
copi Mauricaftrenfis , Vicarii
Apofñtolicr Provinciæ Fo-kien-
fis , in Regno Sinenfi.
ROMÆ MDCCXLVIIT.
T'ypis Sacræ Congregationis de
propaganda Fide,
VENERABILES FRATRES.
Comm. Pr
ONSENTANEUM
es y arbitra-
mur, fi ex hoc loco
Vobisexponamusea,
quibus Sana Catholica Reli-
NOTRETRÈS-SAINT PERE LEPAPE
BENOIT XIV:
PRONONCE
Dans le Confifioire fecret du
16 Septembre 1748,
SUR LA MORT PRÉCIEUSE
DE PIERRE MARTYR:
Religieux de l'Ordre des FF. Pré-
cheurs, Evêque de Mauricaftre ,
Vicaire Apoftolique pour la Pro-
vince de Fo-kien, dans le Royau-
me de la Chine.
A ROME MDCCXLVIIL
De l'Imprimerie de la Sacrée Con:
grégation de la Propagande.
VENERABLES FRERES.
AUEE
NS 7
1 O u s croyons qu'il
QUE eft du devoir de notre
ư ab Dignité , de vous par-
ler aujourd’hui d’un Evéne-
A i
| 4) |
ment, qui faithbeaucoup d’hon- gio magnâ cum laude prædi.
neur À fainte Religion Ca- | catur. Itaque notum facimus
cholique. Nous vous faifons | Vobis, accepifle ex Litreris,
donc fçavoir que ; par les quæ nuper ex Sinenfi Regno
Lettres , qui nous ont été en-|ad Nos pervenerunt , Epifco.
voyées depuis peu delaChine, punt Mauricaftrenfem Vica.
nous avons appris que le Pere lrium Apoftolicum Provinciæ
Pierre Martyr, de l'Ordre des|Fo-kien, Petrum Martyrem
FF. Précheurs » Evèque de Mau-|nNuncupatum', ex Or dine Præ-
ricaftre, Vicaire Apoftolique dicatorum, pro Fidei. Chriltia-
dans la Province de Fo-Kien, ["Æ defénfione vitam amie ;
ÿ avoit perdu la vie, pour la | 4° Proptérea, fi ne Ec-
défenfe de la Foi: ce qui peut clefiæ vocabulo uti: velimus ,
lefaire appeller, felon l’ancien ne à ER appellari
langage de nos Peres , un Mar- . 2. _ _ su 0e
tyr confomme. Ces Lettres por- é ue | gi .
tent encore, qu'un autre Re- ral Pere "A d he |
ligieux du même Ordre, & f RL nr 4
Coadjuteur défigné du même A
; RE ex. ipfa. eadem. farmilia. San@i:
. é ps ue pond Dominici inclufum carceribus.
,4 Re-
Ë
lu detineri, inuftafque fronti fin-
Sr : S. In US Et gulorum Sinenfes notas, qui-
1 ar ss FVOIL EEE l'bus rei mortis indicantur : qui
DC NEAeUP VIRE, Eve des fane omnes, pro vetufta. Ec-
caractères Chinois: de forte | efz loquendi ratione, Mar-
qu'en fuivant la maniére: de tyres deffgnati vocari polfunt:
parler de la primitive Eglife, |
nous pouvons appeller ces qua-
tre Miflionnaires des Martyrs
défignés. ( a)
. (a) Ces quatre Religieux, Dominicains Efpagnols , font lès Peres Joa-
chim Royo, François Diaz, Jean Alcober , & François: Serrano Provicaire ..
nommé récenment, par.le. Pape, Evêque de Tipefr :&. Coadjuteur. au. Vicae.
UN
. Bafilius ad Afcolium. Epifco-
CS)
Ubi epiffolam in manus fam-| « Ayant pris ces Lettres «.
PA , eamque legi fepius, ac re-| entre nos mains, nous les «
dundantem in ea gratiam fpiri- | avons luës plus d’une fois; «
tès perfpexi ; mibi videbar prif-| mais non pas fans reflentir «
cis temporibus verfari , cum flo-| cette grace de PEfprit, dont ce
rerent Ecclefse Dei. * elles {font remplies » & qui œ
His verbis fcripfit Santus | nous a comme cranfportés «
dans ces premiers tems, où «
les Eglifes de Dieu étoient fi «
floriflantes ». e.
Ainfi s'expliquoit Saint Ba--
zile, dans une de fes Lettres à’
Afcolius ,Evêque de Theffalo.
nique , E lui avoit/appris
que plufieurs Chrétiens ve-
noient d’être couronnés du
Martyre ; par les mains des.
Barbares , au-delà du Danube.
{Nous pouvons employer les)
‘mêmes exprefhons dans le cas:
prefent. Voici conament la.
pum Theflalonicenfem, qui
Martyrium recenfuerat, quod
plures. Chriftiani à Barbaris.
ultra Danubium degentibus
conftanti. animo pertulerant :
lifdem Nos verbis utimur ;: &
rei., quam expofituri fumus, li.
benter accommodamus.Porro
res ica: fe habuit, +
ï
* Éum' gtaviflima in Provin-
riat Apoftolique: de la Province de Fo-Kien. Ils avoient été apellës en diffé
rèns tems dans là Chine , par le Pere Pierre Martyr Sanz , Evêque de’
Mauricaftre, qui préchoit l'Evangile dans ce Royaume depuis l'an 1716. Ils:
travaillérent de concert , & avec fruir à la propagation dela: Foi : 4 Ces «s-
cinq hommes, difoit un Magiftrat Payen, établirent chacun: des Eglifes ; ce-
& À étendirent beaucoup’ leur’ fauffe Lee , (la'Religion Chrétienne, ) Les cc
Femmes, auf bien que les Hommes, l’embraflérent: leurs Sectateurs s’é- «e:
tant multipliés, &: étant tous fortement: perfuadés: de la: vérité de cetre «e'
Keligion , ils fe firent uhe habitude dela: pratiquer ,. & s’y foutihrent «e
mutuellement, &c. »- Raport de l'Interrogatoire fubs- par le Pere Pierre Mar-
tyr SanX, fes Miffionnaires , & les antres Chrétiens ,; arrêtés dans la Cité de:
Bo-Gan, am mois de Juin 17484 ° _
À: üiÿ
{chofe s’eft pañlée.. ©.
. - L'Ennemi ayañt excité üne)
* Ep. 164.
. Editio Pari-
fienfs. :
(6)
grande tempête contre les
Chrétiens, dans la Province de
Fo-Kien, où plufieurs, faifis d’a-
bord de crainte, ont eü le mal-
heur d'abandonner la Sainte
Religion, qu’ils avoient em-
braflée ; lEvêque de Mauricaf-
tre, occupé jufqu'alors aux
fonctions de fon miniftére dans
le même Païs, crut que, pen-
dant ce violent orage, il de-
voit fe cacher dans la maïfon
d'un particulier. Mais, celui
qui le logeoit craignant tout
pour lui-même, le Prélat for-
tit de fa Retraite; & auflitot
arrête, il fut mené en prifon,
ne ceflant néanmoins de pré.
cher lés Verités de la Foi, & de
fourenir de tout fon pouvoir
les fidéles,, autant par fes dif-
cours, que par fon éxemple.
(b ) Conduit. enfuite devant
cia Fo-kien contra Chriftianos
cempeftas excitata fuiflet , ob
quam territi perculfique plu-
rimi à Catholica Fide miferè
defciverunt ; Mauricaftrenfis
Epifcopus , qui Vicarii Apol-
tolici munere illic fungebatur,
latendum fibi cenfuic in priva-
tis ædibus, & à violento illo
turbine paulifper declinandum.
Sed imminentem fibi ruinam
pertimefcente hofpitii Domi-
no, cùm Epifcopum diutius
tueri latebris domüs fux recu-
farec, vix ipfe in lucem pro-
dit, captus fuit, & in carce-
rem detrufus, ex quo tamen
Chriftianam Fidem verbis &
exemplo, quoad potuit, præ-
dicabat. Quinimo ante Judi-
cem conftitutus, ipfi libera vo.
ce denunciavit, futurum aliud
in fine Mundi judicium, ubi
.:(b3 Avec Pierre Martyr ( ou peu de jours après) on arrêta fes Compa-
gnons : & dans cette occafion les Chrétiens de Fo-Gan donnérent les mar-
ques les plus éclatantes de leur zéle pour la Foi, & de leur attachement à
la perfanne de leurs Pafteurs, C’eft çe que le Viceroi écrivoit à l'Empereur
de la Chine, en ces termes : _. D
« Lorfqu'on les fit partir ( les Miffionnaires ) pour venir à la Métropo-
_ » le (la Ville de Focheu )on vit plufieurs. milliers de perfonnes fortir pour
» les accompagner , en criant & pleurant à côté des Chaifes, fur lefquel-
» les on les tranfportoit. Les Femmes & les Filles fe mettoient à genoux;
x leur offroient du Thé, & des Fruits, Les uns & les autres les retenoient
» par leurs habits; & faifoient retentir les airs de leurs cris, de leurs gé-
» miffemens, & de leurs fanglots, Le Bachelier Tchbirg - Tchheow ; eut bien
vitæ anteactæ rationes exigan-
tur, & pro meritorum condi-
tione præmia, vel fupplicia de-
cernantur æterna. Quamob-
rem conviciis & injuriis pri-
müm oneratus, deinde toto
vultu ob iteratos colaphos con-
tufo, ac liventi, tandem ca-
pitis reus iniqui Judicis {en-
tentià declaratur. Illam Epif-
Copus æquo animo libenrer ex-
cepit, & Sacraimentis expiari
magno ftudio poftulavit. At,
Hcèt quidam Sacerdos, qui
fumma fide & amore Epifco-
pum fuum profequebatur, ni-
hil intentatum reliquerit, ut
Euchariftiæ Sacramentum ad
ipfum deferret, vani tamen il-
lius conatus irritique cefferunt.
Poftremo, cum dies illuxiffec,
7)
les Juges, il'a eu le courage de
leur annoncer le dernier juge-
ment ; où tous des homrhes Ci-
tés devant le Tribuñal dé Dieu,
recevront la récompenfe éter-
nelle de leurs bonnes œuvres,
ou le châtiment. éternel de
leurs mauvaifes actions. Cette
liberté Apoftolique lui à d’a-
bord attiré de la part des Ma-
giftrats Infidéles ; béaucoup
d’opprobres, & d’injures; on
fa cruellement frappé at vi-
fage; qui en eft devenu toit
livide & défiguré ; &un Juge
ne 2 a enfin prononcé con-
tre lui une Sentence de mort.
L'Evêque à entendu avec fer-
mete, & avec joye cet injufte
arret ; & ila témoignéun grand
défir de fe fortifier par Les Sa
l'audace de dire hautement à cette multitude, qu'il ne fe repentiroit . pas 4€
d’avoir embraflé cette Religion , dût-il foufrir toutes fortes de tourmens, ce
& la mort même pour le Seigneur du Ciel. Et a@uellement au milieu des
Interrogatoires les plus févéres, tous d’une voix unanime aflurent avec fer- ce
meté , qu'ils ne veulent point changer , ni abandonner la Religion Chré- ce
tienne ...,. Ces coupables Européens ont fi bien fçû s'attacher les cœurs , «
que le nombre de leurs Seétareurs augmente de jour en jour , & qu'on «
ne fçauroit les diffiper .., Les Lettrés, comme le Peuple, s'y laïflent 1é- 4e
duire ; embraflent cette Religion , & ne veulent plus l’abandonner quoi- «6
qu'on leur fafle, Ils l'ont fi fort étendue, qu'elle a prefque rempli toute «e
la Jurifdiétion de cette Cité ;: jufques-là , que les Satellites même, & les «
Soldats s'employent auffi pour fon fervice ».
Mémorial du Viceroi ; on Intendans de la Province de Fo-Kien, adrefé à
l'Empereur.
|
(8)
cremens. Mäis,quoiqu'un Pré- qua ‘capite ple&i debebat Epif.
tre zelé, & trés affectionne a Copus , carcere -Cdudtus , à
fon Evêque n'ait rien omis, | magna fatellitum turba ftipa-
Pour lui procurer la con{ola- cus , ad fupplicii locum procef-
tion de recevoir la divine Eu-|fr, quem Gentilium multitu-
chariftie, tous fés efforts ont |do, ‘& non exiguus Chrifti-
été inutiles. (c) Le jour mar-|norum numerus fequebantur.
qué pour léxécution étant ar- | Collo fufpenfam gerebat abel.
rive , le Confeffeur de J£sus-{lam , cui mortis caufa fcripta
CHRIST fortit de fa prifon,|erat, videlicer, quod manon
environné d'une foule de Sa- | Carnificis caputilli obtruncanr
tellites ,; fuivi d’une multitude |dum effet, ut hujufmodi fup-
de .Gentils, & d’un nombre | plicio reliquis exemplo efler,
confidérable | de. Chrétiens : eù quod fuis mendaciis : uti fe-
qui laccompagnèrent jufqu’au rebatur » plurimos decepiffet.
lieu du fupplice. On lui avoit Incredibile eft, quâm eximiam
attaché au cou, une tablette | virtutem , animique magni-
qui portoit, que cet Evêque tudinem præfeferrer , cm
devoit avoir la tête tranchée, |24 nus ubeundam duce-
par la main du Bourreau, pour | T€tur: Curis omnibus abjectis,
feryir d'éxemple aux autres ; affiduas in itinere preces Deo
& à caufe, difoit-on, que par fundebat, & quo poterat ma-
fes menfonges, ilen avoit fe. | ximo ftudio fe ipfum commen-
duit plufeurs. Il feroit difficile | dabat. Cüm perveniffec in lo-
” (cj Ce digne Prêtre eft un Chinois de Nation , nommé Matthias , très-
zélé pour la Religion Chrétienne , élevé à Siam dans le Seminaire des Vi-
‘caires Apoftoliques François, & aggrégé à celui, que les Meffieurs des Mif
fions Etrangéres ont à Paris. Lorfqu'il apprit la détention de nos cinq Pré-
dicateurs , il fit près de quatre-vingt lieues, pour fe rendre à Focheu, fans
craindre ni les fatigues, ni les périls; réfolu d’expofer fa vie, pour don-
‘ner aux Confefleurs de JEsus-CHR1sT, toutes fortes de fecours ds
rituels & Temporels ; d'obferver cependant avec. foin tout ce qui fe pañe.
roit ; & de foutenir, ou confoler les Fidéles, de peur que la perte de leurs
Pafteurs ; & la violence de la perfécution, ne portaffent la défolation dans
toutes les Chrétientés , ou Eglifes, . A
cum
(2)
cum fupplicii, juffus À Carni- |de bien exprimer, avec quelle
fice, ut in genua provolvere- |conftance, & quelle grandeur
tur, dido paruit; & folüm ab |d'imeilalla à la mort. Dégagé
illo tantum temporis fpatium de tout autre {oin $ la priere
exoravit, donec cœptas jam |fut, pendant tout le chemin,
preces abfolveret. Quibus per- | fon unique occupation ; & il
ais, Carnificem ipfemet ad- | ne ceffa de demander à Dieu,
monuit, ut rem fuam perfice- | qu’il voulüt bien agréer le Sa-
ret, qui vibrato gladio caput |crifice de fa vie. Arrivé au lieu
ab humeris ipfi præcidit. du fup lice, le Bourreau lui
dit de Ë mettre à genoux; &
il obéit auflitôt, n'ayant de-
mandé qu'un moment pour
achever Ë priere. Après quoi
lil avertit lui-même l'Exécuteur
de faire fon devoir. Un feul
coup lui enleva la tête. (d)
(4) Quoique la Sentence , rendue d’abord contre l'Evêque de Mauricaf-
tre, portât qu'il feroit éxécuté fur le champ, après que l'Arrêt de mort
auroit été confirmé par l'Empereur ; l'affaire ne laiffa pas de traîner près d'une
année, Notre Prélat avoit été arrêté dans le mois de Juin 1746 ; jugé &
condamné durant le cours de la même année : & ce ne fur que le 26 de Mai
1747, qu'il confomma fon Martyre par l'épée. Cette Epoque, & routes les
circonftances, que nous lifons dans l'excellent Difcours de fa Sainteté, ont
été éxaétement marquées par le Prêtre Chinois , préfent au Martyre de l'Evé-
que de Mauricaftre : il affure que prefque tous les Chrétiens , qui l’accom-
nr jufqu’au lieu du Supplice , quoique mêlés parmi un plus grand nom-
re d'Idolâtres, prioient avec beaucoup de ferveur, pour obtenir de Dieu,
la force, & la conftance, dont le S. Martyr avoit befoin, Il ajoute que plu-
fieurs autres, renfermés chez eux, en faifoient autant; & que ceux qui,
d'abord après l'éxécution , fe retirérent dans leurs Maïfons, pour annoncer
cette glorieufe mort à leurs Familles, les trouvérent occupées à réciter le
Rofaire. Quelques-unes, dit-il, en étoient à la confidération du cinquiéme
Myftére Douloureux , le Crucifiement de JEsus-CHrisr, dans le tems
que fon Martyr recevoit le coup de Ja mort, |
Lettre de M. Matthias Mifhonnaire Apoffolique , écrite & nos quatre Pri-
Jonniers de JEsus-CHRIST,
B
(10)
Une fi rare vertu a été un
fujet d’admiration pour les
Gentils même; qui ont paru
extrémement touches de ce
cruel fpectacle ; & les Chré-
tiens, pleins de vénération &
d'amour pour leur Pafteur, ont
honoré Là mort par leurs lar-
mes. Mais, la triftefle n’a pü
abattre leur courage ; ni leur
faire oublier ce qu’ils devoient
à fon Corps. S'ils n’ont pü em-
sr qu'on ne le portät d’a-
ord dans le lieu deftiné pour
les fuppliciés ; bientôt apres ils
font tranfporté ailleurs ; &
layantrevétu detouresles mar-
ues de fa Dignité, ils Font mis
avec décence dans leCimetiére
des Fidéles. Plufieurs en même
tems , fe font procuré quel-
ques parties de fes habits, qui
étoient teintes de fon fang; &
ils n’ont point manqué d’en
envoyer en difiérens endroits,
dans l'intention peut-être de
les expofer un jour à la Véné-
ration publique. (e) Le bruit
Gentiles ipf virtutemtam fr
eularem admirati funt, cruen-
roque fpectaculo fe commo.
tos ac perculfos magnopere
oftenderunt; Chriftiani verd
mortem Paftoris fui lacrymis
ac mϾrore profecuti funt; ita
tamen ut animum non defpon-
derint, fed corpus decenter ef-
ferentes, eo quidem loco prius
condiderint |, quo rei homi-
nes fepeliri confueverunt: fed
paul poit in Cæœmeterium Fi-
delium idem corpus deferen-
tes , fuæque dignitatis infigni-
bus exornantes, decenti loco
illud pofuerunt. Cùm id fierer,
Chriftiani pietate ac religione
dudti , particulas aliquas, præ-
fertim veftium , quæ fanguine
afperfæ fuerant, fibi compa-
rantes , in varias etiam partes
miferunt , eo fortafle confi-
lio, ac voluntate, ut publicæ
venerationi exponantur. Cüm
hujufmodi Martyrii fama lon.
ge Îateque pervagaretur, Pe-
chini Epifcopus pro gratiarum
atione Canticum 7e Denm
(+) C'éroit toujours le même Prêtre Chinois, qui préfidoit à tout, à [a
tête de quelques-autres Chrétiens remplis du même zéle. Il ne voulut épar-
gner ni foins, ni argent, pour fe procurer les Reliques du Martyr, le Corps,
la Tête, la Terre, & les Pierres qui avoient été arrofées de fon fang. La
chofe étoit difficile, & pleine de péril, Cependant un Gentil nommé Tchhing-
_
DUR
ci
LL TA
L CÉEEl
ER. +"
(11)
univerfis fuæ Ditionis Eccleñis| de ce Martyre s'étant répandu
edixit. Eadem celebritas per-| de toutes parts dans l'Empire
acta fuit ab Epifcopo Amacau-| de laChine, FEvêque de Pekin
menfi , cui Epifcopus Ecrinen-|21 ordonné aux Eglifes dans
fis Vicarius Apoftolicus Pro-| toute l'étendue de {à Jurifdic-
vinciæ Yunnamenfis, Guber-| tion, de chanter le Cantique
nator Lufitanus cum Senatu ,| Te Deum, en AGtion de Gra-
& multa Regularium frequen-| ces; & celui de Macao l'a fait
tia præfentes interfuerunt. In- chanter avec [a meme Solemni.
fuper tota Civitas triduo fub té dans fa Cathédrale. L'Evèque
vefperam , funalibus accenfis , ! d'Ecrinée, Vicaire Apoftoli ue
bilariratem fuam teftata eft. | de là Province Yun-Nan:; (f)le
Gouverneur Portugais, le Sé.
nat, & un grand nombre de
Réguliers , y afhftèrent. Toute
y-Tuen, & fon Fils ( deux de ces hommes qui ofent tout entreprendre, par-
ce qu'ils n'ont pas beaucoup à perdre ) fe chargérent de la Commiflion , &
l'éxécutérent avec fuccès, Après avoir remis le précieux Dépôt entre les mains
des Chrétiens Tchhing-y-Tuen retourna le lendemain au même lieu, pour en-
lever la Pierre fur laquelle l’'Evêque de Mauricaftre s’étoit mis à genoux,
pour achever fon Sacrifice : mais 1l n’eut pas plutôt touché au Sang, dont
cette grofle Pierre étoit encore couverte, que touché lui-même de la Grace,
il s’écria que c’étoit là véritablement le Sang d’un Jufte, & d’un Saint. Ce
Gentil, déja fidele dans fon cœur, emporta ce Monument dans fa Maifon ;
& ayant mis fes mains, toutes enfanglantées fur la tête de fa Femme & de
fes Enfans , il leur dit qu’on avoit répandu le Sang d’un Homme de Dieu,
qui jouifloit déja de la Gloire, Il renverfa fur le champ les Idoles, qu’il avoit
dans fa Maïlon, & mit en leur place cette Pierre, fur laquelle il fit graver
ces paroles , en caratéres Chinois : Pierre , fur laquelle Pierre eff monré an
Ciel. Tchhing-y-Tanen , {a Femme & toute fa Famille ont demandé le Bapté-
me ; & on les a reçus au nombre des Catéchuménes, |
Lettre de M, Matthias, € autres Mémoires,
( f) Cet Evêque, Vicaire Apoftolique, eft l'Illuftriffime Joachim de Mar-
tiliat , que le zéle du Salut des Ames avoit conduit dans la Chine ; & qui
après avoir travaillé avec Gloire, dans cet Empire, l’efpace de 22 ans, €
aujourd'hui de retour dans le Séminaire des Miffions Etrangéres à Paris. Ce
Digne Prélat , autrefois uni d'amitié avec notre Martyr, & apporté en France,
une partie des Chaînes, dont le Confeffleur de JEsus-CHRI1IST avoit
été lié , & la Calotte teinte de fon Sang. |
| Bi
| (12)
la Ville de Macao a auffitémoi-
gné une Sainte joye, par une
illumination générale, qui a
été réiterée trois nuits de bite.
Si les faits font tels; ainfi
que l’aflure un Prêtre féculier ,|admodum Litteris fuis com-
plein de Religion , & d’hon-| mendavit Sacerdos fæcularis,
neur ( le même qui a eflaye vir probus atque honeftus, qui
de donner là Communion à|non folum omnia, quæ fupe-
notre Evêque : peu de jours|rius commemoravimus, accu-
avant fa mort, & qui avoir|rate ac diligenter defcripfic :
vû une grande partie de ce {ed plura ipfe oculis fuis per-
out D ne
Si hæc ita fe habeant, quem-
RTS ES CE
Dee
D. rx _ LE
EME. Ja ne mn mm ge = ven . =
re
D
Sn me me em —
à | w’il a écrit.) Si, dis-je, les|PExit; qui etiam , uti jam dic-
rs Aire font tels qu'il.les rappor- | Fm eft captivum Epifcopum,
: | : rs te, comme il paroït par plu-|& morti proximum Eucharif-
so. fieurs autres preuves, quenous|t2 recreare conatus eft; fi,
eee | venons de recevoir ; : ne fera[/nquam, res ita fe habeant,
A nn N
+
point difhcile de conftater ,
quandilfaudra, & le Martyre,
& la Caufe du Martyre : Car
on prouvera aifément, que ce
n'a été qu’en haine de la Reli-
gion Chrétienne, quele Tyran
prout novis, aliifque recenter
acceptis monumeñtis confir-
mantur , Martyrium, & Cau-
fa Martyrii, cum tempus pof-
tulaverit , facili negotio often-
dentur. Nam facile confta-
et BR 4 Sd ù
0 r:
SES
sie
—
= _
a
Re
: L bit, Tyrannum addutum fuif-
"+ > a porté un Arrêt de mort con-| - ”,; * +
à . | PEvé | fe odio in Catholicam Religio-
: à tre l'Evèque de Mauricaftre.
++ no À Te Une preuve de cela, c'eft l'E. |"? "* Epifopum reum mor-
hi | É L | di. Li — [tis pronunciaret: A rgumenro
\ La | Dee . hé ee) QU'OR IUI aVOIL| eff tabella . quæ pendebat ip-
. | | rage Lo. PP Ru fius collo, & mortis caufam
4. il 7 : ire lé motif, qu'on avoit de|:r.: :
ch | À le fire m sl : infcriptam præférebar ; argu-
4 | = ni LL le La SENLENCE ; | mento eft fencentia mortis à
i | |, on L er e le Tyran déclare, Tyranno prolata, in qua Epif-
| | : eo L qui uvre cet Evèque au Bour- Gopus obtruncandus Carnifici
| ; , .
| È | |
Ed CR.
: 1 ;
7 A L ed]
GE \ | \
. :
: uates rm
(23)
traditur, ed quod hominum
multitudinem perverfa religio.
ne feduxerit ; argumento pari-
ter erunt infelices illi, qui à
Fide Catholica deficientes, ab
omni difcrimine immunes eva-
ferunt: Poftremo accedit, quod
furente tempeftate illa perfe-
cutionis, & alias quoque Pro-
vincias pervadente , nempe
Xenfenfem, & Xanfenfem»
quæ Portimenfi Epifcopo , Vi-
cario Apoftolico fubjiciuntur,
illud compertum & explora-
tum Nobis eff, Sacras Chriftia-
norum Ædes in illis locis di-
rutas & folo æquatas fuifle »
ita ut ipfe Epifcopus, fi fieri
poflit , Amacaum confugere
cogitaverit.
Porro Epifcopum pro Catho-
licæ Fidei amore fubiifle mor-
tem, & nihil omnino eorumip.
fi defuifle, quæ ad id proban-
reau, à caufe qu’il avoit féduit
une grande multitude de per-
fonnes , par une Religion per.
verfe, eft une feconde preuve
de ce fait ; & nous en trouvons
une troifieme dans le fort des
Chrétiens apoñtats, puifque
leur Apoftafie les a mis à cou-
vert de touté véxation. (g)
Ajoutez à cela, que pendant
le feu de cette perfécution,
qui s’eft érendue dans les Pro-
vinces de Kenfi, & de Kanfi,
les Eglifes des Chrétiens y ont
été détruites: ce qui a obligé
l'Evèque Vicaire Apoftolique
dans ces mêmes Provinces, de
prendre fes mefures, pour fe
retirer, s’il Jui étoit poffible,
dans la Ville de Macao.
Il demeurera donc éviden-
ment prouvé que PEvêque de
Mauricaftre nafouffert la mort
que pour la caufe de la foi;
( 4) La crainte de perdre les biens , la liberté, & peut-être la vie, a faic
tomber plufieurs de ces nouveaux Chrétiens ; tandis que plufieurs autres ont
fait paroître une fermeté, & un courage dignes des premiers Fidéles, Une
Veuve, & cinq Vierges, appliquées à la Queltion, répétoient fouvent ces pa-
roles: Nous craignons Dieu, nous ne craignons Fées les tourmens, On redou-
bloit la violence de la torture ; leur Sang ruifleloit de toute part; & ces gé-
néreufes Filles (*) crioient plus haut: Nous ne craignons pas les Supplices , mais
le péché, On peut nous ôter nos Pafieurs | @° la Vie ; mais nous avons un Dieu
dans le Ciel: nous fommes Chrétiennes, @ nous voulons mourir dans cette Re
ligion, dc Lettre de M. Matthias. |
(+) Théréfe , Louife, Jeanne , Luce, Rofe; Vierges Chinoifes du Tiers-Ordre de Saint
Dominique; Relation écrite en Efpagnol par l’un des Prifonniers de Jzsus-CHrisr.
Bi
Te æ
pe LÉ é
CR - PL.
_ me. me
2 mme
— -
. ——— —
: me
_f”
2 EEE ue 3 : 4e
- 0 times, Æ ne mt e
—-
(14) |
& qu'il ne lui manque rien de | dum requiruntur , apertiflime
tout ce qu'on peut défirer pour | quoque demonftrabitur. Quip-
bien établir ce fait: car dans|pe in ea tabula, quam paulo
cet Ecriteau, dont nous avons |ante indicavimus, nomine Se-
_parlé, le Prélat n'eft craité|defloris appellatur , eè quéd
de S'édulteur, que pour avoir plurimorum tenebras Evange-
éclairé, & appellé à la foi un lii luce depulerit, eofque ad
grand nombre de Gentils. No- Chriitianam Fidem conver-
tre Divin Sauveur a bien vou- [trit. Siquidem amantiffimum
lu fouffrir , que les Juifs layent Redemptorem noltrum Sede-
traité lui-même de S'éduééeur,|f9ris quoque nomine Judzi
pour confoler ainfi fes Difci- se 2 quod _ su"
ÿ , . [ter tuli
ples , qu'il prévoyoit devoir se 4 PERTE " sl
À / exempio voluptatem ,, ac -
être expolés à un femblable| RP: More
, [tiam perciperent famuli fui,
traitement. De plus,notre Evé- | :
quos eodem titulo vocitandos
que a reçu avec joye la Sen- .
profpiciebat. Infuper mortis
tence de {a condamnation; & | |
| Pa. ” |fententiam Epifcopus Hbenter
fans rien négliger pour termi-
D . [amplexus eft; conatus omnes
ner faintement fa courfe, il|. :
a | ee impendit , ut pie fancteque cur.
ISOREGE ES ERP . fum fuum confummaret ; immi-
mort , avec cette intrepidité,
| | À nentem jam corporis fui diffo-
> Li ete Le Martyr * 14! Jutionem, uti Martyrem dece-
vertu ne s’eft jamais démentie.| bat, forti animo adfpexit,; &
S1 dès le commencement d’une ufque ad finem in hac virtute
furieufe tempête, il a penfé à| perfeveravit. Equidem initio
chercher un afyle, ce n'a éte|furentis procellæ lucem publi-
ni par crainte, nipar. foibleffe ; | cam devitans, fe latenrem con.
mais par une prudence vrai-|tinuit; verum, non timori,
ment Chrétienne. Sa condui-| vel animi imbecillitati , fed
te, autorifée par une foule|Chriftianz prudentix illud eft
d'exemples , que nous pour- cribuendum. Nam, prætermif.
rions citer, & que les Ecrivains | fis exemplis, quæ plura à Scri-
ne:
TT.
(15)
ptoribus Ecclefiafticis recen-
fentur , Cleri Romani judi-
cium huic rei maximè fuffraga-
tur ; cùm enim Sanétus Cypria-
nus Carthaginenfis Epifcopus
adillum litteras dedifler,quibus
nunciabat ab Ecclefia fua pau-
Im fe recefñifle, dum Tyran-
norum perfecutio in Chriftia-
nos furentifimè debacchare-
tur, Romanus Clerus magno-
pere probavit, quôd fe ab il-
lo difcrimine proripuiflet, ut
inde majori cum utilitate ani-
marum, quæ ipfius curæ tra-
ditæ fuerant, cûùm propitium
tempus id poftularet, ad Ec-
clefiam fuam reverteretur.
Hæc quidem omnia Mauri-
caftrenfem Epifcopum, ejuf-
que pretiofam mortem fum-
mopere commendant, fi, ut
antea diximus, veritati con-
fentanea fint, quæ fcripta ad
Nos pervenerunt. Atramen
alia multa requiruntur ,ut idem
Epifcopus inter eos Martyres
adfcribatur | quos Ecclefia
Martyres vindicatos appellare
confuevit. Quapropter ex iif-
dem rei monumentis, quæ ac-
Eccléfiaftiques n’ont point ou-
bliés , eft encore juftifiée par
le jugement de l'ancien Clergé
Romain: Saint Cyprien, Evé-
que de Carthage, ayant écrit
à Rome, pour expliquer le
fujet de fa Retraite , pendant
que les Tyrans perfécutoient
cruellement les Chrétiens, le
Clergé de cette Ville approuva
fort qu'il fe füt mis à couvert
du péril, qui le menaçoit; afin
de A rendre enfuite à fon Egli-
fe , lorfque dans un tems plus
favorable, ilpourroittravailler
avec fureté, & avec fruit, au
falut des Fidcles confiés à fes
foins.
Tout cela releve parfaite-
ment le merite, & la mort pré-
cieufe de l'Evèque de Mauri-
'caftre; fi, comme nous l'avons
déja dir, les chofes qu’on Nous
a écrites, fe trouvent éxacte-
ment conformes à la vérité.
Il refte néanmoins bien des
chofes à faire, pour que le Pré
lat défunt foit mis au nombre
de ceux, que l’'Eglife a coutu-
me d’appeller des Martyrs avé-
res. (*) Nous ne manquerons
€* ) On appelle Martyrs avérés Martyres Vindicatos, ceux que l'Eglife, après
an Examen Canonique, propofe à la Vénération des Fidéles,
…—
pas de faire ufage de tous les
monumens, qui nous ont été
fournis , pour décerner, &
prefcrire toutes les chofes né-
ceflaires à établir la caufe de
ce Martyre, felon le droit,
& les Loix de l’Eglife ,; ayant
toutefois égard à la grande
diftance des lieux, Il faudra
encore éxaminer, {1, dans les
honneurs, que les Chrétiens
de la Chine ont rendu à leur
Evêque après fa mort, ils fe
font contenus dans les bornes;
ou s’ils n’ont pas peut-être pré-
venu le jugementduSaintSiége
pour luirendreunCulte public.
C'eft pourquoi Nous donne-
rons, commeil convient, nos
attentions, pour empêcher que
lindifcrette Dévotion des Peu-
ples ne devienne dans la fuite
des tems nuifible à la caufe
de ce même Evêque. On ne
peut cependant nier, que ces
marques , quoique prématu-
rées , d’une Véneration Publi-
que, ne foient de puiflans té.
moignages de la ferme con-
fance , où font les Fidéles,
que le Serviteur de Dieu a déja
reçu dans la Gloire, la Cou-
(16)
cepimus, ea decernere, & per.
fcribere non omittemus, que
neceflaria func, ut Caufa hu-
jus Martyrii pro jure, & lepi-
bus Ecclefiæ inftituatur; ita
quidem , ut locorum maximz
diftantiæ ratio habeatur. Illud
quoque in dubium revocari pof
fe cognofcimus, utrum Sinen.
fes Chriftiani Culrüs privati li.
mites prætergrefli fuerinr, de-
funétoque Epifcopo ante Sedis
Apoftolicæ judicium Culrum
publicum exhibuerint. Quam-
obrem opportune confulemus,
uti fas eft, ne ob hanc ratio-
nem, labente curfu temporis,
ejufdem Epifcopi Caufa aliquid
detrimenti patiatur. Porro fi-
gnificationes hu jufmodi publi.
ci Cultüs, quem Fideles, licèr
immature, ipfi præftiterunr,
nobis argumento funt, illosin
ea fententia firmiflime verfari,
quod Epifcopus Martyris co-
ronam, & gloriam fit confe-
cutus. Nemo veftrüm miretur,
fi ipfam Martyrem nuncupavi-
mus, neque ullo modo Cano-
nicas Sanctiones à Nobis vio-
latas exiftimet, quarum adfér-:
tores, & cuftodes Nos iplos:
femper farebimur : Epifcopum
quidem
“mt
LCA
quidem Martyrem, haud vir-
dicatum, {ed confummatum Ap-
pellavimus, quod etiam rérum
Scriptoribus licet, qui pofteris
illorum vitam , & res geftas
_commendant , quos pro Chri-
ftiana Religione hoc mortali
fpiritu defunétos arbitrantur ;
modo tamen Leétores admo-
neant, haud revera Martyres
habendos, nec colendos ob
éa folum , quæ ipfi fuis in
Libris commemorant, Hæc
fufiès explicavimus in nof
tris de Canonizatione Sancto-
rum Commentariis , * & Nos
ipf præfcripta fécimus, dur
Epifcopum Mauricaftrenfem
Mariyrem confummatum, non
autem véindicatum nominavi-
mus , cûm publicus Cultus
Martyribus tantüm vindicatis
debeatur.
(17)
ronne du Martyre. Que per-
fonne ne foit furpris, dè ce
que nous mêmes nous l'avons
apoelle un Martyr : nous n'a
vons pas agi en cela contre
les Ordonnances Canoniques,
dont nous nous glorifions au
contraire d’être tes Défenfeurs:
auffi n’avons-nous pas nommé
cet Evèque un Martyr Avéré ,
mais Confomme ; ce qui eft tou-
jours permis aux Auteurs, qui
écrivent les actions de ceux
qu'ils croyent être morts pour
la Religion Chrétienne; pour-
vü qu'ils n’oublient pas d’aver:
tir ke Leéteur, que ce qu'ils en
écrivent n€ doit pas {
des Martyrs avant la Décifion
de lEglife. Dans nos Livres de
a Canonifation des Saints,
[nous avons expliqué au long
ces maximes; & nous les avions
en vüe, lorfque nous donnions
à l'Evêque de Mauricaftre le
nom de Martyr Con/ommé, {2-
chant bien que lEglife ne dé-
cerne le Culte Public, qu'aux
Martyrs déja reconnus pour
els par un jugement Canoni-
que. 2
| C
es faire
regarder, ni honorer comme
_* Libits
Cap. XI1;,
Num. $e
(18). :
Selon l’opinion commune,
& très-répandue, l’'Evèque de
Mauricaftre pafle pour le pre-
mier Martyr de la Chine. Mais
nous penfons autrement, ne
pouvantignorerquedanslemc-
me Empire, il y a deja eu deux
autres occafions, où on a fait
des Proccdures, pour conftater
le Martyre de quelques Servi-
teurs de Dieu: Proccdures, qui
furent envoyées dans le der-
nier Siccle, à la Congrégation
de la Propagande. La premiere
regardoit quatre Prétres, qui
avoient fouftert la mort pour
la foi de JEsus-CHRIST; &
la feconde avoitére-faite à l’oc-
cafion du Pere François de Ca-|
pillas, qui eut le bonheur de
{celler de fon fang les Saintes
Vérités, qu’il annonçoit. Tou-
tes ces Piéces furent remiles ,
par l’ordre du Pape Urbain
VIII, notre Prédécefleur , à
l’éxamen de la Congrégation
des Rits. Nous avons vu les
Décrets émanés de l1 même
Congrégation , dans la Caufe
du Pere François de Capillas :
Nous favons auffi ce quifut fait
& continué pour le même fu.
Vulgata, & communis om.
nium opinio huic Mauricaftren.
fi Epifcopo primi Martyris Si-
nenfis gloriam impertitur. Nos
tamen certis documentis addu-
cimur, ut contrarium omnino
fentiamus. Etenim exploratum
habemus , duas alias Martyri
Caufas apud Sinenfes peradas
ad Congregationem de Propa-
ganda Fide fuperiori tempore
fuiffe delatas , qaarum prima
quatuor Prefbyteros complec-
citur , qui pro Fide Chrifki {u-
premum diem obiverant;alre-
ra vero Caufa confe@a eit pro
Sacerdote Francifco de Capil-
las , qui Catholicam Religio-
nem fanguine fuo confirmarat,
Caufæ vero hujufmodi jufle
Urbani VIIE Prædeceñoris
:Noftri traditæ fuerunt exami-
nandæ Congregationi Sacro-
rum Rituum, cujus eriam De-
creta Nos ipfi perfpeximus,
ad Caufam Martyrii Francifci
de Capillas inftituendam con-
fecta. Alia quoque Decretanon
ignoramus , quæ pro Cauia
eadem profequenda edita fue-
runt, cum ClemensIX Præ,
deceflor Noîfter Summum Pon-
(19)
tificatum adminiftraret.(*) Hæc
Veritatis amore diéta fint, non
vero, ut nomen, & gloria Epif-
copi Mauricaftrenfis, aut Or-
dinis San&i Dominici laudes
imminuantur ; cum præfertim
Venerabilis Dei Famulus Fran-
cifcus de Capillas , & alii qua-
tuor Sacerdotes , quos paulo
ante recenfuimus, ex eadem S.
Dominici Familia prodierint.
Finem huic noftræ Allocu-
tioni imponimus , fpem Nof-
tram declarantes, quæ repofi-
ta eft in finu Noftro. Quemad-
modum enim fingulari virtuti,
& fanguini Martyrum , quos
modà recenfuimus, & aliorum
fortafle, quos ignoramus , tri-
buiï poffe videtur , quod fupe-
riori tempore Chriftiana Re-
ligio tantopere apud Sinenfes
floruerit ; ita fperamus futu-
rum, ut Sinenfis eadem Mifo,
præfenti hac tempeftate com-
poftä ac depulfi , in priftinum
jet, fous le Pontificat du Pape
Clement IX. Au refte, c’eft le
{eul amour de la Vérité, qui
nous fait dire ceci ; & nulle-
ment la penfée de diminuer
en quelque chofe la gloire de
l'Evêque de Mauricaftre , ou
celle de fon Ordre; puifque
le vénérable Serviteur de Dieu,
François de Capillas , (*+) & les
quatre autres Prètres, morts
auffi pour la foi, étoient du
même Ordre de Saint Domini-
que.
Nous ne finirons pasce Dif-
cours , fans vous témoigner ,
de quelle confiance notre cœur
eft rempli: s’il eft permis de
penfer , que c’eft à la vertu
finguliere, & au fang des Mar-
cyrs , dont nous venons de
faire mention, & de quelques-
autres peut-tre que nous ne
connoiffons pas, qu'il faut at-
tribuer l'état fi Aoriffant, où
on a vû la Miffion de la Chine:
Pourquoi ne arr e - nous
pas, qu'après la prefente per-
{écution, la même Miflion fera
(*) 1n Summario Privilegior. Ord, Predic. Colleëlo ab Antonio Gonzales de
AÎcuna , pag. 140 , G feq.
(+) Voyez l'Hiftoire des Hommes Illuftres de l'Ordre de Saint Dominique,
Livre XX XVIII, page 633
Ci
(20)
glorieufement rétablie, parce- | oloriæ ftatum reftituatur, ob
que le Seigneur écoutera la virtutem & fanguinem, quem
| voix du fang que PEvêque Epifcopus Vicarius Apoftoli
| | de Mauricaftre, notre Vicaire | cus nuper Cfudir ; cujus etiam
ee À Apoftolique, vient de répan-|exemplum , uti confidimus ;
Lu A dre? Nous efpérons aufli que | quatuor ali Sacerdores ex ec.
| | | {on éxemple bre imite par les| dem Ordine, quos pro Chrif.
À
FT =
â +
LA a
_—— +:
eee 3
LT
At
—
=. —
L _ = 2 |
+ -_ mp —
Le =. he m q e—
à Hets fnegs TS se momdnt LS w
quatre Religieux du mêmel|tiana Fide captivos Vobis an-
CPE LES PE
| Ordre, quifont à préfent dans | tea memoravimus, pari animi
| Les Prifons, chargés de chaines | magnitudine fequentur. Ita fa:
|
[
Lu L+]
“ Cie -
ne
À pour la Confeflion de Jesus-|nè facurum fperamus , duc-
CHRIST. Cette douce efpe- ti auctoritate & unanimi Pa-
Ce
DE ES
Les Per en ES
se oder. ?
esse
rance eft fondée fur l'autorité, |trum Ecclefiz fententià . qui
_ Se qe + — (RL.
——… :
es E
& le fentiment unanime des |fcriptum Nobis reliquerunr :
Peres: ils ont fouvent remar-
> —
_.————
|
| tunc potiflimüm temporis Ca-
| qué que la Religion Catholi-
| s’eft toujours d'autant plus elevaram, & amplificatam fuif.
€ evée & accrue, qu’elle a ete {e, cüm in illam Tyranni ma
os |: plus cruellement perfécurée | jori furore, & immanitate de. ;
nu | par la fureur des Tyrans, le |fævirent, ita ut ex Martyrum
il Lits .. fang des Martyrs devenant une | fanguine, veluti ex fæcundo
A D — femenceféconde de Chrétiens. | femine, Chriftiani in dies au- |
|
|
cholicam Religionem mapgis |
C’eft la reflexion que faifoit |gerentur. [ta fecundo fæculo |
Saint Juftin dans le fecond Sié- | Sanus Juftinus Mar tyr tefta.
*In Dialogo cle: « Plus on nous perfécure |tus eft:* Sed quanto magis ma-
Jen à pour nous accabler , & nous |84/g2e talia nobis infliguntur ed
Dons io que plus le nom de |?##res alii per nomen Fefu Fide.
® Jesus-CHRIST fait de Chré- | /5 € pii fiunt ; quemadmodum
» tiens & de Fideles ‘ comme | V/##, fe quis partes illas ArDpa- |
;
}
|
” le bois, qui portoit du fruit, ficit , at alios florentes € fruët;. ù
» clle jette d’autres farmens, [res palmites rurfus proferar ,
dem quoque nobis evenit : plan.
jata enim à Deo, €& Salvatore
Chriflo vitis populus ejus ef.
Idem quoque Tertulianus ini-
tio tertii fæculi confirmavit in
fuo Apologetico:* Plures effici.
mur quoties metimur à vobis : [e-
men eff fançuis Chriflianorum.
Ta Libro autem ad Scapulam :
Nec tamen(inquit) deficiet hec
Seéfa ( nempe Chriftiana Reli-
910) guam tunc magis ædificari
{cias ,.cum cæedi videtur. Xdem
Ladancius fæculo tertio laben-
te cradidit in Libro fuarum Inf-
titutionum :** Ef @ alia cau(a,
car adverfus non perfecutiones fic-
ri finat , ut Dei populus augea-
#sr : quod fufius profequitur ,
certifque rationibus declarat.
Plura alia in hanc fententiam
teftimonia proferri poflent ;
{ed illud Sancti Leonis Magni
Prædecefloris Noftri, qui fæ-
culo quinto Pontificarum gere-
bat , fatis erit , ut res plane
comprobetur : Non minuitur
(inquitipfe in fermone de Sanc-
tis Apoftolis Petro ac Paulo)
Non minuitur perfecutionibus Ec-
clefia, fed augetur, © femper
Dominicus ager fcgete ditiori vef.
Z I
qui ne font ni moins beaux, «
ni moins fertiles ; il en eft «
de même de nous: le Peuple «
Fidele eft une Vigne, que «
le Seigneur Jefus a plantée. ce
Ainfi me le Saint Martyr.
Tertulien ne s'exprimoit 74
autrement, dans fon Apolo-
gétique, publié au commence.
ment du troificme Siccle :
« Nous nousmultiplions, di- «
{oit-il aux Gentils, à mefure «
que vous nous moiflonnez. «
Ne penfez pas que notre Re- «
ligion vienne jamais à man- «
quer : elle fe fortifie par «
les mêmes moyens, qu'on «
employe pour flanéantir. »
Lactance , qui vivoit fur la
fin du troifiéme Siecle, a ex-
pliqué & prouvé bien au long
cette vérité, dans le Livre de
{es Inftitutions.« Une des rai-«
{ons, felon lui, pour lefquel- «
les Dieu permet quelquefois «
les perfecutions, c’eft pour «
augmenter le nombre de «
ceux quicroyent en lui» On
pourroit rapporter les témoi-
gnages exprès de plufieurs au-'
tres Peres, & anciens Ecrivains.
Mais il fufira d'ajouter ici les’
Ci
* Cap. L.
“« Lib. V,
Cap. XXIII 4
in fin.
| ( 22:)
patoles du Pape Saint Léon le titur, dum grana, que fingale
Grand ; qui F emplifloit le Siege cadunt , maltiplicata nafcuntar,
Apoftolique dans le cinquic- Les
me Siécle. C’eft dans un de fes |
Sermons, pour la Fête de Saint
Pierre , & de Saint Paul: qu’il
a dit: « Les perfécutions ne
» diminuent pas, mais font
» croître la multitude des Fi.
» déles ; & le champ du Sei-
» gneur eft coujours couvert
» d’une moiflon d'autant plus |
» riche, que tous les grains qui | | |
# tombent, fe multiplient en 2
» renaiflant «. (h)
(h) Cela a été vérifié dans le cas préfent : plufieurs Infidéles ont embraf-
la Foi, en voyant couler le Sang de celui qui l'avoit préchée : & ni les
menaces , ni tous les tourmens , dont on éprouvoit la conftance de ceux qui
avoient été arrêtés, n'empéchoient pas que les autres ( au moins pour La
plüpart) ne paruflent réfolus de tout perdre & de tout fouffrir, plutôt que
de renoncer à la Foi. Nous en avons la preuve dans les moyens, qu'un Gou-
verneur Idolâtre propofoit pour abolir (s’il étoit poffible } le Chriftianifme,
dans la Province de Fo-Kien , & dans les autres parties de la Chine :
» Vouloir , difoit-il, que des Gens adonnés à cette Secte depuis une lon-
. » ue fuite d'années, & dont le nombre, felon leur fupputation , monte à plufeurs
> milliers, changent tout à coup; ce feroit demander l'imporflible, Ils hono-
» roient ces Européens (les Miffionnaires Apoftoliques ) plus que des Dieux;
»> & ils les affectionnoient plus que leurs Parens les plus proches, On les a vus
» au milieu des tourmens, & dans les fers , avec un air ferme & tranquille ,
» ne penfer à autre chofe qu'au Seigneur Jesus. On a été témoin de la
» maniére , dont ils confidéroient leurs Maîtres , Pierre & les autres : ils les
» eflimoient comme tout ce qu'il y a jamais eu de plus précieux au monde;
» & ils ne pouvoient s'en féparer. Prétendre donc qu’une union fi forte, fi |
» multipliée fe rompe ; qu'une perfuafion fi entiére, & fi profonde fe per-
» de: & cela aflez vite, pour pouvoir annoncer au bout de quelques jours,
» les effets de ce changement : c’eft encore une fois prétendre l'impoihible,
» Ainfi le feul moyen à pratiquer , pour le préfent; & qui eft de la derniére
» importance , c'eft d'exclure les Européens, & de les empêcher de ne plus
(23) |
revenir, afin de tarir par là la fource de cette fauffe Doërine, Quant aux per- «
fonnes des deux fexes, qui ont été féduites par l'erreur, il faut que les«e
Magiftrats les exhortent , & les inftruifent avec afliduité, fe propofant pour «
but, de leur faire changer de cœur & de vifage; & de faire qu'ils lavent , «6
pour ainfi parler, jufqu’à la moëlle des Os...., «
._ Ceux qui fe dénonceront eux-mêmes, & qui, après avoir quitté la Re- «
lgion Chrétienne, remettront aux Magiftrats, tout ce qu'ils auront ap-«
partenant à cette Religion, comme Images, Chapellets, Crucifix d’or, ce
d'argent, ou de cuivre ; on leur donnera une Fleur , & une Bandouliére ce
d'étoffe rouge. Ceux qui dénonceront les Chrétiens , ou remettront quel- «
ques-unes des chofes, dont on vient de parler, feront recompenfés en ar- «
gent, felon qu'ils le mériteront. Ceux qui ne voudront point fe dénoncer, «
ni rien remettre de ces chofes, feront punis felon les Loix , pour fervir «
d'éxemple aux autres, « |
Pour ce qui regarde les Bacheliers, tant de l'Ecole Royale, que de «
l'École de la Cité, la Charge en fera fur l'Officier prépolé à l'Ecole de la «
Cité, Il les affemblera tous aux Calendes , & à la Pleine Lune de chaque «
mois : & après avoir publié & expliqué les Saintes Inftruétions ( feize Ar- ««
ticles publiés par un Empereur Idolâtre, & Commentés par fon Succef- «
feur ) il adorera avec eux le Saint Khong ( autrement le Philofophe Con- «
fucius) & l'Empereur Kovan ( fameux Général d’Armée qui eut la Tête «
coupée, & que les Chinois Payens ont depuis honoré comme le Dieu de «
la Guerre ; le dernier Empereur a fait avec plus de folemnité fon Apo- «
théofe , & l'a déclaré Grand Monarque, domteur des Démons, ) Cet Of- «
cier commencera par les Bacheliers, qui demeurent dans la Cité; & finira «e
par ceux qui habitent à la Campagne. Il les comptera chaque fois , & «e
veillera à ce que pas un n’y manque. Il les interrogera ; & s’il les trouve «e
Chrétiens , il les exhortera à quitter leur Religion, & les contraindra à «e
adorer ces Dieux , & ces Saints. Que s'ils refufent , il mettra leurs Noms ce
dans le Rôle de la derniére Claffe, pour leur donner le tems de venir à «e
réfipifcence: que s'ils perfiftent dans leurs folie ; & qu’ils n’en fçachent point «
rougir , ils font indignes déformais d’avoir Rang parmi ceux, qui portent «<
le Bonnet & la Robe: on les en dépouillera donc ; & on les châtiera, &c. »»
C'eff une partie du Mémorial adreffé par le Gouverneur de la Cité de Kien=
ANing , aux Seigneurs Intendant, Surinrendant, & an Tréforier Général,
Toutes les Notes , qu'on vient de lire, ont été extraites des Mémoires
cités ; Mémoires tirés pour la plûpart des Archives du Tribunal, par les foins
du Prêtre Matthias, & traduits du Chinois en Latin par l'Illuftriffime Evé-
que d'Ecrinée, Nous avons eu l'honneur de les recevoir de fes mains,
LS
_____
LR
ga
»
LU
st
+
AÉROUT
“ +
il re
ve
op b.
tn eee oct
AT
(e.
1
à &)
C4
“æ RE À
du (EL fi AMONNONT
F,
«! i «"
fe ni
ni: &
| X Ü
| rl NA À PALNN
N é ue ui ue AUS
à ?
_
|